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Jean Trouillard

Le sens des médiations proclusiennes
In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, Tome 55, N°47, 1957. pp. 331-342.

Citer ce document / Cite this document : Trouillard Jean. Le sens des médiations proclusiennes. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, Tome 55, N°47, 1957. pp. 331-342. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0035-3841_1957_num_55_47_4921

8. I. IV. le lieu des idées et des nombres. Plotin dé crivait des niveaux de conscience et des plans de réalité. à l'intérieur de ce plan. à construire clés hiérarchies. Ainsi l'âme n est que « psychique » . mais d'une certaine façon le lien de tous les ordres. auquel est unie. Chaque moi en rassemblait la totalité (2>. sans division possible. mais comme contenant à lui seul un ensemble d'êtres.Le des sens proclusiennes médiations Proclus est célèbre comme théoricien des médiations. Proclus tend à considérer chaque ordre. C'est ce qui assure la continuité du tout et la perfection des êtres inférieurs. 11 y a. C'est qu'il y a chez lui un changement de perspective qui sera tout à fait manifeste chez le Pseudo~Denys et que la belle étude de René Roques (L'uni vers dionysien. l'âme n'est pas seulement un ordre. des co rrespondances entre les êtres. 11 semble peu fidèle sur ce point à l'enseignement de Plotin : oô5è uoXXà xdt jiexa^iS « les intermédiaires ne sont pas nombreux » (1>. On trouve en effet chez Plotin. 3. V. VI. plusieurs niveaux d'activité. 8. III. 14. 6.. 7. I. elle pense en cette optique. un rayonnement de haut en bas s'exprimant par une conversion de bas en haut. Proclus se plaît. elle est. 3\ « Ibid. Mais. Paris Aubier. entre l'empirique et l'Un. Comme on le voit chez Platon en ses dialogues de vieillesse. au contraire. 3. 4. celle de l'esprit (voOç) ou du monde intelligible. non plus comme un niveau parmi d'autres contenus dans le moi. bien entendu. elle vit. une seule médiation. mais tous « psychiques ». . dans un cosmos aussi exactement distribué. 1954) met bien en lumière. bien qu'il puisse y avoir. la puissance supérieure de l'âme. puisqu'il y a une transcenW Ennéadea.

il sera nécessaire de multiplier les médiations. non compensée par l'immanence plotinienne. Paris. à ma connaissance. 43. Cousin. 132. les puis sances.332 Jean Trouillard dance irréductible entre les degrés. les âmes.. DODDS. un sens très averti de l'intériorité et de la spontanéité spirituelles. Oxford. « Tout être automoteur (aÔTOXÉVTQTOv) trouve sa perfection en se tournant vers lui-même » <6). 325. 42. anglaise E. et trad. cf. l'amour. Paria. 189. R. 17. 1900). de traduction française des œuvres de Proclus. intermédiaire. sauf du Commentaire du Partnénide par ChaiGNET (3 vol. Celle-ci possède en elle-même tout ce qu'il faut pour être médiatrice vis<*> The Elements of Theology. Un principe général énonce le caractère relatif de la médiation et montre qu'il peut appartenir à n'importe quel ordre : « Tout être qui se convertit et qui est principe de conversion et d'aspiration pour ceux qui le suivent est médiateur » <4). à développer de façon exclusive ces hiérarchies. « Tout être qui se constitue lui-même se tourne vers luimême » <s>. rela tion. '*' In Alcibiadem.. mais on n'en tient que la coque. On est tout surpris de trouver chez Proclus. D'ailleurs. Proclus ne s'en prive pas. 1933. <•) In Alcibiad. Cette dernière proposition est émise à propos de l'âme. n. avec la précision d'analyse qui est sa principale qualité et l'écriture diffuse qui est son défaut dominant. 1864.. le beau. Ils signifient : milieu moyen..TÔv) ». <*> El. Le Commentaire de l'Alcibiade accorde cette qualité à bien des réalités : la connaissance de soi-même. Car ce système cache une pensée qui re-erée à sa façon la grande tradition platonicienne. Theol. on le réduit à un jeu décadent. édit. . affirme sous plusieurs formes un rapport interne entre la réflexion et la spontanéité. — II n'existe pas. entre la conversion et l'auto-affirmation : (( Tout être qui se tourne vers lui-même se constitue lui-même (aàd'onÔGïa. et cet aspect de son système est trop connu pour qu'il soit intéressant d'y insister. Un autre principe. on risque de demeurer à l'extérieur du système. souvent rappelé. 140. Leroux. les démons. jiéaoç sont parmi les plus fréquents du voca bulaire proclusien.. Les termes jieadryjç. 308. Les Eléments de Théologie soumettent à la médiation tous les ordres de dieux (3).

