DOCUMENTS DU GROUPEMENT DE RECHERCHE

PSYCHOTROPES, POLITIQUE ET SOCIÉTÉ (devenus : DOCUMENTS DU CESAMES en 2001)

Anxiolytiques, hypnotiques
Les facteurs sociaux de la consommation
Philippe Le Moigne Laboratoire d’Étude et de Recherche Sociales

N° 1 Janvier - Mars 1999

PRÉSENTATION

Le groupement de recherche "Psychotropes, Politique et Société" du CNRS lance une collection de documents de synthèse et notes de recherche. Cette collection vise un triple objectif : 1. Faire le point de la littérature spécialisée sur toutes les questions concernant les drogues illicites, l'alcool et les médicaments psychotropes ; 2. Fournir des données sur une question controversée ; 3. Pallier le manque de documentation spécialisée en sciences sociales sur ces sujets en France. Chacune de ces notes présente donc un état du savoir, de la réflexion et des questions qui se posent pour tel ou tel problème, en France comme à l'étranger. Une attention particulière est accordée aux évolutions des problématiques et des méthodes de recherche, aux controverses qui ne manquent pas de se développer dans ce champ ainsi qu'aux limites de nos connaissances et aux pistes futures à explorer. Ces notes seront publiées tous les trimestres. Elles sont destinées à être des outils de réflexion pour les universitaires et les chercheurs, mais aussi pour les praticiens et toutes les personnes concernées par ces questions. Les quatre prochains numéros porteront sur : Drogues et délinquance, les recherches américaines sur usages de drogues et comorbidités psychiatriques, criminalisation et décriminalisation des drogues en Europe, la politique des drogues en Suisse.

Alain Ehrenberg et Claude Faugeron, Directeurs de la publication.

Ce document est publié avec le soutien de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie et du Centre national de la recherche scientifique.

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SOMMAIRE

Présentation ................................................................................................................... 2 Introduction ................................................................................................................... 4 I. La qualité du patient : influence de l'âge et du sexe ............................................. 9 A.- La place des femmes dans la production du soin .................................................... 9
L'énoncé de la plainte, sa recevabilité médicale .................................................................. 9 Les femmes et le stress ........................................................................................................ 11 L’isolement féminin ............................................................................................................. 12 Et les hommes ? ................................................................................................................... 13

B.- Le rôle de l'âge : entre maladie et maintien de l'intégration .................................. 15
Un effet de l’entrée en pathologie ? .................................................................................... 16 Un effet du cumul des événements de vie ? ......................................................................... 18 Repli de la personne âgée ou recherche d’influence ? ....................................................... 19

II. La misère, la ville : hiérarchie sociale et conditions de vie ............................... 21 A.- Une consommation pharmaceutique atypique ...................................................... 21
Psychotrope et précarité : une liaison discutable .............................................................. 21 La protection des classes supérieures................................................................................. 23

B.- Stress urbain, solitude d'habitat : l'environnement coupable ?.............................. 24
Les nuisances urbaines ........................................................................................................24 Difficulté d’accès au soin ou abstention médicale ? ...........................................................25

III. Le poids de la pratique médicale ........................................................................ 26 A.- La part de "l'effet prescripteur" ............................................................................. 26
L'effet d'influence des femmes médecins ............................................................................. 26 Structures de clientèle et pratiques de médication ............................................................. 28

B.- Un regard sur les contraintes de l'exercice professionnel...................................... 29
La gestion des patients : le produit et le temps....................................................................29 Le poids de l’industrie pharmaceutique : un effet de renforcement ................................... 30

Conclusion................................................................................................................... 31 Sélection bibliographique............................................................................................ 34

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Introduction
La consommation des médicaments psychotropes, face à l’ampleur acquise par le phénomène, a gagné au droit d’être débattue et critiquée par un nombre toujours plus grand de commentateurs : médecins ou psychiatres bien sûr, mais également journalistes, économistes, décideurs, philosophes, etc. L’usage soulève en effet, au-delà de l’argumentaire scientifique, des questions d’ordre varié, qu’elles soient éthiques, économiques, sinon politiques. A l’idée que les substances puissent offrir un soulagement à la souffrance répond ainsi par exemple l’argument qui dénonce l’illusion du “bonheur sur ordonnance”. Consommation et irresponsabilité se côtoient ici au motif que l’explosion du recours laisse planer le doute d’une délégation généralisée du libre-arbitre et de l’autonomie individuelle à la chimie. Ou bien, dans un autre registre, la perspective d’une solution médicale aux problèmes sociaux fait craindre l’intoxication des pauvres et l’entrée massive des plus déshérités en toxicomanie. L’objet de ce texte est de tenter d’éclairer le débat à partir des résultats les plus solides de la statistique sociale. Il abordera trois questions en particulier : qui consomme?, en vertu de quels problèmes?, en un mot, que soignent les médicaments psychotropes? Mais avant d’évoquer ces données par le détail, il peut être utile de procéder à un détour par quelques éléments de définition et de méthode.

Essai de définition
Les médicaments psychotropes peuvent être définis, de la façon la plus large, comme des substances naturelles ou de synthèse, créées à titre thérapeutique, dont l’objet est d’agir sur le système nerveux central - le cerveau afin d’y susciter des modifications de fonctionnement (Costentin, 1993). Les médicaments inclus sous ce label ne constituent pas une catégorie pure dans la mesure où des produits à visée somatique contiennent le cas échéant des substances psychotropes (Allard et al., 1996). Par ailleurs, le système nerveux central décrit une cible thérapeutique que les psychotropes partagent entre autres avec les analgésiques, l’aspirine en particulier. C’est pourquoi il convient d’ajouter que les molécules composant les produits psychoactifs ont plus spécifiquement pour objet de modifier (d’accroître ou de réduire) les transmissions cérébrales opérées par les neuromédiateurs (dopamine, sérotonine, norédrénaline) dont la dérégulation serait à l’origine des troubles de l’humeur (anxiété et dépression pour l'essentiel) et des affections psychotiques. Enfin, en dépit de controverses répétées (Zarifian, 1988 ; Kapsambelis, 1994), il est possible de tenir pour acquise la classification de ces substances en 4 groupes : anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs et neuroleptiques (Deniker, 1982 ; Oughourlian, 1984 ; Cohen et Cailloux-Cohen, 1995). Si les schémas de diagnostic et de prescription n’étaient dans les faits aussi diversifiés, chacune de ces classes couvre un champ thérapeutique qui pourrait être ramené de manière purement formelle aux correspondances suivantes : anxiété pour les

notamment de la couverture sociale ou du taux de remboursement qui prévaut dans chaque pays. il importe d’entourer le propos de quelques précautions. 1996 . Par ailleurs. 1982 . Cohen et Karsenty. Guignon et al. calculés à partir du rapport entre le volume des ventes et le nombre de personnes en âge de consommer. 1993 . dans plus de 80% des cas. hebdomadaire). prescription). 1994 . ignorent en effet le poids exercé par les incitations ou les contraintes publiques à la prescription (ordonnance en triplicata. 1996). parmi les personnes adultes. Par commodité d’écriture. 1989 . ces produits seront désignés dans la suite du texte par l’expression “médicaments psychotropes” . Zarifian. Ehrenberg. le nombre annuel de médicaments psychotropes consommés aurait connu. entre 1970 et 1990. on estime que.anxiolytiques. Au titre des médicaments les plus souvent prescrits. 1 individu sur 2 a déjà consommé au moins une fois l’une de ces substances et que. Les scores nationaux. notamment dans les pays anglo-saxons (Cohen. Le propos de ce texte est consacré uniquement aux deux premières classes de produits. Sermet. 6 mois. les médicaments sont prescrits par un médecin généraliste (Hemminki. 1994). Le Moigne. 1975 . Hemminki. 1995 . 1995 et 1998). CNMTS. lorsqu’il sera question d’évoquer d’autres classes de médicaments. 1995 . Zarifian. 10 à 20% d’entre elles en font un usage régulier (Rösch et al. Sermet. montant de la 5 . Guignon et al. états dépressifs pour les antidépresseurs et traitement des psychoses pour les neuroleptiques. de l’ordre de 105% (Lecomte. 1994 . Quatre remarques devraient permettre de saisir de quelle manière les résultats de recherche peuvent contribuer. 1997)... malgré leurs limites et leurs imperfections. Marinier et al. 1996). chiffre d’affaire. 1 an et plus de recours consécutif) et de réitération considérées (consommation journalière. se placent entre le deuxième et le dixième rang des médicaments les plus consommés dans les nations occidentales (Bocognano et al. Ces estimations pourraient être tenues pour acquises si la comparaison internationale ne butait sur le problème de la comparabilité des systèmes de soins. Principes pharmacologiques et réalités d’usage Avant d’aborder l’abondante littérature consacrée à ce thème par les sciences sociales. celles-ci seront expressément mentionnées. toutes substances confondues. 1988 . Cette progression placerait la nation au premier rang mondial des pays consommateurs (Zarifian. en dépit de la percée récente réalisée par les antidépresseurs à travers leur produit star le Prozac® (Rösch et al. 1) Une surconsommation française? En France. 1994 . Selon la mesure de comptage retenue (vente à l’unité. les produits psychotropes. Enfin.. les anxiolytiques et les hypnotiques se partagent l’essentiel du marché des psychotropes (80% des ordonnances). selon l’échelle de temps (3 mois. à savoir les anxiolytiques et les hypnotiques. 1996).. 1996-a). à éclairer les débats d’actualité.. 1989 . une croissance endémique. troubles du sommeil pour les hypnotiques.

oublis. sans exception. 1994). ou d’auto-contrôle si on se place du côté du patient (Van Putten et May. l’administration et l’ingestion des médicaments” (Seradell et al.prise en charge. à vérifier les déclarations des personnes aux moyens d’un test d’urine… (Hancock et al. dominé par le diktat médical. 1991)1. des anxiolytiques en particulier. surdosage. si l’investigation ne butait ici sur des difficultés d’un autre ordre : omissions. sans parler des questions liées à la diversité de conditionnement des produits (comprimés. Ajoutons que les scores nationaux décrivent des moyennes.. Thorne. dites de non-observance si on se place du côté de la médecine. 1991 . composent autant de motifs susceptibles de limiter l’usage et. 1990). il reste par ailleurs que cette mesure ne peut s’appliquer à la totalité des ordonnances. 2) Un patient sous influence ? Une définition rigoureuse du fait de consommation implique “la prescription. 1998)3. lorsque la prescription reste évasive. politique de limitation des ventes. 1998). que le praticien recommande d’utiliser le médicament en cas de nécessité ou selon les besoins.) (Le Pen. 1 6 . (Le Moigne. 1990).. 1982 . délivrance secondaire du produit à un tiers… Ces pratiques. Cette remarque doit surtout dissuader de décrire le consommateur sous les espèces d’un acteur passif. 2 L’estimation de la non-observance bute sur de nombreuses difficultés. fausses déclarations.. le fait de consommation suppose donc un respect minimal de l’ordonnance. gélules) (Guignon. comment établir que le patient contrevient à ses consignes? 3 A moins de rechercher. disparition des symptômes (Spagnoli et al. Mais. effets secondaires. de cette part d’incertitude. sinon inscrit dans la dépendance au produit. comme Hancock et son équipe. etc. solutés. Cette difficulté pourrait commander le recueil direct de l’information par interview de la population. de biaiser les estimations déduites des données enregistrées par le système de soin en entretenant la confusion entre le fait de vente et celui de la consommation (Cooperstock et Parnell. Ainsi. Autant de remarques qui doivent conduire à relativiser le caractère d’exactitude d’une “particularité française” (Pariente et al. Il importe donc de garder à l’esprit que les résultats de recherche pâtissent. Mais. En effet. Refus du traitement (Nananda et al. 1998). L’obtention d’informations fiables dans ce domaine constitue sans doute l’obstacle le plus sérieux. etc. 1991). Selon cette définition. 1987). la délivrance.. les conséquences des données de niveau général ne sont pas négligeables. Conrad. Or.. 1978 . le relatif recul des benzodiazépines à la fin des années 1980. 1989). affirmation d’autonomie face au médecin (Blaska. plus qu’elle ne relate un arrêt massif de l’usage chez les consommateurs réguliers d’anxiolytiques (Williams. par suite. cette décroissance traduit d’abord la réduction du nombre de nouveaux patients prescrits. reprise épisodique de la consommation. 1990). indique bien une décroissance globale de la consommation de ces produits. Le Moigne. ce qui contribue à aplanir les différences entre consommateurs occasionnels et consommateurs réguliers. 1987 . souvent. il y a loin entre la posologie ordonnée par le praticien et l’usage médicinal du patient : arrêt prématuré du traitement voire absence d’utilisation du produit. Or. peuvent concerner jusqu’à 30% des ordonnances2. Johnson et Vollmer. 1987).

