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La laïcité en débat1 Michel Gibert

Avant propos Je tiens à remercier Jacques Michel d'avoir accepté d'encadrer cette recherche, et de l'avoir fait sans ménager son temps ni ses conseils. C'est uniquement par manque de temps que ses innombrables suggestions, toujours enrichissantes, n'ont pu être toutes prises en compte ici, notamment au moment de la rédaction. Car ce qui est apparu de plus en plus nettement au cours de la recherche, c'est que le probl me !immense! de la la"cité, est bien moins simple qu'on ne le pense. #$%&'()C%#'$ * +'anal,se d'un débat * probl mes et méthode +a profusion de publications consacrées à la la"cité, depuis une quin-aine d'années en .rance, montre à l'évidence que le sujet est redevenu, un si cle apr s le vote des !lois de la"cité! sous la ###/ &épublique, l'objet d'un débat large et parfois vif. Mais le débat est, à premi re vue, hétérog ne, puisqu'il porte sur des th mes tr s variés 1 , que, spontanément, l'on rattache d'ailleurs plus ou moins directement à la la"cité 2 . (e plus, le débat est alimenté par des événements eu01mêmes tr s divers 3 . 2nfin, nombre d'observateurs ont noté que si le th me de la la"cité, jadis, cimentait la gauche et marquait nettement le clivage avec la droite, il n'en est plus ainsi aujourd'hui, le sujet divisant les deu0 camps. (iversité des th mes abordés, diversité des événements à l'origine immédiate de la multiplication des ouvrages et des articles de presse et de revues, diversité des prises de position * on se trouve en présence d'un débat comple0e ou en tout cas en apparence confus et !compliqué!. ( s lors le probl me du chercheur est de mettre en place une méthode d'anal,se permettant de dégager l'objet du débat, les questions posées, les positions et les argumentations avancées. 'n pourrait penser que la principale difficulté rencontrée tient à la masse importante des publications consacrées au sujet 4 . Mais un parcours même rapide de quelques te0tes suffit à montrer que le premier probl me est ailleurs * il tient en une question * qu'est1ce que la la"cité3 4uestion parado0ale quand on sait la place du th me et la valeur du terme dans la culture politique fran5aise. +a la"cité n'est1elle pas une notion évidente, dont le sens est suffisamment clair et stabilisé pour qu'il ne soit pas nécessaire de le préciser3 +e terme ne signifie1t1il pas, en .rance, la !séparation de l'6glise et de l'6tat!, comme le sugg re tel dictionnaire usuel 5 3 Mais qu'est1ce que cette !séparation!, et en quoi est1elle liée, par e0emple, avec l'affaire dite du !foulard islamique! qui a pourtant fortement relancé le débat sur la la"cité3 'u, pour le dire
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)niversité +umi re +,on ##. #nstitut d'études politiques de +,on. Mémoire de (ipl8me d'6tudes 9pprofondies. en :cience ;olitique. :outenu le 7< septembre 7==<. (irecteur de recherche * M. Jacques Michel, Chargé de recherches au C$&:. Jur, * M. ;aul >acot, ;rofesseur de :cience ;olitique ? M. ;hilippe (ujardin, Chargé de recherches au C$&:. M. Jacques Michel, Chargé de recherches au C$&:.
;iqué sur * http*@@doc1iep.univ1l,onA.fr@&essources@(ocuments@2tudiants@Memoires@(29@gibertm@these.html

autrement, en quoi cette !affaire! met1elle en question la la"cité ainsi définie3 $e peut1on pas se poser le même t,pe de question à propos du financement en partie sur fonds publics de tel édifice religieu03 'n s'aper5oit vite que l'on n'est pas toujours tr s assuré pour délimiter ce qui entre dans le champ de la la"cité. 2t l'embarras s'accroBt lorsqu'on consulte des ouvrages spécialisés. 9 parcourir les inde0 de quelques manuels ou traités de sociologie politique 6 , !la"cité! ne semble pas être un concept élaboré susceptible d'être utilisé en science poitique ou en sociologie politique, pour décrire par e0emple l'état des rapports entre politique et religion dans tel ou tel conte0te. (e la même fa5on, !la"cité! ne semble pas davantage être une conception ou !idée! politique qui aurait fait l'objet d'une élaboration par tel ou tel auteur 7 * lorsque le terme est utilisé, ce n'est jamais pour désigner une !idée politique! particuli re. 2nfin, la la"cité ne semble pas non plus être une notion juridique au contenu précis 8 . +e point de départ de la recherche consiste donc dans ce parado0e que le terme !la"cité! est omniprésent dans l'histoire politique fran5aise et dans le débat qui nous occupe, auquel participent nombre de philosophes, politistes, historiens, etc., alors que son identification comme conception politique est problématique. Commen5ant l'anal,se d'un débat sur la la"cité, on ne dispose donc pas d'une notion clairement définie, qu'il s'agisse d'un concept sociologique, politique, juridique ou philosophique, désignant de mani re précise une réalité ou une !idée!. 'n est donc averti de la nécessité de vérifier dans les te0tes et discours sur le sujet, si le terme , est défini, et si les différents auteurs parlent bien tous de la même chose. Ce travail a déjà été effectué par l'auteur d'un des ouvrages récents les plus documentés sur la la"cité. Maurice >arbier consacre en effet un chapitre entier au probl me de définition. #l part de l'idée que la la"cité au sens strict, c'est la !séparation de l'6tat et de la religion! 9 ? il montre ensuite que la !la"cité apparaBt comme une notion relative, négative et changeante * elle n'a pas de contenu propre, positif et immuable! puisqu'elle désigne une !absence de relation! entre deu0 réalités !qui changent elles1mêmes et dans leurs rapports! 1 . C'est ce qui e0plique, selon l'auteur, la difficulté de la définition, et c'est ce qui l'am ne à critiquer et écarter les !fausses conceptions! 11 ainsi que les !identifications abusives! 12 . #l anal,se ensuite les !définitions proposées! par différents auteurs, et conclut par un passage quelque peu embarrassé * aucune des définitions précédentes n'est vraiment satisfaisante et compl te. #l est même difficile de donner une seule définition de la la"cité, en raison de la comple0ité de cette notion, et il paraBt nécessaire d'en proposer deu0 pour la saisir compl tement * l'une correspond à la la"cité1séparation et l'autre à la la"cité1neutralité C...D ;our bien cerner cette notion, il est nécessaire d'en proposer deu0 CdéfinitionsD, qui correspondent à deu0 aspects et à deux conceptions de la laïcité. C...D 2lles n'ont pas la même signification et entraBnent des conséquences différentes. C...D +'une renvoie à la laïcité stricte du passé et l'autre annonce une nouvelle laïcité plus souple. Mais les deu0 définitions sont nécessaires pour saisir compl tement la nature de la la"cité. 13 'n se demande alors si l'auteur ne mêle pas approche s,nchronique et approche diachronique, et s'il n'hésite pas finalement sur l'unité du concept de la"cité * , a1t1il deu0 aspects de la la"cité, étroitement liés, dont l'un tendrait à prendre plus d'importance aujourd'hui3 +a dualité renvoie1t1elle à des conceptions différentes de la la"cité, ou au0 deu0 éléments qui en constituent la !nature!3 'n peut également se demander si la démarche adoptée n'a pas un caract re circulaire, puisque les !fausses conceptions! et !identifications abusives! sont écartées en référence à la définition initiale en terme de !séparation!, démarche qui aboutit à la définition indiquée ci1dessus, en termes de !neutralité1séparation!.

4uoi qu'il en soit, le travail d'inventaire réalisé par Maurice >arbier permet de dégager deu0 éléments essentiels pour toute réfle0ion sur la la"cité * 1 la définition de la la"cité est elle1même un probl me? 1 le contenu de la notion est une composante et un enjeu des débats actuels. &emarquons enfin que l'auteur ne fait pas référence à l'école et ne parle pas de la"cité de l'école, absence surprenante vu la place de l'école dans le débat ? soulignons surtout, et ces deu0 points sont peut1être liés, qu'il ne se place pas sur le plan des fondements philosophiques de la la"cité * n'est1ce pas pourtant ce t,pe de démarche qui pourrait seul éclairer les enjeu0 du débat dans la mesure oE celui1ci porte sur les rapports entre religion et politique, mais aussi sur les rapports entre école et politique3 +e caract re évolutif et comple0e de la la"cité est également souligné par &ené &émond qui tente d' !élucider le concept de la"cité par un inventaire de ses contraires!, plut8t que de définir la notion !par l'énonciation de son contenu propre! 14 . #l distingue l'idée de la pratique de la la"cité et précise que les deu0 ont évolué ? il identifie alors les contraires de la la"cité comme des !étapes du processus par lequel CelleD s'est peu à peu constituée telle que nous la connaissons et la pratiquons aujourd'hui dans sa version fran5aise!. 9 l'origine de la la"cité, il , aurait eu d'abord la revendication de la liberté de conscience, qui implique la distinction entre sph re publique et sph re privée 15 , puis !l'égalité de tous devant la loi, quelle que soit leur religion! 16 . ;ar la suite, !la la"cité a d'autres contraires, qui correspondent au0 développements plus récents de l'idée la"que! * !l'inspiration premi re de la la"cité était ordonnée à la liberté des individus? la deu0i me génération de ses applications concerne l'6tat et la société!? l'auteur évoque ainsi le !bouleversement de la relation entre religion et nation!* !le catholicisme cessait C...D d'être le principe de l'unité nationale, le crit re d'appartenance? C...D le dénominateur commun devait être cherché ailleurs que dans la religion!? la la"cité a entraBné aussi la !la"cisation d'un certain nombre d'institutions!? enfin, !la la"cité peut conduire à une certaine dissociation entre la loi morale, telle qu'elle est signifiée par les instances religieuses, et la législation!. +'auteur identifie ainsi, avec !l'ensemble des aspects qui viennent d'être détaillés!, un !dénominateur commun qui est aujourd'hui généralement accepté en .rance et en dehors de nos fronti res!. Mais il ajoute que la !la"cité fran5aise comporte d'autres aspects qui vont au1delà et qui sont une composante importante d'une éventuelle e0ception fran5aise!? il fait référence au !tabou jeté sur le religieu0! résultant du caract re conflictuel de l'instauration de la la"cité en .rance 17 ? en tournant le dos à la volonté de préserver la liberté de pratique religieuse et de conscience C les !prémisses de l'idée de la"cité!D, !une certaine interprétation de la la"cité devenait son contraire!. 9insi, le FF/ si cle aurait vu se développer !deu0 interprétations différentes de la notion Cde la"citéD dont l'une et l'autre proc dent!* 1 celle qui a inspiré le processus de la"cisation dans les années 7GGH17=HI, liée au combat contre le catholicisme * cette interprétation, dans laquelle !la la"cité e0clut donc toute référence au0 cro,ances religieuses!, est solidaire d'une !conception de l'unité nationale qui admet mal la pluralité des familles de pensée!? 1 celle qui !reconnaBt l'importance et la légitimité du fait religieu0 et ne tient pas pour incompatibles la la"cité et la manifestation d'opinions diverses, la pluralité des familles de pensée!.

9ffirmant que !dans tous les domaines le pluralisme a aujourd'hui cause gagnée!, &ené &émond avance que c'est l'affaire du foulard 18 qui a révélé la divergence entre ces deu0 interprétations 1 restrictive et pluraliste 1 de l'idée de la"cité. +'intérêt de l'anal,se de l'auteur est double. ('abord, il se situe principalement sur le plan de l'idée de la"cité, de sa gen se, de son inspiration, de sa d,namique, et de ses transformations? est ainsi confirmé le fait que le débat actuel porte, au moins en partie, sur l'interprétation de l'idée de la"cité . 2nsuite, il évoque deu0 ensembles de relations que la la"cité met en cause * le lien religion1identité nationale, et les rapports entre droit, morale et religion. #l nous semble cependant que la dimension politique de la la"cité n'est pas asseanal,sée * peut1on comprendre l'entreprise de la"cisation de la ###/ &épublique sans la relier à la volonté de mettre en place et stabiliser la &épublique et la démocratie3 $e faut1il pas réfléchir au0 rapports entre pluralisme et démocratie, entre la"cité et république3 &etenons de tout ceci que l'histoire de la la"cité est peut1être elle1même une composante du débat actuel ? le silence ou l'insistance sur tel ou tel aspect d'un processus historique comple0e ne contribuent1ils pas à légitimer une conception particuli re de la la"cité3 C'est cette question du rapport à l'histoire qui est soulevée par ;ierre 'gnier. +'auteur se livre à un !coup de sonde!, et interroge le couple !ancienne la"cité@nouvelle la"cité! apr s di0 ans de débat 19 . #l montre d'abord que l'émergence du débat préc de l'apparition du probl me du !foulard!, puisqu'elle aurait pour origine l'échec du projet de grand service public unifié et la"que de l'2ducation nationale en 7=GJ. #l indique ensuite que le débat se structure autour de deu0 principales questions * celle de l'enseignement de la religion à l'école, et celle des rapports entre la"cité et morale. #l montre aussi comment l'affaire du !voile! a entraBné la !fracture de la la"cité! en deu0 opposés qui sont pourtant !rejetons! de la même la"cité originelle 2 . :urtout, il insiste sur ce qui fait les !difficultés et parado0es! du débat * d'une part, le rapport à l'histoire? d'autre part, la question de la définition. +es innombrables erreurs et confusions historiques mettent en cause la qualité et la validité du recours à l'histoire dans le débat 21 . 2t les !trop nombreuses définitions! du concept de la"cité incitent à se demander si l'on peut !parvenir à une définition qui, sans être unanime, serait relativement partagée et donc opérationnelle!. 'n pourrait penser alors que seul le recours à l'ét,mologie est susceptible de fournir le !vrai sens! de la notion de la"cité. (e fait, la plupart des ouvrages commencent par quelques rappels sur l'origine du mot 22 . Mais l'anal,se de ;ierre .iala suffit à persuader des limites du recours au0 dictionnaires et à l'ét,mologie celui qui chercherait !un sens vrai, figé, définitif! du mot !la"cité! 23 . 9nal,sant l'apparition des néologismes se rattachant à la racine !la"c1!, l'auteur montre en effet que l'on est en présence d'une production langagi re qui n'est pas autonome, indépendante du conte0te politique et idéologique * l'introduction dans les dictionnaires, en 7G<K, du terme laïcité prend place dans un ensemble d'événements de langage qui dépasse le domaine le0icographique et s'inscrit directement dans un cadre politique. 24 +'auteur ajoute qu'une des caractéristiques des débats sur la la"cité, , compris les plus récents sur une !nouvelle la"cité!, !a été de porter sur l'établissement, pour cette notion, d'un sens vrai!. 2nfin, il conclut en affirmant, à propos de la multiplication récente d'e0pressions nouvelles 1 !la"cité ouverte!, !nouvelle la"cité!, etc.* elles e0priment sans doute un certain piétinement du débat actuel sur la la"cité, mais marquent aussi les déplacements et les reclassements qui s'op rent aujourd'hui aussi bien dans le discours religieu0 que dans le discours la"que. 25

'n comprend donc, avec ;ierre .iala, que le sens du mot la"cité, , compris dans les références ét,mologiques qui lui sont associées, participe d'un débat qui est non seulement sémantique, mais aussi et surtout politique, vu l'enjeu que constitue la possibilité d'imposer une définition légitime du terme. Mais l'article de l'auteur a également l'intérêt de mettre l'accent sur ce qui rel ve apparemment de la banalité * le lien étroit entre la"cité et av nement de la ###/ &épublique. 'r, s'il est bien connu que ce sont les républicains qui ont alors mis en place l'essentiel des !lois de la"cité! encore en vigueur aujourd'hui, les fondements philosophiques et politiques de la !la"cité républicaine! sont généralement passés sous silence, ou réduits à un combat contre la religion catholique. :e posent alors des questions cruciales * à quelle conception de la société politique, à quel projet politique, correspondait le programme de la"cisation de l'école et de l'6tat3L a1t1il unité et cohérence de l'idée républicaine de la"cité, ou bien peut1on , déceler des tensions voire des contradictions3 Ces fondements de la la"cité originelle sont1ils aujourd'hui largement acceptés par ceu0 qui interviennent dans le débat, celui1ci portant alors sur des aspects marginau0 ou moins essentiels3 'u bien le débat porte1t1 il précisément sur la mise en question de principes centrau03 Mais répondre à ces questions ne suppose1t1il pas que l'on puisse identifier le coeur de la la"cité, entendue ici comme conception politique3 'n est alors surpris par la faible importance accordée par bien des auteurs à ce t,pe de considérations, l'anal,se des fondements philosophiques de la la"cité étant généralement passée sous silence. 26 +es considérations précédentes sur la la"cité républicaine pourraient suggérer que l'on se trouve en présence d'un débat t,piquement franco1fran5ais, d'une !querelle de famille!, d'un retour de la !guerre scolaire! ou de la !guerre des deu0 .rance! 27 , débat déconnecté des grands probl mes du monde contemporain. 'r, nombre d'observateurs ont souligné depuis des années l'importance nouvelle prise en cette fin de FF/ si cle de la question des rapports entre religion et politique, sur fond de !montée! de l'intégrisme et du fondamentalisme religieu0, et de !disparition! de l'affrontement idéologique 2st1'uest. 'n aurait donc pu se demander si le débat !fran5ais! sur la la"cité n'est pas la manifestation ou la conséquence en .rance, d'un mouvement plus général de !retour du religieu0! ? et l'on aurait pu en déduire qu'une approche comparative serait de nature à éclairer ce débat. Mais si la démarche comparative a le grand mérite de décentrer l'observateur par rapport à son objet, elle pose d'immenses probl mes méthodologiques 28 . 'n a noté que la plupart des ouvrages récents sur la la"cité abordent la question de la la"cité dans d'autres pa,s, le plus souvent européens, en liaison d'ailleurs avec l'idée que la construction européenne serait un !défi! pour la la"cité fran5aise. 'r, on constate aisément que les auteurs divergent dans leur mani re de classer les différents pa,s du point de vue de la la"cité 29 . 9nal,ser les rapports entre politique et religion dans plusieurs pa,s qui ont chacun une histoire et des institutions particuli res est donc une entreprise difficile, qui dépasse les possibilités de cette étude, et qui risque de passer trop rapidement sur la spécificité de la la"cité !à la fran5aise!. 'n a donc entrevu la comple0ité de l'anal,se d'un débat dans lequel les divergences portent sur le sens du mot !la"cité!, sur la définition et la gen se de l'idée qui lui est associée, d'un débat qui est peut1être en partie déterminé par des phénom nes plus générau0, mais qui s'inscrit dans une histoire, une tradition et une situation politiques spécifiques. ;our toutes ces raisons, c'est bien le débat sur la la"cité en .rance seul, qui sera anal,sé ici. 2t les anal,ses précédentes conduisent à procéder en deu0 temps, en deu0 étapes nettement différenciées, qui correspondent au0 deu0 questions centrales qui vont guider la recherche *

1 la premi re porte sur l'objet même du débat * qu'est1ce que la la"cité, entendue ici comme conception politique 3 1 la seconde porte sur le débat lui1même * qui dit quoi 3 C'est1à1dire * quels sont les points en discussion 3 4uels sont les participants au débat 3 4uelles positions peut1on repérer 3 4u'est1ce qui, fondamentalement, est en jeu 3 Première étape. +e lien évident entre la"cité et projet politique des !républicains! au F#F/ si cle invite à réfléchir sur les fondements philosophiques et politiques de la la"cité fran5aise. Mais, plut8t que d'en proposer une définition a priori, on se propose, en partant du probl me général des rapports entre religion et politique, de montrer quelles sont les conditions de possibilité, intellectuelles et politiques, de l'idée de la"cité. +'h,poth se de départ est que la la"cité républicaine est une modalité particuli re d'organisation de ces rapports ? on se propose d'abord d'en identifier les fondements. C'est pourquoi la premi re partie sera consacrée à la recherche des origines de la la"cité républicaine ? elle conduira à repérer d'abord les principau0 moments de la pensée politique sur les rapports entre religion et politique dans l''ccident chrétien. 'n s'intéressera ensuite à la réfle0ion concernant les libertés individuelles. 'n verra enfin les anal,ses liées au0 questions de la possibilité et des modalités de la démocratie moderne. ;rivilégiant ici une approche en termes d'histoire des idées politiques, on sera particuli rement attentif au0 questions que l'histoire religieuse et politique fait surgir, et au0 conceptions politiques dont celles1ci sont l'origine. Deuxième étape. +a mise en évidence des fondements de la la"cité républicaine, et des questions que celle1 ci gén re à son tour, permettra alors de revenir, dans une seconde partie, au débat actuel. 'n sera plus en mesure, alors, de dégager les points centrau0 sur lesquels se focalise le débat, d'apprécier le caract re nouveau ou résurgent de certains de ses aspects, de répondre à la question de l'unité ou de l'hétérogénéité profonde du débat sur la la"cité. 'n centrera donc la recherche, dans le cadre nécessairement limité de cette étude, sur les questions politiques 1 plus que juridiques 1 que pose le débat, parce qu'il s'agit de questions posées à la politique * la la"cité apparaissant au centre d'un ensemble de probl mes liés au0 conditions d'e0istence et de fonctionnement de sociétés différenciées et dont le cadre politique est celui des libertés individuelles et de la démocratie. :'agissant enfin, de l'anal,se d'un débat, et, à travers celui1ci, de l'anal,se d'une idée, il a paru nécessaire de recourir à des citations nombreuses et parfois longues. Ce recours tr s fréquent au0 citations semble également justifié dans la premi re partie, dans la mesure oE, on l'a dit, l'anal,se des conditions et des fondements de l'idée de la"cité est souvent peu abordée dans le débat actuel ? or, les conceptions politiques des auteurs qui intéressent le sujet sont le plus souvent comple0es et méritent e0amen, autant d'ailleurs par les questions qu'ils posent que par les réponses apportées. 'n s'aper5oit alors que les notions de !tolérance! 3 ou de !religion civile!, par e0emple, ne sont pas aussi simple qu'il , paraBt. !"#M$#"# !A"%$# & A'( )"$G$*#+ ,# LA LA$-$%# "#!'.L$-A$*# 'n a vu que les probl mes de définition de la !la"cité à la fran5aise! nous conduisaient à entreprendre une généalogie de l'idée de la"cité telle qu'elle tend à se mettre en place de fa5on

institutionnelle à partir de la ###/ &épublique, dans ce qu'on propose d'appeler la !la"cité républicaine!. +a plupart des auteurs qui se sont essa,és à l'étude de cette gen se de la la"cité mettent l'accent les deu0 points suivants * 1 la question de l'autonomie de l'6tat par rapport à la religion, et le lien avec la modernité politique, question qui renvoie notamment à la !séparation! de l'6glise et de l'6tat ? 1 la question de la liberté de conscience et de la tolérance religieuse, qui renvoie à la !neutralité! de l'6tat et à l'autonomie de l'individu ? Mais la question de la démocratie et de l'e0ercice de la cito,enneté, qui est liée au probl me des rapports entre &aison et politique, et donc en particulier à celui de la nature et de la fonction de l'6cole, cette question, elle, est beaucoup plus rarement évoquée. ;récisons ces trois points en nous limitant à trois ouvrages récents. >landine >arret1Mriegel croit pouvoir discerner !deu0 généalogies différentes de l'esprit la"que en .rance! 31 . +a premi re source de la la"cité, entendue comme principe de neutralité de la puissance publique à l'égard de la religion se situerait au déclin du Mo,en 9ge lorsque la rupture avec l'augustinisme politique entraBne l'affirmation de la légitimité de la cité terrestre et la revalorisation de la puissance publique. Cependant, selon l'auteur, c'est seulement avec la &enaissance qu'apparaBt le !véritable esprit la"que! lorsque les guerres de religion am nent progressivement à l'idée que la religion doit être !considérée comme une affaire de droit privé, comme un choi0 qui intéresse d'abord et principalement la liberté de conscience!. Cette généalogie de la la"cité se serait e0primée notamment dans la promulgation de l'6dit de %olérance de 7<G<. Mais, selon cet auteur, il , a une seconde source de la la"cité qui naBt également sous l'9ncien &égime. 2lle aboutit à !une la"cité considérée comme religion d'6tat, une la"cité lég rement en délicatesse avec la liberté de conscience!. Cette seconde gen se est un processus double, dont la premi re composante est la !grande idée gallicane! * !c'est l'idée de la soumission et surtout de l'établissement de l'6glise C...D C'est le gallicanisme qui a fourni les bases de l'idée d'une morale civile, d'un esprit national dominant, d'une religion de la la"cité qui est en même temps la religion de l'6tat!. +a seconde composante est !la philosophie de +umi res qui, pensant la tolérance dans le cadre de l'abolition de la religion, aboutit à une religion sans religion C...D +a philosophie des +umi res fera de la promotion de la vie civile, de la la"cité con5ue comme une désaliénation du mensonge, une authentique religion areligieuse!. ('oE l'importance, pour les +umi res, de l'éducation * !c'est dans le cadre du développement de la philosophie fran5aise des +umi res que l'éducation vient peu à peu prendre la place de la religion!. 9insi, pour >landine >arret1Mriegel, la la"cité peut être entendue principalement comme la neutralité d'un 6tat assurant la liberté de conscience, ou comme le contr8le de l'6tat sur les consciences, à travers une religion d'6tat ou une éducation d'6tat liée à la lutte contre la religion. 2lle ajoute que !ces deu0 la"cités C...D ont été confrontées dans les débats fondamentau0 de la &évolution fran5aise!, notamment dans les débats relatifs à la rédaction de l'article F de la (éclaration des droits de l'homme, et affirme que !dans la gen se de l'esprit la"que, le courant vainqueur est celui qui lie cet esprit à la fondation de l'institution

républicaine, à une !religion! établie qui est une religion de l'6tat!. 2lle sugg re enfin que ce courant est encore !prédominant!. +'anal,se de l'auteur présente l'intérêt de montrer la comple0ité et la non1linéarité de processus historiques contradictoires ? elle met aussi l'accent sur la distinction droit public@droit privé qui renvoie à la distinction 6tat@société civile, indispensable pour penser la la"cité. Mais il nous semble abusif de réduire l'apport des +umi res à la gen se de la la"cité, à une lutte contre l'!obscurantisme! indépendamment d'un programme politique qui est la participation des cito,ens à la chose publique. +e projet éducatif n'est1il pas plus lié à la formation des cito,ens qu'au seul combat contre la religion 3 Cette anal,se n'omet1elle pas une question essentielle à l'origine du projet politique républicain * celle des conditions de possibilité de la démocratie et de la cito,enneté 3 $'offre1t1elle pas une vision caricaturale de la la"cité républicaine 3 $e conduit1elle pas finalement à réduire la la"cité à la liberté de conscience, à la liberté religieuse * !;our qu'il , ait une véritable la"cité il faudrait que la religion soit considérée comme une affaire de droit privé et que la liberté de conscience soit non seulement proclamée C...D mais aussi respectée! 3 4uoi qu'il en soit, notre probl me n'est pas de trouver la !véritable! la"cité ? il est de mettre au jour les fondements philosophiques de la la"cité telle qu'elle tend à se construire dans l'entreprise républicaine. Maurice >arbier 32 met l'accent pour sa part sur une condition de possibilité de la la"cité * la modernité politique, entendue comme séparation entre 6tat et société, entre sph re publique et domaine privé. 2n effet, écrit1il, !définie comme séparation entre l'6tat et la religion, la la"cité suppose une séparation plus fondamentale entre l'6tat et la société civile, ce qui implique à la fois la constitution d'un 6tat moderne chargé de l'intérêt général, et la formation d'une société oE les individus poursuivent librement leurs intérêts particuliers!. C..D !C'est cette séparation entre l'6tat et la société civile qui permet la distinction entre l'homme comme individu et le cito,en, et l'apparition des (roits de l'homme et du cito,en! distinction qui , selon M. >arbier, apparaBt clairement pour la premi re fois avec :ié, s. ('oE l'affirmation d'un !point capital! * !la séparation entre l'6tat et la société constitue une condition essentielle de la la"cité!. Mais il ajoute que cette derni re est aussi une composante du processus de constitution de l'6tat moderne * l'6tat moderne ach ve de se constituer lorsqu'il e0iste par lui1même, sans avoir besoin de la religion et sans se mettre à son service. !+'6tat moderne achevé est donc l'6tat la"que! et cet 6tat moderne achevé est la &épublique ? donc la la"cité est étroitement liée à la &épublique * !la &épublique est nécessairement la"que et la la"cité républicaine!. +'intérêt de cette anal,se est d'établir le lien entre la"cité et modernité politique. Mais M. >arbier ne définit pas la &épublique autrement qu'en l'identifiant à l'6tat moderne et semble introduire une vision linéaire et nécessaire de l'histoire comme processus de construction de l'6tat la"que, la .rance apparaissant comme le point le plus avancé de cette évolution * !la la"cité est en elle1même le signe et le résultat d'une évolution politique avancée!. 'n peut se demander si cette anal,se permet de rendre compte de l'originalité de la situation fran5aise, et notamment de la question de l'2cole. .inalement, s'il insiste sur l'autonomie de l'6tat par rapport à la religion et sur la liberté religieuse, il n'anal,se pas vraiment le lien avec la démocratie et la cito,enneté. C'est ce lien entre cito,enneté et la"cité que Jacqueline Costa1+ascou0 affirme d s les premi res pages de son livre 33 , par la formule * !une cito,enneté détachée de la cro,ance!, ou encore lorsqu'elle écrit * !au1delà des mots et des apparences, ce qui est en jeu, c'est une

certaine conception de la cito,enneté!. 2lle indique que la la"cité !puise sa source principale dans la philosophie des +umi res! et !induit une conception particuli re de la relation du religieu0 au politique!, conception qui repose fondamentalement sur les deu0 principes de la liberté de conscience et de l'égalité de tous devant la loi. ;ourtant, lorsque l'auteur étudie !la longue marche de la la"cité!, il nous semble que le rapport entre la"cité, cito,enneté et démocratie n'est pas anal,sé ? l'approche retenue est essentiellement historique et juridique, et n'apporte pas de précision sur cette conception de la cito,enneté évoquée plus haut, pas plus que sur les fondements philosophiques de la la"cité républicaine, notamment en ce qui concerne la question scolaire. 9insi, selon les auteurs, il est mis l'accent sur des aspects particuliers de processus historiques plus ou moins rattachés à la gen se de la la"cité républicaine. 'nt été entrevues ce que l'on peut appeler des conditions de possibilité de la la"cité * modernité politique et libertés individuelles. :urtout, apparaissent plusieurs processus d'autonomisation, de l'6tat, de l'individu, de la pensée, par rapport au phénom ne religieu0, et plus précisément par rapport au0 institutions religieuses. 'n fera l'h,poth se que la la"cité républicaine trouve sa source et une certaine cohérence dans la rencontre, dans le champ politique, de ces différents processus, et que c'est ce qui permet d'établir le lien entre la"cité et cito,enneté. C'est pourquoi on verra d'abord comment se constitue progressivement une conception la"cisée du pouvoir politique qui aboutit à l'idée d'!espace public! autonome CChapitre 7D. 'n anal,sera ensuite l'évolution des idées concernant les rapports entre individu, religion et pouvoir politique, afin de montrer comment se dégage peu à peu l'idée d'individu, puis celle de l'autonomie de l'individu par rapport au0 autorités religieuses et politiques CChapitre AD. Ces deu0 premiers chapitres vont nous permettre de montrer la lente élaboration de ce que l'on peut appeler des préalables ou conditions de possibilité de la la"cité. Mais cela ne signifie évidemment pas qu'il , aurait un processus continu, linéaire et nécessaire de construction de l'idée de la"cité, et que l'on pourrait établir une filiation entre les auteurs et les oeuvres qui seront évoqués dans les chapitres qui suivent. C'est le probl me bien connu que rencontre toute !histoire des idées politiques!. 'n se contentera d'indiquer que si continuité il , a, elle réside moins dans les filiations intellectuelles entre les auteurs eu01mêmes que dans les probl mes qui se posent, et qui alimentent la réfle0ion politique tout au long de l'histoire. C'est en ce sens qu'on s'interrogera ici sur les !origines de la la"cité républicaine! ? il s'agit principalement de montrer que la réfle0ion moderne sur les rapports entre religion et politique trouve son origine dans les probl mes du monde chrétien au Mo,en 9ge, et son ressort dans la naissance de l'6tat moderne, d'oE résulte l'élaboration de conceptions radicalement nouvelles. Mais l'invention de la la"cité républicaine proprement dite n'interviendra qu'ultérieurement ? elle sera liée à la redécouverte et à la transformation, au si cle des +umi res, de questions héritées de la pensée politique antique, comme celle concernant la détermination du !meilleur régime de gouvernement! ou encore celle de la participation des cito,ens à la politique, dans un conte0te marqué par la foi en la &aison comme condition d'émancipation des hommes et de progr s des sociétés CChapitre KD.

-/A!$%"# 10 & LA -)*+%$%'%$)* ,1'* -/AM! !)L$%$2'# A'%)*)M# Religion et politique, des débuts du christianisme aux Temps Modernes. :i l'!une des deu0 sources majeures de la pensée politique moderne C...D est, sans aucun doute, la civilisation grecque classique 1 l'autre source étant les te0tes sacrés du peuple juif et leur réactivation par la chrétienté et l'#slam! 34 , la réfle0ion sur les conditions de possibilité de l'idée de la"cité Ccomme conception politique relative au0 rapports entre politique et religieu0D doit partir de l'émergence du christianisme. 2n effet, parmi les grandes religions monothéistes à vocation universaliste, le juda"sme de l'9ncien %estament et l'islam ne connaissent pas la distinction du spirituel et du temporel introduite par le christianisme 35 . 2t c'est pourquoi on dit parfois que la la"cité est une idée chrétienne ou, tout au moins, d'origine chrétienne. Mais entre l'affirmation du Christ * !&ende- à César ce qui est à César, à (ieu ce qui est à (ieu! CMatthieu, FF##D, et l'élaboration d'une conception de l'autonomie du politique par rapport au religieu0, vont se dérouler des luttes politiques et intellectuelles multiséculaires autour du probl me des relations entre pouvoirs temporels et pouvoirs spirituels. :i bien que, parado0alement, ce sont les théologiens qui vont progressivement dégager, non seulement l'idée d'une distinction entre les deu0 sph res du politique et du religieu0, mais, surtout, celle de la légitimité et de l'autonomie du pouvoir politique, ouvrant ainsi la voie à l'élaboration du concept moderne de souveraineté 36 . #. ;')N'#& :;#&#%)2+ 2% ;')N'#& %2M;'&2+. (es débuts du christianisme au déclin du Mo,en 9ge. +e christianisme trouve son origine dans les te0tes sacrés du peuple juif Cl'!9ncien %estament!D * ces te0tes affirment la prééminence absolue d'un (ieu unique et créateur , et proposent !une conception de l'homme comme créature entretenant avec son Créateur des relations personnelles spirituelles! ainsi que la conception de !la communauté comme fondée, non sur un projet éthico1politique, non sur une relation juridique, mais sur une alliance religieuse! 37 . Ces caractéristiques, que l'on retrouve dans le christianisme, et qui distinguent l''ccident chrétien de la tradition antique, gréco1romaine, sont à l'origine de probl mes et conflits théologico1politiques et de productions intellectuelles étroitement entremêlés durant tout le Mo,en 9ge. 9. +a distinction des deu0 mondes et le probl me de leurs rapports. 1°/ Les Évangiles : "Mon royaume n'est pas de ce monde". :elon Jean :#&#$2++# 38 , l'enseignement de Jésus ne contient !aucune doctrine politique positive! * !le Christ annonce le r gne de (ieu, c'est1à1dire justement la fin de la politique dans la mesure oE celle1ci est une tentative raisonnée pour organiser la Cité humaine!, et la formule !&ende- à César ce qui est à César et à (ieu ce qui est à (ieu! signifie simplement qu'il faut pa,er l'imp8t, se soumettre au0 obligations politiques, parce que cela ne concerne pas (ieu * !le domaine du corps et celui de l'esprit sont radicalement scindés! ? !il n', a pas de pensée politique dans les 6vangiles justement parce que les choses de la communauté terrestre sont senties comme radicalement différentes des choses de la communauté céleste!.

'n voit donc que la parole si souvent citée du Christ 1 !&ende- à César...!1 introduit bien une distinction entre deu0 mondes, entre l'ordre spirituel et l'ordre temporel, mais elle n'implique pas une conception des rapports entre ces deu0 sph res 39 . 'n ajoutera que cette distinction contient bien une hiérarchisation * la vie de l'Ome est sans commune mesure avec la vie terrestre ? mais il n'en résulte pas encore une traduction en termes institutionnels. ;ourtant, !d s ses premiers si cles, le christianisme pose 1 notamment che- saint ;aul, C...D 1 un probl me décisif * celui de la relation du cro,ant avec l'ordre temporel!. 4 2°/ Saint Paul : "toute autorit vient de !ieu" "#omains$ %&&&'. +es 6pBtres vont introduire une rupture par rapport au0 6vangiles * comme Jésus, saint ;aul prêche l'obéissance au pouvoir civil ? mais pour des raisons radicalement différentes * !4ue toute personne soit soumise au0 autorités supérieures ? car il n', a point d'autorité qui ne vienne de (ieu et les autorités qui e0istent ont été instituées par (ieu! C&omains, F###D 41 . 2st ainsi formulée une théorie à l'avenir considérable et !un grand pas! est fait * !la politique ne peut plus être considérée comme une de ces nécessités pures et simples de la vie du corps? le pouvoir émane de (ieu qui a donc sa part dans l'ordre politique du monde, et donc les actes du pouvoir politique ne sont plus cette mati re indifférente à laquelle on se prête pour ne point embarrasser sa vie spirituelle!. 'n peut donc dire que d s ce moment est posé le probl me des rapports entre religion et politique, entre monde spirituel et pouvoirs temporels ? probl me qui va donner lieu à une production théologico1politique considérable, car si le probl me est posé, il est loin d'être résolu. 2n particulier parce que !la fronti re entre le ro,aume terrestre et le ro,aume céleste, si fermement tracée par le Christ, redevient perméable et douteuse!. 2t surtout parce que le conflit entre autorités religieuses et autorités politiques ne fait que commencer. 9joutons que d s les premiers si cles du christianisme, sont posées des questions promises à un long avenir. C'est d'abord celle de la compatibilité entre la foi et les obligations politiques * n', a1t1il pas des situations oE le cro,ant est écartelé, déchiré entre les impératifs de la vie civique ou civile et son appartenance à une communauté religieuse 3 C'est par e0emple l'objet de la controverse, au ##/ si cle, autour de l'abstention civique * le philosophe Celse reproche au0 chrétiens de se dérober au0 devoirs 1 civils et militaires 1 de la vie politique. $'a1t1on pas déjà, ici, la question de la possibilité d'un conflit entre morale civique et morale religieuse 3 +a question de la liberté de conscience est également posée tr s t8t * !cette liberté, que l'édit de K7K lui avait reconnue, le christianisme n'allait pas tarder à la restreindre pour les autres cultes.C...D #l n'est donc pas étonnant que le #N/ si cle ait vu se développer che- les pa"ens libérau0 une argumentation s,stématique, asse- nouvelle dans l'histoire des idées, en faveur de la tolérance religieuse! 42 . Mais ces idées de liberté de culte et de pratiques religieuses vont disparaBtre, et pour longtemps. 2nfin, le probl me du droit de jugement de l'6glise sur les décisions du pouvoir civil est posé au moment du massacre de %hessalonique, en K=H,ordonné par l'empereur %héodose, décision qui lui vaut d'être e0communié par saint 9mbroise * !l'6glise pour la premi re fois dans l'histoire lance une condamnation contre un empereur pour des actes privés ou officiels

n'engageant pas la foi. C'est une date considérable dans l'évolution de la conscience politique! 43 >. (e saint 9ugustin à la !théorie des deu0 glaives!* mod le dualiste et suprématie du pouvoir spirituel. :ur le plan des événements historiques, la période considérée ici va de la rupture de l'2mpire romain en K=I à l'apogée du pouvoir pontifical vers le F###/ si cle. :ur le plan des idées et des constructions théologico1politiques, il s'agit de montrer d'abord, avec saint 9ugustin, comment, à l'2st et à l''uest, s'élaborent deu0 théories opposées des rapports entre 2mpire et 6glise. 'n verra ensuite, avec l'augustinisme politique, les probl mes soulevés par le développement d'une institution, l'6glise, et l'apparition d'un 6tat, l'6tat pontifical * c'est la question des rapports entre pouvoir politique et pouvoir ecclésiastique qui est posée. 1°/ Saint (ugustin : La )it de !ieu
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!+'ouvrage de saint 9ugustin, qui représenta longtemps l'autorité doctrinale essentielle de l''ccident chrétien, écrit (. Colas, pesa d'un grand poids dans la doctrine de l'6glise, et jusqu'à aujourd'hui, il sert de référence pour les probl mes cruciau0 du rapport entre l'6glise et l'6tat! 45 . #l faut ajouter cependant, avec J... :irinelli, que !le contresens le plus grave serait de confondre le probl me théologique des deu0 Cités avec le probl me tout différent, infiniment plus réduit, de l'6glise et de l'6tat! 46 . C'est que, en effet, la question est comple0e et reste aujourd'hui encore l'objet de débats 47 . +e coeur du probl me réside dans l'emploi par saint 9ugustin du terme civitas , et surtout dans l'ambigu"té de l'e0pression !Cité terrestre!. 'n pourrait croire que la distinction !Cité de (ieu1Cité terrestre! co"ncide avec la distinction !spirituel1temporel!. Ce n'est pas le cas. Certes, saint 9ugustin construit un mod le dualiste * il instaure une coupure radicale qui partage l'humanité en deu0 groupes, les damnés et les élus. Mais ces deu0 cités, !Cité du diable! et Cité de (ieu, sont enchevêtrées de fa5on ine0tricable ici1bas ? la distinction n'est donc pas d'ordre ph,sique, géographique, spatial ou institutionnel * elle est d'ordre m,stique. ('oE le probl me * qu'en est1il du rapport de telle cité historique avec les deu0 sociétés spirituelles que sont la Cité de (ieu et la Cité terrestre 3 4uestion d'autant plus délicate que saint 9ugustin utilise le même terme 1 civitas pour désigner une réalité politique et les deu0 groupes que sont les élus et les damnés, et qu'il est aisé de confondre !Cité terrestre! et cité historique. 'r l'évêque d'Pippone indique clairement que les cités humaines, les organisations politiques, ne peuvent être assimilées à la !Cité du diable!, car elles sont porteuses de valeurs et peuvent, sinon réaliser la justice, qui n'est réalisée pleinement que dans la Cité de (ieu, tout au moins vivre parfois en pai0. 9insi, !toute cité terrestre, toute réalité politique n'est pas condamnée absolument! 48 . (e cette imbrication des deu0 Cités dans la réalité histirique, il résulte aussi qu'aucun 6tat ne peut prétendre réaliser ici1bas la !Cité de (ieu!. !;our autant, si civitas peut être pris en deu0 sens, leur distinction n'est pas séparation. +a !Cité de (ieu! doit marquer de son empreinte la cité politique 1 sinon c'est la !cité du diable! qui triomphera! 49 . #l est donc clair que la distinction !Cité de (ieu1Cité terrestre! ne recouvre pas e0actement la distinction !spirituel1temporel!. Mais il est non moins clair que si saint 9ugustin instaure une coupure radicale entre Cité de (ieu et cité terrestre C historique D 1 au

sens oE la cité concr te ne peut réaliser compl tement la Cité de (ieu 1 , il n'en envisage pas moins la question des rapports entre Cité de (ieu et cité historique ou société politique. 9insi de la question cruciale * que doivent faire les chrétiens dans la cité 3 +e cito,en doit participer à la vie de la société civile et chercher à être le meilleur cito,en possible. 4u'en est1il des rapports entre 6glise et pouvoir temporel 3 :elon (. Colas, saint 9ugustin pose en ce domaine la relation instrumentale d'une !défense temporelle de l'6glise par l'6tat qui lui sert d'instrument! ? saint 9ugustin approuve et demande le recours à la force pour combattre les hérétiques, !et il défend le principe du !compelle intrare! C!forcer d'entrer!D * l'hérétique ne peut invoquer le libre arbitre pour sa protection!. (. Colas peut ainsi conclure * ! on trouve, che- 9ugustin, une propension à légitimer la subordination, voire l'absorption du temporel par le spirituel * il ouvre ainsi la voie à ce qu'on appelle l'augustinisme poltique.! 5 +a pensée de saint 9ugustin est cependant plus comple0e et plus nuancée, et le probl me des rapports entre 6glise et 2mpire n'est pas nettement tranché * 1 !il souhaite que l'2mpire se subordonne moralement à l'6glise! 51 , 1 mais il ne songe pas à l'établissement d'une théocratie et admet une certaine indépendance réciproque entre 6glise et 2mpire. +a doctrine de saint 9ugustin se distingue donc tr s nettement de celle qui s'impose dans l''rient chrétien * 1 celle1ci, !reconnaissant l'identité de l'2mpire et de la société chrétienne admet C...D l'établissement d'un ordre unifié oE le temporel et le spirituel se mêlent et s'acceptent! ? 1 !par la voi0 d'9ugustin, l'autre doctrine, celle de l''uest, affirme la séparation radicale de l'ordre chrétien et de l'ordre impérial. C...D elle restera toujours entre les mains de l'6glise une arme pour réclamer face au pouvoir l'indépendance et la suprématie morale? et, d'autre part, l'influence de cette idéologie augustinienne empêchera les penseurs d''ccident de jamais démontrer que le christianisme peut régir directement la politique. +a guerre des (eu0 Qlaives demeure depuis ce temps toujours prête à éclater.! 52 2°/ !e + lase , +r goire -&& : l'augustinisme politi.ue. :elon +ouis >odin, !ce n'est C...D pas sans un certain détournement du sens de la pensée de l'évêque d'Pippone qu'a pu naBtre l'augustinisme politique 53 !. #l , a loin en effet entre l'affirmation augustinienne de la relative indépendance des deu0 pouvoirs 1 car seule au fond importe, pour les chrétiens, la Cité de (ieu 1 et la doctrine politique qui pr8ne l'absorption du droit de l'6tat dans celui de l'6glise. +e contenu de ce que l'on va appeler augustinisme politique est formulé pour la premi re fois par le pape Qélase #/ CJ=A1J=RD dans la lettre à l'empereur 9nastase oE il affirme, apr s avoir distingué autorité sacrée des pontifes et pouvoir ro,al, que !la puissance des prêtres est d'autant plus lourde qu'ils devront, au Jugement dernier, rendre compte au :eigneur des rois eu01mêmes! 54 . (éveloppée par Qrégoire le Qrand Cpape de IJH à RHJD, la !théorie des deu0 glaives! peut être formulée ainsi 55 *

1 seul (ieu détient la puissance suprême C plenitudo potestatis ! ? 1 cette toute1puissance divine dél gue à deu0 pouvoirs distincts le soin de faire triompher l'ordre divin * au ;ontife, l' auctoritas, c'est1à1dire le pouvoir de déchiffrer les te0tes sacrés * c'est la plus haute dignité ? au &oi, la potestas, c'est1à1dire la puissance temporelle ? 1 chacun de ces pouvoirs est souverain en son domaine. Mais, d'une part, cette distinction porte en germe des conflits en ce que chacun de ces pouvoirs peut chercher à utiliser l'autre pour atteindre ses objectifs propres. ('autre part, l'équilibre apparent entre les deu0 pouvoirs masque une diss,métrie * c'est ce qu'on a appelé la !conception ministérielle! de l'2mpire et des ro,autés * selon Qrégoire le Qrand, les organes du pouvoir temporel ne sont qu'un prolongement du pouvoir des autorités ecclésiastiques. Cette production de te0tes et d'arguments théologiques se poursuit durant le haut Mo,en 9ge, au gré de l'évolution des rapports de force entre pouvoirs, sur fond d'affaiblissement de l'2mpire et d'émergence des ro,autés, avec aussi, vers <II, la naissance de l'6tat pontifical * !la suprématie ecclésiastique du F#/ au F###/ si cle a été préparée par une longue période de patience, d'adaptation au0 faits et d'élaboration intellectuelle! 56 . #l en est ainsi de l'oeuvre de Qrégoire N##, pape de 7H<K à 7HGI. :on pontificat est marqué par la volonté d'affirmer l'indépendance de l'6glise par rapport au0 pouvoirs la"cs, à l'occasion notamment de la !4uerelle des investitures! et de l'humiliation du roi d'9llemagne à Canossa. 'n retiendra ici, pour aller à l'essentiel, la doctrine grégorienne des rapports entre pouvoir pontifical et pouvoirs terrestres C impérial, féodal, ro,alD, telle qu'elle est formulée dans deu0 te0tes de 7H<I et 7HG7. (ans le premier, Dictatus Papae, il affirme que son pouvoir est universel et absolu, que le pontife romain est le seul qui peut juger sans être jugé, qu'il peut seul décider de l'organisation de l'6glise, , compris dans les territoires contr8lés par des souverains temporels ? c'est !l'affirmation sans partage de la primauté romaine!. (e plus, il s'arroge le droit de déposer les empereurs et indique que le pape peut délier les sujets de leur serment de fidélité * !il s'agit d'une véritable absorption du droit naturel de l'6tat dans le droit ecclésiastique. C'est affirmer que les sujets doivent se plier à une autorité supérieure à l'autorité politique et que la lo,auté à l'égard de l'6glise est plus élevée que la lo,auté à l'égard des souverains politiques! 57 . +e deu0i me te0te, la "ettre # $ermann de Met%, e0pose les arguments justifiant, selon Qrégoire N##, la suprématie du pouvoir spirituel du pape sur le pouvoir temporel des souverains. +e principal est tiré de l'6vangile ? il s'agit du !pouvoir des clés! qui a été confié à saint ;ierre et ses successeurs par le Christ * qui détient les clés du ciel peut juger des choses de ce monde. +es successeurs de Qrégoire N##, #nnocent ### et innocent #N en particulier, accentueront encore la diss,métrie de la théorie des deu0 glaives, allant jusqu'à conférer la potestas à la papauté, suivant en cela la formulation de >ernard de Clairvau0 * !le glaive spirituel et le glaive matériel appartiennent l'un et l'autre à l'6glise ? mais celui1ci doit être tiré pour l'6glise et celui1là par l'6glise ? l'un est dans la main du prêtre, l'autre dans la main du soldat mais à l'ordre du prêtre et au commandement de l'empereur! 58 . 9u F###/ si cle, les efforts doctrinau0 des théologiens ont abouti ainsi à un ensemble de justifications de la toute1puissance du ;ontife romain. C'est l'apogée de l'augustinisme politique, ce qui fait écrire à +ouis >odin * !la théocratie est arrivée à son point culminant * la puissance pontificale est immense! 59 .

Mais cette suprématie va être contestée dans les faits par les ro,aumes, dont l'affirmation, au détriment des derni res tentatives de reconstitution de l'2mpire, va accentuer l'absence de correspondance, en 'ccident, entre, d'une part, l'e0tension territoriale de la chrétienté et la prétention au pouvoir universel de la papauté, et, d'autre part, l'e0tension territoriale des pouvoirs politiques naissants dans le cadre d'unités nationales. #l , a là la source de conflits durables. 4uant à la production intellectuelle liée à ces probl mes, elle ne cessera de se développer ? mais elle sera de moins en moins dominée par les théologiens. ;armi ceu01ci, saint %homas d'9quin va cependant introduire une infle0ion sensible par rapport à l'augustinisme politique. C. +a légitimation de l'ordre temporel et l'autonomie du politique * saint %homas d'9quin. !$ul doute que notre modernité, écrit >. >9(#2, a été en grande partie con5ue à la rencontre de la théologie chrétienne et de la philosophie du :tag,rite, et qu'à ce titre elle doit beaucoup à saint %homas d'9quin!. 6 +'oeuvre de %homas d'9quin s'inscrit en effet dans le conte0te politique de la formation des pouvoirs !nationau0!, à l'origine de la construction étatique moderne. 2lle appartient également à cette époque caractérisée, sur le plan intellectuel, par la redécouverte de l'9ntiquité grecque, et tout particuli rement, de la pensée d'9ristote * !si elle part de l'6criture, elle est aussi nourrie d'9ristote et tient compte de l'évolution contemporaine des faits et des idées! 61 . %homas reprend la conception d'9ristote de la sociabilité naturelle de l'homme, et donc du caract re naturel des sociétés humaines. Mais il va l'intégrer dans la conception dualiste élaborée par la théologie chrétienne. :i bien que la réfle0ion politique de %homas d'9quin, à l'encontre de la pensée augustinienne et surtout de l'augustinisme politique, va contribuer à donner une légitimation au0 nouveau0 pouvoirs temporels en train d'émerger. 'n sait que pour 9ristote, la cité Cpolis D est la plus élevée des communautés humaines, et qu'elle est orientée vers la réalisation du bien commun. :i bien que non seulement la cité, en tant que fait naturel, est accessible à l'entendement humain grOce à la raison, mais la raison doit permettre de découvrir les r gles de la juste cité. ;our saint %homas, la société des hommes est, !dans l'ordre de la Création, un fait naturel. :i (ieu veut que les hommes vivent en société, il en résulte que le pouvoir C...D est un affaire humaine entrant dans le plan général de la ;rovidence et non d'une désignation singuli re de (ieu ou de son représentant. ( s lors, la définition du bon pouvoir ressortit uniquement à la &aison! 62 . 'n a ici l'affirmation du fondement naturel du pouvoir et de la politique ? on a ainsi une tr s nette réhabilitation de la !cité terrestre! et du pouvoir temporel. C'est en ce sens que l'on peut dire, avec (. C'+9:, que !la tradition chrétienne inaugurée par saint %homas s'oppose à celle née avec saint 9ugustin et surtout avec l'augustinisme! Ccf. la conception augustinienne d'une !Cité des hommes! d'institution divine et liée au pêché originel D. 4u'en est1il alors, selon saint %homas, des rapports entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel 3 +a question est comple0e et les interprétations de sa pensée sont ici divergentes et controversées. 'n se contentera de dire que si %homas insiste sur le caract re naturel du pouvoir temporel, il n'en résulte pas l'affirmation d'une autonomie absolue de celui1ci par rapport au pouvoir spirituel du prêtre ou du pape ? il n'en découle pas davantage la disparition de toute hiérarchisation entre les deu0 ordres 63 . 'n conclura, avec >. >adie, que !l'oeuvre est considérable* elle marque l'insertion de la raison et du droit naturel dans l'histoire des idées occidentales. :ur le plan strictement politique, elle dessine le cadre d'une cité qui dispose de sa propre formule de légitimité, de

nature proprement séculi re * le théologien admet qu'il est légitime d'obéir à un prince, même pa"en, d s lors qu'il est juste et qu'il agit conformément à la raison! 64 .'n a ici !la préhistoire de l'6tat de droit et de l'6tat la"que!. ##. +9 ;2$:22 (')$ 6%9% +9#4)2. +'invention du concept moderne de souveraineté. 'n a déjà signalé le lien affirmé par certains auteurs entre la"cité et modernité politique. 'r la modernité politique est étroitement liée à l'émergence de la conception moderne de l'6tat, c'est1à1dire à l'invention de la notion de souveraineté. Ce concept se construit progressivement dans les luttes théologico1politiques qui opposent durant tout le Mo,en 9ge partisans de l'autorité de l'6glise et de la papauté, et partisans de l'autorité de l'empereur, conflit qui se comple0ifie avec la construction étatique et l'apparition de pouvoirs politiques !nationau0!. (ans ces luttes, chacun essaie de légitimer sa position à partir d'argumentations et de concepts puisant dans les 6critures et@ou dans l'antiquité gréco1romaine. :i bien que des concepts fondamentau0 de la politique moderne 1 au premier rang desquels celui de souveraineté 1 sont hérités de la théologie, tout en étant retravaillés et tranformés. 'n se bornera ici à anal,ser deu0 moments de ce processus. +e début du F#N/ si cle d'abord, avec deu0 auteurs 1 (ante et Marsile de ;adoue 1 qui, par leur réfle0ion sur l'autonomie du pouvoir temporel, annoncent dans une large mesure la modernité politique. +e FN#/ si cle ensuite, avec ceu0 que l'on peut appeler les initiateurs de la politique moderne * Machiavel et Jean >odin. 9. (eu0 précurseurs de l'idée de souveraineté * (ante et Marsile de ;adoue. 1°/ !ante : La Monarc/ie " vers 1011 '. +a réfle0ion politique de (ante 65 C7ARI17KA7D s'inscrit dans le conte0te du véritable combat, auquel il prend part, que se livrent, en territoire italien, les partisans de l'autorité temporelle de la papauté Cles QuelfesD et ceu0 de la prérogative impériale Cles QibelinsD. (ante veut d'une part, légitimer le pouvoir temporel de l'empereur et justifier ainsi la monarchie universelle, et, d'autre part, limiter l'intervention de l'autorité spirituelle dans le domaine temporel, en particulier, dans les affaires publiques. +'argumentation de (ante part de l'affirmation d'une dualité de la nature humaine, qui est à la fois corruptible et incorruptible, mortelle et immortelle, terrestre et céleste. 9 cette dualité, inhérente à la nature de l'homme, correspond une dualité de fins * la cité terrestre ou société civile et la cité divine. #l en résulte que l'homme a deu0 maBtres 1 l'empereur et le :ouverain pontife 1 qui ont, chacun dans leur domaine, un pouvoir qui, ici1bas, n'en admet pas de supérieur. C'est dire que (ieu conf re directement son autorité à l'empereur * c'est l'affirmation du principe de la monarchie de droit divin. 'n a donc ici une rupture avec l'augustinisme politique qui prétendait soumettre le glaive temporel au glaive spirituel en radicalisant la hiérarchie pouvoir temporel1pouvoir spirituel. 'n a aussi l'affirmation de la valeur propre des cités terrestres. C'est peut1être la premi re fois que les deu0 ordres sont distingués absolument et non hiérarchisés. 'n peut dire que (ante anticipe ici sur l'affirmation moderne de l'autonomie de la société politique et qu'il annonce >odin en fondant la légitimité radicale de la souveraineté politique. 2°/ Marsile de Padoue : !e2ensor pacis " 102* '.

