You are on page 1of 20

Revue germanique internationale

3  (1995) La crise des Lumières
................................................................................................................................................................................................................................................................................................

Ernst Behler

Le premier romantisme crise des Lumières
................................................................................................................................................................................................................................................................................................

Avertissement Le contenu de ce site relève de la législation française sur la propriété intellectuelle et est la propriété exclusive de l'éditeur. Les œuvres figurant sur ce site peuvent être consultées et reproduites sur un support papier ou numérique sous réserve qu'elles soient strictement réservées à un usage soit personnel, soit scientifique ou pédagogique excluant toute exploitation commerciale. La reproduction devra obligatoirement mentionner l'éditeur, le nom de la revue, l'auteur et la référence du document. Toute autre reproduction est interdite sauf accord préalable de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France.

Revues.org est un portail de revues en sciences humaines et sociales développé par le Cléo, Centre pour l'édition électronique ouverte (CNRS, EHESS, UP, UAPV).
................................................................................................................................................................................................................................................................................................

Référence électronique Ernst Behler, « Le premier romantisme crise des Lumières », Revue germanique internationale [En ligne], 3 | 1995, mis en ligne le 06 juillet 2011, consulté le 12 octobre 2012. URL : http://rgi.revues.org/479 ; DOI : 10.4000/rgi.479 Éditeur : CNRS Éditions http://rgi.revues.org http://www.revues.org Document accessible en ligne sur : http://rgi.revues.org/479 Ce document est le fac-similé de l'édition papier. Tous droits réservés

Le premier

romantisme

crise des L u m i è r e s

ERNST

BEHLER

L'expression de « premier romantisme » désigne le bref laps de temps de 1796 à 1802, époque où les frères Schlegel, Novalis et Tieck s'unirent dans une activité littéraire très féconde, à Iéna la plupart du temps. Caroline Böhmer, qui épousa August Wilhelm Schlegel et Dorothea Veit, qui épousa Friedrich Schlegel, ont également participé à l'activité de ce cercle. Il faut aussi compter Schleiermacher parmi les auteurs de ce groupe, bien que, en raison de ses obligations pastorales à Berlin, il ne se rendît jamais à Iéna et ne participât pas directement à l'activité commune de ces auteurs, laquelle se désignait sous le nom de Symphilosophie. Les premiers romantiques se distinguent du romantisme tardif par leur conscience nette de la littérature mondiale et du cosmopolitisme, par leur défense de la Révolution et de la modernité, ainsi que par un panthéisme affirmant une religion progressive de l'humanité. Déjà par ces traits on voit un lien du premier romantisme avec l'Aufklärung beaucoup plus étroit que ce n'est le cas pour le romantisme tardif. On a déjà souvent noté l'affinité du premier romantisme avec l'Aufklärung , qui se rapporte aussi bien à l'Aufklärung allemande, de Mendelssohn à Kant et Lessing qu'aux lumières françaises des encyclopédistes et de Condorcet. Le point de vue particulier qui régit cette étude se rapporte à la position historique du premier romantisme vers la fin du XVIII et le début du XIX siècle. On y aperçoit que les premiers romantiques, bien que tard venus appartiennent encore à 1' « époque » du XVIII siècle, c'est-à-dire à l'Aufklärung et à la « Raison », mais qu'ils préparent déjà une nouvelle « époque » à laquelle ils veulent apporter leur
1 e e e

1. Cf. Helmut Schanze, Romantik und Aufklärung, Untersuchungen zu Friedrich Schlege lis, Nuremberg, 1966 ; Alfred Anger, Deutsche Rokoko-Dichtung, in Literarisches Rokoko, Deutsches Vierteljahrsschrfit, n° 36, 1962 ; Kurt Wais, Das Schriftum der französischen Aufklärung in seinem Nachleben von Feuerbach bis Nietzsche, in Forschungsprobleme der vergleichenden LiteraturGeschichte, Tübingen, 1958.

apparaissent une véritable opposition à l'Aufklärung et une attitude d'esprit qui correspond au romantisme naissant. que le thème de l'histoire pénétra pour la première fois dans le champ des premiers romantiques. Stuttgart. problème qui occupait alors également Wilhelm von Humboldt et Schiller . 2. se posa la question de savoir comment l'étude des classiques grecs pourrait intelligemment être mise en parallèle avec l'étude des auteurs européens modernes. mais sous forme de polémique visant une démarcation et une séparation de l'Aufklärung. Leitzmann dans Deutsche Literaturdenkmale des 18. l'art et l'esprit de l'époque (AWS 1. Ce changement d'époque. Padeborn. Die Werke Friedrich von Hardenbergs. partant de leur situation historique particulière. 3. Paderborn. p a r Richard Samuel en collaboration avec H a n s J o a c h i m M ä h l et G e r h r d Schulz. 507-524) . 348 (n° 33) . A plus exactement parler la question qu'il posa fut celle de savoir quelle valeur devait être accordée aux modernes en comparaison avec les anciens. et l'encyclopédie comme grand projet pour une unité des sciences et des arts. 1958. 197-253) . 175 (n° 591). qui dépassent cependant déjà le laps de temps des premiers romantiques. 2. éd. L'essai dans lequel Schlegel s'occupe de cette question date de l'année 1795 et il est intitulé : De la valeur de 1 2 3 4 1. 1960-1968. 484-544. éd. édit. 244 (n° 614). En même temps. Indiqué dans la suite : A WS. on voit très vite que. u. Indiqué dans la suite : MO. La chrétienté ou l'Europe (voir note suivante) et dans les n o m b r e u x fragments de Friedrich Schlege : KFSA 18. Dans les conférences de August Wilhelm Schlegel de 1803 : Sur la littérature. Leipzig. Über dos Studium des Altertums und des Griechischen : insbesondere sechs ungedruckte Aufsätze über das Klassische Altertum. s'exprime également chez eux en ceci qu'ils vont transférer les termes d'Aufklärung et de « lumière » à leur propre entreprise . 1 / C'est lorsque Friedrich Schlegel. Lorsqu'on soumet le développement de ces thèmes chez les premiers romantiques à une analyse plus poussée. la rhétorique et son importance pour la littérature et la critique littéraire. La relation entre le premier romantisme et l'Aufklärung semble être évidente dans ces domaines. 4. Ceci est le cas dans l'essai de Novalis : La chrétienté ou l'Europe de 1799 (NO 3. p a r Ernst Behler en collaboration avec J e a n Jacques Anstett. H a n s Eichner entre autres. que l'on peut aussi bien appeler crise de lAufklärung. 1896. éd. Surtout dans l'essai de Novalis. Kritische Friedrich Schlegel Ausgabe. bien qu'on y constate encore un souci de médiation et une description des transitions. cette tendance réapparaît. par A. qui depuis 1794 travaillait à Dresde à une histoire de la littérature grecque. Indiqué dans la suite : KFSA. ils donnèrent à ceux-ci une nouvelle signification et qu'ils élargirent leur point de vue sur l'Aufklärung. Jahrhundert. 19. Kritische Ausgabe seiner Vorlesungen. Schriften.contribution. 1988. August Wilhlelm Schlegel. . n° 58-72. en partant de trois thèmes : l'histoire de la philosophie d'une perfectibilité infinie. Novalis. Dans ces conférences. 152 (n° 345). On étudiera cette rupture d'époque. les premiers romantiques se rendent compte de leur singularité face à l'Aufklärung et cherchent à affirmer celle-ci dans des écrits à caractère de manifestes. par Ernst Behler en collaboration avec Frank Jolies. Wilhelm von H u m b o l d t .

