La revuefiduciaire

Novembre 2004

RF CONSEIL
L’information juridique et pratique au service de l’entrepreneur

SUPPLÉMENT

Attraits et inconvénients du régime de la

microentreprise
ISSN 1167-7848

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Le mensuel d’information juridique au service de l’entrepreneur

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S

i les termes PME (petites et moyennes entreprises) et TPE (très petites entreprises) sont aujourd’hui largement entrés dans le langage courant, il n’en est pas encore tout à fait de même pour celui de « microentreprise ». Pourtant, cela devrait bientôt être le cas ; selon une étude récente, les microentreprises représentent une force importante de l’économie nationale à l’origine de nombreuses créations d’emplois. Notamment pour cette raison, depuis quelques années, les différents gouvernements ont pris diverses mesures pour rendre l’environnement de ces structures plus souple, sur le plan fiscal en particulier.

Mais attention. Si, à bien des égards, ces mesures ont effectivement eu pour effet de rendre le dispositif de la microentreprise attractif, celui-ci présente certains inconvénients que le chef d’entreprise ne doit pas négliger. L’objet de ce supplément est d’aider le postulant à la microentreprise à retenir ce régime en toute connaissance de cause.

RF Conseil

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Sommaire
Pages

Fiche 1 Idées reçues sur la microentreprise Fiche 2 Les différents régimes d’imposition

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1 Qui est le microentrepreneur ?
Fiche 3 Portrait type du microentrepreneur Fiche 4 Pas de microentreprise sans franchise en base de TVA Fiche 5 Bien apprécier les limites de chiffre d’affaires
6 8 10

2 Les avantages du régime de la microentreprise
Fiche 6 Fiche 7 Fiche 8 Fiche 9 À microentreprise, microformalisme Des obligations comptables allégées Une exonération des plus-values à la clef La microentreprise et les autres impôts
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3 Des limites à ne pas négliger
Fiche 10 Les revers de la simplicité
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4 Changer de régime d’imposition
Fiche 11 La sortie volontaire du régime micro Fiche 12 La sortie obligatoire en cas de dépassement des seuils Fiche 13 Conséquences du changement
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5 Le microentrepreneur sur les plans juridique et social
Fiche 14 Le microentrepreneur : un travailleur indépendant Fiche 15 Microentrepreneur : quelles obligations sociales ? Fiche 16 La place du conjoint du microentrepreneur
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1. Idées reçues sur la microentreprise
Nouveau statut juridique pour les uns, régime d'imposition pour les autres, instrument de défiscalisation pour certains… les idées sur la microentreprise sont nombreuses mais beaucoup sont fausses.
s Un nouveau statut juridique d'entreprise ? Contrairement à une idée souvent avancée, la microentreprise n'est pas un nouveau statut juridique. Il n'est d'ailleurs pas possible de créer une microentreprise. Actuellement, le particulier qui souhaite « monter sa boîte » a le choix entre deux formes de structure : l'entreprise individuelle ou la société (ex. : SA, SARL, SNC). La micro-entreprise appartient à la première catégorie de structure : c'est une entreprise individuelle qui, sous réserve de certaines spécificités, répond à toutes les caractéristiques de cette structure (pas de capital minimum, responsabilité illimitée de l'exploitant). s Un nouveau régime d'imposition ? Non. S'il est bien vrai que la microentreprise correspond à un régime d'imposition, pour autant celui-ci n'a rien de nouveau, il existe même depuis plusieurs années. En fait, c'est surtout depuis 1999 que ce dispositif a pris de l'essor. En effet, à cause de la suppression du régime du forfait cette année-là, il est devenu le régime d'imposition qui s'applique de plein droit aux petites entreprises, l'autre régime étant celui du réel qui comprend le « réel normal » et le « réel simplifié ». Selon la nature de l'activité exercée par l'exploitation, on parle de « micro BIC ou de micro BNC ». s Pourquoi un régime pour les petites entreprises ? La création du dispositif de la microentreprise est partie de la volonté de mieux tenir compte des spécificités des petites entreprises. Il était en effet inadapté de faire peser sur le chef d'entreprise individuelle les mêmes obligations déclaratives et comptables que dans les grandes structures. D'autant que dans les petites entreprises, très souvent, l'exploitant est seul (ou assisté de son conjoint, le cas échéant) pour faire marcher l'entreprise et effectuer les démarches administratives et juridiques. Le régime de la microentreprise n’est donc qu’un dispositif ultrasimplifié d'imposition et de déclaration des résultats (voir pp. 6 et 7, fiche 3). s À microentreprise, microprojet ? Non. Bien entendu, le régime fiscal d'une entreprise n'est pas lié à l'importance « qualitative » du projet en jeu. Cela dit, compte tenu des conditions d'application de ce régime et notamment du montant du chiffre d'affaires à ne pas dépasser, en pratique, on constate qu'il s'applique essentiellement aux projets qui nécessitent peu de fonds pour leur constitution. s Un bon moyen de frauder le fisc ? Voilà encore une idée fausse qu'il convient de chasser, d'autant qu'elle

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peut coûter cher. Les revenus tirés d'une microentreprise ne sont pas exonérés. À ce titre, ils doivent être déclarés tous les ans. À défaut, le chef d'entreprise s'expose à une procédure d'évaluation d'office des résultats de son exploitation majorée de pénalités. Cela dit, il est vrai que compte tenu du mode d'évaluation forfaitaire du bénéfice imposable et de la non-obligation d'établir un bilan, un contrôle fiscal sur une structure imposée selon le régime de la microentreprise sera, de fait, beaucoup plus difficile à mener, notamment pour reconstituer le chiffre d'affaires réellement réalisé. s Un passage obligé pour les créateurs d'entreprise ? Non, d'une part parce qu'il existe plusieurs causes d'exclusion qui sont liées soit à la nature de l'activité, soit à la structure de l'exploitation (voir pp. 6 et 7, fiche 3) ; d'autre part, parce que dès le démarrage de l'activité, l'exploitant

peut décider de se placer sous un autre régime d'imposition (voir pp. 23 et 24, fiche 11). s Une microentreprise fonctionne sans salariés ? Pas nécessairement, même si, en pratique, il n'est pas rare que l'exploitant soit seul dans l'entreprise ou, seulement assisté de son conjoint (surtout en phase de démarrage), il peut tout à fait recruter des salariés. s Un régime adapté aux pluriactifs Compte tenu de sa simplicité et de sa souplesse de fonctionnement, le régime de la microentreprise convient parfaitement aux pluriactifs. Par exemple, le salarié qui, par ailleurs, réalise quelques travaux d'essais avant de se lancer dans un projet commercial personnel et qui, à ce titre, ne souhaite pas encore se plier à toutes les formas lités exigées aux entreprises.

2. Les différents régimes d’imposition
Entreprises
Toutes entreprises sauf celles exclues du micro BIC (1) et les sociétés civiles de moyens Toutes entreprises y compris celles exclues du microBIC (1) et les sociétés civiles de moyens Toutes entreprises, à l’exception des sociétés civiles de moyens

Chiffre d’affaires
N’excédant pas 76 300 ¤ ou 27 000 ¤

Régime Normal
Micro BIC et franchise TVA de plein droit

Option
RS (2) (et franchise de plein droit) ou RR (3)

Entre 76 300 ¤ et 763 000 ¤ ou entre 27 000 ¤ et 230 000 ¤ Plus de 763 000 ¤ ou plus de 230 000 ¤

RS (2)

RR (3)

RR (3)

– –

(1) Bénéfices industriels et commerciaux. (2) RS : Régime simplifié d’imposition. (3) RR : Régime réel normal d’imposition.

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Les conditions

3. Portrait type du microentrepreneur
Quatre conditions sont requises pour bénéficier du régime de la microentreprise.
Comme nous l'avons dit précédemment, le régime de la microentreprise est un régime (ultrasimplifié) d'imposition et de déclaration des résultats. À ce titre, comme tout régime d'imposition, son application est liée au montant du chiffre d'affaires réalisé par l’entreprise (voir p. 5, fiche 2, les différents régimes d’imposition). Mais d’autres conditions sont requises. Elles sont cumulatives et impératives ; donc, sauf quelques tolérances admises, le non-respect de l’une d’elles entraîne la perte du régime de la microentreprise (sur les tolérances en cas de petits dépassements, voir pp. 25 et 26, fiche 12). s Un exploitant individuel Le régime de la microentreprise est exclusivement réservé aux contribuables qui exercent leur activité en nom propre, c’est-à-dire les exploitants individuels. Les sociétés sont formellement exclues quel que soit le montant de leur chiffre d’affaires. Cette condition est interprétée de façon stricte puisqu’elle vise aussi bien les sociétés dont les résultats sont soumis à l’impôt sur les sociétés (ex. : SA) que celles soumises à l’impôt sur le revenu (ex. : SARL de famille ayant opté pour l’IR, sociétés de personnes, sociétés civiles…). Conséquence directe de cette condition : les exploitants individuels qui envisagent de se mettre en société doivent donc garder à l’esprit qu’en optant pour le statut de l’EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée), ils ne peuvent pas bénéficier du régime de la microentreprise. s Non soumis à la TVA Deuxième condition exigée pour bénéficier du régime de la microentreprise : le chef d’entreprise ne doit pas être soumis à la TVA. Deux cas de figure sont possibles : soit l’exploitant n’est pas soumis à la TVA parce que son activité est hors du champ de cet impôt, soit, parce que, bien qu’exerçant une activité normalement soumise à la TVA, il bénéficie de la franchise en base de TVA pour l’année entière. Pas de commentaires particuliers si l’activité est hors du champ de la TVA. En revanche, il convient de s’arrêter sur la notion de franchise en base de TVA. Il ne s’agit pas d’un régime d’imposition mais d’exonération applicable, notamment aux exploitants individuels dont le montant du chiffre d’affaires ou des recettes de l’année précédente ne dépasse pas les seuils ci-contre. Ce dispositif d’exonération entraîne des conséquences non négligeables pour l’entreprise, ce qui d’ailleurs, en pratique, explique une des causes de sortie volontaire du régime de la microentreprise (sur une présentation détaillée de la franchise en base de TVA, voir pp. 8 et 9, fiche 4). s Activités exclues Quel que soit le montant de leur chiffre d’affaires, sont exclues du régime de la microentreprise les entreprises qui se livrent à certaines activités. Il s’agit notamment : - des marchands de biens, promoteurs, lotisseurs et agents immobiliers, des