+e livre de Marsile de ;adoue C env. 7A<I1env. 7KJK D est d'abord une charge polémique vigoureuse contre l'autorité papale dans le domaine temporel et une réfle0ion sur les conditions de la pai0 civile. Mais c'est aussi une étape décisive dans l'élaboration du concept moderne de souveraineté, avec l'affirmation de deu0 éléments essentiels * l'autonomie du pouvoir politique et civil et le monisme étatique 66 . Marsile veut fonder absolument le pouvoir de l'2mpereur contre la doctrine papale de la plénitude de puissance temporellle et spirituelle. ;our justifier l'autonomie radicale de la société politique, il affirme 1 en s'appu,ant sur la Politique d'9ristote 1 que le but de la politique c'est la bonne organisation de l'e0istence terrestre, de l'e0istence profane. +e bien vivre est donc la cause finale de la communauté, mais c'en est également l'origine, c'est1à1dire la cause efficiente. +a vie civile a donc une origine terrestre et seulement terrestre. 2st donc affirmée l'autonomie de la société civile, puisque la cité poss de en elle1même son principe constitutif * le bien e0tra1mondain 1 le salut de l'Ome 1 ne compte pas, selon Marsile, comme principe constitutif de la cité. C'est le bonheur terrestre, intra1mondain, qui est la seule cause de la cité, et ce bonheur est un bonheur terrestre, qui concerne essentiellement la satisfaction du corps * le bonheur est un bien terrestre, profane. :e pose alors la question du gouvernement de la cité et donc de la légitimité du pouvoir politique. ;our Marsile, le gouvernement ne peut procéder que du même principe constitutif de la communauté * la recherche du bonheur terrestre. 9 l'autonomie de la société civile correspond l'autonomie du pouvoir politique. 'n voit apparaBtre ici l'objectif politique de l'auteur * chasser le pape et ses représentants 1 les prêtres 1 du gouvernement de la cité terrestre. C'est là la premi re condition au maintien de la pai0 civile car si les prêtres sont chargés à la fois du salut de l'Ome et du gouvernement de la cité, il , a risque de guerre civile. 2n effet, les prêtres ne constituent qu'une partie de la communauté ? or, selon Marsile, la pai0 civile ne peut être maintenue que si chacune des trois composantes de la société 1 sacerdoce, production, coercition C e0écution des lois D 1 remplit sa fonction et seulement celle1ci * le sacerdoce ne peut accaparer le pouvoir sans provoquer la guerre civile. #l apparaBt que Marsile pense la société comme un tout dont le maitien est lié à l'adoption de lois assurant cette unité du corps social * seul l'ensemble des cito,ens peut légiférer et désigner un prince 1 individuel ou collectif 1 qui a la charge de la coercition et de la gestion. 9insi, est déduite d'une conception de l'unité du corps social, l'idée de l'unité de la partie gouvernante * une société une conduite par un seul chef, chef qui doit être pensé comme le principe de l'unité civile et politique. 'n a donc ici la défense de l'autonomie et de l'unité radicale de la société politique * !le dispositif théorique est en place pour qu'advienne le concept politique de souveraineté, c'est1à1 dire le concept moderne de l'6tat! 67 . >. (eu0 initiateurs de la théorie politique moderne* Machiavel et >odin. 1°/ Mac/iavel : Le Prince "1310'. +a plupart des commentateurs soulignent la rupture introduite par Machiavel C7JR=17IA<D dans la pensée politique. Machiavel s'oppose en effet au0 idées dominantes à son époque en ce qui concerne l'ordre social *

1 rejet des conceptions, héritées d'9ristote, de la politique comme propriété naturelle des hommes, et de la société comme fait naturel ? 1 rejet de l'idée, issue de la pensée chrétienne et de la théologie, selon laquelle il e0iste un ordre divin fondant notamment le pouvoir des chefs. Ce qui revient à refuser de considérer le monde social et politique comme étant de l'ordre du donné. ('oE la question essentielle, la question politique * !qu'est1ce qui fait que la société est une 3!
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+a réponse de Machiavel est nouvelle * !l'unité de la société, ce qui assure à la fois son être et son maintien, sa perduration, c'est la politique, et la politique est avant tout un acte. ;our qu'e0iste une société une, il faut un acte fondateur.! 69 2t cet acte fondateur est celui qui institue l'6tat, !acte qui est celui d'un législateur définissant une fois pour toute le juste et l'injuste et le plein e0ercice du pouvoir! 7 . Machiavel affirme donc ici les deu0 principes décisifs de l'autonomie du politique et de l'6tat comme puissance souveraine. #l faut retenir, indique .. ChOtelet, !cette insistance à déterminer le politique comme une réalité autonome, quelquechose qui doit être pensé à part, qui n'est donné ni dans la nature humaine, ni dans la nature tout court. +a politique est quelquechose qu'il faut penser, sur quoi et par quoi il faut agir! 71 * la politique est l'activité constitutive de l'e0istence collective, l'ordre social 1 ou unité politique 1 doit être institué ? il , a là un pas décisif dans la constitution de la théorie politique moderne. :urtout, Machiavel est celui qui donne au terme &tat !sa signification de pouvoir central souverain légiférant et décidant sans partage pour la collectivité C...D, qui accomplit donc la la"cisation de la plenitudo potestatis ! 72 . Cette affirmation de l'autonomie absolue du pouvoir politique permet d'introduire la question des rapports entre religion, morale et politique. &appelons d'abord que le probl me de Machiavel n'est pas celui de la morale en politique mais celui de la réussite du prince. C'est pourquoi la notion de virt', qu'il utilise pour désigner l'ensemble des qualités nécessaires à la réussite du prince, ne doit pas être saisie dans son contenu !moral! habituel. Mais cela ne signifie pas que la signification de l'oeuvre se réduit à une apologie de l'!immoralité! en politique 1 comme le sugg re l'usage actuel du terme !machiavélisme!. +e point important, ici, est que !les considérations morales et religieuses doivent être écartées du calcul grOce auquel on établit et on maintient l'6tat ? qu'il en est ainsi d'autant plus que le ;rince est maBtre de la législation, qu'il définit le >ien et le Mal publics et que, par conséquent, pour ce qui est des affaires politiques, ni lui ni les cito,ens n'ont à compter avec les !commandements! de l'6glise ou de la tradition morale! 73 . #ndication intéressante en ce qu'elle sugg re une différenciation de la morale, source de bien des questions dans la réfle0ion politique ultérieure. 9insi, l'oeuvre de Machiavel accentue cette sécularisation de la pensée politique déjà perceptible che- Marsile de ;adoue. +'6tat , est clairement la"cisé, c'est1à1dire pensé comme totalement autonome, indépendant de tout fondement divin et de toute autorité spirituelle. (e plus, Machiavel est opposé au gouvernement des prêtres et au pouvoir du pape. C'est pourquoi, !non content de la"ciser l'6tat, il voudrait lui subordonner enti rement la religion, qu'il con5oit seulement comme un instrument du pouvoir et un élément de cohésion sociale! 74 .

$otons cependant que Machiavel ne distingue pas nettement l'6tat comme principe, de l'e0ercice concret du pouvoir par le prince. !Mais ce sur quoi il faut insister, c'est qu'en attribuant au prince cette volonté unifiante il nous met sur la route de ce que Jean >odin va découvrir une soi0antaine d'années plus tard, lorsqu'il publiera, en 7I<R, +a &épublique .! 75 2°/ 4ean 5odin : Les Si6 Livres de la # pu7li.ue " 1389 '. !&épublique est un droit gouvernement de plusieurs ménages, et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine!. C'est par cette définition que s'ouvre le livre de >odin C7IKH17I=RD considéré comme étant à l'origine de la représentation moderne de la politique, c'est1à1dire de la théorie moderne de l'6tat 76 . C'est >odin qui élabore en effet une conception de l'6tat non seulement comme puissance autonome, mais comme puissance profane. Cette la"cisation de l'6tat repose sur le concept fondamental de souveraineté. >odin ne s'interroge pas sur l'origine du pouvoir politique et ne privilégie pas la question, seconde à ses ,eu0, du !meilleur régime! 1 même s'il consacre une partie du livre N# à la comparaison des trois &épubliques, de leurs !commodités et incommodités!, dans le but de justifier sa préférence pour la !Monarchie &o,ale!. #l se demande quelle est la caractéristique essentielle de ce pouvoir considéré comme une donnée de fait * ce pouvoir unifié et unifiant, forme nécessaire de l'e0istence sociale, que l'on constate dans toute société historique. :a réponse constitue l'invention de l'6tat moderne . L13tat co44e p5issance so5veraine0& +a souveraineté, c'est ce qui constitue l'6tat ou république ? il n', a pas d'6tat si la souveraineté n'est pas posée comme principe, parce que la souveraineté de la puissance est la définition même de l'6tat. Cette souveraineté présente trois caractéristiques étroitement liées* elle est absolue Cc'est l'affirmation de l'autonomie radicale du pouvoir politique et de son absence de fondement divin ou naturelD ? elle est indivisible Ccar sinon, elle ne pourrait être absolueD ? elle est perpétuelle Cc'est ce qui va fonder la distinction entre puissance et pouvoir, entre 6tat et gouvernementD. Ce faisant, >odin introduit deu0 distinctions nouvelles qui découlent de la définition même de la souveraineté, et qui constituent les deu0 piliers de l'6tat moderne * 1 la distinction gouvernants1gouvernés. +a souveraineté repose sur la séparation du prince CsouverainD et de la multidute CpeupleD * !cette doctrine affirmée de la séparation des deu0 parties C gouvernante et gouvernée D est capitale * elle e0prime la structure fondamentale de l'6tat, sa forme théorique. +'6tat, c'est1à1dire la forme souveraineté, est le s,st me politique de l'ordination de la multitude à l'unité d'un principe * le prince C monarque D en personne! 77 . 1 la distinction 6tat1gouvernant. +a forme du gouvernement Cle régimeD peut être modifiée, l'autorité pratique, le pouvoir qui s'e0erce Cles personnes des magistratsD peuvent changer ? la souveraineté, qui est l'essence de l'6tat, elle, est perpétuelle. L13tat de droit0 Mais cette souveraineté ne se définit pas comme le contr8le d'une population ou d'un territoire par l'usage de la force ? l'6tat, c'est un pouvoir qui légif re Cun !droit gouvernement!D, et qui légif re souverainement * il n', a aucune loi supérieure ou e0térieure qui puisse s'imposer au souverain. 'n voit par là l'identité entre souveraineté et capacité à légiférer * !l'6tat est le si ge de la puissance souveraine, le point focal de l'ordre public. Cet

ordre est défini par les +ois * celles1ci déterminent C...D les normes de l'e0istence sociale dans son aspect public!. Cette théorie de l'6tat comme puissance législatrice marque ainsi une rupture essentielle dans la pensée politique. 2n effet, !en droit, la loi 1 comme norme 1 est distinguée du droit * elle est supérieure au droit coutumier, e0térieure au droit naturel. +a disjonction de l'6tat et de la :ociété 1 pi ce maBtresse de la théorie moderne de l'6tat 1 est en train de s'accomplir...! 78 L13tat laï65e0 &evenons enfin sur cette !fondation moderne de l'6tat profane! 79 que réalise >odin. +a théorie de la puissance souveraine substitue un ordre politique fondé sur la puissance profane 1 l'6tat 1 à un ordre politique fondé sur la plenitudo potestatis d'origine divine, sacrée. !Ce qui caractérise la souveraineté de la puissance est sa dimension profane historique, c'est1à1dire humaine!. #l , a en quelque sorte la"cisation de la plenitudo potestatis , élimination de tout fondement divin du pouvoir politique * !dans sa structure interne, dans son concept constitutif, l'6tat bodinien est d!essence la"que!. 'n comprend pourquoi >odin ne fait pratiquement pas référence à la politique chrétienne * il rompt compl tement avec elle et récuse même la distinction temporel1spirituel relativement à la question politique !en niant que la souveraineté doive, pour être comprise comme pour e0ister, être élucidée par rapport au spirituel!. #l n'est évidemment pas surprenant que >odin rejette toute allégeance du souverain au pape. >odin est donc le premier qui formule clairement le concept de puissance dans son acceptation moderne et qui affirme la coupure absolue entre l'ordre temporel oE la seule puissance souveraine est l'6tat profane, la"que, et l'ordre spirituel oE r gnent 1 et ici seulement 1 (ieu et ses représentants sur %erre.&este la question du régime. L1i4possible 7état pop5laire70 >odin distingue théoriquement trois &épubliques également légitimes * l'!état Monarchique!, l' !état 9ristocratique!, et l' !état populaire!. Mais il s'emploie à démontrer que ce dernier régime est en fait impossible car il aboutirait à la dissolution de la distinction gouvernants1gouvernés, et donc de la &épublique puisque la souveraineté implique l'!ordination du Multiple à l')n. 9insi, >odin ne parvient pas à résoudre la contradiction entre souveraineté populaire et soumission du peuple au souverain * comment le peuple pourrait1il s'obliger lui1même 3 Comment le cito,en peut1il être à la fois sujet souverain et sujet du souverain 3 Mais la contradiction n'est qu'apparente ? c'est que >odin ne fait pas la distinction entre le peuple souverain et la multitude. #l ne peut donc penser une &épublique oE la souveraineté est dans le peuple et ne peut penser? le régime démocratique. 'n sait que la question de la souveraineté du peuple sera reprise au0 si cle suivants, notamment par &ousseau. #ndiquons pour l'instant que la question qui se trouve ici posée, c'est celle du fondement légitime du pouvoir souverain. 2n tout cas, il est clair que désormais ce fondement est terrestre. $ous avons ainsi montré, à travers ce bref survol de pr s de quin-e si cles de réfle0ion politique, comment a été progressivement pensée la constitution d'un champ politique autonome. Cette élaboration a été étroitement liée au0 processus historiques d'effondrement des empires, d'affirmation des pouvoirs religieu0 et d'émergence des pouvoirs étatiques. 9u cours des conflits et rivalités qui en ont découlé, ont été construits des concepts et théories, et notamment la conception de l'6tat moderne comme puissance souveraine dont le fondement

est terrestre * on est loin de l'affirmation paulinienne fondatrice d'un ordre politique chrétien. C'est en ce sens que l'on peut qualifier de la"que l'6tat tel qu'il est pensé par la théorie politique moderne. Ce qui ne signifie pas que, d s les %emps Modernes, on puisse parler de pouvoirs politiques réellement autonomes par rapport au0 pouvoirs religieu0 e0terne et internes 1 la papauté et les 6glises. +a question qui va se poser de plus en plus est celle de la participation des cito,ens à ce pouvoir politique souverain. 2lle est liée au processus d'émergence de l'individu et à la réfle0ion sur les conditions de possibilité de la démocratie. -/A!$%"# 20 & $*,$8$,'9 "A$+)* #% -"):A*-# "a question des libertés individuelles 'n e0ag re souvent l'importance de la rupture que constituerait, dans tous les domaines, la &enaissance. 2t l'on a vu, dans le précédent chapitre, comment des innovations essentielles de la modernité avaient été préparées par des si cles de réfle0ions et de luttes. #l n'en reste pas moins que les trois si cles qui préc dent la &évolution .ran5aise vont voir se développer la pensée politique, et s'élaborer des conceptions nouvelles, autour de la question centrale de l'autonomie du cito,en, mais il fallait que soit réalisée au préalable l'émancipation de l'individu. (e ce point de vue, on peut grossi rement distinguer, au niveau de l'histoire des idées, deu0 ensembles de préoccupations. C'est d'abord la question du fondement de la souveraineté politique, étroitement liée à l'élaboration de théories donnant un r8le central à l'individu Capproches en termes de contratD. ('oE l'importance de la pensée de l'individu comme sujet autonome. C'est ensuite la question des libertés individuelles, avec notamment, en mati re religieuse, le th me de la tolérance. Ces questions sont à relier à l'émergence d'un th me qui parcourt toute la période ici retenue, c'est celui de la &aison. ;récisons à nouveau qu'on ne soulignera ici que quelques moments clés de la réfle0ion politique directement liés à notre sujet. C'est pourquoi on ne fait que mentionner rapidement le fait de l'autonomisation de la pensée par rapport à la religion qui se réalise avec l'apparition de la science moderne et du rationalisme. #l ne fait pas de doute 1 comme le rév le la violence de la réaction de l'6glise, notamment avec l'!affaire Qalilée! 1 qu'était alors fortement contesté le monopole de l'6glise en mati re de détention et de production de la vérité. #. +9 &2.'&M2 ;&'%2:%9$%2 2% +'9)%'$'M#2 (2 +'#$(#N#(). 'n s'accorde généralement sur le r8le décisif joué par la &éforme dans l'émancipation de l'individu 8 et dans la formation de l'6tat moderne. Mais ce double mouvement d'autonomisation s'inscrit dans un processus comple0e qui met en jeu quatre composantes * le religieu0 dans son aspect spirituel Cla cro,anceD, le religieu0 dans son aspect institutionnel Cl'6gliseD, le pouvoir temporel C l'6tatD, et l'individu. ('oE un ensemble de distinctions et de relations qui montre les multiples dimensions de la question des rapports entre religion et politique. +es remarques qui suivent, concernant l'oeuvre de Martin +uther C7JGK17IJRD et de Jean Calvin C7IH=17IRJD suffisent à établir le point suivant * par1delà les différences entre deu0 pensées comple0es, les deu0 réformateurs mettent l'accent sur la liberté de l'individu dans l'ordre religieu0 et sur son autonomie par rapport à l'institution ecclésiastique ? ils affirment également l'autonomie du pouvoir temporel par rapport à l'6glise. ;ourtant, et de

fa5on apparemment parado0ale, ils pr8nent la soumission absolue de l'individu à la puissance temporelle. 9. +ibre e0amen et contestation des clercs. +a &éforme naBt de la critique des abus et des dérives de l'6glise catholique 1 corruption, accumulation de richesses, luttes pour le pouvoir,...1 et d'une volonté de retour au0 sources du christianisme. (e là découlent l'affirmation de l'autonomie de l'individu dans le domaine religieu0 et l'affaiblissement de la distinction entre clercs et la"cs. 1°/ Li7re e6amen et sacerdoce universel. +uther * !la foi est une oeuvre libre et nul ne peut , être forcé! +a &éforme met en avant la liberté de l'acte de croire et insiste sur la relation directe, sans médiation, entre le cro,ant et (ieu. 2lle renoue ainsi avec le christianisme originaire et notamment avec le dogme établi par saint 9ugustin selon lequel !l'essence de la &eligion est la .oi de la créature en son Créateur ? c'est cette relation profonde et immédiate qui asseoit la Cité chrétienne, qui est communauté de charité !C...D 81 . $ul doute que la &éforme contribue ainsi à faire de la foi une !mati re de conviction personnelle! et qu'en proclamant le libre e0amen, elle !conduit à une conception individualiste et décentralisée de la vie religieuse! 82 . (e plus, l'insistance sur l'absence de médiation entre le Créateur et sa créature, autre que le contact direct avec les te0tes sacrés, fait de chaque chrétien un prêtre * c'est le !sacerdoce universel!. 2n ce sens la &éforme, en pla5ant le cro,ant directement face à (ieu, favorise de mani re décisive l'émancipation de l'individu vis à vis de la communauté religieuse. 2°/ )riti.ue de la /i rarc/ie cat/oli.ue et assouplissement de la distinction clercs/la:cs. +a conséquence principale de cette affirmation de la liberté du chrétien dans le domaine spirituel est la rupture avec la conception médiévale de l'6glise, conception hiérarchique selon laquelle les clercs ont re5u le dép8t de la .oi, les prêtres seuls a,ant autorité en mati re d'interprétation des te0tes sacrés. C'est également le refus absolu de la prétention de l'6glise à être considérée comme l'équivalent ou le représentant de la Cité de (ieu * la véritable 6glise est l'6glise invisible, c'est1à1dire la communauté des chrétiens. #l en résulte l'affirmation de la liberté du cro,ant par rapport au0 bureaucraties religieuses et l'atténuation de la distinction entre clercs et la"ques, puisque tout chrétien est désormais !prêtre!. C'est en cela que la &éforme a joué un r8le décisif dans la promotion de l'individu * !en érodant la coupure entre prêtres et la"ques, le protestantisme accroBt le principe de la responsabilité individuelle et de l'autogouvernement de soi! 83 . Mais la pensée des réformateurs a également un contenu politique qui fait apparaBtre à la fois l'affirmation de l'autonomie absolue du pouvoir politique par rapport à l'institution religieuse et la soumission totale de l'individu à l'autorité politique. >. 9utonomie du politique et soumission de l'individu. 1°/ L'autonomie de l'État par rapport , l'institution eccl siasti.ue. +uther affirme la coupure radicale entre le ro,aume de (ieu et celui du monde, entre le spirituel et le temporel, entre la .oi et la +oi * l'ordre politique est con5u comme une !réalité empiriquement constatable, il est, dans le quotidien, un mal nécessaire, voulu par (ieu, et

imputable au péché originel!, d'oE !l'idée d'un 6tat1puissance, source nécessaire d'un ordre juridique positif! 84 . #l en résulte d'abord une autonomisation du pouvoir politique par rapport à la hiérarchie catholique * +uther, comme plus tard Calvin, refuse que l'6glise fontionne comme une puissance temporelle, il rejette totalement la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. 2nsuite, cette contestation radicale de l'6glise entraBne la revalorisation de la puissance temporelle et l'élargissement de ses attributions ? !autonomie de l'autorité par rapport à l'6glise1institution * cela signifie aussi valorisation du droit civil Cen l'occurence le droit romain ou le droit coutumierD par rapport à l'emprise du droit canon ou encore la prise en considération de certaines institutions comme le mariage, l'assistance publique et l'école comme institutions relevant des autorités politiques plut8t que de l'6glise! 85 . Cette légitimation du pouvoir temporel sera affirmée également par Calvin. Mais autonomie par rapport à l'6glise catholique ne signifie pas autonomie par rapport à (ieu * che- les deu0 réformateurs le pouvoir politique a un fondement divin. C'est ce qui permet de comprendre pourquoi ils pr8nent tous deu0 la soumission absolue du chrétien au pouvoir politique. 2°/ Li7ert spirituelle et soumission politi.ue. #l est essentiel de distinguer la liberté du chrétien, toute spirituelle et intérieure, qui n'a donc aucun contenu politique du rapport de l'individu au pouvoir temporel. Car les deu0 réformateurs affirment que le chrétien doit toujours obéir au0 décisions des princes * !le principe que toute autorité est respectable par elle1même, parce que fondée par (ieu, a un corollaire * il n', a d'autorité que pour remplir la mission spirituelle consistant à conduire les hommes selon (ieu, en vue de faciliter leur salut! 86 . 2n effet, comme le montre ;aul1+aurent 9ssoun, pour +uther comme pour Calvin, le pouvoir politique a une fonction de !maintien de l'ordre! 87 , de punition. C'est bien la toute puissance de l'6tat dans le domaine terrestre qui est affirmée * l'6tat a le monopole de la décision et de la répression. :i bien que l'un comme l'autre refusent au0 peuples la possibilité de se révolter contre la t,rannie. +a condamnation de toute tentative visant à remettre en cause l'ordre politique aboutit finalement à préconiser la passivité politique. 9ffirmation de la légitimité de la puissance publique, de l'autonomie de celle1ci par rapport à l'institution ecclésiastique et donc vis1à1vis d'une 6glise transnationale ? mais aussi affirmation du libre e0amen en mati re religieuse, et donc de l'émancipation des la"cs par rapport au0 clercs ? on le voit, l'apport de la &éforme au mouvement d'autonomisation par rapport au religieu0 est considérable. #l doit cependant être relativisé du point de vue de la gen se de la la"cité * 1 est réaffirmé le caract re divin de toute autorité établie * !l'autorité n'est pas sa propre norme. 2lle demeure dépendante de la loi de (ieu! 88 . 1 la liberté qui est proclamée ici est une liberté spirituelle, qui s'e0erce hors du champ politique ? 1 +uther a parfois fait appel au0 autorités temporelles pour intervenir dans les affaires religieuses 1 notamment dans la lutte contre les dissidents * autonomie n'équivaut pas à séparation ?

1 enfin, !les &éformateurs, comme la grande majorité des hommes du FN#/ si cle, n'admettaient pas le pluralisme confessionnel sur un même territoire! 89 . $e faut1il donc pas nuancer l'affirmation de (. Colas selon laquelle !la &éforme promeut la forme politique de la modernité. )ne société d'individus cito,ens qui poss dent un droit à une e0istence privée en même temps qu'une capacité reconnue à décider en toutes choses! 9 3 4uoi qu'il en soit, il faut ajouter que l'émergence de l'individu se produit dans le conte0te du schisme religieu0. #l en résulte une autre série de probl mes, liés à ce fait décisif qu'est la différenciation religieuse des communautés nationales. 2n effet, jusqu'au FN#/ si cle, la distinction essentielle est celle entre chrétiens et non chrétiens, mais elle ne donne pas lieu à d'importantes réfle0ions politiques. ;ar contre, avec la &éforme, c'est la chrétienté qui se divise, au moment même oE s'affirment les 6tats !nationau0!, schisme qui va susciter d'intenses débats sur les rapports entre 6glises et 6tat, en particulier dans les pa,s oE le protestantisme, lui1même tr s différencié, s'impose. 9insi, on peut dire avec .. ChOtelet, que la &éforme !ouvre avec une vigueur particuli re un chapitre important de la pensée politique moderne * celui des rapports des communautés religieuses avec l'6tat devenu puissance la"que, qui est souvent en même temps celui de la relation entre e0igence morale et nécessité politique! 91 . )ne des questions qui se posent est celle des droits et des libertés des individus dans des sociétés oE se développe la diversité en mati re religieuse. ##. +#>2&%2: #$(#N#()2++2:, &2+#Q#'$ 2% ;'+#%#4)2. +a question de la tolérance et l'émergence des !droits de l'homme!. +'idée de tolérance en mati re religieuse est présente d s la &enaissance, par e0emple che- Montaigne. :on élaboration est étroitement liée à la réfle0ion sur les guerres de religion et sur les conditions de la pai0 civile, th mes qui dominent la pensée politique au FN##/ si cle, en particulier en 9ngleterre. Mais le FN##/, c'est aussi le moment oE commence l'élaboration théorique des !droits de l'homme!. Certes, les idées d'égalité de tous les hommes et d'unité de l'humanité sont d'origine biblique et chrétienne 92 . 2t on a vu comment la promotion de l'individu s'accentuait avec la &éforme. Mais c'est au0 %emps Modernes que l'idée de valeur inaliénable de la personne humaine est insérée dans le droit politique, en liaison avec l'élaboration 1 notamment par Qrotius puis ;ufendorf 1 des conceptions modernes, !rationalistes!, du !droit naturel! 93 . 'n se limitera ici à l'évocation de trois auteurs, dont la réfle0ion est étroitement liée à la problématique des rapports entre religion et politique. 9. Pobbes et la solution du conflit politico1religieu0 * le +eviathan C7RI7D. +'oeuvre de %homas Pobbes C7IGG17R<=D est élaborée dans le conte0te, politique et religieu0, tr s troublé de la premi re moitié du FN##/ si cle anglais. 'n sait que le FN#/ si cle a vu se produire dans ce pa,s la rupture de la ro,auté avec &ome et avec le pape, schisme qui a donné naissance à l'6glise anglicane dont le roi est le chef unique. Mais cette rupture n'a pas fait disparaBtre le probl me théologico1religieu0 des rapports entre ordre temporel et ordre spirituel qui avait dominé tout l''ccident chrétien au Mo,en 9ge ? elle l'a transformé, du fait notamment de la &éforme et du schisme interne au christianisme qui voit alors apparaBtre le protestantisme, et se multiplier les sectes religieuses. :i bien que se pose alors non plus le probl me des rapports entre un 6tat et une 6glise supra1nationale dirigée par le pape, mais celui de la place de l'6glise et de la religion dans l'6tat.

Mais la réfle0ion de Pobbes est également marquée par l'essor de la pensée scientifique et du rationalisme, en particulier le développement de la mécanique en ph,sique. :urtout, elle est toute imprégnée de cet individualisme et de cet utilitarisme qui s'épanouissent alors, notamment en 9ngleterre. (e là découle une construction qui marque une rupture dans la philosophie politique moderne en ce qui concerne la question du fondement de la souveraineté, mais aussi une conception particuli re des rapports entre religion et politique. 1°/ &ndividu et politi.ue : la .uestion du 2ondement de l'o7 issance l gitime. Pobbes tente de résoudre le probl me de la double allégeance C au pouvoir temporel et à l'autorité spirituelle D, probl me qui se pose à tout chrétien et est générateur de conflits. Ce probl me qui n'est pas nouveau, même s'il est posé alors dans le cadre national, c'est celui de l'obéissance légitime de l'individu. +e point de départ de Pobbes, en effet, est dans l'idée que !tout le malheur des hommes vient de ne pas savoir à qui ils doivent en conscience obéir! 94 . ('oE le conflit, toujours possible, qui divise le corps politique, parfois de fa5on irrémédiable, révélant ainsi que la sociabilité de l'homme et l'unité du corps politique n'ont pas le caract re naturel que lui reconnaBt la tradition héritée d'9ristote. +a solution que propose Pobbes repose sur une conception particuli re de l'homme et une vision mécaniste de la société. 2n effet, pour anal,ser les conditions nécessaires à l'instauration d'un ordre politique stable, il construit la fiction de l'état naturel. (ans cet état de nature, l'homme est une individualité corporelle douée de puissance, et mue par des passions, comme le désir de pouvoir. Cet homme au0 désirs illimités est aussi totalement libre de chercher à les assouvir, puisqu'aucune barri re morale n'e0iste dans cet état de nature. Mais tous les hommes sont mus par les mêmes désirs, d'oE la lutte permanente entre des individus entrant en concurrence pour la satisfaction de ceu01ci. C'est la guerre de tous contre tous, qui entretient l'insécurité et renforce donc la crainte de la mort. +'état de nature se présente donc de fa5on contradictoire * pleine liberté, il est aussi violence et peur de la mort. Cette situation intenable, comment en sortir 3 Comment peut apparaBtre un ordre politique éliminant la violence naturelle 3 'n a dit que Pobbes rejette l'idée d'une sociabilité naturelle de l'homme* !l'homme est un loup pour l'homme!. Mais il refuse également l'idée que l'obéissance pourrait avoir un fondement naturel, dans l'inégalité naturelle entre les hommes. 2n effet, les hommes sont égau0 dans cet état de nature, car chacun est toujours asse- fort pour éliminer n'importe quel autre. +a solution va résider dans la construction d'un ordre politique artificiel. Car si l'égalité entre des individus totalement libres et dotés de désirs et d'une puissance illimités aboutit à la guerre permanente, la pai0 civile ne peut venir que de l'e0istence d'une puissance unique et supérieure, donc illimitée. Cette puissance n'e0iste pas dans la nature, elle va être instituée par un contrat. 2n effet, la raison permet au0 individus de prendre conscience du caract re absurde de leur situation dans l'état naturel * chacun a le désir de se conserver, mais cette peur de la mort pousse à la violence. +a raison, mue par l'instinct de conservation, indique la solution. :i la guerre vient de ce que chacun a des désirs et une puissance illimités, il est rationnel de transférer toute cette puissance à un souverain unique, qui aurait pour fonction de garantir la conservation de la vie de tous. 9insi, c'est par calcul d'intérêt que le désir de pai0 am ne l'institution par un contrat, du +éviathan * chaque homme se dessaisit complétement de sa puissance au profit de l'6tat. #l résulte de ce transfert de souveraineté que celui1ci dispose d'un pouvoir absolu dans l'ordre civil Cédiction des lois, r gles, etc.D.

Mais ce pouvoir repose sur le consentement * l'obéissance, qui ne pouvait être fondée en nature repose sur une convention entre les hommes * la souveraineté de l'6tat a un fondement humain qui n'est donc ni divin, ni naturel. 2n ce sens, on peut dire que Pobbes sécularise le pouvoir en ne le faisant reposer que sur l'utilité ? il ach ve la la"cisation compl te de la plenitudo potestatis. 9insi, par une démarche individualiste et utilitariste, Pobbes apporte une réponse radicalement nouvelle à la question du fondement de la souveraineté légitime * l'organisation politique est pensée comme un artifice, une chose construite délibérément par les hommes, à partir d'un calcul intéressé et d'un contrat instituant le souverain. Ce qui fait écrire à ;. Manent que Pobbes, en faisant reposer l'6tat sur le consentement de chacun, fonde l'idée démocratique. Mais alors, qu'en est1il de cet !absolutisme! si souvent évoqué à propos de Pobbes 3 +a théorie hobbesienne de la puissance illimitée du souverain signifie1t1elle la sujétion absolue des cito,ens 3 2t qu'en est1il alors des rapports entre politique et religion 3 2°/ "(7solutisme" et rapports entre religion et politi.ue. +a conception de Pobbes est absolutiste d'abord au sens oE, pour que la fonction de sécurité et de pacification puisse être remplie, la souveraineté de l'6tat est pensée comme une et indivisible. +'6tat est donc !ecclésiastique et civil!, et aucune autorité spirituelle ne peut s'imposer au souverain. +e probl me récurrent dans l'histoire, de la séparation entre les deu0 !ro,aumes! est donc résolu par la fusion des institutions temporelles et spirituelles dans l'6tat unifié. :i bien que non seulement Pobbes affirme l'autonomie radicale de la sph re politique par rapport à toute 6glise, mais il attribue à l'6tat un droit d'interpréter la bible, le souverain est chef de l'6glise, et les commandements concernant les choses de la religion ne sont qu'un département des commandements civils. (ans la conception de Pobbes, !il n'e0iste pas d'6glise con5ue comme un organisme à la fois séparé et universel, véhicule et instrument du salut de tous les hommes! 95 . C'est donc dire que !autonomie du pouvoir temporel par rapport au pouvoir spirituel! et !séparation du politique et du religieu0! ne sont absolument pas s,non,mes. Mais, écrit (. Colas, Pobbes !imagine un 6tat dont la puissance s'étendrait au0 mati res spirituelles, pour autant qu'elles concernent la vie publique! 96 . $'est1ce pas déjà dire que cet !absolutisme!, fondé sur un abandon total par l'individu de sa puissance au profit du souverain, n'est pas privation de toute liberté 3 Certes, dans le pacte imaginé par Pobbes, les individus renoncent à l'essentiel de leurs droits, et en particulier au droit naturel, lié à la puissance de chaque individu d'agresser son voisin. Mais la toute puissance du souverain rencontre deu0 t,pes de limites. ('abord, il serait absurde que l'6tat ait un droit de vie et de mort sur les cito,ens puisque ceu01ci ont conclu le pacte instituant le +éviathan précisément dans le but de garantir leur sécurité. C'est ce raisonnement qui conduit Pobbes à affirmer le caract re rigoureusement inaliénable du droit de sSreté. C'est pourquoi on peut dire que Pobbes est le fondateur du premier des !droits de l'homme! 97 . #l s'agit bien d'un droit * !pour la premi re fois, une doctrine reconnaBt au0 gouvernés, au0 sujets, une liberté qui limite les gouvernants, qui restreint la domination, qui oblige le prince!. :i donc les individus renoncent à l'essentiel de leurs droits, ils en conservent un, inaliénable.

(e plus, le pouvoir absolu du souverain n'est pas contradictoire avec la liberté des sujets ou cito,ens * !ce qui est hors l'obéissance est libre! 98 . 2n effet, !il est impliqué dans la logique de l'ensemble que l'6tat est maBtre de l'espace public comme il l'est de définir son e0tension, mais que subsiste un espace privé important oE peut s'e0ercer la liberté des sujets! 99 . 2n particulier, il est e0clu que les cito,ens aliénent leur liberté de pensée et leur liberté de conscience qui n'entrent pas dans le champ de la loi * !comme la foi intérieure est par nature invisible, elle ne peut tomber sous l'empire de la souveraineté politique! 1 . 'n peut donc dire, avec ;. Manent, que Pobbes fonde l'idée libérale de la loi * la loi comme artifice humain qui se borne à garantir la coe0istence pacifique et laisse libre les individus dans l'espace des silences de l a loi. 'n comprend ainsi que Jean %ouchard puisse écrire * !Pobbes justifie l'absolutisme avec des arguments qui aideront à en faire plus tard le proc s C...D? !son oeuvre ne favorise nullement l'absolutisme ro,al et, dans une perspective d'ensemble, elle va dans le sens du libéralisme C...D! 1 1 . &etenons donc cette conception d'un 6tat, puissance terrestre artificielle dont la souveraineté légitime réside dans le consentement des sujets devenus cito,ens ? retenons aussi cette conception d'un 6tat de droit qui délimite et garantit le champ des droits et libertés. :oulignons ce qui importe du point de vue de cette étude * 1 cet 6tat est bien totalement autonome par rapport à toute autorité religieuse, mais il n'est pas séparé du religieu0 qu'il a plut8t absorbé ? 1 de plus, si la puissance du +éviathan n'est pas arbitraire, puisque délimitée 1 dans son e0ercice 1 par la loi, les libertés !e0térieures! du cito,en sont relativement limitées * en particulier, si la liberté de pensée est reconnue, il n'en est pas de même pour toute manifestation e0térieure des cro,ances religieuses. C'est ce qui fait écrire à Qu, Paarscher * !ainsi la premi re version articulée de l'6tat la"que Cavant la lettreD dans la philosophie politique moderne nous donne1t1elle l'image d'une la"cité sans liberté . +'6tat cesse d'être le jouet des confessions, il devient souverain en absorbant la dimension spirituelle C...D. Mais cette domestication des 6glises s'op re au détriment de la liberté individuelle! 1 2 . Mais peut1on parler de !la"cité! sans liberté religieuse 3 ;eut1on parler de !la"cité! sans séparation du politique et du religieu0 3 ;eut1on enfin parler de !la"cité! sans prendre en compte les conditions de participation des cito,ens à la chose publique 3 'n voit ainsi que l'oeuvre de Pobbes, loin de clore la réfle0ion sur les rapports entre politique et religion, ouvre sur de nouvelles questions, une fois établi le fondement terrestre, humain, !la"que!, de la souveraineté politique et de l'obéissance légitime. >. :pino-a et la séparation radicale entre foi et raison * le %raité théologico1politique C7R<HD. +e conte0te hollandais dans lequel écrit >aruch :pino-a C7RKA17R<<D est celui des querelles politico1religieuses, mêlant les républicains libérau0 et les diverses églises protestantes. C'est aussi celui de l'essor économique des ;a,s >as, et c'est surtout le climat de réelle liberté des individus, climat de tolérance religieuse notamment, qui e0plique pourquoi ce pa,s était devenu, en 2urope, le refuge des courants et communautés persécutés ou e0clus dans d'autres pa,s. Mais cette liberté était jugée fragile et menacée ? et il est certain que la

composition du Traité théologico politique, vers 7RRI, est en partie liée au0 circonstances, comme l'auteur l'indique lui1même * l'un des motifs qui l'ont poussé à entreprendre ce travail, c'est son !désir de défendre par tous les mo,ens la liberté de pensée et de parole que l'autorité trop grande laissée au0 pasteurs et leur jalousie menacent de supprimer dans ce pa,s! 1 3 . Mais la portée de ce te0te va bien au1delà du seul probl me hollandais. #l s'agit en effet pour l'auteur de montrer que la >ible n'enseigne pas l'intolérance, et qu'il n', a donc aucune incompatibilité entre la .oi et la totale liberté d'opinion 1 4 . Ce faisant, il entreprend une anal,se critique des te0tes sacrés du peuple juif, afin de distinguer autant que possible ce qui fait partie de la révélation primitive, des interprétations ultérieures qui s', sont ajoutées * !on peut dire, écrit Charles 9ppuhn, que les chapitres N## à F du %raité %héologico1;olitique constituent le premier essai en forme d'une histoire critique des livres de l'9ncien %estament! 1 5 . C'est ce qui conduit :pino-a à définir la .oi et surtout à établir une coupure radicale entre foi et raison, entre théologie et philosophie. Mais ce sont les implications politiques d'une telle séparation qui importent ici, en ce que l'auteur s'interroge sur les conditions politiques et les limites de l'e0ercice de la liberté de penser et de parler. ('oE il résulte une conception particuli re des rapports entre religion et politique. 1°/ La distinction radicale des domaines de la raison et de la 2oi 119 . :pino-a montre d'abord, à partir de la lecture même des te0tes sacrés, que !l'6criture ne contient que des enseignements tr s simples et ne tend à autre chose qu'à l'obéissance! * 1 la doctrine de l'6criture n'est donc pas une philosophie, et son objet n'a pas été d'enseigner les sciences ? 1 l'6criture e0ige des hommes seulement de l'obéissance envers (ieu, obéissance qui ne consiste que dans l'amour du prochain ? 1 l'6criture n'e0ige pas !la connaissance intellectuelle, e0acte, de (ieu! * !nul commandement n'oblige les hommes à connaBtre les attributs de (ieu! C...D? !(ieu n'a demandé au0 hommes d'autre connaissance que celle de sa Justice et de sa Charité ? connaissance requise non pour les sciences, mais seulement pour l'obéissance!. (e cela il résulte que le seul commandement enseigné par l'6criture 1 aimer son prochain 1 est !la r gle unique de toute la foi vraiment catholique!, et que la foi consiste !seulement à attribuer à (ieu par la pensée des caract res tels que l'ignorance de ces caract res doive entraBner la destruction de l'obéissance!. ('oE il suit que !la .oi est productrice de salut non par elle1même mais eu égard seulement à l'obéissance! * !nul ne doit être jugé fid le ou infid le sinon par ses oeuvres!. C'est dire que la diversité des idées et des dogmes tirés de l'6criture doit être appréciée au regard du seul crit re de l'!obéissance! donc des !oeuvres! ? c'est affirmer la légitimité d'opinions religieuses différentes. !4uant à savoir ce qu'est (ieu, écrit l'auteur, cela ne touche en rien à la foi! * la coupure entre théologie et philosophie est donc totale * 1 !le but de la ;hilosophie est uniquement la vérité ? celui de la .oi, C...D, uniquement l'obéissance et la piété! ?

1 !les fondements de la ;hilosophie sont les notions communes et doivent être tirées de la $ature seule ? ceu0 de la .oi sont l'histoire et la philologie et doivent être tirés de l'6criture seule et de la révélation!. 1 !+a .oi donc reconnaBt une souveraine liberté de philosopher!. 9,ant ainsi montré que la >ible n'enseigne pas l'intolérance et que la foi n'est pas incompatible avec la liberté de penser, :pino-a entreprend ensuite d'e0aminer !jusqu'oE doit s'étendre dans l'6tat le meilleur cette liberté laissée à l'individu de penser et de dire ce qu'il pense!. C'est ce qui l'am ne à préciser sa conception de l'ordre politique. 2°/ L'individu et le souverain : l'invention d'un deu6i;me "droit de l'/omme". Comme Pobbes, :pino-a part de l'idée que l'homme, à l' !état naturel!, est désir et puissance, et dispose du droit souverain de persévérer dans son état ? de même, il con5oit un pacte fondant le souverain et destiné à garantir la sécurité des individus et à les délivrer de la crainte. +e pacte est donc fondé sur son utilité, et consiste bien en un transfert de puissance à l'6tat * !il faut que l'individu transf re à la société toute la puissance qui lui appartient, de fa5on qu'elle soit seule à avoir sur toutes choses un droit souverain de $ature, c'est1à1dire une souveraineté de commandement à laquelle chacun sera tenu d'obéir, soit librement, soit par crainte du dernier supplice! 1 7 . +e souverain a donc un fondement humain, rationnel. Mais :pinosa se démarque de l'auteur du "éviathan sur plusieurs points. ('abord, on ne trouve pas dans le Traité la coupure, radicale che- Pobbes, entre état de nature et état civil * l'institution de l'6tat n'est pas la disparition du droit naturel, car l'aliénation totale du droit naturel est impossible ? et la société qu'il juge la meilleure est celle qui se rapproche le plus de la nature. :urtout, sa conception de l'6tat est beaucoup moins !absolutiste! que celle de Pobbes, et :pinosa ne consid re pas que le !droit de sSreté! soit le seul droit inaliénable. #l vaut la peine ici, de citer longuement les derni res pages du Traité * !des fondements de l'6tat C...D il résulte C...D que sa fin derni re n'est pas la domination ? ce n'est pas pour tenir l'homme par la crainte et faire qu'il apartienne à un autre que l'6tat est institué? au contraire c'est pour libérér l'individu de la crainte, pour qu'il vive autant que possible en liberté, c'est1à1dire conserve C...D son droit naturel d'e0ister et d'agir. $on, C...D, la fin de l'6tat n'est pas de faire passer les hommes de la condition d'êtres raisonnables à celles de bêtes brutes ou d'automates, mais au contraire il est institué pour que leur Ome et leur corps s'acquittent en sSreté de toutes leurs fonctions, pour qu'eu01mêmes usent d'une &aison libre C...D +a fin de l'6tat est donc en réalité la liberté! 1 8 . 9insi, la vie humaine n'est pas seulement celle d'un corps * elle est aussi conscience, pensée. ( s lors, l'institution du souverain ne saurait réduire l'homme à un !automate! privé de la faculté et de la liberté de penser. Mais si la diversité des opinions est reconnue dans l'6tat, il est impossible de ne pas accepter aussi la liberté de les e0primer, sauf à ce que l'6tat e0erce sur les individus une grande violence. C'est donc non seulement la liberté de conscience qui est reconnue ici, mais aussi la liberté d'e0pression. #l est tout à fait clair que pour :pino-a, la liberté de l'individu !dans un 6tat libre! implique qu' !il est loisible à chacun de penser ce qu'il veut et de dire ce qu'il pense! 1 9 . +a liberté de conscience ne se réduit donc pas à une liberté intérieure. Mais oE s'arrête alors cette liberté !e0térieure! 3

+a constitution de l'6tat consiste seulement en ce que !tout le pouvoir de décréter! appartient au souverain. 2n effet, les opinions des hommes étant tr s diverses, !ils ne pourraient vivre en pai0 si l'individu n'avait renoncé à son droit d'agir suivant le seul décret de sa pensée. Cest donc seulement au droit d'agir par son propre décret qu'il a renoncé, non au droit de raisonner et de juger!. ;ar suite, si l'individu ne peut agir contre le droit du souverain, !il peut avec une enti re liberté opiner et juger et en conséquence aussi parler, pourvu qu'il n'aille pas au delà de la simple parole ou de l'enseignement, et qu'il défende son opinion par la &aison seule C...D!. +a limite de la liberté du cito,en réside donc dans la distinction entre le !dire! et l' !agir! * liberté de parole sans limite, liberté d'action dans les limites de la loi instituée par le souverain. 'n peut donc dire que :pino-a établit ici l'e0istence d'un second droit inaliénable de la personne * la liberté de conscience, qui est aussi liberté de parler. Mais comment s'e0erce cette liberté de conscience en mati re religieuse 3 0°/ État et religion : la .uestion de la li7ert de culte. 'n dit parfois que :pino-a a affirmé la nécessité de la séparation de l'6glise et de l'6tat. 9 lire le Traité , il semble pourtant que les choses soient plus comple0es. #l est évident, tout d'abord, que contrairement à Pobbes, il ne défend pas la conception d'une fusion dans le souverain du chef politique et du chef religieu0, fusion nécessaire selon l'auteur du "éviathan pour empêcher toute division du pouvoir. #l est non moins clair que :pino-a admet la diversité en mati res de cro,ances religieuses. ('oE le caract re parado0al du chapitre F#F, intitulé * !oE l'on montre que le droit de régler les choses sacrées appartient enti rement au :ouverain et que, si nous voulons obéir à (ieu, le culte religieu0 e0térieur doit se régler sur la pai0 de l'6tat!. Comment en effet concilier l'affirmation de la totale liberté de conscience et de parole, et celle de la prérogative du souverain de !régler les choses sacrées! 3 #l apparaBt, ici encore, que la distinction entre liberté intérieure et e0pression !e0térieure! de cette liberté, est cruciale. ('ailleurs, l'auteur insiste fortement sur cette distinction entre cro,ance et !culte intérieur! d'une part, et, d'autre part, !e0ercice du culte religieu0 et formes e0térieures de la piété! 11 . (e plus, il reprend de nombreuses fois 1 comme pour lever toute ambigu"té 1 la formule * !connaBtre en quel sens le souverain est l'interpr te de la &eligion!. #l semble qu'il cherche à établir logiquement que l'e0ercice du culte ne peut pas ne pas faire partie du domaine de la loi, échapper au !décret du souverain!. +'argumentation repose sur l'idée que le seul commandement divin est l'obéissance en vue de l'amour du prochain et du salut du peuple, et que le fondement du souverain est l'utilité publique. 'r, écrit l'auteur, !comme c'est l'office du souverain seul de déterminer ce qu'e0igent le salut de tout le peuple et la sécurité de l'6tat, C...D,c'est par conséquent aussi l'office du souverain de déterminer à quelles obligations pieuses chacun est tenu à l'égard du prochain, c'est1à1dire suivant quelle r gle chacun est tenu d'obéir à (ieu! 111 . 2t :pino-a d'ajouter * !personne ne peut obéir à (ieu droitement s'il ne r gle la pratique obligatoire de la piété sur l'utilité publique et si en conséquence il n'obéit à tous les décrets du souverain! 112 . Cela signifie1t1il seulement que l'e0ercice du culte religieu0 n'est possible que dans les limites de la loi édictée par le souverain 3 'u bien faut1il , voir l'amorce de l'idée de !religion civile! comme le pense (. Colas * !:pino-a soutient qu'il doit e0ister dans la société civile une religion publique, dont le contenu se réduit à un credo décisif mais bref, comme un résumé du message d'amour du Christ, et à rien de plus. +e pouvoir politique, distinct d'une 6glise quelconque, doit permettre l'e0istence d'une pluralité de religions et ne doit pas

pourchasser les sectes. #l s'agit d'instaurer une sorte de religion civique C...D dont la fonction est de réguler la vie sociale! 113 . 4uoi qu'il en soit, deu0 questions importantes 1 que nous retrouverons 1 sont posées ici * 1 une fois établi le droit inaliénable à la liberté de conscience et de parole, quelles sont les limites politiques de l'e0ercice e0térieur du culte 3 +a distinction entre le !dire! et l'!agir! est1 elle aussi nette 3 1 l'!6tat libre! étant institué, quelle r gle morale est nécessaire à la sauvegarde de la cohésion de la société, et quelle est la place de la religion dans la définition de cette norme 3 :ignalons enfin que la réfle0ion de :pino-a sur la liberté n'est pas sans lien avec ses anal,ses concernant les régimes de gouvernement. #l énonce clairement en effet sa préférence pour la démocratie, qu'il consid re comme le régime le mieu0 à même de garantir la liberté de penser * l'6tat démocratique est le !plus naturel et celui qui est le moins éloigné de la liberté que la $ature reconnaBt à chacun. (ans cet 6tat en effet nul ne transf re son droit naturel à un autre de telle sorte qu'il n'ait plus ensuite à être consulté, il le transf re à la majorité de la société dont lui1même fait partie ? et dans ces conditions tous demeurent égau0, comme ils l'étaient auparavant dans l'état de nature!. 2t, ajoute l'auteur, !il est celui qui se prête le mieu0 à mon objet * montrer l'utilité de la liberté dans l'6tat! 114 . 9insi, avec :pino-a, non seulement l'6tat a un fondement humain, rationnel et non divin, mais l'auteur s'interroge sur les conditions de possibilité d'un 6tat garantissant les libertés individuelles les plus larges, notamment en mati re de cro,ance religieuse et de culte. C'est pourquoi >landine >arret1Mriegel situe l'oeuvre de :pinosa dans la généalogie de la la"cité qui a inspiré le développement de la tolérance religieuse en 2urope, en inscrivant !le sentiment religieu0 dans une place particuli re qui est justement celle de la liberté de conscience, C...D second droit de l'homme et C...D fondement absolu, apr s le droit de sSreté, d'un pacte social capable de garantir la pai0 et de fonder la démocratie * d'instituer la vie civile sur la liberté! 115 . $otons que l'on n'a pas ici, avec :pino-a, de réfle0ion s,stématique sur les modalités de participation du cito,en au souverain 1 ce n'était pas l'objet du Traité . 4uelques remarques de l'auteur, pourtant, sugg rent que le champ politique est celui de l'e0ercice de la &aison ou, plus e0actement, que le rapport de l'individu au souverain se fait sur le mode rationnel * !en cas qu'un homme montre qu'une loi contredit à la &aison, et qu'il e0prime l'avis qu'elle doit être abrogée, si, en même temps, il soumet son opinion au jugement du souverain C...D il mérite bien de l'6tat et agit comme le meilleur des cito,ens! 116 . 9vant de reprendre cette question des conditions et des modalités de la démocratie, vo,ons avec +ocTe la comple0ité des questions politiques que pose la tolérance religieuse. C. +ocTe et le probl me politique des limites de la tolérance religieuse * la +ettre sur la tolérance C7RGR D. +es écrits de John +ocTe C7RKA17<HJD sur la question de la tolérance ne sont pas considérés comme l'essentiel de son oeuvre dans laquelle se détachent l' (ssai sur l)entendement humain C7R=HD ou, en philosophie politique, les deu0 Traités sur le gouvernement civil C7R=HD. ;ar ailleurs, les te0tes publiés au0 FN#/ et FN##/ si cles sur le probl me de la tolérance religieuse sont innombrables, et contiennent souvent des argumentations tr s élaborées. Ce sont pourtant les recherches de +ocTe sur la tolérance qui

nous intéressent ici, pour plusieurs raisons. #l faut rappeler d'abord qu'il n'a pas toujours été partisan de la tolérance ? son évolution sur le sujet est révélatrice de la comple0ité du sujet. (e plus, la question de la tolérance religieuse est toujours pensée che- lui en termes politiques, en liaison avec le probl me du fondement et des limites de l'obéissance à l'autorité politique. 2nfin, s'il finit par défendre vigoureusement la tolérance, il conserve toujours la préoccupation des limites de la liberté religieuse 117 . 1°/ L'intol rance religieuse et la premi;re position de Loc<e. +'intolérance religieuse avait été la r gle durant tout le Mo,en Uge, l'6glise catholique justifiant sa prétention à légiférer contre les !hérésies! sur le dogme de l'infaillibilité * le salut ne peut venir que du respect absolu des normes édictées par la seule autorité pouvant interpréter les te0tes sacrés * l'6glise romaine, dotée d'un pouvoir juridictionnel. +a &éforme, l'affirmation des pouvoirs étatiques et, en 9ngleterre, l'instauration de l'anglicanisme, aboutissent à la confiscation par l'6tat du pouvoir de légiférer et de sanctionner que détenait l'6glise. 2t on a vu, notamment avec Pobbes, comment la philosophie politique avait formulé au FN##/ si cle le principe de la nécessaire soumission des affaires ecclésiastiques au souverain civil. Mais, l'autonomie du pouvoir politique par rapport au0 6glises n'impliquait en rien la liberté religieuse, et, sur le plan politique, le principal argument en faveur de l'intolérance restait la conviction que l'uniformité religieuse était une condition nécessaire à l'unité de la communauté politique et à la pai0 civile. ;ourtant, d s la seconde moitié du FN#/ si cle, s'était développée la revendication de la tolérance, fondée sur une argumentation déjà tr s comple0e. ;armi les principau0 arguments, ont peut citer * 1 ceu0 qui tiennent à la nature de la cro,ance religieuse * l'on ne choisit pas de croire, et l'on ne peut contraindre un individu à croire ? aucun homme ne peut prétendre à l'infaillibilité en ce qui concerne le contenu de la cro,ance et les formes du culte ? 1 ceu0 qui tiennent à la nature de l'autorité politique * l'autorité politique est créée par les hommes pour la défense de leurs intérêts temporels, elle ne peut donc agir en mati re religieuse sauf à sortir de sa mission ? 1 enfin, concernant le risque de guerre civile, nombreu0 sont les auteurs qui voient la remise en cause de la pai0 civile dans les persécutions et la volonté d'imposer l'uniformité religieuse plut8t que dans l'e0istence de la diversité en mati re de cro,ance et de culte. #l nous reste à comprendre pourquoi +ocTe a d'abord défendu une position intolérante, alors même que plusieurs des arguments qu'il avancera ensuite en faveur de la tolérance avaient déjà été énoncés. (ans deu0 te0tes de 7RRH, il avance deu0 arguments étroitement liés à la distinction ancienne entre !choses nécessaires au salut! Cprescrites par la loi divine * il s'agirait des articles fondamentau0 de la foi chrétienneD et !choses indifférentes au salut! Crituel et dogmesD, distinction qui avait fondé bien des positions favorables à la tolérance Ctout ce qui n'est pas e0plicitement déterminé par l'6criture comme nécessaire au salut est du domaine de la liberté du chrétienD *