qu’on situe souvent entre recours et abstinence (Orcutt.. 1988). l’idée d’une parfaite adéquation entre spécificité de produits et particularité de troubles appelle un véritable débat (Ehrenberg. D’autre part. notamment sur la question du bon usage thérapeutique (Zarifian. Baumann et al. 1998). 4) Une population cible ? En dehors des problèmes de mesure et de contenu. 7 . de la diversité des motifs de recours. Au terme de quoi. Ce mouvement a contribué à élargir l’éventail du traitement et de la pratique médicale (Karsenty. insomnie alternent ici avec l’accompagnement et le soulagement des maladies invalidantes ou du risque vital (Sermet. 1996). 1985 . sans que par ailleurs le fonctionnement pharmacologique des médicaments ne soit parfaitement connu ni démontré (Cohen. 1996).. ne permet pas de sélectionner réellement une population cible.. anxiété. 1982 . la prévention du risque cardio-vasculaire (Le Moigne et Colin. 1991). c’est-à-dire d’une action conforme et limitée à leur vocation. rappelons-le. paraît donc tomber un peu à plat au regard de la diffusion des produits. Le débat. Mélancolie. 1996). est une chose . 1991 . elle oblige à défaire en pensée le lien souvent admis entre la consommation de psychotropes et la présence d’un trouble mental. Que cette évolution prête à critiques. des douleurs menstruelles (Ashton. sous l’apparition d’entités cliniques mal définies . en tout état de cause. D’une part.3) Une thérapie du psychisme? Il convient également de se prémunir de l’idée selon laquelle la délivrance de médicaments psychotropes répondrait à une indication thérapeutique bien circonscrite. détresse. évaluée à ce niveau de fréquence. 1995). Swain. 1991 ). Haxaire et al. et de l’amplitude des durées de consommation. 1991)… Ce constat commande la question suivante : que soigne le médicament psychotrope? L’éventail des indications n’a cessé de s’élargir depuis le début des années 1950. Broadhead et al. le niveau de consommation est de loin supérieur à la distribution réelle du trouble dépressif ou des psychoses. Par son caractère extrêmement répandu. 1996) – et de l’influence croissante de la psychopharmacologie. rien n’indique que les médicaments soient effectivement pourvus d’un “effet primaire” (Montagne.. la lutte contre les effets secondaires d’une première médication (Closser. 1997). Widlöcher. 1985 . pour ne considérer que l’aspect d’indication des anti-dépresseurs ou des neuroleptiques (Hadsall et al. stress (Legrand. le traitement de l’obésité.dépression. 1978 . la consommation. déclarent avoir consommé au moins une fois ces produits au cours de leur vie. 1994). l’étude de la consommation soulève une difficulté de caractérisation qu’on peut formuler de la manière suivante : l’usage des médicaments psychotropes décrit-il une catégorie spécifique de comportements à laquelle associer une population ellemême particulière? Près de 50% des personnes interrogées.

aux possibilités d’un travail statistique. à savoir la médecine ordinaire. au-delà des catégories de la biologie. Proposition d’une grille de lecture En résumé. patients et médecins ont fini par imposer au recours leurs propres logiques d’action. qu’on aborde maintenant. Cette présentation reprend un à un l’ensemble des éléments les plus souvent évoqués en vue de décrire et d’expliquer à la fois les mécanismes de la consommation. 2) que leur usage correspondrait à des normes d’indication et de comportement stabilisées. faute d’accès à l’information. à savoir : 1) l’effet du genre et des définitions sociales des rôles sexuels . au-delà de l’argument pharmacologique. 2) l’impact de l’âge et du cycle de vie . 4) l’influence exercée en propre par le corps médical et l’industrie pharmaceutique. entre les substances et un public particulier de consommateurs. l’étude des consommations liées aux marchés illicites souffre d’une carence évidente : elle continue d’échapper. C’est dans cet esprit qu’on a choisi de présenter et de discuter à la fois les résultats de recherche. l’analyse de la consommation de médicaments psychotropes requiert d’abandonner l’idée : 1) que les propriétés des produits sont explicatives de la décision de recours et des caractéristiques de la population consommatrice. essentiellement quantitatifs. de la chimie et de la médecine. organisent dans les faits la profusion et la diversité d’usage des produits. et incidemment aux nuisances de l’environnement urbain . que la psychopharmacologie pourrait fonder. 8 . Le propre de l’analyse sociologique est de tenter de comprendre comment. 3) l’incidence imputée à la précarité ou aux difficultés économiques. on évoquait l’absence d’unité entre la vocation initiale des produits et le faisceau pathologique pour lequel ils sont prescrits. Comprendre ce phénomène exige de décrire les facteurs qui. normes de prescription). Ajoutons qu’on a laissé volontairement de côté les recherches consacrées à la médication en institution ainsi que la consommation dite de déviance. Ces facteurs sont de nature sanitaire (morbidité. L’adéquation entre trouble. Ce constat doit donc être agrémenté d’une donnée supplémentaire : il n’existe pas non plus de rapports a priori. prescription et usage médicamenteux n’existe pas. On a voulu en effet consacrer l’essentiel du propos au terrain de prédilection des consommateurs.Plus haut. c’est-à-dire intégrée à certaines polytoxicomanies. mais ils dépassent de loin le cadre étroit du laboratoire et des codifications médicales. Par ailleurs.

on n’a pas pu rapporter cette différence. Autrement dit. comparées à celles des hommes. 1994). Carta et al. laquelle confère par exemple aux femmes un devoir d’implication plus grand dans la gestion de la morbidité. Trois types d’explication ont été données à ce phénomène (Cafferata et al. surtout les plus jeunes d’entre elles. le nombre excédentaire de consommatrices ne peut être expliqué en totalité par l’hypothèse d’une plus grande concentration de difficultés organiques. et de sa prise en charge sanitaire (Home-Hansen. Morabia et al. notamment pour des difficultés d’endormissement (Sermet. à titre d’hypothèse. ou encadrée par l’autorité maternelle. rapporté au fait que le public de la pédiatrie est lui-même dominé en médecine générale par les enfants de sexe masculin. plus durable et plus important en volume (Cooperstock et Hill. sa recevabilité médicale Le premier type d’explication remet en cause l’idée selon laquelle la consommation féminine serait liée au fait que “les femmes sont plus malades que les hommes”. à leur santé mentale ou à leur vulnérabilité psychique (Ledoux et Choquet. 1983 . 1996-b). Mais. L’énoncé de la plainte. Il convient de noter toutefois.5 fois plus souvent des médicaments psychotropes (Laurier et al. ce sont les garçons qui sont plus souvent prescrits par les médecins. et se note par exemple à l’attention et au crédit que les adolescentes prêtent. L’explication la plus probable impute le phénomène. d’une part. d’autre part (Cooperstock. notamment dans le domaine de la dépression. comme on le verra plus loin.. qu’avant l’adolescence. 1989). 1978 . 1992)4. Il est possible d’admettre que les femmes.. 1985 . 1983).. Verbrugge et Steiner. 1997). ont un taux de morbidité psychiatrique supérieur à celui des hommes. 1991 . 1995). leur recours est plus fréquent. comparées aux garçons.. et de demander au médecin d’en répondre. 1990 . Par ailleurs. Leurs ordonnances. psychiques ou sociales chez les femmes (Tamblyn et al. 1971.. Il resterait toutefois à dire si ce surcroît de fréquentation se déduit d’une attention plus 9 . mais elles sont moins souvent génératrices de mortalité (Aiach et al. de prêter une attention particulière aux problèmes de santé. La transmission de ces apprentissages par la mère est renforcée par le fait que celle-ci est souvent le premier consultant à qui l’adolescente demande conseils et médications. parmi les produits de la pharmacie familiale (Pedersen et Lavik.La place des femmes dans la production du soin La plupart des études concluent à une majoration de la prescription auprès des femmes. biologique ou psychique. Baumann et al. Cooperstock. La qualité du patient : influence de l’âge et du sexe A. 3) l’incidence des carences du soutien social auprès des femmes. Leurs affections sont plus nombreuses. Riska. plus souvent que les hommes. On a pu noter ainsi que la consommation des psychotropes débute chez les filles par “une ponction” personnelle. 2) la surexposition féminine aux événements stressants .5 et 2.. mais à une pratique héritée de la division sociale des rôles sexuels. Cet excédent de prescriptions pourrait être. Lovell et Fuhrer. 1996)). ni à des facteurs endocriniens ni. 1995)... Cafferata et Meyers. Aiach et al. 1989) : 1) l’influence des définitions culturelles du soin selon le sexe .I. Cette compétence leur assigne. 4 Cette disposition culturelle est apprise dès les premiers âges. 1991 . non pas à un fait de santé. 1979 . à la surexposition des femmes à des événements pénibles (Widlöcher.. 1982 . 1992). comprennent entre 1.

Cette prescription concerne d’abord les femmes mais surtout la part d’entre elles qui démontre un vif attachement pour les valeurs traditionnelles affectées au rôle féminin. le cas échant. au contraire. Ce raisonnement pourrait être confirmé. Ce qui reviendrait à dire que ni le faisceau pathologique ni la proximité au système de soin évaluée aux fréquences de la consultation.. et anticipée à la fois par le médecin. Au terme de cette discussion.. Que faut-il comprendre ici ? En vue de résoudre leurs difficultés. de s’en sortir seules. par les études qui ont cherché à comparer le recours aux médicaments à la consommation d’alcool chez les femmes. 1983). qui a conduit cette comparaison. les individus mobilisent des aptitudes personnelles.. en revanche. ils recourent à la contribution d’un tiers. Ainsi. celui-ci aurait tendance à délivrer plus facilement des médicaments psychotropes aux femmes. 1995). elle fixe par avance les caractéristiques des populations susceptibles. tel qu’il est trop souvent présenté par les enquêtes. Dans la mesure où cette attitude est reconnue. Le choix entre l’une et l’autre de ces voies de recours dépend de nombreux facteurs : la nature du problème. l’expression de leurs problèmes émotionnels auprès du praticien (Cafferatta et al. Cette étude a l’avantage de déconstruire l’aspect monolithique du comportement féminin. La norme d’internalité n’en a cure. ou exige. les femmes qui font un usage exclusif des médicaments paraissent plus soucieuses des conventions familiales. celles de leur entourage. les femmes sont également appelées à investir plus tôt et plus fréquemment le rôle de patient (Chenu. dresse le portrait de deux populations distinctes : les femmes qui font un usage exclusif de l’alcool s’estiment en meilleure santé. Dans la mesure où l’autonomie féminine est peu plébiscitée par cette norme. se montrent davantage critiques à l’égard des rôles féminins traditionnels et prônent une certaine autonomie . dans la mesure également où le praticien tend à partager ce point de vue. les ressources détenues par les individus. Une étude française avance ici une hypothèse complémentaire (Baumann et al. 1988). ne constituent des facteurs suffisamment explicatifs de la sur-prescription féminine : il convient d’intégrer à cette disposition l’effet de renforcement exercé par le contenu de la plainte féminine et par l’attention que lui réserve le prescripteur. 1986). de “nécessiter” une aide.Dispensatrices de soins profanes. il s’en déduit logiquement une majoration du concours médical et de la prescription pharmaceutique auprès des femmes. etc. 1996). Cette disposition culturelle facilite. d’une volonté de contrôle plus affirmée à l’égard du comportement des garçons (Le Moigne et Colin. pour les unes. comparant les ordonnances d’hommes et de femmes de même âge. au détour. affectés par des problèmes de gravité et de chronicité similaires. Pihl. cette étude met l’accent sur “la norme d’internalité”. la question qu’on doit se poser revient à soutenue des mères à l’égard de la progéniture masculine ou s’il témoigne de leur part. pour les autres. elles mentionnent davantage de problèmes personnels et se déclarent favorables à un soutien externe (Pihl et al. 1997). 10 . Verbrugge et Steiner. Afin de rendre compte de l’influence que les stéréotypes sexuels exercent en propre auprès du praticien. Héritée des stéréotypes sociaux. ont pu constater que des différences de prescription en matière psychotrope demeuraient en vertu du sexe du patient (Verbrugge et Steiner.

