Marielle Goto décrypter l'économie autrement

Son doctorat en sciences économiques obtenu à l'université Paris Dauphins, Marielle Goto, martiniquaise, a ouvert son entreprise de conseil: Diféa Consulting pour les opérateurs intéressés par les Antilles.

P

our Marielle Goto, c'est simple, on parle trop des Caraïbes comme entité géographique, mais jamais des enjeux économiques, voire humains, qui demain pourraient souder cet ensemble coincé entre l'Amérique du Nord et celle du Sud. Comme la Martinique et la Guadeloupe, les îles anglophones de la Caraïbe ont. en effet, les mêmes problématiques : vulnérabilité aux catastrophes naturelles, petite taille de marché, même spécialisation dans des productions à valeur ajoutée limitée (tourisme et agriculture). « Et pourtant, assure-t-elle, sait-on que les organismes publics font plus que s'intéresser à leur cas ! Sait-on que l'Union européenne, par exemple, est aux avantpostes pour permettre à ces pays des accès préférentiels aux marchés européens ? » Sur la qualité des aides, mais également sur l'évaluation des politiques publiques pays par pays, Marielle Goto est incollable. En juillet 2009, à Londres, elle est intervenue devant des ministres et gouverneurs de Banques centrales d'Etats caribéens, au cours d'une réunion organisée par le secrétariat du Commonwealth. Après avoir réalisé des études économiques pour des entreprises internationales dans le privé et dans le public, elle entend être irradiée par l'énergie qu'est censée dégager son entreprise. « Je l'ai appelée Diféa Consulting parce

que "diféa" fait référence au feu en créole. C'est l'énergie et la lumière qu'il me faut pour faire vivre mon slogan auprès de mes clients : faire un autre décryptage de l'économie. Je considère que dans un monde où les informations et les impacts économiques sont de plus en plus rapides, il est nécessaire de pouvoir apporter un éclairage sur des concepts complexes afin de choisir les meilleures stratégies. » Marielle Goto aurait pu rester concentrée sur le développement des Antilles françaises, aux structures très proches de la France métropolitaine. Mais arrivée sur le marché du travail, elle s'est souvenue de ses visites dans plusieurs îles anglophones, dont la Barbade, quand elle était adolescente. « Je me suis rendu compte à ce moment-là du peu de connaissances économiques dont disposaient les décideurs. » Elle y remédie désormais. Son mémoire de doctorat portait sur l'union monétaire de la Caraïbe de l'Est. « Quand je l'ai commencé, j'ai découvert que les deux îles qui entourent la Martinique appartiennent à cette union et possèdent une monnaie unique : l'Eastern Caribbean Dollar. » Des expériences qui, selon elle, sont de nature à contribuer aux débats en cours aux Antilles françaises sur un nouveau modèle de développement économique. Et auquel elle compte bien, de sa base parisienne, apporter sa pierre à l'édifice. • TOM MORTAGNE
MARS/AVRIL 2010, BRUNE 39

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful