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Carlo Ginzburg

Représentation : le mot, l'idée, la chose
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 46e année, N. 6, 1991. pp. 1219-1234.

Abstract Representation : the word, the thought, the thing. The paper analyzes the implications of the mannikins ("representations") which were displayed in the funerals of French and English kings since the 14th and 15th centuries. These mannikins can be connected to much longer historical series showing how in different cultural contexts images could act as mediators with the beyond In medieval Europe the status of images closely connected on one hand to the condemna tion of idolatry on the other to the veneration of relics was deeply affected by the cru cial role attributed more and more to the eucharist. The disenchantement of the images triggered by this process was precondition of the deep changes which emerged in the 13th and 14th centuries both in painting and sculpture.

Citer ce document / Cite this document : Ginzburg Carlo. Représentation : le mot, l'idée, la chose. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 46e année, N. 6, 1991. pp. 1219-1234. doi : 10.3406/ahess.1991.279008 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1991_num_46_6_279008

PRATIQUES DE LA REPRESENTATION REPRESENTATION LE MOT I/IDEE LA CHOSE CARLO GINZBURG Depuis le début des années quatre-vingt représentation est devenu dans le domaine des sciences humaines un véritable mot clé on dirait presque un mot la mode On pense Représentations la revue lancée en 1983 par un groupe historien de philosophes et de littéraires de université de Berkeley ou dans un contexte européen article de Roger Charrier paru dans les Annales année dernière sous le titre allusif Le monde comme représentation On pourrait aisément multiplier les exemples Cette fascina tion est quelque peu surprenante représentation étant un mot vénérable qui fait partie de notre outillage intellectuel depuis des siècles Mais tout récem ment il acquis paraît-il des résonances nouvelles Je voudrais les analyser une fa on indirecte La stratégie que ai adoptée un but précis détruire la trompeuse familiarité que nous avons avec des mots tel que représentation qui font partie de notre langage quotidien ampleur et la complexité du sujet excuseront espère le caractère un peu schématique de mon propos Il se rat tache un projet de recherche auquel je travaille depuis quelque temps Je vais en donner quelques jalons La stratégie de dépaysement que je viens évoquer commence par les voca bulaires Dans article que ai déjà mentionné Chartier utilisé le Diction naire de Furetière pour montrer importance tout fait centrale de la notion de représentation dans les sociétés Ancien Régime Le but de auteur pro poser une nouvelle définition histoire culturelle ou une histoire des prati ques culturelles était différent du mien Il lui est arrivé toutefois de formuler dans son texte une fa on très nette quelques-uns des problèmes que je veux aborder hui Je vais citer un passage tiré de article de Chartier même il est un peu long Dans les définitions anciennes par exemple celle du Dictionnaire uni versel de Furetière dans son édition de 1727) les entrées du mot représen tation attestent deux familles de sens apparemment contradictoires un côté la représentation donne voir une absence ce qui suppose une distinction nette entre ce qui représente et ce qui est représenté de autre la représenta tion est exhibition une présence la présentation publique une chose ou 1219 Annales ESC novembre-décembre 1991 no pp 1219-1234 .

PRATIQUES DE LA REPR SENTATION une personne Dans la première acception la représentation est instrument une connaissance médiate qui fait voir un objet absent en lui substituant une image capable de le remettre en mémoire et de la peindre tel il est De ces images certaines sont toutes matérielles substituant au corps absent un objet qui lui ressemble ou non ainsi les mannequins de cire de bois ou de cuir qui étaient placés au-dessus du cercueil royal pendant les funérailles des souve rains fran ais et anglais Quand on va voir les princes morts dans leur lit de parade on en voit que la représentation effigie ou plus générale ment et plus anciennement la litière funèbre vide et recouverte un drap mor tuaire qui représente le défunt Représentation se dit aussi église un faux cercueil de bois couvert un voile de deuil autour duquel on allume des cierges on fait un service pour un mort autres images jouent sur un registre différent celui de la relation symbolique qui pour Furetière est la représentation de quelque chose de moral par les images ou les propriétés des choses naturelles ... Le lion est le symbole de la valeur la boule celui de inconstance le pélican celui de amour matériel Un rapport déchiffrable est donc postulé entre le signe visible et le réfèrent signifié ce qui ne veut pas dire bien sûr il est nécessairement déchiffré tel il devrait être1 Ouvrons maintenant le Petit Robert article représentation est divisé en deux rubriques la première commence par action de mettre devant les yeux ou devant esprit de un définition suivie par une liste de signifi cations particulières comme par exemple le fait de rendre sensible un objet absent ou un concept au moyen une image une figure un signe etc la seconde commence par le fait de remplacer un) agir sa place dans exercice un droit définition suivie par action de représenter étranger le fait de représenter le peuple la nation dans exercice du pouvoir le fait de passer des contrats pour le compte une maison de commerce Les deux rubriques ont en gros quelque chose en commun idée de substitution de remplacement qui évoque absence Mais élément évocateur ou mimétique se rattachant la présence ou au moins une certaine présence) qui est central dans la première catégorie est absent dans la seconde Si on compare article du Dictionnaire Universel de Furetière et celui du Petit Robert on remarque tout de suite il dans ce dernier des présences nouvelles tout fait prévisibles les représentants du peuple et de la nation par exemple et des absences comme par exemple la référence aux représentations utilisées dans les funérailles royales en Angleterre et en France Ces dernières objets souvent fragiles dont très peu parfois très restaurés sont parvenus nous seront le point de départ de mon exposé2 Furetière observait que dans ce contexte le mot représentation pouvait désigner soit un mannequin soit un cercueil vide On sait que usage du manne quin royal remonte en Angleterre 1327 mort Edouard II et en France 1422 mort de Charles VI)3 usage du cercueil vide est déjà attesté en 1291 lorsque comme nous apprend un document conservé aux archives de Barce lone les Sarrasins qui habitaient la ville aragonaise de Daroca lancèrent une attaque contre les Juifs qui exhibaient une bière representationem en tant que représentation du roi Alphonse III qui venait de mourir4 On doit souli1220 .

