Plantes génétiquement modifiées : controverses, communication et idéologies.

Doctorant : Jean Paul Oury Directeur de thèse : Claude Debru

Doctorat d'Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques Année 2003-2004

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Préambule Tout, ou presque, a déjà été dit sur la controverse des Plantes Génétiquement Modifiées. Ce sujet d’actualité a réussi à captiver l’attention des historiens, des sociologues, des journalistes, des juristes et, bien évidemment, des biologistes eux-mêmes. Aussi, ce travail est une synthèse interdisciplinaire des problématiques soulevées par le sujet. Il y a quelques années de cela, nous avons eu recours à une méthode similaire pour traiter des chimères embryologiques au cours d’un mémoire de DEA effectué à Strasbourg sous la direction de Claude Debru1. Nous avions procédé alors à un essai de classification des différents types de chimérismes réalisés en embryologie expérimentale dans le cadre de travaux de recherche fondamentale sur le développement de l’embryon et la formation du système immunitaire. A l’époque, étudiant en philosophie, ce mémoire nous avait donné l’occasion de mener une réflexion sur les modifications du vivant. Aussi, au travers du sujet des PGM, nous souhaitons poursuivre ce questionnement philosophique en y ajoutant une étude sur les controverses scientifiques et la polémique médiatique qui lui sont liées. Ces deux sujets sont pour nous du plus grand intérêt, puisque aujourd’hui, professionnel de la communication, nous avons été sensibilisé par les nombreux problèmes soulevés par le débat sur les PGM et le dialogue impossible entre les industriels et les consommateurs. De même, l’attitude des médias et l’influence des groupes environnementalistes sont deux sujets qui ont attiré notre attention. Quel rapport peut-on trouver alors entre une réflexion philosophique sur les modifications du vivant, une controverse scientifique et une polémique médiatique ? Et quel est l’intérêt d’un tel travail ? D’un point de vue théorique, les nombreuses implications idéologiques du débat ont été pour nous un vecteur de recherche. D’un point de vue professionnel, l’objectif que nous nous sommes fixé est de mettre en place une méthode d’analyse des valeurs en présence dans le cadre particulier d’une situation de remise en question d’une technologie. Aussi, il nous a semblé intéressant de voir de quelle manière un conflit de valeurs peut bloquer la progression de la technologie au point d’être capable de remettre celle-ci en cause. Nous avons donc unifié plusieurs problématiques au sein d’une seule et même démarche de réflexion afin d’avoir une vision globale. Aussi, notre objectif était moins

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« Conditions de possibilités, réalisations et significations des chimères embryologiques. », ULP Strasbourg, 95

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d’établir un corpus exhaustif de connaissances sur les PGM que de relier le développement des différents arguments à tous les niveaux. C’est ainsi que le volet historique dessine le tableau des biotechnologies dans lequel ont émergé les PGM et recadre le sujet en amorçant une réflexion qui situe les PGM par rapport aux biotechnologies et aux autres crises alimentaires. L’étude des controverses scientifiques sur les PGM, quant à elle, est une sélection de certains cas significatifs en vue d’un travail épistémologique d’explication et de classifications. De même, concernant la 3ème partie, notre objectif est d’étudier la polémique publique des PGM en rattachant cette étude à une problématique communicationnelle. Quant à la partie philosophique, elle tente de mettre au jour les idéologies en présence et propose une réflexion directement appliquée à la problématique des PGM. On est conscient des limites de cette méthode en ce sens que chacun des sujets abordés ici pourrait donner lieu à des recherches plus approfondies. Cependant, par un emboîtement des différentes problématiques, nous pensons être arrivé à un travail cohérent qui donne une origine axiologique au débat. Ce travail devrait pouvoir servir de base à la mise en place d’une nouvelle stratégie des valeurs en vue de rétablir le dialogue devenu impossible.

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« Sur les transgéniques, nous ne voulons pas un débat idéologique mais un débat scientifique. »
Luiz Inacio Lula da Silva, président du Brésil.

« Etre contre les biotechnologies, c'est comme être contre les mathématiques. »
Paulo Pimento, député PT du Rio Grande do Sul.

Citations extraites de « Libres OGM au Brésil », par Daniel Vernet. Article paru dans le Monde du 25.11.03..

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Table des matières 1.Introduction 2. Des origines de la technologie à la polémique 2.1. De la découverte de l’ADN à ses applications 2.1.1. Définition et origine du terme « biotechnologie » 2.1.2. Le génie génétique appliqué aux micro-organismes 2.1.3. La thérapie génique 2.1.4. Les biotechnologies animales et végétales: le principe de la transgenèse 2.2. Application du génie génétique aux biotechnologies végétales 2.2.1. De la sélection dite « classique » aux « PGM » 2.2.2. Les techniques de la transgenèse végétale 2.2.3. Panorama de l’industrie des PGM 2.3. Origine de la controverse et comparaison avec les crises agro-alimentaires 2.3.1. Asilomar,1975 : une controverse scientifique sur l’aspect éthique des « OGM » 2.3.2. Anvers, 1996 : naissance d’une polémique médiatique sur les PGM 2.3.3. Spécificité du cas des PGM par rapport aux autres crises alimentaires 3. Développement des controverses au niveau des experts 3.1. PGM et risques alimentaires : le principe d’équivalence en question 3.1.1. Définition du principe d’équivalence en substance 3.1.2. PGM et risque d’allergie 3.1.3. Le risque d’un transfert du transgène à l’organisme 3.1.3.1. Les principes du transfert horizontal 3.1.3.2. Le cas des gènes de résistance aux antibiotiques 3.1.3.3. L’affaire Pusztai 3.1.4. Conclusion sur l’équivalence en substance et les risques alimentaires 3.2. PGM et risques environnementaux : le principe de précaution en question 3.2.1. De la précaution en général 3.2.1.1. De la précaution comprise comme une forme de ‘prudence’ 3.2.1.2. Du ‘principe de précaution’ au ‘principe de responsabilité’ 3.2.1.3. Des applications concrètes du principe de précaution 3.2.1.4 Discussion 3.2.2. Le maïs Bt et la gestion du risque de résistance

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3.2.2.1. A l’origine du maïs Bt 3.2.2.2. De l’usage du maïs Bt : avantages et précautions 3.2.2.3. Vers une gestion de la résistance 3.2.2.4. Le rapport BRAD de l’EPA 3.2.2.5. Critiques de la re-registration de l’HDR par l’EPA 3.2.3. Des effets non-intentionnels du maïs Bt 3.2.3.1. La re-registration du maïs Bt à partir des données existantes 3.2.3.2. « L’affaire du papillon monarque » 3.2.3.3. L’appel à contribution de l’EPA 3.3.4 Conclusion sur le principe de précaution et les risques environnementaux 3.3. Développement de la controverse au niveau de l’expertise socio-économique 3.3.1. Un développement géographique contrasté, une progression constante 3.3.2. Estimer les avantages des biotechnologies 3.3.3. La Faim dans le monde : prétexte ou argument ? 3.4. Synthèse des controverses au niveau des experts 4. Aspects publics, médiatiques et communicationnels 4.1. P.G.M. et « opinion publique » 4.1.1. Les résultats de l’Eurobaromètre et ses interprétations 4.1.2. La « démystification » du P.A.B.E et la méthode des « focus group » 4.2. Les P.G.M. dans les médias : parti pris ou désinformation ? 4.2.1. Le rôle des médias dans la perception des PGM 4.2.2. Lectures quantitatives de la presse écrite 4.2.3. Etudes qualitatives du suivi médiatique 4.2.3.1. « L’affaire du papillon monarque » : généralisation du risque 4.2.3.2 Le « Golden Rice » : déconsidération des avantages 4.2.4. Bilan des études quantitatives et qualitatives des médias 4.3. P.G.M. et stratégies de communication 4.3.1. La stratégie des grands groupes : Monsanto 4.3.2. La stratégie des ONG environnementalistes : Greenpeace 4.3.3. Nouvelle révolution verte ou cataclysme écologique ? 4.3.4 L’opinion publique et la « Nature » des PGM 4.4 Synthèse sur les aspects publics, médiatiques et communicationnels

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5. Le nouveau rapport « technologie-nature » à l’origine du problème 5.1. La thèse naturaliste 5.2. La thèse techniciste 5.3. De la nature de la transgenèse végétale et des plantes génétiquement modifiées 6. Conclusion Bibliographie Index des noms Index des choses

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1. Introduction Alors que le nombre d’hectares de cultures génétiquement modifiées augmente partout dans le monde de manière significative2, que la seconde génération de plantes à avantages directs pour le consommateur s’apprête à entrer sur le marché3 et que l’Union Européenne lève progressivement le moratoire4 – moratoire qui date de juin 1999 et qui interdisait l’introduction de nouveaux événements – sur les PGM (Plantes Génétiquement Modifiées5), tous les problèmes sont loin d’être levés en ce qui concerne le développement de cette technologie agronomique en Europe en général et en France en particulier. Il a fallu peu d’années aux promoteurs des plantes génétiquement modifiées pour s’apercevoir que le plus grand obstacle au progrès de cette technologie se situait essentiellement au niveau de l’opinion générale6, et ce, surtout sur le vieux continent. Aussi, les études sur l’origine du rejet des PGM par l’opinion publique ne manquent pas. Celles-ci ont permis de produire un certain nombre d’explications qui rendent compte de l’origine du blocage. Toujours est-il que les PGM continuent de susciter la défiance et même, ont permis, dans un certain sens, à d’autres pratiques agricoles de prendre appui sur cette critique pour se développer. Qu’observe-t-on aujourd’hui ? La technologie s’impose et ses principaux opposants continuent de protester fortement7. On a trouvé un compromis à ce statu quo dans
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Un rapport sur la production mondiale annonce qu’une superficie de 67,7 millions d’hectares, a été cultivée en 2003. Clive James, ISAAA (International Service for the Acquisition of Agribiotech Applications), Global Status of Commercialized Transgenic Crops. http://www.isaaa.org/, 2004. 3 Matthieu Quiret, « Une nouvelle vague d’OGM d’ici à 5 ans », Les Echos, mardi 4 mai 2004. 4 Marc Mennessier, « L'Europe s'entrouvre aux OGM, Après avoir mis en place un nouveau système d'étiquetage et de traçabilité, Bruxelles lève le moratoire », Le Figaro, 25 octobre 2003 ; Pierre Avril, « La Commission européenne va décider officiellement d'autoriser la mise sur le marché européen du BT 11. Bruxelles va autoriser un maïs transgénique », Le Figaro, 14 mai 2004. Yves Miserey, « Bruxelles brise le tabou des OGM. La Commission de Bruxelles devrait donner son feu vert pour la commercialisation d'un maïs génétiquement modifié. » Le Figaro, 19 mai 2004. 5 Nous choisissons d’employer le terme « PGM » pour plante génétiquement modifiée dans notre exposé, au lieu « d’OGM » et ce, par un souci de précision. En effet, le terme « OGM »(organisme génétiquement modifié) qui est plus généralement utilisé renvoie à l’ensemble des applications de la transgenèse. Notre travail ne porte que sur la transgenèse végétale dont les applications servent dans le domaine agro-alimentaire. Lorsque nous employons le terme « OGM », c’est dans le cadre d’une citation ou entre guillemets pour signifier l’emploi du terme quand celui-ci est utilisé avec une connotation négative. 6 Lorsque nous employons des notions comme « consommateurs », « opinion publique » ou « grand public », c’est toujours en conservant à l’esprit les résultats des études sociologiques qui ont été faites à ce sujet. Cependant, nous avons parfaitement conscience du caractère systématique de ces expressions. En effet, certaines études ont montré que les opinions sur les PGM variaient en fonction des individus, surtout lorsqu’on les interroge en particulier. Aussi, notre objectif n’est pas de déterminer ce que pense l’opinion publique (ce travail a déjà été fait), mais de comprendre ce qui dans la technologie a fait problème. Autrement dit, notre question est « qu’est-ce qui fait que la transgenèse végétale est devenue une source de problème, aussi bien pour les experts que pour les non-experts ? » Il s’agit donc plus d’étudier la technologie en soi que les réactions de l’opinion publique par rapport à la technologie. 7 Répondant à la question « Les Français ont-ils peur des OGM ? », Pierre-Benoît Joly affirme : « Non,

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l’établissement de procédures de traçabilité et d’étiquetage. Si on ne peut que se féliciter dans les deux camps d’un tel progrès - en effet, ceux qui croient fermement en la vertu des PGM considèrent ces directives comme un label qui permettra à terme, c’est-à-dire, lorsque les PGM présenteront des avantages directs pour le public de distinguer un avantage lorsque celui-ci sera clairement perçu - et pour les consommateurs prudents ou les farouches opposants, cette décision devrait permettre de clarifier une situation et être source d’un regain de confiance. Il ne s’agit pourtant là que de demi-mesures et on peut penser qu’aucune des deux parties ne sera satisfaite sans que l’on ait une véritable compréhension de ce que sont les PGM et la transgenèse végétale. En disant cela, nous ne tentons pas de remettre au goût du jour la thèse selon laquelle un individu doit comprendre la technologie pour l’accepter ; s’il y a sans doute là une part de vérité, il nous paraît plus important de dévoiler les présupposés idéologiques qui ont joué le rôle d’un frein au dialogue aussi bien au sein de la communauté scientifique qu’entre les industriels et les consommateurs. Or comment expliquer le fait que les PGM aient cristallisé à elles seules autant de problèmes et soient devenues une source de conflits aux frontières de la politique agricole, des mouvements environnementalistes, de la dynamique industrielle et du marché de la grande distribution ? Pour cela, il est nécessaire de retourner à l’analyse de la technologie en elle-même et à la définition du statut d’une plante génétiquement modifiée. Car trop souvent on a réduit le débat à une querelle politique et on a utilisé les PGM comme le prétexte à un autre débat. Si les scientifiques, les institutions et les industriels, à la suite de quelques mésaventures, ont bien compris qu’une technologie ne pouvait s’imposer indépendamment de la volonté du plus grand nombre et qu’il fallait en passer par un débat, il est également nécessaire de clarifier la position des opposants à la technologie. En effet, d’un point de vue naïf, on peut s’étonner du fait qu’une technologie qui est présentée par certains spécialistes comme une véritable révolution ne réussisse pas à s’imposer8, alors que, comparativement aux autres technologies, elle ne semble pas
aucune enquête ne le montre. Ce qui est très particulier, c'est le fait que les OGM ont cristallisé toute une série de nouvelles questions sur la gestion des pratiques agricoles. En fait, le débat déborde la stricte problématique des OGM : Quel projet pour l'agriculture et l'alimentation françaises ? Quelles sont les implications des brevets ? En même temps, le débat porte sur l'organisation de l'expertise et sur les politiques de recherche. L'importance de ces thèmes est liée à la place des organisations altermondialistes, notamment la Confédération paysanne et Attac. Depuis 2001, ces organisations mènent des campagnes de destruction des essais au champ, ce qui provoque de fortes réactions d'une partie des scientifiques. De nombreux maires de communes rurales ont pris des arrêtés d'interdiction des essais, eux-mêmes relayés par certains conseils régionaux. » Pierre-Benoît Joly, chercheur à l'Inra, « La méfiance française décryptée par un sociologue », propos recueillis par Yves Miserey, le Figaro, 19 mai 2004. 8 « L'éventuelle autorisation du "Bt-11" par la Commission après l'échec des Etats à s'entendre provoque une polémique » le Monde du 13.05.04.

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présenter ni plus ni moins de danger. Ne pratique-t-on pas à son propos trop souvent l’amalgame ? En effet, dans un numéro daté du mois de juillet 1999, le Monde Diplomatique offre sa première de couverture ainsi qu’une pleine page intérieure à François Dufour, agriculteur et porte-parole de la Confédération Paysanne. A la lecture du titre : « Dioxine, ‘vache folle’, OGM, Les savants fous de l’agro-alimentaire », les PGM subissent une lourde charge: « La fin du millénaire voit monter une ‘grande peur’ inattendue : celle de la nourriture quotidienne. De la ‘vache folle’ au poulet à la dioxine, en passant par le bœuf aux hormones, le soja transgénique, les farines au jus de cadavre données aux animaux de boucherie ou aux poissons d’élevage, l’eau minérale et le coca-cola contaminés, la liste s’allonge des produits de consommation frelatés. Un fil rouge relie ces dérives : la poursuite maximale du profit par les firmes géantes de l’agro-alimentaire qui sont en train de transformer l’agriculture en une industrie où le paysan n’a plus sa place. »9 Ces quelques lignes propagent la confusion : les PGM sont présentées au même niveau que toutes les autres crises de l’agro-alimentaire, elles ont été inventées par des scientifiques irresponsables et leur application a été développée par des industriels cupides et sans foi, ni loi. L’auteur les met au même niveau que les autres crises alimentaires qui ont secoué la société. Il faut donc que l’a priori général de la nocivité de la technologie soit largement répandu pour qu’un tel éditorial paraisse à la une d’un journal aussi représentatif. Mais on l’aura compris, il s’agit ici d’une tribune politique. Aujourd’hui, l’opinion selon laquelle « la présence de PGM sur le marché est une source de problèmes et d’inconvénients» semble bien ancrée dans les mœurs et la chasse aux « OGM » est ouverte. On est passé de la question « les PGM sont-ils une source de risques ?» (question à laquelle on n’a toujours pas donné de véritable réponse) à la question « comment faire pour les ostraciser?» Ainsi, en France, le magazine Que choisir ? du mois de juin 2002 révèle au consommateur prudent qu’on lui « cache les OGM » et que sur « 80 produits analysés, 16 sont positifs »10. Sur quels arguments l’opinion défavorable aux applications de la transgenèse végétale11 se fonde-t-elle ? Comment expliquer que les PGM qui, depuis 20 années
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François Dufour, « Dioxine, « Vache Folle », OGM, les savants fous de l’agroalimentaire », Le Monde Diplomatique, Juillet 1999, p.1. 10 « Les OGM cachés », magazine Que Choisir ?, n°394, juin 2002. 11 Dans le livre les Biotechnologies en débat , on trouve les résultats d’un sondage effectué au cours de l’hiver 2000/2001 ; à la question encourageriez-vous la modification génétique d’un fruit ou d’un légume pour qu’il ait meilleur goût, seul 2% de la population interrogée est tout à fait favorable alors que 57% est défavorable. Les Biotechnologies en débat, pour une démocratie scientifique, Editions Balland, Paris 2002, p.126

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maintenant, sont présentées à grand renfort de moyens par les scientifiques et les industriels, comme la solution à moyen terme pour résoudre le problème de « la faim dans le monde », n’aient pas réussi à séduire et voient naître chaque jour un plus grand nombre de détracteurs ? Comment expliquer le fait que cette technologie qui a révolutionné l’histoire de l’agronomie et a fêté ses 20 ans en 200312 reste toujours présentée comme une régression ? Même si de nombreuses explications ont déjà été proposées, cette situation nous a paru surprenante pour les raisons suivantes13 : En France, on ne peut pas dire que le public ait été exposé directement aux PGM. Par exemple, le consommateur n’est quasiment jamais en contact avec des légumes génétiquement modifiés14. On ne trouve pas de tomates transgéniques sur les étalages de la grande distribution. En ce qui concerne les agriculteurs maintenant, un moratoire15 a suspendu la dissémination à grande échelle des plantes génétiquement modifiées et ils continuent d’avoir principalement recours aux semences issues de la sélection classique. Les seuls PGM qui sont cultivés sur le sol français le sont à titre expérimental et les industriels doivent en référer à la Commission du Génie Biomoléculaire16. En outre, La procédure veut que tous les essais réalisés en plein champ soient décidés après un examen minutieux du dossier présenté par le pétitionnaire, que celui-ci soit une entreprise privée ou appartienne au secteur public. Si quelques citoyens peuvent connaître un proche ou l’ami d’un proche qui a été atteint par la version de la maladie de Creutzfeldt-Jakob dont il a été constaté qu'elle était similaire à l'ESB, ou encore avoir contracté le VIH à la suite d’une transfusion sanguine… personne ne peut affirmer qu’il connaît un proche qui présenterait des

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Si une longue aventure a précédé la naissance de la toute première plante transgénique, on peut dater celle-ci à l’année 1983, suite aux travaux de l’équipe belge de Marc Van Montagu et de l’équipe américaine de Marie Del Chilton. 13 Ces remarques préliminaires ont pour but de retracer l’étonnement qui a été à l’origine de notre travail. 14 En Angleterre, la société Zeneca a introduit sur le marché une purée à base de tomates génétiquement modifiées qui a connu un succès non négligeable pendant un certain temps ; cette tomate n’est plus commercialisée actuellement. 15 C’est en juin 1999, que l’Union Européenne a décidé de l’application d’un moratoire concernant la production de PGM sur le sol européen. 16 En 2000, 62 dossiers de plantes ont donné lieu à des mises en culture dans environ 125 communes. Rapport 2000 de la CGB, La documentation française.

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symptômes à la suite de l’ingestion de maïs transgénique. En d’autres mots, on n’a pas encore détecté de « maladie des OGM »17. On peut supposer que cette « réaction négative» a pour origine une attitude prudente fondée sur le manque de recul (absence d’expérience spatio-temporelle en plein champ ou sur les étalages) ; pourtant il est toujours possible de s’instruire des résultats qui ont été obtenus outre-Atlantique où l’on cultive désormais les plantes génétiquement modifiées à grande échelle et ce, depuis maintenant presque 10 ans18. Si l’on considère le cas particulier des Etats-Unis, où consommateurs et agriculteurs sont exposés de manière directe aux plantes génétiquement modifiées, alors, on constate que l’attitude réfractaire a mis beaucoup plus de temps à émerger et ne s’exprime pas de la même façon19. En outre, s’il est vrai que pour comparer on doit tenir compte des différences socioculturelles, il ne faut pas cependant oublier qu’un pays s’est trouvé directement aux contacts des PGM alors que l’autre n’en a fait qu’une expérience indirecte. Dans les deux cas, une fois de plus, le point commun est l’absence de détection d’accident notoire qui aurait pu entraîner des dommages pour la santé, voire l’existence des individus. Il est vrai que le consommateur français peut avoir le sentiment d’être soumis aux PGM indépendamment de sa volonté par l’intermédiaire des animaux nourris aux céréales ou des produits transformés importés des Etats-Unis ou des autres pays producteurs de PGM
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. On

Nous ne cherchons pas ici des arguments pour démontrer l’absence de risque des PGM. En effet, comme chacun, nous nous rangeons derrière l’argument selon lequel « l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence ». On ne peut pas présumer de l’existence de risques potentiels et le principe de précaution doit être appliqué. Cependant, ce que nous observons aujourd’hui, c’est que, alors qu’il y a effectivement « absence de preuve » (ici, absence d’accident), le sujet des PGM est présenté dans les médias sur un ton catastrophiste similaire à celui des crises alimentaires où il y a eu effectivement « accident », donc preuve. 18 Concernant, par exemple, les seules plantes résistantes aux herbicides, un rapport édité par les services de recherche économique de l’USDA, nous apprend que la surface cultivée de soja génétiquement modifié est passée de 17 % en 1997 à 68 % en 2001. Adoption of Bioengineered Crops / AER-810 Economic Research, Service/USDA. 2001 19 Pierre-Benoit Joly, Gérald Assouline, Dominique Kréziak, Juliette Lemarié, Claire Marris, Alexis Roy, INRA Grenoble, Collectif sur les risques, la décision et L’expertise (CRIDE), chapitre « le face à face Etats-Unis Europe », in L’innovation Controversée : « Le Débat Public Sur Les OGM en France » Rapport Janvier 2000, p.161 ; et aussi, « Analyse économique du développement des cultures à base d'organismes génétiquement modifiés aux Etats-Unis », Avril 2001. 20 Ainsi comme le résume Claude Fischler dans une intervention : « Si en plus de subir un risque qu’on vous impose, vous prenez conscience ou vous pensez qu’il profite à quelqu’un et pas à vous, vous êtes évidemment dans une situation beaucoup plus mobilisatrice que si le risque est « gratuit » pour tout le monde. Arrivé à ce point, les gens pensent toujours aux Ogm… Avec un risque dont on ne connaît pas l’importance, qui vous est imposé parce que vous n’avez aucun contrôle sur ce que vous allez absorber et qui, en plus, profite à d’autres plutôt qu’à vous. Il n’y a même aucune promesse pour

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comprendra aussi que, à la suite des nombreuses affaires qui ont été mises en exergue, l’on considère comme un véritable problème l’absence d’étiquetage d’un produit supposé dangereux. L’absence de choix et le manque d’information sur la transgenèse végétale peuvent être perçus comme un double obstacle à la consommation. Si on ajoute à cela le manque de confiance et l’absence des citoyens dans les instances décisionnelles, alors on comprendra la frustration et la méfiance des consommateurs21. A la suite de ces remarques qui, rappelons-le, ont pour objectif d’exposer l’étonnement qui se trouve à l’origine de notre travail, une question reste en suspens :

« Comment, expliquer que les campagnes de communication d’envergure qui ont été mises en œuvre par les promoteurs de la transgenèse végétale, ainsi que les prises de positions officielles des institutions gouvernementales ou internationales qui sont venues appuyer cette innovation, soient restées sans effet sur l’opinion publique ? Comment expliquer que le message entièrement positif que véhiculait la mise sur le marché des PGM soit passé inaperçu, voire, ait été spontanément dénoncé comme une opération de marketing22 ? Comment expliquer cette réaction négative par rapport à une nouvelle technologie dont on imagine de manière un peu trop exclusive, les risques et ignore entièrement les infinies potentialités ? Comment expliquer, l’absence d’unanimité au sein même de la communauté scientifique ? Pourquoi, enfin, la transgenèse végétale est-elle devenue un catalyseur de problèmes ?»
De nombreux travaux ont fourni des explications pertinentes sur le problème de la réaction du public face aux PGM. Aussi, les études financées par les institutions ou les industriels ne manquent pas23. Or on constate généralement deux types d’explication.
le consommateur. On ne vous dit même pas que ça va être moins cher ou meilleur. Mais :« Bouffez, nous ferons le reste. » in « Quand les crises alimentaires réveillent les utopies », 6e Université d’été de l’innovation rurale Jazz In Marciac, Actes des journées du 9 et 10 août 2000 , sur http://www.agrobiosciences.org/ 21 Ces thèses sont celles qui sont défendues par la plupart des études sociologiques qui ont eu lieu sur le sujet (PABE, INRA-Stepe, Gaskell & al., Cheveigne…). Le public s’est senti exclu du débat ; il a perdu confiance dans les institutions. 22 C’est le cas par exemple pour le riz doré ; en effet dès l’annonce de la mise à disposition prochaine pour les agriculteurs des PVD de cette céréale génétiquement enrichie en vitamine A, les promoteurs de la technologie et les firmes qui les soutenaient se sont vues immédiatement accusés de vouloir utiliser cette invention pour, c’est le cas de le dire, « redorer » leur image de marque auprès des consommateurs occidentaux. 23 Au niveau européen les 3 principaux projets sont « Science et Gouvernance », « le PABE » (Perceptions Publiques des Biotechnologies Agricoles en Europe) et « l’Eurobaromètre ». Le premier est essentiellement financé par l’INRA et fait intervenir tout un réseau de partenaires internationaux ; le second, est financé par la Commission Européenne dans le cadre des programmes de recherche FAIR (agriculture et pêche) et ELSA (dimensions éthiques, juridiques et sociales des sciences de la

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Une première thèse affirme que l’opinion négative sur les PGM a pour origine le manque d’information, voire la désinformation ; ces lacunes auraient pour conséquence la crainte et le refus des consommateurs qui ne comprennent pas le principe de la transgenèse végétale. Ceux qui défendent cette position sont, le plus généralement, des scientifiques ou des promoteurs du génie génétique. Ils se fondent, le plus souvent, sur les résultats de sondages tels que ceux de l’eurobaromètre. Cette thèse est soutenue, par exemple, par Robert Marchant dans un rapport de l’EMBO (European Molecular Biology Organization)24. Le manque d’information, ou l’information tronquée et déformée serait principalement à l’origine des craintes. Aussi, pour les scientifiques impliqués dans le débat, il est important d’accroître la communication vers le public pour que celui-ci ait une meilleure compréhension des faits25. Cette idée a été largement développée (d’un point de vue non-sociologique) par le biologiste moléculaire, Philippe Kourilsky. Dans son livre La science en partage, il commente les prétendus risques que font courir les plantes génétiquement modifiées : « Au total, on voit difficilement, dit-il, où se trouvent les risques planétaires et les dangers inquiétants auxquels nous exposeraient les plantes transgéniques. Qu’en raison de leur caractère innovant elles aient été soumises à une attention critique accrue est parfaitement normal. Mais on aperçoit mal, et de moins en moins à mesure que les expérimentations s’accumulent, où résiderait leur nocivité spécifique.»26 Un peu plus loin dans le livre, il s’interroge sur les notions de risque potentiel et risques avérés, (notions sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir) : « Que s’est-il produit dans le débat public en Europe qui explique la dérive que nous constatons sur les biotechnologies ? Tout simplement la distinction entre les risques potentiels et les risques avérés a été perdue. […] Restent alors le risque et la dangerosité qui y est associée. »27 La réponse à cette question, d’après l’auteur, se trouve dans une analyse de la diffusion de l’information scientifique et c’est, en grande partie, ce travail que nous entreprendrons de faire dans cette thèse. Pour Kourilsky, la désinformation médiatique joue un rôle fondamental dans la formation d’une opinion antiOGM majoritaire. Beaucoup de scientifiques sont persuadés qu’un manque d’information du grand public a joué en la défaveur de la transgenèse végétale. C’est parce qu’ils ne

vie) ; le projet a débuté en juin 1998 pour une durée de deux ans. L’Eurobaromètre enfin, est un sondage d’opinion géré par l’INRA Europe et l’ECOSA. 24 Robert Marchant, « From the test tube to the table », EMBO reports vol.21 no.51 , 2001, http://embojournal.npgjournals.com/ 25 « As the debate over GM crops and products has intensified, many scientists have become involved in increasing the public understanding of genetic manipulation. These initiatives are based on a ‘deficit model’, which assumes that if public knew more about GM science, it would be more supportive of the technology. » Ibid. 26 Philippe Kourilsky, La science en partage, éditions Odile Jacob, 1998, p.57 27 Kourilsky, Ibid., p.64

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comprendraient pas le mécanisme de ce qui se passe et se trouveraient dans l’incapacité de se représenter ce que peut être une plante génétiquement modifiée, que les consommateurs auraient peur de cette nouvelle technologie. Pourtant cette thèse, avec tous ses présupposés (suprématie et infaillibilité du modèle scientifique, ignorance du public, absence de prise en compte des revendications, absence d’esprit critique par rapport aux médias…) semble insuffisante pour expliquer les réactions du public. Les résultats d’une étude de science sociale financée par l’Union Européenne sur le comportement des individus prétend démontrer son incohérence28. D’après les sociologues qui se trouvent à l’origine de ces enquêtes qui ont été menées en Angleterre, en France, en Allemagne, en Espagne et en Italie, non pas sous forme de sondage d’opinion, à la manière de l’eurobaromètre, mais à l’aide de groupes de discussion sur plusieurs thèmes déterminés (focus group), l’idée selon laquelle le public manque d’informations scientifiques est un mythe soutenu par les acteurs de la technologie (stakeholders). Les enquêtes auraient bien décelé une ignorance du public, mais celle-ci serait accompagnée d’une conscience de cette ignorance ; aussi, dans ce cas, on ne pourrait pas parler de fausse croyance sur cette technologie. Au contraire, une étude réalisée par Gaskell et al. aurait démontré qu’une meilleure connaissance de cette technologie rendrait les gens plus sceptiques29. Après avoir déconstruit ainsi plusieurs mythes (11 en tout), le groupe affirme que l’abandon de ces fausses interprétations et leur substitution par une meilleure compréhension des véritables raisons qui font que le public reste généralement insatisfait par rapport à la manière dont les PGM ont été introduites sur le marché (à quoi ça sert, à qui ça profite, pourquoi n’avonsnous pas été mieux informés, est-ce que les risques ont suffisamment été estimés… ?) permettraient aux promoteurs de ces nouvelles technologies de mieux gérer la situation,

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Final Report of the PABE research project, Public Perceptions of Agricultural Biotechnologies in Europe, funded by the Commission of European Communities, Contract number: FAIR CT98-3844 (DG12 - SSMI), December 2001 29 « Indeed, understanding the nature of genetic modification, although varied between individuals and countries, was often rather limited. In particular, participants tended to be unsure about the technical distinction between conventional breeding methods and recombinant DNA techniques. But this would be better described as a lack of knowledge, rather than firmly held false beliefs about this technology. Participants were conscious of this technical ignorance, and admitted it readily. More importantly, the principal concerns expressed about GMOs were not based on erroneous information and would, therefore, not be addressed by more science education. Thus, even if we could wave a magic wand and create a world tomorrow where all citizens knew that all tomatoes contain genes, the basic questions (in sidebar) would remain unanswered, and the controversy would be unlikely to abate. Indeed, there is evidence that more knowledge about GMOs makes people more sceptical or polarised, not less (Martin and Tait, 1992; Gaskell et al., 1998). » Marris Claire, « Public views on GMOs: deconstructing the myths - Stakeholders in the GMO debate often describe public opinion as irrational. But do they really understand the public? », 08/13/2001, source www.bioscope.org

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aussi, il serait plus judicieux que ceux-ci entreprennent de changer la façon dont ils agissent que de vouloir « rationaliser l’opinion publique »30. On le voit, cette explication, contrairement à la précédente, a le mérite de prendre en compte des considérations autres que l’ignorance du public. En donnant des raisons extérieures au contenu du sujet, à savoir, ‘la possibilité d’exprimer son avis sur une innovation sans en connaître le détail’, elle permet d’élargir le débat et dévoile un dysfonctionnement du processus de validation de l’innovation scientifique et technique. Le fait que l’on n’ait pas demandé l’avis des individus pour introduire les PGM dans la chaîne alimentaire pourrait déjà apparaître comme une faute en soi. Cette explication remet en cause les présupposés de l’expertise. Mais alors que la première se recentre uniquement sur la problématique de la compréhension de la transgenèse végétale sans voir les éventuelles revendications du public, l’explication du PABE ne tient nullement compte de la spécificité de la transgenèse végétale. Cela paraît évident, puisqu’elle légitime des opinions fondées sur une connaissance incomplète du sujet. Aussi, s’il est légitime de reprocher aux promoteurs des PGM de ne pas avoir pris en compte l’intérêt des consommateurs, cela n’implique pas, a contrario, que l’on donne une valeur absolue à des perceptions subjectives (en ce sens qu’elles s’appuient sur des présupposés et n’ont pas une pleine connaissance de l’objet qu’elles jugent), quel que soit l’argument sur lequel elles se fondent. Si chacune des deux thèses précédemment évoquées rend compte des réactions suscitées par les PGM, elles n’expliquent pas les raisons profondes du problème. Il paraît donc nécessaire d’aller encore plus avant en recherchant ce qui, dans la technologie en ellemême, a fait qu’elle est devenue une source de problème. Tout d’abord, il est important de remarquer que la controverse ne trouve pas son origine au sein du « public inculte », mais au cœur de la sphère de l’expertise scientifique. En effet, il faut remonter à 1974 et à la conférence d’Asilomar pour retrouver l’origine de la première controverse scientifique sur le génie génétique. La dispute est donc née en même temps que la technologie. Concernant ces querelles, il est important de noter au passage qu’elles n’opposent pas seulement des représentants de disciplines distinctes : si l’on trouve
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« It is obvious that public opinion has had a significant impact on the development and marketing of GMOs in Europe. At the same time, the current situation does not fully satisfy any of the stakeholders. Our research suggests that one reason for this situation is not a lack of public understanding of the science but rather policies that continue to be based largely on erroneous beliefs about 'the public'. Clearly, there is a mismatch between the way in which institutions comprehend public perceptions, and the attitudes expressed by the participants in our focus groups. Exploring this apparent discrepancy is important, because new policies and strategies to introduce GMOs-even if they are innovative and honestly seek to integrate public views-are prone to failure if they continue to be based upon these 'myths'. » Ibid.

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de nombreux opposants dans les matières qui n’incluent pas forcément la biologie moléculaire (le cas du botaniste Jean-Marie Pelt est, de ce point de vue, édifiant31), ce n’est pas toujours la règle, et de nombreux biologistes moléculaires sont de virulents opposants aux plantes génétiquement modifiées. L’étude de la controverse scientifique doit précéder celle de la polémique au sein de la sphère publique. Or, on constate d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une discorde « purement scientifique », en ce sens qu’ici, le débat n’a pas pour objectif de remettre en cause une théorie, ou des résultats32, mais, le plus souvent, l’interprétation qui est donnée de ces résultats. Il ne s’agit pas non plus d’une querelle politique : en effet, on ne conteste pas l’usage qui est fait d’une technologie - selon l’adage que toute technologie est bonne en elle-même, seule l’application que l’on en fait peut être bonne ou mauvaise – mais c’est bien la technologie en elle-même qui est directement considérée par certains experts contestataires, comme mauvaise, et non son application33. C’est donc seulement après avoir analysé les raisons qui font que certains scientifiques contestent ce que d’autres affirment que nous pourrons mieux comprendre les opinions qui courent au sein des non-initiés. Ensuite, contre la thèse des sciences sociales qui affirme que l’esprit critique des consommateurs à l’égard des PGM est autonome et possède une valeur indépendamment du fait qu’il ne se fonde pas sur une connaissance « objective » et scientifique, nous soutenons que cette théorie n’est vraie, que dans la mesure où l’on admet que les consommateurs ont été beaucoup plus réceptifs aux arguments anti-PGM relayés par les médias, que par les campagnes de communication orchestrées par les industriels et les institutions qui cherchent à promouvoir les PGM sur le marché. Autrement dit, lorsque le public s’oppose aux PGM, il adhère à un système de pensée que les médias ont largement relayé. Ce qui signifie qu’il se reconnaît moins facilement dans les valeurs que mettent en avant les promoteurs des PGM, que dans celles que promeuvent leurs détracteurs. Du point de vue d’une stratégie de communication, il sera intéressant de voir comment un message positif (la promesse d’une nouvelle révolution verte) s’est laissé terrasser par l’esprit critique (la menace d’une catastrophe écologique). Pour cela, il faudra prendre en compte le rôle que la perception du risque a pu jouer. D’une étude sur l’aspect

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Lors de ses prises de positions contre les PGM, le botaniste ne cache jamais le fait que, depuis l’arrivée du génie génétique sur le devant de la scène, la matière qu’il enseigne est totalement passée d’intérêt aussi bien pour les étudiants que pour l’administration qui distribue les crédits de recherche. Information recueillie oralement lors d’une conférence donnée à l’occasion d’un forum organisé par l’Institut Européen d’Ecologie en Décembre 2001. 32 Cela peut cependant arriver comme on le verra dans le cas de l’affaire Pusztaï. 33 Ainsi, dans la sphère des scientifiques français, il y a actuellement deux pétitions qui circulent, une pro et une anti-PGM.

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communicationnel du sujet, on passera donc, tout naturellement, à une analyse des valeurs en présence dans le débat. Après avoir tenté de démontrer le caractère idéologique du débat sur les PGM, qu’il s’agisse des experts ou des non-initiés, en ce sens que, très souvent, pour les premiers, ce sont des a priori et des prises de positions systématiques qui déterminent l’évaluation des risques, alors que pour les seconds, ce sont des arguments externes à la technologie qui motivent une certaine méfiance et les critiques exacerbés, on tentera d’analyser les idéologies en présence. Ce travail nous permettra donc de découvrir ce qui dans la technologie fait qu’elle est devenue une source de problèmes : l’objectif étant de dévoiler la véritable nature de la technologie pour dissiper les problèmes. A la source des disputes, on trouvera donc une véritable querelle philosophique sur les notions de « technologie » et de « nature ». Aussi on essayera de démontrer comment en inaugurant un rapport « technologie-nature » inédit dans le domaine agro-alimentaire, la transgenèse végétale s’est retrouvée sur le devant de la scène. En ouvrant un monde de possibles encore inexplorés la transgenèse végétale pose un double problème à ses promoteurs et à ses détracteurs : «Les pratiques agricoles issues des biotechnologies sontelles un mode de production qui s’éloigne de l’idée de nature et par conséquent ne peuvent répondre à certains critère de qualité ? » et « les plantes génétiquement modifiées doiventelles être considérées comme des êtres ‘contre-nature’ et si oui, qu’est-ce que cela signifie ? » Il s’agit donc de juger les biotechnologies d’une part, et de définir les êtres dont elles se trouvent à l’origine d’autre-part. C’est en suivant le fil de ces interrogations que nous avons mené une enquête interdisciplinaire dont le premier aspect propose un enracinement du débat au niveau historique et actuel : Quelle place la transgenèse végétale occupe-t-elle dans le courant des biotechnologies et en quoi la controverse scientifique sur les PGM se rattache-t-elle au processus qui est né à Asilomar ? Ensuite en quoi la polémique sur les PGM se distingue de la crise de la vache-folle ? Le deuxième aspect, quant à lui, présente une étude détaillée de la controverse au sein de la communauté des experts (scientifiques et techniques, socio-économiques34). Nous avons sélectionné certaines controverses qui nous ont paru fondamentales en les classant en fonction du principe d’équivalence en substance, du principe de précaution et du calcul de la

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Nous avons laissé de côté l’expertise juridique et politique pour nous concentrer sur l’aspect technologique du sujet ; en effet nous considérons que, contrairement aux deux premiers domaines qui ont fait l’objet de suffisamment d’études, le second a fait l’objet de beaucoup moins d’études.

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balance risque-bénéfice. Pour cela, on a eu recours à des articles issus de la recherche fondamentale, des articles de synthèses, des rapports, mais aussi, des textes de vulgarisation scientifiques, en Europe, aux Etats-Unis et dans les PVD. Le troisième aspect porte sur la polémique publique des PGM sur le territoire français essentiellement. On a étudié cette polémique sur 3 niveaux : celui des enquêtes d’opinions, celui des médias et celui des acteurs directement impliqués dans la controverse (industriels et ONG). Le quatrième aspect, enfin, est une étude philosophique des courants de pensée impliqués dans le débat et propose une réflexion sur le rapport «technologie-nature » tel que l’implique la transgenèse végétale. La méthode interdisciplinaire employée nous permet d’avoir une vision synthétique d’un problème qui est très souvent traité de manière compartimentée. Ainsi, certaines réflexions menées par les scientifiques se contentent d’opposer l’aspect rationnel de la science dite « orthodoxe » et l’aspect « subjectif de l’opinion ». Certaines études sociologiques, quant à elles, ne voient que les prises de positions des acteurs sans regarder l’objet sur lequel elles portent. En abordant les aspects historiques, épistémologiques, médiatiques et axiologiques de la querelle des plantes génétiquement modifiées, nous souhaitons démontrer comment un problème épistémologique donne lieu à un problème de société puis à un problème de communication et finalement à un problème de philosophie des valeurs. Aussi, nous pensons qu’aujourd’hui le dialogue est devenu impossible parce que les mots utilisés par les uns et les autres ne recouvrent pas les mêmes choses et que le nouveau rapport technologie-nature instauré par les PGM n’a ni été présenté, ni été compris à sa juste mesure. Une tentative de caractérisation de celui-ci devrait permettre de rétablir le dialogue entre les différents protagonistes qui pourraient s’opposer sur la représentation même d’une technologie et de ses applications possibles, plutôt que de l’utiliser, à la manière de certains, comme un prétexte pour un autre débat.

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2. Des origine de la technologie à la polémique Lorsque aujourd’hui les médias parlent « d’OGM », ils emploient fréquemment le terme de « bricolage » ; les scientifiques se « prennent pour Dieu » ou encore, ils jouent les « apprentis sorciers ». Ces qualificatifs souvent employés de manière péjorative35, reflètent un certain oubli : celui des hommes de sciences et des progrès qu’ils ont accompli en un peu moins d’un demi-siècle. Cette année, la transgenèse végétale célèbre son 20ème anniversaire et ses applications ne cessent de se multiplier et de se diversifier. Pourtant, ce développement semble aujourd’hui menacé. En rencontrant comme principal obstacle le faible enthousiasme, pour ne pas dire, la réponse négative des consommateurs et les fortes protestations des ONG environnementalistes, les industriels se retrouvent dans une situation délicate, au point que les PGM sont devenues un véritable « problème » qui touche aussi bien les experts que la société toute entière. Comment situer la transgenèse végétale par rapport aux autres biotechnologies ? En quoi la controverse qu’elle a soulevée poursuit-elle le processus entamé à Asilomar et comment distinguer la polémique suscitée par les PGM de la crise de la vache-folle ? C’est ce que nous souhaitons voir maintenant au cours d’un bref historique36 qui nous permettra de brosser le tableau dans lequel nous situerons nos études sur les controverses scientifiques, la polémique médiatique et idéologique. 2.1. De la découverte de l’ADN à ses applications

Depuis la découverte de Crick en 1953 selon lequel « les molécules d’ADN (acide désoxyribonucléique) et d’ARN (acide ribonucléique) ont une importance fondamentale et sont, soit le support de l’information génétique, soit les agents permettant l’expression de cette information»37, les applications technologiques relatives aux découvertes de la Biochimie structurale des acides nucléiques sont allées bon train. A la base de tous les développements, on trouve donc l’idée du code génétique et, ce qui sera découvert au milieu du 20ème siècle, son caractère universel : « Une des découvertes les plus fascinantes de la
La connotation du terme « bricolage » dans la presse est souvent dépréciatrice et exprime l’absence de maîtrise, contrairement à l’emploi qu’en a fait François Jacob pour caractériser le fait que « les mécanismes évolutifs évolueraient avec l’évolution. L’évolution du bricolage consisterait dans un passage de la simple duplication des gènes à l’acquisition par les gènes de fonctions nouvelles séquentiellement activées. » (voir sur ce point, l’Ouvrage de Claude Debru, Le possible et les biotechnologies, p.p.144-145) 36 Ce chapitre a un but introductif et se propose de resituer la technologie, la controverse et les polémiques dans leurs contextes. Notre objectif est double : montrer que la transgenèse végétale, en tant que biotechnologie, s’enracine dans les travaux de recherche fondamentale des sciences du vivant et comme agro-technologie, elle se distingue des crises alimentaires qui ont frappé les consommateurs. 37 Gérard Fernand Cuvellier, Biotechnologies, 5ème édition, éditions Tec & Doc, 1999.
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biologie est le caractère universel du code génétique. C’est la grille de correspondance entre les triplets (appelés « codons ») et les acides aminés, qui est universellement conservée. Des bactéries à l’homme, des champignons aux végétaux toute la vie sur Terre est organisée autour de ce code, toujours le même (à quelques rares exceptions près). Les conséquences pratiques de cette incroyable conservation sont immenses : une séquence codante provenant de n’importe quelle espèce, peut être introduite dans n’importe quelle autre espèce, tout en continuant de coder une protéine déterminée. (…) C’est cette universalité qui a permis de créer des organismes génétiquement modifiés : faire synthétiser l’hormone de croissance humaine à une bactérie, fabriquer des vaccins exempts de tout risque de contamination par des virus ou introduire dans une plante un gène conférant une résistance à une maladie, rien de tout cela ne serait possible sans ce caractère universel du code génétique. »38 Or, ce passage de la science fondamentale - qui trouve ses origines théoriques en 1865 dans le mémoire de Mendel, intitulé « Recherches sur les hybrides végétaux » – aux applications technologiques, ne s’est pas fait immédiatement. Ainsi, comme le remarque François Gros dans son ouvrage La Civilisation du gène, « dans la période qui s’est écoulée entre 1950 et 1970, les objectifs que les sciences de la vie se sont assignées ont fort rarement embrassé les domaines d’application. A l’exception d’études tendant à établir un lien entre l’activité thérapeutique de certaines molécules (antibiotiques ou « analogues » synthétiques de métabolites naturels) et les perturbations qu’elles sont susceptibles d’entraîner par exemple au niveau de la traduction génétique, on peut dire que les biologistes moléculaires se sont bien davantage préoccupés des aspects fondamentaux propres aux vivants que de pharmacologie, de médecine ou d’agriculture.»39 Selon l’Académicien des Sciences, cette période va être interrompue par 2 événements : la découverte, à la fin des années 60, de la transcription réverse par Howard Temin à l’Université du Wisconsin. Le chercheur qui travaillait sur les rétrovirus responsables du cancer chez certains animaux va remettre en question la thèse selon laquelle « l’information des gènes ne passe que dans un sens ». La seconde découverte est, cette fois-ci, technique et non pas théorique : « c’est la découverte des techniques de recombinaison artificielle, plus connue depuis, sous le nom de génie génétique. Non seulement elle va, à partir de 1973, redonner une certaine ardeur aux biologistes moléculaires, mais elle va s’avérer d’une importance socio-historique considérable, ayant en ceci une portée sans doute aussi grande, dans le public, que l’annonce des premiers succès de Louis Pasteur en 1885 dans le domaine

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Jean-Gabriel Valey, « La transgenèse végétale : de l’ADN aux protéines », in Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences, rst n°13, éditions Tec & Doc, décembre 2002. 39 François Gros, La civilisation du gène, Hachette, 1989, p.169

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de la vaccination. (…) Elles seront désormais impliquées dans l’interrogation que pose le monde présent aux technologies nouvelles et à leur impact sur la société. » Et Gros de continuer : « A partir du moment où l’on commence à entrevoir les nouvelles possibilités socio-économiques qu’offrent la génétique, qu’il s’agisse de reproduction humaine, de diagnostic prénatal mais également du génie génétique et des applications, la société, par fantasme, par éthique , par intérêt ou par crainte, commence à réaliser que cette poignée de savants pourrait bien changer demain notre mode de vie, et qu’elle pourrait bien changer de vie tout court. »40 Ainsi, du point de vue de la science, à la fin des années 1970, les découvertes fondamentales pour rendre possible la transgenèse avaient été faites. Il ne restait plus qu’à compléter celles-ci par la mise en place de nouveaux outils pour pouvoir généraliser les techniques de modifications à l’ensemble des applications. On citera à titre d’exemples, les enzymes de restriction qui peuvent découper l’ADN ; les plasmides et les bactériophages qui jouent un rôle de vecteur et acheminent les fragments ainsi obtenus par les enzymes de restriction jusqu’à l’intérieur des bactéries hôtes ; les gènes de résistance aux antibiotiques que contiennent ces petits fragments d’ADN circulaire que sont les plasmides transmis aux bactéries. Cette propriété permet de sélectionner les bactéries transformées en les étalant sur un milieu de culture gélifié contenant des antibiotiques, sur lequel elles résistent et prolifèrent. Une autre solution consiste à fabriquer un phage recombiné en ligaturant un fragment d’ADN d’un phage et le fragment du gène étranger à insérer, puis il infecte et fait éclater la bactérie où il se reproduit, et va ensuite infecter les bactéries voisines. On sélectionne ensuite les phages recombinés capables de coder pour une protéine en les repérant par leur couleur blanche. Les bactéries sont aussi des outils essentiels, on citera l’exemple d’E.Coli, de même que l’ADN et l’ARN de synthèse, petites molécules que l’on est capable de synthétiser. Une fois posés les outils essentiels, il faut inventer les techniques pour les utiliser : on citera le Southern Blot, technique inventée par Southern en 1975, qui a pour but de trouver dans un mélange d’enzymes de restriction, les fragments correspondants à un gène donné. Le clonage, imaginé par David Hogness en 1974, consiste à isoler un fragment d’ADN, à l’insérer dans un vecteur, et à faire répliquer le tout par une bactérie. Cette technique a pour but de multiplier les fragments d’origine, on peut ainsi créer des génothèques. On peut aussi créer des banques d’ADN complémentaire (ADNc) à partir de l’ARN pour éviter de cloner l’ADN inutile. Enfin, il est possible de copier un ADN particulier sans l’intervention des bactéries grâce à l’amplification de l’ADN par la réaction en chaîne de la polymérisation (PCR). Une autre technique consiste à caractériser les gènes en réalisant par exemple une
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François Gros, Ibid.p.173.

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carte de restriction en découpant deux à deux l’ADN grâce à des enzymes de restriction, ce qui permet de comparer les endroits où ont lieu les coupures et de reconnaître l’ADN. Il est aussi possible de déterminer l’ordre des nucléotides, c’est ce que l’on appelle le séquençage, cette méthode inventée par Sanger, est aujourd’hui complètement informatisée et réalise l’opération fastidieuse de séquençage du génome humain. Enfin, la modification des gènes, ou mutagenèse dirigée a recours le plus souvent à la technique de PCR41. Ainsi, tous les historiens s’accordent généralement pour faire remonter à 1971 la première « chimère » issue de la biologie moléculaire avec les travaux du professeur Berg sur le virus SV40, virus à partir duquel on avait étudié le phénomène de transformation : « Pour mieux étudier les relations entre les gènes de ce virus et les phénomènes de transformation, le laboratoire de Berg eut l’idée de couper l’ADN génétique de ce virus et de le recoller à l’ADN d’un autre virus, bactérien celui-ci (le bactériophage λ) imaginant que la molécule fabriquée artificiellement, véritable « chimère », pourrait servir à infecter une bactérie42. On citera également les travaux du biochimiste Stanley Cohen qui a réalisé une chimère moléculaire à la suite de la fusion artificielle d’un chromosome de la bactérie d’E.Coli avec celui de l’espèce Salmonella. A la suite de ces expériences isolées, c’est en 1973 que Berg et Cole, d’une part et Chang, Helling et Boyer d’autre part, exposeront les principes généraux d’une ingénierie génétique : « Le principe du génie génétique repose sur le transfert d’un gène étranger dans une cellule en culture ou dans le tissu (somatique ou germinal) d’un animal ou d’une plante, de façon à obtenir la manifestation d’une nouvelle propriété liée au gène ainsi transféré. Cela implique trois opérations : « recombiner », « cloner » et « exprimer ». La recombinaison est l’opération de soudure artificielle d’un gène à un autre fragment génétique, appelé vecteur, qui sert à la fois à transporter le gène étranger en question dans la cellule et à permettre sa reproduction en plusieurs copies. Le clonage est l’opération qui permet, une fois le gène transféré dans une population de bactéries, d’en assurer la réplication sur une grande échelle et de l’isoler à partir des bactéries ainsi transformées émanant d’une seule cellule, de façon à amplifier et à purifier le gène en question. Quant à l’expression, c’est l’opération au cours de laquelle le gène ‘cloné’ est transféré dans une cellule hôte et fabrique dans cette cellule une protéine étrangère.»43 Ce sont donc ces 3 manipulations qui se trouvent à la base de toutes les applications du génie génétique. Aussi, sans elles, il n’aurait jamais été possible de

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Claudine Guerrin-Marchand, Les Manipulations Génétiques, col. Que sais-je ?, Presses Universitaires de France. 1997, p.p.39-59. 42 François Gros, Ibid. p.174. 43 Ibid.

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développer cette technologie dans des domaines aussi diversifiés que l’industrie, la médecine et l’agroalimentaire. C’est ce que nous allons voir maintenant. 2.1.1. Définition et origine du terme « biotechnologie » Un vocabulaire important fait aujourd’hui référence au même domaine d’activité scientifique et technique touchant aux biotechnologies : ‘génie’ ou ‘manipulation génétique’, ‘transgenèse’, ‘transgénose’ ou ‘individu transgénique’, ‘thérapie génique’, ‘ingénierie moléculaire’, ‘organismes génétiquement modifiés’, pour ne citer que les plus répandus. L’article « Biotechnology » de l’Encyclopédia Britannica définit la biotechnologie comme « l’application de l’industrie aux avancées faites dans les techniques et les instruments de recherches des sciences biologiques. Le développement du champ de la biotechnologie est intimement lié au développement dans les années 1970 du génie génétique (la modification dirigée du matériel génétique (…) Les biotechnologies trouvent leurs origines à la suite d’une prise de décision dans les années 1980 de décréter comme brevetable un micro-organisme vivant génétiquement modifié.»44 Cette définition concerne essentiellement les biotechnologies issues du génie génétique et est imprécise sur l’origine du terme ; en effet, c’est au début du siècle qu’il faut faire remonter l’origine de celui-ci. Ainsi, comme l’a démontré Robert Bud dans son ouvrage The Uses of Life, c’est en 1917 que le mot « biotechnologie » a été employé pour la première fois; les biotechnologies, définies comme une application de l’ingénierie à la biologie, prendraient leurs racines dans la chimie et la microbiologie du XIXème siècle. A l’origine de ce développement qui mènera jusqu’au génie génétique, on trouve la « zymotechnologie ». Cette dernière, qui qualifie les procédés industriels à base de fermentation, trouvera différentes applications dans la chimie organique, dans l’agriculture, et également dans les activités de brasserie. La zymotechnologie serait l’ancêtre de la biotechnologie, en ce sens qu’elle est déjà l’application de principes et de découvertes à la production industrielles de différents produits alimentaires45. C’est à Chicago en 1917, à la suite du vote de la prohibition, que le « Bureau de bio-technologie » fut créé par Emil Siebel. Celui-ci avait pour objectif de faire oublier le

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« The application to industry of advances made in the techniques and instruments of research in the biological sciences. The growth of the field of biotechnology is closely linked to the development in the 1970s of genetic engineering (the directed alteration of genetic material) [...] Biotechnology had its origins in a 1980 decision by the U.S. Supreme Court that "a live human-made microorganism is patentable matter. » Article « Biotechnology », Encyclopedia Britannica Multimedia/CD-ROM. 45 Robert Bud, The Uses of life, a history of biotechnology, Cambridge University Press pp.6-50.

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lien qui liait la production d’alcool avec la zymotechnologie46 et s’est développé dans un premier temps comme le garant d’une marque de fabrique. Le terme « biotechnologie », quant à lui, est employé pour la première fois par l’ingénieur agricole hongrois Karl Ereky qui chercha à accroître la production de son pays au point qu’elle atteigne le niveau du Danemark47. Il s’est illustré par la volonté de créer une véritable industrie du porc ; ses motivations avaient pour origine le constat de l’aspect primitif de l’agriculture de son pays. Selon Bud l’emploi du terme biotechnologie était soustendu par une véritable approche scientifique de l’élevage et une industrialisation du vivant48. Avant l’apparition du génie génétique dans les années 1970, les « biotechnologies », définies comme une application de l’ingénierie à la biologie avaient déjà eu l’occasion de s’illustrer. Ainsi, avant l’introduction de la génomique, les biotechnologies peuvent être vues comme une accumulation d’applications ayant pour objectif d’apporter de nouvelles qualités à la « matière brute », ce dans un souci de production49. Il est important de remarquer que le terme « biotechnologie » recouvre toutes les technologies qui appliquent des procédés industriels au vivant. C’est dans ce mouvement que s’inscrira le génie génétique au début des années 80. Comment cette « ambition » des biotechnologies a-t-elle été reprise par le génie génétique ? C’est ce que nous allons voir maintenant en définissant 3 catégories générales d’applications. 2.1.2. Le génie génétique appliqué aux micro-organismes

D’après l’article « Génie génétique » de l’ouvrage de R.Scriban, les auteurs constatent que « L’amélioration génétique des micro-organismes avec des objectifs industriels a été négligée pendant longtemps. La naissance des méthodes d’ingénierie génétique a provoqué un élan indéniable dans ce domaine. La sélection d’un micro-organisme peut se faire dans le but
« At first Emil Siebel (1884-1939) established a consultancy under his own name. Then apparently fairly quickly, his school acquired a title slightly different from that of his father’s – rather than Zymotechnic Institute, he called his the Bureau of Bio-Technology. The dilution of the brewing reference, implicit in the term ‘zymotechnology’ was doubtless wise in the era of Prohibition, and Siebel boasted of his good relations with Federal inspectors. » Ibid., p.31. 47 « Nonetheless, the key source of the word ‘biotechnology’ was not in the United States or even in Britain, but in Hungary. Its progenitor was a hungarian agricultural engineer, Karl Erecky, seeking to transform its country in the equivalent of southern Danemark. », Ibid., p.32 48 « The difference between an industrial and a peasant approach to pig rearing, he reflected, lay not in his use of electrical pumps and automated feeding. It lays instead in the underlying scientific approach which Ereky labelled ‘Biotechnologie’. To him the pig was a machine, converting carrefully calculated amounts of input into meat output. Indeed, he described the pig as a ‘Biotechnologische Arbeitsmachine. »Ibid., p.34. 49 « The history of biotechnology, conceived as a descendent of zymotechnology, can be seen to have evolved triumphantly in the 1970s. In principle, biological processing was seen as the means for converting low-value locally produced raw materials into high value products, superseding older, cruder, more wasteful methods of manufacture. »Ibid, p.162.
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d’une étude théorique ou d’une application industrielle. Dans ce dernier cas, l’objectif est l’obtention d’une souche présentant un intérêt pratique et une rentabilité maximale ; ceci n’est pas forcément obligatoire dans le premier cas. »50 Ainsi comme le rappelle Philippe Kourilsky dans son ouvrage Les artisans de l’hérédité51, les toutes premières possibilités entrevues de transposer les résultats obtenus en laboratoire de manière industrielle se sont concrétisées avec la mise en place « d’usines du vivant », capables de produire d’une manière rentable ce qui ne l’était pas en laboratoire: « Le premier succès marquant fut la construction, en 1977, d’une souche d’E.Coli produisant de la somatostatine, petite hormone animale de 14 acides aminés dont Guillemin et son équipe avaient réussi à isoler quelques milligrammes à partir de milliers de cerveaux de moutons. La séquence des 14 acides aminés avait été déterminée et Guillemin reçu le prix Nobel en partie pour ce travail. A l’aide du code génétique, il était facile de déduire une séquence de 42 (=3x14) bases d’ADN codant pour cette hormone. Il était moins facile à l’époque, d’en faire la synthèse chimique, petit exploit réalisé, en Californie, par Itakura et ses collaborateurs, ce qui permit à l’équipe de H. Boyer de fusionner ce petit segment d’ADN synthétique à l’extrémité d’un gène d’E.Coli. Ainsi fut construite une souche qui synthétisait une protéine bactérienne portant à une extrémité les 14 acides aminés de la somatostatine. Habilement, un acide aminé « fragile » avait été introduit à la jonction, de sorte qu’un traitement chimique permettait de libérer les 14 acides aminés terminaux et de restituer l’hormone fonctionnelle. Ces travaux ne reçurent pas de suite industrielle directe. Le détour génétique était éblouissant de virtuosité, mais il était moins onéreux de réaliser la synthèse chimique de l’hormone à partir des acides aminés que de fermenter de grands volumes de bactéries, dont la somatostatine n’était extraite in fine qu’avec quelques difficultés.»52 La possibilité de synthétiser l’hormone à partir d’acides aminés s’est donc avérée être une solution plus rentable que la fermentation de grande quantité de bactéries. C’est en 1978 que serait apparue la première véritable application du génie génétique lorsque H.Boyer et son équipe produisirent de l’insuline humaine par E.Coli. Le procédé mis au point par la société Genentech fut développé par la société Eli Lilly qui mit en vente de l’insuline humaine en 1983. La voie était donc ouverte pour la production industrielle de produits issus des techniques génétiques.

50

Alain Arnaud, Pierre Galzy et Joseph-Pierre Guiraud, « Le génie génétique », in R.Scriban, Biotechnologies, 5ème édition, éditions Tec & Doc, 1999, p.412. 51 Philippe Kourilsky, Les artisans de l’hérédité , chapitre « Les Nouvelles parques, Naissance de l’industrie du gène, § La manipulation des organismes à des fins productives », Odile Jacob, 1987. 52 Ibid. p.159

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Ainsi, l’amélioration génétique par mutagenèse, sélection et utilisation des mutants a permis la production d’acides aminés tel que la L-lysine, par exemple (un des 4 acides aminés indispensables pour l’alimentation humaine et animale), la production d’antibiotiques, tels que la pénicilline par exemple, et d’autres53. L’amélioration génétique par fusion de protoplasmes a permis la fusion cellulaire chez les végétaux (recombinaison de l’ADN mitochondrial chez les végétaux supérieurs, création d’hybrides interspécifiques chez les végétaux), la fusion cellulaire chez les micro-organismes (levures et moisissures, bactéries), la fusion de cellules animales (production d’anticorps monoclonaux) Enfin l’amélioration par manipulation génétique est sans doute la technique qui a permis le plus de réalisations : « Il s’avère aujourd’hui possible de faire produire par une bactérie ou une levure, ayant reçu l’information nécessaire, une protéine particulière. Le génie génétique peut aussi jouer un grand rôle, par exemple en modifiant le nombre de copies d’un gène, en augmentant l’efficacité d’un promoteur… ». Par le biais de cette technique, on a produit des métabolites classiques, des acides aminés, des antibiotiques, des enzymes, des protéines animales à intérêt médical (biosynthèse de l’insuline, biosynthèse de la somatostatine, biosynthèse de la somatotrophine, biosynthèse de l’interféron, production de protéines virales) production de peptides et de protéines54.

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Le nombre des applications industrielles issues du génie génétique est donc considérable et ce, dans des domaines aussi variés que la santé, l’agro-alimentaire ou encore l’industrie. On voit au travers de ces applications, dans quelle mesure les biotechnologies poursuivent l’entreprise qu’elles ont commencé un siècle plus tôt en utilisant le vivant à des fins productives en mettant en pratique des outils toujours plus complexes et puissants. Aussi, cette pratique se distingue de la recherche fondamentale par le fait qu’elle est soumise à des critères de rentabilité: « En recherche fondamentale, un chercheur peut maîtriser sa discipline suffisamment pour choisir ses objectifs. Dans les applications industrielles, une bonne décision ne peut être prise qu’après concertation entre scientifiques, industriels et économistes. Il n’est pas toujours possible de réaliser les sélections souhaitées par les industriels. Par contre, les manipulations génétiques ou les sélections imaginées par des scientifiques n’aboutissent pas nécessairement à des procédés rentables. Compte tenu de

53

Alain Arnaud, Pierre Galzy et Joseph-Pierre Guiraud, « Le Génie génétique », Biotechnologies, 5ème édition 1999, éditions Tec & Doc, p.524. 54 Ibid., de 529 à 536.

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l’importance des efforts nécessaires, il n’est pas possible de faire des erreurs d’orientations.»55 Aussi, comme on va le voir, la biotechnologie issue du génie génétique va essentiellement se développer dans ces 2 domaines que sont la médecine et l’agriculture.

2.1.3. La thérapie génique Dans le domaine médical, une autre application du génie génétique est la thérapie génique. Comme l’affirme François Gros : « Avec la thérapeutique fondée sur le transfert de gènes et destinée à corriger certaines déficiences héréditaires, nous entrons dans un domaine qui relève pour certains de la futurologie et qui, pour d’autres, représente au contraire l’une des tentatives les plus hardie et les plus prometteuses de la médecine de demain.»56 L’académicien des sciences évoquant la « thérapie » qui consiste à transférer un gène dit « correcteur » cloné dans un ovocyte fécondé affirme que des expériences ont été menées chez les animaux et que certaines ont réussi : les animaux des générations suivantes véhiculent également le nouveau trait de manière héréditaire. « Toutefois, les communautés scientifique et médicale condamnent unanimement, comme incompatible avec les règles d’éthique, la transposition de telles pratiques à l’espèce humaine, du fait des énormes aléas qui s’attachent à sa réalisation et des risques qu’elle fait encourir non seulement à l’individu ‘génétiquement corrigé’, mais aussi à sa descendance. Sans compter que l’œuf fécondé est ici un être humain potentiel et ne doit en aucune circonstance être considéré comme objet d’expérience.»57 Qu’entend-on alors par thérapie génique ? D’après l’ouvrage Biotechnologies de R.Scriban: « On regroupe sous le terme de thérapie génique l’ensemble des procédés thérapeutiques reposant sur l’utilisation de l’ADN comme molécule thérapeutique (Kay et al 1997). Des approches vaccinales basées sur le transfert de gènes dans l’organisme en sont aussi rapprochées. (…) Dans les deux cas, qu’il s’agisse de traitement curatif ou de vaccination, cette nouvelle approche repose sur le transfert de matériel génétique dans les cellules somatiques du patient. Les cellules germinales n’étant pas modifiées, la correction génique n’est pas transmise à la descendance. »58 En 1999, 370 protocoles de thérapie génique auraient été entrepris de par le monde. Le principal obstacle rencontré par le développement de ces technologies est le vecteur : « Sans vecteur efficace et sûr, les

55 56

François Gros, Ibid., p.200. Ibid. p.202. 57 Ibid., p.203. 58 Pascale Briand, « Avenir et limites de la thérapie génique », in édition, éditions Tec & Doc, 1999, p.795.

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stratégies de thérapie génique ne pourront prétendre à un large développement.»59 Ce même article distingue généralement deux stratégies de thérapie génique : La thérapie génique ex vivo : il s’agit de prélever la cellule cible du patient et de réaliser ex vivo le transfert du gène thérapeutique, puis de réintroduire la cellule traitée. On parle également « d’autogreffe des cellules génétiquement modifiées ». La thérapie génique in vivo : celle-ci repose sur le transfert direct du gène thérapeutique chez le patient. On peut effectuer soit un transfert in situ, soit un transfert par intraveineuse. On envisage également le transfert par voie orale et par voie amniotique. Les principales maladies qui peuvent aujourd’hui faire l’objet de soin par thérapie génique sont les maladies héréditaires, les cancers, les maladies infectieuses, les maladies cardiovasculaires, inflammatoires, neurodégénératives… On parle également d’une « industrie de la thérapie génique » puisque de nombreuses start-up se sont créées dans les années 90 afin de mettre en place des stratégies. Aussi, cette application du génie génétique est appelée à de futurs développements ; tout dépendra de la capacité d’investissement des entreprises, des choix de société, de la réception du public et de la capacité de la science à découvrir les possibles du vivant.

2.1.4. Les biotechnologies animales et végétales: le principe de la transgenèse. Jusqu’à présent, nous avons vu que le génie génétique se trouvait à l’origine d’un grand nombre d’applications industrielles. Cependant ces applications se trouvaient limitées essentiellement à la « manipulation » de micro-organismes ; dans le cas des thérapies géniques il s’agissait de guérir une pathologie. Avec la transgenèse, on passe, comme qui dirait, à une étape supérieure. Ainsi, comme le rappelle Louis-Marie Houdebine, « Lorsque la transformation génétique touche un organisme quel qu’il soit, on dit que celui-ci est génétiquement modifié. Les termes de transgenèse et transgénique ne sont utilisés que pour les organismes pluricellulaires (plantes et animaux). On ne parle donc généralement pas de cellules transgéniques, mais de plantes et d’animaux transgéniques.»60 Un animal transgénique peut donc être défini comme « un individu qui a reçu une information génétique nouvelle à la suite de l’introduction expérimentale d’ADN étranger dans son propre patrimoine génétique. Ce transfert d’ADN dans les cellules sexuelles
59 60

Pascale Briand, Ibid. Louis-Marie Houdebine, OGM : le Vrai et le faux, édition le Pommier, p.28.

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correspond à la transgenèse germinale.»61 C’est en 1982 que l’équipe américaine de Palmiter, Brinster et Hammer réussirent une manipulation génétique spectaculaire en produisant des souris transgéniques géantes. En réussissant à modifier le phénotype des souris, les auteurs avaient ouvert la voie d’une nouvelle application : l’utilisation de souris transgéniques comme modèles de laboratoire : « 10 ans après les souris géantes de Palmiter et al., on ne pouvait déjà plus compter la quantité de modèles murins de pathologies humaines. 62» A noter qu’on les utilise également comme modèle pour étudier la régulation de nombreux gènes. Concernant les autres animaux, de nombreux projets sont en cours surtout pour les animaux d’élevage. Aussi, on distingue actuellement 3 grandes directions de la recherche : amélioration des productions animales classiques (lait, viande, laine, œufs…), augmentation de la résistance des animaux à certaines maladies, production de protéines recombinantes, à hautes valeurs ajoutées. On se retrouve donc ici, une fois de plus, dans la droite lignée des objectifs de la biotechnologie. Il s’agit d’utiliser le vivant pour produire plus, mieux et de manière plus rentable. On ajoutera enfin, que toutes ces applications, malgré les incroyables progrès qu’elles ont connus, sont encore dans l’attente de nouveaux succès pour confirmer leurs avancées : « Depuis la création des célèbres souris transgéniques géantes qui avaient, elles aussi, déclenché des débats de société des plus passionnés à cause d’une nouvelle étape biologique franchie dans la maîtrise du génome et des craintes les plus grandes de voir développer des pratiques eugéniques, on s’est vite aperçu que la maîtrise du vivant était autrement plus compliquée. » En effet, pour chaque expérience de nombreuses complications apparaissaient (tumeurs, non-viabilité…) « Près de 20 ans plus tard, on est encore à la recherche de bons gènes candidats pour le progrès et la sélection génétique en élevage sans perturber de façon malencontreuse d’autres fonctions physiologiques. Et pourtant, la transgenèse animale a ouvert la voie à une moisson extraordinaire de connaissances du génome des Etres Vivants…»63 C’est également dans la perspective « d’industrialisation du vivant » propres aux biotechnologies que s’inscrivent les plantes génétiquement modifiées (PGM) ; cependant, les chercheurs qui ont travaillé sur les PGM n’ont pas rencontré les mêmes difficultés que ceux qui ont cherché à développer des animaux transgéniques et leurs réalisations ont pu très vite voir le jour sur le marché. C’est ce que nous souhaitons maintenant étudier en détail.

61

Jacques Martal, « Les biotechnologies de la reproduction animale », in, 5ème édition, éditions Tec & Doc, 1999, p.732. 62 Ibid. 63 Ibid., p758.

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2.2.

Application du génie génétique aux biotechnologies végétales

Un point crucial dans le débat sur les PGM est celui de l’ancrage historique de cette technologie issue des nouvelles possibilités du génie génétique appliquées à la sélection classique. En effet, la mise sur le marché des plantes transgéniques a été subordonnée à la possibilité de justifier la nouvelle technologie en la situant dans la continuité du développement des techniques de sélection agronomiques. C’est là un problème fondamental sur lequel nous aurons de nombreuses occasions de revenir. Ainsi, pour les promoteurs des PGM, il semble essentiel de pouvoir démontrer cette continuité, et ce d’un double point de vue : celui des technologies précédentes d’une part et celui de la nature, elle-même, d’autre part. C’est ainsi que Norman E. Borlaug, prix Nobel de la paix en 1970, situe l’origine des biotechnologies dans la nature elle-même : « Les OGM et les aliments génétiquement modifiés sont des termes imprécis qui réfèrent à l’usage de plantes transgéniques (c’est-à-dire, celles qui sont produites à partir de semences qui contiennent un gène d’une espèce différente). Le fait est que la modification génétique a commencé bien avant que l’humanité ne commence à altérer les semences par le biais de la sélection artificielle. Mère Nature a eu recours à ces pratiques et ce, d’une manière importante. Par exemple, la famille des blés sur laquelle nous comptons pour notre alimentation est issue de croisements inhabituels (mais naturels) entre différentes espèces d’herbes. »64 On retrouve cette idée dans l’ouvrage de R.Scriban : « l’introduction de gènes étrangers dans le patrimoine héréditaire des plantes n’est pas une invention humaine. En effet, l’agriculture humaine, de manière empirique d’abord, puis grâce à la sélection végétale au cours de ce siècle, a largement bénéficié des hybridations naturelles, puis provoquées, entre espèces. Par ailleurs, l’une des découvertes majeures de ces vingt dernières années, en biologie végétale, est la faculté qu’ont certaines bactéries (les Agrobactéries) de transférer des molécules d’ADN dans les chromosomes de certaines cellules des plantes. La maîtrise de ce dernier processus, ainsi que l’utilisation de procédés plus artificiels dérivés de ceux mis au point pour transformer des micro-organismes ou des cellules animales, permettent une

64

« Genetically modified organisms and genetically modified foods are imprecise terms that refer to the use of transgenic crops (i.e. those grown from seeds that contain the genes of different species). The fact is that genetic modification started long before humankind started altering crops by artificial selection. Mother Nature did it, and often in a big way. For example, the wheat groups we rely on for much of our food supply are the result of unusual (but natural) crosses between different species of grasses. » Norman E. Borlaug, « Ending World Hunger : The Promise of Biotechnology and the Threat of Antiscience Zealotry », article paru dans Plant Physiology October 2000, Vol. 124, pp. 487-490, www.plantphysiol.org, et dans www.agbioworld.com

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modification dirigée (ou transgenèse) des génomes des plantes en tirant parti des possibilités offertes par le génie génétique dans la construction de gènes in vitro. »65 Les promoteurs de la transgenèse végétale, donnent un intérêt considérable à la possibilité de rattacher cette invention aux technologies passées. Comme on peut s’en douter, il en va de la crédibilité de la transgenèse végétale, science naissante, ainsi que de la possibilité d’introduire les nouveaux aliments sur le marché (voir principe d’équivalence en substance, 3.1). En effet, il faut dire que la transgenèse végétale apparaît comme une véritable « révolution ». Aussi, ceux qui affirment la continuité avec les technologies précédentes reconnaissent également qu’il y a rupture, en ce sens, que la nouvelle technologie permet des prouesses que la sélection classique ne permettait pas66. Nous allons voir en quoi consistent ces évolutions. 2.2.1. De la sélection dite « classique » aux « PGM » Si aujourd’hui les plantes génétiquement modifiées se trouvent au cœur d’une controverse, il ne faut pas oublier que cette nouvelle « biotechnologie » reprend et complète les travaux d’une autre technologie plus ancienne : la sélection classique des variétés. On précisera que cette dernière a été en constante évolution depuis les débuts de l’agriculture. Ainsi rappelant que l’amélioration constante des plantes depuis les premiers pas de l’agriculture n’est qu’une « hyperbole », Bernard le Buanec, Georges Pelletier et Jean-Noël Plagès, affirment que « le véritable progrès génétique ne fut possible que par l’application de méthodes rigoureuses adaptées aux particularités biologiques (parmi lesquelles les régimes de reproduction) de chaque espèce »67. En effet, les espèces qui auraient été sélectionnées lors de la domestication des plantes sauvages ne présentent pas une grande diversité génétique et « étaient de qualité technologique médiocre » (1 grain de blé en rendait 3 du temps des Romains, 6 à la Révolution, aujourd’hui environ 50). La méconnaissance de la reproduction sexuée n’a pas favorisé le développement des techniques d’amélioration.

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Georges Pelletier et Evelyne Téoulé, « La transgenèse dans le règne végétal : le point sur les plantes d’intérêt agronomique », in R. Scriban, Biotechnologies, 5ème édition, éditions Tec & Doc, 1999, p.567. 66 Il n’y a pas ici contradiction comme on a pu le lire sous la plume de certains détracteurs. Arnaud Apothequer, de Greenpeance France, dénonce l’attitude des promoteurs des PGM qui soutiennent qu’il y a continuité pour rassurer le public et « innovation » pour pouvoir faire breveter leur invention. En effet, l’innovation peut être ici considérée comme la « découverte » d’une technologie que l’on voit déjà à l’œuvre dans la nature ; c’est un problème fondamental sur lequel nous aurons l’occasion de revenir et qui est largement abordé par Claude Debru dans son ouvrage Le possible et les biotechnologies. 67 Bernard Le Buanec, Georges Pelletier et Jean-Noël Plagès, « La transgenèse végétale en agriculture », in Les plantes génétiquement modifiées , Académie des sciences, rst n°13, décembre 2002, éditions Tec & Doc., p.40.

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Celles-ci n’ont pu faire de véritable progrès qu’à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Ainsi, on a vu apparaître les premières lignées pures de certaines variétés de blés68. En l’espace d’un siècle, l’amélioration des variétés de plantes cultivables a fait un bond considérable et de nouvelles méthodes se sont mises en place.

Apports de la biotechnologie à la sélection classique
En 1991, le GEN (un groupe d’experts nationaux mentionnés sur la sécurité en biotechnologie) chargé au sein de l’OCDE de l’évaluation des risques et de la sécurité des biotechnologies modernes, a décidé de publier une étude de référence des méthodes de sélection traditionnelle des plantes69. Ce rapport présente au cas par cas, les principales caractéristiques, la toxicologie, la physiologie et le comportement dans l’environnement de 17 plantes. Dans la préface du rapport, J.E Veldhuyzen van Zanten, alors président du GEN, remarque : « l’étude sur les plantes cultivées révèle que l’ère de la biotechnologie végétale a déjà commencé. Les sélectionneurs se servent de polymorphisme de la longueur des fragments de restriction (RFLP), que l’on appelle aussi technique des ‘empreintes digitales’, comme outil diagnostique pour localiser avec plus de précision les gènes qu’ils manipulent, notamment dans la tomate, le maïs, et la betterave à sucre. La régénération des haploïdes et des hybrides somatiques a été mentionnées (…) On recourt aujourd’hui à la transgénose en de nombreux endroits et pour diverses cultures, comme le maïs et le riz. Les sélectionneurs la considèrent généralement comme un outil supplémentaire, venant en complément de leurs programmes de sélection classiques. »70 C’est ainsi que l’on est passé d’un procédé de « domestication graduelle », à un procédé de « sélection végétale systématique » ; d’après Wally D. Beversdorf71, ce dernier « a affiné les ressources génétiques de base (variabilité génétique) des espèces cultivées, les transformant en variétés supérieures capables de satisfaire les demandes de la société moderne, et a joué un rôle important dans l’amélioration remarquable du bien-être de cette société. Les variétés supérieures, combinées avec les systèmes supérieurs de transformation et de distribution de la production dans la plupart des pays de l’OCDE, ont entraîné une nette diminution de la part de l’activité humaine consacrée à des travaux agricoles.» En quoi a donc consisté cette sélection végétale systématique ? L’expert de l’OCDE dresse la liste d’une série d’activités : « acquisition ou création de populations végétales

68 69

Bernard Le Buanec, Ibid. GEN, « Méthode traditionnelles de sélection des plantes : un aperçu historique destiné à servir de référence pour l’évaluation du rôle de la biotechnologie moderne », OCDE, 1991 70 J.E Veldhuyzen van Zanten, Ibid., p10. 71 Ibid.,p.11.

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génétiquement variables ; sélection des caractéristiques désirables afin d’accroître leur fréquence dans les populations soumises à la sélection ; utilisation de techniques propres à stabiliser la composition génétique améliorée de génération en génération ou d’année en année ; évaluation soigneuse des populations génétiquement modifiées du point de vue de l’adaptation, de la productivité, et des autres exigences de l’industrie transformatrice ou du consommateur final, afin de garantir que les populations génétiquement modifiées répondront aux attentes du producteur… ; maintien, purification et multiplication de la population génétiquement modifiée afin de fournir des propagules de départ stables aux systèmes commerciaux de production végétale. »72 De nombreux objectifs d’améliorations spécifiques ont été entrepris : « tolérance ou résistance à des organismes qui consomment ou contaminent des plantes cultivées, de la résistance aux stress abiotiques, atmosphériques et autres stress physiques, productivité, les caractéristiques concernant la transformation et la valeur nutritive, de l’adaptation… »73 La méthode classique se définit par la réalisation de croisements des plantes qui présentent les caractères requis, puis la sélection de ces caractères dans la descendance, leur stabilisation et leur multiplication. Toutes les méthodes utilisées dans le domaine de la sélection variétale sont cependant confrontées à certaines difficultés. L’inter-compatibilité entre les espèces est un facteur qui limite fortement les possibilités de mélange entre les espèces, la délicatesse des hybridations à mettre en œuvre, l’instabilité génétiques des hybrides interspécifiques, la longueur et la lourdeur (nécessité d’une grande quantité de matériau végétal) de la mise en œuvre technique des manipulations, la difficulté à stabiliser le matériel…74 Le développement des biotechnologies cellulaires et moléculaires aurait donc permis dans les années 60 de contourner certaines de ces difficultés.

Quelles ont été ces méthodes ?
Il y a tout d’abord les solutions qui consistent à exploiter les aptitudes naturelles chez les végétaux, tels les « micro bouturages » par exemple, l’utilisation de tissus différenciés ; il y a ensuite les méthodes de clonage qui consistent dans la reproduction d’un matériel à l’identique. On citera également en vrac la multiplication non conforme, l’haploïdisation, les protoplastes et l’hybridation somatique, cette dernière permettant de contourner en partie la barrière des espèces. On notera bien que les plantes issues de ces technologies ne sont pas

72 73

GEN, Ibid., p.12. Ibid. 74 Evelyne Téoulé, « Biotechnologie et amélioration des plantes », in, édition, éditions Tec & Doc, 1999, p.597-598.

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considérées comme des plantes génétiquement modifiées et quant à ces technologies, dans leur ensemble, elles sont considérées comme « classiques et éprouvées ». L’application des biotechnologies à la sélection n’est donc pas nouvelle. Cependant, les méthodes auxquelles a recours la sélection systématique depuis le début du siècle semblent limitées. Le Buanec, Pelletier et Plagès, soulignent que : « dès les années 1970, les biologistes des végétaux ont pressenti les limites des méthodes d’amélioration des plantes, qualifiées de classiques, qui reposent sur l’hybridation sexuée intra ou interspécifique et sur l’introduction de mutations : lenteur de processus d’innovation, impossibilité de modifier suivant les besoins les caractéristiques agronomiques ou d’utilisation. A l’époque, seules des techniques, alors récentes, de fusion cellulaire permettaient dans certains cas favorables d’élargir les échanges d’information génétique entre espèces sexuellement incompatibles mais appartenant le plus souvent à la même famille botanique»75 Avec l’arrivée dans les années 1980 de la transgenèse végétale et la possibilité d’appliquer certaines méthodes du génie génétique, on va assister à la naissance de nombreuses nouvelles possibilités et notamment, celle de contourner la barrière des espèces pour le matériel génétique introduit. Ainsi comme le remarquent Evelyne Téoulé et Georges Pelletier :« La disponibilité de telles méthodes représente une rupture dans l’évolution de l’amélioration des espèces. Tout d’abord elles permettent des transferts d’information génétique entre n’importe quelles espèces, moyennant parfois des modifications de séquences (régions régulatrices, usage de codons) pour assurer son expression dans une plante. Ensuite la précision de l’échange génétique dans ces conditions est sans commune mesure avec le résultat des transferts de gènes d’une espèce à l’autre traditionnellement obtenus par croisement et rétro croisements, où ‘l’introgression’ reste particulièrement aléatoire et indéterminée dans ses limites et ses structures et correspond souvent à plusieurs dizaines voire centaines de gènes. Enfin, la transgenèse permet aussi de procéder à l’extinction de certaines fonctions et non seulement, à l’ajout d’une fonction nouvelle (…) Dans ce domaine, la transgenèse ouvre des possibilités nouvelles par rapport aux méthodes traditionnelles de mutagenèse qui pourraient être envisagées dans la même perspective.»76 Il est important de noter ici que, la « rupture » dont fait état l’auteur concerne les moyens employés et non la fin ; la transgenèse végétale s’inscrit dans le mouvement général des biotechnologies utilisées dans le cadre de l’amélioration des variétés végétales ; elles viennent résoudre une problématique rencontrée

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Bernard Le Buanec, Georges Pelletier et Jean-Noël Plagès, « La transgenèse végétale en agriculture », in Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences, rst n°13, décembre 2002, éditions Tec & Doc., p.40. 76 Georges Pelletier et Evelyne Téoulé, « La transgenèse dans le règne végétal : le point sur les plantes d’intérêt agronomique », in, Biotechnologies, 5ème édition, éditions Tec & Doc, p.568.

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par les technologies précédentes en ouvrant un nouveau champ de possibles. Il ne s’agit donc pas d’une ‘invention gratuite’ ou uniquement motivée par le profit, des promoteurs de la technologie qui voient dans les PGM la possibilité de nouveaux revenus grâce aux brevets77. Il semble bien, en effet, que la première motivation fut la possibilité de contourner les obstacles de la sélection dite classique, grâce aux nouvelles opportunités des outils du génie génétique. Bien évidemment cette innovation a pour conséquence un accroissement des profits réalisés dans le domaine des biotechnologies agricoles par le biais de la création d’un nouveau marché; aussi remettre cette justification en question, comme certains le font, ne revient-il pas à remettre en question toute l’histoire des biotechnologies ? 2.2.2. Les techniques de la transgenèse végétale La transgenèse s’inscrit donc au sein de l’histoire des biotechnologies agricoles dans la continuité de la sélection systématique même si les nouvelles possibilités qu’elle autorise en font une technologie radicalement différente. Comment est-elle apparue et quels sont les principes qu’elle met en œuvre, c’est ce que nous souhaitons examiner. Rappelons tout d’abord qu’il existe deux types de transgenèse pour les plantes: « la transgenèse stable consiste à introduire l’ADN exogène dans le génome de la cellule de façon stable et définitive, le transgène étant mis en descendance. A l’inverse, la transgenèse transitoire va consister à introduire l’ADN exogène dans quelques cellules d’un organisme, dans un tissu donné, puis à observer les conséquences de l’expression du transgène dans ce tissu, de façon transitoire.»78 Pour la première technique, les gamètes sont transformés, pour la seconde, la descendance n’est pas transgénique.

Les premiers travaux
Comme le remarque Marc Van Montagu, « les premiers essais de transgenèse en laboratoire datent du début des années 1980 mais ils résultent d’une aventure entamée de longues années auparavant»79. En effet, le scientifique avoue s’être intéressé avec Jeff Schell, de l’Université de Gand en Belgique, aux propriétés naturelles d’Agrobacterium tumefaciens depuis 1969 ; cette propriété consistait à coloniser les plantes, y induire la prolifération des
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L’utilité des PGM est l’une des valeurs les moins bien comprise du public. En effet, comme l’ont montré de nombreuses études ( PABE, Gaskel, Hoban…) les « Questions à quoi ça sert ?», « A qui ça profite ? » reviennent le plus souvent. L’Eurobaromètre de 2000, quant-à-lui a montré que la perception de la production d’aliments modifiés à partir de la transgenèse végétale obtenait le plus petit de tous les scores des applications de la biotechnologie, avec 2,46 points sur 4.(p.37). 78 Jean-Gabriel Valay, « La transgenèse végétale : de l’ADN aux protéines », in Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences, rst n°13, décembre 2002, éditions Tec & Doc. p.11. 79 Marc van Montagu, « Il était une fois l’épopée belge de la transgenèse », in Les graines de la discorde, éditions Eselvier, Paris 1999, p.15.

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cellules végétales et obtenir que ces cellules synthétisent, en grandes quantités, quelques métabolites qu’A. tumefaciens est seule à pouvoir utiliser comme source nutritive. L’hypothèse avancée à l’époque du transfert de matériel génétique était apparue comme improbable, étant donnée que l’on n’avait pas pu observer jusqu’alors ce genre de phénomène de la bactérie vers les plantes. Pendant longtemps, le manque de moyen et de technologie ne permettra pas de démontrer cette hypothèse. Un troisième membre de l’équipe, Walter Fiers, entre temps, est allé poursuivre ses recherches aux Etats-Unis. A Caltech, il démontrera que le génome d’un virus d’Escherichia coli est une molécule d’ADN circulaire. Autre première, il obtient la séquence complète du génome du SV 40, un virus oncogène. Jeff Schell et Marc Von Montaigu continuent leurs recherches pour connaître l’origine de l’induction d’une tumeur au collet des plantes par A. tumefaciens : « nous avons assez vite observé une corrélation entre la présence d’une grande molécule d’ADN circulaire et la capacité de la bactérie à déclencher des tumeurs. Nous l’avons appelée plasmide TI. Par la suite nous avons pu démontrer que le responsable de l’action tumorigène était un segment du plasmide, porteur de gènes de virulence et appelé ADN-T (…) Très vite, grâce au développement des techniques d’hybridation de génome sur filtre, mises au point par Ed Southern, nous montrons avec Mary Dell Chilton que l’action tumorigène de la bactérie résulte d’un phénomène de ‘génie génétique naturel’ : un segment d’ADN du plasmide Ti est bel et bien transféré vers la plante et intégré à son génome.»80 Nous sommes à la fin des années 1970. Au début des années 80, Jeff Schell, Howard Goodman et Marc van Montagu, parviennent à retirer du plasmide Ti les gènes responsables des tumeurs et à les remplacer par des gènes choisis qui peuvent ainsi être insérés dans le génome des cellules végétales : « la transgenèse végétale est née » et la technologie peut commencer à se développer. Les travaux de l’équipe belge de Marc van Montagu sont généralement considérés comme la première réalisation dans le domaine de la transgenèse végétale avec ceux de l’équipe américaine de Mary Del Chilton81. Aussi, comme on l’a vu, il s’agit surtout d’un mécanisme naturel de transfert d’ADN bactérien. Ainsi, la bactérie du sol Agrobacterium tumefaciens s’arrime à la paroi des plantes blessées et transfère ensuite une partie de son génome (Chilton et al., 1977) sous la forme d’un fragment d’ADN-t qui comporte des gènes codant des protéines qui permettent la synthèse de substance de croissance végétale dans les cellules cibles ; l’activité des cellules transformées étant ainsi décuplée, la cicatrisation est

80 81

Marc van Montagu, Ibid., p.16. Chilton, M.D., M.H. Drummond, D.J. Merlo, D. Sciaky, A.L. Montoya, M.P. Gordon and E.W. Nester, Cell 11, 263-271 (1977).

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favorisée. La découverte de ces propriétés a permis au scientifique de concevoir un modèle de réalisation de PGM. Aussi, la transgenèse par l’intermédiaire d’Agrobacterium t. est réalisable parce « qu’il est possible de séparer d’une part la machinerie du transfert, et d’autre part la séquence d’ADN qui est transférée. En effet, cette dernière n’est définie que par deux séquences de 25 nucléotides, autrement dit des séquences très courtes. Ces deux séquences appelées bordures gauche (Left Border, LB) et bordure droite (Right Border, RB) sont situées de part et d’autre de la séquence d’ADN-t. N’importe quelle séquence peut être placée entre les bordures LB et RB et elle sera transférée dans la plante. »82 On peut donc insérer le transgène entre les 2 séquences bordures, puis introduire cette construction dans une bactérie appartenant à la famille des agro-bactéries. « Une fois arrivé dans le noyau de la cellule hôte, l’ADN-t peut s’intégrer dans le génome. » On ajoute à la construction un marqueur de sélection (gène conférant la résistance à un antibiotique ou à un herbicide) afin que seules les cellules transformées avec ces gènes puissent se multiplier en la présence du gène d’intérêt. On procède à une culture in vitro des cellules transformées en immergeant une partie de la plante cible dans une suspension des bactéries porteuses de l’ADN-t modifié dans le plasmide Ti ; les sections sont ensuite mises en cultures en milieu de boîte de Petri, additionnées d’une substance qui favorise la croissance. On procède ensuite à une sélection de cellules transformées (ajout de l’antibiotique ou de l’herbicide). Les tiges sélectionnées seront placées sur un milieu de bouturage. Si cette technique fonctionne très bien pour le tabac, par exemple, elle connaît de nombreux facteurs limitants chez les autres plantes83. A noter que la solution de « transformation in planta » par Agrobactérie permet d’éviter les difficultés soulevées par la régénération. Cette méthode a été réalisée pour la première fois chez Arabidopsis thaliana grâce aux travaux de Feldmann et Marks (1987) : « La méthode qu’ils préconisaient consistait à mettre en présence les bactéries avec des graines en germination et à élever ultérieurement les plantes dans des conditions normales pour sélectionner à l’aide d’un gène marqueur les individus transformés dans la descendance obtenue par autofécondation.»84 Si la technologie utilisant Agrobacterium tumefaciens peut s’appliquer quasiment sans restriction aux plantes dicotylédones (les cibles naturelles d’Agrobacterium tumefaciens), elle est cependant difficilement applicable aux plantes monocotylédones (la plupart des céréales) ; aussi à la suite de récentes recherches « Le développement de souches d’agrobactéries modifiées, ainsi que la mise au point de techniques de cultures cellulaires,
82

Jean-Gabriel Valay, « La transgenèse végétale : de l’ADN aux protéines », in Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences, rst n°13, décembre 2002, éditions Tec & Doc. p.13. 83 Ibid., 573-574. 84 Ibid..

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ont considérablement élargi le spectre d’hôte des agrobactéries : la très grande majorité des espèces végétales peut dorénavant être transformée par les agrobactéries.»85 Cependant, dès 1985, des stratégies alternatives dites de « transfert direct » ont été développées. Ces méthodes sont celles de la transformation de protoplastes et la biolistique.

Les méthodes de transformation directes
La méthode de transformation des protoplastes repose sur un principe de « déstabilisation de la membrane de la cellule par des agents chimiques ou physiques qui permet l’entrée de l’ADN. Cette perturbation doit être suffisamment brève pour que la membrane puisse reprendre son état initial et que le protoplaste reste viable et apte à emmener.»86 Cette opération peut être réalisée, soit avec du polyéthylène de glycol (PEG), molécule non toxique de haut poids moléculaire qui induit les perturbations de la paroi autorisant l’entrée de l’ADN dans la cellule ; une autre technique consiste dans l’électroporation de protoplastes (Shillito et al. 1985 ; Guerche et al., 1987) : il s’agit de mélanger les protoplastes à l’ADN et de les soumettre à une série de chocs électriques de courte durée afin de provoquer des pores dans lesquels peuvent transiter les molécules d’ADN87. Une dernière technologie, enfin, est la biolistique. Cette méthode physique consiste à bombarder les cellules de particules afin de forcer la pénétration de l’ADN. Cette technique a été développée par J.Sanford et ses collaborateurs à l’Université de Cornell (Sanford et al. 1987). L’efficacité de cette technologie a été démontrée pour la première fois dans des cellules d’oignon (Klein et al., 1987) :« Le principe de la technique est d’enrober des billes de métal avec l’ADN puis de projeter ces billes sur l’explant avec suffisamment d’énergie, en fait de quantité de mouvement, pour qu’elles traversent la paroi et la membrane des cellules. La faible taille des billes (0,4 à 1,6 mm) assure l’absence de dommages irréversibles à la cellule. »88 On a pour cela recours à un canon. Cette méthode a rencontré un grand succès, étant donné les nombreuses possibilités de tissus-cibles qu’elle autorise. « Ces méthodes de bombardement permettent de contourner les principales difficultés rencontrées dans les expériences de transformation à savoir : la sensibilité aux agrobactéries et la maîtrise des protocoles de régénération.»89 Ainsi, dans le cas des céréales (monocotylédones) les

85 86

Valay, Ibid., p.15. Ibid., p.576. 87 Ibid., pp576-577. 88 Ibid. 89 Ibid.

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techniques de biolistique sont utilisées dans la première étape (en effet, un facteur limitant est l’insensibilité à l’infection par agrobactérie). Avec les techniques de transgenèse végétale, les possibilités des biotechnologies agro-alimentaires sont multipliées. Ainsi, on a pu procéder à l’amélioration de la qualité des produits (modification des caractéristiques essentielles des acides gras, modification des protéines de réserves, qualité de maturation des fruits, caractéristiques des lignines), des résistances aux stress biotiques (résistance aux insectes, résistance aux virus, résistance aux herbicides). On a pu également modifier les systèmes de reproduction et réaliser de la culture moléculaire (molecular farming). Cette dernière consiste à « transformer une plante en bioréacteur afin de lui faire produire des molécules à usage thérapeutique ou industriel.»90 Alors que la sélection systématique rencontre de nombreuses limites dans ses capacités à améliorer les plantes, il semble bien que la transgenèse soit un nouvel outil qui permette de lever bon nombre de ces obstacles. En ce sens, elle apparaît véritablement comme un progrès dans la continuité de l’entreprise des biotechnologies. Il serait prématuré cependant d’affirmer que ces possibilités sont infinies ; cet argument pourrait également être interprété comme la possibilité de faire tout et n’importe quoi. Aussi, comme on va le voir, les applications industrielles de la transgenèse, même si elles sont nombreuses, restent encore essentiellement limitées à certaines transformations bien précises. 2.2.3. Panorama de l’industrie des PGM Pour marquer le 20ème anniversaire de la transgenèse végétale, une plaquette publicitaire réalisée par le Conseil pour l’Information sur les Biotechnologies91 affirme que : « En l’espace de 20 ans, depuis que les chercheurs ont annoncé qu’ils avaient réussi à développer la première plante améliorée par les biotechnologies, de nombreuses PGM ont été adoptées par les fermiers aux Etats-Unis et dans le monde entier (…) L’USDA estime que les agriculteurs américains planteront environ 90 millions d’acres de soja, de maïs et de coton, soit 10% de plus qu’en 2001»92 Les rapporteurs ajoutent qu’un rapport publié par le

90 91

Ibid., p.587. Le CBI est une association fondée par les industriels américains producteurs de PGM. http://www.whybiotech.com/main.html. 92 Council for Biotechnology Information, « Celebrating 20 years of plant biotechnology », « In the two decades since researchers announced they successfully developed the first plants enhanced by biotechnology, numerous biotech crops have been adopted by farmers across the United States and the world resulting in an abundant food supply that can be grown on fewer acres with reduced environmental impact. The U.S. Department of Agriculture (…) (USDA) estimates the nation’s farmers in 2002 will plant nearly 90 million acres of biotech soybeans, corn and cotton, up more than 10 percent from 2001. (…) », p.2.

40

Centre National pour l’Alimentation et la Politique Agricole américain (National Center for Food and Agricultural Policy) a démontré au travers de 40 études de cas portant sur 27 plantes, que celles-ci pouvaient apporter une croissance de 7 milliards de tonnes d’aliments, améliorer leur revenu de 2,5 milliards de $, et faire baisser l’usage de pesticide de 6,5 millions de tonnes. Ainsi, la plaquette vante les avantages obtenus par cette technologie en l’espace de 20 ans, sans oublier de mentionner les avantages à venir. Le caractère publicitaire de ce document démontre la profonde implication de l’industrie dans ce domaine qui était, il y a peu de temps encore, au stade de la recherche. Cette rapide adoption par les industriels et par le monde agricole a eu lieu à partir de la mise sur le marché de la tomate à mûrissement retardé, la flavr savr d’Astra-Zeneca, en 1994 et d’un soja résistant aux herbicides en 1995. On a donc observé une convergence rapide des pratiques industrielles et de l’agriculture. C’est ainsi que comme le remarquent Bernard Le Buanec, Georges Pelletier et Jean-Noël Plagès, « Dès le début des années 80, les premiers résultats de la transgenèse végétale sont publiés (Zambrisky et al., 1983) et de grands groupes industriels (Monsanto, Sandoz, Shell, ICI, Ciba-Geigy, Dupont de Nemours) comprennent que le développement des semences améliorées par génie génétique, en proposant des solutions biologiques aux problèmes phytosanitaires, peut remettre en cause, à terme, le marché de l’agrochimie. Parallèlement des groupes semenciers comme Limagrain et KWS lancent des programmes de biotechnologies dès 1983-1984. De plus, entrevoyant la possibilité d’utiliser le végétal pour la production de substances pour la pharmacie ou l’industrie, des entreprises se créent (…) Il se créé ainsi un fort potentiel de recherche qui, en liaison avec les acteurs publics, a conduit à une accélération des découvertes.»93 Quels sont les domaines dans lesquels les industriels ont développé les applications de la transgenèse ? C’est ce que nous allons maintenant étudier en nous appuyant sur la plaquette éditée en 200294 par les PEW initiative on food and biotechnology (une association américaine chargée de l’information et de la communication sur les biotechnologies) ; cette dernière présente en effet un tableau complet des réalisations passées et à venir. Les principaux progrès dans le domaine de la transgenèse concernent l’agronomie (applications scientifiques sur les sols et sur la production de plantes pour rendre ces dernières plus productives et plus faciles à récolter tout en réduisant les coûts et les effets négatifs sur l’environnement). C’est en respectant ces critères que les scientifiques ont

93

Bernard Le Buanec, Georges Pelletier et Jean-Noël Plagès, « La transgenèse végétale en agriculture », in Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences, rst n°13, décembre 2002, éditions Tec & Doc.,p.42. 94 PEW initiative on food and biotechnology, Harvest on the horizon : future use of agricultural biotechnology, septembre 2002, http://pewagbiotech.org/

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cherché à promouvoir des plantes ayant des traits de caractère pouvant les protéger95 : La résistance aux ravageurs et aux maladies

-

On a introduit des caractères conférant la résistance aux virus dans certaines plantes telles que les pastèques (squash), les pommes de terre, la patate douce, le blé, la papaye et les framboises. Pour cela on utilise généralement la technologie de la protéine de la coque virale. Par exemple, l’équipe de scientifiques mexicains qui a travaillé avec Monsanto pour réaliser une pomme de terre résistante au virus de la mosaïque a eu recours à cette technologie. La résistance aux champignons Dans les fruits et les légumes, les champignons causent des dommages signifiants. Aussi, les recherches en génie génétique dans ce domaine ont été motivées par la volonté de trouver un substitut aux traitements fongicides. De ce point de vue, la defensine s’est avérée être une substance naturelle efficace contre les champignons. Ainsi, en 2000, on a incorporé la défensine anti-fungale de l’alfalfa dans la pomme de terre (Gao et al. 2000) ce qui a permis à cette dernière d’être résistante au pathogène Verticillium dahliae. Au niveau tropical, des travaux ont lieu également sur la banane et le cassave. On a réalisé des travaux pour développer une solution contre Botrytis cinerea, le champignon qui touche le blé et l’orge. On a également travaillé sur la résistance de la pomme de terre à la maladie causée par Phytophthora infestans. Le riz aussi a fait l’objet de recherche dans ce domaine. La résistance aux bactéries La plupart des bactéries sont bénéfiques aux organismes qu’elles habitent, cependant, certaines sont néfastes. Par exemple, les pommes de terre peuvent subir les dommages de la bactérie pathogène Erwinia carotovora. Pour combattre cette bactérie, on a eu recours à des enzymes de la famille du lysozyme. La résistance aux insectes et aux mites Les recherches sur la maîtrise des insectes ravageurs sont nombreuses. On a pu, par exemple, introduire des gènes qui produisent une toxine nocive à certains insectes en particulier, ou encore qui provoquent la stérilité, affecte la digestion ou le métabolisme du ravageur en question, voire, produire une cire qui rend la plante plus difficile à consommer. Les plus connues de toutes les plantes insecticides sont les plantes Bt ; Bacilllus Thurengiensis est une bactérie du sol. Les delta-endotoxines formées par cette bactérie sont nocives aux insectes. Il y a plusieurs souches de bactéries Bt. De nombreuses constructions ont été introduites dans le maïs, le maïs doux, le soja, la pomme de terre, le coton et se
95

Cet extrait de la liste fournie est non-exhaustif ; aussi, nous la donnons purement à titre illustratif.

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trouvent actuellement commercialisés aux Etats-Unis et dans 11 autres pays. Le Bt est particulièrement efficace contre la pyrale, ainsi que de nombreux autres insectes. On développe également des colzas Bt. On notera également la capacité des plantes Bt à diminuer le fumonisine, une toxine qui peut être dangereuse pour les animaux et les fermiers. On a pu observer la diminution de 90 % de fumonisine dans les champs de Bt. Contre les insectes qui ne s’en prennent pas aux feuilles, mais directement aux plantes, une autre stratégie s’avère nécessaire. On a eu recours à une glycoprotéine : l’Avidine. Enfin certaines plantes produisent une cire qui les rend plus résistantes. La résistance aux nématodes On trouve plus de 15000 espèces de nématodes ; on estime qu’ils sont à l’origine de 10 % des pertes. Les scientifiques sont sur le point de créer de nouvelles stratégies. Les nématodes font énormément de dégâts dans les bananes, le soja, le riz, les pommes de terre. De nombreuses recherches ont lieu dans le domaine de la génomique afin de cibler les gènes qui présentent un caractère de résistance aux nématodes. Un autre objectif agronomique réside dans l’amélioration des plantes. Cette dernière a consisté dans le développement de : La résistance et la tolérance aux herbicides Les mauvaises herbes sont à l’origine de nombreuses pertes de rendement (compétition avec les plantes). C’est pour ces raisons que l’on a le plus fréquemment recours aux herbicides ; grâce au génie génétique, on a créé des plantes résistantes et tolérantes aux herbicides. 6 catégories de résistance ont été enregistrées : au glyphosate, au glufosinate d’ammonium, à l’imidazolinone, au sulfonylurea, au sethoxydim et au bromoxymil. Ces caractères ont été introduits dans le soja, le maïs, le coton, le colza, la betterave à sucre et plus récemment le blé. La résistance au glyphosate est la plus utilisée ; on la trouve essentiellement sur des plantes telles que le soja et le coton. Amélioration de l’usage des nitrogènes Rechercher les enzymes qui augmentent l’efficacité de l’incorporation de l’ammonium dans les protéines. Ainsi, on pourra utiliser moins d’engrais pour ces plantes. La tolérance au stress Pour les plantes, on appelle stress les conditions environnementales non biologiques telles que la sécheresse, les inondations, les changements de température, la salinité, le pH (acidité ou alcalinité) et les métaux lourds. On a pu remarquer que la tolérance au stress dépendait généralement de plusieurs gènes. Aussi, de nombreuses études sont en cours pour déterminer tous les gènes permettant de contrôler l’ensemble de ces facteurs. Régulation des hormones

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En travaillant sur les hormones, on peut influencer la croissance des plantes, le développement et le mûrissement des fruits, la longueur des tiges et le développement des feuilles, la germination, la dormance (dormancy), et la tolérance des conditions adverses. On a découvert par exemple que dans le blé, l’hormone de l’acide abscissique (hormon abscisic acid), ralentit la germination de la graine et améliore la tolérance au froid et à la sécheresse. La possibilité de contrôler la quantité et le timing de la production d’éthylène dans les fruits et les légumes peut entraîner un report du mûrissement. - L’augmentation du rendement Les applications génétiques pour modifier les caractéristiques de qualité des produits ont pour objectifs d’améliorer la nutrition, de modifier les allergènes et d’améliorer divers attributs fonctionnels pour le consommateur. Des travaux ont été effectués sur la pomme de terre et le riz. La production de nutriments On a pu utiliser le génie génétique pour améliorer la production de nutriments de certaines plantes. Par exemple certaines huiles ont été enrichies au béta-carotène ou à la vitamine E. On a aussi amélioré la capacité de stockage de certaines plantes ainsi que leur capacité à produire de la vitamine E et des acides gras… Une quantité impressionnante de recherches sur les phyto-nutriments a été entreprise. Diminution des facteurs anti-nutritionnels Certains aliments contiennent des substances qui interfèrent avec la digestion. Des études ont pour objectif de diminuer la présence de ces substances. Par exemple les glycoalkaloïdes dans les pommes de terre ; la tomatine, la solanine et les lectines dans les tomates… Suppression des allergènes Etant donné que les allergènes sont des protéines, il semble possible de modifier la structure des plantes, voire d’éliminer certaines de ces protéines de la plante. C’est ainsi qu’une équipe japonaise a pu réduire l’allergénicité du riz (Nakamura et Matsuda 1996). Les attributs fonctionnels On cherche à améliorer les qualités de certaines plantes pour des objectifs spécifiques. Ce fut le cas de la tomate Flavr Savr ; d’autres études sont en cours actuellement sur la possibilité d’obtenir des tomates à mûrissement retardé. De la même manière, on a modifié le soja pour réduire la présence d’acide linoléique, ce afin qu’il soit plus stable pour les applications industrielles. De nombreuses autres applications similaires sont à l’étude sur le soja et les pommes de terres. On notera encore également l’existence de nombreux travaux sur les arbres

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génétiquement modifiés, le gazon, les fleurs et la possibilité de produire des plantes pharmaceutiques ou d’autres qui peuvent servir de remède pour l’environnement. Nous ne nous étendrons cependant pas sur ces dernières réalisations étant donné que nous souhaitons concentrer notre réflexion sur les PGM alimentaires. Comme on peut le constater chaque plante est étudiée pour répondre à un besoin en fonction d’une attente potentielle de deux marchés : celui des agriculteurs et celui des consommateurs. On précisera que la première génération de plantes qui a été mise sur le marché avait, avant tout, pour objectif de satisfaire les besoins du premier marché. Les plantes les plus cultivées sont celles qui ont un gène de résistance à un herbicide et produisent elles-mêmes leur insecticide. En effet, sur les 52,6 millions d’hectares cultivés par les 5,5 millions d’agriculteurs dans le monde en 2001 (soit 30 fois la superficie cultivée la première année en 1996), on trouve principalement 4 types de plantes : le soja (63%), le maïs (19%), le coton (13%), le colza (5%). Sur l’ensemble de ces plantes, ‘la tolérance à un herbicide’ est le premier trait introduit (77% de l’ensemble des plantes cultivées), celui de résistance aux insectes représente 15% ; 8% des plantes cultivées réunissent les 2 traits. Enfin, les traits de résistance à un virus représentent moins de 1%96. Ces traits ont donc surtout pour objectif de résoudre certains problèmes agronomiques.

La plupart des technologies qui sont évoquées dans le rapport des « PEW initiative » se trouvent donc, soit au stade de la R&D, soit en phase d’introduction sur le marché. Or comme on peut le constater, les capacités d’innovation de la technologie sont très fortes. On peut d’ores et déjà affirmer que cette évolution potentielle dépendra de 3 facteurs :

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Clive James, ISAAA (International Service for the Acquisition of Agribiotech Applications), Review of Commercialized Transgenic Crops, 2001.

Global

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La capacité de croissance des industriels (quelques grandes firmes se partagent le marché des PGM alimentaire, parmi lesquelles on trouve Basf, Bayer CropScience, Dow AgroSciences, DuPont-Pioneer Semences, Monsanto et Syngenta), La capacité d’instituer un système régulateur efficace (cela vaut surtout au niveau européen bien évidemment, mais aussi au niveau du commerce international) Enfin, celle de surmonter le doute qui s’est emparé de l’opinion publique. Ce dernier facteur étant sans doute le plus complexe et le plus incertain étant donné la situation de « crise » qui s’est installée à l’égard des applications de la transgenèse végétale. C’est donc sur ce point que nous voulons maintenant revenir

-

-

2.3. Origine de la controverse et comparaison avec les crises agro-alimentaires Comme nous l’avons déjà remarqué dans l’introduction, alors que jusqu’à présent, la transgenèse végétale n’a été à l’origine d’aucun accident connu, et que sur le sol européen, elle est, sauf exception, restée au stade de culture expérimentale, elle est devenue la source d’une controverse scientifique et d’une polémique au niveau de la sphère publique ; ce, à cause de la nature « hautement politisée » du débat. Certaines études qui ont été menées au niveau des consommateurs démontrent une relation problématique entre l’opinion générale et cette nouvelle technologie , même si les perceptions varient. Aussi, on peut se demander parfois si, l’introduction de la transgenèse végétale sur le marché n’est pas perçue d’une manière similaire aux autres « crises alimentaires
97

» qui ont secoué la société, en ce

sens qu’elles provoquent une suspicion à l’égard des industriels et de l’institution. A la suite d’une série d’épisodes médiatiques, les PGM ont pu apparaître comme une source de danger au sein de la chaîne alimentaire. La question qui se pose alors, est : « doit-on parler d’une crise des PGM de même que l’on parle d’une crise de la vache folle ? » Cette question, bien évidemment ne fait sens que par rapport à la perception des individus au sein de la société et de la presse, car pour ce qui est des faits en eux-mêmes, nous tenterons de démontrer qu’ils n’ont absolument rien à voir. Cependant, la démonstration est importante, car l’amalgame a été plus que propagé. Aussi, quand on voit l’association de consommateurs

Que Choisir publier dans son magazine une liste d’« OGM cachés, 80 produits analysés, 16
contrôlés positifs
98

», on est en droit de se poser certaines questions. Nous voudrions tenter

ici de retracer l’historique de cette situation qui paralyse le développement de la transgenèse
97

On emploie l’expression « crise alimentaire » en référence aux situations de blocage qui opposent l’industrie agro-alimentaire et l’opinion publique suite à un accident survenu dans la chaîne qui va du producteur au consommateur. 98 « Les OGM cachés », magazine Que Choisir ?, n°394, juin 2002

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végétale, en montrant son double aspect : d’une part son enracinement comme controverse au sein de la communauté scientifique et d’autre part, sa spécificité en tant que polémique, distincte des autres « crises alimentaires ». 2.3.1. Asilomar, 1975 : une controverse scientifique sur l’aspect éthique des « OGM » On pense généralement aujourd’hui, que la transgenèse végétale suscite un plus grand nombre d’inquiétudes que d’autres applications issues du génie génétique. Mis à part, peutêtre, le clonage, les applications de la transgenèse végétale sont celles qui provoquent le plus l’hostilité du public99 ; or, il faut préciser que cette controverse s’est d’abord développée au niveau de la communauté scientifique ; en effet, comme on l’étudiera, les PGM sont loin de susciter l’unanimité parmi les experts, qu’il s’agisse de biologistes, de médecins, d’environnementalistes, d’économistes ou encore de juristes. Or du point de vue historique, on constate que cette controverse se rattache à un mouvement qui a commencé dès les premières expériences de manipulation du vivant ; le génie génétique s’est donc trouvé à l’origine d’une controverse dans l’ensemble de ses applications et les interrogations qu’il a suscitées ont touché la communauté scientifique avant de toucher les consommateurs. Autrement dit, les experts ont été concernés par les problèmes éthiques soulevés par les applications du génie génétique avant les « profanes ». Théoriquement, il semble donc possible de faire remonter les origines de la controverse des PGM aux premières interrogations sur le génie génétique. On date généralement celles-ci au mois de juillet 1974, lorsqu’un groupe d’éminents biologistes moléculaires à la tête duquel on trouve Paul Berg, a écrit au magazine Science pour notifier qu’étant donné le potentiel destructif des conséquences des travaux entrepris sur le génie génétique, il serait nécessaire d’entreprendre une pause, jusqu’à ce qu’on réfléchisse vraiment à l’ensemble des implications100. Cette suggestion a été analysée lors d’une réunion qui a eu lieu en février 1975 à Asilomar en Californie. Selon Bud, « les contributions historiques d’Asilomar étaient un appel sans précédent pour une pause dans le domaine de la recherche jusqu’à ce que celle-ci soit régulée de telle manière que le public n’ait pas besoin d’être anxieux, et cela a, en effet, conduit à un moratoire de 16 mois jusqu’à ce que les directives du NIH soient

99

Les enquêtes de l’Eurobaromètre, par exemple, ont démontré que 42% des européens citent en premier le clonage lorsqu’on leur demande ce qu’évoquent pour eux les biotechnologies modernes et le génie génétique (p.18) ; la transgenèse et la production d’aliments sont, quant à eux, les 2 applications les moins acceptables des biotechnologies, (p.41) 100 Robert Bud, The Uses of life, a history of biotechnology, Cambridge University Press, p.175

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valables au milieu de 1976.»101 Concernant « la signification au niveau industriel, la plupart des débats qui ont eu lieu à Asilomar reflétaient le problème de l’impact de la science sur la société ; rétrospectivement, la communauté scientifique semblait préoccupée par l’autoimposition de règles à l’intérieur desquelles elles pourraient travailler sans rencontrer d’avantages de problèmes avec la société.»102 Bud remarque qu’il fut donc peu question des applications commerciales du génie génétique, quoique celles-ci aient été abordées par Lederberg qui a évoqué les potentialités au niveau de la médecine et de la production de protéines, allant ainsi à contre-courant du « pessimisme ambiant »103. L’argument des bénéfices potentiels sera également repris par Berg ; ce qui fait dire à Bud que la balance risque bénéfice était déjà établie dès 1974 dans les esprits104. Au bout d’un moratoire de 16 mois, en Juin 1976, le NIH publia ses directives sur les bonnes pratiques ; celles-ci définirent les risques de certaines expérimentations et les conditions physiques appropriées pour pouvoir les poursuivre avec une liste pour définir les expériences à interdire totalement. En plus de cela, les organismes modifiés ne pouvaient pas être testés en dehors des laboratoires confinés ou d’environnement autorisés. C’est ainsi, par exemple, que l’on a établi un débat public dans la ville de Cambridge au Massachusetts pour discuter de l’autorisation de construire un laboratoire à l’Université de Harvard. C’est au même moment, en mars 1976, lors d’un débat à l’Académie Nationale des Sciences que l’aspect public a atteint un crescendo. En effet, des étudiants ont chanté « nous ne voulons pas être clonés » et Jeremy Rifkin, le leader populiste de l’opposition, s’est élevé contre le génie génétique. Il a argumenté en affirmant que ce qui se trouvait en jeu, c’était la nature de la vie elle-même et a lancé un appel pour que « la science inhumaine » reste à sa place105. Aux Etats-Unis, le débat était donc bien entamé parmi les intellectuels et déjà on voyait apparaître les racines de certains des courants actuels : d’un côté les considérations pour des principes éthiques sur le bien fondé de la science, mais également les germes de la problématique risques-bénéfices. La décision d’établir un moratoire donne un avant-goût de la version actuelle du « principe de précaution » et montre qu’il est déjà présent dans les esprits des scientifiques. C’est également à cette époque que se mettent en place les

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« Its historic outcome was an un precedented call for a pause in research until it could be regulated in such a way that the public need not be anxious, and indeed it led to sixteen-month moratorium until NIH guidelines were available in mid-1976. »Ibid., p.175 102 « As for industrial signifiance, much as the Asilomar discussion did reflect a concern for the impact of science on society, in retrospect it seemed to be concerned with the self-imposition of constraints within which scientists could work without further social concerns. »Bud, Ibid., p.176. 103 Ibid., p.177. 104 « So, as early as 1974, a list of speculative gains was being set against the speculative risks. », p.178. 105 Ibid., p.178.

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« idéologies contestataires ». On peut donc supposer que la controverse qui oppose les experts sur les PGM s’inscrit dans la continuité historique de cette première interruption du déroulement de la recherche qui a eu lieu à Asilomar et en reproduit en partie le schème. A l’époque, celle-ci concernait le génie génétique dans son ensemble. De ce point de vue, la controverse scientifique sur les PGM semble être un cas particulier d’une controverse plus générale sur le génie génétique, à laquelle les biologistes se sont pliés dès le départ. Ainsi, commentant sur les suites du processus initiées à Asilomar, Claude Debru remarque : « Or comment préciser un risque inconnu, et comment en évaluer la probabilité ? Cette question revient sans cesse sous la même forme, avec une publicité sans cesse accrue, qu’il s’agisse de plasmides ou de virus comme alors, ou d’organismes génétiquement modifiés comme aujourd’hui – qui ne sont qu’une extension de la même technique. Demander de prouver un risque plutôt que son absence n’a pas pour effet de retarder ou d’empêcher la recherche, mais au contraire de la laisser libre de se poursuivre et de s’approfondir, car l’absence de risque est ici supposée plus probable que le risque, et c’est le moins probable, le plus contraire au cours habituel des choses qui doit être prouvé. Telle est, peut-être, l’une des justifications implicites de l’idée que les mesures les plus strictes concernent les risques connus plutôt que les risques inconnus. L’idée que les risques hypothétiques doivent être moins contrôlés repose sur l’idée qu’ils sont moins probables et donc que la charge de la preuve revient à ceux qui l’affirment. La recherche ne peut que gagner à l’affirmation d’une faible probabilité. L’absence de risque lui laisse le champ libre. La suspicion d’un risque nécessite une investigation. Dans les deux cas, la connaissance s’accroît. La position prise par la commission Berg n’a pourtant pas été suivie par la conférence d’Asilomar, qui a émis l’avis que les mesures de sécurité devaient être plus rigoureuses tant que les risques restaient mal connus.106» On aura cependant l’occasion de voir que cette nouvelle controverse prend une tournure bien particulière au sein du milieu scientifique en ce sens qu’elle fait intervenir des réflexions sur la nature des modifications, sur celle du pouvoir de la technologie, et enfin sur les risques et les avantages de celle-ci. Qu’en est-il maintenant de l’aspect « polémique»? 2.3.2. Anvers, 1996 : naissance d’une polémique médiatique sur les PGM La conférence d’Asilomar est donc le premier débat interne sur le génie génétique au sein de la communauté des experts, et a permis de formuler les grandes questions qui scanderont la réflexion sur une science en construction. Au sein de la sphère publique, la polémique sur les PGM, elle, est beaucoup plus récente. En effet, en Europe l’ensemble des
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Claude Debru, Le possible et les biotechnologies, p.p. 208,209.

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spécialistes s’accordent pour dater l’irruption des PGM à la une des médias au mois de Novembre 1996. En France, le 1er Novembre, à la suite d’une couverture de Libération titrant « Alerte au soja fou », les plantes génétiquement modifiées vont commencer à faire les titres des médias107. Auparavant les aspects scientifiques de transgenèse végétale et les débats qu’elle suscitait déjà au sein des experts étaient restés confidentiels. En fait, cet article relate les premières importations de soja génétiquement modifié en provenance des Etats-Unis ; et si cet événement a suscité un tel engouement auprès des médias, le fait que l’association écologiste Greenpeace ait mené une action de protestation en s’enchaînant devant les cargos amarrés dans le port d’Anvers, n’y est sans doute pas pour rien. On sera également attentif au titre du journal qui fait référence à la crise de la vache folle. Depuis l’entrée sur la scène publique de la thématique des PGM, cette dernière n’a cessé de susciter la polémique et le débat s’est constamment envenimé au point de devenir purement politique. Ainsi récemment, avec l’incarcération de José Bové à la suite des saccages de deux champs expérimentaux de maïs GM, on s’aperçoit que le débat a été récupéré politiquement. En effet, pouvoir juger si l’application de la condamnation du porte-parole du syndicat agricole Confédération Paysanne est justifiée, semble plus important pour l’auteur de l’article que la discussion sur la cause de cette condamnation : « Bref, la justice l'a condamné à dix mois de prison ferme ; rien de plus logique que cette peine soit appliquée. Il n'en est pas moins évident que José Bové n'est pas un délinquant comme les autres. Il n'a commis aucune violence à l'égard des personnes. Militant syndical, il a commis un délit collectif, revendiqué comme tel, mais un délit symbolique. Fût-ce de manière condamnable, il a agi au service d'une cause qui peut être discutée mais en aucun cas récusée : la défense d'un environnement sain, la liberté des paysans à utiliser leurs propres semences, la protection du vivant contre son exploitation marchande.»108 On voit que la cause de Bové est acquise : il ne s’agit plus de savoir si la transgenèse végétale déstabilise ou non l’environnement et si la brevetabilité et l’instrumentalisation du vivant sont des pratiques ou non compatibles avec le développement du monde agricole. Toutes ces idées sont admises et la cause du leader médiatique de la Confédération Paysanne est juste et entendue : le saccage du bien de la propriété privée d’autrui, devient un « délit symbolique ». Le fond du problème est oublié et le seul point à discuter reste le formalisme juridique : « Dès lors, incarcérer José Bové, qui plus est dans ces conditions apparaît comme une injustice et une bêtise. Une injustice, car
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Suzanne de Cheveigné, Daniel Boy et Jean-Christophe Galloux, Les Biotechnologies en débat , pour une démocratie scientifique, p.79 et aussi Pierre-Benoit Joly, Gérald Assouline, Dominique Kréziak, Juliette Lemarié, Claire Marris, Alexis Roy, INRA Grenoble, Collectif sur les risques, la décision et l’expertise (CRIDE) ; L’innovation controversée : le débat public sur les OGM en France, Rapport, Janvier 2000, p.71. 108 « Bové pour l’exemple », Editorial du Monde du 23/06/03

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ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, ferme pudiquement les yeux devant des violences beaucoup plus dommageables commises par d'autres militants paysans, il est vrai proches de la droite ; emprisonner Bové, c'est démontrer qu'il y a, en la matière, deux poids et deux mesures. » On voit au travers de cet article à quel point le sujet est devenu polémique, ce qui montre la tournure idéologique du débat publique109 sur les PGM. Quels sont les aspects idéologiques de cette « crise alimentaire » ? C’est l’un des principaux points que l’on étudiera dans ce travail.

2.3.3. Spécificité du cas des PGM par rapport aux autres crises alimentaires Comme l’ont montré de nombreuses études, les consommateurs semblent hostiles à un type d’alimentation qu’ils considèrent comme néfaste et dans lequel ils voient un risque non défini, ou simplement, l’expression de la mauvaise qualité. Cette attitude réfractaire a eu pour conséquence de freiner le développement de la technologie et a instauré une situation d’incertitude, matérialisée au sein de l’Union Européenne par la mise en place d’un moratoire qui porte sur l’introduction de nouvelles variétés de plantes. Il semble donc intéressant de comparer cette situation avec d’autres crises alimentaires afin de dégager sa spécificité. Pour cela, on effectuera dans un premier temps, une comparaison historique, avec la crise alimentaire qui secoua l’Amérique au début du 20ème siècle et une comparaison d’actualité, dans un second temps, avec la crise de la vache folle. Dans un numéro spécial du magazine la Recherche sur les risques alimentaires, on trouve un article de l’historien des sciences Jean-Paul Gaudillière qui relate la crise qui secoua l’industrie agro-alimentaire et toute la société américaine110. On y apprend qu’en 1905, un journaliste américain, Samuel Adams dénonçait les « proprietary medecines », « ces médicaments vendus à grand renfort de publicité et dont la composition était protégée par des brevets » (l’ensemble de ses articles fut rassemblé par la New York Academy of Medecine). A la suite de ces publications en 1906, The Jungle, un roman de Upton Sinclair, dénonçait l’organisation des chaînes d’abattage et l’absence totale d’hygiène : « dans les
Lorsque nous employons « idéologique », c’est au sens où une vision politique du monde peut influencer une prise de position sur la technologie, mais également un a priori théorique sur la nature de la transgenèse (ce sera le cas des experts comme on aura l’occasion de la voir). La manière la plus globale dont nous pouvons parler d’idéologie par rapport aux PGM implique une vision systématique à leur propos. 110 Jean-Paul Gaudillière, « Echos d’une crise centenaire », la Recherche, février 2001, 339, p.14.
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saucisse, on mettait de la viande traînée dans la poussière et la sciure, là où les ouvriers avaient sué et craché des milliards de bacilles tuberculeux. On y incluait aussi la viande stockée dans les chambres froides où l’eau tombait du toit et où courraient des centaines de rats. Ces rats étaient une calamité. Les fabricants mettaient du pain empoisonné à leur disposition. Les rats mourraient. Le tout – rats, pain et viande – était expédié dans les broyeurs. » D’après Jean-Paul Gaudillière, ces 2 événements éditoriaux sont caractéristiques de l’ère progressiste aux Etats-Unis : « La presse et les journalistes jouèrent un rôle essentiel dans la révélation d’une série de scandales touchant aux questions de santé, d’urbanisme ou de finances municipales. Ce faisant, ils dénonçaient la corruption des responsables politiques ou les menaces que les industriels véreux faisaient peser sur la santé du peuple américain (…) Les campagnes des ‘fouilles-merdes’ des muckcrackers, jouèrent un rôle clé dans le développement des institutions de santé publique. »111 La naissance de la FDA aurait donc pour origine la multiplication des controverses publiques sur le comportement de l’industrie agro-alimentaire. Pour l’auteur, il semble donc intéressant d’établir un parallèle entre cette époque et la crise de la vache folle : « l’Amérique du début du siècle semble partager beaucoup de choses avec nos propres crises alimentaires : l’omniprésence des médias, l’opposition entre liberté du marché et l’intervention étatique, l’invocation d’une agriculture plus naturelle contre les pratiques de l’agro-industrie.»112 Ces scandales révélés par Upton Sinclair poussa le Président Roosevelt a s’occuper personnellement du problème et à faire passer une loi sur la « pureté des aliments ». Des enquêtes sur les abattoirs de Chicago eurent lieu et une nouvelle administration dotée de nouveaux pouvoirs vu le jour : « Le résultat fut une loi centrée non pas sur la définition de normes de qualité mais sur l’étiquetage et la conformité entre la composition annoncée et le produit effectif »113 la proposition de loi ayant été justifiée ainsi : « Quand les consommateurs savent où un produit a été fabriqué, quand il a été fabriqué, quand ils sont informés sur la véritable nature et la substance de la marchandise offerte à la consommation… alors il est presque impossible d’en imposer même au plus négligeant et au plus ignorant des acheteurs ? » (R. McD Allen. « Pure Food Legislation » Popular Science

Monthly, 34 juillet 1906). Le Food and Drug Act fut voté le 21 juin 1906.
En conclusion, Jean-Paul Gaudillière remarque que : « Après un siècle de croissance et de diversification des industries alimentaires, les débats sur l’addition de glucose ou la consommation de margarine peuvent paraître terriblement naïfs ou, pire, purement

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Ibid., p.14. Ibid., p.14. 113 Ibid., p.17.

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idéologiques. Pourtant les controverses de l’Amérique progressiste ne sont pas si éloignées de nos discussions sur l’ESB ou les OGM. Visibilité médiatique, mobilisation des consommateurs, intervention de l’Etat et des experts scientifiques en sont l’horizon commun, témoignant ainsi des continuités du siècle des biotechnologies. Une différence marquante tient toutefois au statut de l’expertise. Si la fin du XIXème siècle a vu l’affirmation d’un régime de jugement public centré sur la systématisation du recours au laboratoire et la confiance accordée aux expérimentateurs, en particulier aux chimistes, la fin du XXème siècle témoigne à l’inverse de la mise en crise de ce régime et de la difficulté croissante de techniciser la gestion des risques industriels.114» Qu’en est-il maintenant de la comparaison entre PGM et vache folle ? Tout d’abord, force est de constater que les médias rapprochent souvent les 2 thématiques115. Aussi, les journalistes ne sont pas les seuls à faire l’amalgame. En effet, Corine Lepage, ancienne ministre de l’environnement sous le Gouvernement Juppé, s’interroge sur les leçons de la crise116. Selon cette dernière, le gouvernement n’aurait tiré aucun enseignement de la crise passée et reproduirait exactement les mêmes erreurs : « Depuis lors, les mesures prises sont toujours le plus limitées possible, et les moyens mis à disposition des services vétérinaires, notamment, ne sont pas à la hauteur. Il faudrait attendre plus d'un an pour que la recommandation de l'AFSSA sur les intestins de bovins soit saisie : et le gouvernement n'a pas encore étudié la possibilité d'interdire de manière générale toutes les farines animales, alors que l'Angleterre a pris cette décision depuis deux ans. Sans doute les intérêts économiques sont-ils plus puissants que la santé des consommateurs ! On peut déplorer un total manque de discernement et de projection sur le futur. L'absence de développement de filière de soja non-OGM en France, en Europe ou même ailleurs, menace de nous faire tomber de Charybde en Scylla, du risque des farines à celui des OGM. Enfin et surtout, l'omerta qui lie dans une forme de pacte implicite l'industrie agroalimentaire et les pouvoirs publics est à dénoncer… » L’actuelle membre du Crii-gen, le Comité de recherche et d'Information Indépendante sur le Génie Génétique, fondé par Jean-Marie Pelt et Gilles-Eric Séralini, s’en prend alors au « manque de transparence du débat » et réclame une « nécessité impérieuse d’inclure le citoyen dans le débat. »

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Ibid., p.18. Voir notre étude quantitative sur les quotidiens le Monde, le Figaro, Libération et les DNA ; depuis 1996, on trouve 461 articles qui citent en même temps les mots « vache-folle » et « OGM ». 116 Corine Lepage, « Vache folle et OGM », www.crii-gen.org, 6/11/2000.

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Comme on le constate, la comparaison entre la crise de la vache folle et la polémique des PGM est commune et ce, même dans l’esprit des plus hauts responsables. Sur quels arguments cette association d’idées repose-t-elle? N’y a-t-il pas plusieurs différences entre ces deux situations et n’a-t-on pas propagé à tort l’amalgame ? En effet, si on peut comprendre qu’à la suite de nombreux accidents, tous les problèmes touchant à l’alimentation finissent par se ressembler et s’accumulent pour renforcer l’a priori négatif selon lequel l’industrie agro-alimentaire privilégie la rentabilité au détriment de la qualité, il est cependant important de remarquer qu’entre la polémique sur les PGM et la « crise de la vache folle », il existe plusieurs différences essentielles. La première de ces différences concerne la technologie. En effet, on peut comparer les PGM et les farines animales d’un point de vue formel, en ce sens qu’il s’agit de deux pratiques issues des biotechnologies, auxquelles les agriculteurs ont recours dans le but d’alimenter leur bétail en faisant des économies d’échelle (une nourriture plus abondante au meilleur coût), et qu’il s’agit, par conséquent de maximiser la rentabilité des cultures, en leur appliquant les principes de l’industrie. Pourtant du point de vue de la technologie, il faut bien reconnaître que dans le cas de la vache folle, l’alimentation à base de farines animales n’est pas un procédé issu de la recherche fondamentale. Dans le cas des techniques qui consistaient à récupérer des déchets animaux pour les transformer, il semble légitime de parler de procédés approximatifs, en ce sens que la méthode de production est issue de méthode empirique et ne découlait pas d’un savoir théorique préalable. A contrario, la transgenèse végétale s’inscrit, comme on l’a vu, dans l’histoire du génie génétique ; c’est une application qui repose sur un véritable corpus scientifique et qui est une solution pour des problèmes que se posait la sélection classique. La seconde différence concerne la nature du risque. Dans le cas de la vache folle, la

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crise a éclaté après que l’on ait crû constater l’accident ou, tout du moins, que l’annonce faite par le Ministre Britannique de la Santé ait laissé supposer l’existence de celui-ci. Dans ce cas, le danger était avéré. Dans le cas des PGM, on parle, encore à ce jour, de risques potentiels. Ceux-ci ont été envisagés dès le départ et un système de surveillance a été mis en place en prévention. Aussi, l’évaluation des risques est rendue complexe par l’impossibilité d’effectuer une estimation à long terme. Dans le cas des PGM, le principe qui est admis par tous est donc que « l’absence de preuve n’est pas la preuve d’absence ». Dans le cas de la vache folle, on se trouve dans une stratégie de réparation et de prévention (prise de mesures pour éviter la propagation de la maladie, abattage de troupeaux, nouvelles législation, embargo…) ; il s’agit de tout faire pour supprimer le danger en contenant

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l’épidémie ; dans le cas des PGM, on se trouve dans une stratégie d’évaluation (constitution et validations des dossiers par les instances compétentes, essais en plein champs, phase de validation, tests sur les animaux….) La troisième distinction, enfin, porte sur la cause du risque : à l’origine de la

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« crise de la vache folle», on trouve une responsabilité : celle de la firme britannique qui n’a pas respecté le traitement rigoureux qui permet de garantir l’innocuité des farines en conservant les extraits d’animaux à 133°C pendant plus de 20 minutes sous une pression de 3 bars, ce afin qu’il ne reste aucun agent infectieux. De ce point de vue, il y a eu un nonrespect des règles de sécurité qui peut être imputable, soit à de l’inconscience, soit à une recherche de profit au mépris des règles de sécurité. Il s’agit donc bien d’une faute punissable par la loi. Le danger est imputable à un non-respect des règles sanitaires. Dans le cas des PGM, le risque que l’on cherche à démontrer aujourd’hui est potentiellement imputable à la technologie. Pour que le cas des PGM se rapproche de celui de la vache folle, il faudrait donc qu’un laboratoire ne respecte pas les règles qui définissent le protocole de sécurité. Or jusqu’à présent, ce n’est pas l’application de la technologie que l’on juge, mais la technologie en elle-même. Il est donc clair que la controverse porte sur la transgenèse végétale en elle-même et non pas sur ses réalisations. Le problème est alors de savoir à qui revient la charge de la preuve : est-ce à ceux qui veulent développer la technologie ou est-ce à ceux qui la critiquent a priori ? Aussi lorsque certains accusent ceux qui la pratiquent, c’est plus pour dénoncer le génie génétique en lui-même, que pour dénoncer la malhonnêteté d’une absence de respect des règles de sécurité. On voit bien que la controverse porte sur la transgenèse végétale et non sur les modalités propres à son application. Nous pensons qu’il était nécessaire de faire ces rappels pour bien situer le débat. On peut trouver dans la controverse scientifique sur les PGM et la polémique qui l’a suivie, de nombreux points communs avec une situation de crise, en ce sens qu’elles ont contribué à freiner le progrès d’une technologie. A la différence de la « crise de la vache folle », cependant, la transgenèse végétale se distingue par le fait qu’elle est une application de la biotechnologie qui est issue de la recherche fondamentale. Ensuite, dans le cas des PGM, le danger n’est pas avéré et on se trouve toujours dans le cadre d’une recherche de risque potentiel. Enfin, concernant la transgenèse végétale, il est important de préciser que, s’il y a polémique par rapport à l’introduction de PGM sur le marché européen, celle-ci a bien pour origine la technologie en elle-même et non le respect des normes garantissant la sécurité alimentaire.

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Tous ces éléments nous montrent à quel point la transgenèse végétale qui a fait l’objet de nombreux amalgames avec des crises alimentaires, se distingue de celles-ci. Et lorsque l’on parle de crise, c’est en ce sens que la remise en cause de la technologie pose autant de problèmes pour le consommateur qui doute que pour l’industriel qui s’impatiente. Il est donc essentiel de lever le doute et de réguler les impatiences en cherchant les raisons qui se trouvent à la racine de ce blocage.

3. Développement des controverses au niveau des experts Trop souvent, on a parlé du refus des consommateurs en oubliant que les premiers qui ont douté de la technologie, ce sont les scientifiques eux-mêmes. A l’origine de la polémique se trouve donc une controverse scientifique. Si l’on peut comprendre certaines divergences qui ont pour cause un choix politique il est, par contre, plus difficile de saisir la nature des oppositions qui divisent le milieu scientifique. Or on constate, parmi les experts encore plus que dans l’opinion publique117, le caractère manichéen du débat et l’existence bien réelle de deux attitudes radicales118 : une tendance pro et une tendance anti-PGM. Il est donc nécessaire de creuser cette analyse afin de mettre au jour les sujets sur lesquels il y a divergences. Au regard de cette situation, il est parfois tentant de faire une interprétation simpliste, en jugeant que les experts sont tous à la solde d’intérêts politiques ou financiers. C’est ainsi, que dans un autre cas qui est celui du bœuf aux hormones, Olivier Postel-Vinay s’interroge sur le conflit qui oppose le JECFA (Joint FAO/WHO Expert Committee on Food Additives) et le SCVMPH (Scientific Committee on Veterinary Measures relating to Public Health). Il démontre alors que l’opposition n’a pas pour origine, contrairement à ce que l’on pourrait croire trop facilement, un conflit d’influence119. En effet, alors que le premier comité d’experts considère que, ; concernant la présence éventuelle dans la viande de résidus d’hormones administrées, il existe une « large marge de sécurité, à condition que les bonnes pratiques vétérinaires soient respectées. Marge de sécurité si grande que le comité jugeait

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Les travaux menés au sein de Focus Group par le PABE, ont démontré que les individus non versés dans le sujet n’avaient pas - contrairement à l’opinion généralement défendue par les acteurs des biotechnologies - une opinion tranchée par rapport au sujet et qu’ils avaient plutôt une attitude ambivalente et dans certains cas semblaient accepter l’innovation (mythe n°1). Claire Marris, « Public View on GMO, Deconstructing the myths », EMBO reports, vol.2, n°7, 2001, p.545 118 Dans son petit livre, OGM, le vrai débat , Gilles-Eric Séralini parle de « l’affrontement de deux conceptions scientifiques ». Il distingue ce qu’il appelle une vision « réductionniste » et une vision « à complexité intégrée », appellation qui recouvre en fait 2 positions extrêmes sur le sujet. 119 Olivier Postel-Vinay, « Bœuf aux hormones : surprenant conflit », La Recherche , février 2001, p.339

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inutile d’imposer une limite maximale à la teneur en résidus, signifiant par là que ceux-ci ne constituent pas un problème de santé publique. » Contre cet avis, le SCVMPH, un comité scientifique de la commission européenne, concluait au contraire que « des effets endocriniens, développementaux, immunologiques, neurobiologiques, immunotoxicologiques, génotoxiques et cancérogènes pourraient être envisagés. » Au cœur de cette controverse, on trouve l’hormone 17β-œstradiol qui pour le comité européen doit être considérée comme un « carcinogène complet ». Le journaliste s’interroge alors sur les raisons de cette version contradictoire du même problème : « Comment expliquer que des comités d’experts du plus haut niveau international, consultés sur une question de santé publique, puissent dire apparemment blanc et noir, et camper sur leur position ? Des deux côtés, les accusations fusent : les experts de la Commission disent ‘ce que leur dictent les politiques’, tandis que ceux du JECFA ‘sont aux ordres des américains’ (…) Que valent ces accusations ? On trouve dans les deux camps des experts de haut niveau, dont l’honnêteté paraît difficile à mettre en doute. » Olivier Postel-Vinay démontre alors que ce n’est pas l’intégrité des acteurs qui est en jeu. Même si l’enjeu du débat est l’introduction du bœuf américain sur le sol européen, cette controverse a d’autres raisons que purement politiques. En fait, celle-ci s’explique par le fait que « Les experts des deux comités sont d’accords entre eux pour dire que le 17βœstradiol est un cancérogène complet. C’est un fait établi et ce n’est pas une nouveauté. Mais le JECFA est allé au de delà de ce constat. Dans la mesure où le 17β-œstradiol est une hormone naturelle, produite en grande quantité par les humains comme par les bovins, il s’est posé la question de savoir si les résidus de 17β-œstradiol supplémentaires présents dans la viande de bœuf présentaient un risque. C’est à cette question qu’il a répondu par la négative. » (en effet, le supplément de 17β-œstradiol éventuellement ingérable est, selon le JECFA, toujours inférieur à un millième du 17β-œstradiol naturellement produit chaque jour par l’organisme)120. Cette digression nous donne un excellent sujet de réflexion sur le rôle des experts et leurs motivations et nous invite à une certaine prudence en démontrant que l’on peut toujours trouver une explication dans la plus incongrue de toutes les controverses. Enfin, cette analyse démontre que l’interprétation d’un risque connu (ici, l’effet carcinogène du 17βœstradiol) peut varier en fonction du principe sur lequel elle repose. Autrement, dit, un même phénomène peut être interprété de deux manières différentes en fonction du critère sur lequel on se base pour le juger. Dans le cas des PGM, nous verrons que l’expertise est confrontée sans cesse à cette situation.

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Olivier Postel-Vinay, Ibid., p.37

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En effet, qu’il s’agisse d’estimation des risques sanitaires, environnementaux, ou du calcul des bénéfices potentiels, nous allons voir que les opinions des « experts » divergent et s’opposent sur l’interprétation de résultats souvent identiques. Dans le cadre de la controverse scientifique sur les PGM, nous avons donc relevé 3 débats fondamentaux121 dont les thématiques portent sur : PGM et alimentation PGM et environnement PGM, agronomie et société

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Nous avons fait des recherches sur les controverses qui opposaient les experts et acteurs de chacune de ces 3 thématiques. Nous avons pris en compte les positions d’intervenants spécialisés dans le domaine, qu’ils appartiennent au secteur privé ou public, qu’ils fassent de la recherche fondamentale ou appliquée à la technologie. Ce terme « d’experts » relève plus ici de l’implication dans un secteur scientifique et technologique donné, que de l’expertise au sens d’un « ensemble d’activités ayant pour objet de fournir à un décideur, en réponse à sa question, un avis ou une recommandation aussi objectivement fondés que possible, élaborés à partir d’inventaires et d’évaluations des connaissances avérées disponibles, d’observations, d’inspections, d’essais, d’analyses ou d’investigations diverses, accompagnées d’un jugement professionnel.»122 Aussi, notre travail n’a pas pour objectif de fournir une réflexion sur le rôle de l’expert par rapport à la prise de décision, mais plutôt d’expliquer les raisons des controverses qui opposent les experts sur le sujet des PGM. Notre hypothèse étant que : face au caractère incertain de l’évaluation des risques des PGM, les prises de positions des experts sont sujettes à un plus grand nombre de causes de variations. En effet, plusieurs voies restent ouvertes pour l’interprétation des résultats. Aussi, on veut montrer que chaque expert détermine sa position par rapport à la lecture qu’il fait de 3 principes fondamentaux: Le principe d’équivalence en substance, Le principe de précaution, Le calcul risques-bénéfices.

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En associant chacun de ces 3 principes à une problématique respective (le principe
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On pourrait ajouter à ces thématiques PGM et brevetabilité et PGM et étiquetage ; cependant, nous avons voulu nous concentrer ici sur les thématiques propres à l’expertise biotechnologique. 122 « Proposition de définition mise en place par l’Afnor sous l’impulsion de l’Afssa », La Recherche 339, Février 2001, p.47.

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d’équivalence en substance pour les risques alimentaires, le principe de précaution pour les risques environnementaux et la balance risques-bénéfices pour l’utilité des PGM), on a pu classifier et expliquer les opinions divergentes. On s’apercevra alors que les évaluations des experts reposent en partie sur des conceptions « théoriques » (pour ne pas dire idéologiques) de la transgenèse végétale, et ce, de manière implicite ou explicite. En quelque sorte, on tentera de démontrer que le caractère indéterminé du calcul du risque (par exemple la découverte d’un allergène) fait que l’avis donné par l’expert dépend généralement de l’hypothèse que celui-ci a posée de manière implicite au départ (par exemple, équivalence en substance ou « différence absolue ») ; autrement dit, l’avis rendu comporte une part de science mais est toujours complété par un jugement, qui lui, peut être considéré comme « non scientifique », en ce sens qu’il est un principe indémontrable. Le problème de la non-scientificité des jugements de certains experts en situation de risque a déjà été abordé par Les Levidow dans un exposé qu’il a fait lors d’une conférence organisée par le Laboratoire d’économétrie de l’Ecole Polytechnique sur « l’Organisation du recours à l’expertise scientifique en situation d’incertitude.»123 D’après ce sociologue de l’Open University, lors de la mise en place de la régulation sur les PGM au niveau européen, certaines décisions ont été prises sur la base de jugements « extrascientifiques » qui auraient minimisé l’existence de certains risques. C’est cette attitude qui se serait trouvée à l’origine d’une crise publique. Le débat scientifique et les protestations du public auraient renforcé d’une manière plus ouverte les considérations apportées à l’incertitude124. Illustrant ces propos, Levidow affirme que le comité d’experts de l’Union Européenne a affirmé qu’il n’y avait pas d’évidence pour affirmer que l’usage commercial des PGM pourrait causer un effet néfaste sur l’environnement. Cette affirmation serait fondée sur des jugements extrascientifiques (normes agro-environnementales, connaissances disponibles, mesures de gestion…)125 Ce conflit aurait mis en évidence les différents cadres de vision pour l’agriculture et l’alimentation à venir (« At least implicitly, conflicts over evidence expressed

123 124

Les Levidow, « Expert Framings of Uncertainty : Regulating GM Crops in Europe. », Janvier 2002. « In the European regulation of genetically modified (GM) crops, decision-making has undergone a crisis of legitimacy. Although called ‘science-based regulation’, its decisions have been dependent upon extra-scientific judgements which were downplayed or denied – and became publicly contentious.(…) Early safety claims accepted or downplayed some uncertainties which later became controversial. Public protest and scientific debate strengthened more openened accounts for uncertainty, in at least three respects : more stringent agro-environmental norms, greater scrutiny of safety evidence, more complex causal pathways of potential harm, and doubts about riskmanagement measures. » Ibid., p.22. 125 « According to the official EU-level expert committee, there was no evidence to indicate that commercial usage of specific GM crops would cause adverse effects to the environment. Such claims rested on extra-scientific judgements-- e.g., about agro-environmental norms, about the adequacy of available knowledge, and about management measures. »Ibid., p.23.

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different framing visions for future agriculture. ») Aussi, l’auteur en conclut qu’une estimation du risque totalement apolitique est impossible, étant donné que l’incertitude concernée est cadrée par des normes agro-environnementales, des modèles de cause à effet et des estimations de gestion du risque. Les avis portant sur l’estimation du risque ne peuvent être séparés du débat public. Aussi, les procédures régulatoires ne peuvent séparer le jugement des experts, des visions politiques. Par conséquent les avis des experts officiels ne peuvent faire légitimer leurs décisions qu’en délibérant publiquement différents points qui portent sur certaines incertitudes126. On se propose donc de compléter cette analyse. En effet, comme on va tenter de le démontrer, les jugements des experts se fondent bien sur des principes extrascientifiques, en ce sens que ces principes donnent une réponse à une question qui semble a priori sans réponse (l’estimation des risques), à moins d’une expérience à long terme. Mais on est obligé de constater que cette remarque vaut pour tous types d’estimations du risque sur les PGM, et dans une certaine mesure, pour tous types d’estimations du risque sur les plantes et les aliments en général. Il nous est donc apparu essentiel de mettre au jour ces principes théoriques sur lesquels reposent le caractère scientifique ou non du débat127. Pour cette étude, nous avons étudié les textes issus des acteurs scientifiques dans leur globalité : ainsi, on trouvera côtes à côtes, articles de recherche fondamentale et appliquée, textes de vulgarisation, ouvrages généralistes rédigés par des biologistes, contributions de scientifiques engagés aux côtés d’ONG, d’association de consommateurs ou encore de groupes industriels et rapports issus d’administrations. Concernant l’origine des controverses étudiées, nous nous sommes intéressés principalement à celles qui ont eu lieu en Europe (Angleterre et France), aux Etats-Unis, et au niveau International (controverse sur les PVD et la faim dans le monde). Enfin, nous préciserons que nous avons trouvé une
126

« An apolitical risk assessment is impossible to achieve, since the relevant uncertainty is framed by agro-environmental norms, cause-effect models, and risk management assumptions. Regardless of its formal independence, risk-assessment advice cannot remain independent of public debate; regulatory procedures cannot credibly separate expert judgements from policy views. Therefore official expertise advice can help legitimize decisions only by publicly deliberating different accounts of the relevant uncertainties. » Ibid., p.23. 127 Notre démarche ici se veut avant tout théorique: il s’agit d’expliquer les controverses en démontrant le rôle de certains principes dans l’évaluation d’un risque probable ; nous n’avons pas effectué un travail de recensement exhaustif et méthodique de toutes les controverses (ainsi, nous ne parlons pas de la controverse qui porte sur le gene flow) car tel n’était pas notre but. Notre objectif est de mettre au jour, au travers de documents rédigés par les acteurs scientifiques du débat, les raisons fondamentales qui font qu’il existe des avis opposés sur le même sujet. Aussi, afin de pouvoir mener une réflexion générale, nous sommes allés chercher nos exemples de controverses partout où ils se trouvaient (aussi bien aux Etats-Unis qu’au sein de la CEE, ou dans les PVD). Nous ne nous sommes pas interrogés sur les différences culturelles, mais nous avons traité de chaque controverse comme d’un témoignage qui permet de démontrer l’engagement théorique des scientifiques au cœur du sujet.

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grande quantité de ces documents sur Internet.

3.1. PGM et risques alimentaires : le principe d’équivalence en question Le risque alimentaire se trouve au cœur de la controverse scientifique. La possibilité de garantir la sûreté des aliments contenant des fragments de plantes issus de la transgenèse végétale est un point crucial pour les experts qui se trouvent dans le devoir de pouvoir conseiller les décideurs pour l’établissement de règles définissant le nouveau marché. Or si aux Etats-Unis et dans d’autres pays tels que l’Argentine, le Canada, la Chine et l’Afrique du Sud, on constate que la production et la consommation de plantes génétiquement modifiées a donné lieu à une nouvelle chaîne agro-alimentaire, tel n’est pas le cas sur le continent européen et plus particulièrement pour les pays membres de la CEE. Depuis 1999, afin de procéder à la mise en place d’une juridiction sur la traçabilité et l’étiquetage des PGM, un moratoire a été mis en place ; il a été récemment levé en Mai 2004. Une des raisons majeures invoquée est la sécurité alimentaire et de ce point de vue, on observe certaines divergences. Ainsi, comme le rappelle Hervé Kempf dans un article du

Monde daté du 17 Avril 2003128, l'AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des
aliments), a émis une critique discrète sur les demandes d’autorisation de PGM : « En l'absence de certaines données, indique l'Agence, -elle- ne peut rendre un avis scientifiquement fondé concernant la sécurité sanitaire ». Cet avis concerne des dossiers de maïs transgénique déposés par la firme Monsanto. Par contre, ces dossiers ont obtenu l’approbation au niveau Espagnol et Néerlandais. Malgré le moratoire, en effet, les firmes continuent à déposer des demandes d’autorisation auprès des différents pays, en attendant la levée de celui-ci. Or, on observe des divergences également au sein même de certains pays. En 2002, l’organisme précédemment cité qui a été fondé à la suite de la « crise de la vache folle » a organisé un séminaire qui a réuni des experts au niveau international sur le thème de « OGM et Alimentation, peut-on évaluer des bénéfices pour la santé ? : Le débat sur les OGM porte sur deux questions principales : les OGM sont-ils dangereux ? Les OGM sont-ils utiles ? Deux approches classiques lorsqu'on entreprend une démarche d’évaluation d’un rapport « bénéfices/risques ». Deux questions délicates dans le domaine alimentaire » Ici, ce sont les bénéfices potentiels des PGM qui sont en jeux. Mais, le plus souvent, ce sont

128

Hervé Kempf, « Les OGM avancent discrètement malgré les doutes des experts français », Monde, le 17 Avril 2003.

Le

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les risques potentiels qui font l’objet d’une discussion entre les scientifiques d’origine diverses, qu’ils soient bio-ingénieurs, environnementalistes, toxicologistes, allergologues… Avant de rentrer dans le détail de cette controverse, nous commencerons par revenir sur le « principe d’équivalence en substance ». C’est, à notre avis, un principe fondamental qui, comme on essayera de le démontrer, se trouve de manière implicite à la base de toutes les controverses, en ce sens qu’en fonction de son acceptation ou de son refus par les experts, le risque n’est pas perçu de la même manière. Dans le cas de la recherche des risques alimentaires, le principe d’équivalence en substance nous servira donc de critère pour classer les différents avis d’experts sur les PGM129. On étudiera 3 controverses essentielles au niveau de la sécurité alimentaire : l’allergénicité des PGM, l’usage des gènes de résistance aux antibiotiques et enfin la transmission possible du transgène à l’organisme.

3.1.1.

Définition du principe d’équivalence en substance Le principe d’équivalence en substance nous apparaît comme un critère essentiel

pour bien comprendre les prises de position des experts dans la controverse qui les opposent sur le risque alimentaire. En effet, c’est le garant de l’introduction des PGM sur le marché. Il définit l’ensemble des critères qui font que les aliments issus de la transgenèse sont considérés comme disposant des mêmes propriétés que ceux issus de la sélection classique. Par conséquent, on tentera de démontrer que les scientifiques qui y adhèrent en déduisent que les risques alimentaires que l’on veut évaluer chez les PGM sont des risques comme les autres, alors que ceux qui le refusent (de manière implicite ou explicite) font des risques alimentaires des PGM des cas particulier.

Histoire et définition d’un principe issu du droit international
Avant d’être un concept scientifique, le principe d’équivalence en substance est d’abord un principe juridique de droit international. « Issu de travaux de la FAO, de l'OCDE et de l'OMS, il repose sur la comparaison des nouvelles denrées alimentaires avec des aliments ou ingrédients existants et consiste à considérer de la même manière sur le plan de la sécurité la nouvelle denrée et l'aliment ou l'ingrédient traditionnel lorsqu’aucune différence significative n'a été mise en évidence »130. Né d’une collaboration entre experts

129

Le fait que l’on ait rapproché le principe d’équivalence en substance de la recherche des risques alimentaire n’exclut pas le fait que l’on puisse utiliser le principe de précaution pour prendre position par rapport à un risque donné. Mais notre travail consiste ici à organiser un classement systématique. 130 Gérard Pascal, « Comment évaluer la sécurité des aliments issus de plantes transgéniques ? » OGM et Alimentation, dossiers de l’INRA, Mai 1998, www.inra.fr/

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internationaux et institutions non gouvernementales, ce principe préside à la mise sur le marché de tous les organismes génétiquement modifiés. Il est l’aboutissement du processus d'élaboration d'une méthodologie d'évaluation de la sécurité des nouveaux aliments qui a pris naissance en 1990, à l'initiative du Groupe d'experts nationaux sur la sécurité en biotechnologie (GEN) de l'OCDE. L'initiative de ce Groupe a conduit, en 1993, à la publication d’un rapport intitulé « Evaluation de la sécurité des denrées alimentaires issues de la biotechnologie moderne - Concepts et principes .» Au cours de cette même année 1990, une consultation FAO/OMS était organisée à Genève sur le même sujet, qui devait donner lieu à la publication, en 1991, d'un rapport intitulé Strategies for Assessing the Safety of Foods Produced by Biotechnology (Stratégie pour l’estimation des aliments issus des biotechnologies). Ces deux réunions marquaient le point de départ d'une réflexion qui a conduit à définir le concept d'équivalence en substance. Ensuite, la définition du concept et son application seront rediscutées au cours de plusieurs rencontres internationales. En 1994 à Copenhague, l’OMS organisait un nouvel atelier, sur l’application des principes de l’équivalence en substance à l’évaluation de l’innocuité des aliments ou constituants alimentaires issus de plantes obtenues par la biotechnologie moderne ; puis en 1994 et 1996, l’OCDE mettait sur pied à Oxford, puis à Rome des consultations sur le thème de « biotechnologie et sécurité alimentaire ». C’est lors du séminaire d’Oxford qu’ont été définies 3 nouvelles catégories d’une grande importance : Les aliments équivalents en substance, Les aliments équivalents en substance à l’exception du caractère inséré, Et enfin, les aliments non équivalents en substance.

-

En 1996, lors du séminaire de Rome, les 3 institutions internationales (FAO, OMS et OCDE) tiraient les conclusions suivantes : « les problèmes que soulève la sécurité alimentaire des organismes produits par les techniques du génie génétique sont fondamentalement de même nature que ceux que pourraient engendrer d'autres moyens, comme la sélection classique, de modifier le génome d'un organisme. Les techniques de la biotechnologie moderne ne créant aucun problème spécifique en termes de sécurité, il s'ensuit que les approches existantes de l'évaluation de la sécurité des nouvelles variétés de plantes pourraient servir de base pour l'évaluation des aliments issus de plantes génétiquement

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modifiées. »131 Quels sont alors les critères qui pourront déterminer s’il y a, ou non, équivalence en substance ? Les 4 caractères essentiels à déterminer sont : La caractérisation moléculaire de la plante génétiquement modifiée Ses caractéristiques phénotypiques Ses nutriments Les substances toxiques essentielles

-

En 1997, à Aussois, en France a lieu un séminaire sur les essais toxicologiques des nouveaux aliments qui réexaminera et complétera ces critères par l’ajout d’autres analyses toxicologiques plus approfondies, entre autres, celles qui pourraient démontrer la présence ou l’absence d’effets indésirables, la production de protéines toxiques et la nécessité de faire des essais in vivo. Et comme le remarque le rapport de l’OCDE : « En pratique, les évaluations effectuées par le sélectionneur pour ses propres besoins ou pour les procédures d'inscription des obtentions végétales ont de tous temps permis de produire de nouvelles variétés de plantes qui n’ont pas eu d’effets indésirables sur la santé humaine. Toutefois, comme ces évaluations portent rarement sur des aspects directement liés à l'innocuité des plantes cultivées, elles ne peuvent être considérées comme suffisantes pour établir l'équivalence en substance ou garantir l'innocuité d'une nouvelle variété de plante cultivée. » C’est pourquoi : « Démontrer qu'un aliment nouveau est équivalent à un produit alimentaire existant ayant prouvé de longue date son innocuité pour le consommateur permet de garantir que ce nouvel aliment est aussi sûr que l'aliment connu auquel il est comparé. »132 Ce principe, d’après Gérard Pascal, vaut aussi bien pour les aliments génétiquement modifiés, lorsque l’on constate une similitude des caractères observés (phénotypes et composition) avec les aliments de références. L’équivalence en substance suffit pour prouver l’innocuité de l’aliment visé. Au cas où l’équivalence en substance n’est pas démontrée pour certains aliments, une évaluation plus complète de l’innocuité de l’aliment sera peut-être nécessaire pour définir certaines informations supplémentaires. Concernant le choix des plantes ou des aliments de référence, ceux-ci doivent être le plus proche possible de l’aliment génétiquement modifié. On cherche à démontrer, par exemple, le caractère isogénique des deux éléments de la comparaison. On constate alors l’existence de certaines complications : « Pour bien des plantes alimentaires commerciales, on ne disposera peut-

131

Gérard Pascal, « Avant-Propos du Compte rendu du séminaire de l’OCDE sur les essais toxicologiques et nutritionnels des nouveaux aliments », SG/IGCB, 98.1, p.8 132 Gérard Pascal, Ibid., p10.

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être pas de lignées qui soient isogéniques par rapport à la lignée parentale, et l'on optera alors généralement pour une lignée se rapprochant le plus possible de l'isogénie. L'interprétation des résultats s'en trouvera peut-être alors compliquée, dans la mesure où les différences observées pourront soit provenir d'un effet secondaire de la modification génétique, soit être dues à des variations génétiques naturelles dans la lignée servant de référence. »133 Les différences significatives peuvent impliquer des recherches supplémentaires, et ces différences ne justifient pas forcément l’innocuité. En effet, il peut s’agir d’une différence causée par l’environnement ; on peut alors faire varier les environnements. « Par contre, s’il existe des différences significatives entre la lignée modifiée et la/les lignée(s) de référence et que les valeurs correspondantes s’écartent des fourchettes obtenues pour les variétés commerciales de la plante cultivée en question, et à condition qu'il ne s'agisse pas de l'effet souhaité, il peut y avoir un problème d'innocuité. »134 La cause de l’effet indésirable peut avoir pour origine soit, une mutation par insertion, soit, un effet métabolique secondaire. Il est par conséquent nécessaire d’opérer des tests toxicologiques et nutritionnels pour comprendre la nature et le mécanisme sous-jacent de cette différence. Les constituants comparés comprennent les nutriments et les substances toxiques. Il faut tenir compte du gène inséré et des modifications que le constituant est susceptible de recevoir. Pour un même organisme susceptible d’être transformé, les nutriments à analyser varieront selon les pays. L’expert de l’INRA ex-président du Conseil Scientifique de l’AFSSA remarque cependant qu’ « il subsiste toutefois certaines divergences au niveau du choix des constituants actuellement évalués par les obtenteurs ou imposés par les autorités de réglementation. En harmonisant à l’échelle internationale la liste des constituants à retenir pour chaque plante cultivée, on accroîtrait donc la cohérence de la méthode d'établissement de l'équivalence en substance. » Concernant les techniques d’analyse, les empreintes métaboliques obtenues par des analyses physico-chimiques ou encore sur la détection de l'expression du gène modifié par amplification de sous-ensembles spécifiques de l'ARNm, sont en voie de remplacer l’analyse classique ; quant aux banques de données, elles ne cessent d’être complétées et apportent leur contribution à l’établissement du principe d’équivalence en substance. On ajoutera que le pouvoir allergisant des aliments est, du point de vue de l’établissement de l’équivalence en substance, un facteur essentiel. Il est important de ne pas introduire des gènes issus d’organismes allergéniques. « Toutefois, lorsque le gène introduit en raison de ses propriétés particulièrement intéressantes est pris chez un
133 134

Ibid., p11. Ibid., p12.

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organisme notoirement associé au phénomène d'allergie alimentaire (arachide, par exemple), il est indispensable de démontrer qu'il ne code pas un allergène. »135 L’OCDE, s’accorde donc à définir l’équivalence en substance de la manière qui suit : « Pour qu’il y ait équivalence en substance, il faut démontrer que les caractéristiques évaluées pour l'organisme génétiquement modifié ou un produit alimentaire donné qui en est issu sont équivalentes aux caractéristiques correspondantes chez l'organisme ou le produit traditionnel de référence. Le concept d'équivalence en substance ne représente pas en soi une évaluation de la sécurité, mais la garantie qu’il apporte au niveau de l'innocuité des aliments issus de plantes génétiquement modifiées est égale ou supérieure à celle obtenue pour les aliments produits par des méthodes classiques. Une fois l'équivalence en substance établie, aucune autre preuve d’innocuité ne s’impose. Le concept d'équivalence en substance permet en outre de prédire dans quelle mesure la modification génétique apportée n'induira aucun effet imprévu. »136 Comme on peut le comprendre à la lecture de cette dernière citation, l’équivalence en substance est la recherche d’une garantie en comparant l’aliment connu à l’aliment nouveau. En effet, si l’aliment génétiquement modifié présente certains caractères identiques à ceux d’un « aliment parent » de référence, alors, on tient là une forme de garantie de ce que l’on peut appeler une « innocuité relative », en ce sens qu’il se peut que l’aliment soit nocif, mais alors, cette nocivité n’aura rien à voir avec la modification génétique. Elle pourrait tout aussi bien être le fait de l’aliment issu de la sélection classique. On voit bien qu’il s’agit là d’un « principe » auquel il faut se tenir. Et ce principe doit être posé sans autre démonstration : il « exclut toute autre démonstration en la matière ». Il est clair que si le principe d’équivalence en substance a pour objectif de légitimer la commercialisation des PGM alors, la recherche d’un nombre croissant de paramètres risquerait de repousser à l’infini les délais de mise sur le marché. Il faut bien alors que la recherche des critères de similitudes soit préalablement définie. Sinon, il apparaît clairement qu’une équivalence « en substance », elle, est indémontrable, puisqu’il y aura toujours une différence qui subsistera entre l’aliment modifié et l’aliment de référence. Il s’agit de montrer qu’il n’y a aucune raison de penser que le transgène occasionne un plus grand risque. L’équivalence « en substance » est donc une équivalence « en quelque sorte ». Elle a été instaurée pour rassurer le consommateur et fournir un cadre légal aux aliments issus de la transgenèse végétale. On trouve derrière ce principe, des institutions internationales qui lui donnent toute sa légitimité. C’est par un acte « volontaire et réfléchi » que l’OCDE pose l’équivalence en substance des PGM. Aussi,
135 136

Ibid. p.14. Gérard Pascal, Ibid., p10.

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comme on va le voir, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer « l’absence de scientificité » du principe. Restera à déterminer cependant, si c’est bien d’absence de scientificité qu’il faudra parler dans ce cas, ou de l’impossibilité de démontrer « l’absence totale de risque alimentaire en général», mais c’est là un problème que nous aborderons plus tard. Ce que l’on retiendra pour l’instant, c’est que la mise sur le marché des plantes génétiquement modifiées obéit à un processus scientifico-institutionnel de recherche de critères de similitudes entre les aliments nouveaux et les aliments traditionnels d’après une définition arbitraire, quoique justifiée de ces critères. Aussi, le simple fait d’admettre le principe d’équivalence en substance équivaut à reconnaître non pas la démonstrabilité à 100% de l’identité des PGM et des organismes classiques, mais que les PGM sont des organismes comme les autres ; autrement dit, ni plus dangereux, ni moins dangereux que les organismes issus de la sélection classique. Ce principe semble donc moins porter sur la recherche de preuves d’innocuité que sur la volonté de banaliser une avancée technologique.

Un principe critiqué : Millestone & al.
C’est exactement sur ce dernier point que le principe d’équivalence en substance va faire l’objet de critiques. Dans un article célèbre paru dans Nature, Erik Millstone, Eric Brunner et Sue Meyer dénoncent l’utilisation abusive qui est faite du principe d’équivalence en substance137. Ce texte a pour objectif de prouver que la démonstration de l’homologie entre la structure chimique des aliments génétiquement modifiés et leurs équivalents naturels, n’est pas une preuve suffisante pour démontrer qu’il sont sains pour la consommation138. Les auteurs soutiennent la thèse selon laquelle, la toxicité des aliments génétiquement modifiés ne peut pas être démontrée à partir de leur structure chimique. En effet, d’après les 3 chercheurs anglais, pour pouvoir continuer à soutenir le principe d’équivalence en substance, il ne faudrait pas se contenter de tests chimiques, mais leur ajouter des tests biologiques, toxicologiques et immunologiques139. Le concept d’équivalence en substance n’aurait jamais été clairement défini en ce sens que, on ne trouve nulle part précisé le degré de différence nécessaire entre un aliment génétiquement modifié et son équivalent naturel pour que cesse

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Erik Millstone, Eric Brunner & Sue Mayer, « Beyond Substantial Equivalence », Nature 401, 525 526 (1999), 7 October 1999. 138 « Showing that a genetically modified food is chemically similar to its natural counterpart is not adequate evidence that it is safe for human consumption. », Ibid. (Pagination Internet) 139 « At first sight, the approach might seem plausible and attractively simple, but we believe that it is misguided, and should be abandoned in favour of one that includes biological, toxicological and immunological tests rather than merely chemical ones. », Ibid.

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cette « équivalence acceptable » et cette imprécision vaut également pour le législateur140. Toutes ces imprécisions servent, d’après les auteurs, les intérêts des industriels et desservent le consommateur. Bien au contraire, le principe d’équivalence en substance, est un obstacle à une enquête plus approfondie. Concrétisant leur critique, les auteurs introduisent le concept de « ADI » (acceptable daily intake). La « dose journalière tolérable ou acceptable » aurait été, d’après Millstone et al., une manière beaucoup plus assurée de vérifier les risques éventuels. En effet, il s’agit du critère auquel on a recours avant de mettre sur le marché des composés chimiques, pharmaceutiques, les pesticides et les additifs alimentaires. Mais les états n’ont pas voulu avoir recours à ce principe. Ils ont préféré laisser plus de liberté aux firmes agro-alimentaires en ayant recours au concept d’équivalence en substance. On n’a pas voulu introduire de régulation pour s’assurer que l’ADI n’est jamais atteint141. Cela pour 2 raisons : d’une part, les tests à effectuer auraient repoussé davantage la mise sur le marché (d’au moins 5 années) et auraient coûté une fortune aux entreprises (les auteurs estiment la somme à 25 millions de dollars par produit) et d’autre part, cela aurait cantonné les aliments génétiquement modifiés à un rôle marginal dans l’alimentation. Or un ADI est généralement défini comme équivalent à 1/100ème de la plus forte dose qui a pu être prouvée néfaste pour les animaux. Par conséquent, même si un animal ne montre aucun symptôme à la suite d’une diète uniquement composée de matériel test, alors la dose d’aliment génétiquement modifié qui sera admise dans l’alimentation humaine sera toujours limitée à 1%142. Partant de ce raisonnement, les auteurs en concluent que l’adoption du principe d’équivalence en substance était simplement un « signe » pour autoriser les firmes agroalimentaires à mettre sur le marché des aliments dont la composition chimique ne diffère pas de ceux existants, et aussi une manière de rassurer les consommateurs. Repartant à l’origine des discussions qui ont présidé à la naissance du concept d’équivalence en substance les scientifiques anglo-saxons font références aux rencontres tenues par

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« The concept of substantial equivalence has never been properly defined; the degree of difference between a natural food and its GM alternative before its 'substance' ceases to be acceptably 'equivalent' is not defined anywhere, nor has an exact definition been agreed by legislators. » Ibid. 141 « One obvious solution at that time would have been for legislators to have treated GM foods in the same way as novel chemical compounds, such as pharmaceuticals, pesticides and food additives, and to have required companies to conduct a range of toxicological tests, the evidence from which could be used to set 'acceptable daily intakes' (ADIs). Regulations could then have been introduced to ensure that ADIs are never, or rarely, exceeded. », Ibid. 142 « Thus, even if the animals show no adverse effects on a diet consisting exclusively of a test material, human intake would still be restricted to 1% of the human diet. The biotechnology companies want to market GM staples, such as grains, beans and potatoes, which individually might account for as much as 10% of the human diet, and collectively might provide more than half of a person's food intake. » Ibid.

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l’organisation agricole et alimentaire des nations unies (FAO) et à l’organisation mondiale de la santé (WHO). En effet, les 2 organisations internationales lors de rencontres préliminaires qui ont eu lieu dans les années 1990 auraient fondé le débat sur des bases contradictoires en affirmant d’une part qu’en un certain sens, les aliments génétiquement modifiés sont une innovation et qu’en tant qu’innovation, ils doivent pouvoir être brevetés et d’autre part, ils ne sont qu’une innovation relative puisqu’on affirme qu’ils se trouvent dans la continuité des aliments traditionnels143. Ce genre d’argumentation ne peut s’expliquer que comme une interprétation de la volonté des industriels qui veulent pouvoir commercialiser ces produits. Le débat des organisations internationales a donc abouti à la conclusion qu’il était nécessaire de comparer les aliments génétiquement modifiés avec les aliments traditionnels. Or d’après les auteurs, aucun scientifique ne peut prédire les effets biochimiques et toxicologiques d’un OGM en partant des connaissances de sa constitution chimique144. Ils citent l’exemple d’études récentes sur le raisin qui ont démontré que malgré les connaissances détaillées que l’on possédait sur le raisin et sa composition chimique et ce, depuis des années, il était encore impossible d’établir un lien entre la génétique du raisin et sa saveur (flavour). Comment peut-on alors se fier au principe d’équivalence en substance, alors qu’il est difficile d’établir des relations entre la génétique, la chimie et la toxicologie. Les auteurs citent alors les travaux d’Arpad Pusztai, le scientifique du Rowett Institute dont les publications ont causé un véritable scandale parmi le milieu scientifique britannique (ce sujet fait l’objet d’une étude dans notre travail). Pusztai aurait démontré la toxicité des pommes de terre génétiquement modifiées sur le rat, or de tels travaux n’auraient pas pu être possibles avec une simple analyse chimique des aliments. Ce genre d’expérience n’est pas exigé avant qu’un PGM soit introduit sur le marché. Tous ces arguments démontrent, toujours d’après Millstone, Brunner et Mayer, l’incohérence de la définition de l’équivalence en substance. En effet, si on prend le cas du soja tolérant au glyphosate alors, on peut constater une contradiction propre au « dit principe ». En effet, on est obligé de reconnaître que ce soja n’est pas équivalent en substance au soja traditionnel, puisque sinon, d’une part, il ne pourrait pas être breveté et

143

« The FAO/WHO panel report makes intriguing reading, because what it fails to mention is as important as what is discussed. It does not use the term 'substantial equivalence' or mention ADIs. It implies that GM foods are in some important respects novel, but it then argues that they are not really novel at all – just marginal extensions of traditional techniques. », Ibid. 144 « The FAO/WHO panel report makes intriguing reading, because what it fails to mention is as important as what is discussed. It does not use the term 'substantial equivalence' or mention ADIs. It implies that GM foods are in some important respects novel, but it then argues that they are not really novel at all – just marginal extensions of traditional techniques. » Ibid.

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d’autre part, il ne serait pas résistant au glyphosate145. Ce soja a pourtant été estimé équivalent en substance par le fait que les différences génétiques et chimiques connues sont estimées insignifiantes du point de vue toxicologique. Au lieu de cela, on s’est arrêté à démontrer la similitude des acides, des acides gras, des fibres, des isoflavones et des lécithines. Comment, s’interrogent alors les auteurs, une telle affirmation est-elle possible alors que l’on sait depuis des années que l’application du glyphosate au soja transforme sa composition ? Par exemple il influence le niveau de composés phénoliques tels que les isoflavones. Malgré cela, les tests auraient été conduits sur le soja génétiquement modifié qui n’aurait pas été traité au glyphosate. Les grains génétiquement modifiés qui ont été testés appartiennent à un type qui ne sera jamais consommé, puisque le soja que l’on trouve dans le commerce a toujours subi un traitement au glyphosate. Si le soja avait été traité, sans doute eût-il été beaucoup plus difficile de démontrer l’équivalence en substance. Ils en déduisent que ce manque de rigueur prouve une fois de plus l’incohérence des institutions par rapport à l’adoption et à l’application de ce principe. Aussi, les 3 scientifiques tiennent à signaler que seul le gouvernement hollandais a reconnu la limitation du concept d’équivalence en substance. Ce dernier recommande davantage de tests tels que : l’analyse de l’ADN, le relevé d’empreinte des protéines, le profilage (profiling) des métabolites secondaires et la réalisation de tests in vitro. Il sera donc intéressant de suivre de près ces études pour voir si elles mènent à la découverte de différences. En conclusion, Millestone et al. affirment que le concept d’équivalence en substance est un « pseudo concept scientifique » ; en fait il s’agit d’un jugement commercial et politique qui se présente comme un concept scientifique146. Les auteurs vont même plus loin en soutenant qu’il est anti-scientifique en ce sens qu’il empêche toutes autres recherches et fait obstacle aux chercheurs qui voudraient développer d’autres pistes (les auteurs font sans
145

« GM glyphosate-tolerant soya beans (GTSBs) illustrate how the concept has been used in practice. The chemical composition of GTSBs is, of course, different from all antecedent varieties, otherwise they would not be patentable, and would not withstand the application of the herbicide glyphosate(…)GTSBs have been deemed to be substantially equivalent because sufficient similarities appear for those selected variables. But this judgement is unreliable. Although we have known for about ten years that the application of glyphosate to soya beans significantly changes their chemical composition (for example, the level of phenolic compounds such as isoflavones6), the GTSBs on which the compositional tests were conducted were grown without the application of glyphosate. This is despite the fact that commercial GTSB crops would always be treated with glyphosate to destroy surrounding weeds. The beans that were tested were, therefore, of a type that would never be consumed, while those that are being consumed were not evaluated. If the GTSBs had been treated with glyphosate before their composition was analysed, it would have been harder to sustain their claim to substantial equivalence. » , Ibid. 146 « Substantial equivalence is a pseudo-scientific concept because it is a commercial and political judgement masquerading as if it were scientific. It is, moreover, inherently anti-scientific because it was created primarily to provide an excuse for not requiring biochemical or toxicological tests. » Ibid.

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doute ici référence à l’affaire Pusztai). Par conséquent, les instances officielles, si elles veulent rassurer le public, feraient mieux d’abandonner ce concept pour s’orienter vers des recherches toxicologiques et sanitaires sur les organismes génétiquement modifiés, c’est sans doute là encore la meilleure façon de rassurer le grand public147. Cet article qui a été publié dans le journal Nature a fait date. Mais il n’est pas le seul. Le professeur de biologie moléculaire à l’université de Maharishi, John Fagan, renchérit dans un article nommé « L’échec du principe d’équivalence en substance dans la régulation des aliments transgéniques. »148 Selon cet auteur, aujourd’hui pour démontrer cette équivalence en substance, on compare de manière sélective certains critères. Or pour que l’on puisse véritablement parler d’équivalence en substance, il faudrait que celle-ci puisse valoir pour tous les arguments qui concernent le consommateur, ce qui est totalement erroné149. D’après l’auteur, le plus grave est que les tests qui sont actuellement préconisés laissent entièrement de côté les risques imprévisibles. En effet, ces tests laissent de côté les effets dus au hasard du processus génétique lui-même150. Il cite pour appuyer son affirmation le cas du tryptophane, introduit sur le marché par la société Showa Denko en 1999, un supplément alimentaire produit à base d’une bactérie génétiquement modifiée aux Etats-Unis et qui a rendu des milliers de consommateurs malades ; parmi eux, 1500 individus sont restés déstabilisés et 37 sont morts. Selon les mesures effectuées, le tryptophane issu d’une bactérie génétiquement modifiée était équivalent à celui qui était préparé à partir d’une bactérie naturelle. Pourtant, il n’était pas équivalent en substance au niveau de la sécurité alimentaire. Si d’autres tests avaient été exigés, on se serait sans doute aperçu de cette non équivalence. Il paraît, par conséquent, essentiel de faire subir les tests adéquats et plus particulièrement les tests cliniques qui permettront de détecter les toxines et les allergènes dus aux hasards du processus biologique et qui ne peuvent être détectés par de
147

« If policymakers are to provide consumers with adequate protection, and genuinely to reassure them, then the concept of substantial equivalence will need to be abandoned, rather than merely supplemented. It should be replaced with a practical approach that would actively investigate the safety and toxicity of GM foods rather than merely taking them for granted, and which could give due consideration to public-health principles as well as to industrial interests. », Ibid. 148 Article publié sur Internet par Richard Wolfson, daté du 15 Novembre 1999 (lien quaduque) 149 « The argument supporting this practice is that since most of the characteristics of a particular genetically engineered food are similar to those of its non-genetically engineered counterpart, it must be the case that the genetically engineered food is substantially equivalent to its non-genetically engineered counterpart with respect to all characteristics relevant to the consumer. This is obviously a fallacious argument, and should not be used as the basis for avoiding more extensive testing and for avoiding the labeling of genetically engineered foods » Ibid. 150 « Important as these studies are, however, they fail to even begin to assess one very substantial class of risks that are inherent in genetically engineered foods. That class of risks consists of health hazards resulting from the unanticipated side-effects of genetic engineering. Such testing schemes are completely incapable of detecting unsuspected or unanticipated health risks that are generated by the process of genetic engineering, itself. » Ibid.

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simples analyses des compositions chimiques151. Cependant, étant donné le fait qu’aucun test ne peut fournir une garantie absolue et que cela prend parfois plusieurs années, il sera nécessaire d’étiqueter les aliments génétiquement modifiés. Sans ces nouveaux tests auxquels l’industrie agroalimentaire est souvent opposée, l’auteur prédit l’introduction sur le marché d’aliments qui risquent de sérieusement endommager la santé des consommateurs152.

Discussion
Issu d’une concertation au niveau des instances internationales, le principe d’équivalence en substance est un accord sur l’établissement de conditions préalables à la mise sur le marché des plantes génétiquement modifiées. Cette réflexion est née dans les années 1990 et a abouti en 1994, une année avant la mise sur le marché des premières plantes génétiquement modifiées. Peut-on dire alors qu’il s’agit d’un principe de nature « politique et économique » sans valeur scientifique comme l’affirme, par exemple, Millestone & al. ? Cette critique n’est pas si évidente qu’elle le paraît. Lorsque les auteurs affirment que l’équivalence en substance est un concept pseudoscientifique, il est nécessaire de distinguer les raisons qui les autorisent à dénoncer cette scientificité déguisée : un premier argument est que le principe a été mis en place par des institutions pour soutenir l’accès au marché et l’innovation de firmes de l’industrie agroalimentaire. Pour soutenir une telle idée, il est important de s’interroger sur le pourquoi de cette décision ; surtout si elle fait preuve d’une telle irresponsabilité et d’une si grande contradiction de la part d’institutions internationales. Ensuite, rien ne prouve que les raisons politico-économiques soient contradictoires avec la « raison scientifique » d’un principe. En effet, qu’entend-on par scientificité ? S’il s’agit d’une vérité démontrée, débarrassée de tout doute possible, alors, il semble que la scientificité du principe soit difficilement démontrable, étant donné que cela impliquerait un nombre infini de vérifications et la mise en place d’un protocole de tests qui pourraient durer plusieurs années. Qu’en est-il alors du 2ème argument
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« Only clinical tests have the broad specificity and relevance to human physiology needed to detect the wide range of allergens and toxins that might result from unexpected side-effects of the genetic engineering process. Without such tests, the full range of allergens and toxins that can be introduced via the process of genetic engineering cannot be detected, and without such tests, it is impossible to assure that a given genetically engineered food is in fact free from health-damaging characteristics. » Richard Wolfson, Ibid. 152 « Without such testing some genetically engineered foods that seriously damage the health of consumers will enter the market. Thus, this short-sighted approach to safety assessment clearly favors commercial interests while placing the health of the entire population at risk. Not only does this abrogate scientific responsibility and basic humanitarian values, but it is also bad business, because it will inevitably lead to loss of consumer confidence in genetically engineered foods. », Ibid.

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qui soutient lui que cette « pseudo-scientificité »

institutionnelle est une « anti-

scientificité », parce qu’en plus de laisser rentrer sur le marché des aliments pour lesquels le nombre de tests effectués est largement insuffisant, elle empêcherait la réalisation de tests supplémentaires. Autrement dit, après avoir laissé entendre que le principe n’avait qu’une légitimité politique, on soutient, cette fois-ci, qu’il pourrait être scientifique si on avait recours aux bons tests pour démontrer l’équivalence en substance entre les aliments génétiquement modifiés et les aliments traditionnels. N’y-a-t’il pas là une contradiction ? D’une part on affirme que l’équivalence en substance n’est pas un principe scientifique en ce sens que ce qu’elle cherche à démontrer n’est pas démontrable, ensuite, on affirme que pour qu’elle en devienne un, cela dépend de la nature et du nombre de tests effectués. Au final, la véritable question qui est débattue est la suivante : le principe d’équivalence en substance est-il mal appliqué ou est-il inapplicable ? Autrement dit, doit-on abandonner ce principe comme suggèrent les 3 scientifiques anglais, ou est-il possible de l’appliquer tout en conservant une certaine vigilance sur les expériences qui président à la démonstration de cette équivalence ? Or seule une décision arbitraire permet de choisir entre ces 2 alternatives. Comme on le sait, c’est le propre de tout principe d’être posé a priori avant démonstration. Et c’est peut-être là, à notre avis, que se trouve ce que certains appellent la « non-scientificité » du principe : l’équivalence en substance est posée sans être véritablement démontrée. Cela n’empêche pas cependant que tout doit être mis en œuvre pour qu’elle le soit. Autrement dit, rien, a priori, ne permet d’affirmer que l’équivalence en substance est indémontrable. Cela reviendrait d’ailleurs à soutenir le contraire, c’est-à-dire, la « différence absolue » des organismes génétiquement modifiés. En effet, puisque l’équivalence, comme on l’a vue, est relative non pas à l’ensemble des qualités de la plante génétiquement modifiée, mais seulement à certains paramètres qui ont pu faire l’objet de tests. Admettre la possibilité de l’équivalence en substance, c’est poser qu’il n’existe pas une différence fondamentale et incompressible entre les aliments génétiquement modifiés et leurs équivalents issus de la sélection classique. Ou tout du moins, que cette différence n’est pas une différence de nature qui, de ce fait, pourrait engendrer des conséquences imprévisibles, parce qu’elle est différente de nature, ce qui n’est pas la même chose que de défendre l’innocuité totale et sans condition des PGM. Il est donc nécessaire de mettre en application tous les tests nécessaires pour démontrer que l’introduction du transgène n’a pas plus de conséquences néfastes sur la santé des individus que n’importe quel autre aliment connu. Par contre, on verra que certains détracteurs refusent de manière catégorique ce principe et supposent que le transgène introduit entraîne une « différence de nature ». Il n’y

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aurait pas de continuité entre les plantes obtenues par le biais de la transgenèse végétale et leurs équivalents classiques. Ce qui revient, d’après nous, à affirmer la « différence absolue » des PGM. Refuser l’équivalence en substance, c’est affirmer qu’il existe une différence radicale entre les PGM et leur parent non génétiquement modifiés et que cette différence peut se trouver à l’origine de risques alimentaires insoupçonnés. Dans un cas, on fait de la recherche du risque un objectif, dans l’autre, on le pose même avant d’avoir démontré son existence. Toutes ces spéculations nous démontrent la complexité du problème et son imbrication dans un débat d’idées. En effet, comme on va le démontrer, la recherche du risque alimentaire va donner lieu à une série de querelles dans lesquelles le principe d’équivalence en substance va jouer un rôle fondamental en arbitrant le débat. Alors que les partisans du principe d’équivalence en substance admettent la nécessité de faire des tests pour vérifier celle-ci, ses détracteurs dénoncent la partialité, l’insuffisance, voire refusent tout bonnement la possibilité de démontrer ce principe et accusent de “ réductionnistes ” ceux qui s’y réfèrent pour légiférer sur la possibilité de commercialiser les PGM ; ce que nous appelons le “ principe de différence absolue” étant implicitement153 le seul qui vaille à leurs yeux. Comment toutes ces controverses se présentent-elles au cas par cas ? C’est ce que nous allons voir désormais.

2.1.2 PGM et risque d’allergie Comme on vient de le voir, le principe de l’équivalence en substance est un concept introduit par les institutions internationales (OCDE, FAO et OMS) afin de fournir un cadre légal à la mise sur le marché des PGM. Il affirme la thèse selon laquelle l’aliment traditionnel et l’aliment génétiquement modifié sont identiques, si aucune différence significative entraînant des dangers pour la santé n’a pu être mise en évidence. Partant de cela, il apparaît légitime de s’interroger sur le caractère allergénique des nouveaux gènes introduits dans l’organisme. En effet, si on admet la possibilité de démontrer « l’équivalence en substance » entre les PGM et les plantes issues de la sélection traditionnelle alors, comme l’affirment Georges Pelletier et Evelyne Téoulé dans le manuel de R.Scriban, après avoir rappelé le côté imprédictible de toute allergie : « Cependant, il n’y a pas non plus de raisons objectives pour considérer a priori les plantes transgéniques comme plus ou moins

153

S’il n’a jamais été affirmé en tant que tel par les acteurs, on suppose l’existence de ce principe. Il est une sorte de non-dit qui se trouve impliqué dans la controverse. Il est un jugement de valeur qui qualifie a priori la valeur des PGM.

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allergéniques que les variétés traditionnelles. »

154

Pourtant, comme on va le voir, la

controverse sur l’allergénicité prend pour point de départ un problème irréductible : les PGM peuvent-elles se trouver à l’origine de nouveaux risques d’allergie et si oui, possède-t-on les moyens de détecter ces risques ? En d’autres termes, la transgénèse introduit-elle un risque supplémentaire dans la chaîne alimentaire et a-t-on les moyens d’éviter ce risque ? Aussi, alors que pour certains experts, les PGM sont sources d’allergie au même titre que tous les aliments et les tests effectués sont une preuve irréfutable de sûreté et une garantie fiable, pour d’autres, elles sont un risque supplémentaire, imparable, qu’aucune analyse ne permettra d’éviter. Comme on le verra la critique est parfois très virulente : en effet, un esprit inattentif croisant les lignes d’un journaliste pressé pourrait penser par mégarde que les PGM peuvent causer plus d’allergies que les aliments traditionnels. Cette opinion, loin d’être le fait d’une campagne de désinformation menée par les médias, est soutenue par de nombreux experts qui pensent que l’introduction d’un ou plusieurs gènes dans le génome d’un organisme peut se trouver à l’origine d’un risque allergénique supplémentaire et imprévisible ; il se pourrait également que la modification du métabolisme de l’organisme dans lequel on a introduit le transgène soit à l’origine du risque.

Etat des lieux sur les risques d’allergie potentiels des PGM
Ainsi, on peut lire dans l’imposant ouvrage d’Anne Briand-Bouthaux, chargée d’étude à l’INRA à Grignon et championne de Biathlon à Albertville : « Les incertitudes portant sur les activités des gènes insérés perturbent singulièrement l’aptitude à prédire toutes les modifications qui pourraient survenir dans le métabolisme de la plante transgénique. De nombreux effets consécutifs à l’introduction de gènes étrangers dans un génome sont parfaitement imprévisibles de même que les répercussions éventuelles sur la composition de la denrée alimentaire concernée. Le devenir du transgène au sein du génome, receveur peut provoquer une perturbation non désirée de son métabolisme. »155 D’après cet auteur dont le livre - véritable somme sur les biotechnologies destinée à un public à la curiosité avancée - a été préfacé par Jean-Marie Pelt (botaniste célèbre, président de l’Institut Européen d’Ecologie et membre du Crii-gen) et Corinne Lepage (ancienne Ministre de l’environnement), cette incertitude concernant l’introduction du transgène pourrait être à l’origine d’un risque allergénique : « Un autre risque spécifique aux OGM est celui qui surviendrait si le transgène rehaussait le niveau d’expression de certaines protéines

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Georges Pelletier et Evelyne Téoulé, « La transgénèse dans le règne végétal : le point sur les plantes d’intérêt agronomique », in Biotechnologies, R. Scriban, 2001, p. 588 155 Anne Brian-Bouthiaux, OGM, Brevets pour l’inconnu, éditions Faton, 2002, p.123

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allergéniques présentes dans les lignées naturelles, ou encore si, par ses interférences sur le génome hôte il créait des variations de transcription donnant à la protéine traduite une conformation inédite. Il est utile de noter que la modification d’une protéine, de quelque façon que ce soit (par exemple protéine tronquée car codée par un gène raccourci au niveau de sa séquence), est à même de changer son potentiel allergénique. » Idée que l’on trouve résumée en rouge dans la marge de la manière suivante : « La simple remodification de la structure des protéines résultant d’une perturbation du génome représente aussi un risque allergique. »156 Ces affirmations, comme on le voit, soulèvent un nombre considérable de problèmes en faisant des PGM une source de risque particulière et beaucoup plus dangereuse que tout aliment classique (cette spécificité est d’ailleurs utilisée bon nombre de fois comme un argument contre le principe d’équivalence en substance). Pourtant, cette position n’est pas toujours soutenue de manière unanime. En effet, si le risque est bien reconnu par l’ensemble de la communauté scientifique, les instances officielles et d’autres experts, oeuvrent pour mettre en place de nombreux tests et conserver une maîtrise totale de la technologie. A contrario, les promoteurs de la transgenèse végétale défendent la thèse selon laquelle les PGM offrent une plus grande sécurité alimentaire que les plantes classiques, étant donné que l’on sait parfaitement le matériel génétique que l’on y introduit. Il s’agit, comme on le voit, de retourner la critique initiale à l’avantage de la biotechnologie. Jean-Marie Wal, expert de l’INRA, propose une excellente synthèse du problème en affirmant que « Le risque d’allergie est l’un des plus souvent évoqués à propos des aliments issus d’OGM. En fait, il n’y a pas de caractéristiques propres au génie génétique qui rendrait une protéine transgénique intrinsèquement plus allergénique que son homologue ‘naturelle’. Le risque alimentaire d’une nouvelle protéine doit donc être évalué de la même manière qu’avec toute protéine naturellement présente dans un aliment. »157 Certains font d’ailleurs remarquer que, très souvent, on exige des PGM des critères spécifiques de non-allerginicité que l’on n’a jamais exigé des autres organismes. C’est le cas par exemple pour le Kiwi, aliment fortement allergénique qui n’a fait l’objet d’aucun test particulier lors de sa mise en vente sur le marché. Les PGM sont susceptibles de causer des risques d’allergie, au cas où le transgène serait un allergène. Or, on peut distinguer deux niveaux de risque : soit l’allergène codé est connu, soit il est inconnu. En ce qui concerne le premier risque, un cas célèbre est celui du gène codant l’albumine 2S de la noix du Brésil. Celui-ci a été utilisé par la firme Pioneer HI-Breed pour rééquilibrer la composition protéique d’une graine de soja, graine naturellement pauvre en
156 157

Ibid., p.125 Jean-Marie Wal, « OGM, quel risque pour la santé ? » Biofutur 192, septembre 1999, p.22.

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acides aminés soufrés. Grâce à la connaissance que l’on avait de ce risque, on a pu interrompre suffisamment tôt la commercialisation de ces nouvelles plantes. Par contre pour un grand nombre de protéines transgéniques exprimées, on connaît peu d’élément de référence. Jean-Marie Wal évoque le cas des protéines bactériennes « telles que les enzymes dégradant les herbicides, produites en faibles quantités dans les plantes actuellement en voie de commercialisation. »158 Pour ces gènes, il est nécessaire, soit de faire des expériences supplémentaires, soit de chercher des références dans des bases de données de séquences homologues. Cependant, la détection de l’allergénicité semble être d’une très grande difficulté. Les tests qui sont effectués de manière indirecte sur la population animale ne peuvent servir de référence pour décider si un risque peut être encouru par la population humaine, et ce, en raison de la variabilité de la réponse humaine. Le deuxième obstacle à la détection des risques d’allergénicité, concerne la recherche des séquences homologues : en effet, « il n’existe pas de lien étroit entre la fonction ou la structure d’une protéine et son allergène. »159 Si la présence de séquences homologues permet de repérer les risques encourus, leur recherche pose cependant de nombreux problèmes. L’expert de l’INRA remarque aussi que l’allergénie n’est pas forcément dû à la nature du gène inséré : « l’insertion d’un transgène dans le génome de la plante peut aussi entraîner des remaniements de ce génome, ou altérer la régulation du fonctionnement d’autres gènes », risque que l’on a déjà évoqué précédemment. Après toutes ces remarques, l’auteur finit cependant par reconnaître que les risques ne sont pas plus élevés qu’avec les plantes classiques, mis à part le fait qu’il se pourrait bien que l’on vienne à manquer de vigilance par suite de banalisation de nouvelles technologies dans le cas, par exemple, d’une nouvelle génération d’OGM. Comparativement, le style adopté par Gilles-Eric Séralini pour le même problème, est beaucoup plus alarmiste. C’est d’un ton accusateur qu’il traite le sujet. Pour l’auteur, les effets allergisants « ne sont étudiés que très sommairement, sauf si le transgène provient d’un allergène connu, comme la noix du Brésil. »160 De quelle manière doit-on interpréter cette affirmation ? L’expert ne dénonce-t-il pas ici une certaine paresse scientifique qui consiste à n’étudier que ce qui est déjà connu ? Alors que pour J.M. Wahl le fait que « L’absence de séquences communes (d’au moins 8 résidus d’acides aminés), ne constitue pas véritablement une garantie formelle d’innocuité, car les bases de données sont très incomplètes »161 était présenté comme un véritable problème, pour J.E. Séralini, c’est un
158 159

Ibid., p23. Ibid. 160 Gilles-Eric Séralini, OGM, le vrai débat, coll. Dominos, Flamarion, p.92. 161 Jean-Marie Wahl, « OGM, quel risque pour la santé ? » Biofutur 192, septembre 1999, p.24.

