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Centrafrique : les « anti-balaka » menacent de replonger Bangui dans le chaos

19/12/13 07:49

Centrafrique : les « anti-balaka » menacent de replonger Bangui dans le chaos
LE MONDE | 16.12.2013 à 11h50 • Mis à jour le 16.12.2013 à 20h08 | Cyril Bensimon (/journaliste/cyril-bensimon/) (Bangui, envoyé spécial)

Des hommes appartenant ! la milice "anti-balaka" posent dans un village situé à proximité des faubourgs de Bangui. | MICHAEL ZUMSTEIN/AGENCE VU POUR "LE MONDE"

Dans les faubourgs de Bangui, le caporal-chef Arsène, dit « Rambo », n'est pas un guerrier solitaire. Ce barbu légèrement bedonnant a derrière lui une petite armée dépareillée mais dont les rangs continuent de s'étoffer. Cet ancien soldat du rang est, ce dimanche 15 décembre au matin, en tournée d'inspection sur les bords de la rivière M'Poko. Dans une école du quartier Boeing transformée en centre d'instruction, des hommes, des adolescents et quelques filles se forment à la hâte aux rudiments de la chose militaire. Ils sont peut-être 200, encadrés par des soldats en rupture avec le pouvoir du président de la transition, Michel Djotodia soutenu par l'ex-guérilla de la Séléka. Le cadre champêtre fait penser à un village perdu au milieu de la brousse, mais le centre-ville est à moins de cinq kilomètres et l'aéroport à portée de tirs.

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Le caporal-chef Arsène se dit à la tête d'un « mouvement de révolte des forces armées centrafricaines pour le peuple » dont le programme tient en une phrase : « Faire partir Djotodia et ses terroristes. » Son adjoint, un autre caporal-chef qui a pris le surnom de « Coeur de lion », assure disposer aujourd'hui de 1 700 éléments prêts à combattre les Séléka. Pour cela, un certain nombre d'hommes disposent d'armes de guerre, essentiellement des kalachnikovs et des lance-roquettes. Le gros de la troupe n'a pour se battre que des machettes ou des gourdins. Lire le diaporama › Accédez au portfolio

Ces soldats des ex-Forces armées centrafricaines (FACA) au temps du président François Bozizé, chassé du pouvoir en mars par la Séléka, racontent qu'ils n'ont pas eu d'autre choix que d'entrer en rébellion. « J'ai fait douze ans dans l'armée. Quand les Séléka sont arrivés, on a fui et puis on est revenu mais Djotodia n'a pas voulu travailler avec nous. Il a commencé à tuer les militaires. Il veut dissoudre l'armée, alors il y a huit mois, nous nous sommes reformés et aujourd'hui nous sommes partout dans Bangui » , explique « Rambo ». « Djotodia considère tous les militaires comme des pro-Bozizé, alors que nous sommes apolitiques », ajoute son adjoint. Les deux hommes refusent aujourd'hui l'appel au dialogue lancé par le pouvoir. « S'ils ne veulent pas qu'on massacre des musulmans, Djotodia doit démissionner » , avance « Coeur de lion ». Descendus d'une colline du sud-est de Bangui, ces « anti-balaka » jouent la même partition que d'autres installés près de l'aéroport. LES SOLDATS DÉPOURVUS Bardé d'amulettes, l'un de leurs chefs « Douze puissance », un ancien éleveur de porcs, dit avoir pris les armes après que les Séléka eurent tué sa femme et ses deux enfants. Les quelque trente combattants qui l'accompagnent dans le village de Kokpa sont couverts de colliers de fétiches censés les protéger des balles ennemies, le front ceint d'un ruban rouge et pauvrement équipés de fusils de brousse à un coup qu'ils ont euxmêmes confectionnés, de machettes, d'arcs, de houes… Les chefs de cette milice villageoise jurent ne vouloir exercer aucune revanche sur la communauté musulmane mais leurs états de service dans les localités qu'ils ont traversées prouveraient le contraire. L'attaque surprise – et conjointe – de ces différents groupes sur Bangui, le 5 décembre, a bouleversé la donne en République centrafricaine. Après l'assaut, les Séléka – officiellement dissoutes mais toujours actives – se sont lancées dans une campagne de représailles qui a fait au moins 600 morts dans la capitale. Les haines intercommunautaires se sont exacerbées. Afin d'enrayer cette spirale, l'armée française a dû précipiter
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son déploiement et concentrer l'essentiel de ses effectifs sur Bangui.

Un soldat français lors d'une opération de désarmement, le 9 décembre à Bangui. | AFP/FRED DUFOUR

Aujourd'hui, pour éviter un nouveau bain de sang, elle tente de maintenir à distance les groupes armés opposés au pouvoir et de poursuivre l'encasernement des Séléka. Le désarmement effectif des factions viendra après. Tous ces groupes sont aujourd'hui surveillés par les soldats français de l'opération « Sangaris ». Mais comment enrayer les lynchages de civils par d'autres civils ? Des sources militaires et diplomatiques reconnaissent que les 1 600 soldats français et les 3 200 soldats africains ne sont pas assez nombreux pour empêcher ces actes de vengeance. Samedi, Mandra, un musulman que la foule accusait d'être un Séléka, a été massacré dans le quartier de Combattant. Ses assassins se sont acharnés sur sa dépouille pendant plusieurs minutes. Son fils, qui l'accompagnait, a également été tué. D'après le président de la communauté islamique centrafricaine, l'imam Kobine Layama, Mandra n'était qu'un bijoutier camerounais converti à l'islam, un homme modéré qui tentait de rapprocher les communautés. Son meurtre et la séance de mutilation se sont produits à deux cents mètres de militaires français postés à l'entrée de l'aéroport. Selon des officiers de l'opération « Sangaris », les soldats n'ont rien vu et ils n'ont jamais laissé faire un lynchage sans intervenir. Cyril Bensimon (/journaliste/cyril-bensimon/) (Bangui, envoyé spécial) Journaliste au Monde
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