You are on page 1of 36

LES FEUILLETS OCCITANS

LANGUEDOC ROUSSÏLLON

PAYS D'OC
[C.I.D.O.I

ORGANE DU GROUPE OCCITAN
41,Boulevard

des Capucines, 41

PARIS

SOMMAIRE
Lettres Occitanes :
E.-H. GUITARD.

LAS

Le Problème Occitan La Basilim Lou Bourrou Nouvelles Félibréenne*

...

Prosper ESTIEU. Paul ALBAREL. G.

Les Lettres Françaises :
Benjamin Crémieux et Pirandello ZimBovm Nouvelles Littéraires F. C.
P. P. S.

S. et

A. R.

et F. C.-M.

Les Beaux Arts :
H. Lapauze
PAUL-SENTENAC.

Têtes Occitanes :
Charles Brun Paul-Sentenac • . . Pierre
A. R. LHORTE.

Le Mouvement économique Occitan :
L'Office Occitan Travaux de la Section Économique
COMET.

F. Hérault,

C.-M.

Nouvelles

Régionales ;

Ariège,

Pyrénées-Orientales,

Aude, Tarn. Bois GRAVÉS ORIGINAUX : Baigneuse, par Gaspard MAILLOL; La Tour Gaston Phœbus (château de Foix), par Paul Bandeaux, par Achille ROUQUET.

CASTELA;

Les Lettres Occitanes
Le Problème Oeeitan
ISlotre but, nos moyens
« Aï ! Tolosa e Proensa, E la terra d'Agensa, Beseirs e Carcassei ! Quais vos vi e quais vos vei t

C'est en ces termes déchirants, dont le sublime ne peut se comparer qu'à celui des premiers versets du De profundis, que l'auteur de la Chanson de la Croisade décrivait la désolation des pays d'oc au lendemain de la terrible guerre des Albigeois. « Oh ! Toulouse ! Oh ! Provence ! Et toi, malheureuse terre Agenaise ! Et vous Béziers et Carcassonne ! Comme je vous ai vues belles et dans quel état je vous vois maintenant !» — « Quais vos vi e quais vos veï ! »

- 2?Depuis longtemps le Midi s'est matériellement relevé de ses ruines. Moralement il est encore accablé. Songez à la cour d'Alaric, à celles d'Eléonore d'Aquitaine, d'Alphonse de Poitiers, des papes d'Avignon, du bon roi René ! Songez aux troubadours ! Bref, évoquez la vie intellectuelle et artistique intenses de nos capitales occitanes au temps de nos aïeux ,comparez-la ■— si seulement vous en cultivez le souvenir — à notre torpeur actuelle, et vous ferez vôtres les stances émouvantes du poète de la Croisade : « Aï ! Tolosa e Proensa .'...» Certes il n'est pas question de dresser le Midi contre le Nord, de restaurer le royaume des Wisigoths ou celui des Deux-Siciles. L'ambition de ceux qui depuis près d'un siècle travaillent à la Renaissance de l'Occitanie est à la fois plus modeste et plus intéressante. Ils luttent en vue de sauver et de restaurer un patrimoine précieux et qui a résisté jusqu'ici à toutes les conquêtes: ils veulent que vivent la langue d'oc et la littérature de langue d'oc. Armée vaillante, armée innombrable, puisque plus de huit millions de Français parlent actuellement l'occitan (1), armée fervente, mais armée malheureusement indisciplinée ; armée qui progresse déjà tout de même et qui deviendra irrésistible le jour où, consciente de sa force et obéissant aux mêmes consignes, elle ira droit vers les buts assignés par ses généraux. Ses généraux ? — Je dis bien : ses généraux. Ils existent aussi vrai qu'existent leurs huit millions de soldats, mais trop modestes, ils n'osent pas encore prendre le commandement. Je ne veux pas les nommer aujourd'hui : vous les connaissez d'ailleurs : ce sont les maîtres écrivains occitans de notre époque, ce sont les chefs d'écoles, les capouliés, les majoraux, les mainteneurs, les romanciers et les poètes tout court. Il faut leur donner foi en eux-mêmes, il faut les pousser à l'action. Mais exactement à quelle action ?
(1) D'après Emmanuel Delbousquet, cité par Antonin Perbosc, in : Préface de Capbat la lana, 1924, édit. des Amis du livre Occitan, p. xx. — Ce chiffre est bien au-dessous de la vérité si l'on englobe dans la langue d'oc, comme nous nous plaisons à le faire, les dialectes Catalan et Valencien.

— 3 — La question est très délicate, car il ne s'agit pas seulement de susciter des œuvres et de les éditer. Le problème de la langue et de la littérature méridionales est autrement compliqué que celui des langues officielles. Il importe de le résoudre avant de pousser plus avant. Les Feuillets Occitans n'ont pas la prétention de découvrir à eux seuls cette solution dont dépend à leur avis l'avenir de la cause, mais ils ouvrent dès aujourd'hui dans le monde félibréen une vaste enquête et ils organisent une controverse générale, à l'issue de laquelle ils espèrent que la question aura fait un grand pas. La maison est un peu désordonnée : commençons par la rendre nette et claire.
1° RAISONS D'AGIR.

Et d'abord il n'est pas superflu de se demander s'il y a vraiment intérêt à favoriser le développement d'un idiome local dans un pays qui possède déjà une autre langue officielle comprise, écrite et parlée par la presque totalité des citoyens. Nous tous qui agissons en faveur de la langue d'oc, nous avons déjà répondu affirmativement à cette question. Mais il y a les indifférents — et les adversaires. Il faut pouvoir répondre aux objections qu'on nous opposera — toujours les mêmes — et que je vais énumérer à dessein parmi les diverses questions dont les réponses nous fixeront sur l'opportunité de l'action occitane. a) Dans l'intérêt général, ne doit-on pas s'efforcer de diminuer le nombre des langues existant sur la terre ? Des gens bien intentionnés, les espérantistes entre autres, cherchent à créer un parler commun à tous les peuples, et c'est le moment que vous choississez, vous Occitans, pour prolonger l'existence de vos patois ? — Les deux tendances sont-elles opposées, ou bien conciliables ? b) L'intérêt national ne commande-t-il pas d'unifier tout ce qui peut être unifié, notamment la langue ? La plupart des gouvernements qui se sont succédés en France au XIXe siècle ont fait la guerre aux dialectes locaux. Ont-ils eu raison ? Si oui, la situation ne s'est-elle pas

- 4 —

modifiée de manière à dicter une nouvelle conduite aux gouvernants de l'avenir ? c) La diversité des dialectes n'est-elle pas plutôt dans un grand pays, une vraie richesse au même titre que la diversité des sites, des architectures, des costumes ? — Cette idée est à examiner non seulement au point de vue pittoresque et touristique, mais encore et surtout au point de vue social (retour à la terre). d) On croit communément que la connaissance d'une langue nuit à la connaissance d'une autre langue, surtout si elles sont voisines. Etant admis que le français restera la langue principale des Méridionaux, n'y a-t-il pas à craindre que la langue indigène ne vienne l'abâtardir, tout au moins chez les individus peu instruits ? Thèse contraire, et qui a été brillamment développée il y a quelques semaines au cours d'une réunion des « Amis de la langue d'oc » organisée à Paris par MM. Loubet et Bonafous : rien ne saurait faciliter l'enseignement du français comme l'enseignement parallèle de l'occitan. J'ajoute même que la comparaison des deux langues offre de grands avantages au point de vue du développement de l'intelligence et de la culture générale. e) Sauver une langue, c'est sauver la littérature correspondante. L'Occitanie a un passé littéraire glorieux. Devons-nous laisser périr toutes les belles œuvres qu'elle a vu naître ?
2° MOYENS D'ACTION.

