ASMP - La fin de l'histoire selon Hegel, communication de M.

Bernard Bourgeois (2005)

02/01/14 15.06

PRÉSENTATION

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SÉANCES PUBLIQUES

M. Bernard Bourgeois
LA FIN DE L'HISTOIRE
séance du lundi 12 décembre 2005 La fin de l’histoire est devenue l’objet d’une question non seulement philosophique, mais plus largement politicoculturelle, lorsque, il y a une quinzaine d’années, l’antagonisme de l’Est et de l’Ouest, dans lequel on voyait le moteur des vicissitudes historiques, s’est arrêté dans l’effondrement du protagoniste oriental. Alors que c’est à l’Est que l’on avait affirmé pendant des décennies réaliser la fin déjà chantante de l’histoire, la proclamation que cette histoire était finie se fit soudainement occidentale. Et ce fut – c’est tout un symbole – dans le propos d’un Extrême-oriental venu boucler dans l’Ouest absolu de l’Amérique l’immense parcours de l’aventure humaine du levant au couchant. Ce propos surprit, choqua, fit rire : l’histoire n’enseigne-t-elle pas qu’elle est toujours nouvelle, comme la nécessité ou la liberté, peu importe, qui s’exprime en elle ? Francis Fukuyama, lui, n’est pas vraiment nouveau, il n’est pas, tant s’en faut, l’inventeur du thème, mais son intervention contribua à faire accéder ce thème au statut d’une question devenue manifeste et publique, tandis que, auparavant, il n’existait encore guère comme question à l’Ouest, et, à l’Est, ne faisait plus question dans sa solution dogmatiquement imposée. Notre Académie consacre aujourd’hui une telle question, question à laquelle, Monsieur le Président, vous m’avez commis, mais aussi mis, car elle est totale, donc difficile, et la réponse, brève, ne peut être que médiocre. Quelle vérité peut-on accorder au jugement : « C’est la fin de l’histoire » ? Et d’abord, pour le moins, à quelles conditions peut-on juger ainsi sans se contredire et déraisonner ? Commençons par observer que l’affirmation de la fin de l’histoire, exhaustivement déployée, est double : elle pose d’abord que l’histoire est, par essence, finie, ensuite que sa fin existe maintenant. J’examinerai donc à quelles conditions, internes à la pensée, ont un sens, d’abord, le jugement d’essence : « l’histoire a une fin », puis le jugement d’existence : « la fin de l’histoire, c’est aujourd’hui ». Mais le jugement d’existence, quelque consistant qu’il soit en luimême, requiert sa confrontation avec l’aujourd’hui réel, et, si inépuisable et brouillé que soit celui-ci, je me risquerai, enfin, à découvrir en lui une raison de confirmer, au moins comme sensée, l’affirmation de l’achèvement de l’histoire. * **