577. — II y a trois degré8 d'âme. il faut entendre : « la totalité des raisons » qui procèdent des paradigmes intelligibles. 1873. comme esprit. <"> lbid. tous les sensibles à titre d'exemplaire (ixapa5etY|AaxtxG)ç) (13). 201. L'âme tient le milieu entre les indivisibles selon l'esprit et la divisibilité corporelle (7>. 194. ce n'est pas son con tenu qui est toujours universel.. sans que rien ne lui soit sura jouté (15). L'âme est toutes choses. Dans son ordre cependant. Participée. en implications mutuelles. « Toutes les structures mathémathiques sont en elle à titre primordial ». 197. elle a une essence éternelle. 184. Pour l'âme. Si elle est divine. indissoluble <8>. <"> In Alcibiad. <"> In Euclidem. 188. « Toute âme possède toutes les idées que l'esprit contient de façon primordiale ». même s'il demeure largement imO £7. 191. de vie et de con naissance. 190. L'âme est au niveau (inférieur aux idées) des nombres.. 195. Theol. Incorporelle. Leipzig. Elle est tissée de rapports dianoétiques qui sont les déploiements des « principes premiers réalisateurs » (rcpaytoupYOÙç àpxàç) (14>. <"> Ibid. elle a une connaissance univers elle . l'âme est substantiellement « une triade » d'être. <10> Ibid..Le sens des médiations proclusiennes 333 à-vis de l'ordre entier des corps. Proclus le répète souvent après Plotin. vivant par elle-même (aôt(5Ç(ûç) <9). El. Theol. Ce qui compte pour caractériser l'âme. 189. .. elle est seulement un ordre qui exprime selon son mode le contenu entier des autres ordres. Quand nous lisons que l'âme est « la plénitude des idées » (TtXigpwjia twv eîSwv).. comme âme. (') Ibid. Frfedlein. cette possession est seulement dérivée (Ssuxépwç) et ne porte que sur des expressions (èjJLçàaetç) (12). et son activité seule est mesurée par le temps (U). Mais comprenons bien ici que l'âme n'est pas la totalité des ordres. <") Ibid. elle meut les corps selon son auto motricité (10)... L'âme contient tous les intelligibles à titre de figure (eSxovixwç). elle est consti tuante par rapport aux corps. elle a une connaissance antérieure aux êtres (îcpovooOai) . elle possède une triple activité : comme dieu. <•> Ibid. 16. Cf. 187.

