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Mise au point clinique

La dépression du post-partum

Jérôme Palazzolo

Certaines jeunes mamans sont envahies par un sentiment d’épuisement, de désespoir et redoutent de faire du mal à leur bébé. Une prise en charge rapide empêche la dépression de s’installer.

P our une femme, mettre un enfant au monde est une expérience très intense, tant du point de vue physique qu’émotionnel. Il est donc natu-

rel qu’un certain nombre de nouvelles mamans éprou- vent des sautes d’humeur après l’accouchement, se sentant heureuses et tristes par moments. Ces senti- ments sont parfois nommés le baby blues ou syndrome du troisième jour. Dans la plupart des cas, ils dispa- raissent dans les dixjours suivant l’accouchement. Ce- pendant, certaines femmes peuvent éprouver une dépression profonde et continue qui durera beau- coup plus longtemps. Il s’agit alors de la dépression du post-partum. Les premières mentions de ce type de dépression remontent au IV e siècle avant notre ère. Mais malgré le fait que cet état soit connu depuis longtemps, il n’est pas toujours reconnu comme une maladie à part en- tière, et la dépression du post-partum est parfois, au- jourd’hui encore, mal diagnostiquée. Pourtant, il s’agit d’une maladie qui se soigne avec succès. Plus elle est détectée tôt, plus le traitement est efficace. Il est donc important d’identifier et de reconnaître les symptômes d’une dépression du post-partum le plus tôt possible. Le diagnostic est parfois difficile, car les sentiments dépressifs sont souvent accompagnés de sentiments de peur intenses et irrationnels. La jeune maman peut craindre de perdre la tête ou d’être consi- dérée par les autres comme étant inapte à être mère.

Sources :

- Jérôme Palazzolo est psychiatre, professeur de socio-anthropologie de la santé à l’Université in- ternationale Senghor d’Alexandrie et chercheur associé au Laboratoire d’anthropologie et de so- ciologie, mémoire, identité et cognition sociale, LASMIC, à Nice. Copyright : Cerveau & Psycho, n°19, janvier- février 2007.

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Les femmes atteintes d’une dépression du post- partum peuvent avoir le sentiment d’être de mau- vaises mères, et hésiter à demander de l’aide. Parfois même, les troubles peuvent être dissimulés, parce que dans notre société, femme-mère signifie encore trop souvent femme-accomplie, avec devoir d’être heu- reuse. Ce qui conduit la jeune maman en proie à des difficultés émotionnelles à juger sa dépression en termes moraux et non en termes de maladie. Elle pense être une mauvaise mère, incapable d’éprouver le moindre plaisir à s’occuper de son bébé, submergée par la fatigue et l’anxiété. Le baby blues apparaît quelques jours après l’ac- couchement et touche près d’une femme sur deux. Il disparaît rapidement, avec son cortège de troubles émotionnels : irritabilité, pleurs, grande fatigue, hu- meur changeante, sentiment d’insatisfaction, etc.

Le baby blues n’est pas une dépression du post-partum

En revanche, on connaît moins la dépression du post-partum, vécue par environ dix pour cent des jeunes accouchées. Elle peut prendre des pro- portions insoupçonnées : dépression profonde, idées suicidaires, voire délire. Contrairement au baby blues, il s’agit d’une affection grave et durable, qui se tra- duit par un mal de vivre persistant dominé par l’an- goisse, le désespoir, l’épuisement, un sentiment de dé- valorisation et l’impossibilité d’établir avec son enfant une relation satisfaisante. La plupart des études montrent que les dépressions représentent environ 40pour cent des hospitalisations psychiatriques dans les premiers mois du post-par- tum. Ces accès dépressifs majeurs commencent sou- vent au cours des premières semaines qui suivent l’ac- couchement, la confusion étant souvent le principal signe, mais rapidement la symptomatologie dé- pressive prend le dessus. La dépression du post- partum peut prendre l’aspect d’une mélancolie dé- lirante, avec inhibition, culpabilité, sentiment d’incapacité et d’indignité, voire absence de recon- naissance des proches. Les idées noires sont fréquentes, généralement funèbres et terrifiantes; elles débouchent sur un délire. Les idées délirantes sont dirigées sur le bébé. La jeune mère a, par exemple, la conviction de n’être pas capable de l’élever. Elle a peur que le bébé meure

ou ait un destin malheureux de par sa faute. Le cas échéant, elle associe la naissance de son bébé à un évé- nement douloureux de sa vie (par exemple le décès d’un parent), et a la conviction que c’est elle qui est responsable de cet événement. Elle est persuadée que le bébé n’est pas le sien et qu’il a été substitué. Elle va parfois jusqu’à nier la naissance du bébé.

