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Mercredi 12 octobre 2011

Plaisir Argent 13
Philatélie

La philatélie à l’heure numérique
La mise en ligne d’une vaste bibliothèque philatélique par Yvert et Tellier et la création d’un Portail du timbre par La Poste ouvrent une nouvelle ère pour les philatélistes internautes
Timbres
revient à 99 euros. « Pour le prix de deux catalogues papier », conclut ChristopheYvert, quiviselaclientèle étrangère, que la bibliothèque en ligne dispense de lourds frais d’expédition; « le collectionneur a accès à l’ensemble des volumes. » Autre temps fort de la rentrée, la mise en ligne, le 18 octobre, du Portail du timbre (Leportaildutimbre.fr), à l’initiative de Phil@poste, direction chargée à La Poste de la fabrication, de la vente et de la promotion des timbres. Ce portail, où « tout est gratuit », explique Laurent Albaret, directeur du pôle numérique à Phil@poste, est un agrégateurdecontenusquirassemble l’information philatélique et offredifférents services:lettred’information, blogs, calendrier des émissions, etc. C’est une plate-forme d’échange entre néophytes et professionnels, qui sera symbolisée par un tchat d’ici à début 2012. Unebasededonnées, encollaboration avec L’Adresse-Musée de la poste pour la partie historique et avecPhil@postepourlapartietechnique – le Dicotimbre® – sera consultable: «C’est la première fois qu’une poste met en ligne les visuels de l’ensemble des timbres imprimés par ses soins », explique Laurent Albaret. Les collectionneurs pourront ajouter des informations que le pôle numérique validera avant leur mise en ligne, sur le modèle de Wikipédia. «Notreobjectif estde faire connaître le timbre auprès du grand public, de montrer qu’il n’est pas désuet », précise-t-il. La révolution numérique est en marche ! p Pierre Jullien

La Poste fait dans la dentelle
Dentelles de type Chantilly, du Puy-en-Velay ou de Calais : La Poste innove en diffusant quatre timbres sur papier gommé sur lesquels sont apposés des morceaux de dentelle mécanique véritable, encollés à chaud. Chaque timbre, d’une valeur de 2,50euros, tiré à 400 000 exemplaires, est en vente depuis le 10 octobre, par correspondance, auprès du service clients de Phil@poste, avenue Benoît-Frachon, BP106 Boulazac, 24051Périgueux Cedex 09, ou sur le site Laposte. fr/timbres.
De l’art, enfin !

L

a philatélie, peu à peu, fait sa mue numérique. Il est déjà possible d’acheter par Internet des timbres auprès des offices postauxdumondeentier,ouderéaliser ses propres timbres en ligne avec l’offre MonTimbraMoi (Montimbramoi.laposte.fr) – déclinée récemment sur une application mobile et sur une page Facebook –, ou d’imprimer des timbres à domicile (Montimbrenligne.laposte.fr), d’envoyer une lettre recommandée électronique ou encore de se connectersurlescataloguesdevente des principaux marchands… Une nouvelle étape vient d’être franchie avec la mise en ligne de la première bibliothèque philatélique numérique. L’éditeur amiénois des catalogues de cotation des timbres Yvert et Tellier – société fondée en 1896, réalisant 7millions d’eurosdechiffred’affaires en2010 et comptant 43 salariés – permet aux internautes de consulter l’intégralitédeses 22catalogues, quicouvrent le monde entier. Ils se présentent sous la forme d’un livret virtuel à feuilleter, soit 18 580 pages, qui représentent près de 760 000 timbres émanant de 820 administrations postales actuelles – ou disparues – depuis que le timbre a été créé, en 1840. Aujourd’hui, l’Union postale universelle (UPU) ne recense plus que 191 pays émetteurs de timbres, qui diffusent près de 15 000 nouveautés par an. « Cette bibliothèqueestunoutildefeuilletage et permet de faire des recherches àpartirdemots-clés», préciseChris-

Douze œuvres de Ben pour 7,20 euros. « Enfin de l’art ! », « Mots d’amour », « Garderem lo moral », « J’aime écrire »… Douze slogans signés Benjamin Vautier, dit Ben, autant de timbres destinés à l’affranchissement de la lettre prioritaire de moins de 20 grammes et qui sont contenus dans un carnet autocollant en vente générale le 24 octobre.