Quand nous aurons répondu — victorieusement, je l'espère — à la question Pourquoi ? il nous restera à traiter la question Comment ? Ce n'est pas la moins épineuse. Comment restaurer la langue et la littérature méridionales ? a) En encourageant les romanciers et d'une façon pour notre langue ou par façons de les encourager. historiens, les grammairiens, les poètes, les générale tous les bons ouvriers qui œuvrent elle. — Il s'agit de rechercher les meilleures J'en cite au hasard quelques-unes : faciliter

— 5 l'édition des œuvres intéressantes et organiser leur publicité; aider la diffusion des revues locales et intensifier l'action des diverses écoles félibréennes; enfin coordonner les efforts de ces revues et de ces écoles : c'est surtout à quoi vont s'employer les Feuillets Occitans, qui donneront une bibliographie des périodiques aussi méthodique et aussi complète que possible. b) En cherchant un terrain d'entente sur certaines questions controversées, dont l'une est particulièrement grave : celle du vocabulaire et de la graphie. Faut-il épurer ? —unifier complètement ou par régions ? — pratiquer l'orthographe phonétique ou s'inspirer des lègles du Gai savoir ? c) En obtenant pour la langue occitane une place dans l'enseignement officiel. Toute démarche en faveur de « la lengo d'oc a l'escolo » sera, je crois, prématurée tant qu'on ne se sera pas mis d'accord sur les questions précédentes et tant qu'on n'aura pu mettre entre les mains des instituteurs et des élèves, des manuels précis qui auront eu l'approbation d'un congrès sérieux où les dites questions auront été posément résolues. Voilà en quelques mots le programme littéraire des Feuillets Occitans. C'est, répétons-le, un programme de demandes et de réponses. Nous faisons appel à tous nos amis, à tous les félibres, disons mieux, à tous les Occitans de toutes les provinces. Nous les invitons instamment à participer à notre enquête. Leurs réponses seront publiées, soit intégralement, soit partiellement. Nous avons besoin de leurs idées et de leurs conseils. Il s'agit d'une chose sérieuse, d'un gros effort vers l'ordre et vers l'union. Pour commencer nous mettons à l'étude les trois premières raisons d'agir (ou de ne pas agir) que j'ai exposées: a) Doit-on prolonger l'existence d'un dialecte qui n'est pas indispensable ? Ne vaut-il pas mieux tendre à l'unification du langage humain ? b) La diversité des parlers est-elle un danger pour l'unité nationa-

le ? Histoire et raison des persécutions dont la langue d'oc a été l'objet c) Cette diversité au contraire n'est-elle pas un bien au point de vue social et au point de vue pittoresque ? Adressez-nous vos réponses au plus tôt pour qu'elles paraissent dans le prochain fascicule des Feuillets. A l'œuvre Niçois, Provençaux, Dauphinois, Auvergnats, Limousins, Périgourdins, Languedociens, Catalans, Rouergats, Gascons, Béarnais, Aquitains, Poitevins. Rédigez vos « cahiers » en attendant que nous puissions réunir, avec votre concours à tous, les états-généraux de la langue d'oc. E.-H. GUITARD.

Poèmes inédits
Lia Basiliea

Cap d'architecte uman, cap de mèstre-mason An pas bastit lo temple ont mon ama senglota. Aqui, del Tot-Potent mon côr jamai non dota. Vèrme de tèrra, i vau acatar ma razon. A per vitralhs la porpra e l'aur de l'orizon, Los arbres per pilhers, l'espès felhum per vota. Son orguena es lo vent que mon aurelha escota, A l'ora ont dins los rams entona sa canson. L'autar es l'arbrespin qu'espandis napa blanca, E 1' pelhenc, lo tapis. Enfin, à cada branca L'édra met sos festons que l'ondrejan tant plan.

— 7

E dins aquela naturala bazilica Sens fidèls e sens clercs, som com un capelan Que per el sol dis la Paraula evangelica. Prosper
Traduction française lift BASILIQUE
ESTIEU.

Nul architecte humain, nul maître-maçon n'ont bâti le temple où mon âme sanglote. Là, mon cœur ne doute jamais du Tout-Puissant. Ver de terre, j'y vais abaisser ma raison. Il a pour vitraux la pourpre et l'or de l'horizon, les arbres pour piliers, l'épais feuillage pour voûte. Son orgue est le vent que mon oreille écoute, à l'heure où dans les rameaux il entonne son chant. L'autel est l'aubépine qui déploie nappe blanche, et le gazon, le tapis. Enfin, à chaque branche le lierre met ses festons qui le décorent si bien. Et, dans cette naturelle basilique sans fidèles et sans enfants de chœur, je suis comme un prêtre qui pour lui seul dit la Parole évangélique. P.
E.

Ltou

Bourroù

Amount-naut lou soulel caufo, e se desrantèlo De las brumos d'ivèr, la Naturo brounzits. La souco s'esperpilho : a sous brasses toussits Lous raisses printanencs estacoun uno estèlo. Dins la piano e sus nauts la vinho s'enmantèlo De sa raubo roussenco e lou bourroù creissits; Coumo'n parpalhol d'or que dins l'aire luzits Desplègo pauc à pauc sas alos de dentèlo.

— 8 — O bourrou mannat, filh de nostre terradou ! Espèr dal païsan, paure travalhadou, Per soun pa, per sa vido, espandissi ta ramo ! Mounto dret vès lou cèl joust l'èlh amistadous Dal soulel; que soun foc daisse un pauc de soun amo Dins lou vi regisclant de toun sen aboundous ! Dr P.
Traduction française LE BOURGEOfl
ALBAREL,

Là-haut, le soleil chauffe et sort des brumes d'hiver, la Nature tressaille, la souche s'éveille; à ses bras tordus les rayons printaniers attachent une étoile. Dans la plaine et sur les coteaux, la vigne se vêt de sa robe couleur de soleil et le bourgeon croît : comme un papillon d'or qui brille dans l'air il déploie peu à peu ses ailes en dentelle. O bourgeon aimé, fils de notre terre ! Espoir du paysan, pauvre travailleur, pour son pain, pour sa vie, déploie tes feuilles. Monte droit vers le ciel, sous l'œil amical du soleil; que son feu laisse un peu de, son âme dans le vin jaillissant de ton sein généreux !