Mélancolie délirante et épisodes dépressifs sans délire

C’est le cas de Stéphanie, âgée de 30 ans et qui

a déjà un garçon âgé de deux ans et demi. Elle a ac-

couché assez facilement il y a huit semaines d’une pe- tite Valérie. La grossesse s’est apparemment dérou- lée sans incident. Toutefois, depuis deux semaines,

elle est envahie progressivement par une angoisse et

un sentiment de tristesse, tandis qu’elle n’arrive plus

à dormir, à s’occuper de son bébé. Peu à peu, s’im-

posent à elle des idées d’auto-accusation (elle pense avoir détourné de l’argent il y a quelque temps à son travail – alors qu’en fait il s’était agi d’une erreur d’écriture), des idées de mort, et une impression de menace les concernant elle et sa fille. Elle pense qu’il existe un complot plus ou moins mis en œuvre par sa propre mère, de mèche avec son mari. Celui-ci veut se débarrasser d’elle, car il aime une autre femme à qui il a fait un bébé, et il veut lui enlever ses deux en- fants en la faisant passer pour folle. Il existe une note confusionnelle importante, l’angoisse est terrifiante et Stéphanie se sent menacée. Dans une lettre qu’elle a écrite, elle se compare à un arbre sans sève qu’il fau- drait arracher. L’insomnie est totale. Elle est hospita- lisée dans une unité mère-bébé, pour qu’elle puisse continuer à s’occuper de Valérie, ce qui lui permet de vérifier que ses craintes délirantes ne se réalisent pas. Pourtant, elle ne parvient pas à s’intéresser vrai- ment à Valérie, et, lors des entretiens avec le person- nel hospitalier, elle associe cette incapacité aux diffi- cultés qu’elle a elle-même connues avec sa propre mère; elle évoque son angoisse de reproduire la même relation avec sa fille, car sa mère était toujours néga- tive à son égard et ne lui consacrait pas assez de temps. D’ailleurs, elle a également l’impression rétrospective de ne pas avoir su s’occuper de son fils aîné, et de ne pas l’avoir considéré comme une personne à part en- tière. Malgré le traitement associant antidépresseur et antipsychotique, elle ne veut pas arrêter d’allaiter son

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BSIP/LAURENT/RAVONISON
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Le baby blues survient parfois à cause de la fatigue liée à l’accouchement et au nouveau rythme de vie imposé par le bébé. Il est passager, contrairement à la dépression du post-partum qui nécessite une prise en charge médicale pour ne pas devenir chronique.

bébé, par crainte qu’on le lui prenne. Il est évident que, dans un tel cas, il y a une urgence à entreprendre un traitement en milieu hospitalier, d’autant plus qu’un geste suicidaire ou un infanticide (directement, ou par suicide à deux) est toujours possible.

À côté de la dépression mélancolique délirante, on observe d’autres formes de dépressions franches, accompagnées de plaintes diverses, de fa- tigue intense, d’un sentiment d’épuisement, d’une in- somnie persistante, d’un amaigrissement, mais éga- lement, parfois, de craintes irraisonnées de faire mal au bébé. Dorothée, âgée de 43 ans, illustre ce cas cli- nique. Elle est enseignante, et vivait jusque-là chez ses parents. Elle a eu quelques aventures sentimen- tales, mais n’a jamais vécu en couple. Inquiète de ne jamais avoir d’enfant, elle décide alors de tomber en- ceinte : « Il s’agit de la grossesse de la dernière chance », comme elle aime à le répéter. Elle arrête donc de prendre la pilule, espérant que son ami du moment (Jacques, avec qui elle entretient une rela- tion depuis sixmois) acceptera l’enfant et se décidera à vivre avec elle, alors qu’il est lui-même encore très proche et dépendant de sa propre mère. Elle n’a au- cun antécédent psychiatrique, et se décrit comme ayant un tempérament plutôt solitaire.

