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21 Juillet

1900

LE NUMÉRO S

CENTIMES ,

N* 14

A BAS VICTOIRE

LÉS

TYRANS1 les Thévenet, les Lucipia tomber les uns sur les, autres comme les marionnettes des foires, elle se mit dès le soir a se frotter les mains, elle qui depuis des ;mois ne ise frottait que les os".Elle tira des successions da triples batteries d'allégresse et voici qu'elle achève *de célébrer sa grande imaginaire victoire avec un aplomb tel qu'on n'y, croirait pas si on ne se trouvait en présence d'un manifeste écrit, placardé et publié. C'est la Ligue d'action républicaine qui endosse la responsabilité de ce funambu-r lesque document, la F.-. M.-., je le répète une fois de plus, ne voulant absolument paraître nulle part. Voici comment la F.-. M.-, fait parler la Ligue d'action républicaine : « Citoyens, « La journée du 14 juillet a été bonne pour la République. « La ligue d'action républicaine vous envoie sans retard ses chaleureux remerciements. « Républicains modérés, radicaux, radicaux-socialistes et socialistes, tous, vous avez entendu son appel et fait la manifestation la plus imposante. « Les nationalistes, qui avaient annoncé hautement leur intention de provoquer la démocratie parisienne et d'exciter à la haine de la République, se sont prudemment tenus cois, quant ils vous ont vus si nombreux et si résolus à ne pas tolérer les injonctions cléricales et césariennes. i Que cette leçon ne soit pas perdue. « Lés nationalistes escomptaient votre inaction pour renouveler leurs tentatives et terroriser l'opinion. Il n'en sera plus ainsi. Nous leur tiendrons désormais résolument tête et nous les ferons rentrer dans leur? jésuitières. « La ligue d'action républicaine va continuer son oeuvre avec UD redoublement d'énergie et s'organiser solidement dans toutes les communes de France. Nous faisons appel â votre concours dévoué pour.: accomplir cette noble tâche; « Vive la République ! « La Commission executive. » Tel est le chant de triomphé de la F.-. M.-. Or, on sait qu'en dehprs des nationalistes, il n'y eut le 14 juillet d'autres manifestants que les'policiers,

FRANG-M1Ç0MIQ0E

Si vous avez quelque ennemi et que vous teniez à vous donner l'apparence d'un avantage remporté sur lui, voici une recette en quatre articles : .1° Vous vous informez du lieu, du jour et de l'heure de ses promenades habituelles. 2° Vous inventez et répandez adroitement le bruit que votre ennemi a juré votre perte, à telles enseignes qu'il vient de vous envoyer une insolente invitation à vous faire égorger par lui à tel endroit, (celui où vous savez qu'il va d'habitude), où il se trouvera tout exprès tel jour, à telle heure. 3eVous profitez du beau temps pour vous rendre, comme par hasard, dans cet endroit où vous rencontrez effectivement votre adversaire en train dé humer l'air sans prendre garde à vous, et yous faites comme lui. 4° Enfin, dés le soir même, vous menez Srand tapage en racontant à tous vos amis que vous vous êtes trouvé à ce terrible rendez-vous qui vous.avait été donné, et que vous avez eu une attitude telle que votre adversaire, absolument terrorisé, n'a même pas osé vous regarder. .Tel est le. petit truc que vient d'imaginer laF.v, M.\ pour le 14 juillet. Encore courbaturée des roulées successives que vient de lui administrer le suffrage universel, elle a senti le besoin, d'ailleurs bien naturel, de se donner au moins une apparence de victoire. C'est pourquoi elle s'est adressé à ellemême, pu plutôt, — car il est de la dernière importance qu'elle ne paraisse jamais en nom — elle a adressé à ses amis les dreyfusards des menaces qu'elle leur a dit être d'origine nationaliste et qu'elle a déclarées devoir venir à échéance pendant la revue du 14 juillet. Comme ces menaces n'émanaient pas do nous, comme elles n'avaient jamais été même dans notre pensée, il est arrivé qu'elles sont tout naturellement restées sans effet. Comme, d'autre part, le 14 juillet a'était pas jour d'élections et que, par :conséquent, la F.-. M.-, était bien sûre de ne pas recevoir ce jour-là.unè de ces raclées formidables dans le tumulte desquelles on vit na» guère le» frères les plus illustres, les Ranc,

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La Veuve avait autrefois une artillerie qui faisait de merveilleux ouvrage; c'était le péril clérical. Maintenant que ces batterieslà né portent plus, elle en est réduite à se servir dé sa batterie de cuisine et elle vient de nous montrer comment elle sait jouer des easserolles. P.C. A.

