Pierre Vidal-Naquet

Temps des dieux et temps des hommes. Essai sur quelques aspects de l'expérience temporelle chez les Grecs
In: Revue de l'histoire des religions, tome 157 n°1, 1960. pp. 55-80.

Citer ce document / Cite this document : Vidal-Naquet Pierre. Temps des dieux et temps des hommes. Essai sur quelques aspects de l'expérience temporelle chez les Grecs. In: Revue de l'histoire des religions, tome 157 n°1, 1960. pp. 55-80. doi : 10.3406/rhr.1960.8998 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1960_num_157_1_8998

Temps

des dieux

et temps des hommes

ESSAI SUR QUELQUES ASPECTS DE L'EXPÉRIENCE TEMPORELLE CHEZ LES GRECS

« Pour l'hellénisme... le déroulement du temps est cyclique et non rectiligne. Dominé par un idéal d'intelligibilité qui assimile l'être authentique et plénier à ce qui est en soi et demeure identique à soi, à l'éternel et à l'immuable, il tient le mouvement et le devenir pour des degrés inférieurs de la réalité où l'identité n'est plus saisie — au mieux — que sous forme de permanence et de perpétuité, par la loi de récurrence. » H.-Ch. Puech résumait ainsi récemment1, une théorie qui, pour être classique, n'en garde pas moins un solide fond de vérité. Notre propos n'est donc pas, dans ces pages, de partir en guerre contre cette interprétation et de priver la pensée judéo-chrétienne de l'honneur d'avoir défini l'histori cité de l'homme. Mais telle qu'elle est généralement formulée, de façon massive, cette vérité risque de ne pas rendre compte de tous les faits2. Là même où elle est exacte, elle est souvent pré sentée de façon superficielle et hâtive. Quand on enseigne que les anciens n'ont « connu » que le temps circulaire, c'est-à-dire 1) Temps, histoire et mythe dans le christianisme des premiers siècles. Proceedings of the seventh congress for the history of religions, Amsterdam, 1951, p. 34, Cf. du même auteur, La Gnose et le Temps, dans Eranos-Jahrbuch 1951. Zurich, 1952, p. 52-76. On trouvera des exposés récents et vigoureux de la thèse classique dans les ouvrages suivants : Mircea Éliade, Le mythe de Véternel retour, Paris, 1949 ; O. Cullmann, Christ et le temps, Strasbourg, 1949 ; F. M. Gornford, Principium sapientiae, Oxford, 1952, p. 168 sq. ; I. Meyerson, Le temps, la mémoire et l'histoire, Journal de Psychologie,. 1956, p. 333-357. 2) Voir les remarques générales de Goldschmidt, Le système stoïcien et Vidée de temps, Paris, 1953, p. 49-64 et de F. ChÂtelet, Le temps de l'histoire et l'évolution de la fonction historienne, Journal de Psychologie, 1956, particulièrement p. 363, n. 1.

14.. tragiques ou historiques. GoLDscHMiDT. op. leurs victoires des guerres médiques3. t. à Delphes. N. A. Il n'est même pas suffisamment clair si toute la discussion porte. Tod. cit. Recherches philosophiques. reproduit dans Tod. : G.-C). . le fait doit être visible partout. Cf. 235-251. On pourrait aisément multiplier les comparaisons entre les inscriptions grecques et ce type de « communiqués aux Dieux ». V. il suffît d'ouvrir un recueil d'inscriptions par exemple pour voir qu'il n'en est rien. Or. 4) Anthol. Palat. VI. l'examen du « sophisme des Éléates ». à tout propos ď « Éternel retour ». Quand les cités grecques rappellent. p. Ley de. dont la place dans la pensée grecque est réelle. Collingwood a si bien analysée6. que des textes proprement philosophiques. 1935-36. Si l'Antiquité grecque a vraiment vécu tout entière dans la « terreur de l'histoire » (Mircea Ëliade). tel que pourrait le définir une étude phénoménologique de la religion grecque. Oxford. 197. p. cit. autour de « barres et de ronds » : ce dont il s'agit dans cette esquisse7 est moins d'opposer temps cyclique et temps linéaire que de montrer quels rapports se sont établis d'Homère à Platon entre le temps des dieux et le temps des hommes. In the grip of the PasL Essay on an aspect of Greek Thought. L'éternel retour pris dans son sens fort est une doc trine bien particulière. 2) Cf. Van Groningen. quand Pausanias rappelle qu'il a été le chef de l'armée de Platées4. par exemple. p. A selection of greek historical inscriptions. mais limitée.. Éliade. voire oratoires2. J..56 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS cosmique1. 16) de la stèle de victoire de Mesha. p. cit. Voir particulièrement l'analyse(p. comme eût dit le jeune Pascal.. p. 18. op. 50. p. quitte à revenir sur eux dans un cadre plus large. ex. Remarquons enfin que le débat est faussé si ГоЪ parle. la tentative originale de B. n° 16. Temps et: mythes. 6) The idea of history. Dumézil. qui a caractérisé l'Orient ancien et que R. 1946. 1953. 5) M. ou qu'ils l'ont rejetée en connaissance de cause ? C'est ce que seule une enquête conçue largement peut prouver. On ne retrouve en rien dans ces dédicaces gravées cette conception « théocratique » de l'histoire. Aussi faut-il évoquer tant des textes épiques. G. Il est inutile de refaire après d'autres. op. 1) Cf. veut-on dire qu'ils ont ignoré toute autre forme de temps. on ne saurait dire « que les actes humains n'ont (pas) de valeur intrinsèque « autonome » »5. Nous négligerons bien des textes. 7) Beaucoup trop rapide évidemment et systématiquement incomplète. roi de Moab (ixe siècle av. 23. Nous n'étudierons pas non plus le temps. 3) M.

quel est parmi les 1) Cf. I. seuls le prêtre Chrysés. mais déjà chez Homère elles permettent au poète de dominer à l'instar des dieux la confusion du temps et de l'espace des hommes : « Et main tenant. cit. c'est-à-dire des gestes humains2. Primitive time reckoning. et J. 65-67. 2) Voir surtout R. Nilsson. 443). XIX. L'auteur a essayé d'interpréter étymologiquement les principaux termes désignant chez Homère le temps. les etymologies proposées sont souvent peu convaincantes. 1955. Les muses seront filles de Mémoire. Même si l'on admet. 3) Iliade. Mais on peut lui faire. partout présentes. 362. nous sommes pourtant avertis : la Muse est appelée à raconter une histoire à partir de son commencement (та тсрсота) et cette histoire ne s'explique que par appel à la « volonté de Zeus »3. La peste dans le camp achéen est la transcription sur un registre humain d'une décision divine. Ses connaissances astronomiques ne dépassent pas certaines notions extrêmement vagues. mythique. deux sortes d'objections. de l'autre rien ne prouve que les sens déduits soient les sens perçus. p.. quand elles échappent à l'erreur pure et simple. Aperçu ďune histoire de la langue grecque. Muses. et p. Paris.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES * * 57 Le héros homérique voudrait-il avoir une conception int égralement cyclique du temps qu'il n'en aurait pas les moyens. et ailleurs. p. rendre compte de l'essentiel. 32) signifie « la totalité du cercle de l'année » (Onians. à propos des risques qu'entraîne la méthode suivie par Onians : A.. le devin Calchas et le poète le savent. Martin P. 1953. semble-t-il. a-t-on dit. vous savez tout . Muses habitantes de l'Olympe — car vous êtes des déesses. 110 sq. Voir d'ailleurs. D'une part. 1953. op. Dès les premiers vers de l'Iliade. 1920. Lund. Ainsi s'opposent temps divin. plus primitives même. les chefs des Danaens » . Paulhan.. par exemple. et nous ne savons rien — ditesmoi quels étaient les guides. vécu. dites-moi. Meillet. « Et maintenant dites-moi. The origins of the European Thought. Homer and the stars. le rapprochement entre теХос (but) et 7roXoç (axe de rotation). B. mais cela. nous n'entendons qu'un bruit. Aussi les tentatives qui ont été faites pour appliquer au monde homérique les schémas traditionnels ne semblent pas. on doutera que l'expression теХестсророс èviocuxoç (IL. . nous. et temps humain. 5-6. Onians. que celles de bien des « primitifs a1. La preuve par i etymologie. particuli èrement p.