177-182) et de Goethe (KFSA 1. mais pour toute l'époque. de faire des corvées pour la postérité. qui n'est pas au monde pour la race. qui avait été menée en France aux XVII et XVIII siècles et qui avait fortement contribué à la naissance de la conscience historique. Le point de vue que Schlegel y expose ne semble pas laisser le moindre doute. développée par lui à un autre endroit. de l'humanité » (KFSA 1. 627). 629). La pensée historique doit bien plutôt reposer sur la conviction : « Qu'il n'est pas de notre vocation de vivre des aumônes du monde passé. Schlegel avait développé un goût marqué pour les qualités poétiques de Dante (KFSA 1.l'étude des Grecs et des Romains. 163). utopie). 190-192) et se trouvait ainsi dans un dilemme. pour l'humanité entière (ibid. il avait mis à l'ordre du jour un des thèmes fondamentaux de l'Aufklärung européenne. remontant aussi loin que l'expérience. tels des valets. Ce faisant. L'objectif principal de Schlegel était de développer une théorie philosophique de l'histoire qui permettrait de combiner l'étude des anciens et des modernes et qui accorderait la même estime à ces deux mondes poétiques. Il exige en outre que l'unité de l'histoire ne soit pas tributaire d'un état absolu dans le passé (classicisme. Schlegel définit de plus près cette entreprise en ajoutant qu'il devra s'agir : « De trouver un fil conducteur de l'ordre a priori de l'histoire universelle. qui aurait un ordre systématique. et dans ce qu'il n'est pas » (KFSA 1. Schlegel déduit de ces réflexions la nécessité d'un projet d ' « Histoire de l'homme » qu'il définit ainsi : « Une histoire exhaustive de la race humaine. un fondement scientifique et un but général » (KFSA 1. mais comme but en soi. du noble. L'image d'un « Newton de l'histoire ». fut une autre raison pour lui de réfléchir sur l'histoire. » Il dit : « Car. Et il dit en rapport à l'interrogation centrale de l'essai : « L'étude des Grecs et des Romains est d'une valeur absolue . On peut voir indubitablement dans ce questionnement la perpétuation de la querelle des anciens et des modernes. 640). sans froisser les droits de l'entendement ni faire violence aux faits » (KFSA 1. Car l'homme n'est pas un « être pur » et ne peut atteindre à la conscience que : « incité par une autre force. ou. à cause d'un certain mépris. perdre ses droits inaliénables sur l'isonomie » (KFSA 1. 639). âge d'or) ou dans le futur (dernier objectif.). ainsi que chaque homme. non pas seulement pour celui-ci ou celui-là. du bon et du beau. qui devra contenter la raison théorique non moins que la raison pratique. nulle époque ne pourra pas. tels des mendiants. montre également à quel point la compréhension de l'histoire du Schlegel de cette époque est conçue dans le style de l'Aufklärung. Le constat selon lequel il resterait une « faille » dans la connaissance de l'homme aussi longtemps que la recherche ne se serait pas penchée sur ses formes d'existence historiques. Cette e e . et qu'elle ne soit jamais subordonnée à « un grand modèle du passé » ni à un « grand but à venir ». » En même temps. 626-627). de Shakespeare (KFSA 1. Il dit : « L'étude des Grecs et des Romains est une école du grand.

O r . H e r d e r soutient ce système : « qui [s'appuie] sur la tradition et l'éducation c o m m e étant le lien et l'unité de l'histoire » (KFSA 1. mais il froissait la raison théorique par le : « monstre d'une perfection dans le temps. . tels H o m è r e . p o u r Schlegel il s'agissait d'élaborer une c o n c e p t i o n de l'histoire qui permît d ' h o n o r e r : « C h a q u e action de la liberté. Bref. A propos de la notion de « chaîne » dans le débat qui oppose Schlegel et Herder sur la philosophie de l'histoire. 639). Il y pose le « j u g e m e n t téléologique c o m m e le seul fil conducteur de l'unité a priori p o u r l'histoire universelle » et y rattache « l'espoir d'un perfectionnement infini de l'espèce » (KFSA 1. Dans sa République. Il dit de celui-ci : « O n trouve des pensées excellentes làdessus en différents endroits de l'œuvre de Herder. 2 0 ) . in Etudes germaniques. parfaite et arrêtée dans le temps » (KFSA 1. et avaient tout déduit d'un m o u v e m e n t circulaire de la nécessité. 7 ) .. 1968. une liaison entre les faits plutôt accidentelle.Textausgabe.. D e cette c o n c e p t i o n téléologique naît un p r o b l è m e que K a n t avait bien r e c o n n u et qui consiste dans le fait que les générations antérieures ne « consacrent toute leur peine que p o u r les générations à venir et que seules les dernières générations auront le b o n h e u r d'habiter l'édifice auquel a travaillé. ne recherchant certes qu'une unité très distendue. ils frustraient la raison pratique dans son exigence de liberté (KFSA 1. 2. qui. H é r o d o t e . une longue lignée de devanciers » (KA 8. A l ' é p o q u e de son essai De la valeur de l'étude des Grecs et des Romains (1795). la plus modeste fût-elle » c o m m e un : « infinitum moral p o s i t i f » (ibid. Kant. de façon générale. ce grand exercice n'avait pas été résolu jusqu'à présent.). la réflexion sur l'histoire se déplacerait d o n c sur la question de savoir « s'il n'existerait pas dans l'histoire des h o m m e s un ordre humain » (ibid. Akademie. 640). Kant. 1994. ils contentaient certes le besoin de la raison théorique vis-à-vis de la nécessité . Berlin. mais en m ê m e temps. 267-284. 629).figure serait un philosophe de l'histoire : « Aussi apte à déceler le génie caché du particulier q u ' à s'orienter dans le tout confus » (KFSA 7 . Dans cette revendication d'égalité o u de traitement égal au sein de l'histoire p o u r les différentes époques. 2 1. sait de la plus belle manière prendre en défense une expérience bien réfléchie contre une raison partiale » (KFSA 1. il tentait de résoudre c e p r o b l è m e en ayant recours au Fondement de la théorie de la science de Fichte et à la relation entre la liberté et la nature qui y était d é v e l o p p é e (ibid. Pour Schlegel. avaient considéré la seule nature et n o n pas la liberté de l ' h o m m e . 629). Les anciens penseurs de l'histoire. c o m m e dans une « chaîne » ' . En agissant ainsi.). Platon avait « très bien senti » le besoin de liberté de la raison pratique. dans son œuvre Idée pour une histoire universelle dans une perspective cosmopolitique aboutit à une définition de l'unité de l'histoire plus sévère. T h u c y d i d e ou X é n o p h o n . voir mon essai Herders Historismus und die Modernitât. Dans les T e m p s modernes. 628). H e r d e r et K a n t sont les représentants les plus importants de cette forme de pensée.). Herder devient plus i m p o r tant p o u r Schlegel.