DR

Reggiani,Bécaud etNougaroauprofit delaCroix-Rouge
La Poste met en vente le 17 octobre, dans tous ses bureaux, un feuillet de six timbres à 0,60 euro consacré à des « artistes de la chanson » comme Serge Reggiani, Colette Renard, Henri Salvador, Claude Nougaro, Daniel Balavoine et Gilbert Bécaud. Le prix de vente du feuillet (5,60 euros) inclut un don de 2 euros à la Croix-Rouge française.
Nicolas Vial, trente années dans le rétro

tophe Yvert, le directeur général d’Yvert et Tellier. Une évolutionmajeure pour des catalogues qui connaissent traditionnellement des tirages d’environ 12 000 à 50 000 exemplaires (ce dernier chiffre pour le volume consacré à la France). Un moteur de recherche permet de sélectionner lepaysdésiré.Entapant«Pondichéry », l’internaute accède aux pages renvoyant aux cinq établissementsfrançaisenInde,dont Pondichéry surligné en vert fluo, ou au timbre émis par l’Inde, en 2005, pour le « Cinquantenaire du transfert de facto de Pondichéry ». Autre entrée possible, par la thématique : « Zidane » est ainsi référencé à 31 reprises. Le collectionneur peut accrocher notes et onglets sur les pages qui l’intéressent, ou créer des alertes : « Si vous vous intéressez à une thématique, indique Christophe Yvert, chaque fois qu’il y a une mise à jour qui intè-

gre votre recherche, vous êtes averti par un courriel vous donnant le lien qui amène à la bonne page. » A noter que cet outil ne permet pas de gérer une collection de timbres. Dans ce but, Yvert et Tellier ou son concurrent Philatélix ont lancé

«C’est la première fois qu’une poste met en ligne les visuels des timbres imprimés parsessoins»
Laurent Albaret directeur du pôle numérique à Phil@poste
sur le marché depuis quelques années des logiciels de gestion de collection. Trois formules d’abonnement annuelles sont proposées par l’éditeur, qui compte plus de 600 clients : la plus complète

Nicolas Vial expose jusqu’au 4 février 2012, à Paris, à L’Adresse -Musée de la poste 150 originaux qui sont essentiellement parus dans Le Monde depuis trente ans et les maquettes des timbres-poste qu’il a créées. Un collector de quatre timbres inspirés par ses dessins est en vente (4,90 euros) et un prêt-à-poster sur carte postale offert à chaque visiteur.
L’Adresse – Musée de la poste, 34, boulevard de Vaugirard, 75015 Paris. Rendez-vous au Salon d’automne

Rendez-vous traditionnel à cette période de l’année organisé par le négoce philatélique, le 65e Salon d’automne se déroulera du 3 au 6 novembre, à l’Espace Champerret, à Paris. Au programme : 80 stands de marchands de timbres, une vingtaine d’offices postaux européens et des territoires français d’outre-mer, l’émission de nombreux timbres… dont une émission commune Terres australes et antarctiques françaises-Saint-Pierre-et-Miquelon. Entrée gratuite (renseignements : Cnep.fr).