alors que l'ordre humain connaît tout humainement. n'ayant jamais besoin de réminiscence. I. M. |. <ao> Ennéades. pleine de savoir. cela revient à dissoudre l'ordre psychique. toujours impassible.334 Jean Trouillard piicite. Il. Theol. IV. Aussi faut-il rectifier la thèse plotinienne d'une âme qui n'est pas mesurée par le temps. car le passage de l'oubli des choses divines à la réminiscence. L'indivisible comprendra de façon indivisible même les choses divisibles. 211. La consé quence évidente. Theol. d'après les Ennéades. qui semblait définie par ses objets. Cousin. El. Cf. 948. La lumière commande la nature de l'horizon. IV. 504. leur impose sa loi. 8. mais plutôt « temporalisante » (20). . 124.. « Comment n'est-il pas absurde de définir les différences des connaissances par la nature des objets. le trouble et les passions affectant l'animal seul. de la folie à la vertu. 512. et les choses instables de façon stable et ferme » (16>. 12. 504. c'est le mode selon lequel elle pense le tout. l'être raison nable de façon rationnelle même les infra-rationnels. In Parmenidem. El. Gbptajiivwç).. 1864. C'est sans doute pour sauver cette thèse en toute sa rigueur que Proclus refuse la notion plotinienne de la chute.. Theol. 198-200. 394. Ceux qui parlent ainsi font l'âme toujours parfaite. III. « Nous ne tiendrons pas compte des théories qui font de l'âme une partie de l'essence divine. Pour Proclus. <"> In Alcibiad. Pour la même raison. suppose une succes sion (19). et non au contraire de faire la division selon les différences des connaissances ? Ainsi l'être éternel par essence et divin connaîtra toutes choses divinement.. jamais pervertissable » <18). <"> In Alcibiad.. partie semblable au tout et toujours parfaite. El. 4. l'âme ne tombe jamais tout entière. On sait que. Paris. en sorte que l'âme.. 7. L'âme est alors disloquée entre ses différents plans (X7). Cependant Proclus ne donne pas le même genre de durée à la vie de l'âme engagée dans le corps et à celle qui en est délivrée (21>. l'éternel de façon supra-temporelle même les êtres temporels. Cf. Proclus croit que le temps apporte à l'âme une perfection effective. 4. <"> Ennéades. mais sa puissance supérieure demeure consubstantielle aux divins intelligibles et fixée dans la contemplation. <") In Alcibiad. Cf. 3. <"> In Alcibiad. c'est que les dieux et les démons connaîtront les indéterminés de façon déterminée (xà àôpioxa.

2. mais elles ne peuvent connaître toutes ce qui en elles est écrit. 4. In Alcibiad. d'inspiration. Les âmes émettent d'elles-mêmes les raisons.. de critique. .. Mais ce n'est pas pour nous infuser du dehors le savoir et l'activité. d'après lui. elles ont besoin seulement d'un éveilleur. Tout cela est en nous par essence. 503. Socrate et son démon. Platon l'a dit. administrés par une sagesse coopératrice et cons piratrice. Cette der nière position serait. celle de Plotin . Elles ne [peuvent savoir toutes ce qui en toutes] <25) <") <"> <■*> <"> Ennéades. Car c'est un germe de développement autonome. IV. 503-504. Il repousse la thèse matérialiste d'après laquelle les proportions constitutives de l'âme résulteraient de l'équilibre des éléments somatiques.Le sens des médiations proclusiennes 335 Par cette dernière précision. intervenant près du jeune Alcibiade pour tenter de le rendre à lui-même. Nous avons besoin d'enseignement. de stimulat ions. elle ferait éclater 1 âme. 8. « . Mais il n'agrée pas l'idéalisme qui ferait du centre psychique une puissance divine triomphante (23). dont le mouvement sans terme ni finalité est achevé en chacun de ses instants et ne demande ni mémoire ni prévision (22). Il suffit de nous éveiller pour que nous opérions nous-mêmes notre propre purification et que nous produisions spontanément la science dont les normes intelligibles nous donnent le germe. Ibid. une doctrine de « milieu » et de «juste mesure ». celui qui écrit sur elles est en elles. recevant du dehors leurs caractères . il revient à certaines suggestions de Plotin concernant la durée des astres.. Elle n'est pas si parfaite qu'elle ne doive accueillir l'illumination des intelligibles par la médiation de gé néreux démons et d'âmes mieux pourvues de ressources internes (eôpextX(î)Tepat) et de spontanéité <24). " Lacune du texte ainsi comblée par Cousin. au contraire. en ce qui concerne l'âme « raisonnable ». sont le modèle de ces gracieux con cours.. elles ne sont pas des tablettes vierges de toute écriture. Le disciple de Syrianos a conscience de professer. L'âme n'est pas si imparfaite qu'elle ne puisse tenir d'ellemême toute sa perfection. elles sont toujours couvertes d'écriture .