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opérations portant sur des immeubles ou fonds de commerce. Ne sont pas concernés par l’exclusion les loueurs en meublé ni ceux qui donnent en location-gérance des fonds de commerce ; - des loueurs de matériel et de biens de consommation durables ; - des opérations portant sur des marchés financiers. Pour les contribuables se livrant à des activités non commerciales, certaines activités empêchent aussi l’application du régime de la microentreprise (micro BNC). C’est le cas : - pour les officiers publics et ministériels, des bénéfices provenant de leur charge et office ; - des bénéfices réalisés par les contribuables qui proviennent de production littéraire, artistique, scientifique ou de la pratique d’un sport lorsqu’ils ont demandé à être imposés sur la base d’un revenu égal à la moyenne des bénéfices de l’année d’imposition et des deux ou quatre années précédentes. s Un chiffre d’affaires plafonné Dernière condition pour bénéficier du régime de la microentreprise : le chiffre d’affaires annuel de l’exploitant ne doit pas dépasser certaines limites ;

à défaut, sous réserve de certaines tolérances, il est obligatoirement soumis à un autre régime d’imposition. Fixés initialement à 70 000 F, puis relevés à 100 000 F ces seuils sont, depuis 1999, fixés à 500 000 F et 175 000 F selon la nature de l’activité. Compte tenu du passage officiel à l’euro, depuis le 1er janvier 2002, les seuils d’application du régime de la microentreprise ont été convertis. Ils sont désormais fixés à : - 76 300 ¤, pour les entreprises dont le commerce principal est de vendre, en l’état ou après fabrication ou transformation, des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place ou encore celles dont l’activité consiste à fournir le logement ; - 27 000 ¤, pour les entreprises de prestations de services (autres que le logement). Il convient de noter que tous ces seuils s’apprécient hors taxe. En pratique, l’application de ces seuils peut parfois soulever des difficultés lorsque l’exploitant se livre notamment à des activités relevant de ces deux catégories ou exploite plusieurs entreprises (sur ces questions, voir pp. 10 et 11, s fiche 5).

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Les conditions

4. Pas de microentreprise sans franchise en base de TVA
Pour bénéficier du régime micro, le chef d’entreprise doit impérativement bénéficier de la franchise en base.
Sur les quatre conditions exigées pour bénéficier du régime de la microentreprise, c’est bien celle de la franchise en base de TVA qui, de toute évidence, soulève le plus d’interrogations. D’une part, parce qu’elle est la moins explicite, d’autre part, parce qu’elle a des répercussions importantes que l’exploitant doit connaître pour, le cas échéant, en tirer les conséquences qui s’imposent. s Le régime de la franchise en base de TVA et celui de la microentreprise sont deux dispositifs autonomes mais étroitement liés. Pour preuve, il ne peut y avoir microentreprise sans franchise en base ; mais l’inverse reste possible (des sociétés commerciales, civiles, voire des associations peuvent bénéficier de la franchise pour autant qu’elles remplissent les conditions d’application de ce dispositif). s

Ne pas dépasser certains seuils

La notion de franchise en base de TVA

La franchise en base est un dispositif qui dispense les assujettis normalement redevables de la TVA du paiement de cette taxe.

Franchise en base des avocats, auteurs et artistes
Pour les prestations relevant de leur activité réglementée, les avocats et avoués bénéficient d’une franchise en base de TVA lorsque leur chiffre d’affaires de l’année civile précédente ne dépasse pas 37 400 ¤ (depuis janvier 2002). Pour leurs autres opérations (non réglementées), ils bénéficient d’une franchise en base lorsque le chiffre d’affaires correspondant ne dépasse pas 15 300 ¤ HT. Les auteurs, artistes-interprètes bénéficient également d’une franchise en base au titre de leurs œuvres lorsque le chiffre d’affaires de l’année précédente ne dépasse pas 37 400 ¤ HT (245 000 F avant 2002).

Pour savoir si un redevable peut bénéficier ou non de la franchise en base de TVA, il faut tenir compte du montant du chiffre d’affaires ou des recettes réalisé au cours de l’année civile précédente. La franchise en base s’applique de plein droit si ce montant ne dépasse pas : - 76 300 ¤ HT, pour les livraisons de biens, ventes à consommer sur place et les prestations d’hébergement ; - 27 000 ¤ HT, pour les autres prestations de services. Ces limites sont applicables en métropole et dans les départements d’outremer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion). Les avocats, avoués, ainsi que les auteurs et artistes bénéficient d’une franchise en base spécifique (voir encadré ci-contre). s Bien apprécier les limites Pour apprécier les plafonds de 76 300 ¤ et de 27 000 ¤, il faut notamment retenir le montant hors taxe des livraisons de biens, ventes à consommer sur place, prestations d’hébergement, opé-

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rations relatives au commerce extérieur ou encore des opérations immobilières non taxées. Les honoraires et recettes rétrocédés par les membres de professions libérales à un confrère sont pris en compte s’il sont soumis à TVA (c’est le cas, par exemple, des rétrocessions d’honoraires liées à une mise à disposition de clientèle). s

Opérations bénéficiant de la franchise en base

Lorsque les conditions de seuils sont remplies, la franchise s’applique à l’ensemble des livraisons de biens, qu’elles soient internes ou intracommunautaires (sauf les livraisons intracommunautaires de moyens de transport neufs) et aux prestations de services réalisées par l’exploitant (sauf les opérations qui concourent à la production ou la livraison d’immeubles). s

76 300 ¤ HT ou de 27 000 ¤ HT selon la nature de l’activité exercée. En cas de dépassement de ces seuils, il devient redevable de la TVA soit, dès le 1er jour du mois du franchissement de la limite, soit le 1er janvier de l’année suivante. Tout dépendra en fait de l’importance du dépassement (voir pp. 25 et 26, fiche 12) ; - il n’opte pas pour le paiement de la TVA. La franchise en base de TVA n’est donc pas un dispositif irrévocable. Compte tenu des conséquences qu’elle entraîne, l’exploitant peut en effet avoir intérêt à opter pour le paiement de la TVA (sur les conséquences de la franchise en base, voir pp. 12 et 13, fiche 16). L’option pour la TVA peut se faire dès la création de l’entreprise ou à n’importe quel autre moment (voir encadré ci-dessous et s p. 23, fiche 11).

Perte de la franchise en base

L’exploitant soumis au régime de la microentreprise bénéficie de la franchise en base tant que : - son chiffre d’affaires de l’année en cours ne franchit pas les seuils de

Entreprise nouvelle et franchise en base
Sauf option expresse pour le paiement de la TVA, l’entreprise nouvellement créée est placée de plein droit sous le régime de la franchise en base dès le début de son activité (option dans les quinze jours du début d’activité, lors du dépôt de la déclaration d’existence et d’identification). Pour l’année de sa création, l’entreprise bénéficie de la franchise tant que le chiffre d’affaires réalisé (sans ajustement prorata temporis) ne dépasse pas le seuil de 84 000 ¤ ou 30 500 ¤. Pour l’année suivante, sachant que la franchise en base est liée au montant du chiffre d’affaires réalisé l’année civile précédente, l’entreprise bénéficiera donc de la franchise si le chiffre d’affaires de l’année de sa création, ajusté en fonction du nombre de jours d’activité, ne dépasse pas les seuils de 76 300 ¤ ou 27 000 ¤.