LA BASTILLE

MAÇONNIQUE

J'ai eu occasion de faire, il y a quelques mois, une conférence anti-franc-maçonQuelques fils de la nique à Bourges. Veuve, habitants de cette antique cité, en prirent ombrage. Ils trouvaient scandaleux qu'un pauvre petit citoyen n'ayant pour lui que la osât faire acte de Français qualité contre leur association d'hostilité qui s'est déclarée* comme, chacun sait,propriétaire et seule exploitante de la Répuet qui n'entend pas Française blique aussi qu'on lui conteste cette situation Ils résolurent avantageuse qu'usurpée. de parler. de m'empêcher Peut-être vous imaginez-vous qu'ils dans la rue et bravement descendirent à mes amis et à qu'ils se heurtèrent moi. C'est ainsi en effet que les choses dû se passer. Puisque auraient j'allais il semble leurs privilèges, attaquer dû les qu'en bonne justice ils auraient ' > défendre eux-mêmes. Mais telle n'est point la méthode franc-maçonnique. les bons Quand il s'agit d'avaler de morceaux au nom des principes liberté, d'égalité et de fraternité, halte-là I comme les montaLes francs-maçons, gnards, sont là. On peut dire alors d'eux de la liberté, de qu'ils ont vraiment plein- la boul'égalité et de la fraternité " si che. Ils font, dans ces moments-là, bonne garde autour des sacrés principes En que la nation n'en saurait approcher. de leurs amis les cléricaux compagnie ils protestants, juifs et les cléricaux crèveraient d'indigestion plutôt que de dé quelque. chose laisser un. morceau leur tomber de la bouche. ils prennent Quand ils sont repus,

seulement la précaution de se retourner à tirer une vers la foule, ils l'invitent de la devise triple batterie en l'honneur et ils lui disent de ce ton républicaine, impératif qui n'a cessé de'la suggestionner depuis vingt ans : « Tu es heureuse I tu n'as plus faim ! Rentre chez toi ; nous veillons au salut de la République ! » Il n'en va plus de même dès qu?il s'agit de courir quelque risqué. tout à l'heure le Eux qui tenaient peuplé' eh arf iëre,ils le poussent alôrsi eh doivent se avant sous prétexte qu'ils réserver pour les grandes occasions et les coups leur font beauque d'ailleurs tombent de mal lorsqu'il coup moins sur le dos des ouvriers que lorsqu'ils le leur. atteignent directement C'est pourquoi je nîeus point le plaisir une seule tête d'Enfant de contempler Ce furent des de la Veuve à Bourges; et des sociatistes qui, au cri anarchistes de : la force prime le droit 1 eurent la naïveté de batailler pour les Gongréganistes du tablier, tandis que ceux-ci se cachaient d'autant mieux que leurs déet excités par eux, trompés fenseurs, recevaient les horions avec plus d'abné. gation. à La même méthode a été observée Paris à l'occasion de la fête du 14juillet. cachée derrière La Franc-Maçonnerie, cette ligue d'action républicaine, qui n'est qu'une de ses créations et un de ses masques, a cherché à exciter les sociales nationalistes. Elle Fa listes contre de cette liguelancé, par l'intermédiaire un manifeste qui était un paravent à la guerre véritable civile, appel comme elle avait fait à exactement Bourges et comme elle fera partout et toujours. Craignant que ce ne fût point assez, elle avait roulé des yeux aussi énormes que ceux de Brisson lorsqu'il exécute; le Elle avait répandu le pas de maître. bruit que les chefs du nationalisme et fait fermer les allaient ête arrêtés, portes de Paris dans la nuit du 13 au 14 juillet. Tout cela pour que les espriïs fussent voulu. au point de surexcitation Puis quand elle crut avoir fait tout ce la rendre pour qui était nécessaire