Perfektibilitàt. S c h l e g e l . c'est-à-dire c o m m e destruction p h y s i q u e d u g l o b e s u r l e q u e l elle a l i e u (CO. 8 1 ) . Paderborn. à l a q u e l l e n u l l e f r o n t i è r e p e u t ê t r e i m p o s é e . 2 3 5 ) . 3 0 0 ) . F u l d a s u r l ' h i s t o i r e a l l e m a n d e q u i n e n o u s i n t é r e s s e p o i n t ici. 2 9 3 294). Il r e ç u t e n effet a l o r s u n e l e t t r e d e sa b e l l e . T h è m e d é v e l o p p é d a n s m o n livre Unendliche Zô'sischen Révolution. s u r t o u t d a n s ses Lettres pour l'avancement de l'humanité. L ' i d é e p r i n c i p a l e q u ' i l t i r a d e c e t é c r i t fut c e l l e d e l a p e r f e c t i b i l i t é infinie d e l ' e s p è c e h u m a i n e . e t s o n a t t e n t i o n fut p a r t i c u l i è r e m e n t a t t i r é e p a r l ' i d é e d e C o n d o r c e t d ' u n e p e r fectibilité infinie. L e s s i n g l ' i l l u s t r a i t d a n s s o n o u v r a g e L'éducation du genre humain p a r l ' i m a g e d ' u n e h u m a n i t é q u i s ' a p p r o c h e r a i t d e sa p e r f e c t i o n m o r a l e .S c h l e g e l e n é t a i t a r r i v é l à d a n s s a r é f l e x i o n s u r l ' h i s t o i r e q u a n d il d é c o u v r i t e n j u i n 1 7 9 5 VEsquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain ( 1 7 9 4 ) d e C o n d o r c e t c o m m e n o u v e l l e s o u r c e p o u r s a t e n t a t i v e d e « t r o u v e r u n fil c o n d u c t e u r a priori p o u r l ' h i s t o i r e u n i v e r s e l l e » (KFSA 1. Esquisse Pons. L'unité de l'histoire était principal e m e n t i l l u s t r é e ici p a r l ' i m a g e d ' u n e « i n s t r u c t i o n d e l ' h o m m e » o u d ' « é d u c a t i o n d e l ' h u m a n i t é ». C ' e s t v o t r e d o m a i n e » (KFSA 2 3 . 8 1 ) . C e p e n d a n t . D ' a p r è s C o n d o r c e t . C o n d o r c e t . q u i s e m b l e n t c o r r e s p o n d r e à l a c o n c e p t i o n d e l a 1. d o n t l ' u n a t r a i t à l a m a t i è r e d u s a v o i r : C ' e s t Condorcet. 629) '. q u i p r o v i e n d r a i t d e s f a c u l t é s c o m m u n i c a t i v e s e t d u t a l e n t p o u r les s i g n e s d e l ' h o m m e (CO. H e r d e r . L ' a u t r e l i v r e a u q u e l C a r o l i n e S c h l e g e l fait a l l u s i o n est u n é c r i t d e S. il y a d e u x l i v r e s q u e v o u s d e v e z l i r e . Il n e p e u t s ' a g i r ici d ' é t a b l i r si S c h l e g e l a t o u j o u r s b i e n c o m p r i s l ' œ u v r e d e C o n d o r c e t . K a n t l ' a f f i r m a i t d a n s les d e r n i è r e s p h r a s e s d e s o n essai Idée pour une histoire universelle dans une perspective cosmopolitique. p a r sa l e c t u r e d e c e t é c r i t d e s L u m i è r e s t a r d i v e s f r a n ç a i s e s . 1988. . F . C . Europàische Paris. e n p r é s u p p o s a n t l ' é p a n o u i s s e m e n t c r o i s s a n t d e t o u t e s les f a c u l t é s h u m a i n e s . E d i t i o n Alain Romantik und Fran- 2 . q u i d o n n a i t u n e perspective sur u n e p h a s e lointaine de l'histoire.s œ u r C a r o l i n e o ù il é t a i t é c r i t : « F r i z . l a fin d e l a p e r f e c t i b i l i t é n ' e s t c o n c e v a b l e que c o m m e u n e catastrophe totale. P e u t . M a i s S c h l e g e l a fait a u s s i t ô t l a c r i t i q u e d e l ' o u v r a g e d e C o n d o r c e t d a n s le Journal philosophique d e N i e t h a m m e r e t F i c h t e . p r o b l é m a t i s a e t m e n a à sa c r i s e l ' i d é e d e l ' u n i t é d e l ' h i s t o i r e q u i p r é d o m i n a i t d a n s YAujklàrung a l l e m a n d e . revêtaient-elles u n e i m p o r t a n c e plus g r a n d e p o u r ce d e r n i e r q u e la vaste c o n c e p t i o n m é t a p h y s i q u e d e la perfectibilité q u i intéressait Schlegel. 2 K a n t p r é s e n t e ce m o u v e m e n t c o m m e u n p r o c e s s u s l e n t e t l a b o r i e u x e t le d é c r i t p a r les t e r m e s d e « p r o c e s s u s infini » o u d e « r a p p r o c h e m e n t p a r u n e p r o g r e s s i o n infinie ». où l ' h u m a n i t é a u r a p a r f a i t e m e n t d é v e l o p p é t o u t e s ses f a c u l t é s e t a u r a a i n s i « a c c o m p l i sa v o c a t i o n ici. s u r l a t e r r e » (KA 8.ê t r e d e s q u e s t i o n s p r a t i q u e s c o m m e le p r o l o n g e m e n t d e l a d u r é e d e l a v i e d e l ' h o m m e p a r u n e « m é d e c i n e p r é v e n t i v e » ( CO. d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. d é v e l o p p a i t c e t t e v u e d e l ' h i s t o i r e p a r le m o t i f d ' u n e « é l é v a t i o n d e l ' h u m a n i t é ». 1989.

mais bien un maximum relatif conditionnel. le plein accomplissement de la nature humaine ne s'effectuera jamais complètement. même si. 506. chaque concept. Or ce présupposé de la pensée historique est soumis par Schlegel à une réflexion critique. Cette fin était donnée par la nature de l'homme et elle constituait pour lui le télos de l'histoire. chaque démonstration. un proximumfixeinsurpassable » (KFSA 1. La perfectibilité des mathématiques est particulièrement importante pour la philosophie. Dans le domaine de l'histoire littéraire et de la Querelle des Anciens et des Modernes. Cependant. elles ne peuvent pas l'être. dans la conception de l'histoire de l'Aufklärung allemande. C'est en ceci que semble avoir résidé pour Schlegel l'avantage de la théorie de la perfectibilité infinie sur la philosophie de l'histoire de l'Aufklärung allemande. qui est rendue ici entièrement visible » ( KFSA 1. science qu'on tient généralement pour non perfectible. la théorie de la science et la logique » (KFSA 18. la forme. 518). Kant ne conçut jamais ce processus à l'aide de concepts véritablement infinis. par contre. 287). certes. au-dessus duquel un plus beau puisse être pensé . un modèle de pensée qui met en question cette sorte de totalité par l'inconcevabilité de l'infini. Dans un fragment de 1796. La totalité et l'unité restent ainsi conservées. mais l'exemple total de l'idée inaccessible. Même les mathématiques ne sont pas exclues de ceci. structurel et métaphysique. même si leur réalisation n'aboutit pas complètement. pour le dire en un mot. il qualifiait l'âge d'or de l'art grec d'époque où le « beau suprême » fut atteint (KFSA 1.perfectibilité infinie. Pour Schlegel. chaque phrase est infiniment perfectible. le principe de la perfectibilité infinie pouvait être également retenu à présent pour le jugement de la poésie moderne. Le mouvement historique était ici libéré et indépendant de toute prédétermination. et il persista dans l'idée d'une fin de ce mouvement. Il nous semble utile d'ajouter ici que. et insiste particulièrement sur la perfectibilité infinie des mathématiques. Ainsi dans ce texte : « Analyse de l'infinitude absolue. Dans son essai Sur l'étude de la poésie grecque qu'il rédigea après l'essai De la valeur de l'étude des Grecs et des Romains. Il n'y a pas que la matière qui soit inépuisable. A l'op- . quand il pose comme alternative l'idée de la perfectibilité infinie. la structure du sujet humain prédétermine métaphysiquement le cours de l'histoire. Cette vue est clairement motivée par le principe de perfectibilité. l'idée de la perfectibilité infinie servit à Schlegel surtout pour rejeter l'absolu du classicisme. 288). Avec la perfectibilité infinie s'offre. des progrès qui nous restent à faire. celui-ci n'en détermine pas moins l'unité de l'histoire d'un point de vue systématique. Et de corriger aussitôt ce constat : « Non pas un beau. « L'art est infiniment perfectible et un maximum absolu est impossible dans son développement perpétuel . 288). La différence entre la perfectibilité infinie et la conception du perfectionnement de l'Aufklärung allemande consiste en ceci qu'ici. Schlegel souligne « l'infinitude absolue » dans les échelons de progrès restants.