GINZBURG LE MOT ID LA CHOSE gner pourtant que le mot représentation était pas utilisé seulement pour les obsèques des rois un document de 1225 nous montre une femme payant pour avoir lignée et representaci de son mary après la mort icellui Suivant les suggestions de son maître Ernst Kantorowicz dont il été le dis ciple le plus proche historien américain Ralph Giesey retrouvé en France opposition théorisée par les juristes anglais aux xvie et xvne siècles entre Thé two bodies les deux corps du roi6 En étudiant une fa on minutieuse les rites liés la mort du roi et avènement de son successeur Giesey montré dans un beau livre paru en anglais Genève en 1960 et traduit en fran ais vingt-sept ans après sous le titre Le Roi ne meurt jamais le rôle de plus en plus important joué en France pendant les périodes interrègne par effigie du souverain décédé Depuis la fin du xve siècle les funérailles royales font appa raître une séparation très nette entre le roi mort et son effigie selon la remarque de Giesey le corps allait au tombeau et effigie était portée en triomphe Cette séparation qui devait se prolonger la mort Henri IV aurait exprimé aux yeux des contemporains la distinction mise en valeur par Kantorowicz dans son grand livre entre le corps périssable du roi en tant individu et le corps éternel en tant que lié une institution publique dignitas) Revenons pour un moment aux deux pôles on avait décelé dans article représentation du Petit Robert la substitution et évocation mimétique De quel côté placerait-on effigie du roi Giesey qui étudié de près évolu tion du rituel dit plusieurs reprises il agissait au début un simple substitut du corps adopté pour des raisons ordre pratique les techniques embaumement étant peu avancées on était parfois contraint exhiber dans les cortèges funèbres soit un cadavre royal demi pourri soit un mannequin en bois en cuir en cire8 avoue que ce choix ne me paraît nullement simple Il avait quand même une alternative consacrée par la tradition qui était fondée sur une évocation non mimétique la litière funèbre couverte un drap mor tuaire9 Pourquoi donc en 1322 Londres a-t-on choisi de payer un certain maître pour il fasse quondam ymaginem de Ugno ad similitudinem dieu dom ni Reg une image en bois la ressemblance du roi mort Edouard II Pourquoi cette innovation a-t-elle été reprise en France un siècle après Pour quoi la tradition a-t-elle duré dans les deux pays aussi longtemps 10 Ces questions sont liées on le verra un problème tout fait crucial le statut changeant et très souvent ambigu des images dans une société donnée Mais elles impliquent une question préalable qui été posée pour la première fois par le grand historien de art viennois Julius von Schlosser en 1910 Il avait été frappé par analogie entre les images de cire on utilisait pendant les funérailles des empereurs romains aux ne et nie siècles de notre ère et celles en cire mais aussi en bois ou en cuir des rois fran ais ou anglais on retrouve dans des circonstances semblables un millénaire après Doit-on penser une filiation ou plutôt une redécouverte spontanée Schlosser penchait pour la première proposition même si les preuves une continuité étaient au fond très minces La seconde proposition été retenue par autres historiens compris Giesey Au milieu une analyse serrée laquelle je vais revenir dans un instant) il écrit Sous angle de anthropologie culturelle ces ressem blances sont stimulantes mais le lien historique est faible 12 Pour quiconque 1221 .

PRATIQUES DE LA REPR SENTATION est intéressé aux rapports entre anthropologie et histoire cette remarque est loin être définitive Au contraire elle nous invite une recherche plus poussée dans autres directions La comparaison entre des rites funéraires appartenant des cultures éloi gnées été écartée par Giesey comme facile mais stérile du point de vue historique13 Je pense au contraire elle devrait être menée dans un cadre chronologique et géographique plus large On pourrait penser que la consé quence de cette démarche serait celui effacer les traits spécifiques des phéno mènes qui nous concernent On verra il en va tout au contraire Le point du départ de la recherche de Giesey est lui-même qui nous le dit été en suivant sans doute une suggestion de Kantorowicz un article Elias Bickerman sur apothéose des empereurs romains paru en 192914 Dans des pages éblouissantes qui ont soulevé des réactions très vives Bickerman analyse le rituel de la consecratie) fondée sur une double incinération celle du corps de empereur étant suivie plusieurs jours après par incinération de son image en cire travers ce funus imaginarium ces funérailles de image empe reur qui avait déjà déposé ses dépouilles mortelles était accueilli parmi les dieux Bickerman soulignait les analogies spécifiques entre ces rituels et les phé nomènes royaux anglais et fran ais dans une note il faisait aussi une allusion rapide aux rites funéraires étudiés par Prazer Il ne connaissait pas semble-t-il la Contribution étude sur la représentation collective de la mort de Robert Hertz parue dans Année sociologique en 190715 Et pourtant la fin du premier paragraphe de article de Bickerman on peut lire une affirmation qui pourrait avoir été signée par Hertz la mort ne constitue nullement la fin de la vie du corps dans ce monde ce est pas le fait biologique mais acte social les funérailles qui séparent ceux qui en vont de ceux qui restent 16 Le grand essai de Hertz analyse un niveau très général le rituel de la double sépul ture étudié par Bickerman dans le contexte romain Hertz montre que la mort chaque mort est un événement traumatique pour la communauté une véritable crise qui doit être maîtrisée travers des rituels qui transforment évé nement biologique dans un processus social en contrôlant le passage du cadavre pourrissant objet instable et mena ant entre tous au squelette Parmi ces rituels il la sépulture provisoire ou dans autres cultures la momifi cation et la crémation on trouve parfois combinées autant de solutions spécifiques selon Hertz un problème très répandu17 Dans la Rome des Antonins et dans Angleterre et la France des xve et xvne siècles les funérailles du corps respectivement celles des empereurs et celles des rois jouaient un rôle comparable aux sépultures provisoires analysées par Hertz Dans les deux cas elles étaient suivies par les funérailles des images est-à-dire par un rituel non seulement final mais éternisant empereur était consacré dieu le roi tra vers affirmation de la pérennité de la fonction royale ne mourait jamais Les images impériales en cire et les effigies royales aboutissements de la mort des souverains en tant que processus social peuvent donc être considérées comme des équivalents sur un autre niveau des momies ou des squelettes Il quelques années par des voies tout fait différentes Florence Dupont est arrivée pour ce qui concerne les empereurs romains la même conclusion Disposer du cadavre ce problème transculturel que chaque culture 1222 .