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facteur qui n’est pas pris sérieusement en considération. Celui-ci affirme « Sinon, on se contente de comparer la séquence de la protéine introduite avec une banque de données informatisée, forcément incomplète, contenant des séquences des allergènes recensés. »162 Le test qui consiste à mettre en présence la protéine en question avec des enzymes de suc digestif est, toujours selon le même auteur, un « test très primaire ». La solution consisterait à « tester l’OGM pour sa réactivité avec les anticorps de patients connus pour être sujets à des allergies. » Il serait aussi souhaitable de réaliser des tests cutanés. Et contre ceux qui font remarquer qu’on demande pour les PGM ce que l’on n’a pas pris la peine d’adopter pour les importations de kiwis, de produits lointains, et que l’on ne prend aucune précaution avec les fraises ou le poisson : « C’est oublier que ces denrées sont facilement identifiables, ce qui n’est pas le cas des OGM de première génération, qui entrent dans la composition de nombreux produits alimentaires. »163 Face à toutes ces inquiétudes, pour l’expert membre du CRII-gène, il est nécessaire d’organiser un réseau d’allergo-vigilance, principe qui est finalement en accord avec l’ensemble de la communauté scientifique. Andrew Chesson, chercheur du Rowett Research Institute d’Aberdeen, même s’il affirme que la plupart des craintes du public trouvent leurs origines dans un climat de méfiance entretenu par les médias, affirme que « si l’on veut calmer l’inquiétude de la population, les normes de sécurité s’appliquant aux PGM devront à court terme, être beaucoup plus sévères que pour les autres produits alimentaires.»164 S’il est difficile de décider si les PGM posent un risque supplémentaire, ou sont, au contraire, plus sûres que les autres aliments obtenus par sélection classique165, reste que le problème de la maîtrise de ces risques ne semble pas être résolu. Or, qui dit risque dit, bien évidemment, application du principe de précaution (on reviendra plus loin sur la définition de ce principe) et la mise en place d’une série de tests afin d’anticiper la survenue des risques et prévenir du danger au cas où. Quels sont ces tests ? C’est maintenant ce que nous allons voir en détail.

La mise en place de tests au niveau international
Ainsi dans un rapport commun du 2 juin 2000 sur la salubrité des aliments génétiquement modifiés d’origine végétale, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture et l’Organisation Mondiale de la Santé consacrent un chapitre entier à
162 163

Gilles-Eric Séralini, Ibid. Ibid. 164 Andrew Chesson, Philip James, « Les aliments avec OGM sont-ils sans danger », La Recherche , Janvier 2000, p.27. 165 On verra qu’au contraire, des recherches ont été etreprises pour suprimer le caractère alergène de certaines plantes. Les travaux d’une équipe japonnaise sur le riz ont été courronés de succès en 2002.

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l’allergénicité166. Le texte commence par un rappel des connaissances sur les causes de l’allergie en général : « Les allergies alimentaires sont des réactions indésirables à un aliment ou à un constituant d’une denrée alimentaire inoffensif par ailleurs, qui mettent en jeu une réponse anormale du système immunitaire à une ou plusieurs protéines alimentaires particulières. »167 On y apprendra, par exemple, que les allergies affectent 10 à 25% de la population dans les pays développés (Mekori1996), mais que sur ce pourcentage, le type le plus courant d’allergies alimentaires (c’est-à-dire celles qui sont médiées par des anticorps constitués d’une immunogloglobuline E (IgE) spécifique de l’antigène) ne représentent que 2,5% de la population (Anderson 1996). Aussi, dans le Codex Alimentarius, on trouve une liste des aliments allergéniques « les plus couramment associés à des réactions médiées par les IgE à l’échelle mondiale. » En tout, 8 aliments, ou groupes d’aliments sont reconnus comme étant à l’origine de 90% des réactions allergiques graves (FAO, 1995 ; Hefle et al., 1996) ; il s’agit du lait de vache, des œufs, du poisson, des crustacées (crevettes, crabe, homard), des cacahouètes, du soja, des noix et du blé. Les fruits frais et les légumes peuvent aussi se trouver à l’origine de réactions allergiques, cependant, les allergènes qui sont impliqués dans ces réactions sont instables à la chaleur (cuisson et transformation) et à la digestion (acide et enzymes) et les symptômes n’ont généralement pas de conséquences graves ; en plus des 8 aliments qui sont reconnus comme étant de véritables allergènes, 160 autres aliments ou produits dérivés ont pu êtres répertoriés comme se trouvant à l’origine de réactions allergiques : on y retrouve la plupart des céréales, le tournesol, certaines plantes ainsi que des produits transformés tels que la bière et le chocolat168. Cependant un grand nombre d’aliments allergéniques restent inconnus, ce qui laisse entrevoir un certain nombre de risques. Tous ces aliments sont estimés être à l’origine de plus de 90% de l’ensemble de toutes les allergies (parfois, certaines réactions peuvent avoir un caractère mortel). « Presque tous les allergènes alimentaires sont des protéines », aussi, malgré le fait que l’ensemble des aliments qui sont issus de nos cultures renferment des milliers de protéines différentes, peu, sont allergisantes. Le rapport présente une remarque du plus grand intérêt qui pourrait bien être un embryon de réponse à la question que l’on se posait précédemment sur l’importance à accorder au risque allergénique des PGM : « Avec les

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Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture Organisation mondiale de la Santé, « Aspects de la salubrité des aliments génétiquement modifiés d’origine végétale », Rapport d’une consultation conjointe d’experts FAO/OMS sur les aliments produits par biotechnologie, Genève, Suisse, 29 mai – 2 juin 2000, p.14. 167 Ibid. 168 Steven Taylor, University « Topic 13 Allergenicity », Joint FAO/WHO Expert Consultation on Foods Derived from Biotechnology, Headquarters of the World Health Organization, Salle G Avenue Appia 20, 1211 Geneva 27, Switzerland 29 May – 2 June 2000, p.4.

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méthodes de sélection classiques, on introduit une diversité protéique supplémentaire dans les disponibilités alimentaires. Mais les variations de la composition en protéines de nos régimes dues aux pratiques d’amélioration culturales classiques ont eu peu d’effet, si tant est qu’elles en aient eu, sur le potentiel allergisant de nos principaux aliments. Par exemple, l’allergie à la cacahouète (arachide) s’observe à une fréquence significative en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, mais pas dans les pays où sa consommation est moindre. L’introduction récente d’aliments tels que le kiwi s’est avérée être une source supplémentaire d’allergènes alimentaires. Ces observations montrent qu’il n’existe pas un grand nombre d’allergènes potentiels dans les disponibilités alimentaires, mais qu’on introduit parfois de nouveaux aliments allergisants sur le marché. Pour ces différentes raisons, il est indispensable d’accorder une attention particulière à l’allergénicité quand on évalue la salubrité des aliments produits par modification génétique. »169 En fait, s’il semble essentiel de vérifier plus précautionneusement les plantes génétiquement modifiées mises sur le marché que les plantes issues de la sélection classique, cela non pas à cause de leur nature « transgénique », mais parce qu’elles sont nouvelles, et par conséquent, tout ce qui est nouveau doit faire l’objet d’une surveillance rapprochée. En quoi consiste donc ce « système de surveillance » ? Quelles en sont les étapes et l’efficacité ? C’est ce que nous allons désormais étudier.

L’arbre décisionnel de l’IFBC/ILSI : première version
Prenant les devants du problème, en 1996, les industriels décident de mettre en place un système pour parer à toute apparition éventuelle d’allergies. C’est ainsi que le Conseil International pour les Biotechnologies Alimentaires (IFBC), l’Institut d’Allergie et d’Immunologie et l’Institut International des Sciences de la Vie (ILSI) se réunissent pour mettre au point un arbre décisionnel (Metcalfe et al.1996170) ; véritable synthèse de tous les tests existant pour détecter les allergènes, celui-ci propose une stratégie d’évaluation qui, d’après les rapporteurs, a été largement adoptée par l’industrie de la biotechnologie alimentaire. Cette analyse des causes de l’allergie « s’attache principalement à la source du gène, ainsi qu’à l’homologie de séquence de la protéine nouvellement introduite avec les allergènes connus, à sa liaison immunochimique avec les IgE sériques des individus présentant des allergies connues à la source de matériel génétique transféré, et à ses

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Ibid. figure n°1.

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propriétés physico-chimiques (Metcalfe et al., 1997). »171 Ce protocole qui, à l’origine, se trouvait conçu pour les cas traditionnels d’allergies a été adapté pour réaliser les tests sur les aliments issus des biotechnologies. Les critères étudiés par la 1ère version de l’arbre de Metcalfe sont donc les suivants : Source du matériel génétique transféré : le transgène est-il un allergène connu ? Homologie de séquence des acides aminés : comparer la séquence du transgène avec la séquence d’un allergène connu. Immunoréactivité de la protéine nouvellement introduite : il s’agit de déterminer la réactivité de cette protéine avec les IgE sériques des individus allergiques connus. Effet du pH et/ou de la digestion : il s’agit de vérifier si, comme la plupart des allergènes, la protéine est résistante à l’acidité gastrique ou aux protéases digestives. Stabilité à la chaleur ou au traitement.

Si on sait que le transgène appartient à une famille d’allergènes connus, alors il est nécessaire de procéder à des tests immunologiques (immunodosage en phase solide172). Si le test est positif, alors il devra être signalé comme tel sur le marché. Si par contre, on ne trouve pas qu’il soit fréquemment allergisant, alors il sera nécessaire de réaliser des tests cutanés (prick test)173 et si on ne trouve toujours rien alors on passera à un test de DBPCFC174. L’absence de preuve d’allergénicité, alors seulement, permettra d’introduire l’aliment sur le marché. Si, par contre, un seul de ces 3 tests se révèle positif, on devra obligatoirement le signaler. Pour un transgène qui ne serait pas apparenté à un allergène connu, il est nécessaire de procéder à une analyse de la séquence des aminoacides afin de les comparer avec ceux des allergènes connus175. On procédera aussi à des tests de stabilité à la digestion. Si le premier de ces 2 tests révèle une similitude entre la séquence d’aminoacides du transgène et un
171

Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture Organisation mondiale de la Santé, Aspects de la salubrité des aliments génétiquement modifiés d’origine végétale, p.15. 172 En commentaire l’auteur précise que ce test, pour être réalisé de manière idéale doit utiliser 14 IgE sériques (sera), in Metcalfe et al., Crit.Rev. Food Sci&Nutr. 36(S) :S165-S186 (1996) 173 On procédera à ces tests dans le cas de résultats équivoques ou de résultats positifs suspicieux., Ibid. 174 Le DBPCFC ( double-blind placebo-controlled food challenges) est appliqué sur des aliments pour lesquels on ne possède aucune évidence d’allergénicité fondé sur une phase solide d’immuno-essais et de test cutanés. 175 Pour tous les produits issus des biotechologies, il est recommandé de procéder à une comparaison de la similitude de la séquence avec les amino-acides de tous les allergènes connus, ainsi qu’1 vérification de la stabilité à la digestion. Ibid.

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allergène connu, alors l’aliment devra être soumis à la batterie de tests qui est appliquée à tous les allergènes apparentés ou supposés tels. Si le test qui consiste à vérifier la stabilité à la digestion se révèle être positif, il sera nécessaire de consulter l’agence régulatrice, s’il est négatif, alors, on pourra procéder à une mise sur le marché. La lecture de cet arbre décisionnel offre une vision synthétique de l’ensemble des précautions qui doivent présider à la mise sur le marché de tous types d’aliments génétiquement modifiés. Le protocole de l’arbre décisionnel a pu déjà être appliqué dans le cas connu de la vérification de l’allergénicité d’un soja génétiquement modifié qui contenait une protéine à grande production de méthionine, l’albumine 2S, issue d’une noix du Brésil (la qualité nutritive du soja Glycine max étant relativement pauvre en méthionine)176. Cette vérification a été effectuée parce que la noix du Brésil est considérée comme un allergène commun ; on a vérifié la capacité des protéines à se lier avec les IgE spécifiques, dans le soja transgénique et non transgénique, dans la noix du Brésil et dans l’albumine 2S purifiée. Pour cela, des tests ont été réalisés en utilisant du sérum issu du sang d’individus allergiques à la noix du Brésil ; ces expériences ont démontré que la protéine issue du transgène était l’allergène de la noix du Brésil. En réalisant des tests d’électrophorèse et 1 immuno-blot (immunoblotting) avec le sérum d’individus allergiques, il a été démontré que la protéine était vraiment cet allergène de la noix du Brésil qui est désormais identifié177. Cette protéine a pu également être identifiée dans le soja transgénique à la suite d’un test cutané positif (skin-prick) sur 3 individus allergiques à la noix du Brésil (Nordlee et al. 1996). Monsanto a également eu recours au protocole de l’arbre décisionnel pour tester l’allergénicité de son soja tolérant au glyphosate (Harrison et al. 1996), aussi ces tests n’ont pas révélé de mauvaise surprise178.Tous ces résultats encourageants permettent donc aux auteurs du rapport de garantir l’efficacité de cette stratégie179.

176

Julie A. Nordlee, M.S., Steve L. Taylor, Ph.D., Jeffrey A. Townsend, B.S., Laurie A. Thomas, B.S., and Robert K. Bush, M.D., « Identification of a Brazil-Nut Allergen in Transgenic Soybeans »,The New England Journal of Medicine, Volume 334:688-69, March 14, 1996 Number 11. 177 « Immunoassays using blood serum from individuals with documented Brazil nut allergy revealed that the transferred storage protein from Brazil nuts was likely an allergen (Nordlee et al.,1996). Using SDS-polyacrylamide gel electrophoresis and immunoblotting with the sera of Brazil nut-allergic individuals, it was demonstrated that the high-methionine protein from Brazil nuts was indeed the major allergen from Brazil nuts (previously unidentified; now identified as Ber e 1), » Steven Taylor, « Allergenicity », Joint FAO/WHO Expert Consultation on Foods Derived from Biotechnology Headquarters of the World Health Organization, Geneva 27, Switzerland 29 May – 2 June 2000, p.4. 178 Ibid. p.7. 179 « A logical decision-tree strategy exists for the assessment of the potential allergenicity of genetically modified organisms. Thus far, this approach has been tested on only a small number of transgenic foods. However, this strategy was quite successful in preventing the introduction of a transgenic soybean into the marketplace that contained the major allergen from Brazil nuts. », Ibid.p.8.

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À la lecture de ces quelques éléments, on pourrait penser qu’il suffit de suivre ce procecus étapes par étapes pour éviter les risques, pourtant il semble bien que ces mesures de précaution restent insuffisantes. En effet, concernant les gènes provenant de sources exemptes d’antécédents d’allergénicité, la situation est beaucoup plus complexe : « L’approche actuelle repose principalement sur la comparaison d’homologie de séquence avec les allergènes connus et sur la stabilité de la nouvelle protéine à la digestion et aux traitements. Il a été largement reconnu que ces 2 critères seuls ne sont sans doute pas suffisants pour évaluer l’allergénicité potentielle d’aliment génétiquement modifié contenant des gènes qui proviennent de sources exemptes d’antécédents d’allergénicité. »180 En effet, la méthode qui consiste à comparer des séquences de 8 aminoacides afin de vérifier si l’on trouve des similitudes a été critiquée : « Il semblerait que la correspondance d’un plus petit nombre d’acides aminés, peut-être seulement 4, suffirait pour affirmer la similitude. »181 Un autre inconvénient, par rapport au premier arbre de Metcalfe, est qu’il « ne permet pas d’identifier les épitopes conformationnels ou discontinus qui dépendent de la structure tertiaire de la protéine (Metcalfe et al., 1996) »; cette critique pouvant être tout de même nuancée par le fait que les tests de stabilité au traitement thermique semblent révéler que les épitopes continus linéaires jouent un plus grand rôle chez les allergènes alimentaires. À la suite de ces remarques, les rapporteurs reconnaissent qu’il est nécessaire d’aboutir à un « consensus scientifique international » qui permette de valider ce critère. On va voir, en fait, que le critère d’homologie des séquences va être fortement remis en question, car pour ce qui concerne la “ stabilité digestive ”, l’organisation internationale réaffirme la confiance qu’elle met en ce principe, même si on a pu découvrir certaines protéines allergéniques qui étaient stables à la digestion, ce qui obligera tout de même à compléter les tests qui sont effectués. Il semble donc nécessaire de mettre au point d’autres tests pour évaluer l’allergénicité des transgènes qui n’ont pas d’antécédents allergéniques connus. Aussi le rapport commun des institutions évoque la possibilité de deux nouveaux “ tests prometteurs ” qui consisteront dans l’étude de ces 2 paramètres : Le niveau et le site d’expression de la nouvelle protéine (il faut étudier surtout les protéines qui s’expriment d’une manière majeure dans l’aliment) et la fonction de la nouvelle protéine : la recommandation ici porte sur la nécessité d’établir un répertoire de certaines classes de protéines connues comme des allergènes majeurs, par exemple la classe des albumines 2S, afin d’observer leurs fonctions dans les aliments où

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« Aspects de la salubrité des aliments génétiquement modifiés d’origine végétale », consultation conjointe d’experts FAO/OMS, p.16. 181 Ibid.,p.16.

Rapport d’une

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elles se trouvent. En ce qui concerne les tests sur les animaux, même si cette possibilité a été envisagée, il n’existe actuellement aucun modèle fiable. Enfin, des critères, tels que le poids moléculaire ou le degré de glycosylation ont paru ne pas être suffisamment discriminatoires pour être retenus. En conclusion, on constate donc que l’ensemble des critères de l’arbre décisionnel sont largement insuffisants et nécessitent davantage d’études ; les critiques que certains scientifiques ont formulées concernant par exemple l’homologie de séquence et la structure de l’allergène ont été un obstacle au consensus ; pour cette raison, la FAO et l’OMS ont lancé une nouvelle consultation d’experts afin de régler le point le plus critique de la 1ère version de l’arbre décisionnel de Metcalfe. Celle-ci a fait l’objet d’une parution le 22 et 25 juin 2001182 ; en voici quelques éléments.

L’EAAM contestée : vers une 2ème version de l’arbre décisionnel
Le critère de la recherche de l’homologie de 8 séquences d’acides aminés (EAAM) - test sensé garantir la détection d’éventuels allergènes - ayant soulevé de nombreuses objections parmi les experts, celui-ci a fait l’objet d’une remise en question radicale lors d’une nouvelle consultation lancée par l’OMS ; cette consultation revient sur le critère appelé de l’EAAM (eight amino acid match approach) ; il s’agit ici, d’une synthèse de plusieurs autres expériences qui démontre l’insuffisance des critères retenus jusqu’à présent. D’après le professeur M. Becker, cette technique relève d’un rêve irréalisable (« unrealizable dream ») qui sous-estime le fait que les allergènes sont définis par un système immunitaire désorienté : « il est vrai que la spécificité de la réaction allergique est fortement liée à la structure chimique des allergènes, mais le développement de ces spécificités dépend en premier lieu du conditionnement des systèmes immunitaires des patients. Le système immunitaire n’est pas capable de reconnaître la structure complète de macromolécules telles que les protéines ou les glycoprotéines, mes des sections plus petites appelées déterminants ou épitopes. »183. Aussi, le système immunitaire réagit à deux types d’épitopes : les conformationnels (« conformational ») et les linéaires (« linear »).

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Wolf-Mienhard Becker, « Sequence homology and allergen structure », Joint FAO/WHO Expert Consultation on foods derived from biotechnology, FAO/WHO, Headquarters of the food and agriculture organization of the United Nation, 22-25 juin 2001 183 « It is true that the specificity of the allergic reaction is strongly correlated with the chemical structure of the allergens but the development of these specificities depends primarily on the individually conditioned immune system of patients. The immune system is not able to recognize the whole structure of a macromolecule such as proteins or glycoproteins but smaller sections of the molecule called determinants or epitopes. » Wolf-Mienhard Becker, Ibid., p.2

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Trois compartiments du système immunitaire réagissent avec ces épitopes : les lymphocites-B (B-cells) qui réagissent avec les 2 types (conformationnels et linéaires), les lymphocytes-T (T-cells) qui réagissent exclusivement aux épitopes linéaires. Enfin on notera la présence de cellules composées de molécules MHC de classe I ou II qui « réagissent avec les peptides selon certains points d’ancrage ». On a pu trouver des allergènes linéaires parmi les allergènes alimentaires. Par exemple, en ce qui concerne un allergène essentiel tel que le Ara h 1 de la cacahouète, Burks & al ont découvert 23 épitopes linéaires réactifs aux IgE184. La détection des épitopes linéaires est réalisée par chevauchement (« overlapping » ) des peptides qui fournissent la configuration peptidique minimale essentielle en longueur (« essential minimal peptide configuration in length ») ; celle-ci atteint 6 aminoacides chez certaines cacahouètes. La caractéristique principale d’un épitope linéaire est sa stabilité à la chaleur ou à certains détergents. De ce point de vue, on peut déterminer un troisième type d’épitope : le CCD (heat-stable cross reacting déterminants) qui possède un très petit nombre d’aminoacides. Actuellement, il n’existe aucun algorithme valable pour identifier les épitopes conformationnels étant donné qu’ils appartiennent au genre le moins réactifs aux IgE et sont par conséquent moins connus. Il est très difficile de les identifier expérimentalement, on utilise encore la cristallographie aux rayons X. Ces résultats permettent donc de remettre en cause la pertinence du critère de l’EAAM. En effet, si la découverte de 8 aminoacides contigus identiques semble un critère suffisant pour les épitopes des lymphocytes T, ce critère est en revanche insuffisant pour les épitopes des lymphocytes B185. Cette thèse est appuyée par les nombreux exemples de protéines allergéniques dont les épitopes peuvent causer une réaction de par leur disposition. L’auteur cite ici le cas de Ara h 1, le principal allergène de la cacahouète, qui posséde un peptide hexadeca réactif aux IgE dont l’épitope contenait des séquences (“ stretches ”) de seulement 4 résidus et dont la taille minimale était déterminée par 6 résidus consécutifs et de Ara h 2 où on a identifié un peptide de 6mer RDPYSP comme principal épitope. Or ce dernier exemple est significatif, parce que si l’on effectue une recherche d’homologie avec l’algorithme FASTA3 dans la base de données SWALL, on ne trouve pas Ara h 2, mais la RNAse T et la laminine avec une correspondance de 100% entre les peptides et ces protéines. La correspondance d’au moins
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Burks AW, Shin D, Cockrell G, Stanley JS, Helm RM, Bannon GA (1997). « Mapping and mutational analysis of the IgE-binding epitopes on Ara h 1, a legume vicilin protein and a major allergen in peanut hypersensitivity. » Eur J Biochem 245:334-339. 185 « Although this corresponds to the minimal size of T-cell epitopes it is not sufficient to define immunological significance for B-cell epitopes (reviewed by S. Vieths in (7)). The following examples may disprove the above statement of B-cell level. » Wolf-Mienhard Becker, Ibid., p.3

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8 aminoacides, entre les protéines RNAse T, la laminine et Arah 2, n’est pas démontrée186. Cet exemple, d’après Becker, remet en cause l’EAAM et l’arbre décisionnel de Metcalfe . L’auteur en déduit que lorsqu’on affirme que « l’absence de preuve d’une correspondance de 8 résidus contigus parmi les séquences aminoacides d’allergènes connus suggère qu’il existe une faible probabilité que la protéine introduite puisse posséder un épitope linéaire en commun avec un allergène connu »187, on doit être conscient qu’au niveau des lymphocites-B, des séquences plus petites peuvent suffirent pour provoquer une réactivité. Il paraît donc judicieux de descendre le nombre des résidus identiques successifs à 6. Il serait aussi nécessaire d’identifier les protéines avec des structures homologues et d’étudier la « fonction biologique générale » ainsi que la « fonction générale des domaines ». La conclusion est donc sans appel : « il est désormais évident que le criblage (screening) d’homologie entre au moins 8 aminoacides identiques peut permettre de découvrir des composants allergéniques d’une manière restrictive, mais ne suffit pas pour garantir la nonallergénicité de la protéine en question si le test n’a pas révélé d’homologie. Les problèmes immunologiques doivent être résolus par des méthodes immunologiques. »188 C’est parce que l’EAAM ne permet d’identifier ni les épitopes conformationnels ni leurs parties contiguës après dénaturation, ni les épitopes issus de résidus de sucres et, qu’en plus de cela, on a pu identifier des épitopes linéaires de cacahouètes qui étaient composés de résidus de 6 ou 4 aminoacides contigus - ce qui est suffisant pour se lier avec les IgE qu’elle est caduque ; si elle permet d’identifier les composants susceptibles de se trouver à l’origine de l’allergie, elle ne peut les contrôler189. En effet, prédire ou éliminer l’allergénicité est du domaine de l’immunologie de l’épitope, l’interface entre le système immunitaire et la

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« Matching the proteins RNAse T and Laminin with Ara h 2 a match of at least eight contiguous identical amino acids is not given. From the theoretical point of view this approach of the strategy paper clearly fails in this example. Testing these proteins on cross-reactivity with IgE of peanut allergic patients would deliver strong arguments to judge the validity of this approach. », Ibid., p.4 187 « First, when stating that ‘failure to find a match of eight contiguous residues anywhere among known allergen amino acid sequences suggests that there is little probability that the introduced protein could possess a shared linear epitope with known allergens' one has to be aware that at the Bcell level, smaller sequential structures can be essential for reactivity. Thus, for a more reliable safety assessment it is suggested that the level of suspicion be reduced to six identical consecutive residues. », Ibid., p. 4 188 « And now it becomes clear that homology screening with at least eight contiguous identical amino acids may help to find potential allergenic compounds in a restricted way but cannot exclude allergenicity of the protein in question if the identification of such homology failed. Immunological problems must be solved by applying immunological methods. », Ibid. 189 « The conclusion from that is is that the EAAM-approach even including only six contiguous amino acids can only identify potential allergenic components but not rule them out. »Ibid., p.2

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structure chimique, c’est donc sur l’épitope qu’il est nécessaire de centrer toute l’attention190. Aussi, étant donné que la maturation du système immunitaire ne peut être prédite, il semble utile d’entreprendre des études sur les réponses des systèmes immunitaires des consommateurs, une fois que l’aliment génétiquement modifié a atteint le marché. Il serait judicieux d’établir également des banques de données d’allergènes spécifiques pour comparer les séquences. On devrait utiliser à la fois des outils de séquençage pour la totalité et au niveau local (both global and local alignments tool) aussi bien qu’un criblage des stuctures ou des domaines homologues. Il serait, par conséquent, nécessaire d’établir une carte de tous les épitopes des allergènes connus et de développer les anticorps monoclonaux contre eux. On pourrait également réaliser des tests sur des animaux. Ces remarques donneront lieu à un remaniement de l’arbre décisionnel de Metcalfe. On constate que la recherche d’homologie de séquence y devient un passage obligatoire: Recherche de 6, voire, de 4 aminoacides contiguës, plutôt que 8 pour déterminer l’homologie de séquence, Utiliser des séquences (stretch) locales plutôt que les protéines entières pour comparer les protéines non liées, Considérer une homologie de 35% sur les acides aminés comme un critère supplémentaire, Développer les bases de données et ces méthodes pour tester les épitopes conformationnels et discontinus, inclure ceux qui sont causés par des schémas de glycolisation modifiés.

La poursuite du débat en dehors des institutions
On pourrait penser qu’à la suite de cette 2ème version de l’arbre décisionnel, une réponse pertinente a été donnée aux objections concernant la difficulté qu’il y a de chercher de nouveaux gènes introduits dans les plantes génétiquement modifiées. Or tel n’a pas été le cas. De nombreux articles ont été écrits à ce sujet. Et de nouveaux amendements ont été réclamés. Aussi, comme on va tenter de le démontrer maintenant, les avis diffèrent sur la valeur qu’il faut accorder à cet arbre selon la nature et l’implication des acteurs. En effet, les exigences par rapport aux critères de dépistage de l’allergénicité ne sont pas les mêmes pour un chercheur à la tête d’une association de consommateurs et pour des scientifiques chargés

190

« From that it become clear that the chemical structure is suitable but themost convincing tools are epitope receptors such as patients’IGE or monoclonal antibodies to test the allergenicity of the protein in question in the genetically engineered food. » Ibid., p.2

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de travailler pour une firme agro-alimentaire. Quelles sont ces divergences ? C’est ce que nous voulons étudier maintenant. Commentaire n°1 Dans un article à destination de la Food and Drug Administration sur le thème de la détection de l’allergénicité des aliments génétiquement modifiés le Dr. Michael Hansen, Ph.D., chercheur associé ici à l’Union des Consommateurs Organiques (Organic Consumers Association) reproche aux instances officielles le manque de considération qu’elles portent aux nouveaux critères de détection de l’allergénicité191. Après avoir rappelé dans un premier temps les résultats et les conclusions du rapport FAO/OMS, ainsi que l’histoire des 4 protocoles qui ont précédé celui-ci (Metcalfe et al.,1996 ; NRC, 2000 ; SAP, 2000a ; FAO/WHO, 2001), l’auteur souligne que le tout premier protocole, était une forme de commodité qui permettait de laisser de côté un autre problème beaucoup moins connu qui est la tridimensionnalité des épitopes allergéniques192. Ici, l’auteur insiste sur les travaux du Dr. Steven Gendel, chef du département « biotechnologies » de la FDA. Ce dernier aurait approfondi la réflexion sur l’usage des bases de données pour déterminer les similarités de séquences entre les protéines exprimées et les allergènes connus. Il rappelle la nécessité qu’il y a de s’appuyer sur des « algorithmes locaux » pour optimiser les séquençages seulement pour les régions de grandes similarités193. Cette méthodologie, qui utilise les programmes FASTA et BLAST et qui est recommandée par la FAO et l’OMS, aurait permis à Gendel de découvrir une homologie de séquence signifiante entre la b-lactoglobuline, un allergène majeur du lait, et la protéine Cry3A que l’on trouve dans la pomme de terre Bt, ainsi qu’entre Cry1Ab et Cry1Ac et la vittelogenine, un allergène majeur de l’œuf. Les citations concernant les travaux de Gendel

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Dr. Michael Hansen on « Detecting likely Allergeicity of GE Foods, Science-based approaches to assessing allergenicity of new proteins in genetically engineered foods, presentation to FDA food biotechology subcommittee », Food Advisory Committee, College Park, MD, 14 août 2002 (Texte trouvé sur Internet, lien caduc) 192 « Given that the 3-dimensional structure of most allergenic is not known, the IFBC/ILSI decision tree focused on the amino acid sequence homology of the newly introduced protein and a data base of known allergens and recommanded that any sequence of eight contiguous amino-acids in the test protein that exactly matches a corresponding sequence in a known allergen, using a global algorithm that optimizes alignemen/matches accros the entire full length of a protein, should be a cause for concern and should trigger further investigations. »Dr. Michael Hansen, Ibid. 193 « Sequence algorythms can be divided into global algorythms that optimize alignements across the entire length of the sequences involved and local algoritms that attempt to optimize alignements only with region of high similarity. Global alignment algoritms are of greatest utility when the sequences involved are related. Allergenicity assesment involves sequence alignements between proteins that are not evolutionary relate. ”, Ibid.

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sur ce sujet s’arrêtent cependant à ce point et l’auteur n’en dit pas plus sur ce nouveau problème. Selon le Docteur Hansen, la FDA devrait se conformer au protocole de la FAO et de l’OMS en tenant compte de cette légère modification apportée par Gendel, et ne pas se contenter du protocole initial issu des découvertes originales de l’arbre décisionnel IFBC/ILSI194. Ce premier commentaire, tout en reconnaissant généralement la pertinence de la deuxième version de l’arbre, affirme cependant la nécessité qu’il y a de s’instruire des recherches menées par le professeur Gendel afin de garantir le résultat des recherches d’homologie, lorsqu’il s’agit d’un gène qui n’a pas dans sa famille d’allergène connu. On sera attentif au fait qu’à plusieurs endroits de l’article, il n’hésite pas à rappeler subrepticement, que le tout premier arbre décisionnel était financé par l’industrie ; aussi, il s’évertue en permanence à montrer en quoi cet arbre était beaucoup moins en mesure de découvrir de nouveaux allergènes que celui qui a été récemment validé par la FAO et l’OMS en 2001. L’objectif de cet article était d’imposer à la FDA, une attitude cohérente par rapport à ce nouveau protocole et qu’il assume toutes les conséquences : Faire de ce protocole une règle et non une recommandation, Inclure dans la recherche des nouveaux allergènes, les allergènes dermiques et inhalants, Prendre en compte tous les critères de vérification utilisés par l’EPA-SAP et/ou FAO/WHO, Intégrer tous ces critères dans un arbre décisionnel, modifié quand cela est nécessaire, Effectuer des tests pour toutes les protéines nouvellement exprimées, et pas uniquement les nouvelles protéines exprimées par les transgènes, mais aussi toutes les protéines qui sont exprimées de manière non intentionnelles195, Exiger des tests pour les protéines pures et dans les aliments,

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« In sum, we urge FDA to follow the protocol laid out by FAO/WHO as slightly modified by Dr. Gendel (e.g. allow chemically similar amino acid residues to be used when determining short sequence similarity/identity for the contiguous amino acid sequences). We also agree with the EPA SAP,FAO/WHO and Dr. Becker that developing databases and methods (such as monoclonal antibodies using animal and/or human materials) to test for conformational or discontinuous epitopes including those caused by changed glycolysation patterns is of key importance and urge FDA to try and encourage studies in these areas. », Ibid. 195 « The process of GE may turn on genes in a plant/animal that had been previously turned off,or the transgene protein could interact with the complex metabolic pathway in the organisms to create a new protein »Dr. Michael Hansen, Ibid.

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Exiger que la protéine pure soit extraite de la plante ou de l’animal dont elle sera dérivée (la FDA ne devrait pas autoriser que la protéine soit testée dans une source bactériale ou une source microbiale, si elle ne va pas être consommée ainsi).

Toutes ces exigences font preuve d’une grande fermeté à l’égard de l’administration. Le caractère “ revendicateur ” de cette liste questionne l’administration américaine. Il s’agit ici d’un véritable rappel à l’ordre qui vise autant la FDA que les industriels et qui a pour seule fin de protéger le consommateur. Doit-on supposer que le nouveau protocole de la FAO et de l’OMS, est resté lettre morte chez les industriels et n’a nullement été pris en considération dans la manière de traiter de l’introduction des nouveaux aliments génétiquement modifiés sur le marché ? Ce n’est pas ce que semble affirmer les experts de la société Dupont. Commentaire n°2 Sur le site Internet de la firme agroalimentaire Dupont on trouve un rapport complet et technique sur le sujet des risques d’allergénicité présentés par les nouveaux gènes introduits dans les aliments issus des biotechnologies. Répondant ainsi à l’accusation selon laquelle les promoteurs des semences issues de la transgénèse ne prendraient pas l’application des tests au sérieux, l’entreprise agro-alimentaire, expose de manière synthétique et scientifique le problème. On comprendra que la firme qui est à l’origine de l’épisode de « l’allergène de la noix du Brésil » par l’intermédiaire de la marque « Pioneer High Breed », rachetée peu de temps après, s’est trouvée dans l’obligation de se justifier auprès des consommateurs et d’éventuels détracteurs. Ici, la synthèse s’adresse à la fois au grand public (résumé et FAQ) et aux chercheurs curieux d’en savoir plus sur un problème longuement débattu (résumé discussion de l’arbre de décision de l’IFBC/ILSI et les différentes modifications que lui ont fait subir la FAO et l’OMS). La société Dupont répond à 3 inquiétudes soulevées par l’introduction des PGM sur le marché : La possibilité qu’un allergène connu soit introduit dans une plante qui ne se trouve pas d’habitude à l’origine de risques allergéniques. La possibilité de créer un nouvel allergène inconnu après avoir inséré de nouveaux gènes dans la plante ou en changeant le niveau d’expression de certaines protéines endogènes. La conformité des tests effectués en vue de détecter de nouveaux allergènes dans les plantes transgéniques.

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L’entreprise met en avant le fait que si le problème des allergies alimentaires se trouve en rapport avec les PGM, cela est dû au fait que « les améliorations génétiques ajoutent ou changent des gènes qui sont à l’origine des protéines ; aussi étant donné que quelques protéines sont des allergènes, alors il semble évident de tester les PGM pour rechercher d’éventuelles sources d’allergie.» Une manière simple et discrète de rappeler que les PGM sont équivalentes en substance aux plantes issues de la sélection classique196. Parfaitement au courant des changements qui ont eu lieu au niveau de l’arbre décisionnel, le géant de l’agro-alimentaire ne cherche nullement à cacher ceux-ci aux consommateurs ; en effet à la page F.A.Q., à la question « Est-ce que les PGM sont testées pour leur allergénicité », Dupont affirme qu’elle se conforme aux exigences des procédures formalisées par l’IFBC et l’ILSI, tests qui ont été adoptés par la FAO et l’OMS197 ; à la question sur l’efficacité de ces tests, Dupont répond qu’en ce qui concerne les allergènes connus ou de famille connue, ces tests sont très fiables, par contre pour ce qui concerne les moins connus, « l’IFBC/ILSI propose les meilleurs des tests qui existent, cependant il est encore nécessaire de les améliorer et qu’à cet égard, ils travaillent avec des chercheurs issus du secteur public aussi bien que du secteur privé »198. L’entreprise passe ensuite en revue tous les changements apportés à l’arbre de Metcalfe. La première de ces modifications citée concerne la quantité (nombre qui passe 14 à 24, pour réaliser les tests) et la qualité des sérum utilisés199. Concernant désormais les tests de l’homologie des séquences, on constate que Dupont, comme Hansen (voir article précédemment cité), fait référence aux expériences de Gendel.

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« Food allergies are relevant to products developed through biotechnology because the improvements often involve adding or changing genes. Genes make proteins, and though very few proteins are allergens, biotechnology products are tested for potential allergenicity before they are marketed as a key component of the regulatory consultation and review process. » in Scientific summary and the Dupont perspective, source : www.dupont.com 197 « Before marketing a product, DuPont follows the testing procedures developed and formalized by scientists and medical experts at theInternational Food Biotechnology Council (IFBC) and the Allergy and Immunology Institute of the International Life Sciences Institute (ILSI). These testing procedures have been adopted by the United Nations Food and Agriculture Organization (FAO) and World HealthOrganization (WHO). »Dupont, Ibid. 198 « When working with a gene from a known allergen, or a crop with a history of allergenicity, the recommended tests are very effective because of access to serum from people who are allergic.In the case of minor allergens, or of proteins with no allergy history, access to serum from allergic people does not exist. In those cases, the IFBC-ILSI recommended tests that provide the best available mechanism for identifying potential allergens. However, improved tests are needed and some recommendations have been made. For example, DuPont scientists are working with private and public researchers to develop improved methods such as ways to identify potential allergens in maize, and to improve models that help determine the potential allergenicity of new proteins. », Ibid. 199 « The difference is that the 2001 FAO/WHO decision tree recommends the use of 24 sera for testing compared to 14 sera outlined in the 1996 decision tree. However, the FAO/WHO document also recognizes that the use of a smaller number of very well documented, high quality sera may be preferable to the use of larger numbers of lesser-quality sera. In addition, it adds the concept of "Targeted Serum Screen" when a protein is not positive in the Specific Serum. » Ibid.

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Ce dernier aurait démontré qu’il est plus judicieux d’effectuer une comparaison des séquences des allergènes potentiels en faisant une collection compréhensive de toutes les séquences d’allergènes plutôt que de toutes les séquences. C’est ainsi que l’on a pu établir 2 bases de données, contenant environ 300 allergènes connus et consultables en ligne sur http://www.iit.edu/s.gendel ; concernant maintenant les critères retenus par la FAO/WHO, Dupont affirme que “ des analyses suggèrent que les correspondances exactes de 8, ou plus aminoacides arrivent de manière très peu fréquente par hasard et un résultat négatif peut habituellement éliminer un allergène potentiel. Les correspondances de 6 aminoacides contigus, comme suggérés par la FAO et l’OMS, sont susceptibles d’arriver beaucoup plus fréquemment, par hasard. En vérité, il y a sans doute trop de correspondances dues au hasard pour que cette recherche soit efficace. ”200. Les auteurs décrivent ensuite les algorithmes à adopter (FASTA et BLASTA) ; un peu plus loin, ils ajoutent qu’il n’existe pas suffisamment de données pour établir des corrélations plus générales. Les chercheurs et les organisations tentent de résoudre ce problème en produisant de nouvelles données à partir des relations qui existent entre les séquences d’aminoacides, les structures des protéines et l’allergénicité. Un atelier a été sponsorisé par le centre de recherche communautaire de la commission européenne (ECVAM,2001) afin d’établir une base de donnée plus globale... En lisant de prêt le rapport de l’association de consommateur et le document de synthèse de Dupont, on s’aperçoit que les auteurs font référence à des expériences scientifiques identiques. Pourtant, ils en font un usage différent. Alors que le docteur Mikaël Hansen, tout en se conformant aux nouveaux critères établis sans pourtant les trouver suffisants, fait une croix définitive sur le premier arbre décisionnel (il nous a semblé en fait que lorsque l’expert cite les institutions internationales, c’est d’avantage pour rappeler à la FDA qu’elle ne se conforme pas à la règle internationale), l’entreprise Dupont, elle - tout en mettant au jour les nombreux problèmes soulevés par l’amélioration des techniques de comparaison des acides aminés et la nécessité de faire un effort pour compléter les bases de données existantes - cherche à démontrer que ce qui est fait à l’heure actuelle, est un protocole largement suffisant pour éviter l’introduction d’un allergène dans un organisme génétiquement modifié ; ainsi, l’entreprise agro-alimentaire, se réfère à la légitimité des institutions qui ont validé ces protocoles201. Le but étant de rassurer les consommateurs, en
200

« Analyses suggest those exact matches of eight or more amino acids occur infrequently by chance and a negative result can usually eliminate a potential allergen. Matches of six contiguous amino acids, as proposed by FAO/WHO, are likely to occur more frequently, by chance. Indeed, there may be too many random matches for this to be a useful screen. »Dupont, Ibid. 201 “ As outlined in both the 1996 IFBC/ILSI and the 2001 FAO/WHO decision trees, transfer of a gene known to be an allergen is unlikely to occur when the testing procedures outlined on the left side of the tree are followed. For proteins from less commonly allergenic foods or sources without any history

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conclusion, Dupont rappelle que tous les aliments, et pas seulement les plantes transgéniques, sont des sources potentielles d’allergie ; le rapport insiste sur le fait que ce risque a été pris en considération très tôt par les experts scientifiques et médicaux et que l’arbre décisionnel est une conséquence de cette prise de conscience du milieu industriel, en personne de l’IFBC et de l’ILSI (on se rappellera que d’après Hansen, cet arbre, dans sa toute première version, était une manière commode de résoudre un problème beaucoup plus grave), aussi ces derniers mettent, avec le gouvernement, tout ce qui est en oeuvre pour évaluer l’allergénicité des plantes avant que celles-ci ne soient introduites sur le marché ; ces problèmes doivent être résolus par un effort commun du secteur privé et du secteur public
202

.

Il apparaît donc clairement qu’entre les deux documents, le sujet des « tests d’allergénicité » est présenté d’une manière différente en fonction des intérêts que les auteurs représentent, alors que ce sont les mêmes expériences et les mêmes résultats qui sont cités. Preuve que la controverse scientifique qui porte ici sur « l’identification et la mise en place d’une technique adéquate pour déterminer l’allergénicité d’une protéine en recherchant l’homologie de sa séquence avec un allergène connu » ne se développe et ne s’amplifie véritablement que lorsqu’il s’agit d’interpréter les résultats et de leur donner un sens par rapport à l’application finale de la technologie (ici, garantir le «risque zéro»). Mais on constate que cette controverse naît juste dans l’interstice laissé par le protocole scientifique de recherche des risques. Autrement dit, le simple fait que les chercheurs ne puissent garantir à 100 % l’efficacité des méthodes qu’ils développent laisse la place à l’interprétation, et par conséquent au désaccord, la quête de la méthode de détection infaillible du risque pouvant conduire, comme on va le voir, à une querelle beaucoup plus forte.

of allergy or consumption, the results from sequence homology, gastric digestibility, processing stability and quantity of protein expressed in the plant are interpreted in context with each other to evaluate the risk of transferring an allergen. This weight-of-evidence approach has proved reliable for the rapidly digestible proteins and was endorsed by both the National Academy of Sciences (NAS, 2000) and two Joint Food and Agriculture Organization/World Health Expert Consultations (FAO/WHO 2000, 2001). ”, Ibid. 202 « Developers of biotechnology-derived crops and government regulators evaluate these crops for food safety in many ways before they are marketed, especially focusing on the potential for allergenicity. There are numerous methods used to determine whether or not a new protein from a transgenic crop is likely to be an allergen. These testing methods for allergenicity are described in this document. Public and private scientists continue to work cooperatively on developing additional tests and models to improve the accuracy of the methods used to determine the potential allergenicity of foods, including those derived from transgenic crops. », Ibid.

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L’affaire StarlinkTM : de la controverse au consensus
Dans un article du New York Times, daté du 24 Avril 2001203, le journaliste Andrew Pollack annonce que le maïs StarlinkTM a reçu une approbation pour l’alimentation animale, mais non pour l’alimentation humaine, pour la simple et bonne raison qu’il peut se trouver à l’origine d’allergies. Le problème étant que ce maïs a déjà été répandu dans la chaîne alimentaire, on a procédé au rappel des fameuses « Taco shells » (les chips mexicaines de la marque Kraft Food), d’autres produits transformés, et on a réduit l’exportation de maïs et imposant de coûteuses et contraignantes exigences pour l’industrie alimentaire. Aussi, afin de résoudre le problème, la firme Aventis Crop Science - le promoteur du maïs génétiquement modifié - aurait demandé l’autorisation d’introduire le StarlinkTM dans la chaîne alimentaire humaine pour les 4 années à venir en argumentant que le public ne risquait pas d’être exposé à une si faible dose. Pourtant, à la suite d’un refus de l’E.P.A., la firme a dû revoir sa position et renoncer à ses exigences ; elle a demandé une “ limite maximum ” (upper limit), ce qui peut paraître une exigence plus acceptable qu’aucune limite du tout204. La protéine Cry9C a été introduite dans la variété Starlink
TM

afin de servir de

pesticide à la pyrale. La compagnie affirme que selon des tests qu’elle aurait effectués, la protéine est substantiellement détruite par la transformation des aliments ; partant de cela, on peut en déduire que si la quantité de maïs StarlinkTM qui arrive au moulin est limitée, la protéine Cry9C sera quasi-inexistante dans le maïs. Cette exposition à la protéine sera 80 à 95 % plus faible que celle qu’Adventis a estimé dernièrement. Pourtant, cette mesure a paru encore insuffisante. Comment a t’on pu en arriver à une situation si critique ? Comment en est-on arrivé à obliger une multinationale à racheter une grande partie de production du maïs Starlink de l’année passée et à installer des mini laboratoires dans tous les moulins qui produisent des aliments destinés à la chaîne alimentaire humaine205? Cette affaire, depuis qu’elle a éclaté, a eu de nombreux échos, au point de réunir pour une cession extraordinaire, un comité d’experts scientifiques, des industriels et des organisations non gouvernementales. Prouvant l’existence d’un véritable débat mettant aux prises des acteurs de diverses origines, la rencontre qui a eu lieu le 28 novembre 2000 à l’hôtel Holiday Inn de Rosslyn dans le cadre d’une consultation scientifique menée par la FIFRA (Federal Insecticide,
203 204

Andrew Pollack, « Top Limit Sought for StarLink Corn », The New York Times, April 24, 2001 « The company hopes that having an upper limit will be more acceptable than allowing any level at all » Andrew Pollack, Ibid. 205 « Aventis has bought and diverted most of last year's StarLink corn, and now has small labs in all dry milling plants where corn is broken down for use in foods such as corn chips and corn bread. » Marc Kaufman, « Biotech Corn Found In Variety of Foods FDA Testing for Possible Allergic Reactions », Washington Post, Tuesday, April 24, 2001; Page A03

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Fungicide and Rodenticide Act)206, a réuni experts scientifiques et divers représentants de la société civile, afin de déterminer s’il était possible de certifier, d’après les données qui existent actuellement, la probabilité que la protéine Cry9C soit un aliment allergénique207. On retrouve, par exemple, Friend of the Earth et Aventis Crop Science dans la liste des participants présents au meeting, ou encore Greenpeace et Monsanto dans la liste des membres consultés qui ont fait parvenir un commentaire écrit. Tous les acteurs (qu’ils soient pro ou anti-OGM) ont donc pris part au débat et sont, comme on le verra, généralement parvenus à un consensus. Le premier point abordé par les experts, concerne la probabilité de l’allergénicité de la protéine Cry9C. Le comité est tombé d’accord sur le principe d’une probabilité moyenne que « la protéine Cry9C soit allegénique » se fondant pour cela, sur les propriétés biochimiques de la protéine elle-même et non sur son niveau de présence dans l’alimentation en général208. On n’a pas réussi a démontrer d’homologie entre les acides aminés de Cry9C et d’aliments allergéniques connus ; cependant, il faut tenir compte du fait que tous les allergènes n’ont pas été séquencés. Pour justifier l’allergénicité moyenne, on admet que Cry9C peut posséder de 1 à 3 des 5 critères suivants : La protéine est relativement résistante à un traitement à l’acide Relativement résistante aux protéases lors de la digestion Son poids moléculaire est comparable à celui d’un allergène La protéine d’origine est sans doute une glycoprotéine La protéine (isolée ou à l’intérieur du maïs) provoque une réponse allergénique chez les rats de Norvège La protéine peut être trouvée intacte dans la circulation sanguine (bloodstream) du rat après ingestion. De ces 5 critères qui ont été définis au préalable lors d’une réunion par le Scientific Advisory Panel en février 2000, aucun ne pouvait correspondre de manière exacte à la description de Cry9C (condition nécessaire pour affirmer que la protéine peut être moyennement

206

Assessment of Scientific Information Concerning StarLink™Corn , SAP Report No. 2000-06 December 1, 2000, Report FIFRA, Scientific Advisory Panel Meeting, November 28, 2000, held at the Holiday Inn Rosslyn Hotel. 207 Based on your review of the currently available data, how would you assess the likelihood (high, medium, or low) that the Cry9C protein is a food allergen? Please explain the basis for that conclusion., Ibid., p.8 208 « The Panel agreed that there is a medium likelihood that the Cry9C protein is a potential allergen based on the biochemical properties of Cry9C protein itself – not its levels in the food supply. Relative to the characteristics of known food allergens, there is no evidence disproving the potential allergenicity of Cry9C. » Report FIFRA ,Ibid.

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allergénique), mais tous convenaient jusqu’à un certain degré209. C’est donc en jugeant la correspondance plus ou moins probable de chacun de ces 5 facteurs dans leur ensemble, que le SAP a pris la décision de considérer le risque d’allergénicité de Cry9C comme un risque moyen. Afin de justifier cette thèse, les experts se sont aussi fondés sur l’ignorance que l’on a des fréquences d’allergénicité. En effet, bien que le maïs soit un allergène fréquent, on n’a pu rarement vérifier qu’il se trouvait à l’origine de l’allergie. Etant donné le fait que la protéine Cry9C est un néo-antigène, il serait judicieux de surveiller le rôle qu’elle joue dans les situations cliniques en déterminant les niveaux d’expressions des IgE et IgG de Cry9C spécifiques ainsi que les réponses cliniques aux aliments qui contiennent des protéines Cry9C210. Cependant, les experts remarquent que tous ces critères ne suffisent pas à déterminer convenablement l’allergénicité de Cry9C. En effet, si tous les allergènes sont des protéines ou des glycoprotéines, l’opposé n’est pas forcément vrai. De même, tous les enzymes résistants ou stables à la chaleur, ne sont pas forcément des protéines allergènes et, à l’opposé, tous les enzymes qui sont sensibles (labiles) à la chaleur, ne sont pas forcément non allergénique. Ce qui doit donc être pris en considération, c’est la capacité de l’allergène à induire une réponse des IgE211. Partant de cela, il paraît essentiel d’effectuer une comparaison de séquence d’acides aminés afin de déterminer une éventuelle homologie de celles-ci avec un allergène connu. Or la base de donnée RAST n’a pu fournir aucune information déterminante, étant donnée l’absence d’informations cliniques. Aussi, on ne possède actuellement aucun IgE spécifique à Cry9C, ce qui est un obstacle pour définir la
209

« Although there is no definitive evidence of the validity of the above criteria, these factors are currently considered to be risk factors for allergenicity (as discussed at the February, 2000 SAP meeting). No single, or two or three criteria, was considered to be adequate to declare the protein a potential allergen, but Cry9C met, to some degree, all of the above. Based on the data submitted since the last SAP meetings, no new data were presented which provided any convincing evidence that Cry9C potential allergenicity was reduced. Taken together, the Panel concluded that Cry9C protein has a medium probability of being a potential allergen. » Ibid., p.10 210 « Other factors that were considered by the Panel in reaching their decision include the following. Prevalence and frequency data for allergens are generally unknown; however, documented corn allergy is rare, although corn is a major food source. In corn, Cry9C is considered a neoantigen, and should be addressed in clinical situations where it is suspected of inducing a reaction by determining Cry9C-specific IgE and IgG levels and possibly clinical responses to challenges with Cry9C containing food sources. » Ibid., p.11 211 « It was noted that all allergens are proteins/glycoproteins (questions remain on the prelevance of carbohydrate IgE-binding epitopes); however, not all proteins are allergens. Nor are all enzyme resistant and/or heat stable proteins allergens. The opposite is also true; not all heat labile or enzymedegraded proteins can be considered as non-allergenic. Of the multiplicity of proteins in ingested foods, relatively few have been identified as food allergens. Non-allergens have not been characterized to the same extent as known allergens. What must be taken into consideration is that a food allergen is defined as a molecule that will induce an IgE response. » Ibid., p.11

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réaction croisée (cross-reactivity). Il faudrait, pour cela, disposer du sérum des individus susceptibles à la protéine. On utiliserait alors la technique d’analyse SDS-PAGE/immunoblot (i.e. Western Blot) qui est une méthode très sensible pour détecter la réponse des anticorps IgG et IgE212. Pour ce qui concerne maintenant la détermination de la sensibilisation potentielle (sensitization) à l’allergène Cry9C contenu dans le maïs StarlinkTM, il faut prendre en compte la durée limitée de l’exposition à cette protéine (4 ans) et la quantité d’exposition (pas de production de Star-LinkTM après 2000) de la population à ce maïs. Il a été aussi demandé de déterminer quelle différence cela entraînerait, si le degré d’exposition était 1 ou 2 niveaux plus élevé ou plus bas. Le comité a répondu en affirmant que le maïs StarlinkTM contenant la protéine pesticide Cry9C, devrait être classé parmi les produits qui ont une faible chance de sensibiliser les individus à la protéine Cry9C. Ils justifient cette affirmation par le fait qu’il n’existe actuellement, ni preuve formelle de l’allergénicité de la protéine, ni signalement d’un cas de sensibilisation à la protéine Cry9C. Si on tient compte de la présence de la protéine Cry9C dans l’alimentation, alors on peut supposer qu’une plus grande quantité augmenterait l’allergénicité, alors qu’une quantité plus faible la rendrait quasiment impossible213. Quant à l’affirmation d’Aventis, comme quoi, « il est impossible que la protéine qui se trouve présente dans l’alimentation à un niveau de 0.0129%, puisse devenir un allergène », elle a été retenue par le comité de scientifiques qui admet que la plupart des allergènes sont présents à un niveau > à 1% des protéines ; ce critère reste cependant à vérifier de même que la valeur de la protéine Cry9C dans le maïs214. En effet, le SAP ajoute que les critères qui font qu’une protéine est un allergène ne sont pas tous connus, même si 90 % des protéines allergéniques sont contenues à plus de 1 % dans l’aliment, il reste cependant encore beaucoup d’inconnues. La plupart des aliments allergéniques n’ont pas encore été
212

« The IgE-binding proteins were not identified. However, it was pointed out that individual serum from these potentially Cry proteins exposed populations are sources for examination of Cry-specific IgE. These serum sources could be used to assess IgE binding to Cry9C proteins or protein fragments by SDS-PAGE/immunoblot analysis (i.e., Western Blot), a highly sensitive method for detection of native and denatured IgE-binding proteins. »Ibid., p.12 213 « The Panel concluded that the StarLink™ corn Cry9C Bt-pesticidal protein should be classified as having low probability to sensitize some individuals to Cry9C protein. Because no single factor is completely predictive of allergenicity and no records of Cry9C human sensitization exist as yet, there can be no final proof that Cry9C is or is not a food allergen. However, the apparent low level of Cry9C protein entering the human diet make it a low likelihood that StarLink™ corn has resulted in sensitization of some individuals to the Cry9C protein. The Panel believes that there would be an enhanced risk if the amount of Cry9C in the food supply would increase by orders of magnitude, whereas lowering the levels makes sensitization less probable. » Ibid., p.13 214 « The Panel concluded that although most allergens account for >1% of the protein content in an allergenic food, there was a limited predictive value of knowing that Cry9C only accounts for 0.0129% of corn protein. Furthermore, significant issues were raised concerning the validity of the Cry9C protein determination methods when assessing potential allergenicity. » Ibid., p.15

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caractérisés. Aussi, il est possible que ce niveau soit < à 1 %, seule l’expérimentation en laboratoire à partir de sérum humain ou de modèles animaux pourront permettre de répondre à cette question. D’autre part, il subsiste certaines incertitudes pour ce qui concerne la méthodologie utilisée pour définir la concentration de protéine Cry9C (l’extraction de celle-ci n’a pas été optimisée, ni standardisée et la solubilité n’a pas été vérifiée) ; les méthodes employées (essais western blot et ELISA) ne permettent pas de détecter un grand nombre d’epitopes potentiellement allergéniques ; en outre la méthode ELISA ne reconnaît que les épitopes conformationels (non-linéaire) qui peuvent ne pas être présents dans Cry9C transformée, dénaturée ou dégradée. Partant de ces incertitudes, on a établi un consensus selon lequel la protéine Cry9C, dont la présence dans le maïs est estimée à 0.0129 %, sous-estime peutêtre la concentration de protéine qui est capable de suggérer une réponse allergénique215. Le 4ème point de discussion, porte sur les travaux de Bernstein et al.216 qui affirment pouvoir démontrer une sensibilisation aux produits pesticides à base de Bacillus Thuringiensis et une allergénicité à la protéine Cry9C dans l’alimentation. Cet article rend compte des examens faits sur des fermiers qui ont été exposés à des niveaux faibles, moyen et élevés d’applications foliaires de pesticides bactériens contenant Bacillus Thurengiensis et des échantillons végétatifs, contenant un extrait enrichi en Bt pro-δentodoxine217. Les expositions étaient soient respiratoires, soient cutanées. L’ingestion de petites doses de Bt a été prise en compte. Aucune maladie clinique n’a pu être répertoriée ; aussi, ce papier ne concerne pas véritablement la protéine Cry9C. On considérera donc cette
215

« The Panel was concerned that the methodology used to determine the concentration of Cry9C protein may be an inadequate approach for estimating biologically active Cry9C protein in exposed humans. The extraction of Cry9C has not been optimized nor standardized, and the solubility of the protein has not been fully assessed. The extraction times reported in studies were of short duration, and may not reflect the total Cry9C protein content. Concerns were also addressed about employment of anti-serum raised against the native full-length protein in ELISA and Western blot assays since these methods may not detect a considerable number of potentially allergenic epitopes. This is compounded by the use of a monoclonal detection antibody in the ELISA; by definition this reagent will only recognize one Cry9C epitope. This is particularly important since the allergic response may be triggered by Cry9C protein degradation products. Consideration should be given to other techniques used to quantitate proteins. Additionally, it was pointed out that the ELISA may only recognize conformational (non-linear) epitopes which may not be present in processed, denatured, or degraded Cry9C. Given these uncertainties, there was consensus that the determination that Cry9C accounts for <0.0129% of corn protein may possibly be underestimating the concentration of Cry9C that is capable of eliciting an allergic response.», Ibid., p16 216 Bernstein IL, Bernstein JA, Miller M, Tierzieva S, Bernstein DI, Lummus Z, Selgrade MJK, Doerfler DL, Seligy VL. 1999. « Immune responses in farm workers after exposure to Bacillus thuringiensis pesticides. » Environ Health Persp, 107:575-582 217 « The article by Bernstein et al., examines immune responses in farm workers with low, medium, and high exposures to foliar application of bacterial pesticides containing Bacillus thuringiensis to a variety of Bt spore and vegetative extracts, including an extract enriched for Bt pro-δ-endotoxin. » Ibid.

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étude simplement comme un modèle pour observer une éventuelle sensibilisation à la protéine Cry9C. Dans le 5ème point, la commission se penche sur l’explication du rapport publié par le CDC de la FDA dans lequel, 34 individus affirment avoir souffert de symptômes (adverse effects) après avoir ingéré des ingrédients qui auraient pu contenir du maïs StarlinkTM
218

.

D’après la commission, ces résultats n’ont, d’une part, pas pu être vérifiés à la suite de la réalisation d’un DBPCFC (double blind placebo controlled food challenges), qui est la technique adéquate pour dépister les réactions allergiques ; d’autre part, plusieurs intervenants publics ont remarqué que les plaignants avaient très bien pu être influencés par la publicité qui a été faite autour du maïs StarlinkTM
219

. La commission scientifique, après

avoir revu le rapport de la CDC et de la FDA, a conclu que 7 cas sur les 34 qui ont été rapportés, pouvaient être considérés comme des réactions allergéniques ; mais elle se trouve dans l’incapacité de dire si l’aliment à base de maïs qui a été ingéré contenait la protéine Cry9C. Ce groupe de 7 individus représente, selon la commission, une véritable opportunité pour vérifier si la protéine Cry9C est allergénique ou non et l’identification des IgE réactifs à Cry9C suffirait à déterminer son allergénicité. Concernant maintenant le 6ème sujet de discussion, la commission devra rendre compte de la méthodologie de l’EPA (l’agence américaine pour la protection de l’environnement) pour estimer le niveau d’exposition à la protéine Cry9C et tout particulièrement celui le plus élevé, prenant en compte ces 3 facteurs que sont les filières de transformation (processing pathways), les filières de distribution des aliments transformés (processed food pathways) et les habitudes alimentaires des individus (individual consomption patterns). On sait que la réponse à cette question est cruciale du point de vue de l’affaire qui a secoué l’opinion publique. Ici, la commission tout en rappelant la complexité des études qui permettent de rendre compte de la quantité de protéine Cry9C présente dans la chaîne alimentaire, compare les résultats (souvent similaires) obtenus par Aventis et par l’organisme américain et rappelle la nécessité qu’il y a d’améliorer encore ces résultats220.

218

« Please comment on the CDC and FDA analysis of reports from individuals who claim to have experienced adverse effects after consuming food that might have been made from StarLink™ corn? » Ibid., p.17. 219 « In addition, in many instances, adverse reactions to foods are more frequent following publicity about a specific product. Several public commentors at the meeting noted that reports of possible adverse reactions to StarLink™ did not surface until there was publicity about the potential presence of Cry9C in certain corn products. », Ibid., p.17. 220 « There is need for a better evaluation of the amount of StarLink™ corn that could be in the food chain. Several different values, differing by about an order of magnitude, for the amount of corn that left the farm before the end of September 2000 were presented during the SAP meeting. These values represents corn that did not go to feed operations and is presumed to be blended with non-StarLink™

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Des études qui ont été menées par l’université texane de A&M à la suite d’une demande d’Aventis221 ont démontré, pour la première expérience, une faible contenance de la protéine Cry9C dans les Tacos, alors que la seconde expérience a démontré cette présence. Enfin la commission, après avoir rejeté l’assertion d’Aventis selon laquelle, le risque maximal d’exposition à la protéine Cry9C dans l’alimentation ne peut excéder celui du cacahouète (sous peine qu’il est pour l’instant impossible de spéculer étant donnée l’ignorance dans laquelle on se trouve par rapport à la sensibilisation), conclut l’exposé en affirmant que le risque d’allergénicité, bien que non vérifié, doit être faible222. Elle s’appuie pour cela sur 6 facteurs : La prédiction modérée d’allergénicité de la protéine Le faible niveau de protéine contenu dans la nourriture Le faible niveau d’exposition dans l’alimentation L’approche conservatrice de l’EPA pour valider cette allergénicité Les données épidémiologiques non-concluantes obtenues chez les agriculteurs et des consommateurs Les données cliniques qui n’ont pas réussi à prouver que Cry9C se trouvait à l’origine des allergies Enfin, la commission donne 5 directives de recherche: cumuler des données sur les impacts des différentes méthodes de transformation pour connaître le niveau de Cry9C dans les aliments transformés, des données sur l’étendue du mélange de Starlink génétiquement modifié et Starlink non génétiquement modifié ; des données sur les anticorps spécifiques des individus qui affirment avoir subi les effets néfastes d’aliments qui auraient pu contenir la protéine Cry9C ou qui sont susceptibles d’être exposés au maïs Starlink de manière fréquente ou à des produits à base de maïs ; et enfin, une surveillance de rapports médicaux d’individus qui affirment avoir subi les effets néfastes, à la suite de la consommation

-

corn in the food chain. Better knowledge of the actual amount of StarLink™ corn would enable a more valid estimate of the contamination to be established. »Ibid., p.21 221 « ELISA analysis of Cry9C Protein in CBH351 StarLink™ Corn subject to Pilot Scale Alkaline Process (completed on November 22, 2000) and ELISA and Western Blot Analysis of Cry9C Protein Present in CBH351 StarLink™ Corn Samples Obtained via Pilot Scale Alkaline Processing (completed on November 22, 2000) », Ibid., p.23. 222 « The Panel assessed the currently submitted data and concurred, while not conclusive, that the likely levels of the Cry9C protein in the US diet of provide sufficient evidence of a low probability of allergenicity in the exposed population. » Ibid., p.24.

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d’aliments à base de StarlinkTM ou avoir été exposés à ce maïs pour des raisons professionnelles223. L’objectif est donc ici d’obtenir un consensus qui puisse mettre d’accord aussi bien les firmes agro-alimentaires que les représentants des consommateurs ou les associations environnementalistes. On a soulevé autant de problèmes que l’on en a résolus. Le consensus n’est pourtant pas ce que l’on rencontre le plus souvent et, comme on va le voir, les accusations sont fréquentes : plus qu’un débat constructif, il s’agit d’une polémique à entretenir. Du reproche de l’inefficacité des tests de dépistage de l’allergénicité à celui de leur non application. Les plus virulentes critiques à l’égard du dépistage de l’allergénicité des plantes génétiquement modifiées portent dans un premier temps essentiellement sur l’inefficacité des différents protocoles qui ont été mis en place. Or, comme on va le voir pour certains, il ne s’agit pas seulement de critiquer l’efficacité d’un test pour en mettre un autre à la place, mais de démontrer l’impuissance radicale de ces tests en général par rapport à un phénomène, où la connaissance a encore d’immenses progrès à faire. Chacun de ces argumentaires est agencé de telle manière que les incertitudes sur certains points mettent l’accent sur l’absence de maîtrise totale de l’homme par rapport à une application technologique. Aussi, la suspicion que certains ont a priori, à l’égard des PGM les pousse à émettre des hypothèses sans aucune preuve : en effet, partant des études menées par le New York Nutritional Laboratory de mars 1999, selon laquelle sur « 463 patients, il y aurait 50 % d’augmentation des allergies au soja (Sciences Frontières n°42, juin 1999) » Anne Briand Bouthiaux – dont nous avons déjà cité l’ouvrage – remarque que « le seul facteur qui semble avoir changé dans la période concernée est l’arrivée du soja transgénique. Doit-on y voir une coïncidence ou une relation de cause à effet ? »224 Elle affirme également que le risque allergénique est plus important pour les plantes où le gène d’intérêt a une visée nutritionnelle (par exemple l’enrichissement d’un aliment), de même pour les futures plantes transgéniques qui synthétiseront plusieurs gènes. Elle ajoute également que « seuls 200 à 300 allergènes sont classés et entièrement connus alors qu’il en existe probablement des dizaines de milliers. » Aussi après avoir évoqué en l’espace de 10 lignes le problème de la détection des séquences de moins de 8 acides aminées et donc l’impossibilité de se fier à ces tests, la scientifique affirme que les modèles de digestion gastrique n’offrent pas plus de
223 224

Ibid., p.25. Anne Brian-Bouthiaux, OGM, Brevets pour l’inconnu, editions Faton, p.123

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certitude : « Avec eux, certains allergènes alimentaires majeurs sont détruits alors que des fragments de ces allergènes persistent in vivo au moment où ils sont ingérés avec les aliments qui les contiennent. » Toutes ces objections mènent donc l’auteur à soutenir qu’ « actuellement, on n’a pas d’autres choix que de se baser sur des faisceaux de présomptions qui sont autant de critères dépourvus de valeur absolue. » Citant à son tour l’affaire du soja transgénique de Pionneer, cet épisode essentiel de l’histoire des PGM, elle se réfère entièrement aux dires d’Arnaud Apoteker, le « Monsieur OGM » de Greenpeace France. Aussi après avoir résumé de manière lapidaire les tests qui ont permis la découverte de l’allergénicité, elle affirme, tout comme lui que “ dans cette histoire, ce qu’il importe de retenir c’est que les tests classiques de détermination de l’allergénicité du soja transgénique s’étaient révélés négatifs. ”225 De quels tests classiques parle-t-on ici ? L’auteur ne nous en dit pas plus. Comme on le voit, l’exposé consiste à prendre des éléments de problèmes différents et de les coller bout à bout. On jette ainsi le doute sur une matière qui, présentée ainsi à des non experts, semble ne comporter que des inconnues. Il ne s’agit plus de traiter de manière positive de la résolution des problèmes, mais de faire étalage de ceux-ci pour peindre un tableau effrayant226. Dans un style similaire et toujours plus elliptique, du fait sans doute que l’auteur s’adresse à un public encore plus large et plus en attente d’un message, Arnaud Apotequer également biologiste de formation227 - s’évertue à brosser un portrait calamiteux des PGM. Dans son livre Du poisson dans les fraises228, il consacre 3 pages au thème de l’allergie ; ce paragraphe - le premier d’un chapitre qui porte sur les risques pour la santé - s’intitule « des allergies provoquées par l’alimentation transgénique » ; pris hors contexte ce titre signifie ni plus ni moins que l’alimentation transgénique est systématiquement la cause d’allergies ; en effet, ici, un lecteur pressé comprendra que ce sont les organismes génétiquement modifiés qui se trouvent à l’origine d’allergies et non certains transgènes qui peuvent être en même temps des allergènes. L’auteur commence sa présentation en remettant le lecteur en situation de crise: « l’allergie est déjà aujourd’hui un véritable risque alimentaire, il lui arrive de tuer et elle est en constante augmentation » et si « l’allergie alimentaire est connue depuis l’Antiquité », « elle prend une nouvelle dimension avec l’évolution des habitudes et

225 226

Ibid., p.127. Ceci vaudra d’ailleurs à son auteur un titre d’article éloquent dans le journal Le Monde : « La championne de biathlon tire à vue sur les OGM », le Monde, 09/02/02. 227 Même s’il s’agit ici d’un ouvrage de vulgarisation, il nous semble important de le classer dans la partie dédiée à l’expertise, en ce sens que cet ouvrage, d’une part est écrit par un scientifique, d’autre part rapporte ici une opinion qui est partagée par de nombreux experts 228 Arnaud Apoteker, Du poisson dans les fraises, Notre alimentation manipulée , édition la Découverte, Paris 1999, p.p.151-154

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des modes de production alimentaires. La création ou l’aggravation d’allergies est un des risques les plus évidents de l’alimentation transgénique. » Aussi, selon Apoteker qui ne cite pas ses sources : « les allergies sont en effet causées par des protéines, et souvent celles qui sont impliquées dans la défense des plantes contre les ravageurs et les maladies. Or, la résistance des plantes aux insectes ou aux maladies est un des caractères les plus souvent introduits dans les plantes génétiquement manipulées. » L’auteur ajoute que « les nouvelles protéines d’origine virale, bactérienne, végétale et animale que le génie génétique se prépare à introduire dans notre alimentation n’ont souvent jamais fait partie de l’alimentation humaine et leur potentiel allergène est totalement inconnu. » A ce stade de la description, la situation est plus que catastrophique surtout du fait qu’il est, toujours d’après le responsable de la campagne anti-OGM de Greenpeace, impossible de déceler la source qui se trouvera à l’origine des allergies. Donnant alors l’exemple du soja transgénique de Pioneer, il affirme que les « tests classiques de détermination du potentiel allergène de ce soja se sont révélés négatifs » et cela, toujours sans citer une seule source. C’est seulement parce qu’on dispose de sérum d’individus allergéniques à ce gène que l’on a pu déceler le risque que faisait courir l’introduction de ce nouveau gène. Enfin, l’auteur aborde le cas des gènes qui ne font pas généralement partie de l’alimentation humaine, il cite le cas de la BST synthétique qui contient un acide aminé supplémentaire, la « méthionine », qui d’après le Physician Desk Reference aurait provoqué des réactions allergiques chez 30 % de la population qui a subi des injections d’hormones synthétiques : « Par analogie, on peut craindre que certains consommateurs ne développent des réactions allergiques au lait contenant de la BST synthétique, même s’ils ne sont pas allergiques à l’hormone naturellement présente dans le lait. » En l’espace de 3 pages, l’auteur, qui est pourtant scientifique, a donc enchaîné une série de problèmes les uns aux autres sans donner ses sources. De toute évidence, l’information est sélectionnée pour noircir le tableau. La possibilité de vérifier l’allergénicité des plantes génétiquement modifiées avant qu’elles ne soient introduites sur le marché est donc un véritable problème et un point crucial de la controverse. Or comme on a pu le constater, la validité et la pertinence des tests est remise en question, et laisse subsister quelques doutes ; mais en plus de cela, la pratique de ces tests est un sujet fort discuté. C’est à ce stade ultime du débat qu’apparaît alors un nouvel élément de discorde : non seulement les tests seraient inefficaces, mais en plus, ils ne feraient pas l’objet d’une application rigoureuse. En effet, certains experts reprochent aux instances compétentes de ne pas obliger les industriels à effectuer les tests préalables à l’introduction d’une semence sur le marché comme il se doit, ou de ne pas les exiger, tout

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simplement. Ce genre de critique ne s’en prend donc pas directement à la technologie en tant que telle, mais plutôt aux instances qui en contrôlent le développement. Ce problème est soulevé de manière encore plus radicale et, preuves à l’appui, par Ann Clark dans un article sur la sécurité des plantes génétiquement modifiées au Canada229 ; la scientifique affirme que sur 42 plantes génétiquement modifiées qui sont approuvées au Canada, 40 « décisions » ont été mises en place (“ currently mounted ”) pour l’approbation du public230. En effet, d’après l’auteur qui fonde ses dires sur les résultats publiés par le Novel Food Information Decisions, 70% des plantes qui ont été introduites sur le marché après avoir obtenu une validation des instances officielles n’ont pas fait l’objet de tests de vérification de la toxicité et de l’allergénicité en laboratoire ou dans la chaîne alimentaire; concernant l’allergénicité, aucune mesure n’aurait été effectuée. Qu’il s’agisse de toxicité ou d’allergénicité, les instances officielles qui sont l’Agence canadienne d’inspection alimentaire (CFIA) et l’Agri-Food Canada se fondent toujours sur les mêmes arguments : pour ce qui concerne les plantes qui n’ont pas été testées, on suppose que tous les risques potentiels sont éliminés par le procédé d’extraction231, et on se fie sur l’heuristique et le raisonnement232 ; pour ce qui concerne les plantes qui ont été testées (30 %), on a seulement réalisé un examen oral de la toxicité de la protéine cible purifiée et on a simulé la digestion de cette protéine, en plus des raisonnements heuristiques.

Discussion
Si l’allergénicité des plantes génétiquement modifiées est un sujet de controverse scientifique par excellence, c’est parce que, comme on a pu le constater, il s’agit d’un problème de sécurité alimentaire dont les risques sont avérés. Aussi, nous n’avons trouvé personne, même parmi les industriels, pour contester l’existence de ces risques. L’épisode du transgène 2S a suffi comme preuve pour convaincre l’ensemble du monde scientifique de la possibilité qu’un transgène devienne un allergène. Ainsi commentant à propos de ces travaux, Francine Casse rappelle qu’ « Un malheureux hasard fait que cette protéine riche en acides aminés essentiels est… l’une des protéines allergènes de la noix du Brésil. Au lieu d’être à l’origine d’une demande de mise sur le marché du soja génétiquement modifié obtenu, ces travaux auront ainsi eu pour seul mérite de prouver qu’une protéine allergène

229

E.Ann Clark, « Food Safety Of GM Crops in Canada : toxicity and allergenicity », source, http://www.plant.uoguelph.ca 230 « Of the 42 GM crops approved for Canda, 40 Decisions are currently mounted for public appraisal »Ibid. 231 E.Ann Clark « Assume that all potential risk is removed in the oil extraction process », Ibid. 232 « Rely on heuristic (assumptions-based) reasoning (only) », Ibid.

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dans une espèce végétale conserve ses propriétés lorsqu’elle est produite par une autre.233» Le potentiel d’allergénicité des PGM est donc une certitude reconnue aussi bien par les défenseurs de la transgénèse que par ses adversaires. En bref, les plantes génétiquement modifiées peuvent être, de la même manière que leurs équivalents issus de la sélection classique, à l’origine de risques alimentaires, sous forme d’allergies. Tout comme eux, ils doivent faire l’objet d’une surveillance. Aussi, la controverse porte, comme on l’a vu, bien moins sur l’existence du risque, que sur la probabilité de sa survenue et sur la prédictibilité de celle-ci. Ce dernier point suscite de nombreuses discussions entre les experts. La principale thèse de ceux qui critiquent les PGM étant en substance que :« les aliments issus de la transgénèse peuvent être une plus grande source de risques d’allergie que les aliments conventionnels ». A l’appui de cette affirmation, on trouve deux arguments : le manque de connaissances sur la nature du transgène nouvellement introduit, et le manque de connaissance sur l’impact que l’introduction de ce transgène peut avoir sur l’ensemble de l’organisme. Or, parfaitement conscients de ces problématiques, les promoteurs de la nouvelle technologie (scientifiques, industriels et instances officielles internationales) ont mis en place des protocoles qui comportent toute une batterie de tests pour vérifier ces risques. C’est alors que l’on observe un déplacement de la critique : ce qui est contesté par certains scientifiques, c’est moins le risque que la capacité de prédiction des tests utilisés dans les différents protocoles. En effet, selon certaines opinions critiques, les tests qui ont été validés de manière officielle ne seraient pas efficaces à 100%, et en plus de cela, ils ne seraient (tout du moins c’est ce qu’affirme certains experts) que très rarement appliqués. Ces affirmations peuvent sembler étranges lorsque l’on constate comment les industriels et les institutions américaines ont pris au sérieux l’affaire du maïs StarlinkTM ; de même on a pu constater dans l’ensemble que les promoteurs des PGM prennent très au sérieux le problème de l’allergie234. Or il ne semble pas que l’on ait démontré que le risque d’allergénicité soit plus élevé pour les PGM que pour les plantes classiques ; il est juste plus surveillé et a permis de mettre au jour un certain nombre de problématiques. Aussi, que les controverses portent sur la mise en place de tests efficaces et sur l’application de ces protocoles ne prouve en rien le
233

Francine Casse, « Les plantes transgéniques : les risques et la réglementation », in Les Plantes génétiquement modifiées, Académie des sciences, rst n°13, décembre 2002, éditions Tec & Doc.,p.75 234 Ainsi, un rapport émis par l’association PEW initiative dénonce le manque de moyen pour les recherches sur les risques d’allergies des aliments en général et la nécessité pour l’Etat de s’impliquer d’avantage dans la recette. Luca Bucchini, Ph.D. and Lynn R. Goldman, M.D., MPH Food Allergy ; Implications for genetically modified food. http://pewagbiotech.org/

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« plus grand risque des PGM ». On conclura ce chapitre en se référant à une excellente synthèse: dans le cadre du colloque organisé par l’AFSSA en 2002 sur les bénéfices éventuels des aliments génétiquement modifiés, le Professeur A. Monneret-Vautrin passe en revue l’ensemble des problèmes et les avantages des PGM liés à l’allergénicité. L’allergologue de l’Université H.Poincaré de Nancy commence par rappeler que « Les techniques agronomiques appliquées à la sélection d’espèces et variétés, à leur hybridation, la commercialisation d’aliments nouveaux, n’ont pas jusqu’ici, attiré de craintes du public. Par contre, la commercialisation d’aliments obtenus à partir d’organismes génétiquement modifiés a provoqué de sensibles mouvements d’opinion, attribuant des risques particuliers à ces OGM. Parmi ces risques, le risque allergique a été allégué. Le passage intempestif dans l’alimentation américaine d’un maïs transgénique destiné à l’alimentation du bétail a été suivi de la déclaration de dizaines de cas « d’allergie » à un maïs génétiquement modifié, contenant la protéine cry9 (provenant de Bacillus thuriengensis, insecticide), et a motivé le retrait de commercialisation aux Etats-Unis de ce maïs… Si cet épisode caractérise très probablement un fantasme, il n’en reste pas moins vrai que le risque allergique d’un aliment transgénique a été démontré et que d’autre part, les allergies alimentaires sont fréquentes dans tous les pays (…) Dans la mesure où les OGM seront une part nécessaire de l’alimentation du futur proche, il est légitime d’examiner les précautions nécessaires pour réduire le risque allergénique, avant de s’intéresser aux bénéfices attendus d’OGM dans la prévention ou le traitement d’affections allergiques. »235 Le Professeur rappelle alors les questions qu’il est nécessaire de se poser pour un aliment issu de la transgenèse végétale : « la provenance du transgène (est-il un allergène mineur ?) » ; « la modification du métabolisme de cette protéine dans le végétal-hôte ne peut-elle conduire à l’expression d’une quantité importante d’un allergène mineur (observé dans le cas de l’expression de l’albumine 2S de la noix du Brésil dans le soja ? ) » ; « sa présence peut-elle modifier l’allergénicité des protéines de la plante-hôte ? » ; « si l’origine du gène est une plante sans potentialité allergénique connue, présente-t-elle une réactivité croisée avec les allergènes connus (peut-elle se lier à des IgE spécifiques d’un allergène) ? » ; « dans les deux éventualités, est-elle douée d’immunogénicité (risque de sensibilisation de novo) ? » Afin de parfaire les protocoles de recherche mis en place par la FAO et l’OMS, elle rappelle la nécessité de compléter les 3 étapes par l’utilisation de modèles animaux. Concernant maintenant la mise de PGM sur le marché, il est nécessaire de recommander aux industriels la « transparence quant à la quantité présente de protéine transgénique, afin de
235

D. A Monneret –Vautrin, « Risques et bénéfices de la transgenèse vis-à-vis de l’allergie », Afssa : OGM et alimentation : peut-on évaluer les bénéfices pour la santé ?, 2002.

Colloque

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calculer la quantité consommable usuellement. » Quant aux études d’immunogénicité sur les modèles animaux, elles « devront s’adresser non seulement à la protéine transgénique isolée, mais encore à l’organisme génétiquement modifié dans sa totalité. » ; « Il faudra également veiller à ce que des protéines transgéniques dévolues à des aliments pour bétail, ne soient pas frauduleusement utilisées pour l’alimentation humaine ». Enfin, « le dépistage d’IgE spécifiques aux protéines transgéniques devrait utiliser non seulement la protéine recombinante (isolée de l’espèce vectrice), mais également la protéine isolée de l’aliment transgénique ». Pour toutes ces raisons, la mise en place d’un réseau d’immuno-vigilance semble justifié. Comme on le voit, les PGM font l’objet d’un plus grand nombre de précautions que les plantes issues de la sélection classique et on ne pourra que s’en féliciter ; en effet, les allergies alimentaires ont existé avant les PGM et il ne semble pas que l’on ait mis en place de tels protocoles de surveillance. Quand on sait en plus, que la transgenèse végétale peut se trouver à l’origine de plantes hypoallergéniques236 ou encore d’alicaments dont l’objectif serait de servir de vaccin contre tout risque d’allergie237, il apparaît alors clairement que la proposition « transgenèse végétale = risque d’allergie garanti» est une vue de l’esprit, ce qui ne veut nullement dire que la technologie ne doit pas faire l’objet d’une surveillance particulière. Si l’on considère maintenant cette controverse à la lumière du « principe d’équivalence en substance », il apparaît clairement que deux tendances s’opposent : ceux qui font du risque d’allergénicité des PGM, un risque techniquement maîtrisable et qui n’entraîne pas la mise sur le marché d’un facteur de danger incontrôlable. De ce point de vue, on constate que les industriels et les institutions travaillent ensemble pour mettre en place des processus de validation. Il est clair que pour ces derniers, les risques d’allergie propres aux PGM ne remettent pas en cause le principe d’équivalence en substance. Malgré la mise en place d’un réseau de surveillance particulier, ce risque n’est pas considéré comme incontrôlable ni comme un défaut per se des PGM, qui vaudrait comme une marque de différence les distingant des plantes classiques. En bref, une PGM n’est pas une source

236

« Une direction explorée est la création, par mutagénèse dirigée, de variétés d’arachide hypoallergéniques, exprimant une forme modifiée de deux allergènes majeurs Ara h 2 et Ara h 3, à faible pouvoir de liaison aux IgE spécifiques. » Ibid., p.5. 237 « L’insertion d’épitopes T vaccinants d’allergènes majeurs, l’insertion de peptides cytokiniques ou de molécules adjuvantes orientant la réponse immunitaire vers une activité Th1 préférentielle ou immunorégulateurs comme TGF-beta, sont encore une vue de l’esprit, mais de telles recherches contribueraient grandement à une acceptabilité des OGM par les populations. » Ibid., p.6.

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d’allergénicité plus importante qu’une plante classique nouvellement introduite sur le marché. A contrario, certains experts affirment que le risque d’allergénicité des PGM est plus élevé ; ce faisant, ils considèrent qu’il y a une différence entre le risque soulevé par une plante issue de la sélection classique et une PGM. On peut donc considérer qu’ils posent de manière implicite une « différence absolue » (opposée à relative) entre les PGM et les plantes issues de la sélection classique ; le risque d’allergénicité est mis en avant comme une spécificité propre aux PGM ; il est un caractère propre qui définit l’existence des « PGM » et sert de preuve pour une réfutation implicite du principe d’équivalence en substance. Or comme on l’a vu, la critique du manque de certitude apportée par certains tests et l’accusation de non application de ces protocoles de surveillance servent plus facilement d’argument à la controverse que les accidents réels à la suite d’une mise inconsidérée des PGM sur le marché. Il semble bien que dans cette réflexion sur l’allergénicité potentielle des PGM, certains scientifiques se soient laissés emporter en utilisant les risques d’allergie pour faire des PGM une exception. Autrement dit, on serait passé de l’affirmation « Les PGM peuvent être des allergènes et comme tous nouveaux types d’aliments, ils nécessitent une surveillance particulière qui prenne en compte la spécificité des risques qui leur sont propres» à l’affirmation, « les PGM sont des sources d’allergènes plus virulentes que les autres, dont on ne peut prévenir les risques d’une manière certaine du fait de la spécificité de la plante». Comment passe-t-on de la première assertion à la seconde ? D’après nous, seul le présupposé d’une « différence absolue » de la nature des PGM permet un tel écart. Or cet argument est-il le résultat d’une observation ou est-il un présupposé ? Là réside le problème de la controverse entre les experts. Car rien ne permet de prétendre que les PGM sont plus allergéniques que les autres plantes (même si on prend en compte un facteur tel que l’expression du transgène dans la plante qui peut, lui, être envisagé comme une spécificité) : comme on a pu le constater, elles sont plus surveillées et lorsque l’on émet un tel raisonnement, on confond l’objet de la démonstration (le danger) et les outils de la démonstration (les protocoles de détection du risque potentiel). Une chose enfin est certaine : c’est que la possibilité de créer des aliments hypoallergéniques vaut comme preuve que l’allergénicité ne peut définitivement être considérée comme un attribut nécessairement attaché à la définition du terme « plante génétiquement modifiée ». Or là réside le problème, car au beau milieu du bruit qu’a suscité cette controverse entre les scientifiques, c’est sans doute une des principales contrevérités que certains scientifiques et certaines ONG anti-PGM ont mis en avant dans les médias, ce qui n’est sans doute pas resté sans effet.

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3.1.3 Le risque de transfert d’un transgène à l’organisme Comme on vient de le voir dans le cas de l’étude précédente, on constate l’existence de 2 camps bien distincts d’experts : ceux qui considèrent que le risque potentiel des PGM est détectable et maîtrisable et ceux qui considèrent qu’il s’agit d’une source de danger spécifique aux PGM impossible à maîtriser. Dans les 2 cas, l’existence du risque est admise, cependant l’interprétation de celui-ci diffère. Pour les promoteurs de la transgenèse végétale, l’allergénicité des PGM confirme leur équivalence en substance (les PGM ne sont ni plus, ni moins des sources d’allergie à surveiller que les autres plantes) pour les experts anti-PGM, le risque d’allergénicité est une spécificité des PGM qui en fait des plantes absolument différentes. Que démontrent les faits ? Il semble que jusqu’à présent les PGM mises sur le marché ne se soient pas révélées des sources d’allergies plus importantes que les aliments issus de la sélection classique. On peut donc en déduire que la controverse qui oppose les experts sur l’allergénicité des PGM a pour origine une interprétation différente du principe d’équivalence en substance en ce sens que l’estimation des risques diffère en fonction de la valeur que l’on prête à celui-ci. Qu’en est-il maintenant du risque de transfert horizontal des transgènes à l’organisme ? Comme on va le voir ce risque a également donné lieu à une controverse. Le transfert horizontal des gènes vers les bactéries de l’organisme receveur est, tout comme le risque d’allergie, un risque potentiel qui a été soulevé à la suite de l’introduction de PGM sur le marché. Dans ce cas également ce qui est en jeu, c’est l’estimation des risques liés à la nature spécifique des PGM. On rejoint alors l’hypothèse de la transmission de nouveaux gènes et ce, du fait de la structure particulière et inhabituelle des PGM. Ainsi dans le rapport conjoint de la FAO et de l’OMS sur la salubrité des aliments génétiquement modifiés d’origine végétale, les auteurs rappellent que tous les aliments contiennent de l’ADN et que l’apport en ADN et ARN dans l’alimentation quotidienne varie entre 0,1 et 1,0 g par jour (Doerfler et Schubbert 1997), aussi : « Toutes les inquiétudes touchant la présence d’un nouvel ADN dans un aliment génétiquement modifié consommé par l’homme doivent tenir compte du fait que cet ADN représenterait moins de 1/250000 de la quantité totale d’ADN ingéré. Au vu de ce pourcentage de la digestibilité de l’ADN alimentaire, la probabilité d’un transfert de gènes entre des plantes génétiquement modifiées et des cellules de mammifères est extrêmement faible. Il est néanmoins nécessaire

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d’examiner cette éventualité, ainsi que les conséquences d’un transfert au cas où il se produirait.»238 De même que l’allergénicité, le risque de transfert est reconnu par l’ensemble de la communauté scientifique. Aussi le problème qui consiste à déterminer la probabilité du transfert horizontal d’un gène d’une espèce vers une autre a donné lieu à de nombreuses études ainsi qu’à quelques controverses célèbres telles que, comme on va le voir, celles du transfert potentiel d’un gène de résistance aux antibiotique. Mais avant de passer à l’étude de cet épisode de l’histoire de la transgenèse végétale, revenons en détail sur la problématique du risque de transfert horizontal, ce problème qui existait déjà auparavant semble avoir pris un tout nouvel éclairage avec la mise sur le marché des PGM.

3.1.3.1 Les principes du transfert horizontal Comme le rappellent les auteurs du rapport précédemment cité, pour qu’il y ait un transfert d’ADN végétal dans des cellules microbiennes ou des cellules de mammifères dans des conditions normales d’exposition alimentaire, les événements suivants seraient nécessaires : « Libération de l’ADN concerné probablement sous forme de fragments linéaires ; résistance aux nucléases se trouvant dans la plante et dans le tractus gastro-intestinal; compétition avec l’ADN alimentaire en vue de l’assimilation; résistance aux enzymes de restriction des bactéries ou des cellules de mammifères receveuses compétentes pour la transformation; insertion dans l’ADN hôte par des événements de réparation ou de recombinaison rares. »239 Les auteurs ajoutent que de nombreuses expériences ont été menées pour tenter d’estimer la probabilité de ce genre de transfert : « Actuellement, aucune ne fait état d’un transfert de gènes marqueurs. » Cependant les expériences de Schubbert et al. sur des souris qui auraient reçue de fortes doses d’ADN d’origine « semblent indiquer que des fragments de l’ADN testé seraient incorporés à des cellules bactériennes et murines ». Les études de Beever et Kemp (2000) auraient remis en question les précédents travaux en n’observant « qu’une fréquence de transfert nulle ou faible. » Ce qui permet aux auteurs d’affirmer que « les données existantes montrent que l’ADN végétal ne peut pas être transféré et maintenu stable dans les cellules de mammifères et aucun élément n’indique que des gènes végétaux intacts peuvent y être

238

ONU pour l’Alimentation et l’Agriculture Organisation mondiale de la Santé, « Aspects de la salubrité des aliments génétiquement modifiés d’origine végétale », Rapport d’une consultation conjointe d’experts FAO/OMS sur les aliments produits par biotechnologie, Genève, Suisse, 29 mai – 2 juin 2000, p.12. 239 Ibid.

110

transférés et exprimés. » On notera encore que « la grande majorité des bactéries connues ne sont pas transformables naturellement
240

»

Quel serait le risque encouru au cas d’un transfert horizontal ? Les auteurs affirment que le « gène peut modifier l’adaptation de la cellule receveuse à son environnement. Une diminution de cette adaptation risque de ne pas assurer une pression de sélection suffisante pour éliminer le gène ou fragment de gène du fonds génétique. L’ADN présent dans la population cellulaire pourrait alors servir de réserve génétique pour l’évolution de l’espèce receveuse. » Davantage d’études sont nécessaires afin de mieux évaluer « l’éventualité, la probabilité ou les conséquences de leur acquisition de gènes ou fragments de gènes » sur certaines bactéries. Des études doivent être menées afin de mieux connaître la phagocytose des cellules contenant de l’ADN exogène, ainsi que son niveau éventuel de stabilité et de réplication dans les cellules somatiques. Les experts missionnés par la FAO et l’OMS en concluent donc que : « Le principal problème à examiner avec le transfert horizontal de gènes est la conséquence du transfert d’un gène à partir d’une plante génétiquement modifiée et de son expression dans les cellules receveuses. Il est donc nécessaire d’obtenir des données sur l’ampleur possible d’un tel transfert, données que l’on pourra employer pour évaluer la salubrité dans le cas où la nature du ou des gènes en question ferait naître des inquiétudes quant à la santé si le transfert devait se produire. Qu’en est-il réellement de ce risque ? Dans un article issu du dossier édité par l’INRA, Yvonne Duval-Iflah s’interroge sur les risques causés par la consommation de produits frais contenant des bactéries transgéniques, elle distingue alors trois possibilités. Tout d’abord, la transformation : « procédé par lequel des segments d’ADN libres passent dans des cellules bactériennes compétentes. Cet ADN s’insère dans le chromosome de la cellule réceptrice pour être exprimé. Ce mode de transfert concerne essentiellement les bactéries du sol. »241 Le Deuxième processus consiste en la conjugaison entre une bactérie mâle et une bactérie femelle. Le transfert de plasmide est lui aussi appelé conjugaison, les plasmides, même s’ils ne sont pas considérés comme des bactéries essentielles, peuvent jouer un rôle important en conférant un avantage aux bactéries qui les hébergent particulièrement dans certains milieux hostiles (exemple des gènes des résistance aux antibiotiques). La transposition consiste dans le déplacement des transposons, éléments mobiles capables de passer du chromosome vers le plasmide et du plasmide vers le
240 241

Ibid., p.13. Yvonne Duval-Iflah, « Y a-t-il des risques liés à la consommation de produits frais contenant des bactéries transgéniques ? » in Dossier INRA sur les OGM, OGM et alimentation , http://www.inra.fr/index.html, Mai 1998, p.72

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chromosome au sein de la même bactérie : « Ils sont responsables

de multiples

réarrangements du matériel génétique chez la bactérie qui les héberge et chez les bactéries qui les reçoivent lors de transpositions conjugatives. »242 Enfin, la transduction est « le transfert de matériel génétique d’une bactérie à une autre par l’intermédiaire des bactériophages. » Les bactériophages sont capables de modifier le matériel génétique, qu’ils infectent. Pour ce qui concerne le transfert possible de matériel génétique au sein de la flore microbienne, l’auteur évoque deux possibilités : « les échanges génétiques spontanés dans la flore d’un individu », ou « les transferts par les bactéries vivantes ingérées. » Etant donné le nombre important de bactéries qui colonisent l’intestin et le fait que « la plupart des bactéries qui colonisent le tube digestif sont porteuses de plasmides, de bactériophages et de transposons », on peut s’attendre à ce que les échanges bactériens soient nombreux : « le tube digestif semble être un des microcosmes les plus favorables pour le transfert des gènes par conjugaison et transposition.» Afin de vérifier si une transposition peut avoir lieu, on a expérimenté sur un modèle de souris à flore humaine maintenue dans des conditions de confinement absolues. On a pu démontrer que la flore était restée stable et qu’aucune bactérie n’avait acquis la résistance aux antibiotiques. Après trois années d’observation à l’UEPSD (unité d’écologie et de physiologie des systèmes digestifs) « la flore est restée très stable puisque aucune bactérie ayant acquis la résistance aux antibiotiques portée par les transposons conjugatifs n’est apparue. » On évoque alors deux possibilités : Les transferts ont lieu en dehors du tube digestif, ou ils ont lieu, mais à basse fréquence. On a procédé à une autre expérience avec des animaux à flore simplifiée : « des souris sans germe ont été associées avec une souche donatrice contenant un plasmide conjugatif et avec une souche réceptrice. » Dans ces conditions seulement, « on démontre que les transferts génétiques ont bien lieu dans le tube digestif et que les souches qui résultent de ces transferts, et qu'on appelle des transconjugants, sont capables de se multiplier et de coloniser le tube digestif.»243 Il paraît donc légitime de s’interroger sur la possibilité éventuelle qu’une bactérie vivante ingérée soit capable de laisser un message génétique dans la flore autochtone. Pour répondre à cette question, on a de nouveau eu recours à un modèle de souris à flore humaine. Aussi, on a pu montrer que « les plasmides contenus dans la souche en transit se sont transférés vers des souches réceptrices présentes dans la flore autochtone. Les transconjugants qui sont isolés sont à très faible niveau, et sont incapables de s'implanter
242 243

Ibid. Yvonne Duval-Iflah, Ibid.,

112

sauf quand la souris reçoit un antibiotique correspondant à la résistance conférée par le plasmide. Après antibiothérapie, les transconjugants deviennent un constituant permanent de la flore autochtone. » On en déduit donc que les transconjugants peuvent être transférés lors d’une antibiothérapie : « leur émergence en flore dominante n’est rendue possible que sous la pression sélective des antibiotiques qui leur confèrent un avantage écologique. Ces transconjugants deviennent à leur tour des souches donatrices plus adaptées à l'écosystème digestif et sont responsables de la dissémination de gènes de résistance. C'est ce processus qui est à l'origine des réservoirs de souches dispensatrices de gènes de résistances multiples aux antibiotiques au sein des flores digestives de l'homme et de l'animal. » Qu’en est-il maintenant des PGM ? Yvonne Duval-Iflah rappelle que les plasmides ou les bactériophages auxquels on a recours dans le cadre de réalisation de constructions transgéniques sont des « plasmides non autotransférables et non mobilisables et des bactériophages qui ont perdu tout pouvoir infectieux. » Il est cependant nécessaire d’étudier si les bactéries de la flore digestive ne sont pas capables de « mettre en oeuvre toute une extraordinaire «machinerie» pour promouvoir la mobilité de gènes recombinés portés sur des éléments non autotransférables ou insérés sur le chromosome.» Des expériences in vitro ont pu mettre en évidence l’existence de bactéries capables de promouvoir le transfert de plasmides utilisés pour les constructions génétiques, cependant, cette démonstration n’a pu être réalisée in vivo ; la biologiste de l’INRA soutient que « Nos travaux permettent d'affirmer que la dissémination de gènes recombinés dans la flore digestive est un phénomène rare sinon inexistant. » Elle ajoute cependant que « le risque zéro est difficile à énoncer car on ne peut pas exclure la probabilité de voir surgir les conditions favorables à l’émergence de souches ayant acquis un gène recombiné.» Comme on le constate, le risque d’un transfert du matériel génétique est à prendre au sérieux, même si il semble que la probabilité soit extrêmement faible et surtout très difficile à démontrer. Ces remarques sont confirmées par un avis de la société américaine de toxicologie datant de 2002 qui affirme que, malgré le manque de connaissances au sujet du devenir de l’ADN dans le système digestif des mammifères, on peut dire que les risques issus d’une quantité croissante de matériel transgénique dans l’alimentation ou d’une toxicité directe, restent relativement faible244.

