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La Triple Enceinte - dossier

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LA TRIPLE ENCEINTE


Nous avons récolté deux textes parus dans la Revue Atlantis et illustrant la
symbolique de la Triple Enceinte ou, comme nous l’appelons chez nous, le Temple de
Salomon.

Le premier texte est de Paul Le Cour et aborde les découvertes relatives à une
inscription lapidaire trouvée dans l’église de Saint-Lubin à Suèvres.

Le second texte, sous forme de lettre, est une réponse donnée par Charbonneau-
Lassay au texte de Le Cour.

Bien que ces deux textes datent quelque peu, il nous semble utile de les reproduire
pour le plus grand plaisir des symbolistes que nous sommes.

Voici d’ailleurs ce que nous en dit Jean-Baptiste Willermot en son « Temple et
initiation » dans le chapitre TEMPLE ET QUETE INITIATIQUE :

« Dans sa quête initiatique l'homme recherche la parole perdue, car, retrouver cette
parole, en l'occurrence le Nom incommunicable IEOVAH force active de l'ancienne alliance,
c'est réunifier et harmoniser en soi toutes les potentialités, toutes les manifestations de tous
les niveaux de l'être: physique, psychique et spirituel. C'est reconstruire, en "rassemblant ce
qui est épars", l'homme total; c'est la réédification mystique du temple intérieur (le sanctuaire
du Cœur) dans lequel pourra descendre (puisque devenu "vierge" par les différentes
purifications) le Verbe, dont le Nom est IEOCHOUAH.

Retrouver la Parole perdue, c'est se recouvrir de la puissance de l'Éternel, aller vers
l'unification et l'identification entre la lumière intérieure (celle qui luit dans nos ténèbres) et
la lumière universelle extérieure. Par le Nom, Dieu se révèle à l'homme.

Dans ce contexte, le temple de Salomon, jusqu'à ce jour inégalé sauf par le Christ, est
l'image, l'emblème de l'homme émané de Dieu dans toute sa splendeur et dans ses privilèges
originels.

Je vous propose à présent une visite guidée du temple et le but ultime du "voyage"
consiste à découvrir le NOM, au cœur même de l'édifice. Il faut pour cela suivre le
"labyrinthe de la parole perdue et franchir "la triple enceinte". Faut-il préciser que ce chemin
initiatique est calqué sur les pérégrinations des Israélites en recherche d'une terre d'accueil, la
recherche de la terre promise ?

Pour suivre cet itinéraire et ses étapes cruciales, je tracerai un parallèle schéma-tique
entre le modèle du Temple, les mondes classés selon la tradition kabbalis-tique et la
constitution de l'homme.

Le schéma parlera de lui-même.

En Franc-Maçonnerie, théoriquement, l'apprenti, lors de son initiation, reçoit la
lumière et passe du parvis dans la première enceinte du temple: le Porche. C'est là que se
tient la Loge. Il vient de mourir au monde profane et de subir sa seconde naissance,
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naissance à un monde spirituel et initiatique. Dans le Porche il aperçoit les 4 outils
nécessaires à son perfectionnement phy-sique, moral et intellectuel l'amenant
progressivement à la maîtrise et à la connaissance de l'Étoile flamboyante et de la lettre G.
Jusqu'à son élévation au grade de Maître-Maçon il aura à cœur de se perfectionner dans l'Art
Royal, œuvrant toujours et partout, autour de lui comme en lui-même, avec justice et équité.

Dans le déroulement du rituel du 4e grade du R.É.R, le Maître-Maçon est reçu sur les
ruines du premier temple (celui de Salomon) et, pour accéder à la seconde enceinte, c'est-à-
dire le Sanctuaire, il lui faut passer symboliquement par la mer d'airain et s'y purifier. Cela
n'est pas sans rappeler St. Jean Baptiste baptisant d'eau ceux qui sont appelés à aplanir le
sentier et à gravir la montagne pour entendre la parole vivante du Christ. La conscience de
l'initié est dès lors portée sur le monde psychique, le monde de l'âme (symbolisée par l'eau)
et il devient actif sur deux plans simultanément: le plan terrestre ou hylique et le plan
psychique.

Si l'entrée dans le Sanctuaire n'est qu'un passage obligé, c'est maintenant que
commence réellement la carrière de sa régénération, dont le chandelier, l'autel des parfums et
la table des pains de proposition lui indiquent les étapes. L'initié s'attache dès lors au service
du Temple et devient ministre du culte; il accède à la cour des Lévites. Devant lui il aperçoit
l'étoile à six branches, le sceau de Salomon, le sceau de l'union et de l'harmonie.

L'initiation Martiniste au premier degré d' « Associé » débute à ce niveau,
directement, et suppose que l'Homme de Désir ait accompli, par lui-même, tout le
cheminement décrit ci-dessus.

A force de courage, de persévérance et de prières nous découvrons dans toute sa
splendeur le Nom sacré écrit en lettres de feu. Il est la racine de toute chose, la vie de tout
l'univers. La vision et la reconnaissance de ce Nom élève notre conscience jusque dans le
plan spirituel ou pneumatique; là l'homme est délivré à jamais des renaissances mortelles et
multiformes puisqu'il est parvenu à s'identifier à l'esprit immortel universel.