Texte du débat Autres communications de l'année Bernard Bourgeois

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mais non pas qu’elle est finie. et comme permettant ainsi aux hommes de se préparer une meilleure fin. ni en droit ni en fait. qu’est la déclaration : « L’histoire est finie » ou – c’est le lieu de dramatiser : « La pièce est jouée » ? Les acteurs.ASMP . notamment ses historiens et ses autres penseurs. Quant à ce sens total. tels Alexandre. ils n’ont pas davantage eu la possibilité que l’autorisation de déclarer cette œuvre finie et. Quant aux spectateurs. Aussi bien. par conséquent. eux-mêmes historiques. Napoléon. leur action nécessairement déterminée. enfin.06 Qui peut bien prononcer dans le registre du raisonnable. un acte. et donc partielle. variante collective de l’intenable jugement « je suis mort ». sinon du vrai. donc limitée. Ils ne le veulent pas : ils se sont bien plutôt pris pour des inaugurateurs que pour des finisseurs. même lorsque. et. en un sens exhaustif d’elle-même. et leur passion – rien ne se fait de grand sans passion. juste. Ils ne le peuvent pas. car toute perception. leur interdisaient l’une et l’autre toute clôture générale de l’histoire.asmp. tels les révolutionnaires français croyant procéder à la seconde « Genèse » du monde.La fin de l'histoire selon Hegel. qu’elle est en train de finir – ce qu’elle est d’ailleurs depuis le commencement et qui. comme tel non perceptible. un nouvel acte démentant ce qu’il dit clos. les penseurs raisonnables de la fin de l’histoire ontils saisi cette fin comme ayant une durée. ne veut pas dire grand chose –. comme aussi et encore à venir. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15. Que doit être un tel esprit ? Il ne saurait être l’esprit humain générique ou universel. l’annonce de cette fin qui dure. avec elle. en cela plus ou moins acteurs. c’est-à-dire sans pâtir – de ce fait limitante. Or. donc. la clôture de l’histoire ? Qui peut énoncer ce performatif des performatifs. ils semblent pouvoir tout au plus dire immédiatement et absolument qu’elle finit. ne s’assure telle que dans et par la pensée de l’histoire comme étant par essence finie. et un acte désireux de se prolonger en cet heureux effet de lui-même consistant en ce que c’est profitable aux survivants que de savoir qu’ils sont morts. de la folle journée de l’histoire ? – Ceux qui l’ont faite ou fait faire par les peuples ne veulent pas et ne peuvent pas dire l’histoire achevée. l’Humanité ou le Grand Etre cher à http://www. en tant que réelle. de la grande. vraie. D’autre part. Je ne suis sûr que l’histoire est totalisable que si je la pense comme déjà en soi totalisée dans un esprit universel pleinement présent à luimême dans la pensée qu’il a d’elle. toute expérience est particulière. Je ne puis dès lors dire que l’histoire est finie qu’en logeant ce jugement dans l’auteur de la pièce.htm Pàgina 2 de 10 . ils se sont donné comme champ d’action le monde. l’histoire. arrachés prématurément par la mort ou l’échec à leur œuvre. communication de M. de l’histoire. sa genèse humaine. les spectateurs ou l’auteur de la pièce. qui seul me rend un spectateur-acteur véridique de celle-ci. totalisable par-delà les faits ou en deçà d’eux. plutôt que de s’évertuer comiquement à vivre encore. D’une part. César. aussi bien dire ultime que faire ultime. il ne peut avoir son site que dans l’être lui-même totalisant d’un esprit universel.fr/travaux/communications/2005/bourgeois. que son existence prolongée ne peut faire percevoir comme une durée finie. Car ce verdict. ne pourrait pas ne pas être pour luimême. par l’importance de son contenu.