244

« Although much remains to be learned about the fate of dietary DNA in mammalian systems (Doerfler, 2000), the possibility of adverse effects arising from the presence of transgenic DNA in foods either by direct toxicity or gene transfer is minimal (FAO/WHO, 2000; Royal Society, 2002). » Society of technology, Position paper, 25 septembre 2002, p.5

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De même, les vérifications menées sur les animaux qui ont été nourris avec des aliments à base de PGM semblent ne pas avoir pu démontrer l’existence de transfert de matériel génétique. Ainsi, dans un article issu du journal Feed Mix, les experts en nutrition animale Donald Mac Kenzie et Morven Mc Lean passent en revue les études comparatives qui ont été menées sur les populations animales nourries à base de PGM et d’aliments classiques245. Or d’après ces auteurs, parmi les nombreuses études qui ont été réalisées on n’a pas pu découvrir de différences significatives dans les compositions nutritionnelles ou dans les performances animales246. La question qui se pose alors est celle des possibles effets indirects tels que « Est-ce que l’ADN des gènes insérés ou modifiés ou les produits des protéines, pourraient être transférés et accumulés dans les aliments tels que le lait, la viande ou les œufs des animaux nourris à base de PGM ; et est-ce que la consommation de produits animaux issu de bétail nourris avec des PGM peut se trouver à l’origine d’effets néfastes pour la santé humaine ? »247 Il a été estimé que la quantité moyenne d’ADN ingérée dans la plupart des plantes est moins de 0,02% avec des valeurs de 0,005% pour certaines plantes248. Pour une vache laitière de 600 kg, on estime que la quantité quotidienne d’ADN ingérée est de 608mg par jour ; on a calculé que pour une alimentation à base de maïs Bt, l’ADN génétiquement modifié représenterait 0,00042 % de la dose quotidienne d’ADN (Beever & Kemp 2000). Partant de ce principe, les auteurs estiment qu’il existe un risque négligeable d’exposition de l’ADN génétiquement modifié introduit dans les plantes, comparé à l’ADN non-modifié249. Aussi, l’ADN génétiquement modifié suit le même processus d’assimilation que l’ADN classique et est dégradé sous forme de nucléotides comme l’ont montré de nombreuses études sur les vaches (Klotz & Einspanier, 1998) les poulets (Einspanier & al., 2001) et les cochons (Weber & Richert, 2001) nourris à base de maïs Bt et de soja RR. Des études in vitro ainsi que des recherches sur les aliments issus d’animaux
245

Donald MacKenzie and Morven McLean, « Who’s afraid of GM feed », Feed Mix , Volume 10 Number 3 , 2002 in www.AgriWorld.nl 246 « Comparisons of nutritional composition and wholesomeness between animal feeds containing transgenic and non-transgenic components have been the subject of numerous studies using insectresistant maize and cottonseed, or herbicide tolerant soybean. These studies, which have been carried out with beef and dairy cattle; broiler and layer chickens; swine; sheep; and catfish have consistently demonstrated no significant differences in nutritional composition or animal performance due to consumption of the novel feed compared to conventional counterparts. »Ibid., p.18. 247 « Could the DNA of inserted or modified genes, or their protein products, be transferred to and accumulate in the food products (milk, meat, eggs) of animals fed feeds derived from GM crops; and will the consumption of animal products derived from livestock fed GM feeds lead to adverse health effects in humans » Ibid. 248 « Although it is difficult to provide realistic estimates of DNA intake for typical livestock diets, it has been estimated that the DNA content of most food crops is less than 0.02% (wt/wt dry matter), with values of 0.005% reported for some crops (Watson & Thompson, 1988).»Ibid., p.19. 249 « On this basis, there is a negligible exposure to introduced DNA of GM crop material compared to the normal exposure to non-GM DNA. »Ibid.

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nourris à base de PGM n’ont pas permis de détecter la présence de protéines issues des PGM. Ces éléments permettent aux auteurs de conclure que concernant les PGM qui servent de base pour l’alimentation animale, on n’a aucune preuve de composition nutritionnelle altérée, d’effets néfastes, ou d’occurrence d’ADN ou de protéines transgénique dans les aliments d’origine animale250. A la suite des informations que nous avons pu réunir jusqu’à présent, il semble bien que le risque du transfert horizontal des gènes, quoique reconnu, soit estimé comme négligeable, étant donné la très faible proportionnalité de sa survenue ; pourtant certains auteurs contestent ces résultats et font du transfert horizontal l’un des principaux risques potentiels des PGM. C’est le cas par exemple du professeur Mae Wan Ho, célèbre pour ses prises de positions anti-PGM251. D’après la biologiste de l’Open University, le transfert horizontal est un moyen encore plus insidieux et incontrôlable pour le transgène de se disséminer. Ce procédé, qui serait en fait ni plus ni moins qu’une infection, ne reconnaît aucune barrière des espèces et est inhérent aux technologies de transgenèse actuelle. C’est l’une des raisons pour laquelle les PGM sont différentes des plantes classiques252. D’après la biologiste, les plasmides transgéniques sont utilisés pour contourner les systèmes de restriction de même que pour traverser la barrière des espèces. Aussi, ils sont potentiellement plus efficaces dans le transfert horizontal des gènes, en dépit du fait qu’ils soient mutilés253. Il y aurait un nombre croissant d’études pour démontrer que le transfert horizontal du matériel génétique a lieu entre différentes bactéries, champignons, entre les champignons et les protozoaires, entre les bactéries et des plantes ou des animaux, entre les fungi et les plantes et entre les insectes. L’auteur cite une remarque de Stephenson et Warnes (1996) selon lesquels : « La menace du transfert horizontal des gènes des organismes recombinés vers les organismes hôtes est très réelle et les mécanismes existent
250

« Protein and DNA contained in foods and feeds, whether obtained from non-GM or GM crops, are typically degraded upon consumption by the normal digestive processes. For those commercially available GM crops that are components of livestock feeds, there is no evidence of significantly altered nutritional composition, deleterious effects, or the occurrence of transgenic DNA or proteins in subsequent foods of animal origin. » Ibid. 251 Mae-Wan Ho, « Transgenic Transgression of Species integrity and Species Boundaries », texte trouvé sur le site de l’Ifgene (ces arguments sont développés dans le livre du même auteur : « Genetic Engineering: Dream or Nightmare - The Brave New World of Bad Science and Big Business » Gateway Books, 1998 252 « A much more insidious, uncontrollable way for the transgenes (and associated marker genes) to spread, which is peculiar to GMOs, is by horizontal gene transfer, i.e., by infection. This process recognizes no species barriers, and is inherent to many current transgenic technologies. It is, to a large extent, why transgenic organisms are different from those obtained by conventional breeding methods. » Ibid. 253 « Transgenic plasmids, as mentioned earlier, are designed to overcome these restriction systems as well as to cross species barriers. So they are potentially much more effective in horizontal gene transfer, despite the 'crippling'. »Ibid.

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ici et là (whereby) au moins théoriquement, chaque trait génétiquement modifié peut être transféré à n’importe quel organisme procaryote et pour beaucoup d’eucaryotes. » Elle présente un tableau qui montre comment « un gène transféré par un vecteur à n’importe quelle espèce peut atteindre n’importe quelle autre espèce sur terre »
254

et cite le cas d’un

élément génétique mobile nommé « mariner » qui aurait été découvert dans la drosophile et qui a été retrouvé dans les génomes des primates, y compris humain, où il aurait causé une maladie de dégénérescence neurologique255. D’après Mae Wan Ho, les transferts horizontaux de gène ont existé dans l’évolution, ils étaient cependant des événements très rares parmi les plantes et les animaux cellulaires, aussi, le nombre de ces transferts a dû ou devra forcément augmenter parce que les vecteurs construits pour le génie génétique sont des chimères de plusieurs vecteurs désinés pour transgresser l’intégrité des espèces et les barrières des espèces et par conséquent capables d’infecter plusieurs espèces256. Dans ce processus, les vecteurs se recombineront avec un large spectre de pathogènes naturels. D’après Wan Ho, qui affirme avoir passé en revue les 75 expériences portant sur le sujet parues entre 1993 et 96, ce risque va se concrétiser par une grande prolifération des gènes de résistance aux antibiotiques, phénomène qui a déjà été observé mais qui va être accru par l’usage de marqueurs résistants aux antibiotiques dans les vecteurs. A ce risque s’ajoute celui de l’échange et la recombinaison de gènes de virulence, ce qui se trouve à l’origine de nouvelles souches virulentes de bactéries et de mycoplasmes257; l’auteur cite alors une série d’infections et de maladies (choléra, streptococcies, pneumonie, sida…) ; les dangers de générer des pathogènes par la mobilisation et la recombinaison de vecteurs seraient réels. Une autre source de risque est que les populations microbiales naturelles forment une voie naturelle et un réservoir pour le transfert horizontal des gènes. En effet, la biologiste affirme que la population microbienne des sols où les PGM poussent et des environnements aquatiques où les poissons transgéniques sont élevés dans des milieux

254

« you will realize how a gene transferred to any species in a vector can reach every other species on earth… », Ibid. 255 « The threat of horizontal gene transfer from recombinant organisms to indigenous ones is ... very real and mechanisms exist whereby, at least theoretically, any genetically engineered trait can be transferred to any prokaryotic organism and many eukaryotic ones (...)Earlier this year, a mobile genetic element, called mariner, first discovered in Drosophila, was found to have jumped into the genomes of primates including humans, where it causes a neurological wasting disease (P. Cohen, 1996). Earlier this year, a mobile genetic element, called mariner, first discovered in Drosophila, was found to have jumped into the genomes of primates including humans, where it causes a neurological wasting disease (P. Cohen, 1996). »Ibid. 256 However, the scope of horizontal gene transfer may have, or will be, increased because the vectors constructed for genetic engineering are chimaeras of many different vectors designed to transgress species integrity and species barriers, and therefore capable of infect many species. »Ibid. 257 « As pathogens become antibiotic resistant they also exchange and recombine virulence genes by horizontal gene transfer, thereby generating new virulent strains of bacteria and mycoplasm. »Ibid.

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idéaux pour favoriser la dissémination des vecteurs contenant les transgènes258. Ainsi, cette route ne peut être ignorée étant donné que les transferts de transgènes et de marqueurs auraient été démontrés entre une pomme de terre transgénique et une bactérie pathogène par exemple (Schluter et al., 1995) et entre une plante transgénique et des champignons du sol (Hoffman et al., 1994). L’auteur précise cependant que l’on possède très peu de données sur la fréquence de ce genre de transfert et sur la stabilité du matériel transféré, étant donné le peu de recherches qui auraient été entreprises sur le sujet. Un autre risque serait que les transgènes de résistance virale pourraient générer les virus vivants par recombinaison. Ainsi, les plantes qui sont génétiquement modifiées afin de résister aux maladies virales avec les gènes d’enveloppes de protéines virales peuvent générer de nouvelles maladies par le biais de plusieurs processus259 qui sont: la transcapsidation, la recombinaison et la complémentation. Un dernier risque enfin est que les vecteurs résistent à la dissolution dans le système digestif et infectent les cellules des mammifères. Cette question d’après la biologiste de l’Open University n’aurait pas encore été étudiée. On a longtemps admis que notre système digestif était rempli d’enzymes capables de digérer l’ADN, cependant les gènes transportés par les vecteurs peuvent être spécialement résistants à l’action des enzymes et beaucoup plus infectieux que les morceaux classiques d’ADN. L’auteur fait référence aux travaux de Schubbert et al. ; en plus de cela il est nécessaire de signaler que les gènes transportés par les vecteurs peuvent subsister très longtemps dans l’environnement. Comme on peut le constater, cette compilation de risques concernant le transfert de matériel génétique issu de PGM est bien différente des articles que nous avions eu l’occasion d’étudier. Pour Mae Wan Ho, il est clair que l’on a dépassé le cadre du risque potentiel pour passer dans celui du danger avéré. D’après l’auteur, les PGM ne peuvent qu’accroître l’existence d’un phénomène qui existe déjà dans la nature. Alors que la plupart des experts favorables aux PGM admettent le risque de transfert mais le considèrent comme quasiment nul, elle en fait un véritable danger. De même que les PGM étaient à l’origine d’un risque d’allergie plus important, elles deviennent une plus grande source de transfert horizontal du matériel génétique.

258

« An obvious route for the vectors containing transgenes in transgenic higher plants and animals as well as microorganisms to spread is via the teeming microbial populations in the soil, where transgenic plants are grown, and in aquatic environments, where transgenic fish and shellfish are currently being developed for marketing. » Mae-Wan Ho, Ibid. 259 « Molecular geneticists have expressed concerns that transgenic crops engineered to be resistant to viral diseases with genes for viral coat proteins might generate new diseases by several known processes. » Ibid.

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Une fois encore, on observe combien la probabilité avec laquelle s’exprime le risque autorise les interprétations scientifiques différentes. Pour Wan Ho, il semble évident que le transfert horizontal du matériel génétique est une spécificité des PGM ; de par leur nature ces dernières ne peuvent que contribuer à accroître ce risque. Dans ce cas, le principe d’équivalence en substance est rejeté, et c’est le principe de « différence absolue » qui prend sa place. En effet ne doit-on pas supposer que la biologiste pose ce principe pour faire pencher l’interprétation des résultats des études réalisées sur le sujet du côté de l’existence d’un danger réel ? Or ce faisant, elle franchit un pas que ne franchissent pas ceux qui admettent l’existence du risque et tentent d’en évaluer les probabilités. On constate donc que face à cette situation qui ne permet ni d’affirmer le danger, ni de clamer son absence, les prises de positions diverses sont motivées par une conception a priori de la nature des PGM et des qualités qui lui sont attachées. Mais passons à l’étude d’une controverse qui découle directement de cette problématique : le risque de transfert de gènes de résistances aux antibiotiques.

3.1.3.2 Le cas des gènes de résistance aux antibiotiques Dans le cadre du risque de transfert potentiel d’un transgène, la problématique soulevée par l’usage des antibiotiques comme marqueurs est sans doute l’une des controverses scientifiques qui a fait couler le plus d’encre et ce, des deux côtés de l’Atlantique. En effet, si la controverse semble avoir été lancée en Europe à la suite d’un article signé de Patrice Courvalin260, aux Etats-Unis, comme le rappelle Richard Caplan, avocat des associations de consommateur américaines vouées à la cause des PGM, le débat a également lieu, même s’il n’a pas servi comme en Europe à l’établissement d’un moratoire261. Aussi, rares sont les articles des protagonistes anti-PGM qui n’abordent pas le thème des gènes marqueurs résistants aux antibiotiques. Il faut dire que le thème regroupe deux sujets d’inquiétudes : d’une part l’émergence de bactéries pathogènes résistantes aux antibiotiques et d’autre part, le transfert potentiel de transgènes. C’est ainsi, par exemple, que l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments formule le problème dans un rapport paru en janvier 2002 : « Les gènes de résistance aux antibiotiques introduits dans le génome d'une plante transgénique sont-ils susceptibles, dans différentes situations écologiques, de retourner vers des bactéries et

260

Patrice Courvalin, « Plantes transgéniques et résistance aux antibiotiques », La Recherche , n°309 05/1998 261 Richard Caplan, « Antibiotic Resistance and Genetically Engineered » Plants,June 2002

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conduire à une extension des résistances aux antibiotiques susceptibles d'avoir des effets préjudiciables sur la santé humaine ? »262 Comment ce problème est-il devenu l’une des sources principales d’inquiétude concernant le sujet des PGM et ce, pas seulement au niveau des experts, mais également au niveau du grand public, c’est ce que nous souhaitons désormais étudier.

De l’usage des gènes marqueurs résistants aux antibiotiques pour la production de PGM.
Que l’on transfert le gène via l’utilisation d’agrobactéries, des méthodes de transformation des protoplastes ou de la biolistique, une fois le transgène introduit dans la cellule cible, il est nécessaire de pouvoir le sélectionner ; d’où le recours aux gènes marqueurs résistants aux antibiotiques : « l’obtention de plantes transformées par Agrobacterium nécessite deux étapes. Il faut pouvoir d’abord sélectionner les cellules où le transfert de l’ADN-t s’est produit, puis régénérer des plantes complètes à partir de ces cellules. La sélection est réalisée en adjoignant au gène d’intérêt soit un gène de résistance à un antibiotique soit un gène de résistance à un herbicide. Les plus classiquement utilisés sont des gènes conférant la résistance à la kanamycine ou à l’hygromycine d’une part, au glufosinate d’autre part. Ces substances agissent sur les cellules végétales cultivées in vitro, et seules les cellules transformées avec ces gènes seront susceptibles de se multiplier en leur présence. Ce gène de sélection peut être placé sur le même ADN-t que le ou les gènes d’intérêt et sera de ce fait indissociable, dans la plante transformée, du gène responsable du caractère conféré. »263 On notera qu’en jouant sur les endroits de l’insertion, on peut faire que « La plante obtenue donnera en descendance des individus porteurs du seul gène d’intérêt après ségrégation des caractères à la méiose.» Comment réalise-t-on cette opération ? Dans le cadre d’une transformation in vitro par Agrobacterium Tumefaciens, un protocole a été mis au point par Horsch et al. (1985) désigné depuis comme méthode « leaf disk » : On prépare en conditions aseptiques des disques de feuilles avec un emporte-pièce et on les immerge pendant quelques minutes dans la suspension des bactéries porteuses de l’ADN-t modifié dans le plasmide Ti ou dans un plasmide binaire. On met ensuite les sections de feuilles en culture dans une boîte de Petri et un milieu culture contenant des substances de croissances. « Après cette phase, les tissus sont repiqués sur un milieu inducteur de bourgeons (rapport cytokine/auxine élevé dans ce cas) auquel sont ajoutés un antibiotique pour tuer les bactéries qui se sont multipliées, et l’agent de sélection, antibiotique ou herbicide, qui
262

AFSSA, « Evaluation des risques relatifs à la consommation de produits alimentaires composés ou issus d'organismes génétiquement modifiés » Janvier 2002 263 Georges Pelletier et Evelyne Téoulé, « La transgenèse dans le règne végétal : le point sur les plantes d’intérêt agronomique », in, Biotechnologies, 5ème édition, éditions Tec & Doc, p.572.

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permet de sélectionner les cellules transformées qui en principe seront les seules à pouvoir régénérer des tiges.»264 Ainsi les cellules transformées qui contiennent le transgène et le gène de résistance aux antibiotiques auront un avantage sur un milieu contenant des antibiotiques. Tous les experts s’accordent généralement à reconnaître l’efficacité de cette méthode, même si celle-ci va être remplacée par de nouvelles technologies et ce, à la suite d’une controverse qui a opposé les scientifiques entre eux.

Naissance de la controverse
C’est avec un article paru en 1998 dans la rubrique bactériologie de la Recherche que Patrice Courvalin a mis le feu aux poudres en signalant les risques du recours aux antibiotiques dans la transgenèse végétale. Le responsable du Centre national de référence sur les mécanismes de résistance aux antibiotiques et de l'Unité des agents antibactériens de l'Institut Pasteur qui étudie depuis un certain temps l’émergence des nouveaux mécanismes de résistances aux antibiotiques265 trouve ici un nouveau terrain de développement d’un problème de santé publique : « Alors même que les bactéries développent une résistance de plus en plus efficace à tous les antibiotiques, l'introduction à grande échelle de plantes transgéniques risque-t-elle de leur faciliter la tâche(…) Ce risque a été bien légèrement évacué par les experts. Il est d'autant plus sérieux que, parallèlement, on favorise la résistance des bactéries pathogènes en utilisant largement les antibiotiques dans l'alimentation des animaux d'élevage. Avant de répandre des OGM dans l'environnement, il serait opportun d'effectuer des « constructions génétiques » qui n'utilisent pas ces gènes de résistance. »
266

On le voit,

cette entrée en matière invite à prendre le problème au sérieux ; aussi, en incriminant certains experts qui n’auraient pas adopté cette attitude responsable, l’auteur s’inscrit directement sur le terrain de la controverse. D’après P. Courvalin, les gènes de résistance aux antibiotiques sont un problème car « on ne peut exclure que ces gènes de résistance aux antibiotiques puissent migrer de la plante transgénique aux bactéries. » L’auteur affirme que ces gènes subsistent dans la plante sans que l’on en ait besoin et qu’ils sont « des résidus d'une des étapes de la construction génétique. » qui s’expriment ou non selon le modèle de construction génétique. Le bactériologue rappelle que les bactéries ont développé divers mécanismes de résistances dont l’un consiste à synthétiser des enzymes qui inactivent
264 265

Ibid., p. 573. P. Courvalin et A. Philippon, « Mécanismes biochimiques de la résistance bactérienne aux agents antibactériens », in L. Le Minor et M. Véron (éds.), Flammarion, 1989. et P. Courvalin et P. Trieu-Cuot, «Plasmides et transposons de résistance aux antibiotiques », L. Le Minor et M. Véron (éds.), Flammarion, 1989. in Bactériologie médicale in Bactériologie médicale 266 Patrice Courvalin, « Plantes transgéniques et résistance aux antibiotiques », La Recherche , n°309 05/1998

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les antibiotiques ; aussi, ils ont acquis ces nouvelles « défenses » par le biais du transfert horizontal de gènes en provenance d’autres bactéries ; ce phénomène a pu se développer très facilement parce « qu’elles ont développé des systèmes de transfert d'ADN extrêmement efficaces et à très large spectre d'hôte. » Concernant les PGM, P. Courvalin affirme que l’on a sélectionné certains de ces gènes de résistance sans tenir compte des facteurs de risque : « Comme nous allons le montrer, ces choix, particulièrement malheureux, dénotent une ignorance de l'écologie de la résistance aux antibiotiques et attestent de connaissances superficielles sur les mécanismes de résistance et de leur évolution. » Il revient alors sur l’histoire de l’émergence des souches pathogènes résistantes et cite la pénicillinase, une enzyme produite par certaines souches apparues dans les années 1940 pour résister à la pénicilline. Or, le gène blatem-1 utilisé par Novartis dans la production de PGM commande la production de pénicillinase : « Il confère donc la résistance à l'une des classes d'antibiotiques les plus utilisées en thérapeutique humaine. On sait que des altérations de ce gène peuvent élargir considérablement le spectre de résistance que confère l'enzyme dont il dirige la synthèse, et allonger ainsi la liste des antibiotiques rendus inefficaces. » étant donné que ce gène peut également subir certaines mutations ponctuelles, « le plus simple événement génétique que l'on puisse concevoir dans ce gène, et dont la survenue est inéluctable à une fréquence relativement élevée, est capable de ruiner des dizaines d'années d'effort de l'industrie pharmaceutique et de conférer une résistance efficace à des antibiotiques particulièrement utilisés en clinique, notamment lors d'infections graves, et de loin les plus prescrits dans le monde. » A l’hôpital les infections nosocomiales ont pour principale origine ce gène ; il est présent « chez environ la moitié des Escherichia coli , bactéries commensales du tube digestif qui, dans certaines conditions, peuvent provoquer des infections.» L’auteur signale l’utilisation d’autres gènes de résistance : les gènes aph3’-2 résistant à la kanamycine, le gène aph3’-3 résistant à l’amikacine, le gène aad3’’9 résistant à la streptomycine et à la spectinomycine. Certains de ces antibiotiques qui n’étaient plus utilisés étant donnée leur nocivité pour la santé humaine reviennent parfois à l’usage étant donné la virulence des maladies qu’ils combattent et les résistances de certaines bactéries. Tous ces gènes de résistance présents dans les plantes pourraient donc, par transfert horizontal, « contribuer à la dissémination de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries pathogènes. » Un autre risque étant le transfert aux espèces voisines dans les champs du transgène et du caractère de résistance par voie sexuée. P.Courvalin ajoute que « les connaissances sur le transfert d'information génétique entre organismes très éloignés sur le plan phylogénétique sont récentes et parcellaires ; notre savoir est en pleine

121

évolution. » et ajoute que « les opportunités d'échange de matériel génétique entre organismes vivants dans la nature sont immenses et que la reconstitution de ces conditions au laboratoire, et même sur le terrain, peut être plus difficile, voire impossible actuellement. Ceci souligne la faible prédictibilité des expériences conduites au laboratoire. »267 Selon le bactériologue, la culture intensive de PGM contenant des gènes de résistance favorise son évolution et sa dissémination étant donné l’augmentation du « nombre de copies de ce gène dans la nature. ». Il évoque donc les cas où le transfert pourrait avoir lieu : Le premier cas est un transfert aux bactéries commensales présentes dans le tube digestif des animaux ou de l’homme. Ces bactéries sont en grand nombre et peuvent être en « état de compétence » pour incorporer, par exemple, un fragment du gène porteur de résistance blatem-1 ; aussi le tube digestif est un milieu favorable à ce genre de transfert : « L'étude de l'évolution de la résistance bactérienne aux antibiotiques au cours des vingt dernières années nous a enseigné qu'étant donné la taille gigantesque des populations concernées un événement, même extrêmement rare, peut survenir pour peu que les conditions de sélection adéquates soient présentes. » Aussi, un facteur tel que l’utilisation d’antibiotique dans l’alimentation animale ne peut que favoriser ce transfert. Le deuxième cas est « le passage aux bactéries du sol d'ADN de plantes transgéniques en décomposition, et notamment de leurs racines. » La stabilité de l’ADN dans le sol fait que certaines espèces bactériennes telluriques peuvent facilement l’incorporer : « Or, ces micro-organismes, tels les Acinetobacter, font partie des bactéries responsables d'infections chez les malades immunodéprimés qui représentent une fraction croissante de la société (patients atteints du sida, présentant une leucémie ou un cancer sous chimiothérapie, ayant subi une transplantation ou hospitalisés en service de réanimation, personnes âgées). » P. Courvalin estime que ces transferts ont de forte chance de se stabiliser étant donné que les PGM sont des constructions qui comportent de larges régions flanquantes d’ADN bactérien, ce qui ne peut que favoriser la « recombinaison homologue entre les séquences flanquant le gène de résistance et l'ADN de la bactérie réceptrice ; le procédé est d'autant plus efficace que les zones d'homologie interagissant sont étendues. » ; et l’auteur de commenter « Il s'agit donc de constructions non seulement ‘inesthétiques’, mais ‘génétiquement incorrectes’ car résultant d'approches très grossières. »

267

P. Courvalin, Ibid.

122

-

Pour ce qui concerne maintenant l’expression du gène de résistance dans la bactérie hôte, celle-ci dépend en fait du type de résistance : totale et immédiate pour les gènes de résistance à l’ampicilline, à la streptomycine et à la spectinomycine, l’expression est plus complexe lorsqu’il s’agit d’un gène de résistance à la kanamycine, par exemple, celle-ci étant liée à l’existence d’un promoteur bactérien eucaryote non fonctionnel chez les bactéries.

A la suite de ces 4 facteurs déterminant les risques potentiels, le bactériologue s’interroge : « Est-il opportun de laisser subsister dans les plantes transgéniques des gènes qui leur sont inutiles et qui confèrent la résistance à des familles majeures d'antibiotiques ou à des antibiotiques qui connaissent un regain d'indications ? De laisser des gènes qui font partie de constructions génétiques bâclées qui accumulent les structures favorables à un retour éventuel vers les bactéries ? Et ce, alors même que l'on dispose de techniques autorisant des constructions « génétiquement correctes», parfaitement définies et faisant l'économie de ces gènes de résistance. » Il s’étonne du fait que l’on n’ait pas eu recours au principe de précaution ; l’application de ce dernier ayant eu pour conséquence la non autorisation de ces plantes de premières générations qu’il nomme des constructions incorrectes sur le marché. Son inquiétude est d’autant plus marquée qu’il n’existe aucun moyen de vérifier la traçabilité. Enfin, il conclut en rappelant que « depuis plus de vingt ans aucune nouvelle famille d'antibiotiques n'a été introduite en clinique. » Cet article du magazine la Recherche sera largement relayé par la presse écrite268 et fera, avec la polémique qui a suivi, l’objet d’un examen dans un rapport de l’assemblée nationale269. La problématique n’a pourtant rien de nouveau et avait déjà été soulevée au sein des institutions américaines avant la mise sur le marché des PGM ; ainsi, comme le rappelle Richard Caplan, en 1992, la FDA avait discuté le gène de résistance à la kanamycine en particulier et celui des gènes marqueurs de sélection en général dans une sous-section d’un rapport sur les « Problèmes scientifiques concernant le domaine de la santé publique » ; aussi l’agence américaine avait reconnu que le gène de résistance à la kanamycine ne devait pas servir à d’autres fins utiles en dehors du laboratoire, du fait que le
268

« Les risques sanitaires des aliments transgéniques inquiètent le Parlement », Le Monde , 30 Mai 1998 ; « Des doutes sur la résistance aux antibiotiques », Le Monde, 27 Septembre 1998 ; « Débats sur l'introduction des plantes transgéniques. Citoyens sans gène face aux specialistes. 14 "candides" jugent les aliments génétiquement modifiés », Libération, 22 juin 1998 ; « Organismes génétiquement modifiés : la controverse », Dernière Nouvelles d’Alsace, n° 141 - Mercredi 17 Juin 1998.) 269 Le Déaut (Jean-Yves), Député, Président de l'Office ; Revol (Henry), Vice-Président, L'utilisation des organismes génétiquement modifiés dans l'agriculture et dans l'alimentation Rapport 545 (97-98), Tome 1 – Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques.

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gène de résistance aux antibiotiques pouvait réduire l’effet thérapeutique des antibiotiques pris oralement, si les enzymes dans les aliments inactivent l’antibiotique ; par conséquent, il semblait nécessaire d’étudier davantage le problème270. Ceci dit, la FDA a accepté l’utilisation des gènes de résistance à la kanamycine en 1994 en fondant sa décision, d’après Kaplan, sur des résultats datant de 1978 démontrant la digestion rapide de l’ADN.

Reprise et poursuite de la controverse
L’article de P. Courvalin initie en France une nouvelle controverse sur les PGM en prenant position contre des contributions de Axel Kahn271 et de Patrick Berche
272

. Ce dernier,

professeur au service de bactériologie, virologie, parasitologie, hygiène de l’hôpital Necker à Paris a fait paraître un article dans le Quotidien du médecin un mois plus tôt où tout en reconnaissant l’existence du risque d’un transfert des plantes vers l’organisme ou vers le sol il estime que celui-ci est négligeable, étant donné la très faible probabilité de sa survenue. Selon Berche l’apparition de bactéries multirésistantes est un phénomène inquiétant qui a essentiellement lieu en milieu hospitalier et dans les élevages d’animaux. Il se réfère aux publications des experts indépendants de l’O.C.D.E, de l’O.M.S et de l’Union européenne pour déclarer que les gènes de résistances utilisés dans les PGM sont déjà très largement répandus dans la nature ; par exemple, le gène bla est porté par une souche de colibacilles sur deux. On estime l’excrétion quotidienne de 5 à 50 milliards de colibacilles porteurs de gène bla dans la nature par un individu sur 2. Aussi, aucun travail n’aurait permis de détecter l’existence d’un transfert horizontal de gènes depuis les végétaux vers les bactéries du sol parmi les PGM. On a pu cependant estimer en laboratoire la fréquence de ce transfert à « une bactérie receveuse sur 1015 à 1018 », soit une probabilité quasi-nulle. Si on ajoute à cela le fait que les gènes de résistances présents par exemple dans le maïs Bt, ne représente qu’1/40 000ème d'A.D.N., cette donnée diminue encore la probabilité. Enfin, la très faible pression de la sélection dans les bactéries du sol ou chez l’homme en bonne santé diminue la chance que cette bactérie résistante a d’être sélectionnée. Ce qui permet à l’auteur de

270

« The agency acknowledged that the kanamycin resistance gene “serves no further useful purpose” outside of the laboratory and that antibiotic resistance marker genes “may reduce the therapeutic efficacy of the antibiotic when taken orally if the enzyme in the food inactivates the antibiotic. » FDA, “Statement of Policy: Foods Derived From New Plant Varieties.” Federal Register. Vol. 57, No. 104. 29 May 1992 cité par Richard Caplan. 271 A. Kahn, « Pourquoi tant de haine contre ce pauvre maïs ? », Le Monde , 9 décembre 1997 ; A. Kahn, « Les OGM permettront de nourrir la planète en respectant l'environnement », Les Echos , 18 décembre 1997. 272 P. Berche, « Résistance aux antibiotiques : l'impact des plantes transgéniques paraît anecdotique », Le Quotidien du Médecin , 18 février 1998.

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conclure que les marqueurs de résistance aux antibiotiques ne présentent aucun risque majeur pour la santé. Deux ans plus tard, la Recherche revient sur la controverse en publiant dans un dossier spécial intitulé « Qui a peur des PGM »273, la version condensée d’un article de Francine Casse paru en 1998 dans la revue spécialisée OCL, oléagineux, corps gras, lipides, (septembre-octobre 1998). La biologiste, membre de la commission du génie biomoléculaire et professeur à l’Université de Montpellier II, réagit sur la controverse en s’indignant de la manière dont médias et scientifiques ont traité le problème du risque de transfert de gènes de résistance aux antibiotiques : « On a tout lu, tout entendu, et son contraire, sur le maïs transgénique et la résistance aux antibiotiques et, plus généralement, sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), jusque dans les plus hautes instances »; elle tente de démontrer que le risque n’est pas si grand que l’on a voulu le faire croire, et que ce sujet a donné lieu dans son traitement journalistique à quelques raccourcis de pensée. Le comble étant que certains journalistes ont affirmé qu’en « deviennent résistants à leur tour » transmise à des bactéries. Revenant sur le cas du maïs développé par le groupe Novartis qui s’est trouvé au cœur de la controverse, elle rappelle alors que l’introduction du gène de résistance à l’ampicilline dans du maïs génétiquement modifié, est un procédé technique particulier qui permet de sélectionner les bactéries (généralement des « colibacilles inoffensif ») qui possèdent la construction génétique faite du gène d’intérêt, du plasmide et du gène de résistance à un antibiotique ; c’est grâce à ce dernier que l’on pourra obtenir la grande quantité de gène d’intérêt nécessaire à la création de PGM. En effet, «un plasmide représente une charge pour la bactérie. S'il ne lui est pas indispensable, elle aura tendance à se multiplier sans lui. D'où l'idée d'insérer dans le plasmide vecteur un gène de résistance à un antibiotique. En faisant croître les bactéries dans un milieu qui contient l'antibiotique, les bactéries sans plasmide, incapables de survivre dans ce milieu, sont éliminées au profit des bactéries désirées.» Aussi, F. Casse rappelle qu’ « A l'heure actuelle, il est techniquement possible de séparer l'ADN correspondant au gène d'intérêt de celui correspondant au vecteur de clonage (origine de réplication et gène bactérien de résistance à l'ampicilline). On peut donc ne pas intégrer au génome des plantes ces séquences dont elles n'ont pas besoin pour manifester les nouveaux caractères agronomiques souhaités. Mais il y a quelques années, lorsqu’ont été obtenues les plantes transgéniques dont la lointaine descendance est
273 274

l'ingérant, animaux et humains ne

274

alors qu’il est plus juste de parler de résistance

Francine Casse, « Le maïs et la résistance aux antibiotiques », La Recherche 327, 2000, p.35. F. Sergent, C. Coroller, Libération, 22/06/1998.

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maintenant sur le marché (après des années de sélection classique pour introduire le transgène dans les variétés d'élite choisies), on ne savait pas, ou l'on ne cherchait pas, à limiter l'ADN à transférer aux séquences strictement nécessaires. » Après avoir fait ces quelques rappels, la biologiste revient sur la controverse ; considérant alors le possible transfert du gène de résistance à une bactérie et sa multiplication, elle affirme qu’il s’agit d’un « Scénario catastrophe dont la vraisemblance fait l'objet d'impossibles estimations et d'interminables controverses dont il constitue à mon sens un prétexte plus qu'un argument. » Elle démontre alors l’invraisemblance de ce scénario catastrophe en mettant l’accent sur les différents obstacles auxquels se trouvent confrontés à chaque étape le transfert potentiel du gène de résistance à une bactérie du ventre d’un animal ou du sol. Ces étapes comme on l’a déjà vu, consistent dans l’intégration de la bactérie résistante, de son maintien, de son transfert aux bactéries (dans le cas du maïs Novartis, F. Casse précise qu’il doit absolument s’agir d’une entérobactérie) et enfin de sa sélection par un antibiotique de la famille b-lactame (dans ce cas, elle rendrait le traitement inefficace). La biologiste en déduit que l’ensemble du débat revient à l’établissement d’un calcul « risques, bénéfices » ; or si on prend en compte tous ces arguments pour démontrer l’existence d’un risque potentiel, ceux-ci restent insuffisants pour refuser « l’utilisation d’une variété de maïs améliorée qui nécessite moins de traitement pesticide au cours de sa culture. » Aussi, F. Casse s’étonne que le risque ait « fait couler beaucoup plus d'encre que l'estimation du bénéfice. » malgré le fait que jusqu’à présent, il n’a pas été possible de quantifier le transfert d’ADN d’une plante vers une bactérie (que celle-ci soit du sol ou du tube digestif). Elle reconnaît cependant que « pour extrêmement peu probable qu'il soit, affirmer que l'accident est impossible serait faux. » Aussi pour tenter de démontrer qu’au cœur même de la controverse des scientifiques qui s’étaient opposés détiennent tous une part de vérité, F. Casse rappelle avec Axel Kahn (un partisan des PGM) qu’une « vaste proportion des bactéries de notre tube digestif sont déjà résistantes aux b-lactames, et à bien d'autres familles d'antibiotiques »275 et avec Patrice Courvalin (comme on l’a vu, l’un des partisans de l’application du principe de précaution pour les PGM) que « L 'utilisation massive des antibiotiques comme promoteurs de croissance dans l'alimentation animale crée les conditions les plus favorables à la sélection du transfert puis à la dissémination de la résistance. »276

275 276

« Courrier des lecteurs », A. Kahn, p. 7, La Recherche, juillet-août 1998. Patrice Courvalin, « Plantes transgéniques et résistance aux antibiotiques », mai1998.

La Recherche , n°309,

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Ces citations permettent alors à F. Casse de reformuler le problème : « Le problème existe donc déjà, le tout est de savoir si les plantes transgéniques peuvent l'aggraver. » Aussi, cette fois-ci pour résoudre ce problème, elle s’oppose à P.Courvalin et rejoint P. Berche de l’Hôpital Necker pour qui, « Le risque hypothétique est largement compensé par les bénéfices que l'on peut escompter du fait du recours moindre aux pesticides et aux insecticides : baisse de la pollution des sols et des nappes phréatiques, moindre risque d'intoxication pour l'agriculteur, etc. L'impact des plantes transgéniques est anecdotique comparé aux problèmes rencontrés en milieux hospitaliers et dans les élevages intensifs d'animaux, en particulier de la volaille. » Qu’en est-il maintenant des autres gènes de résistance aux antibiotiques que sont « les origines de réplication à large spectre d’hôte » et celui du « gène de résistance à expression eucaryotique ». Concernant le premier cas, où il s’agit des constructions introduites par la bactérie Agrobacterium tumefaciens, « le risque serait légèrement supérieur à celui engendré par le maïs de Novartis (gène « bactérien » avec origine de réplication à spectre d'hôte étroit). » Pour les seconds, il s’agit des gènes qui codent les protéines comme la Kanamycine, aussi, l’éventualité de leur recombinaison est « encore plus faible que pour le gène bactérien de résistance à l’ampicilline, tout en demeurant théoriquement possible. » Ajoutant à cela la nécessité d’une pression de sélection, F. Casse en conclut qu’ « Une fois encore, le risque n'existe qu'en présence d'une pression de sélection, et les conséquences d'une telle pression de sélection exercée par l'usage excessif d'antibiotiques sont déjà largement supérieures à celles que pourrait induire l'arrivée d'un gène via une plante cultivée ou ingérée. » Aussi ces problèmes auraient déjà fait l’objet d’études dans le journal Transgenic Research dès sa création en 1992 par une équipe du centre de recherche sur l'amélioration et la reproduction des plantes de Wageningen, aux Pays-Bas, qui conclut à l'acceptabilité pour la santé comme pour l'environnement des plantes transgéniques résistantes à la kanamycine277. En ce qui concerne maintenant le problème évoqué par P.Courvalin de « mutations ponctuelles survenant dans le génome de la plante et pouvant modifier la spécificité d'action des enzymes inactivant les antibiotiques.» F. Casse affirme que « les mutations survenant au hasard, les possibilités pour les enzymes de perdre toute activité sont bien plus élevées que celles de changer de spécificité. » En conclusion la biologiste rappelle que tous ces problèmes sont connus des experts et largement débattus au niveau des instances nationale et européenne. Aussi, elle s’étonne que les PGM n’aient pas réussi à convaincre l’opinion publique alors que « les Américains,
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J.-P. Nap et al., Transgenic Research , 1 , 239, 1992.

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pourtant réputés particulièrement craintifs vis-à-vis de tout danger microbien, utilisent ces plantes sans problèmes depuis quelques années. » Aussi, « La bataille de fond est déplacée sur un terrain socio-économique, même si les arguments de forme invoqués sont encore parfois d'ordre scientifique. » Enfin, la biologiste rappelle que les scientifiques qui ont conclu à l’absence d’augmentation de risque, ont également réclamé la mise en place d’un dispositif de biovigilance, ce qui implique l’attribution d’autorisations provisoires en attendant des nouvelles générations plus propres de PGM. D’après elle, il serait ridicule d’attendre que les PGM soient parfaites pour qu’on se mette à les cultiver : « Se pose-t-on, et s'est-on jamais posé, ce type de question pour une quelconque création humaine (habitation, véhicule, médicament...) ? Il ne s'agit pas de jouer les apprentis sorciers ; il s'agit d'être raisonnable, sans être ni exagérément enthousiaste, ni ridiculement craintif. » La manière dont Gilles-Eric Séralini, également membre de la CGB, traite le problème se trouve aux antipodes du texte précédemment évoqué. A l’opposé du ton rassurant du « plaidoyer » de Francine Casse, il choisit de marquer son lecteur en employant une image choc :« les gènes de résistance à des antibiotiques risquent d’induire de nouvelles résistances, alors que dans les hôpitaux européens, des personnes meurent par milliers à cause des bactéries pathogènes qu’aucun antibiotique n’arrive à combattre ! »278 Et sur un ton faisant peu de cas de l’initiative de ses collègues : « Quelle idée d’avoir laissé ce type de gène dans toutes les cellules de plantes alimentaires transgéniques, sous prétexte que l’on peut déjà les trouver dans la nature, ou qu’on utilise moins les antibiotiques en question. ” Pour ce professeur de biologie moléculaire de l’université de Caen et membre du comité de biovigilance, cette négligence dénote un signe de « précipitation et de facilité ». En effet, il existe un grand risque de transfert horizontal de l’ADN par les bactéries du sol. Tout le monde dénonce ce procédé : « Les gènes de résistance aux antibiotiques désignent la signature d’une science mal appliquée. » Or, rien n’a empêché les industriels, même si, le 5 septembre 1997, le comité de la prévention et de la précaution du ministère de l’environnement a préconisé de ne pas utiliser ce type de gènes. Mélangeant alors le problème propre aux PGM avec celui plus général de l’insensibilisation des réactions aux traitements par antibiotiques, G. Séralini ajoute : « Les estimations de risque de transferts horizontaux sont très théoriques par rapport à l’infinité des conditions dans la nature. Les morts ou les amputés à cause d’infection insensible aux antibiotiques, le sont à cause de disséminations de ce type de gènes, et de la surconsommation d’antibiotiques. » On sera alors surpris qu’en conclusion d’un exposé scientifique, l’auteur prenne son lecteur par les sentiments : « Et lorsque ce malheur frappe un proche, on n’a cure de savoir si ces gènes
278

Gilles-Eric Séralini, OGM, le vrai débat, coll. Dominos, Flamarion, p.93.

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existaient déjà dans le sol, la salade, des bactéries non pathogènes ou s’ils proviennent du maïs BT. » Cela est d’autant plus frappant que jusqu’à présent personne n’a pu prouver le transfert des gènes de résistance aux PGM et encore moins que ce phénomène estimé possible pouvait se trouver à l’origine d’un décès. L’expert, membre de deux comités, est loin de se vouloir rassurant et le ton qu’il emploie contraste fortement avec celui de Francine Casse. On se trouve presque ici dans le style de la diatribe journalistique. Style familier à l’expert qui, en 1999, s’est associé au botaniste Jean-Marie Pelt pour rédiger un plaidoyer anti-PGM dans le journal Libération. On retrouve dans cet article, de manière encore plus directe, les accusations contre les erreurs des scientifiques. Se plaignant de l’absence de contrôle des innovations scientifiques, les 2 auteurs illustrent leur propos en prenant le cas du maïs transgénique, qui sont d’après eux, le premier exemple de ratage : « Ils ne sont pas le fleuron de la science moderne mais ceux d’une mauvaise technologie. Mal faits, avec des résidus technologiques de gènes marqueurs et autres, ils représentent des méthodes dépassées, signes d’une précipitation inacceptable à des fins uniquement commerciales. Ainsi, deux transgènes sont inutiles sur 3 dans le maïs BT, l’un d’entre eux est un gène de résistance à un antibiotique. Quelle erreur d’avoir laissé ce gène de résistance à une famille puissante d’antibiotiques, alors que l’on meurt déjà en France de résistances aux antibiotiques par milliers dans les hôpitaux. »279 Comme on peut constater, lorsqu’ils s’adressent au grand public, les deux experts ne prennent pas de gants et n’ont pas peur des raccourcis de pensée (on pensera à la remarque de Francine Casse un peu plus haut. Sans vouloir juger les deux positions évoquées sur l’utilisation de gènes marqueurs susceptibles de transférer une résistance aux antibiotiques, cette situation laisse supposer qu’il n’y a pas d’interprétation uniforme d’un risque qui s’exprime sous forme de probabilité. Il est évident qu’aucun expert ne nie le risque de transfert, mais chacun interprète son éventualité en fonction de paramètres qui lui sont propres. Et même si chacun reconnaît que ce risque peut être, par exemple, influencé par le milieu : « Sans une forte pression de sélection par les antibiotiques, seule susceptible d’avantager les bactéries mutées à spectre de résistance élargi qui apparaîtraient éventuellement, la probabilité d’une mutation génétique provoquant une nouvelle résistance dans les populations bactériennes serait négligeable. »280 Il n’en reste pas moins que les opinions divergent, comme l’a montré F.
279

Jean-Marie Pelt et Gilles-Eric Séralini, « Les OGM, oui mais pas à tout prix (ceux qui se positionnent pour ou contre les organismes génétiquement modifiés se trompent de débat) », Libération, Mercredi 23 Juin 1999, p.6. 280 Jean-Jacques Perrier, « Vers de nouveaux gènes sélecteurs », Biofutur 192, Sept 99, p.25.

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Casse sur la possibilité d’aggraver un problème qui existe déjà. C’est au fond, sur ce point de vue, que s’affrontent les experts et alors que certains chercheurs affirment que le risque de transfert d’un gène de résistance de plante transgénique est plus faible que le risque de transfert à partir de la microflore naturelle ingérée quotidiennement, d’autres soutiennent que la mise sur le marché des PGM contribuera sérieusement à accroître ce risque.

Considération du problème et réactions des institutions
On retrouve le même flottement parmi les institutions responsables de la sécurité alimentaire. John Heritage, membre de l’ACNFP (comité consultatif sur les nouveaux aliments et leur procédé) remarque que l’organisme anglais a critiqué dès 1996 la position adoptée par la FDA (Food and Drug Administration) qui s’est contentée de simples recommandations quant à l’utilisation des gènes marqueurs281. L’organisme anglais constate que, de par la diversité des facteurs qui entrent en ligne de compte, il est nécessaire de procéder au cas par cas. Par exemple, dans le cas du gène de résistance à la kanamycine, un antibiotique qui n’est quasiment plus utilisé aujourd’hui, le transfert semble moins important que dans le cas du gène bla TEM ; l’ampicilline est encore fortement utilisée et est d’autant plus dangereux qu’il met sa capacité à muter en action dans les plantes. Selon les experts de l’ACNFP, la pression de sélection avantage les gènes mutés : « l’introduction d’un gène de résistance bactérien dans la plante tendrait donc à sélectionner les mutations qui se conformeraient à l’usage du code en cours dans cette dernière, mutations qui seraient susceptibles d’induire de nouvelles résistances. »282 En utilisant le gène bla TEM dans les plantes transgéniques, on risque d’accentuer l’apparition de bactéries contenant le gène muté. Si un facteur tel que la pression de la sélection détermine la probabilité du risque Jean-Jacques Perrier, journaliste pour le magazine Biofutur, conclut que « L’ensemble du débat, complexe et passionnel, a peu de chances, dans l’immédiat, de déboucher sur un consensus scientifique. Compte tenu des incertitudes, le principe de précaution ne doit-il pas s’appliquer ? »283 Du côté des institutions françaises, le problème du transfert des gènes de résistance aux antibiotiques a fait l’objet d’un examen lors d’un séminaire des commissions du génie génétique et du génie biomoléculaire en janvier 1999 et a conduit à la signature en janvier 2000 d'un avis conjoint de ces deux instances scientifiques284. L’AFSSA, quant à elle a publié

281

John Heritage , « OGM alimentaires : une légitime résistance ? », article dans Biofutur n°192, Septembre 1999, p.24. 282 Ibid. 283 Ibid., p.25. 284 « Avis conjoint des commissions du génie génétique et du génie biomoléculaire », 4 janvier 2000

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un rapport en 2002285 où elle fait le point des connaissances acquises. Or en 2002, c’est-àdire, 4 années après que le problème ait fait la une de tous les médias et remué le milieu scientifique, l’institution rappelle que le transfert est toujours considéré comme un risque potentiel qui peut seulement s’exprimer en terme de probabilité et aucun transfert n’a pu jusqu’alors être démontré. Aussi, les experts de l’AFSSA rappellent que « les constructions récentes autorisées ont été débarrassées des gènes marqueur utilisés pour la construction du plasmide transformant. » Et qu’ « En ce qui concerne les marqueurs de sélection des cellules végétales transformées, l’utilisation en médecine humaine comme en médecine vétérinaire de la kanamycine est devenue très limitée. » Aussi, réexaminant le scénario du transfert les experts de l’association qui n’est pas réputée pour être laxiste affirment que «La réunion de ces conditions rend la réalisation d'un tel transfert très peu probable. Les calculs pour estimer les fréquences de transfert de séquences géniques d'origine procaryotique à partir de plantes GM vers des bactéries sont peu convaincants. Ces transferts sont théoriquement envisageables, mais aucune étude publiée à ce jour n'a démontré un tel transfert. De plus, aucune donnée ne conduit à supposer que des séquences géniques d'origine non végétale introduites dans le génome de la plante se comporteraient différemment des autres séquences géniques végétales quant à la pénétration et à l’effet des enzymes de restriction. » Se posant alors la question de l’éventualité d’un risque supplémentaire apporté par la transgenèse végétale dans une situation déjà considérée comme inquiétante, l’AFSSA affirme qu’en plus de n’avoir jamais été démontrée, « la probabilité de transfert d'un gène de résistance à un antibiotique de la plante vers les bactéries est très faible compte tenu de la réunion de l'ensemble des conditions qui permettrait qu'un tel transfert ait lieu »286 ; aussi, les experts considèrent que « l'utilisation d'antibiotiques comme facteur de croissance en nutrition animale et leur emploi en médecine humaine et vétérinaire sont reconnus comme une source majeure d'émergence et de diffusion des résistances aux antibiotiques, sans commune mesure avec le risque hypothétique lié à la présence d'un gène de résistance à un antibiotique dans une plante génétiquement modifiée. » Ils en concluent qu’ « En l'état actuel des connaissances, la consommation par l'homme ou les animaux de produits alimentaires composés ou issus de plantes génétiquement modifiées contenant des gènes de résistance à la kanamycine et/ou à l'ampicilline ne présente en conséquence qu'un risque

publié dans le Rapport d'activité 1999 de la Commission du Génie Biomoléculaire. 285 Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, « Evaluation des risques relatifs à la consommation de produits alimentaires composés ou issus d'organismes génétiquement modifiés », Janvier 2002. 286 AFSSA, Ibid, p.26

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théorique et en tout état de cause négligeable pour la santé humaine et animale au regard de la présence de ces gènes de résistance aux antibiotiques dans les bactéries de l’environnement.»287 Ceci dit, il est fortement recommandé de ne plus avoir recours aux gènes de résistance aux antibiotiques pour produire les PGM à venir. Cet avis du comité consultatif d’experts rejoint celui émis par le politique Jean-Yves le Déaut dans un rapport pour l’Assemblée Nationale288. Commentant l’opposition CourvalinBerche, le député affirme qu’ « Il ressort de cette controverse qu'aucune certitude ne peut être affirmée de façon certaine et irréfutable. Mais je pense que le risque, si risque il y a, est extrêmement faible. » Les solutions proposées pour « calmer l’opinion publique » sont alors les suivantes : « La seule manière pragmatique de trancher ces débats est de mettre en place un système de décision collectif, transparent, pluridisciplinaire, de décider au cas par cas, de rendre public les avis, y compris ceux qui demeurent minoritaires. » Ceci dit, le député recommande un examen au cas par cas de « l'utilisation de gènes de résistance à un antibiotique sous contrôle d'un promoteur eucaryote. » et l’interdiction à l’avenir de la « culture de plante comportant dans son génome tout gène de résistance à un antibiotique sous promoteur bactérien.»289 Tous les avis semblent donc se rejoindre sur la faible probabilité du risque et, comme on le constate, les mesures prises ou à prendre appliquent strictement le principe de précaution. En effet, au niveau de la législation européenne, la nouvelle directive 2001/18/CE (article 4-2) a pris sérieusement en compte ce risque puisqu’elle prévoit « d'éliminer progressivement des OGM les marqueurs de résistance aux antibiotiques qui sont susceptibles d'avoir des effets préjudiciables sur la santé humaine et l'environnement. » Le texte précise que cette élimination progressive aura lieu d'ici le 31 décembre 2004 dans le cas des OGM mis sur le marché conformément à la partie C (autorisation de mise sur le marché d'OGM) et d'ici le 31 décembre 2008 dans le cas des OGM autorisés en vertu de la partie B (dissémination volontaire à tout autre fin que la mise sur le marché). »
290

Quant à la réponse des industriels au problème, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne s’est pas faite attendre, puisque dans la Recherche du mois de Mai 1998, c’est-à-

287 288

Ibid. Le Déaut (Jean-Yves), Député, Président de l'Office ; Revol (Henry), Vice-Président, L'utilisation des organismes génétiquement modifiés dans l'agriculture et dans l'alimentation, Rapport 545 (9798), Tome 1 – Office Parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. 289 Ibid. 290 Directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 mars 2001 relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement et abrogeant la directive 90/220/CEE du Conseil. JOCE L106, 17-04-2001,p; 1-39.

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dire, le numéro dans lequel a paru l’article de Courvalin, Hendrik Verfaillie donnait une interview à Hervé Kempf où il affirmait que « Monsanto n'a jamais utilisé de gènes de résistance à des antibiotiques utilisés en thérapie humaine. Quoi qu'il en soit, nous pouvons utiliser d'autres marqueurs, des gènes de résistance aux herbicides. Pour apaiser les inquiétudes des consommateurs, nous allons les substituer aux gènes de résistance aux antibiotiques, qui ne seront plus dans les nouvelles variétés de plantes transgéniques. Ainsi, ce problème d'antibiotiques sera résolu très prochainement.»291 La littérature sur le problème du risque de transfert aux organismes des gènes de résistances aux antibiotiques utilisés dans les constructions transgéniques, ne manque pas. Aussi, on peut se rapprocher de Francine Casse pour constater que dans cette controverse, « l’estimation du risque a fait couler beaucoup plus d’encre que celle des bénéfices. »292 A la lecture de l’ensemble de ces articles, si on ne peut que se féliciter de la sage prise de décision de l’ensemble des instances officielles et des industriels de tout faire pour éliminer ce procédé, on peut tout de même s’interroger sur les raisons qui ont poussé certains experts à employer un ton catastrophiste pour un risque qui n’a jamais pu être démontré et qui, comme on a pu le lire plusieurs fois, est insignifiant par rapport à celui du risque que font courir les usages alimentaires, vétérinaires ou encore médicaux des antibiotiques. Il ne semble même pas possible de pouvoir affirmer que l’usage des antibiotiques contribue à accroître les risques existants. Bien évidemment, la précaution nous invite à nous en tenir au principe selon lequel, « l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » ; il semble bien pourtant que les résultats les plus récents confirment la très faible probabilité du risque. Aussi, les accents pathétiques, pour ne pas dire apocalyptiques, avec lesquels certains experts ont présenté le problème ont sans doute contribué à inscrire les PGM sur la liste des principaux facteurs responsables de l’inefficacité croissante des antibiotiques.

Discussion
Que doit-on alors penser ? Une interprétation simpliste doublée d’un jugement ad hominem supposerait que Monsieur P. Courvalin a utilisé les PGM pour sensibiliser le public sur un problème qui lui est cher, ou encore que MM. G.E. Séralini et JM Pelt ont trouvé là un moyen pour vendre quelques ouvrages de « vulgarisation environnementaliste » en plus, thème pour lequel ils font office de référence. Ce genre de jugement serait mal venu dans une

291

Hervé Kempf, « Interview de Hendrik Verfaillie : Monsanto n’utilisera plus les gènes de résistance aux antibiotiques », 01 Mai 1998, La Recherche, n°309. 292 Francine Casse, « Le maïs et la résistance aux antibiotiques », La Recherche 327, 2000, p.37.

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controverse où l’évaluation du risque est en jeu ; il serait, qui plus est, aussi maladroit que celui qui affirme que tous les experts qui émettent des avis positifs sur les PGM sont à la solde de Monsanto. Comme on a eu largement l’occasion de le voir, de même que le risque d’allergie, le risque de transfert s’exprime en termes de probabilités. Aussi, la probabilité s’exerce à chacune des étapes qui conditionne le risque. Pour certains scientifiques, celle-ci est improbable, pour d’autre, elle est plus qu’envisageable. S’ajoute à ces incertitudes le fait que l’on n’ait jamais pu démontrer l’existence d’un seul transfert. Ce qui est le plus frappant concernant les experts qui dénoncent le risque, c’est qu’ils en font un argument pour remettre en cause la mise sur le marché des PGM, au même titre, par exemple, que le risque probable d’allergie. Une fois de plus, un risque indémontrable prend des proportions exagérées. Quelles raisons permettent d’expliquer cette situation ? Comme on le constate, une des spécificités de la transgenèse végétale est mise en avant et présentée de telle manière que l’on a l’impression que les PGM vont forcément contribuer à l’augmentation des gènes de résistance aux antibiotiques. Aussi, d’après nous, ce qui permet de comprendre que certains experts minimisent le risque, alors que d’autres le maximisent - ce alors même que chacun dispose de résultats identiques – ce sont les principes que posent les scientifiques de manière implicite au départ de leur démonstration. Comme nous l’avons déjà vu, alors que certains admettent l’équivalence en substance, d’autres font des PGM des êtres hors-normes, sources d’un risque immaîtrisable et imprévisible. Cette opposition dans les termes du débat semble donc confirmer notr hypothèse. La preuve en est que, alors que les promoteurs de la transgenèse végétale dédramatisent la situation en rappelant qu’il est tout à fait possible de se passer de cette technologie, au contraire les détracteurs les plus critiques, mettent l’accent sur l’absence de considération du problème et la caducité de la technologie. Il apparaît alors clairement que celle-ci manifeste pour eux un principe que nous considérons comme l’exact opposé de l’équivalence en substance, celui de la « différence absolue ». Aussi, on peut se demander si leur critique porte sur le risque de transfert en lui-même, ou si ce sont les PGM en tant que tels qui sont visés. Ce faisant, les experts font des PGM des sources de risque exceptionnelles. Les défenseurs de la transgenèse végétale, au contraire, cherchent à résoudre le problème par le biais de solutions technologiques ; c’est ainsi, par exemple que les bio-ingénieurs de Novartis ont trouvé une solution qui consiste à découper le gène bla TEM1 avant la transformation du tissu végétal à l’aide d’un enzyme de restriction. De nombreuses solutions existent et vont être progressivement développées pour sélectionner les gènes d’intérêt et cette technique permettra de remplacer les procédés utilisés dans la première génération de PGM. Aussi, contrairement à ce que l’on peut parfois entendre, la

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technologie précède la législation, puisque les industriels ont affiché leur décision de prendre en main le problème sans attendre que s’installe la controverse. L’absence de consensus a donc pour origine une opposition théorique sur la nature des plantes issues de la transgénèse végétale, qui donne lieu à des interprétations divergentes de résultat identiques, puisque celles-ci se fondent sur des facteurs probables (l’action de la pression de sélection) et non sur des faits avérés (la transmission automatique du gène de résistance à la flore intestinale). Un principe comme celui de « l’équivalence en substance » autorise la commercialisation des aliments génétiquement modifiés. Il sert à la fois de référence à la production et à la recherche. Qui reconnaît ce principe a priori se trouve en accord avec le système et tout en admettant la nécessité de réaliser les tests pour démontrer l’innocuité, suppose implicitement que le recours à la transgenèse végétale peut produire des organismes similaires aux organismes classiques, et se plie à un calcul risques bénéfices. Qui réalise des expériences en vue de démontrer « l’équivalence en substance », pense qu’il est possible de gérer le facteur risque des PGM (risque de transfert, risque allergénique...) comme il est possible de le gérer pour n’importe quelle autre espèce d’organisme. L’expert n’exprimera son point de vue qu’au regard de ces variables, et n’inférera nullement sur la nocivité des PGM en général. Dans le cas du transfert des gènes de résistance aux antibiotiques, rien ne démontre la nécessité de ce transfert. En tout cas, celui-ci n’est pas plus probable que pour les autres aliments qui ont pu contribuer au développement de cette résistance, dans le cas de l’alimentation animale, par exemple. Pourtant la présence du gène de résistance aux antibiotiques est devenue un argument largement utilisé par les partisans anti-PGM pour démontrer la nocivité des biotechnologies en général. Ce qui prouve clairement que ces experts posent de manière implicite une hypothèse différente, celle de la « différence absolue ». Ce principe (qui n’est jamais posé en clair) affirme que « quel que soit la PGM donnée, il est impossible d’établir une comparaison avec un organisme classique ou de retrouver des critères qualitatifs identiques. » Tout ceci ayant pour effet d’amplifier un débat dont chaque problème devient l’occasion d’une tribune où l’enjeu principal est toujours, de manière plus ou moins avouée, une prise de position politique. On terminera sur ce thème en citant l’extrait d’une interview qu’a donnée Clauss Hamann, Directeur du Jardin botanique de l'université de Berne et spécialiste des flux de gènes, au journal la Recherche. S’exprimant sur le sujet, il affirme : « Alors là, c'est proprement ridicule ! Comme l'a calculé récemment un chercheur français, le risque que la résistance issue d'un gène marqueur introduit dans un maïs transgénique se propage est de l'ordre de 10-18 : c'est moins probable que de gagner trois fois de suite le gros lot au Loto !

135

Or nous mangeons en moyenne par jour 1 à 5 millions de bactéries ayant développé une résistance aux antibiotiques. A ce compte il faudrait interdire d'urgence l'emploi d'engrais naturels. Il est littéralement infesté de bactéries résistantes ! On ne peut malgré tout exclure qu'un gène présentant un risque quelconque s'insère dans la chaîne écologique. Rifkin dit qu'une fois le gène lâché dans la nature, le mal est fait, il est trop tard pour agir. Mais ce n'est pas vrai ! D'une part, tous les étudiants en génétique des populations savent qu'en raison du processus d'introgression un gène qui s'échappe va finir par disparaître au bout d'un certain nombre de générations. Sauf si le gène entraîne un avantage sélectif. Mais c'est rare. D'autre part, on sait suivre le devenir d'un gène lâché par accident dans la nature…. »
293

Ces propos illustrent parfaitement la part de théorie qui se trouve impliquée

dans l’estimation des risques. Tant que l’on reste dans le domaine de l’incertitude, le débat entre scientifiques finit toujours par être arbitré par des arguments socio-économiques (calcul risques-bénéfices). Certains scientifiques pensent cependant pouvoir dépasser le stade de l’éventualité pour démontrer un danger avéré ; c’est le cas par exemple de Mae Wan Ho qui a affirmé que l’existence dans la plupart des plantes transgéniques d’une séquence d’ADN, le promoteur 35S, provenant du virus de la mosaïque du choux fleur (‘CaMV, cauliflower mosaic virus’), favoriserait la jonction (ou recombinaison) entre segments d’ADN d’origines différentes294 et ce, à cause de l’existence d’un ‘point chaud’ (‘Hot spot’) qui le rendrait instable ce qui favoriserait les risques de cancers. Ces résultats ont été sévèrement critiqués et ont également provoqué la critique de John Hodgson qui a accusé la scientifique de malhonnêteté intellectuelle dans un article du journal Nature (John Hodgson, Nature Biotechnologie, 18, 13, 2000). On entre ici dans un autre type de controverse scientifique où la réputation et la bonne foi des scientifiques se trouve en jeu. C’est ce que nous allons voir avec l’affaire Pusztai.

3.1.3.3 L’affaire Pusztai
D’autres scientifiques n’ont pas hésité à publier des articles dans lesquels ils dénoncent les risques dus à l’ingestion d’aliments contenant des PGM. On connaît, à cet égard, les remous qu’a pu susciter l’affaire Pusztai, ce scientifique britannique dont les expériences avaient pour but de remettre en cause l’impossibilité de transférer

293

Olivier Postel-Vinay, « Entretien avec Clauss Ammann : Les OGM entre Mensonges et Hystérie », La Recherche, 01/11/1999. 294 M.W. Ho et al. (1999) Microb. Ecol. Health Dis. 11, 194-197.

136

spontanément du matériel génétique. Dans un article issu du magazine la Recherche, A. Chesson, et Philip James remarquent que « en Grande Bretagne, à la suite de l’étrange affaire Pusztaï, le débat est désormais tellement biaisé que toute discussion cohérente devient pratiquement impossible. Pour l’establishment, toute mise en cause de la sécurité des aliments contenant des PGM est considérée comme une manipulation non scientifique des faits relevant d’une ferveur quasi-religieuse visant à interdire toute manipulation génétique. A l’inverse, tout discours sensé sur les possibilités et l’intérêt potentiel des biotechnologies fait soupçonner son auteur d’être à la solde de Monsanto ou de quelques autres firmes ou agences gouvernementales. »295 On remarquera que les journalistes de

la

Recherche ont pris la décision de joindre à cette déclaration une photo du scientifique banni,
sous laquelle on trouve la légende suivante : « Arpad Pusztai est le scientifique britannique qui a cru démontrer que les pommes de terre transgéniques étaient toxiques. » En mettant cette légende en parallèle avec le commentaire de Chesson, on peut se demander si la

Recherche se situe du côté de « l’establishment », ou en tous cas, du côté des défenseurs
des PGM. Dans la partie adverse, on classera Gilles Eric Séralini pour qui l’affaire Pusztai devient « l’effet Pusztai »296. Pour le membre de la CGB, également fondateur du Crii-GEN, c’est parce qu’il a cherché à étudier de manière indirecte les risques de mutagenèse de pomme de terre par insertion d’un transgène issu d’un « banal perce-neige aux propriétés insecticides », qu’Arpad Pusztai est devenu la victime d’une vindicte menée par l’ensemble de ses collègues. En fait, l’expérience de Pusztai consistait à expérimenter les effets des pommes de terre génétiquement modifiées sur le système digestif de rats de laboratoire. Toujours selon M. Séralini, à la suite d’une expérience qui aurait duré 110 jours, les rongeurs auraient vu leur croissance, leur immunité et même leur cerveau perturbé, quant à son auteur : « son travail n’est pas encore terminé que déjà les médias sortent l’information du laboratoire » et « diabolisé, vilipendé pour ses propos alarmiste, jugés hâtifs puis malhonnêtes, l’homme perd sont contrat de recherche et sa réputation scientifique. » On peut imaginer l’effet que peut faire cette présentation sur le lecteur ingénu. Aussi, il semble utile de revenir sur des faits qui ont joué un rôle important aussi bien dans le milieu des experts qu’auprès du grand public.

295

Andrew Chesson, Philip James, « Les aliments avec OGM sont-ils en danger », dans 327, Janvier 2000, p.27 296 Gilles-Eric Séralini, OGM, le vrai débat, coll. Dominos, Flamarion, p.95

La Recherche

137

A l’origine de l’affaire
Commissionné en 1995 par le bureau écossais de l’agriculture, de la pêche et de l’environnement, le programme d’étude mené par les professeurs Ewan et Pusztai portait sur 3 années et avait pour but de mettre en place des méthodes crédibles et utilisables par les autorités légales et compétentes pour l’estimation et l’identification des incidences possibles dues à l’ingestion d’aliments génétiquement modifiés sur la santé des animaux ou des hommes. Dévoilés au grand public par le scientifique en personne en août 1998 lors d’un passage à l’émission World in Action de la chaîne ITV et publiés sur le Web par le Rowett Institute en février 1999, les résultats « catastrophistes » des expériences font la une de l’actualité avant même d’avoir été publiés dans une revue scientifique de grand standing et avant même que les expériences n’aient pu être définitivement achevée ; l’officialisation de l’expérience de Pusztai n’a pu avoir lieu que quelques mois plus tard, à la suite d’une publication dans The Lancet, le 16 Octobre 1999. Entre temps, ces résultats ont déjà subi de nombreuses péripéties et ont été largement contestés par le milieu scientifique. Rentrer dans la complexité de l’affaire Pusztai mène dans les méandres d’un débat sans fin, où se mêlent scandales et arguments scientifiques, sachant qu’il n’est pas toujours évident de séparer les deux. Aussi, à ce stade du travail, nous aimerions, autant que possible, concentrer notre étude sur la problématique scientifique. Or comme on le constatera, il s’agit ici, non pas comme dans le cas du transfert des gènes de résistance aux antibiotiques ou des risques d’allergie, d’une divergence d’opinion par rapport à l’estimation du risque, mais de la contestation radicale d’un protocole d’expérimentation et de ses résultats ainsi qu’une remise en cause radicale de l’autorité d’un expert. La démonstration d’un scientifique de renom est remise en cause dans son intégralité : et ce, aussi bien dans son principe (absence de véritable hypothèse de départ), dans son déroulement (recours à des procédés inadaptés, ou mauvaise utilisation de ces procédés), que dans ses résultats (interprétation incomplète, voire fallacieuse des données recueillies). On s’appuiera ici sur 3 documents : la publication des travaux de Ewen et Pusztai297 par la revue

The Lancet,

quelques-uns des textes publiés par le même magazine, la réponse de Pusztai298 et le rapport émis par la commission de relecture anonyme nommée par l’Académie des sciences

297

Stanley W. B. Ewen & Arpad Pusztaï, « Effects of diets containing genetically modified potages expressing Galanthus nivalis lectin on rat small intestine », The Lancet, Volume 354, N° 9187, 16 Oct 1999, p.1353. 298 Brian Fenton, Kiri Stanley, Steven Fenton, Caroline Bolton-Smith, « GM food debate », The Lancet , Volume 354, N° 9191, p.1725.

138

britannique299, rapport qui s’appuie, non pas, sur le texte publié par publication initiale sur Internet.

The Lancet , mais sur la

L’expérience
Sans la reprendre dans son intégralité, nous aimerions mettre au jour ici les articulations principales de l’expérience de courte durée telle qu’elle a pu être publiée par The Lancet. Une première étude a porté sur les fragments du système digestif de 3 groupes de rats nourris pendant 10 jours avec 3 alimentations respectives : Pommes de terre génétiquement modifiées avec le gène exprimant la lectine “ Galanthus nivalis agglutinin ” (GNA) selon le promoteur CaMV35s issu d’une variété de perce-neige, cette modification génétique ayant pour but d’accroître la résistance des plantes aux pestes des pucerons (aphids) et aux nématodes. Des pommes de terre, non génétiquement modifiées additionnées d’une solution chimique de GNA. Et, enfin des pommes de terre non génétiquement modifiées

-

Les chercheurs ont retiré des échantillons histologiques de l’estomac, du jéjunum, de l’ileum, du caecum et du colon, 10 jours après le début de l’alimentation ; ils ont mesuré l’épaisseur des muqueuses de l’estomac et la longueur de la crypte par analyse vidéo ; ils ont compté les lymphocytes intra épithéliaux dans 8 villosités du jéjunum de 6 rats nourris avec des pommes de terre génétiquement modifiées et des pommes de terre non modifiées300. Les auteurs affirment avoir observé que la présence de la protéine ‘GNA’ dans l’alimentation (que celle-ci soit issue de PGM ou de pommes de terre additionnée) se remarque par une plus grande épaisseur des muqueuses de l’estomac, épaisseur significative comparativement à la taille de celles dont les animaux ont reçu une alimentation classique. De même, ils ont pu constater une augmentation de la longueur de la crypte des animaux qui avaient été nourris avec des pommes de terre génétiquement modifiées crues. Les muqueuses caecales étaient plus fines pour les pommes de terre génétiquement modifiées cuites. Enfin, on aurait

299

Mél de Rebecca Bowden , senior manager from the Royal Society to Arpad Pusztai, sur www.freenetpages.co.uk/hp/A.Pusztai/ 300 « To assess potential damage, intraepithelial lymphocytes were counted in eight jejunal villi from each of the six rats fed diets containing GNA-GM potatoes or parent potatoes, both raw and boiled. » Stanley W. B. Ewen & Arpad Pusztaï, « Effects of diets containing genetically modified potages expressing Galanthus nivalis lectin on rat small intestine », The Lancet, Ibid.

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constaté une différence significative des lymphocytes intra épithéliaux des animaux nourris avec des aliments génétiquement modifiés qu’ils soient crus ou cuits. D’après Pusztai et Ewen, le développement de la grandeur du jéjunum est une conséquence de la transformation subie par les pommes de terre génétiquement modifiées avec le gène de GNA, puisque le jéjunum s’est transformé chez les rats qui les avaient reçues en alimentation alors qu’aucun changement n’a pu être observé avec les pommes de terre simplement additionnées de la solution de GNA dont la quantité était 1000 fois plus élevée. Ils émettent alors l’hypothèse que cette prolifération inattendue est causée soit par l’expression d’autres gènes de la construction, soit par une sorte ‘d’effet de positionnement’ causé par l’insertion du GNA dans le génome de la pomme de terre301. Ils suggèrent aussi que la décroissance de l’épaisseur des muqueuses du cæcum est due à l’absorption de pommes de terre génétiquement modifiées, puisque l’alimentation à base de pommes de terre parentes n’a pas eu d’effet particulier. Par contre on a pu repérer que les pommes de terre additionnées de GNA ont eu pour effet de raccourcir la longueur de la crypte ce qui n’a pas pu être observé dans le cas des plantes génétiquement modifiées. La conclusion de Pusztai est donc que l’effet stimulateur des pommes de terre génétiquement modifiées sur l’estomac est principalement dû à l’expression du transgène dans la plante : “ In conclusion, the stimulatory effect of GNA-GM potages on the stomach was mainly due to the expression of the GNA transgen in the potato ” Par contre les effets de prolifération des pommes de terre génétiquement modifiées crues sur le jéjunum et d’anti-prolifération des pommes de terre génétiquement modifiées cuites sur le caecum ne seront que partiellement attribués à l’expression du gène302. Ewen et Pusztai formulent alors 3 hypothèses : une fois lié (‘ bound ‘), le GNA est assimilé par ‘endocytose’ (“ Once bound GNA is internalized by endocytosis ”). D’autres composants de la construction génétique ou les expressions de ces produits peuvent aussi avoir pénétré et affecté les cellules mucosales des rats d’une manière similaire ; l’effet promoteur de croissance induit par les pommes de terre génétiquement modifiées crues sur le jéjunum, que l’on peut reconnaître comme une hyperplasie de la crypte est probablement dû à un effet stimulateur direct ; aussi l’augmentation des lymphocytes T joue sans doute un
301

« We suggest that the promotion of jejunal growth was the result of transformation of potato with the GNA gene, since the jejunum of rats was shown to be stimulated only by GM potages but not by dietary GNA (table 1), in agreement with a previous study in which the dietary GNA concentration was 1000-fold higher than the one used in the study. Thus, we propose that the unexpected proliférative effect was caused by either the expression of other genes of the construct, or by some form of positionningeffect in the potato genome caused by GNA insertion. » Ibid. 302 « By contrast, the potent proliferative effect of raw GNA-GM potatoes on the jejunum, and the antiproliferative effect of boiled transgenic potatoes on the caecum can be only partly attributed to GNA gene expression. » Ibid.

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rôle important dans l’élimination des anthérocytes endommagés. Ils affirment alors qu’ un vecteur de plante utilisé de la même manière peut affecter la muqueuse du tractus gastrointestinal et exercer de puissants effets biologiques, pour d’autres plantes génétiquement modifiées qui contiennent une construction similaire, particulièrement, celles qui contiennent des lectines telles que, le soja ou les plantes exprimant des gènes ou des transgènes de lectine. Cette dernière hypothèse, comme on peut le constater est une généralisation des résultats de l’expérience. Les scientifiques sont donc persuadés d’avoir réussi à démontrer la possibilité d’une forte nocivité des plantes génétiquement modifiées sur le transit intestinal et ce, non du fait de la protéine qu’elles synthétisent, mais bien de la modification elle-même. Ces affirmations ont donc suscité une levée de boucliers au sein du monde scientifique. Les critiques des travaux de Pusztai et Ewen Vu le nombre important des critiques qui ont été formulées sur les travaux de Pusztai et Ewen, on ne citera ici que les plus représentatives en les regroupant par objet. On distinguera celles formulées par les experts anonymes de la Royal Society qui se fondent sur les résultats mis en ligne par Pusztai sur le Web avant qu’ils n’aient été publiés303 et les critiques qui font suite au débat lancé par le journal scientifique The Lancet.

Méthodologie inadéquate
Tout d’abord Pusztai et Ewen auraient commis des erreurs dans leur méthode d’analyse (en utilisant, par exemple du formol (‘formalin fixed’), substance connue pour ses effets rétrécissants son effet de ‘distorsion et de fixation’), il se peut selon Alan Mowat304, que ces erreurs aient été à l’origine de nombreuses imprécisions. Un autre critique suppose que les deux scientifiques n’ont pas employé la bonne méthode pour compter les lymphocytes intra épithéliaux et n’ont, par conséquent, pas
303

Les reproches du groupe d’experts nommés par l’Académie des sciences britanniques, ont été formulées respectivement par 6 spécialistes anonymes qui fondent leurs propos sur une copie du travail effectué : “ in fact as we made clear in our report, we had access to a range of sources informations which included a copy of our proposal ” Bateson qui se fait ici porte parole des académiciens, accusés par Pusztai de ne pas avoir eu une version intégrale des expériences lorsqu’ils ont procédés à leur rapport, affirme que des informations supplémentaires ont été demandées, qui n’ont jamais été communiquées. Le rapport a donc été constitué sur les éléments rendus disponibles par Pusztai, aussi ils resteront anonymes selon la coutume du « peer reviewing », de cet anonymat dépend la liberté de commentaire et une volonté de ne parler que de science : « Following standard practice of peer review, these referees will remain anonymous. The working group was careful to choose referees with relevant expertise and with no vested interest. The referees had no previous involvement that might be regarded as potentially distorting their judgment, and had not commented publicly on the research. The anonymity of such referees is preserved so that they may remain free to make a frank and honest judgment based solely on the quality of the research. » P G. Bateson, in,The Lancet, Volume 354, Number 9187, 16 October 1999 304 Alan Mowat, The Lancet, Volume 354, N° 9191, p.1353

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démontré le lien causal entre leur nombre croissant et la présence renforcée de lectine dans l’alimentation. Le changement de LIE tel qu’il a été répertorié n’est donc pas significatif ici ; l’expert suppose que la faible dose de protéines présentes dans l’alimentation pourrait avoir été à l’origine de la déviation constatée par rapport à la norme, mais non pas d’un si gros changement. Il est donc possible qu’une telle alimentation ait pu rendre les rats plus susceptibles à une infection intestinale connue pour causer le genre de changement dans les lymphocytes, tel qu’il a été remarqué ici. L’hypothèse de Pusztai ne peut donc pas être appuyée par les données, “ l’hyperplasie ” est une activité mitotique qui n’a pas été mesurée (“ The speculation that the lectin caused jejunal crypt hyperplasia via a direct stimulatory effect on crypt cells cannot be substantiated by the data. Hyperplasia implies increased mitotic activity, which was not measured. ”) Anthony J.Fitzgerald, R.A. Goodlad et Nicolas A. Wright sont encore plus catégoriques et suggèrent que Ewen et Pusztai parlent d’un effet prolifération des cellules sur des lymphocytes alors qu’ils n’ont pas mesuré celui-ci, mais bien plutôt, la profondeur de la crypte. Il serait donc nécessaire de changer de méthode pour établir un pourcentage de cellules épithéliales représentatives (‘for definitive conclusions, we need measurement related to the rate of crypt or gland cell product.’305 ) Dans le rapport de l’académie des sciences britanniques, le 6èmeexpert306, un spécialiste en immunologie, rappelle que le phénomène de division des lymphocytes est une réaction qui peut être stimulée in vitro. Aussi des expériences menées, il y a 30 ans déjà, ont montré que la division des lymphocytes peut être mesurée par 1 technique standard in vitro. Après avoir passé 3 expériences en revue (D214, D242, D237), il affirme que Pusztai et Ewen n’ont pu mesurer d’autres effets que celui des pommes de terre cuites seules ( « In other words, no additional effect of transgenic potatoes was detected over and above that of the cooked potatoes alone. ») Pourtant l’interprétation de ces résultats reste problématique pour plusieurs rasions. Aucune expérience n’a été dupliquée, des variations considérables apparaissent entre les animaux au point que des doutes surgissent concernant le contrôle technique des données : au pire l’interprétation de ces préliminaires a été alarmiste. Cet académicien n’aurait donc pas recommandé la publication des résultats. Il faudrait reconstituer une expérience pour clarifier les données avec des contrôles plus strictes.

305 306

Anthony J Fitzgerald, Robert A Goodlad, Nicolas A Wright, The Lancet.,p.1354. Mél de Rebecca Bowden , senior manager from the Royal Society to Arpad Pusztai, sur www.freenetpages.co.uk/hp/A.Pusztai/ , p.13.

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Choix d’une alimentation inadaptée
Ce reproche est essentiellement formulé par les experts anonymes de la Royal Society. Le premier des 6 relecteurs (reviewer) est un physiologiste spécialiste de nutrition. Sa principale critique porte sur le choix de l’alimentation à base de pommes de terre : « Potatoes are very inadequate diet for rats »307. Selon lui, le supplément de protéine ingéré est largement insuffisant. Aussi, Pusztai n’ayant fait aucune comparaison avec des rats qui auraient reçu une alimentation classique, il est impossible de dire ce qui est normal, ou ne l’est pas. Il ne semble, en outre, pas nécessaire de poursuivre les expériences menées au Rowet Institute ; il suggère par contre qu’étant donné le fait que la plupart des PGM sont des plantes, on pourrait tenter le même type d’expérience sur un rongeur (par exemple un lapin). D’autre part, il serait judicieux de se renseigner si des expériences similaires ont eu lieu sur l’homme en Europe, ce qui lui semble ne pas avoir été fait par Pusztai308. L’expert n°3, un physiologiste spécialiste de nutrition, trouve qu’il est étrange d’avoir utilisé des pommes de terre crues qui sont connues pour être difficilement digérées par les rats : « another confounding factor is the use of raw potato, well known to be poorly tolerated by rats. I discount all attemted comparisons based on raw potato diets. » Une fois de plus, le choix de l’alimentation se trouve au coeur du problème : celle-ci contenait beaucoup moins de protéines qu’une alimentation traditionnelle. Par conséquent, les données ne sont pas interprétables. Le 4ème relecteur est un expert en essais (trials) statistiques et cliniques. Il constate l’existence d’un point de désaccord portant sur l’équivalence protéinique de l’alimentation entre le comité du Rowett Institute et le professeur Pusztai. Confusion, absence de renseignements, absence d’hypothèse de départ, généralisation incorrecte. On comprend que experts de la Royal Society dénoncent l’aspect incomplet de l’expérience de Pusztai et Ewen du fait du document sur lequel ils se basent, ils ne sont pourtant pas les seuls à formuler ce reproche. Dans le débat engagé par The Lancet, Alan Mowat affirme que Pusztai n’a fourni ni courbe temporelle des changements, ni paramètre de la pathologie du “ villus ”. En l’absence de ces données, on ne peut savoir si les changements dans la crypte sont dus à des effets de la lectine ou à des effets secondaires des dommage causés

307 308

Ibid, p. 1. « One further issue is that nowhere in the paper I have received can I find any references to research in other european countries on GM foods for human consumption. If such research exists I suggest that reference be made to it, and if not, this might be mentioned. » Rebecca Bowden, Ibid., p.2.

143

au villus. Les interactions entre tous ces éléments étant mal connues, il semblerait essentiel de développer les études dans ce sens.
309

Peter Lachman, lui, refuse d’une manière radicale les expériences de Pusztai et Ewen pour 5 raisons : Il n’a pas compté les lymphocytes du groupe de rats qui avaient été nourris avec des pommes de terre additionnées de GNA et ne justifie nullement cette omission. Aucune donnée n’est fournie concernant des rats de laboratoire qui auraient reçu une alimentation normale. Aucun essai n’a été fourni sur échantillon aveugle. Pusztai et Ewen n’ont pas démontré l’existence d’une pathologie liée à une légère modification de l’épaisseur des muqueuses. Les données statistiques ont besoin d’être comparées en faisant une expérience sur un autre groupe de rats. Dans la revue de la Royal Society, le deuxième expert, un généticien des populations précise d’emblée que les résultats obtenus dans cette expérience ne peuvent être généralisés ni pour l’alimentation humaine, ni pour les PGM310. D’autant plus que selon lui, cette expérience ne met au jour aucune évidence d’effet du GNA-GM sur les organes ou l’immunologie, au plus des différences significatives qui nécessitent une plus ample considération. L’expert affirme que les facteurs qui sont à l’origine des différences observées n’ont pas pu être clairement dissociées : « It is not possible to tell wether the effects, if any , of the modification on growth and other traits of the rats are due to the presence of GNA or other factor, and wether the transgenic process was itself in any way involved. Fundamentally the experiment is rather simplistic in that major effects are confounded. »311. Afin de bien distinguer les causes il serait nécessaire de recommencer l’expérience avec des pommes de terre transformées seulement par l’utilisation d’un promoteur (ici, le CaMV35s) connecté à un gène non fonctionnel pour être vraiment assuré du fait que l’insertion se trouve à l’origine du changement et non la production de nouvelles protéines. On ajoutera à cela qu’aucune information n’a été formulée concernant la race des rats utilisés et qu’il n’y a pas non plus d’hypothèse de départ, ce qui rend plus difficile d’établir une corrélation entre les tests : « under the null hypothesis, the probability of a significant result (assuming the correct analysis was used) is 5%, and the expected number significant in n tests is 0,05n. »312 Le troisième expert enfonce le clou d’une formule lapidaire en affirmant que cette expérience est impossible à vérifier étant donné le manque d’informations et donne
309 310

Alan Mowat, The Lancet, Volume 354, N° 9191, p.1353. « General inferences can not be drawn about genetically modified foods, neither that they are harmful, nor that they are not. », Mél de Rebecca Bowden, senior manager from the Royal Society to Arpad Pusztai, sur www.freenetpages.co.uk/hp/A.Pusztai/ 311 Ibid., p.3. 312 Ibid., p.4.

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l’impression d’avoir été mal conçue (“ a poor experimental design ”), tellement elle donne lieu à une grande confusion dans les résultats. Le 5ème enfin, affirme que ces résultats inhabituels ne correspondent à aucun schéma interprétable : « It is not possible to say wether the unusual results in these experiments were simply the result of chance, due to limitations in the experimental design, a consequence of an effect of the material under test, or a combination of all tree. »”313 L’auteur admet comme une évidence que ce type de matériel produit des effets, aussi, les études devraient être approfondies pour que l’on tente de reproduire ce phénomène.

En résumé
A ce stade de la révision, les académiciens formulent alors un résumé de l’ensemble des critiques. La sentence est irrévocable : 1) Absence totale d’hypothèse particulière (opposée à général), 2) Un trop petit nombre d’animaux testés, 3) Un but expérimental confus, 4) Une totale incertitude concernant le concept d’équivalence en substance, 5) Une confusion due à des différences alimentaires, 6) Des mesures probablement faussées, 7) Des techniques statistiques apparemment impropres, 8) Un manque de consistance à l’intérieur et au sein des expériences. La conclusion étant que “ with hindsight, Professor Pusztai attempted to do too much with the ressources at his disposal. ”
314

La conclusion générale de l’Académie des Sciences britannique est que « Pusztai’s work provides no evidence of harmful effects of added lectins or of genetically modified potatoes. At the same time, it would be of the greatest importance to avoid the error made by others over BSE – that no evidence of effect is the same as evidence of no effects. »315 Les travaux du professeur Pusztai, par conséquent, ne permettent ni de démontrer, ni de supposer un effet néfaste de la part des PGM. Il serait tout à fait inutile de vouloir généraliser une démonstration qui ne se fonde sur aucune donnée crédible. Il est de bon ton cependant de conserver une certaine prudence et de ne pas recommencer les mêmes erreurs que pour la vache folle. On a pu constater qu’il était de la toute première importance pour les académiciens, non seulement de faire comprendre l’aspect erroné des raisonnements de Ewen et Pusztai, mais surtout l’impossibilité d’en généraliser les résultats.
313

« Il est impossible de dire si les résultats dans ces expériences étaient simplement dus à la chance, une limite du but expérimental, une conséquence du matériel testé, ou une combinaison de ces trois facteurs. » Mél de Rebecca Bowden, Ibid., p.9. 314 « Rétrospectivement, le professeur Pusztai a tenté de faire trop avec les ressources qui étaient à sa disposition », Ibid, p.11. 315 Ibid., p.11 « Le travail de Pusztai ne démontre aucune évidence d’effets néfastes de lectine ajoutée ou de pomme de terre génétiquement modifiée. Aussi, il est de la plus grande importance d’éviter l’erreur qui a été accomplie par d’autres pour la maladie de la vache folle, à savoir qu’aucune preuve d’effet est la même chose qu’une preuve de pas d’effet. »

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On notera au passage une remarque intéressante du 5ème commentateur, un nutritionniste, qui, sans démonter les procédés expérimentaux de l’expérience en question, insiste surtout sur le fait qu’il n’est en aucun cas possible de généraliser ces résultats pour la bonne et simple raison que même s’il est nécessaire d’élaborer un processus de vérification des produits alimentaires et de leurs dérivés, on ne pourra cependant jamais obtenir un examen aussi fiable que pour les médicaments. Dans ce cas en effet, il est impératif de prendre en compte la possibilité d’une réponse variable parmi les individus (« depending upon their physiological state, lifestyle, and the rest of the diet. »)

La réponse de Pusztai
Comment, après toutes ces salves, encore accorder du crédit à l’expérience de Pusztai et Ewen. On sait que le scientifique a été démis de ces fonctions. Pourtant, loin d’être revenu sur la consistance de ses propos, il s’est permis de répondre une première fois à l’institution britannique316 en commençant tout d’abord par se justifier. En effet, selon lui, le but de l’expérience a déjà été présenté en 1995 au SOAEFD (Scottish Office Agriculture, Environment, Fisheries Department), le bureau écossais de l’agriculture et a pu être revu dans les moindres détails par des experts référés du BBSRC (Biotechnology and Biological Sciences Research Council) avant que le contrat ne soit attribué à son équipe. Il n’admet pas, par conséquent, que les experts nommés par l’Académie des sciences affirment que le travail du Rowett est imparfait dans les buts qui ont été fixés et dans la manière dont cela a pu être réalisé. Surtout que les experts nommés n’ont pas reçu de copie de l’expérience originale. Pusztai se plaint alors de la manière de procéder de l’Académie ; il affirme avoir proposé des informations supplémentaires ainsi que son aide pour collaborer avec les relecteurs, mais à son plus grand regret, dit avoir été débouté (“ Unfortunately, the RS’s decision was that my role only was to provide my data for the working group and they will then with the help of six unnamed referees draw up the RS Final Report. ”) A la suite de ces remarques préliminaires, Pusztai se demande comment il a été possible aux 6 experts de produire un rapport puisqu’ils n’avaient aucune données convenables (« It is not clear to me how they arrived to their damning conclusions to be able to state with such conviction that any differences between rats fed GM and non-GM potatoes “ were uninterpretable because of the technical limitations of the experiments and the incorrect use of the statistical tests. ») A contrario, Pusztai soutient que 24 experts internationaux ont affirmé que les résultats étaient d’une qualité suffisante pour entreprendre des recherches complémentaires et eux, n’ont pas hésité à signer leurs
316

Reply to the Royal Society’s report, of 18 May 1999.

146

commentaires. Ces travaux qui participent à une entreprise de découverte (“ pionneering study ”) et qui ont même été reconnus par certains membres de la Royal Society avaient simplement pour objectif d’être une étude initiatrice d’un programme de recherche pour tester les PGM. Aussi le scientifique insiste sur le fait qu’il n’a nullement cherché à généraliser les données qu’il a obtenues à l’espèce humaine (« We have never inferred from the results of the work with GM-potatoes that GM-foods were harmful to human beings. Indeed, we never said that GM-potatoes were harmfull to anything but rats. ») ; ceci dit, il précise que les pommes de terre qu’il a employées contiennent une modification génétique identique à celle de nombreux aliments que l’on trouve actuellement sur le marché. Enfin, concernant la publication sur Internet par le Rowett Institute des données, elle s’est faite sans le consentement du scientifique et pour cette raison, il n’était plus possible de publier l’expérience dans une revue de grand standing. A l’encontre des conclusions formulées par les experts de la commission nommée par la Royal Society, Pusztai réitère ses affirmations : “ In contrast to the conclusions in the RS Report which is based in most instances on poor refeering and using inappropriate internal reports for their peer-reviewing, our data reliably and convincingly demonstrate that the inclusion of GM-potatoes in the rat diet has a number of harmful effects on growth, organ devlopment and immune response. ”317 Peu après la publication de ses expériences dans le journal The Lancet, l’auteur aura l’occasion de répondre une fois de plus aux accusations dont il a fait l’objet, mais cette fois-ci en détail : Pusztai affirme que les pommes de terre étaient isoprotéiques et isocaloriques, information qui a été confirmée par le Rowett Institute (“ diets were isoproteic and isocaloric ”). On ne peut affirmer que les animaux mourraient de faim puisqu’ils ont tous reçu un complément protéique. La faim, d’autre part, réduit la taille de l’intestin et la longueur de la crypte, or, c’est tout le contraire qui a pu être observé. La lectine de pomme de terre est anti-mitogénique et donc son effet devrait être une diminution et non pas une prolifération des cellules dans la crypte. Les effets de la lectine sont connus comme étant minimes donc une différence dans les contenus, comme ce qui a pu être supposé, ne devrait pas donner de tels écarts dans les résultats. Contre « l’absence de consistance » des différences qui ont pu être observées, Pusztai affirme que cette différence est bien au contraire primordiale. Il remarque en outre que son étude ne portait pas sur la toxicologie des pommes de terre génétiquement modifiées, mais sur les effets de la modification. Le nombre de rats (6 par essais) est largement suffisant et correspond tout à fait aux critères expérimentaux les plus courants. Pusztai acquiesce cependant sur le fait qu’il est nécessaire de distinguer entre une protéine
317

Ibid.

147

recombinante et la toxine produite par une plante génétiquement modifiée. Contrairement aux compagnies de biotechnologie qui font confiance aux expériences comparatives qui se font à partir des recombinants d’E.Coli, Pusztai, lui, a comparé le produit d’une PGM avec son original non transformé. De nombreux traits n’ayant rien à avoir avec le transgène introduit ont déjà pu être trouvés dans des plantes qui ont été mises en vente sur le marché. Le scientifique cite les exemples du soja génétiquement modifié pour résister au glyphosate, dans lequel on a découvert une production d’un inhibiteur (la trypsine), qui plus est allergène, 28% supérieure à la moyenne. Ou encore du soja génétiquement modifié qui produisait moins d’œstrogènes. On ne peut pas non plus reprocher au fixatif qui a été employé d’être à l’origine des “ longueurs ” de la crypte qui ont pu être mesurées. Répondant à P. Lachman qui l’accusait de ne pas avoir énoncé clairement son hypothèse de départ, Pusztai réitère plus clairement celle-ci : « On a pensé que la comparaison des paramètres histologiques de l’intestin des rats nourris avec des pommes de terre génétiquement modifiées ou non génétiquement modifiées est suffisante pour donner une indication de l’impact nutritionnelle et physiologique que peut avoir l’insertion d’un gène sur l’intestin des mammifères. » Enfin concernant les remarques qui insistent sur l’incomplétude de l’expérience, Pusztai ironise sur le fait qu’il n’attend qu’un financement pour continuer.