1 d'abord, dit +ocTe, si l'on accepte la totale liberté des cro,ants dans tout ce qui n'a pas été e0plicitement prescrit par (ieu, et qu'ils estiment relever des !choses indifférentes!, il n', a plus de loi civile possible * il sera toujours loisible à un individu de se dérober à la loi civile au motif que tel acte lui est permis en vertu de la totale liberté religieuse pour les choses indifférentes au salut ? c'en est fini par conséquent de toute autorité civile et politique ? 1 de plus, il ajoute que la tolérance pour les !choses indifférentes! ne peut que favoriser la diversité en mati re de culte et conduire à la discorde civile * c'est l'argument de la nécessité pour la pai0 civile de l'uniformité religieuse, qui permet de !conclure que les hommes doivent confier au magistrat le soin de régler les circonstances e0térieures du culte divin! 118 . 9insi, en 7RRH, +ocTe n'est pas partisan de la tolérance religieuse, pour des raisons essentiellements politiques. 2t c'est ce qui fait l'originalité de sa réfle0ion * il se pose en permanence la question des conditions de possibilité de l'autorité politique, ce qui le conduit à montrer les limites de la liberté de conscience * !si l'on veut trouver un fondement légitime de l'obéissance au0 lois, il est impossible de faire de la conscience des individus la mesure de l'obligation des sujets! 119 . 2n effet, si le magistrat n'est obéi que dans la mesure oE les individus ne voient aucune contradiction entre ses ordres et les indications de leur conscience, la loi civile est impossible. ;ourtant, +ocTe ne tardera pas à réaliser la faiblesse de certains de ses arguments, notamment celui reposant sur la distinction entre !choses nécessaires! et !choses indifférentes!, qui est ruiné par l'argument de l'ignorance * qui peut prétendre que ce qui est prescrit par le magistrat comme étant du domaine !indifférent au salut! n'est pas !nécessaire! ou, tout au moins nécessaire au0 ,eu0 de certains chrétiens 3 4ui peut prétendre connaBtre la religion véritable 3 2t on le verra se ranger d s 7RR<, avec l' (ssai sur la tolérance , dans le camp des partisans de la liberté en mati re religieuse. #l n'a cependant pas abandonné sa réfle0ion sur !le fondement de l'obligation que les membres de la société civile ont d'obéir au0 lois du magistrat! 12 . 'n se trouve donc devant une contradiction * !comment fonder l'obligation d'obéissance des sujets même dans les choses oE certains voient un péché contre (ieu, tout en reconnaissant sans restriction les droits de la conscience! 3 2°/ =7 issance civile et li7ert religieuse : la Lettre sur la tol rance "19>9'. +a réponse de +ocTe à cette question repose sur une démonstration tr s comple0e qui tente de prendre en compte un grand nombre d'objections et de cas possibles. :on argumentation repose sur une distinction radicale entre 6tat et 6glise, qui permet de montrer les limites de l'autorité politique en mati re religieuse et d'anal,ser les cas de conflits entre conscience et obligation civile. +ocTe distingue d'abord radicalement l'6tat et l'6glise. +'6tat est une association volontaire instituée par les hommes en vue de leur seul bien temporel, et utilisant comme mo,ens des lois et des sanctions. +'6glise est une association volontaire visant à faciliter l'acc s au salut des hommes, et n'utilisant comme mo,ens que la parole et le conseil, non la contrainte. #l en résulte que le magistrat ne peut intervenir en mati re religieuse sauf à outrepasser sa fonction. :urtout, toute volonté de l'autorité politique d'imposer des cro,ances ou des formes particuli res du culte est absurde et vaine pour des raisons déjà évoquées *

1 la persuasion intérieure ne dépend pas de la volonté, donc lois et sanctions sont impuissantes à produire une cro,ance sinc re, seule voie d'acc s au salut ? 1 quant au0 formes e0térieures du culte, si leur pratique est imposée par l'6tat et ne s'accompagne pas de la conviction intérieure, elles font obstacle au salut pour raison d'insincérité et de désobéissance à la voie de la conscience. 'n a ici le coeur de l'argumentation locTéenne en faveur de la tolérance * !je ne saurais obtenir le salut par la voie d'une religion que je soup5onne être fausse, ni par la pratique d'un culte que j'abhorre. C...D 4uelques doutes que l'on puisse avoir sur les différentes religions qu'il , a dans le monde, il est toujours certain que celle que je ne crois pas véritable, ne saurait être véritable ni profitable pour moi. C'est donc en vain que les princes forcent leurs sujets à entrer dans la communion de leur 6glise, sous préte0te de sauver leurs Omes! 121 . +e rejet radical de l'intolérance repose donc sur l'idée que seule la foi sinc re sauve. Mais quelles sont alors les limites de la liberté religieuse 3 'n retrouve ici le probl me essentiel C!comment reconnaBtre les droits de la conscience sans détruire les fondements de l'obligation d'obéissance au0 lois civiles 3! 122 D, qui impose de définir à la fois les limites de l'intervention de l'6tat en ce domaine, et les limites de la liberté individuelle en mati re religieuse. +a démonstration de +ocTe aboutit à la conclusion qu'il faut accorder une enti re tolérance pour les opinions purement spéculatives, c'est1à1dire qui n'ont pas d'influence sur les conduites des hommes ? quant au0 pratiques et formes e0térieures du culte, le crit re qui limite la liberté est celui de la compatibilité avec l'ordre civil et l'obéissance au0 lois. C'est qu'en effet, des conflits sont possibles dans ce domaine qui est de l'ordre à la fois du politique et du religieu0 * , a1t1il toujours compatibilité entre ce qui est prescrit ou interdit par la loi civile et par les r gles et pratiques religieuses 3 +ocTe estime que les cas d'incompatibilité sont peu probables car les !bonnes moeurs! encouragées par l'6glise 1 en vue du salut 1 et prescrites par l'autorité politique 1 en vue du bien être temporel et de la pai0 civile 1 sont souvent les mêmes. 4uant au0 cas rares oE la contradiction e0iste, c'est le principe de priorité du bien public sur le respect des consciences individuelles qui joue. C'est d'ailleurs ce principe qui permet à +ocTe de justifier son refus d'accorder la tolérance au0 catholiques et au0 athées ? au0 premiers parce que leur religion et surtout leur 6glise contestent la souveraineté de l'autorité politique et menacent la pai0 civile, au0 seconds * !ceu0 qui nient l'e0istence de (ieu ne doivent pas être tolérés, parce que les promesse, les contrats, les serments et la bonne foi, qui sont les principau0 liens de la société civile, ne sauraient engager un athée à tenir sa parole! 123 . 'n voit par là que la défense de la tolérance par +ocTe repose plus sur des arguments politiques liés à la nature, à la fonction et au0 limites de l'action de l'6tat, que sur l'affirmation d'un droit général, universel et imprescriptible à la liberté de conscience de l'homme en tant qu'homme. 'n a vu que si la liberté de cro,ance est justifiée par un argument tr s solide 1 l'impossibilité d'imposer par la contrainte une foi sinc re 1, se pose nécessairement le probl me des limites de la liberté religieuse dans ce qu'elle a d'e0térieur, qu'il s'agisse des pratiques liées au culte ou des conduites ordinaires de la vie en tant qu'elles peuvent être déterminées ou influencées par la religion. %out l'intérêt de l'anal,se de +ocTe nous semble résider dans ce qu'elle met l'accent sur la dimension politique de la question de la liberté

religieuse, avec notamment cette réfle0ion sur les cas d'incompatibilité oE les nécessités de l'obéissance civile heurtent la conscience. ;eut1on alors parler, avec Qu, Paarscher, de substitution à la !la"cité sans liberté! de Pobbes, d'une !la"cité de liberté! par +ocTe 124 3 $'est1ce pas finalement réduire la la"cité à la tolérance et à la liberté des individus en mati re religieuse, dans le cadre d'un 6tat autonome par rapport au0 6glises3 4uoi qu'il en soit pour la la"cité en général , cette conception n'est1elle pas insuffisante pour comprendre les débats contemporains, tout au moins en ce qui concerne la la"cité républicaine 3 $otons enfin que l'argumentation de +ocTe ne se place pas sur le plan des conditions de participation des individus à la souveraineté politique ? son anal,se porte sur les limites de l'autorité politique et sur les libertés de l'individu dans cette !société civile! qu'il ne distingue pas de l'6tat. 9insi, la pensée politique des FN#/ et FN##/ si cles a réfléchi l'autonomie de l'individu par rapport au0 autorités ecclésiastiques et politiques, tout en achevant l'élaboration de l'6tat comme puissance souveraine et !la"que!. 'n a vu aussi que la participation des individus au souverain n'était pas la préoccupation centrale. 'r, cette question va s'imposer progressivement au FN###/ si cle avec la réfle0ion sur la démocratie et la cito,enneté, comme si l'on retrouvait alors des interrogations de la philosophie antique, mais dans un conte0te intellectuel, idéologique et politique, radicalement différent, fortement marqué par le christianisme et les conflits théologico1politiques qui lui sont liés ? un conte0te intellectuel également marqué par l'élaboration de concepts nouveau0 comme ceu0 de souveraineté et d'individu. C'est en ce sens que la modernité constitue la condition de possibilité d'une réfle0ion nouvelle sur la cito,enneté, qui va aboutir à l'idée 1 avant la lettre 1 de la"cité. -/A!$%"# 30 & L1$*8#*%$)* ,# LA LA$-$%#0 "es "umières et la Révolution *ran+aise 'n a vu jusqu'ici comment, dans le cadre de la chrétienté, avaient été pensées deu0 questions. ('abord, celle de l'autonomie de l'6tat par rapport au0 autorités religieuses e0terne Cla papautéD et internes Cles 6glises, avec la pluralité confessionnelle née de la &éformeD ? c'est l'affirmation de la souveraineté de l'6tat et la réfle0ion sur la nécessité du contr8le ou de l'absorption d'une 6glise par l'6tat Canglicanisme, gallicanismeD. +a seconde question est celle de l'autonomie de l'individu par rapport au0 autorités religieuses et politiques, réfle0ion aboutissant à la notion de tolérance, et à l'affirmation des libertés individuelles, notamment en mati re religieuse. Mais peut1on dire que, d s lors, la la"cité 1 avant la lettre 1 soit constituée3 ;eut1on la réduire à ce double mouvement d'autonomisation ou de libération de l'individu et de l'6tat vis1 à1vis de l'emprise ecclésiastique3 ;eut1on assimiler la la"cité à la simple tolérance, à un simple !droit de l'homme! 1 la liberté de conscience et de culte 1 comme semblent le penser nombre d'auteurs contemporains 3 Ce faisant, ne s'interdit1on pas de penser l'ensemble des probl mes liés à l'école3

'r, le terme !la"cité! apparaBt pour la premi re fois au F#F/ si cle dans un débat sur l'école ? surtout, il est évident que l'éducation et la la"cité de l'école ont été une préoccupation majeure des républicains au F#F/, et qu'elle a occupé une place centrale dans les conflits politico1religieu0 de la ###/ &épublique. ;our rendre compte de l'importance de la question scolaire dans les débats sur la la"cité, il faut donc anal,ser la conception républicaine des rapports entre politique et religion, qui est avant tout une conception particuli re de la cito,enneté et de la démocratie. 'r, c'est au cours du FN###/ si cle qu'émerge, en liaison avec le th me de l'émancipation des individus par les lumi res de la &aison, une réfle0ion sur la formation des cito,ens et leur participation à la souveraineté politique. 2t c'est peut1être de cet ensemble de questions que naBt l'idée de la"cité. ;résentant un recueil de te0tes sur les origines de la la"cité, Qu, Qauthier écrit en effet * on aurait pu commencer avant Condorcet C...D, CnéanmoinsD c'est dans la &évolution, elle1 même portant l'héritage des +umi res, que la pensée la"que est devenue adulte C...D Condorcet représente un rep re au1delà duquel tout est incertain et contestable 125 . 2t il est significatif que dans cet ouvrage, comme dans celui de Charles Coutel consacré au0 rapports entre &épublique et 6cole 126 , les écrits de Condorcet soient les premiers cités comme te0tes fondateurs de la la"cité dans la &épublique. C'est qu'en effet, l'auteur des ,inq mémoires sur l)instruction publique C7<=7D va attacher son nom à l'importante question de la formation des cito,ens. :i la pensée de Condorcet s'inscrit pleinement dans la philosophie des +umi res, avec la confiance absolue dans la libération de l'individu par la &aison et la cro,ance au !progr s de l'esprit humain!, son oeuvre se rattache aussi plus particuli rement à la période révolutionnaire, dont il fut un acteur ? c'est que cette période se pose la question de la cito,enneté et de la démocratie. Certes, Condorcet n'est pas le seul à avoir posé ces questions ? et on verra comment &ousseau s'est également interrogé sur le probl me de la démocratie et de la cito,enneté, posant les questions de l'éducation, mais aussi celle de la place de la religion et de la morale dans la société politique. Mais il nous semble possible de montrer que c'est à la convergence de ces préoccupations que se situe peut1être, vers la fin du FN###/ si cle, la naissance de la la"cité . 'n verra ainsi comment le si cle des +umi res est parcouru de tendances et de réfle0ions contradictoires, liées à des questions dont certaines ne sont pas dépassées. 2t ceci particuli rement en ce qui concerne la période révolutionnaire, au cours de laquelle la question des rapports entre religion et politique se pose de fa5on cruciale non pas seulement au niveau de la réfle0ion, mais aussi dans l'action politique. #. &2+#Q#'$ 2% ;'+#%#4)2 9) :#2C+2 (2: +)M#2&2:. 6mancipation par la &aison et éducation des cito,ens. !4u'est1ce que les +umi res 3! (ans ce court te0te de 7<GJ, Mant avance plusieurs éléments qui justifient la recherche des origines de la la"cité dans le si cle des +umi res 127 . ('abord, indique1t1il, ce qui caractérise les +umi res, c'est l'émancipation de l'individu par la raison * +es +umi res, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui1même responsable. +'état de tutelle est l'incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d'un autre C...D -apere aude . 9ie le courage de te servir de ton propre entendement V Noilà la devise des +umi res.

(e plus, il insiste sur l'émancipation par rapport à la religion, et il envisage clairement l'effet émancipateur d'une politique de neutralité et de liberté religieuses. 2nfin et surtout, ce qui lui paraBt essentiel, c'est l'usage public et libre de la raison, qui va jusqu'à concerner les affaires publiques* C...D la mani re de penser d'un chef d'6tat qui favorise les +umi res va encore plus loin et discerne que même au regard de sa législation, il est sans danger d'autoriser ses sujets à faire publiquement usage de leur propre raison et à e0poser publiquement au monde leurs idées sur une meilleure rédaction de ladite législation. 6mancipation des individus par la raison, liberté de penser, mais aussi liberté religieuse, usage public de la raison notamment en mati re politique, on a là des éléments dont la combinaison n'est pas tr s éloignée de l'idée de la"cité. 'n ne saurait évidemment e0agérer l'unité de la philosophie des +umi res, notamment en mati re politique. 9insi J. %ouchard 128 estime1t1il qu'il faut au moins distinguer trois courants, eu01mêmes hétérog nes * l'utilitarisme politique, courant dominant, incarné en .rance par e0emple par Noltaire ? le !libéralisme aristocratique! d'un Montesquieu ? et les !idées démocratiques et égalitaires! développées par les !révoltés! C&ousseauD et les !utopistes!. #l , a cependant au FN###/ un climat intellectuel commun, un !esprit du si cle!, qui se marque dans l'apparition de th mes largement partagés et d'un vocabulaire nouveau * conception individualiste des sociétés humaines ? idées de progr s et de bonheur, d'utilité et de vertu, et bien sSr de connaissance et de raison. Ce qui est essentiel du point de vue de la gen se de la la"cité, c'est que ces notions sont étroitement liées entre elles et liées également à l'évolution de la place de la religion dans la société * !la pensée des +umi res peut se définir par la la"cisation des valeurs et par la promotion de l'individu! écrit Michel (elon 129 . 2n effet, s'agissant du !bonheur!, il s'agit désormais d'un bonheur individuel et terrestre * la vie collective ne doit plus être tendue vers le salut dans l'au1delà et la gloire du prince, mais vers l'épanouissement de chaque individu, et la réalisation de ses intérêts matériels et séculiers 13 . (e même, si le contenu de la notion de !vertu! reste variable selon les auteurs, la vertu !moderne! se caractérise par la sociabilité, l'utilité sociale des individus ? c'est dire que !la vertu se la"cise, le déisme se développe, la morale se détache du sentiment religieu0! 131 . C'est aussi ce qui permet la !redécouverte du plaisir! * !la morale du salut spirituel imposait une mortification des sens et une condamnation du plaisir ph,sique. +a morale du bonheur restitue au plaisir sa dignité et son utilité! 132 . Mais ces changements sont inséparables de l'affirmation de la &aison, dont l'e0ercice rend l'individu autonome et lui permet d'accéder à la fois au bonheur et à la vérité. #l s'agit d'une raison critique, qui implique la contestation de la validité de tout ce qui est fondé sur l'autorité de la tradition ou sur une référence au surnaturel. C'est dire que l'affirmation de la raison conduit à une remise en cause radicale de l'autorité de l'6glise * !la politique des +umi res est ainsi un combat contre l'6glise et son entreprise de domination des esprits! 133 . )tilité, bonheur terrestre et émancipation par la raison, tels sont les piliers de la pensée des +umi res. Mais qu'en est1il alors du cito,en et de sa participation à la politique3 'n a qualifié

parfois la philosophie politique des +umi res de !bourgeoise! au sens oE la plupart des auteurs ne remettent pas en cause le droit de propriété et manifestent une certaine méfiance à l'égard du peuple dont ils n'envisagent généralement pas la participation politique dans le cadre de la démocratie ? le parado0e étant que cette philosophie se présente comme une doctrine pour tous, une philosophie universaliste. Mais qu'est1ce que l'universalisme en politique sinon la participation de tous les cito,ens 3 C'est peut1être ici que surgissent les divergences importantes pour notre propos. C'est pourquoi on anal,sera la pensée politique de trois auteurs afin de montrer comment peut être pensée l'articulation entre raison et politique ? Noltaire en ce qu'il est représentatif des idées dominantes, &ousseau et Condorcet en ce qu'ils se sont posés les questions de l'éducation du peuple et de la cito,enneté. 9. +'émancipation par la &aison selon Noltaire. Noltaire C7R=J17<<GD n'est ni un théoricien constructeur de !s,st mes!, ni même un penseur politique. #l est avant tout un !intellectuel! engagé en politique. :es idées politiques sont représentatives de cet utilitarisme politique qui domine le FN###/ si cle 134 . #l est utile de s'arrêter sur son oeuvre compte tenu de la place de la religion et de la question de la tolérance dans ses préoccupations 135 , mais aussi de sa conception des rapports entre raison, éducation et politique. 1°/ #eligion et raison : le ?rait sur la tol rance "1890' 109 . !6crasons l'infOme V! Cette formule est souvent mise en avant pour souligner l'anticléricalisme de Noltaire, voire pour éta,er l'accusation d'athéisme. :urtout, elle sert de rapide résumé de sa pensée à ceu0 qui, vo,ant dans les +umi res la source de la la"cité, associent cette derni re à un combat contre la religion, ou , voient une atteinte à la liberté de conscience 137 . ('oE le parado0e apparent que constitue la lutte de Noltaire contre l'intolérance. &appelons tout d'abord qu'on ne saurait le qualifier d'athée. #l , a che- lui un fond authentiquement religieu0 et le chapitre FF du Traité insiste sur les dangers de l'athéisme et la nécessité morale de la religion * !partout oE il , a une société établie, une religion est nécessaire ? les lois veillent sur les crimes connus, et la religion sur les crimes secrets!? mais il oppose une !religion pure et sainte! à la superstition. :on déisme, en effet, s'accompagne d'une charge violente contre les 6glise, et les !abus de la religion! qu'il associe au fanatisme et à l'obscurantisme * !on sait ce qu'il en a coSté depuis que les chrétiens disputent sur le dogme! ? !nous nous sommes e0terminés pour des paragraphes!. +es préjugés et l'ignorance sont en effet, pour lui qui manifeste une confiance totale dans les progr s et le pouvoir libérateur de la &aison, la cause essentielle du malheur des hommes, avec en particulier les drames de l'intolérance. C'est dire si le plaido,er pour la tolérance, écrit à l'occasion de l'affaire Calas, s'inscrit dans le cadre du combat entre la raison et le !fanatisme!. 9lors quelle est l'argumentation de Noltaire3 ('abord, il met l'accent sur les effets néfastes de l'intolérance et sur l'intérêt pour la !nation! et pour l'6tat, que r gne la pai0. #l cherche à établir, à partir d'un aper5u historique, que !l'intolérance a couvert la terre de carnage!, alors que la prospérité 138 est là oE est la liberté religieuse * !je ne parle ici que de l'intérêt des nations ? et en respectant, comme je le dois, la théologie, je n'envisage C...D que le bien ph,sique et moral de la société!.

#l montre aussi que l'6criture n'enseigne pas l'intolérance. 2nfin, cherchant à s'appu,er sur des principes, il s'inspire e0plicitement de +ocTe 139 avec les arguments de l'impossibilité de la contrainte C!il ne dépend pas de l'homme de croire ou de ne pas croire!D, et de l' ignorance du contenu essentiel de la religion véritable C!on sait que tous nos dogmes n'ont pas été clairement e0pliqués et universellement re5us dans notre 6glise! ? !connaissons1nous toutes les voies de (ieu3!D. #l reprend l'interprétation de la parabole de +uc que l'on trouve déjà che- >a,le ? le cél bre !contrains1les d'entrer! n'est pas une incitation à la persécution, mais ne peut signifier que * !prie-, conjure-, presse-, obtene-!. (e plus, il tente de fonder en droit la tolérance * !le droit de la nature est celui que la nature indique à tous les hommes. C...D +e droit humain ne peut être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature ? et le grand principe, le principe universel de l'un et de l'autre, est, dans toute la terre * !ne fait pas ce que tu ne voudrais pas qu'on te fBt!!. 9ffirmation qui correspond à l'appel à la tolérance universelle du chapitre FF##, tolérance qui n'est donc pas limitée à la seule tolérance entre chrétiens. Nision d'une tolérance universelle donc, fondée sur !l'humanité, l'indulgence et la liberté de conscience!, mais qui ne conduit pourtant pas Noltaire à revendiquer e0plicitement la liberté et l'égalité des droits de tous les cito,ens, quelle que soit leur appartenance religieuse * !ne pouvons1nous pas souffrir et contenir des calvinistes à peu pr s au0 mêmes conditions que les catholiques sont tolérés à +ondres3! Qrande prudence peut1être, mais Noltaire se borne à proposer un assouplissement de la législation anti1protestante, en mati re d'état civil notamment * tolérance n'équivaut pas à égalité de droit. %out se passe au fond comme si Noltaire se pla5ait sur un terrain non politique, cherchant plus à convaincre les esprits que la raison ne peut que refuser l'intolérance, et s'en remettant au0 progr s des !lumi res! pour faire reculer le fanatisme et accepter la tolérance * !je s me un grain qui pourra produire un jour une moisson. 9ttendons tout du temps, de la bonté du roi, de la sagesse de ses ministres, et de l'esprit de raison qui commence à répandre partout sa lumi re!. 4u'en est1il alors de ses conceptions politiques3 2°/ @ducation et politi.ue : la pr 2 rence pour le "despotisme clair ". 'n pourrait penser qu'une telle confiance dans la libération des hommes du fanatisme, grOce au0 progr s de la connaissance et de la raison allait aboutir à la proposition d'un développement de l'éducation du peuple. #l semble que Noltaire ait eu plut8t une conception élitiste du triomphe de la &aison ? l'important est que le pouvoir soit ouvert à la raison, que la politique soit rationnelle. C'est donc l'éducation du prince qui peut favoriser le progr s, surtout si celui1ci dispose d'un pouvoir fort. 'n sait la préférence de Noltaire pour les régimes autoritaires. Ce que l'on n'appelait pas encore !despotisme éclairé! lui semble plus en mesure de garantir la propriété et les libertés ? !mais lorsque Noltaire parle de libertés, il songe généralement au0 libertés civiles plus qu'au0 libertés politiques! 14 . 4uant au !peuple!, il ne paraBt pas souhaitable au philosophe que l'on développe son éducation * !il me paraBt essentiel qu'il , ait des gueu0 ignorants...Ce n'est pas le manoeuvre qu'il faut instruire, c'est l'habitant des villes...4uand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu! 141 . 9insi, la pensée de Noltaire met l'accent sur l'affirmation de la raison, qui fonde l'autonomie de la pensée et de l'individu par rapport à l'enseignement de l'6glise et de la tradition. 2n ce sens, elle s'inscrit bien dans le mouvement de !la"cisation! des sociétés modernes inauguré avec le rationalisme. Mais sa réfle0ion sur la tolérance ne débouche pas

sur la revendication d'égalité ? et le th me de la raison est mis en relation avec des conceptions politiques et sociales inégalitaires, élitistes et autoritaires qui ne lui permettent pas de penser les bouleversements politiques qu'implique à terme l'émancipation des individus. ;ourtant, un passage de son %raité posait déjà le probl me * !chaque jour la raison pén tre en .rance C...D. 'n ne peut gouverner la .rance, apr s qu'elle a été éclairée par les ;ascal C...D, les (escartes C...D etc., comme on la gouvernait du temps de Qarasse et des Menot!, écrivait1il dans le chapitre intitulé * !s'il est utile d'entretenir le peuple dans la superstition! 142 . #l faudra attendre &ousseau puis, surtout, Condorcet pour que puisse être pensée une éducation du peuple, une instruction publique et !la"que!, dans une perspective démocratique 143 . >. :ouveraineté du peuple, démocratie, éducation et !religion civile! selon &ousseau. +a pensée politique de Jean Jacques &ousseau C7<7A17<<GD est d'une comple0ité redoutable 144 et a fait l'objet d'innombrables interprétations 145 dont certaines sont parfaitement contradictoires. 9insi, , a1t1on vu parfois l'antécédent direct de la &évolution fran5aise et du !programme! des jacobins ? tandis que d'autres ont pu , repérer des th mes que développeront, au F#F/ si cle, la pensée contre1révolutionnaire ou les idéologies romantiques ? évoquons enfin, pour le FF/ si cle, ceu0 qui, non sans anachronisme, voient dans l'oeuvre de &ousseau l'amorce d'une pensée totalitaire, voire du totalitarisme. C'est dire s'il convient ici de rester prudent, d'autant plus qu'il est malaisé d'isoler dans une oeuvre qui fait !s,st me! les éléments directement liés à la question des rapports entre religion et politique. 'n se limitera donc à rappeler les questions essentielles posées par &ousseau, qui font de lui l'un des inventeurs de la démocratie moderne ? on insistera sur la question clef des conditions de possibilité de la démocratie et, en particulier, sur l'anal,se qui en résulte, des rapports entre religion et politique. 1°/ Souverainet populaire et d mocratie directe : de la volont g n rale , l' ducation des citoyens. 'n sait que la pensée de &ousseau se construit à partir d'une critique des idées et de la société de son temps. Critique des +umi res d'abord ? il conteste en particulier la réduction du bonheur au savoir et de l'homme à la raison, écrit Michel (elon qui ajoute * !alors que les voltairiens cherchent une solidarité entre les hommes dans leur adhésion à la raison, les rousseauistes la cherchent dans le besoin émotif qu'ils ont les uns des autres! 146 . Critique de la société surtout, oE l'homme n'est pas libre et oE r gnent des inégalités qui déchirent le corps social. Mais il n'est pas question pour &ousseau Cet d'ailleurs pas possibleD de !revenir! à cet !état de nature! Cqui est essentiellement h,pothétiqueD, notamment parce que cet état social contradictoire présente des aspects qu'il est souhaitable de conserver, comme le perfectionnement de la raison et l'accumulation de connaissances, ou encore l'acquisition des notions morales de bien et de mal, et l'aspiration des hommes à la vertu et à la justice. %out le probl me, alors que !l'homme est né libre, et partout il est dans les fers!, est donc de construire une cité juste* tel est l'objet du Contrat social 147 * !%rouver une forme d'association qui défende et prot ge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui1même et reste aussi libre qu'auparavant.! %el est le probl me fondamental dont le contrat social donne la solution. +a solution consiste en l'établissement d'un pacte dont les clauses se réduisent à ceci *

+'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté C...D Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ? et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. 148 :ans revenir sur les débats que soul vent les formulations de &ousseau, on se contentera de souligner les caractéristiques de la cité qu'il imagine, importantes pour notre sujet. C'est d'abord la participation directe au0 affaires de l'6tat, d'individus autonomes, libres et égau0, qui forment le peuple souverain, corps politique légitime, dont la souveraineté s'e0erce par des lois ? la souveraineté du peuple des cito,ens est indivisible et inaliénable. C'est aussi l'élaboration de la volonté générale Cqui est distincte de la volonté de tous et donc d'une somme d'intérêts individuelsD, par une délibération du peuple souverain, au cours de laquelle chacun fait passer le bien commun avant ses affaires particuli res ? ce qui suppose l'e0istence de vertus civiques largement partagées. +e mod le construit par &ousseau est donc bien de t,pe démocratique, mais, selon >. >ac-To, il est à la fois moderne et archa"que* CilD participe de ce mouvement d'idées qui, au FN###/ si cle, annonce l'av nement de la démocratie, d'un espace politique nouveau ? en ce sens c'est un mod le politique moderne. &ousseau n'envisage pourtant pas le caract re conflictuel d'un tel espace ni, d'autant plus, la possibilité d'un pluralisme politique. :a principale préoccupation consiste dans l'installation dans un champ politique défini par la souveraineté du peuple des relations affectives et d'une solidarité entre les cito,ens C...D. &ousseau se méfie de tout mécanisme représentatif dans l'e0ercice de la souveraineté populaire C...D. :on idéal est un petit peuple C...D pratiquant la démocratie directe C...D. 2n ce sens, le mod le politique de &ousseau est traditionaliste et archa"que. 149 ;récisons enfin que &ousseau, instruit par l'histoire antique, a conscience de la fragilité de la démocratie * il en résulte une idée essentielle de son projet politique * la cité démocratique doit former ses cito,ens, être une cité éducative. 2t cette formation ne se limite pas à un développement des capacités de la raison ? il s'agit aussi de cultiver des vertus civiques. +e mod le de &ousseau contient donc un dispositif moral et éducatif. C'est pourquoi se pose aussi la question de la place de la religion dans la société, question qui am ne l'auteur à proposer l'instauration d'une !religion civile! 2°/ Politi.ue$ morale et religion : la "religion civile". +es idées de &ousseau sur la religion sont développées notamment dans la Pro*ession de *oi du vicaire savo/ard 1 qui constitue une part importante du livre #N de l' &mile , te0te oE l'auteur critique les religions révélées et fait l'éloge de la !religion naturelle!. Mais les rapports entre religion et politique constituent l'objet du dernier chapitre du ,ontrat social consacré à la !religion civile! 15 ? arrêtons1nous sur ce te0te, important en particulier par les interprétations diverses au0quelles il a pu donner lieu 1 certaines , vo,ant l'origine des cultes révolutionnaires. ;artant d'une réfle0ion sur l'origine des persécutions et des guerres de religion, &ousseau est conduit à distinguer trois !sortes! de religion. Ces troubles et violences, affirme1t1il, sont étroitement liés à l'apparition du monothéisme, lorsque !les Juifs C...D voulurent s'obstiner à ne reconnaBtre aucun autre dieu que le leur!. Mais c'est surtout le christianisme 1 accompagné de la séparation du !s,st me théologique! et du

!s,st me politique! 1 qui !fit que l'6tat cessa d'être un, et causa les divisions intestines qui n'ont jamais cessé d'agiter les peuples chrétiens!. 2n effet, précise &ousseau, !il a résulté de cette double puissance un perpétuel conflit de juridiction C...D et l'on a jamais pu venir à bout de savoir auquel du maBtre ou du prêtre on était obligé d'obéir!. +e christianisme romain 1 que l'auteur qualifie de !religion du ;rêtre! pour marquer le r8le qu', joue le clergé 1 est donc la cause de la division du corps politique, et !tout ce qui rompt l'unité sociale ne vaut rien!. 2t la solution de Pobbes 1 !réunir les deu0 têtes de l'aigle! 1 ne lui paraBt pas suffisante à maintenir l'unité politique, du fait de l' !esprit dominateur du christianisme! et de ce que !l'intérêt du prêtre serait toujours plus fort que celui de l'6tat!. &ousseau affirme aussi que l'établissement de l'6glise en 9ngleterre 1 l'anglicanisme 1 n'a pas réellement résolu le probl me de la double juridiction, puisque !partout oE le clergé fait un corps il est maBtre et législateur dans sa partie!. C'est donc bien l'6glise en tant qu'institution qui est visée * !la communion et l'e0communication sont le pacte social du clergé, pacte avec lequel il sera toujours le maBtre des peuples et des rois!. Cette !religion du ;rêtre!, !bi-arre! en ce qu'elle donne au0 hommes !deu0 législations, deu0 chefs, deu0 patries!, a donc des conséquences politiques !mauvaises!, que n'avaient pas les religions antiques. 2n effet, &ousseau avance que dans le paganisme, chaque 6tat a,ant son culte et ses dieu0, il n', avait pas de guerre de religion ? les guerres n'avaient pas une origine théologique car !les dieu0 pa"ens n'étaient point des dieu0 jalou0 ? ils partageaient entre eu0 l'empire du monde!. Mais cette !religion du cito,en! 1 qualifiée ainsi car c'est une religion !inscrite dans un seul pa,s!, C...D qui !a ses dogmes, ses rites, son culte e0térieur prescrit par des lois! 1 a des aspects contradictoires. ('abord, !elle est bonne en ce qu'elle réunit le culte divin et l'amour des lois, et que faisant de la patrie l'objet de l'adoration des cito,ens, elle leur apprend que servir l'6tat c'est en servir le dieu tutélaire!. Mais, ajoute &ousseau, !elle est mauvaise en ce qu'étant fondée sur l'erreur et le mensonge elle trompe les hommes, les rend crédules, superstitieu0, et noie le vrai culte de la divinité en un vain cérémonial!? de plus, elle peut même rendre un peuple !sanguinaire et intolérant! lorsqu'elle devient !e0clusive et t,rannique!. .aut1il alors n'accepter qu'une !religion de l'homme! 1 troisi me !esp ce! distinguée par l'auteur 1 comme le christianisme originel 3 Mais si cette religion !sans temple, sans autels, sans rites, bornée au culte purement intérieur du dieu suprême et au0 devoirs de la morale, est la pure et simple religion de l'6vangile, le vrai théisme!, elle a l'inconvénient d'être !contraire à l'esprit social ? car elle est !toute spirituelle! et ne permet pas d'unir les cito,ens * !cette religion n'a,ant nulle relation particuli re avec le corps politique laisse au0 lois la seule force qu'elles tirent d'elles1mêmes sans leur en ajouter aucune autre, et par là un des grands liens de la société particuli re reste sans effet!. 'n comprend ainsi pourquoi &ousseau affirme pouvoir réfuter !aisément! à la fois ceu0 qui avancent que !nulle religion n'est utile au corps politique! et ceu0 qui prétendent que le christianisme romain en est !le plus ferme appui!. (ans un 6tat, la religion est en effet nécessaire ? mais il s'agit d'une !religion civile!, dont l'objet principal est de favoriser l'unité du corps social * !il , a donc une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fi0er les articles, non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilité sans lesquels il est impossible d'être bon cito,en ni sujet fid le!. #l faut noter que ces !dogmes simples! ont bien

une dimension religieuse ou spirituelle * !l'e0istence de la divinité puissante, intelligente, bienfaisante, prévo,ante et pourvo,ante, la vie à venir, le bonheur des justes, la sainteté du contrat social et des lois, voilà les dogmes positifs!, écrit &ousseau ? on voit donc qu' il ne s'agit pas seulement de normes sociales, civiles ou civiques, purement séculi res. 2st1ce à dire que le souverain impose une religion unique3 &ousseau insiste au contraire sur la tolérance et la liberté de conscience et d'opinion ? les compétences du souverain étant limitées à ce qui est du domaine de l'utilité publique, chaque cito,en peut avoir les !opinions qu'il lui plaBt!, et les dogmes qu'il admet pour sa religion ne concernent pas l'6tat. &ousseau indique en effet clairement * !maintenant qu'il n', a plus et qu'il ne peut plus , avoir de religion nationale e0clusive, on doit tolérer toutes celles qui tol rent les autres, autant que leurs dogmes n'ont rien de contraire au0 devoirs du cito,en!. #l envisage tr s nettement, pourtant, le bannissement 1 voire la mise à mort 1 du cito,en qui ne croirait pas les dogmes de la religion civile ou qui se comporterait comme ne les cro,ant pas. +' !e0istence de la divinité puissante!, !la vie à venir!, faisant partie de ces dogmes, on mesure ici les limites de la liberté de conscience, d'autant plus que &ousseau n'indique pas en quoi les dogmes à caract re nettement !religieu0! sont indispensables à une !religion civile! visant principalement à l'ordre social. ;ensée parado0ale donc, qui combine opposition à l'intolérance et affirmation de la nécessité, pour le corps politique, d'un ciment moral et religieu0. 'n ne saurait donc voir che- &ousseau l'affirmation d'une liberté absolue de conscience et encore moins la présence de l'idée de la"cité, tant semblent intimement liées les normes religieuses et celles plus directement liées à l'ordre politique. ;ar son opposition au0 prétentions de l'6glise catholique en mati re d'imposition de normes, par son refus de la !superstition! et de l'obscurantisme, par sa défense de la tolérance, &ousseau appartient bien au0 +umi res ? mais l'intérêt de sa réfle0ion est surtout de mettre l'accent sur l'e0istence de conditions nécessaires à l'unité du corps politique 1 la !religion civile! selon lui 1, comme si le lien proprement politique 1 le contrat et la loi 1 ne suffisait pas à garantir la cohésion du corps social. C'est dire si le th me de la religion civile 1 par l'importance de l'idée de sociabilité 1 est lié à celui de l'éducation. C'est peut1être en ce sens que l'on peut dire de &ousseau qu'il annonce la la"cité républicaine * le lien social ne peut reposer seulement sur l'émancipation des individus par la raison ? il doit aussi s'appu,er sur une morale !civile!. 151 C. #nstruction publique et cito,enneté che- Condorcet. +'oeuvre de Marie1Jean19ntoine1$icolas Caritat C7<JK17<=JD, marquis de Condorcet, est parfois présentée comme une s,nth se de la !philosophie des +umi res! 152 , en particulier par l'importance qu'il accorde au0 th mes du progr s et de la &aison, et par sa !confiance absolue dans la perfectibilité indéfinie du genre humain!. Mais le nom de l'auteur de l' (squisse d)un tableau historique des progrès de l)esprit humain C7<=KD reste attaché à l'idée d'instruction publique, qu'il développe pendant la &évolution fran5aise. 2t ce n'est pas un hasard si son oeuvre est redécouverte à la fin du F#F/ si cle, par les républicains qui en feront une de leurs principales références pour ce qui concerne la question de l'2cole 153 . C'est que Condorcet pense le probl me de l'éducation dans une perspective politique * il s'agit de former des cito,ens. Ce faisant, il va être amené à réfléchir sur les rapports entre

école et religion, entre cito,enneté et cro,ance, et donc sur les rapports entre religion et politique. +'intérêt de son oeuvre réside en ce qu'il établit pour la premi re fois de fa5on claire un ensemble de relations entre les notions de !république!, de !démocratie!, de !cito,enneté!, d'!école!, et 1 avant la lettre 1 de !la"cité!, en posant la question des conditions de possibilité d'une démocratie et de libertés réelles. 1°/ La 2ormation des citoyens$ condition de la li7ert et de la d mocratie. %r s t8t, d s 7<GR, Condorcet se prononce en faveur de la république * !une constitution républicaine est la meilleure de toutes. C'est celle oE tous les droits de l'homme sont conservés, puisque celui d'e0ercer le pouvoir législatif soit par lui1même, soit par ses représentants, est un de ces droits! 154 . 2t quelques jours apr s Narenne, il n'hésitera pas à affirmer qu'un roi n'est pas !nécessaire à la conservation de la liberté! 155 . ;artisan de l'égalité et de la liberté politiques, Condorcet est donc favorable à la participation la plus large possible des cito,ens à la politique, mais préf re à la démocratie directe, le principe représentatif. Cependant, il ne consid re pas que l'établissement de la république et l'élection de représentants soient des conditions suffisantes à la jouissance réelle des droits et libertés, et à l'e0ercice réel de la démocratie. +a représentation nationale peut confisquer le pouvoir, le principe majoritaire peut conduire à des décisions contraires à l'intérêt général. +a démocratie et les droits ne peuvent être réels que s'ils sont placés sous le contr8le de cito,ens, et de cito,ens éclairés, capables de délibérer, de défendre leurs points de vue, et surtout de juger de la validité des lois . +'idée centrale en effet che- Condorcet est celle de révisabilité des institutions et des lois, en fonction des progr s de l'esprit humain * aucune constitution, aucune loi ne saurait être considérée comme définitive et à l'abri du jugement critique des cito,ens. +a pérennité de la république et des libertés, la réalisation effective de l'égalité politique supposent donc la formation des cito,ens, leur éveil à la raison. +a république sera donc !éducative!, et aura pour devoir de développer l'!instruction publique! ? toute le probl me étant alors celui de la nature de cette instruction et donc aussi des mo,ens institutionnnels à mettre en oeuvre. &épondre à ces questions est l'objet de nombreu0 écrits de Condorcet, dont le plus important est l'ensemble des ,inq mémoires sur l)instruction publique 156 C7<=7D. 2°/ &nstruction pu7li.ue et religion : de la 2ormation du citoyen , la "la:cit ". +es objectifs de la mise en place d'une instruction publique sont donc clairement énoncés par Condorcet, d s les premi res pages du Premier mémoire * !rendre réelle l'égalité des droits!, permettre à chaque individu d'e0ercer ses fonctions de cito,en, !rendre les cito,ens capables de remplir les fonctions publiques afin qu'elles ne deviennent pas une profession!. Mais déterminer les modalités de cette instruction publique va amener Condorcet à distinguer l'éducation de l'instruction, à se démarquer des conceptions de &ousseau, et à proposer la séparation radicale de l'école et des 6glises. +a démarche de Condorcet consiste d'abord à distinguer nettement instruction et éducation ? il s'agit de fonder le rejet des conceptions antiques de l' !éducation commune! en ce que ce t,pe d'éducation est contraire à la liberté des individus et porte atteinte au0 droits des parents. Ce refus du mod le spartiate 1 et plus généralement antique 1 repose d'abord sur l'idée que ce t,pe d'éducation est impossible dans les sociétés modernes. Condorcet indique en effet que

l'!on trouve che- les anciens quelques e0emples d'une éducation commune oE tous les jeunes cito,ens, regardés comme les enfants de la république, étaient élevés pour elle et non pour leur famille ou pour eu01mêmes!. Mais il ajoute aussit8t que !cette égalité absolue dans l'éducation ne peut e0ister que che- les peuples oE les travau0 de la société sont e0ercés par des esclaves!, l'égalité entre cito,ens reposant ici sur l'!inégalité monstrueuse du maBtre et de l'esclave!. Ces principes d'éducation uniforme ne peuvent donc pas s'appliquer au0 sociétés modernes oE les cito,ens sont des producteurs et doivent donc recevoir une éducation différenciée du fait de la division du travail ? de plus, l'inégalité des fortunes entraBne que seuls les enfants bénéficiant de l'!aisance de leurs parents! peuvent avoir une éducation !plus étendue! et donc accéder à des professions plus lucratives. !#l est impossible, conclut Condorcet, de soumettre à une éducation rigoureusement la même des hommes dont la destination est si différente!. Mais si cet argument lui permet de rejeter la !liberté des anciens! en ce qu'elle repose sur l'esclavage, il ajoute deu0 arguments qui précisent les limites de toute instruction publique dans une société moderne. ('abord, rappelle1t1il, !les hommes ne se sont rassemblés en société que pour obtenir la jouissance plus enti re, plus paisible et plus assurée de leurs droits naturels! ? or, l'éducation des enfants par leur famille est l'un de ces droits naturels, et l'!on commettrait une véritable injustice en donnant à la majorité réelle des chefs de famille, et plus encore en confiant à celle de leurs représentants, le pouvoir d'obliger les p res à renoncer au droit d'élever eu01mêmes leurs famille!* ce serait briser les liens de la nature, et affaiblir ou anéantir !ces sentiments de reconnaissance filiale, premier germe de toutes les vertus!. #l en résulte que l'éducation des enfants ne peut pas, dans une société libre, être en totalité arrachée au0 parents par l'6tat. 2nsuite, affirme Condorcet, !une éducation publique deviendrait contraire à l'indépendance des opinions!. Car l'éducation, !si on la prend dans toute son étendue C...D embrasse toutes les opinions politiques, morales ou religieuses. 'r, la liberté de ces opinions ne serait plus qu'illusoire, si la société s'emparait des générations naissantes pour leur dicter ce qu'elles doivent croire!. 2t l'auteur insiste sur le danger pour la liberté que constituerait l'uniformité des opinions si l'6tat l'imposait par l'éducation, danger qui disparaBt si on laisse les familles les inculquer. 2n effet, parce qu'elles sont diverses, les opinions re5ues de sa famille par chaque individu, perdent de leur universalité, puisque chacun peut aisément constater cette diversité ? de plus, de la confrontation des opinions particuli res, résultent le recul des préjugés et la correction des erreurs. 9insi, conclut Condorcet, !aujourd'hui qu'il est reconnu que la vérité seule peut être la base d'une prospérité durable, C...D, le but de l'éducation ne peut plus être de consacrer les opinions établies, mais au contraire, de les soumettre à l'e0amen libre de générations toujours plus éclairées!. ;as d'éducation soustraite en totalité au0 familles, pas d'éducation uniforme, pas d'imposition d'opinions, tout cela s'applique évidemment au0 cro,ances religieuses. Condorcet affirme que ce serait porter atteinte à la conscience des parents que d'8ter l'éducation religieuse du champ de l'éducation domestique, et a fortiori, de vouloir imposer une religion unique sur un territoire oE r gne la diversité en mati re de cro,ance. 9insi, la justification de son rejet total des conceptions antiques de l'éducation permet à Condorcet de préciser ce qu'il entend par !instruction! ? il s'agit essentiellement de l'!enseignement des vérités de fait et de calcul!, qui permet de développer les capacités de réfle0ion indispensables à l'e0ercice de la cito,enneté. 2ssentiellement, mais pas uniquement ? car l'auteur évoque tr s clairement le contenu moral de cette instruction.

C'est ce qui l'am ne à affirmer à la fois la séparation de la morale de toute religion, et le refus de toute !religion politique!. (e ce qu'aucune autorité n'a le droit de préférer une opinion religieuse à une autre, il résulte la !nécessité de rendre l'enseignement de cette morale rigoureusement indépendant de ces opinions!. 4uel est alors le contenu de cette morale3 #l faut citer ici longuement le Rapport et pro0et de décret sur l)organisation générale de l)instruction publique de 7<=A * +es principes de la morale enseignés dans les écoles, seront ceu0 qui, fondés sur nos sentiments naturels et sur la raison, appartiennent également à tous les hommes. +a constitution, en reconnaissant le droit qu'a chaque individu de choisir son culte, en établissant une enti re égalité entre tous les habitants de la .rance, ne permet point d'admettre, dans l'instruction publique, un enseignement qui, en repoussant les enfants d'une partie des cito,ens, détruirait l'égalité des avantages sociau0, et donnerait à des dogmes particuliers un avantage contraire à la liberté des opinions. #l était donc rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particuli re, et de n'admettre dans l'instruction publique l'enseignement d'aucun culte religieu0.C...D Combien n'est1il pas important de fonder la morale sur les seuls principes de la raisonV 157 9insi, les principes de liberté et d'égalité conduisent à n'enseigner qu'une morale générale et détachée de toute religion particuli re ? la morale publique est1elle alors déterminée par l'autorité politique 3 $'en résulte1t1il pas le risque d'imposition d'une !religion civile! violant les consciences individuelles 3 :i Condorcet emploie l'e0pression !religion politique! plut8t que celle de !religion civile!, il est clair que sa critique vise &ousseau. 2voquant la possibilité d'introduire dans l'instruction publique l'enseignement de la constitution, il précise que ce ne pourrait être !que comme un fait!, et il ajoute * Mais si on entend qu'il faut l'enseigner comme une doctrine conforme au0 principes de la raison universelle, ou e0citer en sa faveur un aveugle enthousiasme qui rende les cito,ens incapables de la juger ? si on leur dit * Noilà ce que vous deve- croire, alors c'est une esp ce de religion politique que l'on veut créer ? c'est une chaBne que l'on prépare au0 esprits, et on viole la liberté dans ses droits les plus sacrés, sous préte0te d'apprendre à la chérir. +e but de l'instruction n'est pas de faire admirer au0 hommes une législation toute faite, mais de les rendre capable de l'apprécier et de la corriger. 158 'n retrouve ici les deu0 idées centrales de liberté de cro,ance et de culte, et de révisabilité des lois, qui interdisent d'imposer comme !dogmes publics! des lois civiles qui doivent rester sous le contr8le de la raison. 'n peut donc dire que le contenu de l'enseignement, avec Condorcet, est totalement la"cisé, en tant qu'il est indépendant de toute référence religieuse et de toute affirmation du caract re définitif et sacré des institutions humaines 159 . 2t cette !la"cité! 1 avant la lettre 1 de l'instruction publique entraBne celle des institutions d'enseignement ? c'est peut1être sur ce point que se manifeste le plus nettement l'anticléricalisme de Condorcet. #l affirme d'abord que la puissance publique !ne doit pas confier l'enseignement à des corps perpétuels!, à !des corps enseignants qui se recrutent par eu01mêmes!. Mais la critique des institutions religieuses est tout à fait e0plicite lorsqu'il ajoute* 4ue ces corps soient des ordres de moines, des congrégations de demi1moines, des universités, de simples corporations, le danger est égal. +'instruction qu'ils donneront aura

toujours pour but, non le progr s des lumi res, mais l'augmentation de leur pouvoir ? non d'enseigner la vérité, mais de perpétuer les préjugés utiles à leur ambition, les opinions qui servent leur vanité. 'n retrouve ici la conviction que l'ignorance et l'obscurantisme favorisent les pouvoirs 16 et détruisent les libertés? conviction qui conduit d'ailleurs l'auteur à défendre l'autonomie de l'instruction publique , compris par rapport au pouvoir politique * +a premi re condition de toute instruction étant de n'enseigner que des vérités, les établissements que la puissance publique , consacre doivent être aussi indépendants qu'il est possible de toute autorité politique ? et, comme, néanmoins, cette indépendance ne peut être absolue, il résulte du même principe, qu'il faut ne les rendre dépendants que de l'assemblée des représentants du peuple C...D. 161 Cette derni re affirmation repose sur l'argument selon lequel cette assemblée est celui des pouvoirs, qui est !le moins ennemi du progr s des lumi res!. Mais ce passage montre bien que pour Condorcet, il , a toujours le risque que l'instruction soit utilisée pour servir un pouvoir au détriment de l'autonomie de jugement des cito,ens et donc de la démocratie et des libertés. ('oE une série de probl mes comple0es concernant le recrutement des maBtres et la garantie de leur indépendance. 9insi, la conception de l'instruction publique que développe Condorcet peut1elle être qualifiée de la"que au sens oE cette instruction, dans son contenu comme dans sa mise en oeuvre, est totalement indépendante des cro,ances, des morales, et des institutions religieuses. (éfenseur des libertés individuelles, Condorcet reconnaBt la liberté de conscience et de culte, et il délimite un espace autonome, celui de l'instruction publique, dont la fonction est de former des cito,ens aptes à jouir de tous leurs droits et à participer réellement à la politique, grOce au développement de leurs capacités à raisonner, à débattre, à délibérer. (e cet espace sont e0clues l'autorité de la tradition comme celle de la religion, pour ne laisser oeuvrer que la seule raison critique. :i l'on accepte de voir dans le projet de Condorcet l'idée de la"cité républicaine, force est de constater qu'il s'agit d'une conception qui est tr s loin de se réduire à la tolérance ou à la liberté religieuse ? il s'agit d'une conception politique, et ce qui est en jeu, c'est bien une conception particuli re de la cito,enneté et de la démocratie * l'homme ne devient cito,en qu'en raisonnant, la démocratie n'est possible et réelle que s'il e0iste un espace autonome de confrontation des idées, et d'élaboration éclairée des décisions, par des cito,ens et des représentants formés pour cela. 9utrement dit, c'est l'idée que la démocratie ne peut durer que si en sont produites les conditions ? en ce sens, la la"cité de l'école et du champ politique est bien, pour Condorcet, une condition de possibilité de la liberté politique et du plein e0ercice des droits civiques. 'n comprend que les &épublicains de la fin du F#F/ si cle aient vu en Condorcet l'un des inventeurs de la la"cité et donc simultanément de l'école républicaine 1 même si cette la"cité ne se réduit pas à la la"cité de l'école 162 . #nsistons enfin sur l'importance des questions soulevées par Condorcet * la nécessité d'une instruction morale détachée de la religion, la nécessité d'une 6cole qui ne se limite pas à former des producteurs mais aussi et avant tout des cito,ens, la nécessité de produire les conditions de l'e0ercice réel des droits et libertés, afin que ceu01ci ne restent pas 1 tout comme

la démocratie 1 purement formels ? importance de ces questions, car les débats ne font que commencer. ##. &2+#Q#'$ 2% ;'+#%#4)2 (9$: +9 &2N'+)%#'$ .&9$C9#:2. +iberté religieuse et rapports 6tat16glises. +a période révolutionnaire est, sur le plan des rapports entre politique et religion, e0trêmement contrastée * proclamation de la liberté religieuse et premi re e0périence de séparation de l'6glise catholique et de l'6tat ? mais aussi Constitution civile du clergé et instauration des cultes publics de la &aison, et de la (éesse suprême. Cette diversité au niveau des réalisations institutionnelles est à la fois le reflet des divergences entre révolutionnaires, et la conséquence du poids des événements. #l est donc malaisé, à partir de 7<G=, de saisir les idées politiques indépendamment du conte0te, car les idées servent à légitimer tout autant qu'à inspirer l'action et les choi0 successifs ou rivau0 des hommes. 163 C'est dire si la question de l'influence des +umi res sur la &évolution est comple0e. #l faut d'abord rappeler que !les +umi res n'ont pas conspiré contre l'9ncien &égime! ? !la philosophie n'a ni désiré ni déclenché la &évolution! ? les philosophes !souhaitaient simplement que l'6glise soit remise à sa place pour que l'esprit des cito,ens se lib re de la bigoterie, que la Monarchie se rénove et que la politique du souverain soit davantage conforme au0 intérêts et au0 droits! 164 . (onc si les +umi res ont eu une influence indirecte sur l'événement, par la diffusion de certaines idées et la formation intellectuelle des hommes de la &évolution, !la politique de ces derniers n'est pas la récitation des +umi res ? elle est leur, marquée par les circonstances particuli res qu'ils durent affronter!. (e plus, la période révolutionnaire a produit peu d'oeuvres de doctrine politique, alors qu'elle se caractérise par un foisonnement dans le domaine institutionnel, juridique, législatif, toujours accompagné de débats parfois tr s vifs. C'est donc principalement à partir de l'action des révolutionnaires et des débats qui l'entourent, que l'on va repérer ici les !idées de la révolution! concernant les rapports entre religion et politique. 9. +a liberté religieuse et le droit * la (éclaration des (roits de l'Pomme et du Cito,en CAR 9oSt 7<G=D. !2n instituant la souveraineté de la nation et en posant comme fondement de l'ordre constitutionnel légitime les droits imprescriptibles de ceu0 qui la composent, les &évolutionnaires inauguraient un nouvel Oge! 165 . 'r, cette rupture est comme annoncée par l'un des plus cél bres ouvrages polémiques de la période * 1u)est ce que le Tiers &tat 2 166 de l'abbé 2mmanuel :ie, s C7<JG17GKRD, qui paraBt en .évrier 7<G=. 1°/ L'invention de la nation souveraine : Siey;s. +'idée de nation est évidemment plus ancienne mais, cherchant à montrer que dans la nation !le %iers 6tat est tout!, :ie, s en propose une définition originale * !4u'est1ce qu'une nation 3 )n corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature! 167 .

Cette conception est utilitariste * !4ue faut1il pour qu'une nation subsiste et prosp re 3 (es travau0 particuliers et des fonctions publiques!, écrit1il dans le premier chapitre destiné à prouver l'inutilité des ordres privilégiés. 2lle est aussi individualiste * la nation, pour :ie, s, est une association d'individus. Mais l'important ici est qu'il affirme la souveraineté de la nation ? c'est dire que la volonté nationale est l'origine de toute légalité. (onc le principe de la souveraineté ne réside plus dans le roi de droit divin, et le fondement du s,st me politique n'est plus la monarchie. (eplus, il fonde un 6tat unitaire oE un droit uniforme s'impose à tous ? c'est bien le refus des privil ges C!droits e0clusifs! ou absence de !soumission en tout à la loi commune!D. Mais cela ne conduit pas :ie, s à défendre le principe de la démocratie directe * sa méfiance vis1à1vis du peuple et son souci d'efficacité en font un partisan du principe représentatif. :elon Maurice >arbier, l'oeuvre de :ie, s présente cependant un autre intérêt pour la question de la la"cité. 9,ant affirmé que la la"cité suppose la modernité politique, c'est1à1dire la séparation fondamentale entre l'6tat et la société civile, cet auteur indique que !c'est cette séparation entre l'6tat et la société civile qui permet la distinction entre l'homme et le cito,en et l'apparition des droits de l'homme et du cito,en!. 'r, ajoute1t1il, c'est avec :ie, s que cette distinction apparaBt clairement pour la premi re fois, puisque sont envisagés de fa5on séparée, dans 1u)est ce que le Tiers &tat 2 , le !cito,en! et l' !individu! 168 . !$ation!, !loi!, !cito,en!, !homme!, ce sont là des notions centrales dans la (éclaration de 7<G=. 2°/ #eligion et politi.ue dans la ! claration des !roits de l'Aomme et du )itoyen. +a (éclaration de 7<G= refl te les influences multiples et parfois contradictoires des +umi res sur les révolutionnaires 169 . 'n retiendra ici sa visée universaliste * s'adressant à tous les hommes, elle énum re les !droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme! * égalité, liberté, propriété, sSreté, etc. #l faut noter aussi son caract re individualiste et abstrait * !nulle trace de droits collectifs? ni liberté de réunion, ni liberté d'association. :i la propriété , tr8ne, sacralisée, le droit à la vie, au travail, à l'instruction n', tiennent aucune place. C'est de l'Pomme qu'il s'agit, abstrait de toute situation réelle! 17 . 'n mentionnera enfin l'affirmation du principe de la souveraineté de la nation et de la souveraineté de la loi qui, e0pression de la volonté générale, détermine les bornes de toute liberté. Mais c'est sur la question de la liberté religieuse qu'il faut s'arrêter, et donc principalement sur l'article F. +e lien entre la"cité et droits de l'homme est l'objet de débats. &appelons tout d'abord que la (éclaration est faite !en présence et sous les auspices de l'2tre suprême! * référence e0plicitement religieuse dont l'introduction au moment des débats a été source de conflits dont l'interprétation reste, aujourd'hui encore, problématique. 171 Mais c'est l'article F qui suscite le plus de réfle0ions en ce qui concerne la nature mais aussi l'origine de la la"cité.