à cette théorie. 79-80). 214). Or. l'inaccessibilité de la fin dernière était indissociablement liée à la dissolution d'un classicisme absolu. le concept d'une littérature moderne ou intéressante aboutit d'emblée à une perfectibilité infinie (KFSA 1. Schlegel écrivait : « D'autres formes de poésie sont achevées et peuvent être complètement analysées à présent. Combien plus impossible encore est-il de fixer une telle limite pour la poésie. pour lui. passivement et par nature ». le langage des signes arbitraire est une création de l'homme et donc infiniment perfectible et corruptible ? » (KFSA 1. Les spéculations de Schlegel sur le « laid suprême » se rapportent indéniablement. Parlant en termes d'époques. elles aussi. En tout cas. était restée la même. Elle ne saurait être épuisée par aucune critique. 294). 263). cette théorie a — comme nulle autre — rendu impossible pour Schlegel la tentative de construction d'un classicisme absolu et d'une fin absolue de l'histoire.posé de la poésie classique qu'il avait placée sous le signe de 1' « objectif ». il ne restait plus aucune trace de la terminologie de Condorcet. il résumait le caractère fondamental de la poésie moderne par la notion de 1' « intéressant ». qui serait exactement défini quant à son « étendue en lieues. Dans son essai Georg Forster il avait dit un an auparavant de l'idéal d'un classicisme et des auteurs classiques. Mais la pensée d'un mouvement décentré qui ne peut être réduit à aucun modèle préconçu ou connu d'avance. du langage des signes artistiques : « Il serait très osé de vouloir fixer pour celles-ci (la peinture et la musique) les bornes de la perfectibilité maximale. Un autre passage applique la perfectibilité infinie à la poésie en général et est déduit du médium de la poésie. On pourrait dire à cet égard : le ciel nous garde d'œuvres éternelles » (KFSA 2. c'est là son essence intime. mais il pouvait à présent : « se mettre libre- . par aucune matière ? et dont l'instrument. il se trouvait maintenant dans « une relation libérale avec les Anciens ». le « laid suprême » était aussi peu possible « au sens le plus strict du mot » qu'un « beau suprême ». l'argumentation à l'égard de ces deux phénomènes étant la même (KFSA 1. Sur ce caractère toujours perfectible de la modernité. c'est-à-dire qu'il n'était « plus [classique]. formulait dans l'Athaeneum son fil conducteur de la philosophie de l'histoire dans le médium de la poésie universelle romantique. Pour Schlegel. deux ans plus tard. on lit : « Rien n'est aussi évident que la théorie de la perfectibilité » (KFSA 1. qu'elle ne puisse toujours que devenir et qu'elle ne puisse être achevée. La forme de poésie romantique est encore en devenir . 313). 183). puisqu'on ne peut penser quelque chose de suprêmement intéressant ou suprêmement moderne. Quand Schlegel. et seule une critique divinatoire saurait oser définir son idéal » (KFSA 2. « Des archétypes purement et simplement insurpassables prouvent l'existence de limites de la perfectibilité insurpassables. qui n'est aucunement restreinte ni dans son ampleur ni dans sa force. Dans le fragment 116 de l'Athaeneum. oui. En effet. quant à son poids en demi-quintaux et quant à sa durée en aïonon ».

Cicéron. il prônait l'écriture par fragments. 154). 184. Il s'agit là d'un point de perfection suprême. De façon semblable. Ailleurs Schlegel qualifie l'ironie de changement perpétuel. où l'on donnait à comprendre le contraire de ce que l'on disait. sont conscientes de leur inachèvement et le nomment. XC). il dit à l'égard de la façon de penser systématique. comme l'on accorde un instrument » (KFSA 2. Comme on le voit ici. On retrouve dans cette conscience de l'ironie une problématisation supplémentaire des valeurs et des objectifs de l'Aufklärung. 172. ce qui montre sa conscience de crise à l'égard de l'Aufklärung. et non pas l'être. 1 1. ou alors il exigeait de l'ironie.151. la création et la critique de celle-ci. Par rapport à la réalité historique Schlegel se voyait dans un état qu'il décrivait par des tournures comme « pas encore » ou « aussi longtemps que ». Il va donc être forcé de choisir de combiner les deux » (KFSA 2. le philosophe et le système. de maîtrise classique suprême — mais d'une maîtrise et d'une perfection qui. on cesse de le devenir » (KFSA 2. l'avait définie comme : alias dicendis ac significantis dissimulatio . qui apercevait l'essence de l'ironie dans la feinte rhétorique.III. critiques. Elle désignait une forme précise de parler ou d'écrire. qui serait surmontée par le système parfait. Schlegel ne rejette donc pas l'unité de l'histoire. De oratoreI. mais néanmoins au-dessus de soi » (KFSA 2.ment au diapason classique » (KFSA 1. Mais il soumet ces concepts à une réflexion radicale. quand elle est parfaitement fidèle à elle-même. 215). l'acception du sens qui nous est adéquate. d'alternance constante entre : « création et destruction de soi » ( KFSA 2. du système de la raison : « Il est aussi mortel pour l'esprit d'avoir un système que de n'en pas avoir. aussi longtemps « qu'on ne philosophe pas encore de façon tout à fait systématique » (KFSA 2. l'enthousiasme et le scepticisme. Dès qu'on croit l'être. 3. Il décrit dans ces termes le même phénomène dans le fragment 297 de l'Athenaeum : « Une œuvre est développée quand elle est strictement délimitée dans toutes les directions. les tournures « aussi longtemps que » ou « pas encore » ne désignent pas une période de transition.172. 152). 173). 217). 217) est une autre façon de dire la même chose. . 1739). la forme d'existence humaine. ou encore par la compréhension parfaite : elles désignent le vrai état des choses pour nous. 203. pareille partout. ou par des œuvres d'art parfaites. Dans cet état d'esprit. Et dans ce même sens Schlegel dit du philosophe : « On ne peut que devenir philosophe. « délibérément. d'oscillation entre l'affirmation et la négation. La notion d'ironie avait eu jusque-là une signification stricte et consistante pour la littérature européenne. ce qui correspondrait à un simple rejet de l'Aufklärung. aussi longtemps que nous n'aurons pas érigé le système de connaissance parfait. 2 / La tournure « jusqu'à l'ironie » ou « développé jusqu'à l'ironie » (KFSA 2. mais elle est illimitée et inépuisable à l'intérieur de ces limites.

Dans la grande Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Des auteurs comme Diderot. Cf. mais son terme technique est celui de dialectique socratique et platonicienne. 905 sq. apercevait également la caractéristique principale de cette forme d'expression en ceci qu'elle fait entendre le contraire de ce qui est dit : in utroque enim contrarium ei quod dicitur intelligendum est . ce qui donnait au concept de littérature une toute autre définition que celle de l'Aufklärung ou du classicisme. 1972. 3. . Darmstadt. On peut rapporter ce changement de signification au fragment 42 des Fragments critiques dont est tirée la citation. 2. Le critère par lequel Schlegel démarquait cette ironie littéraire ou poétique de l'ironie issue de la tradition rhétorique est celui-ci : alors que l'on trouve l'ironie rhétorique à des endroits isolés et qu'elle se prête particulièrement à la polémique indirecte. Schlegel appelle cette forme d'argumentation philosophique « beauté logique ». ou plus exactement : la rupture constante et la transcendance de l'œuvre poétique . Cette définition de l'ironie n'avait presque pas changé aux cours des siècles. Klassische Ironie. 44. pensée et contre-pensée dans un mouvement progressif. Schlegel. par un retournement intéressant. Voltaire ou Sterne auraient sans doute été très surpris d'apprendre que leurs œuvres étaient à présent interprétées comme des expressions de l'ironie ! — a fortiori Shakespeare. de l'accentuation et des gestes devait faire transparaître la véritable opinion. qu'on est tenté de définir comme beauté logique » (KFSA 2. Il commence par l'affirmation massive : « La philosophie est la véritable patrie de l'ironie. l'ironie est encore définie ainsi : « Une figure par laquelle on veut faire entendre le contraire de ce qu'on dit. Cervantes ou des auteurs plus anciens encore. on ajoutait que la teneur de la parole. 152). plus particulièrement le genre spécifique d'argumentation philosophique pratiqué par Socrate et que Platon élèvera au rang d'art dans ses dialogues. Intitutio oratorio. qui situait l'ironie parmi les tropes et les figures. il dit qu'à l'encontre de la tradition rhétorique. p . Dans ses fragments de 1797 et 1798. Ernst Behler. V I I I . 2. où l'ironie est comprise comme une figure. Par cette phrase. Et en effet le fragment continue par l'invite à exercer et à exiger de l'ironie « partout ou l'on philosophe par des dialogues oraux ou écrits et pas trop systématiquement ». L'ironie était à présent considérée comme un phénomène constitutif de la littérature. l'ironie poétique est à l'œuvre « continûment. Romantische Ironie. la véritable origine de celle-ci est la philosophie. Fielding. T . » L'ironie était ainsi assignée au domaine de la rhétorique.Quintilien. donna une toute nouvelle définition de l'ironie lorsqu'il l'attribua à certaines formes de l'expression littéraire européenne et lorsqu'il définit comme essence de l'ironie le rapport de l'auteur à son œuvre. en tout et partout ». Tragische Ironie. I X . Afin de définir le caractère spécifiquement ironique de cette forme d'expression. le problème de la communication par la littérature. Ceci correspond parfaite1 2 3 1.