jour d’après la semaine historique des sept jours. parce que la vie éternelle réconciliée avec soi. Troisièmement : une telle eschatologie fait également se clore cette réalisation dans une fin-terme totalisant effectivement l’histoire. en quelque sorte supra-historique ou éternelle. en son existence. et cette imprégnation historisante se confirme en ce que son contenu éternel apparaît comme étant lui-même une histoire.La fin de l'histoire selon Hegel. histoire universelle et histoire finie. quant au rapport entre histoire universelle et histoire. jour en repos du Jugement ou de l’Arrêt divin. ferme sa différenciation de soi temporelle en une totalité comme telle finie . C’est de la naissance solidaire de la conscience agissante de l’histoire universelle concrètement pensée comme histoire totale. méta-historique. de l’antiquité. vers une fin-but dernière. je ne retiendrai assurément ici que le second moment. poursuit l’histoire.fr/travaux/communications/2005/bourgeois. découvre précisément l’histoire. c’est-à-dire unifiante et donc au moins en soi philosophante. Il ne peut être pensé que comme l’esprit transcendant. et la philosophie de la fin de l’histoire. et de la pensée de la fin de l’histoire. celui de la béatitude de l’âme retrouvant son corps ressuscité. qui me paraît quadruple. dans une relation au moins quasi historique. finalisée. même soumises aux enchaînements causaux. de cette fin. que je voudrais dégager l’héritage pour la pensée accomplie. dans leur germe théologique. certes purement spirituelle. Quatrièmement : la fin-but se réalisant. après la fin-terme de l’histoire. est par là ellemême insérée. Deuxièmement : cette histoire une ou universelle se déploie dans une réalisation téléologique. à travers un passage qui n’en est plus un. d’elle-même. fixant le centre de celle-ci au point de l’Incarnation et bouclant le cercle de sa révélation du Jugement premier déclarant bonne la nature créée au Jugement dernier sauvant le cours spirituel de l’histoire. cependant. identique à soi. De la double identité : histoire et histoire universelle.asmp. Premièrement : la fraternité universelle enveloppée dans la paternité universelle du Dieu chrétien universalise ou unifie spatio-temporellement l’histoire par-delà les histoires segmentaires. pour cette série de conférences.ASMP . en cela sensée. communication de M. d’un Dieu qui. pour une fois plus spéculatif que l’allemand. le français latinisant. superbe historien tout autant historien de l’histoire et philosophe de l’histoire dans son si beau Recueil Le temps de l’histoire. comme un jour. car ce septième jour « n’a pas de soir ». dans un huitième jour. huitième jour qui. se fait histoire. Philippe Ariès.htm Pàgina 3 de 10 . identifie ici dans une heureuse ambiguïté le but et le terme dans le même mot « fin ». par Jean Baechler. l’histoire universelle véritablement telle.06 Auguste Comte. chez l’auteur chrétien de la Cité de Dieu. La théologie chrétienne a bien été le lieu de l’affirmation conjointe originelle d’une histoire universelle et d’une fin de l’histoire. à savoir philosophique. C’est ainsi que Saint Augustin fait déboucher le septième et dernier jour de la grande semaine de l’histoire. car cet Etre est sans cesse porté au-delà de lui-même en son immanence toujours créatrice à une histoire encore en marche. toutes trois originellement unies. suivant le langage humain. Voici l’acquis augustinien. mais comme jour huitième. comme http://www. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15. car il serait incongru de ma part de sembler toucher au si ferme commencement bâti.

d’une part. tout comme la totalité. elle. infiniment post-historique. par l’abbé de Flore – de la fin sans fin de l’histoire. voire contradictoire. religieusement. en tant que proprement histoire. surnaturelle (supra-historique). n’est plus l’histoire. en vérité. bien finie. Car un tel dire présent ne peut. seront l’objet de la laïcisation rationnelle opérée par toutes les philosophies de l’histoire. elle clôt réellement l’histoire.asmp. entre autres. à savoir la totalisation finalisée proprement historique. par conséquent.ASMP . du monde lui-même ou du temps mondain lui-même. c’est aujourd’hui ? * ** Hégélianisons donc un instant. La fin de l’histoire est réelle. qui la loge. où se récapitule tout l’acquis de la première théologie de l’histoire. Elle aboutit en effet à la réunion. problématique. de l’histoire dite avoir une fin et d’un tel dire présent. à travers Hegel. va libérer l’idée de cette fin.La fin de l'histoire selon Hegel. d’autre part. au thème hégélien. à mes yeux. Cette fin paradoxale. avec nécessité. D’abord en compagnie des deux hégéliens qui ont remis le thème à l’ordre du jour. chez Marx. celle-ci étant prise en son essence empiriquement manifestée et philosophiquement exprimable. aussi faux hégéliens l’un que l’autre. nettement. dans le contexte d’une conception anti-finaliste de l’histoire. en luimême consistant dans ce qu’il a de révolutionnaire. http://www. Et. en la vie éternelle qui. mieux. la finalité et l’unité ou universalité de l’histoire. à et. de son lien initial à l’idée d’une fin. mais celui-ci ne dit pas cette fin telle objectivement. cette même rationalisation va rapporter le contenu d’une telle fin de l’histoire. pour un être fini. une « histoire » transfigurée. Or – et c’est là l’important pour notre thème – la reconquête philosophique de l’affirmation théologico-religieuse de la fin de l’histoire se clôt dans une novation capitale de sa reprise. à la seule action immanente de l’humanité. en effet. d’ailleurs. de façon répétitive. la brièveté de son affirmation explicite se comprenant parfaitement puisque c’est le discours hégélien tout entier qui se totalise sans contradiction. mais en s’ouvrant.htm Pàgina 4 de 10 . de la fin de l’histoire comme fin actuelle. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15. L’affirmation sera reprise. si l’un d’eux est génial.fr/travaux/communications/2005/bourgeois. et. Puis à l’écoute du vrai hégélien. est bien encore un devenir. se justifier luimême qu’en disant que la fin de l’histoire est elle-même déjà présente. La rationalisation philosophique de l’affirmation augustinienne – reprise. dit Augustin. Hegel seul ose la dire telle et il le fait. que la première réflexion vient de nous conduire. La question devient ainsi celle-ci : comment penser de façon raisonnable. en cette affirmation et qui la rend nécessaire. la proposition que la fin de l’histoire. C’est donc. comme tout ce qui est moderne. certes. donc raisonnable ou rationnelle. communication de M. par la raison. chez Kant. chez et pour le philosophe qui le tient. « fin sans fin ». quant à son statut. naturelle (infra-historique). en sa réalité proprement historique. mais oscillante.06 « jour éternel ». L’affirmation présente de la fin présente de l’histoire se prépare.