Discussion
Comme on peut le constater, cette controverse se distingue de celles que l’on a vues précédemment (risque d’allergie, risque de transfert d’un gène de résistance aux antibiotiques). En effet, ici, le désaccord ne porte pas seulement sur l’interprétation de la probabilité des risques ; ce que les critiques remettent en cause ici, c’est l’expérience même de Pusztai ainsi que ses résultats. Qu’il s’agisse des experts qui se sont exprimés dans The

Lancet, ou de ceux qui ont travaillé sur le rapport anonyme de la Royal Society, ce qui est
reproché à l’expérience de Pusztai et Ewen, c’est l’emploi de méthodologies inadéquates, le choix d’une alimentation inadaptée pour les rats, l’absence d’une hypothèse de départ, une certaine confusion dans ses interprétations et enfin, une généralisation incorrecte. Autrement dit, on ôte toute scientificité aux travaux de Pusztai. Une prise de position très ferme donc de la part des représentants de la science officielle qui s’est concrétisée quelques temps après, par la destitution de Pusztai de ses fonctions. Le scientifique, quant à lui, s’est défendu en dénonçant la position d’autorité de la Royal Society ; il lui a opposé celle des scientifiques qui ont cautionné l’expérience, au niveau mondial et a rappelé que celle-ci s’inscrivait dans un programme de recherche conventionné. Concernant les critiques de l’expérience en elle-même, on voit que Pusztai les réfute les unes après les autres, après

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avoir tenté d’en minimiser l’impact en rappelant qu’elles se fondaient sur un document incomplet. D’une part comme de l’autre, les protagonistes de la controverse s’accusent d’être de mauvaise foi. Il semble difficile de voir, dans ce cas, où se trouve la « vérité ». Un scientifique affirme avoir démontré le risque avéré des PGM ; aussi, il a annoncé ces résultats sans respecter les coutumes d’usage de la relecture par les pairs. Pour cela, il s’est fait sermonner par l’institution scientifique d’une manière que l’on peut trouver brûtale et maladroite, certes, mais on ne doit pas oublier, cependant, qu’il est lui-même à l’origine de cette situation après avoir provoqué un scandale en communicant aux médias des résultats approximatifs et suivis d’une généralisation infondée. Il y a donc une différence avec les controverses précédemment étudiée. Il s’agit bien moins d’une controverse que d’une polémique. En effet, ce qui semble en jeu, c’est l’honnêteté et l’intégrité des acteurs en présence. C’est ainsi que à la suite de la revue effectuée par l’Académie des sciences britannique, un débat a eu lieu dans les médias, faisant la une des journaux les plus populaires et obligeant la “ Royal society ” à se justifier pour avoir rejeté la publication par

The Lancet des travaux de Pusztai. En effet, l’Académie Royale a fondé son rapport daté de
mai 1999 sur des résultats parus sur le Web en février 1999 et dont Pusztai avait évoqué l’existence lors d’un passage en août 1998 à l’émission World in Action de la chaîne ITV émission au cours de laquelle il avait réussi à provoquer un scandale en affirmant « nous sommes tous des cobayes ». L’officialisation de l’expérience de Pusztai a eu lieu à la suite d’une publication dans The Lancet, le 16 Octobre 1999, ce qui a fait dire au président de l’institution britannique, qu’il n’aurait, personnellement jamais publié ces pages318 ; car, tout comme les documents sur lesquels l’Académie a pu fonder ses critiques, l’article publié dans le Lancet est trompeur. Réduite à pousser encore plus loin la nécessité des critiques formulées à l’égard de Pusztai, la Royal Society devra se justifier en rappelant le rôle qu’elle joue depuis sa fondation afin de répondre à une couverture du Gardian qui a dénoncé son attitude à l’égard du directeur de The Lancet (« Pro-GM food scientist threatened editor ») : « The Royal society does not have a ‘rebuttal unit’, and its aim is in no way to mould scientific and public opinion with a pro-biotech line. »319 Les prises de positions contre la

318

« The president of the Royal Society would not have published this paper by Professor Stanley Ewen and Dr Arpad Pusztai since it confirms the Society’s original judgement that the experiments on which this paper is based were flawed. », in « Royal Society rejects latest claims in The Lancet on GM potatoes », 14 oct. 1999, http://www.royalsoc.ac.uk 319 « La Royal Society n’a pas de comité de censure et son but n’est en aucun cas de mouler l’opinion scientifique et publique selon un modèle pro-biotech », « The Royal Society and GMOs », 01 November 1999, http://www.royalsoc.ac.uk

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publication de l’article du niveau du Lancet avaient bien plus pour objectif la volonté de critiquer l’officialisation de résultats trompeurs320. Dans ce qu’il convient d’appeler l’affaire Pusztai, on constate qu’un scientifique affirme avoir à ses dispositions les preuves de ce que nous appelons la différence absolue des PGM (elles seraient nocives pour les rats alors que leur équivalent classique serait sans effet) ; aussi, cette assertion a été à l’origine d’une véritable levée de boucliers des représentants de la science orthodoxe. On constate alors que ce qui se trouvait en jeu, c’était bien évidemment la procédure d’officialisation de la vérité scientifique, mais aussi, son contenu même. Bien évidemment, s’il ne s’agit pas ici uniquement de « vérité scientifique », on s’aperçoit que la même ligne de séparation continue d’exister entre les défenseurs du principe d’équivalence en substance et ceux de la « différence absolue ». Or plus cette dernière tend à passer pour une vérité, plus elle démontre l’aspect politique du débat qu’elle suscite. Doit-on, par conséquent, faire de Pusztai une victime du système qui aurait été injustement déboutée, à la suite d’un complot institutionnel ? A bien regarder, il semble que Pusztai soit le premier responsable de la situation ; il a enfreint le protocole de divulgation de l’information scientifique. Avait-il des raisons de procéder ainsi et d’aller provoquer un scandale à la télévision britannique avant toute relecture de ses expériences par un comité d’experts ? Une institution britannique aussi importante que la Royal Society, quant à elle, se serait-elle amusée à cacher sans fondement la vérité au public, après un épisode tourmenté tel que celui de la crise de la BSE ? Pourquoi, enfin, le cas d’Arpad Pusztai est-il resté isolé et pourquoi sa « découverte » n’a-t-elle jamais fait l’objet d’une vérification ? Lorsqu’on connaît le nombre important des études comparatives menées sur l’alimentation animale321, on peut s’étonner qu’aucune autre révélation de ce genre n’ait fait la une de l’actualité. Toute ces remarques démontrent, selon nous, l’enjeu considérable que représente la démonstration du principe d’équivalence en substance des PGM, aussi bien pour les experts que pour les nonexperts. Ici, c’est parce que ce principe se trouvait directement en question (il s’agissait de l’existence d’un risque avéré et non pas potentiel), que les résultats d’une expérience non vérifiée et, qui plus est, inachevée, ont fait la une des médias. Sinon, pourquoi un risque qui n’a pas fait l’objet d’une démonstration, devrait-il recevoir un tel crédit ? Nous pensons que

320

« The society’s objection to the publication of the Ewen & Pusztai paper in The Lancet on 16 October was that the paper stilll contained speculative conclusions that were not substantiated by the experimental data presented. » Ibid. 321 Un recensement effectué en 2002 par l’association européenne Bio-Scope compte plus de 97 expériences comparatives effectuées sur plusieurs espèces animales (volailles, porcs, bovins, vaches laitières et mouton) nourries avec des aliments transgéniques actuellement mis sur le marché, ces études ayant pour objectif de vérifier l’absence de toxicité, et l’équivalence en substance ne semblent pas s’être distinguées par la démonstration d’un risque quelconque. http://www.bio-scope.org/

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l’interprétation qui fait de Pusztai une victime est simpliste. Il est vrai cependant, qu’on peut préférer une attitude comme celle des institutions américaines dans le cadre de l’expérience sur le papillon monarque. Comme on le verra plus loin, celles-ci, au lieu d’exclure le chercheur qui s’est trouvé à l’origine de résultats controversés, l’ont inclu dans les recherches qu’ils ont entreprises pour vérifier ses découvertes ; cette mesure prend une certaine valeur par rapport à un public, a priori, déjà en perte de confiance à l’égard de l’autorité scientifique. Toujours est-il que dans le cadre de l’affaire Pusztai, la politisation du débat a été si forte qu’elle l’a emporté sur une tentative d’élucidation constructive d’une quelconque vérité scientifique.

3.1.4 Conclusion sur l’équivalence en substance et les risques alimentaires Que nous enseigne l’étude des controverses scientifiques sur les risques alimentaires des PGM ? Qu’il s’agisse du risque d’allergie ou du risque de transfert d’un transgène provoquant la résistance aux antibiotiques, on s’aperçoit que le désaccord entre les experts porte essentiellement sur l’estimation des risques potentiels. Seule exception à la règle, l’affaire Pusztai ; ici, le scientifique affirme avoir démontré l’existence d’un risque avéré. Or, dans ce cas, comme on a pu le constater, l’expérience n’a pas reçu la validation des pairs, le scientifique a été destitué de ses fonctions et, à notre connaissance, aucune étude complémentaire n’a élucidé le problème soulevé par Pusztai. Tous ces exemples nous permettent donc d’affirmer que les risques alimentaires suscités par les PGM, conservent un caractère probable. En effet, dans le cas du risque d’allergie, la controverse s’articule autour de la problématique qui consiste à disposer des moyens mis en oeuvre ou à disposition pour pouvoir vérifier si le transgène est un allergène. Dans le cadre d’un transfert éventuel de gènes de résistance aux antibiotiques à l’organisme ou au sol, le risque est conditionné à la réalisation de plusieurs facteurs (transfert, stabilisation, sélection…). Le risque, en tant que tel, est admis par tous. La controverse porte donc moins sur les risques que sur l’évaluation et la gestion des risques. En effet, alors que certains reconnaissent le risque, tout en l’acceptant et en proposant une gestion que l’on peut dire constructive de celui-ci, d’autres l’exacerbent au point de le traiter comme une particularité des PGM322. Ainsi on pourrait croire que, le risque d’allergie qui est propre à tous les aliments devient une spécificité des PGM, de même pour

322

On constatera qu’associés au thème des PGM, des problèmes comme celui des aliments allergènes ou l’apparition de bactéries résistantes aux antibiotiques prennent une nouvelle tournure et sont mis en valeur et vice-versa.

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le risque d’apparition de bactéries résistantes aux antibiotiques qui n’est pas un nouveau problème. Pour expliquer cette différence d’interprétation de la probabilité d’un risque, nous supposons que les scientifiques n’appuient pas leurs analyses sur le même paradigme. Aussi, en regardant les controverses au travers du principe d’équivalence en substance, il nous est apparu que les experts faisaient une lecture différente de celui-ci. Ce principe qui a été établi afin de donner un cadre juridico-scientifique à l’introduction des Plantes Génétiquement Modifiées sur le marché admet, après vérification des dossiers déposés et si aucune différence majeure n’a été constatée, que les nouveaux produits sont comparables aux espèces parentes. Il est important d’insister sur le fait qu’il n’est pas une garantie d’innocuité. Ce principe peut donc être interprété de différentes manières. Alors que les experts pro-PGM considèrent chaque nouvelle plante comme étant potentiellement équivalente en substance, et ne traîtent pas les risques potentiels des PGM comme des particularités qui les distingueraient des autres plantes, mais cherchent plutôt des solutions pour les détecter et les supprimer (détection et suppression des transgènes allergènes, invention d’une technologie de substitution aux antibiotiques…), les experts antiPGM adoptent l’attitude opposée. On peut supposer alors que ces derniers posent a priori et de manière implicite la différence absolue des PGM en ce sens que chaque risque potentiel devient une particularité qui différencie les PGM de leur équivalent classique. Chaque risque rencontré (par exemple le risque d’allergie, ou le risque de transfert) est considéré comme un risque spécifique et par conséquent, différenciant, de la transgenèse végétale. A cela s’ajoute que ce risque, du fait de sa spécificité, est considéré comme technologiquement incontrôlable. Autrement dit, du fait de leur supposée «différence absolue », les PGM sont une source de risque beaucoup plus importante que tout autre équivalent non-modifié. Pour les experts pro-PGM, ces risques, au contraire, ne constituent pas des différences qui démarquent les PGM au point que celles-ci soit sources de dangers inédits et incontrôlables. Elles sont parfaitement gérables. En bref, la controverse a pour origine une différence entre deux « conceptions ontologiques opposées» des PGM. C’est parce qu’ils se fondent sur un paradigme différent, que les experts ne réussissent pas à tomber d’accord sur l’interprétation d’informations identiques. D’où cette conséquence : l’estimation des risques alimentaires est du fait de son aspect systématique, en partie idéologique. Faut-il en déduire pour autant qu’elle est illusoire, car subordonnée à des intérêts divers et particuliers ? Nous ne le pensons pas. Lorsque nous employons le terme d’idéologique, c’est plutôt dans le sens que l’idée de modification du vivant renvoie, comme nous aurons l’occasion de le voir, à deux philosophies du rapport technologie-nature. Aussi, dans le cadre des controverses

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scientifiques c’est bien plus un débat sur cette nature qui est en jeu qu’une détermination de la sécurité alimentaire ; ou plutôt c’est le premier qui influence la seconde. Aussi, si la perception de la nature de l’être des PGM est source de controverse, nous allons voir comment l’application de la technologie l’est également.

3.2. PGM et risques environnementaux : le principe de précaution en question Comme on vient de le constater les plantes génétiquement modifiées suscitent bon nombre d’interrogations en ce qui concerne les risques alimentaires et sanitaires, les craintes ne sont pas moins fortes pour ce qui concerne l’environnement. Ce qui est sujet, une fois de plus, à un grand nombre de discordes scientifiques et à une riche glose médiatique. En effet, pour la majeure partie des environnementalistes, l’introduction de plantes génétiquement modifiées parmi les autres cultures apparaît comme une catastrophe écologique, aussi, ils n’hésitent pas à employer le terme de « pollution transgénique ». Ces derniers tentent de démontrer la forte probabilité de transfert des transgènes entre cultures proches, voire éloignées. On risquerait ainsi une hybridation avec les espèces proches. En outre, si l’on continue à développer les plantations issues des biotechnologies, on risque d’appauvrir la diversité des cultures. Un autre risque évoqué est celui de voir se développer des êtres résistants parmi les populations cibles et la destruction de populations non-cibles. Enfin, une dernière critique affirme l’effet nocif des plantes sur les sols. Les griefs anti-PGM rattachés à des préoccupations écologiques s’attachent principalement à ces idées. Alors que nous avons étudié les risques sanitaires des PGM au travers du principe d’équivalence en substance, nous nous proposons désormais d’étudier les risques environnementaux au travers du « principe de précaution » ; ainsi nous tenterons de démontrer qu’au sein de la controverse, les experts font une lecture différente de ce principe, de même qu’ils font une lecture différente du principe d’équivalence en substance. C’est donc à partir des conceptions opposées et de l’emploi divergent de ce principe que l’on tentera d’expliquer la possibilité d’avis scientifiques contraires sur un même sujet donné. 3.2.1 De la précaution en général. Dans le débat qui oppose les experts, l’étude du principe de précaution est également une clé qui nous permet de comprendre l’origine de la controverse. Alors que le principe d’équivalence en substance s’applique aux plantes génétiquement modifiées une fois mises sur le marché, le principe de précaution, lui, est un principe plus général qui s’applique à la

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technique de la transgenèse végétale qui se trouve à l’origine de ces plantes. Or comme on va le voir, à son tour, ce principe est sujet à deux lectures différentes, celle des pro et celle des anti-PGM.

3.2.1.1 De la précaution comprise comme une forme de ‘prudence’ On pourrait penser que la ‘précaution’ est un principe qui a toujours fait partie du sens commun. On peut lui trouver des racines grecques dans la ‘prudence aristotélicienne’323, cet attribut dont devait forcément être muni l’homme politique de la cité afin d’être capable de prendre des bonnes décisions et pouvoir connaître la vérité. On remarquera que la prudence était considérée comme une vertu, dont pouvait être muni (ou démuni) tout un chacun. De ce point de vue, on peut affirmer aussi que la prudence ne nécessite pas nécessairement de contenu de connaissances préalables, mais est plutôt une attitude innée par rapport à un objet extérieur et pas forcément connu dans son intégralité324. On trouvera un très bon exemple de mise en application de cette attitude dans le rapport publié par le député JeanYves le Déaut325 en juillet 1998 à la suite de la « Conférence citoyenne » qui a eu lieu en juin 1998 à l’Assemblée. Ce débat, on le rappellera, consistait à réunir pendant deux jours consécutifs un échantillon représentatif d’une quinzaine de citoyens pour les faire dialoguer avec les experts. Or les différentes remarques des acteurs sélectionnés pourraient servir à illustrer le caractère quasi « inné » de ce que l’on nomme principe de précaution. Par exemple, une des exigences soulevées réclamait que l’on tire mieux partie de l’évaluation en milieu confiné avant de passer à l’expérimentation au champ. Ignorant tout à la base des biotechnologies, ce “ panel ” de citoyens a, comme on a pu le constater, très vite assimilé les problèmes que posaient l’introduction en plein champ des PGM. En effet, très vite, 2 camps se sont formés entre ceux qui pensent qu’il est nécessaire de réaliser des expérimentations pour juger de l’utilité des PGM, tout en ayant conscience qu’un milieu confiné ne suffit pas
323

Voir le débat de Salomon/Lecourt ; Jean-Jacques Salomon, Survivre à la science. Une certaine idée du futur (Albin Michel, 1999)/ Dominique Lecourt, « L’étrange fortune du principe de précaution » Futura-Sciences - Biologie et Génétique - 16/03/2003. Alors que J.J. Salomon défend l’idée selon laquelle le principe de précaution serait une réactualisation de la prudence aristotélicienne, Dominique Lecourt rejoint la critique que Bruno Latour fait de cette interprétation et démontre que l’on ne peut pas réduire le principe de précaution à une nouvelle forme de prudence. http://www.futurasciences.com/decouvrir/d/dossier223-1.php 324 « Tout comme la prévention, la précaution est fille de la prudence, qui s’impose aux acteurs publics et privés , dès lors que leur décision présente des risques potentiels ou avérés. La prudence implique de réfléchir à la portée et aux conséquences de ses actes et de prendre des dispositions pour éviter de causer des dommages à autrui. », Philippe Kourilsky, Geneviève Viney, Le principe de précaution, rapport au Premier Ministre, La documentation française, Paris, 1999, p.12. 325 Rapport de l’OPECST à la suite du débat sur les ogm et les essais au champ, Christian Babusiaux, Jean-Yves le Deaut, Didier Sicard, Jacques Testart, la documentation française.

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pour se rendre réellement compte, et ceux qui pensent que « le champ n’est pas un laboratoire mais un espace social et qu’une intrusion des expérimentations dans ce milieu pose problème.»
326

La conséquence qui sera tirée de ce dilemme étant que « les

expérimentateurs devraient donc limiter autant que faire se peut les incertitudes persistant au moment du passage au champ » ; d’où la nécessité de réaliser des expériences en milieu clos pour analyser les constructions génétiques préalablement à leur introduction dans le milieu naturel : « Ce n’est que lorsque l’incertitude a été réduite à des conséquences considérées comme mineures que le risque d’une dissémination et donc d’une dispersion des gènes pourra être courue. »327 L’ensemble des citoyens se seraient donc mis d’accord pour que les mesures de contrôle soient renforcées et pour que la CGB (commission du génie biomoléculaire) renforce ses exigences auprès des pétitionnaires. Aussi, « dès lors que l’expérimentation en champ induit nécessairement une dissémination vers les cultures traditionnelles, des tests, qui ne sont aujourd’hui exigés qu’avant la mise-en culture à grande échelle, devraient l’être dès avant de décider l’expérimentation au champ. »
328

Nous nous appuyons sur ces quelques remarques pour constater qu’une « attitude prudente » semble couler de source chez le citoyen. On pourrait d’ailleurs se demander si cet instinct n’est pas dû au fait qu’il est beaucoup moins familiarisé avec les plantes que ne le sont les scientifiques et donc, a beaucoup plus de suspicion à l’égard d’une science dont il ignore tout. Toujours est-il, qu’on trouve ici un très bon exemple d’un exercice de « prudence spontanée » qui ressemble, a priori, au « principe de précaution ». Cependant, réduire le principe de précaution au bon sens des citoyens serait peut-être aller un peu vite en besogne. Or il est important de donner une définition précise. Une mode récente veut en effet que l’on emploie ce principe à tous bouts de champ sans bien savoir ce qu’il recouvre. L’un des premiers à avoir dénoncé cette tendance est Olivier Godard : dans une interview trouvée en ligne sur le site de Solagral, une organisation écologiste française, l’économiste spécialiste de la gestion des risques et directeur de recherche au CNRS, tout en réaffirmant l’importance du principe de précaution, souligne que « ce principe est en passe de devenir un slogan et le substitut d’un débat qui n’a pas eu lieu.»329 Il cite alors l’exemple de l’embargo sur le bœuf britannique qui a été lancé par l’Etat avant d’avoir cherché à établir un débat : « sans débat, il n’y a pas de maturation de l’opinion publique dans son comportement vis-à-vis des risques collectifs. Ce qui donne prise à des phénomènes de panique plus ou moins exploités politiquement. » Il développe alors la thèse – thèse que l’on
326 327

Ibid., p.27. Ibid., p. 27. 328 Ibid., p.28. 329 www.solagral.fr

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retrouve dans un ouvrage qu’il a écrit330 - selon laquelle il existe une « manière extrémiste » d’utiliser le principe de précaution. Selon Godard, cette interprétation « absolutiste » du principe de précaution (celle de Greenpeace, par exemple) se dévoile encore plus dans « l’inversion de la charge de la preuve » qui oblige celui qui introduit une invention sur le marché d’en prouver l’innocuité au lieu qu’avant, c’était au consommateur de prouver le danger qu’il dénonçait. Avec cette interprétation du principe de précaution, ce serait donc à ceux qui sont susceptibles d’introduire le risque de montrer qu’il n’existe pas. Pour Olivier Godard, cette exigence du risque zéro révèle une attitude irrationnelle : les raisons qui font qu’il est impossible de prouver la nocivité d’une innovation quelconque, font qu’il l’est tout autant d’établir scientifiquement son innocuité. Commentant cette thèse, Catherine et Raphaël Larrère dans un article du Courrier de l’environnement de l’INRA affirment que: « l’inversion de la charge de la preuve dans l’interprétation que Godard impute à Greepeace conduirait à une règle de l’abstention. Alignant le principe de précaution sur une éthique jonassienne, elle reviendrait à bloquer toutes discussions sur les risques et favoriserait les manipulations de l’opinion par les ‘prophètes de malheur’ » 331. Après avoir supposé qu’il existe une forme spontanée du principe de précaution qui est la ‘prudence’ et que ce principe est utilisé aujourd’hui de manière confuse dans un nombre considérable de domaines, et parfois d’une manière abusive332, il est nécessaire de revenir en détail sur la définition de ce principe en général et de la manière dont il peut être appliqué dans ce cas particulier qui est la culture des PGM en plein champ. 3.2.1.2 Du principe de précaution au principe de responsabilité Face au nombre croissant d’occurrences du “ principe de précaution ”, le gouvernement Jospin a fait la demande au biologiste Philippe Kourilsky - professeur au Collège de France et membre de l’Institut de France - et à la juriste Geneviève Viney - professeur à l’Université Paris I - d’un rapport afin de clarifier la notion de ce principe. Paru le 15 Octobre 1999, celuici comporte une centaine de pages ; il se compose d’une introduction conceptuelle et de deux parties thématiques : la première partie présente le principe de précaution en situation, on y trouve « 10 commandements de la précaution » et, en ce qui concerne notre sujet, une mise en application du principe sur les PGM ; la seconde partie, elle, est consacrée à
330

Olivier Godard, Le Principe de précaution dans la conduite des affaires humaines , édition de la Maison de la science de l’homme et INRA, 1997. 331 « Les OGM entre hostilité de principe et principe de précaution », Catherine Larrère et Raphaël Larrère, Courrier de l’environnement n°43, mai 2001, sur www.inra.fr 332 A titre d’information, on notera qu’en saisissant les mots « OGM et précaution » dans les archives du Monde pour la période de janvier 1987 à août 2002, on obtient 115 occurrences d’articles, et en saisissant « principe de précaution », on arrive à 1200 articles, pour la même période.

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l’étude du principe de précaution comme norme juridique et ses conséquences sur la responsabilité des acteurs. Nous étudierons dans cet important travail, les passages qui montrent en quoi ce principe reste une notion à interpréter et peut difficilement être fixé dans une seule définition. Né dans les années 80, le principe de précaution a émergé au milieu des débats relatifs aux problèmes internationaux sur l’environnement et se verra publiquement consacré lors de la conférence de Rio en 1992. En France, la loi Barnier, insérée à l’article L.200-1 du code rural lui donne la définition suivante : « l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable. » Comme le remarque P.Kourilsky et G. Viney dans l’avant-propos, ce principe s’applique aujourd’hui aussi bien à la santé et à l’alimentation qu’à l’environnement. Aussi, en plus d’être une loi, c’est devenu « un phénomène social majeur qui met en cause de nombreux aspects du fonctionnement des démocraties.»333 Aussi les incohérences qu’il suscite parfois du fait de son succès dans l’opinion font que : « il est considéré par certain comme une avancée majeure du droit qui, non seulement est susceptible d’améliorer la sécurité, mais peut encore constituer un pilier du développement économique durable et servir de rempart contre les débordements de la technique et du productivisme. A l’inverse, il est également dénoncé comme étant de nature à pervertir l’imputation de certaines responsabilités, à pénaliser les entreprises dont la compétitivité se trouverait compromise par des excès de réglementation, à faire obstacle à l’innovation et, dans les échanges internationaux, à masquer des intérêts protectionnistes. »334 Ce rapport se fixe donc pour objectif de lever l’ambiguïté que suscite cette notion, et la première étape consistera à démontrer que ce principe « ne doit pas être interprété comme une recommandation systématique d’abstention ». Bien au contraire, il doit inciter à l’action et « cette attitude positive, d’action plutôt que d’inaction, de gestion active du risque plutôt que de démission devant le risque, correspond à l’objectif unanimement partagé de réduction des risques pour l’homme et l’environnement sans que celle-ci passe obligatoirement par une accumulation de moratoires et un gel des innovations. » Aussi, il faut être bien conscient que cette tentative d’estimation des risques ne signifie pas qu’il est possible de garantir le risque zéro. Toutes ces remarques

333

Philippe Kourilsky, Geneviève Viney, Le principe de précaution , rapport au Premier Ministre, La documentation française, Paris, 1999, p.8. 334 Ibid., p.8.

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préliminaires montrent la nécessité qu’il y a de formaliser le principe et d’en réglementer l’usage. Du point de vue du débat sur les PGM, on voit à quel point toutes ces remarques prennent sens. En effet, si on se reporte aux querelles évoquées dans le chapitre précédent, les risques alimentaires impliquent que l’on adopte ce principe afin de prévenir d’éventuels accidents. Il serait intéressant de voir si ceux qui admettent l’équivalence en substance sont aussi ceux qui considèrent le principe de précaution comme un obstacle à l’avancée des technologies, alors que ceux qui défendent implicitement la « différences absolue » ont tendance à faire un usage abusif de ce principe. Mais revenons avec P. Kourilsky sur le sens du mot précaution et tout d’abord des notions qui lui sont attenantes : le ‘risque’, le ‘danger’ et ‘l’aléa’. Le premier désigne « ce qui menace ou compromet la sûreté, l’existence, d’une personne ou d’une chose » ; le risque est un « danger plus ou moins prévisible » (Robert) alors qu’un aléa est un événement imprévisible non connoté par un jugement de valeur335. Un risque peut être potentiel ou avéré. Un risque potentiel, par son aspect hypothétique implique que l’on établisse des scénarios et que l’on analyse leur plausibilité. Rien ne permet de dire qu’un risque potentiel finira par se réaliser et seule une interprétation grandement pessimiste comprend le risque potentiel comme « un risque avéré immature, en attente de réalisation.»336 On ne peut s’empêcher de rapprocher cette analyse des commentaires de ceux qui souhaiteraient bannir les PGM du fait des risques probables qu’ils laissent entrevoir ; comme on peut le constater, leurs exigences se fondent sur une confusion entre risques avérés et risques potentiels. Alors que la précaution concerne les risques potentiels, la prévention s’adresse aux risques avérés, aussi, d’après Kourilsky, on doit utiliser la prévention pour les risques nucléaires (les risques des installations nucléaires sont avérés) et la précaution pour les OGM (pour l’heure les risques des OGM, ne le sont pas). Aussi, il est important d’avoir à l’esprit que les risques potentiels ne sont pas des risques avérés peu probables (dans ce dernier cas, la probabilité porte sur le risque d’accident, alors que, dans le premier cas, elle porte sur l’hypothèse du risque)337. Tout ceci faisant du principe de précaution un mode d’action d’une extrême souplesse (il peut être révisable suite, par exemple à une avancée des connaissances) dans un contexte incertain. La précaution portant sur des hypothèses, il est possible de commettre des erreurs. Enfin, P. Kourilsky affirme que la précaution et la

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Philippe Kourilsky, Ibid. , p.10. Ibid., p.11. 337 Ibid.

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prévention se rejoignent au sein d’un principe tiers que l’on pourrait appeler le ‘principe de prudence’338. On reviendra plus tard sur cette distinction entre précaution et prévention, mais à lire les commentaires de Philippe Kourilsky, il semble bien que certains utilisent la prévention pour la précaution et brouillent les pistes avec emphase. En effet, si on s’en tient aux dires de l’auteur du Rapport sur le Principe de Précaution, en toute logique, il semble impossible de confondre risque nucléaire et risque issu des biotechnologies ; or à en écouter certaines voix (celles que O. Godard caractériserait comme « prophétes du malheur »), il ne semble pas y avoir de distinction entre les plantes génétiquement modifiées et le nucléaire. C’est ainsi que s’interrogeant sur les capacités du « tout transgénique » à se substituer au « tout chimique », Jean-Marie Pelt affirme que pour l’instant, le tout transgénique générera plus de problèmes qu’il n’en résoudra339. Selon ce botaniste, « des risques existent, même s’il est difficile de les évaluer avec précision dès lors, que faute de recul, on les connaît encore à peine. » Après avoir évoqué ceux-ci (perturbation de l’équilibre écologique, résistance aux antibiotiques, effets toxiques imprévus, nouveaux agents pathogènes…), il enchaîne sur un des couplets favoris de la pensée anti-OGM : l’idée selon laquelle les biotechnologies sont aussi dangereuses que le nucléaire et participent de la même inconscience dans la gestion de ce danger : « Il y a vingt ans, à l’époque de la montée en puissance du nucléaire, il était somme toute assez facile d’évaluer les risques correspondants. Toutes les craintes naguère évoquées se sont d’ailleurs confirmées. Un réacteur nucléaire ne risquait-il pas d’exploser ? Certes non ! Prétendait-on. Et pourtant, nous avons eu Tchernobyl, le plus grave accident technologique de l’histoire, dont les morts différés par cancer se compteront sans doute par dizaine de millier. »340 Et Monsieur Pelt d’enchaîner sur les autres risques qui ont été posés comme des éventualités et qui ont fini par se réaliser : dissémination du Plutonium et de la matière fissile (en partie aussi grâce à la mafia russe), fuites ponctuelles des réacteurs, abandon de l’armement nucléaire russe, devenir des déchets radioactifs, démantèlement des centrales nucléaires… Aussi à en croire le raisonnement du président de l’Institut Européen d’Ecologie, les biotechnologies suivront le même chemin que le nucléaire et tous les risques évoqués aujourd’hui finiront par se réaliser demain. La réponse est décevante pour ce qui
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« Les convergences entre précaution, prévention et prudence pourraient justifier que l’on remplace le principe de précaution par un principe de prudence qui engloberait précaution et prévention. Cette option n’était pas conforme au mandat qui nous était assigné. Il pourrait être utile de la garder en mémoire, en cas de malentendu persistant sur le sens donné au principe de précaution, par exemple si une fraction trop importante de l’opinion continuait à comprendre le principe de précaution comme une règle systématique d’abstention, ou encore si cette substitution permettait d’éviter des blocages et de promouvoir une meilleure entente dans le sens des discussions internationales. », Ibid.p.12. 339 Jean-Marie Pelt, Plantes et aliments transgéniques, Fayard, 1998, p.149. 340 Ibid., p.150.

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concerne une véritable démonstration du danger, au de-là de toutes les espérances pour ce qui concerne la réalisation certaine d’un danger invisible : « Impossible avec les plantes transgéniques, d’évaluer les risques avec autant de précision (entendez autant de précision que pour le nucléaire). Car le monde biologique est infiniment plus complexe que le monde physique, et la dissémination dans la nature des organismes génétiquement modifiés est un phénomène sans précédant et surtout irréversible. Comment évaluer au plus juste les risques générés par leur prolifération et leur dissémination ? »341 Autrement dit, les PGM seraient à l’origine d’un danger qui n’a pas fait, jusqu’à présent, l’objet d’une démonstration ; cela, parce que ce danger est indémontrable et que de ce fait, il est bien pire que le risque du nucléaire, qui lui, a fini par se révéler au grand jour. Doit-on penser alors que les risques que nous font courir les plantes génétiquement modifiées resteront à jamais cachés ? Et si oui, est-ce parce que c’est dans leur nature même ou parce qu’on ne fait pas les bonnes expériences pour réussir à les démontrer ? Toujours est-il que, tant qu’un risque ne s’est pas réalisé, on est obligé de reconnaître son caractère hypothétique. Par conséquent, les risques que soulèvent l’usage des plantes génétiquement modifiées restent bien des risques potentiels et non des risques avérés et l’assimilation des biotechnologies et du nucléaire, sous peine que, par manque de précaution, l’histoire de l’un, pourrait bien devenir l’histoire de l’autre fait l’objet d’une extrapolation qui peut, non seulement s’avérer fausse (il se peut très bien que les risques ici soulevés ne se réalisent jamais), mais aussi trompeuse : en effet, d’après Philippe Kourilsky un risque potentiel n’est pas un « risque avéré immature, en attente de réalisation […] certes, les risques ont une histoire, et beaucoup de risques avérés ont commencé par être potentiels, mais de nombreux risques potentiels n’ont jamais été avérés. » Comme on aura l’occasion de le voir plus loin, très souvent, les désaccords entre scientifiques proviennent d’une confusion (volontaire ou involontaire) entre précaution (réaliser des scénarios afin d’anticiper les risques) et la prévention (respecter toutes les normes de sécurité afin de se protéger d’un risque qui est avéré, mais imprévisible). Aussi, « l’invocation du principe de précaution s’explique aujourd’hui autant par les défaillances de la prévention que par l’émergence de nouveaux risques potentiels. Plusieurs crises récentes ont révélé a posteriori les lacunes des politiques préventives et le principe de précaution a été plusieurs fois invoqué à tort, pour des questions qui relevaient de la prévention. »342 Dans certains cas, ce serait surtout un manque de confiance dans la gestion institutionnelle de la prévention qui a poussé le public à invoquer le principe de précaution. Ce qui fait dire
341 342

Jean-Marie Pelt, Ibid., p.151. Philippe Kourilsky, Le principe de précaution, p.13

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à l’auteur du rapport que la précaution est « l’expression d’un désir accru de participation. » Pour cette même raison, il sera nécessaire de se méfier de toute introduction de principe idéologique dans l’usage qui sera fait du principe de précaution : « Il n’existe aucune opposition a priori entre précaution et progrès technologique. Le principe de précaution invite à une réflexion sur les conditions dans lesquelles s’effectue ce progrès plutôt qu’à une inhibition de toute innovation. Il est vrai que les tenants d’une écologie radicale soutiennent que la technologie transgresse nécessairement les lois de la nature. […] L’invocation de la précaution peut alors conduire à mettre la nature à la place de l’homme et à reléguer au deuxième plan les valeurs humanistes. Il ne semble toutefois pas nécessaire d’opposer le contrat social au contrat naturel. »343 Cette idée selon laquelle une idéologie peut s’emparer du principe de précaution est développée d’un autre point de vue dans un article de Catherine et Raphaël Larrère publié dans le Courrier de l’environnement344. Les deux chercheurs de l’INRA d’Ivry commencent par rappeler les théories de Hans Jonas, le philosophe allemand qui se trouve à l’origine du principe de responsabilité. Ce dernier appelle en effet à une nouvelle définition de ce principe qui, d’après lui, n’a fait l’objet d’aucune considération par rapport à un avenir lointain ; or, la puissance inédite de la technè qui, d’après Jonas, était restée neutre jusqu’à présent, change le rapport que l’homme entretient avec la nature du tout au tout. Selon l’auteur allemand : « l’action a lieu dans un contexte où tout emploi à grande échelle d’une capacité engendre, en dépit de l’intention droite des agents, une série d’effets liée étroitement aux effets ‘bénéfiques’ immédiats et intentionnés, série qui aboutit, au terme d’un processus cumulatif, à des conséquences néfastes dépassant parfois de loin le but recherché. »345 Chez Jonas, la question qui se pose est donc celle de la ‘maîtrise de la maîtrise’. Autrement dit, du pouvoir que nous avons de corriger le nouveau pouvoir que nous donne la technologie. La responsabilité n’est plus « une imputation d’un sinistre à l’égard d’un acte passé, mais un engagement à l’égard de l’avenir. Préoccupée du sort des générations futures, cette responsabilité implique le devoir impératif d’agir de façon que les effets de l’action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre. »346 Après avoir fait ces quelques rappels, les chercheurs évoquent le type de critiques que l’on peut y

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Ibid., p.1. Catherine Larrère et Raphaël Larrère, « Les OGM entre hostilité de principe et principe de précaution », Le courrier de l’environnement n°43, mai 2001, sur www.inra.fr 345 « Hans Jonas, La technique moderne comme sujet de réflexion éthique », in Marc Neuberg : la Responsabilité. Questions philosophiques. PUF, 1997, p.232. 346 « Les OGM entre hostilité de principe et principe de précaution », ibid.

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apporter (critiques que l’on retrouve principalement dans leur ouvrage347) : Jonas en conserve et dénonce à la fois les illusions de toute puissance de la société technicienne et « fait valoir que l’euristique de la peur conduit nécessairement à privilégier le scénario du pire. » Commentant cette thèse fondamentale de Jonas, Catherine et Raphaël Larrère affirment que « La responsabilité hyperbolique qui s’en dégage retire à l’éthique de Jonas toute capacité d’informer sur les actions précises à entreprendre. » De ce point de vue, il est important de distinguer entre univers incertain et monde qui court nécessairement à sa perte. Enfin, la « prophétie de malheur » dont Jonas vante les vertus pour une décision responsable, n’est en fait propice à aucune décision politique : « sous la menace de la catastrophe imminente, on ne saurait délibérer : il faut impérativement adopter les moyens de la conjurer. Avec Jonas, l’autoritarisme du vrai (qui est aussi celui de l’efficace dans les technocraties modernes) cède la place à celui des prophètes de malheur. »348 Cette critique du principe de responsabilité permet aux auteurs de présenter le principe de précaution comme une « tentative de dégager une solution au problème de la maîtrise de notre maîtrise, plus réaliste que celle de Jonas et qui soit compatible avec les libertés individuelles comme avec la démocratie politique. » Cette dernière analyse nous permet donc d’éclairer le principe de précaution d’un nouvel angle et met au jour une confusion supplémentaire : celle qui est généralement faite entre « une norme morale » et une « règle d’action publique ». Pour illustrer ce propos, on citera un passage du célèbre auteur Jeremy Rifkin. Dans son livre le Siècle des

Biotechnologies, il brosse un portrait contrasté de cette science, la biotechnologie, qui
émerveille autant qu’elle fait peur. Or chez Rifkin, les critiques à l’égard des biotechnologies ont bien plus souvent l’air d’une diatribe morale sur un état de fait présenté comme une nécessité, que d’une analyse pragmatique d’une situation donnée. De ce point de vue, la conclusion du chapitre trois intitulé ‘Une nouvelle genèse’, est instructive : « La fécondation artificielle de la planète sous la forme d’une nouvelle Genèse conçue en laboratoire a toutes les chances de connaître à court terme un succès commercial remarquable ; mais la nature ne se laissera pas faire, et c’est elle qui aura le dernier mot, quel qu’il soit. Les technologies génétiques que nous avons inventées pour recoloniser la biosphère sont impressionnantes, mais notre ignorance totale des mécanismes complexes qui l’animent ne l’est pas moins […]

347

Catherine Larrère et Raphaël Larrère, Du bon usage de la nature. Philosophie de l’environnement , Aubier, 1997 (Critique du principe de responsabilité, ch.VII). 348 Cit. tirées de l’article “ Les OGM entre hostilité de principe et principe de précaution ”, ibid.

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cette seconde colonisation se fait sans boussole. Il nous manque une écologie prédictive pour nous guider dans ce voyage, et il est fort peu probable que nous en disposions jamais, car la nature est bien trop mobile, complexe et variée pour que la science puisse la réduire à un modèle autorisant à des prévisions fiables. Il se pourrait en fait que nous nous perdions dans le nouveau monde artificiel, produit de notre création, et que nous partions à la dérive au fil du siècle des biotechnologies. »349 On retrouve dans cette citation toutes les caractéristiques précédemment évoquées du principe de responsabilité : Rifkin affirme et dénonce la toute puissance des biotechnologies ; sa description conduit, comme on le voit ici, au scénario du pire. Le tableau dressé du monde des biotechnologies est celui d’un monde qui court à sa perte et non d’un monde incertain dans lequel il essentiel de prendre les bonnes décisions. En véritable « prophète de malheur », Jeremy Rifkin annonce donc un monde qui s’en va à la dérive. Or, sans vouloir juger de cette pensée, on comprend en quoi, le principe de précaution joue un rôle fondamental dans l’établissement des biotechnologies à condition d’être défini de manière précise. C’est en tout cas l’opinion partagée par les auteurs auxquels nous avons fait référence (Philippe Kourilsky et Geneviève Viney, O. Godard, Catherine Larrère et Raphaël Larrère) ; le principe de précaution doit possèder une véritable efficacité et ne pas être synonyme d’obstacle à l’action ; il ne concerne le « danger » ni dans la prévention de sa réalisation immédiate, ni dans la prévention de son caractère fataliste ; il a justement pour but de combattre cet « espèce de fatalisme » qui veut que le progrès technologique nous conduise vers ce qu’il y a de pire. Il y a donc une grande nécessité à ce qu’il soit formalisé. 3.2.1.3 Des applications du principe de précaution Ces réflexions préliminaires sur les mauvais usages du principe de précaution ont mis en évidence une vérité : tous les usages abusifs ont tendance à en faire un principe paralysant ; autrement dit, il s’agit plus d’empêcher l’action que de la contrôler, d’arrêter le progrès que de le ralentir, de supprimer la technologie que de l’améliorer... En bref le principe de précaution mal défini devient un principe d’inaction. Or comme ne cesse de le répéter Philippe Kourilsky, le principe de précaution est, bien au contraire, un principe d’action qui possède un contenu pratique et un champ d’application. Selon l’auteur, une définition précise de ce contenu doit permettre, quel que soit le cas qui relève de son application, d’éviter un certain nombre d’erreurs qui ont eu lieu dans des crises récentes : « l’énonciation d’un certain nombre de règles, tirées du bon sens, de la logique et de l’expérience, permet de repérer des constantes et de dégager des groupes de procédures assez généralement
349

Jeremy Rifkin, Le siècle biotech, édition la Découverte, p 203

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applicables par delà la diversité des situations. »350 Le principal objectif du principe de précaution est alors le suivant : « diminuer les risques » (et non pas, mieux gérer la perception des risques, comme on pourrait le supposer d’après l’observation de certaines mesures politiques prises par les décideurs en vue du « bien-être social »). Il est cependant important de ne pas prêter au principe plus qu’il ne peut : en effet, une application, même optimale de celui-ci ne saurait empêcher la survenue du risque et cela pour 2 raisons : L’hypothèse du risque peut naître après l’apparition du danger ; Un risque résiduel peut toujours subsister, même après l’analyse bénéfices/risques.

Cette efficacité partielle ne doit pourtant pas nous conduire à une abstention systématique : « Si l’abstention peut constituer une solution positive, il arrive aussi qu’elle présente des risques ou des inconvénients graves. Au total, c’est bien au cas par cas qu’il faut évaluer les risques et dégager les solutions les plus appropriées. » Après avoir analysé le contenu du principe de précaution, P.Kourilsky en propose une excellente synthèse dans un paragraphe qu’il nomme les « dix commandements de la précaution »; ces dix commandements ont pour but « d’encadrer la réflexion et l’action »351 et nous nous proposons de les exposer : 1) « Tous risques doit être défini, évalué et gradué ». Cette toute première étape doit permettre de distinguer les risques potentiels des simples fantasmes. Il s’agit donc « d’imaginer les risques possibles », de sélectionner ceux qui sont plausibles et d’éliminer ceux qui paraissent illusoires. Ensuite, il est essentiel d’établir des « seuils d’alertes » pour chacun des risques que l’on estime plausible. On distinguera alors 2 catégories de risques potentiels : « les risques potentiels plausibles » (non appuyés par un retour d’expérience) et « les risques potentiels étayés » (appuyés par un retour d’expérience qui affirme que le seuil d’alerte est atteint). Ces distinctions permettent d’établir efficacement dans le temps, l’utilisation du principe. En effet, la mise en place d’un processus de surveillance d’un phénomène ne peut s’effectuer sur de simples suspicions. Il faut donc veiller à ce que la mise en place du principe de précaution ne se fasse ni trop tôt, ni trop tard352. D’après Kourilsky, la situation confuse dans laquelle se trouvent les PGM, « reflète, en partie, le fait que, pour moitié, les dix commandements de la précaution ont été mal appliqués, ou totalement ignorés. »353 Or en ce qui concerne ce premier commandement, si on le rapporte

350 351

Ph. Kourilsky, Ibid., p.20. Ibid., p.27. 352 Ibid., p.p.21-22. 353 Ibid., p.48.

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au cas des PGM (ce que l’auteur fait pour chacun des dix commandements354), « une première faille vient de l’absence de l’évaluation des risques ». En ce qui concerne le Parlement européen, il a adopté des directives sans analyses ; quant aux Etats-Unis et au Canada, on ne peut pas dire que l’on bénéficie véritablement de retour d’expérience355. Nous aurons l’occasion plus tard d’approfondir ces remarques en étudiant l’exemple du maïs Bt et des expériences qui ont pu être menées pour détecter l’existence de risques éventuels. Passons au 2ème commandement. 2) « L’analyse des risques doit comparer les différents scénarios d’action et d’inaction. » Ce que l’auteur formule autrement en disant « le risque d’agir doit être comparé au risque de ne pas agir. » Cela implique que l’on compare les avantages et les risques que font courir l’application de la technologie, ainsi que la réalisation de scénarios à long terme. Ce commandement n’a pas été suivi dans le domaine des PGM en ce sens que, d’après l’auteur, on manque toujours d’études comparatives : « conventionnelles. »356 3) « Toute analyse de risque doit comporter une analyse économique qui doit déboucher sur une étude coût/bénéfice (au sens large) préalable à la prise de décision. »357 Cette règle est, d’après l’auteur, souvent mal acceptée, surtout dans le domaine médical où la mort peut se trouver en jeu. Pourtant ce commandement peut être l’occasion d’un dialogue constructif. Il a cet autre avantage « qu’il permet de vérifier la sincérité des acteurs et le degré de réalisme de leurs propositions alors que l’incertitude ouvre un espace stratégique où ils peuvent évoluer sans contrainte. »358 En ce qui concerne les PGM dans les années 1990, le Parlement Européen n’aurait pris aucune mesure pour mener une analyse économique, lacune que l’on peut encore constater aujourd’hui à propos, par exemple, de l’ignorance dans laquelle on se trouve à propos d’un coût éventuel de l’étiquetage. il est impossible d’évaluer les effets respectifs sur l’environnement et les pollutions de l’emploi respectif des OGM et des cultures

354

« Les OGM constituent un des exemples les plus purs d’application du principe de précaution puisqu’ont été mis en place, en France et en Europe, des mesures de protection et des réglementations en l’absence de toute preuve de risque effectif. Ils méritent un traitement particulier parce qu’ils font, aujourd’hui encore, l’objet de vives discussions et cristallisent, parfois jusqu’à la caricature, nombre des interrogations évoquées plus haut. » Le principe de précaution, Ibid., p.46. 355 Ibid. 356 Ibid., p.48. 357 Ibid., p.27. 358 Ibid., p.22.

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4) « Les structures d’évaluation doivent être indépendantes, mais coordonnées. » Ceci est vrai pour ce qui concerne l’expertise, l’acquisition des données et les divers contrôles qui peuvent être exercés359. Cette règle peut être appliquée « pour ceux qui créent les risques (potentiels dans le cas de la précaution) et, tout particulièrement, les producteurs et les industriels. Le même principe peut être appliqué au pouvoir politique qui a le devoir d’intégrer des intérêts multiples, ainsi qu’aux administrations qui en dépendent, surtout lorsque de grands programmes étatiques sont en cause (par exemple, le nucléaire). »360 Pour les PGM, ce sont les comités d’experts qui se portent garants de toutes les règles en France ; cependant, au fur et à mesure que la tension montait avec le public, on a pu remarquer certaines prises d’intérêt et la collusion de certains experts avec des groupes industriels. Mais cette partialité peut aller dans les deux sens, en effet, comme le fait remarquer Philippe Kourilsky, le débat sur les PGM aurait été l’occasion pour certains agronomes de sortir de l’obscurité361. 5) « Les décisions doivent, autant qu’il est possible, être révisables et les solutions adoptées réversibles et proportionnées. » Avec ce cinquième commandement, on entre à proprement parler dans le contenu de la décision. Cette règle prend pour fondement l’évolution constante du savoir et cherche à y répondre. Les PGM posent un véritable problème à l’application de ce commandement : « l’une des craintes exprimées vis-à-vis des OGM est que leur culture en masse ait des conséquences irréversibles telles que la dissémination de certains gènes ou l’émergence de résistances. »362 L’auteur remarque que, par contre, en ce qui concerne les directives européennes sur les PGM, celles-ci ont déjà pu être modifiées. Ainsi, on est passé de la directive 90-220 à la directive 90-221 en 1998. 6) « Sortir de l’incertitude impose une obligation de recherche. » Il s’agit ici de mettre en place les meilleures solutions à moindre coût ; cela implique un calcul « coût/avantage ». On en déduit deux règles de bon sens : « A risque comparable, privilégier la prévention sur la précaution » et « A risque comparable, privilégier l’analyse des risques étayés sur les risques potentiels plausibles ». Pour ce qui concerne les PGM, l’auteur dénonce ici le manque d’études comparatives qui pourraient instruire certains problèmes et permettre de les résoudre : « De façon remarquable, les programmes de recherche sur les OGM visent à

359 360

Ibid., Ibid., 361 Ibid., 362 Ibid.,

p.23. p. 23. p.43. p.23.

166

évaluer leur impact sur l’environnement, sans grand souci de comparaison avec des traitements par les herbicides et les insecticides habituels. »363 7/8) « Les circuits de décision des dispositifs sécuritaires doivent être non seulement appropriés mais cohérents et efficaces. » et « Les circuits de décision et les dispositifs sécuritaires doivent être fiables. » On pénètre avec cette règle dans le domaine de l’assurance qualité. Il s’agit non seulement d’établir les bonnes procédures, mais aussi de les respecter, ce qui repose sur la déontologie des acteurs. Au niveau des PGM, on a pu constater la lenteur de la procédure et la fiabilité du système de contrôle a été mise en doute364. 9) « Les évaluations, les décisions et leur suivi, ainsi que les dispositifs qui y contribuent, doivent être transparents, ce qui impose l’étiquetage et la traçabilité. » Il s’agit ici en fait d’élever la transparence en principe. Il est tout à fait légitime d’informer le public. Kourilsky définit la transparence comme « la qualité d’un système qui rend son fonctionnement déchiffrable et compréhensible pour des individus qui lui sont extérieurs. »365 De ce point de vue, on s’approche une fois de plus de l’assurance-qualité et de la lisibilité du système. Au niveau des PGM, « des fautes de transparence ont été commises, mais nul ne prétend aujourd’hui que les dispositifs sont opaques. »366 10) Enfin, « Le public doit être informé au mieux et son degré de participation ajusté par le pouvoir politique. » Il s’agit ici d’établir un droit à l’information, à partir duquel le public sera mieux à même de juger la volonté de transparence. De même il est impératif de mieux associer le public aux débats. Il existe un véritable désir de participation qui se manifeste sous deux formes : « contribuer au débat ou intervenir dans le processus de décision. » En ce qui concerne les PGM, l’information est encore insuffisante. L’opinion publique adhère difficilement à cette nouvelle technologie ; on peut douter que plus d’explication puisse résoudre le problème et le rôle des industriels a souvent été critiqué.

363 364

P.Kourilsky,Ibid., p.49. Ibid., p.50. 365 Ibid., p.26. 366 Ibid., p.50.

167

3.2.1.4 Discussion Nous sommes partis de l’idée selon laquelle le principe de précaution est comparable à une attitude communément répandue : la prudence. A cet égard, on a pu constater qu’après avoir été brièvement informé par les experts avant l’ouverture du débat, les participants de

la Conférence des Citoyens organisée par le député Jean-Yves le Déaut, avaient
spontanément adopté une attitude prudente à l’égard de la dissémination de plantes génétiquement modifiées dans l’environnement. Il nous est donc apparu qu’il existe une forme spontanée et non définie du principe de précaution qui se présente comme une certaine conduite à adopter en vue de l’établissement de règles pour l’action. Pourtant, il semble beaucoup trop tôt encore pour affirmer qu’il s’agit du principe de précaution. Aussi, trop souvent ce dernier est employé à tort et à travers, pouvant ainsi faire obstacle au développement serein d’une technologie et agissant dans le sens contraire de ce pour quoi il a été établi. Entre un usage spontané et donc irréfléchi du principe de précaution, qui a plus les apparences de la prudence, et un usage qui a été défini par Olivier Godard comme “ absolutiste ”, obstacle à toute action, on a vu qu’il était nécessaire de redéfinir ce principe en distinguant, d’une part, les notions qui lui étaient connexes et, d’autre part, en lui donnant un contenu positif ; pour cela, nous nous sommes appuyé sur le rapport de Philippe Kourilsky. Nous avons vu qu’il était essentiel de distinguer « précaution » et « prévention ». En effet, alors que la seconde ne porte que sur les risques avérés et cherche à éviter le danger, la première, a pour but d’imaginer des scénarios afin de définir les risques potentiels. Cette distinction nous a permis à la fois de définir l’objectif principal du principe de précaution, mais aussi, d’en dévoiler un usage erroné. En effet, il est fréquent que l’on confonde précaution et prévention, ainsi, en comparant les risques des PGM aux dangers du nucléaire, on suppose que les premières vont connaître un destin similaire aux seconds et se révéler tôt ou tard comme de véritable danger. On injecte donc ici une vision fataliste dans le principe et on lui prête plus que ce qu’il n’autorise. Ce genre de confusion peut, comme l’a remarqué Philippe Kourilsky, être dû à une demande accrue de participation (c’est souvent le cas pour le public), mais aussi, à l’injection d’une notion philosophique forte : celle du principe de responsabilité de Hans Jonas avec les inconvénients que cela présente pour établir une stratégie d’action face à un avenir incertain. Le principe de précaution, au contraire, permet par le respect d’une série de règles, de gérer le développement d’une technologie. Il s’agit, en effet, d’appliquer les solutions qui feront que les incertitudes concernant un domaine donné pourront, sinon être levées, du moins faire l’objet d’une prise de conscience et de la mise en place d’un dispositif adapté. Or comme nous avons pu le voir, d’après l’auteur, ces règles se trouvent au nombre de 10 que

168

nous avons énumérées. Le faible respect, voire, le non-respect de ces règles peuvent être l’une des sources de l’imbroglio dans lequel se trouve actuellement les PGM : « non définition des risques éventuels, manque de tests comparatifs entre les PGM et les cultures à base de plantes classiques, absence d’études économiques à l’origine de l’introduction de la culture, manque d’indépendance des experts qui officient à l’intérieur des commissions, risque d’irréversibilité d’une situation à la suite de l’adoption de certaines lois, manque crucial de recherches, faible efficacité du système régulateur et manque de fiabilité de celui-ci, opacité du débat et enfin, impuissance du public face à un phénomène imposé », constituent la liste des dix non-respects du principe de précaution que Philippe Kourilsky relève dans le cas de l’introduction des PGM dans le ‘champ’ de l’agro-industrie. Ces exemples, comme on le voit, ont l’avantage de concrétiser une notion vague et en font autre chose qu’un étendard de la lutte contre l’apocalypse. C’est ainsi qu’en conclusion de son analyse, le biologiste affirme, « l’actuel imbroglio a le mérite de créer des conditions d’une remise à plat des problèmes. Les contradictions auxquelles se trouvent aujourd’hui confrontées la France et l’Union Européenne à propos des OGM peuvent avoir plusieurs issues […] La meilleure résolution de la crise serait de l’exploiter pour bâtir un modèle de démocratie environnementale - de la même manière que les crises récentes de la vache folle et du poulet à la dioxine ont eu le mérite de faire progresser la démocratie sanitaire dans le champ de l’alimentation. Encore faut-il que les différents acteurs sociaux, politiques notamment, tombent d’accord pour avancer dans ce sens, et que les bonnes approches techniques soient choisies. »367 Cette remarque n’est pas anodine. En effet, il semble bien qu’en ce qui concerne les plantes génétiquement modifiées, on peut avancer vers une gestion plus efficace des risques, en se conformant simplement aux exigences du rapport. Pourtant, cela ne va pas de soi et les acteurs ne tombent pas toujours d’accord pour avancer dans le même sens, fait que l’on a pu constater pour le principe d’équivalence en substance. C’est ce que nous allons maintenant tenter de démontrer en analysant comment l’application positive ou négative du principe de précaution peut influencer la perception du risque chez les experts. Pour cela, nous prendrons en considération le cas du maïs Bt.

3.2.2 Le maïs Bt et la gestion du risque de résistance Comme on vient de le voir, l’usage du principe de précaution dans son acceptation la plus objective est une exigence nécessaire à une introduction raisonnée des plantes génétiquement modifiées dans l’environnement ; or pour éviter l’usage abusif qui est fait de
367

Principe de précaution, Ibid., p.53.

169

ce principe, il est de la toute première importance de se conformer à ses règles. Nous souhaitons donc désormais analyser avec le cas du maïs Bt, les prises de position des experts en mettant côte à côte les opinions contraires ainsi que les arguments auxquelles elles se réfèrent. Dans le livre « Tais-toi et mange ! », Guy Paillotin et Dominique Rousset, consacrent un paragraphe au principe de précaution ; d’après eux, en ce qui concerne la maîtrise des effets potentiels des PGM sur l’environnement, « deux positions s’affrontent, radicalement différentes et laissent donc peu de place à ce qui semble être la vraie solution, l’application du principe de précaution. La première consiste à faire confiance au progrès scientifique et technique pour résoudre à terme les problèmes posés par l’environnement et qui pourraient se présenter dans l’avenir. […] La seconde, diamétralement opposée, ne tolère que le ‘ risque nul’, refusant même la notion de prise de ‘risque inconnus’. De manière exclusive, elle conduit à rejeter en bloc toute espèce de progrès et ne se traduit pas d’avantage par une prise en charge responsable de l’environnement. »368 D’après les auteurs, le principe de précaution se fonde sur une position intermédiaire entre ces deux opinions : « en d’autres termes, il ne s’agit pas d’ignorer l’environnement, ni de le déifier, mais d’en assurer la maîtrise. » Si en théorie, l’opposition entre les 2 opinions a l’air limpide, en pratique, tout cela n’a, rien d’évident. 3.2.2.1 A l’origine du maïs Bt Le maïs Bt est, sans conteste, la plante transgénique qui a fait le plus parler d’elle ; en effet, elle a connu depuis son introduction sur le marché américain un grand succès auprès des agriculteurs (en 2001, le maïs Bt est la 2ème plante transgénique cultivée dans le monde après le soja et représente, 5,9 millions d’hectares369). Pourtant, malgré ce succès, cette plante a suscité à elle seule pas moins de deux controverses environnementales d’envergure. La première, portant sur la possible apparition d’insectes résistants à la suite d’une production en continu de l’insecticide Bt par la plante, n’a pas dépassé le milieu des acteurs directement concernés par ces céréales (scientifiques, industriels et agriculteurs) ; la seconde qui concerne l’impact de la même plante sur le papillon monarque, un insecte non cible, a mobilisé l’ensemble des associations non gouvernementales écologistes et le grand public. Nous allons donc passer en revue ces controverses pour vérifier leur fondement. Mais avant cela, revenons sur l’origine de cette ‘invention’.

368

Guy Paillotin, Dominique Rousset, Tais-toi et mange ! L’agriculteur, le scientifique et le consommateur, Fayard Editions, collection Sciences et Société, p.p.104-105. 369 Clive James, ISAAA, Global review of commercialized transgenic crops, 2001, n°24, p.24.

170

Un article anonyme traduit de l’anglais trouvé dans les Cahiers de l’environnement de l’INRA370 propose la définition suivante : « ‘Bt’ est le diminutif universel et usuel de Bacillus thuringiensis, bactérie entomopathogène disponible sous forme de spécialités phytosanitaires à épandre pour lutter contre des insectes phytophages, chenilles et larves de moustiques surtout, et depuis peu, associée à des « plantes Bt » par l'intermédiaire d'un de ses gènes codant pour une toxine, incorporée à ladite plante par manipulation génétique. » Dans l’ouvrage de R. Scriban, on trouve plusieurs explications pour cette bactérie ; issue d’une fermentation industrielle de biomasse, elle serait utilisée pour lutter contre les insectes371 ; on apprend que c’est dans le « processus de sporulation de Bacillus thuringiensis qu’intervient une protéine très toxique pour les insectes. Cette protéine est fabriquée industriellement par la culture de ce bacille.»372 C’est au Japon dans les élevages de vers à soie, insecte qu’elle détruisait, que cette bactérie naturellement entomopathogène a été découverte pour la première fois. Depuis les années 70, elle est utilisée dans le cadre de la lutte biologique contre les insectes (essentiellement les lépidoptères) ; on s’en sert pour protéger les forêts contre les chenilles, les récoltes et les produits agricoles stockés. Sa nocivité est due à la propriété qu’elle a de produire des δ-endotoxines, « qui sont stockées pendant la sporulation pour former un cristal protéique. Les fractions actives de ces δendotoxines se fixent avec une grande spécificité sur des récepteurs des cellules épithéliales de l’intestin des insectes, ce qui conduit à la lyse de ces cellules, à la paralysie du système digestif et à la mort. »
373

En ce qui concerne l’insecticide naturel, des mélanges à base de spores et de cristaux sont produits par plusieurs firmes afin d’être utilisés en pulvérisation pour la protection des cultures. Pour ce qui concerne maintenant l’application de cette bactérie naturelle dans la transgenèse végétale, le premier gène de δ-endotoxine a été cloné en 1981 ; à la suite de cet exploit scientifique, on a travaillé à la réalisation de 3 types de plante transgénique : le maïs, la pomme de terre et le cotonnier. D’après un article de Jouanin et al. (1998) recensant l’ensemble des réalisations actuelles, une cinquantaine de gènes de cette famille sont connus actuellement, et la protection à l’égard des insectes par l’expression du transgène varie selon le type d’endotoxine utilisé : “ On peut regrouper ces molécules en classes (notées CryIA, CryIB,… CryIIA, CryIIB…) dont chacune possède ses propres spécificités d’action. Par exemple toutes
370

« Quel avenir pour le Bt ? », Cet article délibérément non signé est repris de Biocontrol News and Information, 1998, vol. 19, n° 2 (p. 38 N à 41 N), section Biorational. Titre original : Bt, What Future ? Traduit de l'anglais par A.F., Le Courrier de l'environnement n°35, novembre 1998. 371 R. Scriban, Biotechnologie, 5ème édition, chapitre « Production de biomasse et protéines », p.118. 372 Ibid., ch. « Biosynthèse des toxines »p.137 373 Ibid., ch. « La résistance au stress biotiques », p.584

171

les protéines CryI sont toxiques pour les lépidoptères, mais seule la protéines CryIC présente une forte toxicité pour certains insectes du genre Spodoptera. ”
374

Le caractère spécifique

de cette bactérie fait, par exemple, que l’on a pu concevoir un maïs qui produisait son propre insecticide contre la pyrale, le Bt. D’après les auteurs, les problèmes de taux d’expression du transgène qui seraient apparus sur les premiers travaux à la suite d’un problème d’usage des codons, auraient été résolus par la fabrication de gènes dits « synthétiques » dans lesquels on modifie l’usage des codons par mutagenèse (Mazier et al. 1997). Avant d’être introduit sur le marché en 1995, le maïs Bt a fait l’objet de nombreux essais et ce, dès 1986. En effet, un rapport du Service International pour l’Acquisition de l’Agriculture Biotechnologique (The International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) 375 nous apprend que le maïs est la céréale qui a subi le plus d’essais en champ durant cette période avec 1024 essais (soit 33% de l’ensemble des autres plantes) sur la terre entière ; pour ce qui concerne le nombre d’essais concernant la résistance des insectes il est de 738, (soit 18%) et arrive en troisième position après la tolérance aux herbicides, 1450 (35%) et l’amélioration des qualités organoléptiques 806 (20%). Aux Etats-Unis, on a réalisé 492 essais pour des plantes contenant un gène de résistance aux insectes. Il faut prendre en compte que le continent nord-américain (USA et Canada confondu) a réalisé à lui seul les 2/3 des essais, soit 2438. Aux Etats-Unis, les essais effectués sur la résistance aux insectes sont au nombre de 492 (23%). Les notifications et les permis étant accordés par l’APHIS (on notera que l’institution qui dépend de l’USDA est passée d’un système de permis à accorder à un système de notifications en 1993376), le maïs a représenté plus de la moitié des plantes modifiées (54%), pour cette plante le trait le plus testé étant la résistance aux insectes. En dépit de ces succès agronomiques, le maïs Bt est resté une plante extrêmement controversée.

374 375

Ibid., p. 584 Clive James Chair, ISAAA Board of Directors and Anatole F. Krattiger Executive Director of ISAAA, Global Review of the Field Testing and Commercialization of Transgenic Plants:1986 to 1995 The First Decade of Crop Biotechnology, http://www.isaaa.org/ 376 « As noted elsewhere in the text, in 1993, in addition to permits, APHIS introduced a notification system and it is noteworthy that the initial experience of APHIS in evaluating the permits for the six major crops (corn, tomato, soybean, potato, cotton and tobacco) resulted in a degree of familiarity and confidence that al-lowed the agency to implement the notification system which is more efficient but equally effective as the permit system. » Ibid, p.12

172

3.2.2.2 De l’usage du maïs Bt : avantages et précautions Si on se fie à un rapport publié en 1997 sur le maïs BT et la pyrale du maïs (« un succès à long terme grâce à la gestion de la résistance »377) destiné aux agriculteurs américains, les semences de maïs Bt seraient l’un des premiers succès tangibles des applications de la biotechnologie, succès qui aurait de véritables implications pratiques pour les agriculteurs américains et canadiens. L’objectif de l’article étant d’expliquer ce succès extraordinaire et l’introduction rapide de cette plante sur le marché tout en donnant des conseils pour une gestion à long terme de l’usage de cette plante insecticide. Les auteurs qui ont écrit en recevant l’accord des plus grandes firmes de semenciers, de l’USDA et de l’Académie des sciences américaines, rappellent que la pyrale, autrement nommé Ostrinia nubilalis, est l’insecte qui cause le plus de dommage dans les cultures de maïs des Etats-Unis et du Canada. Les pertes causées chaque année dépassent le milliard de dollars ; au cours de l’année 1995, par exemple, les pertes ont dépassé les 285 Millions de dollars pour le seul Etat du Minnesota. Les auteurs affirment que, malgré les dégâts importants qui sont causés, les fermiers hésitent toujours à avoir recours à des méthodes de gestion de ces ravageurs (« many growers are reluctant to use current integrated pest management (IPM) methods for this pest ») et ce, pour les 5 raisons suivantes : les dommages causés par les larves restent cachés, les ravages importants restent imprévisibles, un travail de surveillance prend du temps et demande une certaine habileté, les insecticides sont chers et causent des dommages pour la santé et l’environnement, enfin, les profits restent très incertains. Les états du Texas, du Nebraska et du Colorado représentent une exception dans cette attitude négligente à l’égard de la pyrale en utilisant une grande quantité de pesticides. Le maïs Bt, introduit pour la première fois en 1996 par Ciba Seeds (aujourd’hui Novartis) et Mycogen, représente un outil de gestion idéal pour tous les producteurs de maïs, d’autant plus que, comme le remarquent ces auteurs, les semenciers ont introduit le transgène dans leurs variétés les plus performantes. On sera sensible à la précaution avec laquelle les auteurs vulgarisent la notion de maïs transgénique : « toutes les variétés hybrides de maïs Bt ont une caractéristique commune. Ils ont tous un gène de Bacillus thuringiensis. Parce que ces hybrides contiennent un gène exotique, elles sont communément appelées plantes transgéniques. »
378

377

« Bt Corn & European Corn Borer, Long-Term Success Through Resistance Management », publié par l’université du Minnesota sur http://www.extension.umn.edu/distribution/cropsystems/DC7055. 378 « Bt corn hybrids have one common feature. They each have a gene from Bacillus thuringiensis. Because these hybrids contain an exotic gene, they are commonly called transgenic plants. » Ibid.

173

Précautions européennes malgré des résultats encourageants
Côté européen, le problème est identique, dans un article de 1997 issu du rapport en ligne sur les biotechnologies de l’INRA, Guy Riba et Josette Chaufaux379 rappellent les ravages causés par la pyrale du maïs, sur 3 millions d’hectares cultivés en France, les dégâts sont constants et significatifs sur 200000 hectares. Des traitements chimiques (des insecticides de la famille des pyréthrinoïdes de synthèse, des organophosphorés, ou des benzoyl-urées) sont appliqués sur 500 à 600000 hectares. Il existe des traitements non chimiques, mais ils sont peu utilisés (le TR 16 à base de l’hyménoptère Trichogramme et Ostrinil à base de Champignon Beauveria bassiana). Des préparations existent à partir de la bactérie Bacillus Thuringiensis, mais ne sont pas utilisées car elles sont moins efficaces que les traitements chimiques. Issus de recherches des laboratoires privés, le maïs Bt offre donc plusieurs avantages que ne présentent pas les traitements chimiques : La toxine Cry1Ab n’est active que sur les insectes ; elle agit sur un mécanisme n’existant pas chez les mammifères et « aucune toxicité n’a été mise en évidence, ni pour les animaux domestiques ni pour l’homme. » Produit dans les parties vertes de la plante, la toxine n’est jamais consommée par l’homme. Cette toxine fait preuve d’une véritable efficacité qui peut s’expliquer du fait que les chenilles sont en contact avec la toxine dès leur éclosion et sont éliminées avant d’avoir provoqué des dégâts : « avantage important car les larves vivent à l’intérieur de la plante et sont difficiles à atteindre dans la suite de leur vie larvaire. » Enfin la toxine produite directement par la plante est protégée des conditions climatiques qui peuvent lui être défavorables. Les 2 experts précisent alors, qu’avant d’être mises sur le marché, en 1995 aux Etats-Unis et en 1997 en France, ces plantes ont fait l’objet d’interrogations sur la limite éventuelle de leur usage. Un premier problème serait une limite d’efficacité du fait de la variation des types de résistances selon les populations de pyrales et par conséquent la possibilité d’infestations tardives. Un second problème qui, comme on va le voir, se trouve au cœur de la controverse scientifique est le « risque de contournement » dû à l’apparition de population d’insectes résistants. En effet, au cas où l’on utiliserait de manière systématique le maïs Bt, on ne se donnerait plus facilement la possibilité de faire machine arrière, ce qui est encore possible avec un traitement chimique à base de bio-pesticide ; d’autre part, la pyrale étant polyphage, les insectes risqueraient de se répandre dans les cultures voisines. Les auteurs signalent qu’il s’agit ici du risque le plus fréquent et font dépendre celui-ci de 4 critères :

379

Guy Riba et Josette Chaufaux ; « Le maïs résistant à la pyrale favorise-t-il l’apparition de résistance chez les insectes, OGM et Alimentation », Dossiers de l’INRA, Mai 1998, www.inra.fr/

174

nombre de générations, concentration de toxines dans la plante, fréquence initiale et force des éventuels gènes de résistance dans les différentes populations de pyrales, fréquence des accouplements des survivants dans un champ transgénique avec les papillons issus des champs voisins non-transgéniques et enfin, coût biologique d’acquisition de la résistance (femelles moins fécondes, développement plus lent...) Enfin, un dernier problème est celui des « effets non-intentionnels ». Ce problème fera l’objet de nombreuses querelles. Ici les 2 experts de l’INRA affirment « qu’on ne connaît pas d’effets non-intentionnels néfastes prévisibles sur les prédateurs naturels de la pyrale. Au contraire, on peut penser que l’utilisation de maïs Bt permettra le développement d’auxiliaires jusque-là tués par les traitements chimiques. Peu à peu, ils contribueront mieux à la régulation des populations de ravageurs. » Dans l’immédiat, nous souhaitons voir en détail le risque d’apparition d’insectes résistants. Ce point a été analysé lors de 3 études qui ont été fixées par l’INRA depuis 1993 : Une étude comparée de la sensibilité de populations sauvages de la pyrale du maïs à la toxine de Bt, Une sélection de souches de pyrales résistantes à la toxine Bt (déterminer si cette résistance est susceptible de se développer dans les populations naturelles, caractériser le mécanisme de cette résistance, mise au point d’une méthode de détection sur les souches naturelles par des méthodes classiques), Enfin, une mise au point de méthodes de détection de la résistance dans les populations d’insectes cibles. Les résultats ont pu fournir une courbe de sensibilité des différentes populations ; d’après les auteurs, sur les 26 générations obtenues depuis 1993, il n’a pas été possible de mettre en évidence l’apparition d’insectes résistants. Ils évoquent cependant la nécessité de poursuivre ces études et d’établir des critères de biovigilance. Malgré ces résultats plutôt positifs, le maïs Bt n’a pas reçu l’accord d’être cultivé sur le territoire européen ; on sait que depuis 1999 il a fait, avec les PGM, l’objet d’un moratoire. Ce dernier a été décrété après la parution de l’article de Losey sur le papillon monarque, l’Union européenne évoquant la possibilité de risques non-intentionnels. Toujours est-il que le risque d’apparition de populations résistantes reste fréquemment évoqué. Ces risques sont pris au sérieux, comme on va le voir, aussi bien par les défenseurs des PGM que par les détracteurs. Aussi depuis son introduction aux Etats-Unis en 1995, le maïs Bt a suscité de véritables inquiétudes et généré une politique de gestion de la résistance des insectes (Insect Resistance Management).

175

3.2.2.3 Vers une gestion de la résistance Après avoir présenté les avantages du maïs Bt, un document publié par le Potash & Phosphate Institute de l’Université du Sud Dakota, sponsorisé par la FAR (Foundation for Agronomic Research) et l’USDA380, explique les nécessités de la gestion des zones refuges aux agriculteurs : « Un usage abusif de maïs Bt, pourrait se trouver à l’origine de l’apparition de population résistante à la protéine Bt. En 2000, approximativement 25% de la superficie totale des USA contenait le gène Bt. Les éleveurs doivent pratiquer la gestion de la résistance des insectes pour assurer que cette technologie soit encore valable pour les futures générations d’agriculteurs. »381 On sait par expérience que l’apparition de populations résistantes d’insectes a pour origine un trop grand usage d’un insecticide donné. Une bonne gestion de la résistance implique donc la mise en place de zones refuges de maïs non-Bt à proximité des plantations de maïs transgéniques. En laissant la possibilité à certains insectes de se développer, on pense qu’ils pourront se reproduire avec les populations de « résistants » et ainsi donner naissance à des générations sensibles au transgène. On veut ainsi diluer le risque des mécanismes de propagation de la résistance. Les auteurs estiment en moyenne que la superficie de la zone refuge doit représenter 20% de la surface de la zone Bt. Il est cependant nécessaire de prendre en compte les facteurs propres à chaque région. Un autre paramètre qui entre en jeu est celui de la proximité de cette zone refuge : «Plus proche elles seront plantés, plus la probabilité des chances de s’accoupler augmentera.»382Les auteurs insistent alors sur la nécessité d’établir une stratégie préalable et ce, même avant d’avoir commandé les plantes. Il est nécessaire pour garantir le même attrait, de planter les 2 types de semences au même moment. Un autre paramètre important s’ajoute à la nécessité de planter les variétés à proximité l’une de l’autre : celui de la disposition de ces zones afin que les larves de pyrales ne circulent pas trop facilement d’un rang à l’autre (« it is important to minimize the interface between Bt and non-Bt corn »). Les auteurs proposent donc 4 configurations qu’ils classent selon l’efficacité par rapport à 2 critères qui sont la diminution des mouvements de larves (« minimizing larval movement ») et l’augmentation de la probabilité d’accouplement (« encouraging random mating »). Or on s’aperçoit que selon que l’on choisit un de ces deux critères, on obtient un ordre respectivement inverse.
380

P.L. Anderson and R.L. Hellmich, Site-Specific Management Guidelines, « Bt Corn and Insect Resistance Management : What are They », www.ppi-far.org/ssmg 381 « Over-use of Bt corn, however, could lead to ECB becoming resistant to Bt protein. In 2000, approximately 25 percent of the total corn acreage in the U.S. contained the Bt gene. Growers must practice insect resistance management (IRM) to ensure that this technology will be available to future generations of growers. » Ibid. 382 « The closer they are planted, the greater the chance the random mating will occur » Ibid.

176

Ainsi la configuration en champs séparés qui consiste à semer des plantes non Bt sur des champs entiers et qui est la meilleure solution pour diminuer le mouvement des larves et pour faciliter la gestion des invasions (possibilité de distinguer plus facilement les zones entre elles et par conséquent d’y accéder), arrive en dernière position pour ce qui concerne sa capacité à encourager la reproduction étant donnée l’importance des distances qui séparent les zones. La solution qui consiste à ensemencer de larges rangées de maïs non Bt ( « Large strips or block planting ») occupe respectivement la 2ème et la 3ème place. En effet, si elle encourage les échanges et diminue les migrations, elle implique cependant un certain nombre de contraintes de la part de l’agriculteur : remplissage de la boîte de semoir en plein milieu du champ, elle rend la surveillance plus difficile et complique l’accessibilité aux champs en cas de récolte précoce. Planter en alternance des bandes de maïs Bt et de maïs non-Bt (4ème et 1ère positions) évite à l’agriculteur d’avoir à remplir son semoir au milieu du champ ; la reproduction entre insectes sensibles et résistants est assurée avec cet effet inverse qui est l’augmentation des migrations possibles de larves. La quatrième solution consiste à planter un rang de maïs Bt tout autour du périmètre du champ. On encourage ainsi la reproduction entre les types de populations et la migration des larves est estimée moins probable que dans la configuration en bande. Le seul inconvénient étant la nécessité de vider les semoirs fréquemment pour les recharger. Les 2 auteurs précisent que les agriculteurs ne devraient traiter les zones refuges qu’en cas d’invasion importante et ce, en évitant l’usage de pesticides à base de Bt. On sera attentif à la conclusion qui est une véritable invective : « Beaucoup de semenciers exigent la signature d’un contrat stipulant la plantation de zones refuges au moment de l’achat des semences. Indépendamment du fait de savoir si la gestion de la résistance est suivie ou non, cela fait simplement partie du bon sens. Le Bt est un outil valable qui peut faire économiser du temps et de l’argent aux agriculteurs. Une bonne prise en compte de la gestion des zones refuges assure à cette technologie une efficacité à long terme. »
383

On constate donc une

confiance relative dans la capacité de gérer les éventuelles apparitions de pyrales résistantes à Bt. Ici, il va de soit, que la technologie vient au secours de la technologie, et il n’existe pas véritablement d’obstacle insurmontable pour cette dernière. Une gestion de la résistance appliquée selon les règles établies doit mener à une véritable maîtrise du risque ; et même
383

« When purchasing Bt seed, many seed companies require growers to sign a contract stating that they will plant a refuge. Regardless of wether resistance management is regulated or not, it just make good sense. Bt is a valuable tool that can save growers time and money. Good IRM stewardship ensures this technology will be available for future generation of growers. » Ibid.p. 3

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si la forte probabilité de celui-ci est reconnue, il reste qu’elle peut diminuer en fonction du respect de certaines règles.

L’apparition de la résistance : Un risque avéré ?
L’appaition de populations résistances est un réel problème qui est bien pris en compte et n’est pas négligé par les promoteurs de la technologie. Des recherches ont été menées en vue de gérer ce risque. Pourtant, il ne s’agit pas, comme de nombreuses expériences l’ont démontré, d’un risque spécifique aux PGM. Comme l’affirme le chercheur et généticien LouisMarie Houdebine dans son ouvrage OGM, le Vrai et le Faux : « La pyrale va devenir résistante à la toxine Bt. Cela ne fait pas de doute, et c’était déjà une réalité avant l’arrivée des OGM. […] Il est à craindre que la pyrale devienne progressivement résistante à la toxine Bt et que le traitement devienne, par conséquent, inopérant. Une telle éventualité est le propre de la plupart des traitements, et les résistances acquises par certaines bactéries aux antibiotiques sont là pour le montrer. Des pyrales mutantes spontanées pourraient émerger, mais un tel phénomène pourrait tout autant avoir lieu à la suite d’épandages de toxine Bt qu’en raison de l’utilisation du maïs transgénique. Des études menées en laboratoire indiquent que la pyrale n’a pas acquis de résistance après 40 générations, qui correspondent à 40 ans de cultures. Une mutation spontanée de la pyrale n’est donc pas a priori un problème aigu, même si les modèles de laboratoire ne reflètent souvent qu’une partie de la réalité. On peut même imaginer qu’une utilisation généralisée du maïs transgénique dans une région rende la pyrale si rare qu’elle n’ait plus beaucoup de chance de muter, même si la nourriture n’est pas exclusivement le maïs. Néanmoins, une réalité commence à s’imposer : il existe quelques pyrales résistantes à la toxine Bt et au maïs transgénique dans certaines régions où ce végétal est cultivé.»384 L’ensemble de la communauté scientifique reconnaît possible le développement à forte proportion d’un gène de résistance parmi les populations cibles de la plante insecticide, due à la trop grande efficacité de celle-ci. Comme le rappellent Denis Bouguet et Josette Chaufaux dans un article paru dans Biofutur en Juin 2000 : « Outre le fait que les plantes transgéniques n’expriment qu’une seule toxine, ce qui facilite l’apparition d’individus résistants , la pression de sélection sur les insectes est plus forte avec les plantes transgéniques que lors d’une pulvérisation de Bacillus thuringiensis. »385 Le phénomène de résistance des insectes ravageurs est connu depuis longtemps et a fait l’objet

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Louis-Marie Houdebine, OGM, le vrai et le faux, Edition “ le Pommier ”, octobre 2000, p.79-81 Denis Bourguet et Josette Chaufaux, « Bt : les insectes font de la résistance », Biofutur 201, Juin 2000, p.42.

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de nombreuses études depuis 50 ans qui ont quasiment démontré que « chaque molécule insecticide est vouée à tomber sous les fourches caudines de l’évolution et à devenir inefficace. Les mécanismes de cette résistance sont variables, mais tous proviennent de mutation (amplification géniques, mutations ponctuelles) des gènes impliqués dans la sensibilité aux insecticides, tels que ceux codant des enzymes de détoxication. Comme dans le cas des antibiotiques, des herbicides ou des fongicides, la généralisation de la résistance est d’autant plus inquiétante que le nombre de molécules actives est limité. »386 On peut donc en toute logique appliquer cette “ loi ” au maïs Bt avant que ce phénomène n’ait pu être véritablement constaté au beau milieu des champs. En fait, c’est en 1985 que l’équipe du professeur William Mc Gaughey du service de recherche agricole de l’USDA, a pu sélectionner en laboratoire une population de pyrale des fruits secs (Science, 229, 1985, 193-195). Depuis, une quinzaine d’insectes pouvant développer un gène de résistance ont été découverts et « Plus inquiétant, plusieurs populations de teignes des crucifères (Plutella xylostella) sont devenues résistantes aux champs. » Les auteurs précisent qu’à l’heure actuelle, cette espèce est la seule à avoir développé aux champs une résistance à Bt. En plus de la solution de la zone refuge D.Bourguet et J.Chaufaux évoquent 2 autres stratégies possibles: l’une est le “ pyramiding ”, qui consiste dans la construction de plantes exprimant plusieurs toxines de Bt, l’autre réside dans la diminution de la pression de sélection en contrôlant l’expression de la toxine dans le temps. Ces 2 techniques sont cependant peu répandues. La seule qui soit actuellement pratiquée à grande échelle est la technique appelée “ HDR ” (haute dose refuge). Concernant cette dernière, les 2 experts émettent une réserve qui apparaîtra comme un argument fondamental dans la controverse sur le maïs Bt : « cette option n’est efficace que lorsque les plantes Bt expriment des doses de toxine suffisantes pour tuer non seulement les insectes homozygotes sensibles - individus porteurs de deux allèles sauvages, c’est-à-dire non mutés - mais également l’ensemble des hétérozygotes pourvus d’un allèle sauvage et d’un allèle muté. » En ce qui concerne les individus homozygotes résistants, leurs croisements avec des individus sensibles donneront des individus hétérozygotes, incapables de se développer sur les plantes Bt. Se pose alors le problème de la superficie de la zone refuge. L’estimation de ces dimensions ont fait l’objet d’un débat et de nombreuses études ont été menées du côté de l’EPA (agence américaine pour la protection de l’environnement ) et de l’USDA (le département américain pour l’agriculture). En effet, la technique de HDR a déjà fait l’objet de critiques et on lui reproche certaines imperfections :

386

Ibid., p.43.

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-

Pour qu’elle fonctionne, il paraît impératif que les allèles de résistance soient rares. Les insectes en provenance des parcelles Bt doivent pouvoir se croiser avec les individus issus de zones refuges. La résistance doit être récessive.

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Concernant la première objection, les auteurs se fondent sur les résultats des 4 estimations publiées à l’époque pour affirmer le grand nombre d’incertitudes qui planent sur l’efficacité de la technique HDR. L’équipe de Fagneng Huang du département d’entomologie de l’université d’Etat du Kansas a réussi à sélectionner en laboratoire des souches de pyrales résistantes à Bt en 7 ou 8 générations à partir d’un nombre réduit d’individus. Pour le 2ème critère, la forte capacité migratoire qui a pu être constatée au sein des populations de pyrales, ne garantit nullement le brassage des populations résistantes avec les populations sensibles. En effet, l’équipe de Yong-Biao de l’université d’Arizona a récemment démontré que « des vers roses du cotonnier – larves du papillon Pectinophora gosypiella- résistants à une toxine Bt se développent plus lentement que les larves sensibles. »387 Ce qui signifierait par conséquent que le développement asynchrone des individus de population différente empêche leur reproduction entre eux. Enfin, concernant le caractère récessif de la résistance, on doit supposer que la dose de Bt produite par les plantes est suffisamment forte pour détruire les individus hétérozygotes. Pour cela, « il est recommandé que cette dose soit 25 fois supérieure à la dose nécessaire pour tuer l’ensemble des homozygotes sensibles d’une population. » d’affirmer que le caractère de résistance est forcément récessif. Alors que la brochure technique mise en circulation par l’APHIS auprès des agriculteurs américains accordait une confiance totale dans la technique de l’HDR à condition que celle-ci soit bien appliquée, ici les experts de l’INRA ont plutôt tendance à démontrer les points faibles de cette technologie en elle-même et ne conditionnent pas son efficacité à son application en conformité avec une série de règles. La résistance est présentée comme un risque potentiel inévitable. En effet, trop de facteurs incertains entrent en jeu pour que le risque de voir se développer de plus en plus d’insectes résistants s’éloigne et la technologie semble impuissante devant cet événement à venir, même si pour l’instant il ne semble pas encore s’être manifesté en plein champ… On voit donc l’écart qui existe entre la recherche
387 388

388

Cela

risque donc de poser des problèmes lors d’infestations tardives. De plus, il semble difficile

Ibid., p. 44. Ibid.

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fondamentale et les applications d’une technologie en développement. Mais doit-on pour autant en conclure que cette technologie est aveugle ? Rien n’est moins sûr. 3.2.2.4 Le rapport BRAD de l’EPA Dans un rapport daté du 29 septembre 2001 - publié en ligne sur le site de l’Agence Américaine pour la Protection de l’Environnement - l’institution et les experts américains procèdent à une réévaluation de 3 PGM qui contiennent le gène Bt : maïs, coton et pommes de terre389. Ces documents visent à réévaluer des variétés de plantes qui se trouvent sur le marché afin de décider si les autorisations qui sont actuellement en vigueur peuvent être prolongées et s’il est nécessaire de réintroduire de nouvelles conditions au prolongement de cette autorisation. On notera qu’en ce qui concerne le maïs Bt, on a prolongé l’autorisation jusqu’au 29 septembre 2001, pour permettre de compléter les examens et satisfaire les exigences du public. Aussi l’EPA précise avec grande précaution que cet examen sera entièrement ouvert au grand public390. Dans ce rapport où sont étudiées les caractéristiques des produits, l’estimation des effets sur la santé humaine et l’estimation des effets sur l’environnement des plantes qui sont déjà sur le marché, l’EPA affirme ne pas avoir de données qui lui permettent de parler de l’apparition de populations résistantes après 5 années de commercialisation du maïs Bt: « Available data indicate that after five years of commercialization, no reported insect resistance has occured to the Bt toxins expressed either in Bt potato, Bt corn, or Bt cotton products. »391Concernant la technique actuellement appliquée au maïs Bt, technique qui a été renforcée pour la saison 2000, elle est, toujours d’après les experts de l’EPA, tout à fait adaptée pour atténuer la résistance de la pyrale du maïs dans des aires où l’on utilise peu fréquemment les insecticides. Rappelant tout l’intérêt d’une technique telle que la HDR (IRM), ils affirment avoir identifié 7 facteurs garants de la performance de cette technologie : Une bonne connaissance de la biologie et de l’écologie des ravageurs,

389

« Bt Plant-Incorporated Protectants, September 29, 2001, Biopesticides Registration Action » Document, trouvé sur le site www.epa.gov/pesticides/biopesticides/ 390 « During this reassessment, EPA is conducting an open and transparent public process that incorporates sound and current science, public involvement, and balanced decision making . » En fait cette décision qui consiste à mettre le rapport à disposition du grand public a été décidée pour prévenir un éventuel regain de polémique suite à l’affaire du papillon monarque dont le maïs Bt se trouve être aussi à l’origine. En effet, certains des résultats obtenus par le protocole d’expérience qui avait pour objectif de vérifier la nocivité de cette PGM contre cet insecte non-cible n’avaient pas fait, comme l’usage le veut, l’objet d’une vérification par les pairs ; aussi, il s’agissait de respecter les délais fixés par l’agenda de publication de l’EPA. 391 « Les données disponibles indiquent qu’après 5 années de commercialisation, on n’a pas pu rapporter l’apparition d’insectes résistants à la toxine Bt exprimée aussi bien dans les pommes de terre, le maïs ou le coton Bt », Ibid., p.14.

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Une stratégie appropriée de l’expression des doses, Un refuge approprié, Une bonne surveillance de la résistance permettrait d’aboutir à un plan efficace pour y remédier, L’emploi d’une gestion intégrée des ravageurs (integrated pest management), Des stratégies de communication et d’éducation pour encourager un bon usage du produit, Le développement de moyens alternatifs d’action.

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Venant comme pour appuyer le texte de l’APHIS à destination des agriculteurs, ce rapport est l’accréditation par une institution, d’une technique qui, comme on a pu le voir, est contestée par certains experts. Aussi l’EPA justifie sa position en rappelant ses convictions concernant l’usage de plantes génétiquement modifiées exprimant la protéine Bt ; selon l’institution américaine, celle-ci comporte de nombreux avantages pour les agriculteurs, les consommateurs et pour l’environnement. Elle donne des chiffres relatifs à chacun de ces avantages : économies réalisées, rendements accrus, usage moindre de pesticides, avantages pour la faune... Les auteurs affirment que des bénéfices environnementaux majeurs sont réalisés grâce à un usage moindre d’insecticide et une amélioration de la qualité du produit392. Concernant le maïs Bt, on a observé un meilleur rendement, et une diminution des insectes qui peuvent être à l’origine de la formation de mycotoxines. Le maïs Bt profite au public en réduisant les risques pour la santé associés aux mycotoxines393. Mais loin de signifier un certain laxisme ou une attitude permissive de l’institution par rapport au principe de précaution, l’institution liste une série de recommandations de la plus haute importance à destination des agriculteurs, dont voici en substance les grandes lignes. Concernant les variétés de maïs MON 810 et Bt 11, des conditions de gestion des risques de résistance ont été spécifiées en 2001 de la manière qui suit : En ce qui concerne les plantations qui se trouvent en dehors des aires où l’on cultive en grande quantité le coton, les agriculteurs doivent planter une zone refuge d’une superficie égale à au moins 20% de la zone non-Bt. Des traitements insecticides supplémentaires ne devront être appliqués que si les seuils dépassent les normes établies par les professionnels locaux ou régionaux. En ce

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« Major environmental benefits occur through less insecticide use and improved product quality »Rapport BRAD, Ibid., p.15. 393 « Bt corn increases yield and reduces insect damage which can lead to the formation of mycotoxins. Bt corn benefits the public by reducing associated mycotoxin health risks to humans and livestock. » Ibid., p.15.

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qui concerne les régions où les champs de maïs Bt côtoient des plantations de coton, la superficie des zones refuges devra être au moins de 50% de la plantation de maïs. Les agriculteurs trouveront les renseignements nécessaires dans les guides qui sont à leur disposition. Concernant les zones refuges, elles doivent toujours être constituées de maïs non Bt et se trouver au moins à 700 mètres (1/2 miles) de la plantation génétiquement modifiée. Dans la “ corn belt ”, la distance devra être de 250 mètres (1/4 de miles). Les différentes options incluent toutes les stratégies (plantations, blocs ou bandes). Les semenciers devront surveiller régulièrement les risques éventuels de résistance et seront tenus de développer des essais de concentration394. A cet égard, on collectera des populations de pyrales dans des aires représentatives pour l’implantation du maïs Bt. Ils devront prévenir leurs clients (agriculteurs et revendeurs) afin que ces derniers les tiennent au courant au cas où un problème de prolifération surviendrait ; dans ce cas, ils seraient tenus d’enquêter et de prélever des échantillons dans les champs pour réaliser des essais in vitro et en environnement naturels. Après avoir vérifié que le maïs concerné contient la protéine Bt, on réalisera des bio-essais pour vérifier si la population de pyrales contient bien un phénotype de résistance. Si une résistance a pu être démontrée, le semencier doit cesser la vente et la distribution de maïs Bt dans les régions où l’insecte résistant est apparu, jusqu’à ce qu’un plan de contrôle ait été mis en place par l’EPA395. Ceci étant dit, en attendant l’intervention de l’agence pour la protection de l’environnement américaine, le semencier devra assumer la responsabilité de la mise en place d’actions pour contrôler la résistance. Ils devront, en plus de cela, tenir à jour une base de données recensant la quantité des ventes, Etat par Etat. Ils devront se charger de communiquer auprès des agriculteurs. Ils devront faciliter l’intervention et les divers partenariats avec le milieu universitaire et spécialement avec des enthomologues et des agronomes. Ils devront mettre en place un programme d’éducation. Il est important de mettre tous les outils à disposition des agriculteurs, d’encourager les attitudes responsables et de susciter leur intérêt. Les agriculteurs qui ne se plieraient pas aux exigences de l’HDR seront limités dans leur commande. On encouragera les agriculteurs à l’HDR de plusieurs points de vue : en distribuant un guide de l’HDR qui doit servir comme outil de référence. Chaque agriculteur qui passera commande sera dans l’obligation de signer un accord de participation (“ stewardship agreement ”) qui l’obligera à se conformer aux

394

« The registrants will proceed with efforts to develop a discriminating concentration assay » Ibid., p.16. 395 « When resistance has been demonstrated to have occured, the registrant must stop sale and distribution of Bt corn in the counties where the resistance has been shown until an effective local mitigation plan approved by EPA has been implemanted. » Ibid .

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pratiques de l’HDR. Il devra suivre un programme pédagogique fort et pluridisciplinaire (“ multi-pronged ”). Les équipes de vente devront être formées. En résumé A la suite de toutes ces recommandations, l’EPA astreint les semenciers à fournir des informations sur 8 points : Des données sur le développement de la résistance et un plan pour prévoir le développement de cette résistance dans plusieurs régions Des informations biologiques et comportementales sur les populations de pyrales (mouvement, reproduction....) La faisabilité de zones refuges structurées Le développement d’essais de discrimination de la concentration par rapport à la résistance Les effets sur les insectes non-cibles, autres que la pyrale La biologie de la résistance de la pyrale et ses effets sur l’ensemble de la population Les semenciers doivent certifier l’efficacité des moyens de surveillance Ils doivent mettre en place une approche statistique similaire à celle de l’Université d’Iowa. Une recherche statistique validée par une étude de marché indépendante menée sur des agriculteurs Bt devra être menée par un tiers-parti. On s’aperçoit donc qu’un maximum de précautions sont prises pour éviter un éventuel développement de populations d’insectes résistants au maïs Bt. Les nombreuses conditions auxquelles doivent se soumettre les industriels pour pouvoir référencer leurs semences sont pour le moins contraignantes et manifestent un véritable souci de gestion technique de la catastrophe écologique. Bien évidemment, si de telles mesures ne peuvent pas assurer à 100% l’absence de danger, elles offrent cependant une garantie de surveillance du risque. Aussi, comme on va le voir dans le paragraphe suivant la plupart de ces recommandations sur l’HDR ont effectivement été suivies aussi bien par les semenciers que par les agriculteurs.

Vérification de la mise en application de l’HDR
Comme on peut le constater, l’EPA s’est prémunie en demandant aux semenciers non seulement d’informer, mais aussi de surveiller la mise en application des mesures de précautions qui prémunissent un usage intensif du maïs Bt de l’apparition de populations résistantes à cet insecticide. Or comme le montre un rapport effectué par le comité

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technique sur l’HDR de l’ABSTC396, l’association d’industriels américains qui regroupent les entreprises Aventis CropScience USA LP, Dow AgroSciences LLC, E.I. du Pont de Nemours and Company, Monsanto Company, and Syngenta Seeds Inc., l’HDR est une technologie qui est connue des agriculteurs et mise en application par ceux-ci397. Ce rapport daté du 31 Janvier 2001 fait suite au plan unique d’HDR qui a été appliqué pour la saison agricole 2000 un plan proposé par les industriels membres de l’ABSTC en collaboration avec le NCGA l’association nationale des planteurs de maïs398 - et s’inscrit dans le droit chemin des recommandations formulées par l’EPA. Il complète le premier rapport effectué par l’Université de l’Iowa dont l’objectif était d’étudier les pratiques des agriculteurs à propos du maïs Bt. L’ABSTC a étendu et approfondi l’enquête portant sur la saison 2000 afin de : Juger de la précaution et du degré d’adoption de l’IRM Identifier les régions qui ont la plus faible implémentation en IRM Mieux comprendre les sources d’information des agriculteurs à propos de l’IRM

En effet, les auteurs sont persuadés qu’il reste de nombreuses occasions d’éduquer les agriculteurs et d’influencer leurs pratiques de l’HDR étant donné la nouveauté de la technologie Bt et sa faible pénétration sur le marché national399, le but étant d’établir un programme éducatif plus efficace afin d’assurer la bonne application des techniques de l’HDR et d’en garantir les avantages pour les années à venir. Cette enquête a été effectuée par l’agence indépendante Marketing Horizon basée à Saint-Louis. Si les industriels ont présidé à la mise en place des questions, l’agence seule a été responsable de l’enquête400. Du 14 au 27 septembre 2000, on a pratiqué l’interview téléphonique de 501 agriculteurs, dans 4 régions distinctes géographiquement : des Etats où le maïs Bt a été adopté de manière significative, des régions où l’on utilise encore les traitements traditionnels en majorité, des régions, enfin, où le maïs Bt et le coton Bt sont plantés simultanément. Les interviewés ont été identifiés comme des décideurs cultivant au minimum 80 hectares (200 acres). Les auteurs du rapport ont pu constater une différence entre les ‘sondés’ qui avaient été formés au préalable, il y a de cela quelques années, et ceux qui ne l’avaient pas été.
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Agricultural Biotechnology Stewardship Technical Committee. Bt Corn Insect Resistance Management Survey, 2000 Growing Season , Agricultural Biotechnology Stewardship Technical Committee January 31, 2001 398 National Corn Growers Association. 399 « There currently remain significant opportunities to educate growers and influence IRM practices while Bt technology is new and has relatively low market penetration nationwide. The Bt corn registrants will use the results of this and future surveys to more successfully design and target education programs in subsequent seasons. The ultimate aim is to ensure that growers are aware of the most current IRM requirements and are implementing them to preserve the benefits of this technology for years to come. »Ibid., p.3. 400 «The survey was conducted and analyzed solely by Marketing Horizons, Inc. », Ibid.

