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TABLE DES MATIERES

Introduction ..................................................................................... 4

Méthodologie ................................................................................... 7

1.

Un aléa? ................................................................................ 8

a. Un aléa amplifié par la configuration locale du bassin ..................................... 8 b. Une augmentation de la vulnérabilité depuis le développement touristique 10 c. Perception et représentation du risque par les populations .......................... 15

2.

Une gestion locale hasardeuse ? ..................................... 19

a. Des populations inégalement protégées .......................................................... 19 b. Le cafouillage de l'après-Xynthia : de la communication sans information . 25 c. La gestion du futur ............................................................................................. 27

Conclusion .................................................................................... 32

Liste des acteurs ........................................................................... 33

Bibliographie ................................................................................. 34

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Carte de localisation des lieux d’étude

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Introduction
L'onde de tempête correspond à une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres au-dessus du niveau normal ou set-up. Ce phénomène est dû à une baisse de la pression, ainsi qu'à des vents marins violents qui entraînent une accumulation d'eau sur la côte particulièrement accentuée en cas de marée haute de vives eaux. Cela se manifeste sur le rivage par de très grandes vagues ou rouleaux. Plus le coefficient de marée est fort, plus les vagues sont hautes et plus le risque est donc élevé. En effet, grâce aux forces combinées du vent et de la masse d'eau déplacée, les vagues pénètrent plus facilement dans les terres, surpassant ou brisant les édifices de protection réalisés et s'engouffrant par l'intermédiaire des estuaires et des fleuves. Dans le cadre de l’étude sur « l’homme et les tempêtes », le littoral est un système spatial marqué par la réunion de la zone où se localise l’aléa tempête et de la zone de vulnérabilité potentielle aux tempêtes. Cela comprend à la fois les activités permanentes liées à la mer et la zone maximale atteinte par les eaux de tempête dans les terres. L’aléa tempête nait dans les zones de fetch et s’étend jusqu’à la limite d’entrée de l’onde de tempête dans les terres (zone submersible) et comprend l’estran, subissant l’effet des marées en conditions météorologiques classiques, et le supralittoral, exceptionnellement immergé et soumis aux embruns. La zone de vulnérabilité s’étend a priori des activités permanentes liées au milieu marin (aquaculture et activités portuaires) jusqu’à un peu moins de 2 kilom ètres à l’intérieur des terres comme à Penvins. Dans la presqu’île de Rhuys, le littoral est déjà fortement exposé à l’aléa tempête du fait de sa topographie peu élevée (maximum 10 mètres d'altitude dans les zones submersibles). De plus, il est fragilisé par une pression foncière notamment liée au développement du tourisme balnéaire des années 1950. L’implantation d’activités touristiques empiète de plus en plus vers la mer. Par exemple au Rohaliguen (Sarzeau), un perré a été construit sur une partie de la dune pour protéger le camping « la Source » des aléas de la mer. En effet, cette dernière réapparait le long du chemin menant au château de Suscinio mais est régulièrement assaillie par les touristes. Cela modifie ainsi la dynamique littorale, entamant le système-plage. Le piétinement des dunes conduit à une augmentation de la vulnérabilité de l’arrière-pays, auparavant protégé par le haut de plage. Le risque tempête est donc augmenté et touche en premier lieu le tourisme, premier secteur économique de la presqu’île. Pourtant, cette activité ne ce sse de se développer. Cela peut s’expliquer par le fait que la tempête n’arrive généralement qu’en période hivernale, où l’activité touristique est négligeable. Néanmoins, les conséquences sont multiples : mauvaise image et coûts matériels peuvent influer sur la fréquentation estivale. L’augmentation des perturbations des dynamiques littorales n’épargnent pas non plus les populations locales, exposées à l’année, qui voient s’étendre les zones submersibles. Pour elles, le risque est également humain. De ce fait, notre zone d'étude correspond aux espaces combinant les zones submersibles et ceux concentrant habitat et activités économiques.

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La gestion du risque tempête relève d'intérêts divers et semble suivre une logique cyclique. De la tempête découle une certaine représentation et perception. De là, soit les populations se sentent en sécurité et rien n'est fait, soit elles ne se sentent pas en sécurité et réclament la réalisation d'aménagements. Ceux-ci influent plus ou moins sur leur sentiment de sécurité ou d'insécurité, jusqu'à la tempête suivante. Les cycles du risque

On peut donc se demander dans quelle mesure le risque tempête a été pris en compte dans un contexte d’augmentation de la vulnérabilité du littoral (développement touristique) et d’élévation du niveau de la mer.

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Méthodologie
L'étude du risque de tempête dans la presqu'île de Rhuys implique de réaliser une étude du milieu littoral et de s'intéresser autant à ceux qui subissent le risque qu'à ceux qui le gère. Tout d'abord, cela passe par une analyse des paysages et de la façon dont ils sont aménagés. Ainsi, des photos légendées et un croquis paysager ont été réalisés pour retranscrire, ici, l'organisation du littoral. Ceux-ci sont complétés par des profils topographiques ayant pour finalité de montrer en quoi l'action des tempêtes et la montée du niveau de la mer peuvent fragiliser le système plage et atteindre les populations quelle qu'elles soient. Puisque la tempête ne serait qu'un aléa sans les sociétés, nous avons donc réalisé une série d'entretiens auprès d'acteurs locaux et de questionnaires auprès des populations localisées dans des zones submersibles. Les entretiens ont été réalisés auprès d'agents économiques, associatifs ou politiques de la presqu'île. Mais l'échelle locale ne fonctionnant pas en autonomie, un entretien auprès de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) a également été réalisé. Étant donné la faible part des résidents à l'année présents dans les zones submersibles, nous avons eu des difficultés à obtenir un nombre suffisant de questionnaires pour réaliser un traitement SAS. Nous avons donc décidé de traiter manuellement les données de nos vingt-huit questionnaires. Ces échantillons permettent de rendre compte des positions variées des acteurs en fonction de leurs activités et des échelles spatiales auxquelles ils appartiennent.

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1. Un aléa?

a.