Bientôt peut-être, après cette extraordinaire découverte, l'initié aura-t-il connaissance
de la prononciation du Nom sacré... Celle-ci lui procurera le baptême de l'Esprit, la 3e
naissance, naissance au monde divin et l'entrée dans la troisième enceinte: le Saint des Saints.
Là se trouvent l'arche et la nuée au-delà de laquelle se tient l'Éternel. La 3e naissance,
procurée par la prononciation du NOM central, ouvre la dernière étape conduisant l'être à sa
réintégration finale.

La découverte du Nom transpose l'homme vers l'état sacerdotal figuré par l'autel des
parfums. Dans cet état aussi, l'homme sera revêtu du corps de lumière et rétabli dans ses
premières fonctions et prérogatives. Le Verbe divin a éclos dans le temple de son cœur.

Mais avant d'aspirer à une si haute destination, attachons-nous d'abord à dégager les
sens symboliques de la mer d'airain, du chandelier, de la table des pains de proposition et de
l'autel des parfums ».



Spartakus FreeMann, Nadir de Libertalia, décembre 2004 e.v.


La Triple Enceinte - dossier
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LA TRIPLE ENCEINTE

par Paul LE COUR

Vers l'an 1800 on découvrit, près de l'église Saint-Lubin, à Suèvres (Loir-et-Cher),
localité située au bord de la Loire et aux confins de l'ancienne forêt d'Orléans, un bloc de
pierre de 1 mètre 50 sur 0,95 M, grossièrement équarri et dont une face aplanie portait une
curieuse gravure et un certain nombre de cavités ou cupules.



Cette pierre recouvrait l'orifice d'un puits. Elle a été transportée à Blois et on peut la
voir actuellement dans la cour de l'ancien évêché devenu musée d'archéologie.

M. Florance, président de la Société d'Histoire naturelle et d'Anthropologie du Loir-
et-Cher, auteur de nombreux travaux sur la préhistoire de ce département, la considère
comme une pierre à sacrifices d'époque gauloise 2, elle serait un vestige d'un antique
sanctuaire gaulois remplacé par un temple consacré à Apollon, puis par une église
chrétienne et ce sanctuaire gaulois, pense-t-il, pourrait être celui dont parle César, lieu de
réunion annuelle des druides aux confins du pays des Carnutes.

Les cupules sont au nombre de cinq, aucune explication ne semble en avoir été
fournie jusqu'ici. Je signale, sans y insister, qu'elles sont disposées de telle sorte que l'on
pourrait y voir les trous produits par une main droite géante dont les doigts s'y seraient
enfoncés comme dans la glaise. Il est à remarquer, en effet, que le trou correspondant au
pouce est le plus grand, et celui correspondant au petit doigt, le plus étroit. Or, on sait quelle
importance joue la main dans le symbolisme archaïque.

Quant à la gravure, qui a 0,20m environ de côté, elle représente trois carrés
concentriques reliés entre eux par quatre lignes à angle droit. L'attention de M. Florance fut
attirée sur la valeur de ce dessin par la description d'un cachet d'oculiste romain trouvé vers
1870 à Villefranchesur-Cher (Loir-et-Cher) portant le même signe. Il est décrit dans les
Etudes sur la Sologne du Docteur Bourgoin. Un moulage figure au musée d'archéologie de
Blois.

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Les oculistes romains se servaient de ces cachets, portant des caractères en creux,
pour marquer les collyres qu'ils vendaient à leurs clients, collyres constitués par une pâte qui
durcissait à l'air et que l'on faisait dissoudre dans divers liquides selon le cas.

Le cachet de Villefranche-sur-Cher est en stéatite, il mesure 0,4 m de longueur et de
largeur, sur 0,12 d'épaisseur. Ses tranches portent les inscriptions suivantes : Cromstephan
Adrescentescic Cromstephani Addiatesistol qui voudraient dire (collyre) de Caïus Romanus
Stéphanus pour les cicatrices récentes et (collyre) pour enlever les maladies des yeux
(diathésis tol lendas) .

A quels sentiments a obéi l'oculiste romain en mettant le signe en question sur son
cachet ? N'a-t-il pas voulu lui conférer quelque mystérieuse puissance ou par une association
d'idées facile à concevoir, a-t-il voulu rapprocher le pouvoir de guérir les maladies des yeux,
de celui d'ouvrir à la compréhension de certains mystères. Dans toutes les initiations, en
effet, le futur initié a d'abord les yeux bandés et l'on va, en lui enlevant son bandeau, lui
conférer symboliquement la lumière.


Cherchant ce que pouvait signifier cette gravure venue ainsi deux fois à sa
connaissance. M. Florance émit l'idée qu'elle représentait peut-être une triple enceinte sacrée.
Il semble, en effet, qu'il ait raison d'attacher une signification à cette gravure. Je l'ai trouvée,
en effet, en d'autres lieux : à Rome et à Chinon.

A Rome, on peut la voir, ainsi que d'autres graffites à caractère symbolique, sur le
petit mur supportant les colonnes du cloître de Sao Paulo (XIII siècle). A Chinon, les
Templiers enfermés dans le donjon l'ont tracée également, ainsi que bien d'autres signes.

Mais que représente ce dessin dont la persistance à travers les siècles est si curieuse ?

