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Revue germanique internationale

19  (2003) Le laocoon : histoire et réception
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Wilfried Barner

Le Laocoon de Lessing : déduction et induction
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Référence électronique Wilfried Barner, « Le Laocoon de Lessing : déduction et induction », Revue germanique internationale [En ligne], 19 | 2003, mis en ligne le 20 septembre 2011, consulté le 12 octobre 2012. URL : http://rgi.revues.org/946 ; DOI : 10.4000/rgi.946 Éditeur : CNRS Éditions http://rgi.revues.org http://www.revues.org Document accessible en ligne sur : http://rgi.revues.org/946 Ce document est le fac-similé de l'édition papier. Tous droits réservés

G o t t h o l d E p h r a i m Lessing. quelques phrases dans le français de Lessing : D'aller à l'encontre de ce gout manqué. Werte 1766-1769. il n'était sans doute pas entièrement irréaliste de vouloir toucher un public élargi. DKV. S. F r a n c f o r t / M a i n .9 1 6 . la critique littéraire d'un certain « goût man3 2 1. L e d é b u t (p. p a r H u g o B l ü m n e r . 2 Revue germanique internationale. grâce à la langue française. 1 Ces cinq phrases de la conclusion d'une préface rédigée en vue d'une version remaniée du Laocoon que Lessing projetait « quelques années » après l'original de 1766 supposent. éd. 1 8 8 0 . Werke und Briefe. que selon le développement méthodique de principes généraux. Addison. B d . cf.Le Laocoon de Lessing: déduction et induction WILFRIED BARNER Pour commencer. et c o m m . Wilfried Barner. 19/2003. 6 2 7 . a. Ce sont donc plutôt des matériaux sans ordre pour en faire un livre. de combattre les jugements trop peu approfondis des Critiques. 6 5 0 . é d . é d . 5 / 2 . 2. d'autre part. e plus selon la suite de ma lecture. Il y a quelques années que j'en ai donné le commencement en Alemand. si l'on met à part Spence. 5 / 2 . 1 9 8 5 s. que le Laocoon n'entend pas développer des débats théoriques intemporels. W i l f r i e d B a r n e r e n e o l l a b . cette langue m'etant dans ces matières tout au moins aussi familière que l'autre . 3 2 1 . dès le début de la citation. 5 / 2 . 131 à 143 . y compris internationales. 1990. p . ( a b r é g é : DKV). Ils ne se sont formés qu'occasionellement.. d'une part de premières réactions. S u r la finalité d e c e t t e t r a d u c t i o n . 3. mais une critique d'art d'intervention. Harris et quelques autres. c'est la le dessein principale des discours suivants. voire européen. S u r ce p o i n t et s u r la suite d u p r é s e n t a r t i c l e . vol. a v e c K l a u s B o h e n e. de Batteux et Du Bos au comte de Caylus et à maints autres auteurs jusqu'à Diderot ? O n comprend de plus. n o u s r e n v o y o n s d e m a n i è r e g é n é r a l e a u c o m m e n t a i r e p u b l i é DKV. vol. 319) suit assez e x a c t e m e n t le t e x t e a l l e m a n d d e 1 7 6 6 . Je vais le rédiger de nouveau et d'en donner la suite en François. L ' é d i t i o n s u i v a n t e m é r i t e t o u j o u r s d ' ê t r e c o n s u l t é e : Lessings Laokoon. mené en langue française. L'ensemble des discussions de la critique d'art n'était-il pas. qu'un livre. p . au traité qui avait fait sensation par sa nouveauté . B e r l i n .

5 / 2 . Peu de textes de Lessing. 6 7 4 . Si l'on parcourt d'abord les premiers témoignages de la récep4 1. C e t t e d é c l a r a t i o n . Lessing. après avoir mentionné le nom incontournable de Baumgarten (et ses Aesthetica). vol. une sorte d'auto-apologie anticipée. T r a d u c t i o n f r a n ç a i s e d e C o u r t i n ( 1 8 6 6 ) . 5 / 2 . C'est un problème qui se situe à la surface du texte. p . on perçoit dans ces lignes une attitude légèrement défensive. 7 3 3 s. obligent aussi fortement que le Laocoon à parler d'une réception strictement sélective. mais de manière offensive. promet que ses exemples « conserveront davantage la saveur de leur source ». 4. Bien des lecteurs contemporains et plus encore de lecteurs des siècles ultérieurs ont diversement apprécié ce goût des sources en trouvant dans le Laocoon tous ces détails philologiques. nous en connaissons les autres facettes. » Puis. souvent accumulés. en précisant qu'il avait tiré l'essentiel de ses exemples du dictionnaire de Gesner . ces raisonnements fondés sur la critique des textes et l'étymologie. p . et sans doute de toute cette période. a u L i v r e V I I I d e Poésie et vérité (1812). et. 15. dans l'avant-propos au Laocoon. indirectement aussi chez Winckelmann. vol. 5 / 2 . avec ces deux phrases acérées : « Nous autres Allemands ne manquons pas de livres à système . 2. p . est d e v e n u e locus classicus d e la r é c e p t i o n d u Laocoon [DKV. ces méganotes infrapaginales de plusieurs pages. r e v u e et c o r r i g é e . bien plus que « selon le développement méthodique de principes généraux ». Cette manière. par exemple chez Christian Garve.que ». « principes généraux » . . selon l'expression que l'on trouvera plus tard dans Poésie et vérité . finalement. marquée par la polarité et la complémentarité de la déduction et de l'induction. 1 2 3 Ce ne sont certainement pas ces particularités du texte qui ont « enchanté » le jeune Goethe et ses camarades. Laocoon. 1 9 9 0 . En troisième lieu. p . P a r i s . puis surtout chez Herder.7 3 4 . c'est à quoi nous nous entendons mieux que personne au monde. v o l . teintée de polémique. p a r exemple. dont Lessing écrit qu'elle vient juste de paraître. fier de sa démarche empirique. Il s'agit d u Novus linguae et eruditionis Romanae thésaurus d e J o h a n n M a t h i a s G e s n e r ( 1 7 4 7 1748). de se démarquer. Riedel et d'autres encore . en partant de quelques définitions et dans le plus bel ordre possible. DKV. L e s s i n g .on pourrait encore ajouter « système » pour définir les notions résumant l'orientation de l'autoexplication de Lessing et sa première réception. déduire [deducere]. mais qui détermine aussi sa structure profonde. 4 3 . C h o i x d e d o c u m e n t s t é m o i g n a n t d e c e t t e r é c e p t i o n in DKV. q u i se r a p p o r t e à l ' é p o q u e d e s é t u d e s u n i v e r s i t a i r e s d e G o e t h e à L e i p z i g . H e r m a n n .). tout ce que nous voulons. non sur le mode indirect et avec u n gant de velours. afin de « combattre les jugements trop peu approfondis des Critiques ». « Méthodique ». cette interruption de la Première partie au beau milieu de questions de détail concernant l'Histoire de l'art de l'Antiquité de Winckelmann. consistant à présenter l'essai comme composé « occasionellement » suivant une « lecture » personnelle de Lessing. 3.