1958. cit. XIV. sans que les assistants comprennent cette séquence temporelle. 5) Cf. passim).. 110 sq. 211-14. Schaerer a étudié avec une particulière lucidité. 175 sq. au moment (етаь) où l'illustre ébranleur du sol a fait pencher la lutte en leur faveur1. op. « Va je te le déclare. Dans les limites de ce compromis. p. F. p. « II semble. les « Kéres » d'Achille et d'Hector et constatant que c'est le « jour fatal » (aunjxov 9)(л. à travers la littérature grecque (op. ordre quand même et qui permet à Homère de montrer Zeus pesant dans sa balance d'or. R. 208-211. 508-10 (trad. note justement F.. il commence par dire l'inutilité d'une telle démarche et c'est la célèbre image : « Comment naissent les feuilles ainsi font les hommes.. op. 6) IL. voir aussi XII. dis-moi qu'ont les hommes dans l'âme ? ce que chaque matin. p. 3) Iliade. op. Robert. I. Mazon). Athéna lui a parlé et son discours. comme dit très bien M. 4) Odyssée. telle Athéna rajeunissant ou vieillissant Ulysse7. II. XVIII. L'homme antique et la structure du monde intérieur. 99.Tj8 - REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS Achéens le premier qui relève des dépouilles sanglantes. 17. les Dieux peuvent jongler à volonté avec le temps humain. VI. 145 sq. Au point de départ de la littérature grecque s'opposent 1) Ibid. 2) René Schaerer. cit. en effet. p. 136-137. On sait que le jour est quelque chose qui tombe du ciel (cf. puis rattache sa famille à la divinité. René Schaerer. p. . 411). le Père des humains et des dieux veut y mettre »4. XXII. de retenir. 484-7. 429 sq. cit. de fixer et d'exprimer une information si étendue qu'une mémoire humaine serait incapable de la soutenir » (Homère. 1950. En fait. » La confu sion du temps humain trouve donc son explication et sa cause dans l'ordre du temps des Dieux. cit. puis rengaine son épée. « En ce monde. invisible aux autres. Onians. Paris. et ce qu'elle implique.. » Pour l'observateur humain. Achille dégaine. Paris. Voir aussi Van Groningen. ».. Robert. ordre complexe certes et qui est lui-même le résultat d'un « compromis »5 entre les diverses forces qui mènent le monde. que l'élément divin par excellence dans l'inspi ration poétique.). « ouvre devant lui la perspective du temps »2. Donnons un exemple typique : Quand Glaucos fait sa propre histoire (Iliade. le temps est pure confusion. et c'est là ce qui sera : on t'offrira un jour trois fois autant de splendides présents pour prix de cette insolence3.ар) d'Hector qui l'emporte dans la balance6. 7) Odyssée.. XIII. cette image de la balance.. consiste en un pouvoir de faire revivre dans sa diversité la masse des faits. 13).

S'agit-il. op. Notons avec Van Groningen (op. 2) L'importance d'Hésiode pour l'historien de la philosophie grecque. fasc. 1-22. Greek altitude to poetry and history. n° 1) qu'Hésiode accumule volontairement les indications de temps. chap. Renvoyons enfin pour l'étude d'autres aspects du temps chez Homère à l'étude de H. Bâle. * * De fait. dès qu'on aborde les poèmes hésiodiques. le mot xpovoç n'est jamais employé. et plus particulièrement pour celle de la Physique ionienne. ткттос. Annales E.G. comme le soutient A.. en Grèce. d'une loi du a temps mythique » comme le pense Van Groningen [op. v. l'incohérence de la chronologie homérique. etc. p.. dans ce dernier cas. L'origine orientale de ce type d'exposé ne fait pas de doute (cf. . elle a été étudiée avec beaucoup de brio par Paula Philippson. 1944. dit P. Collingwood appelle simplement « mythe » (op. cit. Principium sapientiae. sinon trois. autour du rythme des saisons.. Frànkel. . « couches »4 qui traduisent autant de types de pensée. 193 sq.S.. p. p. au contraire. En un sens. cit. 1955. auxquels on peut déjà appliquer les épithètes de « sensible » et ď « intelligible ». Cornford. cit. 1957. passim). cit. 2-5) que Xpovoç n'est jamais sujet. comme dans les cosmogonies orientales les plus classiques. Munich. p. 7-42. R. où les forces naturelles se détachent par paires du chaos et de la nuit. les perspectives se modifient considérablement. 15). ces événements se 1) On pourrait poursuivre l'analyse et montrer. Du point de vue qui nous occupe. Le monde hésiodique est d'abord (quand on suit l'ordre du texte) un monde sans créateur. Berkeley. Mythe complexe au demeurant et qui se laisse décomposer en deux. le temps des dieux s'oriente le long d'une série linéaire. 4) Weltstufe. G. Pénélope ne vieillit pas. Die Zeitaufassung in der friihgriechischen Literatur. 87. qu'il désigne toujours une durée à caractère vague et affectif. notam ment en dernier lieu par V. p. les Travaux et les jours des hommes s'organisent comme ils peuvent. Philippson. En revanche. Vernant. Goldschmidt. p. d'une difficulté du poète aux prises avec une « chronique ». Tandis que dans la Théogonie. reproduite dans Wegen und Formen der friihgriechischen Denkens.. le monde divin est organisé en un mythe historique3. p.-P. 183-206. Nestor est toujours vieux. pour notre propos. 20-42. Il remarque notamment (p. une œuvre capitale2. Beilagenheft. 188. Ier. Ž7ueiTa. Dans quelle mesure cette opposition sera-t-elle dépassée1 ?. Cornford. J. Zeiischrift fur Aesthelik. VII. a souvent été signalée. 3) C'est cette « quasi-histoire » que R. 96) ou. surtout p. suppl.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 59 ainsi deux types de temps. Gomme. par exemple. Du mythe à la raison.C. 1931. èÇ o5. Symbolae Osloenses. Genealogie als mythischeform. W. 1936. dans la dégradation. La Théogonie est. réimprimé dans Untersuchungen liber den Griechischen mythos. p.. Pour la première fois en effet. 1950. 1954. studien zur Théogonie des Hesiod.E. Théologia.

P. celle des héros. Mazon n'a pas osé supprimer le vers. que tout n'est pas donné d'un coup3. Ainsi il n'y a pas de lien entre la postérité de Chaos et celle de Gaia. . Cornford. p. L'histoire divine a donc un « sens ». De cette matière première se détache. 4) V. « Alors une œuvre sans remède se fût accomplie en ce jour.). 836-37). Enfin la victoire de Zeus rejaillit sur le passé et sa volonté s'accomplit avant même sa naissance4. 3) Kal viiv xev 2теХето Žpyov á(jt^xavov ^[лот xeívtp xal xev S ye Gvtjtoïcti xal aGavátroiai áva^ev (v. mais il suffît d'y regarder de près pour constater que ce schéma généalogique et chrono logique est plaqué. une lignée divine parfaitement orientée dans le temps — un temps rectiligne — la série des trois Ouranides : Ouranos. v. pour la plupart. inte rrompue seulement par la quatrième race. Mazon).. rattachés par un lien de famille aux dieux-: « Fils de Zeus » est presque une épithète de politesse ! Entre les dieux et les hommes le mythe des races crée. 10 sq.60 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS déroulent dans un temps linéaire. 218 sq. p. au contraire. Il en est de même de la Nuit. cosmogonie que le roi de Babylone « répétait » régulièrement (cf. elle. 137 . elle est faite par eux. v. au contraire. la 1) P. c'est-à-dire dans l'incertitude et Hésiode prend soin de nous dire. Le dépècement de Typhée reproduit un des plus vieux types de cosmogonie orientale. la Théogonie « offrant plus d'un exemple de ce genre de contradiction » (note ad. 457. 5) Travaux. op. un obstacle infranchissable5 . v. 109. et la décadence.. loc). alors Typhée eût été roi des mortels et des Immortels. cit. Cronos-Zeus. Cette victoire se déroule dans le temps. de l'histoire dynast ique. » (trad. la lutte contre le géant Typhée. cit. Mais ce temps orienté par et pour la volonté de Zeus. ne va-t-il pas faire perdre tout sens. au moment du récit de la dernière bataille. 465. 2) Ouranos-Cronos. il existe un temps divin dont l'accès est réservé comme chez Homère aux disci ples des Muses. Philippson. Cronos et Zeus2 qui relève.. op. le meurtre de Tiamat par Marduk. voire toute existence au temps des hommes ? Les héros d'Homère sont. celle-ci met d'ailleurs au monde la plupart de ses enfants sans aucune aide « masculine и1. Cette série a un but : la victoire de Zeus et son établi ssement — définitif — sur le trône des cieux.. même la race d'or n'est pas fille des Immortels.

la proportion des éléments qui composent l'atmosphère et lui donnent sa qualité du moment. Benveniste. 4) On se souvient des vers célèbres de Pindare {Pyth. le poème d'Hésiode propose un remède : la répétition monotone des travaux des champs. 765. » A cette situation. auquel fait 1) Le problème que posait cette interruption de la décadence.TEMPS DES HOMMES 61 seule à avoir un caractère historique1 — est irrémédiable entre les premiers hommes et nous. a été résolu par V.. 1940.chaque mois. Mazon). Cycle peu régulier au demeurant. ni le jour de souffrir fatigues et misères. chaque jour a ses vertus ou ses défauts propres. Benveniste dans son mémoire sur La notion de rythme dans son expression linguistique. p. C'est ce qu'évoque le vers célèbre d'Archiloque : yiyvoxyxs S' oloç pucrjxoç av0pcù7iooç ë^si « Sache à quel rythme sont soumis les hommes »5. Le temps lui-même n'est pas autre chose que la succession sac cadée des accidents de la vie. 5) Frgt 66 (Bergk). Paris. . non parce que sa vie est brève. vertus ou défauts d'origines divines puisque les jours sont « issus de Zeus »3. Le mal. E. ni la nuit d'être consumés par les dures angoisses que leur enverront les dieux2.PKA. 60). mais parce que sa condition est liée au temps4. p. * * Pour les déracinés que sont les lyriques. Goldschmidt : Hésiode s'est efforcé de concilier un mythe génétique : celui de la décadence irrémédiable. C'est la première manifestation dans la littérature grecque d'un temps cyclique qui soit un temps humain. et une classification structurale des êtres divins dont on retrouve l'essentiel dans Platon. Frxnkel. lui. On comparera ce qui précède avec les remarques d'E. cit. reste le même. » Le sens du mot еф^ерос a été précisé par H. Man's « Ephemeros » nature according to Pindar. 15). Travaux. Pour le paysan latin. Journal de Psychologie. 95-97) : 'ETO&fispoi tí 8è tiç .. p. T. 131-145 et op. Le propre de la race de fer est précisément de vivre douloureusement dans le temps : « Ils ne cesseront. le temps « c'est d'abord l'état du ciel. L'homme est défini comme « éphémère ». qui avait été très bien défini par P.A. Paris.. 401-410. p. p.. 176-178 (trad. Mélanges Ernout. Tel est le sens primitif de tempus plus proche de « weather » que de « time ». 2) Travaux. ces remèdes restent toutefois impuissants. 11-16.TEMPS DES DIEUX ET. qu'est-il et que n'est-il pas ? l'homme est le songe que fait l'ombre.. tî 8'outiç .. Mazon (édit. oxiaç ovap àvôpoTCOÇ. VIII. 3) "Н(хата Aió6ev. et c'est en même temps la convenance de cette situation météorologique à ce qu'il compte entreprendre » (p. des Travaux. 1946. comme dans tous les calendriers primit ifs. 1951. 23-39. 1914. « Êtres liés au temps . Latin^Tempus.

cf. 01. 5) Ajax. au « temps vengeur »2 de Solon qui rétablira la justice. 4) 01. De ce temps déchu. mais il ne s'agit pas encore de la palingénésie intégrale dont parle Hérodote (II. 438.. il y a une évolution qu'il faut souligner.. les lyriques font appel à un temps plus noble. H. art. 7) O.62 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS écho Bacchylide : « Agité par des soucis frivoles. rien de plus que des fantômes ou que des ombres légères »' . p. jeu de mot fréquent. cit. qui se déroule en un seul jour7. Moulinier. on hésitera à parler à ce propos ď « orphisme ». la forme de ce qui n'a pas de forme organique. 2) Frgt 4. a fait l'histoire. » De l'être lié au temps à celui qui parcourt les trois vies. l'homme a pour seul lot le temps qu'il vit » (ovtivoc xoucótoctoci. le héros tragique est jeté dans un monde qu'il ne comprend pas. chaque tragédie de Sophocle est précisément le récit d'une telle journée . Ôaov áv Ccófl /póvovr rov S' êXa^ev)1. 125-126 (trad. 123). Desrousseaux). GufAov Sovéouci [jtipi(Jivai. 35. 16 (Bergk). v. « Je vois bien que nous ne sommes. II.6ç désigne « la forme dans l'instant qu'elle est assumée par ce qui est mouvant. débouche sur la victoire d'un policier inattendu. 6) Ibid. mobile. par le seul fait qu'il s'est écoulé. cit. Frxnkel.. la mention d'une série de trois vies qui permet au sage de sortir du temps des hommes. Pindare4 invoque l'éternité : c'est chez lui qu'on trouve. Schaerer op. le temps : ct' axovô' ó 7iáv0' óptov T*aya[xov yá(i. « Un jour suffît pour faire monter ou descendre toutes les fortunes humaines »6. > (p. dit un personnage de Sophocle.ov tsxvouvtoc xal Texvoiifxevov a montré que ^u6[/. 65-67. l'enquête d'Œdipe.le Temps » (6 T's^sXeyxcov (xovoç áXáOeiav èT7]TU[xov xpovoç)3.. qui. Après les analyses de L. . . 1955. Mazon). En dehors même du temps. fluide.. 123 sq.135. 1) I. à ce que Pindare appelle magnifiquement : « Le témoin unique de l'authentique vérité. p.. X. Comme l'homme des poètes lyriques. 407). Voir aussi les textes cités par R. nous tous qui vivons ici. par l'expres sion : « Le château de Cronos. L'éternité est symbolisée. 131. Orphée et Vorphisme à Vépoque classique. pour la première fois.. 3) Pindare.. Paris. 40-42 (trad..R.

. 17 sq. mais de régularité dans le désordre. 9) Voir par exemple les frgts 67 et 88 (Diels). est explicite chez Heraclite. 129 sq. 8) On trouvera une vue générale. indéfiniment répétée de l'ensemble du monde8. . On notera la comparaison astronomique. largement conjecturale. élevé à la dignité divine. évocatrice ici. Devenir cyclique et pluralité des mondes. 25. dans une autre circonstance.. Я. à un niveau supérieur des contraires9. I. 609. malgré toi t'a découvert. Le temps des Dieux est devenu le temps cosmique. de la chaleur et de l'humi dité dans le cycle de l'année »6. Paris. constate que « dans la circonférence 1) Ibid. о. Deux thèmes de la cosmogonie grecque. d'où sort un père à côté des enfants »x. non de régularité dans l'ordre.. mais fille aussi de la cité et de son idéal de justice7 est ainsi étendue à la genèse. p. Les couples de contraires de la Théogonie sont ainsi véhiculés dans un même cercle. art. Diogène Laërce. 47-55. 5) Frgt 1 (Diels). Sur la signification de Г « apeiron » d'Anaximandre. La critique d'Hésiode. p. Vernant. 74 . 198 sq. 1957. il centralise dans ses pressoirs toute la récolte d'olives4.. 1213 sq. une représentation « issue du conflit. Le temps des hommes. s'inscrit ainsi sur un registre plus large. 6) Cornford. 2) Sophocle..-P.Е. Wisniewki. que le chœur des Trachiniennes définit ainsi : « Joies et peine pour tous se succèdent en cercle (xuxXoocuv) : on croirait voir la ronde des étoiles de l'ourse »2. cit. L'introduction de l'astronomie baby lonienne va permettre à l'école de Milet de construire un temps cosmologique rigoureusement cyclique. 4) Hérodote. p. Chez Anaximandre « les êtres se rendent raison et tirent réciproquement vengeance de leur injustice selon l'ordre du temps »5. qui proclame l'identité.. 7) Voir les remarques générales de J. с. implicite chez Anaximandre. 1953. Trach. Principium Sapientiae. L'Éphésien. 3) Sophocle. profitant de ses connaissances météorologiques. p. du système d'Anaximandre dans le livre de Ch. I. Il dénonce aujourd'hui cet hymen qui n'a rien d'un hymen. le Milésien Thaïes prédit une éclipse de soleil . G. le « temps souverain » (6 тохухратт)? xpovoç)3. 168. Mugler. * * A une date mal connue. En dernier lieu : B.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 63 « le temps qui voit tout.

à en croire la tradition doxographique. 6) Eudème. 32. selon lequel la « grande année » n'aurait pas de signification cosmologique. В 34. 1954. Théogonie. c'est ce qu'on ne saurait dire. Ce texte nous est donc transmis par un auteur très tardif. 5) On comprendra que dans le cadre de cette étude nous ne suivions pas les conséquences de la découverte d'Anaximandre chez d'autres « physiologues » ioniens ou italiens.. S'il faut en croire les Pythagoriciens. trad.64 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS commencement et fin coïncident »*. on remarquera que les traits essentiels de la conception dite « hellénique » du temps sont fixés dans la pensée de l'Éphésien5. 2) Frgt 57 (Diels). 300 sq. Heraclitus. on est conduit à admettre qu'il existait chez Heraclite une correspondance entre cycles humains et cycles célestes. le texte souligne bien ce qu'est « l'Éternel retour ». je vous parlerai le bâton à la main à vous qui serez assis tout comme maintenant et il sera ainsi de toutes choses. C'est à l'intérieur d'un tel cadre que devait s'élaborer la doctrine de « l'éternel retour » au sens précis de ce terme. Mais nous sommes bien mal armés pour en fixer la naissance. 22 [12]. Battistini.. 732. frgt 51. Kirk. Les penseurs de la Grèce. La pensée d'Empédocle.. ait pu s'élever jusqu'à cette loi universelle. Aetius. Le célèbre fragment d'Eudème est le seul à faire mention de son origine : « Le même temps reviendra-t-il comme cer tains le disent ou non. Gomperz accepte l'attribution du pythagorisme. Mais 1) Frgt 103 (Diels). p. mais anthropologique. 4) Cf. II. Phys. est tout à fait parallèle. Cambridge.. car c'est là une identité2 » et qui distinguait les jours les uns des autres. 58 [45]. trad. que nous connaissons le fragment 1 d'Anaximandre. Ph. un Byzantin du vie siècle. cf. G. I. un passage à la limite. 18. 3) Frgt 106 (Diels). propre à certains théoriciens. . p. cité par Simplicius. parce qu'ils ne peuvent pas rattacher le commencement à la fin » (frgt 2.. au mépris de leur équivalence fondamentale3. Voir le commentaire de ce texte dans Gomperz. the cosmic fragments.. Voir. » II est possible qu'une École. toutefois. qui s'intéressait à la fois aux problèmes de l'âme et aux cycles des astres. Reymond.26= Diels7. Si l'on ajoute que. et c'est le propre d'un temps numéri quement ordonné (euXoyov) d'être le même : il n'y a qu'un seul et même mouvement6. mais note justement que palingénésie et éternel retour ne sont pas obligatoirement liés. Ancien ou non.. et s'en prend à Hésiode « lui qui ne connaissait ni la nuit ni le jour. Diels). Heraclite aurait donné une évaluation de la « grande année » ou année cosmique4. Si l'on suit son raisonnement. par exemple. C'est de ce privilège que sont privés les hommes aux dires d'Alcméon de Grotone : « Les hommes meurent. A 13. 175 sq. В III. Il est vrai que c'est par le même Simplicius. 123 sq. S. 3 et Censorinus. 11= Diels7.