par exemple. lui paraissait inférieure et moins importante que l'ironie issue de sa « patrie » philosophique et qui se manifeste « continûment ». Le fragment 108 des Fragments critiques traite directement de l'ironie . 152). est plus une recherche de science qu'une science même. c'est l'histoire. Il n'a jamais eu terminé de penser. mais elle est à la noble urbanité de la muse socratique ce qu'est la somptuosité du plus brillant des discours à une tragédie ancienne de style élevé » (KFSA 2. sur ce point également. Le fragment se termine alors par une pensée complexe qui s'exprime dans les mots « bouffonnerie transcendantale ». Shakespeare et Goethe. Schlegel entend par le « souffle divin de l'ironie ». il semble nécessaire à Schlegel de rappeler au lecteur le caractère foncièrement humain de la médiocrité.ment à l'image générale que Schlegel se faisait de Platon. La remarque la plus importante se trouve vers le milieu du fragment. Après avoir introduit l'ironie dans les formes élevées de la philosophie platonicienne. mais une philosophie . comme la rhétorique. le souffle divin de l'ironie » (ibid. la formation et le développement progressifs de ses pensées » (KFSA 11. où Schlegel dit que ce n'est pas la rhétorique mais la poésie qui peut égaler la philosophie dans l'emploi « continuel » de l'ironie sans se limiter à des passages isolés : « Seule la poésie peut se hisser. qui embrasse tout du regard. Il dit : « Il y a bien aussi une ironie rhétorique qui fait parfaitement son effet quand on s'en sert avec discernement. le fragment conclut avec l'affirmation qui constitue le tournant dans l'histoire de l'ironie : « Il y a des poèmes anciens et modernes qui respirent continûment. à ce devenir perpétuel. » Après cette mise à parité de l'ironie socratique avec l'ironie dans les œuvres d'auteurs comme Boccace. et s'élève infiniment au-dessus de toute relativité. Cervantes. la philosophie. il dit du philosophe : « Platon n'avait pas de système. de la vertu et du génie propres ». Mais cette ironie rhétorique. Un peu plus tard. le devenir.). qui était assignée à certains passages et qui était réduite à des figures définies par des règles. à la formation et le développement constants de ses idées »( KFSA 11. 120). et dans ses dialogues. 118). Dans ses cours parisiens. il a essayé de donner une forme artificielle à cette marche ininterrompue de son esprit à la recherche du savoir parfait et de la connaissance du plus haut. mais pas de système. Ces mots décrivent l'attitude du clown. Schlegel dit dans ces cours : « Il a déjà été dit que Platon n'avait qu'une philosophie. de façon générale. surtout en polémique. il en va ainsi particulièrement pour celle de Platon. C'est ainsi que les derniers mots du fragment traitent de l'apparence extérieure ou de « l'exécution » de l'ironie : « La manière mimique d'un bon bouffon italien ordinaire » (ibid. Schlegel était certes conscient que l'ironie avait trouvé sa place bien définie au sein de la tradition rhétorique en Europe. en tout et partout. à la hauteur de la philosophie.). au-dessus même de l'art. le progrès de son esprit. l'atmosphère intime qui règne dans ces œuvres : une « atmosphère. et elle ne s'appuie pas sur des passages ironiques. la philosophie d'un homme.

on se rapproche de l'ironie dolente ou mélancolique qui devint l'un des thèmes prédominants du XIX siècle. dans le Discours sur la mythologie de Schlegel. c'est surtout le thème de la « communication de soi ». Le fragment 37 des Fragments critiques introduit un aspect de l'ironie qui est développé plus profondément dans les fragments de l'Athaeneum. ce merveilleux changement perpétuel entre enthousiasme et ironie. ne contiennent que peu de passages qui traitent de l'ironie. Le fragment 69. qui leur est si nécessaire » (KFSA 13. Les fragments rassemblés sous le titre d'Idées. la quantité et la diversité inépuisables des plus sublimes objets de la connaissance » et qu'elle inculque : « A tous les chercheurs de vérité le principe de modestie. Et il dit plus précisément de cette forme de communication de soi ironique : « Dans celle-ci. Elle naît de l'union de l'art de vivre et de l'esprit scientifique. dans ses formes littéraires et modernes. du chaos complet infini » (KFSA 2. L'orateur. entre autres. Elle contient et suscite le sentiment de l'antagonisme irrésoluble de l'absolu et du relatif. de la communication qui l'intéresse. car elle est absolument nécessaire » (KFSA 2. 357). il dit : « La véritable ironie. auquel on a déjà fait allusion. la composante moderne du concept d'ironie de Schlegel n'apparaît pas pleinee . 169). Si l'on souligne le sentiment de l'insuffisance.socratique comme prototype de l'ironie. il dit de l'ironie dans un contexte philosophique. et qu'il introduit par le mot « impossibilité et nécessité d'une communication de soi complète ». exprime un aspect presque cosmique de l'ironie : « L'ironie est la conscience claire de l'agilité éternelle. Il s'agit du rythme de « la création et la destruction de soi ». de la temporalité et de l'état fragmentaire propres. Ici. toute confidence en toute bonne foi et tout mascarade la plus profonde. traite de la « construction de la totalité » dans les œuvres de Cervantes et de Shakespeare et la décrit comme : « ce désordre artificiellement ordonné. et qui décrit le mouvement dialectique entre la création et l'autocritique qui est essentiel pour l'ironie. 207). long tout juste d'une ligne et demie. Cependant. qui s'expriment dans ce fragment. Dans ses conférences sur la Philosophie du langage et de la parole tenues à Dresde peu avant sa mort. Elle est la plus libérée des licences. aussi longtemps que la réflexion et l'autoréflexion ne développent totalement leur activité et deviennent force motrice. Elle naît de la sensation de finitude et de la limitation propre et de la contradiction apparente de cette sensation avec l'idée d'infini nécessairement impliquée dans tout amour vrai » (KFSA 10. or elle est en même temps la plus sévère. tout doit être badinage et tout doit être sérieux. car à travers elle on s'outrepasse soi-même . est l'ironie de l'amour. de la rencontre d'une philosophie de la nature et d'une philosophie de l'art parfaites. qui vit même dans les plus petites parties du t o u t » (KFSA 2. qu'elle exprime : « La grandeur et noblesse infinies... 263). Dans les cours tenus à Cologne par Schlegel (1804-1806). de l'impossibilité et de la nécessité d'une communication de soi complète. 318-319).