Un aléa amplifié par la configuration locale du bassin

Tout d’abord, pour évaluer un potentiel risque de tempête sur la presqu’île de Rhuys, il faut commencer par se demander si l'aléa existe. Un aléa est un phénomène (ici : la tempête) caractérisable par sa localisation, sa fréquence de retour et son intensité. Il s'agit donc de recenser les tempêtes qui ont touché la presqu'île. Comme le montre la carte suivante, de nombreuses tempêtes ont touché les côtes rhuysiennes depuis le XIXe siècle. Le sud-ouest de la presqu'île est particulièrement touché avec une fréquence de retour de l'ordre de la dizaine d'année. Si on omet la moitié ouest de Sarzeau, on constate que le littoral apparait touché tant au nord qu’au sud. Le golfe du Morbihan n’est donc pas à l’abri, comme on aurait pu le penser au premier abord puisqu’il n’est pas directement exposé aux flux de sud-ouest et est relié à l’océan atlantique par un goulot d’étranglement d’un kilomètre de large. L’aléa tempête est donc présent sur l’ensemble de la presqu’île, même si le sud-ouest est particulièrement touché.

La répartition des tempêtes sur le littoral de la presqu’île s’explique à la fois par des phénomènes généraux, tels que la direction des vents, mais également par une configuration locale de bassin qui accentue l’exposition générale de la presqu’île à l'aléa, et plus particulièrement le sud-ouest.
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Aux moyennes latitudes, les tempêtes sont liées à des flux d’ouest. En France, la côte atlantique et donc la Bretagne sont les premières et les plus gravement touchées. En effet, aucune terre émergée ne fait obstacle à l’aléa qui ne perd donc pas d’intensité par forces de frottements. Enfin, la dérive nord atlantique longe les côtes françaises en direction du nord-est et suit les côtes bretonnes. A l’échelle du Mor Braz, le bassin a une configuration propice à accroître la pénétration des tempêtes sur les terres. En effet, les altitudes topographiques sont basses (19 mètres en moyenne d’après le site de la communauté de communes de la presqu’île) et les mers sont peu profondes (quelques dizaines de mètres) puisqu’il s’agit d’un plateau continental. Les faibles altitudes font que les tempêtes touc hent plus violemment les terres car elles perdent une faible quantité d’énergie à leur contact. Les nombreuses îles fonctionnent comme un piège qui engendre une circulation circulaire périodique des courants, comme le montre le schéma suivant. Ainsi, les vents de flux sud-ouest sont couplés aux courants marins de même direction, ce qui facilite le mouvement des masses d’air et amplifie les aléas. Les phénomènes de tempête sont auto-entretenus par la configuration en bassin du Mor Braz, bien qu’ils perdent progressivement de leur puissance du fait des forces de frottement qu’ils subissent.

Les tempêtes, très fréquentes sur la presqu’île touchent en premier lieu les rhuysiens, très exposés à l’aléa.
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b. Une augmentation de la vulnérabilité depuis le développement touristique Une zone vulnérable est un lieu où se trouve des enjeux (humains, matériels, économiques etc…) pouvant être menacés par un aléa ; ici la tempête. Dès 1950, le développement touristique sur les côtes françaises rend ces espaces vulnérables. Ils sont exposés aux nombreux aléas liés à la mer (submersions, vents, érosions) et surtout aux tempêtes qui sont beaucoup plus puissantes sur les côtes que sur le continent. La Directions Départementales des Territoires et de la Mer (DDTM) nous a expliqué les étapes de l’urbanisation des côtes de la presqu’île : « À partir des années 50, c’est le tourisme qui s’est bien développé. Après, naturellement, les riverains ont voulu s’installer tout près de la mer. Dans les années 70, il y a eu aussi un pic de l’urbanisation [...] le tourisme et tous les lieux estivaux ont amené à construire de plus en plus près du front de mer. Et effectivement ça crée des enjeux après dans des zones d’aléa et on augmente les risques ». L’installation de ces nouvelles résidences principalement sur la côte (avant 1986), et parfois même sur les dunes, augmente la vulnérabilité des personnes qui occupent ces maisons. En effet, ces habitations peuvent empiéter sur la « protection naturelle » qu’est le cordon dunaire et le détruire. Les touristes, quant à eux, beaucoup plus présents à partir des années 1950, ont longtemps joué un rôle dans la destruction des dunes. Le piétinement des cordons dunaires ont conduit à l’affaissement et au recul du trait de côte. Les résidences se trouvent de plus en plus proche de la mer et, avec une « barrière naturelle » de moins en moins efficace, de plus en plus exposées aux aléas météorologiques. Les entretiens réalisés simultanément avec plusieurs responsables de la mairie de Sarzeau nous informent que plusieurs lois ont du être promulgués avant que les dunes ne soient protégées. La loi Littoral est l’une d’entres elles. Il s’agit d’une des lois « les plus restrictives » selon Madame Rio. Elles empêche toutes constructions nouvelles à moins de 100 mètres du rivage hors zones déjà urbanisées. Créée en 1986, elle permet de diminuer la pression sur les dunes. Pourtant il faut attendre 1995 avant que l’interdiction de se garer sur les dunes soit proclamée. Bien que la côte soit mieux protégée aujourd’hui la presqu’île reste un espace très touristique et l’implantation humaine s’accroit d’année en année. Durant la période 1999-2006 la part des résidences secondaires sur les trois communes d’Arzon, de Saint-Gildas de Rhuys et de Sarzeau ne descend pas en dessous de 59% (cf. tableau ci-dessous).

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Evolution de la part des résidences secondaires dans les communes étudiées sur la période 1999-2006* Part des résidences secondaires en 1999 (%) Arzon 75,86 Saint-Gildas de Rhuys 73,96 Sarzeau 59,14 *Source : Insee recensement 2006 Part des résidences secondaires en 2006 (%) 79,34 71,98 61,68

La part des résidences secondaires dans la communauté de communes*

80 70 60 50 40 30 20 10 0

Pourcentages

67 51

71

1990-1999

2000-2006 Années

2006 - 2007

*Source : Insee recensement 2007 Sur l’ensemble des communes de la communauté de communes, comprenant en plus la Tour du Parc et Saint-Armel, la période 1999-2006 voit 2/3 des logements construits n’être que des résidences secondaires (1/5 dans le Morbihan). L’augmentation des résidences secondaires est constante (cf. diagramme ci-dessus) bien que depuis 1986 leur construction s’oriente dans les terres. L’association Sémaphore pointe tout de même des écarts dans le respect des lois et notamment la loi Littoral : « Le problème de la presqu’île c’est surtout les constructions légères, les mobil-homes etc, qui sont dans des terrains en bord de côte. Bien sûr et il y a pas mal de gens qui ont acheté des petits terrains il y a longtemps, et pas cher du tout vu qu’ils sont en zone non constructible et ils y mettent au début ; une caravane ou un mobil-home et après ils commencent à mettre des trucs un peu plus en dur, etc. ». La vulnérabilité sur les côtes de la presqu’île est donc très présente étant donné que de nombreux enjeux (humains, matériels et économiques) se trouvent déjà là et se développent même contre les lois.

