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Règles et signification du jeûne

1. Qu’est-ce que le jeûne ?

Le jeûne est appelé sawm dans le Coran. Le mot sawm signifie littéralement le fait de
s’abstenir. Dans la sourate 18 intitulée Marie, Dieu nous raconte que Marie, la mère de Jésus,
dit : « "Assurément, j’ai voué un jeûne (sawm) au Tout Miséricordieux : je ne parlerai donc
aujourd’hui à aucun être humain". » [2] Le sens de ce verset est : « J’ai voué de m’abstenir de
parler aujourd’hui à n’importe qui ». Au sens de la Loi islamique, le mot sawm signifie le fait
de s’abstenir de toutes les choses interdites pendant le jeûne entre l’apparition de l’aube et le
coucher du soleil, avec l’intention effective de jeûner.

2. Le but du jeûne

Le Coran dit : « Ô les croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux qui
vous ont précédé ; ainsi atteindrez-vous la piété » [3].

La piété (taqwâ) est un terme spirituel et éthique primordial dans le Coran. Il rassemble
l’intégralité de la spiritualité et de l’éthique musulmanes. C’est une qualité du croyant à
travers laquelle celui-ci garde toujours Dieu à l’esprit. Une personne pieuse aime faire le bien
et évite le mal, pour l’amour de Dieu. La taqwâ est une piété, une rectitude et une conscience
vivante vis-à-vis de Dieu. La taqwâ requiert de la patience et de la persévérance. Le jeûne
enseigne justement la patience, et c’est avec cette patience que l’on peut se hisser jusqu’au
stade de la piété.

Le Prophète - paix et bénédictions sur lui - dit que le jeûne est un bouclier. Il protège en effet
la personne du péché et des désirs libidineux. Lorsque les Apôtres interrogèrent Jésus sur la
manière de repousser les esprits maléfiques, celui-ci leur aurait répondu : « Mais cette sorte de
démon ne sort que par la prière et par le jeûne. » [4] Selon l’Imâm Al-Ghazalî (mort en 1111),
le jeûne produit chez l’être humain quelque chose qui a trait à la qualité divine de la
samadiyyah, en ce sens que le jeûne le libère de la dépendance. L’Imâm Ibn Al-Qayyim (mort
en 1350) considérait le jeûne comme un moyen de délivrance de l’esprit humain des griffes du
désir, permettant ainsi à la modération de dominer l’aspect charnel de l’homme. L’Imâm Shâh
Waliyullâh Ad-Dahlawî (mort en 1762) considérait le jeûne comme un moyen d’affaiblir
l’élément animal de l’homme et de renforcer son élément angélique. Mawlânâ Al-Mawdûdî
(mort en 1979) soutenait que le jeûne pendant un mois entier chaque année entraîne l’individu
musulman et la Communauté musulmane dans son ensemble dans le chemin de la piété et de
la maîtrise de soi.

3. Le jeûne est obligatoire

Durant la deuxième année de l’Hégire, les Musulmans reçurent l’ordre de jeûner chaque
année le mois de Ramadân. Le Coran dit : « Ô les croyants ! On vous a prescrit le jeûne
comme on l’a prescrit à ceux qui vous ont précédé ; ainsi atteindrez-vous la piété » [3]. Dieu
ajoute ensuite :« Le mois de Ramadân au cours duquel le Coran a été révélé comme guide
pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque
d’entre vous est présent en ce mois, qu’il le jeûne ! » [5]
En outre, le Prophète Muhammad - paix et bénédictions sur lui - expliqua cela dans un certain
nombre de récits rapportés dans les ouvrages de Hadith. L’Imâm Al-Bukhârî et l’Imâm
Muslim rapportent ainsi d’après Ibn `Umar que le Messager de Dieu dit : « L’Islam est fondé
sur cinq piliers : l’attestation qu’il n’y a de dieu que Dieu et que Muhammad est le Messager
de Dieu, l’accomplissement de la prière, l’acquitation de l’aumône légale, l’accomplissement
du pèlerinage au Sanctuaire Sacré et le jeûne du mois de Ramadân ».

La Communauté musulmane considère ainsi unanimement que le jeûne du mois de Ramadân
est obligatoire pour toute personne apte à l’observer.