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Les conditions

5. Bien apprécier les limites de chiffre d’affaires
Précautions à prendre pour bien apprécier les limites de chiffre d’affaires.
Comme tout régime d’imposition, celui de la microentreprise est lié au montant du chiffre d’affaires réalisé par l’exploitant. L’appréciation des seuils peut soulever certaines difficultés lorsque l’activité relève de plusieurs secteurs ou encore lorsque l’exploitant exerce plusieurs activités. s applicable, il convient normalement de tenir compte de la nature de l’activité exercée. Certaines difficultés peuvent toutefois se poser lorsque cette activité consiste à la fois, d’une part, en la vente de marchandises, objets et denrées à emporter ou à consommer sur place et, d’autre part, en la fourniture d’autres prestations de services. C’est le cas, par exemple, des entreprises du bâtiment qui fournissent non seulement la main-d’œuvre mais aussi les matériaux ou matières premières qui entrent à titre principal dans l’ouvrage qu’elles réalisent. Dans ce cas, le régime de la microentreprise est applicable si le chiffre d’affaires global de l’entreprise n’excède pas la limite de 76 300 ¤ HT et si le chiffre d’affaires annuel relatif aux opérations autres que les ventes et fournitures de logement n’excède pas 27 000 ¤. s

Éléments du chiffre d’affaires à retenir

Le chiffre d’affaires à comparer aux limites de 76 300 ¤ et de 27 000 ¤ comprend l’ensemble du montant hors taxe des opérations que l’exploitant réalise annuellement avec les tiers dans l’exercice de l’activité normale et courante de son entreprise. Par mesure de simplification, les micro BIC peuvent tenir compte des recettes effectivement perçues (et des dépenses payées). Pour apprécier les limites, il n’est pas tenu compte : des subventions d’exploitation, des redevances pour concession, des débours et honoraires rétrocédés à des confrères, des prestations en espèces allouées par le régime d’assurance maladie des travailleurs non salariés, des produits financiers ainsi que des recettes à caractère exceptionnel telles que le produit de cession de biens professionnels ou de transfert de clientèle. s Activités mixtes Pour déterminer lequel des deux seuils, de 76 300 ¤ ou 27 000 ¤, est

Pluralité d’activités de même catégorie

Lorsqu’un entrepreneur exploite personnellement plusieurs entreprises, commerciales ou non commerciales, l’ensemble de ses recettes annuelles est globalisé puis comparé aux limites du régime micro. Dans l’hypothèse où chaque membre d’un même foyer fiscal exploite plusieurs entreprises, commerciales ou non commerciales, les limites de chiffre d’affaires sont appréciées séparément si chacun d’eux exploite l’entreprise à titre individuel. En revanche, s’ils exploitent ensemble la même entreprise, les recettes sont globalisées. Pour apprécier cette situation d’exercice individuel ou collectif de l’activité,

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le fisc va notamment tenir compte du régime matrimonial des époux ou de l’immatriculation faite au registre du commerce et des sociétés. s

Pluralité d’entreprises de catégories différentes

Dans le cas où l’exploitant individuel exerce séparément une activité commerciale et une activité non commerciale, les recettes tirées de ces deux

activités relèvent de deux catégories d’imposition différentes. Les limites des régimes micro BIC et micro BNC sont appréciées séparément. En revanche, si elles sont exercées au sein de la même entreprise, en application de l’article 155 du code général des impôts, les modalités d’appréciation des limites diffèrent selon que l’activité commerciale est prépondérante s ou non (voir tableau ci-dessous).

Mode d’exercice des activités
Pluralité d’activités BIC et BNC dans le cadre d’une même entreprise

Pluralité d’activités BIC et BNC Recettes à Régimes d’imposition applicables retenir pour l’appréciation Recettes totales Recettes totales des limites 27 000 ¤ HT (1) > 27 000 ¤ HT (1)

1) Article 155 du CGI Cumul du chiffre Imposition en BIC applicable d’affaires commercial régime micro et des recettes non commerciales 2) Article 155 du CGI Cumul du chiffre non applicable d’affaires BIC et des recettes BNC

Imposition en BIC réel ou micro (2)

Impositions distinctes (3) : Impositions distinctes (3) : - BIC régime micro - BIC réel - BNC régime spécial - BNC déclaration contrôlée Impositions distinctes : - BIC réel ou micro (4) - BNC déclaration contrôlée ou régime spécial (5) (7)

Pluralité d’entreprises Chiffre d’affaires BIC Impositions distinctes : activités BIC et BNC recettes BNC - BIC régime micro (7) séparées appréciées catégorie - BNC régime spécial (7) par catégorie (6)

(1) Ou 30 500 ¤ HT pour la première année de franchissement. (2) Application de la règle prévue pour les activités mixtes si l’activité commerciale est une activité de ventes. (3) Imposition unique BNC possible. (4) Micro BIC si les recettes 76 300 ¤ HT ou 27 000 ¤ HT ( 84 000 ¤ HT ou 30 500 ¤ HT pour la première année de franchissement pour les contribuables qui réalisent des opérations soumises à la TVA. (5) Régime spécial BNC si les recettes BNC 27 000 ¤ HT (1). (6) Cumul du chiffre d’affaires BIC et des recettes BNC pour l’application de la franchise en base de TVA. (7) Si application de la franchise en base de TVA. Dans le cas contraire : BIC réel et BNC déclaration contrôlée.

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Les avantages

6. À microentreprise, microformalisme
Difficile de faire plus simple en matière de formalités avec le régime de la microentreprise.
Comme on l’a écrit dans les pages précédentes, l’une des raisons ayant gouverné la mise en place du régime de la microentreprise a été la volonté de tenir compte de la spécificité des petites structures dans lesquelles l’exploitant est souvent le seul à s’occuper, d’une part, des relations avec les clients, fournisseurs et autres tiers et d’autre part, de l’ensemble des formalités administratives. En pratique, cela s’est donc traduit par la mise en place de règles qui aboutissent à un formalisme très allégé pour les exploitants. s faires retirés de l’activité microentreprise doivent, selon la nature de l’activité, être mentionnés, en euros, dans les cadres prévus à cet effet sur la déclaration complémentaire 2042 C (feuillet de 4 pages adressé au domicile du contribuable ou disponible dans un centre des impôts). s

Un bénéfice évalué forfaitairement

Pas de déclaration de résultats spécifique

Contrairement aux exploitants imposés selon un régime réel d’imposition qui doivent joindre à leur déclaration d’ensemble la déclaration de résultats professionnels correspondante (imprimé 2031, pour les activités commerciales, et 2035 pour les titulaires de BNC), ceux qui bénéficient du régime de la microentreprise échappent à cette contrainte. Ils sont en effet purement et simplement dispensés du dépôt des déclarations de résultats spécifiques. Il leur suffit de reporter sur la déclaration d’ensemble des revenus le montant brut du chiffre d’affaires réalisé ou des recettes encaissées au cours de l’année. Cette somme servira de base pour calculer le bénéfice imposable (voir ci-dessous). Ainsi, pour la déclaration des revenus 2004, les recettes ou le chiffre d’af-

Le bénéfice net soumis à l’impôt sur le revenu selon le barème progressif est déterminé automatiquement par le fisc en appliquant sur le revenu professionnel déclaré, comme indiqué précédemment, un abattement forfaitaire censé représenter l’ensemble des charges supportées par l’entreprise (frais généraux divers, frais financiers, charges sociales, amortissement). Selon la nature de l’activité exercée, le montant de l’abattement est égal à : - 72 %, pour les activités de vente et de fourniture de logement ; - 52 %, pour les autres prestations de services ; - 37 %, pour les titulaires de bénéfices non commerciaux. Dans tous les cas, le montant de l’abattement appliqué ne peut être inférieur à 305 ¤. s

Pas de TVA à déclarer et à payer

Autre caractéristique majeure du régime de la microentreprise : l’exploitant est dispensé de la facturation et du paiement de la TVA. Cette solution est la conséquence directe de l’exonération de TVA ou de la franchise en base dont il doit bénéficier pour être soumis au régime de la microentreprise.

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Concrètement, cela signifie qu’il ne peut faire apparaître de la TVA sur les factures, notes d’honoraires ou tout autre document en tenant lieu qu’il délivre à ses clients. En lieu et place de la TVA, il doit indiquer la mention : «TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Cette formule est obligatoire. Évidemment n’ayant pas de TVA à facturer, l’exploitant est aussi dispensé du dépôt, mensuel ou trimestriel, des déclarations de TVA CA 3 ou de la déclaration annuelle de régularisation CA 12 selon qu’il aurait été soumis, en matière de TVA, au régime du réel normal ou du réel simplifié.

s État spécial n° 2042 P Les obligations déclaratives des bénéficiaires du régime de la microentreprise sont allégées, elles ne sont pas pour autant inexistantes. Pour preuve, les exploitants doivent joindre à la déclaration d’ensemble 2042 un état spécial 2042 P. Les informations portées sur cette déclaration doivent notamment servir à établir la taxe professionnelle s (voir sur ce point p. 19, fiche 9).

Activité industrielle, artisanale, commerciale
Régime d’imposition Micro BIC Ventes (voir p. 7, fiche 3) Chiffre d’affaires annuel maximum Abattement pour frais professionnels TVA Formalités déclaratives 76 300 ¤ 72 % des recettes Non (voir pp. 8 et 9, fiche 4) - Déclaration 2042 C, - État 2042 P Prestations de services (voir p. 7, fiche 3) 27 000 ¤ 52 % des recettes

Libérale
Micro BNC

27 000 ¤ 37 % des recettes

Non (voir pp. 8 et 9, Non (voir pp. 8 et 9, fiche 4) fiche 4) - Déclaration 2042 C, - État 2042 P - Déclaration 2042 C, rubrique 5, paragraphe D ou E

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Les avantages

7. Des obligations comptables allégées
Selon que son chiffre d’affaires dépasse ou non 18 300 ¤, le poids des obligations comptables de l’entreprise sera plus ou moins important.
s ver rapidement le justificatif recherché. Seule contrainte toutefois, en cas d’utilisation d’un procédé de télétransmission des factures, l’entreprise doit conserver les informations émises ou reçues dans leur contenu originel pendant un délai de six ans (les trois premières années, sur support informatique, et les trois suivantes sur le support choisi par l’entreprise). De façon générale, il faut garder à l’esprit que les documents et pièces comptables doivent être conservés pendant dix ans.