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TYRANSÏ Lumière que nous leur avons ' présentée il y a quinze jours. s .. — Cette, fois toujours d'après le catéchisme maçonnique pour le grade d'Apprenti — nous allons exhiber un autre accessoire choisi dans le bric-à-brac des loges : le Glaive Maçonnique. 'Nous avons vu que les frères en sont armés et en menacent le Récipiendaire quand celui-ci voit en même temps le bandeau lui tomber des yeux et la « Lumière » lui monter au nez, hors du tuyau sacré de la Pipe à Lycopode, cet instrument qui symbolise à merveille les blagues maçonniques. D. — Quelle est la signification des glaives(1) dont les pointes étaient tournées vers 'vous le bandeau vous a été enlevé ? quand . ' R. — Ils m'annonçaient que les FrancsMaçons se feraient mes défenseurs, si ma vie ou mon honneur venaient à être menacés. Ils m'annonçaient aussi que je trouverais en eux des vengeurs de la Franc-Maçonnerie et de ses lois, si'je manquais à mes engagements ou si je venais à forfàire au devoir. (Instruction, '''... Àppr., p..85.) "Comme les seigneurs féodaux, les Francs^Maçons ont donc leur justice, et cette justice secrète rend des arrêts secrets. Dès lors, et de ce fait ajouté à tant d'autres que nous avons déjà cités, la FrancMaçonnerie n'est-elle pas UN ÉTAT DANS L'ÉTAT? Dans notre République soi-disant une et indivisible, la Franc-Maçonnerie usurpant le pouvoir de juger et de punir, comme elle usurpe d'ailleurs tous les pouvoirs, ne constitue-t-elle pas un dangereux cancer, destiné — comme à l'heure actuelle — à absorber pour sa vie malsaine le sang de tout le corps social? Le papier maçonnique continue ainsi : D. — Les glaives, que nous employons en diverses circonstances, n'ont-ils pas, d'une manière générale, une signification symbo ' lique? : B.— Ils en ont deux. Avant 1789, ils symbolisaient l'égalité. A cette époque, en effet, les nobles et les titulaires de certains offices avaient seuls le droit de porter publiquement l'épée. Chaque F.*., quelle que fut sa naissance ou sa position sociale, ayant le droit déporter l'épée en loge, cette pratique servait à indiquer que tous les hommes sont égaux... (Instr., Appr., p. 26). . . Tous les. hommes sont égaux, disent-ils. Mais, ces farceurs qui prêchent l'égalité ont (1) Un prospectus'de fournisseur des sacristies maçonniques nous donne six modèles dif_ férents qui vont du modeste « glaive simpl*à poignée cuivre verni » dont le prix est. de 7 francs, jusqu'à l'opulent « glaive flamboyant avec attributs maç.'. à poignée nacre avecmonture dorée, 25 francs », qui arme le .Vénérable, (Voir notre dessin au n° h du 12 mai.)

La. Veuve revêtit bataille; inévitable, sa ;cote de. mailles et partit.... pour se terrer., ./. ;, ; —; Tuez-vous,, mes bons amis. Et,; quand ça sera fini,, envoyez quelqu'un aie prévenir. ». Vous vous imaginez que j'exagère? MQJvJe vous/affirme, que ce que-je dis est l'exacte:vérité. Sentantrleur situation de gouvernants menacée par cela seul qu'elle est démasou plutôt les quée, les frâncs-maçons, chefs-francs-maçons (car parmi les soldats un grand nombre commencent a, se demander quel rôle on leur fait jouer) .sont obligés de descendre [au rôle d'excitateurs. Je dis d'excitateurs, et non de combattants. La Franc-Maçonnerie n'a sait'qu'elle jamais eu qu'un moyen de régner : diviser. C'est pourquoi elle continue et continuera; d'employer la seule tactique qui lui ait jamais réussi. Elle a raté son coup pour cette fois. Mais soyez certains qu'elle recommencera..;. , . Ê)e notre côté, nous aurons toujours d'autant plus de chances de lui infliger de nouveaux échecs que nous nous obstinec'est-àrons,"davantage. à ;la démasquer, dire à l'isoler; du parti républicain derrière lequel elle cherche à se dissimuler et de la 1 République qu'elle n'a fait qu'exploiter.: eh plein Obligez: un ver:à?amper soleil, vous le verrez bientôt se tordre et se dessécher. , De même, contraignez la Franc-Maçonnerie^ à agir en pleine lumière, vous la tuez. Et en la tuant, vous sauvez la France. ;:,-. Ce n'est plus de prendre; la Bastille qu'il s'agit, : mais d'obliger la Veuve à sortir de la Bastille d'obscurité où. elle s'est retranchée. P. COPIN-ALBANGELLI.