ses contem porains les sophistes mettent désormais l'accent sur des pro blèmes proprement humains. On serait heureux d'ajouter à ces références celles du « petit système du monde » (Diels7. 68 [55]. 196 a. 16 = Diels7. 145 sq. A 69) visant visiblement Démocrite. A 5. p. La vie humaine chez Démocrite est. Sans parler des variantes de détail. semble-t-il. Quoi qu'il en soit.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 65 quand. 168 sq. p.... VIII. p. compliquée encore par l'abondance des sources post-épicuriennes. A 65) reproche à Démocrite d'expliquer les faits naturels par leur histoire (Дт}[л. les frgts 66.. tel qu'on a essayé de le reconstituer à partir de Diodore. Ainsi pourrait se résoudre un aspect du problème si compliqué des rapports entre physique et morale chez l'Abdéritain. en effet.comment ? Quel rôle ont joué les spéculations sur la palingénésie qui. Ces textes présentent. P. 1912. fournit une date d'autant plus vraisemblable que si la pensée de Platon n'est restée à cet égard qu'à michemin.. 68 [55]. áváyei ràç 7tepl <puae<oç aiTÎaç coç outg) xal та 7rpÓTspov eytvero). croyons-nous. en effet. Mais l'attribution à Démocrite. ne repose sur aucune preuve sérieuse. Démocrite lui-même. Hermès. 203. Reinhardt. 28 sq. connaît la doctrine dans toute sa pureté (Problèmes. 68 (55). Mugler. même s'il est possible avec F. cit. 3) Cf. 183.). t. constatons simplement ceci : un seul texte (Aristote. II. 68 [55]. 251 b. 2) Op. M. en réalité. la cosmologie qui les précède étant préatomique. p. Festugière a appelé la religion du « Dieu cosmique ». La question. XVII. et qu'ailleurs (ibid. . une histoire de l'humanité où progrès technique et moral s'opposent.. 916 a. L'idée même de pluralité des mondes est exclusive d'un temps cyclique3.119. faire trop d'honneur à cet ensemble composite. suggérée par K. d'Hermippe et de Tzetzes.24 = Diels7. il serait illusoire de s'en tenir là. organisée en fonction du temps ou plutôt contre le temps : cf. II. 492 sq. sont incontestablement anciennes ? Rien de ce que nous savons sur l'ancien pythagorisme ne nous entraîne à lui attribuer de façon sûre cette vision du monde1. . Ch. Pour nous en tenir aux témoignages les plus anciens. VIII. op. Remarquons toutefois que le même Aristote (ibid. cit. elles. 1. ils s'inspirent d'une tradition déjà ancienne. Démocrite pensait de façon totalement diffé rente. de ce que le R. lui. est complexe. A vrai dire. Phys. sans évoquer la négation passionnée d'un temps divin par les Éléates. Aristote. A 71) nous parle du temps chez Démocrite et c'est pour nous dire qu'il est « inengendré »... Vouloir à tout prix les faire remonter à Démocrite par l'intermédiaire d'Hécatée d'Abdère est. 252 a = Diels7.охр£то<. il est certain que plus d'un siècle plus tard. Cornford de suivre très loin la trace de la pensée « primitive » d'Anaximandre2.). 135 sq. « Les dieux n'ont pas révélé toutes choses aux mortels depuis 1) Le développement dans la deuxième moitié du ive siècle. il critique ceux (jui expliquent la formation du monde par le hasard et celle des êtres vivants 'par des lois naturelles.

The theology of the ancient greek philosophers. Le thème revient sur un rythme presque obsédant chez Hérodote. où se trouve exaltée la puissance technique de l'homme : « Parole. p. 8) Tel est aussi le thème du fameux chœur ďAntigone. suppl. XXVI. tout cela il se l'est enseigné à lui-même. l'idée de cycle garde sa pleine valeur au point de vue cosmologique3. qui se cherchent ainsi des antécédents humains : Gorgias fait l'éloge de Palamède le roi des inventeurs6. 1) XÉNOPHANE. 5) Le dossier de la question a été rassemblé de façon excellente par A. 1937. 2) Sur l'originalité de la théologie de Xénophane. On ne pourrait imaginer renversement plus complet par rapport au monde hésiodique8. » Le Dieu de Xénophane est rejeté. Kleingûnther. 348-350. que ceux-ci trouvent ce qui est meilleur1. Jaeger. cahier I. qui débute ainsi. ni même1 comme le résultat du « vol de Prométhee ». le thème apparaît en étroite liaison avec les discussions sur la nature et la loi. il n'en est pas de plus grande que l'homme ». et se cristallise autour du thème du « Premier inventeur »5. IIPiiTOS ETPETHS. Stromates. 6) Chez les sophistes. 57) et Clément. Schuhl. » La tirade tragique. mais comme des conquêtes progressives et datées de l'humanité. 7) Frgt 24 (Diels).. dans la deuxième moitié du ve siècle. Le thème qui est ainsi indiqué prend un magnifique essor. Ce mouvement de pensée est à l'origine des extraordinaires listes d'inventions que l'on trouve chez Pline l'Ancien (VII.' DlELS. 38 sq. ne raconte rien de moins que l'invention conco mitante par les hommes de la société et des dieux. avec le temps. et ce n'est. Le Sisyphe de Kritias va beaucoup plus loin : « II fut un temps. 3) Cf. où la vie des hommes était encore inorganisée7. mais la fin du chœur reste fidèle à la pensée traditionnelle. mais parallèlement le monde humain a son histoire propre. frgt 18. Mazon).-M. voir W. pensée vite comme le vent. 4) XÉNOPHANE. 1933. Essai sur la formation de la pensée grecque2. Parallè- . » (trad.pas un hasard si cette découverte s'associe avec la critique d'Homère et d'Hésiode4 au nom de la morale humaine. 1947. 74. Voir aussi P. mais c'est en cherchant. Les techniques ne sont plus présentées comme un don des dieux. 331 sq. frgtS 1. Leipzig. I. Philologus. 14. p.66 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS le commencement.. aspiration d'où naissent les cités. mais ce sont surtout les sophistes eux-mêmes inventeurs ou professeurs de réxvat. hors du temps dans la transcendance2 . : « II est bien des merveilles en ce monde. le frgt 27 : Tout vient de la terre et tout finit par la terre.

Notion lâche d'ailleurs que celle de ce temps des hommes . 39. est. Point de problème plus important. Jacoby. et les hommes continuent à se succéder les uns aux autres5. Diels) la vie humaine est trop courte pour qu'on puisse se prononcer sur l'existence des dieux. 122. II. Eux aussi parlent et pensent comme des « inventeurs ». 142. le premier. 2) III. dis-je. . immense perspective que l'épisode dans lequel Hérodote met en scène son prédécesseur Hécatée : celui-ci se vante. déclare se limiter « à celui qui. p. pour notre étude que de savoir comment les historiens se représentaient le temps. l'Egypte apparaît comme le paradigme de l'histoire humaine. 1926. Pendant onze mille trois cent quarante ans. et ceux qui. cf.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 67 La place que prend l'histoire dans la pensée du ve siècle nous amène ainsi à interroger les historiens. 1) Cf.. ses interlocuteurs lui répondent en lui montrant trois cent qualement Prodikos (frgt 5. « Polycrate. a pris l'initiative d'actes offensants envers les Grecs »4. Rien n'illustre mieux cette. de descendre d'un dieu à la seizième génération .. aucune apparition divine. dit Hérodote. si Minos est renvoyé à la mythologie. Cette dialectique se retournera contre Hérodote dans l'œuvre de Thucydide. par consé quent. 5. trad. Mais déjà celles-ci s'étaient limitées à des « faits » humains. p. sur l'origine du conflit entre les Grecs et les Orientaux. ne s'y produit. le premier. du -temps qu'on appelle le temps des hommes »2 (tîjç Se àv0p<o7ry)w)ç Xsyofiiv/jç ysvsyjç). d'Hérodote et Thucydide1. Intro duction à Hérodote. Griechische geschichtschreibung. Legrand. s'il y en eût. Diels) lie la découverte des dieux à celle des techniques. qui songea à l'empire des mers — je laisse de côté Minos de Cnosse. avant lui. devant les prêtres égyptiens. 2. celle-ci est balayée dès l'introduction quand Hérodote. évoquant les diverses traditions.' F. à notre connaissance. sous forme humaine.. Le premier signe de naissance de l'histoire est peut-être même l'apparition du nom de l'historien au début des œuvres d'Hécatée. ont régné sur la mer. le premier des Grecs. 3) C'est-à-dire en l'espèce aux « généalogies » d'Hécatée. Le soleil'change quatre fois de demeure. tandis que selon Protagoras (frgt 4. mot à mot : de la génération humaine.' 4) I. Die Antike.s 5) Ibid. L'histoire humaine s'oppose ainsi à la mythologie3 .