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Une étude de cas sur la plage des Govhelins est ici nécessaire pour montrer combien le développement du tourisme peut être dangereux. Plage des Gohvelins : une habitation menacée par la marée

La photographie ainsi que le profil topographique (cf. photos et profil) montrent la section de la plage juste à côté de l’école de voile située à peine 20 mètres de cette maison. Madame Rio nous a expliqué que l’école date des années 1970 (avant la loi Littoral) et qu’elle a longtemps été une maison d’habitation. Cependant, elle nous précise que « quand le directeur de l’école de voile a acheté ça, il l’a eu pour une bouchée de pain parce que la maison était inondée tout le temps, tout le temps ». L’école étant en contrebas, une pente de relevage a été mise en place pour éviter les inondations à répétition. Sur la photographie on voit bien que les laisses de marées sont très près du haut de plage et que la maison sur la photographie est en contrebas (on ne voit que la moitié de la baie vitrée). En comparant ce que l’on voit sur la photographie et sur le profil on peut dire que la marée atteint plus de 4 mètres de hauteur. Lors de tempêtes, il est facile d’imaginer que la marée gagne des zones beaucoup plus hautes et, étant donné que la maison est en bas d’une pente, qu’elle inonde la bâtisse. La dune originelle a donc été diminuée, négligée au profit des infrastructures. Les ganivelles ne sont d’aucune aide pour protéger la maison et le parking (présence d’une voiture) lors de submersions. Ce dernier, qui est encore plus vieux que l’école de voile (c’est-à-dire 15 ans), est recouvert de sable et de petites taches de végétation. La dune a donc disparu au profit du parking et de la route. Cependant le système plage est toujours actif et cette zone est régulièrement reconquise. Des « flaques d’eau », selon Madame Rio, se forment toujours lors des tempêtes devant l’édifice, comme 3 semaines avant notre étude.
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Les dunes ne sont pas les seuls espaces investis par les populations. De nombreuses maisons ont été construites sur les falaises, les propriétaires croyant ses espaces à l’abri de la mer. Or, les falaises sont aussi soumises à l’érosion, comme le montre l’exemple ci-dessous. Cette résidence secondaire n’est pas officiellement e n zone submersible (selon les cartes de Sémaphore), sa situation la rend vulnérable (cf. photographie cidessous). A l’origine, probablement préservée de la mer, l’érosion fragilise cet espace.

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L’érosion, un mécanisme naturel, qui fait de cette maison une zone vulnérable (Kercambre)

En effet, on peut voir des signes évidents d’érosion sur le flanc de la falaise. Les racines des végétaux sont voyantes et des marques de décrochement de pans de terres sont visibles. Les aménageurs en sont d’ailleurs consci ents car une tentative de renforcement de la falaise a été mise en place. Des tas de pierres assemblées les unes aux autres par du ciment confortent, par touches, des zones de la falaise. Est-ce une volonté des aménageurs ou l’érosion (probablement maritime, éolienne et/ou pluviale) qui a détruit un édifice de protection plus vaste à l’origine ? La couleur plus foncée des roches au bas de la falaise montre qu’elles ont été polies et nous indique la limite que la houle peut atteindre à marée haute. Bien que non visible sur cette photographie, des laisses de marées sont apparentes à moins de 2 mètres de la façade de la falaise, bloquées par un tuyau d’évacuation empierré. Les algues ne semblent pas régulièrement franchir cet obstacle mais la marée le fait. On assiste donc à une érosion par le bas de la falaise qui engendre son recul. Le propriétaire de la maison nous a confirmé que la mer « grignote » son terrain. Bien que cette demeure ne soit pas en zone submersible, l’attaque de la marée et du vent lors des tempêtes érode petit à petit la falaise, ce qui met en péril l’habitation. Si la maison ne peut être atteinte par les vagues, elle est en revanche directement exposée aux vents violents accompagnant la tempête. Cette zone qui a longtemps été soumise aux aléas est devenue vulnérable depuis la construction de cette demeure, et est alors à considérer comme une zone à risque.

Face à des exemples flagrants d'augmentation de la vulnérabilité, on peut se demander comment les populations perçoivent et se représentent le risque ?

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c.

Perception et représentation du risque par les populations

Maintenant il convient de s’intéresser aux populations qui subissent ce risque. Grâce aux apports des questionnaires, nous allons pouvoir étudier leur perception, c’est-à-dire l’image qu’ils ont de la tempête par leurs sens, et leur représentation du risque, c’est-à-dire l’idée qu’ils s’en font. Tout d’abord, il leur a été demandé de donner les trois premiers mots qui leur venaient en tête à l’évocation du terme « tempête ». L es associations de mots nous permettent d’en savoir plus sur la perception et la représentation quotidienne du phénomène par les populations. Pensent-elles aux dégâts matériels ou voient-elles les tempêtes comme un phénomène lointain ? L’aspect naturel de l’aléa prévaut-il sur les conséquences matérielles du risque ? On constate que sur 28 séries de mots, les occurrences les plus fréquentes sont « vents » (18 fois, dont 13 fois en premier terme) et « vagues » (8 fois, dont seulement 2 fois en premier), cf. tableau. La tempête apparait donc d’abord comme un phénomène météorologique, principalement dû aux vents, ce qui n’est pas surprenant dans la mesure où la commune de Sarzeau a défini la tempête comme un « phénomène météorologique violent caractérisé en général par des vents et des précipitations intenses » dans sa réunion publique du 2 juillet 2010 sur les submersions marines. D’ailleurs, le terme « pluie » apparait également dans 5 des 28 séries, et toujours dans celles où le terme « vent » est présent. Dans les mentalités des habitants, la notion de tempête renvoie donc plus à un aléa qu’à un risque. Cela est confirmé par le fait que sur les 78 termes donnés (certaines personnes n’ayant pas donné 3 mots), 70% n’aient aucune connotation, 22% soient négatif s et 8% soient_positifs. Ainsi, même si plus d’un mot sur quatre est négatif, cette part semble faible par rapport à la proportion de mots non connotés qui décrivent simplement l’aléa. Il convient de noter que la part de chaque connotation se retrouve approximativement à l’échelle individuelle (67% neutre, 29% négatif, 4% positif). Si la part des connotations négatives s’explique par le choix de la méthode, la diminution des termes positifs illustre le fait qu’ils soient également associés à des termes nég atifs ou neutres (mais ceci est moins intéressant pour l’analyse), cf. mots du tableau en vert. Ceux-ci ne constituent jamais le second mot. L’idée positive vient toujours (pour notre échantillon) en premier ou en dernier. Ces places sont importantes puisq u’elles constituent soit une première impression (4 questionnaires sur 28), c’est -à-dire la plus évocatrice, soit une conclusion, c’est-à-dire l’idée qui restera ancrée.