4. Règles du jeûne

A. Qui doit jeûner ?

Le jeûne du mois de Ramadân est obligatoire pour tout Musulman, homme ou femme,
adulte (c’est-à-dire ayant atteint l’âge de la puberté), sain d’esprit, et n’étant ni malade
ni en voyage.

Si la maladie est temporaire, de sorte que la personne espère s’en rétablir rapidement,
alors elle est autorisée à ne pas jeûner durant sa maladie, mais doit jeûner
ultérieurement après le Ramadân pour compenser les jours manqués. Les personnes
atteintes de maladies incurables et qui n’espèrent pas de rétablissement sont également
autorisées à ne pas jeûner, mais elles doivent payer une compensation, c’est-à-dire
qu’elles doivent offrir, pour chaque jour manqué, les repas d’une journée à une
personne indigente. Il est aussi permis de verser la valeur monétaire de ces repas à la
personne indigente. Les femmes en période de menstrues ou en période de couches ne
sont pas autorisées à jeûner, mais elles doivent rattraper les jours manqués après le
Ramadân. Les femmes enceintes ou qui allaitent peuvent reporter leur jeûne, après le
Ramadân, si elles éprouvent de la difficulté à jeûner.

Selon la Loi islamique, un voyage est un déplacement hors de la ville de résidence
d’une distance minimale de 80 kilomètres. C’est également à partir de cette distance
qu’il est permis de raccourcir les prières. Le voyage doit avoir des motifs valables. Il
est en effet interdit de voyager pendant le Ramadân uniquement pour ne pas avoir à
jeûner. Le Musulman devrait essayer de modifier son agenda durant le Ramadân, afin
de pouvoir jeûner et de ne voyager que si cela est nécessaire. Le voyageur qui manque
des jours du Ramadân doit les rattraper ultérieurement après le Ramadân aussitôt que
possible.

B. Jeûner conformément à la Sunnah
1. Prendre le suhûr, qui est un repas avant l’aube. Il est recommandé de prendre
ce repas, en raison de la grande récompense et de la bénédiction qu’il apporte.
L’heure idéale pour le suhûr est la dernière demi-heure avant l’aube et la prière
de l’aube.

2. Prendre le iftâr, qui est le repas de rupture du jeûne, immédiatement après le
coucher du soleil, sans tarder. Pour la Loi islamique, le soleil se couche lorsque
le disque solaire disparaît complètement à l’horizon.
3. S’abstenir durant le jeûne de toutes les paroles et les actions mauvaises : ne pas
se quereller, ne pas se disputer, ne pas dire de gros mots, bref ne rien faire qui
soit interdit. Il faut essayer d’observer une discipline morale et éthique, à côté
de l’entraînement et de la discipline physique imposée par le jeûne. Il ne faut
pas non plus montrer qu’on jeûne en n’arrêtant pas d’en parler, ou en attirant
l’attention sur les lèvres sèches et sur l’estomac vide, ou encore en arborant
une mauvaise mine. La personne qui jeûne doit être une personne agréable, de
bon esprit et de bonne humeur.

4. Durant le jeûne, il convient de faire des actes de charité et de bonté pour les
autres, tout comme il est souhaitable d’augmenter ses œuvres de culte et de lire
davantage le Coran. Chaque Musulman devrait s’efforcer de compléter au
moins une fois la lecture de tout le Coran pendant le mois de Ramadân.
C. Les choses qui invalident le jeûne

Il faut éviter de faire toute chose susceptible d’invalider le jeûne. Les choses qui
invalident le jeûne et qui requièrent le qadâ’, c’est-à-dire que l’on refasse les jours
invalidés, sont les suivantes :

1. Manger, boire ou fumer délibérément, ce qui inclut la prise de substances non-
nourrissantes aussi bien par la bouche, par le nez que par l’anus [6].

2. Vomir délibérément.

3. Le début de la période des règles ou de la période des couches, même si elles
ont lieu au dernier moment, juste avant le coucher du soleil.

4. L’éjaculation conséquente à une excitation sexuelle due à un baiser ou à une
étreinte, etc.

5. Manger, boire, fumer ou avoir des relations sexuelles après l’aube, en croyant
que l’heure de l’aube n’est pas encore arrivée. Pareillement, s’engager dans ces
actes avant le coucher du Soleil, en croyant que l’heure du coucher du Soleil
est déjà arrivée.