'n sait que cet article a été adopté au terme d'un débat vif et tr s comple0e, les AA et AK 9oSt 7<G= ? plusieurs projets ont été confrontés 172 . :ans entrer dans le détail, rappelons que le projet primitif contenait trois articles * 1 article FN# * !la loi ne pouvant atteindre les délits secrets, c'est à la religion et à la morale de la suppléer. #l est donc essentiel pour le bon ordre de la société, que l'une et l'autre soient respectées!? 1 article FN## * !le maintien de la religion e0ige un culte public. +e respect pour le culte public est donc indispensable!? 1 article FN### * !tout cito,en qui ne trouble pas l'ordre public établi ne doit donc pas être inquiété!. Mais des propositions beaucoup plus radicales ont été faites. 9insi celle de Castellane * !nul homme ne doit être inquiété dans ses opinions religieuses ni troublé dans l'e0ercice de sa religion!, ou encore celle de &abaut :aint 6tienne * !tout homme est libre dans ses opinions ? tout cito,en a le droit 173 de professer librement son culte et nul ne peut être inquiété à cause de sa religion!. 9insi, alors que le projet primitif fait référence à un culte établi et à l'e0istence d'une limite à la liberté Cle !trouble à l'ordre public!D, les deu0 contre1propositions allaient tr s loin dans l'affirmation de la liberté de conscience et de la liberté de culte, qui 1 notons1le au passage 1 étaient tr s nettement distinguées. 'n sait que le te0te adopté, l'article F, est de portée plus limitée * !$ul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi!. +'article F reconnaBt donc clairement la liberté de conscience et d'opinion 174 ? mais il ne reconnaBt pas e0plicitement la liberté de culte * c'est la liberté de manifestation des opinions, , compris religieuses, mais dans les limites fi0ées par la loi, qui est affirmée. C'est sur ce point que porte le débat actuel sur le rapport entre article F et la"cité. >landine >arret1Mriegel commence par relativiser la portée de l'affirmation de la liberté de conscience * !en n'entérinant pas la proposition de &abaut :aint 2tienne, l'article F ne fait pas de la liberté de conscience, la premi re des libertés publiques, conformément à la recommandation énoncée un si cle plus t8t par :pino-a!, et elle ajoute * !en .rance, la cito,enneté ne sera pas fondée sur la liberté de conscience!. :urtout, elle affirme que * la deu0i me partie de l'article F relative à l'ordre public établi laisse en creu0, trace en pointillé, une place pour l'organisation d'un culte public et, comme il s'ensuivra immédiatement, délimite un lieu pour la constitution civile du clergé. C...D la religion n'a pas été mise à la place qui l'eSt rendue compatible avec une déclaration sans phrase C3D et sans négation, de la liberté de conscience comme droit naturel et comme droit civil. Car la religion n'est pas inscrite ici, comme e0pression de la liberté de conscience et affaire de droit privé, mais comme e0ercice du culte ressortissant en droit public. Cette situation ne sera CpasD sans retentir à son tour, sur l'idée que l'on va se former de la cito,enneté. +orsqu'on ne fait pas de la liberté de conscience une liberté civile, on ne peut gu re fonder la cito,enneté sur la conscience, ni établir l'e0ercice de la cito,enneté sur le seul

jugement que, en conscience, chaque homme peut élaborer de ce qui lui est utile. ( s lors, la cito,enneté est à fonder autrement. Cette autre voie C...D, Cc'estD l'e0ercice de la cito,enneté sur un acte de jugement éclairé par les lumi res du savoir C...D. Cette conception qui se trouve au principe de la cito,enneté républicaine, de l'élitisme républicain, aménage alors la place décisive de l'école. +orsque, dans la cité, l'instruction occupe la place de la conscience, l'école prend la place de la religion. 2n ce sens, on peut dire que l'article F est l'une des sources de la grande querelle scolaire inscrite au coeur du destin républicain 175 . 9vouons que ce te0te nous laisse perple0e. ('abord, c'est la liberté de culte qui est limitée par la clause du !trouble à l'ordre public! et non la liberté de conscience, et comme on l'a vu, la position de :pino-a en ce qui concerne la liberté d'agir n'est pas celle d'une liberté absolue. (e plus, on ne saisit pas tr s bien ce que signifie !fonder la cito,enneté sur la liberté de conscience! ou !sur l'instruction!. :urtout, le saut effectué par l'auteur lorsqu'elle met en relation l'article F et l'école républicaine semble confirmer sa tendance à assimiler le gallicanisme et la la"cité républicaine comme deu0 formes d'emprise de l'6tat sur les consciences 176 . 'r, sans anticiper sur la ###/ &épublique, on peut rappeler, sur ce point, le souci d'un Condorcet de former les cito,ens à la raison critique tout en laissant hors du champ de l'instruction publique ce qui rel ve de la conscience * c'est toute la différence entre éducation et instruction. Maurice >arbier, quant à lui, reconnaBt l'ambigu"té de l'e0pression !ordre public! qui peut inclure le culte établi et favoriser l'6glise catholique ? mais il insiste sur la !nouveauté! que contient cet article * elle !consiste à opérer une séparation entre les opinions religieuses qui rel vent seulement de la liberté individuelle et l'ordre public qui ne doit pas être troublé par leur manifestation. 9insi se trouve réalisée la séparation entre la sph re privée, oE s'e0erce la liberté individuelle, et la sph re publique, qui est réglée par la loi!. 'r, ajoute1t1il, cette distinction !permet d'amorcer la séparation de la religion et de l'6tat, ce qui pose le principe de la future la"cité!. (e plus, la Constitution de 7<=7 franchira un pas supplémentaire vers la liberté de culte même si elle !conserve encore à l'6glise catholique une situation privilégiée!. 2nfin, le !libre e0ercice des cultes! sera affirmé par la (éclaration des droits de l'homme et du cito,en de 7<=K. >ref, pour Maurice >arbier, l'article F constitue un pas important dans l'affirmation de la liberté religieuse, dans sa double dimension 1 de conscience et de pratique ou de culte ? mais il n'institue pas, à lui seul, la la"cité, puisqu'il n'implique pas la séparation de l'6glise et de l'6tat, qui est pour cet auteur une caractéristique essentielle de la la"cité, et qui ne sera pas réalisée sous la &évolution, sauf de mani re br ve et partielle en 7<=J17<=I. C'est dire que la la"cité n'est pas contenue dans la (éclaration de 7<G=. 9insi, l'interprétation de l'article F et l'anal,se de son rapport à la la"cité sont controversées. 4uoi qu'il en soit, il ne nous paraBt pas qu'on puisse , voir un lien direct avec la la"cité républicaine, sauf à réduire celle1ci à la liberté religieuse ? car si les (roits de l'homme et du Cito,en sont une condition de possibilité de la la"cité 1 en ce qu'ils affirment l'autonomie des individus 1, ils ne la contiennent pas. +'anal,se des rapports entre droits individuels et religion, sous la &évolution, n'est cependant pas terminée avec celle de l'article F. Car d'autres mesures importantes sont intervenues * c'est d'abord le décret d'émancipation des protestants, du AJ décembre 7<G=, qui leur reconnaBt des droits civils et politiques identiques à ceu0 des catholiques 1 on mesure ici la différence avec la simple tolérance pr8née par un Noltaire. C'est ensuite le décret d'émancipation des juifs par le décret du A< septembre 7<=7.#l faut souligner ici, avec Qu, Paarscher,

que la logique spécifiquement fran5aise de la"cisation commence à s'incarner dans le propos cél bre de Clermont1%onnerre, remarquable avocat de l'émancipation des Juifs * ! 3l *aut re*user tout aux 4ui*s comme nation, et accorder tout aux 4ui*s comme individus. #l faut qu'ils ne fassent dans l'6tat ni un corps politique ni un ordre. #l faut qu'ils soient individuellement cito,ens...! 177 2n d'autres termes, on peut voir ici ce qui sera une caractéristique de la &épublique * elle !int gre! et ne !reconnaBt! que des individus1cito,ens, égau0 en droit, non des groupes. 178 Ce qui montre bien que l'oeuvre de la &évolution consiste d'abord dans la proclamation de droits individuels, dans l'affirmation de l'autonomie et de la liberté des individus. 2t l'on voit déjà apparaBtre un probl me qui n'a pas fini de susciter des débats * la religion ne se réduit pas à une cro,ance et à une pratique strictement individuelles ? elle a une dimension collective, à travers notamment l'e0istence d'institutions, de groupes, d'ordres, à caract re religieu0. 'r, de ce point de vue, la période révolutionnaire est marquée l'évolution tr s heurtée des rapports entre 6tat et 6glises. >. 6tat, religion 6glises * contr8le ou séparation 3 'n se contentera ici de quelques points de rep re, car il s'agit plus de repérer des probl mes, des principes et, éventuellement, des arguments doctrinau0, que de décrire avec précision un foisonnement comple0e d'événements. 1°/ )onstitution civile du clerg et suppression des ordres religieu6. !Notée par l'9ssemblée constituante le 7A juillet 7<=H C...D, écrit Maurice >arbier, la Constitution civile du clergé établit un nouveau statut pour l'6glise catholique, dans la meilleure tradition gallicane.! 2n effet, l'6tat légif re unilatéralement dans l'organisation de l'6glise * est créée ainsi une véritable 6glise nationale, soustraite à l'autorité du pape, subordonnée à l'6tat. +'auteur qualifie de !parado0ale! cette situation historique oE l'affirmation des libertés individuelles de conscience et de culte ne s'accompagne pas de la pleine autonomie de la religion qui reste sous contr8le * avec la Constitution civile du clergé, la &évolution .ran5aise se renie elle1même car elle refuse d'étendre à la religion la séparation qu'elle a opérée entre l'6tat et la société civile. +oin d'être dans la logique de la &évolution, cette Constitution est en contradiction avec elle. Contradiction aussi dans les nombreuses mesures traduisant l'hostilité au0 ordres religieu0. Celles1ci refl tent à la fois le rejet de toute forme d'association par l'6tat et son refus de tout ordre soumis à une autorité étrang re Cle papeD. 'r, la suppression des ordres religieu0 et congrégations C décret de février 7<=H, Constitution de 7<=7, décrets d'aoSt 7<=AD, montre les limites de la liberté religieuse avec le refus de la liberté d'association. 9insi conclut Maurice >arbier, !qu'il s'agisse de la Constitution civile du clergé ou de la suppression des ordres religieu0!, C...D l'6tat révolutionnaire, d'un c8té, !pose les principes devant conduire à le dissocier de la religion, mais, de l'autre, il entend conserver son autorité sur l'6glise. #l s'enferme dans une contradiction insoluble, dont il mettra plus d'un si cle à se libérer!. 9joutons qu'il est difficile d'interpréter ces diverses mesures en faisant la part des motifs liés au0 événements Cla peur de la contre1révolutionD et des raisons politiques ou philosophiques plus fondamentales.

2°/ Bne premi;re e6p rience de "s paration" des Églises et de l'État. #l faut rappeler d'abord que d s 7<=7, s'amorce un processus de transfert à l'6tat de services à caract re public, auparavant assurés par l'6glise catholique Cétat civil, assistance,...D ? et que l'hostilité de l'6tat à l'égard de l'6glise s'accentue progressivement avec la multiplication des mesures répressives. (ans ce conte0te, il est affirmé à trois reprises, que la &épublique ne salarie ni n'aide financi rement aucun culte. 179 #l , a donc bien !séparation! au sens oE nous l'entendons aujourd'hui. 4uelles en sont les raisons3 #l semble bien que le !manque de ressources de l'6tat! et !l'hostilité à l'égard de l'6glise! aient joué un r8le, selon Maurice >arbier. ;our Marcel Qauchet, la loi de séparation de l'6glise et de l'6tat adoptée en l'an ### par la Convention est * CuneD loi caractéristique de la politique de sortie de la %erreur menée par les thermidoriens. 2lle répond à une double nécessité * l'apaisement des esprits, en rupture avec la politique terroriste de déchristianisation, et le soulagement des finances publiques C...D. 2lle est plus le produit d'une conjoncture politique que d'un courant profond de la pensée révolutionnaire C&obespierre s'était violemment élevé contre la séparation lorsqu'elle avait été demandée, en 7<=AD 18 . Mais, compte tenu de l'importance que va prendre cette question un si cle plus tard, on pourrait se demander quels sont les fondements générau0, philosophiques et non pas seulement les causes circonstancielles de la séparation ? on , reviendra. 0°/ Les cultes r volutionnaires. :ur le plan des rapports entre religion et politique, la &évolution se caractérise aussi par la mise en place des fêtes et cultes révolutionnaires, au cours de l'an ## C7<=K17<=JD? période au cours de laquelle les révolutionnaires, &obespierre en tête, affirment simultanément la liberté de culte religieu0 et le refus de l'athéisme, tandis que s'organisent successivement le culte de la &aison puis celui de l'Wtre suprême. 'n se contentera de rappeler deu0 éléments successifs de la chronologie de la période, établie dans son ouvrage sur le sujet, par Michel Novelle * 1 7J avril 7<=J * &obespierre fait décréter le transfert du corps de J1J &ousseau au ;anthéon. 1 < mai * &apport de &obespierre à la Convention sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention dans l'administration de la &épublique * !l'#dée de l'Wtre :uprême et de l'#mmortalité de l'Ome est un rappel continu à la justice. 2lle est donc sociale et républicaine.! +a Convention décr te que !le peuple fran5ais reconnaBt l'e0istence de l'Wtre :uprême et de l'immortalité de l'Ome.! 2lle institue des fêtes, dont la premi re sera consacrée à l'Wtre :uprême. 181 'n comprend pourquoi &ousseau a été parfois considéré comme l'inspirateur des cultes révolutionnaires, et l'on note cette référence à la !morale politique! et à la !justice!, qui évoque évidemment la !religion civile! du ,ontrat social. ;lus généralement, pour Marcel Qauchet 182 , l'institution du culte suprême par &obespierre est l'aboutissement d'un processus initié bien avant la &évolution * la contestation de l'hégémonie morale et spirituelle de l'6glise catholique *

en réaction à cette hégémonie, l'entreprise philosophique, au sens large, consiste à pourvoir la $ation de sa propre doctrine. #l s'agit de combler un manque ? il faut donner au politique une spiritualité spécifique. C...D ('oE le développement, au cours du FN###/ si cle, d'une véritable religion de la &aison, qui s'oppose de front au pouvoir spirituel catholique et prétend prendre sa rel ve. C'est pourquoi le but de l'institution du culte suprême !n'est pas d'abolir la religion. #l est de donner à la cité des hommes sa religion propre, authentiquement universelle parce que rationnelle!. Ces phénom nes, selon l'auteur, n'ont donc rien de circonstanciel. :oulignons alors, avec Claude +anglois, à quel point ce !transfert de religiosité! se démarque de l'oeuvre de Condorcet. 6voquant les limites du !processus de la"cisation! durant la révolution, il écrit * :eul Condorcet paraBt avoir développé une pensée s,stématique, notamment à travers ses plans d'éducation, qui fonde en doctrine cette pratique la"cisatrice. ;our lui, la démocratie ne peut s'établir que sur le libre usage de la raison ? toute tentative pour mobiliser les forces obscures de l'enthousiasme et de l'irrationnel, au0quelles la religion, selon lui, s'identifie, conduirait à un fatal dévoiement de la &évolution elle1même. Mais le mathématicien philosophe est, sur ce point, un isolé et, dans les faits, le processus de la"cisation s'accompagne le plus souvent d'une volonté consciente d'opérer, au bénéfice de la &évolution, un transfert de religiosité... 183 9insi, les rapports entre religion et politique, sous la &évolution, sont comple0es, changeants, et leur évolution contradictoire. Mais, relativisant la portée de l'épisode de la !séparation!, Marcel Qauchet affirme que les actes de la &évolution 1 !étatisation et nationalisation de l'6glise!, !substitution d'une religion rationnelle au catholicisme! 1 rév lent finalement !deu0 tendances de fond qui constituent le socle historique de la question la"que en .rance! * subordination à l'6tat du pouvoir spirituel ? contestation de l'hégémonie morale et spirituelle de l'6glise 184 . &etenons, d'autre part, que l'affirmation e0clusive de droits individuels pose une question nouvelle * celle de l'e0istence d'ordres religieu0, de congrégations, et plus généralement, celles des associations ou groupes d'individus qui peuvent se constituer à des fins liées à leur religion. 'r, écrit Jacqueline Costa1+ascou0, !tout le parado0e de la &évolution est contenu dans cete histoire mouvementée * elle reconnaBt des droits fondamentau0 et, par ailleurs, cherche obstinément à limiter la liberté d'association ou tout ce qui pourrait ressembler à une corporation échappant au contr8le de l'6tat.! 185 Cette question va prendre une grande importance au F#F/ si cle et ne sera pas étrang re à la fois à la question scolaire et à la question de la séparation des 6glises et de l'6tat. 9joutons enfin que la période révolutionnaire ne peut pas être considérée comme celle de la mise en oeuvre de la !la"cité républicaine! telle qu'on a pu en trouver les fondements cheCondorcet * ce sera l'oeuvre du si cle suivant, avec la conquête du suffrage universel et la généralisation de l'instruction publique. +e si cle des +umi res aura donc vu se poursuivre ou s'élaborer trois t,pes de réfle0ion, que l'on peut considérer comme étant à l'origine de l'invention de la la"cité républicaine * 1 approfondissement de la réfle0ion antérieure sur les libertés individuelles, libertés de conscience et de culte, avec le probl me des limites politiques à ces libertés ?

1 la réfle0ion sur l'autonomie de l'6tat, avec la question du contr8le éventuel de l'6tat sur les 6glises ? 1 plus caractéristique de la période, enfin, la pensée de la démocratie et de la nécessaire formation des cito,ens, avec le probl me de la place d'une morale publique dans cette instruction. %oute la difficulté de l'anal,se provenant de l'étroite interrelation de ces trois ensembles de préoccupations, du fait notamment des multiples dimensions du fait religieu0 ? c'est ce qui e0plique la comple0ité de l'idée de la"cité, la difficulté de la définir. 4uoi qu'il en soit, en insistant sur les rapports entre cito,enneté, démocratie et religion, nous avons dégagé ici des questions qui peuvent servir de rep res dans l'anal,se des débats contemporains. Propos d' tape 9u terme de cette premi re partie de l'anal,se, on per5oit mieu0 la difficulté du sujet. 2n effet, l'histoire des idées politiques, pour ce qui concerne le rapport au fait religieu0, fait apparaBtre plusieurs th mes de réfle0ion 1 souvent liés à des phénom nes historiques !réels! 1 qui renvoient à des processus d'autonomisation par rapport au fait religieu0 de l'6tat, de la pensée, de l'individu. Mais se développe aussi une réfle0ion sur l'émancipation politique des individus et sur les conditions de leur participation au0 affaires publiques. 'r ces deu0 ensembles de préoccupations ne sont pas indépendants l'un de l'autre ? si bien qu'une recherche sur la nature et l'origine de la la"cité conduit à envisager un véritable s,st me de relations. Ces relations se structurent autour de trois p8les * le politique, l'individu, le religieu0. Chacun de ces p8les a plusieurs dimensions ? ainsi, le politique renvoie à un pouvoir étatique et à un régime politique, c'est1à1dire à une modalité de désignation et de légitimation de ce pouvoir ? l'individu est membre de la société et, éventuellement, cito,en participant à la chose publique ? le religieu0 renvoie à des cro,ances et pratiques, mais aussi à des institutions. ('autre part, la relation entre deu0 d'entre ces p8les est affectée par le troisi me. 9insi, pour ne prendre qu'un e0emple, l'autonomie des individus par rapport au0 institutions religieuses peut dépendre du rapport entre le pouvoir étatique et ces derni res. Ces quelques remarques suffisent à persuader de la nécessité, lorsqu'on parle de !la"cité!, de préciser sur quel plan, à quel niveau de cet ensemble de relations, on se place. 2t on comprend par là1 même que des auteurs puissent parler de la"cité à propos de réalités et de questions différentes. 'n peut ainsi parler d'6tat la"que lorsque le pouvoir étatique est autonome dans son fondement et@ou son e0ercice. 'n peut aussi parler de la"cité lorsque r gne la liberté religieuse, ce qui suppose, en pratique au moins, une garantie politique * la la"cité est liée alors à la neutralité religieuse de l'6tat. 'n peut enfin s'intéresser au0 conditions de participation des cito,ens à la politique, et se demander si cette participation ne nécessite pas une certaine autonomie des individus 1 dans leur activité de cito,en 1 par rapport au fait religieu0, c'est1à1 dire la capacité à débattre dans un espace politique oE la communication ne soit pas entravée par l'e0istence de cro,ances et de fa5ons de penser particuli res et diverses. 'r il semble bien que la la"cité !à la fran5aise!, telle qu'elle commence à s'élaborer au FN###/ si cle, soit étroitement liée à ce t,pe de préoccupations. 2n effet, les anal,ses du chapitre K montrent que c'est la question du rapport entre démocratie et religion, beaucoup plus que le seul probl me de la liberté religieuse, qui traverse les réfle0ions d'un &ousseau et surtout d'un Condorcet. 2t ceci en particulier parce que se pose le probl me de la morale,

c'est1à1dire de la nécessité d'un fond commun de normes et valeurs pour assurer un minimum de cohésion à des sociétés oE progresse l'émancipation des individus, à la faveur de la perte de pouvoir ou d'influence des 6glises. 'r, dans des sociétés anciennement christianisées, la morale est d'origine !chrétienne! ? et les institutions religieuses détiennent de fait une autorité en ce domaine. ('oE le probl me* quelle morale commune dans des sociétés oE est affirmée l'autonomie du politique par rapport au religieu0 3 4uestion qui se posera d'autant plus que se diversifiera, sur les plans religieu0 et culturel, la société. 2n bref, la question de la la"cité en .rance, renvoie, d s le FN###/ si cle, à une interrogation sur la démocratie, à travers la question des rapports entre raison, morale et politique. +es débats contemporains ne se développent1ils pas, pour partie au moins, dans le champ constitué par cet ensemble de questions3 ,#'($#M# !A"%$# & LA LA$-$%# "#!'.L$-A$*# -)*%#+%## !#l faut bien qu'il , ait quelque lien entre la nature même de la &épublique et la la"cité, pour que cette derni re ait été jugée consubstantielle et indispensable à la premi re!, écrit Claude $icolet 186 , en ajoutant qu'à cela, il n', a pas seulement des raisons !historiques et circonstancielles!, mais plus profondément, des !raisons philosophiques et fondamentales!. C'est qu'en effet, le F#F/ si cle a vu le développement d'une pensée républicaine qui, tout en intégrant une partie de l'héritage des +umi res et de la &évolution fran5aise, se démarque du libéralisme notamment sur la question de la participation des cito,ens à la politique. +a philosophie politique moderne a pensé avant tout la !liberté che- les modernes! 187 , c'est1à1dire les libertés individuelles, en liaison avec le probl me de la limitation de la puissance publique. Mais, on l'a vu, sont réapparues d s le FN###/ si cle les questions liées à la cito,enneté et au0 conditions de son e0ercice, renouant ainsi, mais dans un conte0te idéologique, intellectuel, politique, radicalement différent, avec des interrogations de la philosophie politique !antique!. 2t il semble bien que la la"cité républicaine trouve une de ses sources dans ce t,pe de réfle0ion. Ce qui ne signifie pas qu'elle soit une idée ou une conception politique !ancienne!, non moderne, et qu'elle puisse être assimilée à la !liberté che- les anciens!. 9u contraire, l'idée républicaine et donc la la"cité CrépublicaineD s'inscrivent pleinement dans la modernité politique, comme le montrent +uc .err, et 9lain &enaut 188 , qui insistent par ailleurs sur le caract re humaniste de l'idée républicaine * la référence à cette #dée républicaine renferme donc bien aussi une ré*érence aux valeurs qui sont celles de l)humanisme moderne depuis l)5u*6l7rung, puisqu'elle renvoie à la supposition que l'espace public 1 la res publica 1 se fonde idéalement sur la possibilité d'une communication rationnelle entre les hommes. >ien plus, elle affirme l' unité, au moins en droit, de l'humanité, par opposition à la barbarie qui, quelque forme qu'elle prenne, revient toujours à penser l'humanité comme essentiellement divisée C...D 189 . C'est donc dire que l'on ne peut réduire la !liberté républicaine!, caractérisée par la participation du cito,en à la vie politique, à une conception antique de la cito,enneté. $ous retrouvons ainsi les principau0 éléments liés à l'invention de la la"cité * modernité politique, champ politique autonome, libertés individuelles et émancipation de l'individu par la raison, démocratie et formation du cito,en. Mais l'intérêt de ce rappel est de soulever deu0 questions *

1 si la la"cité appartient bien à la modernité, le débat concernant la la"cité n'est1il pas lié à celui concernant la modernité et ses limites, et donc au0 discours sur la !post1modernité!3 1 si la la"cité est étroitement liée à la !république!, le débat n'est1il pas une composante de celui concernant la république3 Cette derni re question mérite d'autant plus d'être soulevée que la la"cité de l'6tat et de l'école est souvent présentée comme une composante essentielle de la culture politique républicaine qui domine la premi re moitié du FF/ si cle. 'r, pour prendre un e0emple, la démarche de :erge >erstein et 'dile &udelle, dans l'ouvrage concernant le mod le républicain qu'ils ont dirigé, consiste à !historiciser! le mod le républicain en montrant qu'il , avait là !une forme de réponse de la société au0 probl mes qu'elle affrontait à un moment de son histoire! 19 . (e plus, ajoutent les auteurs, la république a réalisé au FF/ si cle deu0 mod les politiques sensiblement différents. 'n est donc conduit à se demander si les débats actuels sur la la"cité ne sont pas liés à la transformation du !mod le républicain!, même si dire que le mod le républicain se modifie ne signifie pas que tout dans ce mod le, est transformé. (e plus, il n'est pas sSr a priori que les débats sur la la"cité soient enti rement nouveau0* n'assiste1t1on pas aujourd'hui à la résurgence de questions anciennes, qui n'ont peut1être jamais cessé compl tement d'être posées par la la"cité et au0 &épublicains3 'n voit donc que l'anal,se des débats actuels peut être structurée autour de quelques probl mes * 1 les questions soulevées aujourd'hui à propos de la la"cité sont1elles d'anciennes questions, ou bien s'agit1il de questions nouvelles qui traduisent un déplacement du débat par rapport au0 périodes antérieures 3 1 ce qui est en jeu constitue1t1il des aspects marginau0 de la la"cité, ou est1ce le no,au central 1 la conception politique sous1jacente 1 qui est mis en cause3 1 le débat est1il relativement autonome et circonscrit à la la"cité, ou bien s'inscrit1il dans celui plus large concernant la république3 1 quel rapport entretiennent la contestation de la la"cité et la critique de la modernité3 #l convient donc, pour être en mesure d'apporter une réponse à ces questions, de montrer comment, au F#F/ si cle, les républicains élaborent et tentent d'institutionnaliser cette conception de la démocratie et de la cito,enneté qui fut pour l'essentiel, comme on l'a vu, inventée au FN###/ si cle ? on précisera alors pourquoi et de quelle mani re la la"cité s'int gre comme composante fondamentale dans ce que l'on appelle le !mod le républicain d'intégration!? mais on insistera plus particuli rement sur les probl mes et difficultés qui se posent alors CChapitre JD. Ce repérage des questions anciennes nécessitera un rappel des aspects juridiques de la la"cité ? précisions d'autant plus importantes que les débats actuels portent pour une part sur le !droit de la la"cité! et font apparaBtre parfois des propositions de modifications institutionnelles et législatives. 'n verra ensuite comment les débats posent à nouveau la question des valeurs et de la morale, avec notamment la revendication, par une partie au moins des autorités religieuses, d'un r8le d'autorité morale. Ce sera le moment d'e0aminer ce que l'on qualifie parfois de !retour du religieu0!, dans ses implications politiques et ses rapports avec la contestation de la la"cité CChapitre ID.

'n montrera, enfin, comment le débat a eu tendance, récemment, à se déplacer, d'un plan strictement religieu0 à un plan plus largement culturel, avec l'émergence de th mes liés à la revendication du !droit à la différence!, et à la prise en compte politique de la différence culturelle ? ce sont ces débats qui, à travers la contestation de la &épublique, atteignent la la"cité CChapitre RD. 'n entrevoit ici le changement de perspective par rapport à notre premi re partie. #l ne s'agit plus, comme lors de la recherche des conditions de possibilité de l'idée de la"cité, conditions intellectuelles et politiques, de se situer presque e0clusivement sur le terrain de la pensée politique. #l faut maintenant montrer comment les discours concernant la la"cité peuvent apparaBtre comme des élaborations intellectuelles autonomes par rapport au champ politique, tout en participant, volontairement ou non, e0plicitement ou non, d'un débat qui est véritablement politique, en ce qu'il concerne les conditions du vivre ensemble et les conceptions de la participation à la chose publique. C'est dire que le débat est loin de se limiter à la !communauté scientifique! en ce qu'il pourrait concerner par e0emple certains aspects historiques du !mod le républicain! ? mais c'est aussi indiquer que le débat met à contribution les !intellectuels! en ce que leur anal,se du !réel!, de la la"cité telle qu'elle e0iste, des probl mes effectifs au0quels elle semble confrontée, est utilisée dans des débats qui ont une dimension normative, débats au0quels ils participent d'ailleurs souvent en engageant bien plus que le plan des connaissances qu'il est possible d'avoir sur le sujet. -/A!$%"# 4 & LA LA$-$%# "#!'.L$-A$*# Principes. 3nstitutions. "imites. ,ontradictions. Claude $icolet a montré dans son important ouvrage consacré à l'idée républicaine 191 , les influences multiples et parfois contradictoires qui se combinent dans la !s,nth se républicaine! * des références héritées des +umi res et de la &évolution fran5aise, transmises et transformées par l'oeuvre des #déologues ? mais aussi l'influence du Tantisme et celle, considérable, d'9uguste Comte et du positivisme, conjuguée avec l'idéal démocratique. C'est cet éclectisme qui e0plique la fusion dans une culture politique originale Cqui distingue le républicanisme du libéralismeD, des th mes de la science et de la raison, du progr s et de la démocratie, de la cito,enneté, de l'éducation et de la la"cité 192 . 'n s'attachera ici à mettre en lumi re les deu0 principales réalisations institutionnelles des &épublicains au pouvoir, qui concernent la la"cité * la"cité de l'6cole et séparation des 6glises et de l'6tat 193 ? ceci en distinguant les principes fondateurs des facteurs plus conjoncturels, et en montrant les limites et tensions que contient ou rencontre la la"cité républicaine. Car les débats actuels sur la la"cité ne sont pas étrangers à ces probl mes posés d s les origines. #. +9 +9#C#%2 :C'+9#&2 * #nstruction publique et morale la"que. 9vant même la naissance de la %roisi me &épublique, les républicains avaient préconisé la séparation de l'6glise et de l'6tat 194 , c'est1à1dire la rupture avec le Concordat de 7GH7. ;ourtant, c'est dans le s,st me scolaire que s'accomplit d'abord, AH ans avant la loi de 7=HI, l'oeuvre la"cisatrice du régime 195 . #l faut rappeler d'abord, que l'organisation et la législation scolaires ont connu, avant les lois .err,, plusieurs changements successifs * affirmation de la liberté de l'enseignement par la Convention Cdécret de décembre 7<=KD ? suppression de cette liberté avec l'2mpire, qui établit le monopole de l'enseignement secondaire et supérieur pour l')niversité impériale, alors que le primaire reste sous le contr8le de l'6glise ? rétablissement de la liberté d'enseigner à partir de la &estauration, et renforcement de la position de l'6glise

dans le primaire et dans le secondaire. #l faut signaler aussi l'importante loi Qui-ot de 7GKK sur l'instruction publique * !en prévo,ant la création d'une école normale d'instituteurs par département et d'une école primaire par commune, écrit 9lain >o,er, elle posait les bases d'un enseignement de masse. 2t cet enseignement pouvait échapper peu à peu à la tutelle de l'6glise! 196 . C'est dans ce conte0te que sont votées les lois scolaires du 7R juin 7GG7 Cgratuité de l'enseignement primaire publicD, du AG mars 7GGA Csuppression de l'instruction religieuse dans les programmes et dans les édifices scolaires, instauration d'une instruction morale et civiqueD et du KH octobre 7GGR C!la"cisation! du personnel de l'enseignement primaireD 197 . Ces lois affirment aussi le caract re obligatoire de l'instruction primaire, mais maintiennent la liberté de l'enseignement, et n'instaurent donc ni monopole public, ni unification du s,st me scolaire. 2lles abrogent enfin nombre de dispositions antérieures qui donnaient au0 6glises un pouvoir d'intervention dans l'enseignement public. 2n bref, ces lois apportent une codification au0 principes de gratuité, de liberté, d'obligation, de neutralité et de la"cité en mati re scolaire ? mais il s'agit d'une codification comple0e, qui ne fait pas table rase de toute la législation et de l'organisation en vigueur jusqu'ici, et qui ne sera pas sans poser des probl mes d'interprétation. 'n indiquera d'abord comment ces lois scolaires et la la"cité de l'école s'inscrivent dans le projet républicain. Mais cette culture politique relie étroitement l'école à une conception particuli re de la cito,enneté et de la nation ? c'est pourquoi on anal,sera ensuite la question cruciale des rapports entre la"cité et morale. 9. +a cito,enneté, l'école et la la"cité. 1°/ Su22rage universel et ducation du peuple. +a disparition de la ##/ &épublique 198 avait montré au0 républicains qu'il ne suffisait pas d'instaurer le suffrage universel pour que la démocratie soit mise en place durablement, et que le peuple ne contribue pas à la conquête du pouvoir par les adversaires de la démocratie. +e th me de l'instruction du peuple va donc être étroitement lié, che- les républicains, à la réfle0ion sur l'e0ercice d'une cito,enneté qui ne débouche pas sur le despotisme. Cette crainte d'un dévoiement du suffrage universel apparaBt clairement dans le Manuel républicain C7G<AD du philosophe Jules >arni, pour ne prendre qu'un e0emple parmi la prolifération, surtout à partir du rétablissement de la &épublique, de te0tes participant de l'élaboration d'une doctrine républicaine 199 . >arni affirme que la &épublique ce n'est pas seulement la chose de tous, c'est aussi l'oeuvre de tous * !tous , doivent participer par le suffrage, l'imp8t, par le service militaire! 2 . 2t il ajoute que * le suffrage universel appelle l'#nstruction publique. :ans l'instruction qui éclaire les cito,ens sur leurs droits, leurs devoirs et leur véritable intérêt, les votes sont nécessairement aveugles et c'est alors que le suffrage universel, au lieu d'être l'e0pression des volontés d'un peuple libre, devient un instrument de despotisme. C...D +'ignorance des masses a toujours été pour le despotisme un mo,en de r gne ? elle serait, dans un gouvernement républicain, un contresens et une cause infaillible de mort. Ce qui intéresse directement notre propos est qu'il précise les caractéristiques de cette instruction qui doit être !élevée à la hauteur d'une institution publique! *

l'instruction indispensable à tout homme, à tout cito,en, l'instruction primaire doit être gratuite, C...D. 2lle doit être aussi rendue obligatoire C...D CetD doit être e0clusivement laïque. C...D C'est à la libre conscience de chacun de décider ce qui lui convient, C...D en mati re de religion. +'auteur de la formule !la &épublique doit être l'institutrice du peuple! met donc en relation la la"cité, l'école, la participation des cito,ens à la politique par le biais du suffrage universel et la &épublique, avec l'idée que la démocratie présuppose que soient remplies certaines conditions. #l faut préciser que le rapport entre cito,enneté et instruction doit être précisé pour lever l'ambigu"té de formules telles que celle, déjà rencontrée plus haut, de !cito,enneté fondée sur l'instruction!. )n discours de +éon Qambetta est sur ce point éclairant * le suffrage universel est un droit avant d'être l'e0ercice légal et régulier de la raison cultivée. C...D #l est le droit en e0ercice et il ne faudrait pas laisser dire un seul instant que son principe ou sa valeur peuvent dépendre de l'état intellectuel de tout un peuple, car cet état intellectuel, nul n'est en possession de le mesurer. C...D Cil fautD rapprocher les hommes par l'instruction afin d'éclairer chaque jour le suffrage universel 2 1 . 'n peut donc dire que si la la"cité républicaine est liée, à travers la question de la formation des cito,ens, au0 conditions d'e0ercice de la cito,enneté, elle ne !fonde! pas cette derni re sur l'instruction, au sens oE le droit de vote, par e0emple, serait dépendant d'un degré d'instruction, à la mani re d'un suffrage de t,pe !censitaire! 2 2 . 2°/ La la:cit de l' cole selon les r pu7licains. +es républicains ne partagent pas tous e0actement la même conception de la la"cité scolaire 2 3 . 'n commencera cependant par une présentation générale à partir d'e0traits du Dictionnaire de pédagogie et d)instruction primaire C7GG717=77D dirigé par le philosophe de formation et républicain .erdinand >uisson, personnage important de la ###/ &épublique par les responsabilités qu'il a occupées dans l'administration scolaire. $ous trouvons là les premi res définitions !républicaines! de la la"cité, dans deu0 articles rédigés semble1t1il par >uisson lui1même * articles !la"cité! et !la"que! 2 4 . +e premier article est consacré essentiellement à la la"cité de l'école, mais il replace celle1 ci dans un mouvement général dont la &évolution fran5aise constitue une rupture fondamentale en ce qu'elle affirme dans le droit à la fois la neutralité et l'indépendance de l'6tat par rapport à toute autorité religieuse * "aïcité 1 C...D le néologisme est nécessaire C...D. la la"cité de l'école à tous les degrés n'est autre chose que l'application à l'école du régime qui a prévalu dans toutes nos institutions sociales. $ous sommes partis C...D d'un état de choses qui consistait essentiellement dans la confusion de tous les pouvoirs et de tous les domaines, dans la subordination de toutes les autorités à une autorité unique, celle de la religion. C...D peu à peu les diverses fonctions de la vie publique se sont distinguées, séparées les une des autres et affranchies de la tutelle de l'6glise. C...D +a &évolution fran5aise fit apparaBtre pour la premi re fois dans sa netteté enti re l'idée de l'6tat la"que, de l'6tat neutre entre tous les cultes, indépendant de tous les clergés, dégagé de toute conception théologique. Cette définition de la la"cité de l'6tat montre déjà la comple0ité de la notion qui combine les idées de neutralité et d'indépendance, mais ne contient pas celle de !séparation! des

6glises et de l'6tat. >uisson ajoute qu'!un seul domaine avait échappé jusqu'à ces derni res années à cette transformation * c'était l'instruction publique C...D. +'enseignement primaire public, C...D, restait essentiellement confessionnel!. C'est donc la loi du AG mars 7GGA qui ach ve le processus de !sécularisation!. >uisson affirme alors * !la législation fran5aise est la seule qui ait établi le régime de la"cité d'une fa5on logique et compl te * la"cité de l'enseignement et la"cité du personnel enseignant!. +'auteur consacre alors d'importants développements à l'e0plicitation de ces deu0 composantes ? nous , reviendrons un peu plus loin car elles sont liées à la question de la neutralité scolaire et à celle de la morale. &emarquons que le lien entre la"cité scolaire et cito,enneté n'est pas abordé dans cet article. 2t c'est dans l'article !la"que! 2 5 , qui est essentiellement une anal,se ét,mologique, que l'auteur évoque la !démocratie! * +es constatations que nous venons de faire portent avec elles leur enseignement. C...D l'esprit clérical, c'est la prétention de cette minorité Cle clergéD à dominer la majorité au nom d'une religion. +es laïques, c'est le peuple, C...D, et l'esprit laïque , c'est l'ensemble des aspirations du peuple, du laos, c'est l'esprit démocratique et populaire. 2n rappelant que c'est le terme grec de demos qui définit le peuple des cito,ens, on vérifiera que >uisson s'inscrit bien, avec cet article dans ce que ;ierre .iala appelle la !néologie militante! liée à la définition républicaine de la la"cité. 2 6 'n notera cependant que, dans les deu0 articles anal,sés, >uisson ne met pas l'accent sur le rapport entre la"cité et formation des cito,ens à l'usage de la raison ? car, comme on va le voir, le rapport qu'il établit entre la"cité de l'école et politique se situe beaucoup plus sur le plan de la morale 2 7 . #l faudra donc préciser la place et la fonction de la morale dans la formation républicaine des cito,ens. Montrons auparavant comment ce rapport entre cito,enneté, éducation et la"cité est souligné par un autre personnage important de la ###/ &épublique, ;aul >ert, auteur d'un manuel d'!#nstruction civique à l'école! C7GGAD, et qui sera ministre de l'#nstruction publique en 7GG717GGA. (ans une conférence donnée le R juillet 7GGA, a,ant pour titre !(e l'éducation civique! 2 8 , ;aul >ert affirme la !nécessité de l'enseignement civique! car !à cette patrie libre chacun sent qu'il faut des cito,ens instruits et dévoués!. Mais s'il rend hommage au0 projets d'instruction civique de la période révolutionnaire, il dénonce aussi la !méthode catéchistique! qui leur était associée. 2n effet, pour lui, !l'enseignement par voie de catéchisme C...D est la plus mauvaise des préparations pour un cito,en intelligent et libre!, puisqu'elle impose, inculque de force, des dogmes qu'il s'agit d'!apprendre et réciter sans souci de comprendre!. +a formation des cito,ens suppose au contraire le développement de la !curiosité de l'esprit!? et !comme il n', a pas de raisonnement sans critique!, ;aul >ert se prononce en faveur de !l'introduction dans l'enseignement civique, à dose mesurée et sous une forme toujours respectueuse, de la critique des institutions et des lois!, qui ne sauraient être enseignées comme des !dogmes!. &eprenant ainsi le th me de la perfectibilité des lois et des institutions humaines cher à Condorcet, il fait clairement sentir que dans !la vieille querelle de l'éducation par la foi et de l'éducation par la raison!, sa préférence va à la formation d'un cito,en qui ait !appris à l'avance qu'il est des points dans ces lois et ces institutions qui sont discutables, douteu0 et perfectibles.! :elon Charles Coutel, qui rapproche Condorcet et ;aul >ert par leur commune critique des !présentations quasi1religieuses des Constitutions ou des (roits de l'Pomme!, !on trouve ici un des fondements de la la"cité de l'6tat et de l'école * on n'enseigne pas des dogmes au0 enfants car nos connaissances et nos institutions sont révisables! 2 9 .

+'anal,se de ces quelques te0tes de >arni, >uisson, >ert, Qambetta, montre bien comment l'oeuvre des républicains se situe dans une certaine filiation avec les +umi res et la période révolutionnaire. 'n voit surtout comment l'instauration du suffrage universel pose la question devenue cruciale de la formation des cito,ens, ce qui e0plique l'étroite imbrication des th mes de la cito,enneté, de la raison, de l'école, et de la la"cité de l'éducation, entendue ici comme rejet des dogmes et développement d'un esprit critique auquel sont soumises toutes les institutions humaines, , compris les institutions politiques. +e lien entre démocratie et la"cité est donc tout à fait clair dans la pensée républicaine. Mais l'importance donnée à l'éducation des cito,ens par la raison, ne doit pas faire oublier que la loi du AG mars 7GGA, on l'a signalé, ne se borne pas à supprimer l'instruction religieuse ? elle lui substitue une !instruction civique et morale! qui ne se limite pas à l'acquisition de savoirs et à un développement de l'esprit critique. C'est sur ce point décisif, et sur les débats qu'il entraBne inévitablement, qu'il faut revenir maintenant. >. Cito,enneté, neutralité de l'école et morale civique * les contradictions de la la"cité républicaine. ;our Lves (élo,e, qui a consacré une th se à la cito,enneté républicaine, le remplacement de l'instruction morale et religieuse par l'instruction morale et civique, est !l'innovation majeure de la loi du AG mars 7GGA! 21 . #l est d'ailleurs significatif que l'article 7, qui définit le contenu de l'enseignement primaire, commence ainsi * !+'enseignement primaire comprend * l'instruction morale et civique ? la lecture et l'écriture ? C...D!. 2t cette instruction morale et civique est étroitement liée la conception républicaine de la cito,enneté et de la nation. Mais la définition et la mise en place de cette morale civique ont suscité d'importants débats qui rév lent les difficultés de la !neutralité scolaire! et de l'instauration d'une !morale la"que!. 1°/ &nstruction morale et civi.ue$ citoyennet et nation. Lves (élo,e s'est attaché à anal,ser le contenu des manuels de morale et d'instruction civique en usage dans les écoles primaires, principalement à la fin du F#F/ si cle et au début du FF/. Cette étude permet de !recenser l'ensemble des prescriptions morales qui s'attache au r8le de cito,en!, et de !mieu0 comprendre la relation entre ce r8le social et une certaine conception de la nation et de la participation politique!. 2lle confirme, poursuit l'auteur, !la filiation qui e0iste, en .rance, entre la mise en place d'une appartenance cito,enne disjointe des autres appartenances sociales Cen particulier religieusesD et le développement d'un 6tat fort qui fait de la la"cité le principe essentiel de son autonomie et de sa différenciation!. 211 +a la"cité de l'école est donc liée à l'!édification du cito,en! ? mais elle se rattache aussi à la constitution d'une !identité nationale!. :oulignant l'apport de la théorie d'2rnest Qellner, selon laquelle ce n'est pas !la nation qui crée le nationalisme mais le nationalisme qui crée la nation!, dans un processus oE l'école joue un r8le central, (élo,e s'en écarte sur l'importance que Qellner accorde au facteur économique dans l'émergence du nationalisme * si le nationalisme crée la nation, ce n'est pas uniquement et historiquement, en .rance notamment, pour satisfaire un impératif économique. C'est d'abord pour résoudre une question politique C...D * comment homogénéiser la culture des cito,ens d'un 6tat1nation et, de la sorte, délimiter l'espace de l'identité civique et nationale C...D. C'est parce qu'il entend imposer une

certaine définition de l'identité civique et nationale que l'6tat a cherché à contr8ler C...D la socialisation civique. 212 Mais, à la fin du F#F/ si cle, les conceptions républicaines de la nation et de la cito,enneté sont loin de faire l'unanimité * )ne opposition majeure structure le débat sur la cito,enneté * celle qui oppose les républicains et les catholiques. :i l'humanisme universaliste et la foi dans le progr s transmis par la philosophie du FN###/ si cle incitent les moralistes républicains à penser que l'individu est capable de gouverner lui1même ses passions et ses comportements, le pessimisme ontologique des moralistes catholiques les am ne à refuser avec constance, toute dissociation entre la morale civique et la morale religieuse. C...D ;our les auteurs catholiques, Cc'estD la fusion du civisme et du catholicisme qui continue à fonder le lien civique. 213 2t, ajoute l'auteur, !derri re cette contestation de la cito,enneté CrépublicaineD, il faut discerner une réfutation plus profonde encore de la composante individualiste de la société démocratique!. 214 Contrairement au0 moralistes catholiques qui associent dans le même rejet, individualisme et cito,enneté CrépublicaineD, l'!individualisme républicain va chercher à concilier les intérêts de l'individu et ceu0 de la société politique. 215 Lves (élo,e montre alors comment l'instruction républicaine, dans cette perspective, instaure un lien étroit entre morale, la"cité et cito,enneté. ('abord, celle1ci suppose l'autonomie de la réfle0ion et la capacité de l'homme à se gouverner * non seulement il faut !éduquer la volonté!, mais il faut s'appu,er sur la raison pour réguler les passions dans un sens favorable à la société ? l'apprentissage de la morale la"que est donc centrale dans la formation du cito,en. 216 2nsuite, et plus largement, la définition de la morale la"que est au coeur du processus de séparation entre appartenance cito,enne et appartenance religieuse * la morale s'autonomise par rapport au0 religions, et !la religion est appelée à se retirer de l'espace scolaire! 217 * +a naissance de la morale la"que marque la fin du processus par lequel l'espace politique fran5ais Cdont l'école constitue l'instance de socialisation principaleD parvient à s'autonomiser du pouvoir religieu0 Cessentiellement catholiqueD en mettant un terme à l'appropriation hiérocratique de la morale civique. 9insi, le projet éducatif des républicains est bel et bien un projet politique particulier * il s'agit de réaliser les conditions favorables à l'épanouissement de la cito,enneté et de la démocratie. +a la"cité de l'école, à travers l'émancipation des individus par la raison et l'instauration d'une morale la"que est au coeur de ce projet qui s'oppose au0 conceptions d'origine catholique de la nation et de la cito,enneté. #l faut donc s'interroger sur le caract re !neutre! de ce projet, d'autant plus que les notions de !la"cité! et de !neutralité! sont fréquemment associées. ;our les auteurs de manuels scolaires !la"ques!, écrit Lves (élo,e, !la neutralité scolaire, c'est1à1dire l'indépendance et l'autonomie de la morale, constitue C...D le trait fondateur de la la"cité!. 218 #l est clair que dans cette optique, la neutralité est relative au fait religieu0 Cdogmes, prescriptions, institutionsD ? il reste à préciser à quoi s'applique cette r gle de neutralité. (e plus, la neutralité n'implique donc pas un !vide moral! ? il convient alors de préciser le contenu de cette morale la"que et les conditions de sa définition et de son enseignement. 2°/ Les multiples dimensions de la neutralit scolaire.