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Tableau des réponses au questionnaire Mot 1 Vagues Vents Beauté Salope Vents SNSM Vents Vents Vents Vents Splendeur Pluie Violence Vents Beauté Vents Ouragan Vents Vents Plaisir Vents Vents Dégâts Force Vagues Vagues Vagues Pluie Danger Pas peur Temps gris Peur Dégâts Violence Force Dégâts Marée Pluie Vagues Mer Catastrophe Vents Vents Vents Tornade Appréciable Tourbillon Dégâts Vagues Habitudes Vagues Naufrages Vents Vagues Mer houleuse Merveille Vents Dégâts Pluie Danger Mot 2 Vents Vagues Horreur Garce Pluie Mot 3 Mars Embruns Violence Partir Mielleuse Connotation* Habitat** Age Neutre Neutre Neutre Négatif Négatif Neutre Neutre Neutre Neutre Neutre Positif Neutre Négatif Négatif Négatif Neutre Neutre Négatif Neutre Neutre Neutre Neutre Négatif Neutre Neutre Neutre RP RP RP RP RP RS Autre RS RS RP RS RP RP RP RP RS RP RP RP RS RP RS RP RP RP RP RP RS 60+ 60+ 60+ 60+ 46-60 60+ 46-60 46-60 60+ 30-45 46-60 60+ 60+ 30-45 18-29 46-60 46-60 60+ 60+ 60+ 46-60 46-60 60+ 46-60 60+ 60+ 60+ 60+

Novembre Février

Arbres arrachés Neutre

Se protéger Mauvais

Mer agitée Arbres arrachés Oiseaux en périls Négatif

*: la connotation a été calculée en fonction de la connotation dominante en nombre de termes évoqués. En cas d’égalité, la connotation neutre n’a pas été retenue car elle constituait souvent une première image descriptive de l’événement. Cela peut expliquer le poids de la connotation négative qui concerne 28% des interrogés alors qu’elle en représenterait 21% si la connotation neutre était retenue en cas d’égalité. **: réponses possibles : RP = résidence principale et RS = résidence secondaire.
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Les questions de profil nous permettent d’en apprendre davantage sur la répartition de ces réponses. En effet, 75% de ceux ayant eu des réponses à connotation négative possèdent leur résidence principale sur la presqu’île contre seulement 63% pour les réponses neutres, soit un écart de 12 points. Ainsi, on peut faire l’hypothèse que comme les personnes résidentes à l’année sont plus susceptibles d’être confrontées à l’événement tempête, elles ont plus que les autres tendances à en avoir une image négative. Cependant, cela est à relativiser du fait de la taille et de la représentativité de l’échantillon (peu d’habitants en résidence secondaire ont pu être interrogés) et que 29% des habitants à l’année aient donné des termes négatifs sur la tempête. On constate également que l’âge a une influence sur les réponses puisque 19% des plus de 60 ans montre une association de termes négatifs liés au mot « tempête ». Ils sont 1,7 fois plus chez les 45-60 ans et 2,2 fois plus (42%) chez l’ensemble des moins de 60 ans interrogés. Ainsi, il semblerait que l’âge soit corrélé négativement avec l’évocation de termes négatifs liés à la tempête. Pour l’âge, l’échantillonnage peut être aussi mis en doute. Cependant, il semble que cela corresponde assez bien au profil des populations de la presqu’île ou du moins à celles_vivant_sur_les_zones_submersibles. Ce qu’il faut retenir de cette analyse est que pour ces populations, la tempête est avant tout un aléa caractérisé par des phénomènes météorologiques liés majoritairement au vent et à la mer, même si son importance est minimisée. La tempête ne leur apparait pas en premier lieu comme un risque puisqu’un seul interrogé évoque l’idée de dégâts en premier et un autre évoque la gestion événementielle de ce risque. On note cependant que les habitants à l’année et les moins âgés perçoivent et se représentent plus le risque que les autres, même s’ils ne sont pas majoritaires.Les associations de termes permettent d’effleurer le sujet du sentiment de sécurité et de la connaissance ou non du risque, qui sont développées ici grâce à des_questions_plus_précises.

25 des 28 interrogés (soit 89%) estiment se sentir en sécurité face au risque tempête. Ceci ne semble obéir à aucune logique de corrélation avec l’â ge, le sexe, le temps et le type de résidence, la connotation des termes évoqués précédemment… Pourtant, 36% des interrogés savent qu’ils sont en zone submersible. Cet écart s’explique de nouveau par le fait que la tempête et le risque de submersion semble nt être des réalités lointaines dans l’esprit de ces populations. La plus grande surprise de cette enquête reste le fait que tous ceux qui ne se sentent pas en sécurité disent ne pas être en zone de submersion alors qu’ils le sont. Il s’agit là d’un vérita ble paradoxe qui révèle une méconnaissance du risque. La carte suivante, met en regard la pensée d’être ou non en zone submersible et les zones à risque. Elle permet d’illustrer la méconnaissance du risque et le décalage entre la réalité des populations et celle des documents administratifs. Ces décalages peuvent peut-être s’expliquer par le fait que les documents de cartographie du risque datent de 2010. Il s’agit donc de documents récents que tout le monde n’a pas nécessairement consulté. Le risque n’était souvent pas connu lors de l’installation des populations.