Les rapports sexuels pendant le jeûne sont interdits et constituent un grand
péché. Ceux qui s’y adonnent pendant le jeûne doivent refaire le jeûne des
jours qui auront été invalidés et expier leur faute en jeûnant soixante jours
supplémentaires après le Ramadân, ou en nourrissant soixante indigents pour
chaque jour qu’ils auront invalidé. Selon l’Imâm Abû Hanîfah, manger et/ou
boire délibérement durant le jeûne entraînent le même rattrapage et le même
rachat.
D. Les choses qui n’invalident pas le jeûne

Pendant le jeûne, les choses suivantes sont permises :

1. Prendre un bain ou une douche. Si de l’eau est avalée involontairement, elle
n’invalide pas le jeûne. Pour la plupart des juristes, il est également permis de
pratiquer la natation durant le jeûne, mais il faut éviter en revanche la plongée,
car il y a là des risques que de l’eau pénètre dans l’estomac par la bouche ou
par le nez.
2. Utiliser du parfum, porter des lentilles de contact ou utiliser des gouttes pour
les yeux.

3. Prendre des injections ou faire des tests sanguins.

4. Utiliser le miswâk ou la brosse à dents (même avec du dentifrice) et se rincer la
bouche ou les narines avec de l’eau, pourvu que cela soit fait modérément,
pour éviter d’avaler de l’eau.

5. Manger, boire ou fumer involontairement, c’est-à-dire que la personne oublie
qu’elle est en train de jeûner. Mais elle doit s’arrêter sitôt qu’elle se rappelle,
puis reprendre normalement son jeûne.

6. Si une personne dort pendant la journée et qu’elle a des « rêves mouillés » [7],
son jeûne n’est pas rompu. De plus, si une personne a un rapport sexuel
pendant la nuit et qu’elle n’a pas pu prendre son bain rituel avant l’aube, elle
peut quand même jeûner et prendre son bain plus tard. Les femmes dont les
règles s’arrêtent durant la nuit peuvent jeûner le lendemain même si elles n’ont
pas encore pris le bain rituel. Dans tous ces cas, le bain est nécessaire, mais le
jeûne reste valide même si le bain n’a pas encore été pris.

7. S’embrasser entre mari et femme est autorisé pendant le jeûne, mais il vaut
mieux éviter afin de ne pas se laisser entraîner plus loin et commettre ce qui est
interdit pendant le jeûne.
E. Choses requises pour la validité du jeûne

Le jeûne doit essentiellement vérifier deux conditions pour être valide :

1. L’intention de jeûner. Il faut avoir l’intention sincère de jeûner pour Dieu,
chaque jour, avant l’aube. L’intention n’a pas besoin d’être formulée
expressément par des mots, mais elle doit être acquise sincèrement dans le
cœur et dans l’esprit. Certains juristes sont d’avis que l’intention peut être faite
une seule fois pour tout le mois, et n’a pas besoin d’être refaite chaque jour. Il
est néanmoins préférable de réaffirmer son intention chaque jour afin de
profiter pleinement du jeûne.

2. S’abstenir de l’aube jusqu’au coucher du soleil de tout ce qui invalide le jeûne.
Ce point a été détaillé précédemment.

P.-S.
Traduit de l’anglais du site Islamonline.net.

Notes

[1] Dr Muzammil Siddîqî est l’ancien Président de la Société Islamique d’Amérique du Nord.

[2] Sourate 18, Marie, Maryam, verset 26.

[3] Sourate 2, la Vache, Al-Baqarah, verset 183.
[4] Évangile de Matthieu, chapitre 17, verset 21.

[5] Sourate 2, la Vache, Al-Baqarah, verset 185.

[6] Les suppositoires par exemple.

[7] On entend par « rêve mouillé » tout rêve érotique accompagné d’une pollution.