GINZBURG LE MOT ID LA CHOSE abordé par des voies différentes nous permet apprécier la spécificité de la solution on retrouve soit dans la Rome des Antonins soit dans Angleterre et la France des xve et xvi siècles Dans ce dernier cas au moins on sait que effigie montrait le roi au vif mais Rome aussi utilisation de image soutenait ce on appelé la fiction de la souveraineté post mortem 19 Une page bien connue de Histoire Romaine de Dion Cassius décrit la statue en cire de empereur Pertinax mort en 193 parée des habits triomphaux en face elle un jeune esclave écartait comme si le prince eût été endormi les mou ches avec un éventail de plumes de paon 20 Hérodien parle des cérémonies qui suivirent la mort de Septime Sévère de fa on encore plus détaillée pendant sept jours image de cire de empereur placée dans un grand lit ivoire avec des couvertures dorées fut visitée par des médecins qui disaient que le malade se portait toujours plus mal 21 On comparé ces récits ce qui est passé en France en 1547 après la mort de Fran ois Ier Pendant onze jours il eut des repas abord côté du cadavre puis côté de effigie du roi on mangeait on buvait face lui et les bassins eau laver étaient présentés la chaise du dit Seigneur comme il eust esté vif et assis dedans 22 Giesey montre que le texte Hérodien circulait déjà en France vers 1480 et que les plus anciens témoignages fran ais sur la coutume du repas funèbre datent depuis la fin du xve siècle mais il conclut comme je disais auparavant que ces analogies avec antiquité romaine impliquaient nullement un phénomène conscient imita tion23 Les arguments de Giesey me paraissent assez faibles je ne crois pas par exemple que le fait que les repas funèbres pour Fran ois Ier aient commencé côté du cadavre suffise démontrer lui seul il existait aucun lien entre les coutumes romaine et fran aise 24 Mais la conclusion de Giesey est proba blement correcte Dans ce domaine une invention indépendante était sans doute possible même dans des sociétés qui étaient plus éloignées dans espace que la Rome de Septime Sévère et la France de Fran ois Ier ne étaient dans le temps Une relation de Pedro Pizarro conquistador du Pérou confirmée sur ce point par autres témoignages nous apprend que les Incas dans les occasions les plus solennelles exhibaient les momies de leurs rois ils avaient gardées avec un grand soin pour échanger avec elles des toasts mutuels en partageant de grands repas25 On peut essayer expliquer cette analogie inattendue entre la France et le Pérou Au Pérou étaient les souverains morts qui possédaient le palais royal du Cuzco le bétail et les esclaves administration était confiée un groupe qui comprenait leurs héritiers mâles exception du roi qui héritait rien de matériel de celui qui avait précédé26 Les rois morts gardaient en principe le pouvoir où le rapport de réciprocité avec leurs momies entretenaient les Incas travers le repas rituel En France le pouvoir une fiction légale attri buait au souverain mort avait une durée limitée ce que Giesey appelé interrègne cérémonie est-à-dire la période qui précédait le couronne ment du nouveau roi27 Des contraintes semblables produisaient dans des contextes tout fait hétérogènes des résultats convergents Tout cela nous aide déplacer un peu le problème on posé plusieurs reprises propos des funérailles royales dans la France du xvie siècle alternative entre imitation des modèles romains ou invention indépendante touche une partie seulement du problème Comme Marc Bloch et Claude Lévi-Strauss ont déjà dit avec 1223 .

PRATIQUES DE LA REPR SENTATION force le contact il eu contact ce qui dans ce cas est pas sûr explique pas la permanence Il agit de deux problèmes ordre différent28 Pourquoi donc Rome ou ailleurs faisait-on des images des empereurs ou des rois après leur mort Soit article classique de Bickerman soit interven tion récente de Florence Dupont ont apporté des données précieuses sur ce pro blème On rappelé usage des images en cire dans les familles aristocratiques romaines Florence Dupont en soulignant équivalence entre imago et ossa dont ai déjà parlé estime que cette équivalence était rendue possible parce que imago jouait un rôle métonymique étant considérée comme une partie du corps29 Cette formule ne me paraît pas très convaincante Je dirai plutôt que imago était une partie de identité en suivant Marcel Mauss qui dans son article sur la notion de personne avait déjà noté association très étroite qui existait Rome entre imago et cognomen soit la partie la plus personnelle du système de trois noms30 On doit souligner cependant que usage des mas ques des ancêtres était pas réservé aux lignages aristocratiques31 Bickerman cite une loi funéraire qui remonte aux années 133-136 où un collège de Lanuve se réservait le droit de faire un funus imaginarium des funérailles de image dans le cas où le corps un esclave membre du collège ne serait pas livré par un méchant maître32 On touche ici quelque chose de très profond Pour éclairer je propose une comparaison avec un dossier tout fait diffé rent centré autour de la signification un mot grec kolossos Parti un objet on nommait représentation je voudrais maintenant tenter analyser dans une perspective de longue durée idée ou les idées qui ont rendu possible En 1931 Pierre Chantraine aborda le sujet du point de vue étymologique en cherchant la solution en dehors du domaine indo-européen En corrigeant les épreuves de sa note il ajouta une petite remarque la loi sacrée de Cyrène on venait de publier montrait que la signification originaire de kolossos était pas celle que nous connaissons liée la renommée du Colosse de Rhodes statue de grande taille mais tout simplement statue 33 Deux ans plus tard un article très remarquable Emile Benveniste fit pro gresser la discussion dans une direction inattendue La loi de Cyrène concernant les suppliants étrangers décrétait que le maître de la maison devait invoquer envoyeur par son nom si ce dernier était mort ou inconnu il devait invo quer en faisant des kolossoi des poupées de bois ou argile mâles et femelles ensuite il devait déposer dans une forêt inculte pour les fixer Texte étrange illogique même au moins aux yeux de certains chercheurs Mais obser vait Benveniste ne satisfait-on pas une logique plus profonde en admettant un vivant inconnu est comme il était pas où la conclusion Voilà le sens authentique du mot des statuettes funéraires des substituts rituels des doubles qui prennent la place des absents et continuent leur exis tence terrestre >>34 On pourrait ajouter des représentations Entre les kolossoi grecs et les effi gies funéraires en cire en cuir en bois des souverains fran ais ou anglais les analogies sont frappantes tant au niveau de la forme celui de la fonction La loi sacrée de Cyrène par exemple prévoit une fa on explicite un repas rituel avec les statuettes funéraires comme on le fera au xv siècle au Cuzco ou Paris Une fois pour toutes on voudrait écarter les références habituelles 1224 .