+a neutralité de l'école peut renvo,er à la neutralité de l'enseignement, à celle du personnel enseignant, ou encore à celle des él ves. +es lois .err, et Qoblet concernent les deu0 premiers points, mais on dira quelques mots du troisi me, compte tenu de l'importance qu'il a prise récemment 219 . +a neutralité de l'enseignement public, c'est avant tout la neutralité religieuse, puisque l'article A de la loi de 7GGA stipule que !l'instruction religieuse! pourra être donnée au0 enfants, à l'initiative de leurs parents !s'ils le désirent!, !en dehors des édifices scolaires! 22 . +'article !la"cité! de .erdinand >uisson est tout à fait clair sur ce point * 4ue faut1il entendre par la"cité de l'enseignement3 C...D l'enseignement primaire est la"que, en ce qu'il ne se confond plus avec l'enseignement religieu0. +'école, de confessionnelle qu'elle était, est devenue la"que, c'est1à1dire étrang re à toute église ? C...D elle est !neutre quant au culte!. +es él ves de toutes les communions , sont indistinctement admis, mais les représentants d'aucune communion n', ont plus d'autorité, n', ont plus acc s. C'est la séparation, si longtemps demandée en vain, de l'6glise et de l'2cole. 221 +a neutralité, c'est aussi celle du personnel enseignant. ;our le primaire, elle est établie par les lois de 7GGA et 7GGR 222 . +a mise en oeuvre de ces lois supposait un délai pour que le personnel enseignant congréganiste jusque là tr s nombreu0 dans les écoles publiques, puisse être remplacé progressivement par du personnel !la"que! formé dans les écoles normales d'instituteurs et d'institutrices. 2nfin, la neutralité peut concerner les él ves. Cette question ne semble pas avoir été abordée par les républicains des débuts de la ###/ &épublique. Jean >oussinesq fait remarquer que !les te0tes réglementaires concernant les él ves ont commencé par des interdictions portant sur la propagande politique . 9insi les circulaires de 7=AI, de 7=KJ et de 7=KR! 223 . 4uant à la neutralité religieuse des él ves, elle n'aurait été codifiée qu'en 7=K< dans une circulaire du ministre Jean Xa,, qui visait principalement le prosél,tisme 224 . +e probl me délicat qui surgit alors inévitablement, est celui de l'appréciation du prosél,tisme d'un comportement, d'une attitude, voire du port d'un signe particulier. Mais la grande affaire de la loi de 7GGA, c'est l'instauration de l'instruction morale et civique. C'est à cette occasion que les républicains vont introduire la distinction entre !neutralité religieuse! et !neutralité philosophique!. 0°/ Les pro7l;mes d'une instruction morale et civi.ue. &appelant le cél bre propos de Jules .err, au cours de la discussion de la loi de 7GGA 1 !il , a deu0 esp ces de neutralité à l'école * il , a la neutralité confessionnelle et la neutralité philosophique. 2t il ne s'agit dans cette loi que de la neutralité confessionnelle!, >uisson affirme à la fois la nécessité et la compatibilité avec la la"cité, d'une éducation morale * :i par la"cité de l'enseignement primaire il fallait entendre la réduction de cet enseignement à l'étude de la lecture et de l'écriture, C...D, toute allusion au0 idées morales, philosophiques et religieuses étant interdite comme une infraction à la stricte neutralité, nous n'hésitons pas à dire que s'en serait fait de notre enseignement national. C...D +'enfant du peuple a besoin d'autre chose que de l'apprentissage technique de l'alphabet et de la table de ;,thagore C...D 'r, qui peut prétendre qu'il , ait une éducation sans un ensemble d'influences morales, sans une culture générale de l'Ome, sans quelques notions sur l'homme lui1même, sur ses devoirs et sur sa destinée3 225

Cette conception de l'éducation n'est1elle pas alors incompatible avec la neutralité de l'enseignement3 >uisson rejette la possible objection en indiquant qu'!on pousserait le s,st me à l'absurde si l'on demandait au maBtre de ne pas prendre parti entre le bien et le mal, entre la morale du devoir et la morale du plaisir, C...D!. 226 #l reste alors à déterminer le contenu, les modalités et les limites de cette instruction morale qui est jugée compatible avec la la"cité. Cette éducation se distingue d'abord tr s nettement des autres enseignements comme l'indique le te0te de l' !instruction du A< juillet 7GGA! que cite >uisson * Cette éducation n'a pas pour but de faire savoir, mais de faire vouloir ? elle émeut plus qu'elle ne démontre ? devant agir sur l'être sensible, elle proc de plus du coeur que du raisonnement ? elle n'entreprend pas d'anal,ser toutes les raisons de l'acte moral, elle cherche avant tout à le produire, à le répéter, à en faire une habitude qui gouverne la vie. C...D la société la"que et démocratique a en effet l'intérêt le plus direct à ce que tous ses membres soient initiés de bonne heure C...D au sentiment de leur dignité et à un sentiment non moins profond de leur devoir et de leur responsabilité personnelle... 227 +a !mission! de l'instituteur est ainsi délimitée * !elle consiste à fortifier, C...D, ces notions essentielles de moralité humaine, communes à toutes les doctrines et nécessaires à tous les hommes civilisés.! 228 9 lire ces te0tes, on comprend que pour les républicains, la la"cité de l'école ne se réduit pas à la substitution de la raison critique à l'inculcation de !dogmes!? elle suppose aussi la référence à un fond commun de normes et de valeurs. +'allusion claire à la démocratie rappelle que les questions anciennes que se posaient les +umi res, sur les liens nécessaires entre la cito,enneté et la raison ou la !vertu!, sont au centre des préoccupations des républicains de la ###/ &épublique * l'émancipation nécessaire des cito,ens , par l'usage de la raison, est1elle un fondement suffisant à la démocratie et à l'unité du corps politique3 9vant de revenir sur cette question, soulignons le probl me que pose l'instauration d'une éducation morale dans un cadre de neutralité et, ne l'oublions pas, de libertés individuelles, en mati re de conscience notamment. +a !+ettre au0 instituteurs! 229 de Jules .err, est sur ce point une référence essentielle. Mais .err, s'était déjà e0primé sur la question de la morale avant le vote de la loi de 7GGA, en particulier dans un discours d'avril 7GG7 oE il précise les raisons, selon lui, d'introduire un enseignement moral distinct de l'enseignement confessionnel, et donné par les instituteurs * ;ourquoi cet enseignement ne doit1il pas être confessionnel3 ;arce que, à la différence des s,st mes religieu0 et philosophiques qui varient à l'infini, ce qui caractérise l'enseignement moral, c'est sa merveilleuse et constante unité. C'est parce qu'il n', a qu'une morale, quelle que soit du reste la base qu'on veuille lui donner, de quelque source qu'on qu'on la fasse jaillir, sur quelque notion scientifique ou sur quelque conception idéaliste qu'on la fasse reposer ? c'est parce que cette morale est une et claire dans ses préceptes, qu'elle rel ve de votre enseignement. C...D C'en est asse- pour que l'enseignement moral n'ait pas besoin d'être confessionnel, pour qu'il devienne séculier, la"que, comme tout autre enseignement 23 . 2n bref, la nécessité de l'éducation morale et la diversité des morales d'origine religieuse ou philosophique impliquent que cette éducation morale publique soit la"que. 'n se demande alors quel est le contenu de cette morale, et quelles sont les limites de cette éducation compte tenu de l'infinie variété soulignée par .err,, et surtout de la liberté de conscience des familles3

(ans la !+ettre au0 instituteurs! du A< novembre 7GGK, .err, réaffirme que par le vote de la loi de 7GGA, !le législateur n'a C...D pas entendu faire une oeuvre purement négative! * s'il s'est agi d'abord de !séparer l'école de l'6glise, d'assurer la liberté de conscience des maBtres et des él ves, de distinguer enfin deu0 domaines trop longtemps confondus! Cles cro,ances 1 !personnelles, libres et variables!, des connaissances 1 !communes et indispensables à tous!D, il ajoute qu'il , a !autre chose! dans cette loi * !la volonté de fonderC...D une éducation nationale!. Cette éducation sera fondée sur des !notions du devoir et du droit!, c'est pourquoi l'instituteur enseignera aussi au0 enfants * !ces r gles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage et du calcul!. (evan5ant les objections possibles C!placer le but ou trop haut ou trop bas!D, il précise ainsi ce qu'il entend par !principes de la morale!* j'entends simplement cette bonne et antique morale que nous avons re5ue de nos p res et m res et que nous nous honorons de suivre dans les relations de la vie, sans nous mettre en peine d'en discuter les bases philosophiques. Conscient du probl me des limites de cette éducation morale, que risquent de rencontrer les instituteurs, .err, leur propose une !r gle pratique! * 9u moment de proposer au0 él ves un précepte, une ma0ime quelconque, demande-1vous s'il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous alle- dire. (emande-1vous si un p re de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il vous entendrait dire. :i oui, abstene-1vous de le dire? sinon, parle- hardiment * car ce que vous alle- communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre sagesse ? c'est la sagesse du genre humain, c'est une de ces idées d'ordre universel que plusieurs si cles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l'humanité. Cette !r gle pratique! ne manque pas de poser des probl mes immenses, maintes fois relevés depuis. ('abord, on peut se demander s'il ne s'agit pas d'enseigner une morale minimale, consensuelle, un !plus petit commun dénominateur! moral ? mais si un tel enseignement ne doit !froisser! aucun !honnête homme!, n'est1il pas alors redondant avec l'éducation morale donnée à leurs enfants par la généralité des parents3 2t quelle est par conséquent sa spécificité par rapport à celle1ci3 2nsuite, ne postule1t1on pas ici, l'e0istence d'un patrimoine moral universel3 $'est1ce pas, en fait, prendre acte du fondement judéo1chrétien de cette !bonne et antique morale!, laquelle ne peut donc que difficilement heurter une population elle1même fortement marquée par cette influence3 4u'en est1il de la validité de ce principe dans le cas oE des populations d'origine culturelle différente ne partageraient pas cette !antique morale!3 2nfin, on doit souligner, avec Qu, Paarscher, le caract re aporétique de la position défendue ici par .err, ? opposant !le rationalisme dogmatique et intolérant qui semble être celui de >uisson! à la !neutralité sereine! selon .err,, il ajoute * !sa proposition, tolérante et généreuse, risque de devenir intenable * une !opinion quelconque! Cà respecterD, ce n'est pas n'importe quelle opinion, puisqu'il en est qui offensent directement les valeurs humanistes et démocratiques! 231 . 'n peut penser en effet que la solution de .err,, ou bien, suppose le probl me moral résolu Cil e0iste un patrimoine moral partagéD, ou bien restreint le contenu de l'éducation

morale jusqu'à le vider de tout contenu C puisqu'il ne faut froisser aucune familleD. 'n entrevoit ici les difficultés que rencontre la volonté de fonder et d'enseigner une morale publique la"que dans une société différenciée sur le plan culturel et religieu0, tout en respectant la liberté de conscience. +es difficultés de l'instauration d'une morale la"que sont soulignées par 2mile (urTheim. &appelons que la question de l'éducation est une de ses principales préoccupations, du fait de la tension qu'il per5oit entre développement de l'individualisme et cohésion de la société 232 . C'est pourquoi le sociologue s'intéresse au0 processus de socialisation des individus et donc à l'école. 9ffirmant que !la société ne peut vivre que s'il e0iste entre ses membres une suffisante homogénéité!, il propose une définition de l'éducation d'oE il découle que celle1ci !consiste en une socialisation méthodique de la jeune génération! 233 . +'éducation est un fait social, ce que rév le sa variabilité d'une société à l'autre ? de plus, elle répond à des nécessités sociales. ;lut8t donc, que de parler de l'éducation en général, de mani re abstraite, il faut étudier chaque s,st me éducatif comme fait social particulier. +'important ici, est que non seulement (urTheim justifie le r8le de l'6tat en ce domaine, mais il envisage la place dans cette éducation de la morale. 'r, le cours qu'il consacre à l' !éducation morale! est introduit par une référence e0plicite à l'instauration d'une éducation morale !purement la"que! à l'école, Cdans un conte0te de !crise du s,st me pédagogique traditionnel!D 234 * ;ar là, il faut entendre une éducation qui s'interdise tout emprunt au0 principes sur lesquels reposent les religions révélées, qui s'appuie e0clusivement sur des idée, des sentiments et des pratiques justiciables de la seule raison, en un mot, une éducation purement rationaliste 235 . 'r, e0plique (urTheim, il en résulte des !probl mes nouveau0!. :'il rend hommage a l'oeuvre des républicains qui en achevant le processus historique d'autonomisation de la morale par rapport à la religion, étaient !dans le sens de l'histoire!, il montre les limites de la morale la"que des républicains * 'n l'a surtout con5ue, en effet, comme une opération purement négative. #l a paru que, pour la"ciser, pour rationaliser l'éducation, il suffisait d'en retirer tout ce qui était d'origine e0tra1 la"que. C...D #l suffirait d'enseigner, comme on a dit, la vieille morale de nos p res, mais en s'interdisant de recourir à aucune notion religieuse. 'r, en réalité, la tOche était beaucoup plus comple0e. 236 2n effet, précise l'auteur, à procéder uniquement par élimination de tout ce qui est religieu0, on s'e0pose à n'obtenir, comme morale rationnelle, qu'une !morale appauvrie et décolorée!? il faut donc e0traire des conceptions religieuses, leur contenu moral, !découvrir les substituts rationnels de ces notions religieuses qui, pendant si longtemps, ont servi de véhicule au0 idées morales les plus essentielles!. $ul doute donc, que (urTheim est convaincu de la possibilité de déterminer, par des procédés rationnels, le contenu d'une morale la"que. #l ne s'ensuit pas qu'il s'agit d'une morale universelle * !nous n'avons pas à chercher ici ce que doit être l'éducation morale pour l'homme en général, mais pour l'homme de notre temps et de notre pa,s!. 237 #l , a là une nette rupture avec les tendances universalistes de la pensée la"que au F#F/ si cle. 238 'n peut toutefois se demander si le sociologue n'ouvre pas ici la voie à un certain relativisme moral ? de plus la possibilité de déterminer le contenu de l'éducation morale par le procédé qu'il développe n'est1elle pas remise en cause à la fois par la

différenciation religieuse et culturelle des sociétés, et le fait que leurs transformations rapides les mettent en présence de probl mes !morau0! nouveau0. 4uoi qu'il en soit, il est clair que la question de la définition du contenu de la morale la"que pose des probl mes comple0es. &etenons que le principe de la neutralité scolaire est problématique dans la mesure oE il est combiné avec celui d'une éducation morale. 'n a ici l'origine d'une tension ou contradiction interne au !camp la"que!, et peut1être même à la la"cité républicaine. 2lle est soulignée par de nombreu0 auteurs, qui ne s'accordent cependant pas toujours pour associer tel républicain à telle conception de la la"cité. 9insi 9lain >ergouniou0 évoque1t1il la !tension interne constitutive de l'idée la"que telle qu'elle a été mise en oeuvre!. 'n peut identifier, selon lui, !deu0 conceptions philosophiques et politiques C...D longtemps fortement mêlées! * +a premi re, d'inspiration libérale, raisonne essentiellement en termes de séparation, entend que la religion demeure une affaire de droit privé et définit avant tout la la"cité comme un devoir de neutralité. +a seconde, portée par la conviction rationaliste et la confiance dans les progr s de la science, voit dans la la"cité une morale rationnelle pleinement capable d'organiser toute la société au fur et à mesure que l'éducation étend son influence. 239 ;our l'auteur, cette tension interne entre !fondement libéral! et !fondement rationnel! est à l'origine de nombreu0 débats qui touchent aussi bien à la question scolaire, qu'à celle de la séparation des 6glises et de l'6tat. ##. +9 :2;9&9%#'$ (2: 6Q+#:2: 2% (2 +'6%9%. +a loi de 7=HI est souvent considérée comme l'ach vement du processus de la"cisation commencé, sous la ###/ &épublique, avec l'instauration de la la"cité scolaire. Cette loi entraBne le passage d'un régime de !reconnaissance! des cultes à un régime de !séparation!. Ce dernier n'est pas sans poser, d'ailleurs, de multiples probl mes qui e0pliquent les modifications de la lois et de ses modalités d'application au cours du si cle. #l n'est pas question ici, de reprendre l'histoire tr s comple0e de ce processus. 'n mettra plut8t l'accent sur les éléments importants pour comprendre certains débats actuels. 'n précisera donc la signification des termes !reconnaissance! et !séparation!? on indiquera les raisons et les modalités de cette séparation, ainsi que sa signification pour les républicains qui l'imposent en 7=HI ? on évoquera enfin les probl mes qu'elle a posés. 9. (u Concordat de 7GH7 à la loi de 7=HI * !reconnaissance! des cultes et !séparation!. 2n quoi a consisté le Concordat3 4uelles sont les causes de la !séparation!, la signification et le contenu essentiel de la loi de 7=HI3 2ssa,er de répondre à ces questions permet d'entrevoir des divergences d'interprétations de l'histoire contemporaine qui ne sont pas sans rapport avec les débats actuels sur la la"cité. 1°/ Le )oncordat de 1>11. 'n a vu que la &évolution fran5aise avait e0périmenté une premi re séparation de l'6glise et de l'6tat. Cette séparation est remplacée d s 7GH717GHA par le s,st me dit !concordataire!, dont l'importance historique est considérable puisqu'il a organisé les relations 6tat16glises en .rance pendant plus d'un si cle, et est encore en vigueur dans les trois départements d'9lsace1 +orraine qui étaient allemands au moment de l'instauration de la séparation.

Ce !s,st me concordataire! comprend d'une part, le Concordat au sens strict, négocié longuement puis conclu par $apoléon >onaparte et le pape ;ie N## le 7I juillet 7GH7 ? d'autre part, les !articles organiques! imposés unilatéralement par >onaparte, en avril 7GHA, qui r glent les modalités d'application du Concordat, et concernent aussi le protestantisme 24 . ;ar le Concordat, le pouvoir politique !reconnaBt! que le catholicisme est !la religion de la grande majorité des .ran5ais!? s'il n'est donc plus religion d'6tat 241 , il retrouve un statut privilégié par rapport au0 autres cultes * !il est reconnu officiellement par l'6tat, qui garantit sa liberté et verse un traitement à ses ministres. #nversement, l'6tat conserve ou plut8t retrouve un certain contr8le sur l'6glise catholique car il intervient dans la nomination des évêques, et l'e0ercice des cultes doit être conforme à ses lois! 242 . +es !articles organiques! vont accentuer le retour à l'inspiration gallicane, puisque l'6tat va contr8ler de fa5on stricte l'organisation et les activités de l'6glise catholique et des deu0 6glises protestantes 1 calviniste et luthérienne. 9insi, le s,st me concordataire affirme l'autonomie de l'6tat, puisque l'6glise catholique, en particulier, reconnaBt sa primauté, mais il n', a pas de séparation puisque, dans la tradition gallicane, il maintient le contr8le du pouvoir politique sur les affaires religieuses. #l est clair, par ailleurs que sont maintenues la liberté de conscience et de culte, ainsi que l'égalité en droit des individus, héritées de la &évolution ? mais il ne s'ensuit pas une égalité de traitement des différentes religions. 'n comprend alors les divergences d'interprétation à propos de la signification du !s,st me concordataire! . ;our Jean >aubérot, le concordat, qu'il qualifie de !pacte concordataire! correspond à un !premier seuil de la"cisation! 243 , +'auteur en résume ainsi les !trois grandes caractéristiques!* 7D "a *ragmentation institutionnelle 8 la religion n'est plus une institution englobante, et l'6tat et la société ont une consistance propre en dehors de toute référence religieuse. (es institutions qui se situaient dans la sph re d'influence de la religion se structurent, se développent et prennent une progressive autonomie C...D. AD "a reconnaissance de légitimité. #l e0iste des !besoins religieu0! socialement objectifs, dont la prise en charge est assurée par diverses institutions religieuses, les !cultes reconnus! C...D. KD "a pluralité des cultes reconnus. +'6tat est incompétent pour imposer des doctrines religieuses. :i le catholicisme est la religion majoritaire, tous les cultes reconnus sont juridiquement égau0. #ls peuvent coe0ister pacifiquement dans la société et contribuer à cimenter le tissu social C...D 244 . 4ue l'on puisse parler de !premi re la"cisation!, c'est ce que conteste Maurice >arbier * +'6tat s'est détaché de la religion et en est devenu indépendant * en ce sens, c'est un 6tat la"que. Mais il ne l'est pas encore compl tement, car il reste lié au0 6glises et continue à les contr8ler. #l n'est pas enti rement séparé de la religion, puisqu'il reconnaBt officiellement plusieurs cultes, et leur apporte son soutien financier. 245 'n voit bien ici que des conceptions ou définitions différentes de la la"cité entraBnent un désaccord sur l'interprétation de l'histoire. Mais il , a plus.

9nal,sant le débat entre >aubérot et >arbier, Qu, Paarscher fait d'abord remarquer que le premier lui !semble surtout insister sur le mouvement général par lequel la religion perd dans la société sa position dominante!. 2t il ajoute* Mais il faut bien dire qu'un tel processus est plus historique et sociologique que strictement juridique, et que ce n'est pas le régime concordataire qui l'a engendré* le Concordat est d'ailleurs muet sur la question de l'école, qui va de fa5on décisive accélérer le mouvement de la"cisation C...D 246 . 'n peut donc se demander pourquoi Jean >aubérot ne rep re un !premier! seuil de la"cisation qu'au début du F#F/ si cle, alors que le processus de !la"cisation! tel que cet auteur semble le concevoir Cautonomisation, liberté religieuseD est antérieur et s'accentue d'ailleurs au début de la &évolution ? l'important pour >aubérot n'est1il pas alors dans la mani re dont cela se réalise3 ('oE son insistance sur la notion de !pacte!. 'n , reviendra. Qu, Paarscher poursuit son anal,se en indiquant * la divergence entre >aubérot et >arbier est sous1tendue par une opposition qui traverse toute la la"cité contemporaine. C...D ;our les uns, la la"cité doit s'émanciper du gallicanisme Cou de sa forme moderne, le jacobinismeD, tandis que pour les autres, c'est le contr8le de la &épublique sur les confessions Cdans le respect de la liberté de conscience et de culteD qui garantit la !privatisation! des 6glises 247 . :'arrêter sur ce débat permet ainsi de repérer non seulement des conceptions différentes de la !la"cité!, mais aussi des visions différentes du processus d'instauration de celle1ci ? on verra bient8t qu'il n'est en effet pas indifférent de présenter ce processus comme une action unilatérale du pouvoir politique ou comme une succession de !pactes!. 4uoi qu'il en soit, le !s,st me concordataire! offre à l'6glise catholique surtout une position institutionnelle dominante, même si d'autres cultes sont reconnus, et si la liberté religieuse est réaffirmée. 2°/ Les origines de la loi de 1C13. 'n a déjà indiqué que l'idée de séparation des 6glises et de l'6tat figurait dans le programme de >elleville des républicains en 7GR=. 2lle est étroitement liée à l'anticléricalisme qui se développe tout au long du F#F/ si cle, en réaction à ce qui est per5u comme la mainmise de l'6glise de l'6glise catholique sur l'école et la société 248 . Cet anticléricalisme a des raisons doctrinales 1 l'opposition irréductible selon les républicains entre l'émancipation par la raison et l'influence de l'6glise sur les esprits 1 et d'autres plus conjoncturelles. Ces derni res ont trait , écrit :erge >erstein, à la !collusion de fait établie entre la majorité des catholiques et les adversaires de la &épublique. Cette situation va déboucher, apr s l'affaire (re,fus sur la volonté politique des républicains de briser les facteurs d'influence de l'6glise sur la société! 249 . +es républicains ont cependant hésité longtemps entre une séparation radicale et le maintien d'un certain contr8le de l'6tat sur les 6glises ? ils ont divergé aussi sur la mani re de réaliser cette séparation 25 . #l semble donc que ce soit l'affaire (re,fus qui précipita la mise en oeuvre de la séparation, en accentuant ou en faisant mieu0 apparaBtre les points de désaccord fondamental entre les conceptions de la société et de la politique des républicains et de l'6glise catholique. 251

0°/ La loi de s paration de 1C13 et ses interpr tations. +a loi de 7=HI réaffirme dans son article 7 les libertés de conscience et de culte, qui sont reconnues depuis la &évolution fran5aise. &emarquons la formulation positive de la loi, qui assigne à l'6tat un r8le actif * !+a &épublique assure la liberté de conscience. 2lle garantit le libre e0ercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci1apr s dans l'intérêt de l'ordre public!. 252 Mais la nouveauté tient dans l'article A qui met fin au régime des !cultes reconnus!, instauré par le Concordat et les 9rticles organiques* !+a &épublique ne reconnaBt, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. C...D.! ('oE il découle notamment la suppression du !budget des cultes!. Mais les aspects matériels et financiers ne doivent pas faire négliger l'importance de la notion clé, celle de !reconnaissance!. ;récisons donc avec Jean >oussinesq que le terme !reconnaBt!, utilisé dans la loi * ne signifie nullement que l'6tat nie l'e0istence de droit CprivéD des 6glises comme corps constitués. C...D +'article A signifie donc qu'il n', a plus d'6glise privilégiée en droit et que, par conséquent, toutes les 6glises Cprésentes et à venirD sont juridiquement égales. +'article A pose de fa5on équivalente que les 6glises ne sont plus de droit public, et qu'elles n'interviennent pas comme telles dans le fonctionnement politique de l'6tat. 253 Ce que la loi de 7=HI affirme et met en place, outre la liberté religieuse, c'est donc la neutralité de l'6tat et l'indépendance du politique par rapport au religieu0, au mo,en de la séparation et de l'égalité juridique des 6glises 254 . +a loi de 7=HI, tout comme le Concordat, suscite, aujourd'hui encore, des divergences d'interprétation. Jean >aubérot parle à ce propos de !deu0i me seuil de la"cisation! et surtout de !pacte la"que!, en se fondant sur le fait que le te0te finalement voté instaure plus une séparation de compromis, souhaitée par Jaur s et >riand que la !la"cité de combat! voulue par 6mile Combes. Cette anal,se en terme de !pacte! est vivement critiquée par nombre d'auteurs, qui font remarquer que si le vote de la loi de 7=HI a donné lieu à des compromis, c'est principalement à l'intérieur du camp républicain, et surtout, que la séparation est imposée unilatéralement au0 6glises par l'6tat. 255 9joutons que parler de !pacte! supposerait que l'on soit en mesure d'identifier clairement les signataires du !contrat!, de montrer l'e0istence de négociations aboutissant à cet accord de compromis. 'r il n'est pas sans intérêt de noter l'hétérogénéité radicale entre les deu0 !pactes! dont parle Jean >aubérot. +e !pacte concordataire! est conclu entre le chef de l'6tat, $apoléon >onaparte et le chef de l'6glise catholique, qui est aussi le chef de l'6tat pontifical C et on a noté que les 9rticles organiques sont imposés par le pouvoir politiqueD. +e !pacte la"que! républicain correspond au vote par une majorité parlementaire d'une loi de séparation qui s'impose à toutes les 6glises , et on ne voit pas ce qui autorise à interpréter ce vote comme un accord conclu entre des partenaires d'ailleurs mal identifiés * l'6tat, les républicains, les 6glises, le ;arlement3 (e plus, il nous semble qu'il , a quelque danger à introduire ainsi une sorte de continuité et de similitude entre les différents moments de l'histoire mouvementé et tr s contrastée des rapports entre religion et politique en .rance depuis la &évolution. Cela ne risque1t1il pas de suggérer que, finalement, les !étapes! C!seuils!D de mise en place et de transformation de la la"cité, résultent toujours de négociations1conclusion d'accord de compromis entre les autorités politiques et les diverses autorités religieuses. 256

4uoi qu'il en soit, ces anal,ses sugg rent que l'interprétation de l'histoire de la la"cité en .rance est une composante du débat actuel sur la la"cité elle1même. #l faut maintenant revenir sur les probl mes que posent la formulation et l'application de la loi de 7=HI. >. +es probl mes posés par la séparation * la question de l'organisation de la pratique religieuse. +e fait religieu0 , on l'a indiqué, ne se réduit pas à un fait de conscience et de cro,ance * il a une dimension collective. +a pratique d'une religion suppose donc une organisation institutionnelle, matérielle, qui renvoie à la structure et au mode de fonctionnement internes des 6glises, mais aussi au0 !temps et au0 lieu0 du religieu0! ainsi qu'à ses !manifestations culturelles! 257 . C'est ce qui e0plique, au moins en partie, la comple0ité de la législation sur le sujet et les nombreu0 aménagements survenus depuis 7=HI, sur fond de modification des rapports de forces. 2cartons tout de suite une confusion fréquente. (ire que la loi de 7=HI fait sortir le religieu0 de la sph re publique ne signifie pas que celui1ci est refoulé dans la sph re privée individuelle. 2n droit, l'e0pression !publique! Cau sens courant du termeD et collective des cro,ances et pratiques religieuses n'est pas interdite par la loi de séparation ? elle est seulement encadrée juridiquement et réglementairement, pour tenir compte des nécessités de l'ordre public et de l'intérêt général, du fait notamment de la diversité de ces manifestations et de leur éventuelle incompatibilité avec les principes générau0 de la &épublique. 258 (u point de vue de l'organisation de la pratique religieuse, la mise en oeuvre de la loi de 7=HI a posé de sérieu0 probl mes au début de ce si cle ? mais des questions importantes restent posées aujourd'hui. 1°/ Les limites et les di22icult s d'application de la loi de 1C13. Maurice >arbier, que l'on suit ici de pr s, indique une série de limites que la loi de séparation présente tant dans son contenu que dans son application 259 . ('abord, selon lui, !cette séparation est incompl te! car elle accorde à l'6tat !des prérogatives qui vont au1delà de ce qu'e0igent ces fonctions légitimes! que sont !assurer le libre e0ercice du culte et veiller à ce qu'il ne trouble pas l'ordre public!. 9insi, !les dispositions concernant les associations cultuelles sont abusives et inadaptées!? de plus, !la loi de 7=HI concerne seulement les cultes et leur e0ercice, comme si la religion s', réduisait! * elle ne modifie pas le statut des congrégations, que l'6tat continue à contr8ler étroitement. C'est pourquoi, pour l'auteur, cette emprise e0cessive de l'6tat, qui peut traduire une opposition à la religion ou un !reste! de gallicanisme, justifie partiellement certaines critiques de l'6glise catholique. 2n effet, l'application de la loi a rencontré les plus grosses difficultés avec l'6glise catholique, principalement sur la question des associations cultuelles prévues par la loi, afin d'assurer la gestion des biens mobiliers et immobiliers servant au culte. +eur mode de constitution et de fonctionnement risquait de remettre en cause l'unité et la structure hiérarchique de l'6glise catholique, dans la mesure oE !plusieurs associations pourraient se former pour l'e0ercice du même culte et réclamer les biens concernés!, et oE ces associations !loi de 7=H7!, devaient supporter des contraintes supplémentaires en mati re d'organisation territoriale, contraires à l'organisation en dioc ses et paroisses. C'est ce qui e0pliquerait l'opposition du pape ;ie F à la constitution des associations cultuelles catholiques. +e probl me ne fut résolu qu'en 7=A7, lorsque furent imaginées les associations diocésaines.

('autre part, la législation sur les congrégations a été assouplie, et ne nécessiterait plus, selon >arbier, qu'un !toilettage!, pour !rendre l'6tat enti rement la"que et pour mieu0 assurer la liberté religieuse!. +a séparation rencontre cependant dans son application, une limite non dépassée à ce jour. 'n sait que pour des raisons historiques, la loi de 7=HI n'est pas appliquée sur la totalité du territoire 26 , ce qui pose le probl me de l'unité de la &épublique, dans la mesure oE la Constitution de 7=IG définit la .rance comme une !&épublique indivisible, la"que, démocratique et sociale! ? si la la"cité n'est pas définie constitutionnellement, il est clair qu'ou bien la la"cité n'est pas instaurée sur tout le territoire, ou bien ce sont deu0 conceptions différentes de la !la"cité! qui s', appliquent. ;our Maurice >arbier, !la la"cité n'est pas appliquée d'une mani re générale et rigoureuse. :i important soit1il, ce principe est subordonné à l'intérêt supérieur de l'6tat et il est écarté quand c'est nécessaire ou utile à celui1 ci!. #l est donc abusif d'affirmer, comme on le fait parfois, que la la"cité !s'accommode! de la reconnaissance des cultes, signifiant par là que la"cité et !reconnaissance! ne seraient finalement pas incompatibles ? car tout se passa alors comme si l'e0ception à la norme devait justifier la transformation de la norme. +a situation des trois départements de l'2st risque donc de prendre une place importante dans le débat, si la loi de séparation est mise en débat, et ceci particuli rement dans la perspective d'une construction européenne qui s'affirmerait sur les plans politiques et juridiques, dans une 2urope oE la !séparation à la fran5aise! fait plut8t figure d'e0ception. Mais c'est déjà, ici, évoquer des interrogations contemporaines. 2°/ Pro7l;mes de 2inancement et .uestion des rapports entre autorit s pu7li.ues et repr sentants des cultes. +a loi de 7=HI précise que la &épublique ne subventionne aucun culte ? en un sens, elle entérine donc l'inégalité de fait entre les 6glises anciennement installées, qui bénéficient de l'usage d'un patrimoine mobilier et immobilier considérable, et une religion comme l'islam pour laquelle ce n'est pas le cas. C'est pourquoi se pose la question du financement des lieu0 de cultes pour les musulmans. #l s'est déjà posé dans les années 7=AH ? la construction de la Qrande Mosquée de ;aris a été en partie financée sur fonds publics. ;our >arbier, il , a là !un e0emple original d'entorse à la la"cité. C...D 9 l'évidence, dans cette affaire qui ne rencontra pratiquement pas d'objections, la la"cité de l'6tat n'était pas respectée.! 261 Ce probl me reste actuel, compte tenu de l'importance de la !communauté musulmane! en .rance aujourd'hui. 2t la contribution financi re d'6tats étrangers pose la question de la possible dépendance à l'égard de ceu01ci des organisations ou associations musulmanes. 262 +a loi de 7=HI pose enfin, de mani re particuli re pour l'islam, la question des rapports ordinaires entre autorités publiques et institutions religieuses. 'n a déjà indiqué que la !non1 reconnaissance! des cultes n'implique pas l'absence de relations entre celles1ci. Mais la loi de 7=HI stipule que l'6tat s'abstient d'intervenir dans l'organisation interne des !6glises!. 'r, le probl me soulevé aujourd'hui est celui de l'absence d'instances représentatives d'une communauté musulmane d'ailleurs tr s fragmentée, ce qui ne faciliterait pas les relations nécessaires entre islam et pouvoirs publics. (e plus, se pose ici encore la question d'une possible influence d'6tats étrangers sur les organisations musulmanes en .rance. 263 Ces questions évoquées rapidement n'impliquent pas nécessairement une modification du cadre juridique de la la"cité? nombre d'auteurs estiment au contraire qu'il faut relativiser les

!probl mes posés par l'islam!, peu d'obstacles vraiment sérieu0 s'opposant, selon eu0, à l' intégration de la communauté musulmane 1 plus e0actement, des musulmans 1 dans la &épublique. (e plus, ces questions pourraient donner à penser que l'islam est au centre du débat sur la la"cité. 2n réalité, comme on va le voir, la contestation de la la"cité émane de milieu0, et porte sur des probl mes, largement étrangers à la seule question de la présence en .rance de l'islam. 'n a vu que l'instauration de la la"cité républicaine répondait à un souci de mettre en place des institutions publiques autonomes par rapport au0 6glises, et des conditions favorables à l'épanouissement d'une démocratie reposant sur l'autonomie de pensée et de jugement des cito,ens. ('oE l'importance de l'école, et en particulier de l'instruction civique et morale. Cette la"cité républicaine est cependant traversée par des tensions ou contradictions entre une orientation !libérale! privilégiant la liberté et l'émancipation des individus, et une orientation plus !volontariste!, insistant sur l'impossible neutralité d'un projet politique. :auf à vider le politique de tout contenu, un projet politique peut1il ne pas se référer à, et tenter de mettre en oeuvre, une conception du bien, de l'intérêt général, et même des modalités de gestion de la chose publique3 'r, c'est bien un tel projet qui sous1tend la la"cité républicaine, dans ses liens étroits avec une conception de la nation et de la démocratie, qui associent individualisme, communication et délibération rationnelles, et morale civique. $'est1ce pas ce projet d'autonomisation radicale du politique par rapport au0 appartenances religieuses qui est mis en cause aujourd'hui3 -/A!$%"# 5 & M)"AL#9 !)L$%$2'# #% "#L$G$)* "(- 9:;<=(""(- "53,3T(-9 'n a vu que le débat sur la la"cité a été relancé en .rance à la fin des années 7=GH par l'affaire dite du !foulard islamique!. 2t il est fréquent de remarquer que la religion musulmane semble être considérée comme le principal !défi! que doit affronter la la"cité fran5aise 264 , ou comme un motif de la modifier ou l'adapter 265 , pour prendre en compte ce qui est devenu, du fait de l'immigration, la !deu0i me religion de .rance!. 'n peut noter, cependant, que les discours et prises de positions sur la la"cité, depuis une quin-aine d'années au moins, n'ont pas leur origine directe dans les milieu0 intellectuels et religieu0 directement liés à l'islam. 'n remarque en effet que dans ce débat, interviennent pour une bonne part, des intellectuels proches des religions chrétiennes, ne serait1ce que par l'objet de leurs recherches ? interviennent aussi des responsables des 6glises elles1mêmes * !il est remarquable, écrit ;ierre 'gnier, que C...D les occurrences sur la la"cité nouvelle et la la"cité ouverte se rencontrent le plus souvent dans des te0tes d'inspiration catholique ou protestante! 266 . :'il n'est pas question ici de nier ou de sous1estimer les questions que pose l'islam à la la"cité fran5aise, questions qui mériteraient une étude approfondie qu'on ne peut entreprendre dans le cadre limité de cette étude 267 , on voudrait partir de l'idée que le débat fran5ais sur la la"cité est provoqué, alimenté, avant tout par les prises de positions issues de milieu0 liés au0 religions installées de longue date sur le territoire fran5ais. 9utrement dit, c'est faire l'h,poth se que la question de l'islam, pour importante qu'elle soit, ne constitue peut1être pas le no,au central du débat. Cette h,poth se nous paraBt d'ailleurs justifiée par les recherches de Qilles Mepel. Ce spécialiste de l'#slam en .rance a consacré un ouvrage récent à l'étude de ce

que l'on appelle le !retour du religieu0! en cette fin de si cle 268 . +'intérêt de son travail est précisément de montrer que la !disqualification de la la"cité! et le !rejet de la modernité! sont le terreau commun des multiples mouvements de réislamisation, de rejuda"sation, de rechristianisation, qu'il rep re dans une grande partie du monde, et notamment en 2urope. +e !retour du religieu0! serait donc un phénom ne général, même s'il prend des formes variées 269 1 parfois tr s violentes 1 et fait intervenir des acteurs tr s divers, d'autant plus qu'il se produit dans des conte0tes sociau0, politiques, institutionnels parfois tr s différents. 2t il est clair, pour Mepel, que la contestation de la la"cité en .rance, s'inscrit dans ce mouvement d'ensemble. Cependant, cette contestation ne se développe pas en .rance sur le mode du combat frontal, voire violent. +a plupart des prises de positions dans cette optique se passent sur le mode euphémisé * il ne s'agit jamais de rejeter la la"cité mais de la !rénover!, de l' !adapter!, etc. (e plus, si l'on suit l'anal,se de Mepel, ce n'est donc pas un hasard si les propositions de la"cité !nouvelle!, !plurielle!, !rénovée!, !ouverte!, émanent parfois directement des milieu0 religieu0 ou d'intellectuels qui leur sont liés à un titre ou à un autre. +a difficulté de l'anal,se du débat est donc double * 1 la contestation de la la"cité prend des formes !douces!, subtiles ? 1 le débat met principalement en présence des représentants des 6glises, des !communautés religieuses!, et des !intellectuels! Cuniversitaires, chercheurs,...D, sans qu'il soit possible d'établir des liaisons étroites entre les uns et les autres. #l n'est en effet pas question d'avancer a priori que les prises de position de tel spécialiste du catholicisme, par e0emple, soient une des origines ou, inversement, un reflet des prises de positions de la hiérarchie catholique en .rance. Mais s'il faut supposer a priori une autonomie des différents t,pes de discours, on doit aussi s'interroger sur leurs rapports éventuels, d'autant plus que les anal,ses d'origine universitaire se doublent parfois de positions normatives 27 . 9joutons enfin que l'e0pression devenue banale de !retour du religieu0! est ambiguY. Mepel souligne lui1même qu'il ne faut pas , voir un simple mouvement rétrograde, mais un phénom ne comple0e étroitement lié à la modernité, même si celle1ci est critiquée 271 . (ans le cas fran5ais, il faut donc montrer en quoi la contestation de la la"cité peut apparaBtre comme le retour de la !guerre des deu0 .rance! ou de !vieilles questions!, mais aussi comme la manifestation de probl mes nouveau0 ou la réapparition sous des formes nouvelles de questions fondamentales qui se posent à toute société. +e cadre restreint de cette étude ne permet pas de brosser un panorama complet des discours, anal,ses, propositions, relevant de la contestation de la la"cité fran5aise ? on se bornera à mettre l'accent sur deu0 points clés du débat, qui mettent en jeu les religions dans leur dimension institutionnelle Cl'e0istence d'6glisesD ? il s'agit d'une part de la contestation de la séparation de 7=HI ? et, d'autre part, de la question de la morale, de ses rapports avec la politique et avec le droit. Ces deu0 composantes du débat sont en partie liées ? on les aborde successivement par commodité. #. +9 :2;9&9%#'$ (2: 6Q+#:2: 2% (2 +'6%9% 2$ 4)2:%#'$. +a contestation de la la"cité s'est développée, durant une grande partie du FF/ si cle, principalement sur le terrain scolaire, la loi de 7=HI n'étant généralement pas mise en cause de fa5on e0plicite. #l semble que ce ne soit plus le cas depuis les années 7=GH au moins ? en effet,

on voit alors s'e0primer de plus en plus nettement l'idée d'une modification du cadre institutionnel des rapports 6tat16glises * la !séparation! est aujourd'hui en question 272 . 'n a vu que la !séparation! avait plusieurs dimensions * matérielle et financi re d'une part C!l'6tat ne salarie ni ne subventionne aucun culte!D, plus politique et institutionnelle d'autre part C!l'6tat ne reconnaBt aucun culte!D. +a contestation de la la"cité porte sur un ou plusieurs de ces aspects, et émane de milieu0 tr s divers. 'n la mettra en évidence d'abord à partir de l'anal,se des positions de la hiérarchie catholique 273 , puis en parcourant quelques te0tes d'origine !universitaire!. 9. +'6glise catholique et la !nouvelle la"cité!* la critique de la modernité et la question du retour de l'6glise dans l'espace public. 1°/ La criti.ue de la modernit par la /i rarc/ie cat/oli.ue. (e nombreu0 auteurs convergent pour affirmer que le rapport de l'6glise catholique à la modernité et à la la"cité est, aujourd'hui encore, des plus ambigus. 9insi, pour Marcel Qauchet, la question de l'acceptation de la la"cité et des droits de l'homme par la hiérarchie catholique est comple0e* +'6glise s'inscrit politiquement dans le camp de la défense des droits de l'homme. C...D. Mais philosophiquement, quels droits de l'homme accepte1t1elle3 +es droits conférés par (ieu à l'humanité en corps ou les droits de l'individu3 #l , a m,stification sur ce point, osons le dire * sous couvert de ralliement au0 (roits de l'homme, l'6glise reste doctrinalement antimoderne parce que anti1individualiste. ;ar ailleurs, je ne crois aucunement que l'6glise ait renoncé à l'idéal d'une société chrétienne, d'un monde oE elle détiendrait la clef de toutes les conduites. C...D. Ce serait s'abuser que de penser que l'6glise se contentera désormais du r8le d'attestation de la vérité divine parmi les hommes et qu'elle est résignée au cantonnement de la foi dans le domaine privé. 274 'n aurait tort, par conséquent, de penser que le concile oecuménique Natican ## C7=RA1 7=RID traduit un ralliement total de l'6glise catholique à la modernité, et en particulier à la la"cité. ;our +aurent +aot, l'apr s seconde guerre mondiale et la période du concile marquent bien une infle0ion majeure dans le rapport de l'6glise catholique à la la"cité * à l'opposition frontale du F#F/ si cle et de la premi re moitié du FF/, succ de une phase d'acceptation de certaines dispositions institutionnnelles relevant de la la"cité ? mais, affirme l'auteur, sur le fond, il n', a pas de ralliement de la hiérarchie catholique à la !culture de la"cité! * les autorités catholiques persistent dans leur refus d'adhérer au principe suivant C...D* poser la la"cité de l'6tat, c'est choisir de structurer celui1ci de telle mani re qu'il affirme, en mati re religieuse, non seulement son incompétence, mais aussi son indi**érence, avec toutes les implications que cette derni re comporte * séparation compl te des raisons d'6tat et des raisons d'6glise, neutralité des services publics et de la législation, etc.. .ace à ce principe, le coeur du probl me se situe, non dans l'incompétence déclarée de l'6tat, mais dans son indifférence, C...D. Celle1ci ne trouve aucunement grOce au0 ,eu0 de la hiérarchie catholique. 275 C'est pourquoi, selon l'auteur, !l'appel insistant de l'épiscopat à la mise en oeuvre d'une !nouvelle la"cité! masque en réalité le maintien d'une opposition sur le fond à la d,namique

propre de la tradition la"que! 276 ? et ce refus se concentre sur un !no,au dur de résistance! * !l'enseignement et la législation a,ant trait au0 moeurs!. Cette contestation de la modernité et de la la"cité débouche donc sur la revendication par l'6glise catholique d'une renégociation de la législation concernant les rapports entre les 6glises et l'6tat. C'est ce lien étroit entre ces différents éléments et les mouvements de rechristianisation qu'anal,se Qilles Mepel. +'auteur rappelle d'abord que les te0tes adoptés de fa5on quasi1consensuelle lors du concile Natican ##, résultent de compromis laborieu0, reflétant l'état des rapports de forces internes à l'6glise à cette époque, et laissent une marge d'interprétation. ('oE le conflit ultérieur entre ceu0 qui, à l'intérieur de l'6glise, consid rent le concile !comme le début de l'ouverture de l'6glise au monde, et ceu0 qui, à l'inverse, le tiennent pour un terme, une limite à ne pas franchir.! 'n peut se demander alors si l'évolution récente de la hiérarchie ne refl te pas celle des rapports de forces internes à l'6glise. 4uoi qu'il en soit, il est certain que certains courants, à l'intérieur de l'6glise, interpr tent les difficultés économiques et sociales, les troubles politiques, les incertitudes morales et intellectuelles qui marquent la période qui commence dans les années 7=<H, comme !la fin du c,cle historique de la modernité, inauguré par les +umi res C...D, et caractérisé par l'émancipation d'une raison trop sSre d'elle1même en regard de la foi! 277 . +a rechristianisation qui s'affirme alors, part d'une !appréciation pessimiste sur le devenir d'un monde sécularisé!, écrit Mepel, qui ajoute * !est rendue responsable du péril l'hégémonie de la raison sur la foi!. 278 Mais ce rejet de la modernité s'appuie sur certains de ses acquis, au premier rang desquels, le développement des sciences * !cette critique catholique de la raison mobilise certains courants des sciences humaines et de la philosophie séculi re! pour mettre en cause l'hégémonie de la raison. C'est ce qui permet à la critique théologique de la raison, ajoute l'auteur, de s'inscrire dans un !dépassement de la modernité!, dans un !désenchantement de la la"cité!? et cette inscription du discours de l'6glise dans la !post1modernité! est incarnée notamment, en .rance, par le cardinal Jean Marie +ustiger. +es nombreuses citations au0quelles Qilles Mepel a recours montrent que pour le cardinal, la raison et l'esprit des +umi res sont la cause de tous les mau0 du FF/ si cle, à commencer par le totalitarisme sous toutes ses formes, conséquence des velléités d'autonomie du politique par rapport à l'éthique chrétienne ? la racine du mal serait !l'oubli de (ieu! 279 . :i donc les !mau0! dont souffrent aujourd'hui les sociétés occidentales sont liés à l'hégémonie de la raison et à l'oubli de la morale chrétienne, le rem de, selon une partie au moins de la hiérarchie catholique, réside dans la rechristianisation? or celle1ci serait freinée ou empêchée par la relégation du religieu0 dans la sph re privée, sanctionnée juridiquement, en .rance, par la loi de séparation de 7=HI. !(e la sorte, écrit Mepel, lutter pour le retour du religieu0 dans la sph re du droit public, en aménageant à cette fin une !nouvelle la"cité!, a consisté une priorité de la rechristianisation!. 9insi, ajoute1t1il, la reconquête de cette !situation de droit public!, que revendique aussi le cardinal Joseph &at-inger, est !l'un des enjeu0 fondamentau0 de la rechristianisation contemporaine!* celle1ci s'effectuerait alors !par le haut!, par la restauration de l'6glise comme entité publique. ;our Mepel, il est donc clair que l'6glise catholique, en .rance, souhaite une renégociation de la la"cité telle qu'elle a été codifiée depuis 7=HI au moins * !l'objectif de l'épiscopat, emmené par les archevêques de +,on et de ;aris, les cardinau0 (ecourtra, et +ustiger, est de

faire sortir le catholicisme de l'espace privé dans lequel l'6tat l'a confiné, et de lui rendre la situation de droit public qu'il revendique!. 28 +a hiérarchie catholique semble donc attribuer, pour partie au moins, les difficultés des sociétés contemporaines à certains aspects de la modernité, comme l'émancipation du politique par rapport au religieu0, et donc à la la"cité ? les rem des proposés consistant alors, logiquement, à revenir sur la la"cité. Mais on peut s'interroger sur la solidité ou la pertinence de l'argumentation * n'est1il pas rapide de rendre !l'hégémonie de la raison! responsable de tous les mau0 du FF/ si cle3 #l faudrait aussi préciser ce que l'on entend par !post1 modernité!. :urtout, il resterait à montrer en quoi le retour de l'6glise dans l'!espace public! permettrait de résoudre les probl mes évoqués. 'n peut donc se demander si le conte0te économique, social et politique actuel n'est pas, à la fois, jugé propice, et utilisé comme préte0te, à la réaffirmation de ce qui est depuis la ###/ &épublique au moins, sinon une revendication e0plicite constante, du moins un objectif permanent de l'6glise catholique * retrouver une influence politique et morale 281 que l'instauration de la la"cité lui a fait perdre. 4uoi qu'il en soit de la réalité de cette continuité, les objectifs de la hiérarchie catholique en .rance se heurtent à plusieurs obstacles, qui e0pliquent en grande partie la forme que prend la participation de l'6glise au débat et au0 événements liés à la question. 2°/ Les o7stacles rencontr s par l'Église et le discours sur la "nouvelle la:cit ". +e premier obstacle rencontré par l'6glise catholique dans son projet de rechristianisation, et de renégociation de ses rapports avec l'6tat, réside dans la sécularisation des sociétés modernes, qui se traduit par l'écart parfois considérable entre les objectifs, attitudes et prises de position de la hiérarchie, d'une part, et les opinions et comportements de la majorité des fid les, d'autre part. ('abord, selon Marcel Qauchet, !l'opinion catholique est majoritairement favorable à la la"cité parce que celle1ci est désormais comprise dans son acception libérale * une neutralité qui permet à chacun de penser ce qu'il veut!. 282 ;ar ailleurs, comme le souligne +aurent +aot, en ce qui concerne les moeurs, qu'il s'agisse de divorce, de se0ualité, de contraception et d'avortement, les positions de la hiérarchie heurtent plus qu'elles n'inspirent ou refl tent les opinions de bien des catholiques 283 . )n second obstacle à la réévangélisation tient à l'ignorance en mati re de références religieuses, d'une fraction importante de la population. Cette !inculture! religieuse, ne peut que freiner la réception des !messages religieu0!, notamment par les jeunes. +a sécularisation profonde des sociétés occidentales, écrit Qilles Mepel, !a trouvé son e0pression ultime dans une indifférence jamais vue en mati re de foi! ? si bien que !les mouvements de rechristianisation utilisent des concepts de l'6vangile dont ils doivent réapprendre le sens à des jeunes majoritairement déchristianisés! 284 . 'n peut d'ailleurs voir ici l'un des enjeu0 du débat actuel sur l'introduction d'un enseignement !religieu0! dans les programmes officiels des coll ges et l,cées. #ndiquons rapidement que si un large accord est réalisé sur le constat de l' !inculture! de la population en mati re de références religieuses, et sur la nécessité d', remédier, les modalités et les objectifs ultimes d'un tel enseignement sont controversés. 2n particulier, on peut se demander si développer un enseignement distinct, autonome et assuré par des enseignants spécialisés, ne risque pas d'ouvrir la porte à la transformation d'un enseignement de t,pe critique ou scientifique en un enseignement de t,pe catéchistique. 'n voit bien que l'accord sur ce

probl me ne peut être que superficiel et fragile * une 6glise, quelle qu'elle soit, peut1elle d'ailleurs envisager un enseignement de t,pe critique, concernant ce qu'elle tient pour des Nérités3 2n tout cas, on peut penser que la participation de toute 6glise à un tel débat ne peut être totalement !désintéressée!, dans la mesure oE, même avec un contenu de t,pe factuel et historique, un enseignement !religieu0! est susceptible de rendre plus familier au0 él ves un ensemble de données qui leur rendront moins hermétique peut1être le discours de l'6glise ou le !message divin!. )n autre obstacle à la rechristianisation des sociétés occidentales est, selon Qilles Mepel, leur !culture démocratique!, !qui ouvre un espace politique dans lequel le religieu0 ne parvient pas à conquérir la représentation dominante de la société civile! 285 . ;our toutes ces raisons, la hiérarchie catholique doit donc mettre en oeuvre une stratégie patiente, subtile, modérée dans ses manifestations et formulations, dont le discours sur la !nouvelle la"cité! est l'e0pression même, puisqu'il s'agit de convaincre une partie de l'opinion et des couches dirigeantes au moins, de ce que le cadre actuel de la la"cité ne permet pas de résoudre tous les probl mes, et donc, de la nécessité de !rénover! la la"cité. #l est intéressant, de ce point de vue, d'anal,ser la mani re dont la presse catholique parle de !la"cité!, même si cette presse ne refl te pas forcément de fa5on e0acte les positions de la hiérarchie. )ne étude de :imone >onnafous 286 , consacrée à trois organes de la presse catholique observés au moment de l'affaire du !foulard islamique!, permet de confirmer la nette opposition à la la"cité des milieu0 catholiques, même si ses formes varient. +e quotidien Présent produit des énoncés qui renvoient à !la rhétorique ouvertement propagandiste de l'intégrisme catholique! * il s'agit d'une !remise en cause frontale et délibérée! de la la"cité, fondée sur sa redéfinition en termes de !machine de guerre contre le christianisme!. ;résent utilise les armes de la !disqualification rhétorique! C !il ne s'agit pas ici d'un !débat! d'arguments et de réfutations...!D, et de la !réécriture de l'histoire!, dans un !discours ouvertement partisan d'une redéfinition de la la"cité!. 287 ;lus intéressants pour notre propos sont les procédés argumentatifs utilisés par Témoignage chrétien et "a ,roix, dont l'influence en termes de diffusion et de lectorat est d'ailleurs beaucoup plus grande que celle de Présent. :elon :imone >onnafous, ces deu0 journau0 présentent une autre modalité de remise en cause de la la"cité, !plus insidieuse, peut1 être inconsciente, qui tiendrait à l'absence d'un !no,au dur! de la la"cité scolaire, réduite à l'accueil des !différences! en général et des religions en particulier! ? l'auteur parle alors d'une !molle dilution de l'identité la"que!, en se demandant finalement si elle est !le propre de la presse catholique! ou bien si elle est !significative d'un attitude beaucoup plus commune! 288 . :imone >onnafous dégage trois caractéristiques de l'argumentation !tr s semblable! des deu0 journau0. +a premi re est la !t,pologisation de la la"cité!, qui revient en fait à distinguer deu0 !t,pes! de la"cité, qui apparaissent à travers des énoncés reposant sur une opposition binaire * une la"cité !ouverte!, !nouvelle!, !généreuse!, etc. d'un c8té? de l'autre, une la"cité !traditionnelle!, !intransigeante!, !de combat!, etc., ce second t,pe désignant évidemment la la"cité !mod le 7=HI!* !la classification binaire est donc au service de l'argumentation. Ce qui est désigné comme !ouvert! et !généreu0! ne peut être qu'approuvé? ce qui est désigné comme !traditionnel! et !mesquin! ne peut être que condamné!. Mais, ajoute l'auteur, !autant le

balancement de l' !ouvert! au !fermé! est récurrent, autant les faits précis au0quels réf rent ces deu0 séries d'appellations sont rares!. 289 9joutons que pour :imone >onnafous, la question du port du !voile! ne semble pas centrale dans le débat * !à maints égards, l' !affaire du foulard! est envisagée dans ces deu0 journau0 comme un préte0te pour traiter du !contenu! et de la !conception! de la la"cité!. 29 +e second aspect relevé dans les énoncés anal,sés, est le caract re !flou! des références historiques et institutionnelles, avec notamment la confusion entre la"cité de l'6tat et la"cité de l'école, mais aussi l'ignorance des évolutions et contradictions du passé, comme si l'histoire de la la"cité pouvait se ramener à la partition entre l'!aujourd'hui! et l' !autrefois! 291 . 2nfin, troisi me caractéristique, la la"cité apparaBt finalement comme un !concept vidé de son contenu! * !la la"cité !nouvelle! finit ainsi par ne plus être définie que par l'accueil et la compréhension de l'9utre! ? en ce qui concerne la la"cité scolaire, l'auteur ajoute * !les questions de savoir, d'enseignement ou de rationalité ne sont pas traitées et, au bout du compte, on peut se demander si, à force d'être !ouverte!, cette la"cité !nouvelle! a encore dans ces te0tes une consistance propre!. 292 9insi, à la lumi re de ces anal,ses, on peut se demander si la !presse catholique! participe vraiment à un débat de t,pe rationnel, reposant sur l'emploi de termes au sens relativement précis et sur la confrontation des arguments ? :imone >onnafous fait ainsi remarquer que bien des questions essentielles restent sans réponses !comme si la nécessaire régénération morale que les deu0 journau0 déclarent urgente et nécessaire ne pouvait être réellement précisée, définie et débattue!. ;armi ces questions sans réponses, deu0 méritent d'être notées * !que signifie dans la pratique une la"cité qui !vive! avec les !différences!3 !? !en quoi la la"cité actuelle ne permet1elle pas déjà !l'acceptation de l'autre!3! 293 . #l est frappant, en effet, de remarquer aussi fréquemment, dans l'anal,se de ce débat 1 et la remarque ne vaut pas seulement, comme on le verra, pour les positions de l'6glise catholique 1 à quel point le contenu concret des !la"cités nouvelles! reste flou ? et, surtout, à quel point l'e0plicitation des !insuffisances! de la la"cité, telle qu'elle e0iste actuellement, est allusive quand elle n'est pas tout simplement absente. C'est ce qui permet d'affirmer que le débat sur la la"cité a parfois des allures de combat, la contestation de la la"cité consistant alors à !travailler! à la fois sur le contenu de la notion et sur une !réécriture! sélective, caricaturale, de l'histoire, tout en se gardant d'une démarche de t,pe anal,tique et argumentative. +'anal,se des discours et positions d'origine catholique est donc révélatrice d'un aspect au moins du débat * on est CaussiD en présence d'une confrontation politique, qui porte sur des conceptions différentes de l'organisation sociale et de la place que doit , occuper le religieu0 ? dans le cadre du respect des institutions et de la démocratie, le discours sur la la"cité !nouvelle! fait alors figure d'!arme! privilégiée par une 6glise catholique qui ne peut ouvertement rejeter une la"cité inscrite dans le droit, notamment au niveau constitutionnel. 'n peut également repérer une autre composante de cette stratégie de contestation de la la"cité. C'est la stratégie d'alliance, signalée par Qilles Mepel * +a lutte pour rendre au christianisme une !situation de droit public! à l'école connut un nouvel épisode lors de l'affaire du !voile islamique!. +'épiscopat Cainsi que le grand rabbinatD e0prima une solidarité agissante au0 mouvements de réislamisation, qui souhaitaient que les jeunes filles musulmanes puissent porter le voile au coll ge. .ace à la r gle de la la"cité qui veut que l'appartenance confessionnelle reste du domaine privé et ne puisse être e0primée

dans l'espace scolaire, les partisans de la rechristianisation, de la réislamisation et de la rejuda"sation firent alliance. #ls souhaitaient négocier une !nouvelle la"cité! leur permettant d'investir le champ du public, quitte à s'en tenir, dans un premier temps, à certaines institutions seulement 1 comme l'école. 294 :i l'on suit cette anal,se, on voit donc que la contestation de la la"cité peut aussi emprunter une stratégie de !grignotage!, utilisant chaque préte0te pour tenter de !réduire l'espace de la la"cité!. 295 #nsistons surtout sur le caract re parado0al de cette stratégie d'alliance entre des 6glises et des mouvements dont les cultures religieuses ont élaboré des Nérités spécifiques, voires e0clusives les unes par rapport au0 autres ? d'oE les conclusions gu re optimistes de Qilles Mepel * l'oecuménisme Centre ces différents mouve1mentsD s'arrête à la disqualification de la la"cité ? au1delà, les projets de société divergent puis deviennent profondément antagoniques, portant en puissance des luttes sans merci C...D. 9 mo,en terme, c'est une logique de conflit que porte le développement en parall le de mouvements religieu0 qui ont l'ambition de reconquérir le monde. Conflit, guerre entre des !cro,ants! qui font de la réaffirmation de leur identité religieuse le crit re de Nérités aussi e0clusives que particuli res. 296 &eplacer le débat fran5ais sur la la"cité permet donc de mieu0 percevoir les enjeu0 de la contestation de celle1ci par la hiérarchie catholique, et de ne pas en sous1estimer la portée, même s'il convient de ne pas négliger les obstacles à la remise en cause de la la"cité, ainsi que les différences tr s importantes qui demeurent entre les différents mouvements, eurs projets et les conte0tes sociau0, culturels et politiques. >. +e débat sur les rapports 6glises16tat dans les milieu0 intellectuels non1confessionnels. +a la"cité, telle qu'elle est aujourd'hui institutionnalisée, est l'objet d'une remise en cause plus ou moins voilée, portant sur des aspects variés, dans des te0tes d'origine !universitaire!, dont on n'a pas de raison de douter de l'autonomie par rapport au0 6glises. 'n en prendra seulement quelques e0emples, afin de montrer sur quels points porte la contestation de la la"cité, et surtout, quelles sont les formes et modalités de discours argumentatifs qui ne sont pas dénués de portée normative. 1°/ La la:cit vue par .uel.ues intellectuels cat/oli.ues. 'n s'appuiera ici sur deu0 articles parus en 7=GJ dans la revue &tudes, qui publiait alors des te0tes issus d'un colloque de décembre 7=GK, sur le th me !6glise et 6tat en .rance!. 297 )n premier article de présentation, tr s court, est écrit par ;aul Naladier 298 , auteur catholique 299 qui intervient fréquemment sur le sujet. Naladier est tout à fait e0plicite sur les enjeu0 du débat * le désir de faire le point !sur le rapport actuel entre l'6glise catholique et l'6tat dans notre pa,s!, écrit1il, !prend sa source dans le sentiment et la conviction C...D que les bases intellectuelles de la séparation de l'6glise et de l'6tat ont besoin d'être à peu pr s totalement repensées!. C...D !Comment ne pas voir que l'idée même de la"cité mérite rée0amen3! )n premier point de contestation implicite de la la"cité concerne les aspects matériels de la séparation * !dans la mesure oE les interventions économiques de l'6tat, sous forme d'assistance financi re, se sont étendues en beaucoup de domaines, C...D, comment donner contour à la la"cité3!