Nouvelles Félibréennes
Inauguration de l'avenue flrnaut-Vidal, à Castelnaudary

Le dimanche 24 mai dernier ,une grande fête félibréenne a eu lieu à Castelnaudary sur l'initiative des « Grilhs del Lauraguès », association félibréenne affiliée à l'Escola Occitana. Il s'agissait d'inaugurer l'avenue Arnaut Vidal, premier lauréat des Jeux-Floraux, il y a 600 ans. Au programme, une messe chantée à la cathédrale St-Michel avec psaumes traduits en vers occitans par Prosper Estieu, et magnifique sermon en langue cYOc de M. l'abbé Salvat, principal organisateur de

— 9 — la fête, un grand banquet — avec cassoulet — de plusieurs centaines de couverts, une pieuse visite au cimetière de Castelnaudary, où Perbosc, s'inclinant au nom des félibres sur la tombe de Fourès, apporta au regretté poète languedocien un émouvant hommage poétique. La matinée qui fut donnée ensuite en plein air comportait une cour d'amour présidée par la gracieuse poétesse, Madame Philadelphe de Gerde, entourée de charmantes damaizelos en costume du pays, une conférence littéraire et « énergique » d'Armand Praviel, enfin l'exécution d'un certain nombre de chansons occitanes inédites du maître Prosper Estieu, qui eurent un succès considérable (1).
Vesprado lengodoueiano à flarbouno

Matinée occitane des mieux réussies le dimanche 14 avril à l'Alcazar de Narbonne. Il y eut notamment une conférence des plus documentées sur Achille Mir par M. le Docteur P. Albarel. « Les Gais vaudevillistes » d'Argeliès interprêtèrent avec leur verve habituelle L'Abaro, comédie en un acte de F. Fontas et Lou billet de loutarè, comédie en 2 actes de M. Albarel.
CD'après La Cigalo Narbouneso, mal 1925). Jieamp de la faanteneneo de Iiengadoe à Beziès

Bonne séance de travail de la Maintenance de Languedoc le 22 mars dernier à Béziers sous la présidence du syndic, Jules Azéma, de St-Nazaire. Après un judicieux rapport du majorai Vinas sur la langue d'Oc à l'Ecole, on a nommé une commission chargée de préparer un dictionnaire français-languedocien et une histoire de Languedoc. On a adopté le projet de M. de Montaut-Manse pour la création d'un nouvel « Institut d'Estudis Miech-journals », enfin arrêté les conditions du prochain concours des Jeux-Floraux de la Maintenance.
(D'après La Cigalo Narbouneso, mai 1925). (1) Elles paraîtront incessamment dans un important recueil Lo flahut occitan qui est en souscription à la librairie Occitania (10 francs, ou 11 fr. 50 franco).

— 10 —
Un revenant

La vaillante et.... piquante feuille dont l'énergique cognomen est « Oc » vient de reparaître après une éclipse de quelques mois. Nous lui souhaitons beaucoup de nouveaux amis.

Bibliographie Occitane
Antonin PERBOSC : Lo Libro dels Auzèls, Paris (9E), 6, passage Verdeau éditions Occitania, 1924, 208 p.; tirage limité (150 fr., 35 fr. et 12 fr.) Nous ne voudrions froisser personne, mais qui nous contredira, même parmi les plus grands poètes de l'Occitanie ? Qui osera s'élever contre l'opinion suivante, que nous ne craignons pas de proclamer après une première lecture : Le Libro dels Auzèls est un des principaux chefs-d'œuvre des littératures modernes; il se placera immédiatement après Miréio dans l'histoire des lettres occitanes ! Le Livre des Oiseaux n'est ni une épopée, ni un roman en vers : ce beau livre est un magnifique chant en l'honneur de la plus légère, de la plus aérienne ,de la plus poétique, de la plus chantante des créatures. Huppe, colombe, roitelet, mésange, coq, rossignol, alouette, pinson, bref toute la gent emplumée vient participer à cet admirable chœur, que Perbosc conduit mélodieusement avec son âme de poète simple et champêtre, j'allais dire avec son âme d'oiselet. Lisez quelques-unes de ces belles pièces, de forme si variée, si pimpante; cela vous fera penser peut-être à La Fontaine à cause du tour fabuleux donné à certains apologues; pour moi, je rapprocherais plus volontiers Perbosc d'un autre Occitan, le bon entomologiste Fabre. Car notre grand poète Quercynois ne prête pas aux doux auzèls de son pays un langage de fantaisie; on sent qu'il a écouté et observé de très près ses frères ailés; il les comprend, il les aime, et il nous les fait aimer.

— 11 — La langue d'Antonin Perbosc est de plus en plus imagée et nerveuse, sa versification de plus en plus brillante : « « « « Quand sarem plus bons à res, Que la brava mort nos prengue ! Quand on n'es plus bons à res, Lo plazer de viure, ont es ? »

Los Pois de la terra d'Oc, Aqui sô que vôlon dire Quand, en clara lenga d'Oc, Cantan : « Quai me fara foc ? » Ecoutez ce chant des coqs, émerveillez-vous au « miracle des oiseaux », allez voir la fontaine des colombes, faites-vous conduire par le grand charmeur au pays « d'embalinament », au royaume enchanté des oiseaux d'Occitanie... G.

Les Lettres Françaises
Benjamin Crémieux et Pirandello
C'est d'abord par privilège de naissance que Benjamin Crémieux doit être accueilli dans ces cahiers. Bien plus, son œuvre de début, « Le Premier de la classe », est un hommage plein de ferveur au Languedoc « confluent de toutes les grandes civilisations méridionales et orientales » et un hymne de foi dans la perpétuité de l'idéal occitan. C'est donc avec une sympathie qui n'est pas exempte de gratitude que nous nous plaisons à suivre l'activité littéraire de Benjamin Crémieux. Son effort, dans ces dernières années, s'est d'ailleurs révélé multiple. Outre les œuvres d'imagination qu'il a sur le chantier, et sur lesquelles il garde le plus infranchissable mystère, notre compatriote

— 13 —

s'est taillé, dans nombre de disciplines, un rôle d'informateur de premier plan : « Chroniques de politique Italienne à l'Europe Nouvelle, d'Histoire littéraire italienne à la Revue de France, Critique des productions et des auteurs contemporains à la Nouvelle Revue Française, aux Nouvelles Littéraires, puis encore à la Revue Hebdomadaire, à la Revue de Paris, etc.; enfin, dans son récent volume d'essais consacré au xxe siècle. ( 1 ) Dans tous ces domaines, qu'il aborde avec le même sérieux et la même attention jalouse, Benjamin Crémieux apparaît comme un dissecteur perspicace et habile des êtres, des âmes, des pays, des écoles et des choses, mais à la fois comme un reconstructeur ingénieux. Fort d'une culture impressionnante, il s'essaie à tirer au clair le moi profond de ceux qu'il soumet à son introspection, à fixer leur mille manières de sentir, de penser et d'agir, à déceler les originalités vraies, les éléments créateurs, à marquer les influences ambiantes, à retrouver la place de toute individualité, de toute idée novatrice dans le flux de la vie littéraire, politique ou sociale dont seront faites demain la civilisation et l'histoire. Il excelle, en un mot, à déterminer les grands courants. Ces grands courants, au reste, il lui arrive de les canaliser et de les orienter. Car ce n'est pas une des moindres réussites de Benjamin Crémieux d'avoir découvert Pirandello et d'avoir dérivé vers la France et les pays qui parlent notre langue le flot pirandellien. La pensée française est, qu'on le veuille ou non, déjà tout imprégnée de pirandellisme, comme elle le fut successivement naguère d'ibsenisme, de tolstoisme, de nietzschisme. Certes, ce ne fut pas par un simple effet du hasard : le terrain était bien aménagé : plates-bandes freudiennes et toute l'étendue du domaine proustien que Benjamin Crémieux avait d'ailleurs été un des premiers à explorer aussi (2).
(1) Editions Gallimard (1924). (2) Faut-il rappeler que si la publication française bien avant-guerre du meilleur roman de Pirandello, « Feu Mathias Pascal » n'avait eu aucun retentissement (mais le cinéma est là qui marquera prochainement sa revanche), la réalisation de la Volupté de l'Honneur, présentée par Dullin à l'Atelier, en 1922, dans la traduction de Mme Mallarmé, avait agréablement surpris, bien que cette étude de caractère, curieuse et émouvante, soit insuffisamment caractéristique de l'art