les femmes. tel qu’il est distribué chez les hommes. etc. Ashton admet que la détresse psychologique est plus répandue chez les femmes. il convient d’adjoindre à cette explication la part imputable au “taux de détresse psychologique”. d’autre part. Après avoir isolé l’influence exercée par l’âge. Les femmes et le stress Cafferata et son équipe ont cherché à élargir le propos en tentant de redonner consistance au facteur étiologique. elle serait plutôt à rechercher dans le fait que de nombreux désordres physiques (douleurs menstruelles. la prescription des produits psychotropes auprès des femmes n’est pas spécifique : comme on l’a dit. 1991). obésité) sont diagnostiqués chez elles comme étant de nature psychologique. quel que soit le trouble considéré. les femmes ont toujours deux fois plus de chances de recevoir des produits pharmaceutiques que les hommes. En fait. Si spécificité il y a.). Ils reconnaissent le rôle joué par les “indications” culturelles en matière de soins et de médications.savoir : 1) si la souscription de ces femmes à la division des rôles sexuels leur recommande de rechercher un appui médical plutôt qu’un recours personnel. d’une part. L’étude d’Ashton livre un élément critique de taille à l’explication qui entend déduire la “surconsommation” des femmes d’une plus grande exposition au stress (Ashton. les auteurs concluent qu’il est possible de dégager pour les femmes des formes d’explication du recours qui obéissent : 1) à leur exposition à des événements de vie plus nombreux . c’est-à-dire à l’idée qu’une surcharge de problèmes permet d’expliquer pourquoi les femmes font un plus grand usage des médicaments psychotropes (Cafferata et al. 1983). il est possible de se demander si l’argument de la surexposition des femmes au stress n’a pas quelque chose à voir avec le raisonnement auquel emprunte aujourd’hui la pratique médicale. Intéressons-nous au premier facteur. c’est-à-dire y compris pour des affections organiques. difficultés de la relation conjugale. indépendamment de leurs motifs de souffrance ? 2) Ou bien si leur exigence de conformité aux modèles conventionnels les expose à davantage de difficultés ? C’est en partie le sens qu’on peut donner aux tentatives d’explications qu’on présente maintenant. quel que soit le médicament considéré. Dans le corps professionnel. cette catégorie tend à “recycler” du côté du psychique et des problèmes individuels une somme indéterminée d’éléments de factures fort disparates (anxiété face à la maladie. avant de revenir sur le second. leur ordonnance en pharmacie est toujours supérieure à celle des hommes. Ainsi compris. Selon eux. Autre manière de dire que le “règne” du 11 . En effet. selon Ashton. mais il conteste le fait que cette caractéristique connaisse un débouché thérapeutique approprié : la prescription de psychotropes est aléatoire et n’obéit qu’occasionnellement au dépistage de difficultés psychiques.. l’auteur fait remarquer que. mais ajoutent qu’il ne peut être tenu pour déterminant. problèmes liés à l’activité professionnelle. 2) aux difficultés que suggèrent en propre les responsabilités liées à leur rôle familial. l’état de santé et l’accès aux soins des personnes.

Cooperstock et Hill ont pu ainsi faire remarquer. cette situation s’avère difficile à vivre lorsqu’elle n’est pas choisie ou que les espérances qu’elle laissait imaginer ont été déçues. il convient de faire remarquer que le statut de femme au foyer n’est pas explicatif en soi. cellesci ne disposent pas d’une “porte de sortie”.. Cette remarque paraît s’appliquer en propre à la sur-représentation des femmes inactives de la classe ouvrière parmi 12 . Ces femmes. qu’on retrouve d’ailleurs très fréquemment dans la littérature : l’idée selon laquelle la surconsommation des femmes pourrait être expliquée par les difficultés auxquelles les responsabilités familiales les exposent en propre. Plusieurs remarques s’imposent dans l’un et l’autre cas. En effet. la probabilité d’un recours aux psychotropes était d’autant plus grande qu’elles estimaient bénéficier d’un soutien trop faible de la part de leur conjoint et de leurs enfants. Les chercheurs donnent comme exemple le cas des familles de type traditionnel où l’homme travaille à l’extérieur du domicile tandis que la femme prend en charge les tâches domestiques.psychique et d’une attribution individuelle aux raisons du mal être paraissent d’abord mettre en cause les femmes. 1983). Ainsi compris. et qu’elles avouaient ne disposer d’aucune ressource alternative en vue de faire face aux obligations que leur entourage exigeait d’elles (Gabe et Thoroughood. Gabe et Thoroughood ont indiqué de leur côté que. observent-ils. Le Moigne. L’isolement féminin Revenons au deuxième élément retenu par Cafferata et son équipe. D’abord.. par ailleurs. qu’une partie importante des abstinentes se recrutent précisément parmi les femmes sans profession (Rösch et al. à l’instar des mères de foyer monoparental ou de celles qui s’occupent d’un conjoint en mauvaise santé. bien qu’il soit toujours mis en lumière par les enquêtes (Guignon et al. Que faut-il en conclure : a) que ces femmes rencontrent davantage de difficultés parce qu’elles assurent la pénible gestion de la sphère domestique . b) ou bien parce qu’elles assument cette tâche dans le plus complet isolement? Chez les auteurs. notamment en France. tantôt par le fait qu’elles ne bénéficient pas d’un soutien familial suffisant (Cafferata et al. 1996-a). que l’usage des médicaments semblait répondre chez les femmes à des tensions qui “étaient engendrées par leur incapacité à se plier au rôle traditionnel qu’on attendait d’elles” (Cooperstock et Hill. parmi les femmes de la classe ouvrière anglaise. d’autres études de consommation tendent à montrer. le statut de mère au foyer peut se révéler en effet fort problématique dans l’hypothèse où la situation qu’il décrit n’est pas conforme aux attentes ou aux aspirations des femmes et que. 1989). les deux dimensions paraissent interchangeables : ils expliquent la consommation importante de ces femmes. dans le cadre d’une étude entreprise à la fin des années 1970. 1982). a) Les contraintes de l’univers domestique. 1986).. 1994 . ont en probabilité plus de chances de consommer des tranquillisants. tantôt par le fait qu’elles doivent composer avec un environnement peu gratifiant. En vérité.

venant appuyer ce propos. 1996-a). Le Moigne. la consommation durable des inactives. les hommes choisissant généralement d’autres manières de faire face. sans conjoint ni enfants. 1996-a). des femmes divorcées ou séparées. le veuvage étant. l’usage des médicaments psychotropes demeure chez les hommes assez marginal jusqu’à l’âge de 60 ans. En effet. 1996 . Et les hommes ? L’ensemble des propositions avancées par les chercheurs en vue d’expliquer la prépondérance de la consommation féminine finit.. Le Moigne. c’est de savoir dans quelle mesure l’individu est intégré à un réseau (familial. Ensuite. amical ou professionnel) suffisamment actif pour lui permettre d’obtenir la contribution d’autrui (Chambers et Griffey. l’hypothèse d’un recours imputable à une disparition du réseau familial prête à une dernière objection : le tissu relationnel des consommateurs réguliers paraît en effet davantage marqué par l’absence de relations amicales que par la rupture ou la relative fragilité des échanges avec les parents (Allard et al. Si on ne tient compte que du fait de vivre seul. b) La solitude des femmes. le cas échéant. Avant le départ en retraite. que le règlement des difficultés de vie (la possibilité d’en parler par exemple) connaît un meilleur sort lorsqu’il s’appuie sur le réseau des proches plutôt que sur celui de la parenté. 1975). L’idée avancée par les théories du soutien social est que la raréfaction ou l’éclatement du tissu relationnel serait davantage préjudiciable aux femmes . moins maîtrisées (alcool) ou plus expéditives (suicide). une “spécialité” féminine dans la mesure où l’espérance de vie des femmes continue d’être supérieure à celle des hommes. Enfin. Cela ne veut pas dire que le recours médicinal soit inexistant chez les hommes actifs : il est le plus souvent épisodique. Pour 13 . et pour des durées plus relatives. plusieurs confusions semblent être faites. la présence d’un cercle d’amis semble “protéger” plus directement de cette consommation. par éclipser le recours masculin.les consommateurs réguliers de psychotropes (Rösch et al. D’abord. à condition là aussi de préciser le propos. 1989). En somme. ce qui reviendrait à dire. ce qui importe davantage.. il n’est pas certain que le recours privilégié des femmes aux médicaments démontre qu’elles sont plus sensibles aux difficultés soulevées par la décomposition de la cellule familiale ou le passage à l’inactivité : il indique seulement leur préférence pour un règlement médical. De fait. L’hypothèse de l’isolement social mérite également d’être retenue.. c’est-à-dire inférieur à 6 mois consécutifs de traitement. des veuves. il y a peu de chances que ce facteur ait une incidence sur la propension à consommer. à titre d’hypothèse. Ici. il est normal que les veufs ne soient guère représentés parmi la population consommatrice. si on peut dire. 1989 . il est largement concurrencé par la consommation d’alcool au point que certaines enquêtes ont pu conclure à un rapport d’exclusion entre les deux produits (Rösch et al. comme on peut en juger à ce qui précède.