Il s'agit à notre avis d'un emblème en rapport avec la grande doctrine coulant comme
un fleuve souterrain à travers le monde depuis des temps lointains. Dans son symbolisme,
les trois cercles sont parfois enlacés de telle manière que si on les suppose constitués par des
disques, leur entrecoupement reproduit les sept couleurs du prisme.

L'idée trinitaire est la grande richesse de la pensée métaphysique occidentale, on la
trouve figurée de bien des façons depuis de longs siècles, en elle se résume et se concrétise
l'ensemble des phénomènes du monde physique et du monde moral. Dante, entre autres, l'a
bien compris.

Les trois cercles de l'existence appartiennent d'ailleurs à la tradition gauloise et
celtique. On les retrouve sous une autre forme dans le Paradis, l'Enfer et le Purgatoire
chrétiens et dantesques.

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On ne saurait donc être surpris de voir figurer sur un monument druidique le
symbole des trois enceintes, des trois cercles de l'existence Keugant, Abred, Gwynfyd. En
Angleterre, un monument druidique situé à Abury paraît avoir représenté, au moyen de
pierres levées, ces trois cercles. Toutefois, la reconstitution qui en fut publiée en 1853 dans le
Magasin Pittoresque montre deux cercles placés côte à côte renfermés dans un troisième et
ayant au centre un dolmen.

La présence d'un puits sous la pierre de Suèvres ne nous étonne pas.

Bien des lieux de pèlerinage remontant au passé sont édifiés sur ou près de puits
sacrés. N'est-ce pas du puits que sort la vérité ? Et ne devons-nous pas voir dans cette phrase
que nous répétons sans y réfléchir, le sens profond qu'elle contient ?

Et maintenant signalons que dans le Critias, Platon parlant de la métropole des
Atlantes décrit le palais de Poséidon comme édifié au centre de trois enceintes concentriques
séparées par des canaux. L'île intérieure avait un diamètre de 5 stades, l'enceinte extérieure
de 26 stades. Nous empruntons à une brochure parue en Angleterre le dessin ci-après. Les
trois enceintes et les quatre lignes ou canaux les reliant à angle droit s'y retrouvent
exactement.



La forme ronde ou carrée n'a d'ailleurs aucune importance, une croix dans un carré a
la même signification qu'une croix dans un cercle (la croix dans un carré se trouve sur
l'omphalos de Kermaria, la croix dans un rond figure dans toutes nos églises chrétiennes où
on la trace sur les murs au moment de leur consécration au culte).

Dans le récit de Platon, les trois enceintes du temple de Poséidon, reliées par des
canaux, sont construites en pierres noires, jaunes et rouges.

Tout cet ensemble symbolique est en rapport avec l'idée trinitaire et avec le Grand-
Œuvre alchimique où se retrouvent Poséidon et les trois couleurs, par lesquelles doit passer
successivement la matière au cours de ses transformations. La couleur noire (ou bleu foncé)
correspondant à la première enceinte est en rapport avec le Père ou le Soufre; la seconde qui
est jaune (ou blanche) avec le Fils ou le Mercure; la troisième qui est rouge avec le Saint-
Esprit ou le Sel.

Les vieux alchimistes cachaient sous ces symboles une connaissance toute particulière
des phénomènes de la vie universelle, une science toute intuitive mais synthétique et
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cohérente que nous ne faisons que retrouver par l'expérience et par la précision des procédés
modernes.

N'est-il pas émouvant en tous cas de découvrir un peu partout, gravés sur la pierre en
une langue universelle s'adressant directement à l'entendement, ces signes par lesquels des
hommes ont communié depuis des siècles et des siècles en une même foi dans la grandeur
des lois de l'univers et dans la confiance en l'évolution éternelle de la vie ?

Par une coïncidence assez curieuse, au moment même où paraissait notre article sur
l'emblème des trois enceintes. M. le curé de Conan (Loiret-Cher), qui ignorait cet article,
découvrait et signalait à M. Florance le même symbole gravé sur une grosse pierre du
soubassement du contrefort droit de l'entrée de l'église de Sainte-Gemme (monument
historique) près d'Oucques (Loir-et-Cher).

Comme le graffite est à demi engagé dans la maçonnerie (voir croquis), M. le curé de
Conan pense, avec juste raison, que cette pierre a une provenance antérieure à la
construction de l'église et se demande si elle ne remonterait pas au druidisme.

Ce graffite mesure 25 centimètres de diamètre extérieur.

D'autre part, lors de mon récent passage à l'Acropole d'Athènes, j'ai relevé sur les
dalles du Parthénon côté est, et sur celles de l'Erecthéion, un certain nombre de fois le même
emblème qui m'avait échappé deux ans auparavant. A l'Acropole, la plupart portent un
point central.

En Colombie, nous apprend le Journal des Américanistes, 1925, on a découvert les
vestiges du Temple du soleil de Sogamozo brûlé en 153. Il comportait des colonnes
cylindriques en bois de 0,80 à 0,90 mètre de diamètre, disposées en 3 cercles concentriques, le
cercle extérieur mesurait environ 36 mètres de diamètre. Sous les poteaux, on découvrit des
ossements humains, la tradition rapporte en effet que, lors de la construction, des esclaves
furent enterrés vivants sous chaque colonne de l'édifice sacré.

