Trois ans ferme pour le député Marc Dumoulin.

Hier soir, il a été reconnu coupable de «viols sur mineure de 15 ans» à l'encontre de sa nièce.
Strasbourg de notre correspondante Marc Dumoulin, député divers-droite du Haut-Rhin, premier député de la Ve République et unique parlementaire à s'être jamais retrouvé devant une cour d'assises, a été condamné hier à Strasbourg à cinq ans d'emprisonnement dont deux avec sursis et à cinq ans d'interdiction de ses droits civils, civiques et familiaux ce qui signifie, entre autres, l'inéligibilité. Il va faire appel.Réquisitoire. «Huit ans d'emprisonnement», au minimum. Devant la cour, l'avocat général, Edmond Stenger, vient de terminer son réquisitoire à l'encontre de Marc Dumoulin, 51 ans, qui comparait depuis lundi, pour «viols sur mineure (pénétration digitale, ndlr) de 15 ans par personne ayant autorité» à l'encontre de sa nièce et filleule, 29 ans aujourd'hui, 12 ans et demi à l'époque. «Le fait d'être député ne vous rend pas coupable, mais ne peut pas vous rendre innocent», lance le magistrat. Il assure aussi: «Je n'ai aucun plaisir particulier à requérir contre un député. Mais je le ferai sans faiblesse.» Et de fait, Edmond Stenger explique encore qu'il estime «insupportable» de savoir que Marc Dumoulin, député, «ait pu voter la loi du 15 juin 2000 renforçant la présomption d'innocence. J'ai l'impression d'avoir été trompé. J'ai l'impression que vous avez participé à renforcer votre présomption d'innocence, que vous vous abritez derrière votre mandat dans quelque niche de notre République pour échapper à la justice». Les mains croisées sous son menton, dans la position qu'il a si souvent adoptée au long des trois jours d'audience, l'élu ne bronche pas.Sur le fond de l'affaire, l'avocat général expose sa conviction: «Tous ces faits, C. (la nièce, ndlr) n'a pas pu les inventer.» Et assène, rappelant que Marc Dumoulin a aussi pratiqué des «attouchements sexuels» faits désormais prescrits à l'encontre de son jeune fils: «Vous êtes un briseur d'enfants.»Peu de preuves. Comme dans la plupart des procès de ce genre, il y a peu de preuves, guère d'éléments matériels. Entre l'accusation et la défense, se joue une guerre psychologique. D'un côté la jeune femme, qui a déposé plainte quinze ans après les faits incriminés, venue témoigner à l'âge adulte «de tout ce qu'a ressenti pendant des années une petite fille enfermée dans la peur», selon le mot de son avocate, Monique Sultan. De cette période, il lui reste des souvenirs, détaillés à la barre, des craintes, de rares confidences à des proches, des lettres l'une adressée à ses parents, l'autre à son ami de l'époque , et une missive de son oncle, envoyée en 1989, qui résonne comme un aveu «Ces quelques mots pour te dire que je regrette profondément ce qui s'est passé. J'espère voir plus clair dans quelque temps avec l'aide d'une psychothérapeute.» Mais pas de dates, si ce n'est des

repères d'adolescente: Noël, des vacances de Pâques, un voyage à Paris... «Elle n'a pas le souvenir d'une datation, mais d'une agression», assure encore l'avocat général.En face, Marc Dumoulin et ses défenseurs, Thierry Moser et Jocelyne Klopfenstein, plaident l'acquittement d'un «homme d'honneur». Ils ont ressorti les agendas de l'homme d'affaires le député, élu pour la première fois en 1997, était alors directeur de la maison de l'Alsace à Paris alors que son accusatrice hésite sur le nombre de nuits passées chez son oncle: «C'était long», dit-elle seulement. Ils ont examiné les plans de l'appartement de son domicile strasbourgeois où les faits incriminés se seraient déroulés, en avril 1985, pour démontrer que compte tenu de la disposition des lieux, le viol était impossible. Ils ont exhumé les dates de vacances d'Annie Dumoulin, l'épouse, pour traquer les incohérences du récit de la jeune femme: celle-ci aurait «entendu partir sa tante» au travail, alors qu'elle était en congé.«Vengeance.» Jocelyne Klopfenstein s'étonne que la mère de la jeune fille, informée en 1989, ne l'ait pas emmenée chez un médecin pour vérifier sa virginité: «Ça aurait été intéressant, elle n'a eu des relations sexuelles qu'à 19 ans.» «Intéressant pour vous! Moi, je ne mène pas d'enquête», réplique la mère outragée. Annie Dumoulin, l'épouse de l'accusé, expose sa thèse: une vengeance politicofamiliale: «Ma belle-soeur a, à l'égard de mon mari, des griefs qui remontent à leur enfance. Quand il est devenu député, ça a servi de révélateur à toute cette jalousie, tous ces dépits.»A l'avance, Edmond Stenger avait récusé ces arguments: «Je ne m'égarerai pas dans vos calepins, vos agendas, les 88 m2 de votre appartement. Ce n'est pas digne du personnage que vous souhaitez être. Vous êtes en train de réagir comme un épicier supérieur.» Et Rodolphe Constantino, avocat de l'association Enfance et partage, partie civile au procès, avait lui aussi demandé au jury de comprendre les flous du récit de la jeune femme comme autant de preuves de sa sincérité: «Plutôt que de voir dans les incertitudes qu'elle exprime des failles, voyez-y plutôt un élément en faveur de la crédibilité.»Son statut de parlementaire permet à Marc Dumoulin de rester en liberté jusqu'à sa condamnation définitive, à moins qu'à la demande du parquet général de Colmar, le bureau de l'Assemblée nationale soit amené, avant cette échéance, à lever son immunité afin qu'il soit placé en détention.