le récit des trois conseils coupés de songes que tient Xerxès (VII. p. Voir les travaux de W. The frame oflhe ancient Greek maps. C'est du côté des hommes que se trouve l'ordre ou plutôt la clarté. 123. a-t-on le droit de parler à propos d'Hérodote de temps cyclique3 ? L'historien fait bien allusion à la théorie de la « roue des naissances ». un souvenir tel que n'en laissent pas même Harmodios et Aristogiton. Temps humain. 8-19) avant l'intervention divine. 32-59. c'est moins la conception du temps que la manière dont il est mis en œuvre dans le travail historique qui est archaïque dans l'œuvre d'Hérodote.. p. Meyerson. Mais les dieux ne font guère que confirmer ou appuyer les décisions humaines. mais c'est comme d'une invention égyptienne.. 143-144. Schaerer. Par rapport à Homère. c'està-dire incertitude et liberté. nullement pour la prendre à son compte4. A. celui d'Hérodote garde de nombreuses traces de cet archaïsme. 2) VI. p. att eliez certains Athéniens quelque chose de pourri. » Dans ces conditions. Myres. les positions sont inversées.. art. L'espace des historiens ioniens était un espace symbolique et géométrique. c'est à Crésus conseillant Cyrus qu'il fait dire « que les choses humaines sont sur une roue qui tourne » (I. p. et de J. celles de leurs prédécesseurs : des hommes qui s'étaient succédé de père en fils1. 285. cf. II. Hérodote ne connaît la pensée des dieux que par l'intermédiaire douteux des oracles. à ce propos R. Les personnages se font appel et se répon denthors du temps. 1937. 339. de choisir leur « destin ». New York. Il va de soi que les dieux ne tiennent pas toujours la balance égale. avec l'ouverture de l'espace. Vhomme antique. si nous engageons le combat sans attendre qu'il y. nous sommes en état. et de laisser de toi pour tout le temps où il y aura des hommes. 207). Homère écrivait du haut de l'Olympe. mais la transition est nette vers un espace humanisé. Cf. Rien de plus frappant que de comparer à l'inte rvention d'Athéna en plein conseil des Achéens.. celui des commerçants. 4) III. ècm) ou bien de rendre Athènes esclave ou bien d'assurer sa liberté. 109.. . En réalité. Frànkel a pu écrire que « le temps n'est pas pour Hérodote 1} Ibid. Crésus est à bien des égards une première version de Xerxès. cit. op. Myres. Le récit ne s'ordonne pas dans le temps : H.. Herodotus. Mais tout ce domaine reste à exploiter. De même..68 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS rante-cinq statues. 3) Comme le fait I. eux aussi.. rien de plus typique à cet égard que la scène qui précède Marathon : Miltiade s'adresse à Callimachos : « II dépend de toi (ev aol vuv. Il serait1 intéressant de comparer les acteurs de l'histoire d'Hérodote aux héros de la tragédie euripidéenne libres. pourvu que les dieux tiennent la balance égale. Heidel. 52-54. d'avoir dans le combat l'avantage2.. Oxford. cit. — II serait intéressant d'étudier parallèlement chez Hérodote cette ouverture du temps. 1953.

22. A. légèrement modifiée. se renverse quand. 82. d'intensité ou changer de caractère. celle d'un temps logique opposé à un temps historique7. cit.G. introduire ici une distinction qui a été formulée par V. 4) III. Quand Thucyd ide lui-même définit son œuvre. en vertu du caractère humain qui est le leur. loc. Traduction du passage par Meyerson. cit. 3) Voir le magnifique éloge que fait d'Hérodote « créateur de l'histoire scienti fique». qui se produisent et se produiront sans cesse (yiyvó^eva fjtiv xal odeï ècrofzeva) tant que la nature humaine sera la même. cit. Oxford.. Actes du XIe Congrès international de Philosophie. » Le temps chez Thucydide oscille ainsi entre le « toujours » et le « changement » et s'il est faux de voir dans ce texte la preuve d'une conception purement cyclique de l'his toire5. s'arrête quand il y a une description. op. l'état moral de la Grèce à la suite des troubles de Corcyre.. Tel est le sens du fameux xty)[xoc èç duei. 1945-56. XII.. semble-t-il. 7) Temps historique et temps logique dans l'interprétation des systèmes philosophiques. Je ne crois pas qu'on puisse affirmer. présen teront des similitudes ou des analogies »6.G.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 69 l'unique coordonnée de la courbe de la vie. R. Voilquin. mais qui peuvent varier. t. Gomme (op. plus haut. Goldschmidt à un tout autre propos. 79 sq.. p. . comme le fait A. 17 sq. Myres2ont montré que la composition de l'œuvre d'Hérodote tient du fronton sculpté. loc. N. Gomme. ad. plus que de la frise. G. Évoquant. 5) Cf. parallèlement aux changements ([летабоХои) de ci rconstances4. p. p. après avoir parlé du fils. W. repris dans Гор. On peut. mais au contraire une fonction de l'événement relaté. trad. l'opinion inverse est non moins inexacte. ceux qui. on en vient à parler du père я1. 85. cit.. à l'avenir. Il court quand l'événement se déroule. Collingwood. A Commentary of Thucydides. p. Plus pré cisément les magnifiques analyses de J. 2) Op. W. Il n'empêche que dans ses lignes de forces « l'enquête » ne relève pas du « mythe de l'éternel retour »3. 1. 1924. L'originalité de Thucydide est d'avoir connu les 1) Eine Stileigenheit der friihgriechischen literatur. 7-13. cit. 6) THC. ad loc). que le futur dont il s'agit soit déjà un passé ou un présent pour le lecteur grec de Thucydide. dans un texte célèbre. c'est comme un moyen « de voir clair dans les événements passés et dans. Thucydide écrit : « Les cités en proie à ces dissensions souffrirent des maux innombrables et terribles.

p. Thucydides and the science of history. que la guerre du Péloponnèse fut « la plus grande crise (xívyjaic) qui émut la Grèce et une fraction du monde barbare »5 . p. Jamais Thucydide n'est plus près du but qu'il vise. cit. Cochrane. 5) THC. 1929. Ainsi peu vent s'expliquer les nombreux textes qui. de Romilly. dans l'œuvre de Thucydide. Paris. suivant un traité hippocratique. 1) Hippocrate. 276).70 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS deux.. Il n'est tel que du point de vue de l'historien moderne. semblent relever du temps cyclique.. On ne peut mieux dire mais je ne suis pas sûr qu'il s'agisse là. comme une galerie d'anticipation. à certains égards. Souvent aussi les séries temporelles s'entre croisent. Thucydide n'en affirme pas moins. 46. op. 419 et J. s'ordonnent pour « faire apparaître dans l'action des relations qui échappaient aux.. cit. acteurs eux-mêmes »4. est de « s'occuper de prédiction. 58. Ces remarques ne prennent toutefois leur sens que si l'on se souvient que le temps historique est toujours chez Thucydide intimement lié au temps logique. une série cohérente et compréhensible »3. Grundy.. les événements présents. 4) Ibid. 2. p. Le lien entre Thucydide et la médecine a été précisé de façon magistrale par G. 2) Cf. Les belles analyses de Mme J. connaissant d'avance et prédisant d'après les malades qu'il voit. 29 sq. de Romilly. passés et futurs в1. Ce dernier auteur remarque : « On peut dire que son exposé des faits risque justement d'être trop rationnel. comme semble le croire Mme de Romilly. de Romilly ont montré que le temps du récit de Thucydide était logique jusque dans ses plus intimes détails.). Oxford. p. Histoire et raison chez Thucydide. Prognostic. C'est en ce sens que Collingwood a pu dire qu'il était plus le père de la psychologie historique que de l'histoire (op. 3) J. d'un relatif échec de Thucydide. dans la mesure où il procède d'une sorte d'unification de l'histoire » (p. Relativement fréquents sont les cas où « la simple juxtaposition chronologique constitue. I. Thucydide est l'héritier et le disciple de la médecine grecque et une des premières tâches de la médecine.. 276-78. Les mêmes faits sont ainsi susceptibles d'une double interprétation. Le raisonne ment récurrent et la loi générale de l'impérialisme permettent de faire de Minos un précurseur. 1956. Thucydides and the history of his age. un prototype de l'impéria lisme athénien. dès les premières lignes. N. 1948. Oxford. d'une armée coalisée comparable à celle de Brasidas et de Gylippe2. . d'Agamemnon le chef. p. I. Si le livre Ier nous apparaît.