Ainsi donc. Pour les plus âgés. sous la forme d’une rencontre entre les 14 . au poids exercé par l’usage chronique des femmes de 40 à 60 ans.. 1979).. ne signifie pas que le rapport à l’activité soit pour eux l’unique motif de souffrance ou que les relations professionnelles leur réservent davantage de contraintes : cette forme d’indication souligne simplement que la plainte masculine peut être exprimée et reçue à la fois en médecine lorsqu’il est question des difficultés de l’emploi.. A l’inverse. on observera que les indications les plus souvent mentionnées pour les hommes (difficultés au travail. L’intérêt de la consommation masculine. à la mettre en cause : incapacité à s’en sortir seule (Baumann et al. bien qu’à vrai dire on sache encore peu de choses dans ce domaine. ou à l’apparition d’une maladie invalidante (Rösch et al. il importe de mentionner le rôle joué par le filtre de la formulation médicale des difficultés de vie. Cela ne veut pas dire que les difficultés liées à la séparation conjugale ou à la décomposition de la cellule familiale ne les atteignent pas. 1994). pour l’essentiel.. divorcés ou veufs. 1979). Là encore.. Au détour. n’agit pas sur leur propension à consommer (Rösch et al. l’observation des usages chroniques indique un aplanissement des différences entre les sexes à partir de 60 ans. ou rencontrant des problèmes au travail. la surreprésentation des femmes ne peut être démontrée que pour la frange des recours les plus durables. 1996). 1989). 1989). pour les hommes de 30 à 60 ans. mariés. Enfin. Par exemple. il est souvent fait mention des désordres imputés à l’inactivité. notamment au passage à la retraite. maladie). Pour le dire autrement. le fait que les médicaments psychotropes soient plutôt ordonnés aux hommes en situation de chômage. il est souvent noté que le recours masculin aux psychotropes n’est pas sensible au statut matrimonial : le fait que les hommes soient célibataires.ces recours occasionnels. obéit au registre des causes invoquées. et une relative égalité à partir de 75 ans (Allard et al. cessation d’activité. difficulté à assumer le rôle attendu de la femme au sein de la famille (Cooperstock et Lennard. 1996). L’analyse souligne généralement. Autrement dit. il n’est d’ailleurs pas possible d’établir une différence significative entre les sexes : pour la population en âge de travailler. hypocondrie féminine (Ashton. mais cela signifierait plutôt qu’exposer ce genre d’affliction au médecin ne va pas de soi pour eux. Elle mentionne également l’effet des difficultés physiques et psychiques produites par l’activité de travail (Cooperstock et Lennard. la “surconsommation” féminine décrit un phénomène redevable. Pour résumer et conclure à la fois sur l’incidence du genre. l’incidence de la dégradation du niveau de vie. parfois. 1991). qui survient entre 40 et 60 ans et surtout dans les milieux populaires. le syndrome de la retraite) ou organiques (les dysfonctionnements du corps). due en particulier au chômage (Guignon et al. il paraît possible d’avancer le diagnostic suivant : on peut analyser la “sur-consommation” des femmes. les catégories de prescription dédouaneraient plutôt le patient alors qu’elles contribuent à personnaliser le sort de la patiente et. etc. de nombreux désordres sont évacués de la scène thérapeutique par les hommes et les praticiens à la fois. ménagent toujours une part de causes collectives (les relations professionnelles.

C’est ainsi. représente un niveau de recours de 2 à 3 fois supérieur à celui des plus jeunes (Hendricks et al. C’est la raison pour laquelle on ne dispose pas. Fourrier et al.. Gustaffson et al. souvent. où situer l’origine du phénomène étudié? De la même manière. l’incidence des épisodes d’hospitalisation. de la multiplication des événements de vie . passé le cap des 60 ans. 1993 . On estime que 30% des femmes et 20% des hommes de plus de 60 ans consomment régulièrement des médicaments psychotropes (Guignon et al. De nombreuses enquêtes ont tenté de rendre compte de ce phénomène. et le comportement d’une médecine généraliste largement acquise à l’idée de leur incapacité. donc vraisemblablement. d’une part.frustrations et les tensions inhérentes à leur “maintien” dans la sphère privée.. peuvent créer des difficultés psychiques qui à leur tour contribuent à l’entrée en maladie des personnes : dans ces conditions. à de rares exceptions près. à l’âge et au statut matrimonial dans la mesure où l’un et l’autre des ces facteurs sont fortement intriqués? 15 . pour reprendre une expression québécoise. d’un modèle organisé d’explication permettant de pondérer le poids de chacun des facteurs isolés par la recherche. 1991). 1985).. 1989 . Mishara a tenté par exemple de dresser la liste des causes repérées au titre d’élément explicatif de la relation observée entre âge et consommation : la pratique de prescription des médecins. du déclin des relations sociales.. en tentant de mesurer l’influence d’une seule variable. du veuvage. malheureusement. Jensen et al. cette proportion s’élevant à 70% de la population âgée lorsqu’on considère uniquement les personnes résidant en institution (Aguzzoli. les épisodes du deuil. de l’état de santé physique. 1994) . Mc Kim. 1996). respectivement. 1996 . constituent au regard de la littérature autant de pistes plausibles d’interprétation (Mishara.. Par exemple. l’influence du genre. la probabilité d’un veuvage croît sensiblement : comment alors connaître la part d’effet due. Ostoj. inversement. B. que la recherche tend à décrire comme “événements de vie” (Pérodeau. Sermet. 1990). 1994 . pour une femme. le rôle des institutions de soin . ou bien encore de l’altération de la santé mentale. que 40% des benzodiazépines seraient délivrées aux personnes de plus de 60 ans (Closser. Il faut dire que l’abondance des prescriptions ordonnées aux personnes âgées est largement démontrée. Comme on aura pu l’observer sans doute.. 1991). La consommation des “aînés”. ces facteurs interagissent souvent entre eux : la dégradation de la santé physique et l’expérience du vieillissement agissent sur le bien-être psychologique des personnes. 1996). sur leur santé mentale (Allard et al. les variables utilisées sont souvent redondantes. les croyances des personnes âgées à l’égard de la santé et des médicaments psychotropes en particulier . d’autre part. par exemple. 1996) . Caroselli-Karinja.Le rôle de l’âge : entre maladie et maintien de l’intégration La littérature scientifique consacrée à l’influence de l’âge sur le niveau de consommation est également très fournie (Mishara.

1989 . Le fait que les personnes inactives en raison d’un handicap ou d’une maladie invalidante connaissent. 1991) : dans ces conditions. l’impact des conditions de vie passées de la personne âgée. leur isolement social. à l’effet surdéterminant de la morbidité et. et sans doute parmi les plus plausibles. par la fréquence de leur consultation.. est de savoir en quoi le recours aux psychotropes décrit chez la personne âgée une réelle spécificité de consommation.. Néanmoins. 1995).. 1994) permettrait par ailleurs d’étayer ce raisonnement. quel que soit l’âge. le risque cardio-vasculaire et les problèmes articulaires (Le Moigne et Colin. déjà largement évoqués pour la consommation féminine : 1) la morbidité accrue des personnes âgées . Certaines études signalent un lien possible entre la médication psychotrope et un faisceau limité de pathologies organiques : l’invalidité et le risque vital (Sermet.Ces difficultés conduisent logiquement à présenter des hypothèses d’explication permettant de hiérarchiser le poids de chacun des facteurs. Guignon et al. En effet. b) ou bien révéler. Bourque et al. ni même d’un groupe d’âge : elle serait à intégrer. les personnes âgées rencontrent une probabilité exceptionnelle de prescription qui pourrait suffire à expliquer pourquoi le recours aux psychotropes est plus fréquent chez elles.. la médication de confort et le soin palliatif. compte tenu de “l’habillage” somatique que revêt après 60 ans la pratique médicinale. Parmi la série des causes les plus souvent invoquées. la question qu’on peut se poser.. la recherche a tendu à distinguer trois facteurs prépondérants. “toujours un des meilleurs prédicteurs de la consommation de médicaments” (Mishara. La déclaration d’un problème de santé. 16 . c’est-à-dire un effet direct et prépondérant de la maladie . 2) leur plus grande confrontation aux événements douloureux . 3) enfin. 1991. selon l’expression de Mishara. 1997). Ce sont ces trois modes d’explication qu’on a choisis de discuter ici. la plus forte probabilité de consommation (Rösch et al. Une relation directe relie en effet la consommation de médicaments psychotropes au nombre d’affections déclarées ainsi qu’au nombre de prescriptions ordonnées (Hendricks et al. le médicament psychotrope vient appuyer dans ce contexte une politique de soin qui paraît osciller entre l’action préventive. ce qui représente un niveau de recours 7 fois supérieur à la moyenne (Hendricks et al. reste. 1992). a) L’impact de la morbidité. par leur proximité au système de soins. 70% des personnes âgées consomment de manière journalière un médicament au moins. en particulier de facture organique. cette consommation ne serait spécifique ni de la médication des populations âgées. de la prise en charge sanitaire. 1991 . derrière l’influence de l’âge. ne doit-on pas attribuer la consommation de psychotropes des aînés au simple fait d’abondance de leur médication? En outre. 1996). quel qu’il soit. Un effet de l’entrée en pathologie? L’imputation de la consommation des personnes âgées à leur état de santé est complexe : a) cette relation peut souligner l’incidence de l’augmentation significative de la morbidité avec l’âge. Coons et al. Autrement dit. par suite. Ainsi compris. derrière la pathologie elle-même..

mais elle doit être à son tour relativisée. 1991 . 1994 . mais elle n’est pas suffisante. Enfin. 1981). Ostoj. 1988) : elle dépend pour beaucoup des modes de vie . chez les plus de 60 ans. tant en volume qu’en fréquence. D’abord. au premier abord : parmi les études qui se sont penchées spécifiquement sur la structure démographique des consommateurs âgés. Or. que l’usage des personnes âgées connaisse une relative décrue après 75 ans s’explique fort bien par la multiplication du risque sanitaire qui croît avec l’âge. 5 17 . Par ailleurs. Autrement dit.. L’idée selon laquelle l’âge ne mérite d’être pris en considération qu’indirectement.. nombreuses sont celles qui concluent à l’absence d’effet d’âge (Hendricks et al. La critique de l’effet de l’âge possède sans nul doute une grande part de vérité. 1996). le revenu ou le niveau d’intégration sociale s’avère plus déterminant que l’utilisation des services de santé (Eve et Friedsman. d’une part. 1996-a)5. Pérodeau. le fait que la consommation des plus 60 ans n’enregistre pas de variations significatives. 1991). revient à prêter un rôle surdéterminant à l’accès aux soins. ne permet pas de conclure à l’absence d’un tel effet. une continuité de l’influence du genre (Stewart... Lui-même crée ses propres dérégulations. Ce diagnostic n’est tenable qu’à condition de faire abstraction du niveau de consommation des plus jeunes : il y a effet d’âge dans la mesure où le recours des aînés concentre bel et bien une part essentielle de la consommation effectuée dans l’ensemble de la population . 1988 . 1998)? Plus étonnant encore. et par les difficultés auxquelles les effets secondaires des médicaments psychotropes exposent les patients les plus âgés. d’autre part (Tamblyn et al. pour les femmes. Allard et al. caractéristique qu’on ne saisit pas lorsqu’on limite la population d’étude aux plus de 60 ans. alcool (Nizard et MunozPerez. accidents de la circulation routière (Ray.tabac. autant d’éléments qui doivent dissuader de réduire l’âge à une profusion pathologique que le psychotrope aurait pour objet d’accompagner ou de soulager. la consultation médicale est une condition nécessaire à la croissance significative de la consommation. Stewart et al. mais on serait tenté d’ajouter que la probabilité d’une médication psychotrope dépend largement de la pathologie déclarée. la présence d’une antériorité de traitement surdétermine la probabilité de consommation après 60 ans. au motif que la proximité des plus de 60 ans au système de soins est décuplée. 1992). 1993) – mais également des conditions de travail qui ont précédé le De nombreuses études portent d’ailleurs sur les facteurs de morbidité liés à la prise de ces médicaments chez les personnes âgées : hospitalisations (Closser. sous une nouvelle forme. affections chroniques imputables aux substances psychotropes (Hendricks et al. des études tendent à montrer que la morbidité n’est pas également distribuée parmi les plus de 60 ans (Chenu. Là également. il y a plus d’un pas entre le fait de fréquenter les cabinets médicaux et le fait de se voir prescrire un médicament psychotrope (Le Moigne. 1991). la tentation de renoncer à l’idée d’un effet d’âge. L’effet d’âge masquerait-il.. y compris lorsqu’on est âgé. Eve et Friedsman ont pu faire remarquer dans ce sens que. voire à une diminution de la consommation après 75 ans (Buck. peut être également soutenue à partir des recherches de Stewart.b) L’impact des conditions de vie antérieures. 1990). L’élément somatique intervient chez les personnes âgées. 1996-a). Celles-ci tendent à montrer que.