BRIC-A-BRAC

MAÇONNIQUE

Si nos lecteurs rie connaissent hï « l'Acacia » ni la « Lumière du Troisième Appartement », ils connaissent déjà la Pipe Porte-

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TYRANS! çons, chevaliers dreyfusards de la Justice et de la'Vérité, quand on a vu le F.,:. Brisson, délégué des Logés au gouvernement,, décréter la Revision au mépris; de la juridiction suprême ! et quand on voit une majorité maçonnique aux abois se raccrocher aux basques d'un Robespierre décadent sur qui elle compte pour installer un vil régime de mourchardise, une Terreur policière afin de. prolonger sa misérable agonie ! ; Allons donc, l'épée, la loyale épéedir soldat, serait l'arme des Francs-Maçons,' les cambrioleurs politiques I rion| l'ârnle qui convient à ces gens qui se cachant; c'ëgt Je poignard rituel du chevalier.*. Eaddschj 1 c'est le couteau de la basse pègre, c'est le casse-tête de l'agent secret. L. D. HISTOIRE COMPAREE DE LA Franc-Maçonnerie D'APRÈS LES AUTEURS MAÇONNIQUES — Quelle est l'origine CHAPITREPREMIER. ? de la Franc-Maçonnerié {suite) D'autres, continue le F.*.. Ragon, attribuent la Maçonnerie aux jésuites. Les jésuites ont .trouvé la Maçonnerie en trois grades touU faite; ils . l'ont considérée comme . moyen excellent pour arriver à leur but, la domination universelle; (1) ils se sont emparés du système templier; ils ont inventé la plupart des grade? écossais... Des grades à poignards et leurs travaux nocturnes ont été fabriqués par eux; on leur doit aussi (11)ce grade à génuflexions, le rose-croix, qui ne peut certainement pas figurer dans l'antique échelle, initiatique... lis ont fait, d'un grade alchimique un grade chrétienl... (F.*. Ragon. Orthodoxie maçonnique, p. 9) Comme l'illustre Rodin, le ..F.:. Ragon perd l'esprit quand il parle des Jésuites! Car il est parfaitement impossible que des religieux catholiques aient composé des rituels et fait pratiquer des cérémonies qui ne sont au point de vue catholique, qu'un long et odieux blasphème. Mais quand le F.'. Ragon (nous le verrons à mainte reprise!) est (1) Si la Maçonnerie universelle poursuit réellement, le but de la domination universelle, qu'est-ce que cela peut bien faire, je vous le demande, aux Francs-Maçons français, que la France périsse, du moment que le Temple de Salomon reconstruit abriterait toutes lés nations pêle-mêle!