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Réponse à la question 12 du questionnaire

Enfin, cette perception et cette représentation du risque en décalage avec la réalité conduit à un voile d’indifférence face à la prévention et aux cons équences des risques. En effet, des populations qui méconnaissent un risque ne s’en prémunissent pas. Ainsi, quasiment aucun interrogé n’a effectué de travaux pour se protéger du risque et peu connaissent les modalités de leur assurance pour tout ce qui concerne les dégâts liés aux tempêtes. Même si plus de 80% des interrogés (23 sur 28) disent dans un premier temps savoir que leur assurance les couvre en cas de tempête, 61% d’entre eux avouent ne pas savoir quels sont les dégâts pris en charge, et seuls 13% savent donner des détails précis. Cela semble là encore très peu pour des espaces exposés au risque. On pourrait ici penser que cela est corrélé avec le fait d’avoir ou non déjà subi des dégâts : si les gens n’ont pas subi de dégâts, ils ne savent pas très bien le détail de leur contrat alors qu’ils y ont prêté plus d’attention s’ils ont déjà été victimes de tempête. Or, ce n’est pas le cas puisque 3 interrogés sur 4 qui disent avoir déjà subis des dégâts liés à une tempête reconnaissent ne pas savoir quels dégâts couvre leur assurance. Il est d’ailleurs intéressant de noter que certaines personnes pensaient être totalement couvertes du fait de la déclaration en catastrophe naturelle d’une tempête. Mais il se trouve que la loi n°90 -509 du 25 juin 1990 stipule que les effets du vent sont écartés des remboursements. Or, le terme le plus récurrent pour décrire la tempête est justement le vent, comme nous l’avons vu précédemment. Il y a donc un décalage entre la réalité des populations, celle des assurances et celle de l’administration. Comment gérer l’aléa tempête quand le risque lui-même est négligé ? Sont-ce les aménagements réalisés qui créent cette impression de sécurité ? On peut se demander s’ils sont réellement efficaces et adaptés.
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2. Une gestion locale hasardeuse ?

a. Des populations inégalement protégées

Toutes les côtes de la presqu'île ne sont pas protégées de la même manière. De ce fait, tous les habitants ne sont pas protégés de la même manière. La carte suivante représente les différents aménagements sur les côtes de la presqu'île. On note un déséquilibre entre la façade du Mor Bihan et la façade du Mor Braz. La première, composée de vasières n'est pas aménagée contrairement à l'autre où les seules côtes non aménagées sont des falaises. Carte des aménagements de protection de la presqu'île

Différents procédés sont utilisés. Il y a ceux qui ont pour but de fortifier la dune, rempart naturel face aux tempêtes, comme le Stabiplage® ou les ganivelles. Le Stabiplage® est un boudin rempli de sable utilisé pour réguler le flux de sédiments sur une plage et limiter l'érosion. À terme il est entièrement recouvert de sable et surélève ainsi la plage. On n'en trouve seulement un à Beg Lann. Les ganivelles sont utilisées pour limiter le piétinement de la dune, à terme elles doivent permettre au cordon dunaire de se revégétaliser et donc d'être plus stable et résistant face aux aléas. Par temps calme elles sont efficaces, par tempête leur efficacité reste discutable comme l’avoue l'association Sémaphore. Les gan ivelles sont installées « pour limiter un peu les effets d’une tempête mais c’est tout ». Pourtant quelques secondes plus tard, les intervenants laissent échapper que les ganivelles sont « très efficace[s] sauf quand il y a vraiment de très gros coups de vent ». C'est tout de même une solution douce pour favoriser l'accumulation des sédiments, c'est d'ailleurs l'aménagement le plus répandu sur la presqu'île.
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Ces deux procédés de fortification de la dune semblent plus appropriés que les aménagements qui cherchent à la remplacer, comme les enrochements et les perrés. De plus, ces deux aménagements contribuent en réalité à accroître la vulnérabilité des espaces habités se trouvant derrière car sous leurs apparences de protection,_ils_contribuent_au_recul_du_trait_de_côte. Les enrochements ont récemment été interdits, après une phase d'enrochement généralisée depuis les années 1980. En effet, « les enrochements ont un effet négatif en cas de tempête car la mer monte, vient se fracasser contre les vagues, passe derrière les rochers et ça creuse derrière du coup » (Sémaphore). Leur installation coûte cher, sans compter qu'à chaque tempête, les enrochements s'écroulent. Les perrés sont des parois en pierres, supposés protégés l’arrière -pays de la mer. Cependant, ils contribuent à la hausse de l'érosion des plages car ils augmentent l'énergie de la houle. En effet, les vagues se brisent sur ces points durs où pas ou peu de sable peut être emporté. Par compensation, l’érosion sera d’autant plus importante sur les espaces non protégés en marge des perrés. Les populations pensent être à l'abri des tempêtes derrière ce rempart. Or, cet aménagement n'est ni adapté, ni efficace.

Le perré de Saint Jacques illustre bien cette impression de protection. Comme le montre le profil topographique ci-dessous où un camping se trouve en contrebas, (en dessous du niveau de la mer) derrière un perré de 5 mètres de hauteur.

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Profil topographique, le perré de Saint Jacques

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La photographie suivante (inversée pour faciliter le lien avec le profil topographique), prise au milieu du perré, montre que les laisses de marées vont jusqu'au pied de l'aménagement et même dessus (grâce au profil topographique on sait que ces laisses de marées sont déposées un peu plus haut que le niveau de la mer). Le premier palier, à mi-hauteur d'homme, est partiellement recouvert d'algues. Les habitants nous ont parlé d'une tempête qui avait eu lieu deux semaines avant notre arrivée, les coefficients de marée ne dépassaient alors pas les 84 (on estime que la tempête a eu lieu vers le 21 avril 2012). Une « petite tempête » peut donc amener des algues relativement haut sur le perré. On peut donc imaginer qu’avec un coefficient plus élevé et des conditions optimales de tempête la houle pourrait atteindre facilement le haut de l’aménagement. L’eau n’aurait plus qu’à « glisser » le long de la pente pour atteindre le camping. Après vérifications on sait que le camping a déjà été inondé plusieurs fois depuis les années 1980.

Photographie légendée, le perré de Saint Jacques

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Grâce au croquis paysager (ci-dessous) on se rend plus compte du risque qu’encourent les populations à Saint-Jacques. Le port à quelques mètres au sud de la plage et du camping permet de voir la vulnérabilité de cet espace La jetée protège à peine les nombreuses habitations le long du trait de côte. La route est souvent le seul rempart qui les sépare de la mer. Les plateformes d’abrasion et l’absence de plages sableuses, sont les marques d’une forte érosion. Relativement basses (quelques mètres d’altitude) ces plateformes ne sont en aucun cas une barrière à la houle. La protection, bien que présente est minimale.