tion. avec ses « principes » et ses « règles ». qui suscita bien des résistances. elle aussi. XV) abruptement interrompue par la phrase devenue célèbre : « Essayons maintenant de déduire la chose de ses causes premières [c'est-à-dire des primae causae]. 1 3 1 . D o c u m e n t s s i g n a l é s à la n o t e 1. dans sa monographie Ut Pictura Poesis a retracé la postérité de ce verdict lourd de conséquences. U t P i c t u r a P o e s i s . et bien sûr aussi Klotz et d'autres encore . Mais dans les dictionnaires. M u n i c h . ce n'est pas un hasard. avec la grande exégèse du chapitre sur la tragédie de la Poétique d'Aristote. 2. seule publiée. Le texte le plus comparable est ici. Et. qui ne se retrouve dans aucun autre des nombreux textes théoriques expérimentaux du XVIII siècle : ni dans les Kreuzzüge des Philologen de H a m a n n . hautement sélective. p a r une structure du texte et de l'argumentation. Lorsque le Laocoon de Lessing devint au X I X siècle une lecture canonique de tous les lycéens (mais aussi naturellement des étudiants de bon nombre d'Écoles des beaux-arts) et que furent composées pour cet usage des anthologies ad usum delphini. Lessing-Bibliographie. 1 2 e 3 e 4 Le Laocoon de Lessing. ni dans les digressions des Salons de Diderot. L a t r a d u c t i o n f r a n ç a i s e (cf. m a i s . 1 9 7 2 . d e internes rencontrées au cours de l'entreprise. B e r l i n . en tout cas p a r sa structure de livre complètement asymétrique. c'est bientôt le chapitre X V I . p . Garve. qui domine ce chapitre qui succède à une controverse avec Caylus (chap. c'est la déduction qui. » Nous rencontrons à nouveau la notion de deducere. avec leurs esquisses fragmentaires. le Philoctète de Sophocle ou encore le Gladiateur Borghese . chargée de signification. avec les fondements de la théorie sémiotique et les « principes » qui fixent les « limites » séparant les arts. supra. p . un exemple classique de critique inductive ? e 3 Dans le couple de notions déduction/induction. n. difficultés . le chapitre X V I ne manquait jamais (comme c'est le cas aujourd'hui dans les articles de dictionnaire). En somme. se prête à cette réception singulière.» 3. du genre de celles que recense la bibliographie lessingienne de Siegfried Seifert. 6 4 0 . ou plus exactement sa première partie. troisième élément résultant des précédents : la condamnation de la « poésie peinture ». on rencontre naturellement les lecteurs professionnels qui se plongent avec une curiosité impatiente dans les exempla de Lessing : le groupe sculpté du Laocoon. die S a c h e a u s i h r e n e r s t e n G r ü n d e n herzuleiten. tout au long du XIX siècle et jusqu'à Georg Lukács . le Laocoon de Virgile. Hans Christoph Buch. la Dramaturgie de Hambourg. 4. » T e x t e o r i g i n a l : « D o c h i c h will v e r s u c h e n . 132) dit. comme celui de Sulzer. 120 : « E s s a y o n s m a i n t e n a n t d e p r o c é d e r p a r d é d u c t i o n . et dans les manuels. supra. 2. Riedel. Die Beschreibungsliteratur und ihre Kritiker von Lessing bis Lukács. publiée en 1973 . p .6 5 6 . Siegfried Seifert. 1 9 7 3 . p . commençant par le commentaire critique des pièces représentées à H a m b o u r g et atteignant son point culminant dans le tiers final. 5. H a n s C h r i s t o p h B u c h . en particulier de 1. Il est v r a i q u e c e t t e f o r m e n e r é s u l t e p a s d ' u n « p l a n ». ancrée dans l'histoire de la logique et de la syllogistique.tels Herder.W e i m a r .