Il est évident que pour Schlegel. Un jugement semblable est souvent proféré au sujet du développement de la poésie à l'époque de Goethe et du romantisme. 182). à laquelle il attribuait ainsi un champ d'une étendue très importante dans la communication pour la poésie et la philosophie. Schlegel fait l'éloge de la pensée artistement réflexive.). The Rhetoric of Temporality in Blindness and Insight. Schlegel décrit la « réflexion poétique » à l'aide de la métaphore de l'autoréflexion et dit que cette poésie peut : « Voler sur les ailes de la réflexion poétique. par analogie avec le langage technique de la philosophie. 1983. Ici. 204). La seule chose qui changea pour la poésie et la théorie des premiers romantiques fut la validité du système e 1 1. le caractère obligatoire de la rhétorique traditionnelle aurait été mis en question et le symbole aurait pris la place de l'allégorie. ainsi que chez Goethe pour les modernes. Cette poésie est censée : « se représenter aussi elle-même dans toutes ses représentations. libérée de tout intérêt réel ou idéal et élever à chaque fois cette réflexion à une puissance supérieure » et « La démultiplier. montre cependant que ces jugements ne sont en fait que des préjugés et que la rhétorique n'avait aucunement perdu sa validité pour la théorie poétique du premier romantisme . devrait s'appeler poésie transcendantale » (KFSA 2. il a souvent été dit que les formes traditionnelles de la rhétorique ont perdu leur validité et que l'autorité de la rhétorique. Avec le développement d'un nouveau style de poésie suggestif. Dans le fragment 116 de l'Athaeneum sur la poésie romantique comme « poésie universelle progressive ».ment. et dans l'élégie antique. Univ. Voir Paul de Man. qui commence par ces mots : « Il y a une poésie qui est uniquement et totalement rapport entre l'idéal et le réel et qui. 128-228. Le fait que Schlegel se soit si profondément préoccupé de l'ironie et de l'importance de celle-ci pour la poésie. Une véritable poésie aurait porté ombrage à une « poésie seulement rhétorique » de l'art classique. la réflexion poétique était synonyme de l'ironie. Le concept de réflexion de Schlegel est décrit dans le fragment de l'Athaeneum 238. Cette redéfinition de l'ironie par Schlegel fait apparaître une problématisation de certaines des conditions fondamentales de l'Aufklärung. les fragments lyriques des Grecs. telle une suite infinie de miroirs » (KFSA 2. a commencé à se dissoudre avec la venue d'une attitude d'esprit délibérément subjective et subjectiviste dans le premier romantisme. of Minessota Press. Essays in the Rhetoric of Contemporary Criticisms. Au sein de l'histoire littéraire. Il voyait l'essence d'une telle poésie dans ce qu'elle montrait « l'agent producteur avec le produit » (le poète avec le poème) et qu'elle créait en même temps une « réflexion artistique et une belle réflexion de soi » dont on trouve les meilleurs exemples dans Pindare. p. tel qu'on le rencontre dans le lyrisme vécu du jeune Goethe et plus tard également dans la poésie de Brentano et d'Eichendorff. . installée jusque tard dans le XVIII siècle. et être en même temps poésie et poésie de la poésie » (ibid.

Elles font. celles de la Renais sance (disciplina orbicularis quam Encyclopaedia Graeci vocant). 3 / Les expressions « encyclopédie ». « encyclopédique » et « encyclopédistique » sont récurrentes dans le discours du premier romantisme. Encore une fois. la disposition systématique de cette œuvre passe souvent inaperçue. A cause de la présentation mécanique des connaissances suivant l'alphabet. de toute évidence. effectuée d'après Bacon. de Francis Bacon (De dignitate scientiarum. l'encyclopédie. que publièrent Diderot et d'Alembert entre 1751 et 1772 en 35 splendides in folio. qui unit cohésion et ensemble avec une connaissance des détails la plus ramifiée. que ce soient celles de l'antiquité (enkyklios paideia. doctrinale. sans pour autant rejeter l'idée de connexion et de totalité. et ils sont appliqués de façon hypertrophique à la poésie ou à la littérature en général. il s'agit seulement de refuser son pouvoir absolu. c'est sans aucun doute la fameuse Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné. référence à une forme d'ensemble et de totalité qui n'est pas caractérisée par une structure systématique et par les implications métaphysiques d'une telle unité. qui indique la généalogie et la filiation de toutes nos connaissances. La théorie de l'ironie de Schlegel en est le meilleur exemple. mais qui présente une certaine connexion entre toutes les disciplines du savoir humain et toutes les différentes formes d'expérience humaine. on aperçoit ici le rapport spirituel étroit du premier romantisme à l'Aufklärung. ainsi que dans l'essai d'introduction de d'Alembert. Elle consiste cependant dans l' « enchaînement des connaissances » par des renvois dans les articles à la classification des facultés de l'esprit humain. encyclios disciplina). Speculum historiale. Or on aperçoit dans cet éclatement du cadre traditionnel de la rhétorique et dans l'extraction isolée et agrandissante de certaines figures et de certains tropes. semble être la dénomination peut-être la plus adéquate pour le projet du premier romantisme . les figures et tropes fondamentaux de la rhétorique gardant leur validité. Toutes les tentatives encyclopédiques préalables. naturale. celles du Moyen Age (Vincent de Beauvais. et morale. au sens de la somme de la totalité du savoir et de l'expérience humains. mémoire. Car la réalisation la plus complète d'une encyclopédie de cette époque. Avec cette attitude ambivalente qui consiste à rejeter les conditions métaphysico-ontologiques d'une systématisation absolue. ou celles des Temps modernes. imagination et raison. 1623). une conscience de crise par rapport à l'Aufklärung. des figures et des tropes sont extraits isolément de l'ensemble et du cadre déterminés de la rhétorique. des sciences. e . 1260).rhétorique dans son ensemble. Ainsi. ou de Leibniz (Characteristica universalis). des arts et des métiers. ainsi que celles du XVIII siècle (Chambers) sont largement surpassées par cette œuvre. et en effet on la retrouve à presque tous les croisements de la théorie du premier romantisme. Mais il ne s'agit pas là de rejeter la rhétorique dans sa signification pour la poésie .

Des hommes de tradition et d'orientation des plus diverses s'unirent afin de créer des « œuvres communes » (KFSA 2. Bonn. entièrement dominé par 1' « empirisme » et l'oppose à Bacon. 1988. C'est sans doute la conception sensualiste et empirique de l'esprit humain dans cette œuvre qui était inacceptable à leurs yeux. Zur Geschichte eines philosophischen uni wissenschaftlichen Begriffs. à Berlin. Paderborn. in Studien zur Romantik und idealistischen Philosophie. Fritz Schalk. La conviction d'une interpénétration et d'un enchaînement mutuels entre tous les arts et toutes les sciences en fait partie ainsi que le pathos tourné vers l'avenir des encyclopédistes combiné avec l'idée de la perfectibilité infinie . Pour Kant. 3). mais de la philosophie transcendantale. afin que nos connaissances ne forment pas un agrégat. avait donné des cours sur l'encyclopédie des études classiques à Halle . Une autre incitation pour la conception encyclopédique des premiers romantiques leur vint de la philologie classique. Ce faisant. D . Quand il dit dans la Critique de la faculté de jugement que chaque science doit « avoir sa place précise dans l'encyclopédie de toutes les sciences ». en particulier de Kant. Friedrich August Wolf. il oubliait néanmoins que l'Encyclopédie française était construite sur le « Système des connaissances humaines » de Bacon. p . Leipzig. mais c'est surtout l'idée d'une union non institutionnalisée des « gens de lettres » que l'on retrouve dans la pensée des premiers romantiques sous le nom de symphilosophie. Dans ses Cours sur les Encyclopédies de 1803. Encyklopädie. Die Wirkung der Diderotschen Enzyklopädie in Deutschland. August Wilhelm Schlegel qualifie l'Encyclopédie française de simple « agrégat » de matériaux. depuis 1785. Friedrich Schlegel connaissait la conception encyclopédique de Wolf. 236-263. Gürtler. comme le prouvent ses cahiers de notes (KFSA 16. 333 1. Vorlesungen über die Altertumswissenschaft. 1977. 185). Friedrich Schlegels Enzyklopädie der literarischen Wissenschaften im Unterschied zu Hegels Enzyklopädie der philosophischen Wissenschaften. Munich. . 1 2 Et en effet l'impulsion à une pensée encyclopédique en Allemagne ne vint pas de France. p. vol. mais un système ». in Studien zur Französischen Aufklärung. Premières leçons : Vorlesungen über die Enzyklopädie der Altertumswissenschaft. Ernst Behler. p a r J . 1832-1835. Wolf. Cependant les premiers romantiques eux-mêmes n'ont jamais vu de relation entre leur projet et le plus important des projets encyclopédiques de leur temps . 1964.On constate d'abord un grand nombre de qualités communes qui créent un lien entre l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert et le projet des premiers romantiques . éd. Voir Ulrich Dierse. Il voulait en outre « connaître les objets de notre expérience dans leur totalité. il vise cependant une encyclopédie qui se limiterait aux sciences et non pas une encyclopédie universelle comprenant les arts. 139-147. la fonction d'une encyclopédie était de « déterminer le lieu auquel se trouve chaque science dans l'horizon de la totalité du savoir » (KA 16. 2. en particulier de Friedrich August Wolf. 3. 189). qui aurait entrepris une tentative encyclopédique très louable (AWS.