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Les résultats démontrent la forte adhésion dans la volonté de mettre en place l’HDR afin de préserver les avantages d’une technologie puisque, 91% des personnes interrogées étaient d’accord pour affirmer que la mise en place de plans d’HDR était très importante pour la culture du maïs Bt401. Concernant la saison 2000, 92% des agriculteurs interrogés pensent qu’ils ont accordé une place acceptable à la zone refuge : 87% ont planté une zone de maïs non-Bt d’une taille au moins équivalente à 20% de leur superficie totale de maïs Bt alors que 5% seulement ont suivi des directives qui dataient des années précédentes en plantant des superficies différentes de celles nouvellement requises. D’après les auteurs, ces chiffres représentent un très haut niveau d’implémentation. En considérant la totalité des exigences d’implémentation régissant les zones refuges, 71% des agriculteurs affirment avoir suivi à la fois les recommandations de superficie (20%) et de proximité pour la saison 2000 (inférieur ou égale à 1/2 miles). Pour ce qui concerne maintenant la vérification de l’efficacité du transfert d’information, la plupart des agriculteurs (soit 80%) ont affirmé avoir été mis au courant de l’existence de ces exigences. On a posé une série de questions afin de distinguer entre les agriculteurs qui avaient reçu ou non un soutien d’information. La plupart (80%) d’entre eux affirment savoir que certains critères sont demandés. En ce qui concerne ceux qui n’avaient pas reçu ce soutien, seul 29% savaient qu’il était nécessaire de planter 20% de la superficie totale pour ce qui concerne les régions où ne pousse pas de coton. 26% d’agriculteurs imaginaient qu’un refuge d’une superficie de 5 à 15% était nécessaire. Concernant la distance requise, 31% des agriculteurs qui n’ont pas reçu d’aide connaissaient celle-ci. Ces résultats confirment que la mauvaise application des règles a pour cause plus un manque d’information à jour, que le non-respect volontaire de celles-ci, ce qui prouve la nécessité de faire des efforts supplémentaires en matière d’éducation402. Les agriculteurs qui ont reçu une formation étaient mieux au courant des règles. En effet, 7 sur 10 savaient qu’il était nécessaire de planter une zone refuge d’une superficie d’au moins 20%. Pour ce qui concerne la connaissance de la distance requise, seul 39% étaient au courant. Enfin, on a demandé aux agriculteurs de donner leurs sources d’information. A la grande majorité, les revendeurs de semence ou les firmes agro-industrielles étaient cités. Les compagnies ont fourni aux acheteurs de produits de maïs Bt des guides qui contenaient des
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« The results of the survey demonstrate Bt corn growers’ strong recognition of the need for IRM efforts to preserve the benefits of this technology (91% of the respondents agreed that IRM plans for Bt corn are somewhat to very important) ». Ibid. p.3. 402 « Assessment of the reasons why growers did not plant an appropriate refuge indicate a lack of up-to-date information rather than a conscious effort on the part of growers to violate the guidelines, highlighting the need for consistency and focused education efforts. »Ibid. p.5.

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instructions sur l’HDR à respecter ; ceci faisait partie des exigences de toute inscription. Au moment de l’achat ou après la livraison des semences, les acheteurs devaient signer un papier certifiant de leur volonté d’intégrer les recommandations qui se trouvent prescrites à l’intérieur de ce guide dans leurs pratiques culturales. Ce guide n’est cependant qu’un exemple parmi les autres sources d’information possibles. En conclusion, l’ABSTC affirme sa mise en confiance suite aux résultats de cette enquête, d’autant plus qu’il s’agissait de la première année d’exercice du plan et que la campagne d’information a commencé bien après que les agriculteurs aient acheté leurs semences. Un message pédagogique possède donc un grand pouvoir403. Cet effort doit continuer et être mené conjointement par l’ABSTC et le NCGA : il passe par le développement et la mise à disposition de matériel informatif (vidéo, brochures et supports publicitaires média) afin de compléter le guide ainsi qu’une amélioration de son système de distribution chez les semenciers. Tout ceci confirme l’ABSTC dans sa vocation d’encourager le développement de la communication sur l’IRM et donc garantit l’efficacité de celui-ci404. Ces considérations sont également parfaitement prises en compte par les industriels et il est faux d’affirmer comme on peut le lire parfois sous la plume de certains critiques, qu’aucune précaution n’a été prise par rapport au développement du maïs Bt. Ainsi, un dossier de présentation édité par la société Monsanto étudie avec la plus grande rigueur scientifique tous les avantages et les risques soulevés par la culture du maïs Bt Mon 810 en général et plus particulièrement, ceux soulevés par l’apparition de populations de pyrales résistantes ; aussi, les auteurs remarquent qu’en dépit du succès commercial des semences Bt, il se peut fortement que le durée de vie de celles-ci soit raccourcie par l’apparition de populations résistantes et ce, du fait de la production constante d’insecticide dans les plantes. Les experts ajoutent que ce problème concerne également les jardiniers et les fermiers qui utilisent l’insecticide conventionnel Bt et pour lequel on aurait déjà détecté l’apparition de populations résistantes (Tabashnik 1994). Enfin les auteurs du dossier soulignent que bien que l’on utilise souvent les études de Georghiou qui aurait démontré qu’au moins 400 espèces d’insectes étaient devenues résistantes à un insecticide, aucun travail n’a pour l’instant prouvé l’apparition de populations résistantes au maïs Bt405. On notera que ce dossier à visée éducative reprend
403

« As indicated in the industry plan and by academic experts, a simple and consistent message is key to promoting awareness and adoption of IRM guidelines, and the ABSTC is committed to comprehensive education programs to communicate the IRM message. » Ibid. 404 « Current IRM requirements are practical, flexible and sufficient to ensure the durability of Bt in corn for the foreseeable future, and therefore must be maintained. » Ibid., p.6 405 « Despite the commercial success of Bt crops, there is wide-spread concern that the advantages provided by Bt crops will be short-lived because the constitutive expression of Bt toxins in plant

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toutes les études sur le problème ainsi que les recommandations de l’EPA que nous avons évoquées plus haut ; il apparaît clairement que les industriels ne cherchent pas à cacher le problème, bien au contraire : ils le prennent très au sérieux et investissent dans la recherche pour la mise en place de nouvelles stratégies de gestion de la résistance et son application par les agriculteurs. En effet, ils ont parfaitement conscience que l’efficacité de la stratégie dépend de la possibilité de conserver celle-ci. Or, comme on va le voir maintenant, cette position est loin de faire l’unanimité et a été maintes fois contestée sur le sol américain.

3.2.2.5 Critiques de la re-registration de l’HDR par l’EPA Dans un document daté du 30 Août 2001 le CFS (Center for Food Safety), une association de consommateurs, accuse l’EPA de ne pas avoir pris toutes les mesures essentielles concernant la réévaluation du maïs Bt et exige de l’administration qu’elle revienne sur sa décision de reregistrer les semences Bt406. Dans cette lettre adressée aux consommateurs et à l’agence de protection de l’environnement, le CFS affirme que l’EPA ne disposait pas des bonnes données pour appuyer la re-registration d’aucune des plantes Bt. Aussi, le document BRAD (document d’action de registration des biopesticides) aurait échoué dans son évaluation des risques causés par les plantes Bt pour la santé humaine, il n’aurait pas respecté les exigences de l’acte sur la protection des espèces en danger, ni celles exigées par la gestion des insectes résistants et n’aurait pas correctement estimé l’impact économique de la re-registration. Enfin, cet acte de re-registration serait une violation de la confiance publique407.

tissues will lead to the selection and multiplication of rare Bt-resistant individuals. The potential development of insect resistance to Bt, as a consequence of large-scale commercial plantings of Bt crops, is also a concern to farmers and gardeners who rely on the use of Bt microbial sprays, for which instances of pest adaptation have already been documented (Tabashnik 1994). While the observation that over 400 insect species have become resistant to at least one insecticide(Georghiou 1986) is often cited as evidence of the genetic ability of arthropods to evolve resistant strains, it is equally important to note that, to date, there have been no reports of Bt resistant insects arising as a direct consequence of the introduction of Bt plants into commercial agriculture. » Agbios (Agriculture and Biotechnology Strategies (Canada) Inc.), Principles and Practice of Environmental Safety Assessment of Transgenic Plant, Part No. AGBESAM-01-099B, 2001 406 CFS, Public Information and Records Branch (PIRIB), Information Resources and Services Division (7502C), Office of Pesticide Programs (OPP), Environmental Protection Agency RE : Docket No. 00678B, 30 August 2001 407 « CFS believes that the EPA does not have the proper data available to support the re-registration of any genetically engineered Bt crop. The Agency’s “Biopestcides Registration Action Document” (“BRAD”) has, inter alia, failed to adequately assess the human health risks associated with the Bt crops; throughly engage in environmental review, including compliance with the consultation requirements of the Endangered Species Act, fully incorporate data about non-compliance into its Insect Resistance Management (IRM) requirements; and properly assess the economic impacts associated with reregistration of Bt crops. Furthermore, re-registration of the Bt crops will be a violation of the public trust doctrine. » CFS, Ibid., p.1.

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Quels sont les arguments concernant le problème de l’apparition de population d’insectes résistants ? Les experts du CFS rappellent que l’EPA est parfaitement consciente des avantages écologiques de l’insecticide foliaire Bt et, par conséquent, du risque encouru par la perte des avantages de celui-ci, du fait de l’apparition de population d’insectes résistants. Aussi, pour le CFS, il ne fait aucun doute que le caractère de résistance finira par se développer du fait de l’exposition continue des insectes au BT. Par conséquent, le CFS estime que la priorité de l’EPA devrait être d’interdire toutes les solutions susceptibles d’augmenter la résistance au Bt. Toute mesure n’allant pas dans ce sens causerait un risque déraisonnable sur l’environnement et serait directement dommageable pour l’agriculture durable408. D’après les auteurs, l’EPA a failli à cette tâche en re-registrant les semences Bt qui seront à l’origine de futurs ravageurs cross-résistants aux applications foliaires conventionnelles de l’insecticide Bt. Le CFS s’étonne que, bien que les modèles sur lesquels l’EPA se fonde, démontrent que l’apparition de populations résistantes devrait avoir lieu dans moins de 3,46 ans, l’administration s’est contentée d’accepter la re-registration à condition de la mise en place d’un plan de gestion de la résistance. Aussi, les données fournies démontreraient que l’agence est incertaine de l’efficacité de ce plan et ce, du fait qu’elle fait dépendre celle-ci du respect des règles par les agriculteurs tout en n’étant pas capable de donner un niveau de suivi minimum qui permette de garantir l’efficacité409. A cela, le CFS ajoute que l’EPA ne peut même pas certifier l’efficacité des programmes d’HDR pour empêcher ou repousser l’apparition de la résistance. Il n’y aurait en fait que 2 études sur lesquelles pourraient s’appuyer l’EPA pour juger le niveau de respect des plans de gestion de la résistance : le rapport annuel de la société Aventis Cropscience pour le maïs StarLinkTM dont les travaux portent sur l’année 1999 (ce premier rapport n’a pas été pris en compte par les experts de l’EPA) et le rapport de Market Horizon que nous avons précédemment étudié410. D’après le CFS, chacun de ces 2 rapports démontrerait une absence signifiante de suivi (Both reports show significant non-compliance with IRM requirements). Selon le rapport
408

« If exposed to continuous, massive doses of Bt toxins insects can develop resistance to it. Therefore, CFS believes that a central priority for EPA must be to prevent all potential for further development of Bt resistance. Anything less would cause an unreasonable adverse impact on the environment and be directly harmful to organic and sustainable agriculture. Unfortunately, the EPA has admitted that registration of Bt crops will lead to pests that are cross resistant to foliar, convention Bt applications. » Ibid., p.5. 409 « The EPA admits: Grower compliance with refuge and IRM requirements is a critical element for resistance management . Significant non-compliance with IRM among growers may increase the risk of resistance for Bt corn. However, it is not known what level of grower noncompliance will compromise the risk of current refuge requirements. » Ibid., p.5. 410 Yearly Reporting (1999) on the Insect Resistance Management Plan of StarLink™ Corn , EPA registration No. 45639-221, Aventis Crop Science USA LP, January 25, 2000. Et Bt Corn Insect Resistance Management Survey, 2000 Growing Season, Agricultural Biotechnology Stewardship Committee, prepared by Market Horizons, Inc., December 2000.

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d’Aventis 15,7% des agriculteurs interrogés ne planteraient pas de zones refuges. Concernant maintenant le second rapport, d’après le CFS, l’absence de suivi se situerait entre 20 et 29% et dépasserait même les 30% si l’on prend en compte les erreurs possibles. Aussi, l’EPA n’aurait nullement pris en compte ces résultats, puisqu’elle affirme que les modèles de gestion de la résistance ont été calculés en supposant qu’ils ont été suivis à 100%. Or pour justifier la re-registration, l’EPA aurait négligé ces données en affirmant qu’aux vues des données existantes, 100% de suivi était un objectif impossible à atteindre. Le CFS accuse alors l’EPA d’avoir, non seulement, admis les taux de non-suivi, mais en plus, de ne pas les avoir pris en compte dans le calcul des superficies des zones de résistances données en modèles ; aussi, selon l’association de consommateurs, il est contradictoire de re-registrer le maïs Bt en se fondant sur un modèle de gestion de la résistance qui, pour fonctionner, doit être appliqué à 100%, alors que 30% d’agriculteurs ne se conforment pas aux règles411. Par conséquent, le CFS considère que la re-registration des semences Bt est inacceptable et illégale : en effet, il n’est pas juste que les agriculteurs qui utilisent l’insecticide Bt de manière conventionnelle aient à supporter les risques ; aussi, tant que l’on n’a pas réussi à gérer le problème du suivi des plans de gestion de la résistance par les agriculteurs, on devrait suspendre la mise sur le marché du maïs Bt. Comme on le voit, les critiques du CFS portent essentiellement sur la possibilité de contrôler le suivi du plan de gestion de la résistance par les agriculteurs ; elles ne remettent pas véritablement en cause ce plan si ce n’est par le fait que celui-ci a été conçu sans prendre en considération ce facteur d’incertitude, ce qui d’après les experts de cet organisme, serait contradictoire et inadmissible. Dans un document faisant également suite aux rapports BRAD de l’EPA412 une autre critique, formulée par l’UCS (Union of Concerned Scientist) remet catégoriquement en cause l’efficacité du plan de gestion de la résistance. Cette ONG est une association composée de citoyens et de scientifiques ; elle possède dans ses rangs de fervents activistes anti-PGM, tels que Margaret Melon ou encore Jane Rissler. Aussi, l’analyse critique des plans de gestion de la résistance est formulée par le Docteur Charles Benbrook, un consultant célèbre pour ces rapports critiques sur les l’analyse économique des bénéfices potentiels des PGM pour les agriculteurs. De même que les experts du CFS, ceux de l’UCS rappellent que l’EPA a correctement analysé les risques de la perte de l’efficacité de l’insecticide Bt à la suite de l’apparition de
411

« Remarkably, while acknowledging IRM non-compliance rates, the Agency has failed to incorporate non-compliance rates into its calculation of refugia size requirements. Ultimately, the Agency cannot base its re-registration of Bt crops upon IRM modeling that uses 100% compliance when it has data showing that over 30% of farmers are likely to ignore such requirements. » Ibid.p.6 412 Jane Rissler, Margaret Mellon., Union of Concerned Scientists, Comments to the environmental protection agency on the renewal of Bt-Crop registrations, Docket OPP-00678B, September 10, 2001.

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population résistante. Cependant les mesures qui sont proposées par les plans de gestion de la résistance seraient beaucoup trop faibles par rapport au risque413. Ains,i d’après les analyses du Dr. Benbrook portant sur le coton et sur le maïs, ces plans ne retarderaient pas suffisamment l’apparition de populations résistantes et ce, pour les raisons suivantes : Le HDR ne prend pas en compte la production de toxine Bt contre les autres insectes ; aussi, l’EPA ne fournit aucune donnée les concernant414. Les refuges tels qu’ils ont été actuellement prévus sont trop petits pour empêcher l’apparition de populations résistantes. Les refuges actuels sont trop loin des champs de maïs Bt pour assurer l’accouplement entre les populations d’insectes résistants et celles qui sont sensibles. Les exigences actuelles de l’HDR sont trop souples (« too lax ») La faible surveillance, le suivi et la mise en place d’action de substitution diminuent sérieusement l’efficacité des plans de HDR du maïs et du coton Bt415.

En conclusion
On observe donc dans le cadre de la controverse scientifique sur les risques environnementaux une situation similaire à celle des controverses portant sur les risques alimentaires. Ici, le risque d’apparition de populations de pyrales résistantes est reconnu et admis aussi bien des experts pro-PGM que des experts anti-PGM. Aussi, alors que pour les premiers, la mise en place d’un plan de gestion de la résistance et la promotion ainsi que la surveillance de l’application de ce plan auprès des agriculteurs doit permettre d’empêcher l’avènement du risque, pour les seconds, il ne sera même pas en mesure de le retarder. De même que dans le cadre de la recherche des risques alimentaires nous avions pu expliquer la controverse au travers de la divergence des lectures que les experts faisaient du principe d’équivalence en substance, ici, il apparaît clairement, que les experts interprètent différemment le principe de précaution. Il est en effet possible de distinguer entre deux usages de ce principe : nous nommerons le premier un « usage technique positif » et le second « un usage critique

413

« While we applaud EPA’s acknowledgement that widespread planting of Bt crops threatens the usefulness of Bt insecticides and appreciate the agency’s willingness to impose insect resistance management (IRM) plans, UCS remains concerned that the agency IRM requirements are too weak to prevent the evolution of resistance. » Jane Rissler, Ibid., p.8. 414 « The Bt-corn IRM plans do not take into account that Mon 810 and Bt 11 produce a high dose against but one of the six corn pests affected by the Bt-corn hybrids. »Ibid., p.9. 415 « Weak monitoring, compliance, and remedial action provisions seriously undermine the effectiveness of the Bt-cotton and Bt-corn IRM plans. »Ibid., p.10.

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négatif ». Alors que le premier a pour objectif d’accompagner la technologie dans ses différentes applications et d’établir les règles qui permettent d’institutionnaliser son développement, la seconde se fixe pour objectif de stopper définitivement la progression de celle-ci en exigeant l’application de règles difficilement applicables telle que le risque ‘0’, par exemple416. Dans le premier cas, on juge que la mise en place d’un plan et d’une surveillance suffit à garantir les risques d’accidents, dans le second, on considère que les critères exigés ne sont pas suffisants et on conteste les règles ainsi que les principes sur lesquels ils se fondent. Chacun des protagonistes de la controverse prend en compte le principe de précaution dans le sens défini par la loi Barnier de 1995 : en effet, l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment n’a pas retardé « l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable.» On voit cependant toute la latitude qui est laissée à l’interprétation de la notion de ‘mesures effectives et proportionnées’. C’est sur ce point en effet que, dans le cadre du risque d’apparition d’insectes résistants à Bt, la controverse est née. On constatera enfin dans cette controverse, qu’une fois de plus, les mesures de précaution exigées par les experts anti-PGM font de la transgenèse un cas à part. Aussi les mesures qui doivent être prises ont un caractère exclusif, puisque certains demandent une suspension radicales de la mise sur le marché de plantes Bt et remettent en cause l’autorité de l’institution. A contrario, les protagonistes de la technologie jugent que les risques sont acceptables aux vues des bénéfices estimés. On va voir que cette opposition est encore renforcée dans le cadre de l’estimation des risques sur les insectes non-cibles.

3.2.3 Des effets non-intentionnels du maïs Bt Un autre problème concernant l’introduction du maïs Bt dans l’environnement est celui des effets non-intentionnels, généralement constatés sur les insectes non-cibles. A la suite d’un article paru dans Nature417, rendu célèbre par le remous qu’il a réussi à causer dans le milieu scientifique, le papillon monarque est devenu le centre d’intérêt des médias. En effet, en plus de laisser planer une incertitude concernant l’éventuelle apparition de population résistantes à la toxine Bt, le maïs génétiquement modifié serait susceptible de causer des

416

C’est ce que l’on peut penser lorsqu’on lit par exemple que le CFS exige la suspension de la registration du maïs Bt tant que les protagonistes de la technologie n’auront pas réussi à prouver que l’HDR est suivie à 100% par les agriculteurs : mesure irréaliste en ce sens que pour assurer que l’HDR est respectée par les agriculteurs il faut que le maïs soit sur le marché. 417 J.E. Losey et al. (1999) Nature 399, 214.

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dégâts parmi des populations non-cibles de la faune, dont le fameux papillon monarque. Comme le rappellent Denis Bourguet et Josette Chaufaux, dans un article du journal Biofutur de juin 2000 (soit un an après l’article de Nature ) : « Cette étude a eu un retentissement important dans la communauté scientifique – le protocole expérimental a été très critiqué – et a atteint le grand public , étant donné le statut emblématique du monarque aux EtatsUnis. » et les scientifiques de l’INRA de préciser que : « Si les plantes Bt soulèvent parfois des problèmes spécifiques, il faut garder en mémoire que la question de la résistance des ravageurs ou de l’impact sur l’entomofaune se pose également - et avec encore plus d’acuité - avec les insecticides chimiques (...) Faut-il rappeler que des méthodes de lutte biologique existent ? (...) Les efforts de recherche sont directement proportionnels aux budgets qui leur sont affectés. Il serait dommage que l’importance accordée à la création et à l’évaluation des plantes transgéniques finisse par étouffer l’émergence des méthodes de lutte intégrée. »418 Comme on peut le constater, cette dernière remarque a peine à voiler une prise de position résolument critique à l’égard du maïs Bt et a déjà admis l’idée d’un risque avéré. Dans un autre article plus récent du magazine Biofutur, Laure Kaiser, Minh-Hà PhamDelègue et Ricardo Ramirez-Romero étudient le problème plus en détail. L’impact des plantes génétiquement modifiées et en particulier, du maïs Bt sur les insectes auxiliaires (pollinisateurs, prédateurs ou parasites d’insectes) a fait l’objet d’une véritable controverse dans le milieu scientifique et a suscité jusqu’à maintenant, « concluante »
419

une littérature peu

. Ces insectes auxiliaires doivent être protégés pour des raisons

« agronomiques et pour maintenir la biodiversité entomologique et végétale. » Selon ces 3 experts du laboratoire de neurobiologie comparée des invertébrés de l’INRA, malgré de nombreux facteurs sécurisants (spécificité des toxines Bt, 1 seul gène bactérien par plante, expression des gènes bactériens dans des parties ciblées), « la question des effets nonintentionnels reste posée » et on ne peut se contenter des résultats des études de D.Ferber (1999, Science 286, 1662-1666) qui concluent de l’innocuité de ces plantes : « En effet, la nature et la forme de la toxine (activée ou non), sa présence dans certaines parties de la plante consommées par des insectes (concentration dans les tissus, durée de présence) dans les végétaux transgéniques peuvent influencer les résultats. »420

418

Denis Bourguet et Josette Chaufaux, « Bt : les insectes font de la résistance », Biofutur 201, Juin 2000, p.45. 419 Laure Kaiser, Minh-Hà Pham-Delègue et Ricardo Ramirez-Romero « Maïs Bt et insectes auxiliaires », Biofutur 207, Janvier 2001. 420 Ibid., p.30.

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Concernant le maïs Bt qui porte le gène de la protéine CryIAb, les auteurs affirment qu’il a fait l’objet de nombreuses études d’impacts « à la rigueur parfois contestables ». Les auteurs citent 3 expériences pour renforcer leur commentaire : La première a été menée en Suisse à la station de recherche fédérale par l’équipe d’Angelika Hilbeck. Après avoir nourri des larves de chrysopes avec une solution contenant 100 microgrammes de toxine par millilitre, on a pu enregistrer une augmentation de la mortalité. La seconde est une expérience menée en interne par la société Novartis sur des collemboles (Folsomia candida), petits insectes du sol qui ont été au contact de feuilles fraîches de maïs Bt : « Il apparaît qu’au-delà d’une limite située entre 0,088 et 0,175 milligramme de toxine par kilo de sol, la survie et le taux de reproduction des collemboles diminuent. » (résultats d’après G. Neuhaus, 1999, Litterature review

-

on non-target organisms and Bt-maize. Novartis, p.33). Ce qui ne serait pas
représentatif pour une situation en champ, d’après les chercheurs de Novartis. Monsanto, enfin, n’a pas relevé de toxicité parmi les collemboles qui ont été élevés sur un milieu artificiel plâtre, charbon. Les auteurs de l’article de Biofutur précisent que les 2 grandes firmes n’ont pas publié leurs études dans des revues de scientifiques à comité de lecture interne. Ces 2 études ont été « décrites dans des ‘documents maison’ ». Celle de Monsanto a cependant été présentée à l’EPA. Les auteurs en viennent ensuite à l’article de John Losey, qui aurait démontré que le papillon monarque (Danaus Plexippus) qui se nourrit exclusivement d’Asclepias syriaca, une adventice présente en proximité des champs de maïs et donc, susceptible de recevoir le pollen du maïs Bt, aurait été sensible au pollen « contaminant » du maïs Bt. Là aussi, l’article serait contesté du fait que « leur étude n’indique pas précisément la quantité de pollen consommée par ces chenilles, et donc la quantité de pollen effectivement administrée. De plus, la quantité de pollen de maïs que les chenilles de monarque sont susceptibles de rencontrer sur leur plante hôte n’est pas évaluée. » Doit-on alors affirmer, comme le font ces auteurs, qu’il y a un manque cruel d’études sérieuses et approfondies sur le sujet, et ce, qu’il s’agisse d’études partiales menées par les industriels ou d’études menées par des équipes de chercheurs en quête de sensations ?

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3.2.3.1 La re-registration du maïs Bt à partir des données existantes Pour répondre à cette question, nous nous sommes de nouveau référé au rapport de reregistration BRAD publié en 2001 par l’EPA dont la partie II C propose un résumé, espèce par espèce, des tests qui ont été effectués sur les insectes non-cibles421. On y trouve un tableau récapitulatif des différents tests et de leurs résultats. Concernant les mammifères, on n’a pas pu détecter de toxicité signifiante sur les rongeurs à la suite des tests par voix orale qui utilisaient la dose proportionnelle maximum (“maximum hasard dose ”). En ce qui concerne le bétail ou les bêtes sauvages, on n’a pas de rapports significatifs sur l’effet néfaste de la protéine Bt et ce, après plusieurs années d’observation. Les données répertoriées ne présentent pas de risque sur les animaux sauvages ou domestiques422. On a réalisé des tests sur des volailles en nourrissant pendant 14 jours des cailles, avec 2000 mg de maïs Bt par kilo, sans observer aucun effet adverse. On a des rapports en provenance de l’industrie de la volaille (commercial poultry industry) qui ne démontrent pas la présence d’effets adverses sur les animaux après plusieurs années d’utilisation du maïs Bt comme alimentation. Les auteurs affirment que ces données montrent que l’usage du maïs Bt n’implique pas de risque (hazard) sur les volatiles, mais ajoutent cependant qu’elles sont encore insuffisantes pour émettre un jugement catégorique définitif sur l’exposition à des doses plus importantes de maïs Bt. Pour les animaux aquatiques, des études ont pu être réalisées sur les invertébrés et sur les poissons ne démontrant pas véritablement de risque, y compris à la suite de l’absorption de pollen423. En ce qui concerne les insectes, les auteurs indiquent que des études ont pu être réalisées sur les abeilles à l’état de larves ou d’adulte. Après avoir nourri celles-ci avec des doses de pollen, on n’a pas pu détecter d’effets adverses. Des travaux menés par des scientifiques allemands (Schur et al. 2000) en plein champ sur des insectes de taille adulte ont utilisé un maïs qui produit la protéine Bt Cry 1Ab. On a installé chacune des colonies sous une tente (6 en tout), 3 tentes contenant du maïs transgénique et les 3 autres du maïs non-modifié. Les observations ont pu porter sur la période de pollinisation (pollen shed) et

421

Summary of non-target Organism Toxicity Testing on corn Bt 11 (0064444) and MON810 (006430) in Bt Plant-Incorporated Protectants September 29, 2001 Biopesticides Registration Action Document, trouvé sur le site www.epa.gov/pesticides/biopesticides/ 422 “ However, the mamalian toxicology information gathered to date does not show a hasard to wild or domesticated mammals. ”, Ibid., IIC36. 423 “ Toxicity studies with aquatic organisms show very limited hazard for fish or invertebrates exposed to either corn pollen or to bacterially expressed Cry protein. ”Ibid., IIC37, « In view of the lack of demonstrated toxicity and exposure, no aquatic hazard is expected from the continued uses of Bt Cry protein in Bt 11 and Mon810 corn crops. ” Ibid., pIIC38.

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sur les 30 jours qui ont suivi celle-ci. Elles n’ont montré aucun effets adverses424, qu’il s’agisse de leur survivance, de la fréquence de reproduction, de leur comportement ou du développement de leur progéniture. Pour l’étude des effets sur les ‘green lacewings’(libellules ?), les experts de l’EPA affirment que de nombreux tests ont pu être réalisés ne démontrant pas l’apparition d’effets adverses, contrairement aux travaux d’Hilbeck en 1998 et en 1999, pour qui le maïs Bt aurait des effets néfastes sur ces insectes. L’agence affirme qu’après avoir passé en revue ces expériences à l’intérieur de ses propres laboratoires, elle a démontré que ces impacts pouvaient être pratiquement considérés comme insignifiants425. Dans la première des 2 expériences effectuées en 1998, Hilbeck et son équipe signalent une mortalité légèrement plus élevée ainsi qu’un temps de développement prolongé des larves de lacewing qui auraient été aspergées de Bt. Dans une deuxième expérience menée en 1998, ils confirment ces résultats et ont rapporté qu’il n’y avait pas d’effet reproductible signifiant de la protéine Bt (there are no significant reproductive effects from Bt corn protein.) Les experts de l’EPA affirment, eux, que la seconde étude utilisait des quantités définies de protéines de Bt pure, et qu’il n’y avait une mortalité signifiante que dans l’un des groupes testé avec une alimentation artificielle (only in an artificial diet test group) et non quand on alimentait le groupe avec des oeufs de E.kuehniella, leur alimentation naturelle. L’agence en conclut que cette étude ne démontre aucun effet adverse qui soit comparable à une situation naturelle426. De plus la dose à laquelle les larves se trouvaient exposées en continu (100 microgrammes / ml ) n’était pas représentative de la dose en champs. Le dosage utilisé dans cette étude est au moins 30 fois supérieur à celui utilisé en plein champ. Selon les mêmes experts, l’étude menée en 1999 a montré qu’aucune conséquence n’apparaissait en dessous d’un niveau de 50 microgrammes (no lower than 50 micro gram levels). La conclusion est donc que ces expériences n’ont rien de comparable avec le niveau de protéine Bt susceptible d’être présent en champ puisque les niveaux d’exposition doivent se calculer en nano grammes et non pas en microgrammes («
424

The laboratory results were seen only at

« The study showed no adverse effects of Bt corn pollen containing high levels of Cry 1Ab protein on honeybee survival, foraging frequency, behavior or brood development during the 7-day period of pollen shed. » Summary of non-target Organism, Ibid, p.38. 425 « EPA performed a formal review of the first two studies on the effects of Bt corn intoxicated prey and pure Bt corn protein on lacewing. If these laboratory results are taken at face value, the adverse effects are so slight as to suggest no significant impact on beneficial insects in the field. », Ibid, p.IIC39. 426 « The second study (Hilbeck et al. 1998b) used defined quantities of pure Bt protein and there was significant mortality only in an artificial diet test group, and no significant mortality when the artificail diet was supplemented with E. kuehniella eggs (a natural diet). Therefore, this study does not demonstrate any adverse effects to lacewing larvae under simulated field feeding habits where the lacewing larvae have a choice of natural diet in the field. », Ibid. p.p. IIC 39-40.

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exposure to micro gram quantities, whereas in the field the exposure is only to nano gram amounts »). Commentant sur la conclusion de la deuxième expérience menée par Hilbeck en 1998 selon laquelle il serait nécessaire de mener une enquête supplémentaire pour étudier l’efficacité de la prédation et les performances des prédateurs en plein champ, les experts de l’EPA font remarquer que des études ont pu être réalisées qui n’ont démontré aucune différence de densité signifiante dans la population des prédateurs tels que les green lacewings. De plus Pilcher et son équipe ont fait des études en laboratoire sur plusieurs populations de prédateurs qui ne montraient aucune différence significative. Pour les invertébrés, les études s’avèrent être beaucoup plus problématiques. En effet, on doit prendre en compte l’exposition prolongée des organismes du sol tels que les vers de terre ou les Collemboles, étant donnée l’introduction de résidus de semences dans le sol ou en surface du sol ; des effets néfastes pourraient avoir lieu contre ces organismes à la suite l’accumulation de détritus dans les champs. Pourtant les pratiques habituelles de l’agriculture ont intégré l’usage de pesticides chimiques qui, bien qu’en ayant un effet adverse sur les organismes du sol, n’ont pas causé l’accumulation d’une quantité signifiante de détritus. Par conséquent, le recours à des plantes Bt, par définition moins toxiques, ne devrait pas avoir pour conséquence l’accumulation de détritus à un niveau toxique427. Ces suppositions ont pu être vérifiées à la suite des études menées par Saxena et Stozky en 2001 dont les résultats laissent penser que malgré une forte présence de Bt dans le sol, la protéine Cry issue de l’exudation des racines des plantes, ou de la dégradation de leur biomasse n’a eu aucun effet toxique sur les organismes des sols. Ces expériences qui duraient 40 jours ont démontré qu’il n’y avait aucune différence signifiante dans le pourcentage de mortalité ou le poids des vers qui avaient vécu respectivement dans un sol sur lequel on avait planté du maïs Bt et sur un sol où l’on avait planté du maïs non-Bt ; il en allait de même pour la population de vers issue d’un sol qui avait été amendé avec du maïs Bt et un maïs non-Bt. A partir des données communiquées, l’EPA pense que la protéine Bt ne cause pas d’effets adverses sur les invertébrés du sol et même, au contraire, que la culture des semences Bt a un effet positif sur la flore du sol, comparé aux alternatives similaires telles que les pesticides chimiques non sélectifs : « To the contrary, EPA believes that available scientific data and information indicate that cultivation of Bt crops has a positive effect on soil flora, when compared to the most likely alternative, use of non-selective synthetic chemical pesticides. »

427

« Thus, Bt crops, which are expected to have less impact on these species than chemical pesticides, should not result in any increased build up of plant detritus or Cry proteins at toxic levels. » Ibid. p.p. IIC40-41.

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Concernant maintenant, les insectes non-cibles, les experts de l’EPA affirment qu’aucune donnée n’indique de différence entre le nombre total d’insectes qui se trouvent en contact avec des plantes transgéniques et les plantes similaires non-transgéniques. Aucun transfert n’a pu être observé dans la distribution taxonomique, excepté dans le cas des prédateurs dont l’alimentation se compose essentiellement d’insectes ravageurs. Ces affirmations sont appuyées par les résultats des expériences menées en surface confinée sur deux années consécutives par l’équipe de Pilcher en 1997. En 1994, les experts n’ont pu observer aucune différence entre le nombre d’insectes colonisateurs des plantes Bt et celui des plantes de contrôle. En 1995, on a pu constater qu’il y avait plus de prédateurs dans les plantes Bt que dans leurs équivalents non génétiquement modifiés. Les auteurs en ont donc conclu que le Maïs Bt n’affectait pas l’abondance des prédateurs. Cependant ils ajoutent que l’apparente inconsistance entre les résultats obtenus peut être due à la petite taille des parcelles cultivées. En effet, il se peut que le pollen des plantes transgéniques et isogèniques ait été mélangé par le vent. Il serait donc nécessaire de réaliser des études à plus grande échelle. Les experts de l’EPA énumèrent ensuite les nombreuses études qui ont été effectuées pour déterminer d’éventuels impacts du maïs génétiquement modifié sur les populations d’insectes non-cibles : une étude de Obrycki sur les insectes prédateurs en 1997, une étude de 5 années menée par le groupe Aventis Crop Science sur les insectes auxiliaires (‘beneficial’) non-cibles, une étude de 2 ans menée par Lozzia en Italie sur la biodiversité et la structure des ‘ground beetle assemblage’ (Coleoptera Carabidae) et enfin 4 études Nuessly & Hentz sur des graines Novartis (désormais Syngeta). Toutes ces études n’ont pas réussi à démontrer de différences significatives des populations non cibles d’insectes. Pour les lépidoptères (Moths and butterflies), l’agence soutient que la toxicité des protéines Bt Cry1 à leur égard est un phénomène bien connu. En effet, des études sponsorisées par l’office national des Forêts (U.S. Forest Service) auraient été menées sur les effets à long terme de l’utilisation de traitements à base de Bt afin d’éliminer les papillons de nuit. Les auteurs affirment que, puisque l’utilisation de traitement à base de protéine Bt n’est pas censée être aussi élevéz dans les champs que celui qui a été effectué dans les forêts sans que l’on puisse véritablement observer d’effet néfaste, on en déduira que le maïs Bt n’est pas censé causer, lui non plus, d’effet néfaste428. Les experts de l’EPA font alors remarquer que les études menées en laboratoire qui utilisent des grandes doses de protéine
428

« Since the exposure to butterflies and moths from the agricultural uses of Bt Cry protein was not expected to be as high as in forest spraying (where no widespread/recurring or irreversible harm to lepidopteran insects was observed), Bt corn likewise was not expected to cause widespread or irreversible harm to non-target lepidopteran insects. » Ibid.,p. IIC44

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Cry 1 Ab ne signifient pas nécessairement que les papillons seront exposés à des doses toxiques de protéines Bt dans les champs : « Reports of toxicity of high doses of Bt Cry 1Ab protein to monarch butterflies in the laboratory do not necessarily mean that there will be exposure to toxic levels in the field. »429 Aussi l’EPA, comme nous allons l’étudier plus en détail, a contribué à de nombreuses recherches dans ce sens. En 2000, une expérience en plein champ a été réalisée par Wraight pour vérifier si la mortalité des machaons noirs (black swallowtails) pouvait être associée avec la proximité de champs de maïs Bt Cry1Ab ou à cause du niveau de présence pollen Bt sur des plantes hôtes. On a placé des plantes hôtes infectées par les papillons en pots à proximité de champ de maïs Bt. On n’a pas pu remarquer de relation entre la mortalité des papillons et les plantes Bt. De plus le pollen de ces plantes n’a pas réussi à causer la mort de ces insectes, même avec une dose de 10000 grains par cm2, ce qui dépasse de loin la plus haute des densités de pollen qui a pu être observée en champ, soit 200 grains par cm2. L’auteur en a donc conclu, tout naturellement, que les variétés de pollen testées n’étaient pas susceptibles d’affecter les populations sauvages de ces papillons. En ce qui concerne les papillons Karner Blue, et d’autres espèces en voie de disparition, les experts de l’EPA affirment que la plupart de ces espèces en danger sont localisées dans des zones d’habitat bien particulières. Ils s’en réfèrent à une étude menée par l’U.S. Fish and Wildlife Service de 1997 qui démontre que les insectes en danger ne résident pas dans les zones agricoles où le maïs Bt est planté, et celui-ci ne peut d’ailleurs pas être considéré comme une plante hôte pour ces espèces. L’EPA conclut des études citées que les papillons Karner Blue ne courent aucun risque à la suite de l’exposition au maïs MON 810 ou Bt 11. Comme on le constate, l’EPA s’appuie sur l’ensemble des connaissances actuelles pour re-registrer le maïs Bt. Or, il apparaît que certains résultats ne sont pas définitifs et demandent à être complétés, ce que l’EPA ne manque pas de notifier. Les critiques ne manqueront pas, eux, de souligner le fait que la re-registration se fonde sur des résultats incomplets. Mais comme on va le voir, les travaux qui ont pensé démontrer la nocivité du maïs Bt et sur lesquels se sont fondés d’autres institutions, telles que le parlement européen, par exemple, pour interdire l’usage du maïs Bt, n’étaient pas moins provisoires ; c’est tout du moins ce que l’on va démontrer avec l’affaire monarque. 3.2.3.2 « L’affaire du Papillon monarque » Voici, sans doute, l’épisode le plus significatif de la courte histoire des plantes génétiquement modifiées. L’affaire du papillon monarque réunit à elle seule tous les éléments qui font des
429

Ibid.

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PGM un terrain propice non seulement à la controverse scientifique, mais également à la polémique ; ici, qu’il s’agisse des scientifiques, des industriels, des médias ou des associations environnementales, tous les acteurs se sont mobilisés comme jamais pour débattre d’un problème qui a eu un impact considérable dans l’opinion publique mondiale, et mis sans dessus dessous le monde de l’expertise. Avant de procéder, dans la quatrième partie de ce travail, à l’étude du raz-de-marée médiatique et de la polémique qui en a suivi, on commencera ici par l’étude de la controverse scientifique.

Origine d’une controverse
Le 21 juin 1999, un article tiré du site www.bio.org titre : « Monarch Butterfly Researchers Urge Caution In Over-Interpreting Results ; Academic Researchers And Industry Associations Agree Reports On Bt Crop Impact On Monarch Butterflies Overblown »430 ; il s’agit ici d’une tentative des chercheurs et des industriels américains pour apaiser la tempête qu’a soulevée, un mois auparavant, une lettre de John Losey publiée dans la rubrique news du journal

Nature du 20 mai 1999 ; cet appel des promoteurs de la transgenèse végétale dans lequel
on trouve côte à côte une citation de Losey sur la précaution avec laquelle il est nécessaire de considérer les résultats des études menées en laboratoires avant de les extrapoler, et une citation du Dr. L. Val Giddings (le vice-président de la section biotechnologie alimentaire de l’association Biotechnology Industry Organization) a un double objectif : annoncer les mesures qui vont être prises pour rassurer le public ; rappeler les facteurs atténuants les résultats que l’auteur aurait oublié de prendre en considération (absence de choix de la nourriture, pas de prise en compte de la spécificité du milieu naturel de développement de la chenille du monarque, le laiteron, et de son éloignement supposé du champ de maïs, pas de considération du facteur temps, coïncidence possible entre la migration et la pollinisation, non prise en compte de la capacité d’éviter le pollen… ) Chacun de ces facteurs que Losey aurait oublié de prendre en compte avant de publier ses résultats dans Nature vont faire l’objet d’études à venir. Tels quels, il s’agit pour les auteurs de rappeler le peu de fondement de l’expérience. Poursuivant leur plaidoyer, les experts pro-PGM en profitent pour rappeler les objectifs et les avantages de l’introduction sur le marché du maïs Bt : celui-ci a été utilisé afin de protéger les cultures contre les invasions de pyrales ; aussi, avant son utilisation, les agriculteurs utilisaient des pesticides conventionnels qui sont toxiques pour les larves de papillon monarque, ainsi que pour
430

« Des chercheurs spécialistes du papillon monarque réclament la précaution en dépassant l’interprétation des résultats ; les chercheurs académiques et les associations d’industriels tombent d’accord sur le côté exagéré du rapport concernant les impacts du maïs sur le papillon monarque. » Source: Biotechnology Industry Organization, www.bio.org, 21 juin, 1999.

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d’autres espèces non-cibles. En réduisant l’utilisation de ces insecticides, le maïs Bt réduit le danger potentiel de destruction des espèces non-cibles, et réduit les impacts des intrants agricoles sur l’environnement en général431. A l’appui de ces affirmations et pour désamorcer la crise, on trouve dans cet article une citation de Losey affirmant « qu’il croit toujours que les bénéfices apportés par le maïs Bt dépassent les risques encourus »432, ainsi qu’une liste de nombreux autres facteurs pouvant se trouver, de manière beaucoup plus probante, à l’origine des disparitions des papillons monarques. Pourtant tous ces arguments ne parviendront pas à amoindrir les craintes soulevées. Ainsi comme le rappellent les auteurs d’un document de synthèse publié par les « PEW initiative on food and biotechnology » : «Ce papier s’est trouvé à l’origine d’une intense couverture journalistique nationale et internationale, transformant la nuit blanche (overnight) du papillon monarque en un dramatique symbole de ce que les environnementalistes et certains scientifiques ont considéré comme les dangers de la biotechnologie agricole.»
433

On notera alors avec intérêt

la remarque de Losey commentant lui-même le succès rencontré par sa lettre : « Je savais que les résultats de cet article susciteraient un grand intérêt parce qu’ils impliquaient le maïs Bt et le papillon monarque, 2 choses d’intérêt pour la population générale ; je ne pense pas avoir vu ce niveau d’intérêt dans aucun article que j’ai publié.»434 On ne peut pas en dire autant des rapports de l’EPA qui ont, en 1995,1996 et 1998 successivement, validé l’introduction du maïs Bt sur le marché en confirmant l’absence d’effets adverses pour l’environnement, les insectes non-cibles et la faune. Afin d’atteindre cette conclusion, l’EPA, d’après une fiche de synthèse du « CBI », aurait vérifié nonseulement la toxicité, mais aussi la probabilité d’exposition aux effets de Bt435. D’après ces

431

« The Bt corn crops that are currently on the market were developed to control the European Corn Borer. Prior to the introduction of Bt corn, farmers controlled European Corn Borer with conventional insecticide sprays that are toxic to monarch butterfly larvae and other desirable, non-target species. By reducing the use of these insecticides, Bt corn reduces the potential to harm non-target species, and reduces impacts of agricultural inputs on the environment in general. », source, article supra, www.bio.org 432 « I still think the proven benefits of Bt corn outweigh the potential risks, » stated Dr. Losey. « We can't forget that Bt corn and other transgenic crops have a huge potential for reducing pesticide use and increasing yields. » Ibid. 433 « Th at paper generated intense national and international news coverage, transforming the monarch butterfly overnight into a dramatic symbol of what environmentalist and some scientist saw as the dangers of agricultural biotechnology. » Pew Initiative on food and Biotechnologie, Three years later :genetically engineered corn and the Monarch butterfly controversy, source, fichier pdf., www.whybiotech.org, août 2002, p.1 434 « I knew there would be a lot of interest in the results of this paper because it involved Bt corn andmonarch butterflies, two things of interest to the general population ; I don’t think I’d ever seen that level of interest in any paper, let alone one I had published. » Ibid., août 2002, p.8 435 « To reach this conclusion, the EPA evaluated both toxicity (or “ hazard ” with potential cause to harm) and exposure (the condition of being subjected to the hazard). Toxicity and exposure must be

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considérations, l’EPA aurait déterminé que l’exposition des organismes non-cibles, tels que le monarque, par exemple, serait minimale. Pour cela, l’EPA s’appuyait sur 3 arguments : la courte distance parcourue par le pollen hors des champs de blé ; les champs de blé contiennent une faible quantité de mauvaises herbes et de laiterons ; l’exposition sera limitée dans le temps aux larves qui se trouvent sur les laiterons pendant la période de pollinisation436. Cet article de synthèse qui a pour objectif d’informer rapidement le public justifie les actions de registration menées par l’EPA depuis 1995. Les auteurs affirment, par exemple, que de nombreuses études ont été menées en champ aux Etats-Unis et au Canada en 1999437; ces commentaires vont donc à l’encontre des critiques formulées qui ont reproché à l’EPA de ne pas avoir appliqué le principe de précaution lors de la mise sur le marché du maïs Bt en se fondant sur des suppositions non vérifiées. Les experts des « PEW initiative on biotechnologies » sont beaucoup plus timorés. En effet, selon ces derniers, dans l’accréditation de 1995, l’EPA a considéré les risques potentiels du maïs Bt pour les hommes et l’environnement, le maïs a donc été testé sur plusieurs variétés d’animaux ; de même l’EPA pouvait se fonder sur les nombreux traitements ultérieurs qui avaient recours au pesticide Bt ; pourtant l’agence n’a pas spécifiquement exigé des tests pour vérifier les effets possibles de Bt sur les larves de monarque. L’agence avait pourtant connaissance des effets néfastes de Bt sur plusieurs papillons, mais a préféré supposer que le papillon ne pourrait se trouver en contact dans les champs ; ils avaient également supposé que le papillon serait exposé lors d’épandages conventionnels d’insecticide Bt dans les forêts438. Il ne semble pas évident pourtant d’affirmer que l’EPA a fauté en autorisant, dès 1995, la mise en culture du maïs Bt en se fondant sur des suppositions qu’elle n’a apparemment pas pris la peine de vérifier. En effet, la question qui pourrait se poser est :

combined to determine the risk of potential adverse effect. » « Bt Corn and the Monarch Butterfly », article de synthèse ; source, Council for Biotechnology information, www.whybiotech.com 436 « Since only a portion of the milkweed population is likely to be exposed to Bt pollen, and only a portion of those plants would be expected to harbor monarch larvae during pollen shed, the EPA scientists concluded that Bt corn does not present any risk of “unreasonable adverse effects” to butterflies. », Ibid. 437 « Scientists from nine universities, Agricultural Extension and the U.S. Department of Agriculture presented their findings at two Monarch Butterfly Research Symposia in 1999. » Ibid. 438 « In a decision that was later criticized, EPA did not specifically require tests for possible effects of Bt on monarch butterfly larvae. Since it was well known that Bt toxic to many butterfly and moth species, Andersen notes the agency assumed that Bt corn could harm monarchs if they were exposed to it, but believed that monarchs were unlikely to be presents in cornfields. They also calculated that the butterflies were most likely to be exposed to Bt from periodic sprayings of the Bt toxins in woodland areas to control gypsy moth infestations, rather than from Bt corn. » Pew Initiative on food and Biotechnology, p.p.6-7

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pourquoi n’a-t-on pas pris toutes les mesures pour prévenir le risque ? Pourquoi n’a-t-on pas pris la peine de faire l’expérience de Losey avant de planter des millions d’hectares ? Cette question nous renvoie directement à l’application du principe de précaution. Mais avant d’y répondre revenons plutôt sur l’expérience elle-même.

Deux expériences critiques
A l’origine de ce que nous nommons « l’affaire du papillon monarque », ce n’est pas une, mais deux expériences qui ont mis le feu aux poudres : en plus des travaux de Losey, on rapportera également l’existence des travaux de Obrycki. Les premiers sont les plus connus. Pour l’année 1998-1999, le Dr. John Losey de l’Université de Cornell a obtenu une bourse du service de recherches agricoles de l’USDA (USDA/ARS) afin d’étudier si les mauvaises herbes dans les champs de maïs Bt pouvaient servir comme un hôte alternatif pour la pyrale, l’insecte cible de la toxine Bt ; c’est en conduisant cette recherche que Losey a remarqué la présence d’une grande quantité de laiterons à l’intérieur et aux alentours des champs. Partant de ce constat et du fait que le laiteron est la seule source de nutrition pour la larve du papillon monarque, Losey a émis l’hypothèse selon laquelle la larve de monarque pourrait se nourrir du pollen qui se trouve dans les champs439. On a appliqué délicatement des cuillerées de pollen ramassées sur le maïs Bt N4640, sur des feuilles de laiterons (Asclépias syriaca Linnaeus) légèrement humectées. La densité de pollen a été réglée pour correspondre aux densités des laiterons que le scientifique a pu observer à l’œil nu dans les champs. Cinq larves de monarques âgées de 3 jours ont été placées sur les plantes imprégnées de pollen Bt ont mangé moins, grandi moins vite, et ont connu une plus forte mortalité que les larves placées sur les feuilles imprégnées de pollen de maïs non-Bt ou des feuilles sans pollen. La mortalité des larves, après 4 jours d’alimentation, avait augmenté de 44%. Cette expérience se caractèrise par son aspect inachévé. Pourtant dans une publication de l’Université de Cornell, Losey a rappelé la nécessité qu’il y avait de rassembler d’avantage de résultats afin d’évaluer les risques associés à cette nouvelle agro-technologie et de pouvoir comparer ces risques avec les risques causés par les autres techniques de contrôles des insectes ravageurs et de l’usage des pesticides. Aussi pour le scientifique, ces

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« I wanted to know if butterfly larvae would eat the pollen, and if they did, would Bt pollen harm them, […] It was the first step in the research. Because the Bt toxin affects lepidopterans (butterflies and moths) to widely varying degrees, it wasn’t all together clear whether the monarch larvae would suffer any ill effects at all. » cit. Losey, source, Ibid., p.7.

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expériences menées en laboratoire ne sont juste qu’un premier pas440. Dans une autre citation reprise souvent par les industriels, Losey est encore plus catégorique : « Notre étude a été menée en laboratoire, et même si elle soulève un important problème, il ne serait pas possible de tirer quelques conclusions que ce soit à partir de ces simples résultats concernant les risques encourus par les populations de monarques qui se trouvent en plein champ »441. Appel ignoré des médias, mais parfaitement entendu des collègues de Losey. Losey n’est pas le seul à avoir soulevé le problème des risques encourus par le monarque. En effet, quasiment au même moment, une seconde étude était menée à l’Université d’Iowa par les entomologistes Jesse et Obrycki afin d’étudier les effets du pollen du maïs Bt Event 176 sur les insectes non-cibles. Ils ont installé des laiterons en pot tout autour des champs de maïs pendant la période de pollinisation, puis ramassé ces échantillons initialement placés à l’intérieur et en bordure des champs de maïs, pour les transporter en laboratoire (80 à 217 grains par cm2). Ces échantillons ont été administrés en laboratoire à des larves de papillons monarques ‘first instar’. Les auteurs ont trouvé une mortalité de 19% en l’espace de 48 heures, comparé à 0% pour les échantillons de plantes non-Bt et 3% pour les plantes sans pollen. Comme le souligne fièrement la page biographique du professeur Obrycki de l’Université de l’Iowa, ces travaux ont été présentés par CBS news, le Wall-street Journal, le New-York Times et même par la presse européenne. On citera au passage le scientifique : « il semble qu’il est impossible de critiquer le maïs Bt, sans être considéré comme un critique de la biotechnologie en général. » ; « si vous soulevez un problème avec le maïs Bt, l’argument que l’on vous oppose est : si l’on ne développe pas les biotechnologies, les pays en voie de développement vont mourir de faim. » ou encore, « Je doute que l’on trouvera une réponse définitive du taux de mortalité des monarques dû au pollen du maïs Bt. Nous allons trouver une chaîne d’effets. Il se peut qu’il n’y ait pas d’effets dans quelques endroits du pays. Et la mortalité varie probablement selon les sites, les champs, les dates de plantation et les années. »442

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« It is imperative that we gather the data necessary to evaluate the risks associated with this new agrotechnology and to compare these risks with those posed by pesticides and other pest-control tactics. » John Losey, Cornell University press release, May 2000. 441 « Our study was conducted in the laboratory and, while it raises an important issue, it would be inappropriate to draw any conclusions about the risk to monarch populations in the field based solely on these initial results. », cit. in www.bio.org 442 « It seems you can't criticize Bt corn without being considered a critic of all of biotechnology, If you raise some issues with Bt corn, one argument that comes back is: 'If we don't have biotechnology, all of the developing world is going to starve because it is really critical.'" Et "I doubt there will be one definitive answer of 'X' amount of mortality of Monarchs due to Bt corn pollen. We are going to find a range of effects. There may be no effect in some parts of the country. And the

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Malgré sa pertinence et un protocole plus sophistiqué, cette expérience a connu un retentissement moindre que celle de Losey ; tout du moins en ce qui concerne la divulgation par la presse grand public. Pour ce qui concerne sa divulgation auprès des experts, elle a précédé celle de Losey, faisant l’objet d’une présentation au mois de mars 1999 ; de même, l’EPA a reçu une notification du résumé de l’expérience, transmise par l’industrie comme note légale requise sur les effets potentiels du maïs Bt443. Quelles ont été les suites de ces 2 expériences ?

3.2.3.3 L’appel à contribution de l’EPA Faisant suite aux nombreuses controverses suscitées par ces travaux, l’EPA a décidé d’approfondir les pistes de recherches qui ont été ouvertes. Les vérificateurs ont conclu qu’elles ne pouvaient pas être considérées de manière conventionnelles pour absence d’informations provenant d’études menées en plein champ444. L’agence a donc pris la décision d’établir un rapport plus complet pour mieux comprendre les effets du maïs transgénique sur le papillon monarque. On remarquera ici, qu’il s’agit moins pour l’institution de contester les expériences de Losey et Obrycki que d’en vérifier les conclusions. De ce point de vue, on ne se trouve pas dans les mêmes conditions que l’affaire Pusztai. Aussi, afin de réussir à identifier le niveau d’exposition et les autres risques encourus par le papillon monarque, l’EPA, sous l’autorité de la FIFRA445 (Section 3© (2) (b)), a édité un avis d’appel de données (data call-in notice = DCI) destiné aux pétitionnaires. Le 9 décembre 1999 et les 18 et 20 octobre 2000, l’EPA a présenté de nouvelles données à un comité scientifique de la FIFRA afin que ses experts donnent leurs recommandations (FIFRA Scientific Advisory Panel). En plus de cela, l’EPA a consulté des experts et l’USDA afin de mieux comprendre les effets du maïs Bt sur les papillons. Aussi, L’EPA a exigé des semenciers qu’ils informent les agriculteurs pour qu’ils plantent les zones refuges entre les champs et des zones d’habitat telles que les forêts, les prairies ou les bords de route, par mesure de précaution en attendant d’avoir plus d’information. En ce qui concerne les
mortality likely will vary among locations, fields, planting dates and over years. » Cit. sur URL: http://www.iastate.edu/Inside/2000/1103/obrycki.html 443 « Shortly before the Nature paper hit the newswires, EPA received notification of Obricky’s abstract from industry sources as a legally required notification of any potential adverse effects of the Bt corn. ”, Pew Initiative on food and Biotechnologie, p.9 444 « The reviews conclued that the preliminary controlled studies without exposure data are not conducive to conventional risk assessment procedures for Bt corn pollen effects on monarch butterflies without additional field study information. » Ibid., p. IIC46 445 Federal Insecticide Fungicide and Rodenticide Act

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informations en provenance du DCI, elles ont portées sur cinq facteurs liés avec l’exposition potentielle des papillons non-cible : L’habitat des monarques, Les flux de pollen dans l’environnement, La toxicité de la protéine Cry et du pollen de maïs Bt sur les monarques, La ponte des monarques et leurs habitudes alimentaires, Et enfin, l’observation des populations de monarques.

-

Ce rapport est le fruit d’un effort de recherche mené en commun avec l’ABSTC et L’USDA, et contient des recherches additionnelles issues d’universités indépendantes et d’employés du gouvernement. La plupart de ces résultats faisant partie de l’enquête qui a été menée en commun par une trentaine de chercheurs américains et canadiens pendant plus de 18 mois d’investigation. Ils ont été publiés sous formes de 6 articles dans les PNAS (Proceedings of the National Academy of Science).

1) L’habitat du monarque
L’EPA affirme qu’il est difficile, voire impossible, d’établir un niveau de population pour le monarque, car le nombre de monarques aux Etats-Unis, fluctue selon les régions et les années. Il y a certains facteurs tels que les cataclysmes naturels (sécheresse ou inondations) qui peuvent sérieusement affecter la taille de la population de monarques. Cependant, on a pu remarquer que, selon certaines conditions climatiques, les populations de monarques croissent ou diminuent. On a donc listé les facteurs qui peuvent affecter sérieusement les insectes : la dégradation d’un site d’hibernation, le nombre et la taille des papillons qui hibernent, la disponibilité du nectar pour les adultes, les agents pathogènes, les parasites, les parasitoïdes et les prédateurs, la quantité de laiterons disponibles, l’utilisation de pesticides pour contrôler les infestations et enfin, les accidents. Prenant en compte ces multiples facteurs, il semble difficile d’estimer la taille de cette population ou si le pollen de maïs Bt est un facteur déterminant pour celle-ci. Quelques essais ont cependant pu être effectués : Swengel en 1995 a démontré qu’entre 1986 et 1994, il y avait eu des changements significatifs. Walter et Brower ont montré, dans une expérience parue en 2000, l’extrême variabilité de cette population (de 1997 à 1998, la population était 7 fois plus élevée)446. Les auteurs affirment qu’étant donné cette extrême

446

Les auteurs revoient au site www.monarchwatch.org.

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variabilité, seule une surveillance régulière permettra de signaler les diminutions anormales du nombre de papillons. Il est cependant nécessaire de déterminer le risque qu’il y a à ce que le monarque choisisse le maïs pour habitat. Or, on sait qu’en ce qui concerne son alimentation, ce dernier se nourrit de 14 types de laiterons différents dont 7 se trouvent au milieu des champs de maïs. C’est principalement sur la variété nommée Asclépias Syriaca que le monarque pond et se nourrit. Les laiterons peuvent être trouvés dans différents habitats. Des études menées dans plusieurs états ont démontré qu’ils apparaissaient essentiellement en bordure des champs ou dans les espaces non-agricoles plutôt qu’à l’intérieur des champs. Aussi, il est difficile de les contrôler. Les herbicides sont généralement peu efficaces. On remarquera, au passage, que les experts de l’EPA s’autorisent un conseil à l’égard des agriculteurs : un contrôle efficace peut être réalisé à l’aide de glyphosate, halosulfuron-methyl+dicamba (2,4D), et nicosulfuron + dicamba.

2) Le flux de pollen
Etant donnée l’éventualité de la présence de laiterons en bordure des champs, la possibilité que des migrations de population de monarques se trouvent en contact avec des champs de maïs Bt est fort probable. On estime la superficie des champs de maïs à 2,73x107 hectares et sur cette superficie totale, seulement 26294 miles2 pourraient servir de site d’hébergement pour le monarque. Les bordures des champs de blé ne constituent qu’environ 0,18% de la surface d’habitat probable pour les monarques. On peut donc supposer que l’habitat principal des papillons monarques passe au travers des champs de blé. Les monarques qui se nourrissent de laiteron à proximité ou au milieu des champs seront potentiellement exposés au pollen pendant l’anthésis. La période de pollinisation varie en fonction des hybrides et des régions et est déterminée en fonction de l’unité de degré de pousse (GDU= growing degree unit). Les grains de pollen ne se dispersent pas très loin de leur source parce qu’ils sont larges. Généralement, ils restent à l’intérieur du champ et ne se dispersent que rarement à plus de 5 mètres du bord du champ. Des études ont démontré que seulement 0,2% des grains de pollen se trouvaient à 60 mètres du champ ; entre autre, l’étude menée par Pleasants et Al. a démontré que la densité de pollen en bordure des champs de maïs était de 50% du niveau trouvé à l’intérieur et la densité de pollen sur les laiterons était plus grande à l’intérieur des rangées qu’entre les rangées447. John Pleasants du département de zoologie et
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John Pleasants, Richard Hellmich, Diane E. Stanley-Horn…, « Corn pollen desposition on milkweeds in and near cornfields », PNAS, 9 Octobre 2001, vol. 98, n°21, 11919-11924, sur www.pnas.org

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de génétique de l’université de l’Etat d’Iowa a mesuré la densité de pollen sur les feuilles de laiterons à l’intérieur et en dehors des champs de maïs ; le but étant d’obtenir une image représentative des densités de pollen telles qu’elles se produisent dans la nature afin de disposer d’un modèle pour les études en laboratoire et en champs448. La plus forte densité de pollen se trouvait au cœur du champ de maïs (170.6 grains par cm2) et diminuait au fur et à mesure que l’on dépassait la bordure du champ, tombant à 14,2 grains par cm2 ; à l’intérieur du champ, 95% des échantillons de feuilles ont des densités inférieures à 600 grains par cm2 et la densité la plus forte observée est 1400 grains par cm2, événement qui est survenu après une période d’anthésis sans pluie. Une averse peut supprimer à elle seule de 54 à 86% du pollen. Enfin une dernière information de grande importance est que les feuilles supérieures sur lesquelles ont coutume de s’alimenter les larves ont de 30 à 50% de pollen en moins que les feuilles qui se trouvent au milieu. Les auteurs se félicitent d’avoir produit des résultats tout à fait à l’image de ce qui peut se passer dans la nature. Ce qui leur permet une comparaison avec les données fournies dans les expériences de Losey et Obrycki. Concernant le premier, il n’est pas possible d’établir de comparaison étant donné que les densités de pollen qui ont été appliquées en laboratoire n’ont pas été quantifiées. Pour le second, les densités découvertes en champ (121.6 grains per cm2) étaient en dessous des 170 grains per cm2 trouvés dans l’étude présente, mais ceci est sans doute dû aux averses qui ont eu lieu au cours de l’expérience. Les dosages qu’ils ont été appliqués sur les feuilles en laboratoire, quant à eux, correspondaient aux valeurs faibles, moyennes et très faibles qui ont pu être trouvées en plein champ. Les experts en concluent que l’exposition du monarque au pollen comprend la période de l’anthésis, habituellement 7 à 10 jours et peut encore aller au de-là. Les effets post-anthésis dépendront alors du taux de dissolution de la toxine Bt, un phénomène qui est actuellement en cours d’évaluation. Deux facteurs contribueront alors à la diminution du risque d’exposition du pollen Bt : la pluie, le fait que les larves justes nées (« first instar »), les plus sensibles se nourrissent sur les feuilles hautes. Tous ces éléments ne prouvent cependant en rien le risque et des études complémentaires ont été effectuées par Hellmich et Stanley-Horn pour déterminer le seuil de toxicité avec des doses de pollen correspondantes.

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« In order to accurately interpret results of studies that examine the effects of Bt corn pollen on monarch butterfly larvae it is necessary to know the range and distribution of naturally occuring pollen densities on milkweed leaves. This provide a perspective on both laboratory and field studies in which monarch larvae feed on milkweed leaves with Bt corn pollen. It lets us determine how frequently the pollen densities observed in this studies would occur in nature. », ibid.

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On constate que les problèmes soulevés par Losey et Obrycki ont donc été sérieusement pris en compte. Aussi on s’aperçoit qu’il existe véritablement un désir d’étudier les risques évoqués. On remarquera en outre que si cette expérience ne cherche pas à démontrer une prépondérance du risque, sans éliminer celui-ci, ni en diminuer la portée, elle insiste sur la difficulté de sa prédiction, étant donné le grand nombre des facteurs qui entrent en compte pour déterminer celui-ci de manière précise. Traitant du problème de l’exposition des monarques au pollen, les experts de l’EPA reprennent à leur compte ces résultats. Ils affirment que malgré le grand nombre d’études qui ont pu être réalisées, il est difficile de déterminer la quantité de pollen qui est susceptible de se déposer sur les laiterons. Plusieurs facteurs tels que, le vent et la pluie ou encore, l’angle des feuilles, influencent le dépôt et la rétention du pollen sur les feuilles de laiteron. Si l’on envisage maintenant que le pollen peut être transporté par les monarques adultes et donné en alimentation aux larves, les quantités ne seraient pas assez importantes pour nuire à ces dernières449. Aussi étant donné que la protéine Bt Cry doit être ingérée et ne peut pas affecter les larves par simple contact, le transport du pollen ne se trouve, par conséquent, à l’origine que de très peu de risques.

Les risques d’exposition du monarque à Bt
Un autre facteur atténuant le risque est que l’on a pu démontrer que les monarques ne pouvaient être exposés aux effets de Bt que lorsque celui-ci reste actif dans le pollen(Gelernter, 1990). Cela vaut aussi bien pour l’activité insecticide du Bt pulvérisé que pour la protéine Bt exprimée dans le pollen (Head and Brown 1999). Aussi, en 1999, Head and Brown ont pu démontrer dans une expérience effectuée en laboratoire sur du maïs MON810 que l’activité du pollen n’était plus détectable après 7 jours. Les experts de l’EPA, eux, émettent l’hypothèse selon laquelle l’activité de la protéine diminue encore beaucoup plus vite dans les champs où elle se trouve exposée à de nombreuses conditions climatiques variables : « therefore, the cry protein may breakdown more rapidly than seven day under field conditions. » Un troisième facteur à prendre en compte serait celui de l’endroit de ponte des œufs. Des études menées en laboratoire par l’équipe de Tschenn ont montré que les monarques ne montraient pas de préférence pour les laiterons avec ou sans pollen Bt et qu’ils ne

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« The level of exposure of Monarch larvae to Bt pollen carried to milkweed plants on exoskeleton of adults is minimal. If pollen were to adhere to monarchs by contacting it’s exoskeleton, there is minimal risk posed from monarchs transporting pollen among milkweed plants. » Summary of nontarget Organism Toxicity Testing on corn Bt 11 (0064444) and MON810 (006430) in Bt PlantIncorporated Protectants September 29, 2001 Biopesticides Registration Action Document, p. IIC50.

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cherchaient pas à les éviter. Les expériences menées en commun par les scientifiques américains et canadiens ont pu mettre en évidence l’inévitable risque d’ingestion de pollen Bt par les larves de monarque. Les experts de l’EPA citent l’expérience menée par Oberhauser et al. sur la coïncidence temporelle entre les larves de monarque et le pollen450. Afin de vérifier la possibilité que la larve de monarque soit exposée au pollen Bt, les scientifiques ont étudié les laiterons et la densité de monarques dans les zones les plus susceptibles de servir d’habitat au monarque (champs de maïs, bordures de champs de maïs, autres champs agricoles, et sur des terrains non agricoles) ce, dans 4 régions de reproduction du monarque. On a trouvé que les monarques utilisaient les laiterons dans les champs de maïs pendant toute leur période de reproduction et que la densité par plante était aussi importante dans un habitat agricole que non-agricole. On a pu remarquer également qu’il y avait un temps de coïncidence plus important entre les monarques sensibles et l’anthésis du blé dans la zone de reproduction estivale qui se trouve au nord que dans celle qui se trouve au sud. La conclusion de toutes ces observations étant qu’avec ou sans maïs transgénique, l’importance de cet habitat pour les monarques fait que les pratiques agricoles, telles que le désherbage et l’usage d’insecticides peuvent avoir un grand impact sur les populations de monarques451. Les quatre sites concernés sont le centre-est du Minnesota, et le centre ouest du Wisconsin, l’Iowa Central, le Maryland et le sud de l’Ontario. Chaque groupe surveillait 5 types de sites où se trouvaient représentés différents types d’habitats. Sur chaque endroit se trouvent des champs de maïs non-transgénique ainsi qu’une surface de terre non agricole. Tous les terrains étaient à moins d’un kilomètre l’un de l’autre afin de renforcer la chance qu’une même population de monarques soit exposée à tous les types d’habitats à l’intérieur d’un seul site. Ces études ont démontré l’extrême importance des habitats agricoles pour la reproduction du monarque par rapport aux autres types d’habitats (on estime que les champs de maïs produisent 78 fois plus de monarques que les habitats non agricoles dans l’Iowa et 73 fois plus dans le Minnesota et le Wisconsin). La différence des habitats lors de la métamorphose des œufs en adultes pourrait avoir un impact sur la productivité. En fait les pratiques qui touchent la densité des laiterons sont susceptibles d’avoir de nombreuses conséquences sur l’abondance des monarques. En résumé, il est donc important de dire qu’une proportion de la population des monarques se trouve en contact, voire ingère du pollen de maïs Bt sur les laiterons et donc,
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Karen S. Oberhauser, Diane E. Stanley-horns, Mark K.Sears, John M. pleasants et Richard L. Hellmich… « Temporal and spatial overlap between monarch larvae andcorn pollen »,. PNAS, le 9 octobre 2001, vol. 98, n°21, 11913-11918 sur www.pnas.org/ 451 “ The importance of agricultural habitats to monarch production suggests that, regardless of the impact of genetically modified crops, agricultural practices such as weed control and foliar insecticide use could have large impacts on monarch populations. ”, ibid.

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il sera nécessaire d’évaluer le niveau de toxine des futurs hybrides ; mais les auteurs ajoutent qu’il est important de prendre en considération que les pratiques agricoles classiques qui ont aussi un impact fort important sur les populations de monarques. Concernant le problème central qui est l’exposition des monarques au maïs Bt, les auteurs ont calculé dans la région de l’Iowa, que la proportion des larves exposées au pollen lors de leur développement au cours de l’été s’élevait à 3% de l’ensemble de la population. On est donc passé d’une évaluation de la possibilité de trouver du pollen de maïs Bt à l’intérieur et en bordure de champ à l’estimation des chances qu’il y avait pour que les larves de pollen soient en contact avec ce maïs. La réponse à ces 2 problèmes permet de donner une valeur approximative du risque. La dernière question qu’il reste à poser, sans doute la plus cruciale, est celle de l’impact du pollen sur les larves de papillons.

Les effets du Bt sur le monarque
Pour déterminer quels étaient les effets du Bt sur le monarque deux expériences ont été menées : une première, à laquelle Losey et Obrycki ont participée, a consisté à vérifier l’impact du pollen exprimant la toxine Cry1Ab sur les papillons monarques en plein champs452. Quant à la seconde étude, elle porte sur la sensibilité des larves de monarques aux protéines de Bacillus thuringiensis purifiées et au pollen453. Concernant l’étude menée par Stanley-Horn et al., il s’agissait d’une étude comparative qui consistait à observer en plein champ le comportement des larves de Danaus Plexippus, après que celles-ci aient été exposées à trois variétés de maïs Bt exprimant différemment la toxine, ou à l’insecticide, λ-cyhalothrin. Les résultats ont montré une grande disparité dans les réactions observées selon la variété de maïs qui a été administrée. Ainsi les larves justes pondues (first-instars) exposées à des faibles doses de pollen (22 grains per cm2) de la variété 176 ont pris 18% de poids en moins que ceux qui se trouvaient exposés au Bt 11 et Mon810, après seulement 5 jours d’exposition. Avec une exposition à 67 grains de pollen par cm2 de la variété 176, ils ont montré 60% de résistance en moins et un gain de poids inférieur de 42%. Par contre le maïs Bt 11 n’avait aucun effet sur la croissance ou la résistance des larves justes écloses exposées pendant 5 jours à une dose de 97 grains par cm2. Dans les champs, on n’a pas non plus observé de différence après une période de 4 jours sur des feuilles contenant une dose 504-586 (à l’intérieur des champs) et 18-22 (en

452

Diane E. Stanley-horn, R.L. Hellmich, Mark K. Sears, John E. Losey, John J. Obrycki… « Assessing the impact of Cry1Ab-expressing corn pollen on monarch butterfly larvae in field studies », in PNAS, 9 Octobre 2001, vol.98, n°21, 11931-11936. 453 Richard L. Hellmich, Blair D. Siegfried, Diane E. Stanley-Horn.in PNAS, « Monarch larvae sensitivity to Bacillus thuringiensis-purified proteins and pollen », 9 Octobre 2001, vol. 98, n°21, 11925-11930.

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bordure des champs) graines par cm2. Cependant, on a constaté que la résistance ainsi que le gain de poids étaient sérieusement affectés par l’utilisation de l’insecticide λ-cyhalothrin à l’intérieur de champs non-Bt. On a donc pu observer des effets négligeables des maïs Bt 11 et Mon810 en champ : « The effects of Bt11 and Mon 810 pollen on the survivorship of larvae feeding 14 to 22 days on milkweeds in fields were negligible. Further studies should examine the lifetime and reproductive impact of Bt11 and Mon810 pollen on monarchs after long-term exposure to naturally deposited pollen. »454 Ces études auraient donc démontré que seul le maïs Event 176 semble avoir des effets néfastes sur les monarques. Pour confirmer ces résultats, on a effectué 5 expériences dans l’Iowa, l’Ontario, le Maryland et à New York. Chacune de ces expériences avait un but expérimental différent. Cependant, l’approche générale consistait à exposer les larves sur des laiterons contenants des dépôts naturels de pollen Bt et non-Bt qui ont subi une accumulation, une dégradation naturelle de sa toxine soumises à différentes conditions environnementales et l’ingestion possible d’un matériaux autre que le pollen, exprimant la toxine Bt. En plus de cela, dans le Maryland, on a effectué une étude comparative avec les réponses obtenues à la suite de l’usage du pesticide Ostrinia nubilalis. Toutes ces études ont démontré que l’expression de Cry1Ab par l’intermédiaire du pollen déposé sur les laiterons pouvait avoir un fort impact lors de l’anthésis. On a pu observer sur différents sites les effets néfastes du pollen sur le poids et la résistance des insectes. La découverte d’importance étant que : tous ces résultats concordent avec ceux des expériences de Jesse et Obrycki ainsi qu’avec les résultats découverts en laboratoire par Hellmich455. Par contre les résultats obtenus sur les maïs Mon810 et Bt11 démontrent une absence d’effets adverses directs sur la survie des larves, ce qui d’après les auteurs n’est pas surprenant, étant donné que les pollens de ces maïs expriment beaucoup moins de toxine que le pollen de event-176. En ce qui concerne le maïs Bt 11, celui-ci n’a pas démontré d’effets sur la capacité à survivre des insectes, même avec des densités de 586 grains par cm2. Ceci a pu être observé aussi bien sur les larves justes pondues ainsi que sur les larves qui ont pu se métamorphoser et ont vécu. Les auteurs ajoutent que tous ces résultats obtenus en champs concordent avec ceux du laboratoire qui démontrent qu’en dessous de 1000 grains par cm2 pendant 4 jours, le pollen n’affecte pas le monarque de manière déterminante. Si la plupart de ces études se sont concentrées sur les résultats en bordure de champ plutôt qu’en milieu, là où les doses de pollen sont plus élevées, les études menées en plein
454 455

Richard L. Hellmich, Ibid. « These results are consistent with those of jesse and Obrycki who observed a decrease in the survival of larvae exposed to event-176 pollen on leave from within a field ( 80-217 pollen grains per cm2) compared with those fed outside the field. » Ibid.

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champs de maïs doux peuvent valoir comme cas extrême, étant donné que le maïs doux produit une densité de pollen 3 fois supérieure à celle que l’on peut trouver dans les champs. Les auteurs affirment qu’il est donc possible d’extrapoler les résultats obtenus dans les champs de maïs doux456. Le cas du maïs doux est aussi un très bon exemple qui permet de relativiser l’approche du risque : « the sweet-corn experiment also demonstrates the importance of assessing the risks of Bt corn to monarch populations in terms of relative risks to other agricultural practices. »457 C’est ainsi que les auteurs ont pu observer les effets néfastes des traitements à la λ-cyhalothrin sur le monarque. La plupart des larves sont mortes dans les heures qui ont suivi le traitement à base de l’insecticide mentionné. Cela vaut aussi pour les larves qui se trouvaient sur les laiterons à l’extérieur du champ, parce que l’insecticide a dévié. Ces résultats ne sont pas surprenants, étant donné que cet insecticide est fréquemment utilisé pour contrôler les ravages causés par les lépidoptères. On sera attentif au fait que Stanley-Horn et al. renvoient au rapport de l’EPA dans lequel certaines données démontreraient que les plantes génétiquement modifiées ont tendance à faire reculer l’usage de pesticides. Dans le cas d’une anthésis maximale, les larves qui seraient en contact avec la plus grande dose de pollen de maïs Bt 11 possible ne seraient nullement en danger. Les scientifiques affirment que les résultats qui ont été trouvés pour le maïs Bt11 sont aussi certainement vrais pour le Mon810 parce que la molécule Cry1Ab qui s’y trouve exprimée est similaire. Il semble cependant nécessaire de poursuivre des études supplémentaires, afin de déterminer l’impact de la durée d’exposition. Il est nécessaire d’approfondir les recherches sur les effets d’une exposition plus longue aussi sur des effets latents tels que la capacité de reproduction ou encore la facilité de migration. En conclusion les auteurs insistent sur la difficulté à démontrer l’existence de phénomènes subtils avec cette étude menée en plein champ et rappellent la nécessité de compléter ces résultats avec des études menées en laboratoire. Ces études complémentaires ont donc été menées en laboratoire par l’équipe de Richard Hellmich458 de l’unité de recherche sur les insectes du maïs et les semences génétiques d’entomologie du département de recherche agricole des Etats-Unis (USDA-ARS) et du département d’entomologie de l’Université de l’Etat d’IOWA. Ces tests en laboratoire

456

« Thus, results of nontarget effects in sweet corn can be extrapolated to risk scenarios for field corn. » Richard L. Hellmich, Ibid., p.11936. 457 Ibid. 458 Richard L. Hellmich, Blair D. Siegfried, Diane E. Stanley-Horn, « Monarch larvae sensitivity to Bacillus thuringiensis-purified proteins and pollen »,.in PNAS, 9 Octobre 2001, vol. 98, n°21, 1192511930.

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ont été effectués en vue de déterminer la toxicité relative des toxines Bt suivantes : Cry1Ab, Cry1Ac, Cry9C et Cry1F. Pour cela, on a utilisé 3 méthodes : Incorporer des toxines purifiées dans une alimentation artificielle Appliquer du pollen qui a été ramassé sur le maïs Bt directement sur des disques de feuilles de laiteron Appliquer directement du pollen Bt contaminé avec des anthères du maïs (corn tassel) sur des disques de feuilles de laiteron. Cette dernière méthode a été employée parce qu’il semble que des échantillons contaminés peuvent fausser les résultats. On a pu démontrer que les toxines Bt purifiées de Cry9C et Cry1F sont relativement peu toxiques pour les larves justes pondues (“ first instar ”), alors que celles-ci ont été sensibles aux protéines Cry1Ab et Cry1Ac. Par contre les larves plus âgées étaient beaucoup moins sensibles à la toxine de Cry1Ab. Certains des contaminants du pollen (pollen contaminants) peuvent très sérieusement affecter la survie des larves ainsi que leur gain de poids. Le seul pollen transgénique qui a sérieusement affecté les larves de monarques provenait de la variété event 176, qui ne représente plus actuellement que 2% de la surface plantée, et n’a pas obtenu de nouvelle registration ; pour ce qui concerne les autres maïs, on n’a pas pu démontrer de conséquences néfastes : « The only transgenic corn pollen that consistently affected monarch larvae was from Cry1Ab event 176 hybrids, currently <2% corn planted and for which re-registration has not been applied. Results from the other types of Bt corn suggest that pollen from the other types of Bt corn suggest that pollen from Cry 1Ab (events Bt11 and Mon810) and Cry1F, and experimental Cry9C hybrids, will have no acute effects on monarch butterfly larvae in field settings.» On notera que l’équipe de R. L. Hellmich rappelle que les effets des toxines Bt sont bien connus : des études ont démontré que l’usage de cette toxine dans les forêts comme insecticide pour les papillons zig zag a des effets adverses sur des lépidoptères non-cibles ; d’autres études menées en plein champ ont démontré une réduction temporaire des lépidoptères à la suite d’un usage prolongé de Bt. Faisant suite à ces données, l’EPA a considéré que les insecticides à base de Bt pouvaient être néfastes à tous les lépidoptères, bien que l’exposition aux traitements agricoles en champ devait être plus faible que celle qui a lieu dans les forêts. Les experts soulignent alors que l’EPA a émis l’hypothèse selon laquelle l’impact du pollen Bt serait plus faible dans les champs alors qu’elle ne connaissait pas l’éventualité de cet impact. On ne peut pas non plus se baser sur les résultats de Losey, pour établir une relation entre l’exposition au pollen et l’effet de ces données. De plus, ce dernier n’a pris qu’une seule variété de maïs en considération, or les expressions de la toxine Bt

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varient en fonction du type de gène qui est introduit dans la plante ; enfin, le facteur de la sensibilité relative des larves selon le stade de développement n’a pas été étudié, or une réponse qui différait en fonction des stades de développement aurait de sérieuses implications au niveau de l’estimation des risques, lorsque l’on rapprocherait celle-ci de l’anthésis par exemple. Un point important dans cette expérience a porté sur le ‘pollen contaminé’. En effet, ce 3ème type de bio-essai tentait de simuler une situation identique à celle rencontrée en pleine nature (ce qui fait remarquer aux scientifiques la difficulté d’une telle expérimentation). En effet, les échantillons de pollen contaminés peuvent influencer dramatiquement le gain de poids des larves et produire des résultats faux. Les particules de matériel autre que le pollen, essentiellement des ‘bouts d’anthères’, trouvés dans les échantillons de pollen de départ étaient de 7 ± 0.6% pour l’expérience Cry9C et 8 ± 0.7% pour l’expérience avec Cry 1Ab (Bt11). Aussi, Jesse et Obrycki ont rapporté une contamination de 43% ± 2% par le tissu des anthères dans leurs échantillons de Bt 11. Par conséquent, les résultats selon lesquels l’exposition de 135 grains/cm2 peut influencer le poids des larves devraient être réévalués. Cette contamination pose une question importante: est-ce que les larves de monarques sont exposées à un tissu de maïs autre que le pollen (“ Are monarch larvae exposed to corn tissues other than pollen ? ”). Cette éventualité pose un certain nombre de problèmes et il n’est pas vraiment possible en laboratoire de reproduire les véritables conditions des champs. Pourtant, il est essentiel de trouver une réponse. En effet, les études de Losey ont rapporté que les larves qui ont ingéré du pollen de maïs Bt pendant plus de 4 jours, avaient une mortalité plus élevée de 56%. Dans l’étude menée par l’équipe d’Hellmich, les larves qui ont survécu à un régime > à 1000 grains de pollen/cm2 pendant plus de 4 jours était de 97% ± 1% et ne comportaient pas véritablement de différence comparé aux insectes de contrôle. Cependant, ces résultats ont varié selon la variété qui a été prise en compte et selon le traitement de cette variété : par exemple, pour le pollen de Cbh351 contaminé par des anthères (corn tassel) de maïs Bt, 20% des larves ont survécu, alors que les larves qui ont consommé le même pollen légèrement tamisé était de 100%. Pour le pollen de Bt11 qui a été contaminé, 17% des larves ont survécu, alors qu’avec la même variété pure, 92% des insectes ont survécu. Il paraît donc essentiel d’insister sur le fait, qu’excepté la variété 176, le pollen de maïs Bt ne s’est pas vraiment montré toxique. On doit donc supposer que pour l’expérience de Losey, les densités d’exposition dépassaient 1000 grains/cm2, ou que ce pollen se trouvait mélangé avec du matériel d’anthère ou encore, les 2 à la fois.

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Enfin les auteurs ajoutent qu’il est difficile dans le cadre de ces études de parvenir à une grande précision (estimation de l’expression de la protéine Bt, mesure du gain ou des pertes de poids des larves…) et parfois, il est difficile de déterminer si les petites différences sont réelles ou issues de petits artifices. Dans les conditions de laboratoire, les larves de monarque n’ont pas d’autre choix que de se nourrir avec le pollen. Aussi les densités supérieures à 1000 grains/cm2 sont rares dans les champs. Reste encore à étudier les effets à long terme. Concernant le maïs event 176, il est affirmé, une fois de plus, qu’il est en passe de devenir quasiment inexistant et ne sera pas réintroduit sur le marché. Tout risque se voit donc écarté.

Reprise des résultats du DCI par l’EPA
Reprenant l’expérience menée par l’équipe d’Hellmich, les experts de l’EPA s’autorisent à conclure que le seuil de risque pour MON810 est > à 2000 grains par cm2 et pour le Bt 11 de 4000 grains par cm2, ces deux niveaux étant bien supérieurs à ceux que l’on peut trouver en champ (ces niveaux sont estimés ne pouvoir survenir qu’à 0.1%). Ils en concluent d’une manière plus directive « It can be conclued that levels of MON 810 ou Bt11 pollen toxic to monarch larvae do not occur under natural field conditions. »459 A la suite de l’ensemble des études qui ont été fournies par le DCI, l’EPA affirme avec certitude que le maïs Bt était beaucoup moins dangereux pour le monarque que les conditions climatiques, l’habitat d’hibernation, les prédateurs, le stress physiologique, ou l’activité humaine et l’usage conventionnel de pesticides. Aussi, la diminution de l’usage des pesticides à la suite d’un plus grand recours aux maïs Bt profitera aux papillons monarques. Les auteurs ajoutent qu’on a pu observer une croissance de la sensibilité du monarque à la protéine Cry : Cry 1 Ab > Cry 1Ac > Cry 9c > Cry 1F. On sera également attentif à un commentaire des études de Losey et Jesse et Obrycki. Les études de ces derniers portaient sur le maïs Event 176 ; aussi les résultats inquiétants qu’ils avaient découverts ne posent plus véritablement de problème étant donné que cette variété, outre le fait qu’elle ne représente plus que 2% des cultures totales, ne sera plus en vente à partir de 2003460. La conclusion de l’EPA est alors sans appel et beaucoup plus tranchée que celles des scientifiques qui ont participé au DCI: « Based on the review of the submitted DCI data, the Agency concludes that the monarch toxicity

459

« On peut conclure que les niveaux de pollen toxique Bt 11 ou MON 810 sur les larves de monarque ne peuvent survenir dans des conditions naturelles. »BRAD report, Ibid. p.IIC54. 460 « However, this does not create a concern for monarchs since Event 176 corn comprises less than 2% of U.S. corn acreage and will no longer be sold after the 2003 growing season. »BRAD report, Ibid., p IIC55.

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information developped in the last two years does not give sufficient cause for undue concern of widespread risks to monarch butterflies at this time. EPA will continue to closely monitor the results from further monarch buterfly research as a part of its regulatory oversight of Bt products. »461 Si on a souhaité développer avec force détails le rapport de l’EPA ainsi que les expériences du DCI publiées dans les PNAS, c’est pour illustrer le sérieux avec lequel est appliqué le principe de précaution dans le cadre de la re-registration du maïs Bt. Celui-ci contraste fortement avec certaines affirmations. Ici, il apparaît clairement que le risque peut être considéré comme minime, or, comme on le verra dans la 4ème partie de ce travail et contrairement à l’expérience de Losey, les résultats de ces expériences n’ont été que faiblement relayés par la presse. Concernant la presse scientifique, un article du magazine français la Recherche relate les résultats et titre : « Le maïs transgénique obtient la relaxe »462. Ce titre, comme on le voit, compose avec le présupposé de la « culpabilité du maïs transgénique ». Telle une criminelle, la plante génétiquement modifiée s’est retrouvée au banc des accusées. On mesure ainsi le crédit qui est donné aux accusations portées. Ainsi, le journaliste souligne l’aspect médiatique du renversement :« Coup dur pour les antiOGM : un ensemble d’études menées dans plusieurs états américains montre que les papillons monarques n’ont presque rien à craindre du maïs transgénique... Mais si l’argument phare à l’encontre des cultures OGM tombe, toute la question du niveau de risque acceptable reste posée. »463 Après avoir résumé rapidement l’ensemble des expériences, l’auteur tente de donner une réponse à cette question. Il cite alors Josette Chaufaux, spécialiste des effets non-intentionnels sur les insectes des plantes transgéniques à l’INRA ; selon cette dernière, les expériences menées aux Etats-Unis étaient nécessaires pour régler l’affaire du monarque, mais il n’est pas dit pour autant qu’elles aident les PGM à sortir de l’impasse actuelle. « Toute la difficulté est de s’accorder sur le niveau de précision requis lorsque l’on quantifie les risques. Par exemple, nous avons montré l’absence d’effet du maïs Bt sur les coccinelles, et ce, avec une précision de 95%. Or, on pourra toujours nous demander plus ! Pour sortir de cet engrenage, il faudrait comparer les effets des OGM à ceux des autres pratiques

461

« En se fondant sur les données de la DCI, l’agence conclue que les informations développées sur la toxicité supportée par le monarque ces deux dernières années, ne constituent pas une cause suffisante pour l’affaire excessive sur les risques encourus par le papillon monarque. L’EPA continuera à surveiller de prêt … »Ibid., p. IIC56. 462 Yves Sciama, la Recherche 348, déc. 2001, pp.18-19. 463 Ibid., p. 18

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agricoles avec les mêmes exigences, ce n’est pas le cas aujourd’hui. »464 On constatera que cette proposition rejoint le 2e commandement de la liste établie par Philippe Kourilsky.

Discussion
Que penser de « l’affaire du papillon monarque » ? Cet épisode scientifique s’inscrit dans la détermination des risques environnementaux causés par les PGM. Comme dans le cas de l’affaire Pusztai, un scientifique a publié des résultats qui pouvaient laisser croire à l’existence d’un danger avéré: le maïs Bt serait fatal aux papillons monarques. Comme dans le cadre de l’affaire Pusztai, cette ‘démonstration’ a suscité une controverse entre scientifiques et une polémique au niveau médiatique (comment une institution a-t-elle pu autoriser la commercialisation d’un produit dangereux pour la faune ?). A la différence de la Royal Academy qui a fait usage de son autorité pour traiter le problème et destituer le Professeur Pusztai, ce parce que celui-ci n’a pas respecté les usages de la publication scientifique en vigueur, l’administration américaine a répondu en lançant une enquête d’envergure et tenté de résoudre les problèmes soulevés par les articles de Losey et Obrycki. Il faut dire que dans ce cas, les deux scientifiques, contrairement à Pusztai, n’ont pas cherché à exploiter les résultats ; bien au contraire, ils ont lancé des appels pour tenter de modérer la récupération que certains voulaient faire de leurs expériences. En quelque sorte, on pourrait dire que l’EPA s’est dédouanée de la faute qu’elle a commise en négligeant un risque dont elle avait supposée l’existence (on savait que les traitements à base d’insecticide Bt étaient néfastes pour les lépidoptères) sans pousser plus loin l’investigation. L’appel à contribution qui a été lancé a permis de vérifier que les risques étaient beaucoup moins élevés que ce que laissait entendre l’expérience de Losey. Autrement dit, on est passé du danger (« le maïs Bt en général est nocif aux papillons monarques ») au risque avéré relatif (« seule la variété Event 176 peut dans certaines conditions être dangereuse pour les papillons monarques »). Aussi, étant donné que cette variété de maïs ne représente que 2% de la superficie totale, qu’elle est conditionnée par plusieurs facteurs (pollinisation et stade primaire des larves simultanées…) et qu’enfin, elle disparaîtra du marché en 2003, le risque redevient un risque potentiel. Pourtant, les résultats incomplets des articles de Losey et d’Obrycki ont fait leur bout de chemin à la une des journaux et dans l’opinion publique, puisqu’ils ont été largement exploités par les organisations écologiques et par l’administration qui a saisi l’opportunité pour établir un moratoire.

464

Ibid., p. 19

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Le comportement des industriels et de l’administration américaine s’inscrit donc dans la lignée de ce que nous avons considéré comme un « usage positif du principe de précaution ». En effet, la découverte d’un problème concernant les risques environnementaux s’est trouvée à l’origine d’un protocole de recherche dont les conditions auraient pu être suspensives pour la technologie. En effet, si l’enquête du DCI avait confirmé la possibilité de généraliser les résultats de Losey, alors, l’EPA aurait sans aucun doute procédé à la déregistration du maïs Bt. Pourtant l’attitude de l’EPA et la mise en place du Data Call In n’a pas réussi à satisfaire tout le monde. En effet, pour beaucoup, le fait que l’EPA ait fait registrer le maïs sur des données incomplètes, alors qu’elle était pourtant en mesure de suspecter l’existence d’un risque, est un argument qui invalide le système. S’il est impossible de reprocher à l’EPA d’avoir fondé sa décision sur les connaissances du moment et par conséquent, de ne pas avoir pris en compte l’existence de certains risques tels que ce que l’on connaît aujourd’hui, par exemple, pour le maïs Event 176, certains experts ne manquent pas de reprocher à l’agence d’avoir registré le maïs Bt sans avoir effectué toutes ces recherches. Aussi, même après que les PNAS aient publié ces résultats sensés calmer les esprits, les reproches n’ont pas cessé de fuser. Il est intéressant de constater que tous les opposants critiquent l’EPA pour ne pas avoir pris à temps les bonnes mesures en officialisant la mise sur le marché d’un nouveau produit sans avoir à sa disposition tous les éléments. Ainsi, dans une lettre adressée à l’Agence, Karen Oberhauser, une des scientifiques qui a participé au DCI, affirme que la décision initiale de registration du maïs Bt était prématurée et fondée sur de fausses assomptions concernant les insectes non-cibles465 ; aussi, elle ajoute que si on ne peut accuser l’EPA pour ne pas avoir considéré des données qui n’étaient pas disponibles à l’époque où le rapport a été écrit, ce document aurait comporté des affirmations contradictoires avec ce qui a été découvert plus tard par les études en laboratoires et dans les champs. Aussi, pour cette scientifique du département d’écologie, le premier document aurait reflété une vision trop optimiste des risques potentiels des semences BT, erreur qui pourrait, d’après elle, se réitérer466.

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« The results of studies conducted in the summer of 2000 clearly demonstrate that the initial licensing decisions were premature and based on incorrect assumptions about the risks to nontarget organisms of Bt corn. » lettre de Karen Oberhauser, University of Minnesota, Department of Ecology, to Public Information and Records Integrity Branch Information Resources and Services Division (7502C) Office of Pesticide Programs EPA, Docket Control #OPP-00678B. 466 « While the EPA cannot be faulted for not considering data that were unavailable at the time the report was written, the document included statements that were contradictory to what was later found in field and laboratory studies. I detailed my comments during the panel meeting. It was clear that the preliminary document reflected an overly optimistic assessment of potential risks of Bt crops. If the current timeline for decision-making is followed, EPA could repeat this mistake. »Ibid.

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On retrouve également ce genre de reproche dans le rapport de l’Union of Concerned Scientists, dont nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer l’existence précédemment467. Dans ce document, les auteurs qui se fondent sur l’analyse de Hilbeck et Meier affirment que l’EPA n’a pas réussi à résoudre le problème des organismes non-cibles, y compris celui des papillons monarques. En effet, toujours d’après les mêmes auteurs, les travaux de l’agence concernant le risque des insectes non-cibles révéleraient un certain flottement468. Ainsi, l’UCS reproche à l’EPA de ne pas avoir résolu le rôle de la toxicité potentielle des anthères ; l’agence se serait contentée de prendre en considération uniquement les interprétations des industriels qui démontrent l’innocuité du maïs Mon 810 et Bt 11 et aurait totalement ignoré un article de Jesse et Obrycki qui soulève l’éventualité d’une nocivité du maïs Bt dans le cas où le monarque ingère des anthères (la partie de la fleur qui produit le pollen) ; cette éventualité qui a été également soulevée par les experts qui ont participé au DCI a été considérée comme un « artifice d’étude » par les industriels et par conséquent, présenté tel par la révision du rapport BRAD469. L’UCS considère que ce facteur qui a été négligé par l’EPA est un risque potentiel pour le papillon monarque. Une autre critique porte sur les effets à long-terme. En effet, l’EPA n’aurait pas réussi à estimer proprement les effets à long-terme470, ni à estimer les risques pour les prédateurs de la pyrale ainsi que sur d’autres animaux non-cibles tels que, par exemple, les mammifères. Il apparaît donc clairement, une fois de plus, qu’on retrouve deux interprétations différentes du principe de précaution, en ce sens que les paramètres ici réclamés par l’UCS sont beaucoup plus exigeants que ceux qui ont été retenus par l’EPA. Pressée par la nécessité de rassurer les consommateurs, l’EPA ne peut pas fonder ses décisions sur des études à long-terme. En effet, on peut comprendre que cette exigence pourrait équivaloir à retirer tout simplement les PGM du marché. Or l’EPA estime que les avantages du maïs Bt dépassent de loin les risques probables que cette technologie peut faire courir, ce qui se

467

Jane Rissler, Margaret Mellon., Union of Concerned Scientists, « Comments to the environmental protection agency on the renewal of Bt-Crop registrations » Docket OPP-00678B September 10, 2001 468 «A close look at EPA’s assessment of Bt-crop risks to nontargets reveals a number of serious flaws, including an incomplete analysis of risks to monarch butterflies, biased evaluation of studies on green lacewing risks, and uncritical acceptance of flawed studies on insect abundance. », Ibid., p.7. 469 « The Jesse and Obrycki paper raised the possibility that monarchs may be killed byconsuming fragments of Bt-corn anthers, the pollen-producing parts of the corn flower. By contrast, even though the Industry Monarch DCI Response acknowledged that anthers of Mon 810 and Bt 11 corn “contain considerably higher Cry protein concentrations than the pollen itself,” industry considered anther fragments to be “study artifacts.” (…) The Revised BRAD does not mention toxic anther fragments; EPA apparently accepted industry’s view of them as study artifacts. » Ibid., p.7. 470 EPA’s Revised BRAD focused on short-term or lethal effects of Bt-corn @ pollen on monarchs and did not evaluate the potential long-term impacts of the pollen and anther fragments. We know of no multi-year studies examining the impacts of Bt-corn flower parts on monarch reproduction, development, or migration.