Dans la Revue numismatique, 1862, M. Hucher signale qu'un jour il lui arriva une
charmante rouelle d'or à 8 rayons de provenance gauloise, la jante était composée de trois
cercles concentriques, le moyeu n'était pas percé à ce jour.

Nous avons donc là, non pas une arme, mais l'emblème des trois enceintes en Gaule,
de forme circulaire cette fois, reliées par 8 et non plus par 4 lignes droites rayonnantes. Cette
modification qui donne naissance à un autre symbole très fréquent: celui de l'étoile à 8
branches trouvée en maints endroits: Grèce, Crète, forum romain, etc., dont j'aurai l'occasion
de reparler.

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Graffite de Sainte-gemme

Enfin, j'ai reçu de M. Héring, maître de conférences à l'Université de Strasbourg, deux
documents imprimés concernant l'un des signes rupestres relevés par M. Georges Courty sur
les roches du bois de la Grande Beauce, commune de Lardy (Seine-et-Oise), l'autre des signes
gravés dans la grotte de Vatersthal (Moselle). Ici et là, on trouve un graffite composé non de
trois, mais de deux carrés concentriques seulement traversés par deux lignes en croix.

Il apparaît bien qu'il ne s'agit ni du hasard, ni d'un jeu comme celui de marelle, car il
en est qui se trouvent tracés sur des parois verticales ou sur des objets trop petits (cachet
d'oculiste) et il ne semble pas douteux que ce symbole se rapporte aux concepts antiques
concernant les trois principes (les trois carrés) et les quatre éléments (les deux lignes en
croix). La croix a souvent représenté en effet les quatre éléments.

Il reste également acquis que le temple de Poséidon est conçu sur les mêmes bases
dans le récit de Platon et que Poséidon est en rapports étroits avec l'antique alchimie,
synthèse explicative des mystères de la vie et de la création.

Par deux fois déjà nous avons parlé de ce curieux emblème d'une triple enceinte
formée de carrés ou de ronds concentriques reliés par des lignes en croix qui semblent
appartenir au symbolisme le plus lointain et s'être transmis de siècle en siècle. Notre érudit
correspondant, M. Charbonneau Lassay nous faisant part de ses réflexions à ce sujet nous
écrit: «Avant le christianisme, ce dessin des trois enceintes devait avoir un sens symbolique
précis; il est possible que les deux premières lignes soient des enceintes, les lignes droites en
croix qui y aboutissent, des avenues et le plus petit carré un autel ou un "saint des saints", un
hiéron plus sacré que les autres. Je ne serais pas surpris que les chrétiens en aient fait une
image de la Jérusalem céleste... »

Aujourd'hui, nous donnons une autre image de la triple enceinte avec cette fois l' «
arus », le foyer du centre. Il s'agit d'un document concernant le druidisme et cette gravure
qui figure dans un curieux ouvrage sur la cathédrale d'Autun par le chanoine Edme Thomas
(1846) est donnée comme représentant la cité gauloise des Eduens.

Dans cet ouvrage, l'auteur s'occupe longuement de cette partie de la Kabale qui
s'appelle la Gématrie, c'est-à-dire de la valeur numérale des mots. C'est ainsi qu'il rappelle
que le nom du soleil Belenus (dont nous avons parlé à propos de saint Babolein) vaut 365,
nombre des jours de l'année solaire.

Les mots inscrits sur ce dessin se rapportent à la hiérarchie druidique. Edme Thomas
ne donne malheureusement aucun renseignement pouvant permettre de savoir ce que
représente cette gravure et quelle est sa provenance. Néanmoins, elle s'associe
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singulièrement à l'idée de faire de la pierre de Suèvres une pierre druidique comme le pense
M. Florance.

M. Charbonneau-Lassay nous fait observer que des menhirs ont été décorés au temps
chrétien, mais cette observation ne peut s'appliquer qu'à des sculptures en creux et non à des
sculptures en relief, or la triple enceinte figure en relief sur les dolmens d'Aveny (Eure) et de
Boury (Oise).

Tout ceci semble donner à l'idée de la triple enceinte une origine druidique. Nous
pensons cependant que cette origine est antérieure au druidisme et, pour tout dire, qu'elle est
atlantéenne. On en trouverait peut-être une confirmation dans la façon dont était construite
la ville de Mexico. Elle était en effet entourée de trois canaux concentriques rappelant la
description de la capitale des Atlantes dans Platon. Ce symbole semble donc appartenir à
cette métaphysique lointaine à laquelle le druidisme emprunta et l'idée trinitaire et celle de la
dualité du médiateur représenté tantôt par des emblèmes masculins, tantôt par des
emblèmes féminins, tantôt sous la forme androgyne, qui était surtout utilisée dans les centres
initiatiques.

Cette idée de la triple enceinte, nous la retrouverons chez Dante et nous verrons en
divers pays les trois cercles disposés de manière différente en tramant tout un symbolisme
particulier.