Edition Glockner. la philologie. VI. contiendrait la totalité du cosmos des connaissances humaines. Celui qui favorisait le plus un type littéraire d'éducation. que l'on n'a pas effectuée jusqu'à présent. qui est façonnée jusque dans les détails. l'astronomie. qu'un agrégat de connaissances. » Les autres. mais entre toutes. de la finance. Aucune des disciplines des sciences. Parmi ces disciplines il en est évidemment une qui affirme contenir en elle les principes de toutes les autres sciences et qui se comprend comme l'encyclopédie par excellence : c'est la philosophie. Wolf soulignait l'aspect humaniste de l'encyclopédie en faisant ressortir l'importance de l'étude de l'Antiquité classique pour la formation de l'esprit humain. la musique. 27. 242-478) et qui est nommée directement « Matériaux pour l'encyclopédistique ». Le concept universel d'encyclopédie fut ainsi curieusement réduit par l'idée d'une exhaustivité dans les différentes disciplines scientifiques. 1938. L'idée d'une encyclopédie de Hegel se référait à l'éducation générale. des analogies qui existent entre les différentes sciences. n'est étrangère aux autres (NO 3. Il partait du point de vue que ce serait la philosophie et non pas la littérature qui donnerait le meilleur modèle de formation à cet égard . Ed. sont différentes de l'encyclopédie philosophique en ceci qu'elles ne constituent qu'un compendium. qui datent des années 1798-1799. la minéralogie. parmi lesquelles il cite la « physique. Dans ses cours sur l'encyclopédie de l'Antiquité classique il présenta tout ce qu'il est utile de savoir dans cette discipline. p. quand on commença à parler en Allemagne d'une encyclopédie des sciences juridiques. Hegel. qui disait : « Ce qui est vrai dans une science. Nürnberger Schriften. August Wilhelm Schlegel a laissé l'encyclopédie romantique la plus complètement élaborée.81). sans cependant exclure le type philosophique. la physiologie. En mai 1803. il existe des liens familiaux intimes. sont contenues dans la partie de ses œuvres qui s'intitule Brouillon (NO 3. Novalis. C'est devant cet arrière-plan que le projet d'encyclopédie des premiers romantiques doit être appréhendé. comme le soulignait surtout Hegel. Leipzig. . 439. p. etc. d'histoire des religions. la sociologie. t. la cuisine et la décoration ». les études classiques. l'est par la philosophie et grâce à elle. Les esquisses de Novalis. encyclopédies disciplinaires ordinaires. L'idée principale de ces notes consiste en la mise en évidence. mais aussi l'étude des mines. D'après ladite première ou petite Encyclopédie de Hegel. la poétologie. 2. Son concept d'encyclopédie se réduit cependant à l'assertion selon laquelle une seule discipline. il commença à Berlin un cours sur 1 2 1. l'histoire. Hoffmeister. August Wilhelm Schlegel et Friedrich Schlegel développèrent chacun leurs propres vues sur une encyclopédie dans le cadre de la pensée du premier romantisme. C'est dans ce sens d'exhaustivité dans une discipline que l'on employa le terme d'encyclopédie. était Friedrich Schlegel. 238). l'encyclopédie de celle-ci comprend de ce fait toutes les véritables sciences.

Schlegel ne se réfère plus uniquement à la littérature classique. Encore une fois. de la philosophie et de l'histoire » doit nécessairement faire partie d'une « véritable culture à proprement parler » de l'homme. où il développe la pensée humaniste selon laquelle : « la connaissance des plus sublimes des œuvres de la poésie. dont plus de mille pages manuscrites existent (AWS. la littérature. qui constitue peut-être la pensée la plus importante du premier romantisme. où il oppose le programme littéraire et philosophique de ce dernier aux idées de l'Aufklärung. pas même dans une branche aussi universelle et diversifiée que la littérature. large et fondamentale. qui considérait la philosophie. vol. de l'enthousiasme et du scepticisme. en érigeant une seule discipline. surtout l'étude de ses principes. que le premier romantisme fait un pas au-delà de l'Aufklärung. On peut voir l'expression la plus claire de cette idée d'encyclopédie au début des cours parisiens de Schlegel sur la littérature ancienne et moderne. Chaque concentration de la pensée sur un domaine particulier fait naître une envie de l'esprit de se pencher sur un domaine opposé. pour lui l'encyclopédie ne peut trouver de véritable réalisation dans aucun domaine particulier des arts et des sciences. à la littérature ancienne et moderne. mais il élargit le champ à l'étude de la littérature en sa totalité. Et c'est aussi certainement par cette pensée centrale.). 3). 3-8). c'est-à-dire sur des études littéraires. 4 / C'est sur ce fond que l'essai de Novalis La chrétienté ou l'Europe de 1799 devint le premier important écrit anti-aufklärer du premier romantisme. de la « création et de la destruction de soi ». semble se placer près de Hegel. au rang d'essentielle pour le processus d'éducation. Mais le concept d'encyclopédie de Schlegel est différent de celui de Hegel en ceci que. comme le noyau d'une culture encyclopédique. Schlegel. demande son contraire. La recherche ne s'est pas encore penchée sur cette œuvre. d'une génération mutuelle de la poésie et de la philosophie. à la littérature du classicisme et à celle du romantisme. mais considère la littérature européenne comme « un tout indivisible. voit encore un rap- . où l'un s'appuie sur l'autre et est expliqué et complété par lui » (KFSA 11. Novalis. mais son point de vue particulier consiste en ceci que la langue et la communication constituent le lien le plus universel entre les différentes sciences et les arts divers. cependant. la philosophie. où toutes les branches sont le plus intimement ramifiées.l'Encyclopédie des sciences. Le concept encyclopédique de Friedrich Schlegel s'appuie sur le projet de Wolf d'une encyclopédie des études classiques. Le noyau de son argumentation consiste dans l'idée que l'étude de la littérature est à même de « développer les forces et les facultés [d'esprit] des hommes et d'en faire un tout » (ibid. comme c'était l'usage à l'époque. de la puissance créatrice et de la réflexion. La littérature. en tant que meilleur médium de l'encyclopédie. nous nous trouvons face à un phénomène de réciprocité.