de son auteur.

— 14 —

Dès 1910, et avant que Pirandello n'abordât le théâtre, Benjamin Crémieux, dans une étude aujourd'hui épuisée sur le « Roman italien contemporain », avait discerné l'originalité naissante de l'humour pirandellien qui prétendait, en présence des objets, au lieu de ne faire attention qu'au corps, comme la plupart des artistes, « observer les plaisanteries de l'ombre, comment elle s'allonge et s'accourcit, comme pour faire des grimaces au corps qui, pendant ce temps, ne la calcule pas et n'y prend pas garde ». Et, de fait, Pirandello, c'est, projetées dans le monde de l'art, toute une suite d'idéologies, surgissant de la pénombre du subsconcient, et qui, sauf peut-être chez certains romantiques allemands, avaient à peine encore débordé la littérature. Ces questions passionnantes jusqu'ici apanage des philosophes purs, faut-il les énumérer ? C'est la confusion dans la vie de l'âme et dans la vie des hommes de la fiction et de la réalité; c'est l'enchevêtrement chaotique des choses elles-mêmes avec leur reflet; de l'apparence avec le corps; c'est le mystère de la personnalité, aux facettes multiples et chatoyantes, effarante de mobilité; c'est la quête de l'impalpable vérité qui filtre dans les doigts comme le rayon de lumière; c'est le monde des rêves et des cauchemars qui traverse les régions de la conscience; ou la folie qui s'insinue dans l'esprit comme une reine triomphante et qui peut se rire de la raison qu'elle sent vaciller. C'est enfin le drame de la genèse artistique et le conflit de l'auteur avec sa création qui lui échappe, prend consistance et lui survit. Ces problèmes philosophiques, difficiles et troublants, et que Pirandello transpose sur un plan nouveau, celui de l'art, offre, il faut bien le dire, ainsi réalisés, à côté de l'étonnante vie qui s'en dégage, un caractère d'imprévu qui va par endroits jusqu'à l'incohérence et l'hallucination. L'immense mérite de Benjamin Crémieux est d'avoir, dans ses versions françaises — où l'auteur prétend mieux reconnaître son oeuvre que dans son texte original, — clarifié les imbroglios de cet Italien génial et fixé les secrets, qui allaient paraître impénétrables, d'une imagination en délire. Après avoir tâtonné, rien ne nous échappe plus guère de ces secrets de l'âme et de leur signification profonde.

— 15 -

Mais là ne s'est pas borné l'effort du traducteur. Par la parole et par la plume ,il a clamé sa foi dans l'intelligence féconde de Pirandello et dans la richesse originale de son art. Soudain, le succès est venu. En 1923, les « Six personnages en quête d'auteur » à la Comédie des Champs-Elysées, provoqua de la surprise, de l'admiration. Faut-il rappeler cette affabulation singulière de ces six personnages de comédie, inopinément matérialisés, qui viennent demander au directeur de théâtre de fixer en une pièce l'histoire de leur vie. Et ce dernier, qui accepte, s'aperçoit qu'il n'est plus l'animateur, mais le jouet de ces êtres s'installant dans la vie et dont l'apparence seule était falote. Octobre 1924, « Chacun sa vérité », à l'Atelier de Dullin. Ici, un drame qui côtoie le vaudeville (par instants, on pense à Feydeau). Une ville entière, troublée par les allures d'un petit fonctionnaire et de sa belle-mère, se met en émoi, et nul ne parvient à discerner lequel des deux, de l'homme ou de la femme, représente le clair bon sens ou la folie. Février 1925, Mme Simone donne à la Renaissance, « Vêtir ceux qui sont nus » drame intime, que n'aurait pas désavoué Bataille, d'une prostituée. Au moment de se suicider, pour embellir sa mort et le souvenir qu'elle laissera d'elle, elle croit devoir mentir sur les mobiles de son acte. Et comme on parvient à la sauver, son mensonge provoque de tels ravages qu'elle n'a plus qu'à chercher à nouveau refuge dans la mort. Quelques jours après, c'est le grand triomphe, au théâtre des Arts, avec Henri IV, où Pitoeff campe d'une façon shakespearienne ce rôle d'un fou qui se croit empereur, mais qui bientôt, conscient de sa folie, en est réduit, tant la vérité vive lui apparaît funeste, à réendosser son manteau d'apparat lourd d'une gloire illusoire et à recoiffer sa marotte. Ces quatre pièces étranges, mais toutes pleines de beauté, et dont nous devons la révélation à Benjamin Crémieux, ont suffi, non pas à faire école (cela ne nous paraît d'ailleurs pas souhaitable), mais à fixer la pensée française sur des coins de l'âme humaine qu'elle avait

— 16 —
trop longtemps contournée, vers laquelle pourtant, certains auteurs comme Proust, projetaient déjà comme un reflet. Il serait puéril de nier qu'il s'agit là d'un renouvellement psychologique et littéraire que Benjamin Crémieux a eu le mérite de saisir et d'exploiter. Au surplus, et philosophie mise à part, l'intérêt dramatique de Pirandello s'est, grâce à lui, imposé à tous. Il n'est pas un spectateur cultivé, en France, qui, las des fadaises du théâtre contemporain, ne soit reconnaissant à Benjamin Crémieux des sensations intenses et neuves qu'il leur a values. Qui pourra jamais oublier, en effet, à côté du fatras des pièces modernes où se noie la mémoire, les « Six personnages » — fantômes ou vivantes créatures, nul ne le sait — descendant des cintres dans l'ascenseur miraculeux; les deux femmes endeuillées de « Chacun sa vérité » qui retiennent à jamais prisonnières, sous les plis de leurs voiles, les secrets du mystère où tout le monde tend ? Qui ne se rappellera le pauvre oiseau blessé, au dernier acte de « Vêtir », fermant ses bras avant de mourir, sur sa misère et son rêve, comme pour les protéger ? Et, dominant toutes ces silhouettes, émerge le souvenir de ce roi imaginaire, nouvel Hamlet, volontairement muré dans son illusion insensée, laquelle — aveu tragique — lui paraît préférable à l'état de vie. F. C.