. Ces objets il les appelés sémiophores porteurs de signifi cation pour les distinguer des objets on utilise dans la vie quotidienne37 Les textes que je viens de présenter ne renvoient pas un autre Les con vergences que ai soulignées sont le résultat de réflexions menées sur des sujets largement hétérogènes où leur importance Tout cela affecte une fa on évidente mon projet de recherche Est-ce il porte sur le statut universel il en un du signe ou de image Ou plutôt sur un domaine culturel spécifique et dans ce cas lequel On retrouve cette alternative au coeur un article où Jean-Pierre Vernant repris en le développant le travail de Benveniste sur le kolossosis un côté Vernant souligne que kolossos faisait partie un groupe de termes âmes image du rêve ombre apparition pour lesquels on est en droit de parler . une véritable catégorie psychologique la catégorie du double qui suppose une organisation mentale différente de la nôtre Mais article termine sur une note bien différente Peut-être touchons-nous ici un problème qui déborde très largement le cas du kolossos et qui répond un des caractères du signe reli gieux Le signe religieux ne se présente pas comme un simple instrument de pensée Il ne vise pas seulement évoquer dans esprit des hommes la puissance sacrée laquelle il renvoie Il veut toujours établir avec elle une véritable com munication insérer réellement sa présence dans univers humain Mais en cherchant ainsi jeter comme un pont vers le divin il lui faut en même temps marquer la distance accuser incommensurabilité entre la puissance sacrée et tout ce qui la manifeste de fa on nécessairement inadéquate aux yeux des hommes En ce sens le kolossos est un bon exemple de la tension on trouve au coeur même du signe religieux et qui lui donne sa dimension propre Par sa fonction opératoire et efficace le kolossos ambition établir avec au-delà 1225 .GINZBURG LE MOT ID LA CHOSE qui expliquent rien la magie35 Les problèmes qui nous concernent sont plutôt ceux de image et du rôle de la représentation dans la constitution de image Le dossier on vient de présenter nous permet je crois de relire une fa on nouvelle les pages Ernst Gombrich publié sous le titre de Méditations on hobby horse aussi bien que celles non moins importantes de Krzysztof Pomian sur la collection Gombrich est parti lui aussi de la notion de représentation Ses réflexions sur le hobby horse en tant que substitut un cheval ont amené souligner le rôle de la substitution dans art des primi tifs ou dans celui des gyptiens le cheval ou le servant en terre-cuite enterrés dans le tombeau un puissant prennent la place des être vivants ce qui suggère que la substitution peut-être précédé la pictographie et la créa tion la communication est un changement de fonction qui fait surgir dans quelques sociétés la Grèce la Chine Europe de la Renaissance un art différent lié idée de image en tant que représentation au sens moderne du mot Dix ans après ces formules brillantes et rapides ont été développées de la fa on que on sait par Gombrich lui-même dans son grand livre Art and illusion36 De son côté Pomian pour comprendre ce il de commun entre les objets disparates qui font partie des collections est parti du mobilier funéraire il comparé aux offrandes aux reliques aux curiosités aux images intermédiaires écrit-il entre ici-bas et au-delà entre le profane et le sacré. intermédiaires entre le spectateur qui les regarde et invisible où ils viennent. objets qui représentent le lointain le caché absent..

arracher son tombeau pour installer dans espace sacré où se trouvera son temple Ce qui est impensable tant du point de vue du mort qui se trouverait sans sépulture que du point de vue de espace sacré qui serait affreusement pollué par la présence un cadavre .... Les tombeaux sont re étés hors de la Ville . il est interdit édifier un tombeau sur le sol public là où on dédie les temples On vu de quelle fa on on surmonta obstacle Deux corps permettent la présence du mort dans les deux espaces disjoints des tombeaux et des temples dans les deux temps incompatibles des cultes funé raires et des cultes publics empereur reste présent de deux fa ons parmi les hommes après sa mort 40 Tout cela fut bouleversé par la victoire du christianisme Les cimetières les villes des morts prirent leur place intérieur des villes des vivants Cette levée de interdit religieux sur la sépulture intra muros vieux un millénaire été définie par Jean Guyon comme le signe une véritable mutation historique 41 Or quelques-uns parmi ces morts avaient aux yeux des fidèles un statut spécial étaient les martyrs Dans son très beau livre Le culte des saints Péter Brown beaucoup insisté sur la présence du martyr et en général du saint travers les reliques Le statut métonymique on voulu attribuer tort je crois imago des empereurs romains prend ici toute sa valeur âme de Martin lisait-on sur inscription gravée sur son tombeau Tours est auprès de Dieu cuius anima in manu Dei est cependant lui Martin hic totus est praesens manifestus omni gratia virtutum il est présent ici tout entier comme il est démontré par toute sorte de miracles)42 On admettra aisément que le rôle joué par les reliques des saints dans le monde chrétien affecté en profondeur attitude égard des images Il agit au fond un corollaire de hypothèse formulée auparavant qui suggérait existence une association étroite entre images et au-delà Mais les reliques elles-mêmes faisaient partie du champ de relations que nous connaissons une fa on inégale même après Bild und Kult le très important livre Hans Bel ting vient de publier43 Il abord le phénomène que les polémistes chrétiens appelaient idolâtrie On devrait essayer de le prendre enfin au sérieux en recon naissant deux choses que nous en savons très peu et que ce peu est difficile interpréter44 La survivance et les métamorphoses des dieux anciens en tant que phénomène artistique été éclairée il longtemps par Fritz Saxl Erwin 1226 ..PRATIQUES DE LA REPR SENTATION un contact réel en effectuer la présence ici-bas Cependant dans cette entre prise même il souligne ce que au-delà de la mort comporte pour le vivant inaccessible de mystérieux de fondamentalement autre 39 un côté organisation mentale des Grecs qui était différente de la nôtre de autre côté les tensions inscrites au coeur du signe religieux que on retrouve en Grèce comme hui Ce mouvement une perspective relati viste une perspective universaliste est parfaitement compréhensible inté rieur de la relation tout fait particulière que nous avons égard de la culture grecque une relation où se mêlent distance et filiation Mais filiation ne veut pas dire forcément continuité Dans le cas du statut de image il eu entre les Grecs et nous une cassure profonde on va analyser Revenons la consecratio des empereurs romains Florence Dupont sou ligné le paradoxe implicite dans ce rituel Rome pour consacrer un mort il faut ...