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trouve parfaitement dans le principe de précaution tel qu’il est généralement reconnu par l’institution. On retiendra de l’affaire du monarque que la divulgation à « grande audience » d’une expérience incomplète a été à l’origine d’une généralisation trompeuse ; cette dernière a été corrigée à la suite de la mise en place d’un impressionnant protocole d’expérience. Pourtant les résultats de celui-ci ont été, comme nous le verrons, faiblement relayés par les médias ; de plus, il n’ont pas servi à stopper toutes les critiques. Tout ceci démontre la relativité du principe de précaution : en effet, comment ne pas être surpris que l’existence d’un danger soit dénoncée sans que l’on ne dispose d’aucune preuve concrète ? On pourra se demander qui est le plus à critiquer : l’agence qui n’a pas pris les mesures pour un risque surestimé alors qu’elle n’avait que de très faibles raisons de le faire, ou les experts qui, sans aucune preuve, ont traité celui-ci comme s’il s’agissait d’un grand danger en faisant passer pour une vérité une simple hypothèse? Ce problème montre une fois de plus la difficulté d’interprétation du principe de précaution. 3.3.4 Conclusion sur le principe de précaution et les risques environnementaux De la même manière que nous avons utilisé le principe d’équivalence en substance pour le risque alimentaire des PGM, nous avons utilisé le principe de précaution pour tenter de comprendre les controverses scientifiques qui portent sur les risques environnementaux. Ainsi, alors que les lectures divergentes du premier principe nous ont permis de comprendre que l’estimation du risque alimentaire variait en fonction de la conception que les experts avaient de la nature des PGM, le second nous démontre que la gestion des risques environnementaux varie en fonction de la conception que les experts ont de l’application de la technologie de la transgenèse végétale. Ainsi, il apparaît clairement que dans le cadre de la gestion de l’apparition de populations résistantes au maïs Bt, l’opposition porte, non pas, sur la possibilité de l’apparition de populations résistantes, mais sur la possibilité de gérer celles-ci. Alors que certains experts font intégralement confiance à la technique de l’HDR, d’autres cherchent à démontrer ses limites et la difficulté de sa mise en place. Il y a donc bien, comme nous l’avions supposé, un usage technique positif du principe de précaution et un usage théorique négatif de celui-ci. En effet, d’un point de vue théorique, l’apparition de la résistance apparaît comme un événement inévitable ; cela veut-il dire pour autant qu’il faut supprimer la technologie ? Cette question renvoie au problème qui consiste à se demander si les risques théoriques peuvent servir d’obstacles aux réalisations technologiques, et jusqu’à quel point cette conception peut être appliquée sans valoir comme une idéologie anti-technologique.

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On est donc revenu à notre problème de départ : celui qui consistait à donner un contenu au principe de précaution pour que celui-ci ne soit pas seulement une intuition spontanée fondée sur le bon sens (la prudence) ou une idéologie (le principe de responsabilité) qui dans son expression extrême a pour objectif la suppression de la technologie. On voit bien que les experts pro-PGM, qu’ils soient industriels ou qu’ils travaillent dans l’administration, font un « usage technique positif » du principe de précaution en développant des stratégies qui permettront de repousser l’apparition d’insectes résistants ou en faisant des études sur la faune pour voir les effets non-intentionnels du maïs Bt et prévenir d’un risque éventuel. Les experts anti-PGM, par contre, font un « usage théorique négatif » du principe de précaution en ce sens qu’ils affichent clairement comme objectif le retrait des semences Bt du marché en se fondant sur l’argument implicite que « quel que soit la mesure prise, elle ne permettra jamais de garantir une application 100% fiable de la technologie. » C’est ainsi par exemple que le CFS reproche à l’EPA de ne pas pouvoir être sûre du suivi à 100% de l’HDR par les agriculteurs ; de même les experts de l’UCS reprochent à l’EPA de n’avoir pas pris en compte le risque soulevé par Obrycki et le DCI concernant la présence d’une quantité nocive de pollen dans les anthères pour reregistrer le maïs. On voit donc bien que la controverse a pour origine une interprétation différente du principe de précaution (et non pas que certains l’appliquent alors que d’autres ne l’appliquent pas). On peut penser que ces applications divergentes du principe de précaution trouvent en partie leurs origines dans des conceptions philosophiques différentes de la technologie, tout comme le principe d’équivalence en substance et le principe de différence absolue reposaient sur des philosophies du vivant opposée. Cette opposition nous amène à un autre débat : celle de la balance « risques-bénéfices » : en effet, toute prise de risque dans le cadre du principe de précaution doit être justifiée par l’estimation de bénéfices plus important, ce sur quoi l’EPA justifie, comme on a pu le constater, l’ensemble de ses re-registration. C’est ce que nous allons étudier maintenant en détail.

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3.3. Développement de la controverse au niveau de l’expertise socio-économique Comme on vient de le démontrer au niveau de l’expertise scientifique, la controverse porte moins sur l’existence de risque que sur l’estimation de ceux-ci. Si les risques sont reconnus par l’ensemble des experts biologistes, qu’ils soient spécialisés dans le domaine de la transgenèse végétale ou dans celui de l’environnement, on constate qu’il ne font pas l’objet de la même analyse en fonction des protagonistes. Selon les opposants, le risque est inévitable et inhérent à la nature des aliments issus des biotechnologies, alors que pour les défenseurs des PGM, il doit pouvoir être géré et peut être contrôlé par la mise en place de mesures adéquates. Or la question qui se pose à présent est : qu’est-ce qui justifie la prise de risque ? En effet, pourquoi a-t-on recours à une technologie qui fait courir un risque plutôt qu’à une technologie au-dessus de tous soupçons ? Cette question, d’apparence naïve, est révélatrice de l’ambiguïté de l’introduction des plantes génétiquement modifiées sur le marché. Elle démontre que les institutions internationales qui les ont rendues légales et les entreprises agro-alimentaires qui l’ont rendu possible ont considéré que cette nouvelle technologie comportait bien plus d’avantages que d’inconvénients ; quant aux opposants, ils sont persuadés de l’inverse, voire pour certains, que les biotechnologies agroalimentaires parce qu’elles sont source d’inconvénients ne vallent pas la peine de courir le risque. On passe de cette manière, de considérations purement « sanitaires » (le risque d’apparition de nouvelles allergies, le risque de transmission d’un gène à l’organisme) et « environnementales » (risque d’apparition de populations résistantes, risque d’effets nonintentionnels sur les insectes non-cibles, risques de pollution) à des considérations sociales et économiques : la balance risque-bénéfices. Aussi, on évolue d’une définition du risque en termes de probabilité (plus ou moins risqué) à une mise en rapport de celui-ci avec les avantages de la technologie qui est susceptible de le produire. On quitte donc d’un problème d’expertise « scientifico-technique » pour un problème d’expertise « socio-économique ». Il s’agit d’étudier désormais les controverses qui portent sur l’utilité de l’introduction des semences issues de la transgenèse végétale sur le marché. Une nouvelle technologie est toujours jugée en termes d’avantages et d’inconvénients pour qui la met en application. Aussi une théorie généralement répandue affirme que la loi du marché a raison des technologies qui ne se trouvent être d’aucune utilité. La main invisible régule et sélectionne en fonction des besoins inhérents à la société, privilégiant ce qui est du plus grand intérêt pour cette dernière. On a donc toutes les raisons de penser que cette loi a dû déjà mettre, met et mettra à l’épreuve les PGM. Aussi, après vingt années d’existence, il est largement temps de s’apercevoir si le développement des biotechnologies

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agro-alimentaires a subi, ou résisté aux assauts de cette « sélection pragmatique ». Or pour cela, il semble nécessaire d’effectuer un bilan socio-économiques en se demandant d’une part, si les bénéfices apportés sont supérieurs aux risques que court la société dans son ensemble et si, d’autre part, les profits que la technologie permet de réaliser à l’ensemble des acteurs qui y ont recours sont supérieurs aux coûts qu’elle engendre. Comme on le constate, le premier bilan a un aspect plus « social » en ce sens qu’il implique directement tous les acteurs de la société ; en effet, chacun est concerné par les « risques », qu’ils soient alimentaires, environnementaux, ou économiques, aussi bien que par les bénéfices. Le couple « coûts, profits », lui, concerne directement les acteurs de la chaîne agro-alimentaire (semenciers, agriculteurs, distributeurs) et de manière indirecte les consommateurs. Il est, de toute façon, inclus dans le couple risques-bénéfices ; cependant nous tenons à le distinguer pour mieux analyser les mécanismes du système dans son ensemble. En effet, si on part du principe que les plantes génétiquement modifiées, sont à l’origine, le projet de quelques industriels, alors il semble important de se demander si la technologie a produit le rendement escompté par les investisseurs. Une fois ces couples de principes présentés dans leur aspect le plus général, il faut maintenant définir les catégories qui vont permettre d’argumenter. On distinguera alors 4 critères majeurs qui sont : Un développement géographique inégal mais une progression constante Le rendement des PGM en termes de quantité (capacité à produire) Le rendement des PGM en termes de qualité (respect de valeurs environnementales, usage de pesticides) Les avantages comparés des PGM par rapport aux semences classiques

Comme pour les chapitres précédents, nous exposerons les arguments des experts pour débattre sur la justification socio-économique des PGM, ce afin de tenter d’expliquer les raisons de la controverse. Pour cela, nous aurons recours principalement à des rapports, des bilans et des études comparées qui étudient les paramètres et résultats des PGM qui ont été mises sur le marché. 3.3.1 Un développement géographique contrasté, une progression constante Si les PGM ont fêté en 2003 leur 20ème anniversaire, il faut préciser que cela ne fait pas 20 ans qu’elles se trouvent sur le marché. En effet, entre leur commercialisation et leur invention, il n’a pas fallu moins de 10 années et plus de 3500 essais en plein champ depuis les toutes premières plantations en 1986 qui concernaient des plants de tabacs résistants

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aux herbicides, aux Etats-Unis et en France471. Le rapport publié en 1996 par l’ISAAA (

The

International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) propose un bilan complet des années qui ont précédé leur introduction sur le marché. En tout, ce sont plus de 56 variétés de semences qui ont été testées dans 34 pays sur plus de 15000 sites. 91% de ces tests ont été conduits dans les pays occidentaux, 1% en Russie et dans les Pays de l’Est et 8% dans les pays en voie de développement472. Aussi, la Chine est le premier pays qui a commercialisé des plantes génétiquement modifiées avec au tout début des années 1990 deux tabacs, l’un résistant à la mosaïque du concombre (CMV) qui a été planté sur une superficie de 40 hectares en 1992, l’autre résistant à la fois au CMV et à la mosaïque du tabac (TMV). Le rapport indique que ces 2 plantes sont aujourd’hui utilisées au niveau national pour fabriquer du tabac ; aussi la superficie totale plantée en 1996 était de 1 million d’hectares, soit 30% des plantations totales avec une prévision de 70% pour les 10 ans à venir. Les bénéfices rapportés font preuve d’un meilleur rendement (5-7% de feuilles en plus) et d’une diminution des épandages d’insecticides (2 ou 3 sur 7)473. Dans les pays industrialisés, c’est seulement au mois de mai 1994 que la société Zeneca a été autorisée par la Food and Drug administration à introduire sur le marché une tomate à pourrissement retardé, la Flavr SavrTM ; la tomate a été commercialisée un mois après qu’elle ait reçu l’autorisation et a bénéficié, au début, une relative bonne acceptation de la part du public474. En tout, 35 applications et requêtes ont été accordées pour 9 types de semences présentant 8 caractéristiques dans 6 pays. Sur ces 35 applications, 20 concernent les Etats-Unis. En effet, en 1996, 1,2 millions d’hectares de plantes génétiquement modifiées ont été plantés aux Etats-Unis, dont la répartition par types de semences se compose principalement de tomates, de coton, de soja de maïs de colza et de pommes de terre. Les auteurs du rapport affirment que ces résultats sont en partie dus à l’excellente organisation du système de régulation qui a permis aux firmes de faire facilement régulariser
471

Clive James & Anatole F. Krattiger, ISAAA Board of Directors and Executive Director of ISAAA, Global Review of the Field Testing and Commercialization of Transgenic Plants: 1986 to 1995, The First Decade of Crop Biotechnology, No. 1-1996, p.7. 472 Le service international pour le développement des applications des biotechnologies agricoles ; on rappellera que l’ISAAA est une association internationale sans but lucratif co-sponsorisée par le public et le privé et qui facilite le transfert des applications agri-biotech de l’industrie vers les pays en voie de développement. L’ISAAA produit chaque année un rapport sur les semences transgéniques commercialisées. 473 Ibid., p.33. 474 « The sale of these tomatoes began the same month within the USA, particularly California and the Mid-West and consumer acceptance has been positive. », Ibid.

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les plantes qu’elles voulaient introduire sur le marché. Les postulants ont pu soumettre leurs requêtes pour l’introduction d’une nouvelle plante à l’APHIS. Les semences qui ont été autorisées par cet organisme, ont dû faire l’objet d’un contrôle par l’EPA. Sur les 1,2 millions d’hectares plantés, les rapporteurs affirment que la plus grande superficie revient à Monsanto avec principalement le Coton BollgardTM, résistant aux insectes et le Soja RRTM (roundup ready) résistant à l’herbicide. En Europe, on a autorisé uniquement le tabac, le colza et le coton. Les traits les plus communément répandus étant : la résistance aux herbicides (37% des autorisations), la résistance aux insectes (23%), le pourrissement retardé (17%), la résistance aux virus (9%) et des traits de qualité (5%). Mais à vrai dire, seul le tabac a fait l’objet d’une production destinée à la commercialisation. La production de colza et de chicorée transgénique est allée à destination de l’élevage. Quant à l’importation de soja, de coton et de tomates génétiquement modifiées, celle-ci est réservée à un usage de transformation industrielle. Les autres applications, elles, étaient à l’époque, en attente de validation. On notera qu’en 1996, on trouve également de nombreuses applications des PGM au Canada, en Amérique latine et en Australie. En conclusion, les experts de l’ISAAA affirment que ce progrès devrait très prochainement apporter de nombreux bénéfices, tels que : Une amélioration de la suppression des mauvaises herbes pour des plantes telles que le maïs, le soja ou encore le coton Une diminution des insectes nuisibles grâce au gène Bt pour le coton, le maïs et les pommes de terre Une diminution des pertes de tomates après la récolte Une amélioration des qualités nutritives de certains aliments Une diminution des pertes dues aux virus (pour les agrumes par exemple) Enfin, un contrôle amélioré de la pollinisation

-

Pour étoffer leurs pronostics, ils rappellent que les stress biotiques qui handicapent le plus la production des plantes sont les insectes pour 14%, les maladies pour 12% et enfin les mauvaises herbes pour 10% (James, 1981; James et al., 1991; James, 1996). Aussi, partant du fait que les principaux caractères introduits dans les plantes génétiquement modifiées solutionnent ces problèmes, les auteurs en concluent que l’apport des biotechnologies ne

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peut être que bénéfique à la production agricole globale475. Ils ajoutent enfin que le recours à cette nouvelle technologie permettra une diminution de l’usage de pesticides et d’insecticides, point favorable pour l’environnement qui permettra aux agriculteurs de réaliser des économies substantielles. L’ensemble de ces atouts doit, d’après eux, avoir un impact global sur la production d’aliments et le développement durable476. Tous les espoirs sont donc permis à cette technologie dont on espère que la valeur sur le marché atteindra 2 à 3 milliards de dollars en 2000 et 5 à 5 milliards de Dollars en 2005. Un tableau est alors donné qui présente les 4 étapes de développements à venir des PGM :

Comme on le constate, l’amélioration des traits agronomiques n’est qu’une étape avant l’amélioration de la qualité des aliments et la réalisation de produits pharmaceutiques (vaccins, insulines…), puis chimiques (monomères, polymères…). Ce rapport datant de 1996, nous montre comment, une année après la 1ère étape de commercialisation des plantes génétiquement modifiées, l’espoir est au maximum et les résultats présentés sont plutôt encourageants. Ces données nous serviront de référence pour mieux voir le chemin parcouru en l’espace de ces 7 dernières années et vérifier si l’espoir mis dans les PGM par les responsables de l’organisme américain a pu se réaliser. Pour cela, le nombre d’études et de rapports ne manquent pas, aussi, notre sélection des données ne peut être qu’arbitraire. Notre but étant de mettre au jour, dans un premier temps, les arguments des théories qui

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« Given that approximately two-thirds of the genes incorporated in the newly commercialized transgenic crops confer either herbicide tolerance, insect resistance or disease resistance, it follows that the potential impact of biotechnology in the near term on global food production will be substantial. » ISAAA, ibid., p. 28. 476 « Thus, multiple benefits can accrue which can increase food feed and fiber production globally and at the same time contribute to sustainability and a safer environment through more effective and less dependent use of conventional pesticides. » ibid.

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soutiennent que l’introduction des PGM sur le marché a apporté un nombre considérable de bénéfices et ensuite, de voir comment il est tout aussi possible de développer et soutenir l’opinion contraire.

Un développement rapide
Un rapport plus récent publié par l’ISAAA477 confirme l’exceptionnelle croissance que la technologie a connue en l’espace de quelques années.

En 2001, la superficie totale des PGM plantées dans le monde est de 52,6 millions d’hectares, produits par 5,5 millions d’agriculteurs. On a observé une progression de 8,4 millions d’hectares entre 2000 et 2001, soit 19% de plus,, ce qui est presque le double de l’augmentation observée entre 1999 et 2000. Depuis 1996, la superficie totale a été multipliée par 30, passant de 1,7 millions à 52,6 millions d’hectares. quatre pays produisent à eux seuls 99% de la production totale : les USA (68%), l’Argentine (22%), le Canada (6%) et la Chine (3%). Une forte croissance a eu lieu en l’espace de 2 saisons en Chine, où la superficie de coton Bt a triplé. On remarque également une forte croissance en Afrique du Sud et en Australie. Le soja reste en tête de la production avec 33,3 millions d’hectares (63%), suivi du maïs, 9,8 millions d’hectares, le coton, 6,8 millions d’hectares et le colza 2,7 millions d’hectares. En 2001, le trait de résistance aux herbicides représente 77% de l’ensemble, suivi du Bt (15%). Le soja RR représente 46% des 72 millions d’hectares de soja (classique et génétiquement modifié) plantés dans le monde. En 2001, la superficie totale de soja, maïs, colza et coton, représentent 19% des 271 millions d’hectares que totalisent les
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Clive James, Global Review of commercialized transgenic crops, 2001, n°24, 2001

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superficies de ces 4 plantes (classiques et génétiquement modifiées , soit 3% de plus qu’en 2000). Quant au nombre de fermiers ayant recours à la technologie, il est passé de 3,5 millions en 2000 à 5,5 millions en 2001. A la suite de cette formidable progression de la superficie de PGM plantées dans le monde, on est en droit de supposer que la nouvelle technologie apporte un certain nombre de bénéfices ; d’une part aux industriels qui la promeuvent, d’autre part aux agriculteurs qui l’utilisent et enfin aux consommateurs qui se trouvent au bout de la chaîne. C’est cette hypothèse que remet en cause un rapport de l’Union Européenne478 d ans un document de travail daté du 31 mars 2000, le directoire général pour l’agriculture de l’Union Européenne, propose une synthèse des informations économiques disponibles sur les PGM479, constituée à partir d’un regroupement de données issues d’institutions gouvernementales américaines (l’USDA), d’institutions internationales, telles que, l’OCDE, de centres de recherche (l’INRA), d’universités (principalement aux Etats-Unis) d’organisations non-gouvernementales ou encore d’industriels. D’après ce même rapport, en 1999, on a pu observer une incroyable concentration du côté des principaux groupes de l’industrie agro-alimentaires, d’une part, ce qui a donné naissance à des ensembles dont les agriculteurs se trouvent de plus en plus dépendante. D’autre part, les agriculteurs auraient mis tous leurs espoirs dans l’arrivée des PGM, comme pouvant être une technologie source de gains supplémentaires. Or ces espoirs semblent avoir été déçus480. En effet, d’après les rapporteurs, il semble difficile de démontrer que les PGM sont plus profitables que leurs équivalents classiques481. On comprendra qu’une telle démonstration n’est pas évidente du fait que les paramètres qui entrent en ligne de compte sont multiples. Pour être significatifs, les résultats doivent être interprétés sur plusieurs années. Il est donc important de définir la nature de ces bénéfices sachant qu’ils peuvent être estimés sous la forme quantitative de « pur rendement » d’une récolte, mais aussi, sous d’autres formes, tels que l’accroissement de l’efficacité grâce à l’introduction de la nouvelle technologie et la possibilité de mieux

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« As for other innovations, the rapid uptake of GM crops is driven by profitability expectations. Have these expectations been met? Is profitability the only driving force behind the rapid adoption of GM crops? The review focuses on studies analysing the profitability of the mainly grown GM crops. Such studies are mainly available for Northern America. », Ibid., p.5. 479 Directorate-General for Agriculture Commission of the European Communities, Economic impacts of genetically modified crops on the agri-food sector, a first review, 31 mars 2000. 480 « Farmers in Northern America and in Argentina have quickly and massively adopted GM crops. Does this mean that farm-level benefits of biotechnology outweigh the abovementioned constraints? Chapter 3 analyses the economic reasons for the rapid and vast uptake of GM crops by US farmers. They had strong profitability expectations. However, the studies reviewed do not provide conclusive evidence on the farm-level profitability of GM crops. », Ibid., p.8. 481 « However, as shown in section 3.2, GM crops do not prove to be significantly more profitable than conventional counterparts. Other factors than profitability play role. » Ibid., p.36.

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travailler, un usage réduit de pesticides et d’herbicides. C’est ainsi par exemple, qu’une enquête de l’USDA pour savoir ce qui poussait les fermiers américains à adhérer si facilement aux biotechnologies agricoles, montre que le premier argument cité était le « rendement » (par 75% des agriculteurs) et le second, la réduction des coûts (par 20% des agriculteurs)482. L’estimation des avantages réels de la transgenèse végétale est donc soumise à certaines difficultés. Peut-on se faire une idée des bénéfices qu’apportent véritablement les plantes génétiquement modifiées ? C’est la question à laquelle on va essayer de répondre maintenant en ayant recours à une série d’enquêtes qui ont été menées principalement par le NFCAP, le centre national américain pour la politique agricole et alimentaire.

3.3.2 Estimer les avantages des biotechnologies Dans le Livre Blanc sur les biotechnologies conjointement édité par les syndicats de semenciers français (le CFS, le GNIS et l’ UIPP) on trouve un plaidoyer général pour les biotechnologies agricoles. Il s’agit pour les auteurs, après un bref rappel sur la révolution verte, de démontrer que la production de PGM se situe dans la droite lignée de velle-ci, au point de pouvoir être considérée comme une seconde révolution. En l’espace de 30 années, la première révolution a amené bon nombre de progrès, tels que, l’amélioration des rendements, ainsi qu’une meilleure préservation des récoltes et une meilleure occupation des sols. Les biotechnologies seraient donc un autre moyen de continuer cette démarche en améliorant les plantes sur un plan quantitatif et qualitatif par le biais des nouveaux traits qu’elles permettent d’introduire : réduction des dépenses énergétiques, optimisation de l'assimilation des éléments vitaux (P, Fe, sucres, acides aminés), amélioration de l'efficacité des métabolites végétaux dans la lutte contre les toxines des virus, résistance aux parasites et aux ravageurs (insectes nuisibles), tolérance aux herbicides, tolérance à la sécheresse et aux basses températures, stérilité mâle génique (permettant notamment la création d'hybrides)483… Qu’en est-il exactement ?

La Tolérance aux herbicides : Le cas du soja RR aux Etats Unis
Avec 70 millions d’acres sur le sol américain, le Soja fait partie du trio de tête des céréales; on en trouve en quantité importante sur 30 Etats, et essentiellement dans la moitié ouest où

482 483

Ibid., p.37. CFS - GNIS – UIPP, les plantes génétiquement modifiées, Une clé pour l’avenir, le Livre blanc des biotechnologies, p.21.

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10 Etats produisent à eux seuls 73% de la production américaine484. L’historique de l’introduction de cette plante sur le sol américain remonte au début du 19ème siècle. En 1898, on compte 8 variétés différentes de soja sur le sol américain. En 1923, il y en a 1000, et en 1947, 10000. L’importation et la recherche de variétés spécifiques en Asie au départ, puis la sélection et enfin l’hybridation ont permis la multiplication et l’amélioration des espèces. Ainsi, on note un rendement de 25% supérieur entre 1940 et 1970, grâce aux améliorations des variétés obtenues par hybridation. En 1999 la production américaine équivalait à la moitié de la production mondiale et représentait plus de 60% de l’exportation mondiale. Le soja joue donc un rôle stratégique essentiel dans la chaîne agro-alimentaire mondiale. Ce succès est dû aux qualités nutritives exceptionnelles de la plante et à ses nombreuses applications. Les performances de certaines variétés ont été rendues possibles grâce à l’hybridation, mais surtout grâce à l’amélioration des techniques de désherbage. Ainsi de 65 à 79, l’utilisation de nouveaux pesticides a permis une amélioration du rendement de 62%, alors que l’amélioration des espèces, elle, n’y était responsable que pour 13%485. Aujourd’hui toutes les nouvelles variétés sont obtenues par pollinisation croisée. Cependant, le seul obstacle que n’ait pas réussi à résoudre la sélection et l’hybridation, est la résistance aux herbicides qui sont utilisés pour éliminer les mauvaises herbes. Aussi, le soja a une très faible capacité à se désintoxiquer et il peut être facilement endommagé par un traitement. On n’a pas pu sélectionner de gène de résistance dans le matériel génétique qui puisse être source d’un caractère de résistance aux herbicides486. Seul un soja résistant au « metribuzin » a pu être sélectionné selon les méthodes classiques. Ce sont donc les biotechnologies qui se sont attachées à résoudre le problème. Aussi, on connaît aujourd’hui 2 solutions : La première est un soja résistant au « sulfonylurea », le STS qui a été développé par la firme Dupont dans les années 1980. La cible moléculaire du sulfonylurea est un enzyme ALS qui est aussi connu comme acetohydroxyacid synthase (AHAS). Les mutants qui ont été obtenus à la suite d’un traitement qui a altéré leur ALS ont une sensibilité réduite à l’inhibition par sulfonylureas487. Le soja STS

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Leonard P. Gianessi, Janet E. Carpenter, Agricultural biotechnology benefits of transgenic soybeans, April 2000, National Center for Food and Agricultural Policy. 485 Gianessi & Carpenter, Ibid., p.5. 486 « In order for traditional breeding to produce herbicide resistant soybeans, genes for resistance must be available in crossing material that is compatible with soybeans. A lack of sufficient variability in resistance levels in soybeans has hindered breeding efforts. Soybean cultivars frequently show differences in the degree of injury caused by herbicides, but the occurrence of genotypes giving highly sensitive herbicide resistance has been rare [106]. This requirement has been the limiting factor for producing herbicide resistant soybeans with naturally occurring genes. ». 487 Mazur, Barbara J., and S. Carl Falco, « The Development of Herbicide Resistant Crops, » Annu.

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a été introduit en 1992 sur le marché. Dupont commercialise également l’herbicide Synchrony STS qui lui est complémentaire. L’autre variété résistante est le Soja RR ou round up ready. Il a été obtenu suite au transfert d’un gène de CP4 EPSPS qui a été cloné et introduit dans le soja par la technique du canon à gènes dans le Soja A5403, une variété commerciale développée par ASGROW seed company. Ce transgène qui est issu de la bactérie du sol « agrobacterium tumefaciens », a été introduit par le firme Monsanto au début des années 1980 à la suite des recherches sur une plante résistante au glyphosate. Sachant que le glyphosate inhibe l’enzyme 5 enolpyruvylshikimate-3phosphate synthase (EPSPS), les chercheurs se sont lancés dans une recherche par sélection classique et par mutagenèse d’une plante résistante au glyphosate. Ce travail n’a été rendu possible que par recours au génie génétique. Après avoir remarqué que les bactéries du sol étaient tolérantes au glyphosate et même, le dégradait, les scientifiques en ont déduit que les bactéries du sol devaient exprimer naturellement l’EPSPS tolérant au glyphosate488. Ainsi le transgène permet à la plante de continuer à produire les enzymes responsables des aminoacides aromatiques dont la plante a besoin, alors même que l’EPSPS endogène est inhibé par le glyphosate. Les auteurs précisent que la ligne 40-3-2 (nom de la ligne obtenue) a été testée sans herbe en 1992 et 1993 et les données de cette expérience ne prouvent pas qu’il y ait un manque à gagner au niveau du rendement489. Tous ces efforts, d’après Léonard et Gianessi, ont pour objectif de combattre un véritable fléau au rendement du soja : les mauvaises herbes. En effet, celles-ci sont suffisamment hautes pour causer des pertes de rendement si elles ne sont pas traitées. Des pertes de rendement de 50 à 90% sont communes pour le soja poussé en milieu infesté par les mauvaises herbes. Aussi, des recherches ont démontré que si l’on pouvait débarrasser les plants de soja de mauvaises herbes dans les 5 ou 6 premières semaines de pousse, alors le rendement pouvait être beaucoup plus élevé. Après ce laps de temps écoulé, la pousse des

Rev. Plant Physiol. Plant Mol. Biol., 1989.. 488 « The rationale being that perhaps organisms that can grow in the presence of glyphosate and degrade the herbicide may also express naturally glyphosate-tolerant EPSPS. The EPSPS with the highest tolerance to glyphosate found in the screening was CP4 EPSPS from agrobacterium tumifacien, that demonstrated extremely high glyphosate tolerance. »Gianessi & Carpenter, Ibid., p.23 489 Delanney X., et al., « Yield Evaluation of a Glyphosate-Tolerant Soybean Line After Treatment with Glyphosate » Crop Science, September-October 1995.

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mauvaises herbes n’a plus grande importance490. Faisant un rapide retour en arrière sur les techniques de désherbage jadis employées, les auteurs rappellent qu’on est passé de l’arrachage mécanique dans les années 40 et 60 à l’application d’herbicide au début des années 60. L’usage de ces derniers, est passé de 30% des surfaces cultivées en 66 à 90% en 82. En 1995, on comptait plus de 70 sortes d’herbicides pour le soja et la plupart des mauvaises herbes pouvaient être éliminées491. En 1995, 23% de la surface nationale de soja cultivée était traitée avec 4 ou plus, sortes d’herbicide, 28% en recevaient 3, 35% en recevaient 2, et 12% en recevaient un seul. Les pertes annuelles dues aux mauvaises herbes étaient de 17% en 1951-60, de 7% en 1992. L’usage d’herbicides a donc permis d’augmenter sérieusement le rendement492. Parmi ces herbicides, on trouve déjà le glyphosate. Mis sur le marché par Monsanto en 1974, cet herbicide s’attaque à tous types de plantes pour inhiber l’enzyme EPSPS. Précédemment à la mise sur le marché du soja transgénique, il n’était utilisé qu’avant la plantation pour éliminer toutes les mauvaises herbes ou de manière ciblée (spot spraying). L’usage du Round Up démontre une très grande efficacité. En 1995 et en 1996, des expériences effectuées dans l’Illinois on démontré que l’usage mixte d’un herbicide pré plantation et du glyphosate a permis d’améliorer l’élimination des mauvaises herbes493. A la suite de l’arrivée du Soja RR, l’usage du glyphosate est passé de 20% en 1995, à 46% en 1998. Pour ce qui concerne le prix de cette technique, on estime qu’il est compétitif avec les autres. En plus du coût de l’herbicide, l’agriculteur doit payer une charge de 6$ par acre lorsqu’il achète du soja RR. Un programme conventionnel est estimé entre 14$ et 25$ par acre, un programme STS peut aller de 11$ à 28$ , enfin un programme RR va de 16$ à 32$ par acre (taxe incluse) L’introduction de cette nouvelle technologie a causé une baisse des prix des herbicides (ce qui est également vrai pour le glyphosate dont le prix a baissé de 22% entre 1995 et 1998). D’après les auteurs, ce phénomène est la preuve que les agriculteurs ont dépensé moins en herbicide494. Ils affirment que sur les Etats qui ont pu faire l’objet de

490 491

Barrentine, W.L., « Common Cocklebur Competition in Soybeans » Weed Science, November 1974. Wilcut, John W., et al., « The Niche for Herbicide Resistant Crops in U.S. Agriculture » in Herbicide Resistant Crops, CRC Press, 1996. 492 Leonard P. Gianessi, Janet E. Carpenter, Agricultural biotechnology benefits of transgenic soybeans, April 2000, National Center for Food and Agricultural Policy. 493 Gonzini, Lisa C., et al., « Herbicide Combinations for Weed Control in Glyphosat Tolerant Soybeans » in Proceedings North Central Weed Science Society, 1996.
494

« The price of glyphosate was also reduced in 1998 by 22%. The result of lower priced Roundup Ready treatments in comparison with competitive herbicides and the lowering of the price for key

233

l’enquête entre 1995 et 1998, les agriculteurs ont dépensé 380 millions de $ de moins en herbicide. Si on prend en compte, la taxe sur la technologie, équivalente à 160 Millions de $, on peut dire qu’ils ont économisé 220 Millions de $. Telle est la conclusion de Leonardo et Gianessi pour cette enquête.

Avantages Comparés : une plus grande commodité mais un rendement moindre ?
On ne peut cerner les bénéfices qu’apportent les PGM, qu’en les comparant avec ceux apportés par les plantes issues de la sélection classique. En Janvier 2001, Janet E. Carpenter édite un rapport pour comparer les récoltes de 1999 du Soja classique et du Soja Roundup Ready495. Elle commence par rappeler la popularité de la plante qui en l’espace de 5 ans a vu accroître la superficie des semis de 54%. Ce succès, d’après J.E Carpenter serait avant tout dû à la commodité qu’elle apporte aux agriculteurs. Grâce à celle-ci, ils n’ont plus à choisir entre plusieurs herbicides, comme ils devaient le faire auparavant, certains étant à l’origine de dommages causés aux cultures. Aussi face à cette adoption rapide, l’annonce de rendement moindre est venue troubler l’atmosphère euphorique des débuts de cette plante. En effet des études menées en 1998 par des chercheurs de l’Université du Wisconsin sur des variétés d’essais dans 8 Etats du Nord démontraient que le Soja Roundup Ready avait des rendements 4% plus bas que les rendements du soja conventionnel (Oplinger et al. 1998)496. Aussi, certains experts ont utilisé ces résultats pour affirmer qu’ils étaient dus à une déformation génétique causée par transgenèse497. Or d’après Janet Carpenter, pour bien comprendre l’impact que l’adoption du Soja RR par les agriculteurs a eu sur les rendements, il faut prendre en considération 2 secteurs de recherche : le premier consiste à étudier les stratégies de désherbage, le second, les variétés d’essais, où l’on a effectivement comparé le soja conventionnel avec le soja RR498. Dans le cas des « essais de désherbage » (weed control trials) on compare l’efficacité des programmes contre certaines herbes afin de déterminer l’application du taux optimal
herbicides including glyphosate meant that soybean growers spent significantly less on herbicides in 1998 than in 1995. », in Leonard P. Gianessi, Janet E. Carpenter. 495 Janet E. Carpenter, Comparing Roundup Ready and Conventional Soybean Yields 1999 , National Center for Food and Agricultural Policy, January 2001. 496 Ibid., p.2 497 « However, some analysts distorted this finding, asserting that this difference was due to an inherent problem with the Roundup Ready varieties resulting from the process of genetic modification (Benbrook). » Ibid, p.3. 498 « When assessing the impact that the adoption of Roundup Ready soybeans has had on grower yields, two areas of research contribute to understanding. The first is weed control research comparing weed control strategies. The second type of research is variety trials, where the yield potential of conventional and Roundup Ready varieties have been compared. », Ibid., p.4.

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d’herbicide et du temps nécessaire pour désherber. Aussi les différences de rendement observées ont pour cause une plus grande efficacité de désherbage due à la capacité qu’ont les plantes à résister aux traitements herbicides. D’après l’auteur, ces études n’ont pas pour but de tester les différences de rendements entre les espèces puisqu’elles n’ont très souvent recours qu’à une seule espèce. Il semble par conséquent difficile de généraliser les résultats obtenus à partir de ce genre d’étude pour affirmer une quelconque différence de rendement. L’auteur ajoute que ces tests n’incluent pas toujours toutes les variétés qui sont disponibles. Aussi, lorsque l’on constate une différence entre le rendement potentiel d’une variété classique et d’une variété RR, celle-ci ne peut être due qu’à une différence des facteurs agronomiques (agronomic background) de la variété de RR disponible. En effet, le trait de résistance au Roundup n’a pas encore été introduit dans toutes les variétés existantes. Tous ces croisements sont effectués selon des techniques de reproduction classiques et prennent du temps, car elles nécessitent d’effectuer suffisamment de croisement pour obtenir le caractère désiré. Ces remarques importantes servent de préambule à la communication des résultats donnés pour la saison 1998/1999. Sur l’ensemble des études qui ont été menées dans 8 Etats américains, le soja RR a donné un rendement équivalent à 97% du rendement des espèces conventionnelles. Concernant le rendement du soja RR, il existe plusieurs interprétations qui ne se fondent apparemment pas sur les mêmes données. D’après J.E. Carpenter, il existe 2 points de vue différents : celui qui se fonde sur le résultat des Universités et qui met le manque à gagner du soja RR avant celui des autres espèces ; et celui de Monsanto qui a présenté des données qui montrent que le soja RR dépasse les moyennes nationales en termes de rendement499. Ce problème est vu plus en détail dans un autre article. Janet E. Capenter commente alors l’ensemble de ces résultats en effectuant une critique de Charles E. Benbrook, un consultant célèbre pour sa participation à la controverse des PGM aux USA. D’après elle, ces résultats ont fait l’objet d’études par l’expert en 1998 qui a repris les travaux menés par l’université du Wisconsin, les a approfondis et en a élargi l’analyse avec des résultats obtenus dans le sud du Wisconsin et le sud du Minnesota. Il aurait affirmé que la méthode la plus précise consiste à comparer les rendements produits côte à côte avec une lignée isogènique dont la seule différence est la possession d’un gène

499

« There are different points of view regarding the impacts of the wide-spread planting of Roundup Ready soybean on yield. On one hand, some argue that university performance data show the Roundup Ready varieties lagging behind other varieties in terms of yield. On the other hand, Monsanto has presented data that show that Roundup Ready soybeans outyielded national averages in 1998. » Ibid., p.65.

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de tolérance au glyphosate. Or en disant cela, Carpenter affirme que Benbrook trompe ses lecteurs en leur faisant croire que ses propres analyses sont basées sur de tels essais, alors qu’elles sont fondées sur des comparaisons variétés différentes500. Benbrook, dont les rapports font aujourd’hui office de référence, aurait pris les plus mauvais rendements alors qu’il avait à sa disposition les chiffres des rendements obtenus par de meilleures espèces501. Après avoir comparé les meilleures espèces de soja RR et de soja classique, il affirme que la seule différence qui existe entre les 2 espèces consiste dans l’insertion du transgène et il en déduit que ce facteur se trouve à l’origine d’un rendement moindre (« yield drag »). Or J. Carpenter critique cette affirmation ; en effet, il est nécessaire de considérer d’autres facteurs pour expliquer le manque à gagner de production. Dans l’expérience citée, il ne semble pas possible d’identifier quelles variétés possèdent des antécédents génétiques similaires. La seule hypothèse émise par Benbrook est la présence d’un manque à gagner (yield drag) dû à l’introduction d’un transgène RR, alors qu’il faudrait plutôt parler d’un retard au niveau du rendement (yield lag) dû au fait que le caractère RR n’a pas encore pu être introduit dans les variétés de soja les plus performantes. Si on compare le rendement de l’année 98 et celui de l’année 99, on s’aperçoit que le fossé entre le manque à gagner des sojas génétiquement modifiés et classiques passe de 4% à 3%. Aussi Carpenter est persuadée que cette différence disparaîtra quand le transgène sera introduit dans les meilleures espèces502. Une certaine prudence doit être de mise quant à l’interprétation des résultats. Des études comparatives ont été menées par des chercheurs à partir de données obtenues à la suite des essais en champ dans l’Etat du Tennessee en 1995, 1996 et 1997. Il a été démontré que le soja RR était le plus profitable, permettant un retour de 13% supérieur à la 2ème meilleure alternative503 ; par contre d’autres études similaires ont été effectuées en Arkansas qui démontraient que 2 programmes conventionnels étaient les plus

500

« With this comment, he misleads his readers by implying that his analysis is based on such trials, when in reality the variety trials that he analyzes compares varieties that differ in many characteristics besides the Roundup Ready trait. » Ibid. 501 « The analysis continues by reporting the results from the analysis conducted by Wisconsin researchers, with an important difference: Benbrook has recalculated the bottom line results. Three overall averages were presented by the Wisconsin researchers, comparing Roundup Ready and conventional yields for all entries, for the top five varieties and for the top variety. The Wisconsin researchers clearly present their average differences, 4%, 5% and 6%, for the three comparisons, respectively. Benbrook derives different and larger numbers, 5%, 6% and 7%, respectively. »Ibid. 502 « As the Roundup Ready trait is introduced into the highest yielding varieties, it is expected that this difference will disappear, or even be overcome. However, one must be cautious in interpreting the results of variety trials as many other factors besides yield potential, such as costs and weed control efficacy, affect growers’ planting decisions and, ultimately, yields. » Ibid. 503 Roberts, Roland K., et al., « Economic Analysis of Alternative Herbicide Regimes on Roundup Ready Soybeans, » Journal of Production Agriculture, vol. 12, no. 3, 1999.

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avantageux et que 2 programmes RR, seulement avaient un bénéfice positif504. En Louisiane, c’est un traitement qui combine le metribuzin et le Roundup qui s’est avéré être le plus avantageux, mais le plus coûteux505. Dans le Mississipi, on a effectué des tests à partir des 3 meilleures variétés de RR, les bénéfices nets ont été supérieurs de 60$/ acres506. Les auteurs du rapport citent encore de nombreuses études. Une idée se dégage : le rendement du soja RR serait légèrement inférieur à celui du soja classique ; d’après Carpenter cette technologie permettrait cependant à ses utilisateurs de réaliser des économies considérables.

Appliquer en grande quantité un seul herbicide au lieu d’une quantité moindre d’herbicides différents.
En ce qui concerne maintenant l’usage d’herbicide, en multipliant le nombre d’acres traités par le nombre moyen d’applications par acre pour chaque ingrédient actif, on obtient des estimations pour chaque ingrédient actif507. Une « application-acre » (application-acre) est le nombre de différents ingrédients actifs appliqués par acre, multiplié par le nombre répété d’applications. Une réduction de ce nombre d’application-acre reflète une réduction du nombre d’ingrédients actifs employés. En tout, le nombre d’herbicide (« application acres ») a diminué de 12,5 million entre 1995 et 1998, dans les 13 Etats, soit une baisse de 9% et ce, alors même que la production de soja augmentait de 12%. On suppose donc que l’usage du glyphosate en herbicide de post-émergence permet d’éviter d’avoir recours à d’autres types d’herbicides et donc entraîne une réduction du nombre total d’herbicides utilisés. En ce qui concerne maintenant la quantité globale d’herbicides utilisés, une enquête de l’USDA démontre que le nombre total de livres appliquées a augmenté de 14% entre 1995 et 1998, passant de 52 millions à 59 millions de pounds. Gianessi et Carpenter affirment alors que cette croissance est due à l’augmentation de 12% de la superficie des plantations de soja. De 1995 à 1998, la quantité totale d’herbicides a augmenté, mais, toujours d’après les auteurs, il n’est pas possible de déterminer si cette augmentation est due à l’utilisation du soja RR ou non, car elle concerne une dizaine d’autres produits508.
504

Webster, Eric P., et al., « Weed Control and Economics in Nontransgenic and Glyphosate-Resistant Soybean (Glycine max) », Weed Technology, vol. 13, 1999. 505 Miller, D.K., et al., « Evaluation of Reduced Rate Preemergence Herbicides in Roundup Ready Soybean Weed Control Programs », Proceedings, Southern Weed Science Society, 1998. 506 Arnold, J.C., et al., « Roundup Ready Programs Versus Conventional Programs: Efficacy, Varietal Performance, and Economics », Proceedings, Southern Weed Science Society, 1998. 507 By multiplying the number of treated acres by the average number of applications per treated acre for each active ingredient, estimates are made of the total number of “application-acres” for each active ingredient. 508 « It is not possible to determine whether the increase in herbicide use amounts occurred on the Roundup-Ready acreage or the non-Roundup-Ready acreage. For example, increases in the per acre treatment amount was recorded for 10 active ingredients in addition to glyphosate. », ibid., p.74

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On notera encore comme autres conséquences de l’introduction du soja RR, l’absence d’intervalle nécessaire entre l’application du glyphosate et la rotation avec une autre plante, ce qui n’est pas le cas avec le soja classique. Enfin les auteurs affirment que l’introduction du soja RR a été une alternative pour les agriculteurs qui ont rencontré des problèmes avec des mauvaises herbes qui étaient devenues résistantes à certains herbicides ; la conséquence étant l’augmentation de la superficie de soja plantée. En conclusion ils reviennent sur l’enjeu de la résolution de ces problèmes pour l’agriculture américaine. L’usage de pesticide est l’un des facteurs majeurs qui a permis l’obtention de récoltes conséquentes et un véritable progrès par rapport aux solutions mécaniques d’arrachage des herbes. Ils rappellent que le soja RR a remporté un grand succès parce qu’il rend le désherbage moins compliqué, il lui donne un spectre plus large, il est moins nocif à l’égard des plantes, il permet plus de souplesse dans les temps de traitement et autorise des rotations de culture plus facile. En plus de ces facteurs, on peut dire que ces technologies affichent un prix compétitif avec le prix existant ; cette nouveauté ayant permis de réduire les prix des herbicides. Enfin l’introduction du soja RR a permis de substituer un seul épandage aux épandages de plusieurs ingrédients.

Les bénéfices estimés de la protection contre les insectes
Après avoir étudié le cas du soja qui est la première plante génétiquement modifiée aux Etats-Unis par la superficie, voici le résumé des avantages estimés de 3 autres plantes : le maïs Bt, le coton Bt509

Le cas du maïs Bt
Le maïs, avec 80 millions d’acres, représente la première superficie de plantes aux EtatsUnis, soit 25% de l’ensemble des plantations américaines. En 1997 et 1998, les rendements moyens étaient 127 et 134 boisseaux par acre avec un total de 9 millions de boisseaux en 1997. Le principal usage du maïs produit aux Etats-Unis est l’alimentation animale (5,8 millions de boisseaux). 1,8 million de boisseaux servent pour l’alimentation humaine, les graines et l’usage industriel et 1,6 millions part à l’exportation. Comme on a eu l’occasion de le voir précédemment consacré au maïs Bt, le maïs est la proie de nombreux insectes parasites. Les maïsiculteurs dépensent approximativement 380 millions de $ par an en insecticide et appliquent 26 millions de livres510. Généralement, la plupart des insecticides

509

Leonard P. Gianessi, Janet E. Carpenter, 1999 510 Ibid., p.6

Agricultural biotechnology, Insect Control benefits , July

238

sont épandus au moment des semis, afin de se débarrasser des insectes qui se trouvent dans le sol. On effectue aussi parfois des applications foliaires, mais à très petites doses. Le maïs Bt a été conçu afin de maîtriser les dégâts causés par la pyrale. On a pu calculer que 3 à 5 larves par plant peuvent réduire le rendement moyen du maïs de 11,6 à 18,8%511. Dans les 60 dernières années, les chercheurs ont tenté de sélectionner le caractère de résistance à la pyrale512. En 1969, on a planté approximativement 21 millions d’hectares de maïs dont les pedigrees contenaient au moins une lignée avec un caractère de résistance à la première génération de pyrale. On a entrepris également de nombreuses recherches pour améliorer la lutte biologique contre la pyrale. C’est ainsi que l’USDA a fondé un laboratoire européen des parasites en France afin de collecter des ennemis naturels de la pyrale en 1919513. Sur les 24 sortes de parasites de la pyrale qui ont été importées, la plus efficace était une mouche : Lydelle thompsoni. Pourtant ce parasite semble avoir disparu. On ne peut cependant pas se fier aux prédateurs biologiques étant donné le fait qu’ils sont sensibles aux conditions environnementales. De nombreuses expériences ont été réalisées également afin de trouver un insecticide efficace. On retiendra surtout l’impact d’insecticides tels que le DDT ou encore les insecticides systémiques qui sont répandus sur le sol et intègrent le corps de la plante quand celle-ci grandit pour être ingérée par la pyrale. Une expérience récente a montré l’efficacité d’un insecticide nommé Fipronil qui a permis d’éliminer 76% de la première génération de pyrale. Appliqué sur le sol, le Fipronil intègre les tissus de la plante où il reste actif pendant 10 jours. Il est de la plus grande importance de ne pas manquer le moment opportun de l’application. En effet, les épandages ne sont efficaces que 2 ou 3 jours après que les œufs n’aient éclos et avant que les larves creusent dans la tige. Des études ont démontré qu’un usage précautionneux des insecticides pour éliminer la première et la seconde génération de pyrales avaient permis de produire 11 à 17 boisseaux de plus par acre, qu’en ce qui concerne les portions non-traitées514. Pour ne pas passer à côté du moment opportun pour traiter la pyrale, il est nécessaire de surveiller attentivement le moment entre l’éclosion et la percée dans la tige. Pour cela des techniques ont été mises en place. Dans une étude récente, le service d’extension des entomologistes a estimé le pourcentage d’insecticides utilisé pour éliminer la pyrale. Les 2 insecticides les plus utilisés en 1996 étaient le permethrin et le methyl parathion (60-70%). On a pu estimer que 1474
511

Godfrey, L.D., et al., « European Corn Borer Tunneling and Drought Stress: Effects on Corn Yield » Journal of Economic Entomology, December 1991. 512 Gianessi & Carpenter, p.12 513 Drea, John J., « The European Parasite Laboratory: Sixty Years of Foreign Exploratio » in Biological Control in Crop Protection (BARC Symposium number 5). 514 « Yield Losses from Corn Borer » Integrated Crop Management, Iowa State University, 4-14-97.

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millions de livres de ces produits ont été utilisés pour éliminer la pyrale. Cependant, la plupart des agriculteurs préfèrent ignorer la pyrale que de chercher à l’éliminer : les dommages causés sont cachés ; la surveillance prend du temps et requiert certaines compétences, enfin la volonté de restreindre certains investissements pour la culture du maïs surtout si les bénéfices sont estimés être faibles limitent les tentatives des maïsiculteurs. Les pertes causées par ce ravageur sont variables aussi une étude récente a estimé que les dommages en 1995 dans le Minnesota, équivalaient à 285 millions de $. Une étude récente aurait démontré que les pertes annuelles seraient de 1 milliard de $ chaque année515. De nombreuses recherches ont été entreprises afin de trouver des solutions alternatives, notamment à partir de fungus. Dans ce contexte présenté par les auteurs, on comprend l’intérêt des chercheurs qui ont développé le maïs Bt. Jusqu’à présent sur le marché, on trouve 5 traits (event) : Bt 176 de Novartis et de Mycogen, le Bt 11 de Northrup King et de Novartis, le Mon 810 de Monsanto, le DBT418 de Dekalb Genetics et le CBH351 d’AgrEvo. Ces sortes (event) varient en fonction de la protéine Cry qu’elles produisent. Par exemple, le Starlink® contient la protéine Cry9C. En 1992, un test a été effectué pour vérifier l’efficacité du Maïs Bt. La principale conclusion était qu’un très haut niveau de protection a pu être maintenu pendant les 8 semaines d’infestations répétées de ces 300 larves de ravageurs516. On distinguera cependant 2 types de maïs : ceux qui produisent la protéine en continu dans toutes les cellules de la plante (le Starlink® et le YieldGard®) et ceux qui ne l’expriment que dans les tissus verts de la plante. Alors que les premiers réussissent à éliminer 98% des pyrales pour toute la durée, les seconds n’en éliminent que 50 à 70% lors de la seconde génération517. En 1997, l’université de Minnesota a comparé le maïs Bt et non-Bt à 3 emplacements différents. L’hybride Bt Yieldgard a donné un rendement moyen de 15, 11 et 11,4 boisseaux de plus que la variété équivalente non-Bt518. De nombreuses autres expériences ont pu démontrer l’efficacité de cette technologie et une capacité moyenne d’élimination des ravageurs a pu être établie à 96%, sachant que certaines plantes n’expriment pas totalement la bactérie. En 1998, les maïsiculteurs ont planté 18% de la superficie totale de maïs en Bt (soit 13% de plus qu’en 1997). Les auteurs supposent que l’introduction de Bt sur le marché est pour, en moitié, à l’origine de la baisse du recours aux 4 insecticides qui étaient habituellement
515

Mason, Charles E., et al., « European Corn Borer: Ecology and Management », North Central Regional Extension Publication no. 327, Iowa State University, January 1996. 516 Koziel, N.G., et al., “Field Performance of Elite Transgenic Maize Plants Expressing an Insecticidal Protein Derived from Bacillus Thuringiensis,” Bio/Technology, 11, 194-200, 1993. 517 Rice, Marlin, and Clinton D. Pilcher, « Potential Benefits and Limitations of Transgenic BT Corn for Management of the European Corn Borer, » American Entomologist, Summer 1998. 518 « BT Hybrids Beat Borers in ’97 » Soybean Digest, February 1998.

240

employés. Monsanto et Novartis ont fait de nombreuses études pour démontrer les avantages du maïs Bt. Certaines études ont montré également que même sans la pression de sélection de la pyrale, le maïs Bt avait un rendement comparable à son équivalent classique. Si on admet que l’augmentation du rendement moyen par acre du maïs Bt était de 11,7 boisseaux en 1997 pour 1,5 millions d’hectares de maïs Bt et 4,2 boisseaux en 1998 pour 5,3 millions d’hectares, on obtient une augmentation totale de 47 millions de boisseaux en 1997 et de 60 millions de boisseaux en 1998. Aussi partant du fait que le rendement moyen est de 50 boisseaux de maïs par hectare on peut estimer que sans la présence du maïs Bt, les pertes auraient été équivalentes à une superficie de 130000-167000 hectares. Pour ce qui concerne les gains : payant le prix de 10$ par acre pour le maïs Bt, et estimant qu’un boisseau de maïs a pu rapporter 2,43$ en 1997 et 1$95 en 1998, implique que le rapport moyen de Bt était de 18$ en 1997 et de –1,81$ en 1998. En tout les maïsiculteurs ont gagné 72 millions de dollars en 1997 et perdu 26 millions de dollars en 1998 en plantant du maïs Bt. Ces moyennes ne sont cependant pas représentatives de toutes les régions. En effet, certains maïsiculteurs qui ont dû faire face à des infestations massives de pyrales ont pu tirer profit de l’usage de Bt. Des études prospectives ont été réalisées par Monsanto pour estimer le gain qu’auraient pu réaliser les maïsiculteurs s’ils avaient planté du Bt : la perte de rendement aurait été réduite de 96% à un coup de 8$ par acre519. Ainsi il a été calculé, en prenant en compte les pertes dues à la pyrales que sur 10 des 13 années qui séparent 1986 à 1998, les maïsiculteurs auraient obtenu un retour net de 4$ par acre à 37$ par acre
520

(voir tableau ci-dessous).)

519

Leonard P. Gianessi, Janet E. Carpenter, Agricultural biotechnology, Insect Control benefits , July 1999, p.32. 520 « YieldGard: The Whole Plant The Whole Season, » Monsanto, 1999.

241

Toutes ces données semblent donc confirmer l’extrême compétitivité du maïs Bt et démontrent sa capacité à résoudre un problème fondamental que la sélection classique essayait de démêler depuis plus d’un demi-siècle sans succès. Dans un rapport de 2001521, les mêmes auteurs proposent une mise à jour de l’ensemble de ces données, dont voici quelques résultats. Carpenter et Gianessi rappellent la prompte adoption du maïs Bt avec 26% de la superficie totale en l’espace de 4 années. Cependant, cette tendance a subitement baissé en 2000, ce qui d’après les experts, est dû à la faible pression des ravageurs en 1998 et 1999. Ils insistent sur la grande variabilité de la rentabilité du maïs Bt en fonction de la pression de sélection exercée par le ravageur ; celleci étant imprédictible. Ainsi en 1999, les maïsiculteurs auraient réduit les pertes de 66 millions de boisseaux, l’équivalent de 202500 hectares. En ce qui concerne la diminution de l’usage d’insecticide, ce facteur est difficilement quantifiable étant donné le fait qu’avant l’introduction de Bt, les maïsiculteurs n’avaient pas recours à un insecticide en particulier pour détruire l’ECB. On peut cependant remarquer que les 4 principaux insecticides qui sont généralement recommandés contre la pyrale ont vu leur utilisation décroître : chlorpyrifos (-2%), permethrin (-1%), Bt (-1%) et methyl parathion (2%). La réduction du pourcentage de l’ensemble des insecticides est 6%.

Tableaux synthétiques des coûts, des bénéfices du maïs Bt et de l’augmentation de la production globale de maïs Bt et de l’usage des pesticides utilisés pour le traitement de la pyrale.

521

Janet E. Carpenter Leonard P. Gianessi Agricultural Biotechnology: « Updated Benefit Estimates », January 2000

242

Le coton Bt
En 1998, 14 millions de bales de coton ont été récoltées sur plus de 10 millions d’acres. La valeur totale de ces récoltes était de 4 milliards de $. Le Texas est le plus gros Etat producteur avec 26% de la production. Chaque année, les planteurs de coton utilisent des pesticides pour éliminer les nombreux insectes ravageurs qui réduiraient autrement considérablement les rendements. Les principaux ravageurs du coton sont ceux qui attaquent les graines ou les bourgeons des fleurs qui les précèdent. Les ravageurs de second ordres sont ceux qui attaquent les feuilles, les pieds et les semences plantées522. L’importance des dommages causés par les ravageurs varie en fonction des régions. Dans la plupart des états, 90% des superficies sont traitées. En 1998, le premier insecte du coton était le ver de la graine (bollworm) : en infestant 9 millions d’acres il a causé 2,7% de réduction du rendement de l’ensemble de la récolte américaine. L’anthonome du cotonnier est le second ravageur avec 2,3 % de pertes causées pour 5,9 millions d’acres infestés. Ces degrés d’infestation varient d’un Etat à un autre. Aussi, chaque année, les planteurs de coton dépensent approximativement 480 millions de $ en insecticides et appliquent environ 20 millions de livres d’ingrédients actifs. Le coton Bt a été génétiquement modifié pour résister au ver du bourgeon du tabac (tobacco budworm), le ver de la graine du coton (cotton bollworm). Au début du siècle, les planteurs avaient recours à des mesures non chimiques ; en 1918, les premiers moyens chimiques sont apparus avec des applications aériennes de calcium arsenate ; après la 2ème guerre, on a introduit les organochlorines (DDT, benzine hexachloride, toxaphene, chlordane, methoxychlor) ; malgré les succès remportés par cette génération d’herbicide, on a dû les remplacer par les organophosphates et les carbamates, à la suite de la résistance qu’ils avaient suscité parmi les insectes cibles. Ceux-ci n’étaient cependant pas si efficaces. Les pyréthroïdes synthétiques sont apparus dans les années 1970, offrant aux planteurs un moyen efficace d’éliminer les ravageurs avec un matériel
522

Bottrell, Dale G., et al., « Cotton Insect Pest Management, » 1977.

Annual Review of Entomology, vol.22

243

appliqué à faible dose. Mais, au début des années 1980, ce moyen a, lui aussi, causé la résistance des vers. En 1995, l’année précédant l’introduction du coton Bt, l’enquête de la fondation du coton estimait qu’une moyenne de 2,4 applications d’insecticides était effectuée pour éliminer les vers (bollworm/budworm) et que 3,97% de pertes étaient dues à ces 2 ravageurs. Aussi, dans de nombreux Etats, on a constaté l’apparition de populations résistantes. De nouveaux insecticides ont récemment été découverts, mais aussi, on a essayé de développer les méthodes non-conventionnelles telles que l’introduction d’insecte stériles ou encore la propagation de virus. C’est en 1996 qu’a été commercialisé le coton Bt. L’introduction du transgène s’est faite par l’intermédiaire d’une bactérie du sol Agrobacterium Tumefaciens. Des tests réalisés en champs ont démontré que la plante génétiquement modifiée était efficace contre ces 3 principaux prédateurs523. Tableau des ravageurs sensibles à Coton Bt

L’adoption du coton a été très rapide dans certaines régions et plus lente dans d’autres. En tout, le coton Bt a été planté à 14% de l’ensemble de la superficie totale du coton américain. En 1998, on est passé à 18%. Les planteurs qui choisissent le coton Bt sont dans l’obligation de planter une zone refuge, afin de pouvoir gérer d’éventuelles apparitions de populations résistantes. On attend de cette nouvelle technologie qu’elle fasse baiser la quantité de pesticides utilisée, qu’elle réduise le coût des insecticides utilisés, augmente les rendements et enfin que les planteurs soient soulagés de la pression des principaux ravageurs. Des études qui ont été menées dans 6 Etats (Alabama, Arizona, Floride, Georgia, Louisiane et Mississipi) ont démontré que l’introduction du maïs Bt aurait permis une baisse

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Moore, Glen C., et al., « Bt Cotton Technology in Texas: A Practical View », Extension Service, L-5169, 1999.

Texas Agricultural

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de l’utilisation d’insecticides de 12% entre 1995 et 1998524. Ce résultat est cependant à mettre en perspective avec le fait que les planteurs sont venus à bout de certains ravageurs et avec le fait qu’ils ont concentré leur usage de pesticides sur certains produits. En ce qui concerne le rendement, une étude sur 3 années a pu être effectuée en Caroline du Nord qui a permis de comparer 307 champs de coton Bt avec 307 champs de coton classique. Le nombre d’applications moyenne pour le maïs Bt était de 0,77 alors que pour le coton classique, il était de 2,65 fois. Les premiers ont subi 40% moins de dégâts causés par les vers de la graine (bollworms), alors que les punaises (stinkbug) ont été à l’origine de 4 fois plus de dégâts dans les seconds525. De nombreuses études du même genre ont été réalisées qui prenaient également en compte le calcul des revenus. Or si l’on s’en tient aux bénéfices nets, alors, celui-ci a augmenté en moyenne de 38,18$ par acre, ce qui prend en compte la taxe pour la technologie (en moyenne 32$/acre en 1998) et le prix plus cher des semences Bt526. Si on estime que les planteurs qui adoptent la variété Bt obtiennent un bénéfice net de 40$ par acre, le bénéfice net total de l’adoption du coton Bt en 1998 serait de 92 millions de $527. Une fois de plus, les auteurs du rapport semblent avoir démontré les avantages de l’adoption d’une PGM. Dans la mise à jour des données paru en 2001528, on constate que le coton génétiquement modifié, de par son taux d’adoption, est la semence qui remporte le plus grand succès. En effet, la surface de celui-ci est équivalente à 72% de la superficie totale des plantations de coton. On trouve regroupé sous ce chiffre les variétés résistante aux insectes et/ou aux herbicides. L’impact de cette adoption a été l’augmentation du rendement, la diminution de l’usage de certains pesticides et enfin des profits. Le phénomène le plus remarquable étant la baisse de l’usage de certains insecticides. La quantité d’insecticides a décliné de 2,7 millions de livres en 1999, ainsi que le nombre d’applications d’insecticides qui a diminué de 15 millions la même année. Enfin, Carpenter et Gianessi affirment que certaines estimations effectuées ont calculé que les revenus nets obtenus sur les 4,67 millions d’acres de Bt coton en 1999 équivaudraient à une augmentation de revenus de 99 millions de $ et une augmentation de
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Williams, Michael R., « Cotton Insect Losses, » Proceedings Beltwide Cotton Conferences, 19871999. 525 Bacheler, Jack S., « 1999 Bollgard Cotton Performance Expectations for NorthCarolina Producers, » Carolina Cotton Notes, 99-5-A, May 1999. 526 Leonard P. Gianessi, Janet E. Carpenter, Agricultural biotechnology, Insect Control benefits , July 1999, p.62. 527 Ibid., p.63-64. 528 Janet E. Carpenter Leonard P. Gianessi Agricultural Biotechnology: Updated Benefit Estimates , January 2001.

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la production de coton de 260 millions de livres.

Conclusion
D’après les rapports que nous venons d’étudier, tout porte à croire que les PGM sont une source de profit pour les agriculteurs, même si on observe de nombreuses variations en fonction des plantes et des caractères ; de ce point de vue, les adoptions inégales de coton, de soja et de maïs servent de preuves. Ils permettent, grâce à une simplification des méthodes de traitement, un plus grand respect de l’environnement (par exemple, un seul herbicide au lieu de plusieurs) tout en offrant une solution beaucoup plus pratique pour les agriculteurs. Ils amènent, malgré leurs coûts élevés un plus grand profit (il apparaît que les rendements augmentent alors que la balance des coûts investis s’équilibre du fait d’une économie réalisée sur les autres pesticides ou sur l’effort pour les répandre). Les données que nous venons de présenter ne portent cependant que sur un court laps de temps et ne concernent que les principales plantes génétiquement modifiées : celles de la première génération qui ont fait l’objet des plus nombreuses critiques ; or, de par ce fait, on pourrait avoir une vision réduite de la technologie. Aussi, un rapport édité par le NFCAP en juin 2002 passe en revue pas moins de 40 études de cas de diverses variétés de plantes génétiquement modifiées529. Ce dernier offre une véritable synthèse de tous les avantages de la technologie. On va voir pourtant que les thèses soutenues par ces rapports sont loin de faire l’unanimité.

Les rapports Benbrook
Dans un article paru en Décembre 2001, Charles Benbrook se pose la question de la véritable valeur agronomique du maïs Bt530. Dans ce texte, dont le consultant revendique qu’il est la première évaluation indépendante nationale au niveau économique agricole531, l’auteur se demande : « Est-ce que les rendements du maïs Bt valent le prix que payent les fermiers pour cette variété ?»532. D’après Benbrook, de 1996 à 2001, les agriculteurs ont payé plus de 659 million de $ en primes, alors qu’ils n’ont augmenté leur récolte que de 276

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Leonard P. Gianessi, Cressida S. Silvers, Sujatha Sankula, Janet E. Carpenter, Plant Biotechnology: Current and Potential Impact for Improving Pest Management in U.S. Agriculture An Analysis of 40 Case Studies, NFCAP, june 2002 530 Dr. Charles M. Benbrook, When Does It Pay to Plant Bt Corn? Farm-Level Economic Impacts of Bt Corn, 1996-2001, December 2001 531 « The first independent national evaluation of farm-level economic impacts »Ibid. 532 « Farmers pay a significant premium for Bt corn varieties. But do increased yield benefits justify the added expenditure? »Ibid.

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millions de boisseaux, ce qui équivaut à une somme de 567 million de $ de gains. Le revenu pour les agriculteurs est donc une perte de 92 millions de $, soit 1,31$ par acre. L’auteur ajoute qu’il est important de prendre en compte les facteurs biotiques (fréquence et nature des infestations) et abiotiques (météo) propres à chaque ferme. Aussi, Benbrook affirme être surpris par la variation du prix des graines de maïs Bt. Certains fermiers ont dû payer une prime de 30$ par acre (beaucoup plus que la prime habituellement annoncée de 8 ou 10$ par acre), alors que certains ont reçu une remise qui réduit le prix de manière importante. En effet, dans certains cas, les graines de Bt sont moins chères que plusieurs variétés d’élites conventionnelles. Le lien entre le prix des graines et le rendement est trompeur surtout dans le cas où la pression de sélection de la pyrale est très faible. Selon le consultant, la sélection de bonne variété traditionnelle peut augmenter les rendements de 20 à 40$ par acre et une gestion efficace peut limiter les pertes avec des traitements ciblés ou d’autres techniques. Si l’investissement dans le maïs Bt a été rentable pour les années 1996, 1997 et 2001, il a été à l’origine de pertes en 1998, 1999 et 2000. Il semble que la technologie a connu ses meilleurs résultats en 2001 à la suite d’une forte infestation de pyrale, mais ces données restent précaires. Benbrook remarque également que le maïs Bt oblige les maïsiculteurs à faire un investissement qui est 30, voire 35% plus haut que le prix de variétés conventionnelles. Les fermiers qui connaissent et comprennent la dynamique des populations de pyrales et sont volontaires pour essayer des techniques de gestion non-Bt peuvent en toute tranquillité trouver des solutions plus profitables que de planter chaque année avec du maïs Bt. L’auteur donne alors des conseils: les graines les plus chères ne sont pas forcément les plus rentables, des hybrides bien testés et adapté au sol de la région dans laquelle ils sont plantés, ne donne pas beaucoup de risques… En conclusion, il affirme que de 1996 à 2001, les croissances de rendement dues au maïs Bt n’ont pas permis de couvrir les dépenses engagées. Le maïs Bt ne serait pas différent des autres technologies. Les 276 millions de boisseaux qui ont été mis en vente sur le marché de 1996 à 2001 ont eu un effet de vague sur l’économie des fermes. Le prix moyen qu’ont perçu les fermiers est plus bas étant donné la plus grande offre. Les controverses internationales sur le maïs Bt ont eu aussi pour effet de réduire les ventes à l’exportation de centaines de millions de boisseaux, augmentant ainsi l’offre sur le sol américain. L’auteur finit par affirmer que la période de 6 années est beaucoup trop courte pour juger et qu’il faut encore donner du temps à la technologie (pour réaliser des variétés issues de croisements) et aux maïsiculteurs qui l’utilisent (pour qu’ils apprennent à s’en servir). Il faudra également vérifier que la technologie ne se trouve pas à l’origine d’effets secondaires indésirables (résistance de la

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pyrale, destruction des bactéries du sol). En ironisant, l’auteur rappelle aux agriculteurs qu’ils devraient être plus attentifs à la prochaine vague de PGM et vérifier si celle-ci est en mesure de leur apporter de véritables profits, ou de leur retirer une part de la marge de rendement qu’ils peuvent escompter par acre pour créer le « cash » nécessaire à la réalisation d’opérations boursières533. Dans un autre article534 issu de la série « What’s in it for farmers » paru en février 2002, Benbrook approfondit le même sujet avec de nouveaux arguments. Ici, l’auteur se concentre sur deux questions : comment le coût supplémentaire du maïs Bt a influencé les tendances générales de dépenses et de profits au niveau de la ferme ? Et comment les 659 millions de $ de prime que les fermiers ont payé ont influencé les performance financières de l’industrie biotechnologique535. Selon l’auteur depuis l’introduction du maïs Bt, chaque acre planté a augmenté les dépenses des agriculteurs d’au moins 9$/acre, soit un saut de 35%. Dans les années 1970, les fermiers dépensaient moins de 10% du revenu de leur vente de céréales dans l’achat de pesticides et de semences. Alors que les rendements étaient 40% plus bas qu’aujourd’hui, le prix du marché était 0,50$, voire 1$ plus élevé par boisseau. Aussi, le revenu net par acre des maïsiculteurs a largement baissé depuis 1975, année où ils gagnaient 40$ par acre. Il soutient la thèse que, depuis le début des années 1980, les revenus moyens des agriculteurs ont eu tendance à baisser à la suite de la politique agricole (freedom to farm act). C’est dans les années 1997 que les fermiers ont perdu leur liberté. D’après l’auteur, le plus grand « saut » dans les dépenses en matière de semences et de produits chimiques a eu lieu entre 1994 et 1996 ; il coïncide avec l’émergence du maïs Bt. Ces investissements comptent pour environ 0,40$ par acre, soit 1/5ème du revenu moyen. Alors que 10 années auparavant, ces dépenses coûtaient moins de 10% du revenu moyen. Ce changement majeur est l’une des raisons pour laquelle les industriels des semences et des pesticides ont largement prospéré ces dernières années alors que, la balance coûts/profits s’est largement
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« However, it remains to be seen whether genetic resistance can be prevented in corn borer populations and whether physiological or soil microbial community problems will surface. No one can predict, either, whether world markets will warm to Bt corn. Hopefully, lessons learned in the commercial introduction and planting of today’s Bt varieties will help breeders develop the next generation of insect-resistant corn. Farmers, in particular, should pay closer attention to whether the next wave of "advanced" corn genetics is likely, in the end, to improve their profitability or shave another slice off per acre profit margins in order to generate the cash needed to meet Wall Street corporate profit expectations. » Benbrook, Ibid., p.4. 534 Dr. Charles M. Benbrook, « The Bt Premium Price: What Does It Buy? The Impact of Extra Bt Corn Seed Costs on Farmer Earnings and Corporate Finances. » 535 « This report focuses on two questions. First, how has the added cost of Bt corn impacted trends in farm-level production expenses and profitability? And second, how has the $659 million premium that farmers have paid for Bt corn impacted the financial performance of the seed-biotech industry? »Ibid.

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réduite ces 30 dernières années. Benbrook reconnaît que l’arrivée du maïs Bt a contribué à une moyenne de rendements supérieurs de 2,64 boisseaux entre 1995 et 1999, soit un boisseau de mieux que les années précédentes. Mais il insiste sur le fait que ce gain a dû être payé à un prix plus fort : la dépense en semences a augmenté de 1,34$ par acre chaque année entre 1995 et 1999, comparé aux 0,30$ des 5 années précédentes. Le résultat étant que, le retour par dollar investi entre 1995 et 1999 a chuté de moitié par rapport à la période 1990-1994. Aussi, étant donné la baisse des prix qui sévit depuis 1999, le manque à gagner pour les agriculteurs est d’autant plus important. Le coût élevé de la nouvelle science est, pour le consultant, l’une des raisons pour laquelle les investissements des agriculteurs ont augmenté plus sévèrement que lors des autres avancées technologiques536. Pour lui, cela ne fait aucun doute que le maïs génétiquement modifié a été coûteux à développer et introduire sur le marché ; cela étant, en large partie, dû au fait qu’il dépend des techniques du génie génétique et de la propriété intellectuelle. Cette tendance, si jamais elle continuait, pourrait avoir de sérieuses implications à long terme sur l’économie des fermes, surtout si les nouvelles variétés développées donnent de modestes rendements. Dans une seconde partie, l’auteur va donc chercher à démontrer que les seuls bénéficiaires de l’introduction du maïs Bt sur le marché sont les firmes agro alimentaires. D’après lui, 3 compagnies ont engrangé les 659 millions de $ que les agriculteurs ont payé en prime : Pioneer Hi-Bred et Dupont, Monsanto sous le nom de Dekalb et Asgrow avec ses contrats avec des producteurs de graines indépendants, Syngenta au travers de ses subsidiaires, Novartis et Garst Seed et des contrats qui la lie avec différentes entreprises indépendantes. Entre 1998 et 2000, environ 265 millions de $ ont été distribués entre Syngenta et Monsanto. Quant à Dupont et Pioneer Hi-Bred, sans le maïs Bt, ils auraient perdu au moins 200 millions de $ sur ces 3 années. On notera encore que sur 3 années, la prime rapportée par la vente du Bt a permis à Monsanto d’augmenter ses ventes de 9%. L’impact le plus important est celui que la vente de maïs Bt a eu pour Syngenta. Environ la moitié des ventes de Syngenta provenait du maïs Bt ; la prime de ce dernier a permis à Syngenta d’augmenter ses revenus par plus de 18% de 1997 à 1998. Selon l’auteur, il apparaît donc clairement que l’opportunité de facturer 35 % de primes pour les variétés Bt a aidé les firmes d’agro biotechnologies et les semenciers à augmenter leurs performances

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« The high costs of the new science that makes Bt corn possible is clearly one reason why farmercosts have risen more sharply than when earlier advances in corn genetics were brought to market. » Benbrook, Ibid., p.4.

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financières ; aussi, sans le prix de cette taxe, la confiance des investisseurs dans l’agriculture biotechnologique aurait disparu plus vite et aurait diminué la valeur boursière de ces compagnies537. Benbrook en déduit que ces compagnies continueront d’être profitables du fait qu’elles ont créé un nouveau revenu lié aux droits de propriété intellectuelle. Le cas du maïs Bt montre alors que les fermiers devront continuer à financer l’ensemble de ce nouveau système. Il est aussi clair, toujours d’après Benbrook, que les semenciers sont en train de devenir une division des compagnies de pesticides, ce qui est déjà le cas pour la division biotechnologies. Aussi, si on demande aux semenciers de rapporter autant d’argent que les vendeurs de pesticides, alors il est clair que les fermiers vont devoir payer leurs semences encore plus cher538. Il se peut donc qu’un jour, les biotechnologies soient une source de profit aussi importante que les pesticides. La conclusion de Benbrook reste donc identique à celle de l’article précédent : les agriculteurs payent le prix fort du progrès en subventionnant les recherches sur les biotechnologies.

La réduction de l’usage des pesticides, selon Benbrook
Dans un article daté d’Octobre 2001539, Ch. Benbrook remet en cause la thèse que nous avons longuement étudiée selon laquelle, l’usage des plantes génétiquement modifiées entraînerait une réduction de la quantité de pesticides utilisés. Reprenant à son compte un débat qui a déjà fait couler beaucoup d’encre de la part des protagonistes de cette technologie comme de la part de ses principaux opposants, l’auteur affiche immédiatement sa position en soutenant, que malgré l’évidence des faits, les industriels de l’agrochimie continuent de prétendre que les variétés Bt, tout comme les plantes tolérantes aux herbicides, réduisent considérablement l’usage des pesticides. Aussi d’après lui, cette affirmation est l’un des arguments utilisés pour forger une opinion publique favorable aux biotechnologies agro-alimentaires. Mettant à plat le problème déjà évoqué dans l’article de Carpenter, il rappelle les 2 interprétations possibles qui peuvent être tirées des 4 années de données compilées par l’USDA : Les plantes tolérantes aux herbicides auraient modestement réduit le nombre moyen des ingrédients actifs qui sont appliqués par nombre d’acres.
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« Clearly, the ability to charge about a 35 percent premium for Bt corn varieties has helped biotechnology and seed companies improve their financial performance. Without the price premium, the collapse of confidence in agricultural biotechnology among investors would have happened quicker and taken a much bigger bite out of the stock value of these corporations. »Ibid., p.6. 538 « If DuPont/Pioneer, Monsanto, Syngenta, Bayer, Dow Agrosciences and other major players in the now combined seed-pesticide industry expect seed divisions to deliver returns comparable to earnings from pesticide sales, farmers will be asked to pay markedly more for seed in the future. » Benbrook, Ibid. p.7. 539 Charles Benbrook, Do GM crops mean less pesticide use ?, in Pesticide Outlook 204 –October 2001

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Elles ont fait augmenter la quantité moyenne de livres appliqués par acre540.

D’après le consultant, ces 2 manières de voir les choses sont incomplètes. Si le coton Bt a réduit l’usage d’insecticides dans plusieurs Etats, ce n’est pas le cas du soja. Aussi ce résultat n’est pas surprenant étant donné que le principe même de cette technologie est de rendre la plante tolérante aux traitements appliqués en post-émergence qui est le fondement même de tout programme de lutte contre les mauvaises herbes. Chaque agriculteur qui va investir dans cette technologie va dépendre de manière plus forte des herbicides comme d’un principe clé de la lutte, à l’opposé des autres agriculteurs qui ont choisi des luttes multitactiques qui, à la fois, dispersent la charge en gérant les mauvaises herbes et s’efforcent de réduire la pression avant toute chose541. Aussi, il ajoute que les données obtenues par l’USDA de 1997 à 2000 permettent de soutenir 4 conclusions : On applique légèrement plus de quantité d’herbicides en moyenne sur les acres de soja RR que sur les acres de soja classiques. On applique moins de produits actifs sur l’acre moyen de soja RR que sur l’acre moyen de soja conventionnel. La quantité d’herbicide appliquée sur le soja RR dépasse de 2 à 10 fois la quantité d’herbicides répandue sur les plantations de soja où les agriculteurs ont recours à de faibles doses d’imidazolinone et de sulfonylurea (30% de la superficie totale des plantations) L’usage d’herbicide avec le soja RR augmente graduellement à la suite d’une modification des mauvaises herbes, et la perte de susceptibilité au glyphosate de certaines espèces (Hartzler, 1999 ; HRAC, 2001) Benbrook ajoute que si l’introduction du soja RR n’a pas réduit l’usage d’herbicide, on peut dire que c’est un remarquable succès commercial. Les agriculteurs ont adopté la technologie parce qu’elle simplifie énormément la lutte. L’auteur reconnaît que cette technologie est venue comme une alternative efficace qui a permis de résoudre le problème des insecticides à faibles doses.
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« Herbicide-tolerant varieties have modestly reduced the average number of active ingredients applied per acre but have modestly increased the average pounds applied per acre. » Ibid., p.204. 541 « Any grower spending the extra money on such a variety is obviously going to rely more prominently on herbicides as the principle method for controlling weeds, in contrast to other farmers using multitactic integrated weed management systems that both spread out the burden in managing weeds and strive to reduce weed pressure in the first place. » Ibid.

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En ce qui concerne le maïs, l’usage de différents types d’herbicides n’a cessé de croître depuis 1971 passant d’une moyenne de 1,09 par acre en 1982 à 2,7 en 2000. Au cours de cette période, l’herbicide à maïs a peu changé. Le maïs RR (résistant aux herbicides) est arrivé sur le marché en 1997. Aucun document officiel ne permet de connaître exactement la superficie des plantations totales de cette variété. L’USDA estime que cette superficie représente 4%. Monsanto propose différentes solutions pour cette technologie. Dans le programme Roundup total, le glyphosate est appliqué en moyenne 2,0 fois. Une autre solution (the Residual Herbicide Applied ») consiste à appliquer d’autres herbicides tels que l’atrazine ou l’acétanilide avant ou au moment de planter. En moyenne, le nombre d’herbicide appliqués dans cette solution oscillait autour de 2,75 livres par acre en 2000, soit 30% de plus que pour le maïs classique. L’auteur en déduit donc qu’il faut conserver une certaine modestie par rapport à la capacité des technologies RR à diminuer la quantité de pesticide utilisés542 Benbrook en conclut que la technologie Bt contribuerait à accentuer la confiance mise en certains traitements. Le coton Bt, quant à lui, a réduit l’usage d’insecticide de manière remarquable dans certains Etats. Le nombre moyen d’herbicide utilisé par acre est passé de 3 en 1995 à 0,77 en 2000 (Environmental Defense and Union of Concerned Scientists, 2001a). En termes de quantité appliquée, celle-ci est passée de 1,5 livres au début des années 90 à 0,28 en 2000. D’après l’auteur deux facteurs auraient influencé cette tendance : l’introduction du coton Bt et l’éradication du ver du coton. Il affirme que l’on doit étudier de manière précise les résultats et que la plus grande réduction du nombre d’insecticides a eu lieu avec l’usage des insecticides méthyle parathion, profenofos et thiodicarb (le « BBW complex ») ; deux d’entres-eux sont extrêmement toxiques et ont dû être abandonnés à la suite de l’apparition de résistances, ce, avant l’apparition du coton Bt. Il rappelle enfin que, de toutes façons, en ce qui concerne la technologie Bt, on peut s’attendre à voir apparaître des poches de résistance. Il se réfère pour cela à l’article de Lewis et al. qui a paru dans les PNAS543(voir chapitre 2.2.1.). Cet article, rappelons-le, met l’accent sur la nécessité de prendre en compte des facteurs multi-trophiques afin de développer les biotechnologies de

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« Four years of experience and data show that RR weed management systems require a modest to moderate increase in per-acre herbicide use. Moreover, use rates are trending upward because of shifts in the composition of weeds toward species less responsive to a contact herbicide like glyphosate; loss of susceptibility and/or the emergence of resistance in some weed species; and, greater weed pressure as a result of more frequent late-season weed escapes in RR crops. » Benbrook, Ibid., p.205. 543 Lewis et al., “A Total System Approach to Sustainable Pest Management”, National Academy of Sciences,1997.

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manière durable. Aussi, la plus grosse erreur de ces dernières années a été de ne pas prendre en compte les meilleures interactions entre les plantes (to manage plant-bestbeneficial interactions). D’après, Benbrook, on peut faire ce reproche aux biotechnologies ; aussi les variétés transgéniques, qu’elles soient tolérantes aux herbicides ou résistantes aux insectes, entraînent de nouveaux mécanismes qui accentuent la tendance des agriculteurs à être toujours plus dépendants des pesticides. La question la plus essentielle n’est pas de savoir si les biotechnologies permettent de réduire l’usage qui est fait des herbicides, mais plutôt, comment les biotechnologies peuvent ouvrir le chemin d’un système de gestion des nuisances, basé sur une prévention bio-intensive qui laisse la place à une possibilité de gérer les interactions naturelles544. Aussi, les plus grands profits en matière de gestion des nuisances seront sans doute réalisés grâce à des process et des technologies, plutôt que grâce à des produits. Les biotechnologies permettront de renforcer le système défensif de certaines plantes

La controverse Gianessi/Benbrook
Dans un rapport présenté au SAP (scientific advisory panel) sur l’estimation des bénéfices du maïs Bt545, l’EPA affirme que le principal avantage dû à la culture de cette plante est l’augmentation du rendement546. Ce rapport a été rédigé dans le cadre de l’activité du SAP (scientific advisory panel) de la FIFRA (federal insecticide fungicide and rodenticide act)547. Benbrook, lui, ne semble pas tenir compte de cette remarque. Selon lui, l’agence affirme que l’objectif d’un meilleur rendement aurait été atteint et le pourcentage d’hectares traités avec un insecticide à destination de la pyrale serait passé de 8% de la surface totale à 5% en 1999. L’EPA a vérifié l’usage d’insecticides dans 4 Etats, dont en moyenne, 33% de la superficie de maïs est du Bt (Iowa, Illinois, Nebraska, Missouri) et a comparé avec 2 Etats où la superficie de Bt est inférieure à 10% (Indiana et Wisconsin). L’EPA vérifie alors

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« Do GM crops reduce pesticide use? » is really not the important question. Instead, we should be asking how biotechnology can lead the way toward prevention-based biointensive pest management systems that rest largely on low-impact ways to manage natural biocontrol processes and interactions » (Benbrook et al., 1996). 545 Sets of Scientific Issues Being Considered by Environmental Protection Agency Regarding: Bt PlantPesticides Risk and Benefit Assessments, SAP Report No. 2000-07, FIFRA Scientific Advisory Panel Meeting,October 18-20, 2000, held at the Marriott Crystal CityHotel March 12, 2001. 546 Bt Plant-Pesticides Risk and Benefit Assessments:Benefit and Economic Analysis, Product Characterization and Human Health Effects, Ibid., p.60. 547 L’EPA précise que ce rapport n’ayant pas fait l’objet d’une vérification par des paires, il ne représente pas nécessairement de manière officielle les vues de l’agence « This report has not been reviewed for approval by the United States Environmental Protection Agency (Agency) and, hence, the contents of this report do not necessarily represent the views and policies of the Agency, nor of other agencies in the Executive Branch of the Federal government, nor does mention of trade names or commercial products constitute a recommendation for use. » Ibid. , p.2.

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l’hypothèse selon laquelle l’usage d’insecticide contre la pyrale a baissé de manière plus signifiante dans les Etats où le maïs Bt a été planté en grande quantité. Cette quantité d’insecticide aurait baissé d’un tiers, passant de 6 millions d’acres traités à 4 millions. L’EPA remarque que les années 1998 et 1999 ont été caractérisées par une faible pression de la pyrale, ce qui explique une diminution du recours aux traitements au niveau national. Benbrook soutient alors que : bien que l’EPA ne précise pas la manière dont elle a obtenu ces conclusions, il est évident que dans certains cas, des affirmations trompeuses ont été effectuées et des informations erronées ont été utilisées548. Selon l’EPA, seuls 4 insecticides seraient recommandés contre la pyrale : le Chlorpyrifos, le Permethrin, le Methyl Parathion et le Lamba-Cyhalotrin ; or d’après Benbrook, il en existe d’autres et si la superficie actuellement traitée avec ceux-ci est insignifiante, cela n’a pas toujours été le cas et cela peut encore changer. La diminution d’usage en insecticides dont fait état l’EPA concerne donc uniquement ces 4 insecticides et surtout le Chlorpyrifos et le Methil parathion. Avant l’introduction du maïs Bt, ces 2 insecticides représentaient 10% de la superficie traitée, après, seulement 6%. Or d’après Benbrook, l’organisme américain ne précise jamais que ces 2 insecticides peuvent être utilisés contre d’autres ravageurs. Aussi, lorsque l’EPA affirme qu’avant l’introduction de Bt (entre 1992 et 1995), les 4 insecticides cités représentaient 13% de la totalité des traitements, l’agence ne mentionne jamais le fait que 2 de ces herbicides étaient utilisés pour les ravageurs du sol tels que le ver des racines du maïs (corn rootworm) par exemple. D’après le consultant, l’EPA se trompe en affirmant que les traitements à base de Chlorpyrifos et de Methyl Parathion se répartissent à part égale entre la pyrale et le ver des racines, aussi cette erreur aurait pour origine un défaut d’analyse549. Plusieurs autres études, aussi bien de l’EPA, que du NFCAP, que des Universités de l’Iowa ou encore des industriels, tels que Dow Agroscience, auraient démontré que la majeure partie des traitements à base de Chlorpyrifos aurait pour cible le ver des racines. Les principales cibles des traitements à base de Chlorpyrifos et de methyl parathion sont les insectes du sol et non pas la pyrale550. L’hypothèse de l’EPA est à réexaminer et on ne peut affirmer que la moitié des 4 principaux

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« EPA’s Assumptions While few details are offered on how the agency reached these conclusions, it is clear that in some key respects, flawed assumptions and incorrect information were utilized. », An Appraisal of EPA’s Assessment of the Benefits of Bt Crops, Dr. Charles M. Benbrook, Prepared For: The Union of Concerned Scientists October 17, 2000, p.2. 549 « EPA errs in Major Assumption EPA’s assumed 50-50 split in chlorpyrifos plus methyl parathion acres treated for ECB and corn rootworm is incorrect, however, and a major flaw in EPA’s analysis. » Benbrook, Ibid., p. 4. 550 « The majority target soil borne insects, not the ECB. Hence, the EPA clearly erred in assuming that half the acreage treated with chlorpyrifos and methyl parathion has targeted the ECB. », Ibid., p.5.

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herbicides utilisés contre les ravageurs du maïs ont pour cible la pyrale. Il paraît, d’après l’auteur plus judicieux de soutenir que la part des insecticides concernant à la fois les insectes du sol et la pyrale est de 25% de l’ensemble des acres traités551. Cette répartition qui, d’après Benbrook, est beaucoup plus juste, lui permet d’affirmer que le pourcentage d’acres de maïs qui a été traité contre la pyrale est passé de 6,75% en 1995 à 8,5% en 1999, soit une augmentation de 26% ; or, cette découverte contraste avec celle de l’EPA qui affirme que le pourcentage d’acres traités contre la pyrale est passé de 8% à 5%, soit une baisse de 37%552. Benbrook explique cette augmentation par le fait que l’année 1997 a connu une forte pression de pyrale. Les fermiers ont dû être attentifs aux campagnes qui ont été réalisées sur les dégâts causés par le ravageur. Aussi, à partir de 1998, des articles auraient commencé à circuler pour rapporter le faible rapport des investissements en maïs Bt, ce qui n’a pas empêché l’augmentation de la superficie de maïs Bt en 1999. Comment peut-on expliquer l’augmentation de la quantité d’insecticides contre la pyrale ? Une première raison est l’intérêt suscité par les campagnes qui ont été menées sur le danger que faisait courir la pyrale. Certains fermiers qui ont été sensibilisés sur les pertes potentielles ont, sans aucun doute, décidé d’avoir recours à des pesticides plutôt que d’avoir recours aux hybrides Bt553. La seconde raison invoquée par Benbrook est celle d’un changement au sein de la population d’insectes non-cibles ou bénéfiques, dû à l’exposition constante de la pyrale au maïs Bt554. Ce genre de changement peut avoir un impact sur l’ensemble de la chaîne. Il serait par conséquent nécessaire de surveiller les effets inattendus.
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« In estimating total ECB insecticide use, Table 1 assumes that one-quarter of the acres treated with “Rootworm + ECB” products targeted the ECB, the other threequarters were applied largely to control corn rootworms and other soil-borne insects. The assumption of a 25%-75% split probably overstates the portion of chlorpyrifos and methyl parathion acre treatments targeting the ECB, but also likely understates the portion of bifenthrin acres treated targeting the ECB. Across this category of products though, a 25%-75% split is surely closer to the truth than EPA’s 50%-50% split. », Ibid., p.6. 552 « Nationwide, based on the more realistic 25%-75% split, the percent of corn acres treated for ECB rose from 6.75 percent in 1995 prior to the introduction of Bt corn to 8.5 percent in 1999, an increase of 26 percent. This finding contrasts sharply with EPA’s conclusion that the percent of acres reated for ECB control fell from 8 percent of acres treated in 1995 to 5 percent in 1999 – about a 37 percent drop. » Benbrook, Ibid., p.6. 553 « But as farmers read more about the hidden cost of living with the ECB, some no douBt decided to spray for the insect rather than plant Bt-transgenic hybrids. », Ibid., p.7. 554 « A second set of reasons why ECB insecticide use has risen may stem from shifts in the composition of nontarget and/or beneficial species in Bt cornfields as a result of exposure to the Bttoxin in plant tissues. Since several key generalist predators depend on ECBs as a primary food source during parts of the season, the relative absence of ECBs in Bt cornfields may be reducing predator populations, at least during certain parts of the year. It may also progressively depress beneficial insect population levels and shorten food chains from year to year. », Ibid. p.8.

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L’auteur affirme qu’en l’absence de stratégie multi-tactique, on risque de provoquer la résistance des insectes cibles, voire l’apparition de nouvelles populations d’insectes, ce qui ne peut que provoquer une escalade dans le recours aux pesticides555. Concernant maintenant l’augmentation des rendements du maïs Bt, l’EPA a annoncé que ceux-ci dépendaient du degré d’infestation. En 1998 et 1999, des études ont démontré qu’il n’y avait aucune différence de rendement entre le maïs Bt et les autres hybrides. Selon une étude menée par l’université de Purdue, on a estimé que les maïsiculteurs seraient prêts à payer un surplus de 6,10$ par acre pour planter du maïs Bt, ce qui correspond à 24,37 $ de perte évitée sur 4 années. Aussi cette estimation démontre que les bénéfices (4,50$ et 5,00$ par acre) sont inférieurs aux licences (de 8 à 12$) L’EPA, elle, a estimé un bénéfice net moyen de 3,31$ sur les 19,8 millions d’acres de maïs Bt planté en 1999, soit un bénéfice net estimé de 65,4 millions de $. L’auteur rappelle cependant qu’il est nécessaire de prendre en compte la licence de 10$. Aussi, les maïsiculteurs ont dépensé plus de 198 millions de $ pour payer cette licence. Benbrook estime donc que les revenus nets étaient, en fait, de 1,33$ par acre556. L’auteur affirme que ces bénéfices sont largement inférieurs à ceux qui ont pu être réalisés, comparé aux investissements effectués dans les décennies précédentes. Benbrook en conclut qu’étant donnés les faibles rendements que cette technologie propose, il ne semble pas judicieux de prendre des risques non rentables en la développant557. Ceci renvoie d’après lui au fait que la technologie Bt est sans doute la technologie la plus chère jamais mise en vente sur le marché558. Il en profite pour rappeler que les agriculteurs qui ont eu recours à des technologies alternatives n’ont pas noté l’apparition de problèmes de taille concernant la pyrale. Il cite le cas de la Spray Brother farm qui a produit du maïs et du soja en grande
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« In the absence of a shift toward more balanced, multitactic corn IPM systems, the emergence of partially resistant ECB populations and shifts in insect pest complexes will likely result in a gradual upward trend in insecticide use in corn production despite the planting of Bt-hybrids. », Ibid., p.8. 556 « Lower Return on Expenditures Recall that corn producers spend about $10.00 per acre more to plant Bt-hybrids. Thus, across the nation, farmers spent some $198 million dollars more on seed that returned net benefits of just $65.4 million, based on EPA’s analysis. So, farmers spent $198 million and got $263.4 million in return ($198 million extra spent on seed plus the estimated net benefits of $65.4 million), or a $1.33 return on expenditure of a $1.00. » Benbrook, Ibid., p.9. 557 « At Best, Very Modest Benefits The key point is that even under optimistic assumptions, Bt corn has delivered modest benefits to farmers and the nation. The estimated $1.33 return to expenditures on Bt corn is less than half the return earned by farmers investing in other corn genetic improvements over the last three decades. The relevance of this finding to EPA’s regulatory decisions evolves from the basic riskbenefit balancing standard set forth in federal pesticide law. In the face of relatively modest benefits, relatively modest risks should tip the risk-benefit scales against Bt corn engineered to avoid ECB damage. », Ibid., p.9. 558 « Bringing Bt corn to market has been, without douBt, the most expensive genetic technology ever introduced into corn production. », Ibid., p.10.

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quantité sans utiliser d’insecticides pendant 20 ans. Les recherches auraient démontré l’importance du rôle joué par les nutriments (nutrient) dans la résistance des plantes contre la pyrale. L’auteur remarque enfin, qu’il existe également plusieurs autres stratégies pour se débarrasser de la pyrale. Ce rapport rédigé à la demande de l’UCS (union of concerned scientist) à la suite du rapport de re-registration de l’EPA a fait l’objet à son tour d’une critique, cette fois-ci, émise par le NFCAP559. L’auteur, Leonard Gianessi, renvoie la balle en démontant point par point les arguments de Benbrook. Tout d’abord, concernant la rentabilité de la technologie, contrairement à ce qui a été présenté dans le rapport, il faut dire que les infestations de pyrales créent des dégâts quasiment chaque année et non pas seulement quelques années sur 10560. Aussi, contrairement à ce qu’affirme Benbrook, les maïsiculteurs n’avaient pas véritablement de technologie pour gérer la pyrale avant l’introduction du maïs Bt. Concernant maintenant les études réalisées dans une ferme située dans l’Ohio qui auraient démontré qu’un maïs peut résister à la pyrale sans insecticide, Benbrook en aurait fait une présentation éronnée. En effet, d’après Gianessi, si le maïs obtenu à l’aide de procédés organiques est moins dévasté par la pyrale, c’est parce qu’il possède moins de sucre et d’aminoacides dans ces feuilles et par conséquent, est moins attirant pour la pyrale, contrairement au maïs hybride classique ; ce n’est donc pas, comme l’affirme Benbrook, qu’il est plus résistant du fait d’une meilleure utilisation de ses nutriments561. A la suite de cette remarque Gianessi en profite pour souligner de manière que l’on peut qualifier d’assez malicieuse, le fait que Benbrook fonde son jugement hâtif sur les bienfaits de l’agriculture organique en supposant qu’une substance inconnue protégerait le maïs contre la pyrale562. Pour ce qui concerne les autres technologies qui existaient avant l’introduction du maïs Bt
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A Critique of: An Appraisal of EPA’s Assessment of the Benefits of Bt Crops By Dr. Charles M. Benbrook October 17, 2000 Prepared for Union of Concerned Scientists, by Leonard P.Gianessi October 31, 2000. 560 « Benbrook claims that European corn borer management options are available. He asserts that ECB populations only reach damaging levels a few years out of every ten. Actually, the opposite is true. ECB populations are at damaging levels most years out of ten. »Gianessi, Ibid., p.1. 561 « Benbrook asserts that conventional farms with standard nutrient applications do not develop adequate defense mechanisms against the ECB. He suggests that organic corn develops defense mechanisms through more effective use of slower-releasing nutrients from manures and other organic types of nutrients. Actually, the Ohio State research suggests that it is precisely that conventional corn is so much faster growing, resulting in more sugars and amino acids in the greener leaves, that attracts more ECB females that lay their eggs preferentially in the healthier corn. The organic corn is slower-growing and less attractive. », Ibid., p.2. 562 « Benbrook’s misinterpretation results in a convoluted conclusion that organic plants must be emitting some as-yet-undiscovered chemical signal that repels or discourages ECB feeding. Is Benbrook suggesting that it is acceptable to have some undiscovered, unknown, untested chemical repellant in the organic food supply? », Ibid., p.2.