àXk' où xfjç IÇœfrev oôSè IrceiaoSfoo YVt&aewç) » (26). Et celles-ci. l'âme est tout dans la division.336 Jean Trouillard est écrit. non une initiative absolue. Un passage convergent du Commentaire d'Euclide exprime plus clairement la conception proclusienne de l'âme noétique. médiatisées ou non. Il explique une fois de plus la position qui lui est chère : « II reste que c'est à la fois d'elle-même et de l'esprit (Tcapà voù) que l'âme tire ces idées. Le philo sophe vient de réfuter la théorie selon laquelle les structures mathé matiques seraient obtenues par abstraction du sensible.. elle a reçu de lui une certaine « forme <*•> In Alcibiad. Il faut seulement retirer un écran.. » <27). 31-32. se déroulant elle-même selon l'esprit qui lui est antérieur .d'autre part elles reçoivent l'être par génération spontanée (aùtoY<5v(i)ç). écrivant ellemême en elle-même et écrite par l'esprit. l'âme est toutes choses selon un mode figuratif . Il ne veut pas davantage que nous recevions nos idées toutes faites de l'irr adiation des intelligibles. 16. mais non introduire du dehors ni comme un accident la connaissance (àyaipiaetûç o5v 8eî |idvy]ç xoO èmTipoafroOvToç. En d'autres termes. Elle bénéficie donc d'influences supérieures. c'est-à-dire déliée de toute relation. <"> In Euclid. elle est l'image de l'esprit et sa figure extraposée. L'âme n'est donc pas une tablette privée de signes (xwv XôyiûV %ev<5v). Sachant cela. celles-ci sont constituées d'une part à partir des exemplaires intellec tuels. Platon forme l'âme de toutes les idées mathématiques. si l'esprit est toutes choses selon un mode exemplaire. Si l'esprit est tous les êtres selon un mode spirituel (uàvxa voepwç). si l'esprit est tout dans l'unité. 545. (M> Ibid. n'opèrent pas selon le seul mode idéal {à l'exclu sion de toute efficience). l'âme est tous les êtres selon un mode psychique (rcdcvxa ^u^ixwç) . parce que leur œil est affaibli par l'oubli qui accompagne la naissance et parce que l'oubli a provoqué en elles l'irruption des passions.. Elle n'est ni tout à fait simple. . mais toujours couverte d'écriture. l'âme est une spontanéité radicale. par sa communauté avec le corps.. ni cause universelle du mouve ment (28). ni inconditionnée. L'âme aussi est esprit. mais. ainsi que le voulait l'auteur de la Monadologie.. Par essence l'âme est a automotrice » (aôxo%£vir]xoç) . elle est la plénitude des idées .

Ainsi nous meuvent les bons démons. ils nous retirent les faux savoirs qui nous dissimulaient en notre essence pure une exubé rante source de raisons (30). A travers eux. finit par devenir voix. et. L'« hétéro-motricité » doit être un détour destiné à susciter et à affermir une plus riche intériorité (29>. àXX' IvSofrev 8tà rcàaYjç çoix^oaaa xf\ç èufovoia. c'est notre moi qui s'affecte lui-même et ressaisit son activité dans la passivité qu'ils nous im posent. 544-546. de cette activité distribuée de façon iden tique. Ainsi se comportait Socrate. qui professait ne rien savoir. qui est l'autonomie. <•') Ibid. la raison profite d'une manière. Encore faut-il que ces influences agissent sur l'âme selon son mode essentiel.. l'imagination d'une autre. . Chacune de nos puissances reçoit selon sa particularité l'impression et le mouvement du démon. mais amenait son interlocuteur à engendrer devant lui et sa propre réfu tation et sa meilleure vérité. On y remarque un sens étonnant de l'unité humaine. Ils nous aident à nous tirer nous-mêmes de l'oubli et de l'incon science. Loin de nous ajouter quoi que ce soit. Pour être bienfaisantes. saisie par sens intime plus que par sensation (oôx IÇtoftev oOv TCa&irjxoitôç "?) «pcovfj i 7rpoaéj3aXXev. le sens d'une autre encore. auvaiafrirjaet jiâXXov if) aîafrVjaet <"> In Aldbiad. xeXeux&aa lyiyvexo.Le sens des médiations proclusiennes 337 de motricité extrinsèque » (zf\i êxspoouvTjataç Sjicpaatç). c'est du dedans que l'inspiration traverse l'âme entière.. elles doivent porter le centre psychique à tirer de soi-même sa purification et son savoir. Le caractère intérieur de cette médiation démonique s'exprime curieusement dans l'analyse que donne Proclus de l'inspiration. Ce qu'ils nous apportent n'est rien d'autre que nous-mêmes. Ce n'est pas par une impression subie du dehors que la voix frappe Socrate . 50*. Cette vue pourrait sans doute être généralisée et appliquée aux révélations et apparitions. mais devient plutôt une médiation de la puissance inférieure de l'âme vis-à-vis de la supérieure : « II est évident que. courant jusqu'aux organes des sens. Une âme est d'autant plus besogneuse de stimulations que son incarnation la rend plus inerte. La médiation cesse d'être extrinsèque. otal pix?1 xôv a?a9"ï]xtx6)v ôpYavwv SiaSpajiouaa.