GINZBURG LE MOT ID LA CHOSE Panofsky Jean Seznec et autres chercheurs plus ou moins liés Institut Warburg45 Mais éventail des réactions absorptions métamorphoses refus provoquées au niveau religieux par la rencontre entre ces images compris les images vernaculaires et les tendances partiellement aniconiques si non fran chement anti-iconiques enracinées dans la tradition judéo-chrétienne reste lar gement explorer Pour illustrer la complexité de cette rencontre je discuterai un exemple celui de sainte Foy qui selon la légende avait été martyrisée âge de douze ans au début du ive siècle Son image conservée dans le trésor de église de Conques est considérée depuis longtemps comme une oeuvre capitale de la sculpture et de orfèvrerie carolingienne La même image joue un rôle important dans un récit hagiographique intitulé Liber miraculorum sanctae Fidis le livre des miracles de sainte Foy plus particulièrement dans les deux premiers livres écrits au début du siècle par Bernard Angers écolâtre de école de Chartres En 1020 Bernard dévot fervent de sainte Foy était parti en voyage avec un ami un écolier nommé Bernier pour aller Conques où les reliques de la sainte se trouvaient depuis un siècle et demi après avoir été volées dans une basilique érigée pour elles Agen46 Dans son pèlerinage Bernard avait été frappé par abondance en Auvergne et dans la région de Toulouse de statues or argent ou autres métaux qui hébergeaient les reliques des saints Aux yeux des gens cultivés des gens comme lui ou son ami était vraiment de la superstition quelque chose qui sentait le culte des dieux païens ou plutôt des démons Il avait vu sur un autel une statue de saint Gérard couverte or et de pierres précieuses qui paraissait regarder de ses yeux brillants les paysans agenouillés en prière Bernard était tourné vers son ami et lui avait dit en latin latino sermoné avec un petit sourire Mon frère que penses-tu de cette idole Est-ce que Jupiter ou Mars auraient trouvé une telle statue indigne eux Les seules statues il pouvait admettre explique-t-il étaient des crucifix Les saints on avait le droit de les peindre sur un mur imagines umbrosae coloratis parietibus deplete Mais la vénération des statues des saints lui paraissait un abus invétéré de la part de gens ignorants et il avait dit dans ces régions ce il pensait de la statue de saint Gérard on aurait traité comme un criminel Trois jours après Bernard et Bernier arrivèrent Conques image de la sainte il appelle Maj estas sanctae Fidis Majesté de SainteFoy était gardée dans une salle étroite toute remplie de gens agenouillés ayant pas la possibilité imiter leur exemple Bernard était écrié Sainte Foy dont un fragment corporel se trouve gardé dans cette statue aide-moi dans le jour de mon jugement En disant ces mots il regardait son ami avec un sourire Il avait parlé avec dédain de la statue de la sainte comme si elle eût été un simulacre de Vénus ou de Diane une idole laquelle on fait des sacri fices Mais tout cela était du passé Maintenant grâce aux miracles de sainte Foy dont il parlait dans son recueil Bernard comprenait son erreur Il rappor tait histoire un nommé Uldéric qui avait parlé en dérision de la statue de sainte Foy La nuit après la sainte était manifestée en frappant Uldéric avec un bâton Pourquoi scélérat as-tu osé insulter mon image Bernard concluait que la statue avait rien qui pût nuire la foi ni faire craindre que on retombât dans les erreurs des anciens Elle avait été érigée pour honneur de Dieu et pour garder la mémoire de la sainte47 1227 .

PRATIQUES DE LA REPR SENTATION Dans un article remarquable Society and the Supernatural Medieval Change Peter Brown souligné que la colère et la vengeance manifestés par sainte Foy sont pour ainsi dire envers des sentiments de justice nourris par une communauté elle était écrit-il la lourde voix du groupe 48 Péter Brown raison Mais les miracles de sainte Foy véhiculés par la culture orale sont inclus dans un texte écrit dont certaines pages comme celles on vient évoquer nous font partager au contraire une fa on presque dramatique une attitude profondément déchirée Nous voyons abord se dessiner une série opposition gens cultivés/paysans latin/langues vulgaires peinture sculpture Christ-saints religion/superstition Mais la fin du chapitre auteur nous explique il est trompé les dévo tions des paysans pour les statues de saint Gérard et de sainte Foy ont rien de superstitieux Il agit attitudes religieuses qui sont admises ou tolérées permittantur comme on le lit dans le titre du chapitre49 Il existe donc une hiérar chie qui est liée une double opposition culturelle et sociale toujours impli cite dans le texte de Bernard Angers un côté opposition entre culture écrite en latin et culture orale en langue vulgaire de autre celle entre cul ture écrite et images50 Dans le domaine des images une nouvelle hiérarchie se marque les statues sont considérées du point de vue de idolâtrie beaucoup plus dangereuses que les peintures ce qui était ailleurs conforme la tradition juive51 La statue de saint Gérard qui faisait jaillir de la bouche de Bernard une comparaison mi-ironique mi-choquée avec des idoles de Jupiter et de Mars est hui perdue Mais la restauration de la statue de Conques que Ber nard avait également comparée aux idoles de Vénus et de Diane révélé que vers la fin du xe siècle le corps en avait été adapté la tête qui est beaucoup plus ancienne elle remonte au ive siècle ou au début du ve siècle origine il agissait de la tête or couronnée de laurier un empereur romain divinisé La réaction de Bernard Angers était donc pas sans justification52 La chronologie de la statue de Conques et de ses remaniements été très dis cutée Jean Taralon qui restaurée suggéré une datation haute fin du ixe siècle Dans le mouvement de la renaissance de la sculpture en ronde bosse en époque pré-romane elle serait la plus ancienne statue Occident par venue nous 53 Bernard Angers rapporte que les statues-reliquaires des saints ou des saintes étaient très répandues dans la France du Sud Les Vierges Enfant en majesté peuvent être considérées comme des variantes du même type54 Cette fonction de reliquaire est loin être une donnée marginale au contraire elle fournit vraisemblablement une justification on dirait presque un alibi au retour la sculpture en ronde bosse55 Le fragment du corps de sainte Foy évoqué de fa on un peu cynique par Bernard Angers dans sa prière était le sauf-conduit qui permettait de livrer aux paysans de Conques ce qui enveloppait la relique image de enfant martyr cette poupée or aux yeux écarquillés au manteau incrusté de pierres précieuses Les récits des miracles de sainte Foy rapportés par Bernard Angers mon trent quel point imagination des fidèles était hanté par cet objet extraordinaire image de la sainte qui attirait hostilité et les sarcasmes de ses détracteurs se manifestait dans les visions de ses fidèles56 Les moines la 1228 .