Comme pour le genre. produit des signes nets de dépression chez 35% des sujets un mois après l’épisode du décès. pour être compris. C. 1996). du fait de leur expérience de vie. les résultats d’enquête sont contradictoires : dans certains cas.. Mais. ne doit pas être considéré comme monolithique : il doit être. l’effet de l’âge. Ainsi. maladie et isolement peuvent expliquer en effet l’abondance de consommation des femmes ou des personnes âgées. il est en effet possible de penser que leur âge les prédispose à avoir vécu un nombre cumulé d’épisodes douloureux (séparation. c’est-à-dire pour l’essentiel par le travail industriel (Touranchet. sinon pratiquement pas au moment où elle est en activité (Jacquinet-Salord M. En dehors de l’effet attribuable à la nature des événements retenus par chacune de ces études. deuil. ajoute-t-il. En particulier. l’usage des hypnotiques chez les personnes âgées. dont on a déjà critiqué la perspective à propos de la consommation des femmes. Widlöcher suggère que les expériences de perte (deuil. comme le souligne d’ailleurs Widlöcher. on peut estimer qu’elles sont confrontées en propre à davantage de difficultés au motif que le décès du conjoint s’ajoute dans leur cas. moins. 1996-b). inséré dans le contexte social dont dépend la personne. dans la mesure où il devient alors possible de conjuguer l’effet de ces variables au rôle exercé par les difficultés que rencontrent en propre les milieux ouvriers (Le Moigne. plus grand chez elles.passage à la retraite. 1996). avec une plus grande probabilité. mérite une inspection plus circonstanciée. dans d’autres. Ainsi compris. peut-on aller jusqu’à dire qu’une partie de leur abondance de consommation peut être expliquée par la somme des événements qu’ils ont dû affronter au cours de leur vie? Comparativement aux plus jeunes.. Mais. cessation d’activité. Ces conditions d’emploi exercent d’ailleurs leurs effets le plus souvent après que la personne ait cessé d’être active.. Un effet du cumul des événements de vie? Compte tenu du poids exercé chez les plus de 60 ans par les conditions d’existence passées. par exemple. l’organisation familiale et les conditions de travail décrivent des seuils de vulnérabilité fort différenciés selon les milieux sociaux. baisse de revenu…). la multiplication des événements de vie paraît agir logiquement sur la consommation de psychotropes (Allard et al. si on accepte l’hypothèse que le risque de cumul est. Par ailleurs. 1985). elle semble au contraire n’y tenir aucun rôle (Pérodeau et al. c’est moins la nature des événements qui paraît décisive dans le déclenchement des états dépressifs que leur répétition (Widlöcher. les recherches effectuées dans ce domaine indiquent que 2% seulement des personnes confrontées à cet 18 . est logiquement lié à une période antérieure d’activité marquée par le travail alterné en équipe et les “trois huit”. 1993). perte de l’emploi) sont en effet à considérer parmi les événements les plus pathogènes. aux épisodes douloureux qu’elles ont déjà eu à subir. Ici. ajoute-t-il. Ces conditions sont donc en probabilité plus souvent réunies chez les personnes âgées. et al. ainsi qu’à leur mesure. La perte du conjoint. il reste que l’optique du life events. séparation. 1992). c’est-à-dire d’une caractéristique avant tout individuelle.

l’agitation. 1985).événement nécessitent en moyenne un traitement spécifique. le poids attribuable aux événements de vie s’avère en fait assez faible. 1996). 1987 . la personne âgée peut réussir à motiver pour son propre 19 . Repli de la personne âgée ou recherche d’influence? Le facteur d’isolement constitue sans doute un élément plus spécifique de la consommation des personnes âgées (Eve et Friedsam. L’auteur montre par exemple. d’une part. De ce point de vue la consultation. En effet. tantôt déterminant. Shelowitz. et la présence de la parenté. La maladie ou l’hypocondrie. Si donc on ne prend pas en compte cette dimension d’isolement. d’une part. d’autre part. l’absence de recours dérive moins des avantages que la personne âgée reçoit de la sollicitude familiale qu’il ne traduit l’emprise que le cercle des proches entend exercer sur la consommation médicinale des aînés (Smart et Adalf. il y a loin entre la surexposition au risque dépressif. Leur incidence dépend en fait d’autres facteurs. ne permet pas de conclure à la démonstration des vertus bénéfiques du soutien familial. alors la consommation des aînés décrit davantage un effet du cycle de vie que de l’âge. une tentative de reprise d’influence.. il est souvent fait remarquer que le taux de consommation chez les plus de 60 ans n’est pas relié statistiquement à la fréquence des contacts avec la famille : l’absence des proches ne paraît avoir qu’une incidence marginale (Allard et al. tantôt sans effet. 1987 . le risque de perdre en contacts avec le milieu de vie décrit une issue souvent rencontrée lors du passage à la retraite. ne suffit pas à expliquer le taux de recours des plus de 60 ans. le fait de vivre seul. ou de ne plus entretenir de relations avec la parenté. dans ce cas. Si cette hypothèse est exacte. C’est moins l’isolement à proprement parler. Souvent. et au premier chef du soutien que le sujet peut recevoir de son entourage. Autrement dit. 1981 . McKim et Mishara. Cette particularité ne peut être généralisée sans prudence. mais elle est d’autant plus marquée que le cercle de sociabilité de la personne a longtemps ménagé une sorte de confusion entre le groupe des amis et celui des collègues. ou la raréfaction des liens affectifs. il se peut en effet que le rôle exercé en propre par les événements de vie apparaisse. la prescription puis la consommation de médicaments paraît servir dans de nombreux cas. d’autre part. Toutefois. Selon l’auteur. 1988). plusieurs éléments rendent cette piste plausible. Certaines études attirent d’ailleurs l’attention sur le fait suivant : l’observation d’un lien éventuel entre l’absence de consommation. De fait. l’agressivité. chez les personnes âgées. le fait de déclarer la maladie et surtout d’intégrer une prise en charge conçue à cet effet. comme on a pu le noter précédemment. y compris dans les cas où ils se cumulent (Widlöcher. Morse. qui semble devoir être incriminé ici que le sentiment (ou le ressentiment) occasionné par la menace d’une privation de rôle social. comment dans le cadre des familles souches du milieu rural du sudouest de la France. appelés à renforcer ou atténuer au contraire l’ampleur des expériences difficiles. D’abord. 1988). peuvent alors être utilisées à des fins de recomposition sociale ou de réintégration : ce que Dupré-Lévêque nomme “l’effet tertiaire” des médicaments psychotropes.

plus généralement. lui-même. dans l’ensemble de ses dimensions. C’est là. ce déplacement de l’interrogation inviterait à considérer plutôt l’effet du vieillissement. Leur consommation n’est donc pas nécessairement liée au déclenchement d’une pathologie. 1996 . acrimonie. bien que ce facteur ne puisse être tenu pour négligeable. autour de l’éventualité de sa déviance à l’égard des normes de comportement : la médication souligne ou anticipe des difficultés qui ont trait à la relation à l’autre. insomnie) de la nécessité d’une médication psychotrope. 1989). la menace d’une complète marginalisation sociale. si bien que la substance finit par occuper la place d’un agent (ré)organisateur de la relation sociale de la personne âgée (Dupré-Lévêque. se rapprochent du parent souffrant. en quoi elle permet d’exiger un soutien sur ce terrain en particulier. Cette vertu n’est pas spécifique à ces médicaments. recommande une surveillance étroite de la posologie. Autrement dit. il paraît donc possible de pointer en amont l’effet des modes de sociabilité et des conditions de travail. dès lors qu’elle les convainc par une “démonstration de caractère” (mauvaise humeur. Le recours témoigne ici.compte la mobilisation des proches et du médecin. font pression sur le médecin qui. mais elle traduit néanmoins leur particularité d’usage. familial ou amical. et pour certaines d’entre elles en particulier. que s’inscrit en propre la spécificité de la consommation des plus âgés : le recours aux psychotropes leur offre une manière de réponse aux difficultés qu’inaugurent et répercutent à la fois la cessation d’activité. des changements que suggèrent aux personnes âgées l’entrée dans un nouveau cycle de vie. 20 . propres à chaque groupe social. l’isolement et la perte d’autonomie. Le recours aux produits psychotropes permet à la personne âgée de mobiliser l’entourage. Kail et Litwak. Derrière l’âge et la maladie. pourrait-on dire. Les enfants déménagent.

en France comme à l’étranger : l’absence de diplôme implique une consommation de 10 points plus élevée que la moyenne . le recours médicinal croît avec le niveau des diplômes. le revenu et la position occupée dans la hiérarchie sociale. les données semblent en effet venir à l’appui de la thèse d’un contrôle social d’origine médicale : selon cette thèse. Ces résultats paraissent aller dans le sens d’une médicalisation de la précarité. 1991) : comment expliquer la divergence des résultats? Un détour par les questions de méthode s’impose ici. d’autre part. chez les hommes en particulier. certainement. comparant la qualité des sources employées par la recherche. 1981). Koumjian est l’auteur qui. 1981 . des inégalités sociales. 2) que leurs prescriptions sont adressées en particulier à ceux qui sont le plus directement confrontés aux jeux de la domination sociale (femmes. d’une part.. Sermet. ont fait remarquer que l’utilisation des bases de données du système de soin américain conduit à sousestimer certaines populations de consommateurs. derrière l’apparence de soins. Pour les psychotropes. rapportent qu’ils n’ont observé aucune relation entre le revenu et le taux de recours (Weyerer et Dilling. la prescription de médicaments psychotropes masquerait. Ces particularités paraissent plus appuyées encore lorsqu’on considère la précarité d’emploi. 1994 . chômeurs) (Koumjian. il suggère. une probabilité de consommation de 57% supérieure à celle observée chez les actifs employés (Guignon et al. Dans une autre enquête. la ville : hiérarchie sociale et conditions de vie A. 1984 . la probabilité d’usage des employés et des ouvriers est de 7 à 13% supérieure à celle des autres actifs . 1994 ... chacune de ces relations est inversée. Sermet. Guignon et al.II. ces données inspectent les prescriptions ordonnées dans la population sur une période de 90 jours. 1989 . 1995). Quelle valeur accorder à cette interprétation? Weyerer et Dilling. aux caractéristiques ordinaires de la consommation pharmaceutique. les bas revenus concentrent également les plus forts indices de recours (Eve et Friedsam. étudiant l’usage des psychotropes au sein d’un échantillon de la population bavaroise. a le plus directement développé cet argumentaire. 1995). généralement.Une consommation pharmaceutique atypique Psychotrope et précarité : une liaison discutable Les dimensions sociales du recours aux médicaments psychotropes décrivent des particularités qui s’opposent. La misère. Rösch et al. cette médication parvient d’autant mieux à légitimer la structure de classe : 1) que les médecins contribuent à travers elle à réduire à une origine médicale et individuelle une part de plus en plus grande des problèmes sociaux . En effet. inactifs. la reproduction des inégalités sociales en concourant à détourner les classes dominées de toute forme de revendication . Selon lui. Alors que le chômage engage généralement une baisse de la fréquentation médicale. Johnson et Vollmer. Sur ce dernier point. En effet. ce qui 21 .un “assommoir” moderne. Gabe et Lipshitz-Philipps. du moins à première vue.

