Une courte synthèse du problème de la distinction entre "essence" et "existence

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Par Jean-Baptiste Bourgoin

Table des matières
I. Les deux visages de l'idéalisme ............................................... 2 a) L'essentialisme ................................................................... 2 b) L'existentialisme ................................................................ 2 II. Le réalisme ............................................................................. 3

Avertissement Ce texte est une réponse courte à sujet sur un forum portant sur l'essence et l'existence. De là sa brièveté, ses raccourcis, ses partis-pris qui pourront paraître brutaux et mériteraient, dans d'autres contextes, de plus amples développements.

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I. Les deux visages de l'idéalisme
a) L'essentialisme

"L'essence précède l'existence" c'est ce que l'on appelle l'essentialisme. C'est une erreur de philosophe faite par... presque tous les philosophes excepté Thomas d'Aquin. Il y a plusieurs variations, mais en gros l'idée c'est que l'existence découle de l'essence, est un accident de l'essence. L'essence reste première et déterminante. C'est une erreur de philosophes car elle supprime tout "miracle de l'être" (l'existence !) au mépris de la simple étude du réel. Nous ne rencontrons jamais des essences, mais toujours des êtres existants ! Alors pourquoi cette erreur si commune chez les philosophes (y compris tous les thomistes jusqu'à Gilson) ? Tout simplement parce qu'il est plus naturel pour le philosophe de penser que de voir, et aussi, mais surtout, parce qu'une essence est conceptualisable, alors qu'un être EST, on ne peut que s'incliner devant le fait qu’il SOIT. L'existence ne conceptualise pas, elle se constate. Si l'existence est secondaire, alors tout est conceptualisable, y compris Dieu ! C'est, au final, le règne de la raison raisonnante dont le stade ultime est Hegel.

b) L'existentialisme

"L'existence précède l'essence", c'est le crédo de l'existentialisme. C'est une pure réaction à l'essentialisme. Réaction légitime, mais ratée, elle tombe à côté de la plaque car elle est fondamentalement absurde et se contredit elle-même. Si l'existence précède l'essence, alors si mon existence est un existence de cheval je devrais être moi, Jean-Baptiste, un cheval... Cette philosophie est aussi peu

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soucieuse du réel que l'essentialisme avec ceci de plus grave qu'elle est profondément contradictoire. C'est une pure pensée de la réaction. L'existentialisme est réactionnaire, il ne s'explique que dans le cadre de l'essentialisme qu'il combat. De belles choses sont nées de ce combat, mais au milieu de nombreuses illusions. Pire : l'existentialisme comme l'essentialisme sont, au fond, que les deux visages contradictoire d'un même idéalisme. Le réalisme authentique est un existentialisme authentique. Une forme achevée, et absurde, de l'idéalisme existentialiste, ce sont les délires des Genders Studies dans leurs formes radicales : le sexe est une pure construction culturelle. Qui ne voit pas ici le mépris du regard le plus simple porté sur le réel ?

II. Le réalisme

À peu de choses près, le réalisme c'est Thomas d'Aquin, et c'est presque lui seul jusqu'à la nouvelle génération de thomistes du XXe siècle. Ce serait oublier nombre de précurseurs chez qui ce réalisme est une donnée que l'on pourrait dire "inconsciente" (Saint Augustin etc.). Mais passons. Le réalisme dit une chose très simple : l'essence et l'existence sont deux choses clairement séparées. L'une ne découle pas de l'autre. Ce qui est premier dans l'ordre de la pensée, c'est l'essence, mais ce qui est premier dans l'ordre du "réel", de "l'être", c'est l'existence. Pour qu'une chose soit, il faut qu'elle ait l'être reçu par l'Être dont l'essence est indiscernable de l'acte d'exister.

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L'être n'est pas conceptualisable. Si on essaie de le définir, on ne peut dire qu'une chose : il est. C'est une coquille vide. Mais si on regarde le réel, on ne peut constater qu'une seule chose : il y a des choses qui sont, qui ont l'être. "L'être est" n'est pas une coquille vide, c'est un fait pour celui qui accepte que la vérité profonde des choses ne s'acquière pas par la pensée, mais par le jugement, la capacité à reconnaître qu'une chose soit. Or les philosophes, dont l'activité est de penser, aimeraient que la vérité s'acquière par la pensée. Tout serait sous contrôle ! Et ce serait si naturel. Non, la vérité profonde des "étants" c'est qu'ils sont. Ils sont par l'Être. Et ici la raison est dépassée, on ne peut plus que constater. C'est le "miracle" de l'être, pour reprendre une expression de Hannah Arendt. Reconnaître ce miracle, cette vérité qui nous dépasse, c'est ce qui nous empêche de sombrer dans le rationalisme, ainsi que dans le nihilisme. Le nihilisme professe le Néant, ne voulant pas reconnaître qu'il y a des choses qui sont. Le rationaliste professe la raison raisonnante amateur d'essences, qui ne veut pas reconnaître qu'il y a une éminence de l'existence dans l'ordre du réel qui ne s'explique pas. Le vrai réalisme c'est la pensée qui, consciente de ses forces et de son terrain de jeu, laisse place à l'étonnement face au miracle de l'Être. À partir de ce point une métaphysique comme connaissance est possible.

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