J o a c h i m R i t t e r . un auteur décrié p a r Gottsched. voire récusée avec l'argument consistant à souligner l'impossibilité de l'induction dite intégrale. pour l'école aristotélicienne. R u z i c k a . de même que les écrits d'apologie . col. en 1749. S. K ö r n e r et H . inductio. à l'empirie.déjà chez Artistote . Der Naturforscher. 4 . L a d é m o n s t r a t i o n f o n d é e s u r l ' e x e m p l e p a r t i c u l i e r se d é p l o i e a v e c le p l u s d e finesse d a n s les p i è c e s d e t h é â t r e : cf. mais aussi la physique. pour la botanique. ibid. B â l e . col. « D e d u k t i o n . celui de l'esthétique. 392-404. L'induction. Déduire le particulier du général. p . je ne retiendrai qu'un exemple emprunté au registre du drame. les sciences de la terre et divers sujets. é d . é d . en physique. E m p i r i e . 1'« apologie » de Plaute. pour les sciences de la nature. in Euphorien 62 (1968). est un fait bien connu . la proposition spéciale de la proposition générale. et J . J o a c h i m R i t t e r et K a r l f r i c d G r ü n d e r . F r e u d e n t h a l . Dans l'avant-propos de 1756 à la traduction des drames de l'auteur anglais J a c o b James) Thomson. B â l e . 2.est profondément ancrée dans les sciences empiriques. col. in Historisches Wörterbuch der Philosophie. mais aussi dans la déconstruction des préjugés pour laquelle l'expérience « particulière » faite au contact d'un libre penseur ou d'un Juif se trouve plusieurs fois confrontée au préjugé « général ». dans l'observation de la nature. en grec épagogè . n ° 6 9 ( 1 9 8 4 ) .la mathématique. C'est le principe qui régit les premières comédies. 2 9 . a dans certains cas été contesté du point de vue des prémisses et du mode de déduction. i n Bulletin des Leo Baeck Instituts. 3 3 3 . R e t t u n g . p. p r é m a turément disparu. 2 8 s. Lessing porte un jugement sur ce qu'on rapporte de l'effet superbe produit par le contemporain de Thomson. Pour revenir à un domaine proche du Laocoon. v o l . 1 9 7 2 . i n Historisches Wörterbuch. 1 9 7 6 . 4 . soumet à l'examen certains procédés condamnés p a r Gottsched en analysant leurs « effets » : ainsi. 2 3 1 Sans qu'il soit possible de retracer ici plus longuement sa réflexion théorique. Et Kant a délimité la déduction transcendantale par rapport à la déduction empirique du point de vue de l'acquisition de connaissances.. K l e i n . . C e s c e n t r e s d ' i n t é r ê t é t a i e n t p l u s m a r q u é s c h e z s o n a m i et p r o c h e p a r e n t M y l i u s . « D e r j u n g e L e s s i n g als K r i t i k e r G o t t s c h e d s » . L o r e n z . La légitimité méthodologique de l'induction a fréquemment été contestée. dans le premier grand écrit philologique et critique de Lessing. . mais aussi dans la psychologie qui est aussi une science de l'homme . George Lillo. par exemple. 3. 2 7 s . D e r j u n g e L e s s i n g u n d d i e J u d e n ». la géologie. « V o r u r t e i l e . W i l f r i e d B a r n e r . 4 3 1. J o a c h i m B i r k e . O n a bien étudié les processus critiques dans lesquels Lessing. on est frappé par l'importance accordée par Lessing (qui est en cela caractéristique de la première époque des Lumières) aux données de l'expérience. V u e d ' e n s e m b l e c o n c i s e d a n s l'article « D e d u k t i o n » d e K . contre le dogmatisme déductif de la poétique de Gottsched . t r a n s z e n d e n t a l e ». v o l . J ' e n resterai à ces indications fort elliptiques et je me contenterai de rappeler que l'intérêt précoce de Lessing. encore dominante à cette époque.3 3 4 . E x p o s é c o m p l e t d a n s l'article « I n d u k t i o n » d e R . remontent à 1747. constitue l'élément le moins problématique . 5.5 1 . dont les premières publications dans la revue de Christlob Mylius. 2.

H e r b e r t G . Harris. de m ê m e j e préférerais infiniment être l'auteur du Marchand de Londres. Sterbender Cato. remplissant toutes les règles). vol. parvenues depuis longtemps à une célébrité universelle. Lessing (dès 1756 !) tient à énoncer u n principe englobant la poésie et les arts plastiques. c'est la théorie de la fable (dans les Abhandlungen liber die Fabel de 1759) qui donne lieu à la première discussion sur les limites des disciplines artistiques. 1 7 3 1 . des fables d'Ésope contre le type « bavard » des fables de La Fontaine.) le rôle de Moses Mendelssohn. p . il apparaît clairement que Lessing ne formule pas des théories abstraites. Indubitablement. Là encore. Dramaturgische é d . C o m m e la recherche sur le Laocoon l'a constaté depuis longtemps. K a r l E i b l . 4 . la position défendue en 1766 est déjà préfigurée p a r ces représentations normatives de 1759. p . tout ce qui fait diversion doit être éliminé au profit de 1' « action » qui est le cœur de la fable « animalière ». est un genre d'une grande variété. J o h a n n C h r i s t o p h G o t t s c h e d . Tout ce qui relève de la décoration. La référence inductive à l'empirie. de 1. Lessing est très proche de la position de Gellert qui entendait « dire la vérité à travers une image »). 144 (italiques c o m m e d a n s l ' é d i t i o n o r i g i n a l e ) . débouche sur une « leçon ». non descriptif. G ô p f e r t . Lessing défend le type concis.W e i m a r 2 0 0 0 . M u n i c h . La comparaison avec Praxitèle ne survient pas par hasard. G o t t h o l d E p h r a i m L e s s i n g . en racontant une histoire d'animaux. toute notion de « conformité mécanique ». relativise toutes les « règles ». Dubos. La fable qui.Werk - Schriften. 2. 2 1 6 s. Rappelons en une phrase que la soudaine métamorphose de notre critique et notoire auteur de théâtre en « antiquaire » pratiquant le genre à la mode. S t u t t g a r t . é d . avec des jambes torses par-devant comme par-derrière. . D o n t o n t r o u v e u n b o n r é s u m é d a n s M o n i k a Fick. plutôt que d'avoir fabriqué la plus belle statue d'un Praxitèle . mais trace des lignes de démarcation polémiques. 3 . Werke. elle se voit assigner d'étroites limites. Lessing-Handbuch. selon les formules que Lessing emploie au m ê m e endroit. plutôt que celui de Caton mourant » (c'est-à-dire de la pièce exemplaire de Gottsched . 1 9 7 3 . mais aussi p a r les études grecques poursuivies à Breslau à la suite du projet sur Sophocle. Q u a n t à l'allégorie. ne s'explique pas seulement par le mouvement lancé par Winckelm a n n (et les soucis matériels qui obligent Lessing à des travaux lucratifs).avec la pièce The London Merchant (1731) : « Pour donner m o n opinion véritable à propos des règles : je préférerais infiniment avoir créé l'homme le plus informe. etc. de la simple complaisance. 1 2 3 Mais quel est le cheminement méthodologique qui conduit finalement Lessing à ce texte si singulièrement structuré qui surprit le public de la foire de Pâques en 1766 ? De ce cheminement même résulte la structure. sur un « précepte ». à l'effet superbe produit p a r la pièce de Lillo. Pour l'information sur les positions les plus actuelles en matière d'esthétique (Locke. Wirkung. sur une « connaissance imagée » (ici. Leben .

j e ne mentionnerai que l'essentiel . Peut-être une lettre s'est-elle perdue. 1 2 3 4 5 6 Déduction ou induction : même si l'on place en tête le Paralipomenon 3. mais dans le contexte de l'histoire des arts. Cf. 4 . commence en des termes pratiquement identiques. 9 (1880). 5 / 2 . et surtout de son traité Über die Hauptgrundsdtze der schonen Kiinste und Wissenschaften (1757). 6 2 7 . la préface en français.ses lettres Über die Empfindungen (1755).6 5 0 . est d'une richesse incomparable. fut primordial. DKV. i n editio. certainement de l'automne 1763 . p . . Le Paralipomenon 1. le fonds des manuscrits posthumes témoignant de la genèse du Laocoon. » Le début. de Breslau. L a c r i t i q u e d e la n o t i o n d e « P a r a l i p o m e n o n » d a n s c e t t e p e r t i n e n t e é t u d e reste p e u c o n v a i n c a n t e . «doivent être déduites de la notion d'imitation-mimèsis (Nachahmung) » (il s'agit donc de deducen). plutôt sur le mode du tâtonnement : « La ressemblance et la convergence de la poésie et de la peinture ont assez souvent été abordées et traitées . E x p o s é p l u s c o m p l e t i n DKV. Pour le reste. p . pour ainsi dire doxographique.9 7 . dans tous les cas l'exposé passe rapidement à l'exposition concise des thèses sur le caractère mimétique des arts et aux règles qui.1 7 1 . confirme que le plus ancien manuscrit est celui qu'on appelle le Paralipomenon 3. supra. 13 ( 1 9 9 9 ) . 2 . Ainsi. p. « G r e n z b e r e i c h e d e r E d i t i o n : d i e P a r a l i p o m e n a z u L e s s i n g s Laokoon ». Ibid. Celles-ci résultent de la diversité des « moyens » (Mittel) mimétiques. Puis viennent. 5. Par souci de brièveté. qui parle encore de « ce gout manqué »). p . pour ce qui concerne le problème déduction/induction. n . 1. depuis H u g o Blümner et Emil Grosse . 5 / 2 . avec le souci de critiquer des évolutions malencontreuses (cf. auquel il faut sans doute donner une date plus ancienne . 1 3 1 . E m i l G r o s s e . c a r a u c u n e s o l u t i o n d e r e m p l a c e m e n t p l a u s i b l e n ' e s t p r o p o s é e . 6. dans leur première formulation. Malgré les divergences qui. « Ü b e r L e s s i n g s H a n d s c h r i f t d e s L a o k o o n u n d d e n N a c h l a ß z u d e m s e l b e n ». Mais ce thème n'est pas abordé d'un point de vue abstrait et purement théorique. v o l . 7 8 . 1 4 4 .la plus récente révision. référence qui lui était donnée de façon claire dans une lettre de décembre 1756 ? La question reste sans réponse. 3 . menée à bien p a r Elisabeth Blakert (1999). est déjà perceptible. 209. Et Lessing désigne sur-le-champ les causes de cette dépravation : en poésie. E l i s a b e t h B l a k e r t . 3 . subsistent entre les reconstructions génétiques . i n Archiv ßr Litteraturgeschkhte. O n voit bien ici le lien thématique avec les études sur la fable de 1759. nous avons affaire à u n thème européen chargé d'histoire. selon les termes du Paralipomenon 1. de P « Avant-propos » ultérieur de 1766. en peinture la manie allégorisante (Allegoristerei). l'abus de descriptions (Schilderungssucht). sans le ton tranchant. Bd. la plupart de ces « propositions » (Satze). p . mais pas toujours avec la précision qui aurait permis de se prémunir contre les mauvaises influences exercées sur l'une ou sur l'autre. Pourquoi Lessing n'a-t-il pas repris la référence à l'interprétation du Laocoon par Winckelmann dans l'essai de 1755 sur L'Imitation.