quand il est assimilation efficace. L'amour est un grand démon.) (34). IV. les démons sont bien « les centres de l'ordre total ». Toute illumination effective est conversion de l'illuminé au foyer de l'illumination. Il remplit dans l'univers une fonction unitive. 380. Mais il est aisé de remarquer que le mouvement ascendant.. 922. 373. des êtres de dernier rang qui sont suspendus aux uns et aux autres. 53. a Et comment le ciel aspirerait-il vers la divinité. Quand) un intermédiaire pénètre aussi profondément ceux qu'il joint entre eux. « emplissant du meilleur le pire ». ils amènent aux dieux les êtres inférieurs. à un entraînement.. La géométrie développe en figures spatiales ce qui était contenu sans <"> <"> (") <") (M) Ibid. Ibid. Recevant participation des dieux et conférant participation d'eux-mêmes aux mortels.. il inaugure une communication assimilatrice. s'il n'en procédait ? » (tc&ç y<*p à oôpavôç àpiyexai toO beiov. .. Ibid.338 Jean Trouillard Telles sont les illuminations des bons démons et des dieux » (31). Sans doute fait-il penser d'abord: à une aspiration des moins parfaits vers les plus parfaits. il ne construit pas seulement une série à degrés hiérarchisés. et toute exigence salvatrice est motion d origine transcendante. nous découvrons peut-être la racine épistémologique de ces positions. Ils dirigent vers les âmes les courants supérieurs. In Parmenid. traduit rigoureusement l'effusion de celui vers qui l'on monte et révèle sa présence active et anté rieure. depuis Diotime et Platon. 382. In Euclid. En passant du Commentaire de VAlcibiade à celui des Eléments d'Euclide. « rayon nantune force de cohésion indissoluble sur les êtres qu'elle per fectionne » (33).. 389. Il s'agit maintenant de corrélations entre niveaux psychiques. par les êtres moyens se tournant vers leurs prin cipes. 3... vot)T$)v 8è SXtjv K/ovta . « ils enveloppent tout par le lien de leur méd iation » (32). La concentration relative des raisons dianoétiques est déroulée par l'imagination dans « la matière noétique » qui lui est propre (35). . ji/9) èxet&ev .