Dzim-boum I
par tjo Ginestou

Dzim-boum ! Le jazz-band résonne. Les couples tournoient, étroitement enlacés. Les bouchons sautent et le Champagne rit en pétillant dans les coupes. Quelques œillets et quelques roses s'effeuillent. C'est le décor du dancing moderne. Un danseur imprévu attire l'attention. Sur son smoking élégant, il montre la tête d'un jeune faune, et ses minces sabots sortent du pantalon noir au pli impeccable. Ce

- 17 — faune en smoking, voilà le symbole par quoi je me représente l'esprit et la fantaisis de Jo Ginestou. Il nous vient, ce plaisant chèvre-pied figurant l'inspiration légère de Ginestou, d'un bois de chênes-liège de ce Roussillon, qui ressemble aux pays de la Grèce antique. Mais il garde sur lui les parfums de toutes celles qu'il a aimées, des parfums achetés dans les grandes maisons de la rue de la Paix ou du faubourg Saint-Honoré. Dzimboum ! Ecoutez ce faune spirituel parler des femmes avec une ironie qui n'.exclut pas la gourmandise, écoutez-le parler des garçonnes ou laissez-le égrener les litanies des seins. Demandez-lui de vous décrire la tristesse des malles, les avatars de la gloire ou les murmures des bananes. Demandez-lui de vous conter les aventures du receveur de l'enregistrement, de la sardine amoureuse ou du haricot vert hystérique. Et vous serez, en lisant le livre, bien forcés de sourire et de rire devant tant de verve cocasse, tant de comparaisons d'un comique imprévu, tant de jeux de mots étourdissants, tant d'allusions inattendues. Ce faune fantaisiste, nourri de latin et qui connaît tous les romans modernes, sait porter à ses lèvres sensuelles la syrinx et en tirer des accords subtils. Car Jo Ginestou, en narrant les plus extraordinaires facéties, reste un vrai poète. Son faune est habile à poursuivre ces nymphes que sont les rimes riches, il les enchaîne, les enlace, les accouple avec la plus sûre aisance. Jo Ginestou, qui est déjà l'auteur des Rimes Impertinentes, est devenu l'un de nos plus renommés poètes humoristes et galants de Paris et du pays d'Oc. Je viens un peu tard pour vous le révéler. Je ne vous apprends rien. Vous aurez déjà certainement lu Dzim-boum ! (Editeurs Associés, 42, Boulevard Raspail, Paris). P. S. Nous rappelons que Jules Azéma et Paul Sentenac préparent en ce moment une anthologie des poètes du Bas-Languedoc, aux éditions d'Occitania.

— 18 — Nouvelles Littéraires
On annonce la parution prochaine aux Editions d'Art Michel Jordy, de la deuxième Edition de « La Ville du Passé » (Cité de Carcassonne); Texte d'Auguste Rouquet, bois gravés originaux d'Achille, Jane et Auguste Rouquet. P. S.

Ifl TOUR SfiSTOM PHŒBUS Château de Foijc.

Bois de Paul

CASTELA.

Beaux Arts
Henry URPRUZK
A la campagne, en plein pays d'Oc, où j'étais venu me reposer pendant quelques jours de l'énervement de Paris, j'ai appris la mort de Henry Lapauze. Ma quiétude a été dès ce moment brisée par l'émotion que m'a causée cette pénible nouvelle. Et lorsque, après être arrivé à la gare du Quai d'Orsay, j'ai traversé à nouveau la cité parisienne, j'ai eu l'impression qu'il manquait à Paris un des hommes qui étaient les plus nécessaires à sa vie artistique. On remplacera difficilement Henri Lapauze. Son activité, vraiment extraordinaire, a produit les plus durables résultats. Le Palais des Beaux-Arts de la ville de Paris demeure entièrement la création de Lapauze. Celui-ci a pris le Musée dès l'origine, absolument vide, et il y a réuni les riches collections qui s'y trouvent rassemblées aujourd'hui. Le fonds artistique du Petit Palais comprend, en effet, des peintures et des sculptures de tous les artistes véritablement caractéristiques du dix-neuvième siècle, depuis les grands impressionnistes, jusqu'à leurs derniers héritiers comme le languedocien Henri Martin ; depuis Courbet jusqu'aux figures marquantes des Artistes Français et de la Société Nationale. Quant aux sculpteurs,

— 20 —

fis se succèdent depuis Carpeaux et Rodin jusqu'à Maillol et Bourdelle. Les régions occitanes y sont donc bien représentées. Le conservateur avait voulu aussi réserver une place importante à l'art ancien afin de montrer la leçon de la tradition et comment celleci se modernise. Le legs Dutuit notamment contient, on le sait, des chefs-d'œuvre du dix-huitième siècle, ainsi que des pièces uniques de Rembrandt, de Jordaens et de Téniers. A côté de l'ensemble permanent du Palais des Beaux-Arts, Henri Lapauze organisait des expositions temporaires dont on ne s'est pas dessouvenu. Il nous a montré, d'année en année, les élèves de David, les œuvres d'art mutilées de guerre, les verrières de Paris, les peintres de l'Union latine anciens et modernes, les grâces de Prudhon. Enfin, avant sa mort, il avait préparé cette exposition du paysage français, de Poussin à Corot, laquelle est ouverte actuellement. D'agir n'a pas empêché Henry Lapauze d'écrire. Il a publié de nombreux et importants ouvrages dont plusieurs sur Ingres .11 s'est fait aussi l'historien du pastelliste Quentin La Tour, et de l'Académie de France à Rome. Il n'existait aucun ouvrage sur cette vieille institution remontant au dix-septième siècle. Il y avait) là une grande lacune. Henry Lapauze l'a non seulement comblée, mais y a édifié un véritable monument de documentation artistique et bien vivante. Enfin, comme si son labeur personnel ne suffisait pas à son activité, Lapauze a fondé une grande revue, La Renaissance des arts Français et des Industries de luxe. Je m'honore d'avoir été appelé par son directeur à y collaborer. Le titre demeure significatif de la portée de la publication. Une large part y est réservée aux arts décoratifs et industriels modernes. Henry Lapauze a ainsi contribué au mouvement qui a abouti à l'exposition de 1925. Le directeur de La Renaissance de l'Art et des Industries de luxe avait créé également une revue hebdomadaire, politique et littéraire, La Renaissance. Il la maintenait préoccupée sans cesse, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, des intérêts et de la sauvegarde de notre patrie. En travaillant pour la grande, Henry Lapauze travaillait aussi pour la petite patrie. Il est toujours resté fidèle à sa ville natale, Montau-

- 21 ban, et, dans le véritable culte qu'il avait voué à l'auteur du Vœu de Louis XIII se retrouvait son amour pour la cité montalbanaise. Si Paris et toute la France déplorent la disparition prématurée de Lapauze, le pays occitan perd en lui un de ses fils préférés et qui possédait les qualités les plus représentatives de la race. Paul-SENTENAC. Signalons au Salon de l'Ecole Française, — Galerie de La Boëtie, — les paysages méridionaux ensoleillés de C. Bouchard, d'un coloris délicat et d'une pâte solide, où se révèlent des dons de coloriste. A. R.