T e x t e s a i s é m e n t accessibles i n M o s e s M e n d e l s s o h n . O t t o Lao1984 2. p . voire exclusivement. à part l'érudit recteur Klose) il expérimenta une tierce formule. 2 1 7 . Et quand l'un d'entre eux n'était pas sur place. T z v e t a n T o d o r o v . in Das Laokoon-Projekt. des entretiens furent même possibles et Lessing y fait allusion explicitement dans des esquisses postérieures. S t u t t g a r t . D K V . vol. Ici nous rencontrons très précocement aussi la notion de « signe naturel » et « arbitraire ». éd. très vite après la définition déductive et diacritique de la poésie et de la peinture. 9-22). « Ä s t h e t i k u n d S e m i o t i k i m 1 8 . il jette u n regard sur les « faiblesses » du populaire J a m e s Thomson. 3. il accepta comme allant de soi le discours sémiotique de Lessing. (p. » 1 2 A l'intention de ceux qui ont sous les yeux surtout. Pläne einer semiotischen Ästhetik. Par chance. il en parlait d'ordinaire avec des amis. 5 / 2 . Il envoya des parties de ses esquisses déductives. . qui passaient rapidement aux exempla. Ästhetische Schriften in Auswahl. p . Mendelssohn fut le commentateur le plus empressé et le plus stimulant. Pendant une visite de Lessing à Potsdam à l'automne 1763. Fait caractéristique. é d . en particulier. alors que celui-ci avait d'ores et déjà tiré de ses écrits esthétiques une part importante de ses connais3 1. qui a souhaité les soumettre à la discussion.o n t été i m p r i m é e s e n p e t i t s c a r a c t è r e s a u b a s d e s esquisses d e Lessing). on trouve donc déjà les germes de ce que Tzvetan Todorov a mis en lumière comme Г « originalité souvent méconnue » de Lessing dans le Laocoon : d'avoir été le premier à établir le lien entre deux lieux communs de son époque : « Q u e l'art est imitation . pour une part sous la forme d'une discussion critique de Polymetis de Spence (1744) et des Tableaux tirés de l'Iliade du comte de Caylus (1757). comme naguère (en 1756-1757. E . D a r m s t a d t .qui sont par la suite devenues célèbres avec le chapitre X V I du Laocoon. L e s s i n g : k o o n » . prenant pour l'essentiel la suite des Réflexions critiques sur la poésie et la peinture de D u Bos (1719) . telle que Mendelssohn l'avait développée dans ses Hauptgrundsätze de 1757. G u n t e r G e b a u e r . Et pour ce qui concerne Г « abus de description » critiquée au début. une série de ces feuillets originaux a été conservée . p . G . 14. Best.1 9 7 . Dans cette première conception déductive. à ses amis Nicolai et Mendelssohn à Berlin en leur demandant leurs commentaires. 1 9 7 4 . commente aussi certains exempta homériques (extraits surtout de l'Iliade). F . le Laocoon dans sa version de 1766. 1 7 3 . J a h r h u n d e r t . Ce genre de choses. mais plus encore le lien argumentatif inhabituel avec un système de « règles » dégagées par déduction ont de toute évidence semblé périlleux à Lessing. N o n seulement la dénonciation polémique des évolutions pernicieuses des arts. et que les signes de la poésie sont arbitraires. alors que Lessing était à Leipzig) avec Mendelssohn et Nicolai à propos du drame.c o m m e d a n s les é d i t i o n s a n t é r i e u r e s . on échangeait des correspondances.2 5 2 (les n o t e s d e M e n d e l s s o h n et d e N i c o l a i . il faut préciser que la première version du texte. D u fond de son isolement volontaire à Breslau (où il n'y avait pas grand monde à qui parler.

ajoutant des arguments supplémentaires. dans le choix d'exemples comme Thersite. se révèle doublement important pour m a problématique. 2. est d'un sobre raffinement. mais aussi par l'anticipation de certaines thèses concernant le tracé de frontières par le critique. légitimé. telle qu'elle apparaît dans les documents qui témoignent de la formation de ses concepts. du « philosophe » et du « critique » . comme sur les « conclusions » à tirer des « sentiments ». 13-16. à partir de la troisième ligne. par l'évocation de « règles générales ». U n cadre quasi systématique est délimité. Et dans la réflexion sur les « règles générales ». de toute évidence ajouté plus tard. Mendelssohn et Lessing. tantôt ils laissent la peinture embrasser toute la large sphère de la poésie. rectifiant des concepts. C o m m e n t ménage-t-il. Autre dimension qui retient l'intérêt du point de vue de Lessing : ce processus de discussion lui montre. le « thème » est exposé de manière presque scolaire. à propos d'une esthétique procédant sur le mode déductif qui est indissociable du n o m de Baumgarten. qui remonte d'une part à Simonide (le « Voltaire grec ») et d'autre part se poursuit jusqu'aux « m o d e r n e s » . non seulement de manière formelle. vol. Kunstrichter. la transition discursive ? L' «avant-propos » . la nouvelle passion antiquaire à la mode. C ' e s t ainsi q u e la t r a d u c t i o n C o u r t i n t r a d u i t . est d'abord caché derrière la typologie de l' « amateur ». non sans que la longue histoire du problème soit évoquée. DKV. et avec la « comparaison » de la peinture et de la poésie. Cet étonnant processus de symphilosophein par écrit entre Lessing. et même du « champ infini de 1 2 1. Ces trois éléments permettent de caractériser la situation de Lessing. à lui-même et à ses lecteurs. tel qu'il apparaissait dans son avant-propos de 1756 à la traduction de Thomson. La sensation des effets produits par les deux arts fonde. Il démontre la simultanéité et l'interpénétration d'une démarche philologique et humaniste de type ancien et de questionnements relevant du jugement esthétique (dans les passages consacrés à Homère. Nicolai et surtout Mendelssohn. p . menée entre philosophes. le chapitre X V I est déjà. La thèse de la « sphère plus large de la poésie ». pour ainsi dire. 5 / 2 . et enfin la discussion. que le principe de l'effet défini en fonction du domaine particulier des arts peut être replacé dans un contexte d'argumentation déductive. dont je ne peux pas faire état dans le cadre du présent exposé. etc. Les bases sont ainsi posées dans l'avant-propos pour la suite de la démarche déductive.sances sur le sujet. la démarche inductive (dont les deux voies sont déjà spécifiées : « faire illusion » et « plaire »). L'apport doxographique. en qui l'on reconnut dès le début Nicolai.). p a r exemple dans la double proposition : « T a n tôt ils resserrent la poésie dans les limites étroites de la peinture. lancée essentiellement par Winckelmann. Hélène. ». qui caractérisait déjà les esquisses les plus anciennes. à lui l'inductiviste par penchant.