grand soin de se classer tout de suite en 1 trente-trois catégories qui n'ont rien d'égalitaire, depuis le 1er Degré, humble Apprenti, jusqu'à l'orgueilleux 38° Degré, Sô:u~ en pasverain-Grand-lhspectekr^Général,sant par ces grades phàràmineux : 16e Degré : Prince de Jérusalem. 18' Degré : Chevalier Rose-Croix. .;•' 21e Degré•': Noachite ou chevalier 'Prussien. 25° Degré: Chevalier du, Serpentd'airain; 30e Degré : Chevalier JZadoseh (que de chevalerie!!) et les deux pénultièmes que je gardais pour la bonne bouché. 31e Degré : Grand-Inspecteur-Ihquisiteur ;,. (!) Commandeur! Et le 32e Degré : Souverain Prince du ' Royal Secret.'/ (1). Écoutons l'Apprenti continuer à réciter sa leçon,: En second lieu, le glaive est le symbole du combat que l'homme doit soutenir pour défendre la justice et la vérité. Le franc-maçon, plus que tout autre, doit lutter sans relâche contre l'injustice et le mensonge. Et il doit lutter toujours avec les armes légales, dont l'épée, le glaive, est le type traditionnel. (Instr.j Appr,, p. 26.) La'Justice et la Vérité maçonniques! nous les connaissons : c'est la Justice et la Vérité selon les hommes de Dreyfus (2), c'est la Justice dès - caïmans du Sénat, la Justice politique (3) du F.\ Monis.Et c'est la Vérité et Pariizzardij la selon Schwartzkôppen Vérité selon Zola ! Et ces armes loyales, « dont l'épée, le glaive est le type traditionnel », on sait ce qu'elles spht dans les mains des Francs-Ma(1) Cette hiérarchie est tellement grotesque qu'on a peine à y croire,. n'est-ce pas ? Eh bien, elle est parfaitemeht authentique. Tous ces grades sont ceux que le Grand-Orient de France distribue com plaisamment à ses ouailles, aussi ambureUses du .panache que les nègres du. Congo ! Et chose immense, ces grades'ont été volés par le Grand-Orient aux pauvres ma' •çons Ecossais II, . (2) On sait, mais nous tenons à le redire, que le Convent de 1898, à l'unanimité, a voté cette adresse dreyfusarde : ...» Les francsrmaçons du G.v O.-. de .".."'.' F.-.' • Félicitent les membres du ministère répu' blicain'(c'était le ministère des FF.: Brisson et Bourgeoisl) d'avoir enfin'déjoué les pièges des éternels ennemis delà liberté (en plongeant frauduleusement la France dans les boues de la Révision \) ... Et prennent l'engagement de les soutenir jusqu'au bout centre tout retour offensif de la réaction' confessionnelle ou césarienne dans l'accomplissement de l'oeuvre de JUSTICE (toude et ont jours!) légalité (?) qu'ils >courageusement entreprise: « (3) Et répétons une fois de plus que c'est un franc-maçon, le F.-. Dupuy, ex-député de Vervins, qui a prononcé cette, parole abominable : « En politique il n'y a pas dé justice! » Demandez à la veuve du colonel Henry ce qu'elle pense de la justice du F. •. Monls, auswe protectrice du Frère.', le juif Reinach 1

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TYRANS! doxie maçonnique, ce passage du F.-. Laurens qui démolit, lui aussi, la légende d'Hiram :. Salomon fut sans doute plein de sagesse et de science ;. mais l'histoire présente des hommes plus sages et plus savants que lui. Et où serait la nécessité déformer une société particulière, mystérieuse, inaccessible aux regards du monde pour s'occuper, secrètement,de l'architecture d'un temple, de la sagesse de son auteur, de la science de ses ouvriers et de la catastrophe d'Un de ses architectes. Regardons ces choses comme une allégorie judaïque et n'en faisons pasle point de départ de notre institution, bien antérieure à Salomon, car ce serait prendre une figure presque moderne, pour une réalité qui date du premier des trois Zoroastre (1). (Essai -sur . la Franc-Maçonnerie, par Laurens.) Cette fois, voici Salomon dégotté par les trois Zoroastre, personnage dont l'histoire véritable est peut-être encore plus nébuleuse que ne le sont les faits et gestes d'Hiram I Mais si le F.-. Ragon (après le F.*. Laurens) a tout à fait raison de s'élever contre la ridicule fable juive-talmudique du; chaudronnier Hiram promu à la dignité d'architecte, il n'est pas toujours dans le vrai, loin de là, ce respectable F. •., auteur sacré de la Franc-Maçonnerie! Nous allons le voir patauger à son tour dans les plus invraisemblables racontars que lui suggère une érudition lamentablement fausse/ Pour le F.-. Ragon, Alésia, prise à Vercingétorix et détruite par César eh l'an 52 avant notre ère, fut « la Thèbes des Celtes, l'ancienne métropole et le tombeau dé l'initiation, du culte druidique et delà liberté gauloise ». (Orihodoxie maçonnique, p. 22.) Qu'Alésia ait été le tombeau de la liberté gauloise, nul doute. Mais que César,. « en barbare digne de Rome », ait accompli « la destruction des mystères anciens par le sae des temples et des collèges initiatiques et par le massacre des initiés et des druides» (Orthod. maçonn., p. 23), c'est plus difficile à croire et encore plus difficile à démontrer! Rome restait, nous le dit le F.*.Ragon; mais elle ne possède jamais que les petits mystères, cette ombre de la science secrète; la grand* initiation était éteinte. (Orthod.maçonh.p. 23). Pourquoi et comment les druides étaientils au temps de César les seuls et uniques héritiers de la Grande Initiation que le F.\ Ragon, avec nombre de ses Frères.-., .:' (1) Dans le Câthêchisme du F.\ Apprenti, il d'un est aussi question de Zoroastre comme ' aïeul maçonniquei <\