est achevée s’appuie en effet sur une considération rationnelle empruntée à Hegel. le temps sans fin ouvert par la fin de l’histoire ne peut être rempli que par un esthétisme en quête de nouveautés formelles. comme tel factuel. en son être véritable sous-jacent à ses apparences. donc. que cette pensée kojèvienne ainsi en ellemême contradictoire suppose un aujourd’hui politique dont la i réconciliation prétendue définitive a été renversée. dans leur aujourd’hui respectif – le milieu du siècle pour l’un.La fin de l'histoire selon Hegel. point trop snob. Mais l’aujourd’hui définitif. Une telle manifestation anthropologique de l’absolu est la reconnaissance humaine universelle de la singularité individuelle : chaque Soi reconnaît le Tout (des autres) qui le reconnaît. Pour Kojève. Considération rationnelle hégélianisante : Kojève et Fukuyama absolutisent comme essence de l’homme la manifestation anthropologique. et aussi.06 Kojève et Fukuyama – qui se dit kojèvien – se proclament tous deux hégéliens : leur affirmation que l’histoire. dite anthropogène. en effet. il le distingue au moins de Marx. S’il ne semble pas avoir beaucoup lu Hegel. la fixation définitive de l’histoire à l’Etat homogène – issu de l’égalisation révolutionnaire – universel – visé dans l’empire napoléonien. une fois réalisé. passer du simple constat. l’aujourd’hui est. qu’un tel sans-fin ludique.fr/travaux/communications/2005/bourgeois. fort éloigné de la virtuosité spéculative de Kojève et plus immédiatement rivé à l’existence empirique du monde actuel. en 1989. tel le snobisme à la japonaise qui séduit Kojève.asmp. Cet Etat de la reconnaissance universelle des individus est celui que l’actualité aussi bien capitaliste que socialiste ne fait que déployer. de cette reconnaissance. sans activité ou négativité réelle. la politique en soi réconciliée une fois pour toutes n’ayant plus d’enjeu ni d’intérêt réel – sa gestion nécessaire n’étant que stimulation ludique –. contre celui-ci. dont. Le sérieux Fukuyama. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15. sa fin pour l’autre –. Voilà ce que leur aujourd’hui réalise aussi bien pour Fukuyama que pour Kojève.htm Pàgina 5 de 10 . qui constitue la vie absolue. que par un raisonnement démontrant qu’il est identique à ce qui est d’abord démontré comme essentiel et. de l’Etre universel et du Soi singulier. cela dans la parfaite satisfaction. Kojève eût sans doute mal compris qu’on lui imputât à crime un espionnage au profit de l’URSS : espionner le même au profit de lui-même ne saurait guère être qu’un jeu ! Et il est vrai que. par l’aujourd’hui réel occidentalisant bien plutôt l’Orient. donc contingent. contredit trop l’essence active ou négatrice d’abord attribuée à l’homme pour pouvoir le satisfaire vraiment. Considération rationnelle : on ne peut. un aujourd’hui qu’ils ne caractérisent cependant pas de la même façon comme fin actuelle sans fin de l’histoire. que le monde actuel est universellement tel ou tel. pour le génial mais falsificateur historien de la pensée qui se plaît à trouver déjà Marx en Hegel . Mais il faut bien dire. de la grande équation théo-ontologique hégélienne de la substance et de la subjectivité. chez l’homme. définitif. l’Etat capitaliste étant un Etat socialiste qui s’ignore. il brosse le tableau http://www. au jugement qu’il l’est définitivement. communication de M. spiritualisant.ASMP . qui meut une histoire au contraire arrêtée quand il est comblé. pouvait entrer en scène. C’est le désir. qui plus est.