+e second point soulevé par Naladier est celui des rapports entre 6tat, morale et religions, et de la place, qu'il semble juger trop faible, accordée à l'6glise catholique dans la définition d'une morale commune * la position de l'6tat en mati re morale n'est pas aisée * comment être le garant d'une morale reconnue par tous, sans être Caussi3D l'instrument d'une éthique particuli re3 'n aimerait être sSr que, sous couvert d'une politique en faveur de la femme, ou sous préte0te de campagne pour une meilleure information se0uelle, l'6tat ne fasse pas prévaloir actuellement C...D les valeurs asse- étroites de quelques militants. 'n peut même se demander si l'on n'assiste pas à une sorte de mise à l'écart de l'6glise C...D 2t pourtant, qui ne voit que l'6glise intervient dans la morale publique C...D +a séparation n'est pas l'ignorance mutuelle C...D. 2lle se négocie concr tement dans la recherche tatonnante de solutions à des probl mes bien réels C...D. +a question de la morale est donc, on le voit ici, étroitement liée à celle de la place de l'6glise dans la société, et semble justifier le !rée0amen! de la la"cité et de la séparation ? on , reviendra. +'article de &ené &émond 3 aborde le débat sous un autre angle * celui de l'évolution de l'!idée! de la"cité. +'auteur part d'une double constatation * d'abord, l'idée de la"cité, au début de la ###/ &épublique, fait partie d'une !configuration! * elle entretient des liens étroits avec la question de l'unité nationale et avec la conception libérale de la séparation entre le public et le privé ? ensuite, affirme l'auteur, la plupart des éléments de cette configuration se sont modifiés depuis le début du si cle. +ogiquement, il faut donc se demander si, alors que tout change, la la"cité peut rester figée, comme le débat sur la la"cité, qui !offre l'image de l'immutabilité!, semble le montrer* !ce qui touche au0 rapports entre le fait religieu0 et la société civile et politique échapperait1il à l'influence du temps3! 2t l'auteur d'ajouter * !prise isolément, détachée du conte0te oE elle a pris naissance, une idée acquiert une fi0ité qui s'oppose à toute adaptation!. 'r, pour l'auteur, l'idée originelle de la"cité appartient à !un s,st me de pensée désuet!, s,st me de notions solidaires qui ont presque toutes subi des transformations profondes du fait des circonstances et de l'évolution des esprits * leurs rapports se sont déformés, les contenus altérés, et la configuration dont faisait partie l'idée de la"cité, et dans la cohérence de laquelle elle trouvait sa force, s'est désagrégée pour faire place à une autre constellation dont la d,namique est toute différente et l'inspiration substantiellement transformée 3 1 . 9insi de l'e0igence d'unité * pour &ené &émond, !l'unité n'est plus e0clusive de la variété! ? elle n'est plus s,non,me d' !unicité! comme lorsque les républicains voulaient restaurer l'unité de la nation, en séparant la société politique des confessions et en instaurant une école neutre diffusant un ensemble de valeurs communes jugées alors indispensables à la cohésion du corps social et à la stabilité des institutions. +'auteur ajoute que !le pluralisme C...D est accepté aujourd'hui comme une valeur positive! et illustre son propos d'une citation* 9lain :avar, affirmant en 7=GA que !la la"cité c'est la reconnaissance de toutes les diversités culturelles! 3 2 . +a conception de l'unité de la nation, liée à l'idée de la"cité, aurait donc radicalement changé. #l en est de même, selon &émond, de la !séparation privé@public CquiD n'a pas moins vieilli!, car le r8le de l'6tat s'est considérablement modifié et diversifié, avec le développement d'un !vaste domaine mi0te oE collaborent puissance publique et initiative

privée, et dont le fonctionnement associe financement par l'6tat et contributions privées!. +'auteur poursuit alors en abordant un point décisif * #l , a plus * la la"cité, qui reste la r gle de l'6tat, et sa neutralité, C...D, ne sont plus estimées incompatibles avec le financement sur fonds publics d'e0pressions d'options engagées * l'6tat, C...D, n'est plus tenu d'ignorer les débats d'opinion ni la diversité des convictions. #l participe au financement des campagnes électorales C...D subventionne C...D les organisations s,ndicales pour leurs centres de formation ? il intervient même pour permettre de survivre au0 journau0 d'opinion politique ou religieuse. +a la"cité n'est donc plus l'ignorance, le refus de connaBtre 1 ou de reconnaBtre 1 la neutralité par défaut ou par abstention, elle est affirmation par chaque composante, de son identité. 3 3 9ffirmant !l'irréalisme!, démontré par l'e0périence, !de la conception libérale qui enfermait le religieu0 dans la sph re du privé!, l'auteur poursuit en rappelant que le religieu0 !déborde l'individuel, ne serait1ce que parce qu'il donne naissance à des communautés C...D!? les hommes d'6tat ne peuvent donc !ignorer l'e0istence des 6glises!. +'argumentation débouche alors sur des positions à caract re normatif concernant !le religieu0! * 9utant de raisons pour lui *aire place et établir des rapports avec ceu0 qui le représentent. C...D il n', a pas contradiction entre l'affirmation sinc re de la la"cité de l'6tat et le respect lo,al de ce principe, et la pratique de relations confiantes entre les pouvoirs publics et les communautés religieuses instituées. 3 4 +'auteur aborde enfin la question du financement public de l'enseignement privé. 9ffirmant que !la ma0ime C...D 1 !à l'école publique, fonds publics ? à l'école privée, fonds privés! 1 a perdu la plupart de ses étais!, il poursuit ainsi * le refus de cette intervention ne se justifie plus par la vertu de la simple référence à la notion de la"cité, puisque, dans tous les autres secteurs, celle1ci ne frappe pas d'illégitimité l'allocation d'argent public à des entreprises privées. 3 5 #l peut alors conclure en indiquant que si l'on ne peut démontrer que !le s,st me éducatif est à ce point spécifique qu'il doit échapper au0 r gles ordinaires!, il faut !aligner! les rapports entre puissance publique et enseignement privé sur les r gles générales, car c'est accorder à celui1ci le !bénéfice du droit commun!. 3 6 9insi, en des termes tr s modérés, et dans un te0te tr s argumenté, &ené &émond sugg re que la la"cité Cde l'6tat et de l'écoleD doit être adaptée !au0 e0igences de la société moderne!. Mais sa démarche pose de nombreu0 probl mes. ('abord, l'auteur passe sans cesse de l'!idée! ou !notion! de la"cité à la réalité historique des rapports entre religion et politique, la transformation des seconds l'amenant à affirmer que c'est la !notion! de la"cité qui s'est transformée. :i l'on parle de l'idée de la"cité, ne faut1il pas en indiquer le contenu en se référant à des te0tes, discours, qui seuls peuvent révéler l'évolution de cette idée. )ne telle démarche, qui ne part pas d'une définition, située historiquement et philosophiquement, de l'idée de la"cité, ne revient1elle pas à anal,ser l'évolution des rapports réels des 6glises et de l'6tat, en lieu et place d'une anal,se de celle de l'idée3 'u encore, n'aboutit1elle pas à assimiler les changements réels observés à ceu0 de l'idée de la"cité3 .inalement, on ne sait pas ce que l'auteur entend par la"cité, et s'il est possible d'identifier un no,au relativement stable, un contenu essentiel commun, justifiant l'appellation sous un même terme, de conceptions et de réalités par ailleurs tr s différentes, comme il l'indique lui1même lorsqu'il évoque la nouvelle !constellation!.

'n peut ensuite s'interroger sur le sens précis de la notion de !pluralisme! ou de la distinction public@privé? ainsi que sur leur articulation avec la la"cité. :ur le premier point, on peut rappeler que les !lois de la"cité! réaffirment des libertés individuelles et prennent acte du fait de la diversité religieuse et d'opinions. #l faudrait donc que l'auteur e0plique ce que signifie la mise en rapport, au0ourd)hui, de la !la"cité! et du !pluralisme!. 4uant au deu0i me point, on peut se demander s'il n', a pas une confusion ou un abus lorsque &émond met en relation la"cité et !allocation d'argent public à des entreprises privées! 3 $'a1t1on pas ici la confusion fréquente entre deu0 dimensions rarement distinguées de la !question scolaire! * l'opposition enseignement la"que@enseignement confessionnel d'une part ? la distinction public@privé d'autre part 3 4ue pour des raisons historiques, les deu0 couples de termes aient pu appro0imativement co"ncider dans la réalité, n'implique pas qu'ils soient, anal,tiquement, superposables. 2nfin, et surtout, on a noté que l'auteur utilise à de multiples reprises les termes !reconnaBtre!, !ignorer!, etc., dont on a vu qu'ils avaient entre autres, un sens juridique, lié au statut de droit public, ou de droit privé, des religions. :i donc, il ne met pas e0plicitement en cause la séparation de 7=HI, et plus largement, le droit lié à la la"cité, on doit se demander si l'insistance sur la notion de !reconnaissance! ne vise pas à suggérer la nécessité d'une modification de la législation. 2n effet, si l'on prend les termes !connaBtre! et !ignorer! dans leur sens courant, il est évident que les pouvoirs publics n'ont pas, depuis plus d'un si cle, ignoré le fait religieu0 et les institutions et organisations qui lui sont liées ? que signifient alors * !faire place au fait religieu0!, !établir des rapports avec ceu0 qui le représentent!3 'n voit donc comment une anal,se d'origine universitaire participe de fa5on allusive, prudente 3 7 et tr s ambiguY, au débat sur la la"cité * la la"cité n'est pas définie en tant qu'idée politique disposant d'un no,au stable et clairement identifié ? l'auteur ne se place pas directement sur le terrain juridique, alors que l'un des enjeu0 du débat est précisément la modification de la législation ? une ambigu"té permanente affecte des termes pourtant clés du débat comme celui de !reconnaissance! 3 8 ? on ne comprend pas bien finalement, !oE est le probl me!, c'est1à1dire en quoi le cadre juridique de la la"cité et sa pratique actuelle demandent à être modifiés. $otons enfin que &ené &émond ne dit rien des conceptions de la cito,enneté et de la démocratie qui étaient pourtant au coeur du projet républicain du F#F/ si cle. +a la"cité n'est1 elle pas liée à une réfle0ion sur les conditions d'e0ercice de la cito,enneté et de fonctionnement de la démocratie 3 $e se réduit1elle pas finalement, pour l'auteur, à une neutralité de l'6tat assortie de garanties en mati re de liberté religieuse 3 9uquel cas on peut bien appeler !la"cité! une situation qui verrait la remise en cause de la loi de !séparation!. 2°/ Bn nouveau rDle et une nouvelle place pour les ÉglisesE +a question du statut et du r8le des religions dans le cadre d'un 6tat la"que est une composante importante du débat sur la la"cité, qui conduit à une interrogation sur le régime fran5ais de séparation des 6glises et de l'6tat. 3 9 )n e0emple de cet aspect du débat nous est fourni par un article de Jean1;aul Zillaime, au titre significatif * !+e religieu0 dans l'espace public!. 31 &appelant que !le phénom ne social qu'est la religion ne s'est jamais réduit à des pratiques se déplo,ant dans les espaces domestiques et cultuels!, l'auteur pose la question * !la religion revenant au coeur du débat social, quelle place faut1il lui accorder3!

+e !r gne de l'individualisme de masse! qui se manifeste par une dissolution et une déstructuration relatives des milieu0 d'intégration C!milieu0 catholique, libéral, communiste,...!D aboutit, selon l'auteur, à !une société de masse renfor5ant le face à face de l'6tat et des individus!. Cela se traduit en particulier par !la remise en cause des autorités prétendant contr8ler les pratiques et les consciences. +es 6glises ont ainsi perdu beaucoup de leur autorité sur leurs propres membres * c'est le r gne de l'individualisme, C...D en mati re religieuse.! )ne telle évolution, poursuit l'auteur, pose la question du lien social et de la consistance s,mbolique de l'être ensemble de la collectivité nationale. C'est dans une société assedéstructurée idéologiquement et fortement individualisée que se repose la question du r8le social de la religion 311 . 'r, la la"cité s'est !la"cisée!, en se !désacralisant! et en se !banalisant!, de même que l'6tat la"que * %ant que l'6tat, tout en étant non1confessionnel, ambitionnait de régénérer l'individu et la société civile à travers un ambitieu0 programme politico1éducatif, il cherchait à développer son s,st me d'emprise philosophique C...D. 9utrement dit, il n'était qu'à moitié la"que 312 . 'n serait passé alors, !dans une étape supplémentaire de la"cisation!, !de l'6tat régénérateur à l'6tat gestionnaire!. 9insi, le r8le de l'6tat change * d'un c8té, il apparaBt affaibli, !en particulier la légitimité de son action visant à conduire la société civile dans tel ou tel sens!? d'un autre c8té, il est tr s diversifié, car l'6tat intervient de plus en plus !dans la société civile!. #l , a là, selon l'auteur, une !véritable contradiction qui traverse notre société!? !il devient donc nécessaire, ajoute1t1il, de redéfinir le civisme,les nouvelles r gles du vivre1 ensemble...! Jean1;aul Zillaime oppose alors l'6tat d'hier, !qui cherchait à instituer la collectivité nationale par le haut en cherchant à diminuer la portée, voire à supprimer les particularités régionales, linguistiques, religieuses...!, à l'6tat d'aujourd'hui, qui !reconnaBt les minorités linguistiques et leur donne des droits, , compris à l'école publique!, qui décentralise, etc. #l en découle alors !toutes sortes de réaménagements dans les rapports 6tat@société civile!, d'oE, selon l'auteur, !la question du rapport de l'6tat au0 groupements religieu0 CquiD surgit à nouveau!* !il s'agit en effet d'aménager l'espace public non étatique et de préciser la place et le r8le de divers corps et instances intermédiaires dans cet espace!. Zillaime se demande alors quel r8le !l'6tat d'une &épublique la"que! peut concéder au0 groupements religieu0 !sans déroger au0 principes constitutionnels de la la"cité!. #l affirme, à propos des émissions religieuses à la télévision publique que, déjà, la république la"que !reconnaBt implicitement que les religions peuvent participer au débat public en diffusant leur message et leur éthique!, cette !reconnaissance médiatique! posant alors le probl me de le réintroduction subreptice d'un !régime des cultes!. ;uisque !l'6tat est de plus en plus amené à prendre en compte le pluralisme religieu0 de la société fran5aise!, poursuit1il, !il s'agit d'organiser le pluralisme dans une société individualiste et d'éviter le simple face à face puissance publique@individus! 313 . +'auteur anal,se enfin la !nouvelle utilité sociale pour la religion!. &appelant que l'6tat, aujourd'hui, sollicite déjà l'avis des !familles spirituelles! sur certaines questions, et institutionnalise la présence de représentants de ces familles dans des instances telles que le Comité national d'éthique..., il affirme que la morale consensuelle, la"que, telle que Jules .err, en parlait, ne suffit plus à fournir à l'6tat des !points de rep re éthiques!*

+es défis au0quels la collectivité est confrontée sont sans commune mesure * il s'agit en effet, face au0 possibilités offertes par les biotechnologies, de savoir en définitive ce qu'est l'humanité de l'homme. +es probl mes rencontrés touchent tellement à l'anthropologie que l'6tat a besoin du concours des différentes forces spirituelles et philosophiques du pa,s pour débroussailler ces questions délicates. +'6tat sollicite donc officiellement les traditions religieuses. #l reconnaBt ainsi une certaine utilité sociale à la religion C...D. 2n vertu de la différenciation fonctionnelle du s,st me social et comme l'6tat a renoncé à être une instance philosophico1religieuse, les organisations religieuses et philosophiques de la société civile apparaissent comme des institutions gestionnaires d'un champ social spécifique ? celui des questions relatives à la vie, à la mort, à la définition de l'humain, au0 conditions fondamentales de l'e0istence. C...D #l s'agit d'une recomposition du r8le de la religion dans l'espace public C...D CquiD prend la forme d'une participation des groupes religieu0 au débat public, à c8té d'organisations non religieuses 314 . :ans jamais parler de !nouvelle la"cité!, ni se placer sur le terrain juridique Cà l'e0ception de la référence au0 principes de la la"cité constitutionnelle, mais on a vu que celle1ci n'est pas définie de fa5on préciseD, Zillaime sugg re donc nettement qu'il s'agit de !réaménager!, !recomposer!, !organiser!, etc. ? si bien que l'on ne sait * ni en quoi la la"cité institutionnalisée empêche les religions de !participer au débat public!, ni quelles modifications institutionnelles seraient nécessaires pour , remédier. #l faut noter aussi l'ambigu"té des termes !espace public!, !espace public non1étatique!, !débat public!, que l'auteur ne définit pas * s'agit1il du débat !public! tel qu'il se développe principalement dans les media, auquel cas on ne voit pas en quoi la la"cité empêche les 6glise d', participer 3 ou bien, s'agit1il du processus politique de préparation, d'élaboration et de discussion des te0tes législatifs et réglementaires, qui se déroule principalement, en démocratie, dans les instances émanant du suffrage universel3 Zillaime souhaite1t1il le retour d'un statut de droit public pour le !religieu0!3 &emarquons enfin la conception singuli rement réduite du politique, qui apparaBt, en creu0, dans cet article. ('abord, une la"cité compl tement réalisée, semble supposer l'absence de tout projet éducatif et politique ? ensuite, si l'on comprend bien, certaines questions !délicates! ne seraient pas de la compétence de l'6tat, puisque relevant d'un !champ social spécifique! et donc, des !organisations religieuses et philosophiques!* il faut bien, pourtant, dans une démocratie, que sur ces questions aussi, dans la mesure oE elles concernent la collectivité, le processus politique fonctionne. +es institutions politiques ne peuvent1elles, sur ces questions comme sur d'autres, et sans ignorer la diversité des opinions, affirmer des principes, élaborer des dispositions et des réponses au0 questions posées3 9u fond, on ne sait pas tr s bien si Zillaime prend acte d'un certain affaiblissement du politique, la proposition implicite de réaménagements donnant plus de place au0 religions dans la régulation et l'orientation de la société apparaissant alors comme un rem de ? ou s'il défend une conception de l'ordre politique radicalement différente du projet républicain d'intégration des individus, et de l'idée républicaine de la"cité. (e même, on ne sait pas toujours quel est le statut de son te0te* positif, en ce qu'il établirait un certain nombre de constats sur les tendances et !recompositions! en cours, ou normatif, en ce qu'il semble suggérer des !réaménagements!. 'n a vu jusqu'ici comment sous des formes diverses, était affirmée ou suggérée la nécessité d'une modification des rapports entre l'6tat et les 6glises. :ans que l'incompatibilité avec la la"cité soit en général clairement établie, il est apparu que ce qui fait probl me touche à des questions de l'ordre de la morale, de l'éthique, des normes et valeurs, du sens de l'action

politique, de la définition et de la mise en oeuvre d'un projet politique , au sens de perspectives de la vie de la collectivité. C'est sur ces questions que nous revenons maintenant. ##. +9 4)2:%#'$ (2: &9;;'&%: 2$%&2 +9#C#%2, M'&9+2 2% ;'+#%#4)2. 'n a vu que la la"cité telle que la vo,aient les républicains de la ###/ &épublique impliquait la neutralité religieuse de l'6tat, mais ne signifiait pas !neutralité philosophique! et absence de projet politique ? ce qui soulevait un certain nombre de probl mes qu'on a déjà évoqués. #l semble que le débat actuel sur la la"cité soit en partie lié à ces questions * !le processus de !la"cisation de la la"cité! évoqué par J1; Zillaime, qui la réduit à n'être plus qu'un cadre juridique de gestion du pluralisme religieu0 et philosophique, écrit ;ierre 'gnier 315 , pose inévitablement le probl me des valeurs et de la morale!. 2n effet, si l'on suit l'anal,se de Zillaime, une question s'impose * par qui et comment sont produites les fins et les valeurs3 C'est pourquoi, souligne 'gnier, le débat sur la la"cité, surtout depuis la fin des années 7=GH, s'est ouvert à la question de la morale. C'est le !retour de la morale!, ou, plus e0actement, le retour de la question des rapports entre la"cité et morale, puisque, on l'a vu, les fondateurs de la la"cité républicaine considéraient son contenu moral 1 la !morale la"que! 1 comme essentiel. 'utre la question de la production de la morale et de son contenu, c'est le probl me de son enseignement qui est posé, ce qui renvoie alors à la question de la nature et des finalités de l'école. (ans l'abondante production de te0tes sur les rapports entre la"cité et morale, on rel vera deu0 approches * celle de Jean >aubérot, qui forme le projet d'une morale la"que renouvelée par le biais d'un !nouveau pacte la"que! ? celle de Qu, Paarscher, pour qui la séparation radicale de la morale C!le bien!D et du droit C!le juste!D est le coeur de l'idée de la"cité. 9. Morale la"que et !nouveau pacte la"que!. +a question de la morale et de ses rapports avec la la"cité est une des préoccupations centrales de Jean >aubérot, comme cela apparaBt dans son ouvrage =ers un nouveau pacte laïque2 C7==HD. Mais ses anal,ses et propositions souffrent d'une insuffisante élaboration de la notion de la"cité, et du flou considérable qui entoure l' idée d'un !nouveau pacte la"que!. 1°/ La n cessit d'une morale la:.ue r nov e. +a question de la morale aujourd'hui, est abordée par >aubérot, à propos d'une réfle0ion sur l'introduction d'un cours d'histoire des religions à l'école 316 . Ce projet, loin d'être !anecdotique! lui paraBt au contraire !constituer un véritable enjeu de demain, pour la modernisation de la la"cité fran5aise...! #l montre que ce projet de cours fait l'objet d'un !consensus conflictuel! * !il , a relatif consensus parce que chaque courant peut être !gagnant! dans cette affaire!, même si la persistance de méfiances réciproques peut être un obstacle à sa réalisation. 317 +'auteur rend compte alors, d'un sondage montrant, selon lui, que !l'opinion semble prête à accepter une innovation! * !deu0 tiers des .ran5ais pour un cours d'histoire des religions!. +e plus intéressant pour notre propos est qu'à la question posée sur les !avantages! principau0 attendus de l'instauration de ce cours, JA[ des sondés ont répondu * !valeurs morales! et !tolérance!? ce qui fait dire à >aubérot * !la préoccupation dominante des sondés concerne la formation morale des él ves. C...D ;ar le biais de ce sondage un point essentiel est soulevé * la résistance à la privatisation de la morale!. 318 #l poursuit alors en indiquant, immédiatement apr s, que le !probl me de la morale la"que! constitue un !aspect fondamental de la la"cité fran5aise!. 319 9nnon5ant un ouvrage ultérieur, il pose l'h,poth se d'une !perte d'évidence sociale de la morale! au FF/ si cle. +e développement de

la morale la"que, depuis la ###/ &épublique, aurait été freiné, notamment, du fait de la !tension entre les valeurs nécessaires au lien social et la liberté individuelle et collective!, et du risque que cette morale ne devienne !une idéologie d'6tat imposée autoritairement!. (e plus, les !aspects fondateurs! de la morale la"que se seraient progressivement déstructurés! * en particulier, l'idée d'une morale universelle et stable, comme la !bonne vieille morale! de Jules .err,, serait remise en cause par les transformations profondes des moeurs au FF/ si cle, notamment en mati re de se0ualité 32 . >aubérot conclut alors le chapitre ainsi * le probl me soulevé Cles préoccupations morales des sondésD déborde largement le projet de création d'un cours d'histoire des religions. #l serait néfaste de fuir la question posée mais il ne faut pas la lier à ce seul cours. Cela serait désastreu0. 321 +e moins que l'on puisse dire, c'est que l'auteur ne l ve pas, ici, l'ambigu"té qu'il introduit en abordant ensemble la question de l'enseignement d'histoire des religions et celle de la morale la"que. Celle1ci est1elle distincte des morales d'origine religieuses3 :urtout, un enseignement d'histoire des religions peut1il répondre à des !préoccupations morales!3 $e voit1on pas apparaBtre, ici, en filigrane, l'idée selon laquelle les religions auraient à voir avec l'élaboration d'une nouvelle morale3 4uoi qu'il en soit, e0aminons maintenant comment l'auteur revient sur la question de la morale la"que dans son anal,se des !probl mes d'une la"cité en débat!. 322 #l affirme alors * les enjeu0 autour de la la"cité débordent de toute part le probl me particulier des rapports entre la .rance et l'islam C...D CcarD un probl me essentiel, lié de fa5on permanente depuis deu0 si cles à la la"cité C...D se pose de mani re différente chaque fois que la conjoncture est relativement nouvelle. Ce probl me peut s'intituler * les droits de l'homme et la morale. 323 #l précise que pour lui, la morale, !dans un sens proche de celui donné par (urTheim!, c'est * la nécessité pour toute société de pouvoir fonder son vivre1ensemble non seulement sur certains intérêts matériels communs mais sur des valeurs à la fois fondamentales et élémentaires, objet de cro,ances communes. 324 :elon lui, !la morale la"que constitue une tentative, partiellement réussie sous la ###/ &épublique, de concilier valeurs élémentaires Csouvent qualifiées de !morale naturelle!D et valeurs fondamentales! * les valeurs !élémentaires!, au F#F/ étaient !données principalement par l'6glise catholique! ? et les valeurs !fondamentales!, !référées au0 droits de l'homme, au principes de 7<G=!. 'r, poursuit1il, !le reflu0 actuel de la morale la"que est en train d'amener la reconstitution de deu0 .rance! * !celle des droits de l'homme, des principes fondamentau0 et celle de la morale, des valeurs élémentaires!. 2n fait, >aubérot semble redouter à la fois les tentations hégémoniques de l'6glise catholique en mati re de morale, et, d'autre part, la dissociation entre morale et libertés Cles droits de l'hommeD 325 . C'est pourquoi il affirme que !la la"cité doit parvenir à conjuguer ensemble morale et liberté!, car !la la"cité ne peut pas être qu'une r gle institutionnelle, une sorte de code de la route social qui doit permettre à chacun d'aller et venir oE il veut dans l'espace culturel et idéologique, sans écraser les autres! 326 . Mais, !la morale la"que ne peut plus être celle qui e0istait sous la ###/ &épublique! ? il faut donc la rénover * !le débat la"que

doit prendre en charge l'ensemble de la question éthique, le probl me global des valeurs qui structurent une société!. 327 2°/ Fouveau pacte la:.ue et morale. !)ne tOche importante du nouveau pacte la"que! est, précisément, pour son !inventeur!, de résoudre ce probl me * !articuler les droits fondamentau0 de l'être humain au0 valeurs élémentaires qui permettent de vivre ensemble!. 328 Mais les anal,ses et conceptions de l'auteur posent de multiples questions. ('abord, la nature et l'objet de ce !nouveau pacte! paraissent asse- peu clairs * !un des enjeu0 de la derni re décennie du si cle est la CreDconstitution d'un grand ensemble la"que diversifié qui puisse prendre en charge de fa5on consciente la gestion s,mbolique de la démocratie. C...D +e nouveau pacte la"que pourrait ne pas être avant tout l'affaire de l'6tat et d'institutions mais d'un vaste ensemble associatif!. 329 'n ne sait pas en quoi le nouveau pacte est un pacte Cest1ce un contrat, un accord négocié3 sur quoi porte1t1il, et qui engage1t1il3D et quelles seraient les modalités de fonctionnement de cet ensemble associatif ? on ne sait pas davantage quel serait concr tement son objet, et s'il se réduit à la simple acceptation de débattre, puisque >aubérot parle à plusieurs reprises de la constitution d'une !la"cité délibératrice! 33 . 'n ne sait pas plus en quoi ce pacte serait !nouveau! et !la"que!, puisque l'auteur semble envisager la participation des !religions! au !débat public! et au !nouveau pacte! 331 . #l distingue de plus !sph re publique! et !domaine institutionnel!, et pose la question d'une !participation non cléricale du catholicisme à la sph re publique!, et de la place de la religion dans un !secteur public à base associative et volontaire!. >aubérot ne semble pas faire la confusion fréquente entre !espace social non1individuel! et !sph re publique! * le premier constitue avec l'espace privé1individuel la sph re privée au sens juridique, alors que la seconde constitue le domaine de l'6tat 332 . :es propos ne peuvent donc pas sugg rer que les religions devraient retrouver un statut de droit public, ce qui serait un bouleversement de la la"cité institutionnalisée. Mais alors, s'il indique simplement qu'elles doivent occuper une place dans l'espace !privé! non1individuel, qui est notamment le domaine oE peuvent se développer les associations, il n', a là rien de bien nouveau depuis la loi de 7=H7 333 , et on ne voit plus ce que le !pacte la"que! a de !nouveau!. 2nfin, >aubérot ne dit pas si, comme les deu0 précédents !pactes! qu'il a identifiés, le !nouveau! doit se traduire par des transformations institutionnelles substantielles en mati re d'organisation des rapports entre politique et religion. 2n fait, cette incertitude sur la nature et l'objet du !nouveau pacte la"que! semble résulter pour une bonne part du caract re flou que revêt dans l'ouvrage la notion même de la"cité, qui de l'avis de Maurice >arbier, !n'est pas suffisamment anal,sée! 334 . +a la"cité n'est, en effet, jamais définie de fa5on précise ? l'auteur proc de plut8t par l'énonciation des !tOches! qu'elle doit accomplir * !une des tOches majeures de la la"cité d'aujourd'hui consiste en ce parado0e * garantir la"quement la sacralité des droits de l'homme!, voulant dire par là que le travail interprétatif du te0te de la (éclaration des droits doit se faire !selon le principe du libre e0amen!. 335 4uant à sa nature, elle reste indéterminée, puisque l'auteur écrit notamment * la la"cité est plut8t !une sorte d'art de vivre! 336 , !la la"cité C...D 2nsemble diversifié de gens au0 références doctrinales multiples! 337 ? !une la"cité délibératrice serait une force de proposition...! 338 ? !la la"cité n'est rien moins que l'art de

maBtriser la liberté C la liberté de conscience et toutes celles qui lui sont liéesD de fa5on à ce qu'elle ne devienne pas liberticide! 339 ? etc. +'ouvrage de Jean >aubérot pose donc d'innombrables questions sur la nature et le contenu de la la"cité, sur le mode de constitution et de fonctionnement du !nouveau pacte!, sur le mode de production de la nouvelle morale la"que, sur les raisons pour lesquelles le cadre actuel de la la"cité est insatisfaisant et dans quelle mesure il doit être modifié. (e plus, les notions et th mes de la démocratie et de la cito,enneté n'apparaissent pratiquement pas, et ils ne sont pas reliés avec la question de l'école et de la la"cité ? il n'est jamais question d'institutions politiques, comme si les probl mes que l'auteur soul ve n'étaient pas des probl mes politiques, ou tout au moins susceptibles d'être pris en compte politiquement. #l est significatif, peut être, que le ;arlement, lieu par e0cellence de délibération dans le cadre de la démocratie indirecte, ne soit pas évoqué par l'auteur lorsqu'il parle de !la"cité délibératrice!, comme si les probl mes de la collectivité 1 et on ne conteste pas que la production des normes et valeurs dans une société en transformation rapide en est un 1 devaient être pris en charge par un !vaste ensemble associatif! comprenant notamment !les religions!, plut8t que par les institutions politiques. +e politique apparaBt donc absent du livre de Jean >aubérot. 4uant à la la"cité, elle semble se réduire à une liberté religieuse accompagnée d'une morale au mode de production indéterminé. 2n d'autres termes, l'auteur établit bien un lien entre morale et la"cité, mais c'est la liaison avec la politique qui semble s'évanouir. >. +a !séparation du bien et du juste!. ;our Qu, Paarscher, c'est dans l'idée d'une séparation du bien et du juste que l'on peut voir !le no,au théorique de la la"cité! ? et c'est, selon lui, la philosophie politique de John &a\ls, en qui on a vu !le défenseur le plus cohérent de l'idée selon laquelle les questions de justice doivent être séparées des questions concernant la vie bonne!, qui !fournit une justification du principe de la"cité! 34 . Mais une conception de la la"cité fondée sur les théories de &a\ls risque de réduire l'6tat à un simple arbitre, et la la"cité à une simple liberté religieuse ? c'est dire si cette conception !libérale! est éloignée de la la"cité républicaine. 1°/ La:cit et s paration du 7ien et du Guste. Qu, Paarscher distingue deu0 sens du concept de la"cité. 9u !sens large!, la la"cité concerne !les régimes qui respectent la liberté de conscience!. 9u !sens strict!, !en plus de l'affirmation de la liberté religieuse!, le terme !renvoie à une séparation de l'6tat et des confessions! ? c'est ce qui correspond à la situation fran5aise 341 . +a la"cité renvoie donc d'abord à l'affirmation de l'autonomie de la conscience, à l'idée selon laquelle, !en mati re d'orientations d'e0istence, la contrainte politique est radicalement illégitime! ? c'est pourquoi, si l'on peut distinguer diverses !e0périences modernes d'émancipation de la conscience par rapport au politique!, l'auteur indique que de mani re générale * +a la"cité présuppose donc la séparation du juste et du bien, c'est1à1dire de la sph re politique, qui est au service de tout le laos d'une part, des conceptions de l'e0istence relevant de la seule conscience en conséquence non imposable à autrui d'autre part. (ans la sph re du >ien se

situent notamment les religions, c'est1à1dire les conceptions suivant lesquelles la morale poss de un fondement transcendant C...D 342 'r, selon l'auteur, &a\ls, dans sa Théorie de la 0ustice C7=<7D, se livre à une sorte de !déduction! du principe de la"cité* !le juste Cl'organisation politique de la société et les engagements qu'elle impliqueD doit être pensé indépendamment des biens, sans quoi l'hétéronomie régnerait au moins pour une partie de la société!, puisque la !conception officielle de la vie bonne! ne serait pas, en fait, partagée par tout le laos. 2n effet, !il est impossible de fonder l'idée de la justice 1 qui doit être valable pour tout le laos 1 sur une conception partagée de la vie bonne!, puisque les conceptions de la vie bonne peuvent être controversées. (e plus, ajoute l'auteur, le juste !prévaut! sur le bien * le ma0imum de liberté est garanti à chacun, indépendamment du poids relatif, dans la société, de la conception de la vie bonne qui est la sienne. 'n arrive donc, poursuit1il, !à l'idée d'un 6tat arbitre capable d'imposer les r gles du jeu social au0 plus forts!, et d'assurer la liberté. #l s'agit donc, avec &a\ls, de !justifier l'organisation politique légitime sans avoir recours à des conceptions du >ien toujours potentiellement susceptibles de controverse. C'est une telle purification de la question de la justice politique, conclut Paarscher, qui fournit à l'heure actuelle la meilleure justification du principe la"que de séparation et@ou de neutralité!. 343 9insi, la la"cité telle qu'elle est envisagée par l'auteur semble se ramener à un !respect par l'6tat de toutes les conceptions du >ien, qu'elles impliquent ou non une référence à un (ieu! * cette !la"cité véritable! s'apparente donc à une liberté religieuse élargie, à une neutralité de l'6tat ? la séparation des 6glises et de l'6tat découlant alors, philosophiquement, de ce que la définition du Juste 1 l'organisation de la Cité 1 doit se réaliser indépendamment des différentes conceptions du >ien, que portent, notamment, les 6glises 344 . &estent alors deu0 questions, étroitement liées entre elles ainsi qu' au débat sur la la"cité !fran5aise! CrépublicaineD * l'6tat n'est1il pas réduit ici à la figure bien éloignée de l'idée républicaine, d'un simple arbitre 3 +es formes d'organisation politique de la Cité peuvent1elles ne pas se référer à des normes et valeurs particuli res 3 2°/ Les di22icult s de la conception li7 rale de la la:cit . Paarscher est bien conscient de ces probl mes, puisqu'il indique en conclusion du passage consacré à &a\ls * Certes, nous devons garder à l'esprit le fait que cette justice ne doit pas être comprise dans un sens trop !libéral!, c'est1à1dire contre l'6tat, réduit au r8le de gendarme, mais dans un sens cito,en C...D +'6tat républicain ne peut perdre sa consistance qu'au profit de la société, et dans le cas oE, au sein de celle1ci, le néo1communautarisme dominerait, ce serait au détriment du principe de séparation * à nouveau l'6tat, trop faible, se trouverait absorbé par les conceptions particularistes de la vie telles qu'elles se déploient 1 légitimement à ce niveau 1 dans la société. 345 'r, il a indiqué lui1même que si une !interprétation purement libérale de la la"cité!, qui s'en tiendrait à cette idée d'un 6tat1arbitre, est une tendance tr s présente au0 6tats1)nis dans le !discours libertarien sur l'6tat minimal!, un tel discours entraBne une conception de la la"cité qui n'est pas celle qui a eu cours en .rance depuis les années 7GGH * la la"cité républicaine suppose au contraire une école et un 6tat porteurs d'une idée *orte de cito,enneté, et s'accommode mal de l'idée suivant laquelle

l'initiative en mati re de valeurs morales pourrait être en quelque sorte enti rement absorbée par la société. 346 :i l'on comprend bien, la théorie politique de &a\ls ne peut, dans le meilleur des cas, su**ire à fonder philosophiquement la la"cité républicaine ? et ceci d'autant plus que l'orientation !libérale! de &a\ls est souvent critiquée comme aboutissant à vider le politique de tout contenu. 347 #l ne nous est pas possible ici d'entrer dans cette discussion ? mais compte tenu de ce qui a été dit du projet républicain dans le chapitre précédent, avouons que les développements de Qu, Paarscher nous laissent perple0es quant à la possibilité de fonder aussi la la"cité républicaine sur la philosophie de &a\ls. >eaucoup plus intéressantes pour notre propos sont ses remarques concernant la !nouvelle la"cité!. 348 :i !les défenseurs d'une la"cité nouvelle sont souvent tr s respectables et posent des questions dignes d'intérêt!, écrit1il, le mouvement d'!ouverture! de la la"cité !peut porter trop loin! * C'est une conception # la *ois libérale et communautarienne de la la"cité qui risque de remplacer la notion républicaine, ramenant l'activité cito,enne à la portion congrue et redonnant au0 confessions un pouvoir de fa5onnement des esprits C...D "ibérale * l'6tat républicain serait ramené à un arbitre C...D. ,ommunautarienne * les 6glises reconstitueraient leurs communautés, recolonise1raient la sph re publique et mettraient en cause la la"cité républicaine. 'r, !si libéralisme et communautarisme sont à maints égards absolument antagonistes 349 C...D tous deu0 ont pour trait commun de viser à l'affaiblissement de l'6tat la"que! ? il peut en résulter un danger pour la démocratie et la cito,enneté, car !des individus formés dans des traditions radicalement différentes ne pourront communiquer! et constituer une !communauté de cito,ens!. C'est pourquoi le libéralisme peut favoriser la !tribalisation! de la société en affaiblissant l'6tat républicain, !son seul contrepoids possible!. Paarscher établit donc ici des liens tr s étroits entre la"cité républicaine, cito,enneté et démocratie, et indique du même coup les limites d'une conception !libérale! de la la"cité. 4uant à la !séparation du bien et du juste! comme no,au théorique de la la"cité, on peut se demander si elle n'implique pas une une conception de cette derni re, tout à fait étrang re à l'idée républicaine de la"cité, compte tenu de l'importance de la morale dans le projet républicain. 9insi, la question des rapports entre morale et politique a été posée historiquement, en .rance, pour deu0 raisons d'ailleurs liées * 1 l'6glise catholique a été la principale autorité morale pendant des si cles, la !bonne vieille morale de nos p res! a,ant sa source essentiellement dans le christianisme ? 1 le projet républicain a consisté à favoriser l'émancipation de la société et des individus de l'emprise du catholicisme, et à mettre en oeuvre une conception de la cito,enneté associant individualisme, autonomie de la pensée et morale la"que * c'était là contester ouvertement le magist re moral que l'6glise détenait de fait. Mais cette question resurgit aujourd'hui dans un conte0te de !crise! intellectuelle et morale, voire de !crise du politique!. $on seulement la possibilité de fonder une morale

!la"que! est mise en cause, mais c'est le r8le même de l'6tat, notamment dans le domaine des questions !éthiques!, qui est contesté. ('oE la tentation de certains courants religieu0 d'e0ercer une influence morale plus grande, et leur aspiration à retrouver une place institutionnelle dans la sph re publique ? ce qui se traduit par la revendication plus ou moins voilée d'une modification du régime juridique de la la"cité. 'n a vu, cependant, que le contenu de ces !nouvelles la"cités! reste généralement tr s imprécis ? quant à l'argumentation justifiant la nécessité, affirmée ici ou là, d'adapter la la"cité, elle reste pour le moins flou. 2n particulier, on ne voit pas bien en quoi le cadre juridique actuel de la la"cité empêche la prise en charge des questions éthiques dans une procédure démocratique qui, par ailleurs, n'empêche en aucun cas les institutions religieuses de participer au0 débats !publics! sur ces sujets. .aut1il alors penser que c'est le conte0te jugé favorable qui e0plique seul le retour de !vieilles questions! liées à la séparation des 6glises et de l'6tat 3 &appelons que la contestation de la la"cité peut être favorisée par les pouvoirs publics lorsque dans leur action, ils paraissent ne plus bien respecter les principes de la"cité. 35 'n aurait tort, toutefois, de voir dans ces débats un simple !retour en arri re!. +a question des rapports entre morale et politique est une préoccupation tout à fait actuelle de la philosophie politique, qui interroge à la fois la la"cité et le politique * qu'en est1il de la production des normes et des valeurs 3 4u'en est1il de la détermination des fins de la société politique 3 4uel r8le peuvent ou doivent jouer en ces domaines les institutions démocratiques 3 +'6tat doit1il se limiter à un r8le d'arbitre et de gestionnaire, ou bien peut1il porter un !projet! 3 'n le voit, à travers le débat sur la la"cité, se profile une interrogation sur l'6tat, le fonctionnement de la démocratie, et finalement sur la légitimité politique . Mais si la !question morale! est une composante du débat sur la la"cité, qui voit intervenir notamment des institutions religieuses, il est une autre question, qui, à sa fa5on, on va le voir, aboutit également à une critique de la la"cité républicaine, et à une revendication plus ou moins voilée, de la modification des r gles du jeu * c'est la question de la !différence culturelle!. -/A!$%"# 6 & ,$;;#"#*-# -'L%'"#LL# #% LA$-$%# "e 9multiculturalisme9 et la République +e chapitre précédent a montré qu'à certains égards, le débat sur la la"cité pouvait s'anal,ser comme le retour de !vieilles questions!, avec l'e0pression plus e0plicite et plus radicale que dans un passé récent, de la contestation de la la"cité républicaine par certaines autorités religieuses. 2t on a vu que les prétentions des 6glises à retrouver un r8le public institutionnalisé n'étaient pas indépendantes d'interrogations fondamentales sur les rapports entre morale et politique. Mais pour importante qu'elle est, cette composante du débat sur la la"cité n'épuise pas le sujet. Car les années 7=GH ont vu l'émergence, sous la forme du discours sur le !droit à la différence!, d'un th me nouveau * celui de la différenciation culturelle de la société fran5aise et de ses éventuelles implications politiques et juridiques. +e rapport à la la"cité de cette question peut ne pas être évident. Certes, les !différences culturelles! évoquées sont souvent associées à l'e0istence 1 réelle ou supposée 1 de !communautés religieuses!, comme la !communauté musulmane!, et on pourrait penser qu'on est encore en présence du probl me des rapports entre religion et politique. Mais les personnes et institutions qui interviennent dans le débat ne se placent pas principalement sur

le terrain religieu0 et ne sont pas, d'autre part liées à un titre ou à un autre, au0 !religions! ? en effet, le th me de la différence culturelle s'est développé principalement à partir d'anal,ses et de prises de positions de certains sociologues qui ne travaillent pas habituellement sur le fait religieu0 * il s'agit notamment de l'équipe de chercheurs travaillant avec Michel ZieviorTa et 9lain %ouraine. 'r ce sont ces sociologues eu01mêmes qui établissent un lien entre la"cité et différence culturelle, en particulier dans leurs travau0 sur le !multiculturalisme!. #l semble donc bien , avoir un déplacement du débat sur la la"cité * la question ne serait plus celle des rapports entre institutions religieuses et politique Cséparation des 6glises et de l'6tat, etc.D ? le probl me concernerait plut8t les !identités! ou !communautés! culturelles, dans leur rapport au politique. #l est d'autant plus nécessaire d'anal,ser cette dimension du débat que la plupart des ouvrages récents sur la la"cité ne font pas e0plicitement référence au0 th mes du !communautarisme! et du !multiculturalisme! 351 . %out se passe ainsi comme si deu0 débats relativement autonomes se développaient en parall le. +a question qui est posée est donc d'abord de savoir en quoi la différence culturelle met en cause la la"cité républicaine ? mais il faut aussi se demander en quoi le débat sur le multiculturalisme et la la"cité est distinct de celui anal,sé dans le chapitre précédent. #l n'est pas possible de traiter ici l'ensemble des probl mes que soul ve le !multiculturalisme! 352 . 'n se limitera à l'anal,se de quelques te0tes de Michel ZieviorTa ? on verra alors comment, à travers la la"cité, c'est la &épublique que le !multiculturalisme! place au centre du débat. #. M)+%#C)+%)&9+#:M2 2% +9#C#%2. (u !foulard islamique! à la reconnaissance des !acteurs identitaires!. (ans un article intitulé !+a"cité et démocratie! 353 , Michel ZieviorTa affirme que !dans l'histoire fran5aise de la la"cité, 7=G= est une date capitale, un tournant décisif! ? avec l' !affaire du foulard islamique!, d'un coup, !le débat sur la la"cité a été totalement renouvelé!. 'n rappellera les questions que pose l' !affaire!, avant de montrer comment, en élargissant le débat, l'auteur en vient à évoquer une !la"cité du troisi me t,pe!. 9. +'affaire du foulard et la la"cité. 9pparemment simple, puisque se présentant comme l'intrusion du religieu0 dans l'école la"que, l'affaire s'est tr s vite révélée comme e0trêmement comple0e ? pr s de di0 ans apr s son apparition, on ne peut d'ailleurs pas la considérer comme totalement réglée sur le fond. 'n se bornera ici à quelques points de rep res. 354 1°/ Bne a22aire comple6e. 033 +a question centrale qui était posée était de savoir si le !foulard! pouvait ou non être accepté à l'école ? et, en particulier, s'il portait atteinte au principe de la"cité. 356 'n s'est rapidement aper5u que le probl me portait sur la signification du !port du voile! 357 , et qu'il interrogeait le principe de !neutralité scolaire!. :ur le premier point, une question était de savoir si c'était le caract re de manifestation du religieu0 dans l'école, qui était en cause, ou le fait qu'il s,mbolisait l'inégalité des se0es et la domination de la femme ? la difficulté étant d'ailleurs accrue par le rapport étroit entre ces deu0 aspects d'un probl me lié à l'affirmation de conceptions !intégristes! de l'islam. #l n'était pas possible, en effet, de faire abstraction de la dimension politique et idéologique d'un phénom ne s'inscrivant dans le cadre d'un mouvement beaucoup plus large, et débordant la

.rance, de contestation de la modernité et des valeurs de l''ccident, en particulier les (roits de l'homme, dont le principe d'égalité des se0es 358 . ;ouvait1on ne pas prendre en compte l'instrumentalisation 359 dont étaient l'objet certaines jeunes filles au moins, même si certains sociologues ont pu voir dans le port du voile des manifestations d'autonomie de ces derni res 3 2°/ Les incertitudes de la "neutralit des l;ves". Mais au1delà de ces questions, c'était la la"cité, et en particulier la notion de !neutralité scolaire!, qui était réinterrogée, un si cle apr s les lois .err,1Qoblet. 'n a vu en effet que si les choses sont relativement claires en ce qui concerne la la"cité de l'enseignement et des personnels, la codification ultérieure de la !neutralité des él ves! était liée à la question délicate du !prosél,tisme!. 'n comprend alors les divergences apparues à propos de la la"cité scolaire en ce qui concerne les élèves. ;our certains de ses partisans, la la"cité de l'école n'implique pas la !neutralité! des él ves, au1delà de limitations liée à la notions d'ailleurs problématique de !trouble à l'ordre public!. ;our d'autres, parfois qualifiés de la"ques !purs et durs!, la présence du foulard est une entorse inacceptable au principe de la"cité ? d s lors, il doit être refusé. Mais leur argumentation est parfois contestable ou souffre de certaines faiblesses. 'n évoquera quelques te0tes de certains des !intellectuels! 36 auteurs de l'article !;rofs, ne capitulons pasV! publié en novembre 7=G= par le :ouvel ;bservateur, et oE l'on peut lire notamment * !parce qu'elle s'adresse à tous, l'école n'admet aucun signe distinctif marquant délibérément et a priori l'appartenance de ceu0 qu'elle accueille!, ou encore * !dans notre société, l'école est la seule institution qui soit dévolue à l'universel !. 9utrement dit, le !fait social! ne doit pas entrer à l'école, et le voile islamique ne peut , être admis. 361 (ans un article de 7==H, Catherine Mint-ler s'interroge sur les !fondements de la la"cité scolaire! 362 . 2lle estime que !l'él ve est inclus dans l'espace scolaire! et que l'école publique doit être !soustraite à la société civile! ? en conséquence, aucune manifestation religieuse ne peut être tolérée. ;ourquoi 3 ('abord, écrit l'auteur, pour des !raisons juridiques! * l'école est obligatoire, donc on ne peut voir certains él ves !imposer! une manifestation religieuse à d'autres qui ne peuvent s', soustraire? de plus, les él ves sont mineurs et !leur jugement n'est pas formé! * ils ne peuvent donc bénéficier de la même liberté que les cito,ens, puisqu'ils n'ont pas conquis leur !autonomie!. Mais il , a des raisons plus essentielles * il s'agit de soustraire les él ves au0 !forces qui font obstacles à la conquête de l'autonomie!. :i le !retrait est nécessaire à l'émancipation!, la la"cité de l'école consiste alors à !écarter tout ce qui est suceptible d'entraver le principe du libre e0amen! ? et, ajoute l'auteur * #l est clair que celui qui arrive en déclarant ostensiblement, C...D, qu'il n', a pour lui qu' un livre, qu'une parole, et que le vrai est affaire de révélation, celui1là se retranche de *acto C...D d'un univers oE le vrai est affaire d'e0amen. #l faut donc commencer par le libérer * qu'il renoue ensuite, s'il le souhaite, avec sa cro,ance, mais qu'il le fasse lui1même, par conclusion, et non par soumission. Ces arguments !essentiels! montrent bien la difficulté de fonder le refus du foulard à l'école * il faudrait d'abord montrer en quoi le port du foulard, en lui1même, entrave le principe du libre e0amen ? de plus, l'idée qu'il faudrait d)abord !libérer! l'él ve de ses cro,ances est e0cessive * elle évoque l'idée d'une contrainte, et surtout, elle sugg re que la fonction de l'école est de séparer les él ves de leur cro,ances ? enfin, même appliqué au port du voile seul, ce t,pe d'argument peut conduire à instaurer une inégalité entre les él ves dont les !cro,ances! se manifestent matériellement, et ceu0 pour qui elles restent non formulées ou non e0tériorisées. 'n voit que la !réserve! des él ves à l'école reste une question difficile.

+a position de &égis (ebra,, dans un te0te de 7==H, paraBt plus nuancée 363 . #l affirme lui aussi l'idée que l'école est un lieu séparé * !l'école est un lieu oE l'on se forme à la liberté, oE l'on forme des cito,ens. C...D Cela suppose que l'école se ferme!. Mais, ajoute1t1il * !l'école est le lieu oE sont suspendus, d'un commun accord, les particularismes et les conditions de fait!. 364 #l précise alors sa conception de la la"cité * !est la"que celui qui refuse droit de cité au fait social. +e fait ne vaut pas le droit! ? ce qui implique qu'il faut refuser la confusion entre public et privé, car !il ne nous reste plus beaucoup d'espaces publics communs à tous! * quelle que soit l'importance du !pluralisme religieu0! dans la société d'aujourd'hui, dont la nouveauté est d'ailleurs à relativiser, il s'agit d'un fait qui n'impose pas la !redéfinition! de la la"cité. +e probl me, selon (ebra,, est plut8t l'affaiblissement de ces deu0 lieu0 de délibération que sont le ;arlement et l'école * !il , a péril dans nos deu0 demeures républicaines!. 'n remarquera, pour ce qui concerne la question du foulard, que tout le probl me réside dans ce !commun accord!* entre qui est1il réalisé 3 2t s'il ne l'est pas 3 0°/ Les divisions du "camp la:.ue" et la gestion politi.ue de l'a22aire. Compte tenu de la difficulté de préciser ce qu'implique la la"cité pour les él ves, et de l'affirmation d'une conception de la la"cité privilégiant la neutralité de l'6tat et la garantie de la liberté religieuse, on comprend mieu0 les divisions profondes qui sont apparues au sein des courants traditionnellement défenseurs de la la"cité. Comme on sait, les positions se sont radicalement séparées sur le fond * entre ceu0 qui estimaient que le port du foulard portait atteinte au principe de la"cité et devait donc être refusé sous peine de voir se mettre en place un processus de démant lement progressif de la la"cité, et ceu0 pour qui, dans la perspective d'une !la"cité ouverte! ou du !droit à la différence!, le port du foulard pouvait être autorisé. (e plus, dans la position de refus du foulard, la division s'est faite sur la méthode * fallait1il e0clure immédiatement les jeunes filles concernées, ou adopter une démarche progressive a0ée sur le dialogue 3 4uant à la démarche adoptée par les autorités politiques, on rappellera que trois circulaires ministérielles de teneur différente se sont avérées nécessaires, apr s l'avis du Conseil d'6tat donné en 7=G=, pour tenir compte, notamment, des distorsions croissantes dans la jurisprudence des tribunau0 intervenus sur le probl me. &etenons qu'à aucun moment le ;arlement n'a été saisi ? ni pour un débat, ni pour la détermination, par la loi, des restrictions à la liberté religieuse, certains estimant même que le Conseil d'6tat aurait, en la mati re, outrepassé ses compétences. 365 9insi, sur un probl me essentiel touchant à l'école, l'instance de délibération par e0cellence en démocratie, le ;arlement, n'a pas été amenée à se prononcer, alors qu'étaient en jeu les conditions d'intégration, de socialisation des individus, et de formation des cito,ens. 2n résumé, cette affaire est révélatrice des difficultés qui entourent aujourd'hui, peut1être encore plus qu'il , a un si cle, la définition même du principe de la"cité. 4uant à cette position de !retrait! du politique sur un tel sujet, elle sugg re que la !crise de légitimité! du politique est aussi une composante de ce probl me comple0e, et du débat sur la la"cité. Ces indications étant données, on peut revenir maintenant au0 anal,ses de Michel ZieviorTa.

>. (ifférence culturelle, démocratie et la"cité. )ne !la"cité du troisi me t,pe!3 1°/ ")om7at la:.ue classi.ue" et "nouveau d 7at". &eprenant les anal,ses de Jean >aubérot en termes de !seuils de la"cisation!, ZieviorTa définit une premi re la"cité comme la !subordination du religieu0 au politique!, puis une deu0i me la"cité comme !articulation de deu0 e0igences! * !affirmation de la souveraineté de l'ordre public à l'égard de toute religion! et !garantie de la liberté de conscience, de religion et d'e0ercice du culte!. #l ajoute qu'un !pan entier de ce qui définit la la"cité! tient à ce que !la séparation du religieu0 et du politique implique une responsabilité du second par rapport au premier! 366 , ce qui selon lui correspond certainement !beaucoup mieu0 à l'esprit de la la"cité! que l'image d'une lutte contre la religion. 9insi, la la"cité serait fondée par une !tension structurelle! * !à la fois séparation du politique et du religieu0 et garantie de la liberté de culte et de conscience!. C'est dans ce cadre que s'est développé le !combat la"que classique!, avec notamment la !guerre scolaire!* les débats et conflits au FF/ si cle se structurent en gros autour du clivage droite1gauche et du rejet ou de l'acceptation de la &épublique. Mais pour ZieviorTa, si ces débats n'ont aucune raison de s'éteindre, puisqu'ils mettent en cause des enjeu0 fondamentau0 en particulier en ce qui concerne l'école, !la situation a fortement évolué aussi bien en ce qui a trait à l'école qu'en ce qui concerne la culture et les identités collectives, notamment religieuses!. ('abord, !la la"cité est mise à mal par cette évolution qui fait de l'école égalitaire un m,the démenti quotidiennement!, écrit l'auteur qui ajoute * !à quoi bon la la"cité, si l'école publique cesse de pouvoir éduquer et instruire correctement tous les jeunes, C...D 3! Mais !la la"cité est encore plus ébranlée si l'on consid re la question culturelle et son embrasement autour du !foulard islamique! C...D!. ;our ZieviorTa, il s'agit d'un !nouveau débat!, qui !oppose ceu0 qui entendent arborer une marque d'appartenance religieuse, et leurs s,mpathisants, à ceu0 qui défendent les principes républicains les plus purs. #l a pour enjeu l'affirmation, acceptée ou non, de cette appartenance dans un lieu public oE elle n'a jamais été présente jusque1là!. 9insi, !tout a changé dans le défi lancé à la la"cité au point que le conflit se joue à bien des égards à fronts renversés! * le !foulard! dissout l'opposition classique de la guerre scolaire et rend une bonne partie de la droite, et, dans une certaine mesure de l'e0trême droite, solidaire de la gauche dans ce qu'elle a de la"que, tandis que des pans de la gauche, au demeurant limités, prennent parti pour le respect de la différence culturelle jusque dans l'école 367 . +'auteur affirme alors que !l'égalitarisme républicain, C...D, devient une valeur de droite!? selon lui, !ceu0 qui croient encore possible d'associer trop étroitement la"cité intransigeante et gauche produisent un discours inadapté au défi lancé par la nouvelle donne!. 2n d'autres termes, le renouvellement du débat sur la la"cité poserait la question d'une restructuration du champ politique et idéologique autour de la prise en compte politique de la !différence culturelle! 368 . 2°/ !i22 rence culturelle$ d mocratie et la:cit . ZieviorTa aborde la question des rapports entre la"cité et démocratie, que le titre de son article annonce, en ces termes*

la la"cité est constamment menacée d'une perversion majeure, dans laquelle son souci de séparer le religieu0 du politique devient lutte à mort contre le religieu0, et, plus largement, opposition irréductible # toute pénétration de particularismes culturels dans l)espace public. 369 :'appu,ant alors sur des e0emples historiques pris hors de .rance, il affirme que !la la"cité, comprise comme action de l'6tat contre la religion, ne signifie pas nécessairement C...D, qu'on a affaire à des pratiques démocratiques. +a notion de la"cité renvoie à l'6tat, bien plus, par conséquent, qu'à la démocratie!. 9pr s avoir ainsi écarté l'e0istence d'un lien étroit entre la"cité et démocratie, ZieviorTa indique que si la question de la la"cité se pose en .rance aujourd'hui dans des termes renouvelés, c'est parce que l'6tat , est confronté à de profonds changements que l'on peut décrire comme la crise du !mod le républicain d'intégration!, dont un aspect central ici, est !la transformation de la culture!, c'est1à1dire !les modifications qui affectent la nation et qui passent par des affirmations identitaires nouvelles et renouvelées!* #l faut reconnaBtre que nous vivons une re de fragmentation culturelle, oE les identités particuli res se développent et demandent à être reconnues dans l'espace public C...D +'heure n'est plus au désenchantement du monde, C...D, il est à la montée d'identités religieuses. +'auteur demande alors si la la"cité peut et doit !refouler ces phénom nes!, ou si on ne peut pas !plut8t la repenser!. ('oE l'idée d'une !la"cité du troisi me t,pe!. :'interroger sur l'avenir de la la"cité, écrit1il, c'est * admettre que notre société aura de plus en plus à entendre la voi0, plus ou moins conflictuelle, d'acteurs identitaires demandant à être reconnus dans leur particularisme, et qui oscillent entre l'enfermement sectaire ou fondamentaliste dans ce particularisme, et la participation à la vie de la Cité et à la démocratie. +a la"cité ne survivra, comme principe que si elle est combinaison de références à l'6tat et à la &épublique, ce qu'elle a toujours été, mais aussi à la société et à la démocratie, ce qui n)a 0amais été son problème. C...D +a la"cité doit redevenir active, C...D, effort pour tenir compte de demandes sociales et culturelles qui, même si elles revêtent un tour religieu0, ne sont pas nécessairement une mise en cause de la &épublique. 37 Cet article appelle plusieurs remarques. 'n peut se demander d'abord ce que l'auteur entend par !la"cité! puisqu'il désigne de ce terme aussi bien la !mise sous tutelle de l'6glise, à travers le Concordat de 7GH7!, que la la"cité dans son interprétation !républicaine!, ou encore la !troisi me re! dans laquelle elle serait entrée, et qui reste d'ailleurs largement indéterminée si l'on s'en tient à cet article. (e plus, il semble que l'auteur confonde deu0 questions distinctes * celle de la la"cité de l'école et celle de l'égalité à l'école ? si bien qu'on peut penser que la critique vise plus l' !égalitarisme républicain! que la la"cité de l'école au sens strict. 2nfin, n'est1ce pas déjà implicitement défendre une certaine conception de la la"cité, que de présenter comme une !perversion! de cette derni re l'opposition à la pénétration de particularismes culturels dans l'espace public3 2t ceci d'autant plus que ces particularismes !culturels!, à lire le te0te, sont essentiellement d'ordre !religieu0!.