Enseignements et moralité du jeûne.
Dieu - Exalté soit-Il - dit : "Béni soit celui dans la Main de qui est la Royauté, et Il est
Omnipotent. Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver et de savoir qui de
vous est le meilleur en oeuvre, et c’est Lui le Puissant, le Pardonneur." (Sourate 67, la
Royauté, Al-Mulk, versets 1 et 2)

Et aussi : "Et c’est Lui qui a assigné une alternance à la nuit et au jour pour quiconque
veut y réfléchir ou montrer sa reconnaissance." (Sourate 25, le Discernement, Al-Furqân,
verset 62)

La vie et la mort, ainsi que la succession de la nuit et du jour, ont une finalité qui est de nous
tester et de nous donner l’opportunité d’exprimer nos louanges et notre gratitude à notre
Créateur et Secoureur. Le mois de Ramadân arrive et repart. Nous devons dès lors nous
interroger et voir ce que nous avons appris et accompli durant ce mois. Le test de réussite
pendant ce mois correspond à l’effet qu’il a eu sur nous :

1. Discipline : Nous apprenons durant ce mois comment nous discipliner pour la Cause
de Dieu. Matin et soir, nous suivons un strict programme de nourriture et de boisson.
Nous sommes constamment conscients que même lorsque nous nous consacrons à des
activités banales comme manger et boire, nous devons rester attentifs aux injonctions
divines. Nous modifions notre train de vie quotidien car nous nous rendons compte
que nous ne sommes pas les esclaves de nos habitudes, mais les Serviteurs de Dieu.
Puis, après Ramadân, nous devons conserver cet esprit de discipline dans les autres
sphères de notre vie et nous devons persévérer dans notre soumission à Dieu.

2. Revivification de la vie spirituelle : Ramadân revivifie notre enthousiasme dans
l’adoration et la dévotion à Dieu. Pendant ce mois, nous sommes plus attentifs à nos
prières journalières, sans parler des prières nocturnes spéciales. Il n’y a pas de religion
sans prière et les Musulmans apprennent en ce mois comment fortifier et approfondir
leur vie religieuse.

3. Revivification du contact avec le Coran : Ramadân et le Coran sont intimement liés
depuis le début de l’Islam. C’est durant ce mois que le message divin a été révélé au
Prophète Muhammad - paix et bénédiction sur lui. Nous savons que le Prophète - paix
et bénédiction sur lui - jeûnait lorsqu’il reçut la première révélation. Le jeûne prépare
le cœur du croyant à apprendre la Parole de Dieu. C’est la condition la plus appropriée
pour une communication spirituelle et morale avec le Coran. La Communauté
musulmane prête plus attention au Coran durant ce mois. Ce contact renouvelé avec le
Coran doit nous aider à suivre son message.

4. Revivification de l’identité à travers la Communauté : Ramadân n’est pas une
expérience individuelle, mais une expérience communautaire. La Communauté
musulmane tout entière jeûne ensemble en un seul et même mois. Nous nous
identifions les uns aux autres dans notre obédience à Dieu. Cela permet de réaffirmer
le sentiment de fraternité et d’association. Ramadân nous enseigne que la
Communauté musulmane est une communauté de piété et de dévotion à Dieu et que
ses membres tirent leur force les uns des autres à travers les actes de piété et de vertu.
Les liens fondés sur la piété et la vertu sont les plus solides et ce sont ces liens qui
s’avèrent les meilleurs pour l’humanité. La force de la Communauté musulmane
réside dans ses engagements aux valeurs de bonté, de moralité et de piété. Ramadân
marque, par ces valeurs, de manière indélébile toute la Communauté musulmane.

5. Un sens nouveau de l’attention et de la compassion : Jeûner durant le mois de
Ramadân nous aide à comprendre les souffrances et les peines des pauvres et des
nécessiteux. Par nos faims et soifs volontaires nous réalisons ce que signifie qu’être
privé des nécessités basiques de la vie. Ramadân est surnommé le mois de la charité et
de la compassion. En ce mois, nous apprenons comment être plus aimables et plus
généreux. Beaucoup de Musulmans payent leur aumône légale purificatrice (zakâh)
pendant le mois de Ramadân.

6. Le Jihâd ou l’effort de lutte : Le jeûne du Ramadân et le Jihâd ont tout deux été
prescrits durant la même année, c’est à dire, la deuxième année de l’Hégire à Médine.
Le jeûne prépare aux épreuves et aux sacrifices. Ces deux notions sont très
importantes car sans elles, le Jihâd n’est pas possible. Les Musulmans apprennent en
Ramadân comment lutter contre les forces diaboliques dans leur for intérieur, dans la
société qui les entoure, et dans le monde en général.