Pas de comptabilité complète obligatoire

Autre manifestation du formalisme allégé qui pèse sur les « microentrepreneurs » : ils sont dispensés d’établir un bilan et un compte de résultat. Bien entendu, cela ne veut pas dire pour autant que l’exploitant n’est pas tenu d’établir une comptabilité. Pour preuve d’ailleurs, la non-tenue des livres obligatoires est passible de sanctions pénales et fiscales. En fait, les obligations comptables diffèrent selon que le montant du chiffre d’affaires dépasse ou non 18 300 ¤ (voir tableau cicontre). s

s

Le formalisme lié au livre-journal

Archivage des documents comptables

Comme toute entreprise, en cas de contrôle fiscal, celles soumises au régime de la microentreprise doivent être en mesure de justifier la réalité des opérations portées dans leurs livres comptables. C’est pourquoi l’exploitant doit conserver l’ensemble des pièces justificatives relatives aux achats, ventes et prestations de services réalisées (ex. : factures, tickets de caisse enregistreuse…). L’exploitant est libre de retenir le mode d’archivage le mieux adapté à son activité et à ses besoins (dossier, classeur…) ; l’essentiel est que le système retenu lui permette, en cas de besoin, de retrou-

Depuis l’année dernière, les entreprises placées sous le régime micro doivent tenir un livre-journal (voir tableau ci-contre). Il s’agit d’un livre aux pages numérotées qui enregistre quotidiennement le montant des recettes professionnelles en distinguant les règlements en espèces des autres modes de règlement et en indiquant les références des pièces justificatives. Les recettes correspondant à des ventes au détail ou à des services rendus à des particuliers peuvent être inscrites globalement à la fin de la journée lorsque leur montant n’excède pas 76 ¤. Pour être opposable, le livre-journal doit être coté (attestation du nombre de pages qui sont numérotées) et paraphé (certification qui lui donne date certaine) par le tribunal de commerce ou le tribunal de grande instance. Chaque livre reçoit ainsi un numéro d’identification répertorié par le grefs fier sur un registre spécial.

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Obligations comptables
Prévues par le code de commerce Prévues par le CGI

Obligations comptables des commerçants soumis au régime des microentreprises

En cours d’exercice

Tenue d’un livre mentionnant chronologiquement le montant et l’origine des recettes perçues (entreprises dont le CA n’excède pas 18 300 ¤) - Dispense de bilan et de compte de résultat (c. com. art. L. 17-4) - Pour les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 18 300 ¤ : relevé des recettes encaissées, des dépenses payées, des dettes financières, des immobilisations et stocks

Tenue d’un livre-journal servi au jour le jour présentant le détail des recettes professionnelles, factures et autres pièces justificatives Registre des achats État dont le contenu doit permettre le suivi des immobilisations (prix d’acquisition, amortissement, prix de cession), mentionner le nombre de salariés et le montant des salaires versés (LF 1999, art. 7-11-5.3)

À la clôture de l’exercice

Obligations comptables des commerçants soumis au régime réel simplifié

En cours d’exercice

Comptabilité simplifiée : - comptabilité de trésorerie, - centralisation mensuelle des journaux auxiliaires sur le livre-journal

Comptabilité supersimplifiée : - enregistrement forfaitaire des dépenses de carburant ; - absence de justification des frais généraux accessoires payés en espèces dans la limite de 1°/°° du CA et d’un minimum de 150 ¤ depuis janvier 2002 Idem Idem

Enregistrements des créances et dettes (c. com. art. L. 123-25) Dispense de compte de régularisation pour les charges, autres que les achats, dont la périodicité n’excède pas l’année (c. com. art. L. 123-26) Évaluation forfaitaire des stocks et productions en cours selon une méthode fixée par décret (c. com. art. L. 123-27) : - biens en stock : application d’un abattement correspondant à la marge pratiquée sur chaque catégorie de biens - travaux en cours : acomptes réclamés aux clients Bilan et compte de résultat simplifiés

Marchandises et produits : application sur le prix de vente d’un abattement correspondant à la marge pratiquée (globale) Travaux en cours : acomptes réclamés aux clients (CGI, ann. IV, art. 4 LA)

À la clôture de l’exercice

Fiscalement, dispense de bilan lorsque le total de leur bilan est inférieur à 153 000 ¤ depuis janvier 2002 pour la généralité des entreprises et 54 000 ¤ pour les prestataires de services Le droit fiscal ne prévoit pas l’établissement d’annexe

Dispense de l’annexe prévue par le plan comptable

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Les avantages

8. Une exonération à la clef pour les plus-values
Sous réserve de remplir certaines conditions, les plus-values peuvent être, totalement ou partiellement, exonérées. À défaut, elles sont soumises à un régime particulier d’imposition.
s Déclaration et imposition distincte des plus-values Les plus-values réalisées suite à la cession de biens utilisés pour l’exercice de la profession, commerciale ou non commerciale, ne sont pas prises en compte pour l’application de l’abattement forfaitaire de 72 %, 52 % ou 37 %. Pour rappel, cet abattement ne s’applique que sur les bénéfices retirés de l’exploitation courante et normale de l’entreprise (voir p. 10, fiche 5). Comme pour les plus-values réalisées dans le cadre d’activités imposées selon un régime réel d’imposition, les plusvalues de microentreprises sont soumises à des règles particulières d’imposition. De ce fait, elles sont déclarées de façon distincte sur la déclaration 2042 C, dans les cases spécialement prévues à cet effet. Leur montant doit également être reporté sur l’état annexe 2042 P que le microentrepreneur doit toujours joindre à sa déclaration d’ensemble 2042. En pratique toutefois, bien souvent ces cases n’ont pas à être remplies car les exploitants, soumis au régime de la microentreprise, peuvent bénéficier d’un régime d’exonération. Il faut donc garder à l’esprit que c’est uniquement dans le cas où les conditions d’exonération ne sont pas satisfaites que les plus ou moins-values doivent être déclarées. s

Un régime de faveur pour les PME

L’exploitant « microentrepreneur » qui cède des biens professionnels peut se prévaloir d’un dispositif général et permanent d’exonération qui permet de faire échapper à l’impôt les plus-values réalisées. Il vise aussi bien les plusvalues réalisées dans le cadre d’une activité commerciale, artisanale que libérale. Ce régime a récemment été modifié. Depuis le 1er janvier 2004, les plus-values réalisées peuvent être exonérées si les conditions suivantes sont remplies. - D’une part, l’activité doit être exercée depuis au moins cinq ans (cette condition n’est pas modifiée). En général, le délai de cinq ans est décompté à partir du début de l’activité qui correspond le plus souvent à la date de création ou d’acquisition de la clientèle ou du fonds de commerce mais, il faut savoir qu’en cas de contrat de location-gérance, le délai est décompté à partir de la date de mise en location. - D’autre part, le montant des recettes annuelles réalisées pendant l’année civile ne doit pas excéder 250 000 ¤ TTC (au lieu de 152 600 ¤ TTC jusqu’au 31 décembre 2003), pour les entreprises qui se livrent à la vente de marchandises ou à la fourniture de logement et 90 000 ¤ TTC (au lieu de 54 000 ¤ TTC jusqu’au 31 décembre 2003), pour les entreprises prestataires de services et les titulaires de bénéfices non commerciaux. Autre nouveauté, également applicable aux plus-values réalisées au cours des exercices clos à compter du 1er janvier 2004, au delà des seuils précités, l’imposition ne sera plus immédiatement totale. En effet, selon la nature de l’activité exer-