Paul LE COUR

In Revue Atlantis n° 17, 1928.
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LA TRIPLE-ENCEINTE
DANS L'EMBLÉMATIQUE CHRÉTIENNE


Le point de départ de la courte étude de L. Charbonneau-Lassay sur La Triple-
enceinte dans l'emblématique chrétienne se trouve en des articles publiés par Paul Le Cour et
par René Guenon, respectivement dans les revues Atlantis et Le Voile d'Isis. Sous le titre
L'emblème symbolique des Trois Enceintes, Paul Le Cour signalait, dans le n° de juillet-août 1928
d'Atlantis l'existence d'un curieux symbole gravé sur une pierre druidique, découverte vers
1800, à Suèvres (Loir-et-Cher). Cette pierre avait été étudiée par È. C. Florance, président de
la Société d'Histoire Naturelle et d'Anthropologie du Loir-et-Cher. Celui-ci y voyait une
pierre à sacrifices, vestige d'un antique sanctuaire gaulois ; il fut frappé par le fait que le
même signe se trouve également sur un cachet d'oculiste gallo-romain, trouvé à Villefranche-
sur-Cher (Loir-et-Cher), vers 1870. M. Florance émit alors l'idée que ce signe pouvait
représenter une triple enceinte sacrée, car il est formé de trois carrés concentriques, reliés
entre, eux par quatre lignes à angle droit.

Paul Le Cour, dans son article de juillet-août 1928, rappelait ces deux faits et la
difficulté qu'avait rencontrée M. Florance pour faire accepter son interprétation. Il ajoutait
qu'il était d'autant plus légitime de rechercher la véritable signification de ce signe que celui-
ci se retrouvait en d'autres lieux, notamment à Rome, dans le cloître de San-Paulo (XIIIe
siècle), et, sous deux formes différentes, sur les murs du donjon de Chinon, gravé
vraisemblablement par les Templiers qui y furent enfermés. D'après Paul Le Cour, il fallait
voir, dans le dessin en question, un symbole des t trois cercles de l'existence 1 de la tradition
celtique.

Dans une étude, publiée en juin 1929, par le Voile d'Isis, sous le titre La Triple-Enceinte
druidique, René Guenon prenait occasion de l'article de Paul Le Cour pour apporter une
interprétation plus complète du symbole en lequel, sans rejeter l'explication proposée par ce
dernier, il voyait avant tout la représentation des trois degrés principaux d’initiation. C’est
alors que, sur la demande de Paul Le Cour, Charbonneau-Lassay rédigea l’étude, en forme
de lettre, qu’on va lire ci-après.

R.M.

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Figure 1 - La Pierre de Suèvres

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LA TRIPLE-ENCEINTE


J'AURAIS vraiment, cher Monsieur, bien mauvaise grâce à me dérober devant la
question dont vous voulez bien m'honorer, relativement à la signification que la pensée
chrétienne a jadis attachée à l'antique emblème de là Triple-Enceinte.

Le sens de ce symbole, sur les menhirs de Suèvres (Orléanais) et de Kermaria
(Bretagne), ainsi que sur tous autres mégalithes, nous échappera sans doute toujours; pour-
les époques druidique et gallo-romaine, avec prolongement sur les siècles suivants, ce que
vous en avez dit dans Atlantis (I), ce que M. R. Guenon en a dit de son côté, dans Le Voile
d'Isis (2), à savoir, notamment, que ces enceintes, avec leurs avenues d'accès, représentaient
une succession de trois principaux degrés d'initiation, me semble parfaitement acceptable.

II ne me paraîtrait même aucunement surprenant de constater des traces de ce
symbolisme, en marge du sens spécifiquement chrétien, dans te] ou tel milieu de la société
catholique, durant tout le Moyen-Age. En effet, pendant cette période, la vie de tout
l'organisme social n'a-t-elle pas reposé sur des initiations successives, souvent marquées, à
chaque échelon, par des cérémonies rituelles ? Ainsi, le sacerdoce, le monachisme, la
chevalerie, les universités, les cénacles d'alchimistes, les groupements d'hermétistes
chrétiens, plus ou moins orthodoxes, les corporations artisanales, industrielles ou agricoles,
la batellerie, voire la truanderie le môme, étaient ritualisés.

Tous ces groupements divers, qui ont vécu aux plus beaux temps de l'idéalisme, ont
eu leurs emblèmes figurés, leur héraldique, dont l'origine fut presque toujours d'ordre
religieux. Le Christianisme créa beaucoup de ces emblèmes, comme il avait fait, dès sa
naissance, pour exprimer mystérieusement ses dogmes et sa doctrine ; mais, pour l'un et
l'autre usage, il accepta préalablement, et adapta à ses croyances et à ses mœurs, tous les
symboles des cultes qui l'ont précédé et qui pouvaient permettre cette adaptation, soit par
leurs significations déjà acquises, soit par de nouveaux sens que leurs formes se prêtaient à
exprimer.

Pourquoi le symbole de la Triple-Enceinte, que vous avez relevé sur les mégalithes
des Gaules et sur le Parthénon, sur des objets romains usuels, aurait-il été mis au rebut par
l'emblématique chrétienne ? En fait, nous savons qu'il n'en fut rien, puisque la Triple-
Enceinte existe sur des églises séculières ou monastiques et sur des objets religieux ; disons
seulement qu'elle entre dans cette catégorie de symboles que la « nescience » actuelle ne
comprend plus, ou qu'elle ignore totalement.