précisément sur « La fin de l’histoire ». et la participation auto-gestionnaire des collectivités locales . L’histoire. en s’y fondant. celle du vrai hégélien. si j’ose dire. et interrogeons la pensée invoquée par toutes deux et qui les a désavouées par avance. L’affirmation par Hegel de la fin actuelle de l’histoire fait corps. au Colloque « Le monde qui va naître ». au fond peu fukuyamien. et non pas seulement avec tel moment anthropologique de ce discours. D’une telle précarité. en la limitation du socle rationnel philosophique de son affirmation de la fin de l’histoire.fr/travaux/communications/2005/bourgeois.06 dans La fin de l’histoire et le dernier homme. 2. se montre. cet universel réel. souveraineté des Etats-nations dans le cadre du droit international et du cosmopoliticohumanitaire. expression monarchique du présidentiel. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15.htm Pàgina 6 de 10 . puis – ce qui est remarquablement manqué chez Kojève et Fukuyama – de l’Etat et de la société : la force du premier autorisant un dynamisme socio-économique dont le libéralisme foncier se soucie néanmoins de la nécessaire solidarité. tout comme la précarité subjective d’une telle fin de l’histoire durant dans l’ennui et l’insatisfaction. un hégélien de droite.La fin de l'histoire selon Hegel. Car il est celui de la réalisation générale en cours. et dans la pensée et dans la réalité. Cette affirmation condense en elle les points capitaux prochains suivants du discours hégélien : 1. Cette précarité objective. tout comme celle de Kojève. absolument satisfaisante. des autres modes de l’universalisation de l’esprit. civisme personnalisant confirmé moyennant des institutions qui limitent la nécessaire techno-bureaucratie par l’autorité du pouvoir princier. d’abord objective en tant que discordance repérable entre le monde réel et ce qu’on dit qu’il est. celle de Hegel lui-même. en se demandant si l’humanité déçue n’allait pas repartir pour un nouveau voyage historique. Et Fukuyama. et donc sa fin. L’Etat. est essentiellement politicoétatique. de la démocratie libérale dynamisée socialement.ASMP . qu’il ressentait lui-même au point d’annuler tout son ouvrage dans les ultimes lignes de celui-ci. peut seul assurer par sa puissance exemplaire l’existence épanouie. luimême sensible au constat inévitable de la précarité empirique du contenu de sa thèse. communication de M. est en vérité bien peu hégélien. Emmanuel Le Roy Ladurie a fait l’analyse dans sa passionnante conférence.asmp. mais quelle droite ! –. Elle s’accomplit dans la figure définitive dont voici les composants : lien rationnel d’abord du religieux et du socio-étatique . Fukuyama l’avouait. avec tout son discours de théologie concrète chrétienne conceptualisée – Hegel est. un discours dont la systématicité n’a d’ailleurs guère été ébranlée jusqu’à présent. d’abord par la rationalité scientificotechnique. 3. contre le nationalisme où se dévoierait naturellement le politique. – Laissons donc cette pensée de la fin de l’histoire qui. est désavouée et par elle-même et par son aujourd’hui réel. C’est par l’Etat que quoi que http://www.