GINZBURG LE MOT ID LA CHOSE conduisaient en cortège pour elle prenne possession des terres données au monastère57 Pour les gens de Conques il avait évidemment aucune diffé rence entre image de sainte Foy et la sainte elle-même argument proposé par Bernard Angers pour éviter le risque idolâtrie image comme aidemémoire ne pouvait être partagé que par une petite minorité Les perplexités soulevées aux yeux de Bernard par image de sainte Foy effa aient il parlait au Christ crucifié glise répand des crucifix sculptés ou modelés remarquait-il pour susciter la mémoire de la Passion58 Et pourtant la possibilité une perception idolâtre guettait même les images du Christ Un peu partout en Europe de Venise Islande ou la Norvège on trouve des images du Christ en croix ou en majesté accompagnés par des disti ques latins comme celui-ci qui remonte au moins au xne siècle Hoc Deus est quod imago doèet sed non Deus ips Hane recolas sed mente colas quod cern illa Ce que image enseigne est Dieu mais image est pas Dieu Médite sur image mais adore en esprit ce que tu vois en elle)59 Peur des images et dévaluation des images cette attitude ambiguë traverse tout le Moyen Age européen Mais imago autant que figura est un mot aux significations multiples60 Un texte tiré une fois encore du Liber miraculorum sanctaeFidis suffira donner une idée de la complexité un énorme dossier que ai peine commencé effleurer En rapportant exemple un chevalier puni pour son orgueil Bernard Angers écrie en adressant lui-même Tu dois être heureux écolâtre parce que tu as vu Orgueil non en image imaginaliter) comme tu as lu dans la Psychomachie de Prudence mais dans sa présence véri table et corporelle presentialiter corporaliterque proprié 61 La tonalité sacra mentelle de ce passage est sans doute involontaire donc révélatrice Depuis longtemps imago était un mot associé vangile Umbra in lege imago in evan gelio eritas in caelestibus avait écrit Ambroise62 Or dans le passage on vient de citer imago évoque la fiction peut-être abstraction en tout cas une réalité faible et appauvrie Present au contraire ce mot depuis longtemps lié aux reliques des saints63 va désormais être associé de plus en plus Eucharistie64 opposition entre Eucharistie et reliques devint explicite dans le traité sur les reliques de Guibert de Nogent achevé en 1125 De pignoribus sanctorum65 Guibert ne limitait pas rejeter les fausses reliques comme la prétendue dent de lait de enfant Jésus par les moines de Saint-Médard il soulignait aussi que la seule mémoire laissée par le Christ est Eucharistie Tout cela amenait une dévaluation partielle et parallèle des reliques ces repr aesentata pignora et de la synecdoque cette figure du langage qui est si chère aux igno rants66 On voit déjà se dessiner le mouvement qui devait aboutir la proclama tion en 1215 du dogme de la transsubstantiation importance décisive de cet événement dans histoire de la perception des images été remarquée déjà par autres chercheurs67 Mais les implications en sont pas très claires Je vais essayer en formuler quelques-unes la lumière du dossier que je viens de proposer La discontinuité profonde entre les notions on devine derrière de kolossos grec et la notion de présence réelle saute tout de suite aux yeux Certes il agit dans les deux cas de signes reli gieux Mais on ne pourrait pas référer Eucharistie ce que Jean-Pierre Ver1229 .

Les hypothèses plus ou moins audacieuses qui suivent donneront une idée des directions de ma recherche Après 1215 la peur de idolâtrie commence faiblir On apprend apprivoiser les images en commen ant par les images païennes Le retour illusion en sculpture ou en peinture été un des résultats de ce tournant historique Sans ce désenchantement du monde des images on aurait eu ni Arnolfo di Cambio ni Nicola Pisano ni Giotto Ce mouvement un aspect sanglant La connexion entre les miracles eucha ristiques et les persécutions des Juifs est bien connue68 On suggéré que accu sation de sacrifice rituel lancée contre les Juifs partir de la moitié du xme siècle projeté vers extérieur une angoisse profonde liée idée de pré sence réelle attachée Eucharistie69 Certains éléments de la polémique anti juive traditionnelle ont alors pris peut-être une signification nouvelle accusa tion idolâtrie par exemple centrée sur le récit biblique du Veau or ou accusation lancée contre eux de rester attachés au pied de la lettre dans inter prétation de la parole de Dieu Le dogme de la transsubstantiation en niant les données sensorielles au profit une réalité profonde et invisible sans doute été une victoire puissante de abstraction abstraction triomphe aussi dans la même période dans les domaines on appelé théologie et liturgie politique Dans The two bodies les références de Kantorowicz la notion de transsubstantiation sont assez margi nales70 Je pense au contraire elle joué un rôle tout fait crucial dans le développement de la notion des deux corps du roi Un texte suffira donner une idée de cette imbrication Il agit de la description des cérémonies qui se déroulèrent Saint-Denis occasion des obsèques du connétable Bertrand du Guesclin 1389 Le religieux de Saint-Denis raconte dans sa chronique en témoin oculaire que évêque Autun qui célébrait la messe il fut arrivé offertoire quitta autel avec le roi pour rencontrer entrée du ch ur quatre chevaliers qui exhibaient les armes du défunt pour montrer pour ainsi dire sa présence corporelle ut quasi ejus corporalem presenciam demonstraren! 71 Les implications eucharistiques de cette communion che valière qui était réservée normalement aux barons et aux princes expliquent aisément la lumière de hypothèse que je viens de suggérer est la présence réelle concrète corporelle du Christ dans le sacrement qui aurait permis entre la fin du xnie siècle et le début du xive siècle la cristallisation de cet objet extraordinaire dont je suis parti ce symbole concret de abstraction de tat effigie du roi on appelait représentation Carlo GINZBURG Université de Bologne LA 1230 .PRATIQUES DE LA REPR SENTATION nani dit du kolossos est-à-dire que par sa fonction opératoire et efficace il ambition établir avec au-delà un contact réel en effectuer la présence icibas Selon la formulation du dogme de la transsubstantiation on ne peut pas parler simplement de contact mais de présence au sens fort le plus fort pos sible du mot La présence du Christ dans hostie est en effet une sur-présence côté elle toute évocation ou manifestation du sacré reliques images pâlit au moins au niveau théorique Dans la pratique il en va autrement.