Le dessin de la Triple-Enceinte que vous avez relevé sur le Parthénon et celui de la
gravure que vous avez reproduite (3), qui prétend représenter le temple de Poséidon,
rappellent à ma pensée le Tableau de la vie humaine que le philosophe grec Cébès, l'ami de
Platon, nous a tracé, au Ve siècle avant notre ère, et qui débute ainsi :

« Nous nous promenions dans le temple de Saturne, et nous considérions divers
présents qu'on y avait offerts. Il y avait, à l'entrée du temple, un tableau qui représentait des
fables toutes particulières, et dont le dessin était étrange. Nous ne pûmes jamais comprendre
ce que c'était, ni d'où on les avait tirées. Ce tableau ne représentait proprement ni une ville,
ni un camp. C'était une espèce d'enceinte qui en renfermait deux autres, l'une plus grande,
l'autre plus petite. Il y avait une porte au-devant de la première enceinte, une foule de peuple
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entourait cette porte, et l'on voyait, mi dedans de l'enceinte, une grande multitude de
femmes » {4).

Cébès et son compagnon ne comprenaient pas le sujet du mystérieux tableau, mais un
vieillard vénérable, «disciple de Pythagore et de Parménide », leur dit que ces trois enceintes
étaient les images de la vie humaine, et, successivement, il leur expliqua que les personnes
représentées dans chacune d'elles figuraient les vertus e-t les vices des hommes.

Dans la première étaient ; l’Imposture, l’Erreur, l’Ignorance, les Opinions, les Convoitises,
les Voluptés, la Fortune. Dans la seconde enceinte : l’Incontinence, la Débauche, l’Avidité, la Flatterie
; dans un autre groupe, la Punition, le Châtiment, la Tristesse, le Chagrin, la Douleur, les
Lamentations, la Désolation ; mais, après ce piteux cortège, se présentaient enfin le Repentir et la
Pénitence, qui conduisaient vers la Volonté, la Croyance, l’Instruction, le Savoir, la Continence, la
Patience.

Et, dans la dernière enceinte, on rencontrait la Vérité, la Persuasion, la Confiance, la
Sécurité, la Science, la Force, l'Honnêteté, la Tempérance, la Modestie, la Liberté, et la Douceur. Et
ces vertus, pour lui présenter les hommes sages, entouraient leur mère, la Félicité, qui trônait
au centre de ce séjour de la Véritable Doctrine.

Ce n'est là, sans doute, que l'extériorisation d'une méditation personnelle de Cébès, à
moins que ce ne soit un écho des dissertations de l'entourage de Platon, dont il était l'un des
intimes. Ce, n'est certainement pas le sens primitif de l'emblème.

Une autre conception, relative à la Triple-Enceinte, dont le point de départ peut être
bien ancien aussi, et qui ne se rattache à celle, plus philosophique, de Cébès, que par son
application à l'existence humaine, fait du vieil emblème, non l'image de la vie morale de
l'homme, mais celle de sa vie physique : la plus grande enceinte était l'image de sa jeunesse,
la seconde, celle de son âge mûr, la troisième figurant la vieillesse, et le point central, sa mort.
Ainsi, la vie s’en va, se rétrécissant toujours, jusqu'à ce que l'âme soit libérée de sa gaine
charnelle.

Vous avez, beaucoup trop élogieusement pour moi, reproduit dans Atlantis le
passage de la lettre, dans laquelle je vous disais que je ne serais pas surpris d'apprendre que
les premiers chrétiens avaient fait de la Triple-Enceinte l'une des images de la Jérusalem
Céleste, encore que cette idéale Cité de Paradis ait reçu; dans l'iconographie chrétienne, un
autre symbole linéaire précis, que de doctes auteurs du premier millénaire de notre ère nous
ont fait connaître. Mais l'emblème - qui nous occupe a eu, dans la mystique d'autrefois, de
toutes autres significations. Les présentes lignes ne vous apprendront pas que de singulières
circonstances m'ont permis d'avoir, sur plusieurs groupements hermético-mystiques du
Moyen-Age, et sur leurs doctrines et pratiques symboliques, une source d'information qui ne
relève pas de l'ordinaire domaine de la bibliographie et qui est, pour le moins, tout aussi
sûre.

Or, la Triple-Enceinte s'y présente, tout d'abord, comme l'idéogramme de la portée,
de la Rédemption sur le plan universel.

Chacun sait que, dans l'hermétique générale de l'Occident et dans la symbolique
chrétienne des figures géométriques, le Carré représente le Monde, qu'il est littéralement la
Mappa mundi, la « nappe du monde », notre « mappemonde », le planisphère terrestre et
céleste. Cela étant, trois carrés inscrits l'un dans l'autre, avec centre unique, c'est-à-dire
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formant un seul et même ensemble, représentent les trois Mondes de l'Encyclopédie du
Moyen-Age, le Monde terrestreoù nous vivons, le Monde firmamental où les astres promènent
leurs globes radieux sur d'immuables itinéraires de gloire, enfin le Monde céleste et divin où
Dieu réside et, avec Lui, les purs Esprits.