. Gabe et Bury. et des usagers. En somme. Les femmes au foyer et les inactifs retraités. rapportée aux caractéristiques générales de la consommation pharmaceutique. Par ailleurs. de l’invalidité et du risque vital. 1994 .. 1979. sont également dépendantes de durées de référence souvent trop courtes puisqu’elles s’appliquent à des périodes de 12 semaines. d’une part. aucun lien tangible ne permet d’associer les consommations chroniques à la précarité d’emploi ou à la pauvreté. 1996-b). En revanche. il n’est pas rare en effet que ces consommations soient associées à la détention d’un patrimoine immobilier. on obtient une image assez différente de la consommation. par suite. d’autre part. elle réduit la prise en compte des usagers chroniques. Dans la mesure où cet usage qualifie surtout la pratique de retraités ayant été actifs durant la période protégée du salariat. On retrouve ici le poids prédominant de l’isolement social. De la même manière. les recherches pointant une forte relation entre précarité d’emploi. 1986 . C’est pourquoi le portrait de la consommation. s’applique surtout dans de tels cas aux recours conjoncturels. d’une part. les anciens ouvriers en particulier. Si des nuances d’ordre social existent selon les pays. elle se rapproche des médications régulières liées au risque vital : cette prescription. voire de 6 mois (Rösh et al. 1989 . la consommation chronique n’est en revanche jamais associée à l’extrême pauvreté (Cooperstock et Lennard. l’absence d’implication du revenu obéit sans doute à un problème similaire. La consommation de médicaments psychotropes.contribue à la sous-évaluation des traitements associés aux maladies chroniques (Johnson et Vollmer. En fait. se dégagent alors très nettement de la population étudiée (Le Moigne. les difficultés liées aux séparations ou à la perte de l’emploi paraissent motiver des usages plus conjoncturels. 1991). d’autre part. A cela sans doute une raison simple : le recours médicinal implique une proximité nécessaire à l’appareil de soins. 1991). la période de consommation retenue par les auteurs ayant été ramenée à la semaine précédant l’enquête (Weyerer et Dilling. comparée aux autres produits également ordonnés par le praticien. cette durée s’avère trop courte pour permettre une juste mesure des consommations régulières. Sermet 1995). n’est donc atypique qu’en partie (Le Pen. consécutif à la cessation d’activité. et en France au moins. revenu et taux de recours. laquelle tend à décroître lorsque les personnes sont privées de ressources (Mormiche. Dans le cas de l’étude précédemment citée de Weyerer et Dilling. dans sa partie chronique. et plus souvent attribuables aux membres de la classe moyenne. 1991). Gabe et Thorougood. Le chômage et la rupture conjugale déterminent des recours moins durables. l’estimation de leurs profils et des facteurs explicatifs qui peuvent leur être associés. Si on étend la durée de référence à 6 ans au moins d’usage continu. Guignon et al. Autrement dit. s’inscrit dans un rapport de convergence thérapeutique : sont prescrites les personnes déjà 22 . la fréquence des consommations épisodiques croît avec la position occupée dans la hiérarchie sociale. 1993). 1991).

jouent en leur faveur et rend moins nécessaire l’intervention médicale. ils sont seulement dissociés de toute autre forme de médication. à une caractéristique de consommation des milieux populaires. 1996-a). d’une part. le fait d’évaluer la sur-prescription à la masse des médicaments ordonnés oblige à réintroduire la durée des recours. 1997). même s’il peut être appelé à se renouveler assez fréquemment. même si en effet elle permet de caractériser les motifs de recours liés à la décomposition familiale ou à la rupture conjugale. A l’image des médications chroniques. Comme on l’a vu. Il est donc possible de parler pour cette population de sur-prescription. elle n’apparaît réellement qu’au moment du passage à la retraite. pharmaceutique en particulier. elles ne permettent de conclure ni à la médicalisation de la pauvreté ni à la diffusion d’une thérapeutique massive des effets de la crise de l’emploi.ordonnées pour d’autres pathologies . l’abstention médicale et l’usage d’autres psychotropes (tabac. Ajoutons qu’une telle spécificité se déduit du rapport qu’il est possible d’établir entre la prescription de substances psychoactives et la prescription globale de produits pharmaceutiques chez une personne : elle n’intègre ni le volume ni la durée des consommations. enfin. En effet. En revanche. et en effet. cette forme de sur-prescription ne doit pas être confondue avec un effet de “surcharge” pharmaceutique : ces recours ne sont ni plus fréquents ni plus volumineux qu’en moyenne . ils concernent surtout les fractions les plus modestes des classes moyennes. les employées en 6 Seul le statut matrimonial semble constituer une exception. les recours les plus durables aux médicaments psychoactifs sont déterminés par la vulnérabilité des groupes sociaux face à la maladie. Ces conditions expliquent dans ce domaine la sur-représentation des anciens ouvriers. la maladie et l’isolement social. Si donc l’inégalité face à la pathologie se développe au cours de la période d’activité. la séparation et le divorce occasionnent. donc des personnes dotées de revenus modestes et dépourvues de diplômes. 23 . des formes de prescriptions plus spécifiques. le recours tend dans ce contexte à demeurer épisodique. 6 La protection des classes supérieures La relation admise entre médication globale et médication psychotrope permet d’expliquer la sous-prescription des classes supérieures : l’état de santé des personnes. Dans la mesure où les recours encadrant des situations de divorce ou de séparation restent souvent inférieurs à l’année. leur niveau d’intégration sociale. de conclure ici à une spécificité de la délivrance de médicaments psychotropes. alcool) conditionnent au premier chef les écarts de morbidité entre catégorie sociale. les membres de la classe moyenne en particulier contribuent en effet à construire une part essentielle des consommations liées à la séparation et au divorce (Le Moigne. moins par la perte de l’emploi ou la pénurie de ressources. Les conditions de travail. la précocité de leur suivi médical. voire chroniques. surtout dans la population féminine. le médicament psychotrope organisant souvent dans ce cas l’essentiel de l’ordonnance. Pour autant. de l’isolement et de la division des rôles sexuels conduit plutôt à rapporter les usages réguliers. d’autre part (Le Moigne et Colin. Cette opération aboutit alors nécessairement au constat d’une forte relation entre la consommation. la consommation des cadres paraît ne plus constituer qu’une part résiduelle du phénomène. L’incidence de la morbidité. 1988). Après avoir largement initié l’usage par l’intermédiaire d’une plus grande proximité aux soins (Chenu. Logiquement. Même lorsque des recours durables peuvent être imputés aux difficultés de la relation de travail.

Même si on peut douter qu’une connaissance appuyée de leur pratique puisse être à l’origine d’une remise en cause des conclusions actuelles de la recherche. 1998).particulier (Piotet et Lattès. Aussi. composition des ménages résidents. elles ont été recueillies par voie de questionnaire auprès des pharmaciens de chaque site. chefs d’entreprise. les aires où les personnes vivant seules sont plus nombreuses affichent des taux de recours plus élevés. Il est par ailleurs exact que les taux de consommation observés en milieu rural sont souvent moins élevés . Quant aux données de prescription. En un mot. excès de bruit. Comme l’a fait remarquer D’Houtaud à propos de la consommation d’alcool. L’objectif de cette recherche était d’examiner la proportion de prescriptions d’une série d’aires géographiques en fonction de leurs caractéristiques environnementales. les résultats d’enquête ne sont pas assez convergents pour permettre de conclure sur ce point (Rösch et al. Une enquête américaine déjà ancienne. B.Stress urbain. solitude d’habitat : l’environnement coupable? Les nuisances urbaines Les nuisances urbaines constituent également un élément d’explication souvent invoqué. menée par Webb et Collette. 1989 . En quoi la faiblesse numérique des données interdit souvent d’entreprendre pour eux la moindre généralisation. fait à notre connaissance exception (Webb et Collette. Surpeuplement. toutefois. Compte tenu du poids respectif de chaque groupe social dans la population active. solitude. nombre d’habitants par logement. longueur et durée des déplacements occasionnés par le travail. Il est vrai néanmoins qu’une meilleure estimation de la consommation des classes supérieures supposerait de pouvoir disposer de grands échantillons. 1993) A la vérité. la diffusion des psychotropes dans ces populations est moins bien rendue par la recherche que chez les ouvriers par exemple (D’Houtaud et Taleghani. ou bien traduit-il plus globalement 24 . en tant qu’éléments générateurs de stress. pourraient motiver une part conséquente des scores de consommation observés dans les grandes agglomérations. l’analyse de la consommation des cadres se réduit souvent à l’étude de quelques cas. 1975). 1995). Les résultats de l’étude s’avèrent assez limités : les zones de surpeuplement sont moins consommatrices . compte tenu également des limites de taille qu’il faut souvent fixer à l’échantillon d’enquête. rythme de vie. même si on admet que la densité des personnes seules est plus élevée en ville. En vue de typer les contextes urbains. Chopart. les auteurs ont retenu les éléments suivants : densité démographique. Là encore. le poids de l’isolement doit-il être compris comme l’effet d’un avatar urbain. il reste que l’analyse fouillée du rapport des cadres aux médicaments psychotropes reste à conduire. seul l’isolement paraît porteur d’un effet. professeurs et cadres supérieurs ne paraissent intégrer la consommation qu’à la marge. en quoi ce constat suffit-il à incriminer la vie citadine? Autrement dit. peu d’études ont tenté d’éclaircir les rapports de la consommation à la question urbaine..

. Enfin. l’abstention médicale. on pointe le plus souvent en réalité l’isolement consécutif au vieillissement ou à la cessation d’activité. 1991). des différences territoriales peuvent être mises au jour lorsqu’on tient compte du nombre d’ordonnances par individu... 1997). et cela. indépendamment des contraintes en temps et distance que ce geste suppose. Si l’abstention médicale constitue un des facteurs explicatifs du phénomène d’abstinence. En somme. une des rares analyses géographiques de la consommation conclut de son côté à la faiblesse de l’explication écologique : la proximité des axes circulatoires ou du tissu industriel. En revanche. condition de trajet) exercent moins d’influence sur la fréquentation que les perceptions qui entourent le recours aux soins : les personnes se rendent davantage chez le médecin si elles ont le sentiment qu’il s’agit d’un acte utile et simple à réaliser. c’est-à-dire la structure par âge et par sexe des lieux de résidence soumis à étude (Wessling et al. Par ailleurs. 1996-b). la raréfaction de ses relations sociales? En France. Difficulté d’accès au soin ou abstention médicale? Un dernier aspect de la dimension territoriale de la médication mériterait d’être analysé en propre.. on constate alors que les zones de fort peuplement ouvrier tendent logiquement à être surreprésentées (Le Moigne. plus que les difficultés que peut présenter l’accès territorial aux soins. celui de l’accessibilité au système de soins. très fréquemment à l’œuvre chez les hommes les plus jeunes. l’inégalité des scores de consommation dans l’espace traduit pour l’essentiel les disparités sociodémographiques des sites. Si on retient ce dernier critère.l’influence qu’exerce sur l’individu. indépendamment de son lieu de vie. paraît explicatif de la faible fréquence de recours dans certaines catégories de la population. en revanche. le nombre d’individus par logement.Cette tendance. psychotropes en particulier. il n’est pas possible d’observer de variations spatiales si on en reste à une évaluation du recours basée sur le taux local de consommateurs. consommés par voie d’auto-médication ou obtenus auprès du pharmacien (Bush et al. Comme l’a fait remarquer Wessling et son équipe. c’est-à-dire non pas du nombre d’usagers mais de la fréquence et de la régularité de leur recours (Wessling et al. la densité de l’habitat collectif. permet d’expliquer une bonne partie de leur faible consommation de médicaments. 1991). aucun de ces éléments ne génère une croissance significative des scores de consommation dans l’espace (Bussi et al. la consommation est plus fréquente : autrement dit. souvent invoqué au titre d’élément explicatif du recours : les consommateurs bénéficientils d’une plus grande proximité à l’offre médicale? Contrairement à une idée souvent partagée. le fait de consommer des produits prescrits obéit également aux représentations de la morbidité : une estimation à la baisse des problèmes de santé contribue logiquement au plébiscite des médicaments non prescrits. derrière l’effet prêté à la solitude en milieu urbain. la fréquentation des cabinets médicaux ne 25 . certaines études tendent à montrer que les conditions réelles d’accès au cabinet médical (proximité. Là où la population est féminine et âgée. 1978). à structure démographique égale.