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cée par l’entreprise, si les recettes annuelles sont comprises entre 250 000 ¤ TTC et 350 000 ¤ TTC ou 90 000 ¤ TTC et 126 000 ¤ TTC, les plus-values ne sont taxées que sur une fraction de leur montant. Cette fraction imposable est déterminée d’après le rapport qui existe entre le montant des recettes qui excède 250 000 ¤ TTC (ou 90 000 ¤ TTC) et 100 000 ¤ TTC (ou 36 000 ¤ TTC pour les prestataires de services et titulaires de bénéfices non commerciaux). Ce n’est qu’au-delà des seuils de 350 000 ¤ TTC et 126 000 ¤ TTC que l’imposition deviendra désormais totale. s En cas d’activité mixte En cas d’activité mixte, c’est-à-dire se rattachant à la fois aux ventes et aux prestations de services, les plus-values sont exonérées en totalité si le montant global des recettes n’excède pas 250 000 ¤ TTC et celui des recettes afférentes aux prestations de services n’excède pas 90 000 ¤ TTC. Compte tenu des nouveautés applicables à partir du 1er janvier 2004, si l’un ou l’autre de ces seuils est dépassé, sans dépasser toutefois 350 000 ¤ TTC et 126 000 ¤ TTC, seule une fraction de la plus-value sera imposée. En pratique, la situation d’activité mixte concerne souvent les artisans du bâtiment qui, dans leur secteur d’activité, fournissent généralement les matériaux et matières premières nécessaires à la réalisation de leurs prestations de services. Pour apprécier ces limites, les exploitants concernés doivent donc distinguer, sur les factures remises aux clients, la quote-part du montant qui se rapporte aux prestations de services et celle qui se rapporte aux ventes. s L’exonération appliquée aux microentreprises Lorsque les conditions de l’exonération ne sont pas remplies, les plus-values doivent alors être déclarées ; elles sont ensuite imposées (voir ci-dessous). En pratique, cette hypothèse d’imposition ne peut concerner que les « micro-

entrepreneurs » qui exercent leur activité depuis moins de cinq ans. Le dépassement des limites de 250 000 ¤ ou de 90 000 ¤ étant peu probable dans le cadre de notre étude de la microentreprise, puisque dans ce cas, l’entreprise ne peut, de fait, plus bénéficier de ce régime d’imposition puisque les seuils plafonds de la microentreprise sont dépassés, de même que les seuils de tolérance prévus (voir p. 25, fiche 12). À l’approche du délai de cinq ans, l’exploitant peut donc avoir intérêt à attendre avant de céder des biens professionnels pour pouvoir ainsi bénéficier de l’exonération des plus-values réalisées. Jusqu’au 31 décembre 2005, il pourra, s’il remplit les conditions, demander à bénéficier du nouveau dispositif d’exonération des plus-values. Mis en place par la loi pour le soutien à la consommation et à l’investissement votée le 9 août 2004, ce dispositif permet d’exonérer en totalité les plus-values résultant de la cession d’une branche complète d’activité com-

Les biens professionnels des microentreprises
Le régime d’exonération ici décrit vise la plus-value résultant de la cession des biens professionnels. Il s’agit en principe des biens inscrits au bilan de l’exploitation. S’agissant des microentreprises, qui ne sont pas obligées d’établir un bilan, le fisc considère qu’ont la nature de biens professionnels d’une part, les biens affectés par nature à une exploitation professionnelle (ex. : fonds de commerce, matériels, outillage), d’autre part, les biens affectés par destination à une exploitation professionnelle. Entrent dans cette catégorie tous les biens qui peuvent aussi bien faire l’objet d’une utilisation professionnelle que personnelle (immeuble, voiture particulière). En cas d’utilisation mixte, l’affectation professionnelle est déterminée en retenant la fraction du prix de revient qui correspond à l’utilisation professionnelle.

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Les avantages
prenant un fonds de commerce ou une clientèle dont la valeur retenue pour le calcul des droits d’enregistrement ne dépasse pas 300 000 ¤. Ce dispositif s’applique aux cessions réalisées du 16 juin 2004 au 31 décembre 2005. Il s’applique quels que soient la durée d’activité de l’exploitant (plus ou moins 5 ans) et le montant de son chiffre d’affaires. s moins de deux ans ; elle est à long terme dans le cas contraire. Étape 2 : Calcul de la plus ou moins-value nette. L’ensemble des plus ou moins-values à long terme réalisées pendant l’année fait ensuite l’objet d’une compensation entre elles. Il en résulte soit une plus-value nette à long terme, soit une moins-value nette à long terme. Le même calcul de compensation est fait pour les plus et moins-values à court terme réalisées pendant l’année. Étape 3 : l’imposition des plus ou moins-values. À chaque plus ou moins-value correspond un traitement fiscal particulier : - Les plus-values nettes à long terme sont imposées au taux réduit de 16 % (27 %, pour l’imposition des revenus 2004, compte tenu des prélèvements sociaux). - Les plus-values nettes à court terme sont soumises à l’impôt sur le revenu selon le barème progressif. - Les moins-values nettes à long terme sont imputées sur les plus-values à long terme réalisées au cours des dix exercices suivants. - Les moins-values nettes à court terme sont génératrices d’un déficit s reportable sur le revenu global.

Calcul et imposition des plus-values : les étapes

Étape 1 : Calcul de la plus-value. Pour savoir si l’exploitant qui cède un bien professionnel réalise une plus ou une moins-value, il doit comparer le prix de cession du bien par rapport à sa valeur d’origine (ex. : prix d’acquisition) de celuici diminué des amortissements linéaires qui sont réputés avoir été pratiqués. Dans la mesure où, dans le cadre du régime de la microentreprise, l’abattement forfaitaire intègre les amortissements linéaires et qu’en l’absence de comptabilité complète, l’exploitant ne dispose pas de tableau d’amortissement, c’est donc à lui, en cas de cession d’un bien professionnel, de reconstituer la valeur nette comptable du bien qui sera ensuite comparée au prix de cession. Ce calcul doit être effectué pour chaque bien cédé. La plus ou moins-value est à court terme si le bien cédé est détenu depuis

Tableau récapitulatif (entreprises relevant de l’IR) Durée Plus-values Moins-values de détention des biens Moins de 2 ans Au moins 2 ans Moins de 2 ans Au moins 2 ans
Éléments amortissables court terme (1) – court terme court terme (2) pour les amortissements déduits ; – long terme pour le surplus (1) long terme court terme court terme (2)

Éléments non amortissables

court terme

long terme

(1) Ces plus-values sont majorées, le cas échéant, du montant des amortissements expressément exclus des charges déductibles ainsi que des amortissements irrégulièrement différés. (2) Ces moins-values sont diminuées, le cas échéant, du montant des amortissements expressément exclus des charges déductibles ainsi que des amortissements différés.

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9. La microentreprise et les autres impôts
Au regard des autres impôts, le microentrepreneur est un chef d’entreprise comme les autres.
Sous réserve de quelques aménagements appliqués à certains impôts, le régime de la microentreprise concerne exclusivement l’imposition des résultats et la TVA (voir pp. 12 et 13, fiche 6). Au regard des autres impôts, l’exploitant est un exploitant comme les autres. s pour la taxe 2004). Depuis 1999, les salaires versés par les petits exploitants ne sont plus pris en compte. Étant donné le faible montant du chiffre d’affaires réalisé par les microentreprises, celles-ci ne sont généralement pas tenues de souscrire la déclaration annuelle de taxe professionnelle (imprimé 1003). Pour autant, elles doivent indiquer sur l’état annexe 2042 P, certains éléments nécessaires pour établir la taxe. s

Plus-values professionnelles

Taxes sur les salaires et taxes parafiscales

À s’en tenir à la définition stricte du régime de la microentreprise, celui-ci n’a pas d’impact sur l’imposition des plus-values professionnelles. Mais, étant donné que le régime d’exonération des plus-values réalisées par les petites entreprises est étroitement lié aux limites de chiffre d’affaires des micro-entreprises, il en ressort en pratique que, sous réserve de quelques exceptions, les plus-values professionnelles réalisées par les exploitants soumis au régime de la microentreprise sont exonérées d’impôt (voir pp. 16 et suivantes, fiche 8). s Taxe professionnelle Pas d’exonération particulière ni d’abattement spécifique pour les exploitants soumis au régime de la microentreprise. Tous les ans, ils doivent donc en principe acquitter cette taxe locale qui, pour rappel, est calculée, d’une part, sur la base de la valeur locative des biens soumis à la taxe foncière (ex. : local professionnel…) et, d’autre part, pour les exploitants dont l’activité relève des bénéfices non commerciaux, d’une fraction des recettes (8 % au lieu de 9 %

Les contribuables qui bénéficient de la franchise en base de TVA sont exonérés de taxe sur les salaires à raison des rémunérations versées (même s’ils optent pour le paiement de la taxe). Ils sont également dispensés des taxes fiscales et parafiscales qui sont recouvrées suivant les mêmes règles que la s TVA.

Microentreprise à domicile et taxe professionnelle
Très souvent, le microentrepreneur exerce son activité à son domicile. Même dans cette hypothèse, il est tout de même redevable de la taxe professionnelle. Celle-ci est calculée d’après la valeur locative de la pièce identifiée comme étant le siège de l’entreprise. Dans la mesure où cette pièce est en principe déjà soumise à la taxe d’habitation, une double imposition est alors possible. Pour éviter cela, il convient alors de démontrer que les aménagements professionnels réalisés la rendent impropre à l’habitation.

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Les limites

10. Les revers de la simplicité
Être imposé sous le régime de la microentreprise entraîne certaines conséquences qui peuvent justifier un changement de régime d’imposition.
À bien des égards, compte tenu du peu de formalisme qu’il implique, le régime de la microentreprise est idéal pour les créateurs en phase de démarrage ou pour les salariés qui souhaitent en parallèle « monter leur boîte ». Mais, en rythme de croisière, ce régime peut trouver ses limites car il implique certaines conséquences qui peuvent entraver l’essor de l’entreprise. s s

Pas de déficit reportable possible

Pas de prise en compte des charges réelles

Si l’application d’un abattement forfaitaire pour déterminer le bénéfice imposable a le mérite de dispenser l’entrepreneur d’avoir à justifier de la réalité du montant des charges, elle peut aussi tourner à son désavantage. C’est le cas, par exemple, si le montant des charges réellement supportées est important. Il peut alors être plus intéressant d’opter pour un régime réel d’imposition. Pour être certain de faire le bon choix, la meilleure solution consiste donc à comparer les charges réelles avec celles résultant de l’application de l’abattement forfaitaire. Pour ce calcul comparatif, il faut toutefois garder à l’esprit que les charges de début d’activité sont souvent plus importantes que celles dégagées en rythme de croisière. Autre remarque, l’avantage fiscal gagné en optant pour un régime réel peut être limité compte tenu des contraintes déclaratives liées à ce régime (voir p. 27, fiche 13).