pp 129 161 Ibid. 137 10 St JOHN HOPE On the funeral effigies pp 530-531 KANTOROWICZ The pp 419420 GIESEY Le roi pp 131-133 Une rumeur qui circulait époque et qui fut recueillie par cer tains chroniqueurs contemporains) rapportait Edouard II avait été assassiné les conditions du cadavre avaient peut-être empêché de exhiber dans le cortège funèbre Mais si on croit la relation qui est mentionnée ni par Kantorowicz ni par Giesey écrite dans les mêmes années par le notaire pontifical Manuele del Fiesco impossibilité exhiber le cadavre du roi aurait été absolue Selon cette version Edouard II avait échappé de sa prison bafouant ses ennemis qui avaient tué le concierge sa place cf GERMAIN Lettre de Manuel de Fiesque concernant les dernières années du roi Angleterre Edouard II Montpellier 1878 NIGRA Uno degli Edoardi in Italia favola storia La nuova Antologia IV voi XCII 1901 pp 403-425 CUTTINO et LYMAN Where is Edward II Speculum III 1958 pp 522-544 En tout cas ces circonstances expliqueraient ni le recours au mannequin ni évidemment la survi vance de la coutume 11 von SCHLOSSER Geschichte der Porträtbildnerei in Wachs Jahrbuch der kunsthistoris chen Sammlungen des allerhöchsten Kaiserhauses 29 1910-1911 pp 171-258 surtout pp 202203 12 GIESEY Le roi 229 voir aussi pp 127-128 223-243 13 Ibid. Consecratie le culte des souverains dans Empire romain Entretiens de la Fondation Hardt XIX Vandoeuvres-Genève 1972 pp 3-25 Cf aussi GIESEY Le roi 15 HERTZ Mélanges de sociologie religieuse et de folklore Paris 1928 pp 1-98 Autant que je sache cet essai jamais été utilisé dans les discussions sur les funérailles royales avec une seule exception malheureusement assez superficielle HUNTINGTON et METCALF Celebra tions of death Cambridge 1979 159 ss sur Kantorowicz et Giesey pour la dette égard de Hertz voir 13) 1231 . pp 8-9 14 BiCKERMAN Die römische Kaiserapotheose Archiv für Religionswissenschaft XXVII 1929 pp 1-34 idem.GINZBURG NOTES 1515 CHART Le monde comme représentation LE MOT ID LA CHOSE Annales ESC 1989 pp 15 St JOHN HOPE On the funeral effigies of the kings and queens of England with special reference to those in the abbey church of Westminster Archaeologia 60 1907 pp 517570 HOWGRAVE-GRAHAM Royal portraits in effigy some new discoveries in Westminster abbey The Journal of the Royal Society of Arts CI 1953 pp 465-474 que je ai pas pu lire) SEY Le roi ne meurt jamais Paris Flammarion 1987 The royal funeral cere mony in Renaissance France Genève 1960 je cite toujours après la traduction fran aise) pp 127-193 qui rejette pp 130-131 une fa on convaincante hypothèse avancée par St John Hope anticiper le premier usage du mannequin royal aux funérailles Henri III 1272 cf On the funeral effigies pp 526-528 SEY est revenu sur la question de effigie dans un livre récent Cérémonial et puissance souveraine France XV-XVIle siècles Paris Cahiers des Annales 1987 LouRiE Jewish participation in royal funerary rites an early use of representation dans Aragon Journal of thé Warburg and Courtauld Institutes 45 1982 pp 192-194 ZADOKS-JosEPHUs JiTTA Ancestral portraiture in Rome and the art of the last century of the Republic Amsterdam 1932 90 qui renvoie GAY Glossaire archéologique du Moyen Age et de la Renaissance II Paris 1928 297 KANTOROWICZ The two bodies study in medieval political theology Princeton 1957 trad frse Paris 1988) GiESEY Le Roi 176 Ibid.

dark age crisis aspects of the iconoclastic controversy dans le recueil du même auteur Society and the holy in late Antiquity Berkeley-Los Angeles 1982 261 36 GoMBRiCH Meditations on hobby horse Londres 1963 pp 1-11 essai qui donne le titre au recueil date de 1951 voir surtout portrayal of horse Surely not substitute for forse Yes That it is Perhaps there is more in this formula than meets the eye the clay horse or servant buried in the tomb of the mighty takes the place of the living We may sum up the moral of this just so story by saying that substitution may precede portrayal and creation communication The change is implicit in the emergence of the ideal of the image as representation in our modern sense of the word Sur le rapport avec Art and illusion Londres 1960 cf Meditations XI 1232 . 3e série VII 1933 pp 341-354 SERVAIS Les suppliants dans la loi sacrée de Cyrène Bulletin de correspondance hellénique 84 1960 pp 112-147 très utile mise au point DUCAT Fonctions de la statue dans la Grèce archaïque kouros et koloss ibid.. 19 relation de Pierre du Chastel) 23 Ibid. 100 1976 pp 239-251 35 La même remarque été déjà faite dans un autre contexte par BROWN cf.PRATIQUES DE LA REPR SENTATION 16 BiCKERMAN Die römische 17 HERTZ Mélanges 22 18 DUPONT autre corps de empereur-dieu Le temps de la réflexion 1986 Le corps des dieux pp 231-252 19 GiESEY Lerai 223 20 Le passage est cité par GIESEY Le roi pp 228-229 21 Ibid. pp 226-227 22 w/.. il aura peut-être sa mort une imago qui conservera son empreinte est-à-dire lui-même autre corps 242) le premier terme me paraît anachronique le second partiel 31 ZADOKS-JosEPHUs JITTA Ancestral portraiture pp 97-110 où on démontre inexistence du prétendus ius imaginum supposé par Mommsen) 32 BICKERMAN Die römische pp 6-7 DUPONT autre corps 240 On burial clubs cf HOPKINS Death and renewal Cambridge 1983 211 où funus imaginarium est traduit par imaginary body) 33 CHANTRAINE Grec koloss Bulletin de Institut fran ais archéologie orientale XXX 1931 pp 449-452 34 BENVENISTE Le sens du mot koloss et les noms grecs de la statue Revue de Philo logie de Littérature et Histoire anciennes 3e série 1931 pp 118-135 surtout pp 118-119 La discussion est poursuivie avec les interventions parmi autres de Ch PICARD Le cénotaphe de Midéa et les colosses de Meneias ibid. pp 253309-311 24 Ibid. 240-241 25 PizARRO Relaci del Descubrimiento Conquista de los Reinos del Per éd par LOHMANN VILLENA Lima 1978 pp 89-90 cité par CONRAD et DEMAREST Thé Dynamics of Aztec and Inca Expansionism Cambridge 1984 pp 112-113 ce texte été signalé par Aaron Segal que je remercie chaleureusement Voir aussi Relaci pp 51-52 26 Ibid. 113 cité presque la lettre) 27 GIESEY Le roi 276 ss 28 ai analysé un problème semblable dans mon livre Storia notturna Una decifrazione del sabba Turin 1989 pp 197-198 205 où on peut trouver les références Bloch et Lévi-Strauss) 29 DUPONT autre corps pp 240-241 30 MAUSS Une catégorie de esprit humain la notion de personne celle de moi dans le recueil du même auteur Anthropologie et sociologie Paris 1960 pp 352-353 avec des renvois précis CICERON Pro Cluentio 72 et la Table de Lyon de empereur Claude Voir aussi RAMBAUD Masques et imagines Essai sur certains usages funéraires de Afrique Noire et de la Rome ancienne Les études classiques XLVI 1978 pp 3-21 surtout pp 12-13 Dans oppo sition formulée par Florence DUPONT Un homme romain un nom qui le signifie arbitrairement .