Pour que la consultation connaisse cette issue. 1979 . dans 3 domaines en particulier : 1) l’influence exercée par le profil démographique du médecin. on ne peut pas déterminer de liens solides entre la fréquence de recours à la médecine de ville et le faisceau pathologique des patients. III. Mais. 3) son attitude à l’égard de la gestion de la clientèle. la prescription de médicaments psychotropes dépend autant de la souffrance exprimée par le patient. 1996-b). ne suffisent à rendre compte en totalité des scores de consommation observés selon le sexe. le nombre de visites médicales varie sensiblement selon l’origine sociale (Chenu. en dehors de toute considération de morbidité.. on peut repérer également une frange de la population qui s’avère particulièrement cultivée dans ce domaine. pas des bons connaisseurs des produits.suffit pas à rendre compte. Ensuite. autant d’éléments que la répétition des visites ne peut suffire à déterminer (Le Moigne et Colin. de la distribution de la consommation. notamment parmi les membres des professions sanitaires et sociales. au moins jusqu’à l’âge de 50 ans. D’abord. cette connaissance est très rarement liée à un usage. loin s’en faut. A l’inverse. ni l’état de santé. Ce constat a conduit la recherche à imputer aux médecins . encore faut-il que la personne qui vient consulter “s’ouvre” à son médecin et que celui-ci considère qu’un médicament psychotrope est adapté au cas qu’il traite . en suscitant une position réfractaire à l’égard des produits. rien en revanche ne permet d’associer la propension à consommer à la détention d’un savoir étendu sur les produits (Le Moigne.à l’effet prescripteur . 1997)7. les abstinents ne sont. 26 . ceux qui les consomment régulièrement connaissent logiquement au moins le nom des substances dont ils font usage. mais peu d’éléments permettaient encore au début des années 1990 de donner une explication à ce phénomène. En particulier. A. 1980). Lennard et Cooperstock.une partie des disparités de recours enregistrés à partir du profil des consommateurs (Tamblyn et al. Certes. En effet. du moins à un usage avoué. Les recherches entreprises depuis apportent des éléments de réponse. il est admis depuis plus d’une vingtaine d’années que la prescription varie de façon très importante chez les praticiens (Raynes. 1996-a). 1988). de ses attentes de médication que de la lecture qu’en fait le praticien. Autrement dit. La part de “l’effet prescripteur” L’effet d’influence des femmes médecins L’une des premières difficultés qu’on rencontre lorsqu’il est question d’étudier l’influence du profil démographique du praticien sur le niveau de 7 La connaissance des médicaments par les patients n’est pas non plus décisive. en général. 2) sa position à l’égard de la médication et de la prescription de médicaments psychotropes en particulier. Le poids de la pratique médicale L’influence imputée au genre et à l’âge du patient est importante mais n’est pas totalement explicative. Même si on peut douter des positions de principe affichées par ces personnes. Il semblerait donc qu’une connaissance particulièrement développée des médicaments psychotropes joue à la manière d’un effet protecteur. ni la fréquence du recours au soin. Or.

L’étude pilote conduite par Morabia et son équipe à Genève a pu bénéficier de cette condition puisque chacun des 6 districts qui composent ce canton est assigné chaque année à 6 médecins (Morabia et al. 2) les écarts que l’âge. et qu’on peut formuler de la manière suivante : les scores de prescription par médecin sont-ils le produit des structures de clientèles. Surtout. le sexe et la position sociale appliquent à la fréquence du recours aux soins. ces résultats dérivent d’une procédure de recherche dont on peut critiquer plusieurs aspects : d’abord. on peut légitimement penser que les scores de prescription sont sensibles à la proportion de femmes ou de personnes âgées que reçoit le praticien. et c’est là sans doute l’élément explicatif de la renommée acquise par l’enquête. que les praticiens (et les patients masculins) produisent des formes de soins plus nettement fermées à la communication des problèmes émotionnels.. 1992). il a pu être constaté que les patients avaient tendance à choisir leur médecin en fonction de la qualité de leur trouble.. Cette remarque est à l’origine d’une question à laquelle la recherche a souhaité répondre depuis.consommation. comment déterminer la part d’influence redevable au profil du médecin si ce profil contribue en amont à la constitution de clientèles différenciées (Baumann et al. Cette dernière interprétation conduit à déporter l’interrogation du côté de la sous-prescription masculine : elle suggère en effet. la carte sanitaire ne permet pas d’isoler complètement l’effet de différenciation des clientèles que contribuent à produire : 1) la structure socio-démographique de l’espace où recrute le médecin (quartiers anciens/grands ensembles) . Dans ces conditions. 3) celles-ci évoqueraient plus ouvertement leur détresse devant une femme médecin. comme en France par exemple. par contraste. ou de 27 . que les prescriptions de médicaments psychotropes à l’adresse des patientes étaient toujours plus nombreuses. Mais. a trait aux mécanismes qui déterminent le choix du médecin par le patient. 1996). ce qui permettrait d’expliquer la surprescription des praticiennes à l’égard des femmes. 2) les généralistes femmes attribuent plus volontiers des causes psychologiques aux symptômes physiques de leurs patientes . Lorsque ce choix est libre.. 1997)? Cette difficulté peut être levée lorsque le système de soins est régi par une carte sanitaire qui contraint le choix médical du patient. Or. familiaux ou conjugaux. Selon eux. la taille de l’échantillon paraît trop réduite (24 médecins) . 1996-b). les patientes auraient tendance à préférer des femmes médecins pour les consultations ayant trait à des problèmes endocriniens et psychologiques. De ce point de vue. ce constat peut alimenter trois hypothèses : 1) les femmes sont plus anxieuses que les hommes et cette particularité est mieux appréhendée par les femmes médecins . ni les différences d’âge entre praticiens ni la composition de leur clientèle n’ont pu être prises en compte par Morabia (Tamblyn et al. indépendamment du genre du praticien. Ainsi. ensuite. Les auteurs ont pu observer. tandis que les patients préféreraient rencontrer des praticiens de sexe masculin lorsqu’ils ont affaire à des problèmes cardio-vasculaires ou respiratoires (Britt et al. comme l’ont fait remarquer Tamblyn et son équipe. Morabia et son équipe mettent en avant l’idée que les femmes médecins ordonneraient plus souvent que leurs confrères masculins des médicaments psychotropes aux femmes.

pratiques professionnelles indépendantes du profil des patients? Dans le premier cas. Si la prescription des médecins est pour partie indépendante des caractéristiques des publics qu’ils reçoivent. orientation vers les services médicaux). les praticiens font part d’habitudes de prescription. 1985). alors il faut imaginer que certains profils professionnels appuient en particulier la médication psychotrope. inégalement ouvertes aux substances. les auteurs ont pu également observer que la part des patients ayant reçu une ordonnance de psychotropes. médecine de ville) influence directement la pratique professionnelle. le genre du médecin n’intervenant qu’à la marge d’après les auteurs. d’autre part (Tamblyn et al. le fait d’ordonner des psychotropes est plus développé chez les généralistes que chez les ophtalmologues ou les médecins de laboratoire. selon l’université qui les a diplômé. variait de 0. loin s’en faut. Enfin. Tatossian.. Les premiers résultats de la recherche confirment la structure démographique de la consommation. durant une période de 12 mois. quelles que soient les caractéristiques de profil des médecins : les patientes sont toujours davantage prescrites . les attitudes professionnelles ne peuvent être dissociées qu’en partie des caractéristiques de la clientèle. deux traits généraux fédèrent la prescription. on observe donc que le mode d’exercice (médecine ambulatoire. les différences de la structure par genre des clientèles ne suffisent pas. dans le second cas. a permis d’analyser la médication des produits psychotropes au regard d’indicateurs généraux de prescription (ordonnance globale de médicaments. Selon eux. Par ailleurs. Toutefois. et connaît un pic chez les médecins de plus de 60 ans. Hormis l’effet de l’âge. et que l’attitude de prescription est elle-même marquée par l’apprentissage des indications. attribuables à 1300 généralistes. Ainsi.2% à 67. l’effet prescripteur se réduirait par hypothèse à l’application de schémas de médication adaptés à des portraits types de patients ou de symptômes . d’autre part. Toutefois. que chaque faculté organise en propre. Que pouvons-nous dire dans ce domaine? Structures de clientèle et pratiques de médication Tamblyn et son équipe ont étudié au Québec les prescriptions de plus de 45000 patients âgés de 65 ans et plus. notamment la “surprescription” des patientes. le nombre d’ordonnances fléchit chez les patients les plus âgés ou déjà hospitalisés à plusieurs reprises.4% selon le médecin! Autrement dit. 1996-b). d’une part.. la fréquence de la prescription est d’abord sensible à l’âge du praticien. d’une part. à expliquer la propension des différents médecins à prescrire. sa spécialité et son affiliation universitaire. L’étude des feuilles de soins. de la panoplie pharmaceutique et des normes de médication. Ce consensus médical est à mettre au 28 . selon les caractéristiques d’âge et de genre du patient et du praticien. L’ordonnance de médicaments psychotropes obéit aux cultures de métier du champ médical et à la construction des savoirs thérapeutiques qui en dépendent (Colvez et al. prescription d’examens. 1979 . Lesquels ? Tamblyn et son équipe ont mis au jour trois éléments en particulier : l’âge du praticien. les normes d’exercice l’emporteraient sur les caractéristiques des publics et des pathologies. tous sexes confondus.

En quoi? Cormack et Howells ont fait remarquer. la pratique professionnelle des “anciens”. Ces observations conduisent à rapporter la prescription à l’effet conjugué de deux facteurs : la définition médicale de populations cibles . il paraît possible d’établir un lien direct entre la durée d’exercice. sous l’effet d’apprentissages différents et d’une adhésion plus marquée à la chimiothérapie. Pour autant. consécutif à la croissance de la clientèle (Tamblyn et al. L’augmentation significative de la médication chez les praticiens de plus de 60 ans pourrait laisser songer. établit un lien de proximité entre pathologie féminine et médication psychotrope. elle décrit bien un trait spécifique de l’exercice professionnel. 1996-a). par des dispositions à prescrire extrêmement différentes. Ainsi comprises. tend à croître chez les médecins après 10 ans d’exercice (Le Moigne et Colin. la prescription. l’ordonnance de services médicaux (examen biologique. La prescription de médicaments psychotropes traverse plus qu’elle ne divise le corps médical. radiographie. qu’elle qu’en soit la nature. B. Un regard sur les contraintes de l’exercice professionnel La gestion des patients : le produit et le temps L’ordonnance de médicaments psychotropes appuie le constat d’une diversité de pratiques chez les médecins. de sorte que Hadsall et son équipe ont pu considérer que la propension générale à prescrire constituait le facteur principal d’explication de la délivrance des produits psychoactifs par les médecins (Hadsall et al. d’un côté. 1996-b .. croît logiquement à mesure que croît la clientèle du médecin. et la multiplication des actes ou des visites (Davidson et al. 1994). ces ordonnances qualifient moins une particularité d’exercice de certaines fractions du corps médical. permettant d’expliquer ce rapport. et de l’autre. On a pu observer effectivement que la prescription pharmaceutique. Autrement dit. 1997). cette prescription décritelle une ligne de partage entre les praticiens? La relation observée entre l’âge du médecin et la propension à prescrire permet d’offrir un début de réponse à cette question. Dans la mesure où l’augmentation de la prescription inclut logiquement l’ordonnance des médicaments psychotropes. derrière l’effet d’âge.. à la 29 . 1982). Le Moigne et Colin.compte d’une norme professionnelle de prescription qui. toutes substances confondues. à clientèle égale. il faut sans doute conclure ici moins à un effet de génération qu’à l’incidence de l’ancienneté professionnelle. Cette tendance inclut logiquement l’ordonnance de médicaments psychotropes. 1997)... qu’elles ne soulignent le mouvement d’accélération de la prescription. c’est pourquoi les médecins âgés ordonnent plus souvent. une autonomie relative de l’exercice professionnel se mesurant. un rapport de prévention contre l’effet iatrogène des substances chez les publics dont la morbidité – ou le risque de morbidité – est décuplée (Tamblyn et al. Pour autant. En fait. Ce phénomène requiert une antériorité professionnelle minimale – le temps que la clientèle se constitue -. indication à un spécialiste). à l’influence d’un effet de génération . Dans le même ordre d’idées. il devient possible d’établir un lien entre cette médication et l’ancienneté professionnelle.