L’évaluation forfaitaire du résultat imposable présente aussi l’inconvénient de ne pas permettre la constatation d’un déficit (situation souvent fréquente les premières années d’activité). Or, il faut garder à l’esprit que les déficits des entreprises soumises à l’impôt sur le revenu ne sont pas perdus ; ils viennent diminuer le montant de l’impôt que le chef d’entreprise doit payer. S’il ne veut pas perdre son déficit, l’entrepreneur a donc là aussi tout intérêt à changer de régime d’imposition. s

Des plafonds bas et vite atteints

Excepté peut-être pour le pluriactif qui, à raison de quelques activités ponctuelles dans l’année, a peu de risques de dépasser les plafonds, pour les autres (notamment, pour le créateur d’entreprise), il faut savoir que les seuils de 76 300 ¤ et de 27 000 ¤ sont vite atteints. Compte tenu des régularisations qu’un changement de régime d’imposition peut impliquer, notamment en matière comptable pour le rattachement des créances et des dettes (voir p. 27, fiche 13), il peut parfois être plus intéressant d’opter, dès le début de l’activité, pour un régime réel d’imposition. s

Le revers des obligations comptables allégées

Ne pas être obligé d’établir tous les ans un bilan et un compte de résultat est une mesure tout à fait adaptée pour le microentrepreneur qui réalise

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peu de revenus (ex. : le pluriactif ponctuel). Par contre, ce peut être un inconvénient pour le créateur d’entreprise qui, une fois la phase de démarrage passée, souhaite se développer. L’absence de bilan et de compte de résultat empêche l’entreprise de faire des prévisions fiables sur le moyen terme. Cela peut aussi être un handicap si elle souhaite obtenir un emprunt bancaire. s Pas de TVA récupérable On l’a vu, une des caractéristiques du régime de la microentreprise est le non-paiement de la TVA (sur le régime de la franchise en base, voir pp. 8 et 9, fiche 4). À première vue, c’est un gain de trésorerie à la clef. Attention, toutefois, car cela entraîne en contrepartie des conséquences qui peuvent être pénalisantes. D’une part, l’exploitant qui ne paye pas de TVA ne peut récupérer celle qui lui est facturée sur ses achats et investissements. C’est un inconvénient majeur pour tous ceux dont l’activité nécessite des achats de matières premières ou de matériaux importants, ou encore, plus généralement pour ceux en phase de démarrage, période pendant laquelle les charges sont souvent importantes. D’autre part, l’exploitant qui ne paye pas de TVA ne peut en faire apparaître sur les factures qu’il délivre à ses clients. Pas de problème lorsque les clients sont des particuliers ou des bénéficiaires de la franchise en base de TVA, puisque dans tous ces cas ils ne payent pas la taxe. C’est plus gênant, par contre, lorsque les clients sont des professionnels soumis à la TVA car ils ont besoin de TVA récupérable pour diminuer le montant de la taxe qu’ils doivent payer. Être soumis au régime de la microentreprise peut alors être un élément « commercial » pénalisant.

s

Adhérents de centres de gestion pénalisés

En contrepartie de l’obligation qu’ils ont de tenir une comptabilité sincère et d’accepter les règlements par chèques, les adhérents de centres (pour les professions commerciales) et d’associations (pour les professions libérales) de gestion agréés bénéficient d’avantages fiscaux : - un abattement de 20 % sur la fraction du revenu qui ne dépasse pas un certain seuil (seuil fixé à 115 900 ¤ pour 2003) ; - une réduction d’impôt de 915 ¤ maximum pour frais de tenue de comptabilité et d’adhésion ; - une majoration de la limite de déduction du salaire du conjoint qui travaille, de façon effective, dans l’exploitation. Il faut savoir que ces avantages sont réservés aux exploitants imposés, de plein droit ou sur option, à un régime réel d’imposition ; l’exploitant qui bénéficie du régime de la microentreprise ne peut donc en bénéficier (sur l’impact de ces avantages, voir exemple chiffré ci-dessus). s Pas d’amortissements L’exploitant soumis au régime de la micro-entreprise ne peut amortir les biens qu’il utilise pour son activité. Cela vaut aussi bien pour l’amortissement linéaire, qui est déjà pris en compte par le biais de l’abattement forfaitaire, que pour l’amortissement dégressif. Ce mode accéléré d’amortissement est en effet réservé aux entreprises soumises à un régime réel d’imposition. s

Pas d’allégement pour les entreprises nouvelles

Actuellement, dans le cadre de la politique d’aménagement du territoire, des dispositifs d’exonération, totale ou partielle, de l’impôt sur les bénéfices

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Les limites
réalisés ou de la taxe professionnelle sont accordés aux entreprises qui s’installent dans certaines zones délimitées. L’exploitant soumis au régime de la microentreprise ne peut en bénéficier car ces dispositifs sont réservés aux exploitants soumis à un régime s réel d’imposition.

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Changer de régime

11. La sortie volontaire du régime « micro »
Plutôt que d’avoir à subir son mode d’imposition, l’entreprise peut aussi l’anticiper et choisir celui qui répond le mieux à ses besoins.
L’impossibilité de récupérer la TVA ou de dégager un déficit d’exploitation reportable, le fait que le montant réel des charges soit supérieur au montant de l’abattement forfaitaire ou l’anticipation d’une phase de développement, tout cela peut justifier que l’exploitant décide d’abandonner le régime de la microentreprise alors même que son chiffre d’affaires ne dépasse pas les limites d’application de ce régime. Il peut alors opter soit pour un régime réel d’imposition de ses résultats, soit pour le paiement de la TVA, soit pour les deux. Le choix n’est pas neutre, car selon l’option effectuée, il faut savoir que les conséquences ne sont pas les mêmes. s mal réside essentiellement dans le poids des obligations déclaratives (nombre de tableaux et annexes à fournir) qui est beaucoup plus important dans le cadre du régime réel normal. Ceci explique qu’en pratique les microentreprises optent surtout pour le régime du réel simplifié. Date et durée de l’option. Pour les entreprises relevant de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, l’option pour un régime réel, simplifié ou normal d’imposition doit être exercée auprès du centre des impôts dont dépend l’entreprise, avant le 1er février de l’année au titre de laquelle l’entreprise souhaite bénéficier du régime réel. La loi de finances pour 2002 a modifié la durée de l’option qui désormais ne dure plus cinq mais deux ans. Par conséquent, une option exercée avant le 1er février 2003 produira ses effets pour les années 2003 et 2004. En matière de bénéfices non commerciaux, l’option, qui dure également deux ans, doit être exercée au plus tard le 30 avril. Comme en matière de BIC, elle se renouvelle par tacite reconduction par période de deux ans. Comment opter ? Pas de formalisme particulier pour l’option. Le fisc exige simplement qu’elle soit expresse : une option faite sur papier libre et dûment signée produit donc tous ses effets (voir modèle ³ page ci-contre). En revanche, le dépôt des déclarations correspondant à un régime réel d’imposition (imprimé 2031 pour les BIC et 2035 pour les BNC) n’a pas valeur d’option. L’entreprise qui souhaite renoncer à l’option précédemment exercée doit également le faire par courrier adressé au centre des impôts dont elle dépend.

Opter pour un régime réel d’imposition

Réel simplifié ou réel normal. Les entreprises relevant de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) qui décident d’opter pour un régime réel d’imposition ont le choix entre le régime du réel simplifié et celui du réel normal. Celles relevant de la catégorie des bénéfices non commerciaux ne peuvent opter que pour le régime dit de la « déclaration contrôlée ». Dans les deux cas, l’exploitant détermine son bénéfice imposable en tenant compte des charges réellement supportées par l’entreprise. La différence entre réel simplifié et réel nor-

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Changer de régime
³ Option pour un régime simplifié d’imposition
Monsieur l’Inspecteur, « J’ai l’honneur de vous faire savoir que j’opte pour le régime simplifié d’imposition des bénéfices à compter de l’année .... Sous réserve de continuer à respecter les conditions de l’article 293 B du CGI, j’entends continuer à bénéficier de la franchise en base de TVA. Veuillez agréer,… » Date et signature

Portée de l’option. À l’inverse de l’option pour le paiement de la TVA, celle pour un régime réel d’imposition des résultats ne produit d’effets que pour l’imposition des bénéfices. Pour le reste, l’entreprise continue à bénéficier de la franchise en base de TVA (sous réserve, bien entendu, de continuer à respecter les conditions d’application de ce régime). s