Affirmation hardie que Léon Brunschvicg n'eût pas signée sans réserves et qui rend inévitable une question : pourquoi la pensée dianoé tique. Elle se nomme entendement quand elle fait prendre forme au donné. écrit Heidegger. Si elle pouvait se retourner sur elle-même. 61. en outre. L'unité qui est le principe du nombre n'a pas de position spatiale .. « tout en tout et chaque terme à part » (udcvxa èv n&aiv xal Ixaaxov XWP^)« EH« y parviendra par un circuit. Mais.Le sens des médiations proclusiennes 339 étendue dans les nombres de l'arithmétique. se plaît-elle à dissocier leur implication dans « l'explication » géométrique ? C'est d'abord qu'elle est trop faible pour soutenir une vision indivise (àaO'evoOaa 8è auvsTCXUYnivtoç fôetv). Par dessous le formalisme con structeur et la réceptivité intuitive se manifeste une liberté cont rainte de s'imposer à elle-même une nécessité qu'elle subit. imitant les références réciproques des raisons indivisibles. « L'essence de la sensibilité se trouve... la pensée dianoétique sera ren voyée vers elle-même. elle verrait tout en un. avant de reprendre activement à son compte sa propre pass ivité <3T). en projetant sa richesse substantielle dans la « matière imaginative » («pavxaax'îjv 5Xyjv) qui la disperse en symbolisant par les connexions des figures l'indivision primitive. dont la dépendance platonicienne est claire et avouée.. Un moderne lisant ces lignes songe inévitablement à Kant. « dans les nombres. Elle est. puisque cette spontanéité finie ne peut en même temps intuitionner et créer. dans <••> Ibid. sensibilité quand elle le reçoit. . tour née vers le dehors (x?jç Stavofrxç elç xà IÇa) pXercotiaYjç). « Dans l'imagination nous mettons en évidence les cercles in scrits dans les polygones et les polygones inscrits dans les cercles. Tout ce qui se trouve secrètement dans la pensée est introduit de façon dissociée et divisée dans l'imagination ». La parenté est encore plus évidente si on interprète l'auteur des Critiques à la lumière de sa dernière philosophie. qui tient en elle toutes les raisons dont elle est la plénitude. les figures existent comme dans leurs causes » (36). 54-56. <w> Ibid. La « forme d'extériorité » de la géométrie ramène l'esprit à la pure intériorité de l'arithmétique. devenant comme passive de sa propre acti vité. Ainsi h se servant des raisons qu'elle projette » comme de méd iations (upo§oXaîç y^çtà^h-fiç X<5y&>v). le point qui est un principe des figures en a une.

196. Paris. concentrant les « Si le noumène est inconnaistermes dissociés... de tout substrat » (In Euclid. L'imagination médiatise la raison dianoétique qui lui est supé rieure en lui donnant de s'atteindre à travers ses projections.quelque sorte sur lui-même. servant de médiat ion à une liberté qui. . <"> In Euclid. Kant trouve ainsi. p. c'est elle-même. <40> El. ment. c'est nation et des dissociations qui transformer une forme de la viennent d'elle. La Métaphysique de Kant. substantielles. DAVAL. C'est sobjectivant d'abord... donc de l'intuition pure . ce n'est pas parce qu'il figures (toOç xùnouç) et le mul.. dont l'un est du commentateur d'Euclide. Le scheme est délivré de la matière extérieure (x?jç èxxèç OXirjç (39). U.. F. contemplant les sable. n'étant pas absolue.. indivisibles. Schématiser.340 Jean Trouillard la finitude de l'intuition. chemin faisant. La diversité et l'infinité qui régnent en l'imagination et qui portent encore la trace de l'unité et de la spontanéité des raisons lui permettent de mordre sur le sensible.. 139.. non de la matière intelligible. pouvait se retourner sur mode d'intuition approprié. 129. autant que faire se peut. p. » (Roger 55-56). c'est donc objectiver. 52. pour la première fois. indivisible et pure tivité. De Waelhens et BlEMEL. F. L'ima gination accorde. donc de l'entende (slSoç) elle-même est immobile. alors elle verrait parce que le moi pur ne peut se d'une autre manière les raisons connaître qu'en se repliant en géométriques. 307. en s'affecpourquoi nous usons de l'imagi.. 373). un autre genre de secours à la nature en l'assimilant aux raisons.. un concept ontologique et non sensualiste de la sensibilité » <38). l'empirique va être référé à l'esprit. 1951.est transcendant. non empirique.. 1953. Theol. R. Saisi dans des schemes assez proches de lui pour l'intégrer. ce n'est pas tiple de façon non figurative et parce que nous manquons d'un unitive. N. trad. indis. en sociées. Ce « pour la première fois » est contestable. doit se construire ellemême comme raison. mais assez purifiés pour le ré duire et le transposer. si le néoplatonisme a déjà conçu une sensibilité pure. 87. l'autre d'un récent interprète de Kant : « Si la raison. Il est entendu <"> Kant et le problème de la métaphysique.tant ensuite. en une forme de la réceptiinengendrée. P. puisque l'idée spontanéité. Que l'on compare les deux textes suivants.