GINZBURG LE MOT ID LA CHOSE 37 PoMiAN Collectionneurs amateurs et curieux Paris 1978 pp 15-59 Entre invi sible et le visible la collection Le passage cité se trouve la 32 38 J. 47 1233 . 19 54 FORSYTH The throne of Wisdom Princeton 1972 55 WIRTH La représentation de image dans art du Haut Moyen Age Revue de Art 1988 15 56 Liber miraculorum pp 9-10 18 49-51 57 Ibid.-P VERNANT Mythe et pensée chez les Grecs tudes de psychologie historique Paris 1966 pp 251-264 Figuration de invisible et catégorie psychologique du double le colossos 39 Ibid. pp 3-4 43 BELTING Bild und Kult Munich 1990 44 cet égard il faut partir du remarquable dossier rassemblé par FREEDBERG The power of images Chicago 1989 le côté théorique du livre est au contraire assez décevant Le livre de CAMILLE Thegothic idol Cambridge 1989 exhibe quelques idées stimulantes et beaucoup de platitudes ouvrage est souillé par toutes sortes erreurs Il presque pas de citation latine qui ne soit exempte de coquilles ou pire cf par exemple 21 contra ydolatrium pp 2122 ydola(ris fecit homo où il faut lire ydola fecit homo 221 The statue made by the hands of the Egyptians however is labeled not ydola but imaginez ce dernier mot trahissant une connaissance moins élémentaire de la langue latine et de la paléographie il faut lire Egyptii fecerunt ymaginem 227 depincting the bishop blessing ymaginis nete marie 228 bishop blessing an ymaginis nete mari 229 The image in intima sacello etc 45 SEZNEC La survivance des dieux antiques Londres 1940 dont il faut voir la traduction italienne La sopravvivenza degli antichi dei Turin 1980) précédée par une importante introduc tion de Settis SAXL Lectures Londres 1957 PANOFSKY Renaissance and renascesses Stockholm 1965 46 Liber miraculorum nete Fidis publié après le manuscrit de la Bibliothèque de Schlestatt par abbé BOUILLET Paris 1897 introduction 47 Ibid. pp 255-256 264 40 DUPONT autre corps pp 234-235 237 41 GuYON La vente des tombes travers épigraphie de la Rome chrétienne Mélanges archéologie et histoire Antiquité 86 1974 594 cité par BROWN Le culte des saints son essor et sa fonction dans la chrétienté latine trad frse Aline Rousselle Paris ditions du Cerf 1984 164 The cult of the saints Chicago 1982 133 16) 42 Ibid. pp 40-41 58 Ibid. pp 46-49 48 BROWN Society and the holy pp 302-332 voir surtout pp 318-321 330) 49 Voilà le titre complet Quod sanctorum statuae propter invincibilem ingenitamque iotarum consuetudinem fieri permittantur presertim cum nichil ob id de religione depereat et de coelesti vindicta 50 STOCK The implication of literacy Princeton 1983 pp 64-72 qui donne un important commentaire du chapitre de Bernard 51 BiCKERMAN Sur la théologie de art figuratif propos de ouvrage de Goodenough Studies in Jewish and Christian history III Leyde 1986 248 52 Sur tout cela cf excellent article de TARALON La majesté or de Sainte-Foy du trésor de Conques Revue de Art 40-41 1978 pp 9-22 surtout 16 DAHL Heavenly images The statue of St Foy of Conques and the signification of the medieval cult in the West Acta ad archaeologiam et artium historiam pertinentia VIII 1978 pp 175-191 WIRTH Limage médiévale Paris 1989 pp 171-194 53 Ibid.

217 ss) 63 DAHL Heavenly images 191 64 de LUBAC Corpus my sticum 275 65 STOCK The implications 244 ss 66 PL 156 631 cité par STOCK The implications 250 Voir aussi GEISELMANN Die Stellung des Guibert de Nagent Theologische Quartalschrift 110 1929 pp 67-84 279-305 67 CAMILLE The gothic idol 217 68 BROWN Die Hostienschändungen der Juden im Mittelalter Römische Quartalschrift für christliche Altertumskunde und für Kirchengeschichte 34 1926 pp 167-197 id... but genuinely present in substance 62 Ambroise In psalmum 38 25 PL 14 1051-1052) cité par de LUBAC Corpus mysticum Paris 1949 218 voir aussi ibid. NORDBERG Les sources bourguignonnes des accusations portées contre la mémoire de Louis Orléans Annales de Bourgogne XXXI 1959 pp 81-98 1234 .PRATIQUES DE LA REPR SENTATION 59 Cf le bel article de BUGGE Effigiem Christi qui transis semper honora Verses condemning the cult of sacred images in art and literature Acta ad archaeologiam et artium his toriam pertinentia VI 1975 pp 127-139 ai corrigé la traduction 60 DURIG Imago Ein Beitrag zur Terminologie und Theologie der Römischen Liturgie Munich 1952 DAUT Imago Untersuchungen zum Bildbegriff der Römer Heidelbert 1975 AUERBACH Figura dans le recueil du même auteur Scenes from the Drama of European literature New York 1959 pp 11-76 61 Liber miraculorum cité 26 BOUILLET et SERVIERES Sainte Foy vierge et martyre Rodez 1900 458 donnent la traduction suivante non dans abstraction mais substantielle ment incarné dans un corps aussi STOCK Thé implications 69 qui traduit not in an image . Die eucharistische Verwandlunswunder des Mittelalters ibid. 37 1929 pp 137-169 69 LEVI dalla TORRE II delitto eucaristico Immediati dintorni 1987 pp 308-321 COHEN The friars and the Jews The evolution of medieval anti-judaism Ithaca 1982 Voir maintenant LANGMUIR Thé tortures of the body of Christ conférence Christendom and its discontents Los Angeles LA 24-26 janvier 1991 inédit) 70 KANTOROWICZ The two bodies pp 196-206 traduction fran aise Les deux corps du roi Essai sur la théologie politique au Moyen Age Gallimard 1989) 71 Chronique du religieux de Saint-Denys Paris 1839 600 je reviendrai prochainement sur ce texte Le religieux de Saint-Denis mourut entre 1430 et 1435 cf.