Opter pour le paiement de la TVA

Régime des acomptes ou CA 3 ? L’entreprise qui opte pour le paiement de la TVA est en principe automatiquement soumise au régime simplifié. Celui-ci se caractérise normalement par le paiement, pendant l’année, de quatre acomptes de TVA et par le dépôt d’une déclaration de régularisation CA 12. Chaque acompte versé en avril, juillet, octobre et décembre est égal à 25 % de la TVA payée l’année précédente pour les trois premiers et 20 % de ce montant pour celui de décembre. L’entreprise peut toutefois préférer se placer sous le régime du réel normal. Tous les mois, elle devra alors souscrire des déclarations de TVA CA 3. Depuis le 1er janvier 2003, les entreprises qui ont payé moins de 1 000 ¤ de TVA (hors TVA déductible sur les immobilisations) au titre de l’année ou de l’exercice précédent n’ont pas d’acompte à verser en cours d’année. Le versement de la TVA a lieu, en

une seule fois, en avril, lors du dépôt de la déclaration annuelle CA 12. Date et durée de l’option. L’option pour le paiement de la TVA peut être exercée à tout moment auprès du service des impôts dont relève l’entreprise. Elle est valable deux ans et prend effet dès le premier jour du mois au cours duquel elle est déclarée. Une option exercée, par exemple, le 26 mai 2004 produira donc ses effets du 1er mai 2004 au 31 décembre 2005. Pour rappel, depuis cette année, l’option pour un régime réel d’imposition des résultats dure également deux ans. L’option n’est soumise à aucun formalisme particulier, ni à une déclaration fiscale spécifique : une simple lettre suffit donc, dès lors qu’elle manifeste clairement la volonté de l’exploitant (voir modèle · ci-dessous). Pour les entreprises nouvelles, l’option produit ses effets dès le début d’activité si elle est exercée dans le premier mois d’activité de l’entreprise. Portée de l’option. Alors que l’option pour le paiement de la TVA ne produit d’effets que pour l’imposition des résultats, celle pour le paiement de la TVA est lourde de conséquences car elle concerne à la fois les BIC (ou BNC) et la TVA. En d’autres termes, elle entraîne l’exclusion automatique régime du « micro » pour l’imposition des résultats. L’entreprise relève alors du régime du réel simplifié d’imposition mais peut opter pour le régime du s réel normal.

· Option pour le paiement de la TVA
Monsieur l’Inspecteur, « J’ai l’honneur de vous informer que j’opte pour le paiement de la TVA à compter du 1er ... 2004. En raison de cette option, je serai exclu du régime des microentreprises pour l’imposition des bénéfices réalisés en 2004 et 2005. Veuillez agréer,… » Date et signature

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12. La sortie obligatoire en cas de dépassement des seuils
Selon l’importance du dépassement des seuils, la sortie sera plus ou moins immédiate.
À s’en tenir aux règles qui régissent la fiscalité, le régime d’imposition d’une entreprise est notamment déterminé en fonction du montant de son chiffre d’affaires. Dépasser les seuils du régime de la microentreprise entraîne donc, en principe, la sortie obligatoire du régime « micro » et l’imposition sous un régime réel. s 84 000 ¤ ou 30 500 ¤). Dans ce cas, le régime de la microentreprise est maintenu au titre de la première année de dépassement des seuils limites. Par contre, le 1er janvier de l’année suivante, l’entreprise devient redevable de la TVA et son bénéfice est, de ce fait, imposé selon les règles du réel (voir tableau page ci-contre). L’abattement forfaitaire de 72 %, 52 % ou 37 % s’applique jusqu’au plafond de 76 300 ¤ ou 27 000 ¤. Au-delà de cette limite, aucun abattement n’est appliqué. À noter également que le maintien du régime « micro » au titre de la première année de franchissement des seuils ne s’applique ni en cas de changement d’activité, ni pour les entreprises nouvelles qui dépassent les limites au titre de leur première année d’activité. s

Bénéfices et franchise en base étroitement liés

En cas de dépassement en cours d’année des seuils d’application du régime « micro », le fisc admet que l’exploitant continue à bénéficier de ce régime ultra-simplifié d’imposition au titre de la première année de dépassement des limites, si pour la totalité de cette même année l’entreprise est exonérée de TVA ou bénéficie de la franchise en base de TVA. Or, sur ce point, tout dépend de l’importance du dépassement des limites. s

Sort des « grands » dépassements

Une tolérance pour les « petits » dépassements

Pour éviter que l’entreprise n’ait à subir de façon trop brutale les conséquences d’un changement de régime d’imposition, une tolérance légale a été prévue. Ainsi, le régime de la « franchise en base de TVA », indispensable pour bénéficier du régime « micro », continue-t-il à s’appliquer si le seuil de 76 300 ¤ n’est dépassé que de 7 700 ¤ et celui de 27 000 ¤ de 3 500 ¤ (soit un chiffre d’affaires n’excédant pas

Aucune tolérance, en revanche, si le chiffre d’affaires ou les recettes de l’année en cours dépassent 84 000 ¤ ou 30 500 ¤, l’entreprise devient alors redevable de la TVA, pour au moins deux ans. Le paiement est effectif à compter du premier jour du mois du franchissement des limites. Conséquence du paiement de la TVA : les résultats de l’entreprise ne relèvent plus du régime « micro ». Ils sont imposés sous le régime simplifié d’imposition dès l’année du dépassement (à compter du 1er janvier) et de l’année suivante (voir tableau ci-dessous). s

Incidences d’une baisse du chiffre d’affaires

Les aléas de l’activité économique de l’entreprise peuvent avoir pour consé-

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Changer de régime
quence que, après une année de hausse du chiffre d’affaires, celui-ci baisse l’année suivante. Si cette variation à la baisse implique de refaire passer l’entreprise sous les limites du régime « micro », se pose alors la question de savoir quel régime d’imposition des résultats doit être appliqué. L’entreprise repasse-t-elle automatiquement au régime « micro » dès l’année de la baisse ? Non, car les conditions d’application du dispositif de franchise en base, qui s’apprécient en fonction du chiffre d’affaires de l’année précédente, ne sont pas remplies. Les résultats restent donc imposés selon les règles du réel l’année suivant celle du franchissement des seuils (voir tableau ci-dessous). Sous réserve de respecter les conditions relatives au chiffre d’affaires, il faudra donc attendre deux exercices pour que l’entreprise puisse à nouveau bénéficier du régime « micro ». s

Tableau récapitulatif
CA compris entre 76 300 ¤ et 84 000 ¤ HT (ventes) ou 27 000 ¤ HT et 30 500 ¤ HT (PDS) MicroMaintien du régime de entreprise Évolution la microentreprise (BIC) et (BIC) et du de la « Franchise en base de « franchise chiffre TVA » pour l’année entière en base d’affaires de TVA » en 2003 CA supérieur à 84 000 ¤ HT de plein ou 30 500 ¤ F HT droit – Régime simplifié d’imposition à compter du 1er janvier 2003 – Paiement de la TVA à compter du 1er jour de dépassement des limites

2004

2005

Situation de l’exploitant individuel en 2002

Paiement Baisse du de la TVA chiffre et régime d’affaires simplifié en 2004 d’imposiMicroet en tion (car la entreprise 2005, le franchise (BIC) et ramenant en base, « Franchise sous appréciée en base les limites en fonction de TVA » d’applicadu CA tion de l’année du régime précédente, « micro » ne s’applique pas)

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13. Conséquences du changement
Qu’elle soit volontaire ou obligatoire, l’imposition pour un régime réel entraîne les conséquences suivantes.
tats. Il s’agit de la déclaration 2031 pour les titulaires de bénéfices industriels et commerciaux et de la déclaration 2035 pour les titulaires de bénéfices non commerciaux. Dans les deux cas, l’exploitant détermine son bénéfice imposable en tenant compte des charges réellement supportées. s TVA récupérable L’exploitant qui opte pour le paiement de la TVA peut ainsi la facturer à ses clients et récupérer celle qui lui est facturée sur ses achats et investissements. En contrepartie, s’il opte pour le réel normal, tous les mois il devra souscrire une déclaration de TVA CA 3 ; si le montant de la TVA payée l’année précédente n’a pas dépassé 400 ¤, la déclaration pourra cependant être effectuée par trimestre. s Un déficit reportable L’option pour un régime réel d’imposition, réel simplifié et normal ou une déclaration contrôlée, est particulièrement intéressante pour les entreprises déficitaires puisque, dans ce cas, le déficit d’exploitation dégagé peut être reporté sur l’ensemble des autres revenus de l’exploitant et des membres de son foyer, réalisés au cours de la même année. Si le revenu global n’est pas suffisant, l’excédent est alors reporté, jusqu’à épuisement, sur s le revenu global des six années suivantes. s Sort des ARD L’imposition sous un régime réel d’imposition permet la constatation d’amortissements linéaires et dégressifs (amortissement plus rapide sur certains types de biens), en revanche, elle ne permet plus la prise en compte des « ARD » (amortissements réputés différés), ceux-ci ayant disparu. En effet, la loi de finances pour 2004 a modifié les règles d’imputation des déficits dans les sociétés relevant de l’IS. Désormais, l’imputation est possible sans limitation de durée, comme les ARD. Du coup, les ARD ont perdu leur raison d’être. Cette solution, s’applique aussi aux sociétés soumises à l’IR. s

Plus-values constatées en franchise d’impôt

Les contribuables qui exercent pour la première fois l’option pour un régime réel d’imposition peuvent constater, en franchise d’impôt, les plus-values acquises sur les éléments non amortiss sables à la date de l’option.