embarrassé par un grade ou une cérémonie maçonnique qui ne cadre pas avec ses idées personnelles, vlan, il en attribue la paternité aux Jésuites ! Mais voici qui excite carrément la colère du F.-. Ragon : Enfin, dit-il, d'autres auteurs rompant aveuglément la chaîne de transmission, renoncent à une noble origine pour ne faire dater laFrancMaçorinerie,cette science des sciences, que des collèges ou écoles d'architectesconstructeurs.Ces écrivains ne sont que les historiens du Compagnonnage, qui n'a de rapport avec la Maçonnerie que comme société secrète,et, pour tout le reste, en diffère. Les compagnons du devoir ont en (noms des membres du Compagnonnage) partie le mythe d'Hiram... qui n'a jamais été architecte, mais fondeur, n'a jamais couru le plus petit danger dans le temple de Jérusalem... (F. Ragon, Orthodoxie maçonnique, p. 10). Acharné contre la fameuse légende d'Hiram (que nous avons reproduite d'après l'Instruction de l'Apprenti, datée de 1896),le F.*. Ragon la démolit ailleurs de fond en comble par ces décisives constatations : Voir dit-il, la Bible (les Rois, liv. III). Hiram, y est-il dit, chap. vu, vers \k, travaillait en jbronze.... Le i5* verset ajoute : Hiram fit des marmites, des chaudrons et des bassins : tous les vases qu'Hiram fit par l'ordre du roi Salomon étaient de l'airainle plus pur. Après ce verset, la Bible ne fait plus aucune mention de ce fondeur, qui retourna probablement à'-'Tyr. Le Talmud, ouvrage des rabbins conçu dans le H* siècle de notre ère, a fabulisé sa mort, ce qui ne regarde ni la Bible ni la Maçonnerie symbolique (F.\ Ragon, Orthodoxie maçonnique, note de la p. 105). Voici qui complique encore l'histoire de la danse par-dessuslecercueil d'Hiram! Ce vénérable Hiram, qui, dans l'esprit d'Ashmole désignait Charles Ier d'Angleterre, son roi martyr, n'a jamais été assassiné à Jérusalem, du temps de Salomon, et on a pris la fable de sa mort tragique dans les éluçubrations malpropres de rabbins fanatiques, auteurs du Talmud! Elle est bien bonne, n'est-ce pas, ô débitants de tord-boyaux qui êtes les. Lumières et les Colonnes des temples maçonniques! Nous .venons de voir le F.'. Ragon toucher successivement ceux de ses Frères.*, qui attribuent la fondation ,de la Fr.\-Maçonnerie aux Chevaliers Croisés, aux Jésuites, aux Constructeurs' du Moyen Age, à Salomon. Le F.'. Ragon revient fréquemment sur lasoi-disant origine Salomonienne : cellelà surtout choquait ses sentiments initiatiques! Il cite, à la page 109 de son orilio-

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nous donne comme émanée des sanctuaires des prêtres égyptiens et aussi des mages de Zoroastre (1)? — second mystère. Comment diable peut-on savoir que les druides possédaient la science des prêtres d'Egypte, les mystères de la Grande Initiation?— Troisième mystère.< Nous pourrions, à la vérité, poser des points d'interrogation : il n'est F.-., Prince de Jérusalem ni F,:. Prince du Royal Secret, ni personne qui puisse nous répondre, car !es druides ne donnaient à leurs adeptes que des enseignements oraux! aucune trace ne subsiste de ce qu'ils savaient, croyaient et enseignaient. Alors oh conçoit combien, ont beau jeu les illuminés comme le F.\ Ragon (l'Auteur sacré de la Fi-.M.*.!) pour nous conter au sujet des druides les choses les plus phénoménales. Pour nous, en nous fiant tout simplement aux dires des voyageurs grecs, contemporains des druides— et qui parlent de visu,— ces druides qui furent de si grands amateurs de sacrifices humains, ces druides qui brûlaient vifs les captifs entassés dans d'immenses colosses en osier, formaient une abominable religieuse^ du congrégation cléricalisme le plus révoltant. La cruauté inouïe des druides, qui stupéfia romains les plus jusqu'aux empereurs barbares (2), voilà la seule chose bien positive qu'on connaisse sur ces pontifes sanglants qui avaient courbé les gaulois sous une atroce tyrannie. Après tout, c'est peut-être en cette qualité de tyrans ciéric?ux que iè franc-maçon Ragon chérit tant les druides ! Rien d'étonnant dès lors à ce qu'il en tasse les arrièredes Frères.-, et les derniers grand-pères dépositaires des « mystères de la doeirine secrète, qui avaient à faire un sommeil de otus de quinze sièeles aaant d'être réveilléi » (Orthod. maç., p. 24) par Ashmole dans les mystères modernes de la Franc-Maçonnerie.-