Les circonstances

Quelques jours avant l’accouchement, son ami lui annonce qu’elle n’est pas la femme de sa vie, tout en lui proposant de venir vivre chez lui avec son enfant. En fait, immédiatement après l’accouchement – au- quel il a assisté –, Jacques retourne vivre chez sa mère, et Dorothée se retrouve seule avec son bébé. Assez vite, elle développe un épisode dépressif majeur : elle est complètement désemparée, apathique, incapable de faire face aux nouvelles tâches qu’impose son bébé.

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Elle pense qu’elle ne fait pas ce qu’il faut pour Ma- thieu, et ce d’autant plus qu’elle aurait préféré une fille. Elle est très affectée par l’échec de son couple, à la fois hostile à son ami Jacques, tout en escomptant encore qu’il revienne sur sa décision. Découragée et n’acceptant pas cette situation de femme seule, elle vient se réfugier chez ses parents. Elle a perdu l’ap- pétit et le sommeil. Elle se reproche d’avoir conçu cet enfant, et regrette d’avoir avorté il y a 15 ans. Elle n’arrive pas à s’intéresser aux soins du bébé, en par- ticulier à la préparation des biberons qu’elle donne de manière assez mécanique, sans plaisir ni échange de regard avec Mathieu. Elle s’affole à certains moments, car elle pense que son fils va s’étouffer et mourir lorsqu’il fait une régurgitation. Elle a aussi pensé, à plusieurs reprises, avec une grande angoisse, qu’elle pourrait blesser son bébé, en le faisant tomber par terre lorsqu’elle le change. Elle cherche à évacuer ces représentations qui s’imposent à elle. De même, elle ne supporte pas les pleurs de Mathieu, et lui met systématiquement une tétine dans la bouche dès qu’il se met à crier, sans toutefois pouvoir le prendre dans ses bras. Un traitement antidépresseur est entrepris, mais devant les difficultés qu’elle rencontre à établir une vraie re- lation avec son bébé, Dorothée est en fin de compte admise dans une unité d’hospitalisation conjointe mère-enfant. L’évolution sera assez vite favorable, tant sur le plan de l’humeur que du lien mère-bébé. Dorothée re- prend progressivement confiance en elle, ce qui per- met un enrichissement constant des échanges avec son bébé. Grâce à l’aide de l’équipe soignante, elle organise, avant sa sortie, un mode de garde en crèche, qui lui permettra de reprendre son travail. Après cette hospitalisation, elle entreprend une psychothérapie.

En fait, la dépression du post-partum est plus intense que le baby blues. Les femmes qui en sont atteintes éprouvent tout un cortège de symptômes

tels que découragement, tendance à pleurer constam-

ment, sentiment de ne pas être à la hauteur, culpabi- lité, anxiété, irritabilité et fatigue. À ce cortège s’ajou- tent des symptômes physiques, tels que maux de tête, engourdissement, douleurs thoraciques et hy- perventilation. Une femme souffrant d’une dépres- sion du post-partum peut éprouver des sentiments am- bivalents ou négatifs, voire de désintérêt vis-à-vis de son enfant. De tels sentiments peuvent avoir des ré- percussions négatives sur le développement du lien affectif qui unit la mère et l’enfant. Comme ce trouble est encore mal défini et peu étudié, il n’est pas toujours déclaré. La dépression peut se présenter à n’importe quel moment au cours des six mois qui suivent l’accouchement, et peut durer pendant plu- sieurs mois. Les causes de la dépression du post-partum sont multiples, et difficiles à isoler : il peut s’agir de fac- teurs physiques, biologiques et/ou psychosociaux liés

à cette période exigeante qu’est la grossesse. Il est

possible que la maladie soit liée à certaines carences nutritionnelles ou à des déséquilibres métaboliques. De même, les changements hormonaux peuvent contri- buer à la survenue de la dépression (la production de progestérone chute immédiatement après la délivrance, et la fin de l’allaitement entraîne une diminution de sécrétion de la prolactine). Sur le plan psychologique, les facteurs sont com- plexes. L’arrivée d’un nouveau-né entraîne des chan- gements: adaptation à la présence, au rythme et aux exi- gences du bébé, bouleversements dans la vie quotidienne. En outre, la grossesse est une période qui favorise la résurgence de traumatismes infantiles, ce qui signi- fie que certaines mères peuvent alors revivre des situa-

tions difficiles de leur propre enfance. Ainsi, une femme qui a eu des relations conflictuelles avec sa propre mère

a plus de risques de développer une dépression. En définitive, il n’existe pas d’élément déclen- cheur unique. On estime que la dépression du post- partum résulte de nombreux facteurs complexes. Il est toutefois important de dire aux femmes souffrant d’une dépression du post-partum qu’elles n’en sont pas la cause directe. Un fait est certain: les femmes qui ont connu un épisode de dépression avant leur grossesse ris- quent davantage de souffrir d’une dépression du post-partum. Il est donc nécessaire que les femmes dans cette situation en discutent avec leur médecin afin de recevoir un traitement adéquat le cas échéant. De plus, on estime que 10 à 35 pour cent des femmes victimes d’une dépression du post-partum connaî-