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Croquis paysager du port de Saint Jacques

©A.CROISE, F. DYBUL, O. LEGUEN, 2012

I Une interface terre-mer aux limites floues… 1/ Un tourisme balnéaire peu développé Mer -Petit estran peu attractif Plateformes d’abrasion Dépôts de sable réduits -Un accès à la mer peu mis en valeur Route littorale 2/ Un espace de vie Espace résidentiel Parking Port de plaisance avec nombreux bateaux en mouillage Arrière-pays agricole : bocage

II …vulnérable aux risques de tempête hivernale 1/ Un espace exposé aux risques Topographie plane légèrement surélevée par endroits Absence de dunes, ce qui augmente la vulnérabilité du site. Habitat le plus vulnérable

2/ Une protection du littoral limitée et non adaptée Jetée portuaire pouvant briser l’onde de tempête, mais dont ce n’est pas la première fonction
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Localement, les populations peuvent ne pas être protégées de la même façon. Prenons l'exemple de Penvins. La côte ouest est aménagée d'un perré, celui-ci protège un parking où se garent de nombreux camping-car en été. Le côté est est aménagée d'une ligne d'enrochements. Cette ligne protège des habitations évidemment présentent toutes l'année. Le côté ouest a été aménagé par la mairie, le côté est par les particuliers.

Les populations les plus exposées ne sont pas forcément les mieux protégées. Encore moins les mieux informées.

b.

Le cafouillage de l'après-Xynthia : de la communication sans information

Les enquêtes réalisées auprès des habitants ont montré un décalage entre les mairies et les populations. Questions 11 et 11a du questionnaire à la population
22 20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0 Informés Non Informés Ne sais pas
© A. CROISE ; F.DYBULE ; O.LE GUEN, 2012

22 20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0 Non Officielles Officielles Les deux

« Vous sentez-vous informé du risque tempête ? »

«Si oui, comment ? »

Comme le montre le premier graphique ci-dessus, les habitants enquêtés ont majoritairement l'impression d'être informé du risque tempête. Cependant, à la lumière du second graphique, on se rend compte qu'ils ne sont pas mis au fait par les services de la mairie. Ils se sentent informé parce qu'ils regardent la météo : ils sont donc avertis de la tempête en cours, mais pas renseignés sur le risque tempête. À de rares exceptions près (l'ostréicultrice, qui travaille avec la mer, dit recevoir des mails de la mairie de Sarzeau en cas de tempête) les populations ne sont pas prévenues. Pourtant, sur le site Internet des différentes mairies de la presqu'île les populations ont accès à de nombreux documents administratifs tels que les Plan Local d'Urbanisme (PLU), Plan d'Occupation du Sol (POS) et Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT). Ils sont même parfois distribués aux habitants lors de réunions publiques, comme dans la commune de Sarzeau où l’on discute actuellement du Plan de Prévention des Risques Littoraux (PPRL) avec les habitants.
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Seulement, ce sont des documents administratifs destinés aux aménageurs et élus locaux et non aux populations. Lorsqu'ils sont communiqués, ils ne sont pas retravaillés, simplifiés et de ce fait ils restent imperméables. Et pas seulement pour les habitants, les agents économiques de la presqu'île dénoncent aussi ces documents. Pour le directeur du Golf de Rhuys-Kerver « c'est devenu tellement compliqué tous ces PLU et SCoT... tellement de trucs là-dessus, on s'y perd ». Paradoxalement, lorsque les autorités simplifient les documents elles les simplifient tellement que cela entraine une perte d'information importante. La carte des submersions marines réalisées par la DDTM suite à la tempête Xynthia de 2010 est tellement simpliste qu'elle en est fausse : grâce à un Modèle Numérique de Terrain (MNT) on a superposé le niveau marin extrême de période de retour centennal sur le terrestre. Si les données de bases sont très précises (puisqu'elles viennent de données Lidar et du Service Hydrographique et Océanographique de la Marine), le rendu est obsolète puisque la houle n'est pas prise en compte par ce document. C'est une carte statistique qui parle d'un phénomène dynamique. Il faut dire que cette carte a été faite dans l'urgence, pour répondre à la circulaire Xynthia1, la chargé au risque de la DDTM l'avoue même dans son entretien : « On nous a demandé d’informer au mieux la population, donc pour aller au plus vite, voilà c’était ça. » A priori personne n'a été sur le terrain pour évaluer l'acuité de la carte réalisée. D'après la DDTM, « ces cartes-là, de zones basses ont été présentées aux élus. Les élus après relaient cette information à la population », « ils ont un devoir d’informer les_populations ». Si aujourd'hui la carte des zones de submersions marines est effectivement disponible ce n'était pas le cas il y a quelques années. « Les communes avaient les cartes de submersion à leur disposition mais ne les publiaient pas. Les gens ne pouvaient pas les consulter. » (Sémaphore). C'est l'association Sémaphore qui s'est procurée la carte et l'a dévoilé sur son site Internet, ne laissant à la mairie d'autre choix que de la rendre accessible à tous. Les élus locaux craignaient peut-être que les habitants paniquent en voyant leur bien classé en zone submersible. Malgré le plan ORSEC (normalement mis en place dans le cas d'un événement important) les populations ne semblent pas recevoir d'indications particulières de la mairie et ne savent pas quoi faire en cas de tempête. Face à ce manque_d'informations,_nous_avons_émis_deux_hypothèses. Soit les mairies elles-mêmes ne sont pas suffisamment informées du risque tempête, comme le concède Madame Rio dans son entretien. Des décisions venues d'en haut leur tombent dessus, comme sur les habitants concernés. Ces directives provoquent l'incompréhension et sont de ce fait difficiles à faire appliquer. C'est notamment ce qui se passe avec les PPRL élaborés par l'État, les habitants ont peur que leur bien soit dévalué, « c'est un peu un outil qu'on impose. Les riverains se
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Lettre du Ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologie vertes et des négociations sur le climat (Ministère de Jean-Louis Borloo) et du Ministère de l'intérieur, de l'Outre-Mer et des collectivités territoriales (Ministère de Brice Hortefeux) datée du 7 avril 2010 en direction des préfets de région du littoral métropolitain et des préfets de départements du littoral métropolitain. Elle énonce les « mesures à prendre suite à la tempête Xynthia du 28 février 2010 ». Publiée par l'assemblée nationale à l'adresse suivante : http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/Annexe_1_Ri2697_documents.pdf (p. 13 à 18) (consulté le 22 mai 2012) 26