3. mais actuel et critique. Le critique Friedrich Justus Riedel dit les choses. 2. et d'autres encore en étaient conscients. en 1755. dès lors que Lessing avait opté pour l'exemple éponyme du Laocoon (déjà placé par Winckelmann.) de Winckelmann comme texte de référence et en retenant la figure de Laocoon comme exemple éponyme. 14. les actes de déduction et de « conclusion » sont légitimes. 6 8 1 . 5 / 2 .. mais seulement la « raison » invoquée. car il permet d'aller contre le « mauvais goût » et les «jugements sans fondement ». D o c u m e n t r e p r o d u i t ibid. a souvent fait l'objet de malentendus dans le traitement réservé au chapitre X V I . « En ce qui concerne la méthode consistant à tout aller voir de ses propres yeux.. qu'il s'agisse d'une sculpture ou d'une pièce de théâtre. Lessing ne met pas en doute l'observation proprement dite. avec la plus grande clarté : les « auxiliaires » de Lessing.notre imagination » qui s'ouvre dans la poésie. p . DKV. » Winckelmann au contraire. La structure rhétorique de l'avant-propos de la Première partie du Laocoon met trois points en évidence. les « règles » et les « frontières » des arts restent fondées sur leur médialité . Ce que l'on pourrait appeler le pathos de l'induction tire sa force de la totalité des « effets » de chaque œuvre. Herder. nous n'avons aucune objection à nous adresser l'un à l'autre. Le chapitre I s'ouvre sur la thèse générale de Winckelmann à propos des « chefs-d'œuvre grecs peints ou sculptés ». vol. p . Et troisièmement : le problème des « frontières » n'est pas seulement théorique et abstrait. étayée p a r l'exemple de la sculpture du Laocoon. comme on sait. Garve. pour parler sur place avec lui ». Les variations de la démarche suivie p a r Lessing dans le Laocoon entre les pôles de la déduction et de l'induction n'ont jamais fait l'objet d'une étude précise. la « généralité de la 1. . en choisissant les Gedancken (Réflexions sur l'imitation. 715. a exprimé précisément cette différence de point de vue avec son nouveau concurrent dans sa correspondance : « Qu'il vienne à R o m e .. attendait le jugement avec impatience. au centre de son écrit en forme de programme) n ' a pas échappé aux contemporains : Nicolai. Ce troisième point. Karl. 2 3 1 Lessing. écrit-il dans une lettre à J o h a n n Michael Francke du 10 septembre 1766 . surtout. pour la rédaction de son Laocoon furent « la philosophie et la lecture ». D o c u m e n t r e p r o d u i t in DKV. le frère de Lessing. 5 / 2 . v o l . Le fait qu'il fallait se mesurer l'autorité de Winckelmann. Malgré toutes les distances ironiques prises p a r rapport à Baumgarten. dont Lessing. ne sera développée que dans le chapitre VI (surtout à propos de Laocoon chez Virgile). en 1769. La première évocation explicite de Winckelmann commence d'une autre manière. puis vient une référence à Laocoon chez Virgile et au Philoctète de Sophocle. pour parvenir à leur définition. p . Elles ne pourront être ici que sommairement indiquées. est naturellement conscient du fait que ces choix pourraient se transformer pour lui en «piège inductif».

21 . sujet sur lequel Lessing. p . p . dans son Laocoon. Cf. 2 . Mentionnant rapidement et sur u n ton dubitatif les reproches faits p a r Winckelmann à Virgile. qui conduisent à affirmer au chapitre II la prédominance de la « beauté » chez les « Anciens ». et sur-le-champ. G r i m m . F r a n c f o r t / M a i n . 2. il ajoute les « guerriers blessés d'Homère » (dont il a déjà défendu les « larmes » dans sa correspondance sur le drame avec Mendelssohn et Nicolai). À plusieurs reprises. 1 8 .règle » que Winckelmann a tirée de cette raison (nous retrouvons le deducere). Herder citera plus tard dans son premier Bosquet critique (Critisches Wäldchen) « des critiques » qui estiment que Lessing. 132). p . t r a d u c t i o n (cf. mais remonte au moins à Shaftesbury . 5 / 2 . Lessing. 4 7 . supra. Werke. 1 9 8 3 (p. i n Lessing X V . E i n e R e t t u n g ».1 7 6 ) . 5 1. 1 7 3 . n . c'est bien dans cette direction que Lessing conduit son exégèse de Winckelmann et Sophocle (puis encore celle d'Homère). p . nous rencontrons des résumés intermédiaires. 1993. 5. G ü n t e r A r n o l d et al. Lessing affirme en conclusion : « T o u t ce qui est stoïque est anti-théâtral » (parce que cela coupe court à la pitié). construit sa propre position déductive qui ne doit plus rien à Winckelmann. l'argumentation de Lessing se place sur le terrain de sa propre compétence. p . Tearbook. 5 / 2 . a choisi l'écrit programmatique le plus remarquable de la nouvelle mode antiquaire et de la grécomanie. 2 3 4 1 À ces déductions anthropologiques. 4 5 . dont la force tient à l'évocation sensuelle de 1' « art » grec. Laokoon u n d M o d e r n i t ä t . p . 4 . éd. vol. n . DKV. comme celle-ci à propos de Philoctète : « Le cri est l'expression naturelle de la douleur physique » . de cette manière. abordant le Phibctète de Sophocle. le fait marquant dans le Laocoon est que Lessing. supra. s'ajoutent à partir du chapitre III des considérations historisantes. J o h a n n G o t t f r i e d H e r d e r . Ibid. « I n g e b o r g H o e s t e r e y . ne date pas de Lessing. des propositions en forme de thèses sur l'anthropologie grecque. t r a d u c t i o n (cf. é d . comme on l'a vu depuis longtemps. 2 : Schriften zur Ästhetik Literatur 1767-1781. G u n t e r E. quelques années plus tôt (en 1759-1760) avait entamé un grand traité. Contre la thèse de Winckelmann citée au début. 6 3 . 2 . il est vrai qu'Ernst Gombrich déclarait sarcastiquement à propos de ce « Lessingianum » qu'il n'était plus valable que pour les photographes de presse) . aurait administré une leçon de philosophie à Winckelmann . 1 6 5 . 132). du « goût » grec. mais non à la pénétration philosophique. p . vol. Le voilà revenu à son métier.. 19 . en se tournant vers les Gedancken de Winckelmann. en particulier certaines qui ont pour arrière-plan la Querelle des Anciens et des Modernes : que l'art des « temps modernes » aurait « des limites incomparablement plus larges » — affirmation qui sert de base à l'idée de « l'instant fécond » (fruchtbar) ou «décisif» (prägnant) (une idée qui. uni . v o l . p . 3. Quelle que soit l'importance qu'on accorde à ce théorème abond a m m e n t commenté de Lessing. DKV. p . Quelle que soit l'exagération de cette thèse. dont il juge qu'elle est valable tout au plus pour les arts plastiques.