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tront ultérieurement une récurrence des symptômes dépressifs. Le nombre de jours de congés maladie pris pendant la grossesse et la fréquence des consultations médicales peuvent être des signaux d’alerte: les femmes qui pren- nent de nombreux rendez-vous avec leur médecin et qui s’arrêtent fréquemment de travailler pour raison de santé au cours de leur grossesse sont aussi les plus sus- ceptibles d’éprouver une dépression du post-partum. Le risque augmente par ailleurs chez les femmes ayant subi plus de deuxavortements, et chez les femmes ayant des antécédents de complications obstétricales. D’autres facteurs augmentant le risque de dépression du post- partum sont le syndrome prémenstruel, une relation difficile avec le conjoint, un soutien affectif de mau- vaise qualité et la présence d’événements stressants pendant la grossesse ou après l’accouchement.

Les interactions mère-enfant

La dépression maternelle perturbe la nature des

interactions mère-enfant et la disponibilité physique et mentale de la mère, de sorte qu’elle entraîne une sous-stimulation du bébé. L’inhibition maternelle et l’absence de plai- sir appauvrissent les échanges. Ainsi, le bébé est souvent porté dans une position telle qu’il est hy- pertonique et qu’il ne peut croiser le regard de sa mère. La mimique est peu expressive, et va de pair avec l’absence d’échanges affectifs et la quasi-dis- parition des échanges langagiers. La mère ne per- çoit pas – ou seulement à contretemps – les signaux que lui adresse son bébé, et elle ne peut donc y ré- pondre correctement. Certaines femmes perçoivent ce décalage, et sur- tout sont capables de se plaindre de l’absence d’inté- rêt qu’elles éprouvent pour leur nourrisson, ce qu’elles ressentent comme une anomalie douloureuse, ce qui fait partie de la symptomatologie dépressive ; mais souvent elles n’osent pas en parler ouvertement, tant l’entourage idéalise le fait d’être mère. Dans d’autres cas, elles interprètent mal le com- portement de leur enfant: ainsi, devant le bébé qui se détourne d’elles, elles pensent qu’il s’agit d’un rejet à leur égard, ce qui les conforte dans l’idée qu’elles sont de mauvaises mères, alimente le sentiment de mésestime de soi, renforce leur attitude de repli, voire fait le lit d’une maltraitance… S’il ne faut jamais oublier de tenir compte des dis- positions propres du bébé, qui tente de s’adapter à sa maman et a parfois avoir une activité antidépressive pour celle-ci, la capacité à stimuler la mère semble très vite dépassée, et l’on observe un appauvrisse- ment global des aptitudes réceptives du nourris- son. En effet, il existe une réciprocité dans l’interac- tion mère-nourrisson, les réactions de l’un des deux partenaires entraînant chez l’autre une réponse qui agit sur le premier partenaire.

Le trouble du bébé

Par diverses études de psychologie expéri-

mentale, les spécialistes ont cherché à mieux com- prendre l’échange des signaux entre mère et nour- risson, et à reproduire des situations simulant une