La tolérance. où ceux-ci auraient été mis par ce qu'il appelle de l'Aufklärerei*. où. 530) à une analyse précise qui aboutit au même résultat négatif. Après qu'il eut dénoncé la déchéance dans chacun de ces domaines de la culture d'esprit. 197-253. argumente-t-il. les temps de résurrection.d. 532) . l'Aufklärung était aux yeux du Schlegel de l'époque « Un empire indu de l'intelligence par rapport à la raison et à la fantaisie » (AWS 1. il s'insurge contre l'état de chacun de ces domaines de la culture. l'humanité et tutti quanti » (AWS 1. Traduction française d'Abel G u e r n e . 2. Et si l'on met sérieusement à l'épreuve la tolérance tant louée de l'Aufklärung. il s'agit pour Schlegel de faire ressortir celle des cultures d'esprit dans l'Europe moderne. qu'il voudrait voir remplacer par l' « universalité de l'esprit ». l'art et l'esprit de l'époque. observée par lui. 484-544 et AWS I.port entre l'Aufklärung et le premier romantisme quand il dit : « Qu'ils soient venus. l'Aufklärung se caractérisait pour lui par une « orientation exclusive sur l'utilité ». la poésie (art). ne se manifeste à ses yeux qu'en tant qu' « indifférentisme ». à savoir le 1 2 * Vision des Lumières au négatif. on verra aussitôt le vrai caractère. par exemple. c'est-à-dire la « tolérance. la religion (au sens le plus large) et la morale (moralité générale). ces domaines sont : la philosophie (science). en « prenant au mot le christianisme » ou la foi religieuse en général. il soumit également les prétendues conquêtes de l'Aufklärung. Dans cette critique de son époque. J e suis la première version. la liberté de pensée. la même année dans la revue de son frère Europe. que Schlegel appelle explicitement l'époque de l'Aufklärung (AWS 1. critiques sur son époque.T). précisément. et les événements qui semblaient viser jusqu'à son existence et menaçaient d'en consommer la perte. la publicité. d'après lui. Les deux versions se trouvent en AWS I. par exemple. . Il fit précéder ce deuxième cycle de cours par quatre conférences titrées Vue d'ensemble générale sur l'état actuel de la littérature. obsédée d'Aufklärung (N. qu'il fit publier. mais un « véritable respect ». Ce sera alors à August Wilhelm Schlegel de traiter de l'Aufklärung de façon polémique et en s'en distançant dans le début de la deuxième partie de ses Cours sur les Belles Lettres et l'art. et que ce soient les faits. 1. On ne traitera pas ici ce point une nouvelle fois . qui n'est plus seulement une « simple indulgence ». Dans ces conférences. On trouve dans ces quatre conférences la critique de l'Aufklärung par le premier romantisme la plus virulente jusqu'alors. qui correspond aux leçons de Berlin. qu'il tint en automne et en hiver 1803-1804 à Berlin devant un grand auditoire. qui deviennent les signes les plus fastes de sa génération. 522). 517) . dans une version légèrement revue. nul n'en saurait douter si seulement il a quelque sentiment de l'histoire » (NO 3. d'un point de vue pratique. D'un point de vue théorique. sous le titre de Sur la littérature. les quatre principaux domaines de la culture de l'homme se sont le plus parfaitement épanouis .

les troubadours. des interdictions de livres. c'est-à-dire au sein du catholicisme. Comme Novalis avant lui et Hegel. Les autres conquêtes des temps modernes sont traitées par Schle- . de la liberté de pensée. « toute la culture européenne [avait] pris une couleur et une forme italienne ».caractère intolérant de la tolérance de l'Aufklärung (ibid. qui mena à la découverte de l'Amérique et à « la redécouverte des Indes ».). Deuxièmement. mue par un « amour de la vérité héroïque » et l'Aufklärung qu'il jugeait cependant tout à fait négativement.. et qu'on trouve « les exemples les plus marquants d'une liberté d'écriture intrépide chez Dante. puisque l'église catholique avait été la « mère des arts ». l'Europe.. « se mirent à la besogne de façon très anti-historique ». les réformateurs sous-estimèrent la « nécessité et l'importance d'un épanouissement symbolique de la religion dans des rites et dans une mythologie » et. mais de façon plus universelle et plus durable pour la totalité de l'Eglise ». qui représentent en soi de hautes valeurs. et il dit de la liberté d'écriture et de presse qu'elle aurait régné bien plus librement au Moyen Age. ce serait maintenant la France et l'Angleterre qui donnent le ton. il en va de même de l'humanité. l'abolition des abus au sein de l'Eglise. 531 ). et à qui la peinture devrait tout (AWS 1. à laquelle la réforme avait voulu procéder. Pétrarque. Mais c'est l'Allemagne qui. du compas. « une censure sévère. c'étaient là la réforme. ensemble.). et l'invention de l'imprimerie. sans affection et harmonie. s'ignorent mutuellement et se mettent des bâtons dans les roues au lieu de donner. d'écriture et de presse. qui était vouée à « devenir une seule et grande nation ». aurait sauvegardé dans la musique « les seuls véritables vestiges de la musique grecque ». premièrement. 532). La déduction de la propre époque de ces épisodes de l'histoire moderne « qui ont agi le plus profondément sur la formation et la forme actuelle de l'Europe » (AWS 1. August Wilhelm Schlegel oppose à l'humanité de l'Aufklärung l'esprit chevaleresque du Moyen Age. en outre. qui se divisa « en deux nations. etc. par exemple. qui. August Wilhelm Schlegel voyait un rapport direct entre la réforme. Heine et Marx après lui. alors que depuis la réforme. Boccace. l'invention de la poudre à canon. est un autre aspect de cette critique générale de son temps. ». parmi les nations européennes.). et qui ont écarté le monde contemporain du Moyen Age. en « détruisant d'un seul coup la totalité de l'histoire du christianisme. paya le plus lourd tribut. » seraient la règle dans les pays protestants et catholiques (AWS 1 . qui. Pour Schlegel. Enfin. celle du Nord et celle du Sud. le jour à des manifestations de l'esprit magnifiques » (ibid. D'après lui. vieille de presque un millier et demi d'années. etc. Alors qu'au sein du catholicisme. mais qui ont été rabaissées par l'Aufklärung à un indifférentisme nivelant. La réforme aurait agi de façon dévastatrice sur le développement des arts. Car d'après lui. fut divisée. 533). « se serait faite plus lentement et plus tard peut-être. du fait d'une méfiance constante. n'épargnant que les toutes premières générations » (ibid.

après un triste constat sur l'état de son époque. une conscience accrue. développe dans ses conférences une « perspective dans le futur » positive. (Traduction de Marcelo Gandaras. un grade de compréhension de soi est exprimé. elle « a fixé le plus inexorablement du monde la dépendance des pauvres vis-à-vis des riches. Ces conférences furent tenues après la fin de l'école du premier romantisme. qu'il soit « philosophe. puisqu'on doit pouvoir exiger d'un poète « les plus vastes études de la poésie antique et moderne » et qu'on lui demandera. Faisant directement allusion à l'activité de l'école du premier romantisme.) University of Washington Department of Comparative Literature Seattle. il ressent « que dans la forme de cette philosophie la plus récente. Avec elles. la rupture décisive entre le romantisme et l'Aufklärung avait eu lieu. ainsi que lui-même. Avec la conscience nette d'un changement d'époque profond. . Washington 98195. Il perçoit dans la poésie et la littérature non seulement l'action d'une « réflexion supérieure ». qui s'exprime dans des expressions comme « espoir d'un renouvellement ». La « découverte des continents lointains » mena à « la domination des nations passives par les nations actives ».gel de façon analogue. en sus. et. ont fait « de diverses façons le commencement d'un temps nouveau » (AWS 1. Schlegel pense que certains de ses amis. 538). L'esprit entier de cette nouvelle période lui semble être « une seule et unique réflexion du genre humain sur luimême » (AWS 1. physicien et historien ». 540). dans les nations actives. mais il juge également nécessaire à l'exercice de celles-ci une « universalité » très large. à l'aide de l'industrie manufacturière et du despotisme de l'argent » (ibid. A l'instar de Novalis dans son essai La chrétienté ou l'Europe. August Wilhelm Schlegel. « grand revirement dans les différents domaines de l'ambition de l'esprit » et « régénération ». tel qu'il ne s'était manifesté auparavant dans aucune entreprise philosophique ».).