<"> Ibid. « Dans l'ordre des troisièmes déroulements de la raison dianoétique. xà TcdcO-Yj x(5v àpi&ji&v). Le principe seul de ces disciplines nous intéresse ici . les exemplaires des sensibles. 62. 382. « mais dans leur application aux sensibles » (àXk* ènl x&V ateO-Tjxôv) (43). et les dieux ont des vêtements purs (In Alcibiad. Il n'y a rien dans la nature qui ne soit contenu dans les raisons. elle monte et elle descend vers les êtres en leurs totalités et vers le devenir » <42). il y a des corps purs... Le rite qui obligeait l'initié a quitter peu à peu tous ses vêtements est le symbole en acte de l'âme qui se dépouille de ses enveloppes cor porelles [Ennéades. <4Ï> Ibid.. 560).a) congénital. Mais l'irrationnel lui-même a son prototype dans l'àTteipov intelligible (4S) et l'oôpavt'a 5Xyj (46). Mais. elle fait subsister d'après les idées les formes dianoétiques. 5.. 159.. des techniques ou des métiers et font prendre forme de nombre à ce qui semblait d'abord largement irrationnel (44). par la médiation des moyens et par un accueil des <"> Ibid. et. . Ce mouvement de descente et de remontée constitue les diverses sciences qui n'étudient pas « en elles-mêmes les modalités des nombres » (xafr' éauxà. 89.. deviennent des arts. <"> In Euclid. l'optique.. l'astronomie «ont les plus rigoureuses. chez Proclus.. les structures des éléments sensibles et des puissances qui les concernent.éaa)V xotkwv). Le sens de la médiation chez Proclus n'est pas de bâtir une classification.Le sens des médiations proclusiennes 341 d'ailleurs que. autant qu'il est possible. il consiste en ce que « l'âme impose la perfection aux êtres imparfaits et la rigueur à ceux qui en sont dépourvus » (47>. 35-42. elle révèle comment la nature est pré-contenue dans les raisons géométriques comme dans sa cause. 6. <**> Ibid. par leurs médiations (8tà p. <") In Euclid. Ces sciences cor respondent à différents aspects de l'expérience. que les âmes ne se séparent jamais d'un « véhicule » (5yri\i. celle-ci étudie la nature. parmi lesquelles la musique. 40. l'âme n'est jamais nue. pour Proclus.. 7). qui est doué d'étendue et qui sert d'interméd iaire entre ces centres psychiques et leur corporéité empirique <41). 208-210. La raison tient en effet les images des genres intelligibles en leurs totalités. El Theol. 37. I. mais -d'assimiler les inférieurs aux supérieurs. <") In Alcibiad. Proclus nomme plusieurs de ces sciences. 12. éternels et divins <40>..

342 Jean Trouillard La mé ramène et à sa signifie concours capables de renforcer une insuffisante intériorité. Si nous comparons maintenant Proclus et Plotin à Leibniz. En revanche. Proclus la complète par une théorie de u l'influence » que Leibniz n'eût pas acceptée sans réserves. Elle l'être dérivé à sa pure essence. Mais Proclus est plus rigoureusement leibnizien quand il exige qu'aucune âme ne sorte de son mode et ne joue sur des plans non psychiques. la contingence des attri buts. sans accidents extrinsèques. La monade de Proclus a porte et fenêtres. Elle est « unification ». . I. Plotin se retrouve aux côtés de Leibniz pour donner à la spontanéité de chaque moi tout ce qu'il faut pour accomplir son essence et dérouler son histoire. diation est une fonction de réduction et d'analyse. 641. ce qui « déification » : xà "fjv&afrat T<j) tefreoafrai xaôxdv (48). non de l'âme pure ni du sujet noétique. c'est-à-dire à sa plénitude relativité tout ensemble. Plotin semble d'abord plus proche du père des monades en ce qu'il intègre le tout en chaque moi. Jean TROUILLARD. <") In Parmenid. La passivité. le surajouté appartiennent au régime de la chute. Donnant son accord fondamental à cette doctrine. Angers. Le néoplatonicien montre qu'une certaine « forme d'extériorité » peut être la condition d'un éveil et d'une involution.