7. La Taqwâ : Pour résumer tous les apports moraux et spirituels de ce mois, nous
pouvons dire que le plus grand cadeau que nous offre Ramadân est la Taqwâ. La
Taqwâ est la somme totale des caractéristiques de la vie islamique. C’est la plus élevée
de toutes les vertus. Cela signifie : avoir une conscience intime de Dieu, être pieux,
craintif et respectueux de Dieu. Cela signifie également : être soumis à Dieu, être
engagé dans tout ce qui est bien, et refuser tout ce qui est mauvais et mal.

Le jeûne : une exclusivité de Dieu
Le Messager d’Allâh - paix et bénédiction sur lui - dit, dans un hadith transcendant qu’il relate
d’après son Seigneur : "Allâh — Exalté et Glorifié soit-Il — dit : ’Toute œuvre accomplie par
le fils d’Adam lui revient sauf le jeûne, lequel M’appartient et Je donne sa rétribution. Il y
abandonne sa nourriture et sa boisson pour Moi.’"

En réalité, toutes les œuvres reviennent à Dieu — Exalté soit-Il — étant donné que le Noble
Coran dit : "Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. Je ne cherche pas
auprès d’eux une subsistance ; et Je ne veux pas qu’ils me nourrissent. En vérité, c’est Allâh
qui est le Grand Pourvoyeur, Le Détenteur de la force, l’Inébranlable." [1]
Cependant, le présent hadîth transcendant rapporté par le Prophète - paix et bénédiction sur lui
- d’après son Seigneur — Exalté soit-Il — stipule : "Toute œuvre accomplie par le fils
d’Adam lui revient sauf le jeûne" car toutes les autres œuvres sont sujettes à l’ostentation et
au m’as-tu-vu du fait qu’il s’agit d’œuvres apparentes et visibles. On peut ainsi voir les
prières, leurs inclinations, leurs prosternations et la présence dans les congrégations.
L’aumône légale se voit par les biens au moment de leur versement aux ayants droit. Le
pèlerinage se voit également par le voyage, les circombulations et la station de `Arafah, etc.

Le jeûne quant à lui comporte des aspects intérieurs occultés au regard, des aspects cachés
que nul ne sonde sauf Allâh — Exalté et Glorifié soit-Il —. C’est pourquoi Dieu déclara le
jeûne véridique et exclusif comme étant une œuvre purement vouée pour Sa Face et dont la
rétribution est généreusement démultipliée si bien que Dieu submerge Son Serviteur des flots
de Sa miséricorde et de Son bienfait. Il se peut que le hadîth évoque cette raison dans la
phrase : "Il y abandonne sa nourriture et sa boisson pour Moi."

Commentant ce hadîth, l’Argument de l’Islâm Abû Hâmid Al-Ghazâlî, dit : "Deux raisons
expliquent pourquoi le jeûne revient exclusivement à Allâh, et est honoré en ce qu’il Lui est
directement attribué — bien que toutes les œuvres Lui soient vouées — exactement comme la
Maison Sacrée est honorée — alors que la terre entière Lui appartient. Premièrement, le jeûne
est une abstention et, en même temps, c’est une œuvre secrète que personne ne peut constater,
alors que toutes les autres œuvres cultuelles sont accomplies au vu et au su d’autrui. Le jeûne,
lui, n’est visible que de Dieu — Exalté soit-Il —, il se passe dans le for intérieur où s’exerce
une patience pure. Deuxièmement, il revient à dominer l’ennemi de Dieu — Exalté soit-Il —.
Les passions et les désirs sont, en effet, l’arme favorite de Satan. Celles-ci se renforcent par la
nourriture et la boisson. Aussi, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit : "Le diable
envahit le fils d’Adam comme le sang parcourt ses veines, rétrécissez donc les voies qu’il
emprunte par la faim.""

Le Messager d’Allâh — paix et bénédictions sur lui — dit : "Celui qui jeûne le mois de
Ramadân avec un coeur empli de foi et de constance envers Dieu verra ses péchés passés
pardonnés."

Ce hadîth indique que le Ramadân est une occasion pour revenir à Dieu, implorer Son pardon
et se repentir à Lui de nos faux-pas et de nos péchés. Lorsque l’individu s’engage dans le
mois de Ramadân et le jeûne de manière exclusive et totalement vouée à Dieu, repentant de
son péché et armé de sa foi, Dieu l’absout de ses péchés passés.