Têtes Occitanes

Ce grand avocat et ce poète du régionalisme aurait pu être breton ou angevin. Par bonheur, il nous appartient. Il est né en Languedoc. Il a vu le jour à Montpellier. Mais, vraiment, ne fallait-il pas que Charles Brun fût méridional pour porter un cœur capable de comprendre dans un même amour

-- 23 —

toutes les provinces françaises, et pour entreprendre avec tant de générosité la grande tâche de les révéler à elles-mêmes, de les mettre en valeur, de les protéger contre une dangereuse uniformité. Le plus jeune agrégé de France en 1893, Charles Brun fréquenta avec Les Troubadours à la Cour des Seigneurs de Montpellier. C'est le titre de son premier ouvrage. Avec l'enthousiasme de ses vingt ans, le jeune universitaire contribue à la fondation du Félibrige Latin. Il y revendique pour le Languedoc et pour le dialecte languedocien l'égalité avec la Provence. Car pour lui la renaissance du dialecte local demeure étroitement lié à l'essor de la province. Cet écrivain a une foi peu commune. Il ne la borne pas seulement à son Languedoc. Il se met à aimer toutes les sœurs de sa province lanquedocienne. Il devient l'apôtre de tout le régionalisme. On l'appelle justement le « Pierre l'Ermite du Régionalisme. » Cette croisade qu'il mène pour son idée, il la poursuit avec une activité et une passion inlassables. Délégué général de La Fédération régionaliste, directeur de VAction Régionaliste, il ne ménage pas ses efforts. Il collabore à tous les organes de décentralisation; il figure dans tous les groupements. Et il garde cependant la simplicité la plus familière, la modestie la plus souriante. Un autre que ce méridional aurait-il pu posséder ce rare don d'une parole aisée, coulant tout naturellement, emplie d'autant d'esprit qu'un étang de chez nous de paillettes de soleil ? Chez lui, tous les dimanches, assis sur un coin de table, ses longues jambes pendantes, l'œil vif derrière le lorgnon, le sourire corrigeant toujours l'austérité de sa face maigre, Charles Brun ravit tous ses amis qui s'assemblent pour l'écouter. Par la même bonhomie, il conquiert les convives des banquets et le public qui se presse à ses conférences. Pour être un tel homme d'action, pour montrer une telle conviction, il ne suffisait pas d'être méridional. Il importait aussi d'être poète. Charles Brun est des plus doux, des plus subtils, des plus harmonieux, des plus rêveurs parmi les lyriques. Aussi l'auteur du Sang des Vignes a-t-il brandi Le Drapeau Bleu. Sous ce symbole, il a écrit, avec Jean Hennessy, le livre de la sérénité

- 24 future entre les peuples. Et c'est un drapeau d'un bleu suave et durable comme celui du ciel sur la Méditerranée. Pierre LHORTE.
BIOGRAPHIE

Charles Brun, né à Montpellier, fondateur du Félibrige latin de Montpellier, secrétaire général de l'Ecole parisienne du Félibrige, fondateur de la Ligue Occitane, délégué général de la Fédération Régionaliste française, directeur de l'Action Régionaliste. Collaborateur à La Plume,, Les Partisans, Le Correspondant, Le Censeur, l'Occident, Gil Blas, Revue Encyclopédique, Revue Bleue, Revue des Flandres, Revue du Berry, Revue Périgourdine, etc., Chevalier de la Légion d'Honneur .
BIBLIOGRAPHIE

Les Troubadours à la Cour des Seigneurs de Montpellier (1893; — L'Evolution Fêlibréenne (1896); — Toast et Discours (1901); — Les Littératures Provincales (1907); — Le Roman social en France (1910); — Division départementale de la France (1909) ; — Renée Vivien, (1911) ; — Le Régionalisme (1911). Poèmes : Chants d'éphèbe (1891) ; — Onyx et Pastels (1895) ; — Commemoratio mortui (1896) ; — Les Voyages (1901) ; — Le Sang des Vignes (1907).

ICONOGRAPHIE

— Portrait au crayon, par L. Foucaud, 1902. — Texier, portrait dans les Nouvelles Littéraires, (14 juin 1924). — Charles Blanc, croquis 1925.

— 25 —

PAULi-SEJSITErifiC
PORTP.R1T

Grand, svelte, profil modelé en quelque argile romaine, Paul-Sentenac : tout rythme, toute passion, toute foi. Religieux de la beauté, élève son cœur vers l'art tel un ciboire. L'amertume bue, il reste au-dessus de son cœur et de son âme l'azur impollué, comme au-dessus de ses vignes Coursannaises. Pur, dur et droit comme une lame, par sa sincérité et la sûreté de son goût, par l'équilibre de son jugement, il s'est imposé, comme un authentique héritier de Beaudelaire critique d'art. Romancier, il a, dans « La Lame et le Fourreau » évoqué en des fresques vivantes la terre languedocienne aux horizons mouvants de vignes et de flots; les passions, les misères, les gloires de son peuple généreux; décor grandiose où son noble héros, plus grand que soimême, use sa misérable enveloppe.

Poète, c'est par tous les chemins fleuris et parfumés, où se complaît sa sensibilité d'impressionniste, qu'il a, dans la joie et la douleur, semé son cœur. Mais ce que nous aimons également en lui, doublant le styliste et l'artiste, c'est le délicat, l'agissant et le fidèle ami. Nous donnons ci-dessous, en regrettant que la place nous soit mesurée, un passage extrait du roman de Paul-Sentenac, la Lame et le Fourreau. C'est la description d'un paysage de vignes submergées en hiver, vu par un œil d'artiste qui exalte un pays qu'il aime et qui lui est familier. Tous ceux qui s'intéressent à notre attachant pays du BasLanguedoc doivent lire ce livre vivant, intense et coloré dont l'action se déroule au milieu des sites des environs de Narbonne. A. R. Les jeunes chasseurs, après avoir dépassé les dernières maisons du village qui bordent le chemin et qui s'espacent, chacune se séparant de la voisine par des parcs ou des jardinets, marchaient en rang sur la large route, sur celle qui aboutit à la sous-préfecture de Narbonne. La route plate prolonge sa bande d'un gris blanchâtre dans la plaine des vignes toujours submergées en cette époque de l'année, en plein mois de décembre. A droite, à gauche, ce ne sont que des nappes d'eau. Leur surface lisse, qui se moire avec le retour du vent, apparaît trouée en rangées régulières par" les souches et les sarments dépouillés. On dirait au loin une tapisserie piquée de points bistrés en arabesques. D'un côté, de l'autre, ce ne sont que des nappes d'eau, que le cheminement d'un sentier de traverse aux herbes séchées, une haie de tamaris d'un jaune d'ocre, une ligne de saules aux fins branchages dénudés d'un roux carminé, délimitent en carré et que là-bas, à l'horizon, une colline borde d'un moutonnement d'un bleu violâtre. Le soleil, avant de s'éteindre, disperse des traînées roses dans le ciel d'un azur de pastel. Ces traînées roses et ces pans d'azur se dédoublent dans les miroirs d'eau, où les tons non seulement se multiplient mais encore semblent revêtir plus d'éclat. Le tronc d'un vieil arbre ébranché, paraissant mauve dans la lumière dorée, ouvre une