sentent oppressés par cet outil parce qu'ils ont l'impression que leur habitation peut perdre de sa valeur. » (DDTM). Mais les directives viennent d'encore plus haut, la DDTM ne fait que les suivre, « C’est le ministère hein, c’est la circulaire Xynthia qui nous avait demandé de nous caler sur le niveau marin centennal et c’est une autre façon de procéder quoi déjà. » (En parlant du choix du niveau centennal pour les cartes_de_submersion_marines). Soit elles ne voient pas encore le risque et de ce fait n'en parlent pas. Comme Madame Rio le dit dans son entretien, « On ne peut pas laisser des bêtises se renouveler maintenant qu’on en a conscience on ne peut pas exproprier des gens à moins qu’il y ait un vrai risque », ou encore « donc on se dit même si le niveau de la mer monte même s’il y a le réchauffement climatique voilà on est peut -être pas amené à voir demain des risques ». Le risque n'est pas là, alors pourquoi devrait-on en parler ? Pourquoi devrait-on alerter inutilement les populations ? Si un vent de panique s'est répandu dans les hautes instances après Xynthia, il ne se ressent pas auprès des populations. Pourtant il semble que le risque existe bel et bien, les différents aménagements de protection le long des côtes en font foi. L'élaboration des Plan de Prévention des Risques Littoraux, documents plus précis prenant en compte les dynamiques, permettra de mieux prévenir et protéger les populations. Seul bémol, ils sont élaborés à partir de la carte des zones de submersions marines. Ainsi, puisqu'« on ne peut pas en faire partout » (DDTM) certaines zones à risque ne seront pas prises en compte, tandis que d'autres sans risques apparents le seront. Une formation des équipes municipales suivie d'une information auprès des populations serait plus que bienvenue. Mais pour cela on doit faire le choix de responsabiliser les mairies comme les habitants, de les considérer comme des acteurs et non comme de simples exécuteurs.

c.

La gestion du futur

La gestion actuelle du risque tempête est en grande partie inadaptée au risque « réel » et présent aujourd’hui sur la presqu’île de Rhuys. Alors, comment peut-on envisager sa gestion future ? Dans un contexte où l’augmentation de la vulnérabilité est constante, on peut se demander comment rattraper les erreurs du passé tout en évitant d’en faire de nouvelles. Comme le disait Madame Rio en parlant de l’installation de résidences sur les dunes « on ne peut pas laisser des bêtises se renouveler maintenant qu’on en a conscience ». Bien que l’urbanisation soit relativement bien maitrisée depuis la mise en place de la Loi Littoral il ne faut pas oublier qu’elle ne date que de 1986. Dès 1950 date du début du développement touristique, de nombreuses constructions ont été implantées sur le rivage. La vulnérabilité de la zone côtière est donc présente depuis une soixantaine d’années et ne devrait pas avoir augmentée depuis 1986. Pourtant, la zone de vulnérabilité s’accroit bel et bien sur la presqu’île. Ce qui nous permet de tenir de tels propos est le fait que les submersions marines vont probablement
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toucher des zones de plus en plus vastes, du fait de l’élévation du niveau de la mer. En effet, le niveau d’eau étant plus haut, les submersions devraient être beaucoup plus fréquentes et ainsi atteindre une part plus grande de la population. La succession d’aménagements lourds depuis les années 1980 le long des traits de côte (enrochements, perrés) pour protéger les zones les plus vulnérables des submersions, a été un véritable désastre (cf. schéma suivant). Souvent détruits lors des tempêtes, ils participent à l’érosion des cordons dunaires voire les remplacent. Cette érosion, est à combiner avec une érosion naturelle particulièrement active en période hivernale et donc en période de tempêtes. Les barrières naturelles, affaiblies, deviennent de moins en moins difficiles à franchir. De surcroît, l’augmentation du niveau moyen de la mer facilite les submersions.

Après un consensus, plutôt unanime sur l’inefficacité des enrochements, la DDTM est à la recherche d’une « solution miracle » pour limiter l’érosion : « Avant c’était systématiquement des enrochements et blocs de pierres et à la première tempête, ils s’affaissaient complètement et n’avaient plus d’effet utile et en plus c’est des points durs où la houle se casse et dissipe l’énergie sur les côtés donc de part et d’autres des enrochements, la côte n’est plus protégée non plus et c’est là où se trouve le point le plus faible et c’est là où on a le plus d’érosion ». La DDTM, qui décide en grande partie des aménagements réalisés sur le rivage, nous a présenté sa « solution novatrice » : « il y a eu des études qui ont été lancées pour trouver des solutions alternatives pour réduire la vulnérabilité des enjeux et la solution la plus douce a été de préconiser des épis pour briser l’effet de la houle et empêcher la dérive littorale. Donc les plages, elles gardent leur niveau et par-dessus en plus on préconise de ré-engraisser les plages […] sinon l’effet de la houle, la réfraction, a plus d’ampleur et la plage est creusée. » La solution proposée est étonnante. Les épis ont été largement utilisés sur les côtes françaises depuis une trentaine d’années. Leur inefficacité a été largement prouvée (PASKOFF Roland, 1994) et la DDTM, elle-même, lors de l’entretien reconnait les défauts de cet aménagement lourd qui est pourtant considéré par elle comme « le plus doux ». La DDTM avoue que l’érosion est inévitable et que les apports de sable sont nécessaires. Les coûts
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engendrés par cet aménagement sont donc con sidérables pour une érosion d’autant plus importante dans la face intérieure (par rapport à la dérive littorale) de l’aménagement. Le surcreusement engendré par la force de la dérive, qui se surpasse en puissance pour franchir l’obstacle (épi), facilite la montée de l’eau sur l’estran et même au-delà. Tout ceci est d’autant plus grave que la population, comme les autorités nationales et internationales, minimisent le risque de submersion en cas de tempête. A la question : «Vous sentez-vous menacé par la hausse du niveau de la mer ? » 60% des personnes interrogées ne se sentent absolument pas concernées (cf. graphique ci-dessous). Un peu plus de 10% d’entre elles considèrent que le risque est négligeable aujourd’hui. Elles : « manger[ont] depuis longtemps les pissenlits par la racine quand cela arrivera » selon plusieurs personnes interrogées. Etonnamment, il s’agit de l’explication la plus fréquente obtenue justifiant l’absence de crainte des habitants face à la hausse du niveau de la mer. Bien que 25% d’e ntre eux se sentent tout de même menacés, la hausse du niveau de la mer et ses impacts semblent « lointains ».