2nsuite, le rapport entre la"cité et démocratie est anal,sé de fa5on un peu sommaire * peut1 on mettre sur le même plan des e0périences de séparation du religieu0 et du politique dans un conte0te non démocratique, avec la la"cité républicaine dont l'une des dimensions fondamentales, comme on l'a vu, est le souci de réaliser certaines conditions favorables à l'e0ercice de la cito,enneté et au fonctionnement de la démocratie 3 $'est1il pas e0cessif d'écrire que la démocratie !n'a jamais été le probl me! de la la"cité 3 'n peut alors se demander si, à travers cet article intitulé !+a"cité et démocratie!, l'auteur ne réintroduit pas, en fait, le classique débat opposant !république! et !démocratie! 371 . 2nfin et surtout, on peut se demander si ZieviorTa ne sugg re pas que les demandes de !reconnaissance! des !acteurs identitaires! devraient être satisfaites, ou tout au moins prises en compte dans le cade d'une nouvelle ! re! de la la"cité. 'r on a souligné l'importance de la notion de !reconnaissance! du point de vue de la la"cité républicaine ? il en découle de nombreuses questions * qui sont ces !acteurs identitaires! 3 :ont1ils des !groupes! d'individus, des !communautés! 3 4ue signifie alors les reconnaBtre dans leur particularisme 3 :'agit1il de donner un statut de droit public au0 associations ou institutions qui les représentent 3 4ue signifie participation à la démocratie de ces acteurs identitaires 3 9utant de questions au0quelles l'auteur ne répond pas précisément dans cet article, et qui sont pourtant cruciales du point de vue du débat. Certes, il écrit par ailleurs qu'il n'est pas question de revenir sur la la"cité 372 ? mais que reste1t1il de la la"cité républicaine si ces acteurs identitaires qu'il s'agit de !reconnaBtre!, s'av rent être finalement des institutions religieuses3 2n résumé, ZieviorTa semble dire que les difficultés de l'école, la !crise du mod le républicain d'intégration!, le développement de !demandes identitaires!, nécessitent une transformation de la la"cité ? mais il faudrait d'abord montrer en quoi le cadre actuel est inopérant, et indiquer de mani re précise quel serait le contenu de cette !la"cité du troisi me t,pe! 373 . 'n a vu comment, à partir de la question du foulard à l'école, l'auteur pose un probl me beaucoup plus large * celui de la reconnaissance dans l'espace public des identités culturelles. ;ar là, le !multiculturalisme! interroge la &épublique. ##. M)+%#C)+%)&9+#:M2 2% (2M'C&9%#2. +a &épublique en question. 'n tentera de préciser la conception de la démocratie que propose Michel ZieviorTa, dans la perspective du multiculturalisme, avant d'évoquer les critiques qui sont adressées, de fa5on plus générale, à l'idée de !multiculturalisme!. 9. &econnaissance des différences et démocratie. #l convient d'abord de définir le multiculturalisme. ;our ZieviorTa, c'est * un principe politique assurant la possibilité pour des individus et des groupes qui se réclament d'une identité culturelle particuli re de coexister démocratiquement avec d'autres individus et d'autres groupes qui se réclament d'autres identités particuli res. 374 +e multiculturalisme se distingue donc d'une réalité sociologique Cla différenciation culturelle de la sociétéD * ce n'est pas un fait social ? c'est donc ce !principe politique! que l'on interrogera ici. 2videmment, toute l'ambigu"té de la définition tient dans la formule !coe0ister démocratiquement!. +'auteur précise, en distinguant le multiculturalisme du !communautarisme! 375 que le premier, pour lui, !signifie le désir de vivre ensemble dans la différence, une différence reconnue et gérée démocratiquement!. #l ne fait gu re de doute que

le principe du multiculturalisme, que l'auteur défend implicitement implique la !reconnaissance! des différences culturelles ? il est bien difficile par contre, de saisir ce qu'il entend par !gestion démocratique de ces différences!. )n autre article bref, intitulé !Multiculturalisme et démocratie!, n'est pas plus clair 376 . +'auteur , affirme * d'une part, que le processus de diversification culturelle va se poursuivre, avec la poussée des identités particuli res ? d'autre part, qu'il , a là un risque de !fragmentation politique! du pa,s, si ne sont pas inventées les !modalités de gestion, de traitement politique des différences culturelles!. Ce qui renvoie à notre capacité !de vivre et de fonctionner démocratiquement avec nos différences!. 9insi, dans deu0 entretiens à des journau0 ou revues, l'auteur reste e0trêmement allusif sur les points clés * les notions de !reconnaissance! et de !démocratie!. &eportons nous maintenant à un article volumineu0 et élaboré oE, dans ses derni res pages, ZieviorTa indique e0plicitement qu'il compl te l'anal,se par des !prises de positions!, en indiquant !les orientations politiques qui lui semblent le mieu0 correspondre à ses anal,ses!, et !ses conceptions du souhaitable! 377 . !;our éviter de choisir entre un universalisme abstrait aboutissant à la dissolution des particularismes culturels, C...D et les risques d'anarchie hobbesienne C...D qu'apporte le déploiement des différences!, il faut concilier, au niveau politique et institutionnel * le général avec le spécifique, la raison et le droit avec les identités. :e pose alors la question suivante * Comment assurer la reconnaissance d'une pluralité instable et incohérente de particularismes identitaires dans l'espace public, comment leur apporter un traitement institutionnel et juridique dans l'ensemble nécessairement unifié que forment l'6tat et le droit 3 378 +'auteur écarte d'abord l'idée d'une e0tension de la cito,enneté par la définition de droits culturels, car, dit1il * )n cito,en est un individu, une personne, alors qu'il s'agit de penser la pénétration ou la présence du fait collectif qu'est l'identité culturelle dans les institutions, et donc d'envisager d', reconnaBtre des ensembles d'individus, et non pas seulement des individus singuliers. 379 ;ar conséquent, un élargissement de la notion juridique de cito,enneté Cà des droits culturelsD, ajoute l'auteur, !n'apporterait pas de reconnaissance particuli re à la différence culturelle! 38 . C'est pourquoi, dans un paragraphe intitulé !#dentités et démocratie!, il écrit * !mieu0 vaut envisager une seconde voie, celle que désigne le terme démocratie!. Mais, selon lui, une démocratie !seulement représentative! ne résout pas le probl me, car alors, elle !risque d'assurer la loi du groupe dominant!. 381 Cependant, pour l'auteur, il est possible d'attendre de la démocratie !une capacité institutionnelle à assurer la reconnaissance et le traitement de particularismes culturels, même s'ils sont tr s minoritaires!. Certes, dit1il, !d'immenses difficultés guettent tout projet d'ouverture démocratique à la différence par le truchement du droit et des institutions, sans autre médiation!. C'est pourquoi il estime que le s,st me politique, plut8t que les institutions et le droit, devrait être concerné par le th me du multiculturalisme. 2t l'auteur envisage, par e0emple, que certains partis se feraient !les champions de certaines minorités culturelles!. ;lus largement, il tend à affirmer que les clivages politiques pourraient correspondre, sinon au0 clivages culturels Ccomme peut le suggérer l'e0emple ci1dessusD, du moins au0 positions des partis par rapport au0 différences culturelles et à la question de leur remontée dans l'espace public!. 382 Car s'il convient, selon lui, de !penser la représentation politique! de la !diversité culturelle!, l'auteur ajoute

immédiatement que !le probl me n'est pas d'institutionnaliser des acteurs identitaires sous des formes directement représentatives, mais de leur ouvrir davantage l'acc s au traitement de leurs demandes!. 383 'n voit par là que demeure l'ambigu"té sur ce que signifient pour l'auteur !reconnaBtre des acteurs identitaires! et !faire coe0ister démocratiquement les différences culturelles!. Certes, l'auteur rejette catégoriquement le !communautarisme! et affirme la validité du principe de séparation de l'6tat et des 6glises. Mais peut1on se demander* la !reconnaissance! de groupes culturels ne remet1elle pas en cause une &épublique qui ne reconnaBt que des individus1cito,ens 3 Cette reconnaissance de groupes, dont certains sont des !minorités religieuses!, ne va1t1elle pas aboutir à la réintroduction dans l'espace public des institutions religieuses, c'est1à1dire à la remise en cause de la !la"cité1séparation! 3 Cette conception ambiguY de la démocratie, enfin, ne débouche1t1elle pas sur une forme de !communautarisme! en reproduisant dans le champ politique la structuration !culturelle! de la société 3 'n ne peut, en tout cas, qu'être surpris par la premi re phrase de conclusion de l'auteur * #l n'est pas sérieu0 de mettre en cause les valeurs universelles du droit et de la raison, de condamner la la"cité ou de prétendre reconstruire l'espace public à partir d'une institutionnalisation d'identitées elles1mêmes en constante transformation 1 ce qu)on appelle le multiculturalisme. 384 +e moins que l'on puisse dire, c'est qu'une clarification s'impose. 4uoi qu'il en soit, c'est bien une interrogation sur la démocratie, la la"cité et la &épublique, que le multiculturalisme introduit avec le th me de la différence culturelle. >. +a &épublique !menacée!3 'n se limitera ici, pour conclure, à rapporter les questions et critiques qu'ont entraBnées les th mes du !droit à la différence! et du !multiculturalisme!. (ans une postface à leur ouvrage sur les (roits de l'Pomme et l'idée républicaine 385 , +uc .err, et 9lain &enaut reviennent sur les confusions qu'on a pu repérer, notamment au cours des années 7=GH, entre !droits de l'homme! et !droit à la différence!. #ls rappellent, d'une part, que le contenu de la (éclaration de 7<G= renvoie à un universalisme abstrait C!l'homme a des droits en tant qu'homme...!D qui n'a rien à voir avec un !droit à la différence! ou avec la !reconnaissance des identités culturelles ou ethniques!. #ls affirment, d'autre part, que cet !universalisme républicain! implique une certaine forme de tolérance * (ans la sph re privée, celle de la société civile, les individus sont libres de leurs opinions touchant le sens de l'e0istence et les voies d'acc s au salut. #l n'en reste pas moins que le respect des cultures particuli res lui1même poss de des limites * d s lors qu'on entre dans la sph re publique, celle du politique par e0cellence, ce n'est plus en tant que membre de telle ou telle communauté que l'individu se doit d'argumenter, mais, autant que faire se peut, en tant qu'être humain en général. 9insi, on ne peut confondre la !tolérance républicaine! avec le !droit à la différence!. (ans un récent ouvrage 386 , ;ierre19ndré %aguieff aborde les th mes du !communautarisme! et du !multiculturalisme!, sans les distinguer nettement, et sans faire référence à des auteurs particuliers.

#l met d'abord en cause l'affirmation selon laquelle le !mod le républicain d'intégration! ne fonctionnerait plus, qui constitue en quelque sorte le point de départ, sinon le postulat, sur lequel se développent les réfle0ions des défenseurs du multiculturalisme * !l'idée d'une panne du s,st me d'intégration à la fran5aise est une idée qu'il faut soumettre à un e0amen critique. 2lle ne va pas de soi.! 387 #l adresse indirectement à ceu01ci, ensuite, la critique suivante * J'évite C...D de transformer subrepticement le fait pluriculturel en norme, ou de transfigurer la réalité multi1ethnique en idéal social et politique suprême 388 . 2nfin, et surtout, il dénonce comme un !nouvel utopisme!, une !utopie confuse, dangereuse!, les conceptions !multiculturelles! de la démocratie, qui tendent à être opposées au mod le républicain * Ce qui est appelé à remplacer la &épublique, c'est un mélange de démocratie égalitariste et humanitariste plus ou moins radicale fondée sur le respect des !minorités!, C...D, et d'idéau0 communautaristes C...D ou !multiculturels!. C...D )n nouvel utopisme émerge à travers l'idée d'une démocratie multi1ethnique et pluriculturelle, fondée sur le principe de l'égalité entre !communautés! coe0istant dans un espace post1national, et légitimée par le rejet de toute !e0clusion!. )topie confuse, dangereuse.! 389 :oulignant que s'est déjà opérée !une imprégnation communautariste aussi bien che- les politiques que che- les intellectuels!, il affirme que puisqu'on constate toujours des inégalités entre minorités, !c'est l'égalité entre cito,ens qu'il faut donc défendre!. #l dénonce alors les dangers d'une conception de la tolérance, dont !la pierre de touche est le respect des !minorités! en position de !victimes!!* +a bonne société est pensée comme une coe0istence pacifique de !minorités! C...D. Mais l'espace de cette coe0istence ne peut être que la société civile, peuplée d s lors d'individus égo"stes et consommateurs, et de communautés fermées, au0 revendications contradictoires et infinies. C'est là une mani re de rêver la démocratie, en privilégiant le direct, l'égalitaire, le proportionnel et le multiculturel. Mais elle substitue le civil au civique, la différence culturelle au lien social, et me paraBt favoriser la frustration de tous, ainsi que les conflits de tous avec tous. 39 Mais s'il dénonce vigoureusement les limites et dangers des conceptions portées par le multiculturalisme, il ne sous1estime pas les difficultés du moment, qui !menacent l'e0istence même des sociétés républicaines, et refont de la démocratie un probl me, qu'il s'agit de reformuler totalement!. 391 (e mani re générale, le mod le républicain ne lui paraBt pas devoir être abandonné ? il faut * &edéfinir et surtout réaffirmer clairement la légitimité et la nécessité actuelle du cadre national à la républicaine, replacer l'idéal de la"cité au coeur du civisme, faire enfin de la cito,enneté fran5aise un motif de fierté. 392 #l est dommage que l'auteur ne précise pas cette question des rapports entre la"cité et cito,enneté, mais on comprend qu'il n'envisage pas de transformations d'ordre institutionnel * C'est d'abord par le bas qu'il faut redonner sens et valeur à la &épublique. :ur ce point, la tOche de l'6tat est terminée. +'6tat et les élites politico1administratives ont construit la

&épublique en .rance. Ce n'est pas d'eu0 que l'on doit attendre une reviviscence du sens civique. 393 +e probl me est alors de produire du civisme !par le bas!. %aguieff s'interroge, enfin, sur les vertus civiques et morales indispensables à la démocratie moderne, sur les conditions de possibilité d'une vie sociale et politique. ;ar là, on retrouve de !vieilles questions!, qui étaient celles, notamment, des inventeurs de la la"cité. 9insi, l'émergence des th mes du droit à la différence culturelle et du multiculturalisme, au delà de la contestation de la la"cité, met directement en question la conception fran5aise de la !république!. +e probl me de la prise en compte politique des !identités culturelles! constitue un déplacement du débat par rapport à la question classique des rapports entre 6glises et 6tat ? mais des liens e0istent entre ces deu0 débats, car les !identités culturelles! dont il est question ici, réf rent, notamment, à des !communautés religieuses!, dont la !reconnaissance! et la !représentation politique! pourraient conduire à donner un r8le !public! au0 institutions religieuses. &appelons enfin l'ambigu"té qui demeure, dans les te0tes favorables au multiculturalisme, autour des notions de !démocratie! et de !la"cité!. -)*-L'+$)* )n survol même rapide des publications récentes sur la !la"cité! convainc que tout le monde ne parle pas de la même chose ou ne se place pas sur le même plan, à tel point qu'on finit par ne plus savoir ce qu'est la la"cité 1 ou plut8t, par comprendre qu'on n'en a jamais eu qu'une idée partielle ou partiale. Car le débat semble tourner tr s vite au dialogue de sourds lorsque chacun part de sa définition de la la"cité. (e plus, s'il , a un débat autour de la la"cité, le terme lui1même n'est jamais e0plicitement rejeté puisqu'il n'est question, pour l'essentiel, que de !nouvelle la"cité!, de !la"cité plurielle!, etc. 9vant de repérer les positions et propositions diverses, il convient donc de s'interroger sur ce qu'est la la"cité, telle qu'on l'entend en .rance depuis plus d'un si cle, et telle qu'elle s'inscrit dans les institutions. 'r, cette la"cité est étroitement liée à l'idée de &épublique. C'est pourquoi, plut8t que d'en proposer, a priori, une éni me définition, on a préféré tenter de faire l'histoire de ce qu'on propose d'appeler la !la"cité républicaine! ? il s'agit de comprendre ce que, depuis au moins la ###/ &épublique, les républicains ont tenté de mettre en place. ,omprendre implique que l'on s'intéresse en priorité au0 idées, au0 fondements philosophiques de la la"cité Cce à quoi s'essaient bien peu d'ouvrages récents sur le sujetD, et ceci, sans négliger pour autant l'influence du conte0te historique, intellectuel, idéologique, politique, etc. 'n a ainsi dégagé les conditions de possibilité de l'idée de la"cité ? autonomie de l'6tat par rapport au0 pouvoirs religieu0, autonomie de l'individu par rapport au0 autorités politiques et religieuses. 'n a ensuite pu montrer que la la"cité républicaine s'inscrit dans un projet politique, dans une conception de la république, selon lesquels la démocratie et l'e0ercice réel de la cito,enneté supposent que soient réunies certaines conditions* e0istence d'un espace public autonome, libertés individuelles et possibilité de libre délibération, formation des cito,ens et diffusion d'un minimum de normes et valeurs communes. C'est cela seul qui permet de comprendre l'importance de l'école dans les débats autour de la la"cité, et de comprendre en quoi cette derni re se distingue de la !simple! liberté religieuse.

Mais cette approche historique, qui vise à la fois à saisir la gen se historique et les fondements philosophiques de la la"cité, a montré que, depuis les origines parfois, sont posées des questions comple0es. 9insi celle des limites politiques au0 libertés individuelles, en particulier en mati re religieuse, que permet de dégager l'anal,se de l'idée de !tolérance!. C'est aussi la question des normes et valeurs communes, entrevue notamment à propos de l'idée de !religion civile! * l'émancipation par la raison est1elle suffisante, ou bien une !morale publique! est1elle nécessaire à l'e0istence et à l'unité du corps social 3 Cette morale doit1elle être enseignée à l'école3 Comment et par qui doit1elle être définie3 4uels sont ses rapports avec les morales d'origine religieuse 3 )n projet politique peut1il être indépendant de toute dimension morale, la !société! devenant alors le seul lieu de production des normes et valeurs3 9rmé de cet ensemble de rep res et de questions, on peut alors tenter de clarifier le débat actuel. 'n s'aper5oit d'abord qu'il tourne principalement autour de ces !vieilles! questions * r8le de l'école, question de la morale, séparation du politique et du religieu0. Mais il tend aussi à se déplacer du terrain !religieu0! vers celui, plus large, des !différences culturelles!, dont il n'est cependant pas totalement disjoint. 'n constate ensuite que, anciennes ou nouvelles, ces questions sont posées dans le conte0te particulier de cette fin de si cle, caractérisé par l'affirmation des différences culturelles et religieuses, par la !crise! économique et sociale, par la remise en cause de l'6tat1$ation moderne, et par ce qu'il est convenu d'appeler !crise du politique!. (e fait, bien des anal,ses et prises de position peuvent se ramener à une contestation de la validité du !mod le républicain! et, notamment, de l'une de ses composantes principales * la la"cité. 'n peut se demander toutefois si le conte0te, quelle que soit sa nouveauté, quelles que soient les difficultés et contraintes qu'il entraBne, implique nécessairement la remise en cause de l'idée qui est au coeur de la la"cité républicaine * l'idée que la démocratie et l'e0ercice de la cito,enneté nécessitent que soient remplies certaines conditions d'autonomie du politique par rapport à la !société!. 4uoi qu'il en soit, ce qui frappe l'observateur, dans ce débat, c'est le caract re allusif des argumentations censées fonder la nécessité d'une !adaptation! de la la"cité, et le contenu non moins imprécis de ces !nouvelles la"cités!. 9 tel point qu'on peut voir dans l'affaiblissement du politique lui1même, et notamment dans la perte de légitimité du projet républicain, beaucoup plus que dans la force et la cohérence des projets de !nouvelle la"cité! ou de !reconnaissance des identités culturelles!, une des raisons centrales de la contestation de la la"cité * la !crise du politique! n'est1elle pas le terrain favorable à l'affirmation des demandes d'introduction Cou de réintroductionD dans la sph re publique des institutions religieuses ou !acteurs culturels! que la la"cité cantonne dans la sph re privée Cla !société!D 3 +'anal,se du débat montre ainsi que la la"cité est le terrain d'un véritable conflit idéologique et politique, dans lequel les protagonistes utilisent comme arme principale le jeu sur le contenu de la définition et sur la généalogie de la la"cité ? tout se passe comme si, compte tenu de la valeur s,mbolique, de la puissance émotionnelle, en .rance, du mot !la"cité!, on se réclamait de la la"cité tout en s'évertuant, che- bon nombre de partisans de la la"cité !rénovée!, à la vider 1 au moins en partie 1 de son contenu. Ce qui confirme à quel point la politique est une affaire de parole, donc de mots. Mais cette étude a un autre intérêt * au1delà de ce qui peut apparaBtre comme un retour de la vieille querelle franco1fran5aise, ce sont en fait des questions tr s actuelles que l'anal,se du débat permet de dégager. 4ue ce soit le probl me des normes et valeurs, ou celui, plus

nouveau, des rapports entre cultureCsD et politique, ou encore celui concernant les rapports entre démocratie et république, ce sont bien des interrogations centrales de la philosophie politique contemporaine qui traversent ou sous1tendent le débat. C'est dire si le champ de recherche ouvert par la question de la la"cité est vaste. %enter de clarifier le débat, réfléchir sur le sens des mots, et sur leur instrumentalisation dans les débats et conflits, c'est donc à la fois faire oeuvre de recherche et participer au débat démocratique? car s'il est une contribution que le chercheur peut apporter, c'est de tenter de répondre à la question * de quoi parle1t1on 3 Ce qui est indispensable si l'on veut saisir ce qui est en jeu. 'r ce qui est en jeu c'est bien une certaine idée de la cito,enneté, de la démocratie, et, en fin de compte, du politique. .$.L$)G"A!/$# Compte tenu de la démarche en deu0 temps adoptée, il a paru logique de séparer les références utilisées dans la premi re partie, de celles directement liées à l'anal,se du débat actuel concernant la la"cité républicaine. $0 "eli<ion et politi65e en lon<5e période & les ori<ines intellect5elles et politi65es de la laïcité rép5blicaine0 1=> "ec5eil de te?tes0

C'+9: (ominique Céd.D, "a pensée politique, ;aris, +arousse, %e0tes essentiels, 7==A, <RG p.

2=> %e?tes non conte4porains @antérie5rs A la $$$= "ép5bli65eB0

>'(#$ Jean, "es six livres de la République , un abrégé du texte de l)édition de Paris de >?@A, édition et présentation de Qérard M9#&2%, ;aris, +e livre de poche, 7==K, RH< p. C'$('&C2%, ,inq mémoires sur l)instruction publique , ;aris, Q.1.lammarion, 7==J C7/ éd. 7<=7D, KGH p. C'$:%9$% >enjamin, &crits politiques, %e0tes choisis, présentés et annotés par Marcel Q9)CP2%, ;aris, Qallimard, .olio12ssais, 7==<, G<H p. M9$% 2mmanuel, Ners la pai0 perpétuelle, 4ue signifie s'orienter dans la pensée3 4u'est1ce que les +umi res3 et autres te0tes, ;aris, Q.1.lammarion, 7==7, AHR p. +'CM2 John, "ettre sur la tolérance et autres textes , ;aris, Q.1.lammarion, 7==A Cte0tes de 7RR<, 7R<J et 7RGRD, A<K p. &')::29) Jean1Jacques, Du contrat social, ;aris, Q.1.lammarion, 7=RR C7/ éd. 7<RAD, 7G< p. :;#$'X9 >aruch, Traité théologico politique, ;aris, Q.1.lammarion, 7=RI C7/ éd. 7R<HD, KGH p. N'+%9#&2, Traité sur la tolérance, ;aris, Q.1.lammarion, 7=G= C7/ éd. 7<RKD, 7=K p.

• • • • • • •

N'+%9#&2, "ettres philosophiques, ;aris, Q.1.lammarion, 7=RJ C7/ éd. 7<KJD, 7GG p.

3=> /istoire des idées politi65e0
• • • • •

>&9)( ;hilippe et >)&(29) .ran5ois, $istoire des idées politiques depuis la Révolution, ;aris, Montchrestien, 7=GK, R=R p. CP9%2+2% .ran5ois, ()P9M2+ 'livier et ;#:#2&1M')CP$2& 2vel,ne, $istoire des idées politiques, ;aris, ;)., Mémento %hémis, 7=GA, A=J p. CP9%2+2% .ran5ois, ()P9M2+ 'livier et ;#:#2& 6vel,ne Cdir.D, Dictionnaire des oeuvres politiques, ;aris, ;)., 7=G=, 77IJ p. '&L ;ascal Cdir.D, :ouvelle histoire des idées politiques , ;aris, Pachette@;luriel, 7=G<, GKA p. %')CP9&( Jean, $istoire des idées politiques, ;aris, ;)., 7=<7, G<H p.

4=> A5tres o5vra<es et articles0

>9&&2%1M&#2Q2+ >landine, !+'article F de la déclaration des droits de l'homme et du cito,en!, in "a Déclaration des droits de l)homme et du cito/en de >B@C, ;aris, +a documentation fran5aise, 7==H, pp. 7G717==. CP9%2+2% .ran5ois, <ne histoire de la raison, entretiens avec &mile :oDl , ;aris, :euil@;oints :ciences, 7==A, AK7 p. .)&2% .ran5ois et 'X'). Mona Cdir.D, Dictionnaire critique de la Révolution *ran+aise, 3dées, ;aris, .lammarion@Champs, 7==A C7/ éd. 7=GGD, IJJ p. M&#2Q2+ >landine, ,ours de philosophie politique, ;aris, +e livre de poche, 7==R, 7I< p.

• • •

$$0 La laïcité rép5blicaine et le débat conte4porain0 1=> "ec5eils de te?tes0
• •

C')%2+ Charles Céd.D, "a République et l)école, <ne anthologie, ;aris, ;resses ;ocTet, 7==7, AG= p. Q9)%P#2& Qu, et $#C'+2% Claude Céd.D, "a laïcité en mémoire, ;aris, 2dilig, 7=G<, A=K p.

2=> A5tres o5vra<es0
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>9&>#2& Maurice , "a laïcité , ;aris , +'Parmattan , 7==I , K77p. >9)>2&'% Jean , =ers un nouveau pacte laïque 2 , ;aris , :euil , 7==H , A<A p . >2&:%2#$ :erge et &)(2++2 'dile Cdir.D, "e modèle républicain, ;aris, ;)., 7==A, JKA p. >':% Pubert C éd. D, Eenèse et en0eux de la laïcité, Qen ve, +abor et .ides, 7==H, AAG p.

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

>')::#$2:4 Jean , "a laïcité *ran+aise , ;aris , :euil , 7==J , A7A p . >'L2& 9lain, "e droit des religions en France, ;aris, ;)., 7==K, ARH p. C'4 Qu, , +a"cité et &épublique , le lien nécessaire , ;aris , .élin , 7==I , KKI p. C':%91+9:C')F Jacqueline, "es trois Gges de la laïcité, Paris, Pachette, 4uestions de politique, 7==R, 7JA p. (2>&9L &égis, 1ue vive la République, ;aris, 6ditions 'dile Jacob, 7=G=, A7G p. (2+'L2 Lves, 6cole et cito,enneté , +'individualisme républicain de Jules .err, à Nich, * controverses , ;aris , .$:; , 7==J , JK7 p . ()&MP2#M 6mile, &ducation et sociologie , C 7=AA D , ;aris , ;). , 7==K , J/ éd. , 7KH p . ()&MP2#M 6mile, ")éducation morale , C 7=AI D , ;aris , ;). , 7==A , AJA p . .2&&L +uc et &2$9)% 9lain , ;hilosophie politique , K , (es droits de l'homme à l'idée républicaine , ;aris , ;). , 7/ éd. 4uadrige , 7==R , 7G= p. .#$M#2+M&9)% 9lain, "a dé*aite de la pensée, ;aris, Qallimard, 7=G<, 7GR p. Q9)%P#2& Qu, C éd. D, "a laïcité en miroir, ;aris, 2dilig,7=GI, AJR p. P99&:CP2& Qu, , "a laïcité , ;aris , ;). ,7AG p . M2;2+ Qilles, +a revanche de (ieu, Chrétiens, juifs et musulmans à la reconquête du monde, ;aris, :euil, 7==7, AGG p. +9'% +aurent, ,atholicisme, politique, laïcité, ;aris, 6ditions 'uvri res, 7==H, 7J< p. $#C'+2% Claude , ")idée républicaine en France , ;aris , Qallimard , 7=GA , réed. %2+@Qallimard, 7==J, IAG p. $#C'+2% Claude, "a République en France, &tat des lieux, ;aris, :euil, 7==A, A7G p. ;')+9% 6mile , +iberté , la"cité , +a guerre des deu0 .rance et le principe de la modernité , ;aris , Cerf@Cujas , 7=G< , JK= p . &)>L Christian, 3ntroduction (écouverte@&ep res , 7==R, 7AK p. # la philosophie politique, ;aris , +a

%9Q)#2.. ;ierre19ndré , "a République menacée , ;aris , %e0tuel , 7==R , 77= p. %2$X2& $icolas, "a République, ;aris, ;)., 7==K, 7A< p. Z#2N#'&M9 Michel C éd. D, <ne société *ragmentée 2 "e multiculturalisme en débat , ;aris, +a (écouverte, 7==R, KAK p.

2=> *54éros spécia5? de rev5es0

!(erri re le foulard!, "e Débat, ;aris, Qallimard, $/ IG, janvier1février 7==H, pp. AH1 IR.

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!+a la"cité!, Pouvoirs, ;aris, :euil, $/ <I, 7==I, pp. I177R. !+a"c, la"que, la"cité!, Mots, ;aris, $/ A<, Juin 7==7, pp. K1=G. !+a"cité au pluriel!, Pro0et, ;aris, $/ AAI, printemps 7==7, pp. J17H7. !+a"cité * essais de redéfinition!, "e Débat, ;aris, Qallimard, $/ <<, novembre1 décembre 7==K, pp. JI17H7.

3=> A5tres articles0
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>9&>#2& Maurice, !:éparation ou neutralité , +a la"cité , c'est la &épublique! , "e :ouvel ;bservateur , 7=1AI septembre 7==R , p. GI . >')&&#C9)( .ran5ois, !+a la"cité* parado0es et ambigu"tés!, (nc/clopaedia <niversalis, -/mposium, "es en0eux, ;aris, 7==H, Nol. A, pp. 7AGI17AGG. C'4 Qu, , !4uerelle autour d'un voile! , ")$istoire , n/ AHA , septembre 7==R , pp. JR1J<. (2>&9L &égis, !Wtes1vous démocrate ou républicain3!, "e :ouvel ;bservateur, KH novembre1R décembre 7=G=, pp. 77I17A7. Q9)CP2% Marcel, !+a"cité, mode d'emploi!, ")$istoire, $/ 7KI, juillet1aoSt 7==H, pp. GR1G=. M#$%X+2& Catherine, !9u0 fondements de la la"cité scolaire!, "es Temps Modernes, $/ IA<, juin 7==H, pp. GA1=H. $9)&'#: +ouis de , !6glise et 6tat! , (nc/clopaedia <niversalis , 7=GG , Nol. < , pp. =<R1=GH . $9)&'#: +ouis de , !+a"cité! , (nc/clopaedia <niversalis , 7=GG ,Nol. 7H , pp. J7I1 JAH . 'Q$#2& ;ierre, !9ncienne ou nouvelle la"cité3 9pr s di0 ans de débats!, (sprit, aoSt1septembre 7==K, pp. AHA1AAH. &9L$9)( ;hilippe, !+e destin de l'idéologie républicaine!, (sprit, décembre 7=GK, pp. A<1K=. &2M'$( &ené, !+a la"cité n'est plus ce qu'elle était!, &tudes, avril 7=GJ, pp. JK=1 JJG. N9+9(#2& ;aul, !6glise et 6tat en .rance!, &tudes, avril 7=GJ, pp. JK<1JKG. Z#2N#'&M9 Michel, !$e plus se tromper de cible!, in M9&%#$1C9:%2+$9) (avid C éd. D, ,ombattre le Front :ational, ;aris, Ninci, 7==I, pp. R<1GH. Z#2N#'&M9 Michel, !+e refus du multiculturalisme se nourrit de peur et de méconnaissance!, entretien avec %homas .erenc-i, "e Monde, mardi G octobre 7==R, p. 7I.

Z#2N#'&M9 Michel, !Multiculturalisme et démocratie!, entretien avec Jean1Claude &uano1>orbalani,-ciences $umaines, Pors1:érie $/ 7I, décembre 7==R 1 janvier 7==<, pp. KJ1KI.

4=> +o5rce inédite0

CP2&#.# Panifa, "e problème du voile dans les établissements scolaires du Rectorat de =ersailles, &apport de mission pour le Minist re de l'6ducation $ationale, ;aris, 7==J, 7R p. ] anne0es Cdocument communiqué par Jacques M#CP2+D. "#+'M#

+'anal,se du débat actuel, en .rance, sur la la"cité, est rendue difficile par la comple0ité même de cette notion. C'est pourquoi on s'est attaché à montrer comment la la"cité républicaine s'est inscrite, à l'origine, dans un projet de réalisation de conditions favorables à l'e0ercice d'une cito,enneté, à un fonctionnement de la démocratie, reposant sur l'autonomie radicale du politique par rapport au religieu0. ('oE l'importance de la la"cité scolaire. (ans l'une de ses composantes, le débat paraBt refléter l'aspiration de certaines institutions religieuses à retrouver, à la faveur des interrogations morales contemporaines, un r8le !public!, notamment pour ce qui concerne les questions !éthiques!. +a !nouvelle la"cité! proposée n'implique1t1elle pas, cependant, une remise en cause du régime actuel de séparation du politique et du religieu0 3 +a contestation de la la"cité républicaine semble aussi émaner de ceu0 qui souhaitent promouvoir le !multiculturalisme!. Mais une !reconnaissance des identités culturelles! dans l'espace public ne signifie1t1elle pas la rupture avec le mod le républicain3 +a prudence s'impose cependant, pour l'observateur, car une des caractéristiques du débat réside en ce que la la"cité n'est jamais formellement rejetée * il s'agit toujours d'en proposer une !adaptation!, à travers des !nouvelles la"cités! qui ne sont jamais définies avec précision, en particulier pour ce qui concerne leurs implications institutionnelles. +a deu0i me caractéristique du débat tient à ce que les raisons de modifier la la"cité ne sont pas argumentées de mani re vraiment convaincante ? en quoi la la"cité, dans son cadre institutionnel actuel, est1elle inopérante pour régler les probl mes du moment 3 2n quoi les !nouvelles la"cités! sont1elles susceptibles d', contribuer 3 Ces questions restent posées. C'est ce qui conduit à une h,poth se * le développement actuel de la contestation de la la"cité ne traduit1il pas principalement la volonté de modifier les r gles, et les structures institutionnelles, du jeu politique, dans un conte0te d'affaiblissement du projet républicain et de !crise! du politique 3 9u delà du débat fran5ais, sont posées les questions plus générales et tr s actuelles, des rapports entre moraleCsD et politique, entre cultureCsD et politique, entre démocratie et république. *ote@sB 7 +e débat concerne l'école 1 qu'il s'agisse de l'affaire du !foulard! ou de probl mes de financement des écoles privées et@ou confessionnelles 1 mais pas seulement l'école * que l'on songe à ce qui touche à la !morale! ou à l' !éthique!, à propos par e0emple de la législation concernant la contraception, la procréation médicalement assistée, etc.? ou encore à la question de l'implantation et du financement de lieu0 de cultes pour les musulmans, etc.

A Comme, par e0emple, le !droit à la différence! en mati re culturelle , th me qui est apparu notamment à l'occasion des débats sur le !foulard islamique!. K #l est certain que l'affaire du !foulard!, à partir de 7=G=, à fortement contribué au développement du débat? mais la !querelle scolaire! de 7=GJ avait déjà donné lieu à une activité éditoriale importante ? plus récemment, la dimension religieuse donnée au0 funérailles !nationales! d'un ancien président de la &épublique, les céremonies célébrant le bapt me de Clovis, ou les modalités de la visite en .rance du pape Jean ;aul ##, ont troublé nombre de !la"ques! et suscité des polémiques dans la presse. J Cette difficulté ne doit pas être sous1estimée * ainsi, par e0emple, Jacqueline Costa1 +ascou0 rapporte1t1elle, à propos de l'affaire du !voile!, que !les articles de presse furent si nombreu0 que l'9gence pour le développement des relations interculturelles C9(&#D publia quatre cahiers de recueil d'articles sous le titre !+'affaire du foulard islamique!, comptant pr s de IHH pages pour la seule période d'octobre à décembre 7GG=V!, "es trois Gges de la laïcité, 7==R, p.<H. I !+a"cité C...D ;rincipe de séparation de la société civile et de la société religieuse, l'6tat n'e0er5ant aucun pouvoir religieu0 et les 6glises aucun pouvoir politique.! +e ;etit &obert, 7=G7? outre la probable confusion entre 6tat et société civile, notons que la définition en termes de pouvoir n'englobe probablement pas tout ce que l'on associe habituellement à l'idée de la"cité, sauf à donner, peut1être, une e0tension large à ces deu0 !pouvoirs!. R !la"cité! n'apparaBt pas dans les inde0 ou le0iques des manuels de -ociologie politique de ;hilippe >raud C7==AD, de (ominique Colas C7==JD, de Jacques +agro,e C7==KD? et pas davantage dans l'inde0 du Traité de science politique de Madeleine Qra\it- et Jean +eca C7=GID. < 4uatre ouvrages d'histoire des idées politiques ont été utilisés Ccf. bibliographieD ? !la"cité! n'apparaBt que dans un seul inde0 1 la :ouvelle histoire des idées politiques, C7=G<D, mais ne renvoie pas à une !idée politique! dont le contenu serait précisé. G !)n mémento juridique de la la"cité fran5aise, écrit Jean >oussinesq, rencontre d s l'abord une difficulté * les termes !la"que!, !la"cité! ne sont pas définis par le droit? et pourtant les te0tes législatifs ou réglementaires qui font de la .rance une &épublique la"que sont fort nombreu0!, Jean >')::#$2:4, "a laïcité *ran+aise, 7==J, p.7K? l'auteur cite le propos, datant de 7=RH, du juriste Jean &ivéro * !l' idéologie de la la"cité rec le dans ses principes un certain nombre d'éléments qui rendent particuli rement difficile sa traduction dans l'ordre juridique C...D ;our la premi re fois depuis qu'il , a un pouvoir, il se présente à ses sujets, dans l'6tat la"que, dépouillé de toute 0usti*ication autre que purement humaine C...D +a conception de l'6tat la"que est un fait immense ? il ne s'ensuit pas que ce soit une donnée aisée à traduire en droit! Cnous soulignons C M.Q.D * si le droit ne nous dit pas ce qu'est la la"cité, le juriste nous indique peut1être ici une piste de recherche concernant la nature et les fondements de la la"citéD. ;lus pr s de nous, le juriste Lves Madiot souligne les difficultés que rencontre le juge dans l'application du droit lié au principe de la"cité, principe dont il indique qu'il peut faire l'objet de plusieurs !lectures!? !+e juge et la la"cité!, Pouvoirs, n/ <I, pp. <K1GJ. = Maurice >9&>#2&, "a laïcité, 7==I, p. =. 7H #dem, p. R=. 77 +es !quatre principales! sont les suivantes * !la la"cité n'est pas un refus de la religion, ni un combat contre elle! Cp. <HD ? !la la"cité n'est pas une simple distinction entre le temporel et

le spirituel. 2lle e0ige une séparation effective entre le politique et le religieu0, de fa5on que l'6tat soit totalement indépendant de la religion et que celle1ci soit enti rement libre! Cp. <7D? !la la"cité n'est pas davantage une doctrine ou une philosophie et encore moins une idéologie! Cp. <7D ? !la la"cité n'est pas non plus un pacte, analogue au contrat social C...D la la"cité est nécessairement une décision de l'6tat et non un pacte entre lui et les 6glises! Cpp. <A1<KD. 7A +'auteur rel ve et critique sept assimilations !abusives! * !la patrie!? !la démocratie!? !la &épublique!? !la raison critique!? !les droits de l'homme!? !le pluralisme et la tolérance!? !la liberté religieuse Cpp. <J1GHD. 7K #dem, pp. GJ et GG, souligné par nous. 7J &ené &2M'$(, !+a la"cité et ses contraires!, Pouvoirs, n/ <I, 7==I, pp. <17R. 7I !9insi con5ue, la la"cité implique que la religion individuelle échappe à la contrainte politique et au contr8le de la société civile et rel ve e0clusivement du for interne* C...D, ce qui suppose la reconnaissance d'un minimum de vie privée soustrait à l'autorité! ? idem, p. G? l'auteur distingue en outre la la"cité de la tolérance * !la tolérance n'est pas la la"cité * elle s'accommode du maintien de l'inégalité entre fid les des diverses confessions!, p. =. 7R !C'est la neutralisation du fait religieu0 pour la définition des droits? C...D la la"cité implique le découplage de l'appartenance religieuse et de l'appartenance politique, la dissociation entre cito,enneté et confessionnalité!, idem, p. =. 7< !)ne inspiration philosophique fonci rement hostile à toute e0pression du fait religieu0, conjuguant ses effets avec les applications du libéralisme, s'est attachée s,stématiquement à refouler le religieu0 dans la sph re du privé individuel et à lui interdire toute manifestation dans l'espace social. +e crit re de la la"cité devenait alors le silence total sur le religieu0 et son ignorance délibérée!, idem, p. 7J. 7G !une revendication qui se réclame du droit de chacun d'affirmer ses cro,ances, mais qui est soup5onnée de mettre en péril la liberté des personnes et l'unité de la nation par l'attestation d'appartenance à des communautés particuli res!, idem, p. 7R. 7= ;ierre 'Q$#2&, !9ncienne ou nouvelle la"cité3 9pr s di0 ans de débats!, (sprit, aoSt1 septembre 7==K, pp. AHA1AAH. AH !;our la premi re, la la"cité est l'accueil sans restrictions des différences culturelles, religieuses, en vue de leur coe0istence harmonieuse et enrichissante. C'est une la"cité tolérante pour laquelle ses partisans ne sont pas toujours conscients des contraintes particuli res de l'espace scolaire. C...D +a seconde définit plut8t la la"cité comme principe de séparation entre l'école, con5ue comme lieu d'émancipation de la raison, et la société avec les cultures et religions, dont les él ves sont invités à laisser les signes et les conceptions au vestiaire C...D +es te0tes fondateurs de la la"cité scolaire, élaborés pour la plupart au cours de la décennie 7GGH définissent celle1ci # la *ois comme un principe de séparation 1 d'avec les confessions religieuses 1 mais aussi comme un principe de tolérance, c'est1à1dire de respect et de considération pour la pensée et la religion d'autrui!, idem, p. AAH. A7 !#l est donc permis de s'interroger sur la fiabilité de certaines évocations et de certains rappels historiques relatifs à la la"cité et à la morale scolaires, rencontrées dans la production éditoriale de ces derni res années!, idem, p. A7<.

AA &appelons donc simplement, avec M. >arbier, que le néologisme !la"cité! est récent, puisqu'il apparaBt pour la premi re fois, semble1t1il, dans le journal la Patrie, daté du 77 novembre 7G<7, à propos d'un débat sur l'enseignement la"que au Conseil général de la :eine ? quant à l'adjectif !la"que!, s'il a pris au F#F/ si cle le sens de ce qui est opposé à !religieu0!, il a un sens beaucoup plus ancien qui remonte au Mo,en 9ge * ce qui s'oppose à !clerc!? op. cit. ,pp. R1<. ('autres auteurs, comme Qu, Paarscher, mettent l'accent sur l'origine grecque de la racine !la"c1!* en grec, laos désigne le peuple ? Qu, P99&:CP2&, "a laïcité, 7==R, p. K. Ces quelques indications suffisent à suggérer que le recours à l'origine du mot !la"cité! peut tout aussi bien !justifier! une définition en termes d' !anticléricalisme! ou d' !opposition à la religion!, ce qui n'est évidemment pas la même chose. AK ;ierre .#9+9, !+es termes de la la"cité. (ifférenciation morphologique et conflits sémantiques!, Mots, "es langages du politique, $/ A<, Juin 7==7, pp. J71I<. AJ #dem, p. JG ? l'auteur fait précéder ces lignes, du titre * !un cas de néologie militante * la laïcité républicaine!. AI #dem, p. IR. AR +e livre de Qu, Paarscher fait sur ce point figure d'e0ception, RH pages étant consacrées à !l'anal,se du concept de la"cité * comple0ité et parado0es! et à des !perspectives philosophiques sur la la"cité!? précisons d s maintenant que pour cet auteur, !la la"cité présuppose la séparation du juste et du bien, c'est1à1dire de la sph re politique, qui est au service de tous le laos, d'une part, des conceptions de l'e0istence relevant de la seule conscience et par conséquent non imposable à autrui d'autre part! Cp. =D ? or, l'auteur ajoute que l'on peut trouver à partir des ouvrages de John &a\ls, !les justifications philosophiques générales C...D de l'idée d'une séparation du bien et du juste, en laquelle on peut voir le no,au théorique de la la"cité! Cp. =7D, référence à &a\ls qui renvoie alors à une interrogation sur l'6tat, le libéralisme et la démocratie. #ndiquons enfin que l'auteur distingue la la"cité au sens large de la la"cité au sens strict Ci. e. au sens fran5aisD, sans faire apparaBtre clairement les fondements spécifiques de cette derni re par rapport à ceu0 de la la"cité au !sens général!. Qu, P99&:CP2&, "a laïcité, 7==R. A< Cf. le titre du livre de 6mile ;oulat* "iberté, "aïcité, "a guerre des deux France et le principe de la modernité, 7=G<. AG +es difficultés du comparatisme en science politique sont présentées par Jean >londel, à propos de l'anal,se des régimes politiques dans le chapitre 7 du Traité de science politique, H, "es régimes politiques contemporains, pp.711R ? il nous semble que nombre de ses remarques s'appliquent à une approche comparative de la la"cité * !on baptise du nom de comparatisme ce qui souvent n'est qu'une présentation parall le, voire successive, d'institutions, de procédures, et de comportements!, mais un !fondement valable! d'une telle approche !suppose l'élaboration d'un ensemble de concepts véritablement opératoires C...D! Ccf. aussi la !;résentation! de Jean +eca, idem, pp? #F1FF##D. A= 9insi, Maurice >arbier distingue1t1il, outre la la"cité !asse- bien réalisée en .rance!, trois !mod les! * !absence de la"cité!, !semi1la"cité!, !quasi1la"cité!? tandis que d'autres auteurs distinguent !logique de sécularisation! et !logique de la"cisation! ? l'important ici est de noter qu'un même pa,s est rapproché de pa,s différents selon les auteurs. KH #l est d'autant plus important de s'arrêter sur la notion de !tolérance! que le terme a été beaucoup utilisé dans le récent débat sur la la"cité en .rance. 'r, écrit Marcel Qauchet, !le

mot magnifique de !tolérance! est devenu aujourd'hui un funeste repaire d'équivoques! ? Marcel Q9)CP2%, !+a"cité, mode d'emploi!, in ")$istoire, $/ 7KI, 7==H, p. G=. K7 !+a formation de l'esprit la"que!, in Pubert >':% Cdir.D, Eenèse et en0eux de la laïcité, ,hristianismes et laïcité, +abor et .ides, 7==H, pp. 7K=17J=. %outes les citations suivantes sont tirées de cet article. KA "a laïcité, +'Parmattan, 7==I, les citation sont tirées de l'#ntroduction, pp. I17G. KK "es trois Gges de la laïcité, Pachette, 7==R, les citations sont tirées des pages < et =. KJ .ran5ois CP9%2+2%, 'livier ()P9M2+, 6vel,ne ;#:#2&1M')CP$2&, $istoire des idées politiques, 7=GA, p. I. KI +ouis de $9)&'#:, !6glise et 6tat!, (nc/clopaedia <niversalis, Nol. 7=, p.=<R. $otons cependant, avec .ran5ois >')&&#C9)(, que !cette distinction n'est absolument absente ni de la tradition juive oE les proph tes s'affrontent au0 &ois, ni de la tradition classique oE, surtout à 9th nes, la référence à des lois morales et religieuses qui dépassent les commandements de la Cité est tr s fortement marquée. Mais c'est seulement dans le christianisme qu'elle prend tout son reliefC...D.! #n !+a la"cité * parado0es et ambigu"tés!, (nc/clopaedia universalis,-/mposium, "es en0eux, Nol. A, p. 7AGR. KR !+es principau0 concepts, à l'origine de l'invention de l'6tat comme puissance souveraine, sont hérités de la théologie!, écrit .ran5ois CP9%2+2% * <ne histoire de la raison, :2)#+,7==A, p. 7H7. K< .ran5ois CP9%2+2% et al., op. cit., p. 7<. KG #n Jean %')CP9&(, $istoire des idées politiques, ;)., 7=<7? les citations sont tirées des pages =K à =I. K= (ominique C'+9: estime cependant que cette formule du Christ ! reconnaissait la légitimité de l'6tat la"c!? "a pensée politique, +arousse, 7==A, p. 7H=. JH .ran5ois CP9%2+2% et al., op. cit. p. 7<. J7 Cité dans Jean %')CP9&(, op. cit. p =R. $ous suivons ici Jean :#&#$2++# * les citations suivantes sont tirées des pages =R1=<. JA #dem, p. 7HG. +'6dit de Milan, en K7K, autorise la religion chrétienne et son culte. JK #dem, p. 7H=. JJ :aint 9ugustin C KIJ1JKH D entrepris d'écrire la !Cité de (ieu! peu apr s le pillage de &ome, en J7H, par les Zisigoths d'9laric, pour laver les chrétiens de toute responsabilité dans cet événement. JI (. C'+9:, op. cit., p. 7HI. JR #n J. %')CP9&(, op. cit., p. 77H. J< 'n suit ici l'article de Michel .2('), in .ran5ois CP9%2+2%, 'livier ()P9M2+, 6vel,ne ;#:#2&, Cdir.D,Dictionnaire des oeuvres politiques, ;).,7=G=, pp.K<1JR. JG (. Colas, op. cit. ,p. 7H<.

J= M. .2('), po. cit.,p. JA. IH #dem, p.7H=. I7 J. :#&#$2++#, in J. %')CP9&(, op. cit., p. 77J. IA #dem, pp. 77J177I. IK #n J. %')CP9&(, op. cit.,p.7AA. IJ Cité par +.>'(#$, idem, p.7AA. II ('apr s ..CP9%2+2% et al., $istoire des idées...,pp. 7=1AH. IR +.>'(#$, op.cit., p. 7JK. I< (. C'+9:, op. cit., p7A7. IG Cité in J.%')CP9&(, op.cit., p. 7GH. I= #n J. %')CP9&(, op. cit.,p. 7GK. RH >ertrand >9(#2, !+a pensée politique vers la fin du FN#/ si cle * héritages antique et médiéval!, in ;ascal '&L Cdir.D, :ouvelle histoire des idées politiques, Pachette@pluriel, 7=G<, p. 7<. R7 +. >'(#$, op. cit., p. 7GG. RA .. CP9%2+2% et al., op. cit., p. AH. RK Cf. sur ce point l'anal,se de +. >'(#$? op. cit., pp. 7GG17G=. RJ 'p. cit., p. 7G. RI 'n suit ici, pour l'essentiel, l'article de (. C'+9:, op. cit., pp.7I717IA. R< 'n suit ici principalement l'article de Qérard M9#&2% consacré à Marsile de ;adoue dans le Dictionnaire des oeuvres politiques, .. CP9%2+2% et al. Cdir.D, 7=G=, pp. RRG1R<7. R< .. CP9%2+2% et al., 7=GA, op. cit., p. AA. RG .. CP9%2+2%, 7==A, op. cit., p7HK. R= #dem. <H .. CP9%2+2% et al, 7=GA, op. cit., p.AJ. <7 .. CP9%2+2%, 7==A, op. cit., p. 7HJ. <A .. CP9%2+2% et al., 7=GA, op. cit., p. AJ. <K #dem, p. AI. <J ;ierre J29$$#$, in J. %')CP9&(, op. cit., p.AII. <I .. CP9%2+2% , 7==A, op. cit. ,p. 7HJ.

<R 'n utilise ici la présentation que fait Qérard M9#&2% dans son édition abrégée des -ix "ivres de la République, +e livre de poche,7==K, pp.I1KG. << Qérard M9#&2% , article consacré à >'(#$ dans le Dictionnaire des oeuvres politiques, op. cit., p. 7A<. <G .. CP9%2+2% et al., 7=GA? op. cit? p. KH. <= Q. M9#&2%, 7==K, op. cit., p. I ? les citations suivantes sont tirées des pages I, R et 77. GH >. >9(#2 rappelle cependant que des !principes individualistes! apparaissent d s le Mo,en 9ge ? en particulier avec les franciscains (uns :cott et Quillaume d''ccam, au F#N/ si cle, qui énoncent que l'individuel et lui seul est accessible à la connaissance, et que c'est la volonté des individus humains et elle seule qui crée l'ordre temporel ? ainsi était formulée l' !idée d'individu comme sujet émancipé de la tutelle communautaire!, et !l'idée de communauté politique s'effa5ait C...D devant celle d'association d'individus!. #n ;. 'r, Cdir.D op. cit. pp. 7G17=. G7 .. CP9%2+2% et al., 7=GA, op. cit. , p. AR. GA .. >')&&#C9)(, 7==H, op. cit., p. 7AGG. GK (. C'+9:, op. cit., p. 7GH. GJ >. >9(#2, op. cit., p. AA. GI Marc +#2$P9&(, !+'apport des dissidents du FN#/ si cle à l'émergence de la la"cité!, in P. >':% Céd.D,7==H, op. cit. p. 7R. GR ;. J29$$#$, in J. %')CP9&(, op. cit. p. A<K. G< 9rticles sur Calvin et sur +uther dans le Dictionnaire des oeuvres politiques, op. cit., pp. 7<717<K et RHI1R7H. GG M. +#2$P9&(, op. cit., p. 7R. G= M. +#2$P9&(, op. cit. p. 7G. =H (. C'+9:, op. cit., p. 7G7. =7 .. CP9%2+2% et al., 7=GA, op. cit. p. A<. =A 'n suit ici >landine M&#2Q2+, ,ours de philosophie politique , 7==<, pp. KH1KK * !les sociétés pa"ennes ne connaissent pas l'idée d'humanité C...D +'idée d'homme n'acquiert sa consistance que dans le cadre du monothéisme qui con5oit l'humanité toute enti re comme une réalité unique créée par le même (ieu, sans différence de nature entre les nations!. =K :elon Jean %')CP9&(, op. cit. pp.KA71KAI, si !la notion d'un droit naturel distinct du droit positif est aussi vieille que la philosophie!, c'est avec Q&'%#): que s'op re la transition entre le !droit naturel métaph,sique! et le !droit naturel rationaliste!. 4uant à ;).2$('&., !il est le vrai théoricien du droit naturel considéré comme un droit nécessaire et immuable, déduit par la raison de la nature des choses!. =J ;ierre M9$2$%, article consacré au "éviathan de Pobbes, dans le Dictionnaire des oeuvres politiques , op. cit. , pp. J7<1JA= ? article dont on s'inspire dans la suite.

=I #dem, p. JA<. =R (. C'+9:, op. it., article consacré à Pobbes, p. A7R, souligné par nous. =< 'n suit ici >landine M&#2Q2+, ,ours de philosophie politique , op. cit., pp. KK1KR ? la citation suivante est tirée de la page KI.. =G ;. M9$2$%, id., p. JAJ. == .. CP9%2+2% et al., 7=GA, op. cit., p. KI. 7HH (. C'+9:, p. A7<. 7H7 J. %')CP9&(, op. cit. , p. KKA. 7HA Qu, P99&:CP2&, "a laïcité, 7==R, p. =J. 7HK +ettre de :pino-a à 'ldenburg, 7RRI, citée par Charles 9;;)P$ dans son édition du Traité , Q.1.lammarion, 7=RI, p. I. %oute les citations sont tirées de cette édition Cnotée TTP D. 7HJ Cf. le sous1titre du Traité... * !que la liberté de philosopher C...D peut être accordée sans danger pour la piété et la pai0 de l'6tat...! 7HI TTP, $otice, p. =. 7HR +es citations sont tirées des chapitres F### et F#N, sauf la derni re, tirée du chapitre FN# . 7H< TTP, p. ARR. 7HG #dem, p. KA=. 7H= %itre du chapitre FF. 77H #dem, p. K7K ? remarquons le pluriel. 777 #dem, p. K7<. 77A #dem, p. K7G. 77K (. C'+9:, op. cit., p. AJ=. 77J TTP, p. ARG. 77I !+a formation de l'esprit la"que!, op. cit. ,p. 7J7. 77R TTP, p. KKH. 77< 'n utilise principalement ici l'édition de Jean1.abien :;#%X * "ettre sur la tolérance et autres textes, 7==A ? et on suit en particulier son importante introduction, pp. <1=<. 77G J1. :;#%X, op. cit., p. JG. 77= #dem, p. J=. 7AH #dem, p. IJ, ainsi que la citation suivante.