est désormais atteint. si j’ose dire. qu’à réaliser partout. au plus loin de tout étatisme révélateur de faiblesse. Et un tel aujourd’hui pourrait même être affirmé de nos jours avec encore plus de force comme étant le vrai. Enfin. moins pathétiquement dit : à savoir se limiter. même sans lui. Est-il le nôtre ? * ** Il pourrait d’autant plus l’être. une fois qu’elles ont été découvertes. 4.06 ce soit peut se faire en lui. voire contre lui. la réalisation empirique particulière. de l’économie à la culture. loin de l’esthétisme kojèvien et de l’ennui fukuyamien. de l’invention millénaire et laborieuse des structures universelles vraies de l’existence politique ou de ce que Hegel appelle le droit en général. pour lui aussi. en lui une vie infra-étatique. ce qui se fera tôt ou tard. ici et là. puisque son heureux destin l’a fait se vérifier dans sa victoire sur la longue et opiniâtre parenthèse de sa négation marxiste. Le temps d’après la fin de l’histoire est ainsi animé. malgré l’accélération intensifiée du http://www. même absolument déterminés. la fin actuelle de l’histoire universelle est celle de l’histoire de l’universel. à juste titre. de la culture à la religion et à la philosophie. dans des vicissitudes qui requièrent toujours l’intérêt. l’acte suprême du « divin terrestre » qu’il est consistant. se faire. de l’esprit absolu. qu’il est en avance sur son propre temps. La tâche essentielle historique de la conquête spirituelle de l’esprit par luimême est finie : aucune détermination fondamentale et nouvelle vraie de l’esprit socio-économico-juridicopolitique ne peut plus venir au jour. là où le savoir des structures non objectivables. à savoir se sacrifier.ASMP . par l’intérêt désormais subordonné mais nécessaire de la gestion du politique et l’intérêt fondamental alors objectivement libéré de la vie absolue de l’esprit. à tort. de l’acquis de l’histoire politique universelle se poursuit à travers des conflits toujours possibles entre les Etats nationaux. dans son idéalisation hégélienne. mais prises en leur caractère essentiellement subjectif de représentations (religieuses) ou de concepts (philosophiques). être déjà notre temps. dans ce domaine. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15. mais l’essentiel. et une vie supra-étatique. des structures qu’il n’y a plus. l’agir et l’art politique de tous les individus.asmp. même en soi les plus hégéliens. raison pour laquelle.htm Pàgina 7 de 10 . l’Etat rationnel hégélien fait-il que peuvent se déployer. le jeune Marx critiquait l’Etat pour lui. L’intérêt absolu de l’esprit est dorénavant ailleurs.fr/travaux/communications/2005/bourgeois. seulement bourgeois. Certes. Son affirmation comme fin actuelle de l’histoire se fortifierait de ce que.La fin de l'histoire selon Hegel. ne peut être atteint que par un acte spirituel constamment à reprendre et à réinventer en son exercice fini. Aussi bien. et essentiellement. et non pas dans sa réalité encore inaccomplie. communication de M. – tel est l’aujourd’hui de Hegel. et je m’y attarde un peu plus car c’est explicitement notre thème.

Et cela ne vaut pas seulement pour ce qui est des déterminations objectives de la vie socio-politique. Et pourtant ! car l’action politique se voit de nos jours imposer un objectif non proprement politique. pouvoir répondre : oui. quant à moi. c’est-àdire fondamentalement. plus précisément infrapolitique. le terrorisme qui se mondialise lui aussi fait réagir à des événements qui ne sont plus strictement tels. souvent. dans ses préoccupations majeures. l’acquis politique de l’histoire ne me semble pas actuellement remis en cause dans ses principes. certes. apparaître comme un objectif encore pour nous. pour le hégélianisme. absolument nouveau en sa dimension. il y a un instant. constructifs. Par nombre de côtés. le rejet hégélien de toute intégration des Etats-nations dans une structuration politique forte. de l’Etat rationnel hégélien. son contenu politique fondamental serait resté le même en près de deux siècles. par l’entreprise de construction d’une Europe politique. des situations que nul.La fin de l'histoire selon Hegel. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15. à savoir des condensations originales de processus positifs. dans le bouillonnement surexcité de l’époque. le hégélianisme semble ainsi pouvoir éclairer de façon féconde notre époque sur elle-même. Un tel engagement nihiliste. ne saurait cependant égaler en ses effets la puissance spirituelle des grandes causes positives. Et en ajoutant même que notre monde. L’aujourd’hui de Hegel pourrait donc bien être le nôtre. oubliant seulement que ce détachement spirituel suppose l’engagement maintenu de tous en vue d’assurer la subsistance de la condition réelle de toute vie supra-politique. qui semble bien hégélianiser sans le savoir. ne pouvait prophétiser. mais il ne m’apparaît pas du tout sûr que sera démenti par les faits. l’est-il ? C’est à chacun d’en juger. la gestion politique du devenir empirique. dans les nations les plus avancées. Assurément.fr/travaux/communications/2005/bourgeois. suscitant par leur négativisme des ripostes également négatives. et par la nécessité de maîtriser politiquement la négativité de la mondialisation socio-économico-culturelle. il y a deux siècles. du monde. et. communication de M. qu’elle seule http://www. de la chose politique. qui portaient la vie politique à l’époque vraiment historique où elle créait ses structures universelles essentielles. Bref. de nos jours. peut rencontrer. et qui peuvent surprendre cette gestion au point de l’inciter à modifier ses principes légués par une histoire qu’on ne pourrait alors plus dire close. les grands défis représentés. déjà continentale. dans l’un et l’autre cas. en confrontant avec notre présent réel l’esquisse infiniment trop schématique que j’ai proposée. Je crois. par exemple. comme tel changeant. sorte de « naturation » bilatérale de l’histoire (la « foudre islamiste » et la « tempête du désert » américaine) qui ne se veut pas seulement métaphorique. s’être détaché. en ce qui concerne l’articulation de l’économico-socio-culturel et du politique. Mais. mais des « coups » trouant et affolant le devenir historique. plus policières que proprement politiques. est encore souvent en deçà de ce qui peut alors.htm Pàgina 8 de 10 . enfin. Ainsi. désormais absentes. mais l’esprit du temps paraît bien.06 devenir par exemple scientifico-technique. a fortiori. mondiale.asmp. Il y a.ASMP .