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Mais comment peuvent-elles prendre conscience du risque qu’elles encourent si les instances intergouvernementales elles-mêmes atténuent le danger potentiel en présentant des chiffres considérés comme sous-estimés ? Les scenarii sur la remontée du niveau moyen des mers : 4ème rapport du GIEC Elévation du niveau de la mer en mètres (en 2090-2099 par rapport à 1980-1999)* Scénario B1 0,18 - 0,38 Scénario 0,20 - 0,45 A1T Scénario B2 0,20 – 0,43 Scénario 0,21 – 0,48 A1B Scénario A2 0,23 – 0,51 Scénario 0,26- 0,59 A1FI
*Scénarii ne prenant pas en compte la fonte des glaces Source : http://www.morbihan.equipement-agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/diapobe1_15_cle6473ff-1.pdf

Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), très connu pour ces prédictions alarmistes sur le changement climatique, propose des chiffres sur l’élévation du niveau de la mer considérés comme sous-estimés notamment par Sémaphore et la DDTM (cf. tableau ci-dessus). Selon le GIEC, l’élévation du niveau de la mer peut même varier entre 9 et 85 centimètres (DEBOUDT Philippe, 2010) avec une moyenne autour de 47 centimètres (soit une élévation 3 fois plus grande qu’au XXème siècle). D’après le tableau l’étendue des données est de 40 centimètres (18 centimètres jusqu’à 59 centimètres pour le pire scénario). Prendre en compte une élévation moyenne de 20 à 60 centimètres pour établir des cartes ou des aménagements n’est pas une solution sur le long terme pour la DDTM et Sémaphore. La DDTM affirme que : « pour nous c’est sousestimé ». En effet, à travers les entretiens avec ces deux acteurs des estimations jusqu’à 1 mètre, 1 mètre 20 ont été évoquées. Les aménagements, parfois caduques aujourd’hui (surpassé régulièrement par les vagues), seront inutiles dans quelques années. D’autres sont d’ores et déjà inadaptés. On en a l’exemple avec le port de Saint Jacques (cf. photos ci-dessous).

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Vue du port de Saint Jacques, des bâtisses exposées

Ce dernier, qui n’est pas aux normes, est bordé de bâtisses qui se trouvent à moins de 15 mètres de la mer à marée basse. Consciente que des aménagements doivent être effectués, la mairie envisage pour 2018 la création d’une digue supplémentaire et plus haute visant à protéger les habitations. Cette dernière va être réalisée en tenant compte d’une élévation du n iveau de la mer de 20 centimètres. La DDTM et Sémaphore pensent que cet aménagement sera trop couteux. Si l’on prend une élévation de 60 centimètres pour 2100 il vaudrait mieux réaliser aujourd’hui une nouvelle digue en fonction d’une élévation de 60 centimètres plutôt qu’avoir à refaire des travaux dans 50 ans. Après les entretiens (DDTM et Sémaphore), on a découvert que la mairie ne préférait pas prendre en compte une élévation de 20 centimètres mais qu’elle y était obligée car les fonds ne permettent pas de produire des aménagements plus performants. La présence d’une nouvelle digue pour le port de Saint Jacques, face à une élévation potentielle de plus de 1 mètre (pour 2100) ne résisterait donc sûrement pas. La houle, d’autant plus forte à son passage da ns le goulot de la nouvelle digue, aurait une force qui se répercuterait sur l’ancienne (qui est déjà assaillie jusqu’à mi-hauteur à marée haute par les vagues) et probablement sur le perré posté à moins de 5 m des premières habitations. Le risque de submersion serait donc décuplé après ce nouvel aménagement. L’efficacité de cet aménagement sera donc remis en doute, s’il est détruit lors d’une tempête et engendre des inondations beaucoup plus violentes que les populations auraient pu connaitre dans le passé.
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Conclusion
Cette étude sur le littoral de la presqu’île de Rhuys révèle tout d’abord un risque de tempête réel. Celui-ci est d’autant plus dangereux qu’il semble mal perçu par les populations qui ne s’en préoccupent guère. Les autorités ont également leur part de responsabilités puisqu’elles ont longtemps amplifié ce risque en laissant libre cours à l’étalement urbain sur le littoral et construisant des édifices de protection augmentant le risque. Toutefois, Xynthia semble avoir permis une prise de conscience de l’existence du risque tempête sur la presqu’île. Les autorités accordent désormais plus de crédit à la prévention. La DDTM réalise des cartes de submersion avec des données Lidar extrêmement précises. De plus, la mairie de Sarzeau semble pionnière dans l’information des populations en ne se contentant pas des réunions avec les populations locales, obligatoires dans le cadre des PPRL. Elle laisse accès à la documentation présentée lors de ces réunions sur son site Internet pour que ceux qui n’aient pas pu s’y rendre puisse tout de même les consulter. Cependant, ces documents ne sont pas suffisants pour mettre la presqu’île à l’abri du risque et des projets inadaptés continuent d’exister. En effet, les épis « novateurs » de la DDTM sont en réalité archaïques et augmentent la vulnérabilité du littoral, pour un coût non négligeable. La stratégie de modification des aménagements au fur et à mesure de l’élévation du niveau de la mer est également coûteuse. Elle risque d’aboutir à une sous-protection des côtes à long terme, sous prétexte que des aménagements ont déjà été réalisés dix ans avant, même s’ils sont devenus caduques. Ces stratégies coûteuses et inadaptées pourraient être évitées si les représentants de l’Etat et les pouvoirs locaux communiqua ient. En effet, ces derniers sont actuellement déresponsabilisés et trop peu consultés lors des décisions. S’ils ne comprennent pas les décisions, comment pourraient -ils en expliquer les enjeux aux populations ? Ainsi, sans aller jusqu’à une consultation populaire, les populations locales ne peuvent même pas comprendre ce qu’on leur impose. La communication, et surtout l’information, sont la clef pour surmonter un passé houleux et avancer vers un avenir plus sécurisant.

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Liste des acteurs
 Monsieur CAMUS porte-parole de l’association Sémaphore et Madame LEFEBVRERAUDE, vice-présidente de l’association (Sémaphore : association de préservation des espaces maritimes et du littoral de Mor Braz) Madame EUDÉ, ostréicultrice à Bréhuidic Monsieur LEMATAYER, Directeur du Golf de Rhuys-Kerver Monsieur LIOT, retraité, responsable urbanisme ; Madame PETERS : commerçante, adjointe à l’environnement ; Monsieur ROUILLER, pompier, responsable aménagement (mairie de Sarzeau) Madame RIO, Chargée au tourisme, à l’agriculture et à l’économie à Saint-Gildas de Rhuys ; agricultrice ; directrice de la maison du tourisme de Saint Colombier et directrice du camping L’Abri Côtier à Saint-Gildas de Rhuys La responsable des risques naturels de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer du Morbihan (DDTM) Deux patrons de restaurant à Saint Jacques et Penvins Le directeur du camping de la Grée Penvins

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 

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Bibliographie
(élaborée à partir des normes de l'Afnor NF Z-44-005 de décembre 1987 et NF ISO 690-2 (Z 44-0052) de février 1998)

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