— 27 — gueule béante d'ombre et son hurlement se répète dans des reflets de tendres incarnadins. Que de couleurs claires dans ce paysage d'hiver blond dans quoi se retrouvent des colorations de sites japonais, aux étangs étranges. Pour ajouter à tant de pittoresque, des mouettes inattendues volent, de ci, de là, en neigeux cortège, se posent et nagent sur les eaux. La blancheur de ces mouettes s'harmonie avec l'ensemble des teintes légères du paysage. Et, lorsque brusquement sur le remblai, à droite du chemin, le train vient rayer cette nature douce et claire d'un trait de bruyante noirceur, c'est un tourbillon de mille ailes qui se rassemblent et que l'on ne soupçonnait pas, repliées et disséminées sur l'étendue des étangs, un tourbillon éperdu qui abandonne les roses et les bleus délicats de l'eau pour ceux du ciel.

BIBLIOGRAPHIE

Paul Sentcnac, né à Toulouse, docteur on droit, homme de lettres, critique d'art, a publié : Le Salon des Poètes, 190S. — Tout mon cœur par tous les Chemins, poèmes, Paris, Grasset éditeur, IQTT. — Toulouse et les Poètes, anthologie. La Terre Latine, éditeur, 1913-1914. — La Guirlande des Masques, portraits consacrés à quelques peintres, sculpteurs, dessinateurs modernes, préface de G. GefFroy, bois d'Auguste et Achille Rouquet et d'Emile Aider. — La Lame et le Fourreau, roman, Chiberrc et Sansot, éditeurs, 7924. Les quatre Graveurs du Mans, étude d'art, la Douce France, éditeur. •—■ Pierrot et les Artistes, étude d'art, Chiberre et Sansot, éditeurs, — Roland Chavenon, étude d'art. — Suzanne Tessier, étude. — En préparation : Notre Cœur quotidien, La Vie en couleur, études d'art. — Quelques paysages de mon intérieur, Poèmes en prose. — Théâtre : Le Passeur Amoureux ; le Cadeau; Le Nouveau Croquis. Collaboration à de nombreux journaux et Revues : La Renaissance de l'art Français; L'Art et les Artistes; L'Information ; La Revue Contemporaine; La Danse; Les Rubriques nouvelles; La Douce France; La Revue Méridionale à Carcassonne; Notre Midi, à Albi ; Le Coq Catalan, à Perpignan; Gallia, à Buenos-Ayres; L'Indépendant des Pyrénées Orientales, à

Perpignan, Le Bon Plaisir, à Toulouse, etc., etc.. A fondé en 1912 Le Pays d'Oc avec Noëll et Ginestou, et qui est devenue en 1913 « La Terre Latine .» Organisateur de nombreuses expositions de peinture dans les Galeries parisiennes il a notamment fondé le premier Salon Occitan en 1921 et la Galerie Henri Manuel avec Rouquet et Guenot. Il a préfacé diverses expositions de peintres et sculpteurs. Orateur distingué, il a fait de nombreuses conférences à Paris et à Toulouse et notamment au Caméléon, au Salon des Indépendants, au Musée Rodin.
ICONOGRAPHIE

Portraits à l'huile, par Auguste Rouquet, un en 1912, l'autre en 1924, ce dernier exposé au Salon d'Automne 1924; — Portrait à l'huile, par Cécile Gerson (Salon des Indépendants 1921); — Portrait à l'huile en costume du dix-huitième siècle, par Emile Aider ; — Buste en plâtre, par Auguste Guénot, 1908; — Buste en bronze, par Nicolas de Sokolinicki (Salon des Tuileries, 1924); — Masque à la sanguine, par S.-T. D.ufour; — Dessin, par JeanGabriel Domergue; — Dessin, par Marcel Lalaurie; — Dessin, par Cesare Bonanomi; — Masque, bois gravé, par Auguste Rouquet, 1924.

Le mouvement économique Occitan
li'Offiee Oeeican
Fidèle au programme d'action qu'il s'est tracé dès sa constitution, le Groupe Occitan particulièrement convaincu de la nécessité impérieuse de faire connaître au dedans et au dehors la variété des ressources économiques des régions qu'il représente, vient de créer un organe de concentration d'une part, et d'expansion d'autre part, des diverses productions du Languedoc et du Roussillon. A cet effet, et en constante liaison avec la section économique du Groupe Occitan, il est créé sous le nom d' « Office Occitan », un organisme qui se propose, par des moyens puissants de propagande en de renseignements, de concourir à l'essor économique de notre région. En dehors des ces avantages, l'Office Occitan, offre, depuis le 1er Juin 1925, à tous les producteurs et industriels adhérents du GrouOccitan, aux conditions qui seront indiquées ci-après, la possibilité de bénéficier à Paris, 41, boulevard des Capucines, au centre des affaires, d'une salle d'exposition, de bureaux de réception avec téléphone pour rendez-vous, et d'un dépôt d'échantillons. C'est ainsi que paraissent pouvoir être groupées, pour un effort sérieux dexpansion, toutes les productions et les activités de la région occitane. Mais, à ces facilités de concentration dans le cadre le plus actif de Paris, il a paru nécessaire d'adjoindre la certitude de toucher de la façon la plus efficace et la moins onéreuse les éléments d'affaires étrangers. C'est dans cet ordre d'idées que l'Office Occitan s'est assuré la collaboration très intime de la « Société d'Expansion Industrielle et Commerciale » 41, boulevard des Capucines, à Paris, dont le but est la vente de produits français et la négociation de licence des brevets, français à l'étranger. Elle exploite, à cette fin, des contrats d'exclusivité et, pour ces diverses négociations, a conclu des contrats de réciprocité avec des sociétés ou organes identiques aux Etats-Unis, Canada, Angleterre, Pologne, Italie, Turquie, Amérique du Sud, Russie, Grèce, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Tchéquo-Slovaquie.