GAUTHIER Nicole
SOCIÉTÉCondamné le mois dernier à trois ans de prison pour viol par la cour

d’assises du Bas-Rhin, Marc Dumoulin a été écroué ce matin à la maison d'arrêt de Strasbourg. Le député a réaffirmé son innocence et annoncé qu'il ferait une demande de remise en liberté.
Le député du Haut-Rhin Marc Dumoulin s'est présenté lundi à 10 heures à la maison d'arrêt de Strasbourg où il a été incarcéré après sa condamnation à trois ans de prison ferme pour viols. "Vous vous imaginez bien que c'est douloureux d'autant plus que comme je l'ai dit et je le répète, je revendique mon innocence", a déclaré le député à son entrée dans la maison d'arrêt. M. Dumoulin, un sac de sport à la main, était accompagné de son avocat, Me Renaud Bettcher. Vendredi, le député avait annoncé qu'il ferait dès son arrivée en prison une demande de remise en liberté.

Protégé par son immunité parlementaire, le député du Haut Rhin était ressorti libre du palais de justice de Strasbourg le 17 octobre dernier. Il venait pourtant d'être condamné à trois ans de prison ferme pour viols sur sa nièce, âgée de douze ans et demi au moment des faits (1985). L'Assemblée nationale avait ensuite levé l'immunité du parlementaire à l'unanimité du bureau (22 membres) moins une abstention.

Marc Dumoulin condamné fait appel
Le député accusé de viol par sa nièce a été condamné mercredi à trois ans de prison ferme assortis d'une privation de 5 ans des droits civiques. Le député du HautRhin, Marc Dumoulin, accusé par sa nièce de l'avoir violée alors qu'elle avait une douzaine d'années, a été condamné mercredi soir à cinq ans de prison dont deux avec sursis par la cour d'assises du BasRhin. Il a aussitôt fait appel.La peine est assortie d'une privation de cinq ans des droits civiques, civils et de familles.Au terme de trois jours d'audience, l'avocat général Edmond Stenger avait requis mercredi une peine "qui ne soit pas en dessous de huit ans de réclusion criminelle", à l'encontre du député, âgé de 51 ans."Je me réfère à mon intime conviction, à la décision de la cour d'assises du Bas-Rhin, et des autres cours d'assises", avait déclaré Edmond Stenger lors de son réquisitoire, insistant sur le fait qu'il s'agissait de viols aggravés par personne ayant autorité, punissables de 20 ans de réclusion criminelle. Marc Dumoulin, qui n'a pas fait de déclarations après le verdict, est sorti libre en attendant son procès en appel."Je suis meurtri comme Marc Dumoulin", a déclaré son avocat Me Thierry Moser. "Soit il a commis les actes qu'on lui reprochait et il méritait plus, soit il devait être acquitté". Pour l'avocat, "il s'agit d'une décision mi-chèvre mi-chou, un verdict hybride, bizarre difficilement compréhensible". "On est abasourdis", a renchéri l'autre avocate du député Me Jocelyne Klopfenstein. "Marc Dumoulin était innocent des faits reprochés, nous sommes venus avec des éléments objectifs". "Justice est faite" La jeune victime n'a pas souhaité faire de commentaires après le verdict. "Justice est faite", a estimé son avocate Me Monique Sultan. "Ses allégations ont été reconnues. Nous ne nous sommes pas attaquées à M. Dumoulin parce qu'il est député mais pour les actes qu'il a commis", a-t-elle conclu, en précisant que sa cliente va essayer d'avoir "un avenir plus radieux". L'arrêt civil juge le député seul responsable des faits. Il devra verser 80.000 francs (12.200 euros) de dommages et intérêts à sa nièce, un franc à l'Association Enfance et Partage, ainsi que 20.000 francs (3.048 euros) et 10.000 francs (1.524 euros) pour les frais de justice des parties civiles. Avant que la cour ne se retire pour délibérer, Marc Dumoulin, invité par la présidente à faire une dernière déclaration, avait assuré qu'il n'avait jamais considéré sa nièce "comme un objet". "Je n'ai pas su restituer qu'elle attendait et qu'elle me donnait. Je regrette de n'avoir pu parler avec elle", a-t-il ajouté en assurant qu'elle "sait très bien qu'il n'y a jamais eu viol ni pénétration digitale". "Briseur d'enfants" La victime, aujourd'hui âgée de 29 ans, avait déposé plainte en 1998, après l'élection de son oncle comme élu du Haut-Rhin. La jeune femme avait expliqué ne pas supporter "qu'il puisse être élu de la nation après les gestes auxquels il s'était livré sur elle". La nièce de Marc Dumoulin avait une douzaine d'années au moment des faits reprochés au député, accusé de viols sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité. Il était le premier député à comparaître devant une cour d'assises dans l'histoire de la Ve République. "C'est l'histoire d'une enfance brisée. Christelle a trouvé une force exceptionnelle pour la raconter. D'ailleurs, elle est crédible, les trois experts l'ont dit", avait estimé l'avocat général lors de son réquisitoire. "Vous êtes un briseur d'enfants et de rêves", avait-il lancé à l'accusé, "vous avez anéanti votre filleule et votre fils". Ce dernier avait été victime d'attouchements de la part de son père lorsqu'il avait une douzaine d'années. "Le fait d'être député ne vous rend ni coupable ni innocent", avait-il ajouté. Me Thierry Moser, avait de son côté estimé dans sa plaidoirie que "le doute doit profiter à l'accusé" et demandé aux jurés de "voter blanc" s'ils étaient indécis. (AP)