Bible des collectionneurs, le catalogue Yvert et Tellier 2012 vient de paraître
Timbres
Les philatélistes attendent toujours avec impatience la parution du catalogue de cotation des timbres de France édité par Yvert et Tellier. Ce dernier donne une tendance du marché et leur permet d’évaluer leur collection, de valider leurs transactions et de composer leurs « carnets de circulation » – ces livrets dans lesquels ils disposent leurs timbres à vendre et qui « circulent » parmi les membres de leur association. Tout juste paru, l’Yvert et Tellier 2012 ne manquera pas d’être scruté pour ses évolutions de prix par rapport à l’édition précédente. Sans surprise, le timbre le plus cher de la collection de France reste le 1 franc vermillon de 1849, dont la cote inchangée atteint 95 000 euros dans sa version neuve. La stabilité d’une année sur l’autre de cette valeur phare masque une tendance à la hausse – légère – des « classiques» – les timbres du XIXe siècle –, comme celle du 25 centimes bleu à l’effigie du président Louis Napoléon, qui passe ainsi de 3 800 euros à 4 000 euros, du 10 centimes bistre de l'Empire (de 750 à 850 euros), ou encore de quelques Cérès du siège de Paris, du gouvernement de Bordeaux (1 870) ou encore des débuts de la IIIe République. l’exposition sur les « Joyaux philatéliques. Afrique, île Maurice et Réunion » (2010), il faut multiplier leur valeur faciale par 20 ! En revanche, les timbres récents montrent quelques signes de faiblesse, que traduisent les cotes des années complètes, sachant que sur le marché, ces « années» sont vendues bien souvent à près du quart de leur cote : l'année 1978 perd 1euro, 1982 recule de 3 euros, tout comme 1989 de 2 euros ou 1994, de 3 euros. Cette désaffection touche les blocs de cette période : de 18 à 15 euros pour la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1989) ou de 225 à 180 euros pour le bloc Rouge-gorge (2003), etc. Le timbre à 2,20 francs Thermalisme, paru en 1988, dont la valeur est imprimée en rouge au lieu de bleu, perd 100 euros pour plafonner à 500 euros. Véritable « bible » des collectionneurs de timbres, l’Yvert et Tellier 2012 confirme les tendances observées ces dernières années. Si le marché des vignettes modernes reste déprimé, les « classiques » demeurent des valeurs sûres et constituent un placement solide à long terme, Alain Jacquart, expert du Crédit municipal de Paris, conseille de privilégier « les premières émissions du monde » et « tout ce qui sort de l'ordinaire ». Une opinion partagée par Jean-François Baudot, expert près la cour d'appel de Bourges : « C'est le meilleur moyen de gagner au moins 10% par an », dit-il. Plus prudemment, Roland Granier indiquait dans un « Que saisje ? » consacré à la philatélie paru en 1999 que « le taux de rendement annuel réel des 39 timbres rares et neufs de la période classique ressort à 4 % entre 1900 et 1995 ». Un placement de père de famille… p P. Ju.
« Timbres de France 2012 », Yvert et Tellier, 904 pages, 19,90 ¤ (www.yvert.com).

Un des deux blocs de quatre du 1 franc vermillon Cérès connus avec tête-bêche. DR
série artistique signés Gérard Garouste et Honoré Daumier passent de 35 à 50 euros et de 40 à 80 euros, alors que ces vignettes, dans leur version standard gommée, cotent 4 petits euros. Les timbres de distributeurs (LISA) enregistrent aussi de belles hausses. Pour calculer la cote des vignettes éditées par L’AdresseMusée de la poste à l’occasion de

Records mondiaux
Le 3 skilling banco de Suède, imprimé en 1855 en jaune au lieu de vert et dont on ne connaît qu’un seul exemplaire, a été vendu aux enchères 2,875 millions de francs suisses en 1996. Une lettre avec deux timbres de l’île Maurice de 1847 à l’effigie de la reine Victoria, un « one penny » rouge et un « two pence » bleu, a atteint 5,75 millions de francs suisses en 1993 (environ 4 millions d’euros actuels). Ces prix constituent des records mondiaux pour un timbre détaché et une lettre. Le timbre français le plus cher de tous les temps est un bloc de quatre avec tête-bêche du 1 franc vermillon vif, à l’effigie de Cérès, émis en 1849. Il a été vendu 924 000 euros en novembre 2003.

« Moutons à cinq pattes » Les ajustements les plus spectaculaires reviennent aux « moutons à cinq pattes » : les Marianne de Muller, Durrens (d’après un dessin de Raymond Loewy) et d’Excoffon, des essais non émis, qui n’étaient pas cotées jusquelà, ressortent respectivement à 2 500, 2 250 et à 1 250 euros. La série des quatre feuilles parues en 2010 pour le 40e anniversaire du premier timbre imprimé à Boulazac (Dordogne) vaut 1 000 euros (pour 160 euros de valeur faciale). A la rubrique des « autoadhésifs», les timbres de la