Ces liaisons conventuelles assurent à cette société, dans ses locaux du boulevard des Capucines, un courant de visiteurs et de représentants étrangers des plus important. Par conséquent, à l'avantage immédiat de l'exposition et du bureau d'affaires, l'Office Occitan ajoute des possibilités d'atteindre une clientèle qui ne peut être facilement touchée par une réclame ou une représentation particulière devenues par trop onéreuses. Un service de renseignements suit au jour le jour les besoins étrangers et les signale aux producteurs français, la priorité étant réservée aux adhérents de l'Office Occitan. Il est prévu quatre sortes d'abonnements : 1° Usage de la salle d'exposition et du bureau. . . . 550 fr. par an. 2° Usage de la salle d'exposition seule 300 fr. par an. 3° Usage du bureau seul 300 fr. par an. 4° Inscription au fichier commercial 150 fr. par an. Le fonctionnement de l'Office, les conditions d'adhésion sont données par une notice qui peut être demandée à la Société d'Expansion Industrielle et Commerciale, -- Office Occitan — 41, boulevard des Capucines, à partir du 1er juin 1925. COMET

Travaux de la Section Économique
La section économique du Groupe Occitan a organisé au « Musée social », en janvier et février, une série de conférences consacrées au Problème d'une crise viticole. Elles ont été présidées et présentées par M. Viala, membre de l'Institut. Elles seront publiées par les soins de la « Revue de viticulture » et de 1' « Essor méridional ». M. Marsais, ingénieur agronome, chef des travaux de viticulture à l'Institut agronomique a insisté sur la nécessité d'orienter les producteurs du Languedoc et du Roussillon vers la fabrication de vins de qualité et vers l'utilisation des produits secondaires de la vigne. Après lui, M. Léon Douarche, chef de service à l'Office National du Commerce extérieur a fait connaître les possibilités d'exportation et insisté sur l'intérêt qu'il y aurait à créer dans le Midi un « Office du vin ». Le docteur Granel, ancien président des Enfants de l'Aude à Paris, et l'un des fondateurs de l'Office Occitan a examiné, en une conférence extrêmement documentée — et souvent citée par M. Barthe, -député, au

— 81 — cours de son interpellation à la Chambre, — les charges accessoires, droits et frais de transport pesant sur les vins et les moyens propres à les alléger. M. Passerieux, négociant en vins à Narbonne, a proposé une formule de collaboration entre les différents facteurs économiques, production, commerce et consommation. F. C. M.

Nouvelles Régionales
A l'occasion des manifestations d'ordre intellectuel qui se sont déroulées dernièrement en Ariège, nous croyons devoir signaler l'activité de la Société des Sciences Lettres et Arts de ce département, laquelle, chargée par le Comité de la Semaine Ariégeoise d'organiser une journée archéologique et scientifique, a su faire revivre tout un passé d'art local et de poésie montagnarde, grâce à l'exposition des belles collections archéologiques et des pièces nombreuses relatives à l'histoire du Comté de Foix Des visites ont été organisées au château de Foix et à la Grotte de Niaux sous la savante direction de MM. Pasquier et Cugullière. Enfin, des communications d'une très belle tenue littéraire et scientifique ont été faites à l'élite de la Société Ariégeoise sur des sujets d'histoire locale par Mme Isabelle Sandy, MM. Morère, le duc de Lovès-Mirepoix, G. Vidal, A. Causson, etc. A signaler également le succès obtenu par les travaux communiqués au Congrès des Sociétés savantes tenu le 15 avril dernier à la Sorbonne et émanant d'Ariégeois notoires tels que MM. SIGNOREL, DE BARDIER, BARRIÈRE-FLAVY et MORÈRE.
RICARD.

PARIS

La « Société des 1 » a donné le 11 mai son dîner mensuel, suivi d'une belle conférence faite par Pierre Chanlaine et d'une soirée artistique. Le 11 juin, conférences au Sociétés Savantes de M. Chéneveau. Rappelons que la « Société des 1 », fondée en 1890 par un groupe

—n—
d'artistes ,réunit les représentants de chacune des branches de l'activité humaine.
PYRÉNÉES-ORIENT ALiES

Les Jeux Floraux du Roussillon, organisés par la très vaillante « Colla de Rossello » dont le sympathique président est Horace Chauvet, ont eu cette année, un éclat extraordinaire. La Fête, présidée par le poète-Mainteneur des Jeux-Floraux de Toulouse, François Tresserre, s'est déroulée avec une grande solennité au théâtre municipal de Perpignan le 24 mai dernier. Les discours de François Tresserre, Albert Bausil et Charles Grando ont été remarquables et vivement applaudis. Le public, après avoir écouté religieusement les poèmes des lauréats en langue catalane et en langue française, leur a fait une chaleureuse ovation. F. S.
HÉRAUUT

L'exposition de Pezenas a eu lieu du 21 mai au 1er juin 1925. Un nombre important d'exposants y participa et le plus grand succès couronna les efforts de nos compatriotes. Il convient d'en féliciter, tout particulièrement, avec M. le Maire de Pezenas, président de l'Exposition, M. A. P. Alliés, l'érudit auteur d'« Une Ville d'Etat » et animateur remarquable. M. A. P. Alliés nous annonce la parution prochaine d'un organe régionaliste « L'Etendard Piscénois » publié hebdomadairement à Pezenas. A. R.
TARN

L'Ecole de Sorèze, dont les murs séculaires ont abrité l'adolescence laborieuse de bien des hommes célèbres de l'Occitanie vient d'ajouter aux bustes qui décorent la salle des Illustres, ceux du Général de La Perrinne-d'Hautpoul et de Déodat de Séverac : deux pures gloires occitaniennes. Sur l'heureuse initiative d'un fervent admirateur de Maurice et d'Eugénie de Guérin, une souscription est ouverte en vue de l'érection à Gaillac, d'un monument en l'onneur des Guérin, dont la correspondance a fait connaître au public lettré de France, le charme profond et délicat d'un Coin d'Occitanie, cadre merveilleux de sentiments exquis.
AUCH.

— F. COCHARAUX, IMPRIMEUR, RUE DE LORRAINE.

C.I.D.O.
8ÉZIERS

Les Feuillets Occitans
Bulletin mensuel du Groupe Occlten

0R6AIK RÉGIOIÂLISTE DES PAYS D'OC Banaux de la Rédaction : 41, Boulevard des Capucines, PARIS
ADRSSSKB LA COBRESPONDANCE AD BUREAU DE LA RÉDACTION

Jours de réception : les mercredi et samedi de B à 7 h.

Secrétariat géoérai : 159, me de Flandre. — Dépit et Umigistration, librairie « Otttfanîa ». 6, Passage ïerden, Para.

Principaux collaborateurs : Jules AZEMA; Paul ALBAREL; Léon AURIOL; A. BAUSIL; Charles BRUN; G. CALVET; Paul CASTELA; Marcel CLAVIÉ; Gaston COMBELERAN; Benjamin CRÉMIEUX; Fernand CRÉMIEUX; F. CROS-MAYREVIEILLE; L. DOUARCHE; P. DUPLESSIS de POUZILHAC; Jean DUPUY; Prosper ESTIEU; Gustave FAYET; Henri FRESCOURT; A. GUENOT; Jo GINESTOU; Clément GRANEL; GUITARD (E.-H.); Vincent HYSPA; Pierre JALABERT; J. LOUBET; Jean MAGROU; Jean MARSEILLAC; Prosper MONTAGNÉ; H. MURCHART ; Henry NOELE; A. PASSERIEUX; Armand PRAVIEL; Jean PUEL; Paul RAMOND; E. REY-ANDREU; Achille ROUQUET; Auguste ROUQUET; José ROUQUET; Pierre SAINT-GIRONS; de SAINT-VINCENT-BRASSAC; Frédéric SAISSET; Joseph SAUVAT; Paul SENTENAC; F. TRESSERRE; Georges VILLES; H. C. VILLENEUVE... etc., etc.

Related Interests