Ce type d’ordonnance offrirait un gain de temps dans la mesure où il permettrait au praticien d’afficher une position dite objective. la fidélisation de la clientèle. cette recherche reste à notre connaissance à entreprendre. Ces messages exercent sans doute un effet de rassurance et de ratification culturelle auprès des médecins. même si son effet de renforcement ne peut être tenu pour négligeable. qui le dédouanerait d’avoir à s’ouvrir à la situation vécue par le patient. En œuvrant à cette tendance. et les études françaises consacrées à l’économie de la thérapeutique dépressive (Le Pen. 1998). Le fait de miser sur la progression numérique de la clientèle entretient en effet un rapport antagoniste avec le choix d’autres investissements : formation continue. Faute de mieux. De fait. 1989 . on se bornera donc à formuler une opinion générale. en un mot. celle-ci se déduirait du délai que la médication permet d’assigner à l’énoncé diagnostic : à défaut de pronostic ou d’un repérage bien balisé du trouble. après avoir ordonné un psychotrope. Prather. 1991). pour autant sont-ils déterminants? Répondre à cette question exigerait de pouvoir disposer d’une analyse fouillée de l’impact de l’industrie pharmaceutique. actualisation des connaissances en pharmacologie (Zarifian. Hohmann. ils estiment plus profitable de donner un second rendez-vous. elle contribue à la produire. dont un chapitre porte sur la constitution du marché américain des antidépresseurs (Healy. Les avantages bruts de ces médicaments seraient ainsi de deux ordres : l’amélioration de la productivité quantitative de l’exercice. 1992). Ces médecins considèrent que ce type de prescriptions leur fait gagner du temps de consultation . 1998). de nombreuses études font valoir que la publicité préforme (ou valide) le jugement des médecins. Cette contradiction ouvre une brèche au pouvoir d’influence des campagnes d’information des laboratoires pharmaceutiques. 1977 . la prescription de médicaments psychotropes décrit bel et bien une particularité de l’exercice médical : elle n’accompagne pas seulement la croissance de l’activité professionnelle . plutôt que de prolonger le premier (Cormack et Howells. 1996). Le poids de l’industrie pharmaceutique : un effet de renforcement Les médicaments psychotropes offrent un appui à l’intensification du nombre de visites par patients. soit en renforçant les stéréotypes sociaux qui traversent le corps médical. c’est-à-dire en accréditant l’idée d’efficacité d’une thérapeutique purement chimique (Kleinman et Cohen. notamment à l’égard des femmes (Smith et Griffin. lors d’une seconde entrevue. que les grands prescripteurs de benzodiazépines établissent souvent une relation directe entre cette médication et leur charge de travail. C’est moins sans doute le contenu des annonces qui paraît important ici. Quant à la fidélisation. ou scientifique. 1991). que le rôle 30 . Excepté un travail anglo-saxon. et plus globalement. soit en présentant le patient en dehors de tout contexte social. à la croissance de fréquentation des cabinets. l’ordonnance permet de temporiser et de reporter à plus tard l’identification du problème. De ce point de vue.suite d’une enquête menée par entretiens auprès de 25 médecins. l’outil pharmaceutique contribue à réduire l’activité professionnelle à une entreprise de consultation.

si toutefois leur différenciation est possible. Il reste néanmoins que les scores de consommation sont sans commune mesure avec la distribution des maladies invalidantes dans la population : l’usage essaime bien au-delà des dysfonctionnements du corps et de la morbidité psychique. moins la preuve d’une toute puissance de l’industrie pharmaceutique. enfin la traduction médicale de ce malaise sous la forme d’une thérapeutique appuyée par le médicament. ensuite l’énonciation d’une détresse légitime. Dans le domaine de l’exercice médical. 1988). on doit retenir en premier lieu le risque vital et l’invalidité.d’information que la publicité a fini par exercer auprès du corps médical. et de l’autre. Les produits permettent au corps médical de construire une réponse qui 31 . en l’absence d’une solidarité sociale suffisante. Conclusion L’étude de la consommation des médicaments psychotropes fait apparaître une forte complexité. d’une part. que le résultat d’une conjonction structurante entre l’essor de la fréquentation médicale et des problèmes justiciables d’un traitement par la médecine. En somme. le fait que l’anxiolytique ait été durant la période concernée le médicament le plus prescrit au monde (Krupka et Vener. le risque de marginalisation induit par l’isolement surpasse tous les autres parce qu’il dérive d’une demande recevable d’intégration et paraît solliciter à bon droit. l’alternative d’une solution médicale. Au nombre des maux qui intègrent le plus aisément ce processus. Les événements de vie. Parmi les éléments d’explication les plus décisifs. exercent également une influence sur le recours mais de manière plus conjoncturelle. les médicaments sont davantage associés aux traitements des maladies organiques qu’ils ne sont directement liés aux thérapeutiques des troubles mentaux. un lien direct entre. l’investissement record que les fabricants du diazépam (Valium®) ont consacré dans les années 1970 à la publicité du produit dans la presse médicale. C’est d’abord la définition culturelle du mal être et de sa recevabilité par la médecine. comme Krupka et Vener. La consommation engage d’abord une proximité culturelle à l’appareil de soin. En effet. Des facteurs de facture plus directement sociale fondent en vérité l’essentiel du recours aux médicaments psychotropes. familiale ou professionnelle. et la nécessité d’une productivité d’exercice accrue dont l’industrie pharmaceutique a réussi en effet à tirer profit. d’autre part. d’un côté. 1985) ? On serait donc tenté d’y voir pour notre part. selon Peay. dans 70 % des cas. les contraintes de la productivité augmentent chez les praticiens la probabilité de prescription en vertu de la croissance des clientèles et de l’ouverture grandissante de la profession aux difficultés d’ordre social. les accidents qui émaillent la trajectoire conjugale. Faut-il pour autant établir. ce sont les représentants des laboratoires pharmaceutiques qui informent les praticiens de la sortie d’un nouveau médicament psychotrope sur le marché (Peay et Peay. Celle-ci peut être réduite en partie si on tente d’organiser et de hiérarchiser à la fois l’ensemble des facteurs qui la détermine.

Il reste toutefois à rappeler la part d’ombre que ménage la recherche sur la consommation des médicaments psychotropes. la consommation des cadres. Il concerne également les femmes. il est facile de comprendre pourquoi les consommateurs chroniques. La même explication vaut pour les chômeurs dont on sait qu’ils tendent. pour qui le recours à la solution médicale dérive à la fois d’une plus grande proximité à l’appareil de soins et d’une incapacité dont l’idée est largement répandue tant chez les patients eux-mêmes qu’à l’intérieur du corps médical. hospitalisation. statut matrimonial.reste située dans le champ sanitaire alors même que le problème à traiter a cessé de lui appartenir. Ainsi. d’une part. D’abord. ou qui leur sont moins souvent attribués par le corps médical. Les populations les plus vulnérables à la morbidité. Par ailleurs. recourent d’autant plus longuement aux médicaments qu’elles ne peuvent ni échapper à leur situation d’isolement ni opposer une alternative à la consommation. d’autre part. notamment masculins. des cercles d’amis en particulier. A l’inverse. Dans le second cas. qui a initié l’usage des médicaments.) ou des événements qu’il a vécus (retraite. Dans la mesure où le monde des ouvriers et des employés tend à cumuler ces deux traits. statut d’activité. l’âge et surtout le vieillissement se révèlent d’autant plus influents que l’entrée en maladie s’accompagne de la perte des relations sociales. a fini par représenter un phénomène isolé à mesure que les normes de prescription se sont stabilisées : les modalités actuelles de l’indication (morbidité. Cet usage concerne d’abord les inactifs. De la même manière. sexe. soit des déclarations des consommateurs. les femmes au foyer. se recrutent essentiellement parmi les inactifs de ces catégories sociales. faute de moyens ou de légitimité. à s’éloigner du système de soins. soit de la qualité des enregistrements des organismes de soins. c’est-à-dire les groupes qui tendent à associer maladie et isolement. 32 . On sait au mieux qui achète les produits mais on ne peut pas établir dans quelle mesure les médicaments acquis sont effectivement consommés. la consommation tend à s’infléchir ou à demeurer plus conjoncturelle. isolement social et constat d’incapacité) décrivent autant de désordres que les classes supérieures présentent plus rarement. Dans le premier cas. en raison des conditions de travail qu’elles ont dû affronter durant leur vie active et de l’isolement qu’elles subissent lors du passage à la retraite. les difficultés de méthode demeurent innombrables. lorsque l’un des éléments descriptifs du recours n’est pas présent. De cette organisation du recours découle logiquement les caractéristiques socio-démographiques des populations consommatrices. on continue de déduire les causes du recours des caractéristiques socio-démographiques du patient (âge. la critique de l’argument qui tend à lier recours et précarité se comprend aisément dès lors qu’on rappelle que la condition de proximité au soin est d’autant moins présente qu’on prend en compte les niveaux les moins élevés de la hiérarchie sociale. on peut comprendre pourquoi. témoignent naturellement des fréquences et des durées de consommations les plus importantes. et les personnes âgées. et les anciennes ouvrières en particulier. etc. Les données réunies sont tributaires.

divorce. ou de changement de situation. Une question d’importance demeure donc peu résolue par la recherche : comment se négocie lors de la consultation. prête à une seconde difficulté. On continue en effet par ce type d’explication à déduire l’efficacité du recours d’éléments extérieurs à la consommation proprement dite. fixés dans le temps. la pertinence de la thérapeutique . avortement. Mais il ne permet de dire dans quelle mesure les épisodes repérés ainsi sont subis. ni de mesurer l’influence d’événements qui viennent le cas échéant s’intercaler entre ces changements : agression. 2) L’emploi des variables de statut. déclaration de morbidité). 1) Cette approche pose un premier problème : elle déduit l’origine de la consommation des faits les plus saillants du changement identitaire (rupture de statut social. 1997). à quoi l’un et l’autre évaluent-ils le caractère adapté et performant des produits? En somme.veuvage. entre patient et médecin. Philippe Le Moigne 33 . etc. sans pouvoir les restituer dans le cadre d’une trajectoire ou d’une biographie individuelle (Haafkens. condamnation judiciaire. etc. décomposition familiale. 1981). et à déplacer le regard quantitatif des éléments qui causent et encouragent le recours vers ceux qui conditionnent l’idée de sa réussite. chômage. Cette méthode offre un appui solide à l’analyse statistique mais elle ne permet pas de comprendre pourquoi le recours fournit à l’usager une réponse tangible aux problèmes qu’il rencontre (Helman. il reste à étudier la consommation de “l’intérieur”. Ce procédé est commandé par les opérations de comptabilité qui requièrent l’appui d’éléments aisément repérables.

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