Les péchés pardonnés sont ceux qui concernent l’individu et son Seigneur. Les péchés qui
relèvent des droits des autres humains doivent être réparés auprès des personnes lésées tant
qu’elles sont encore vivantes et que l’individu est capable de s’en acquitter. Les Imâms ont en
effet indiqué que le repentir est conditionné par le regret et l’abandon du péché, la volonté
ferme de ne plus y retomber et la restitution des droits à qui de droit. Celui qui jeûne le
Ramadân avec foi et sincérité doit nécessairement s’être repenti de manière sincère.

Et Allâh — Exalté et Glorifié soit-Il — est plus savant.

Les degrés du jeûne
Il existe effectivement des degrés de jeûne. Il est des gens dont le jeûne consiste uniquement à
s’abstenir de nourritures et de boissons. C’est le degré le moins élevé. D’autres s’abstiennent
de boire et de manger et s’écartent des œuvres blâmables ainsi que des mauvaises paroles. Il
s’agit là d’un degré supérieur au précédent. Puis, il y a une élite qui, outre l’abstention de
manger, de boire, de commettre de mauvaises actions et de proférer des paroles blâmables,
ont un cœur qui s’éloigne des déviances de leurs passions et un esprit qui se libère de toute
chose pour se consacrer exclusivement à Dieu. C’est là un aboutissement suprême en matière
de jeûne.

L’Imâm Al-Ghazâlî distingue ainsi trois degrés de jeûne. D’abord, le jeûne des gens du
commun. Il consiste à empêcher l’estomac et le sexe d’assouvir leurs désirs. Il y a aussi le
jeûne des particuliers qui ajoute au degré précédent, l’abstention de l’ouïe, du regard, de la
langue, des mains, des pieds, et de tous les membres, de commettre quelque péché que ce soit.
Vient enfin le jeûne de l’élite des particuliers. À ce stade, le cœur s’abstient des viles passions
et des pensées de l’ici-bas, il se détourne totalement de tout ce qui est autre que Dieu. Il parle
longuement de chacun de ces degrés, dans un style clair et gracieux, cf. son livre Al-Ihyâ’.

Le jeûne : une purification et une
formation.
Dieu - Exalté Soit-Il - fit du mois de Ramadân une saison d’obéissance et de dévotion. C’est
un mois qui, chaque année, rend visite aux musulmans pour influencer positivement leur
société, éduquer leurs êtres et éveiller leurs cœurs. Il s’agit en quelque sorte du printemps des
êtres qui procure la vie aux coeurs et la purification aux âmes. C’est une saison qui revient
après onze mois où les musulmans sont pris dans les engrenages de la vie ici-bas. Onze mois
où les artifices de l’ici-bas et ses passions déteignent sur eux, si bien qu’ils sont touchés par
quelque paresse, léthargie et déséquilibre. C’est alors que le Ramadan arrive avec son jeûne,
ses prières nocturnes et ses œuvres cultuelles, chargé de ses dons divins et de sa spiritualité,
pour secouer ces corps paresseux. Il ne cesse de les éveiller avec la baguette de son éducation
et de les éclairer des lumières de son raffinement jusqu’à ce qu’ils atteignent à son terme une
conscience spirituelle accomplie, une droiture physique et une paisibilité psychologique. Ces
acquis leur serviront de subsitance dans leur cheminement, jusqu’au Ramadan suivant et ainsi
de suite. C’est ainsi que la droiture se renouvelle, la réforme se raffermit par la piété et la
guidance et la Parole de Dieu - Exalté Soit-Il - se réalise : "Ô vous qui avez cru ! Le jeûne
vous a été prescrit comme il a été prescrit à vos prédécesseurs, ainsi atteindrez-vous la
piété." [1]

De nos jours, le monde subit le raz-de-marée de la rage matérialiste qui touche la plupart des
gens si bien qu’ils ne cessent de demander sans donner, de désirer sans patienter, d’amasser
les biens sans savoir les partager, au point de briser en eux l’esprit de lutte contre les
penchants et les passions propres. C’est alors qu’arrive l’école du Ramadan pour dispenser
une formation qui s’étend sur trente jours de l’année. Le jeûneur sincère y acquiert des leçons
pratiques qui renforcent en lui la lutte et la résistance contre ses propres passions.