La Vie

politique

du F.\ (Suite)

Batueliard

Tandis que les très chers frères, membres de la loge l'Epéedé Judas, continuaient à disserter à la brasserie dé la rue Blonde!, le frère Charlet était sorti en compagnie du frère Letour. Ce n'était pas pour le plaisir d'avoir sa compagnie qu'il l'avait emmené', mais simplement pour soustraire le pauvre garçon aux quolibets et aux moqueries du tyrannique Lattet... Letour était un brave épicier sans; aucune culture intellectuelle. Un,ami, jobard paj nature^ l'avait décidé à entrer dahs la FrancMaçonnerie, eu lui assurant que cette association était le sanctuaire de toutes les vertus civiques ; qu'on y prêchait 'avant toutes choses le culte du travail, le respect dé la liberté de conscience et Ta tolérance la plus large pour toutes les croyances religieuses ; et qu'enfin on s'y faisait une règle d'exclure des discussions toutes les questions politiques pour se consacrer exclusivement aux oeuvres de bienfaisance, de fraternité, de solidarité. Dans ce programme, c'était surtout l'article solidarité qui, avait plu a Letour. Et quoi de plus naturel ? Letour était commerçant honnête. Il savait combien les affaires étaient difficiles. Il sentait tout son gros corps pris de fièvre à la seule pensée qu'il se pourrait qu'un jour il fût au dessous des siennes. La solidarité maçonnique, telle du moins que la lui dépeignait son ami, lui apparaissait: comme la chose la plus propre à rendre impossible une semblable catastrophe, puisqu'elle obligerait ses frères non seulement à lui acheter ce dont il fait commerce, mais, encore à.venir à son aide en cas de malheur. L'amour du travail, la tolérance, l'oubli de cette abominable politique dont, avec son bon sens natif, il sentait très bien que les pauvres petits commerçants comme lui parlaient sans y rien comprendre, tout cela était à sa convenance. Aussi se laissa-t-il facilement entraîner. Il s'était montré tout d'abord maçon zélé à Louis DASTÉ. en ce sens qu'il assistait régulièrement (A suivre.) toules les réunions ; qu'il avait appris conscontenant le catéchisme ciencieusement « les instructions pour le grade d'apprenti, de des des cléricaux, piliers (1) Toujours le grade de compagnon et pour le grade pour la sacristie, ces ancêtres de Fr.\ Maçonnerie! de maître » ; qu'il exécutait le pas d'apprenti (2) Il y avait encore des druides au II" siècle ; chaque fois qu'il entrait en loge avec une c'estla meilleure preuve que César n'avait pas solennité aussi majestueuse que le lui peranéanti la grrande initiation druidique! mettaient son énorme abdomen et ses'membres courts ; qu'il se tenait gravement à l'ordre, décoré du petit tablier .à double bavette et du cordon en moire bleue passé en sautoir, les pieds en équerre, les talons rouais, la main gauche tombant le long du