7A7 "ettre sur la tolérance, op. cit. p. 7G<. 7AA J.1.. :;#%X, op. cit., p. <7. 7AK "ettre sur la tolérance, p. AHR. 7AJ Qu, P99&:CP2&, op. cit. p. =I. 7AI Qu, Q9)%P#2& et Claude $#C'+2%, "a laïcité en mémoire, 7=G<, p. =. 7AR Charles C')%2+, "a République et l)école. <ne anthologie,7==7. 7A< 'n utilise ici l'édition de .ran5oise ;roust, Q.1.lammarion, 7==7, pp. J71I7 ? toutes les citations en sont e0traites. 7AG Jean %')CP9&(, $istoire des idées politiques, op. cit., pp. KG<1K=7. 7A= Michel (2+'$, article !>onheur!, in :ouvelle histoire des idées politiques, op. cit., p. <<. 7KH #dem, p. <<. 7K7 J. %')CP9&(, op. cit. ,p. KG=. 7KA M. (2+'$, op. cit. , p. <G. 7KK ;hilippe >&9)( et .ran5ois >)&(29), $istoire des idées politiques depuis la Révolution, 7=GK, p. A7. 7KJ 'n s'appuie ici sur J. %')CP9&(, op. cit. , et sur ;h. >&9)( et .. >)&(29), op. cit. 7KI (e nombreu0 articles du Dictionnaire philosophique , sont consacrés ? et c'est aussi un th me important des "ettres philosophiques C7<KJD, dont ;hilippe &9L$9)( écrit qu'elles ont !le mérite de situer clairement les enjeu0 du débat de l'époque entre les +umi res et la tradition, en montrant comment la recherche rationnelle du bonheur allait de pair avec l'affaiblissement des passions religieuses! ? cf. son article du Dictionnaire des oeuvres politiques, op. cit. p. 7H=I. 2nfin, c'est l'objet du Traité sur la tolérance que l'on a retenu ici. 7KR 'n utilise ici l'édition de &ené ;'M29), 7=G= ? toutes les citations en sont tirées. 7K< Cf. >landine >9&&2%1M&#2Q2+, in P. >':% Céd.D, op. cit., p. 7JK. 7KG 'n pense aussi à la cél bre !si0i me lettre philosophique! ? !entre- dans la >ourse de +ondres C...D? vous , vo,e- rassemblés les députés de toutes les nations pour l'utilité des hommes. +à, le juif, le mahométan et le chrétien traitent l'un avec l'autre comme s'ils étaient de la même religion C...D. :'il n', avait en 9ngleterre qu'une seule religion, le despotisme serait à craindre ? s'il , en avait deu0, elles se couperaient la gorge ? mais il , en a trente, et elles vivent en pai0 et heureuses! ? "ettres philosophiques, C7<KJD, édition de &ené ;'M29), 7=RJ, p. J<. 7K= Noltaire est un admirateur de +ocTe, qu'il cite dans le Traité et dans les "ettres, et dont il diffuse en .rance les idées. 7JH Jean %')CP9&(, op. cit. p. JHK.

7J7 Noltaire en 7<RR ? cité par J. %')CP9&(, op. cit., p. JHJ. 7JA Traité, p. 7K7. 7JK :ur ce point, Charles C')%2+,op. cit. pp. 7A17J, pour l'obstacle que constituent, pour la pensée du lien entre &épublique et école, les !conceptions du despotisme éclairé et du préceptorat privé!. 7JJ !+e s,st me de &ousseau, trop souvent méconnu, est d'une cohérence et d'une comple0ité qui dépassent le simple entendement 1 il faut le concevoir selon l'architectonique comme art des s,st mes!, écrit 9le0is ;P#+'$2$M' dans son article consacré au ,ontrat social de &ousseau, in Dictionnaire des oeuvres politiques, op. cit. 7JI 'n suit ici >ronisla\ >9CXM', !&ousseau, rousseauismes!, in :ouvelle histoire des idées politiques, op. cit., pp. 7HG17AI. 7JR Michel (2+'$, art. cit., p. GH. 7J< 'n utilise ici l'édition de ;ierre >urgelin, Q.1.lammarion, 7=RR ? toutes les citations en sont tirées. 7JG :ouligné par &ousseau. 7J= >ronisla\ >9CXM', art. cit., pp. 77<177G. 7IH %outes les citations du te0te de &ousseau sont tirées de l'édition de ;. >)&Q2+#$, op. cit., pp. 7<H17GH. 7I7 'n comprend aussi l'intérêt de (urTheim pour l'oeuvre de &ousseau, puisque la question des rapports entre individualisme, lien social, éducation et morale constitue une préoccupation centrale pour le sociologue. 7IA ;ar e0emple, Jean %')CP9&(, op. cit., pp. JKR1JKG. 7IK Cf. Claude $#C'+2%, ")idée républicaine en France, I>B@C >CHJ!, 7=GA, édition de 7==J, pp. <J1GH ? l'auteur indique que si d s la monarchie de Juillet, !la profondeur épistémologique de Condorcet, avec ses mots clés de progrès et esprit , commence à se révéler! C...D !2n vérité, l'heure de Condorcet sonnera lorsque la &épublique, devenue républicaine, s'engagera d'abord, avec Jules .err,, dans l'oeuvre fondamentale d'éducation populaire qui est la sienne!. 7IJ (ans sa =ie de Turgot C7<GRD, passage cité par +ucien J9)M2, !Condorcet * des progr s de la raison au0 progr s de la société!, in :erge >2&:%2#$ et 'dile &)(2++2 Cdir.D, "e modèle républicain, 7==A, pp. AA=1AJ7. 7II !(e la république, ou un roi est1il nécessaire à la conservation de la liberté3!, discours lu au Cercle :ocial le 7A juillet 7<=7 ? reproduit dans Charles C')%2+, op. cit., pp. KA1K=. 7IR 'n utilise ici l'édition de Charles C')%2+ et Catherine M#$%X+2&, 7==J. :auf indication contraire, toutes les citations de Condorcet sont tirées du !;remier mémoire!, pp. R717HR de cette édition. +'autre te0te important est le Rapport et pro0et de décret sur l)organisation générale de l)instruction publique C7<=AD, dont de larges e0traits sont donnés dans Qu, Q9)%P#2& et Claude $#C'+2%, op. cit., pp. AK1K<? les citations qui en sont e0traites sont référencées * !Rapport!.

7I< Rapport, op. cit., p. K7. 7IG !;remier mémoire!, op. cit., p. =K.. 7I= Noici ce qu'écrit à ce propos Charles C')%2+ * !le rejet de la religion civile C...D repose sur une théorie originale de la souveraineté * aucune autorité n'a de légitimité, en dehors de celle de la vérité ou de la forte probabilité. C...D 2n me soumettant à une opinion que je juge vraie, je ne perds pas ma liberté, c'est au verdict de ma propre raison que je souscris. 'n est donc renvo,é en derni re anal,se à l'autorité même de la raison 1 autorité problématique puisqu'elle est capable d'erreur.+a raison n'est pas une divinité infaillible, mais une faculté d'appréciation. (onc la législation, si elle se fonde sur la raison, doit être perpétuellement révisable!. 'p. cit., p. 7<R. 7RH 9insi écrit1il à propos de la nomination des maBtres, qui doit être !indépendante de la puissance publique * !en général, tout pouvoir, de quelque nature qu'il soit, en quelques mains qu'il ait été remis, de quelque mani re qu'il ait été conféré, est naturellement ennemi des lumi res!. !Cinqui me mémoire!, op. cit., p. AR7. 7R7 Rapport, p. AJ. 7RA Condorcet évoque indirectement la !séparation de l'6glise et de l'6tat! 1 sans donner de précision 1 dans un passage du !;remier mémoire! * !que serait1ce si la puissance publique C...D, au lieu de reconnaBtre la séparation absolue du pouvoir politique qui r gle les actions, et de l'autorité religieuse qui ne peut s'e0ercer que sur les consciences, elle prostituait la majesté des lois jusqu'à les faire servir à établir les principes bigots d'une secte obscure, dangereuse par un sombre fanatisme, et dévouée au ridicule par soi0ante ans de convulsions 3! 'p. cit., p. =A. 7RK (ésormais, écrivent ;hilippe >&9)( et .ran5ois >)&(29), !la démocratie a,ant promu la parole au r8le d'au0iliaire obligé du gouvernement, elles Cles idéesD s'affichent et s'entrechoquent, imbriquées le plus souvent à l'action!, op. cit., p. JG. 7RJ ;hilppe >&9)( et al., op. cit., pp. J=1I7 ? idem pour la citation suivante. 7RI #dem, p. IA. 7RR 'n utilise ici l'édition de 2dme CP9M;#'$, 7GG=, réeditée au0 ;). en 7=G=. 7R< :ouligné par :ie, s. 7RG Maurice >9&>#2&, op. cit. p. 77, qui cite les passages suivants de :ie, s * !Cette propriété légale Cla qualité de cito,enD est la même pour tous, sans égard au plus ou moins de propriété réelle dont chaque individu peut composer sa fortune ou sa jouissance! ? et * !les avantages par lesquels les cito,ens diff rent entre eu0 sont au del# du caract re de cito,en! Csouligné par :ie, sD. 7R= Cf. sur ce point ;hilippe >&9)( et al., op. cit. p. IR et Jean %')CP9&(,op. cit., p. JRA ? sont soulignées, selon les articles de la (éclaration, les !influences! de +ocTe, de Montesquieu, de &ousseau. 6voquant la critique dont elle a été l'objet de la part de ceu0 qui soulignent son caract re !bourgeois!, Jean %ouchard ajoute * !les principes de 7<G= sont donc et ne pouvaient être que d'inspiration bourgeoise, mais leur portée dépasse infiniment les intentions de ceu0 qui les ont affirmés!. 7<H ;hilippe >&9)( et al., op. cit., p. IR.

7<7 Cf. sur ce point, Jean >9)>2&'%, =ers un nouveau pacte laïque 2, 7==H, pp. 777177K. 7<A 'n utilise ici l'article de >landine >9&&2%1M&#2Q2+ * !+'article F de la (éclaration des droits de l'homme et du cito,en!, in "a Déclaration des droits de l)homme e du cito/en de >B@C, 7==H, pp. 7G717==. 7<K $ous avons écrit !droit! à la place de !devoir! 1 qui figure dans l'article cité 1 comme nous , invite Maurice >9&>#2&, op. cit. , p. AI. 7<J #l faut ajouter que l'article F# affirme la liberté de diffusion des idées * !la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieu0 de l'homme ? tout cito,en peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.! Ce qui rappelle le droit de dire et de parler défendu par :pino-a ? cf. supra. 7<I >landine >9&&2%1M&#2Q2+, article cité, pp. 7=R17=G. 7<R Cf. supra, l'introduction de notre premi re partie. 9joutons que dans !la formation de l'esprit la"que!, parlant de la liberté de conscience, l'auteur écrit * !c'est cette idée de la"cité qui est à l'oeuvre dans la proposition d'énoncé de l'article F C...D qui fut faite par &abaut :aint 6tienne C...D. Mais la Constituante a préféré un énoncé libellé de mani re restrictive et dénégative C...D. :i dans ce te0te, la liberté n'est pas facilement et clairement garantie, c'est qu'entre1temps, une autre gen se de la la"cité paraissait, qu'une autre histoire de l'esprit la"que était née. C...D C'est dans cette seconde gen se C...D que se profile C...D une la"cité lég rement en délicatesse avec la liberté de conscience!? op. cit, pp. 7J717JA. Ce qui semble bien confirmer que la la"cité, pour l'auteur, c'est la liberté de conscience, et que la la"cité républicaine, inspirée des +umi res, ne respecte pas la liberté de conscience. 7<< Qu, P99&:CP2&, op. cit., p. 7A. 7<G Ce point important est aussi signalé par Claude +9$Q+'#: * !finalement la Constituante accordera au0 différentes communautés la pleine et enti re cito,enneté contre renonciation à tout privil ge collectif!. #n !la &évolution .ran5aise * un processus de la"cisation 3!, Eenèse et en0eux de la laïcité, op. cit., p. <R. 7<= (écret du 7G septembre 7<=J, loi du A7 février 7<=I, Constitution de 7<=I. 7GH Marcel Q9)CP2%, !+a la"cité, mode d'emploi!, in ")$istoire, n/ 7KI, juillet@aoSt 7==H, pp. G<1GG. 7G7 Michel N'N2++2, "a Révolution contre l)&glise, De la Raison # l)(tre -uprKme , 7=GG, p. A<J. 7GA 9rticle cité, p. G<, ainsi que la citation suivante. 7GK Claude +9$Q+'#:, article cité, p. GK. +'auteur propose une définition asse- large 1 et peu claire 1 de la la"cisation comme processus de !déstabilisation de la religion!, qui le conduit à parler de la"cisation de l'espace politique, de la société, et de l'6glise ? et, d'autre par, à considérer comme une la"cisation par !inclusion forcée!, la Constitution civile du clergé. :urtout, on ne voit plus alors, comment Condorcet peu être présenté comme a,ant !fondé en doctrine cette pratique la"cisatrice!. 7GJ 9rticle cité, p. G<.

7GI "es trois Gges de la laïcité, op. cit. , p. AG. 7GR Claude $#C'+2%, ;réface à Qu, Q9)%P#2&, Claude $#C'+2%, "a laïcité en mémoire, op. cit., p. 77. 7G< 'n doit au libéral >enjamin C'$:%9$%, dans !(e la liberté des anciens comparée à celle des modernes! C7G7=D, une formulation tranchée de ce qui différencie les sociétés modernes des sociétés antiques * la !liberté des anciens C...D consistait à e0ercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté tout enti re, à délibérer sur la place publique C...D? mais en même temps C...D, ils admettaient, comme compatible avec cette liberté collective, l'assujettissement complet de l'individu à l'autorité de l'ensemble. C...D &ien n'est accordé à l'indépendance individuelle, ni sous le rapport des opinions, C...D, ni surtout sous le rapport de la religion! ? quant à la !liberté des modernes!, !c'est pour chacun le droit de n'être soumis qu'au0 lois, C...D de dire son opinion, C...D de se réunir C...D, d'influer sur l'administration du gouvernement! ? !le but des anciens était le partage du pouvoir social entre tous les cito,ens d'une même patrie. C'était là ce qu'ils nommaient liberté. +e but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées ? et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances.! #n &crits politiques, édition de Marcel Q9)CP2%,7=GH, nouvelle édition, 7==<, pp. I=K1I=J et RHK. ;récisons que Constant, opposé à &ousseau, ne se pose pas la question de la participation, et encore moins de la formation, de tous les cito,ens à la politique * partisan du s,st me représentatif, il est opposé au suffrage universel, car seul le loisir permet l'acquisition du savoir nécessaire à l'e0ercice politique ? or, c'est la propriété qui assure le loisir * !la propriété seule rend les hommes capables de l'e0ercice des droits politiques! C cité par .ran5ois CP9%2+2% et al., 7=GA,op. cit., p. <ID. 7GG !+'idée républicaine nous paraBt doublement appartenir à la modernité * C...D un des traits qui caractérisent la modernité politique consiste en l'autonomisation du politique par rapport à l'instance théologique * C...D la laïcité est un des mots qui résument C...D le combat des républicains au F#F/ si cle, C...D ce combat participe d'une volonté d'émanciper la raison politique de l'autorité théologique!. 2nsuite et surtout, si !la liberté républicaine se définit par la participation au souverain!, elle est étroitement liée à l'émergence du th me de la souveraineté du peuple ? or, celle1ci est !inséparable de conditions de possibilités théoriques constitutives de la modernité, et, comme telles, impensables dans le monde antique!, +uc .2&&L et 9lain &2$9)%, Philosophie politique, A, Des droits de l)homme # l)idée républicaine, 7=GJ, édition de 7==R, p. 7<K. 7G= +uc .2&&L, 9lain &2$9)%, op. cit., p. 7<G. 7=H :erge >2&:%2#$, 'dile &)(2++2 Cdir.D, "e modèle républicain, 7==A, pp. <17H , pour la notion de !mod le politique!? et pp. 7RI17RR, pour !la la"cité de l'6tat et de l'école! comme l'un des !cinq principes indissociables qui constituent un tout et dont les éléments rassemblés formant les piliers d'une culture poilitique cohérente!. 7=7 Claude $#C'+2%, ")idée républicaine en France I>B@C >CHJ!, (ssai d)histoire critique , 7/ éd. 7=GA, nouvelle éd. 7==J, avec une postface inédite de 7==J. (ans cette postface, l'auteur revient sur la mani re dont il a traité de la la"cité dans son livre élaboré entre 7=<R et 7=G7, et paru en 7=GA * !il est remarquable C...D que je n'aie pas fait à la la"cité, dans ce livre, un sort particulier! ? et à propos des passages sur le sujet, il ajoute * !cela me semblait aller de soi * un simple rappel historique! Cp. I7GD. (e fait, la la"cité est abordée dans l'ouvrage principalement à propos de l'unité de la &épublique C cf. pp. JJI1JIHD. !'r, poursuit l'auteur, quand j'écrivais cela, voilà que l'irrationnel frappait à nouveau à nos portes. +e !religieu0! amor5ait alors ce retour en force, que nous savons désormais universel à l'échelle de la

plan te, et bien entendu multiplié che- nous, oE il n'affecte pas seulement nos 6glises traditionnelles, qui ne s'étaient jamais vraiment résignées à la la"cisation progressive de la société et de l'6tat, mais l'islam, le juda"sme, d'autres religions encore, désormais sSres d'elles, hargneuses et revendicatrices, qui prolif rent sur le narcissisme identitaire! Cpp. I7G1I7=D. C'est pourquoi il renvoie à d'autres te0tes plus récents pour ce qui concerne sa participation à des !débats et controverses rendus désormais nécessaires! CCf. notre bibliographieD. C'est dire que la recherche sur la la"cité républicaine et sa contestation n'en est qu'à ses débuts. 7=A :'intéressant plus particuli rement à la la"cité, ;ierre Machere,, quant à lui, insiste sur le !caract re composite de cette idéologie, à la fois politique, morale, sociale et religieuse! ? ;ierre M9CP2&2L, !;hilosophies la"ques!, art. cit. 7=K Jean >oussinesq estime qu'il faut distinguer !deu0 !blocs! la"ques! * !nos institutions la"ques s'organisent en deu0 blocs * le bloc scolaire, mis en place par .err, et ses amis en 7GG717GGR, et la séparation des 6glises Cplus e0actement des cultesD et de l'6tat, votée en 7=HI. #l ne faut pas confondre ces deu0 ensembles de lois ...! #l ajoute * !C'est le probl me scolaire qui a relancé le combat la"que apr s la derni re guerre ? mais la -éparation n)a pratiquement pas été contestée 0usqu)# ces dernières années, o' les choses ont changé. ! Jean >')::#$2:4, !)ne nouvelle la"cité3!, Pro0et, "aïcité au pluriel , ;rintemps 7==7, $/ AAI, p. =, Csouligné par nousD. Ces remarques justifient le plan retenu ici, même s'il ne faut pas minimiser la cohérence de l'ensemble !la"que!, dans la perspective de l'autonomie du politique par rapport au religieu0 ? et ceci d'autant plus que les débats actuels, on le verra, mêlent souvent les deu0 !blocs!, dans la contestation de la la"cité. 7=J ;ar e0emple, Jules :imon en 7GR<, et Qambetta en 7GR= Cle programme républicain de >elleville demandait aussi la la"cité de l'enseignement primaireD ? Maurice >arbier, qui rapporte ces éléments, ajoute cependant que, dans un discours du J mai 7G<<, Qambetta !se prononce pour le maintien du concordat, afin de pouvoir contr8ler l'6glise!? Maurice >9&>#2&, op. cit., pp. KG1JH. 7=I )ne des raisons à ce décalage de AH ans, écrit Maurice >arbier, est que* ! comme ce domaine Cde l'enseignementD ne rel ve pas du régime concordataire, l'6tat peut le réglementer en toute liberté et lui imposer la neutralité religieuse!, op. cit. p. JH. 7=R 9lain >'L2&, "e droit des religions en France, 7==K, p. K=. +'auteur ajoute que !c'est la loi .allou0 de 7GIH qui, C...D, allait, sous l'impulsion du parti de l'ordre, faire rentrer en force l'6glise à l'école dans le but d'être le gendarme des esprits!. 7=< 'n utilise ici le !mémento juridique! de Jean >')::#$2:4 * "a laïcité *ran+aise, 7==J* les lois du 7R juin 7GG7 et du AG mars 7GGA sont appelées habituellement !lois .err,!, la loi du KH octobre 7GGR est la !loi Qoblet!, du nom du ministre de l'#nstruction publique en 7GGI1 7GGR? sauf indication contraire, toutes les références juridiques en sont tirées. 7=G 7H décembre 7GJG * victoire écrasante de +ouis1$apoléon >onaparte à l'élection présidentielle avec I JHH HHH voi0 contre moins de A millions à l'ensemble de ses adversaires ? A décembre 7GI7 * coup d'6tat de >onaparte ? A7 décembre 7GI7 et A7 novembre 7GIA * plébiscites ? A décembre 7GIA * début du second 2mpire. Cf. le livre de Maurice 9Q)+P'$ au titre significatif * >@J@ ou l)apprentissage de la république, >@J@ >@?H, 7=<K. Cf. aussi Claude $#C'+2%, op. cit., pp. 7K< et 7JR * !+a ##/ &épublique ou les pi ges du suffrage universel! C...D !+es républicains découvrent donc que le suffrage universel n'est pas en soi une condition su**isante de la démocratie...! Cnous soulignonsD.

7== Cf. sur ce point, $icolas %2$X2&, "a République, 7==K, p. IH. AHH 'n utilise ici le recueil de te0tes de Charles C')%2+, "a République et l)école, <ne anthologie, 7==7, les citations sont tirées des pages J<1J=. AH7 +éon Q9M>2%%9, discours du A7 avril 7GG7, :alle du %rocadéro, 9ssemblée constitutive officielle de la +igue, in Qu, Q9)%P#2& et Claude $#C'+2%, op. cit., p. 7=<. AHA 'n comprend mieu0 peut1être maintenant, les réserves que nous avons e0primées plus haut, à propos de certaine formulations ambiguYs de >landine >arret1Mriegel concernant une cito,enneté fondée sur l'instruction Csupra, pp. 7HR17H<D. AHK !C'est sur les fondements morau0 de l'éducation que les républicains étaient les plus divisés!, écrit 9lain >o,er, op. cit. p. J7? c'est pourquoi on abordera ce point un peu plus loin Ccf. >D. AHJ 'n utilise ici le te0te de l'édition de 7=77, que donne Charles Coutel, op. cit., pp. A7<1 AKG. AHI Cet article est anal,sé par ;ierre .iala, !+es termes de la la"cité...!, art. cit., pp. IA1IK ? l'auteur prend le te0te de >uisson comme e0emple de la place importante que tiennent !dans les débats idéologiques sur la la"cité, les considérations sur le langage, l'ét,mologie, le !vrai! sens, la forme légitime et !juste! des mots!, p. IA. AHR #dem, p. JG. AH< C'est dans l'article !instruction publique! du même dictionnaire, que >uisson, en se référant longuement à Condorcet, associe la raison à l'instruction du CfuturD cito,en. 9rticle cité par Charles Coutel, op. cit., pp. IJ1RJ. AHG 'n utilise ici l'e0trait sélectionné et commenté par Charles Coutel, op. cit., pp. 7GA17GK. AH= Charles C')%2+, op. cit., p. 7<7. A7H Lves (2+'L2, &cole et cito/enneté, ")individualisme républicain de 4ules Ferr/ # =ich/ 8 controverses, 7==J, p. 7=. A77 Lves (2+'L2, op. cit., p. AH. A7A #dem, p. AK. A7K #dem, p. AG. A7J #dem, p. KA. A7I #dem, p. KK. A7R Cf. sur ce point le Chapitre K * !+es moeurs civiques ou les r8les du cito,en!, op. cit., en particulier pp. GG1=R. A7< #dem, p. RA, ainsi que pour la citation suivante. A7G #dem, p. RH. A7= Cf. les interrogations contemporaines à propos de la !neutralité des él ves!, surgies avec la question du port du !foulard islamique! à l'école.

AAH Ce qui sera confirmé dans l'article KH de la loi du = décembre 7=HI * !l'enseignement religieu0 ne peut être donné au0 enfants de si0 à quator-e ans inscrits dans les écoles publiques qu'en dehors des heures de classe!. AA7 #n Charles C')%2+, op. cit., p. AA7. AAA +'article K de la loi du AG mars 7GGA abroge les dispositions de la loi !.allou0! de 7GIH, !en ce qu'elles donnent au0 ministres des cultes un droit d'inspection, de surveillance et de direction dans les écoles primaires publiques et privées C...D!? l'article 7< de la loi du KH octobre 7GGR énonce * !(ans les écoles publiques de tout ordre, l'enseignement est e0clusivement confié à un personnel la"que!. AAK Jean >')::#$2:4, op. cit., p. <<. AAJ #dem, pp. <=1GH. AAI 9rticle !la"cité!, op. cit. , p. AAA. AAR #dem, p. AAK. AA< Cité par .erdinand >uisson, idem, p. AAJ. AAG Cité par .erdinand >uisson, idem. AA= 'n utilise ici le te0te publié dans Pouvoirs, $/ <I, 7==I, pp. 7H=177R ? sauf indication contraire, toutes les citations en sont tirées.. AKH (iscours prononcé lors de l'ouverture du :econd congr s pédagogique des #nstituteurs et #nstitutrices de .rance, le 7= avril 7GG7? e0trait tiré de Qu, Q9)%P#2& et Claude $#C'+2%, op. cit., p. 7GI. AK7 Qu, P99&:CP2&, op. cit., p. AG. +'auteur précise que l'opposition entre .err, et >uisson, en ce qui concerne leur interprétation de la neutralité, doit être nuancée? il rapporte cependant le propos suivant de >uisson * !+'6glise est logique, il faut être avec elle ou contre elle. +'école la"que n'est pas une chose sans nom ou sans caract re. #l faut opter* ou l'école rationaliste ou l'école cléricale. #l n', a rien entre les deu0!, cité p. A<. AKA C'est ce probl me du lien social qui est à l'origine de sa th se De la division du travail social, 7G=K AKK 6mile ()&MP2#M, !:ociologie!, in .erdinand >)#::'$ CdirD, Dictionnaire de pédagogie et d)instruction primaire, 7=77 ? article publié dans 6mile ()&MP2#M, (ducation et sociologie, ;)., 7==K C7/ éd. 7=AAD, pp. J71RG. +es liens entre les républicains et le sociologue sont étroits, et en particulier avec >uisson auquel, outre la collaboration apportée au Dictionnaire..., (urTheim va succéder dans la chaire de pédagogie de la :orbonne. AKJ 6mile ()&MP2#M, ")éducation morale, ;)., 7==K ? il s'agit de la plupart des le5ons du cours sur la :cience de l'6ducation, fait à la :orbonne en 7=HA17=HK. AKI #dem, p. K. AKR #dem, p. <. AK< #dem, p. K.

AKG Cf. sur ce point, Lves (2+'L2, op. cit., p? KJ. AK= 9lain >2&Q')$#')F, !+a la"cité, valeur de la république!, in Pouvoirs, op. cit., p. A7. AJH +e culte israélite est organisé par les décrets du 7< mars 7GHG. AJ7 +e catholicisme est redevenu !religion d'6tat!, avec traitement tr s privilégié, entre 7G7J et 7GKH. AJA Maurice >9&>#2&, op. cit., p. KI. AJK Jean >9)>2&'%, =ers un nouveau pacte laïque2, 7==H? !le s,st me des cultes reconnus engendre une nouvelle logique, tout à fait différente de l'9ncien &égime. #l n'op re pas une la"cisation compl te mais contient déjà des éléments de la"cité!, p. KK. AJJ #dem, p. JJ. AJI Maurice >9&>#2&, op. cit., p. KR. AJR Qu, P99&:CP2&, op. cit., pp. 7R17<. AJ< #dem, p. 7G. AJG 'utre la cél bre formule * !le cléricalisme, voilà l'ennemi V! prononcée le 7A aoSt 7GG7, les te0tes sont nombreu0 oE Qambetta dénonce l'emprise de l'6glise catholique et évoque la question des rapports de l'6glise et de l'6tat!, et la !préparation de la solution!? cf. te0tes de 7G<G, 7GG7, in Qu, Q9)%P#2& et Claude $#C'+2%, op. cit., pp. 7=A1AHH. AJ= !+a culture républicaine dans la premi re moitié du FF/ si cle!, in :erge >2&:%2#$ et 'dile &)(2++2, op. cit., p. 7RR. AIH #dem, p. 7RI * !il e0iste C...D une antinomie fondamentale entre l'esprit républicain qui se réclame du positivisme et l'appartenance à une religion révélée qui rel ve à leurs ,eu0 d'une conception surannée!, cela !ne conduit pas nécessairement à l'anticléricalisme miltant, C...D. C'est ce qui e0plique par e0emple la volonté de .err, de ne pas tenter d'établir la séparation de l'6glise et de l'6tat par la force, convaincu qu'il est que le progr s des +umi res finira par l'imposer de fait.! AI7 :ur ce point, Michel Z#$'CM, !+e m,the fondateur* l'affaire (re,fus!, in :erge >2&:%2#$ et 'dile &)(2++2, op. cit., p. 7KG? l'auteur montre que ce qui s'affronte alors, ce qui constitue le fond du conflit idéologique, ce sont deu0 s,st mes de valeurs, deu0 morales, deu0 s,st mes politiques, qui s'opposent sur !le sort réservé de part et d'autre au0 individus!* c'est autour de !ces deu0 p8les individualisme1holisme qu'à tourné le grand débat!, p. 7KR. AIA 9 rapprocher de la formulation négative de l'article F de la (éclaration des droits de 7<G=, cf. supra, chapitre K. AIK Jean >')::#$2:4, op. cit., pp? KG1K=? l'auteur précise qu' !il n'en était pas de même sous les régimes précédents. C...D +a Constitution de 7GIA C...D faisait des cardinau0 des sénateurs de droit, à vie ? C...D donnait un droit de veto au :énat contre toute loi qu'il jugerait attentatoire à la religion!. AIJ Cette égalité en droit se double d'une inégalité de fait entre les 6glise !anciennes!, qui pourront utiliser gratuitement un patrimoine immobilier considérable hérité du passé, et les confessions !nouvellement apparues! qui ne disposent pas des mêmes facilités matérielles

d'e0ercice de leur culte Ccf. le probl me qui se pose d s l'entre1deu01guerres du financement des mosquéesD? Jean >')::#$2:4, op. cit., p. K=. AII Cf. par e0emple Jean >')::#$2:4, op. cit., pp. J<1J=? Maurice >9&>#2&, op. cit., pp. IH1I7 et <A1<K. AIR 'n entrevoit déjà, ici, toutes les questions que pose l'h,poth se d'un !nouveau pacte la"que!, cf. infra, chapitre I. AI< +a prise en compte de ces aspects constitue la partie la plus importante et la plus originale de l'ouvrage récent de Jacqueline Costa1+ascou0, op. cit., pp. JK1=H. AIG :ur ce point, voir l'ouvrage de Jacqueline Costa1+ascou0, op. cit., chapitres A et K ? c'est la manifestation de l'appartenance religieuse dans l'espace scolaire qui pose les probl mes les plus délicats. AI= Maurice >9&>#2&, op. cit., pp. IH1I< et =71=G. ARH #l s'agit évidemment de l'9lsace et de la Moselle, ainsi que de certains territoires d'outre 1mer ? cf. Maurice >9&>#2&, idem, pp. =I1=G. AR7 #dem, pp. GJ1GI. ARA #dem, pp. AAK1AAR. ARK #dem, pp. A7K1AAA. ARJ ;our Maurice >arbier, la la"cité doit affronter deu0 !défis C...D particuli rement importants aujourd'hui! * !l')nion européenne! et !l'islam!, op. cit., p. 7<H. ARI ;our Jean >aubérot, qui s'interroge sur !quelques raisons de construire un nouveau pacte la"que!, !le probl me d'un futur pacte a été posé principalement parce que de nouveau0 partenaires sont apparus!, l'islam étant la plus importante de ces !nouvelles minorités!? l'auteur affirme que !trois solutions sont possibles * faire ratifier par l'islam le premier pacte la"que ? négocier une sorte de contrat séparé avec lui ? construire un nouveau pacte la"que!, puis il indique à propos de la troisi me * !elle a mes préférences dans la mesure oE je ne crois pas que nous a,ons intérêt à traiter l'islam comme un !cas! à part!, op. cit., pp. AR1A<. ARR ;ierre 'Q$#2&, art. cit., p. AH<. AR< Ces questions font d'ailleurs l'objet d'interprétations divergentes ? pour ne prendre qu'un e0emple * l'ine0istence d'un organisme unifié de représentation de l'#slam en .rance est souvent vue comme un obstacle à l' ! intégration! de cette religion en ce que cela prive le gouvernement d' !interlocuteurs! ? pour d'autres, au contraire, elle est un facteur d'intégration en ce qu'elle favorise les adaptations de l'#slam à la société fran5aise , qui se font au niveau des individus. ARG Qilles M2;2+, "a revanche de Dieu, ,hrétiens, 0ui*s et musulmans # la reconquKte du monde, 7==7. AR= Mepel distingue notamment les mouvements qui agissent !par le bas! C associations, !communautés!, qui développent !sur le terrain!, un encadrement des individusD de ceu0 qui visent une action !par le haut! Cinterventions au0 niveau politique, au niveau des pouvoirs

publics, qu'il s'agisse de la prise du pouvoir, ou de la négociation avec ceu01ci d'arrangements institutionnelsD. A<H +e cas de Jean >aubérot est de ce point de vue e0emplaire * d'une part, il indique que son livre est !de genre mi0te!, comprenant des anal,ses et des !options personnelles!, op. cit., p. 7A ? d'autre part, ce livre semble inspirer ou rejoindre les positions de Michel Morineau, secrétaire national de la +igue fran5aise de l'enseignement, qui écrit dans sa ;ostface au livre de Jean >aubérot * !je me retrouve totalement dans les anal,ses et les perspectives qui jalonnent ces pages. J', adh re C...D aussi en tant que responsable d'une des principales Cla plus ancienneD organisations la"ques de ce pa,s!, op. cit., p. ARI? or, la +igue a signé un te0te commun sur le sujet, avec la .édération protestante de .rance * !l'idée d'un pacte la"que rénové a déjà commencé à recevoir un début d'application dans un te0te commun, rendu public le AH avril 7=G= par la .édération protestante de .rance et la +.22; et intitulé &léments de ré*lexion. =ers un nouveau pacte laïque2 ! écrit ;ierre 'gnier, art. cit., p. AH< ? c'est dire si les rapports entre les intervenants du débat sont comple0es * 9lain >o,er précise que c'est !grOce à l'entremise de Jean >aubérot!, que la +igue de l'enseignement, qui !lance de nouvelles réfle0ions avec les forces religieuses!, !trouve un écho favorable! aupr s de la .édération protestante de .rance? 9lain >'L2&, op. cit., p. R<. A<7 !+e nouveau cours de l'6glise catholique depuis l'élévation de Marol Zojt,la au pontificat!C...D fait souvent l'objet !d'une interprétation condescendante qui , voit surtout l'obscurantisme d'un autre Oge. C...D cette représentation commune est insuffisante!, Qilles M2;2+,op. cit., pp. 7R17<. A<A Cf. 9lain >'L2&, op. cit., pp. R=1G7. A<K Ce qui ne signifie pas que les milieu0 protestants et israélites ne participent pas, à des degrés divers, de cette contestation de la la"cité ? mais, ici, les positions semblent moins claires que dans le cas du catholicisme, et une étude plus fouillée serait nécessaire. :ur ce point, Jean >')::#$2:4, !)ne nouvelle la"cité3!, Pro0et, op. cit.? pour cet auteur, c'est principalement l'6glise catholique qui !a posé plusieurs fois la question d'un rée0amen de la la"cité fran5aise, sans précisions d)ailleurs ! C p. 7J, souligné par nousD ? l'auteur affirme un peu plus haut, que lorsqu'il est question de !changer la la"cité!, !on ne précise d'ailleurs jamais ni les articles ni les lois qu'il faudrait effacer ou introduire! Cp. 7KD? il , a là un aspect du débat qui est loin d'être sans importance, comme on le verra. A<J Marcel Q9)CP2%, !+a"cité, mode d'emploi!, art. cit., p. G=, souligné par l'auteur. A<I +aurent +9'%, ,atholicisme, politique, laïcité, +es 6ditions 'uvri res, 7==H, p. <R. A<R #dem, p. <R. A<< Qilles M2;2+, op. cit., p. <G. A<G 'p. cit., p.G<. A<= Mepel s'appuie sur l'ouvrage de Jean Marie +ustiger, "e choix de Dieu C7=G<D dont il e0trait, entre autres citations, celle1ci * !Je fais partie de cette génération qui a recueilli les fruits amers d'une prétention de la raison à une souveraineté sans mesure!? ainsi que l'affirmation du cardinal selon laquelle le si cle des +umi res aurait engendré le !totalitarisme, c'est1à1dire la divinisation de la raison humaine qui refuse toute critique!, cf. pp. GG1=H.

AGH #dem, p. 77I. AG7 Jean >oussinesq indique à ce sujet * !+orsque l'6glise demande à être reconnue institutionnellement comme interlocuteur de l'6tat sur !les questions d'éthique!, elle oublie qu'en démocratie, c'est le ;arlement qui est le lieu du dialogue!? art. cit., p. 7I. 9joutons que les pouvoirs publics ont peut1être déjà fait un pas dans sa direction avec la constitution des !Comités consultatifs! et !Comités d'éthique!, qui, selon Maurice 9gulhon constituent des !menaces insidieuses! pour la la"cité ? cf !2ntretien avec Maurice 9gulhon!, Mots, op. cit., pp. G=1=H. AGA Marcel Q9)CP2%, art. cit., p. G=. AGK +aurent +9'%, op. cit., p. 7J * !(ans leur conduite politique comme en d'autres domaines, C...D, les catholiques paraissent s'être délibérément !mis à leur compte!. C...D Cet écart entre les attitudes de la hiérarchie et celles de la majorité des fid les est assurément l'une des particularités majeures de la situation présente en occident.! AGJ Qilles M2;2+, op. cit., p. GH. AGI Qilles M2;2+, op. cit., p. GH. AGR :imone >'$$9.'):, !4uand la presse catholique parle de !la"cité!!, Mots, "es langages du politique, $/ A<, Juin 7==7, pp. I=1<A ? il s'agit des quotidiens Présent et "a ,roix, et de l'hebdomadaire Témoignage chrétien, observés entre le AA octobre et le 7I novembre 7=G=. :elon l'auteur, c'est dans "a ,roix que se fait sentir, sur le sujet, le poids de l'6glise institutionnelle, cf. p. RG. AG< #dem, pp. RH, R7, RA et RK, pour les citations. AGG #dem, pp. <H1<7. AG= #dem, pp. RR1R<. A=H #dem, p. RR, nous soulignons. A=7 #dem, pp. RG1R=. A=A #dem, p. <H. A=K #dem, p. R=, souligné par nous. A=J Qilles M2;2+, op. cit., p. 77R? cf? aussi pp. RJ1RI. A=I #dem, p. AR<? cf. aussi p. A<J * les mouvements de rechristianisation !par le haut!, !en menant diverses offensives pour faire reculer l'emprise de la la"cité, dégagent des espaces oE l'évangélisation peut déplo,er ses effets. +'éducation constitue l'un de ces espaces prioritaires* le contr8le de fili res d'enseignement supérieur permet en particulier de former des élites rechristianisées qui pourront combattre la production des valeurs, la !culture dominante! la"que de l'intelligentsia séculi re!. A=R #dem, pp. AR7 et A<I. A=< &tudes, avril 7=GJ, pp. JK<1JJG ? noter le singulier * il s'agit de l'6glise catholique. A=G !6glise et 6tat en .rance!,(tudes, op. cit., pp. JK<1JKG.

A== Jean >aubérot le présente comme un !philosophe et théologien catholique! dont les positions sur la !la"cité ouverte! ne seraient pas tr s éloignées, finalement, de celles du cardinal +ustiger * !;. Naladier n'a pas encore montré comment la !la"cité ouverte! se distingue structurellement de la la"cité redéfinie par l'6glise catholique hiérarchique!, écrit >aubérot, op. cit., p. 7J< ? cf. aussi pp. 7J717JA * !Naladier, comme +ustiger, joue donc de l'appel à la diachronie, à l'épaisseur historique du social, pour donner à l' !6glise! le ma0imum d'autorité morale possible!. KHH !+a la"cité n'est plus ce qu'elle était!, (tudes, op. cit., pp. JK=1JJG. KH7 #dem, p. JJK. KHA #dem, pp. JJK1JJJ. KHK #dem, pp. JJJ1JJI. KHJ #dem, p. JJI, souligné par nous. KHI #dem, p. JJR, souligné par nous. KHR #dem, p. JJR. KH< 9insi, les e0pressions !la"cité nouvelle! ou !la"cité ouverte! ne sont pas emplo,ées dans cet article ? ;ierre 'gnier indique cependant qu'un te0te de septembre 7==H, rédigé et signé !par un certain nombre de personnalités la"ques catholiques Cparmi lesquelles &ené &émond et Jean (elumeauD, se prononce clairement, mo,ennant de !légitimes restrictions, pour une la"cité ouverte! !. ;ierre 'Q$#2&, art. cit., p. AH< ? l'auteur ne précise pas ce que sont ces !restrictions!. KHG Certains propos de l'auteur, utilisant les termes de !communautés religieuses instituées!, d'!affirmation de son identité! par chaque !communauté!, de !reconnaissance!, de !vision qui reconnaBt la différence et e0alte le pluralisme! Cp. JJID, ne sont pas sans évoquer les discours sur le !communautarisme! et le !multiculturalisme! que l'on verra dans le Chapitre R. KH= ;ierre 'Q$#2&, art. cit., p. AH< ? l'auteur fait notamment référence à de nombreu0 articles de Jean1;aul Zillaime. K7H #n Pro0et, !+a"cité au pluriel!, ;rintemps 7==7, $/ AAI, pp. <71<=. Jean1;aul Zillaime, sociologue, enseigne à la faculté de théologie protestante de l'université des sciences humaines de :trasbourg. K77 #dem, p. <K. K7A #dem, p. <J. K7K #dem, pp. <J1<R, pour cet ensemble de citations. K7J #dem, p. <<. K7I ;ierre 'Q$#2&, art. cit., p. A77. K7R #dem, Chapitre N### * +a"cité, enseignement d'histoire des religions et... !retour! de la morale.

K7</ #dem, pp. 7I<17IG ? l'auteur justifie un peu plus loin sa préférence pour un enseignement spécifique assuré par des enseignants spécialisés, plut8t que pour le traitement du sujet dans les cours d'enseignement général, par des raisons liées à la compétence et à la nécessaire formation des enseignants, pp. 7RA17RK. K7G #dem, pp. 7IG17RI, et 7RJ pour la derni re citation. K7= #dem, p. 7RJ. KAH :ur ce point, cf. pp. GG1=7, pour les !cinq aspects de la morale la"que! du F#F/ ? et pp. 7RR17RG, pour leur !déstructuration!. KA7 #dem, p. 7RG, souligné par nous. KAA C'est le titre du Chapitre #F, idem, p. 7<7? l'auteur indique tr s clairement que le caract re prospectif et normatif de son propos va s'accentuer * !il s'agit de choi0 et non de conclusions nécessaires des anal,ses faites! ? !je suis engagé, C...D, et c'est surtout à ce titre que je voudrais maintenant m'e0primer!, p. 7<K. KAK #dem, p. 7<I ? contrairement à ce qu'il écrit p. A<, l'auteur nuance sérieusement, ici, l'importance de l'islam du point de vue de la nécessité de construire un nouveau pacte la"que. KAJ #dem, p. 7<K. KAI +es !tentations hégémoniques! de l'6glise catholique sont soulignées à plusieurs reprises par l'auteur * pp. 7JK17JR, dans sa critique des positions de J1M. +ustiger et de ;. Naladier ? pp. AHI1AH=, à propos d'une !participation non cléricale de l'6glise à la sph re publique!? il écrit aussi, p. 7<R * !si nous voulons vraiment arriver à éviter que grandisse un courant qui écarte la morale des droits de l'homme, il faut cesser de croire qu'on peut se référer au0 droits de l'homme en mettant la morale entre parenth ses.! KAR #dem, p. 7<I. KA< !;roposition K!, idem, p. AAK. KAG #dem, p. 7<G. KA= #dem, p. 7GH. KKH #dem, pp. 7G7, 7=H, AAJ. KK7 Cf? la !proposition 7H!, p. AAI * !... sous forme associative et volontaire, des groupes à référence religieuse peuvent être intégrés dans un grand ensemble la"que et contribuer, pour une part, à la production du social!. KKA Maurice >arbier rel ve qu'on commet souvent cette !confusion regrettable!, entre le sens juridique des e0pressions !sph re publique! et !sph re privée!, et la distinction courante entre !vie sociale! et !vie privée! ? il indique que !la la"cité consiste à faire passer la religion de la sph re publique à la sph re privée!, ce qui ne signifie absolument pas que la religion devienne !seulement une affaire privée et personnelle!. 'p. cit., p. GI. KKK 9 propos du !nouveau pacte la"que!, 6mile ;oulat affirme que la !nouvelle la"cité! remonte en fait à la loi de séparation de 7=HI elle1même, car si ! la séparation fut la sortie des cultes hors de la sph re étatique!, la loi de 7=H7 permettait le développement d'un !tiers espace, l'espace intermédiaire des associations!? l'auteur ajoute * !mieu0 vaut parler de sph re

étatique que publique, mot trop équivoque à l'heure actuelle!. 6mile ;')+9%, !2n 7==H, la la"cité pour une confession majoritaire * le catholicisme!, in Pubert >':% Cdir.D, op. cit., pp. 7H<177R. KKJ Maurice >9&>#2&, op. cit., p. AIA ? l'auteur adresse de tr s nombreuses critiques au livre de Jean >aubérot, en particulier, comme on l'a vu, sur la notion de !pacte!. KKI Jean >9)>2&'%, op. cit., p. AAJ. KKR #dem, p. 7J. KK< #dem, p. AAK. KKG#dem, p. AAJ. KK= #dem, p. A7R. KJH Qu, P99&:CP2&, "a laïcité, op. cit., pp. =7 et 77R. KJ7 #dem, pp. K1< ? l'auteur ne précise pas toujours de mani re parfaitement claire si ses anal,ses du !concept de la"cité! et !perspectives philosophiques sur la la"cité! concernent tel ou tel des deu0 sens qu'il a distingués. #l semble bien cependant qu'il cherche les fondements philosophiques d'une !la"cité d'autonomie! pas tr s différente d'une liberté religieuse élargie. 'r nous avons montré tout ce qui distingue la la"cité républicaine de la liberté religieuse. KJA #dem, p =. KJK #dem, pp. 77K177G, pour les citations. KJJ #dem, p. 77G. KJI #dem, p. 77=. KJR #dem, p. <J. KJ< Cf. , par e0emple, Qeorges +9N9), !+a démocratie!, in Madeleine Q&9Z#%X et Jean +2C9, Traité de science politique, H, "es régimes politiques contemporains , 7=GI, pp. =G17H7 ? et Christian &)>L, 3ntroduction # la philosophie politique, 7==R, p. 7HA. KJG Qu, P99&:CP2&, op. cit., pp. <R1<=. KJ= +e libéralisme !défend des droits d'autonomie individuelle! ? le communautarisme défend !les droits Cou les traditionsD du groupe!. KIH (e plus, !un 6tat oE la corruption est trop répandue et trop fréquente, oE l'e0écutif est incertain dans son origine et contesté dans son action, et oE une partie de la classe politique est plus ou moins discréditée, écrit Maurice >arbier, peut être tenté de chercher dans la religion ou des manifestations religieuses la légitimité qui lui fait défaut de mani re inquiétante!. Maurice >9&>#2&, !+a la"cité, c'est la &épublique!, "e :ouvel ;bservateur, 7=1AI septembre 7==R, p. GI. KI7 Qu, Paarscher, au contraire, consacre de nombreuses pages à cette question, d'abord à propos de l'affaire du !foulard islamique! , puis dans son anal,se de la !nouvelle1 la"cité!, op. cit., pp. KI1JK, et <R1<= ? mais il ne fait pas référence au0 travau0 et interventions des sociologues fran5ais qu , sont consacrés.

KIA Cf, Michel Z#2N#'&M9 Cdir.D, <ne société *ragmentée2 "e multiculturalisme en débat, 7==R, et en particulier le premier chapitre, !Culture, société et démocratie!, écrit par ZieviorTa * les questions abordées sont tr s loin de se réduire à celle des rapports entre religion et politique. KIK #n revue Pouvoirs, $/ <I, 7==I, pp. R71<7? toutes les citations sont tirées de cet article, sauf indication contraire. KIJ ;our une anal,se du probl me , de son traitement politique et du débat qu'il a suscité, cf. Maurice >9&>#2&, op. cit., pp. AK71AJR ? quelques remarques intéressantes sur les limites des positions respectives des !partisans! et !adversaires! du !voile à l'école! dans Jean >9)>2&'%, op. cit., pp. 7G717=H ? pour les rapports entre l'affaire du foulard et les probl mes soulevés par le !droit à la différence! et le !communautarisme!, cf. Qu, P99&:CP2&, op. cit., pp. KI1JK. KII Cette comple0ité est soulignée, par e0emple, par Jacques +e Qoff * !(erri re le foulard il , avait à la fois des probl mes séparément difficiles 1 la religion, la femme dans la société, l'immigration, l'école 1 et dont l'imbrication rendait le phénom ne d'autant plus compliqué dans la structure et détonnant dans les faits!. Jacques +2 Q'.., !(erri re le foulard, l'histoire!, "e Débat, $/ IG, janvier1février 7==H, p. A7. KIR +a question de l'assiduité à tous les cours des jeunes filles voilées pose moins de difficultés du fait du principe de l'obligation scolaire. KI< !Noile!, !foulard!,! !fichu!, !tchador!, etc.? les !hésitations terminologiques!, écrit Jacqueline Costa1+ascou0 , indiquaient !la difficulté de qualifier le probl me! ? op. cit., p. R=. $otons que l'auteur aborde le probl me à propos des !manifestations culturelles du religieu0! C !le signe vestimentaire!D. KIG !#l serait na"f de séparer la question du foulard d'un conte0te de combat plus large, au sein duquel ce sont les islamistes durs qui dominent * volonté de !détricoter! la la"cité, considérée comme imposant une vue sécularisée 1 et donc !antimusulmane! 1 du monde!, écrit Qu, Paarscher, op. cit., p. KR. KI= !J'ai pu établir avec certitude le lien entre ces jeunes filles et les activités intégristes. C...D C'est précisément parce que ces jeunes filles sont utilisées comme instruments de cette lutte autour des valeurs, que ce combat est porté au sein de l'école la"que!, écrit Panifa Chérifi, dans un rapport de mission pour le Minist re de l'6ducation nationale * "e problème du voile dans les établissements scolaires du Rectorat de =ersailles , 7==J, pp. 7A17K. Je remercie Jacques Michel de m'avoir communiqué ce te0te. KRH #l s'agit de * 6lisabeth >adinter, &égis (ebra,, 9lain .inTielTraut, 2lisabeth de .ontena, et Catherine Mint-ler. KR7 Cet article est anal,sé par Maurice >arbier, op. cit., ppAKA1AKJ ? pour lui, la !faiblesse du raisonnement! tient à ce qu'il !repose sur la conception de la la"cité1séparation et ignore celle de la la"cité1neutralité, qui a autant de valeur, sinon plus!, et sur une erreur concernant la !nature réelle de l'école! * si celle1ci !rel ve! de l'6tat, elle ne peut pas être coupée de la société * !elle n'a pas pour r8le de supprimer toutes ClesD différences, ni de réprimer leur manifestation, car elle porterait atteinte à la liberté des él ves!. >arbier se range à l'avis du Conseil d'6tat et consid re que la conception !nouvelle! de la la"cité1neutralité conduit à accepter , !à certaines conditions!, les signes religieu0 à l'école publique Cp. AJRD. #l souligne

cependant qu'il reste une question embarrassante * celle qui a trait à la qualification de signe !ostentatoire! et d'acte de !prosél,tisme! Cp. AJJD. KRA Catherine M#$%X+2&, !9u0 fondements de la la"cité scolaire!, "es Temps Modernes, $/ IA<, juin 7==H, pp. GA1=H ? toutes les citations sont tirées de cet article. KRK &égis (2>&9L, !+a la"cité * une e0ception fran5aise!, in Pubert >':% Céd.D, op. cit., pp. 7==1AHR. KRJ :ouligné par nous. KRI :ur ce point, cf. Maurice >9&>#2&, op. cit., p. AKG. KRR :ouligné par nous. KR< :ouligné par nous. KRG 'n ne s'attardera pas ici, sur la portée politique 1 et polémique 1 de ces propos ? il est clair que ZieviorTa se situe parmi ces !pans limités de la gauche!, une gauche qu'il appelle fréquemment à modifier discours et programme politique dans le sens de la prise en compte de la différence culturelle * !Je pense qu'aujourd'hui le th me républicain est un th me de droite, C...D, et que, si la gauche doit se reconstruire idéologiquement, elle doit se faire l'opérateur politique de ces multiples demandes culturelles. +e ;: a commencé à le faire à propos des femmes. :ur l'islam, sur l'homose0ualité, sur toutes ces cultures qui montent des banlieues, mais pas seulement, la gauche doit davantage être multiculturaliste, au bon sens du mot.! #n intervie\ au journal "e Monde, G octobre 7==R, p. 7I. KR= :ouligné par nous. K<H :ouligné par nous. K<7 Cette opposition est développée notamment par &égis (ebra, Ccf. références dans notre bibliographieD ? pour une anal,se nuancée de ce débat, cf. >landine M&#2Q2+, ,ours de philosophie politique9, op. cit., pp. J=1RR, et $icolas %2$X2&, "a République, op. cit., pp. =<17HJ? plut8t que de les opposer de fa5on radicale, ces auteurs posent la question des rapports nécessaires entre démocratie et république. Contentons nous de rappeler que, si nos anal,ses sont e0actes, la la"cité CrépublicaineD est au centre de ces rapports ? par là, le débat sur la la"cité s'inscrit dans celui beaucoup plus large sur démocratie, république et société moderne. #l reste, bien sSr, l'interrogation sur ce que ZieviorTa entend par démocratie dans la perspective du multiculturalisme. :ignalons, par ailleurs, l'article déjà cité de Jacques +e Qoff, oE celui1ci affirme que derri re la question du foulard et l'intervention des cinq !intellectuels!, c'est le débat démocratie1 république qui resurgit. K<A !#l ne s'agit évidemment pas de plaider ici pour qu'on se défasse de la la"cité, toujours de mise dans la mesure oE elle signifie la séparation du politique et du religieu0, ni pour qu'on en finisse avec ce qui a fait la grandeur de l'idée républicaine * le souci de combiner le respect des droits de l'individu et l'appartenance solidaire à la collectivité nationale. #l s'agit plut8t de dire C...D qu'on n'évacuera pas les demandes culturelles en les rejetant de fa5on de plus en plus contestable dans une sph re du privé dont la limite avec l'espace public se dissout chaque jour davantage! ? Michel Z#2N#'&M9, !$e plus se tromper de cible!, in (avid M9&%#$1 C9:%2+$9), ,ombattre le Front :ational, 7==I, p. <=.

K<K 'n a souligné plus haut l'ambigu"té des formulations de l'auteur * !respect! des différences culturelles, !pénétration! des particularismes, !responsabilité! du politique par rapport au religieu0, etc. K<J Michel Z#2N#'&M9, intervie\ au journal "e Monde, art. cit., p. 7I, souligné par nous. K<I !+e multiculturalisme ne saurait être confondu avec l'affirmation de communautés C...D , qui, en leur sein, refusent toute subjectivité individuelle * les membres de la communauté doivent obéir à la loi du groupe et considérer ceu0 des autres groupes comme des étrangers, qu'il faut tenir à distance! , idem. K<R #ntervie\ à -ciences $umaines, Pors1:érie $/ 7I, (écembre 7==R1Janvier 7==<, pp. KJ1 KI. K<< !Culture, société et démocratie!, art. cit., p. IH. K<G #dem, p. IA. K<= #dem, p. IK. KGH ;our résoudre certaines difficultés actuelles de la la"cité, Jacqueline Costa1+ascou0 défend au contraire l'idée d'une définition de !droits culturels fondamentau0! garantissant notamment une liberté d'e0pression religieuse ? si elle n'en précise pas le contenu, elle indique par contre tr s clairement qu'il s'agit de droits individuels. 'p. cit., pp. 7H=177<. KG7 Michel Z#2N#'&M9, idem, p. IK ? de même que les deu0 citations suivantes. KGA #dem, p. IJ. KGK #dem, p. I=. KGJ #dem, p. RH ? on comparera avec la définition citée plus haut Ccf. p. A7AD. KGI +uc .2&&L et 9lain &2$9)%, op. cit., pp. 7GK17GI pour les citations suivantes. KGR ;ierre19ndré %9Q)#2.., "a République menacée, 7==R. KG< #dem, p. <7. KGG #dem, p. <A. KG= #dem, pp. <71<A. K=H #dem, p. <J. K=7 #dem, p. <R. K=A #dem, p. IR. K=K #dem, p. RG.