Lessing entreprend dans ces chapitres. Cette illusion opère de telle manière que (selon la formule d'Inka Mülder-Bach) « l'œuvre contemplée s'enrichit de tout l'excédent de passé et d'avenir que l'imagination ajoute à l'instant représenté »' Lessing déploie tout un enchaînement de démonstrations inductives de la manière dont travaillent l'imagination et l'illusion.surtout chez Caylus . à sa démarche systématique. p . 1-30). en se fondant sur des exemples tirés de Y Iliade. v o l . Lessing analyse en détail la façon dont la peinture peut « imiter » cette « action ». la « faire pressentir ». 132). au passage de Virgile et à Philoctète. I n k a M ü l d e r . . Dans cette argumentation. t r a d u c t i o n (cf. t r a d u c t i o n (cf. à partir du chapitre X V I . in Deutsche Vierteljahrsschrift für Literaturwissenschaft und Geistesgeschichte. 1 1 4 . DKV. 1 1 9 . n. Cette rupture est mise en scène. supra. la première visée systématique est reprise sous une forme nuancée. l'examen de passages d'Homère. p . 2. 3 .J e me contenterai ici de rappeler que c'est de cette façon que Lessing. p . die Sache aus ihren ersten Gründen herzuleiten») . en revanche. « B i l d u n d B e w e g u n g . ont rencontré 2 3 1. Joseph Spence et le comte de Caylus jouent le rôle de partenaires de discussion. O n comprend pourquoi les fondements sémiotiques donnés p a r Lessing. à partir du chapitre X I . prenant la place de la référence à Winckelmann. Z u r T h e o r i e b i l d n e r i s c h e r I l l u s i o n i n L e s s i n g s Laokoon». Mais que se passe-t-il. puis le chapitre X V I commence : « Essayons maintenant de procéder p a r déduction » (« Doch ich will versuchen.B a c h . ». Et. pour parvenir à la notion centrale d ' « action » (au chapitre X V . Dans sa polémique contre la surestimation des possibilités de la représentation picturale (Malbarkeit) . DKV. D u point de vue de la genèse du projet Laocoon. 2. n. jouant sur deux registres : les connaissances antiquaires qu'il a acquises et ses techniques philologiques inductives. 132). p. Puis nous lisons : « La poésie. p .1 2 0 .. 2. qui lui permettent de cerner les « effets » et 1' « illusion » de la poésie. écrit-il dans le passage décisif où il est question du vol de la flèche tirée p a r Pandarus au chant IV de Y Iliade. p . mis en évidence des effets et déterminé sur le mode expérimental des frontières. 1 9 9 2 (p. Dans de longs développements. entre les pôles de la déduction et de l'induction ? J e soulignerai trois aspects. avec des allusions littérales aux études sur la fable).Lessing en arrive au point qu'il annonçait dans son avant-propos en parlant de 1' « abus de description ». p . 116 . à partir du chapitre VII. « Des exemples pourront m'aider » . et le texte s'interrompt à cet endroit dans un grand geste rhétorique. dans le Laocoon.. 5 / 2 . vol. last but not least : l'analyse s'est placée à u n niveau où l'autorité de Winckelmann n'est plus incontestable. revenant toujours au groupe sculpté. finit par arriver aux différentes modalités de la mimèsis (Nachahmung). Mais un enchaînement d'inductions a préalablement apporté des illustrations. 6 6 . 5 / 2 . 27. 1 1 9 . à cet endroit. le plus souvent en partant d'une critique de Caylus. supra.