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TYRANS! de cette politique dont ils annonçaient cyniquement au dehors qu'il: était interdit'dé s'occuper en franc-maçonnerie- et qu'ils; affirmaient .d'autre : part être menée par/.. «;lès cléricaux». , : /, ..; . Lattet, en taquinant Letour comme il avait pris l'habitude de le faire, avait singulièrement avancé le travail qui s'opérait dans l'esprit de celui-ci. Plus il l'accusait de cléricalisme, sans d'ailleurs en' avoir raison, plus celui-ci se sentait porté à approuver ceux qui, comme Charlidj osaient dire tout haut.que la Franc-Maçonnerie, en: s'empàrant de la politique et en s'abandonnant au fanatisme anti-catholique, était sortie de son rôle et des règlements qu'elle s'était autrefois imposés à elle-même. La blessure d'âmoûr-propre qu'il venait de recevoir devant un certain nombre des membres de YEpée de Judas devait porter à ce qui restait dô sa foi maçonnique un coup; d'autant plus sensible que cette fois, les moqueries de Lattet se trouvaient appuyées sûr un fait. Letour trouvait cette histoire de morue ridicule. En réalité, elle l'était surtout par les explications qu'il avait donhées'. 11le sentait vaguement et une fois échappé au vis-à-vis du terrible Lattet, il se reprochait de n'avoir pas su envoyer à ce fanàtiquèiambitieux les ripostes qu'il méritait. Chârlin qui se rendait compte de ce qui Se passait en lui, tint à lui montrer qu'il était de son côté dans la circonstance. ; — Eh bien ! lui dit-il, il nous a prouvé une fois,de plu* qu'il n'est qu'une brute. Nous le savions déjà. Nous le saurons un peu plus. Voilà tout ce qu'il eh sera. Allons, au revoir, frère Letour, et ne vous troublez pas pour si peu. Il tendit la main à Letour après l'avoir ainsi réconforté et prit le boulevard Sébastopol pour regagner la rue de l'Odôon où il demeurait. ::•;• , Arrivé place Saint-Michel, il eut l'idée d'entrer au café du Palais, espérant y rencontrer son anii Rochaland. Ce Rochaland taisait aussi partie de là loge YEpée de Judas. Il en était même le vénérable. Il représentait un des types les plus curieux, les plus rares et aussi les plus redoutables de- cette famille franc-maçonnique où, grâce à l'état d'esprit créé et à.la discipline, l'unité de l'action collective est poursuivie par les individualités les plus dissemblables. (A suivre)

corps, tandis que la droite s'appliquait sur la poitrine de façon à ce que son gros cou fut pris entre le pouce et l'index. En outre, il faisait convenablement sa partie dans les « triples batteries »,frappantsur sa manche ou dans ses mains suivant que ces batteries étaient de deuil ou d'allégresse; il.se gardait de jamais faire une objection "qu'il eût d'ailleurs' été très embarrassé d'exprimer, et il applaudissait généralement lorsqU'applàudissâient ses frères, même lorsqu'il avait insuffisamment compris l'orateur. Au bout de quelques mois, il commença à s'étonner que le chiffre de ses affaires n'eût jp'às augmenté d'un sou. Il en devint peu à pëii d'autant plus dépité que l'irritable 16 M** Letour ne manquait jamais une occasion' ilè l'en railler. — On n'en verra donc jamais un ici, répétait-elle souvent. _ Je voudrais pourtant bien savoir comment ils sont ; car un francmaçon ça ne doit pas être comme un autre homme. Après tout, puisque vous ne vous montrez lés uns aux autres qu'à nèuf.heures du soir, comme des bêtes de nuit, il faudra peut-être que je laisse le magasin ouvert après dîner pour qu'un Je « tes frères » se décide à s'y risquer. Ou encore, les jours d'échéance, elle disait ; ' à son mari : — Dis donc, ça serait le moment d'aller à ta loge pour y demander l'assistance' frâtër^ nelle. . \/' :['u\: "''.''''';;i Letour ne répondait guère aux moqueries de sa moitié;!! en éfàit d'autant plus gêné que, S'il voyait çéque la. franc-màçonnërie ne lui rapportait pas, il constatait en même temps qu'elle lui coûtait de plus en plus: Il y avait eu d'abord la première mise dé fonds pour le droit d'entrée, l'offrande secrète au tronc delà Veuve, l'achat du'tâblier, et des statuts ; soit en chiffres ronds une centaine de francs. Puis les cotisations poUr les « banquets » et -'«lesfêtessolsticiàlès», les « augmentations de salaire » pour le compagnonnage et la maîtrise, saris compter le temps perdu. Et perdu à quoi ? A entendre (Letour s'en rendait compte de plus en plus) des bonshommes, toujours les mêmes, répéter toujours les mêmes choses sur les curés, les jésuites, les congrégations, l'obscurantisme et la réaction triomphante, tout en se casant au Sénat, à la Chambre des députés, au conseil municipal, en faisant et' défaisant les ministères, en se constituant peu à peu comme les propriétaires officiels'