c'est-à-dire de mythes. entre la loi et la nature. 1907. Les mêmes récits qui apparaissent. le passé devient une source de para digmes. cit.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 71 événement unique.. Mais précisément il s'agit d'un appel .. l'effort de la génération précédente. les remarques de Mme de Romilly. opposition entre la yvcó[x7] et la tu^7) autrefois mise en lumière par Cornford2. à propos du récit de l'arrivée de Gylippe à Syracuse. 57. comme une logique en action attachent la plus grande importance à chaque instant gagné ou perdu par l'un ou par l'autre des adversaires1. 3) Cf. c'est par rapport à lui qu'il se définit. * * * C'est à la lumière de ces faits qu'il faut maintenant présenter rapidement le problème du temps tel qu'il s'est posé aux hommes du ive siècle. le passé redevient le temps des dieux. qui apparaît déjà chez Homère. Aussi bien l'appel à l'histoire est-il constant chez les écrivains du ive siècle et d'abord chez les orateurs. elle n'en est pas moins obligée d'intégrer. par conséquent. séparé qu'il en est par la terrible crise qu'a racontée Thucydide. 82 : « Pendant la paix et la prospérité les cités et les parti culiers peuvent être raisonnables (àpieivouç тас yvco^aç ïypvGi). Si le monde de Platon et d'Isocrate s'oppose en bloc au monde d'Hérodote et des Sophistes. parce qu'elles ne tombent pas dans des nécessités indépendantes de leur volonté » (da) . Un homme comme Isocrate élimine toute distinction entre le temps mythique et le temps historique.p. Une telle dualité n'est pas chez Thucydide un simple fait stylistique. La réflexion sur le temps peut prendre une figure radicalement nouvelle au ive siècle. trouve ainsi chez Thucydide une expression radicalement nouvelle.. THC. Même un Platon ne peut pas ignorer le temps et l'histoire. il serait facile de montrer comment elle correspond dans son œuvre aux grandes opposi tions qui caractérisent sa vision de l'histoire. peut-être même entre la paix et la guerre3. celui 1) Cf. 2) Thucydides Mythistoricus. et auquel rien dans le passé ne peut tout à fait se comparer. Mieux. entre le discours et le fait. op. Le vieux dialogue de l'ordre et du désordre dans le temps. fût-ce pour en modif ier radicalement le sens. Londres. III..

). Le thème est. ne remontait pas au delà de la génération des guerres médiques. le Périclès de Thucydide. III.1956.. marque un souci du présent. Le seul orateur peut-être qui ose s'en prendre au mythe des grands ancêtres. 47 sq. nous n'avons pas vécu une vie d'homme3. 132 . n'est pas le temps historique. seul dieu à y être nommé. il s'agit de mettre à l'épreuve du temps la formule : « S'il y a de l'un » (è'v et ecttlv). 28 sq. dans quelle mesure a disparu. Schmitz Kahlmann.). mais il serait intéressant d'étudier dans les plaidoyers civils du ive siècle.). comme tout historicisme. première. 47 sq. le passé n'est plus le passé. Festugière (Révél ation. dans la pensée platoni cienneest celle du temps rectiligne. Panég. » Dans ces conditions. . t. Leipzig. Il est caractéristique. Philologue. sorte de monstre qu'il est difficile d'enfermer dans un contrat. Rien de plus typique que le perpétuel appel de Démosthène aux Marathonomaques2.. p. le signe de l'optimisme du ive siècle.envahissement du monde humain par le dieu temps soit vraiment comme le pense A. Nos allusions aux orateurs ne concernent que le temps historique. Gernet. est aussi celui qui. le temps 1) Les textes ont été analysés par G. avec les progrès de la technique commerciale. il est un appui contre l'irrésistible évolution. Les différents éloges d'Athènes accumulent souvenirs et mythes. évoquant les changements du monde au temps d'Alexandre. fasse allusion aux progrès de la seule xéxvvj qui se développe effectivement de façon massive au ive siècle : l'art militaire. Le temps. II. 379 sq. mais la cité ellemême doit tout aux dieux (ibid. il est le présent tel qu'on voudrait le voir. mais « la divinité qui surveille toutes choses chez les mortels »4. 1939. a cette phrase bouleversante : « En vérité. Cf. Journal de Psychologie.. Suppl.-J. 75: 4) Tod.).72 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS des dons divins1. op. cit. son adversaire Eschine. L'historicisme d'Isocrate. Au ve siècle. familier aux dénoue mentsdes tragédies. le Temps auquel fait appel l'épitaphe des morts de Chéronée. Lorsque dans la deuxième hypothèse du Parménide. Au ive siècle. Athènes doit apparaître comme l'évergète semi-divin de la Grèce. cf. dans la célèbre oraison funèbre.. Tel doit être le destin des rois auxquels il fait appel. passim. la vieille conception des peuples. par ailleurs. Mais son erreur est de croire qu'il s'agit d'un trait permanent de la pensée grecque. Das Beispiel der Geschichte im politischen denken des Isokrates. Contre Clèsiphon. . Il est curieux de voir l'usage que fait Isocrate du thème du premier inventeur. op. n° 176. XXXI. Ambassade. L. Il est utilisé au profit de la cité (cf. dans les formes archaïques du Droit. comme on l'a vu. Je ne suis pas très sûr que cet . 3) Eschine. cit. p. 155 sq. qu'un des rares textes de Démosthène où l'on sente le temps s'écouler (Philippiques. L'expérience temporelle. 2) Tous ces faits ont été très bien analysés par Van Groningen. cahier IV.

Ce raisonnement vient d'Heraclite. » II est impossible. dont je tire ce texte n'est. ad loc). c'est-à-dire du cycle2. 156 d-e. tous deux s'y refusent. L'Un participant au temps du Parménide s'immobilise dans l'instant.. 52 d. autrement dit le devenir d'Heraclite sans l'intervention du Xoyoç.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 73 dont il s'agit. sont reprises en tête. Gomme chez Heraclite également.. 987 b et sqq. Philèbe. il éprouve tour à tour. 4) Ibid. Métaph. A 22. 70 d. « Être simultanément côte à côte dans l'homme.. Cf. le devenir est une chaîne de contraires. ad loc. 155 b-c. Plato and Parmenides. — engendre le mobilisme universel. 155 b-c. après avoir été délivré de ses liens. De même. L'analyse du temps linéaire aboutit donc à cette simultanéité des contraires. allant d'un 1) Parménide.. . c'est la sensation. cf. Portant en lui toutes les contradictions et participant au temps. c'est-à-dire de l'inconnaissable. La <t troisième hypothèse ». Voir aussi Théétète. Londres. temps qui avance (ícopsoó^svoc) qui se définit simplement par un passage de l'avant à l'après. dont Socrate éprouve la vérité lorsque dans sa prison. 24 c-d . 7) Aristote. Platon nous le dit expressément : « Supposons qu'il existe un devenir en ligne droite (sùGsux tiç sfy 7) yevecnc). dans le Théétète. 155 e sq. cependant. 6) Parm. rappelons-le avec Cornford (op. il participe à tous les contraires. l'hypo thèsede Protagoras : la science. « Tout ce qui a naissance » est sujet à cette loi3. 2) Théétète.. ne peut être qu'un temps rectiligne1. mais qu'on poursuive l'un et qu'on l'attrape. qu'un appendice à la seconde dont les conclusions : s'il y a de l'Un. à cette « dyade indéfinie du grand et du petit ». C'est ce qu'a très bien noté Cornford. 152 b sq. qui est pour Platon l'équivalent de la matière7. A 6. 5) Parm. Robin. cit. 3) Phédon. Diels7. Le temps linéaire c'est la mort du temps. notamment à ceux provoqués par le temps. donc changeant. on est presque contraint d'attraper toujours l'autre aussi comme si c'était à une tête unique que fût attachée leur double nature4. Timée. 22 [12]. douleur et plaisir. oltotzoç). de fonder sur cette séquence une science. hors du temps »6. 1939. où il est à la fois plus vieux et plus jeune que lui-même5. trad. il ne peut le faire que « dans cette nature étrange de l'instantané (y) s^at<pv7)ç auTY) yvaic. 60 b.