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dépression chez la mère. Pour ce type d’études, on utilise une situation standardisée : généralement, le bébé est installé dans son babyrelax sur une table, et sa mère est assise en face de lui, de telle sorte que les visages soient au même niveau. La scène est en- registrée : une caméra fixe le visage du bébé, l’autre celui de la mère, et grâce au procédé du split screen (écran divisé) on obtient simultanément l’image du bébé sur une moitié de l’écran et l’image de sa mère sur l’autre moitié. Ce type d’observation a permis de constater que les interactions mère-nourrisson sont faites habi- tuellement de successions de moments où les deux partenaires sont en situation d’échanges, et de mo- ments où ces échanges sont suspendus ; le caractère cyclique est d’ailleurs induit par le nourrisson lui- même, la mère tendant à s’adapter au rythme imposé par son bébé. Dans une autre expérience, celle du still face, on demande à la mère placée face à son bébé (âgé de un à quatre mois) de garder pendant trois minutes un visage immobile et impassible, quelles que soient les réactions du nourrisson. Au début, celui-ci cherche à entrer en contact avec sa mère, à forcer son attention, il tend les mains vers elle puis, devant l’échec de ces tentatives, apparaît un malaise, une inquiétude, avant qu’il ne se replie sur lui-même. À la fin de la période durant laquelle la mère garde un visage figé, le bébé se montre tout d’abord méfiant, mais il revient malgré tout très vite à une interaction normale. Le protocole expérimental permet de constater l’effet que produit l’expression neutre et impassible de sa mère, et la modalité circulaire des interactions mère-bébé. Pour simuler une dépression maternelle, on a re- pris ce mode d’observation en demandant à des mères d’alterner des moments d’échanges et de jeux avec leur bébé comme lorsqu’elles sont chez elles, et des moments où on leur demande d’être comme lorsqu’elles sont fatiguées et incapables de jouer avec leur enfant. Les réactions du bébé sont minutieuse- ment enregistrées et analysées. On a ainsi constaté que le comportement du petit varie en fonction de l’expression maternelle, et qu’il est altéré dans le sens d’un appauvrissement des interactions dans les situations de dépression maternelle. D’autres expériences comparables ont été reprises avec des groupes de mères ayant un bébé de trois mois, incluant des mères réellement déprimées. Les bébés de mères non déprimées sont capables de repérer les changements dans l’expression maternelle et de ten- ter de réagir pour retrouver des interactions normales avant de montrer des comportements de détresse. Les bébés de mères déprimées ne montrent pas de grandes modifications dans leurs réponses (les mères réellement déprimées ne modifiant pas considérable- ment leurs interactions lorsqu’on leur demande de modifier leur comportement). On constate néanmoins que leur comportement reflète la dépression mater- nelle, et qu’ils développent une position passive et inerte qui a tendance à se généraliser. Ce qui pose d’ailleurs la question de l’éventuelle transmission de l’affect dépressif…

Les traitements

La dépression du post-partum est une maladie qui se soigne, et dans cette optique on a identifié trois

groupes de cas plus ou moins graves. Les mères du premier groupe (plus du tiers) ont besoin d’un sou- tien psychothérapique. Dans ce cadre, la psycho- thérapie est un traitement efficace et un choix accep- table pour les femmes qui se retrouvent en difficulté. De nombreux travaux soulignent que la thérapie in- terpersonnelle est efficace : les femmes y trouvent le soutien émotif, l’aide et la compréhension dont elles ont besoin. La thérapie cognitivo-comportementale aide les femmes à prendre conscience que leurs craintes d’être une mauvaise mère ne sont pas justi- fiées. Le deuxième groupe demande une prise en charge plus médicale, et la prescription d’un anti- dépresseur. Les femmes atteintes de dépression du post-partum ne réagissent cependant pas bien aux an- tidépresseurs, lesquels doivent donc être prescrits à dose suffisante, et pendant un temps suffisamment long. Il est généralement conseillé d’arrêter l’allaite- ment dans ce cas (certains traitements passant dans le lait). Le troisième groupe comprend les mères les plus gravement atteintes, et celles des deux premiers groupes qui ne répondent pas aux mesures thérapeu- tiques mises en place. Ce groupe nécessite une prise en charge psychiatrique spécialisée. La prise en charge somatique doit toujours être accompagnée d’une psychothérapie qui peut, selon les cas, être une thérapie individuelle, une thérapie de couple, une thé- rapie mère-bébé.

une thérapie de couple, une thé- rapie mère-bébé. La dépression maternelle perturbe la nature des inter-

La dépression maternelle perturbe la nature des inter- actions mère-enfant.

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46 Oser parler ● Ainsi, la dépression du post-partum est un réel problème de santé