Or. puis – celle-là apaisée – l’histoire proprement historique de l’esprit surmontant ses crises dans une nature rabaissée à être son simple milieu. Hegel. à une nature certes résistante en sa passivité générale. Leur retour. son simple théâtre. à travers eux. dans un contexte désormais plus incertain. de l’histoire passée a pu se déployer sur la base d’un rapport assuré. mais leur rapport primaire à la nature. imprévisible. de son acteur un jour à venir nécessairement principal. et. C’est pourquoi l’Etat. hélas. naturellement nécessaire. la « grande chimie de la nature » qu’est pour Hegel le processus météorologique peut bien être le destin de toute la chimie humaine. Sans parler d’autres dangers. de la nature à sa violence native. appréhendées par la bio-éthique. semble-t-il. Ces provocations peuvent accélérer le réveil. sur une espèce privée des fins équilibres conditionnant son humanité. de sa responsabilité socio-économique). d’une puissance tellement incommensurable avec toute la puissance artificielle des hommes. relancée dans l’exigence d’une créativité retrouvée d’elle-même et la renaissance d’un intérêt majeur pour ellemême. et qui rappelle que « la Ciel et la Terre passeront » – et d’abord comme humainement vivables –. d’une nature rendue hostile . voici donc peut-être venu – et le dire n’est pas forcément verser dans la mythologie – le temps du retour offensif de la nature et de la géographie au cœur de cette histoire.htm Pàgina 9 de 10 . Il y aurait là. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15. une dernière fois évoqué. nucléaire par exemple. ne faisant plus au fond vraiment problème. mais maîtrisable et possédable. l’agir aveugle et imprudent des hommes a suscité la menace de l’épuisement planétaire des ressources énergétiques accessibles ainsi que de la dégradation de la bio-sphère.La fin de l'histoire selon Hegel. voit dans la Terre le vivant élémentaire. qui. non plus la « naturation » dont il était question tout à l’heure – simple mimétisme historique tardif de la nature –.06 peut et doit prendre en charge directement (à la différence. à terme.asmp. par exemple. d’abord (par son but) politique. tout en maintenant en sa force l’acquis politique structurel de l’histoire et en intensifiant. Cet objectif ne concerne plus le rapport strictement historique direct des hommes les uns aux autres. celle-ci pourrait d’ailleurs se montrer telle aussi en déjouant les interventions humaines. l’exploitation surtout industrielle de celle-ci a fait surgir à notre époque la grave question écologique.fr/travaux/communications/2005/bourgeois. de telle sorte que l’histoire comme histoire essentiellement politique serait. La politique. mais un investissement de l’histoire par la nature originaire se réveillant en elle. fruste et en cela redoutable. son rôle de chevalier de la culture et de l’esprit. mais dont la veille météorologique de surface peut elle-même déjà se déchaîner . De la sorte. et dont l’intervention massive. communication de M. après l’histoire métaphorique de la nature et de ses catastrophes. ne pourrait que gravement affecter la gestion politique maîtrisée du monde selon le sens universel déposé en lui par l’histoire. peut et doit se fixer comme objectif et intérêt prioritaire réel le combat international pour la conservation la plus longue des conditions http://www.ASMP . simplement endormi. dont les écologistes ne me semblent pas avoir pris toute la mesure. mais comme d’un acteur de celle-ci.

l’affirmation d’une fin actuelle de l’histoire est possible sans procéder de la méconnaissance de la nouveauté peut-être. sans doute. enveloppée par l’actualité concrétisée de la fin de l’histoire.La fin de l'histoire selon Hegel. historique et post-historique. de conclusion. comme il se doit : éthique. la dernière génération. Bernard Bourgeois (2005) 02/01/14 15. Si les choses sont comme il vient d’être supposé. doit consister. L’historique peut être désormais à la merci du tellurique et du cosmique. devenue hantise.06 élémentaires d’une vie humaine.ASMP . des hommes. la fin-norme. radicale du temps dans lequel nous entrons aujourd’hui. par nécessité. VIDEO EN LIGNE RADIO EN LIGNE AIDE FAIRE CONNAITRE RECEVOIR LES NOUVEAUTES © Académie des Sciences Morales et Politiques 2003 (Infos légales et crédits du site) http://www. pour le moins hyperbolique et régulatrice. et non comme je l’ai fait. celle où il n’y aurait ou y aura plus personne pour prononcer – et ce serait alors pourtant en toute connaissance de cause. Une ère qui peut dès lors être dite post-historique. En ce sens. d’ailleurs. à vivre le moins tragiquement possible la vraie fin. à préparer dès maintenant – car l’absoluité de la responsabilité morale relativise toutes les considération de temps – à travers toutes les générations à venir. s’il en est une. entre autres tâches. voire : qui ne peut plus se développer en sa pureté historico-politique. la fin absolue de l’histoire.htm Pàgina 10 de 10 . communication de M. en l’armant techniquement comme spirituellement.fr/travaux/communications/2005/bourgeois. change profondément sa gestion. un tel Etat est voué à un avenir qui peut ne plus. comiquement – le jugement : « L’histoire est finie ». et cette seule pensée. comme il y a eu une ère préhistorique du devenir de l’humanité. C’est bien une nouvelle ère du devenir humain que peut ouvrir la fin actuelle de l’histoire et dont le cours ne pourra ressembler à tout ce qu’a été jusqu’ici ce que l’on a appelé l’histoire.asmp. * ** Une phrase.

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