s'appuie que sur des « incantations » et de « vieilles traditions. 6) Ibid. alors tu t'en rends compte. toutes choses finalement se figeraient en la même figure. « faite de paroles irrévocables.G. c'est alors que l'entretien n'a pas dépassé le niveau dialectique de l'image.' d'autre part (Platon et le problème de la tragédie. Le philosophe convaincra ses semblables dans cette existence ou dans l'autre. quelque chose comme un cercle de leur révolution »2. c'est dès le niveau de la sensation qu'apparaît s l'exigence d'un temps cyclique. .. V. tu es jeune. que la critique delà tragédie. le progrès du temps (7rpoí(ov ó xpovoç) te fera changer d'opinion sur bien des points. mais encore à celle du grand mythe où est décrit l'éternel « changement des êtres animés selon l'ordre et la loi du destin »6. Suggérons à M. n'est précisément qu'ex machina. p. d'actions irréparables et d'événements dont l'enchaînement rigoureux est déterminé par la causalité mécanique du devenir » (p.« Faible laps de temps ». C'est ce postulat qui donne au philosophe et au . « Ce délai n'est rien comparé à la totalité du temps » (sic oùSèv (xèv o5v coç y£ rcpoç fôv (bravra)3. Goldschmidt que la tragédie visée est moins celle de Sophocle ou d'Eschyle. Dans le Phédon.. 183-185. 1948. qu'il ne. Paris. Dies). 72 a-b.» (en l'o ccurrence pythagoriciennes) que Socrate affirme l'existence nécessaire d'une « éternelle compensation des générations. p.. En fait.74 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS des contraires vers celui seulement. 58).. qui lui fait face et sans retourner en sens inverse vers l'autre ni faire le tournant . « Maisons de correction » (Diès) me paraît un peu faible. R. doit se comprendre non seulement à la lumière des « camps de réflexion » (асо<ррспд<ттг)рих)5. 1945. que l'espoir d'immortalité n'est encore qu'un. 72 b. 4) Lois. imitation de la vie humaine. suppose une critique du temps linéaire. pari. . 2) Phédon. 3) Rép. 498 d. 5) Ibid. 908 e. législateur sa sécurité.. 888 a-b (trad. 20-63).E. Le mot du sage à l'athée : « Mon fils. La peine de mort 1) Phédon. Cf. par exemple. 77 e. 70 c. chez qui la scène finale remet l'action dans le temps des Dieux (voir. lui dit-on ironiquement. sauf sans doute dans les Bacchantes. Goldschmidt. Les dialogues de Platon. et penser au rebours de ce que tu penses maintenant »4. 904 с. Goldschmidt a pu montrer. le même état s'établirait en toutes et elles s'arrêteraient de devenir »(xal 7гоа>стоито yiyvó^sva)1. la fin de Prométhee ou celle ďGEdipe à Colone) que la tragédie humaniste d'Euripide où le dieu au commencement et à la fin.

permet de le comprendre. Telle est du moins la pensée de Platon à partir de la Répub lique. ad loc. Un monde fait d'une alternance réglée de contradictions est donc une donnée explicite de la conscience platonicienne. dans le cas du Phèdre. le cycle des saisons est « devenir orienté vers l'essence » (yévecuç elç.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 75 elle-même prévue pour les athées irréductibles1. L. 909 a-c. Tel est aussi le cas du temps proprement dit tel que le définit un passage célèbre du Timée*. Et non de l'existence comme comprennent Diès et Robin.) ne prévoient le salut définitif (c'est-à-dire. ni celui du Phèdre (246 a sq. 1935. qui parle de temps « monodrome ». il est donc mouvement. 3-37. 614 b sq. Cf. celle-ci ne peut être valorisée que par le détour de l'essence. principe auto moteur. Robin.. et p. 38 a. p. 155. E. oùcriav)3. 54 c.. 2) Philèbe.) : l'arrachement au temps a donc cessé d'être possible aux yeux de Platon (voir cependant Rép. Le temps est ce par quoi la yévetjiç est susceptible de se rapprocher du monde des idées. 1) Ibid.. mais comme toute donnée. Taylor. 26 a-b. dans le platonisme. Dans les Lois (898 d). 1955. F. Platon. du fait de la fiction démiurgique. Levi. « l'âme mène la ronde de toutes choses » (trad. 615 d). la certitude pour l'âme ayant retrouvé des ailes de ne pas retomber). le cycle des grands mythes eschatologiques devien dra marche du monde. Mass.. . ne peut pas être le « châtiment suprême ».G. R. Tout devenir est « en vue de l'essence » (oùaiaç è'vexa)2. Robin).. 678-691. Four views of time in ancient philosophy. Le temps est une création. 1948. ad loc. du reste. M. cf.E. Plato's cosmology. Callahan. op. . ni le châtiment éternel qu'admettent le Phédon (114 cř) et le Gorgias (614 с sq.). c'est-à-dire un mixte. A commentary of the Timaeus. Cornford. Ni le mythe d'ER (Rép. 4) Timée. cit. 59 sq. Les planètes sont créées pour définir les nombres du temps. 365-66. Voir par exemple J. II concetto del tempo nei suoi rapporti coi problemi del devenire nella filosofla di Platone. 37 c-d sq. Pour une vue plus large : A. et J. Mugler. Alors seulement. Le temps dérive ontologiquement de l'âme du monde. p. L'oùaia a été précédemment défini comme аито хосб'абто (53 cř). p. Temps multiple. qui parle de temps newtonien et Ch. Cambridge. 3) Philèbe. Moreau. Paris. Tel est bien le sens de cette expression. qui progresse suivant la loi des nombres ». Mouvement circulaire évidemmment (хат 'áptO^ov xuxXoúfzsvov). 1921. Le devenir organisé ainsi.. 5) Cette dépendance n'apparaît pas dans le Timée. Turin. p. mais ce mouvement est mesuré et par là même nié5. Texte qu'il ne faut pas aborder sans montrer ce qui. il « naît » de la joie du démiurge devant le monde qu'il a fabriqué et qu'il veut rendre encore plus semblable à son modèle... F.. Ainsi apparaît — avec le ciel — « une certaine image mobile de l'éternité. Il n'est nullement besoin de réfuter A.

Platon prend ainsi une attitude opposée à celle de Démocrite (frgt 183. 540 a). 3) Ibid. Au* fur et à mesure qu'on descend l'échelle des êtres. c'est-à-dire de sortir du temps. Si les vieillards sont plus sages que les enfants. Goldschmidt. comme tout être vivant. Le temps sort donc de ses gonds.. C'est ce qui apparaît avec une totale clarté dans les Lois. Sur la fonction des vieillards dans la dernière œuvre de Platon. La philosophie politique de Platon dans les Lois. puisqu'une dévia tionpériodique des orbes des planètes engendre des catas trophes4.. la part de matière augmente. dont un seul est philosophe — mais il ne le dit pas — et que leur âge à lui seul rend proches de la divinité. 1953. 546 a. Mais cette multiplicité est hiérarchie. cf. Louvain.. faite de répétitions calquées sur celles d'une « musique » idéale6. Schaerer. Rivaud). Revue phil. Ainsi peuvent s'expliquer. 24. 379-412. achevée lorsque tous les cercles ont repris ensemble leur mouvement initial et que le mouvement a. et les cercles des âmes subissent « toutes les brisures et tous les troubles possibles et c'est à peine si leur rotation a pu demeurer continue »2. 43 d-e (trad. 2) Timée. Cette hiérarchie est enfin dominée par une mesure commune . par conséquent. p. dans le monde comme dans la vie humaine.sur le matériel. 5) Ibid.. Van Houtte.76 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS Chaque astre a son temps. 659 c-d. Le discours des trois vieillards. la grande année. c'est parce que la révolution du cercle du même l'emporte chez eux sur le cercle de l'autre5. p. bien avant que Plotin ne lui consacrât un traité » (V. 39 d. 43 b. Mais ce progrès a lieu « avec le temps » (smovToç tou opovou). suit une courbe en spirale. voir M. c'est-à-dire en imitant l'éternité. Diels) pour qui l'âge ne saurait nous rendre sages. 6) Lois.. 1953.. p. 55). Le monde est à la fois très vieux et très jeune. 4) Ibid.. chaque espèce « a son cercle » à « l'intérieur duquel elle se meut -»1.. . Ce n'est qu'à cinquante ans que les philosophes de la Répub lique ont le droit de contempler le Bien (Rép. les faits qui paraissent relever du temps linéaire. L'itinéraire dialectique des lois et sa signification philoso phique. « On sait que le problème de savoir « si le bonheur s'accroît avec le temps » était constamment débattu dans les Écoles. 22 d. Dans le mixte qu'est l'homme. 1) Дер. été annulé3. Stoïciens. le temps sera cyclique dans l'exacte mesure où le divin l'emportera.