Une déclaration de résultats

Tous les ans, les exploitants soumis à un régime réel d’imposition doivent joindre à leur déclaration d’ensemble des revenus une déclaration de résul-

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Statuts juridique et social

14. Le microentrepreneur : un travailleur indépendant
Conséquences juridiques du fait que le statut fiscal de la microentreprise est réservé aux entrepreneurs individuels.
s Déclarer son activité L’entrepreneur individuel soumis au régime de la microentreprise doit, en tout début d’activité, accomplir rapidement certaines formalités d’immatriculation et d’affiliation. Celles-ci s’effectuent en un lieu unique, le centre de formalités des entreprises (CFE), ce qui permet de souscrire au moyen d’un seul document les diverses déclarations obligatoires d’ordre juridique, administratif, fiscal, social et statistique. Activité commerciale ou industrielle. Le créateur doit s’inscrire au registre du commerce (RCS) par le biais du centre de formalités des entreprises tenu par la Chambre de commerce et d’industrie. Activité artisanale. L’inscription se fait au répertoire des métiers par le biais du CFE tenu par la Chambre de métiers. Activité libérale. Le CFE compétent est l’URSSAF du département. Pour les activités réglementées, bien que l’agrément préalable par les autorités compétentes ne soit pas requis par le CFE, l’inscription auprès de certaines sections de la CNAPVL n’est possible qu’après avoir justifié de son inscription à l’ordre professionnel, ou sur un tableau propre à la profession ou encore de l’agrément par les autorités publiques. s Local de l’entreprise La jouissance du local où s’exerce l’activité peut résulter d’un bail (quant au choix, voir RF Conseil 129, pp. 12 à 16), d’une domiciliation collective ou encore d’un titre de propriété si le micro-entrepreneur s’installe dans un local lui appartenant (voir encadré). s Risques liés à l’activité L’entreprise individuelle n’est pas une personne ; elle se confond avec son propriétaire qui est indéfiniment responsable sur ses biens des dettes de l’entreprise (RF Conseil 118, p. 13). Risque supplémentaire : même s’il n’intervient pas dans l’activité, le patrimoine du conjoint peut aussi parfois être mis en danger (voir p. 30, fiche 15). s Démarches sociales Le microentrepreneur relève en principe du régime social des non-salariés. Ses obligations déclaratives et les conditions de versement de ses cotisations peuvent toutefois varier s’il s’agit d’un pluriactif (voir p. 29, fiche 15). s

Local professionnel : le fisc défavorise les libéraux
Les contribuables titulaires de BIC, qui utilisent un local leur appartenant pour leur activité professionnelle, sont autorisés à déduire de leur résultat imposable le loyer de l'immeuble même non inscrit à l'actif de leur bilan. Cette solution n'est pas transposable aux titulaires de BNC.

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15. Microentrepreneur : quelles obligations sociales ?
Le microentrepreneur est astreint aux obligations d'un travailleur non salarié, même si elles sont allégées en début d'activité.
s valeur de la base mensuelle de calcul des prestations familiales la première année et 27 fois cette valeur la seconde année. Par ce biais, la troisième année, la régularisation sera généralement moins lourde. À noter que le régime diffère sensiblement pour les libéraux. Depuis 2004, l’entrepreneur individuel soumis au régime micro BIC ou micro BNC peut toutefois demander que ses cotisations soient calculées sur ses revenus réels de l’année. Rien à payer au début. Aucune cotisation n’est appelée au cours des trois premiers mois d’activité. En pratique, cette règle peut même aboutir à un délai de paiement de six mois. Ainsi, pour les cotisations personnelles URSSAF, si le délai entre le début d’activité et la date limite officielle de paiement des cotisations (15 février, 15 mai, 15 août et 15 novembre) n’atteint pas 90 jours, le versement est reporté à l’échéance suivante. s

La protection sociale d'un indépendant

Progressivement, ces dernières années, les prestations et le niveau de cotisations des régimes de protection sociale du régime général des salariés et de celui des indépendants se sont rapprochés (RF Conseil 113, p. 11). Une réelle différence demeure cependant : sauf assurance volontaire auprès d'un des deux organismes facultatifs existants (la GSC ou l’APPI), les travailleurs indépendants ne bénéficient pas du droit à l’indemnisation chômage au cas où l’entreprise péricliterait. s

Charges sociales allégées au démarrage

Base de calcul forfaitaire unique. Faute d’éléments de référence, les cotisations des deux premières années se calculent sur la base d’une assiette forfaitaire unique valant pour toutes les cotisations (sauf les cotisations d’assurance vieillesse complémentaires des artisans et les cotisations invaliditédécès des artisans et commerçants). Ces cotisations font l’objet d’une régularisation la troisième année, une fois les revenus réels connus. Une base progressive les deux premières années. Pour ne pas obérer, par de lourdes régularisations, les capacités de financement des créateurs, l’assiette de calcul de leurs cotisations des deux premières années est progressive : 18 fois la

Le pluriactif ponctuel n’échappe pas à l’URSSAF
Le régime fiscal de la microentreprise est fort utile en cas d’activités multiples. Mais ce n’est pas si simple sur le plan social. Par exemple, un salarié complétant ses revenus par des droits d’auteur doit doublement cotiser : au régime général des salariés et à celui des non-salariés dont relève son activité indépendante (RF Conseil 120, p. 15). Même occasionnelle, une prestation non salariée doit être déclarée au CFE. Peu importe que le microentrepreneur bénéficie déjà d’une couverture sociale en tant que salarié ou qu’il s’avère ensuite que, au vu des plafonds, aucune cotisation n’est finalement due en tant qu’indépendant (RF Conseil 125, p. 8).

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Statuts juridique et social
Depuis le 1er janvier 2004, cependant, les salariés en activité ou bénéficiant de l’allocation parentale d’éducation (remplacée par la PAJE pour les enfants nés ou adoptés après le 1er janvier 2004) qui créent ou reprennent une entreprise tout en conservant leur emploi salarié peuvent, sur leur demande et dans la limite d’un plafond de revenus, être exonérés de cotisations personnelles dues s au titre de leur nouvelle activité.

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16. La place du conjoint du microentrepreneur
L’entrepreneur doit songer aux incidences de son statut sur la situation de son conjoint, qu’il participe ou non à l’activité.
s actes (ex. : souscription d’une garantie) ou prises de décision par le conjoint dans l’entreprise pourraient être invoqués par les créanciers pour étendre leurs poursuites. C’est surtout vrai à l’égard du conjoint bénévole. Le salarié qui s’en tient à son rôle de subordonné ou le conjoint-collaborateur qui n’est qu’un mandataire de l’entrepreneur sont davantage à l’abri. s

Un statut professionnel adapté au conjoint

Le régime fiscal de la microentreprise étant réservé à l’entrepreneur individuel, son conjoint n’a d’autre choix que de collaborer : - soit en bénévole sans statut particulier. S’il n’a pas sa propre activité, il est considéré sans profession, - soit en tant que conjoint-collaborateur inscrit au RCS ou à l’URSSAF, droit reconnu depuis peu au conjoint du professionnel libéral (RF Conseil 129, p. 17), - soit comme conjoint salarié de son époux s’il peut démontrer la réalité du lien de subordination. s Risques liés à l’activité Outre les risques financiers encourus directement par l’entrepreneur (voir p. 28, fiche 14), le patrimoine de son conjoint peut aussi être mis en péril même s’il n’intervient pas dans l’activité. Ainsi, en cas de mariage sous le régime de la communauté des biens, les créanciers de l’exploitation peuvent se payer sur les biens propres du chef d’entreprise et sur le patrimoine commun dont la moitié appartient à l’autre époux. D’où la nécessité d’adapter son régime matrimonial (RF Conseil suppl. 118, p. 6). Responsabilité accrue. Le régime de séparation des biens doit permettre de cantonner les risques au patrimoine du microentrepreneur. Mais certains

Protection sociale liée au statut professionnel

Le choix du statut du conjoint, dont découle sa protection sociale, dépend largement du fait qu’il exerce ou non une activité personnelle par ailleurs lui conférant déjà une protection. Ayant droit de l’entrepreneur, le bénévole est pris en charge pour les risques mais ne perçoit pas d’indemnités. Tandis que le conjoint-collaborateur peut bénéficier d’une couverture sociale gratuite plus étendue, la plus large protection étant néanmoins assurée au salarié (RF Conseil suppl. 118, pp. 16 et 17). s Salaire du conjoint Le bénévole et le conjoint-collaborateur n’étant pas rémunérés, il n’y a pas de revenu imposable ou déductible ; dans certaines limites, les cotisations volontaires versées pour le conjoint-collaborateur peuvent néanmoins être déduites du résultat. La rémunération du conjoint salarié est entièrement déductible (à condition de ne pas être excessive et de correspondre vraiment au travail fourni) si les époux sont séparés de biens. À défaut, le salaire n’est déductible, pour l’exercice civil 2003, qu’à hauteur de 2 600 ¤ ou 41 890 ¤ en cas d’adhésion s à un centre de gestion agréé.

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