B e r l i n . 142). p . Lessing Cf. 2. que j ' a i mentionnée au début en parlant de « dogmatisation » et qui est tout proche de l'idée de « systématisation ». » Ce « comme si » ne peut toutefois pas rendre justice à la forme de la pensée de Lessing. Inscrire le Laocoon dans son ensemble dans un système. Zur Struktur poetischer Theorie bei und Herder. e d . issu des travaux du Berliner Zentrum für Literaturforschung. 1984. p . qui pousse assez loin l'investigation dans le domaine des arts et de l'anthropologie . P e t e r J . W o l f r a m M a u s e r et G ü n t e r Sasse. sous la direction de Gunter Gebauer. T ü b i n g e n . En 2000 suivit. 8. Sur la base des explications que j e me suis efforcé d'apporter à propos du lien entre déduction et induction. B e r l i n . Das Laokoon-Paradigma. le collectif Das Laokoon-Paradigma. 194-202. 1993. p . J e n'entrerai pas dans les détails de ces controverses. K n o d t . dont l'histoire remonte à la première réception du Laocoon. « S c h l a n g e n b i ß u n d S c h r e i : R h e t o r i s c h e S t r a t e g i e u n d ä s t h e t i s c h e s P r o g r a m m ». le collectif Das Laokoon-Projekt. 102 (1987). La brillante démonstration de Wellbery. 3 s. n . F r i e d r i c h G u n d o l f . et les discussions avec Winckelmann. . C a r o l J a c o b s . Laocoon ne commence pas p a r le chapitre X V I . de Carol Jacobs . En 1984 fut publié. Pläne einer semìotìschen Ästhetik . 4 8 3 . p . Spence. « T h e C r i t i c a l P e r f o r m a n c e o f L e s s i n g ' s Laokoon». sous la direction d'Eberhard Lämmert. avait aussi paru. selon laquelle le Laocoon de Lessing est le sommet d'une esthétique des Lumières inscrite dans la descendance de Christian Wolff et fidèle à une pensée de la représentation. K n o d t . Mais en 1984. en m ê m e temps que le volume édité par Gebauer. p . Semiotics and Æsthetics in the Age of Reason (ouvrage issu d'une thèse soutenue à Yale en 1977) . Jahrhundert. I n g e B a x m a n n et al. Wladimir Folkierski. e d . 1 9 8 8 . Wellbery expose sa méthode avec une franchise dont on doit lui savoir gré : « I shall discuss the Laocoon from a single perspective. Burgard et de quelques autres auteurs). Celle-ci concerne u n point problématique. à l'encontre de toute lecture précise. Friedrich Gundolf invitait à « reconnaître le système régissant l'esprit de Lessing » . 2 0 0 0 . e n p a r t i c u l i e r p . 1 9 1 1 . Zeichenregime im 18. Jahrhundert. 3. T ü b i n g e n . i n Strätkultur. 1 3 7 . Wellbery. supra. Zeichenregime im 18.ces derniers temps u n grand intérêt. 5. je ne formulerai qu'une objection. a suscité la contradiction à plusieurs reprises (de la part d'Eva D . de David E. 7. 4. E v a M . de m ê m e que l'on pourrait pas déduire de la Dramaturgie de Hambourg une « théorie » applicable à Emilia Galotti. les « exemples » ne sont pas seulement des illustrations. W e l l b e r y (cf. Caylus et quelques autres font partie intégrante d'une forme de discours qui se sert des « vérités » et des « systèmes » avant tout pour mettre en branle un mouvement de pensée. 131 s. Lessing's Laocoon. . C a m b r i d g e . ni d'Ernst und Falk une philosophie générale de l'État. a toujours constitué une tentation pour la recherche. Strategien des Überzeugens im Werk Lessings. B u r g a r d . de Peter J.5 2 1 . I shall treat it as if it presented a global theory of aesthetic signification. n. i n Modern Language Notes. Shakespeare und der deutsche Geist. 1 1 0 . «Negative Philosophie» und dialogische Kritik. p . 6. dans Entre le 1 2 3 4 5 6 7 8 1. 3 . 2.

ni qu'il a réfléchi. » Se mouvant en les pôles de la déduction et de l'induction. C i t é d ' a p r è s DKV. vol. dès le XVIII siècle. de même. 1. dont on ne dira pas qu'il a produit. 12. même après le chapitre X V . 12.classicisme et le romantisme. Herder a mis ce trait en évidence. Herder a souligné une autre caractéristique que les analyses du Laocoon. 141). De même que Lessing refusait que sa Dramaturgie de Hambourg fût désignée comme un « système dramatique ». masque précisément le caractère transitif de la forme de pensée propre à cette œuvre : le mouvement critique entre les pôles de la déduction et de l'induction. n .] tel était son but.) Georg-August-Universitàt Gottingen Seminar jur deutsche Philologie Kàte-Hamburger-Weg 3 D-37073 Gottingen 1. [. C i t é d ' a p r è s M ü l d e r . p . 3 .B a c h (cf. 7 0 9 . mettent volontiers entre parenthèses comme un élément périmé : « Parler contre le mauvais goût poétique. Ce qui commence. nous voyons son œuvre en devenir. 7 0 8 . montrant que ce mode de pensée et d'écriture est un processus et reprenant lui-même un théorème du Laocoon (formulé à propos du bouclier d'Achille) : « La manière de Lessing est un style de poète. dans l'avantpropos du Laocoon le renvoi ironique aux « ouvrages systématiques » des Allemands est suffisamment clair : une étude attentive de la structure argumentative de ce texte révèle qu'il ne fait que tirer parti de formes de pensée et de procédés systématiques. la forme interne du Laocoon se déploie en veillant ex necessitate à ne pas perdre de vue les exemples concrets. quand elles ne s'intéressent qu'à son contenu théorique.. à travers sa mise en question de Winckelmann. 2 3 e 1 (Traduit de l'allemand par Jacques Le Rider. 2 . » Le Laocoon de Lessing résulte certainement aussi. p . mais qu'il est en train de produire. supra. p . C i t é ibid. dans son premier Bosquet critique. avec une très grande perspicacité. Cet écrit est en même temps dirigé contre la mode de la « poésie peinture » qui a affaibli le potentiel imaginatif de la littérature. mais qu'il est en train de réfléchir. et encore dans les analyses consacrées au Gladiateur Borghese.. 5 / 2 . de l'ambition de s'opposer sur le mode « philosophique » à la nouvelle autorité antiquaire. p . n . c'est-à-dire d'un écrivain. Il les utilise comme base pour ses positions critiques dont l'évidence doit perpétuellement être reconquise par une démarche inductive.. parlait de 1' « esprit de système » censé régir Laocoon. . sous la forme d'une dogmatisation rampante des « principes » du Laocoon.