Par ailleurs, nul n’est à l’abri des aléas de la vie. Il se peut qu’aujourd’hui se déroule dans
l’aisance et que demain soit chargé de difficultés. Si l’homme s’habitue au luxe et à l’aisance
puis se retrouve un jour face à l’adversité, il baissera les bras et pliera l’échine car il n’a point
connu des moments rudes, ni goûté à l’austérité et à la vie modeste. C’est pour cela que
`Umar Al-Fârûq disait : "Entrainez-vous à la rusticité de la vie, car l’aisance ne dure pas." Le
jeûne constitue un entraînement volontaire à cette rusticité avant que ce ne soit une pratique
forcée.

Si le jeûne procure une purification des sens et de l’être, une épuration de l’âme et un
renforcement du cœur, il s’agit également d’une méthode de formation saine. En effet, lorsque
le jeûne est accompli de façon correcte, il cultive en l’être humain la force de la volonté ; il est
ainsi capable de se priver, de plein gré et dans l’espoir de la rétribution, de diverses passions.
De même, il forge son endurance qui lui permet de supporter, de lutter et de surmonter les
obstacles de son chemin. Il insuffle en lui l’esprit de l’organisation : il jeûne et rompt son
jeûne selon des horaires précis. Par ailleurs, le jeûne renforce le sentiment d’appartenir à une
communauté lorsque l’on se rappelle que des millions de croyants jeûnent avec nous et
rompent leur jeûne au moment où nous le faisons. Il n’y a là rien de surprenant car ils
partagent tous le même credo et pratiquent tous la même œuvre de culte. "Les croyants ne
sont que des frères." [2]

Certains diront peut-être qu’il est des gens qui ne profitent du Ramadân ni sur le plan de la
purification, ni sur celui de la formation. En réalité, ceux-là sont ceux qui ne jeûnent pas selon
le mode islamique que Dieu a institué. Pendant le mois du Ramadan, ils inversent l’ordre des
choses, recherchent un objectif à l’opposé de ce que le jeûne vise et usent d’une stratégie
déviante. Ils abusent de la nourriture et font de leur ventre un dépot pour des couches
d’aliments. La digestion peine et l’estomac se gâte. De même, ils veillent de façon
immodérée, puis abusent du sommeil au cours de la journée. Il s’ensuit une inaction, une perte
de temps et une paresse manifestes. Mais ce n’est ni Ramadân ni le jeûne qui sont à blâmer.
Le défaut réside dans leur pratique déviante et leur application incorrecte. Ramadân est un
mois de modération et non pas une saison d’excès. C’est un mois d’adoration et non de
paresse. C’est un mois de perfection et d’excellence et non pas un mois où les responsabilités
sont perdues et les conséquences des actes non calculées.

Jeûnons comme Dieu le veut afin d’atteindre la piété qui écarte le mal et qui couvre l’être
humain de droiture et de réforme.

Rattraper des jours manqués du Ramadan
Rappelons d’abord que le jeûne du Ramadan est une obligation et un fondement de la
religion. Nous ne devons guère le prendre à la légère, ni le négliger. Le Noble Coran nous
interpelle en ces termes : "Ô vous qui avez cru ! Le jeûne vous a été prescrit, comme il a été
prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété § pendant un nombre déterminé de
jours [...]" [1], puis Dieu indiqua ces jours déterminés : "Le mois de Ramadan au cours duquel
le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et
du discernement [...]" [2]

Par ailleurs, le Messager de Dieu - paix et bénédictions de Dieu sur lui - nous apprit que
"L’Islam est fondé sur cinq (piliers)" et mentionna le jeûne du mois de Ramadan parmi ces
cinq piliers. Le musulman pubère et sain d’esprit ne doit point manquer des jours du Ramadan
sans excuse valable, sinon il commettrait un péché atroce parmi les péchés majuscules. Le
Messager de Dieu - paix et bénédictions de Dieu sur lui - dit : "Quiconque manque un jour du
Ramadan sans une dérogation valable que Dieu agrée, il ne le rattraperait point par un jeûne
continu jusqu’à son dernier jour, quand bien même il le ferait" ; selon une autre narration :
"Quiconque manque un jour du Ramadan sans excuse valable ou sans être malade, il ne le
rattraperait point par un jeûne continu jusqu’à son dernier jour, quand bien même il le ferait."
C’est là une mise en garde forte pour dissuader les musulmans de négliger cette grande oeuvre
cultuelle de l’Islam.