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Oser parler

Ainsi, la dépression du post-partum est un réel problème de santé publique, fréquent et qui peut avoir des conséquences graves sur la mère, sur l’enfant et sur la famille. C’est une affection de longue durée, dont le diagnostic est souvent négligé. L’état dépressif de certaines mères est en effet sou- vent toléré par l’entourage et par les professionnels de la santé à cause sans doute du manque de traite- ments efficaces. Le passage à la chronicité peut en accroître les effets désastreux, en mettant en péril la survie du couple, en augmentant le risque de négli- gence ou de maltraitance, en favorisant l’évolution vers les formes graves. La dépression du post-partum peut affecter toutes les mères, même si elles étaient ravies à l’idée d’avoir un enfant ou très heureuses avant d’accou- cher. Toutes les nouvelles mamans ont besoin de

l’aide et du soutien de leur famille et de leurs amis, et celles qui souffrent de dépression du post-par- tum encore plus. N’ayez pas peur de demander de l’aide pour faire garder votre bébé ou pour les tâches ménagères, et n’ayez pas honte de vouloir vous ac- corder du temps pour vous. Les sentiments causés par la dépression du post-partum disparaissent s’ils sont traités correctement, mais ce n’est pas un état que l’on devrait chercher à surmonter sans aide.

Bibliographie

J. Palazzolo, Aidez vos proches à surmonter la dépression, Hachette Pratique, 2006. P. Lemoine, Dépression, Larousse, 2006.

A suivre…

Diabétologie

Humalog : 10 ans d’actualité pour une insuline « très rapide »…

C hez les patients diabétiques relevant de l’insulinothérapie, l’objectif thérapeu- tique a toujours été d’obtenir des gly-

cémies les plus proches de la normale, en cher- chant à reproduire une insulinosécrétion proche des variations physiologiques. Où en était-on il y a dix ans? Les schémas thé- rapeutiques proposés classiquement en ba- sal/bolus faisaient appel à l’insuline rapide avant chaque repas en bolus, associée à une insuline intermédiaire (NPH) pour assurer un taux basal d’insuline; cependant deux problèmes restaient récurrents : l’insuline rapide, « pas si rapide », n’évitait pas la survenue d’hyperglycémies post- prandiales et les insulines NPH utilisées matin et soir n’empêchaient pas des hypoglycémies de fin de matinée et de milieu de nuit, corres- pondant à leur pic d’activité, 3 heures environ après leur injection. En 1997, le premier analogue rapide de l’insuline humaine, l’insuline lispro (Hu- malog) est venue transformer la prise en charge de ces patients relevant de l’insulinothérapie. Son délai d’action, très rapide (15 minutes), a permis en effet son administration juste avant les repas, voire même après, la dose injectée pouvant être adaptée selon la prise alimentaire, favorisant une plus grande flexibilité, à la fois dans le traitement et dans le régime alimentaire

lui-même. L’insuline lispro assure un meilleur équilibre glycémique post-pran- dial, comparativement à l’insuline humaine. Son pic d’activité plus précoce et sa plus brève durée d’action limite le temps de che- vauchement avec l’insuline basale, diminuant ainsi le risque d’hypoglycémie sévère. L’association de l’insuline lispro au mo- ment des repas, à une insuline glargine qui permet de répartir l’insuline basale sur 24 heures

en évitant les effets de cloche, est ainsi deve- nue un standard dans la prise en charge du diabétique relevant de l’insulinothérapie. Utilisé dés 1998 dans les pompes, l’insuline lispro est approuvée chez l’enfant depuis 2000 et chez la femme enceinte depuis 2003. Deux mélanges fixes d’analogues (Hu- malog Mix 25 et Humalog mix 50), asso- cient l’insuline lispro à une insuline in- termédiaire lispro protamine (NPL). Ils permettent, par la simplicité de leur schéma d’administration, de faciliter l’intensification d’une insulinothérapie que ce soit dans le dia- bète de type 1 ou au cours du diabète de type 2. Chez le diabétique de type 2 qui échappe aux hypoglycémiants oraux, ces mélanges fixes constituent l’opportunité d’une étape inter- médiaire avant le passage au schéma basal/bo- lus. Chez les sujets âgés diabétiques de type 2, les schémas à deux injections par jour peuvent être plus faciles à gérer en pratique. Enfin chez l’enfant ou l’adolescent, un meilleur équilibre glycémique peut être obtenu dans certains cas en associant un mélange fixe en bolus, pour éviter une injection supplémentaire au schéma basal/bolus habituel. Pour finir, un nouveau stylo rechargeable, fiable et discret, est venu compléter l’actualité en 2006, permettant d’injecter une dose pré- cise d’insuline, unité par unité, et de la corri- ger si besoin après programmation, sans perte de produit (HumaPen Luxura).

P. de la Bretonnière

Conférence de presse des Laboratoires Lilly, avec la participation du Pr E. Renard (CHU Montpellier) et du Pr P. Vexiau (Hôpital St Louis, Paris).