Or, dans les siècles qui suivirent la paix que Constantin donna, en 313, à l'Eglise du
Christ, la question se posa, parmi les théologiens chrétiens, de savoir quelle est, dans le
Cosmos universel, la portée efficace de l'effusion du Sang divin répandu pour le monde, au
sommet du Calvaire ; et l'opinion presque unanimement admise par eux fut que, si Dieu a
créé, sur d'autres planètes que la nôtre, des êtres vivants, intelligents et raisonnables, donc
responsables, la Passion du Christ a dû mériter pour eux un afflux de grâces divines, qui leur
sont départies selon le mode, inconnu de nous, qu’il plaît à Dieu d'adopter.

Nous avons un reflet de cette théorie dans une hymne célèbre de l'évêque-poète de
Poitiers, saint Fortunat (VIe siècle) le Pange lingua gloriosi lauream certaminis, que l'Eglise
latine a fait entrer dans sa liturgie officielle du Vendredi Saint :

Felle potus, ecce languet ;
Spina, clavi, lancea
Mite corpus perfotarunt ;
Unda manat et cruor,
Terra, pontus, astra, mundus,
Quo lavantur flumine.

(IL a langui, abreuvé de fiel ;
Les épines, les clous, la lance,
Ont percé son corps.
L'eau et le sang coulent de son côté.
La Terre, la Mer, les Astres, le Monde,
Sont lavés dans ce Fleuve).

L’antique emblème des Trois-Enceintes se prêtait admirablement au symbolisme de la
portée rédemptrice: 1a croix, qui la traverse aux deux-tiers, y figure l'efficacité directe du
sacrifice du Calvaire pour le monde terrestre et sur, le monde astronomique, mais s'arrête au
seuil du monde angélique et divin, qui n'a pas eu besoin de rédemption (Fig; IIB).

Quand les trois, enceintes concentriques sont orbiculaires, le symbolisme reste le
même ; seulement, au lieu d'être assis sur la forme angulaire de la Mappa mundi, il est basé
sur la sphéricité du globe terrestre et sur le développement circulaire de la ligne d'horizon,
qui ferme, pour nous, le monde des astres ; le inonde divin, lui, peut s'accommoder de toutes
les formes régulièrement tracées.


Figure 2 - Disque funéraire en os,
provenant d'une sépulture
mérovingienne d'Amailloux
(Deux-Sèvres).
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Sur un disque funéraire, en os, de l'époque mérovingienne, recueilli par M. l'abbé
Courteau, curé d'Adilly, la croix, au contraire, s'étend sur le petit cercle du milieu et sur le
second, mais non sur le troisième, plus vaste que les deux autres. Il semble que le
symbolisme soit ainsi plus logique, la terre étant petite, le firmament beaucoup plus grand
qu'elle, et l'un et l'autre, l'un contenant l'autre, n'étant que comme des grains de poussière
dans la main du Tout-Puissant, dont la demeure est l'Immensité sans fin (5). Plus logique, en
effet, cette forme, qui opère au rebours de la première, est plus rare aussi pourtant, dans
l'iconographie, parce qu'aux yeux de nos pères une tare grave la disqualifiait, si l'on peut dire
: c'est qu'elle n'est pas, dans son intégralité linéaire, le traditionnel et multi-séculaire
emblème de la Triple - Enceinte. Elle n'est que l'une de ses diverses variantes ou
dégénérescences, plus compréhensible toutefois que certaines autres, que celle, par exemple,
du château de Chinon, que vous avez reproduite dans Atlantis, d'après ma notice sur les
graffites des Templiers, et dont je ne comprends pas absolument les traits curvilignes (Fig. 3
A).


Figure 3 - La Triple-Enceinte, graffites des Templiers, au donjon du château de Chinon, 1308.

Il y a trois ans, les cultivateurs qui habitent les ruines de l'Abbaye de Seuilly, en Touraine, —
où Rabelais demeura —, mirent à jour les dernières assises d'une chapelle du xrve siècle, je
crois, située derrière les bâtiments actuellement habités ; sur l'une des pierres de cet édifice,
j'ai relevé le graffite très net des Trois-Enceintes, établies sur un plan octogonal qui rappelle
beaucoup celui de plusieurs baptistères antiques (6) ; et, chose remarquable, les « avenues »
du vieux symbole préchrétien sont, cette fois, nettement remplacées par la croix (Fig. 3).


Figure 4 - La Triple-Enceinte, graffite de l'Abbaye de Seuilley (Indre-et-Loire) (XIVe et XVe s.)


C'est bien l'apposition du thème chrétien sur le motif antique. Le point qui en occupe
le centre, et que l'on trouve parfois remplacé par un petit carré ou par une minuscule
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croisette, hiéroglyphes de l'autel, c’est l'idéogramme du Siège de la Présence et de la Paix
divine. Ici, les traditions d'Occident concordent avec celles de l’Orient ; le Christianisme a
joint à cette symbolique une idée plus spéciale d'amour et de miséricorde : la liturgie
catholique latine ne fait-elle pas officiellement sienne cette parole de la Bible : Suscepimus,
Deus, misericordiam tuam in medio templi, lui, « Nous avons senti, ô Dieu, ta miséricorde au
centre de ton temple » (7)

Et cette théorie,- qui est aussi celle de la Schekhina, de la « Présence réelle de Dieu »,
dans la mystique hébraïque; est singulièrement parente de ce que certaines confréries
hermético-mystiques du Moyen-Age ont appelé le « Grand Refuge », qu'enveloppe
l'imperturbable Paix divine, et le « Royaume de Bénédiction » , au centre duquel trône le Dieu
de Vie, Celui, que, deux siècles avant notre ère, le Livre d'Hénoch a nommé :
« d'Eternellement Béni » (8).