le temps de l'histoire n'est que hasard et désordre. Paris. 889 6-e. Entre le cycle cosmique et l'agitation de la matière. Souilhé). qui expliquent par le hasard la création du monde et par l'art humain — l'invention.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 77 La plus haute notion à laquelle puissent parvenir les nonphilosophes de la cité des Magnètes est l'âme du monde. l'histoire platonicienne sera réglée d'une manière rigoureusement parallèle au temps. Platon constate que « tout marche à la dérive » (cpepójAsva ópóávxa 7rávT7) toxvtcoç). « La race humaine a une affinité naturelle avec l'ensemble du temps qu'elle accompagne et accompagnera toujours à travers la durée . 5) Lois. comme il s'inscrivait sur la tombe des soldats de Chéronée. p. 4) Ep. R. Paris. Mais on. Banquet. 2) Lois. 68. 207 a sq. cf. 312-349. Dans la cité des Lois. Reverdin.les 1) J. Des Places) . mais qui reste la source du temps cosmique.. . 62-73 et P. le temps cosmique s'inscrit dans la constitution. la législation des hommes6. Les prisonniers de la caverne s'exercent à « discerner . ne peut fonder sur le hasard — ni sur l'histoire — une philosophie de l'histoire.E.G. . héritiers de Critias. Boyancé. Les natur alistes. de Démocrite et de Protagoras se trompent. VII. tant dans la ville que dans le plat pays. 3) Lois. Moreau. 626 a. L'âme du monde de Platon aux stoïciens. O. 828 b-c. Les citoyens sont répartis en douze tribus réparties entre les douze grands dieux. La religion de la cité plato nicienne. « les états ne cessent d'aller par soubresauts de tyrannies en oligarchie et en démocratie »4. La religion astrale de Platon à Cicéron. » Cette participation doit être réglée. 325 e-326 d (trad. le sol divisé en douze sections. A première vue. 1939. 1952. c'est par là qu'elle est immortelle en laissant des enfants à ses enfants et ainsi grâce à la permanence de son unité toujours identique en participant par la génération à l'immortalité2. p. Moreau1. dans la vie religieuse et sur le sol même de la cité. p. 6) Lois. 1945. 721 с (trad. 745 6-e. Temps contradictoire qui engendre la pire des contradictions : la guerre permanente5. Enfin le culte suprême sera le culte des astres3. une âme coupée du modèle idéal. Il n'y a pas moins de trois cents cérémonies par an.. comme Га montré J. 967 a sq. cf.

La décadence de la cité idéale est le pen dant de sa construction qui a lieu hors du temps. L'histoire est immense. incommens urable » du temps. « à se rappeler le plus exactement ceux qui passaient régulièrement les premiers ou les derniers. dans le même ordre de grandeur. connu toutes les formes de constitutions ? Parfois de petites sont devenues grandes.. étaient grandes. 5). Des Places modifiée. 676 b-c. si le mythe du Politique affirme que sous le règne de Zeus (nouvelle allusion à Hésiode) les hommes sont en marche vers « l'océan de la dissemblance »4. ne croit pas qu'une évolution soit réversible : « J!avancerai dans la suite de mon récit. . Dans un cas comme dans 1) Rép. maisc'est une histoire cyclique. la plupart sont devenues petites . Chez les ombres. rythmée par les catastrophes pério diques auxquelles l'Egypte échappe non parce que humaine par excellence. 516 c-d. A l'intérieur. 3) Lois. 2) Timée. car de celles qui. jadis. Pour qui embrasse la longueur « infinie. Tel est le cadre dans lequel s'inscrit l'histoire platonicienne. Chambry.. Thucydide exerce donc une sorte de royauté. celle-ci ne sera ni une histoire du Bien — un progrès — ni une histoire du mal. trad. et que non moins nombreuses. lui. Le cycle de Zeus est le pendant du cycle de Cronos. 4) Politique... N'ont-elles pas aussi. et celles qui étaient grandes de mon temps étaient petites autrefois » (I. Hérodote. de meilleur est sorti pire et de pire meilleur »3. mais parce que proche entre toutes de la divinité2. . ces textes ne se comprennent que replacés dans leur contexte. Hérodote est mis également à sa place. 21 e-22 b.parallèle avec l'entretien d'Hécatée et du prêtre d'Ammon Thèbes chez Hérodote. furent celles qui disparurent. Au bien pur succède le mal pur. ou ensemble » . autre symbole de l'éternité5. trad. de façon répétée. de grandes sont devenues petites. parcourant indistinctement les grandes cités des hommes et les petites . il est évident que « des milliers et des milliers de villes se sont succédé.78 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS objets qui passent ». 273 d. et se croient par là les plus habiles à deviner ce qui va arriver (á7iofxavTeuo|xév<p то (xsXXov rfeziv)1. Si les livres VIII et IX de la République peignent à-la manière d'Hésiode l'évolution de la cité idéale vers la tyrannie. une décadence. Le fameux entretien de Solon et du prêtre de Sais est rigoureusement .. 5) Les hommes du cycle de Cronos naissent vieillards et meurent enfants.

et Robin.TEMPS DES DIEUX ET TEMPS DES HOMMES 79 l'autre. 1945. c'est le choix par les rois d'Argos et de Messène d'une constitution tournée uniquement vers la guerre. Cambridge-Mass. 1 : The spell of Plato. VII (V). Antislhenes redivivus. Dans le mythe du Politique (274 c-d).. c'est-à-dire celle de Sparte et de la Crète au dire 1) Cf. cesse d'être un mixte1. alors que l'histoire n'appartient pas au domaine de ce qui a un sens. t. Il y a bien un ordre dans la série des cités. et notamment celui du progrès technique et politique. le temps de l'histoire est décomposé... on voit naître aussi « abondance de vices et abondance de vertus »5. Les grands thèmes de l'histoire humaniste des sophistes du ve siècle. 4) Ibid. et avec elle la çpovr^iç. toujours inutile. Levinson. et on ne saurait chercher chez Platon un sens de l'histoire. de prendre Platon à la lettre {Pol. Platon offre alors à ses personnages à tout moment. bonne ou mauvaise. Le Mal. Il s'agit de la transcription d'une même réalité sur deux registres différents peignant dans la Politique une décadence irrémédiable. ce sera la constitution de Sparte avec sa triple chance historique : la double royauté. Oxford.. 1959. 678 a. 3) Lois. 6) Ibid. les inventions humaines sont décrites en termes de dons divins. p. Le Bien. La religion de Platon. Il a été suivi dans cette voie par K. J. une « invention » n'a de sens que dans la mesure où elle s'inspire d'un modèle divin. en somme.. créateur de l'éphorat6. Cf. le philosophe reste libre. . Ce livre vigoureux.Platon. Paris. Popper. In defense of Plato. • 677 b sq. Progrès mécanique qui fait passer l'humanité de la famille à la bour gade.). 278. 1953. Mais dans une perspective platonicienne. p. Popper's attack on Plato. R.. de Vries. mais cet ordre n'est pas un ordre historique2. Platon insiste sur la dépendance totale de ses « primitifs ». 119. Mais même dans le cadre d'une histoire proprement humaine. Marx et Hitler a soulevé toute une polémique parfois brillante. la possibilité de bifurquer vers le Bien ou vers le Mal. avec l'aide de la тих?). 691 d sq. 2) Aristote a fait semblant. sur ce point comme sur tant d'autres. 5) Ibid.abandonnée Isocrate4. Lycurgue. 1953 et R. de la bourgade à la ville. Le livre III des Lois illustre à merveille cet état de choses. The open city and its adversaries. 683 a. qui a fait de Platon un précurseur de Hegel. de la ville au peuple dès qu'apparaît la 7coXiç. С. 1316 a sq. celui des inventions humaines y reparaissent3.. Leyde. Platon reprend même la distinction entre temps mythique et temps historique qu'avait. le. Goldschmidt.

de l'autre. la rentrée dans le cycle des contraires. Pierre Vidal-Naquet. 625 с sq. pour rendre compte du changeant. n'est pas un terme. Jeu gratuit.. pour une vieille cité. 1) Ibid. D'Homère à Platon les dieux et les hommes n'ont donc cessé de jouer un jeu singulièrement compliqué. . Est-ce un hasard si ce sentiment est contemporain de la période la plus éclatante de la civilisation grecque ? Le pessimisme est déjà sensible chez Thucydide. Le fait le plus frappant à notre sens est la scission qui se produit au ve siècle entre la « science » et « l'histoire ». plus étendue — et plus complexe — que celle-ci... D'un côté. 686 a sq. le sentiment que l'humanité s'arrache peu à peu spirituellement et matériellement à l'enfance. qui répartit les progrès sur un long espace de temps »2 peut éviter la catastrophe que serait. Ce qui a duré procède à sa manière de l'éternité.80 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS du Cretois Clinias et du Lacédémonien Mégille1. l'affirmation d'une cosmogonie qui. Mais la pensée platonicienne. si elle marque un tournant. la mesure — bien peu probable — où son terme sera . Le temps des hommes n'aura donc eu de signification que dans. « Seul un changement léger et précautionneux. ce qu'a fait le temps est sacré. ne pouvait que prendre une forme cyclique . Double visage d'une même réalité ! Le récit « historique » des Lois se termine par la décision de construire une cité idéale. une cité tout entière construite autour du temps des Dieux. Et pourtant. Contemporain de la crise de la cité — l'oiseau de Minerve ne prend son vol que la nuit — Platon résume et intègre l'apport de ses prédécesseurs tout en réagis santviolemment dans un sens archaïque. et ceci est un trait fondamental de la dernière philosophie plato nicienne. lui-même dépourvu de sens ? Le problème vaudrait qu'on lui consacrât une autre étude. 736 d. 2) Ibid. C'est avec lui que l'idée de cycle réapparaît dans l'histoire.