Si l’auteur de la question a manqué quelques jours du mois de Ramadan à cause d’une
maladie ou d’un voyage, cela ne constitue pas un péché car il a une excuse valable. Il n’est
pas impératif de rattraper ces jours en un mois précis. Cette personne a onze mois pour le faire
après le Ramadan ; elle peut rattraper ces jours pendant n’importe lequel de ces mois, mais il
est préférable et meilleur que cette personne s’empresse de le faire pour s’acquitter des droits
de Dieu, car Seul Dieu connaît le Ghayb [3].

De même, il n’est pas nécessaire que ces jours soient consécutifs. Il est possible de jeûner un
jour, puis de reprendre le jeûne un ou deux jours plus tard, et ainsi de suite, jusqu’à ce que
tous les jours manqués soient rattrapés. Dieu - Exalté Soit-Il - veut la facilité pour Ses
serviteurs, Il ne voint point la difficulté pour eux, et Il est, comme Il l’a dit dans Son Noble
Livre, Clément et Miséricordieux envers les gens.

Religieuses, n’est dû qu’à partir de la puberté et ce, en vertu du hadîth : "Le calame est levé
pour trois catégories de gens : l’enfant jusqu’à la puberté, le dormeur jusqu’à ce qu’il se
réveille et le fou jusqu’à ce qu’il retrouve ses esprits." (Hadîth rapporté par Ahmad, Abû
Dâwûd et Al-Hâkim, ce dernier le déclarant authentique)

Cependant, certains juristes requièrent que l’enfant jeûne à partir de dix ans et ce, en vertu du
hadith : "Si l’enfant a la capacité de jeûner trois jours consécutifs, alors il doit jeûner le mois
de Ramadân." (Hadîth rapporté par Ibn Jurayj) [1] Ils soutiennent également cette opinion par
analogie avec la prière vis-à-vis de laquelle le Prophète - paix et bénédictions sur lui - a
ordonné que l’enfant soit corrigé s’il ne s’en acquitte pas à l’âge de dix ans.

Mais la première opinion est la plus juste, à savoir l’obligation du jeûne à partir de la puberté.

Il y a également unanimité sur le fait que les enfants de moins de dix ans n’ont aucune
obligation en termes de prière, de jeûne et autre, exception faite de la zakâh comme nous
l’expliciterons, bien qu’il soit souhaitable de les entraîner à accomplir les oeuvres cultuelles.
Le Prophète - paix et bénédictions sur lui - nous a ordonné, en effet, d’enjoindre la prière à
nos enfants dès l’âge de sept ans conformément au récit rapporté par Abû Dâwûd avec une
bonne (hasan) chaîne de garants.

Ainsi les Compagnons entraînaient-ils leurs enfants à jeûner. Al-Bukhârî [2] et Muslim
rapportent selon Ar-Rubayyi` Bint Mu`awwidh Ibn `Afrâ’ que lorsqu’ils effectuaient le jeûne
de `Âshûrâ’, ils faisaient jeûner leurs jeunes enfants et les conduisaient à la mosquée
emmenant avec eux un jouet en laine. Lorsque les enfants pleuraient de faim, ils leur
donnaient les jouets pour les faire patienter jusqu’à l’heure de la rupture du jeûne.

Tout ce qui précède concerne les enfants qui ont la capacité de jeûner. Mais si l’enfant est
malade ou que sa santé fragile peut être aggravée par le jeûne, alors les parents ne doivent pas
leur ordonner de jeûner. Cependant, ils ne doivent pas non plus le leur interdire. Ils devraient
les laisser essayer et, s’ils en ont la capacité, ils continueront à jeûner et sinon, ils choisiront
d’eux-mêmes de ne pas le faire.

Les parents devraient louer chez leurs enfants la volonté de jeûner et leur expliquer de
manière pédagogique la sagesse de la prescription du jeûne. Ainsi leur choix de poursuivre
cette expérience ou de l’interrompre se fera-t-il par conviction, et ceci procède d’une bonne
pédagogie.

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