Il se peut aussi que la même idée de la «Présence ineffable » soit
mystérieusement enclose, au centre des trois carrés dont s'orne une
pierre de ,1'ancienne église mérovingienne ou carolingienne d'Ardin
(Deux-Sèvres), aujourd'hui démolie (Fig. 5). Voilà donc tout au moins
l'un des sens que la pensée chrétienne a donné à l'antique emblème des
Trois-Enceintes. En lui faisant manifester ainsi la portée effective de la
Rédemption sur le monde terrestre et sur le monde firmamental, mais
non sur le monde divin, le Moyen-Age en faisait, par là, application au
Macrocosme, ou « monde universel » des anciens.

Peut-être, et cela me paraît assez vraisemblable, l'a-t-il, selon sa
méthode coutumière: d'analogie, au Microcosme humain, au « petit
monde» individuel; que ses hermétistes et ses philosophes appelaient
« le monde rabrégé » (9) ?

Ce n'est là qu'une hypothèse, ou, si l'on veut, une déduction, qui peut expliquer une
autre variante médiévale de la Triple-Enceinte, laquelle est, peut-être bien, plus qu'une
simple dégénérescence du type ancien, et dans laquelle la croix traverse les trois carrés de
l'emblème. Elle est tracée, par exemple, dans un ensemble de graffites, sur une des pierres
prélevées au revêtement intérieur de la base de l'ancien donjon rond de Loudun, construit en
1206 par Philippe-Auguste, et démoli par Richelieu (Fig. 6). Ces graffites sont du XIVe siècle.



Figure 6 - Les Trois Enceintes, sur une pierre de l'ancien donjon rond de Loudun (Vienne). Collection lapidaire M or tau
delà Ronde.

Dans le microcosme humain, les méditatifs du Moyen-Age ont discerné trois parties
bien distinctes :

1. L'élément charnel, gouverné par l'un des quatre tempéraments : le "Cholérique", le
Sanguin, le Flegmatique et le Mélancolique, et qui procure la force corporelle.

Figure 5 - Décoration
d'une des pierres de
l'ancienne église d'Ardin
(Deux-Sèvres), collection
Gabriel de Fontaines à St-
André-iur-Shires.
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2. L’élément intellectuel, gouverné par l'Intelligence, dirigé elle-même par la Foi, et qui
procure la Connaissance.
3. L’élément moral des choses de l'âme, gouverné par la Conscience servie par la
Volonté, et qui, bien ou mal dirigé, détermine l’état éternellement heureux ou maudit.

Le comprenant ainsi, les penseurs chrétiens d'autrefois ont pu fort bien, ce me semble,
assimiler, selon leur méthode habituelle, le microcosme individuel au macrocosme universel,
et le symboliser, comme le second, par trois carrés ou trois cercles, figurant chacun l'un des
éléments humains. La domination de la croix figurative du Christ sur eux trois se justifie très
bien.

Sur le terrain de la pensée chrétienne, je ne vois guère d'autre explication possible à
donner, au sujet de cette variante de la Triple-Enceinte; mais, je le répète, ce n'est là qu'une
déduction hypothétique - vraisemblable, je crois - de ce que j'ai dit plus haut, relativement au
type traditionnel de l'emblème de la Triple-Enceinte, pris par la mystique chrétienne comme
idéogramme de la portée rédemptrice de la mort du Christ.

Louis Charbonneau-Lassay

Texte publié pour la première fois dans le n° 21 de 1929 de la Revue Atlantis.



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Notes :

(1) Atlantis n° 10, juillet-août 1928, L'emblème symbolique des Trois-Enceintes. – Ibid., n°11,
L'emblème des Trois-Enceintes. — Ibid., n° 17, Les Trois-Enceintes.
(2) Le Voile d’Isis, t. XXXIV, n° 114, juin l929, La Triple-Enceinte druidique.
(3) In Atlantlis, n° 10, juillet-août 1928, p. 106.
(4) Pensées de Marc-Aurèle-Antoine, suivies du Manuel d’Epictète et du Tableau de Cébès.
Traduction de P. Gommelin, éd. Garnïer, p. 317 et suivantes.
(5) Conforme, en abrégé, aux cercles universels de la « disposition du Monde », du Kalendrier
des Bergier, de 1480, édition Payot, p. E. XXXV.
(6) Voir notamment les plans dos baptistères du Latran à Rome, et d'Albenga, en Italie (cf.
Dom H. Leclercq, Dict. Arch. Chrét., t. II, vol. 2, col. 419 et 422). Et aussi la cuve baptismale de
Timgad (cl. Alb. Ballu, Les Ruines de Timgad, pp. 42-43).
(7) Brév. Rom.-Off. de la fête de la Purification de la Vierge (Introït de la Messe).
(8) Voir Le Livre d’Hénoch, trad. Fr. Martin, en plus, passages.
(9) Cf. Les Œuvres de M. Jean Belot, curé de Mil-Monts, Professeur aux Choses Divines et
Célestes, édit de 1654, p. 299.