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citées par Benbrook, si elles n’ont pas été retenues par les maïsiculteurs, c’est, d’après Gianessi, qu’elles se sont révélées être peu efficaces, contrairement à la technologie Bt. Aussi, c’est l’occasion pour l’auteur de formuler ses critiques sur l’agriculture biologique et ses véritables rendements. Critiquant l’argument selon lequel l’introduction du maïs Bt aurait été suivie d’une augmentation du recours aux pesticides, Gianessi affirme que celui-ci n’est partagé par aucun experts. Aussi, le porte-parole du NFCAP se demande pour quelle raison Benbrook ne s’est pas appuyé sur des témoignages de maïsiculteurs. D’après les études qui ont été menées par l’Université de l’Iowa, le recours à des insecticides chez les utilisateurs de la technologie Bt aurait baissé de 13% en 1996, 19% en 1997 et 28% en 1998. Gianessi trouve inconcevable l’idée que les agriculteurs auraient fait usage d’un plus grand nombre d’insecticides à la suite de la campagne qui a été menée pour sensibiliser les maïsiculteurs sur les dégâts de la pyrale. Surtout étant donné le fait que la technologie Bt n’engendre un coût que de 10$ par acre pour 67 à 80% d’efficacité alors qu’un traitement à base de l’insecticide revient à 14$ par acre pour 95% d’efficacité. Gianessi n’adhère pas non plus à l’hypothèse de Benbrook selon laquelle il y aurait eu un changement dans la population d’insectes563. Selon Gianessi, Benbrook a manipulé les données qu’il a emprunté des études réalisées sur les maïsiculteurs par l’USDA NASS entre 1995 et 1999. Aussi, étant donné que ces résultats ne font pas état des ravageurs cibles, Benbrook fait ses propres interprétations en attribuant de manière trompeuse des traitements tels que le lambdacyhalotrin, le dimethoate et le esfenvalerate de manière restrictive à la pyrale, alors qu’ils sont appliqués sur d’autres insectes564. Or d’après Gianessi, l’augmentation de l’usage de ces insecticides a une autre raison que la volonté de traiter les plantes contre la pyrale. De même Benbrook aurait laissé en dehors de son analyse le Bt foliaire qui représentait 1% de l’ensemble des traitements en 1995 et qui n’est aujourd’hui plus du tout utilisé à la suite de l’introduction du maïs Bt. Gianessi se demande alors qu’arriverait-il si les maïsiculteurs suivaient les recommandations de Benbrook et cessaient de planter le maïs Bt après avoir été sensibilisés sur les dégâts causés par la pyrale. Pour lui, la réponse est claire, ils se mettraient à utiliser un plus grand nombre de pesticides565.
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« Benbrook also claims that beneficial insects may have shifted in importance because of Bt corn. There is no evidence to support this claim at all. » Gianessi, Ibid., p.4. 564 « The data that Benbrook manipulates to support his ideas come from USDA NASS surveys of corn growers 1995-1999. Since the NASS data do not identify the target pest in the surveys, Benbrook makes his own assignments. He misattributes all of thespraying of lambdacyhalothrin, dimethoate and esfenvalerate to ECB. These pesticidesare recommended for many insect pests in corn, including cutworm, stalk borers, leafaphids, adult rootworm beetles, European corn borer, armyworm, grasshoppers and mites. » Ibid., p.5. 565 « What happens if Benbrook’s advice is followed, and Bt corn is taken away? It is quite likely that

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Enfin, concernant les rendements, Benbrook cite des études dans lesquelles aucune différence de rendement n’a pu être estimée et pour la raison qu’il a choisi des expériences qui ont été réalisées bien avant l’introduction généralisée du maïs Bt. Mais, selon l’expert des NFCAP, depuis l’introduction du maïs Bt, on peut juger que cette plante est en mesure de procurer de véritables avantages, même si cela est vrai de manière inégale. Ainsi une étude menée par Marlin Rice de l’Université du Minnesota a démontré que les bénéfices ne sont pas uniformes. Ainsi en 1999, 21% des résultats côte à côte ont démontré un avantage de 9 boisseaux par acre alors que les 79% restants n’ont procuré aucun avantage. En 1997, 40% ont démontré un avantage de 18 boisseaux par acre et 60% aucun avantage. L’expert en conclut qu’il est encore trop tôt pour juger de l’efficacité de la technologie, que certains maïsiculteurs l’utiliseront comme une garantie et enfin, que les années 1998, 1999 et 2000 étaient inhabituelles pour ce qui concerne l’infestation de pyrale. Il ajoute que, en cas de véritable infestation, les rendements seraient proches de 40 boisseaux par acre et qu’enfin le bénéfice de 3$31 estimé par Benbrook est à recalculer à la suite d’une baisse récente de la taxe qui est passée à 7$ au lieu de 10$. Loin d’être terminée, la controverse, sur les avantages du maïs Bt se poursuit. Aussi, Benbrook répond à Gianessi peu de temps après566. En introduction de cette courte réponse, l’auteur tient à recadrer le débat : il rappelle qu’il ne remet pas en cause les bénéfices potentiels de la technologie Bt en cas de grande infestation. Cependant, ce qu’il remet en cause, c’est l’hypothèse selon laquelle la technologie Bt aurait participé à une diminution de 30% des insecticides et que cette technologie offre un réel bénéfice à ceux qui l’ont utilisée. Concernant le premier point, l’auteur rappelle que l’EPA dans ses travaux n’a jamais mentionné quels insecticides visaient précisément la pyrale. Concernant par exemple la remise en question par Benbrook des estimations de l’EPA selon laquelle les 2 insecticides qui sont chlorpyrifos et methyl parathion ciblaient respectivement à 50% la pyrale et à 50% les autres insectes, Gianessi n’a émis aucun commentaire et n’a pas pris position ni pour les affirmations de l’EPA ni pour la thèse de Benbrook selon lequel, une répartition 25-75% semble plus juste567.

insecticide use would increase dramatically as some growers start spraying. », Ibid., p.6. 566 Brief Response to Leonard Gianessi's October 31, 2000 'A Critique of An Appraisal of EPA's Assessment of the Benefits of Bt Crops, Charles M. Benbrook November 2, 2000, sur le site www.biotech-info.net/Bt 567 « Accordingly, I assumed just one-quarter, not 50 percent, of the acres treated with these two materials targeted the ECB - still probably an over-estimate. Gianessi's critique is silent on this core issue, neither disagreeing with my 25-75 ECB versus rootworm split for chlorpyrifos and methyl parathion, nor supporting EPA's 50-50 split. » Ibid., p.1.

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En revanche, Benbrook reconnaît qu’il a oublié de mentionner que des insecticides, d’après lui, mineurs, tels que le dimethoate ou l’esfenvalerate n’étaient pas seulement utilisés pour la pyrale, mais également pour d’autres insectes. Mais il ajoute que personne n’est en mesure de spécifier en quelle proportion ces insecticides ciblent les insectes. Cependant, même en admettant que seulement 25% des acres qui ont été traités avec eux étaient traités contre la pyrale, cela ne change en rien les résultats. Benbrook accepte également la remarque de Gianessi selon laquelle le Fipronil n’est pas utilisé contre la pyrale. Enfin concernant le reproche de ne pas avoir mentionné l’insecticide Bt foliaire, il rejette l’accusation et se justifie en affirmant que l’USDA n’a pas mentionné de manière concrète cet insecticide dans son rapport. Les 1% dont parle Gianessi ne concernent que 3 Etats en 1995568. Pour les années suivantes, on ne sait pas quel est exactement le pourcentage de Bt foliaire569. Aussi, d’après Benbrook, il se peut que le Bt foliaire utilisé ait diminué, mais il se peut également que certains fermiers aient eu recours à cet insecticide plutôt qu’aux plantes Bt. De toute façon, cela ne change pas grand-chose dans les résultats. Aussi l’auteur affirme pour sa défense qu’en prenant en compte l’ensemble des modifications exigées par Gianessi et en admettant que seulement 1/4 des acres traités avec les insecticides ciblant la « pyrale et les autres ravageurs », ne ciblent en fait que la pyrale, les données ne sont toujours pas en accord avec celles fournies par l’EPA, où il est dit que les traitements à destination de la pyrale ont diminué de 30%. Selon Benbrook, c’est plutôt d’une augmentation de 30% dont il faut parler entre 1995 et 1999570. Il rappelle que la conclusion de l’EPA est fondée sur l’affirmation que le Chlorpyrifos et le Methyl Parathion ciblaient la pyrale ; or comme ce n’est pas le cas, alors, il est impossible d’aboutir à une telle conclusion. Le consultant s’accorde avec Gianessi pour réclamer une étude plus détaillée sur les insectes cibles. Dans la plupart des cas, les experts tombent d’accord, mais dans quelques cas, ils ne le sont nullement. Concernant maintenant la rentabilité du maïs Bt, Benbrook rappelle que des études réalisées dans les fermes ne sont pas en accord avec cette
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« I excluded Bt because USDA did not report Bt insecticide use consistently in the years covered in the table. Gianessi notes accurately that USDA reported 1 percent of the surveyed corn acres were treated with foliar Bts in 1995, based on data collected on Bt use in just 3 of the 17 states surveyed. Actual Bt use in 1995 was no doubt higher nationally. » Gianessi, Ibid., p.3. 569 « My Table reported insecticide use in 1995, 1998, and 1999. In both 1998 and 1999, USDA did not collect nor report foliar Bt use at the national level. Bt use was surveyed in just 2 of 15 states in 1999 and in 1 state in 1998, so no one knows whether use remained at about 1 percent, went up or down. »Ibid., p.4. 570 « With the changes suggested by Gianessi, and the conservative assumption that only one-quarter of the acres treated with "ECB and Other Pest" insecticides targeted the ECB, the data still do not support EPA's conclusion that ECB acres treated have declined 30 percent. The Revised Table 1 shows a 19 percent increase between 1995 and 1999, modestly less than the original table. »Ibid., p.5.

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conclusion. Il rappelle la difficulté de déterminer les bénéfices nets, étant donné le grand nombre de facteurs qui entrent en ligne de compte. Contrairement à Gianessi qui croit en une véritable efficacité de la technologie, il semble que Benbrook soit convaincu qu’une étude plus approfondie des emplacements où la pyrale a causé de véritables dégâts doit présider à l’utilisation de maïs Bt. En effet, un usage plus ciblé de cette technologie permettra d’en accroître les bénéfices et d’en diminuer les risques éventuels571. Il est donc nécessaire d’accumuler les données sur l’usage qui est fait des différents pesticides. En effet, tant que cela ne sera pas fait, il semblera difficile de résoudre la controverse qui l’oppose à Gianessi572.

Discussion
A la fin de l’année 2000, on constate qu’en ce qui concerne la rentabilité du maïs Bt et son impact sur la diminution de l’usage des pesticides, la controverse est loin d’être achevée. Le manque de résultats précis et complets y joue sans doute un rôle important. On ne sera pas aveugle cependant au fait que chaque auteur exprime au travers de l’interprétation qu’il donne de ceux-ci, les intérêts de l’organisme qu’il représente. Le NFCAP est, rappelons-le financé par le Rockefeller Institute, mais aussi par des industriels de l’agro-alimentaire. Quant à l’UCS (union of concerned scienctist) pour laquelle travaille Benbrook, elle représente les intérêts de nombreux écologistes et possède parmi ses rangs les plus fervents opposants à la technologie PGM ; aussi, comme on a pu le constater Benbrook n’hésite pas à promouvoir l’agriculture biologique dès qu’il en a l’occasion. Si le rapport de l’EPA semble avoir été plutôt large dans l’interprétation de certaines données, telles que, par exemple, la connaissance de la quantité d’insecticide véritablement utilisée contre la pyrale et par conséquent une détermination réaliste de la diminution de ces insecticides depuis l’introduction du maïs Bt, certaines critiques de Benbrook n’en sont pas moins floues. Aussi, sans vouloir et sans pouvoir trouver une solution à cette controverse, il semble que le débat sur les coûts et les avantages des PGM, reste pris dans les mailles de ces jeux d’interprétation de résultats. Comme pour les deux controverses précédentes, on constate que rarement ces résultats sont remis en cause, cependant les interprétations qu’en fond les auteurs fluctuent
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« More targeted use of this technology will surely increase grower benefits per acre. It would also serve other useful purposes, such as enhancing the chances of resistance management and minimizing Monarch butterfly, soil health, and other potential problems. »Ibid., p.4. 572 « No douBt Gianessi and I will return to these issues annually as new data are released by USDA on insecticide use in major Bt crops. The same issues and uncertainties will arise next year in the absence of better information on the target pests triggering insecticide treatments in Bt fields. » Benbrook, Ibid., p.5.

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avec une grande relativité. C’est le cas par exemple quand Benbrook diminue l’impact du rendement du maïs Bt revendiqué par le NFCAP et relativise les 3 années bénéficiaires en les comparant aux années 70 où les bénéfices étaient moindre, mais le revenu des agriculteurs plus élevés. Enfin, comme on le constate, les auteurs n’hésitent pas à s’accuser mutuellement de manque d’objectivité. L’implantation de la technologie, semble encore trop jeune pour que l’on puisse se prononcer, mise à part pour certains cas comme celui du coton Bt, par exemple, où les bénéfices sont flagrants. Or comme, on a eu l’occasion de le voir avec les études de cas, les espoirs fondés sur la technologie ne manquent pas. C’est aussi ce que nous voulons étudier maintenant au travers des controverses qui opposent les experts sur la possibilité de résoudre le problème de la faim dans le monde par le biais de la transgenèse végétale. 3.3.3 La faim dans le monde: Prétexte ou argument ? S’il est un sujet de taille dans la controverse socio-économique sur les PGM, c’est bien celui de la « faim dans le monde ». En effet, depuis la découverte de la technologie, ce thème se trouve au cœur du débat comme un faire-valoir. Selon certains experts, l’introduction de la transgenèse végétale dans les pratiques agronomiques serait à l’origine d’une nouvelle révolution verte ; aussi, mettre tout en œuvre pour développer cette technologie, c’est se donner les moyens de nourrir l’humanité entière. Le problème de la faim dans le monde vaut donc comme une justification de la prise de risque ; a contrario, si on ne développe pas cette technologie, on risque, dans les 30 années à venir, de ne pas pouvoir satisfaire la demande alimentaire de la population qui croît chaque jour. En opposition directe à cette thèse, on trouve celle qui affirme que la faim dans le monde n’a pas pour origine un manque de production, mais une mauvaise distribution des ressources ; par conséquent, ils en déduisent que cet argument sert de prétexte aux promoteurs des biotechnologies agro-alimentaires. Aussi, ils en profitent généralement pour dénoncer les desseins cachés des firmes agro-alimentaires. Une fois de plus, on observe des prises de position diamétralement opposées par rapport à un problème essentiel pour lequel toute tentative de manipulation semblerait grossière et mal placée. Alors que précédemment on se trouvait dans une logique économique et écologique relevant de problèmes liés à l’agronomie, on se trouve ici dans une logique socio-économique : il s’agit de savoir, non plus si la transgenèse végétale apporte des avantages aux agriculteurs, mais à la société toute entière. Ici, l’avantage étant défini comme «réussir le challenge de nourrir l’ensemble de l’humanité mieux que n’importe quelle autre technologie» et le risque étant « l’augmentation de la situation de famine dans

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le monde, à la suite d’une poussée démographique incontrôlée». Aussi, on comprend à quel point le débat est à son paroxysme lorsque l’on voit les différents protagonistes se rejeter mutuellement la balle. Andrew Pollack retrace parfaitement la situation dans un article du New-York Times de février 2001573 ; le journaliste rappelle qu’en 2000, avec 5 millions d’individus souffrant de famine à la suite d’une sévère sécheresse, les opposants aux biotechnologies ont obligé le gouvernement Kenyan à refuser du maïs offert par les Etats-Unis et le Canada parce qu’une partie avait été génétiquement modifiée ; de même en Indes, lorsque les USA ont envoyé du soja et du blé, après qu’un cyclone ait tué plus de 10000 personnes, un important critique des aliments génétiquement modifiés a accusé Washington d’utiliser les victimes du cyclone comme des cobayes574. D’après les opposants, les firmes de biotechnologies agro-alimentaires se comporteraient ainsi à l’égard du tiers-monde afin de soigner leurs relations-presse et pour se justifier par rapport à la mise en vente sur le marché des nations développées de ce genre d’aliments575. Le débat se résume donc dans l’établissement d’un rapport entre les risques potentiels que pourraient apporter une technologie et la possibilité de stopper le fléaux de la faim. Un autre exemple de cette controverse est donné avec le cas du « riz doré », un riz qui a été mis au point par le suisse Ingo Potrykus avec l’aide de la fondation Rockefeller pour combler les carences en vitamine-A de certaines populations du tiers-monde. Les opposants, comme on aura l’occasion de le voir en détail, attaquent cette application technologique de nombreuses manières, faisant dire à ses inventeurs, qu’ils ont un « agenda politique caché »576. Ces quelques citations montrent à quel point l’expertise socio-économique est ici, directement liée à une vision et une prise de position politique, ce qui a pour conséquence d’intensifier la polémique. Cette remarque, comme on le verra, est importante pour

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« Critics of Biotechnology Are Called Imperialists » Andrew Pollack, New York Times February 4, 2001. 574 « Last year, with five million people in Kenya facing starvation because of a severe drought, opponents of agricultural biotechnology urged the Kenyan government to reject corn donated by the United States and Canada because some of it was genetically modified. And when the United States sent corn and soy meal to India after a 1999 cyclone that killed 10,000 people, a prominent biotech critic in that country accused Washington of using the cyclone victims as "guinea pigs" for bioengineered food. » Ibid. 575 « The critics say the industry is using the poor to justify selling their products to the rich. » Ibid. 576 « Ingo Potrykus, the Swiss scientist who led the development of golden rice, said opponents have a "hidden political agenda." In an article to be published in the journal In Vitro Plant, he writes: "It is not so much the concern about the environment, or the health of the consumer, or help for the poor and disadvantaged. It is a radical fight against a technology and for political success." In fighting to keep golden rice from the poor in developing countries, he adds, the opposition "has to be held responsible for the foreseeable unnecessary death and blindness of millions of poor every year." » Ibid.

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comprendre l’écart qui existe entre les différents opposants. Aussi, on peut distinguer 2 grandes problématiques : La première concerne celle de l’objectif à terme de la biotechnologie agroalimentaire : s’imposer comme la technologie capable de nourrir l’humanité entière. Cette thèse est née au début des années 1980, en même temps que la technologie ; elle sert depuis les origines comme justification générale pour celle-ci et rend compte de sa mise sur le marché. Il s’agit donc d’un challenge productiviste pour les années à venir. De ce point de vue, la situation actuelle du tiers-monde est utilisée comme un faire-valoir. En effet, il s’agit du paradigme de l’humanité qui subit une croissance démographique sans pouvoir subvenir à ses besoins. Il est alors crucial, du point de vue socio-économique de pouvoir répondre à la question « les biotechnologies sontelles la solution qui permettra de nourrir l’humanité à long terme?» La seconde problématique est, en quelque sorte, une application directe et actuelle de la première et lui est intimement liée. Elle est une redite de celle-ci non plus d’une manière absolue, mais ici et maintenant. Il s’agit en fait de savoir si les biotechnologies peuvent s’adapter aux problématiques des pays en voie de développement et sont transférables dans ces pays. Autrement dit, est-il aujourd’hui possible pour les agriculteurs des PVD d’acquérir cette nouvelle technologie d’une part, cette acquisition apporte t’elle une quelconque rentabilité pour les paysans qui l’utilisent et n’y a-t-il pas une solution plus adaptée, d’autre-part ? Enfin, on verra comment ces 2 problématiques, se développent au travers d’un cas concret : le riz doré.

Une nouvelle révolution verte ?
Les promoteurs de la transgenèse végétale aiment souvent à répéter qu’il existe une filiation entre les applications de cette nouvelle technologie et la révolution verte. On rappellera que par « révolution verte », on caractérise le formidable essor de rendement de la production agricole, peu avant et au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ainsi, on trouve essentiellement à l’origine de cet essor : l'utilisation de semences sélectionnées appartenant à des variétés à haut rendement, l'apport d'engrais et de produits phytosanitaires, un contexte politique favorable (stabilité des prix), l’augmentation croissante de la mécanisation des tâches. Pour donner un exemple, en France, jusqu'à nos jours, par le biais notamment des techniques de sélection, on est parvenu à faire progresser les rendements de 10 à 75 q/ha. Ainsi, « en 1920, on ne récoltait que 15 quintaux de blé à l'hectare, guère plus qu'au Moyen âge, et à peine 20 en 1950. Aujourd'hui, on approche 70,

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avec des records à 130 »577. Si on se reporte aux chiffres donnés par la FAO, on constate que l'utilisation des engrais a crû de 360 % de 1970 à 1990, et que celle des produits phytosanitaires augmentait de 420 %. Cette révolution a eu pour conséquence de pouvoir nourrir toujours plus d’individus en diminuant considérablement les prix des denrées dans les pays industrialisés et rendant possibles de nouvelles formes de productions grâce à la mise au point de nouvelles variétés dans les pays en voie de développement. Ainsi, le nombre des personnes touchées par la faim en Asie du sud-est a baissé de 100 millions dans les années 1980. Le Livre Blanc qui a paru sous la direction des fédérations de semenciers français578 revendique, par exemple, la filiation directe entre la révolution transgénique et la première révolution verte. Les auteurs qui avaient pour objectif de justifier l’utilisation des biotechnologies agro-alimentaires, reprennent le raisonnement de la FAO (Food & Agriculture Organization) en rappelant la notion de sécurité alimentaire579. Ce principe permet de définir de véritables disparités entre certaines zones pour l’état actuel du monde. Aussi, d’après les estimations fournies par l’organisme mondial, cette situation ne risque pas de s’améliorer. En effet, la population est passée de 2,5 milliards en 1950 à 5,2 milliards en 1990 ; cette croissance est appelée à se développer et les estimations de la FAO prévoient un nombre de 7 milliards en 2040 et 9,8 milliards d’habitants en 2050. Alors que cette croissance démographique touche également les PVD, on constate que la surface de terre arable, elle, diminue et continuera de diminuer de manière constante. Déjà passée de 0,5 ha par habitant en 1950 à 0,3 ha en 1990, il est estimé que cette surface ne sera plus que de 0,2 ha par habitant en 2050580. C’est dans ce cadre alors qu’il apparaît nécessaire de poursuivre les efforts entamés lors de la « révolution verte ». Aussi, les auteurs ne manquent pas de souligner l’importance de l’utilisation de plantes sélectionnées appartenant à des variétés à haut rendement : « Un des facteurs-clefs de la révolution verte se situe dans le prolongement de l'amélioration des plantes issue des premiers pas de la génétique. »581 Si on prend le cas des PVD, la révolution verte qui y a eu lieu permet aux auteurs de tirer les conclusions suivantes : Les famines ne sont pas liées à la seule fatalité des catastrophes naturelles mais bien plus aux conflits et à un défaut de politique agricole adaptée,
577 578

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Philippe Ledieu, Planète agricole, coll. Explora, Cité des Sciences et de l'Industrie, p. 110. CFS - GNIS – UIPP, Les plantes génétiquement modifiées, une clé pour l’avenir, le Livre blanc des biotechnologies, p.21 579 « La sécurité alimentaire consiste à assurer à toute personne et à tout moment 1 accès physique et économique aux denrées alimentaires dont elle a besoin », (Food & Agriculture Organization, 1983). 580 Source FAO 581 CFS - GNIS – UIPP, Les plantes génétiquement modifiées, p.10.

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Des technologies agricoles modernes doivent être utilisées afin de développer la production sur les terres aujourd'hui en culture, Des techniques ainsi que les ressources nécessaires doivent être adaptées aux conditions de production locale, La mise en oeuvre d'une révolution des pratiques culturales peut ouvrir la voie d'un développement global de l'économie.582

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Partant de l’ensemble de ces données, les auteurs en concluent tout naturellement qu’une nouvelle révolution verte est nécessaire : « Pour nourrir les hommes, il faudra désormais poursuivre l'accroissement des rendements sur les terres disponibles, dont les superficies diminuent. C'est ainsi seulement que l'on limitera la déforestation et les phénomènes d'érosion des sols. Cette nouvelle révolution verte nécessitera la mise à contribution des techniques de pointe, et notamment des biotechnologies modernes. Qui seront les gagnants d'une “nouvelle révolution verte” reposant sur les biotechnologies ? Si les bénéfices des biotechnologies portent essentiellement pour l'heure sur la production agricole (les avancées se concentrant sur des caractères d'intérêt agronomique), la qualité des aliments est au cœur des recherches et développements pour les années à venir. Ainsi, le consommateur pourra directement tirer profit de cette “nouvelle révolution verte. » On l’aura compris les biotechnologies agro-alimentaires ont pour objectif de poursuivre le travail de la première révolution verte avec un nouvel objectif : faire croître la production en optimisant la surface des sols et en maîtrisant les techniques d’irrigation. C’est à cette condition seulement que l’on sera en mesure de nourrir l’humanité et de prévenir la croissance démographique prévue pour les années à venir. On se trouve donc dans une situation malthusienne : une population qui croît et parallèlement à cette situation, une production agro-alimentaire qui stagne.

Une situation malthusienne
Dans un dossier spécial sur l’alimentation du magazine Nature583, Anthony Trawanas de l’Institut de biologie cellulaire et moléculaire d’Edimbourg démontre comment, au travers de l’histoire, les situations malthusiennes ont toujours présidé au développement des technologies agricoles et ce, avec une constance régulière. Dans la situation actuelle, la révolution verte qui a résulté d’une application des connaissances scientifiques à l’agriculture

582 583

Ibid., p.12. Antony Trewavas, « Malthus foiled again and again », in www.nature.com/nature 669.

Nature, vol. 418, 8 August 2002,

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a été à l’origine de résultats extraordinaires. Aussi d’après l’auteur, il n’est nullement encore temps de se réjouir. En effet, la croissance démographique qui est prévue, ainsi que la diminution des surfaces arables va remettre de nouveau l’humanité dans une situation malthusienne. Même si on peut prévoir que le nombre des individus qui souffrent de la famine diminuera encore de 600 millions d’ici 2025 (il est actuellement de 800 millions), il est pourtant trop tôt pour se féliciter, car la population de la terre va culminer à 9 milliards d’habitants en 2050584. Aussi, au fur et à mesure que la population s’enrichit, la consommation de viande augmente, ce qui signifie qu’il est nécessaire de doubler la production de céréales. Cet objectif laisse apparaître une nouvelle contrainte que l’on n’a pas connue jusqu’à présent : le manque de terres cultivables. L’auteur rappelle que lors de la révolution verte les surfaces cultivées n’ont pas augmenté, inversant la tendance qui voulait que, depuis 1800, pour produire plus, on défrichait de nouveaux espaces. Or selon l’auteur, le dilemme actuel est que l’on utilise actuellement la moitié des surfaces cultivables de bonne qualité et « à moins de trouver les moyens de créer une seconde révolution verte en augmentant la production sans augmenter la surface des terres utilisées, on risque de provoquer de nombreuses détériorations dans l’habitat et dans la biodiversité à une vitesse qui pourrait même devenir menaçante pour la subsistance de l’humanité »585. Si on suit la logique historique, on peut supposer une nouvelle fois, que c’est une solution technologique qui va permettre de dépasser ce problème586. C’est dans ce contexte qu’il apparaît nécessaire de repenser l’agriculture et que les biotechnologies apparaissent comme une source de développement, essentiellement pour les agriculteurs des pays en voie de développement. Pour cela, l’auteur cite l’exemple de la Chine, où le gouvernement a largement encouragé le les PGM. En effet, dans ce pays, les bénéfices sont palpables pour les fermiers les plus pauvres. Ainsi, l’usage du coton Bt permettrait à un fermier possédant un hectare

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« Although estimates suggest that about 800 million people are still undernourished, it is thought that this number will drop to about 600 million, largely in sub-Saharan Africa, by 2025 (refs 1, 2). But this is no time for congratulation: although it is hoped the human population will level off at about nine billion by 2050, the population is currently still expanding. » Ibid. 585 « We currently use at least half the available good quality soil for agriculture, with the remainder under tropical forests6. This leads to an obvious dilemma. Unless we can pull off a second Green Revolution, increasing yield but limiting it to land currently used for farming, there will be further deterioration of natural habitats and biodiversity at a rate that could even threaten the further existence of humanity. » Ibid., p. 669. 586 « The lessons of history are clear. Successive lurches in population number have driven the development of new agricultural technologies designed to provide food for growing populations. This process of discovery will continue until there is an abundance of food equally enjoyed by the whole world population. We are far from achieving that at the present time, and there is therefore a constant need to examine the state of current agriculture to see where progress needs to be made. »Ibid.

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d’augmenter ses revenus d’un quart, de diminuer ses dépenses d’un tiers587. L’idée développée ici par l’auteur est donc qu’il est nécessaire de produire encore plus sans augmenter la superficie des terres utilisées. Ceci est le véritable objectif de l’agriculture de demain ; aussi les partisans de l’agriculture biologique oublient que les solutions qu’ils proposent ne peuvent permettre de satisfaire les besoins exigés par l’augmentation de la population588. Une thèse similaire est soutenue au niveau international par les Académies des Sciences des pays qui ont recours aux biotechnologies. Ainsi, dans un rapport publié en commun589, les Académies des Sciences britannique, américaine, brésilienne, chinoise, indienne, mexicaine et du tiers monde, affirment qu’un pas doit être fait afin de développer les besoins urgents pour des pratiques durables dans l’agriculture mondiale si on veut satisfaire la demande d’une population mondiale croissante sans détruire les ressources de base de l’environnement. Aussi, la biotechnologie couplée avec d’autres solutions devrait être utilisée afin d’augmenter la production de réserves alimentaires, augmenter l’efficacité de la production, réduire l’impact environnemental de l’agriculture, et fournir un accès aux aliments pour les petits fermiers590.

La faim dans le monde aujourd’hui
On l’aura compris : la transgenèse végétale est soutenue au niveau des institutions internationales comme l’une des solutions qui doit réussir le challenge de nourrir l’humanité entière. Et si elle n’est pas la seule solution, elle est l’une des principales. Aussi, pour donner
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« The benefit of GM technology to the poorest farmers is palpable. To a cotton farmer working on a farm of about a hectare in area, the use of ‘Bt’ cotton (containing a gene for an insecticide derived from the bacterium Bacillus thuringiensis) has raised income by a quarter, cut costs by a third, and slashed pesticide use by three quarters. »Ibid. 588 « The deleterious environmental consequences of some kinds of food production are very real. This is clearly evident in fisheries, and incorrectly perceived as such by some in the adoption of GM technology. But nostalgia isn’t what it used to be: organic farming, sometimes touted as a panacea, is no more sustainable than the fish-farming that produces high-value smoked salmon to those consumers who can afford it. In the world at large, technological change is — as it always has been — driven by the need to squeeze ever greater yields from the same plot of land. In all such arguments, knowledge is the ultimate decider, balanced as usual by economic considerations. Whatever the outcome, the decisions we make now could have repercussions for millennia. »Ibid., p.670 589 The Royal Society of London, the U.S. National Academy of Sciences, the Brazilian Academy of Sciences, the Chinese Academy of Sciences, the Indian National Science Academy, the Mexican Academy of Sciences and the Third World Academy of Sciences ; Transgenic Plants and world Agriculture, National Academy Press Washington, D.C. July 2000. 590 « We conclude that steps must be taken to meet the urgent need for sustainable practices in world agriculture if the demands of an expanding world population are to be met without destroying the environment or natural resource base. In particular, GM technology, coupled with important developments in other areas, should be used to increase the production of main food staples, improve the efficiency of production, reduce the environmental impact of agriculture, and provide access to food for small-scale farmers. », Ibid., p.12.

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une valeur concrète à cet argument prospectif, les experts font automatiquement référence à la situation actuelle des pays en voie de développement. Etant donné que la révolution verte n’a pas complètement réussi à résoudre l’ensemble des problèmes posés par la faim dans les pays du tiers-monde, c’est dans ces derniers que les PGM sont appelés à jouer un rôle majeur essentiel. Aussi, une association telle que le C.G.I.A.R (the consultative group on international agricultural research) travaille à la réalisation du transfert de technologie entre les pays développés et les pays en voie de développement. Pour analyser ces problèmes, une conférence a eu lieu à la banque mondiale à Washington en octobre 1999. Cette conférence a été organisée par la NAS et le CGIAR et a été co-sponsorisée par de nombreuses associations telles que la FAO, BIO, l’ICS, et différents départements des Nations Unies et propose un état des lieux général de la situation du problème de la faim dans le monde, tout en étudiant la possibilité de transférer les biotechnologies agro-alimentaire591. Ce sujet est abordé par Alexander F. McCalla et Lynn R.Brown592 au cours d’un exposé sur le rôle de la science dans la résolution de ce problème. Les auteurs rappellent que la science a joué un rôle majeur dans le challenge de produire plus d’aliments dans les 50 dernières années. La révolution verte pour le riz et le blé a permis de sécuriser la plupart des gains de production de ces plantes. Les auteurs rappellent que malgré d’impressionnantes performances globales, on constate des différences régionales considérables : en effet, en Afrique subsaharienne, durant la même période, la disponibilité des aliments per capita et par conséquent la disponibilité de calories a diminué à cause de taux de croissance occasionèlement négatifs de la production agricole et un taux de croissance constant et élevé de la population593. On a pu noter également certaines différences entre l’Afrique subsaharienne et l’Asie du sud-est. Partant de la croissance de la population dans l’absolu et du doublement de la population dans les zones urbaines, et ajoutant à cela le problème de la disponibilité de l’eau et la superficie des terres cultivables disponibles, les auteurs en

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Consultative Group on International Agricultural Research and US National Academy of Sciences Agricultural Biotechnology & the poor ; Cosponsors Biotechnology Industry Organization Food and Agriculture Organization of the UN Global Forum on Agricultural Research International Council for Science International Fund for Agricultural Development Third World Academy of Sciences UN Development Programme UN Educational, Scientific and Cultural Organization UN Environment Programme UN Industrial Development Organization Union of Concerned Scientists G.J. Persley and M. M. Lantin, Editors. 592 Alexander F. McCalla and Lynn R. Brown, « Feeding the Developing World in the Next Millennium: A Question of Science? » In Agricultural Biotechnology & the poor . 593 « This impressive global aggregate performance,however, masks considerable regional differences. In sub-Saharan Africa, in the same period, per capita food availability, and consequently per capita calorie availability, decreased due to sometimes negative growth rates in agricultural production and continuing high population growth rates. » McCalla and Brown Ibid, p.32

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déduisent la nécessité de la biologie moléculaire pour augmenter la production. Ils affirment qu’il est nécessaire de tirer des conclusions de la première révolution verte. Cette nouvelle révolution verte doit profiter aux plus pauvres et ne pas être à l’origine d’une dégradation de l’environnement. Ils font référence aux études de Conway qui démontrent que la nouvelle révolution devra être « doublement verte » en augmentant la production d’une manière plus rapide que dans les années précédentes et en le faisant d’une manière durable sans déranger l’environnement. Cela devrait également améliorer les salaires ruraux et l’accessibilité des aliments aux pauvres ; aussi, la biotechnologie a le potentiel d’atteindre en partie cet objectif594. Concernant les pays en voie de développement, il est essentiel qu’ils soient assistés dans le développement des nouvelles technologies. Or contrairement à la première révolution verte où les développements ont eu lieu dans le secteur public, ici, les principales avancées ont lieu dans le secteur privé qui bénéficie d’une protection des droits de propriété industrielle. Cette dernière est d’une certaine importance parce qu’elle permet aux entreprises de financer les coûts élevés de recherche et développement ; en effet, le secteur privé ne serait pas en mesure de prendre en charge ces efforts sans ce système. Ceci explique donc pourquoi, peu de recherches sont effectuées dans le secteur privé pour les pays en voie de développement pour des plantes telles que le sorgo, le millet ou le cassava. Pour encourager de telles recherches, il est essentiel de baisser les coûts relatifs en recherche et développement. Pour cette raison, le C.G.I.A.R. propose plusieurs pistes : Un partenariat actif entre le secteur privé et public pour la recherche concernant les aliments des pays en voie de développement. Ce qui ne peut que profiter aux deux secteurs en augmentant la disponibilité de germoplasme de semences pour le secteur privé et en garantissant une plus grande attention aux plantes les plus importantes pour les petits producteurs595, L’application d’une politique similaire à celle de l’industrie pharmaceutique, L’établissement d’un système global de financement pour les structures de recherche et développement avec l’obtention de droits de protection non-exclusifs. Selon l’auteur, les industriels pourraient trouver un certain attrait dans ce genre de

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« As Conway (1997) pointed out, the next technology- driven revolution must be doubly green – it must increase food production at a faster rate than in recent years and do it in a sustainable manner without significantly damaging the environment. It should also improve rural incomes and increase accessibility to food by the poor Biotechnology has the potential to contribute substantially to this objective, but it is controversial. » Ibid.
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« The first is active public – private sector partnerships in research for developing country food crops. This benefits both parties through increasing the availability of crop germplasm to the private sector, and ensuring attention to the crops most important to poor farmers in developing countries. » McCalla and Brown, Ibid., p.25.

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financement, même si les droits de protection sont non-exclusifs parce que cela permet de mettre en place de nouvelles possibilités technologiques qu’ils pourraient intégrer ailleurs que dans le domaine des PVD ; d’autre part, en développant le secteur de la R&D sur ces pays, on pourrait réduire la pauvreté et créer un nouveau marché596 D’après l’auteur, les biotechnologies ont véritablement le pouvoir de résoudre le problème de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition dans les pays en voie de développement. On doit précautionneusement analyser les risques de l’introduction de cette nouvelle technologie sur le marché des PVD. Pour cela, il semble essentiel de faire intervenir le C.G.I.A.R. et d’organiser des forums de réflexion mondiaux. La prise en compte des risques doit être spécifique dans le cas des PVD. Il sera nécessaire de mettre en place une structure indépendante pour effectuer des tests des produits qui seront développés et ne sont pas consommés dans les pays industrialisés. Les experts réaffirment donc le rôle du C.G.I.A.R. à chacune de ces étapes. Cette opinion selon laquelle la transgenèse végétale doit aider l’agriculture à remporter les challenges qui se présentent à elle dans un avenir proche est confortée par le rapport sur le développement humain commissionné par le programme de développement de l’ONU (UNDP)597. Ce texte de 2001 soutient que de nombreux PVD pourront récolter de grands bénéfices des PGM. Tout en reconnaissant qu’il existe des risques sanitaires et environnementaux, le texte souligne le potentiel unique des biotechnologies pour créer des plantes résistantes aux virus, tolérantes à la sécheresse et améliorées d’un point de vue nutritionnel598. Le rapport met alors l’accent sur l’urgence qu’il y a dans la nécessité d’un plus grand investissement du secteur public afin de s’assurer que les biotechnologies
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« A third suggestion is the establishment of a global competitive grants research facility for R&D on developing country food crops, with nonexclusive intellectual property protection.Why would companies want to undertake research for which their intellectual property protection was nonexclusive? First, the R&D could lead to new enabling technologies, which they could incorporate in R&D activities on crops other than developing country food crops, and which could have intellectual property protection on the final product. Second, increasing the productivity of developing country agriculture will reduce poverty and lead to agricultural commercialization, thus creating future competitive market opportunities for other commercial product lines. »Ibid. 597 United Nations Development Programme (UNDP), The Human Development Report 2001 , Oxford University Press, 2001. 598 «Breakthrough applications in medicine and agriculture have huge potential for accelerating human development. But this potential will be truly tapped only if biotechnology is used to address the key health and agriculture challenges of poor countries—tropical diseases and the crops and livestock of the marginal ecological zones left behind by the green revolution. And only if this is done with a systematic approach to assessing and managing risks of harm to human health, environment and social equity. » Ibid., p.34.

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puissent correspondre aux besoins des pauvres599. Il serait nécessaire, par exemple, de développer des variétés plus modernes de millet, de sorgho et de cassava. Le rapport insiste également sur la nécessité de mettre en place un système de gestion des risques. En effet, d’après les auteurs si tous les pays doivent trouver des solutions pour gérer les risques, les PVD font face à plusieurs difficultés qui peuvent ajouter un coût supplémentaire, augmenter les risques et réduite leur capacité à gérer le changement de manière sûre. Le premier de ces obstacles est une pénurie de personnel qualifié. Le second est un manque de ressources ; en effet, le maintient d’un cadre législatif pour encadrer le développement de la nouvelle technologie a un coût important qu’il faut pouvoir supporter. Or dans les PVD, les instituts de recherche sont souvent financés par des dons. Un troisième obstacle réside dans les faibles stratégies de communication. La connaissance que le public a des PGM varie en fonction des PVD, mais dans la plupart, des cas, il y a un véritable manque d’information. Aussi, cette dernière rencontre de nombreuses difficultés pour se répandre (illettrisme, croyances, attitude réfractaire aux nouvelles technologies…). Les mécanismes de retour inadéquats (inadequate feedback mechanisms) : en effet, les mécanismes qui permettent de transmettre ou de recevoir l’information ne sont pas bien développés et il apparaît, par conséquent, difficile de suivre si les procédures de sécurité sont bien respectées ou non. Pour résoudre tous ces problèmes, il semble nécessaire d’établir une politique nationale et un support global. Aussi, les auteurs affirment avec un certain optimisme que les PVD peuvent surmonter l’ensemble de ces obstacles. Après un long développement sur l’application du principe de précaution dans les PVD et un chapitre sur la distinction nécessaire entre la situation dans ces pays et dans les pays occidentaux, les auteurs ajoutent que le principe de précaution n’est pas encore définitivement établi et que sa définition continue à évoluer. Un processus politique et scientifique permettra d’en donner une version finalisée. Certains pays font parfois un usage discriminatoire du principe de précaution et ce, à des fins protectionnistes. Au final, les pays feront des choix différents de définition du principe de précaution et ce pour une bonne et simple raison : la balance des coûts et des bénéfices face aux nouvelles technologies n’est pas la même ; leurs citoyens peuvent ne pas avoir la même attitude face à la prise de risques et face aux revenus potentiels600. Aussi, les

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« In developing countries national capacities are also limited. Intellectual property rights can stimulate innovation, but in today’s world of very uneven demand and capacity, they are not enough to stimulate innovation in many developing countries. At the global level, potentially huge benefits require difficult coordination. Yet public investment in technology development can have enormous returns. » Ibid., p.45. 600 « Ultimately, countries will make different choices—and for good reasons. They face different potential costs and benefits from new technologies. Their citizens may have different attitudes towards taking risks and vary widely their capacities to handle potential outcomes. »Ibid., pp.70,71.

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PVD adoptent une attitude différente envers les PGM, de la prévention à la promotion. Comme on peut le constater, l’UNDP prend largement partie pour l’intégration des biotechnologies dans les pays en voie de développement. On notera avec quelle insistance le rapport souligne la nécessité de mettre en place un système juridique pour assurer la gestion et l’estimation des risques ainsi qu’une politique de régulations et de procédures, pas seulement une législation écrite mais également la mise en place et l’entretien d’un système de surveillances, ainsi qu’un système qui permette d’informer et de prendre en compte les attentes du public601. Un transfert de compétences et de technologies s’avère non seulement nécessaire, mais également souhaitable. Aussi, la transgenèse végétale est bel et bien considérée comme participant à part entière au développement humain. Comment toutes ces idées peuvent être appliquées sur le terrain, et ne restent pas seulement de bonnes intentions, c’est ce que l’on peut se demander.

Mise en pratique du transfert de technologie
Afin de faciliter l’acquisition des biotechnologies agro-alimentaire certaines organisations internationales chargées de soutenir le transfert de technologies et de compétences ont été mises en place ; c’est le cas de l’ISAAA (International Service for the Acquisition of Agribiotech Application)602, une organisation à but non-lucratif dont le travail consiste à transférer ces technologies dans les pays pauvres et à créer un environnement favorable pour qu’elles soient appliquées de manière sure et efficace. Fondée en 1991, cette organisation est co-sponsorisée par des institutions publiques et privées situées de par le monde et qui partagent la vision selon laquelle les technologies agro-alimentaires ont la capacité de réduire la faim dans le monde. Les programmes soutenus par l’ISAAA correspondent à la demande et aux besoins des petits agriculteurs; l’ISAAA identifie, évalue et facilite l’acquisition des biotechnologies qui peuvent se révéler profitables pour les plus pauvres ; l’implémentation des technologies se fait en fonction de plusieurs critères qui sont : Un impact à court terme pour l’alimentation, les plantes à fibres et les forêts Une sélection de technologies applicables parmi une série d’applications : culture tissulaire, diagnostique, plantes transgéniques avec des traits particuliers, marqueurs moléculaires et applications dérivées de la génomique
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« For the introduction of genetically modified crops, every country needs to create a biosafety system with clear and coherent guidelines, skilled personnel to guide decision-making, an adequate review process and mechanisms for feedback from farmers and consumers. »UNDP, Ibid. 602 ISAAA Strategic plan 2001-2005, Poverty and Technology, May 2002.

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Un porte-folio équilibré d’applications avec une introduction de traits pour contrôler le stress des plantes et de traits pour améliorer leur qualité nutritive Des applications qui peuvent contribuer à un environnement plus sûr et à une agriculture plus durable en diminuant la dépendence à l’eau, aux pesticides et aux engrais. Le développement d’un petit nombre de projet globaux qui peuvent améliorer la production d’aliments de base603

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Pour parvenir à ces objectifs, l’ISAAA fournit des conseils et des services. Ces services consistent en l’aide à la mise en place de moyens de développement (capacity building) aussi bien pour les scientifiques que pour les politiciens ; un accompagnement dans des domaines tels que la biosécurité, la sécurité alimentaire, le droit à la propriété intellectuelle et la gestion écologique des plantes génétiquement modifiées ; la commande et la publication d’études sur l’évaluation des impacts afin de renseigner les projets réalisés ; la transmission de savoir grâce au centre multimédia de l’ISAAA pour la connaissance globale des biotechnologies, ainsi, il fait une grande part au partage du savoir et à l’information du grand public. A partir de 2001, la stratégie de l’ISAAA qui a déjà permis de transférer des technologies de certaines firmes vers les pays les plus pauvres, va se renforcer par la mise en place d’un centre en Afrique (ISAAA Afri-center) et un centre en Asie du Sud Est (Seasiacenter)
604

.

Dans son plan stratégique, l’ISAAA affirme que ce sont les pauvres qui profiteront le plus des développements des PGM, qu’il s’agisse de la pollution réduite, des rendements accrus ou encore de l’amélioration des qualités nutritionnelles, aussi, les auteurs comptent bien accentuer les efforts et capitaliser sur les victoires passées605. D’ ici à 2020, l’ISAAA estime qu’il sera nécessaire d’augmenter la production de céréales de 40% et la production de tubercules et de racines de 58% ; aussi cet effort de production supplémentaire devra être effectué dans un souci d’agriculture durable. Les données sont plutôt alarmantes : la production actuelle a plutôt tendance à stagner ou à diminuer, les surfaces de terre disponibles diminuent… L’ISAAA rappelle les bénéfices qu’ont pu apporter jusqu’à présent les biotechnologies en précisant bien que ce sont pour l’instant les pays développés qui en ont profité et parmi

603 604

ISAAA, Ibid., p.6. Ibid., p.7. 605 « It is the world poor who will benefit most from the increased yields, reduced pollution and improved nutritional characteristics of new crop technologies, and ISAAA’s award winning, integrated technology transfer projects are demonstrating this today in developping contries. » Ibid., p.9.

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ces pays les agriculteurs et les firmes agro-alimentaires dans un premier temps et les consommateurs dans un second temps. Aussi, ce sont les PGM de seconde génération qui sont censés apporter un bénéfice direct aux consommateurs. On en déduira alors que ceci vaut également pour les PVD, puisque les biotechnologies peuvent fournir une solution à des problèmes chroniques tels que les maladies, les ravageurs, la sécheresse, les mauvaises herbes et la salinité du sol606. L’ISAAA a établi ainsi un programme africain. Pour satisfaire aux besoins actuels et à venir, les gouvernants africains ont estimé qu’une croissance de 4% de la production agricole par année serait nécessaire ; les experts de l’organisation estiment, eux, que cela ne sera possible qu’en prenant des mesures politiques et en utilisant une technologie appropriée607. L’ISAAA possède un centre installé au Kenya depuis 1994, qui mène 3 projets : Un projet de recherche biotechnologique sur la banane (KARI/ISAAA bananas project) au Kenya ; il s’agit de fournir aux petits producteurs kenyans (essentiellement des femmes) des plantules (smal plantlets) de banane améliorées qui permettent de doubler la production Un projet sur les arbres multi-usages (multi-purpose tree) ; en modifiant 4 espèces d’arbres que sont l’Eucallyptus, le Grevillia, l’Accacia, et Mellia Volkensii, pour qu’ils poussent plus vite ; on a résolu de nombreux problèmes posés par la déforestation Enfin, sur la patate douce : ce projet dirigé par Monsanto cherche à immuniser la plante contre le virus du duvet tacheté (sweat potato feathery mottle virus) ; ces expériences ont été approuvées par le comité de bio-vigilence du Kenya et on a pu procéder en 2000 au premier essai en plein champ608. Il est donc nécessaire dans un premier temps de multiplier les impacts au travers de projets régionaux. De nouvelles opportunités pour améliorer la production de riz et de cassava sont également envisagée pour ces 5 années609. Pour ce qui concerne maintenant le programme asiatique de l’ISAAA, le rapport de l’institution précise que, quoique égal aux efforts fournis en Afrique, ceux-ci sont différents et spécifiques aux besoins particuliers de ces pays. Il faut en effet prendre en compte que l’Asie aura la plus importante croissance de population dans les années à venir, elle devra accroître ses productions de céréales d’au moins 40% dans les 25 prochaines années et pour
606 607

ISAAA, Ibid. , pp.14-15. Ibid., p.28. 608 Ibid., p.34. 609 Ibid., p.30

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maintenir au même niveau l’alimentation en général. La superficie de la terre agricole per capita continuera à décroître, de même la qualité de ces terres continuera de se dégrader, la rareté de l’eau se fera de plus en plus sentir, obligeant à une meilleure gestion de l’irrigation, on observera une baisse de rendement dans certaines des régions les plus productives d’Asie. Les biotechnologies joueront cependant un rôle essentiel dans la réalisation des objectifs de l’Asie qui consistent dans la réduction de la pauvreté et la satisfaction des besoins de plus de 700 millions de pauvres610. Le SEAsiacenter a été établi en janvier 1998 et comporte 5 partenaires qui sont l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam. L’ISAAA développe également ses relations avec la Chine et l’Inde au travers d’échanges d’informations et d’expériences grâce au « knowledge center ». Depuis la mise en place de ce centre, 3 actions primordiales ont été menées, dans l’adoption d’un système juridique, dans la gestion des droits de propriété intellectuels, dans le développement de l’information auprès de l’opinion publique. Le partenariat de l’ISAAA consiste essentiellement dans le soutient et la formation des scientifiques nationaux611. En complément de toutes les actions qui ont déjà été menées dans cette région du monde, le nouveau plan stratégique prévoit 4 types d’opérations : Renforcement du transfert de connaissance et des échanges avec d’autres régions telles que l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie. (Knowledge center, édition et traduction de brochures informatives, organisation de forum, réseau international de transfert de l’information, établissement de « nœuds » (nodes) entre plusieurs « BICs » (Biotechnology information center) de plusieurs pays). Elargissement du transfert des technologies concernant les plantes suivantes le maïs Bt, la patate douce au Vietnam, le soja, la papaye612. Prise de mesures pour garantir la sécurité environnementale (biosafety) en accord avec le protocole de Carthage. Enfin l’ISAAA renforcera les capacités de développement des autorités de chaque pays et informera le public. Comme on le constate les initiatives de L’ISAAA sont nombreuses et le dynamisme ne manque pas pour réussir le pari du transfert de la biotechnologie agro-alimentaire aux PVD. Que penser alors des critiques de ceux qui affirment qu’il est impossible et inutile de

610 611

ISAAA, Ibid., pp.35-36. Ibid., p.37. 612 Ibid., p.40.

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chercher à transférer la technologie des PGM, que cet effort est vain et qu’il ne permettra jamais de résoudre le problème de la faim, problème politique par excellence. C’est cette contestation que nous allons maintenant étudier.

Contestation du rôle salutaire de la transgenèse végétale
L’idée selon laquelle, les biotechnologies doivent jouer un rôle essentiel dans la résolution du problème de la famine et de la malnutrition dans les pays en voie de développement, est largement contestée. Aussi la thèse de la seconde révolution verte est encore plus malmenée par les environnementalistes que la 1ère. Dans un exposé donné lors d’une conférence internationale organisée par l’association écologiste Friend of Earth, sur « l’impact des biotechnologies modernes sur les pays en voie de développement »613, Peter Rosset, Ph-d et co-directeur l’Institut Food First (une organisation pour la politique de développement de l’alimentation), fait un état des lieux de la situation dans les pays en voie de développement et affirme que les biotechnologies n’ont aucun rôle à jouer dans la résolution des problèmes que ceux-ci connaissent aujourd’hui. On peut considérer cet essai comme une réponse directe aux textes du C.G.I.A.R.614. L’auteur rappelle que dans les PVD, les petits agriculteurs sont les premiers producteurs d’aliments destinés à la consommation domestique, et ce, en dépit de leur mauvaise situation dans la société, de la pauvreté et du retard de leur agriculture. Pour résoudre ces problèmes, il est donc important d’en comprendre les causes. L’auteur propose un historique de la situation. Il rappelle, qu’à la suite de la colonisation, les meilleures terres ont été utilisées par les colons afin d’y installer des plantations pour les produits d’exportation615. Aussi, d’après Rosset, les colons, contrairement aux autochtones qui ont essayé d’avoir une agriculture durable, se sont efforcés d’avoir une politique agricole

613

Peter Rosset, Ph.D., « Genetic Engineering of Food Crops for the Third World: An Appropriate Response to Poverty, Hunger and Lagging Productivity? » In Proceedings of the International Conference on Sustainable Agriculture in the New Millenium – The Impact of modern Biotechnology on developping countries, Albert Hall, Brussels, May 28-31 2000, Friends of the Earth Europe. 614 « The question I wish to address in this essay is whether genetically engineered crop varieties can, as industry and mainstream research and policy institutions would suggest (Council for Biotechnology Information, undated; Pinstrup-Andersen, 1999; McGloughlin, 1999a,b), raise the productivity of poor third world farmers, feed the hungry, and reduce poverty? », Ibid. 615 « The history of the third world since the beginning of colonialism has been a history of unsustainable development. Colonial land grabs pushed rural food producing societies off the best lands most suitable for farming, the relatively flat alluvial or volcanic soils with ample, but not excessive, rainfall (or water for irrigation). These lands were converted to production for export in the new global economy dominated by the colonial powers. Instead of producing staple foods for local populations, they became extensive cattle ranches or plantations of indigo, cocoa, copra, rubber, sugar, cotton and other highly valued products. », Ibid.

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productiviste axée uniquement sur la rentabilité (Lappé et al., 1998). Ils ont déplacé les populations agricoles qui étaient habituées à gérer des terres proprement irriguées dans des aires difficilement cultivables telles que les zones arides et les déserts, là où les cultures précoloniales n’ont jamais songé qu’il s’agissait d’un endroit propice pour la culture. Ceci a été à l’origine de l’introduction, par les agriculteurs déplacés, de pratiques de production instables dans certains habitats fragiles, alors que les zones cultivables ont été dégradées en servant l’exportation continue des européens616. L’auteur continue en soutenant que l’ère post-coloniale, loin d’améliorer la situation, l’a, au contraire, laissé se dégrader. En effet, les élites nationales reprenant le pouvoir, ont continué de privilégier la vision capitaliste et une politique d’exportation. On s’est concentré sur l’exportation de produits tels que le café, les bananes, les noix, le soja, l’huile de palme… Dans ce type d’idéologie, on privilégiait le rendement et par conséquent, on en déduisait que la production rurale devait être abandonnée et que les petits agriculteurs devaient migrer à la ville pour servir l’industrialisation617. On a donc assisté à une nouvelle concentration de la possession des terres entre les mains des plus riches, alors que les « sans terre » se sont davantage appauvris. Ainsi, les zones rurales dans le tiers-monde sont caractérisées par d’extrêmes inégalités dans l’accès aux terres, qu’il s’agisse de superficie, ou de qualité de celles-ci. Ces inégalités sont également à l’origine d’inégalités dans le standard de vie, la santé… Les pauvres se trouvent en marge du système économique. Tout ces facteurs se trouveraient par conséquent à l’origine d’un cercle vicieux : les plus riches se désintéressent du marché local pour s’orienter uniquement vers l’exportation. Ils conservent les salaires bas et sont ainsi assurés de ne voir jamais émerger un marché intérieur. On assiste ainsi à une spirale infernale de la pauvreté ; l’ironie étant que les aliments s’échappent de zones touchées par la famine et le besoin pour aller vers les zones où l’argent est concentrée618. C’est la même logique qui a conduit à une dégradation de l’environnement. Le déplacement des populations a été suivi par la déforestation, la désertification et l’érosion
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« Whereas pre-colonial cultures had never considered these regions to be suitable for high population densities or intensive annual cropping, in many cases they were henceforth to be subject to both. As a result forests were felled and many fragile habitats were subject to un-sustainable production practices, in this case by poor, newly destitute and displaced farmers, just as the favored lands were being degraded by continuous export cropping at the hands of Europeans (Lappé et al., 1998). » Ibid. 617 « This was the era of modernization, whose dominant ideology was that bigger is better. In rural areas that meant the consolidation of farm land into large holdings that could be mechanized, and the notion that the "backwards and inefficient" peasantry should abandon farming and migrate to the cities where they would provide the labor force for industrialization » Ibid. 618 « One irony of our world, then, is that food and other farm products flow from areas of hunger and need to areas were money is concentrated, in Northern countries (Lappé et al., 1998). »Ibid.

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des sols des habitats fragiles. Ce procédé continue aujourd’hui avec l’arrivée des « sans terre » en marge de ces zones. Aussi la situation n’est pas meilleure sur les bonnes terres qui ont été sujettes à la mécanisation, aux pesticides et aux engrais chimiques de manière intense, afin de mener à bien une monoculture destinée à l’exportation. La fertilité de ces sols se dégrade rapidement à la suite de l’érosion, le compactage, l’imprégnation et la résistance croissante aux herbicides ainsi que la perte de biodiversité. A tous ces facteurs s’ajoutent le fait que les politiques mises en place dans ces pays ont été à l’origine d’inégalités supplémentaires. Le pouvoir a échappé aux gouvernements pour favoriser une politique uniquement orientée vers l’exportation et gouvernée par les instances internationales (World Trade Organisation). Aussi toute une série de mesures défavorables au développement du marché intérieur ont été prises. On a diminué, voire supprimé tous les types d’aide aux petits agriculteurs. Ces derniers ont été plongés dans un environnement dominé par des forces économiques globales où les termes de la participation ont été arrangés pour satisfaire les intérêts des plus puissants619. C’est ainsi que la plupart des petits agriculteurs cessent de produire. Après avoir dépeint ce tableau de la situation des petits paysans, l’auteur, et c’est en ce qui nous concerne, le point essentiel, affirme que ce ne sont parce qu’ils manquent de semences miracles que les petits producteurs connaissent un certain retard dans leur productivité, mais parce qu’ils ont été déplacés sur des terres marginales, dans des régions trop humides et font face à des politiques macro-économiques totalement défavorables620. Si les petits fermiers dans les PVD produisent moins, ce n’est pas dû à un manque de technologie, mais à un manque d’incitation à la production621 : rapports inférieurs aux coûts de production, concurrence des produits exportés…L’auteur affirme que la capacité des PGM à combler les besoins des agriculteurs est tangente, ils ne permettent en aucune manière de résoudre les véritables problèmes. Rosset veut maintenant se demander si les PGM sont sans conséquences sur les petits agriculteurs ou si, ils sont une véritable menace. A la suite des nombreux aléas qu’ont connus les petits fermiers au cours des différentes phases de leur histoire, leur agriculture est considérée comme complexe diverse

619

« Increasingly they have been plunged into an environment dominated by global economic forces, where the terms of participation have been set to meet the interests of the most powerful. » Ibid. 620 « Third world food producers demonstrate lagging productivity not because they lack ‘miracle’ seeds that contain their own insecticide or tolerate massive doses of herbicide, but because they have been displaced onto marginal, rain-fed lands, and face structures and macroeconomic policies that are increasingly inimical to food production by small farmers. » Ibid. 621 « No new seed, good or bad, can change that, and thus it is extremely unlikely that, in the absence of urgently need structural changes in access to land and in agricultural and trade policies, genetic engineering could make any dent in food production by the world’s poorer farmers (Lappé et al., 1998; also see debate between McGloughlin, 1999b, and Altieri and Rosset, 1999a,b). »

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et sujette au risque (Chambers, 1990). Pour survivre dans de telles circonstances et améliorer leurs circonstances de vie, ils doivent pouvoir adapter les technologies agricoles à leurs circonstances uniques et variables, en terme de climat local, topographie, sols, biodiversité, systèmes de semences, insertion dans le marché, ressources… L’auteur affirme que les agriculteurs ont réussi à manager l’équilibre entre les risques et leurs divers besoins pendant des millénaires622. Leur système agricole nécessite des semences multiples. Rosset soutient que ces fermiers ont rarement bénéficié des technologies de la révolution verte. Pour résoudre leurs problèmes de productivité, une nouvelle stratégie devra s’appliquer à plusieurs variétés adéquates. Les petits agriculteurs plantent différentes variétés sur leurs terres et adaptent leur choix aux caractéristiques de chaque secteur (besoin de drainage, fertilité). Cependant de telles variétés ne peuvent pas être facilement développées à partir des recherches actuelles ou les méthodes et les structures actuelles (celles que les protagonistes des biotechnologies soutiennent actuellement)623 Des études auraient démontré (Jiggins & al., 1996) que de nombreux paramètres entraient en ligne de compte pour influencer le rendement des plantes et que l’on ne se trouvait pas dans la même situation que pour les plantes où il suffisait de sélectionner des caractères de certaines variétés et de les hybrider avec d’autres pour accroître leur capacité de rendement. Aussi, il y aurait de nombreuses évidences pour démontrer que dans la zone sub-saharienne, le rendement des variétés améliorées, fertilisées, et qui ont bénéficié d’autres avantages technologiques, est en fait, largement influencé par le site, la terre, la saison et les agriculteurs624. En partant de ce constat, il apparaît nécessaire de mettre en place une approche participative impliquant les fermiers eux-mêmes et qui prend en compte les caractéristiques multiples des variétés de graines et des fermiers. Pour Rosset, il est

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« In order to survive under such circumstances, and to improve their standard of living, they must be able to tailor agricultural technologies to their variable but unique circumstances, in terms of local climate, topography, soils, biodiversity, cropping systems, market insertion, resources, etc. For this reason such farmers have over millennia evolved complex farming and livelihood systems which balance risks -- of drought, of market failure, of pests, etc. -- with factors such as labor needs versus availability, investment needed, nutritional needs, seasonal variability, etc. »Ibid. 623 « Peasant farmers typically plant several different varieties on their land, tailoring their choice to the characteristics of each patch, whether it has good drainage or bad, is more or less fertile then the rest, etc. However, such varieties cannot be easily developed with current research and extension structures and methods – the same structures that biotech proponents use for genetically engineered varieties. » Ibid. 624 « These interconnections stand in direct contrast to formal breeding procedures where varieties are selected individually for discrete traits, then crossed to combine these individual traits. According to Jiggins et al (1996), high-yielding variety trials in Sub-Saharan Africa show "larger variations, for both ‘traditional’ and ‘improved,’ among farmers and between years, than the mean differences between ‘traditional’ and ‘improved’ yields in a single year. There is indeed overwhelming evidence throughout SSA that the yield response to fertilizer and improved varieties, soil management and other practices is highly site-, soil-, season, and farmer-specific." » Ibid.

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impossible de concevoir que les technologies soient développées en laboratoire et distribuées en vain aux fermiers ; ce qui reviendrait en fait à répéter les mêmes erreurs que lors de la révolution verte. Pourtant les protagonistes des biotechnologies sont à l’opposé des recherches participatives625. En ce qui concerne maintenant la possibilité d’améliorer l’alimentation (il prend ici le cas du golden rice), l’auteur dénonce la naïveté et ce manque de connaissance de ceux qui prétendent pouvoir résoudre les problèmes de malnutrition de 2 millions d’enfants. En effet, le manque de vitamine A ne serait pas un problème mais plutôt un symptôme626 qui nous avertit des dangers d’une alimentation fondée sur une monoculture. Les individus manquent de vitamine A, non pas parce que le riz est pauvre en celle-ci, mais bien plutôt, parce que leur alimentation ne se compose que de riz et quasiment de rien d’autre. Une alimentation plus variée serait donc une solution plus judicieuse, y compris pour soigner les autres maladies dont ils souffrent. Constatant cependant la vitesse avec laquelle se répandent les PGM, l’auteur s’interroge alors sur les risques qui peuvent se trouver à l’origine de l’implantation éventuelle des biotechnologies dans les PVD. Rosset affirme que ces risques sont plus dangereux que la révolution verte. En effet, les problèmes soulevés par le développement des biotechnologies peuvent entraîner des risques économiques qui peuvent affecter les petits agriculteurs beaucoup plus que les grands. Si les consommateurs rejettent ces produits, le risque est plus élevé pour les plus pauvres. Enfin le coût élevé introduit une inégalité dans le système627. Aussi, les variétés de plantes génétiquement modifiées qui sont actuellement cultivées (résistantes à un antibiotique ou à un herbicide) ne peuvent intéresser en rien les petits agriculteurs. L’auteur en profite pour dénoncer la stratégie vouée, selon lui, à l’échec des plantes Bt, non-respectueuses de l’IPM (integrated pest management) qui ne fait que remplacer

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« Given such conditions the inescapable conclusion is that a different approach, participatory breeding by organized farmers themselves, which takes into account the multiple characteristics of both seed varieties and farmers, is essential–miracle seeds will not just be developed in laboratories and on research stations and then effortlessly distributed to farmers (Chambers, 1990). Yet genetic engineering is the very antithesis of participatory, farmer-led research. » Ibid. 626 « If one reflects upon patterns of development and nutrition one must quickly realize that Vitamin A deficiency is not best characterized as a problem, but rather as a symptom, a warning sign if you will. It warns us of broader dietary inadequacies associated with both poverty, and with agricultural change from diverse cropping systems toward rice monoculture. »Ibid. 627 « When transgenic varieties are used in such cropping systems, the risks are much greater than in green revolution, large, wealthy farmer systems, or farming systems in Northern countries. The widespread crop failures reported for transgenics (i.e., stem splitting, boll drop, etc.) pose economic risks which can affect poor farmers much more severely than wealthy farmers. If consumers reject their products, the economic risks are higher the poorer one is. Also, the high costs of transgenics introduce an additional anti-poor bias into the system (Altieri and Rosset, 1999a,b). »Ibid.

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l’approche « un ravageur, un produit chimique » par l’approche «un ravageur, un gène ». L’auteur ajoute qu’en ce qui concerne la stratégie de la gestion de la résistance, on peut douter que les fermiers les plus pauvres soient en mesure de l’adopter (Altieri and Rosset, 1999a, b). L’environnementaliste, fait état des découvertes récentes qui auraient démontré la propension des plantes Bt à affecter les populations d’insectes non-cibles ; or ces derniers comptent énormément dans le système agricole des agriculteurs des PVD où ils jouent le rôle de prédateurs des insectes ravageurs628. Les PGM pourraient donc être à l’origine de modifications dans l’environnement direct des cultures dont on ne serait plus en mesure de contrôler les conséquences. Quant au problème de la pollution génétique, d’après Rosset, il serait plus important dans les PVD, ceci du fait de l’importante variété d’herbes sauvages et par conséquent du risque plus fréquent de transfert629, tout ceci ayant pour risque de créer de nouvelles variétés d’herbes sauvages résistantes à tous types de traitements. Enfin, si, comme on le suppose, les PGM peuvent se trouver à l’origine de nouveaux virus, ce phénomène s’il avait lieu affecterait également d’une manière plus forte les petits agriculteurs. Les thèses que nous venons d’énumérer sont partagées par de nombreux environnementalistes. Sur la page d’accueil de son site consacré à l’Agroécologie Miguel A. Altieri du département des sciences environnementales de l’Université de Berkeley en Californie, énonce quelques mythes concernant les biotechnologies agricoles630. D’après l’auteur, le dogme soutenu par les compagnies agrochimiques qui contrôlent la direction et les buts de l’innovation agricole au travers la biotechnologie, et affirment que le génie génétique développera une agriculture durable en solutionnant les problèmes de l’agriculture conventionnelle et en évitant aux petits agriculteurs des PVD la sous-productivité, n’est qu’une succession de mythes, incapable de tenir ses promesses dès qu’on le confronte à la

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« Small farmers rely for insect pest control on the rich complex of predators and parasites associated with their mixed cropping systems. But the effect on natural enemies raises serious concerns about the potential of the disruption of natural pest control, as polyphagous predators that move within and between mixed crop cultivars will encounter Bt-containing non-target prey throughout the crop season. » Altieri, M.A. and Rosset, P. 1999a. Ten reasons why biotechnology will not ensure food security, protect the environment and reduce poverty in the developing world. AgBioForum 2(3&4): 155-162. On-line at: http://www.agbioforum.org/vol2no34/altieri.htm 629 « In the Third World there will typically be more sexually compatible wild relatives of crops present, making pollen transfer to weed populations of insecticidal properties, virus resistance, and other genetically engineered traits more likely, with possible food chain and super-weed consequences. » Ibid. 630 Miguel Angel Altieri, the myths of agricultural biotechnologies : some ethical questions

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réalité631. Le premier de ces mythes affirme que les fermiers profiteront des biotechnologies aux E.U., comme dans les pays en voie de développement. La plupart des innovations qui se produisent dans les biotechnologies agricoles sont orientées vers le profit, plus que par le besoin. Par conséquent, les industriels ont moins pour objectif de résoudre des problèmes agricoles que de créer du profit632. De plus, les biotechnologies cherchent à industrialiser d’avantage l’agriculture et d’accroître la dépendance des agriculteurs à leur égard en s’appuyant sur un système de propriété intellectuelle rude. Le second mythe affirme que les biotechnologies profitent aux petits fermiers et favorisent les pauvres et les affamés des PVD. L’auteur affirme, lui, que les biotechnologies marginaliseront littéralement les petits fermiers et ne feront qu’accroître l’écart qui a été créé par la révolution verte, d’autant plus que ces technologies sont sous contrôle des entreprises, protégées par des brevets, chers et inappropriées aux besoins et aux circonstances des individus. Alors que le monde est en manque de nourriture, souffre de pollution due aux pesticides, le focus des multinationales est le profit et non la philanthropie. C’est pour cette raison que, d’après Altieri, les industriels conçoivent les nouvelles plantes pour des qualités marchandes ou pour les substituer aux imports, plus que pour leurs capacités à produire plus633. Généralement une PGM est une plante brevetée qui est produite sur un marché sécurisé. On peut donc supposer que les petits agriculteurs des PVD risquent de perdrent leurs droits par rapport à ces nouvelles plantes. L’auteur se demande alors, de manière ironique pourquoi ne trouve-t-on pas plus de plantes orientées vers la résolution des problèmes du tiers-monde ? En fait les biotechnologies ne feront que saper les exportations des petits producteurs des PVD. Enfin, il affirme que les multinationales ont procédé à un pillage des ressources présentes dans les PVD et ce, avec l’accord du GATT.

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« The agrochemical corporations which control the direction and goals of agricultural innovation through biotechnology claim that genetic engineering will enhance the sustainability of agriculture by solving the very problems affecting conventional farming and will spare Third World farmers from low productivity, poverty and hunger (Molnar and Kinnucan 1989, Gresshoft 1996). By matching myth with reality the following section describes how and why current developments in agricultural biotechnology do not measure up to such promises and expectations. » Ibid. 632 « Most innovations in agricultural biotechnology are profit driven rather than need driven, therefore the thrust of the genetic engineering industry is not to solve agricultural problems as much as it is to create profitability. »Ibid. 633 « As biotechnology is primarily a commercial activity, this reality determines priorities of what is investigated, how it is applied and who is to benefit. While the world may lack food and suffer from pesticide pollution, the focus of multinational corporations is profit, not philanthropy. This is why biotechnologists design transgenic crops for new marketable quality or for import substitution, rather than for greater food production (Mander and Goldsmith 1996). » Ibid.

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Conclusion sur les PGM et la faim dans le monde
La controverse sur les capacités de la transgenèse végétale à pouvoir faire face à un problème comme celui de la faim dans le monde est sans doute l’une des plus virulentes. En effet, comme on le voit, les protagonistes n’hésitent pas à s’accuser mutuellement : alors que les anti-PGM reprochent aux industriels d’utiliser l’argument de la faim dans le monde pour faire peur au public et se donner une image de sauveur (aussi bien pour les PVD que pour l’avenir de l’humanité) les pro-PGM, eux, accusent les ONG et certains pays d’influencer les décideurs des PVD afin qu’ils refusent tous types d’aides ; or en pratiquant cette ingérence, les opposants feraient preuve d’un véritable égoïsme634. Aussi, plus que toutes les autres controverses, celle-ci, laisse la place à des interprétations différentes et ce pour la bonne et simple raison qu’elles sont de pures estimations. Le relativisme est donc possible et largement présent. Alors que les experts pro-PGM misent essentiellement sur la transgenèse et le transfert de compétence pour résoudre les problèmes des PVD, ou du futur de l’humanité, les experts anti-PGM ont une approche totalement différente et recadrent le problème dans des bases socio-historiques ; la transgenèse devient alors purement anecdotique. Or, peut-on encore ici parler de controverse, puisque ce qui est en jeu, c’est bien moins une vérité scientifique que la place de la transgenèse végétale dans la société? La proposition « les PGM sont une solution pour résoudre le problème de la faim dans le monde, à condition que l’histoire économique du pays permette aux agriculteurs d’acquérir la technologie et qu’ils réussissent leurs récoltes » devient la seule vérité incontestable, ainsi qu’un excellent prétexte pour continuer à développer la transgenèse.

3.4 Synthèse sur les controverses au niveau des experts Avant d’étudier la polémique sur les PGM qui a éclaté dans la sphère publique, nous souhaitons revenir sur quelques-uns des problèmes soulevés par les controverses scientifiques. On a pu constater une forte idéologisation du débat en ce sens que les pro- et les anti-PGM s’opposent moins par une remise en cause des faits que par une incapacité à s’entendre sur l’interprétation de ceux-ci. Il en va ainsi du risque d’allergie et du transfert
634

Per Pinstrup Andersen, directeur de l’IFPRI (International Food Policy Research Institute) affirme que les pays européens s’opposent au développement des PGM pour des raisons de sécurité. Or contrairement aux pays européens qui peuvent se passer des biotechnologies dans le secteur agricole, les PVD, eux auraient besoin des solutions qu’apportent celles-ci. Per Printsup-Andersen, « Modern Biotechnology and small farmers in Developping Countries », In Research Perspective, volume 21, N°2, 1999

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d’un antibiotique, du risque d’apparition de populations d’insectes résistants, de la diminution de l’usage des pesticides ou encore de la capacité des PGM à solutionner les problèmes des PVD. Chacun de ces faits est reconnu et admi, mais seulement comme probable. Comme tout fait probable, par conséquent, sa valeur de vérité est conditionnée à un certain nombre de variables. Ainsi, le risque d’apparition de populations résistantes est conditionné à la biologie de la pyrale, à l’importance de sa présence dans les champs, à l’efficacité des plans de gestion de la résistance, au suivi de celles-ci par les maïsiculteurs… Aussi la difficulté à prédire l’avènement du risque réside dans l’impossibilité de déterminer la réalisation de ces facteurs. Par exemple, si les maïsiculteurs respectent les plans de gestion de la résistance, on peut penser que l’apparition de populations d’insectes résistants sera retardée, voire évitée ; mais ce facteur est lui-même conditionné par un autre qui est la capacité du maïsiculteur à suivre à la lettre les recommandations ; puis encore un autre qui est l’efficacité même de ces plans de résistances ; et de nouveau, la présence de pyrale nonrésistante et leur capacité à se reproduire avec des pyrales résistantes… On a ainsi une chaîne de conditions qui nous éloigne toujours un peu plus de l’évaluation du risque. Aussi, si l’on considère les deux propositions suivantes : « le maïs Bt ne se trouvera jamais à l’origine de l’apparition de population de pyrales résistantes. » et sa contradictoire « le maïs Bt se trouvera nécessairement à l’origine de nouvelles populations de pyrales résistantes », on constate que la première proposition est indémontrable ; en effet, sa vérité reposant entièrement sur une expérience à venir, la démonstration de celle-ci relève de l’induction. La seconde, par contre, est entièrement démontrable. Il suffit de l’apparition d’une seule pyrale résistante pour la démontrer. Dans le premier cas, on n’aura jamais de preuve empirique de la vérité, dans le second cas, même si on ne peut prédire si cette preuve apparaîtra un jour et quand elle apparaîtra, une seule occurrence suffit pour démontrer la proposition. Il y a donc une différence au niveau de la logique de ces deux propositions. On voit bien que la première n’a pas de valeur scientifique, puisqu’elle porte sur la démonstration d’une classe vide. Elle correspond à la démonstration du « risque zéro »635. La seconde, quant-à-elle, a une valeur prédictive. Elle s’inscrit dans la démarche propre au principe de précaution et en fonction de la manière dont on l’interprète, peut entraîner deux types de conséquences : soit l’abandon de la technologie, soit la précaution et la prise de mesures adéquates pour prévenir les risques. A la suite de cette réflexion, il nous semble bien que la controverse sur la transgenèse végétale se nourrit de l’impossibilité de démontrer le « risque zéro ». En
635

On a coutume par rapport à celui-ci d’affirmer qu’il n’existe pas, il faut ajouter à cela qu’il est indémontrable.

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chargeant les promoteurs de la technologie de démontrer l’absence totale de risque, les scientifiques opposés aux PGM demandent l’impossible et par conséquent, entretiennent la controverse. Biensûr, il est important de noter qu’il y a des degrés entre les modes d’oppositions aux PGM et la demande d’application du principe de précaution. Or si le risque zéro est indémontrable, c’est parce que la prise de risque est inhérente à la technologie en général et aux biotechnologies en particulier. Cette dimension probabiliste des structures propres au vivant est la raison pour laquelle il est impossible d’anticiper totalement l’évolution du vivant. Ainsi, analysant le rapport qui lie les structures de la raison aux sciences de la vie, Claude Debru fait la remarque suivante : « Les outils qui permettent de modéliser, de simuler les phénomènes présentés dans l’évolution biologique ou dans le fonctionnement normal ou pathologique des organismes sont de plus en plus nombreux, et les données auxquelles ils sont appliqués sont de plus en plus précises et fiables. Mais la prédiction en matière de biologie (et tout autant de médecine) reste un objectif difficile à atteindre, et le raisonnement reste probabiliste, largement en raison des obscurités qui persistent quant à la source interne de variation des organismes, aussi bien que de l’incertitude des conditions initiales. Le résultat des actions effectuées par l’homme sur les systèmes biologiques reste lui aussi du ressort de la probabilité, voire parfois de la simple chance. »636 Ainsi, on est en droit de parler d’une véritable contingence des systèmes biologiques, « Si les biologistes parlent si souvent de ‘possible’ à propos du réel qu’ils étudient, c’est que les systèmes biologiques ont un futur et que ce futur est variable, en ce sens qu’il est déterminé par deux sources relativement imprévisibles de changement, interne et externe. Que la variation interne soit telle qu’elle ne menace pas nécessairement la stabilité de l’ensemble est un fait bien connu. » C’est cette contingence même qui permet l’intervention de l’homme au travers des biotechnologies : « La technologie de l’ingénierie génétique est un résultat direct de la biologie moléculaire. Les biotechnologies constituent donc un prolongement naturel (sinon un infléchissement, ce qui n’est pas encore démontré) de l’évolution biologique. Plus largement la contingence du passé et l’ouverture du futur sont la même chose. C’est à la contingence du passé que nous devons d’abord nous attacher. Cette contingence implique la réalisation de certains possibles, mais aussi ‘la virtualité’ d’autres non réalisés mais susceptibles de l’être. »637 On ajoutera à ces remarques que c’est le propre de toute technologie de se mouvoir dans le temps. Le facteur-temps joue donc contre la prévisibilité des risques (c’est le problème de l’induction) ; aussi, l’estimation du risque ne peut valoir que comme une règle
636 637

Claude Debru, Le possible et les biotechnologies, p.95 Ibid. pp.98-99.

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pour corriger ou modifier les applications technologiques638. Par contre, il est facile d’un point de vue purement théorique d’affirmer qu’étant donné que l’absence de risque est impossible à démontrer, alors, la seule solution est d’abandonner la technologie. Poussé jusqu’au bout, ce raisonnement ne risque-t-il pas alors de mener à la technophobie ? C’est une question que l’on est également en droit de se poser. L’affaire monarque est un exemple qui illustre très bien notre propos. En effet, certains ont utilisé la découverte de la nocivité du maïs Event 176 comme un argument pour demander le retrait de la technologie du marché ; la mort de 44% de papillons monarques nourris avec du maïs Bt aurait démontré la proposition, « le maïs Bt peut se trouver à l’origine de dommages non-intentionnels » et invalidé la proposition « le maïs Bt ne se trouvera jamais à l’origine de dommages non-intentionnels sur les espèces non-cibles». Or des études supplémentaires ont révélé l’absence de risques de certaines variétés ; on a donc détecté la source du risque et pris les mesures nécessaires. Autrement dit, il n’y a pas de risque 0, mais, il y a un risque « détectable et contrôlable ». Les controverses scientifiques s’expliquent par le fait qu’elles se meuvent dans la problématique de la démonstration du « risque 0 ». Or celui-ci n’a rien à voir avec la technologie et encore moins avec le vivant. D’où l’importance du rôle joué par certains paradigmes.

- Infirmation ou confirmation du principes d’équivalence en substance - Application radicale ou modérée du principe de précaution - Contestation ou démonstration de l’utilité économique et sociale de la technologie. C’est en fonction de leurs prises de position par rapport à ces principes que l’on peut classer certaines positions systématiques des experts. C’est en ce sens que l’on peut parler d’une évaluation théorique du risque qui dans ses raisonnements extrêmes peut être considérée comme idéologique. Aussi, on peut proposer un schéma pour relier ces principes entre eux au cours d’un raisonnement. En effet, l’expert qui reconnaîtra l’équivalence en substance d’une PGM justifiera une application modérée du principe de précaution en s’appuyant sur l’affirmation d’une utilité économique et sociale de la technologie. A contrario, l’expert qui refuse l’équivalence en substance, optera pour une application radicale du principe de précaution et
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Il est caractéristique de ce point de vue que l’argument choc des opposants à la technologie est « l’absence de recul par rapport à la technologie ». Or le fait que l’on ne soit pas en mesure de dire combien de temps suffit pour pouvoir réellement apprécier le risque fait à son tour que le premier argument n’est pas scientifique. On a donc un cercle vicieux qui nous conduit à dénoncer le caractère absurde du problème de la démonstration du risque « 0 ».

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contestera toute utilité économique et sociale de la technologie. Si on prend, par exemple, le problème du « risque alimentaire des PGM », un certain nombre de scientifiques vont tenter de montrer que celui-ci est impossible à maîtriser, parce qu’ils posent comme principe que les PGM, loins d’être « équivalentes en substance » aux autres plantes, sont au contraire « différentes de manière absolue » ; en toute rigueur, ils déduisent de ce principe, que le risque d’allergie est symptomatique pour les PGM, ou tout du moins, ils en font un cas particuliers, alors qu’il est un risque que l’on rencontre dans tous les types de plantes. La croyance en ce principe les pousse alors à démontrer que les risques alimentaires attenants aux PGM sont insurmontables. Or si on analyse la raison de cette position dans son expression la plus radicale, il semble évident qu’elle est motivée par la croyance en l’aspect « contre-nature » des PGM, ou tout du moins à une nature forcée et, par conséquent, à l’origine de risques incalculables pour la santé, l’environnement, l’économie et la société. Quant aux experts et aux promoteurs des PGM, ils soutiennent, au contraire, qu’il n’existe pas de différence radicale entre ces plantes et leurs équivalentes classiques. De ce point de vue, ils affirment l’existence d’un continuum naturel et la transgenèse végétale ne fait qu’exploiter les possibles qui sont entrevus dans le vivant. Dans la première interprétation, on pense que la transgenèse travaille sans la caution de la nature, dans le second, on affirme qu’elle poursuit son oeuvre. Ces considérations impliquent donc un débat philosophique sur le rapport technologie-nature et c’est de ce point de vue que l’on peut parler d’idéologie. En fonction de sa prise de position au cœur du débat, le scientifique fera une évaluation systématique du risque et s’appuiera sur ses a priori sur la question pour motiver certaines affirmations639. Notre hypothèse est donc que la controverse qui oppose les experts sur la démonstration des risques et des bénéfices de la transgenèse végétale est motivée par deux conceptions distinctes du rapport technologie-nature. Mais avant d’aborder ce problème, nous voulons étudier le développement social de cette controverse, ou plutôt, sa transformation en ‘polémique’. Notre hypothèse étant que deux conceptions distinctes du rapport « technologie-nature », ou pour être plus précis, « technologie-alimentation » permettent également d’expliquer l’incompréhension qui s’est instaurée entre les consommateurs, les industriels et les institutions.

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Rappelons une fois de plus que ce constat n’a pas pour objectif de juger l’une ou l’autre de ces deux positions, mais d’expliquer les controverses.

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4. Aspects publics, médiatiques et communicationnels L’étude que nous venons d’effectuer sur les controverses scientifiques nous a permis de mettre au jour l’aspect théorique de l’évaluation du risque : rien ne permet de prendre position dans un sens plus que dans l’autre, étant donné le caractère incertain des phénomènes en question. Aussi, toute prise de position ferme des scientifiques, qu’elle se manifeste sous la forme de la revendication d’un danger ou sous la forme d’une ignorance totale de celui-ci (ce qui est beaucoup plus rare) peut être considérée comme en partie idéologique. Or si les PGM ne font pas l’unanimité entre les experts, on ne peut pas dire qu’elles suscitent l’enthousiasme dans la sphère publique. De la controverse, on passe donc tout naturellement à la polémique. Aussi, comme nous aurons l’occasion de le voir, de nombreuses études sociologiques ont été menées pour tenter de comprendre les réactions des consommateurs. On verra alors qu’il existe deux interprétations : d’une part certains scientifiques, s’appuyant sur les résultats de l’eurobaromètre, affirment que cette opinion contestataire est motivée par l’absence de compréhension de la transgenèse et qu’elle est influencée par les médias, d’autre part, des sociologues qui, au travers de la méthode des focus group, ont tenté de montrer qu’elle était beaucoup plus nuancée qu’on ne le pensait et avait pour origine plus une absence de confiance à l’égard des institutions qu’un manque de compréhension dans la technologie. Après avoir exposé ces deux interprétations, nous étudierons quelques-unes des sources d’influences auxquelles ces opinions ont été exposées. On réfléchira sur le rapport qui lie les médias à l’opinion, puis on procédera à une étude quantitative et qualitative de la presse quotidienne française. Nous analyserons alors à une analyse des stratégies de communications des principaux acteurs de la polémique au travers de deux études de cas : celle de l’industriel Monsanto et celle de l’ONG Greenpeace. Enfin, on reviendra sur le cas particulier de la perception des biotechnologies et de la nature par l’opinion publique en général et au sein des focus-group et du PABE en particulier. On verra alors comment se dégage la problématique de fond qui fera l’objet de notre 5e partie. 4.1. P.G.M. et « opinion publique » Le fait qu’une technologie telle que les PGM soit ainsi remise en question a suscité l’interrogation aussi bien des industriels que des institutions. Sur toutes les enquêtes qui ont été menées au niveau européen, nous en retiendrons deux qui nous ont paru essentielles :

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« l’eurobaromètre », un sondage d’opinion classique, et les études du PABE menées sur des groupes de discussions, dits focus group. Comme on va le voir, ces deux études donnent lieu à des résultats et des interprétations différentes, au point que la deuxième remette en cause certains résultats de la première, ce pour des raisons de méthode. 4.1.1 Les Résultats de l’eurobaromètre et ses interprétations L’eurobaromètre est resté pendant longtemps la seule référence des experts dans le domaine de la perception des biotechnologies par le public. En effet, le premier sondage d’opinion standard remonte à 1973. Il s’agit d’une étude menée par le département européen de l’INRA et l’ECOSA640. Organisé par la Direction Générale pour l’éducation et le centre citoyen pour la culture (Culture’s Citizens’ Centre), il a été réalisé à la demande de la Direction Générale (Directorate-General) pour la recherche de la Commission Européenne (direction Sciences de la vie). Il a été conduit dans tous les pays de l’Union Européenne entre le 1er Novembre et le 15 Décembre 1999. L’INRA (Europe) a joué un rôle de coordinateur. Cette enquête porte sur plusieurs domaines : les attitudes des européens face au développement des biotechnologies, leurs attentes dans ce domaine, leurs connaissances, une prévision des opinions à venir, les groupes auxquels le public fait confiance dans ces domaines. L’eurobaromètre 52.1 paru en 2000 est la 4ème édition. Le 1er a été conduit en automne 1991 (conduit sur 12800 personnes dans 12 pays), le second, remonte au printemps 1993 (12 Etats membres, 13032 individus), le troisième a été conduit en automne 1996 (15 Etats membres, 16246 individus). Le sondage de 2000 comporte des nouvelles questions. Il y a eu un nombre similaire d’individus interviewés dans chaque pays.

Ignorance et méconnaissance d’une technologie Tout d’abord on constate que le génie génétique n’est pas perçu comme une science contribuant à l’amélioration du progrès. A la question « est-ce que vous pensez que votre vie s’améliorera (3 points) dans les 20 prochaines années, ne changera pas (2 points) ou se détériorera (1 points) ? », dans 8 domaines concernant les nouvelles technologies, le génie génétique arrive à la 7ème place avec (2, 12 points) juste avant le nucléaire (1,85 points) et après les biotechnologies (2,37 points). Les sondés estimant que le domaine des télécommunications est celui où leur vie connaîtra encore le plus grand progrès (2,83 points). Ensuite, on constate le faible taux de connaissance des applications des
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INRA (EUROPE) – ECOSA, Eurobarometer 52.1, The Europeans and Biotechnology,15 March 2000

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biotechnologies modernes : dans la première enquête 43% des sondés parlent de clonage animal ou humain, ce qui vient avant la recherche scientifique, la santé ou le développement technologique (33%) ; à noter que l’appréciation « ne sait pas » (28%) est placée à égalité avec les PGM ; les problèmes éthiques sont avant derniers avec 16%. Enfin, l’environnement arrive en dernier (8%). Pour ce qui concerne l’appréciation des biotechnologies, la recherche arrive en tête avec 2,32, vient ensuite l’environnement (2,11), puis les PGM (1,78) le clonage (1,61), et enfin, les questions éthiques (1,49). Un quizz célèbre dans le milieux des experts a permi de révéler l’ignorance du public ; on a demandé aux sondés si l’affirmation « les tomates ordinaires ne contiennent pas de gènes, contrairement aux tomates génétiquement modifiées qui en contiennent » était vraie ou fausse. 35% affirment que c’est vrai, 35%, que c’est faux, 30% ne savent pas. (En France 40% affirment que c’est vrai). Pour l’affirmation « Si une personne mange des fruits génétiquement modifiés, ses gènes pourraient être aussi modifiés », 24% des personnes interviewées pensent que cela est vrai, 42%, que c’est faux, 34%, ne savent pas (on notera avec intérêt que 48% des autrichiens affirment que c’est vrai). 66% d’européens pensent que l’affirmation « la levure utilisée pour faire la bière contient des organismes vivants »est vraie, 12% croient que c’est faux, 23% affirment que c’est vrai. 28% d’européens adhèrent à l’affirmation « les animaux génétiquement modifiés sont toujours plus gros que les animaux ordinaires », 34% pensent que c’est faux, 38% ne savent pas. 47% des individus ne savent pas « s’il est impossible de transférer des gènes d’animaux aux plantes », 27% affirment que c’est vrai, quasiment à égalité avec ceux qui ont répondu que c’était faux (26%). Ces questions, rappelons-le, se trouvaient mélangées avec d’autres portant sur des thématiques telles que la génétique ou le clonage. Les sondeurs affirment que les connaissances des européens semblent s’être améliorer depuis les sondages de 1996 et 1993. On remarque, cependant, un mouvement dans le sens contraire de ceux qui pensent qu’avec le potentiel des biotechnologies, les gènes d’une personne pourraient être modifiés après avoir ingéré un fruit génétiquement modifié. On constate également une régression pour ce qui concerne la définition correcte de la « tomate génétiquement modifiée » ; en effet, en 96, 30% avaient répondu de manière incorrecte contre 35% en 1999. Concernant maintenant la question du degré de connaissance des applications de la biotechnologie, « l’utilisation des biotechnologies pour produire des aliments afin de leur donner une plus grande quantité de protéine, pour les conserver plus longtemps ou pour changer leur goût », arrivent en tête des applications connues avec 65%. La capacité de transférer un gène d’une plante à une autre pour accroître la résistance mieux connu (56%)

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l’usage de tests génétiques (53%) ; viennent enfin la production d’insuline ou de vaccins par l’introduction de gènes humains dans les bactéries (44%), et les bactéries génétiquement modifiées pour nettoyer les produits chimiques (28%)

Valeurs perçues au travers du génie génétique On a également apprécié la perception de l’utilité, du risque, de l’acceptabilité morale ou encore la nécessité d’encourager les développements de ces applications. La production d’aliments génétiquement modifiés apparaît aux européens, comme la technologie la moins utile de toutes celles qui ont été précédemment citées, avec 2,46 points, juste en dessous du clonage des animaux (2,6 points) et le transfert de gène, (2,83 points). Le dépistage des maladies étant reconnu comme l’application la plus utile. Les PGM sont également perçues comme l’application la plus risquée avec 3 points, devant le clonage animal (2,92) et humain (2,86) et le transfert de gènes (2,79). Enfin, elles sont les moins tolérées au niveau de la morale avec (2,32 points), par le transfert de gènes (2,35 points). A l’opposée, les 2 applications qui apparaissent les plus moralement acceptables sont la production de bactéries (3,1 points) et la détection de maladie (3 points). Enfin, 3 des applications sur les 7 citées devraient être encouragées dans leur développement: la détection de l’hérédité, la production de bactéries, la production de gènes humains pour produire des vaccins. La production de clones animaux et le développement de biotechnologies végétales sont perçus de manière négatives (transfert, 2,33 points et amélioration des végétaux 2,19 points). La 5ème phase de l’enquête a consisté à proposer deux séries de 13 affirmations (une sur le clonage et une sur les PGM) aux sondés en leur demandant s’ils étaient totalement d’accord (5 points), partiellement d’accord (4), ni pour ni contre (3), en partie contre (2), totalement contre (1). L’affirmation qui a suscité le plus l’unanimité est : « Même si l’alimentation génétiquement modifiée démontre certains avantages, elle se trouve essentiellement contre la nature » (4,08 points) ; elle est suivie par « L’alimentation génétiquement modifiée menace l’ordre naturel des choses (3,96) ; si quelque chose se passait mal avec les PGM, cela nous mènerait à un désastre total (3,88) ; les PGM ne sont pas nécessaires (3,72) ; l’idée des PGM est un grave problème pour moi (3,57) ; même si cela doit réduire certains de leurs avantages, les PGM devraient être introduits d’une manière plus progressive (3,13) ; quels que soient les risques impliqués dans les PGM, on peut les éviter si on le veut vraiment (3,11) ; les PGM profiteront à de nombreuses personnes (2,73) ; parmi tous les risques auxquels nous devons faire face à lors actuel, celui des PGM est vraiment insignifiant ; si une majorité de gens étaient en faveur des PGM, ils devraient être autorisés (2,73) ; prendre une décision au sujet des PGM est si compliqué que c’est un

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gaspillage de temps de consulter le public sur ce sujet (2,6) ; les risques sur les PGM sont acceptables (2,35) et enfin, les PGM ne représentent aucun danger pour les générations futures (2,22).

Opinion générale sur les biotechnologies et les institutions
Le même exercice a été réitéré avec une série de 9 propositions. Ainsi, 22% des gens interviewés sont en partie d’accord avec la proposition « j’achèterais des fruits génétiquement modifiés si ils avaient un meilleur goût » contre 66% (11% ne savent pas). 53% d’européens sont prêts à payer plus pour avoir des aliments non GM ; 36% ne sont pas d’accord, 11 ne savent pas 39% seraient prêts à signer une pétition contre les biotechnologies, contre 38% qui ne le feraient pas (23 % ne savent pas). 41% seraient prêts à participer à un forum sur les biotechnologies contre 41% qui ne le feraient pas (17% ne savent pas). 72% sont prêts à faire l’effort de s’informer sur les biotechnologies (19% ne le feraient pas et 9% ne savent pas). 11% pensent qu’ils sont suffisamment informés contre 81% qui pensent le contraire (9% ne sont pas sûrs). 22% seraient prêts à acheter de l’huile à frire contenant un petit peu de soja génétiquement modifié (62% refusent cette idée et 16% ne savent pas). 33% mangeraient du sucre de canne génétiquement modifié si on avait pris la peine d’enlever toute trace de la modification génétique, 42% refusent cette idée et 25% ne sont pas sûrs. 19% seraient prêts à manger des œufs d’une poule nourrie avec du maïs génétiquement modifié, contre 66% qui ne sont qu’en partie d’accord et 15% qui ne savent pas. Enfin, on a demandé aux européens s’ils pensaient que les groupes et les acteurs impliquées dans les diverses applications biotechnologies et du génie génétique effectuaient un bon travail pour la société. La 8ème partie du questionnaire a consisté à interroger les européens sur les sources auxquelles ils font le plus confiance. Ce sont les associations de consommateurs qui suscitent le plus la confiance des européens (26%), suivi des professions médicales (24%) et des organisations de protection de l’environnement (14%). L’Eurobaromètre de l’année 2000 nous présente donc une situation qui se dégrade de tout point de vue pour ce qui concerne la perception et l’appréciation qu’a le public des PGM. On voit que la situation s’est détériorée depuis 1996 pour ce qui concerne l’acceptabilité de la technologie, alors que les connaissances semblent avoir légèrement progressée. Rappelons qu’en 1996, les PGM n’avaient pas encore fait la une des journaux et que l’image sulfureuse qui a été construite par les médias et les associations environnementalistes autour de ces technologies n’avait pas encore eu l’occasion d’influencer le public. En 2000, c’est chose faite : il y a eu le soja importé à Anvers, l’indécision des gouvernements nationaux et

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de la comission européenne, les actions de Greenpeace, de la Confédération paysanne, la pétition de la plus grande association de médecins britanniques, les affaires Pusztai , monarque, Starlink… En bref, une masse d’événements qui ne peuvent avoir laissé indifférents les citoyens. Ces résultats seront souvent utilisés par les promoteurs des PGM pour démontrer les lacunes du public et les nombreux a priori. Or comme on va le voir, une autre étude menée au niveau de 5 pays européens avec une méthode totalement différente va tenter de démontrer que cette interprétation qui considère l’opinion négative du public comme une méprise sur un sujet méconnu, se méprend elle-même. 4.1.2 Le travail de « démystification » du P.A.B.E (Perceptions Publiques des Biotechnologies Agricoles en Europe) et la méthode des « focus group » Le projet PABE a été financé par la Commission Européenne dans le cadre des programmes de recherche FAIR (agriculture et pêche) et ELSA (dimensions éthiques, juridiques et sociales des sciences de la vie). Le projet a débuté en juin 1998 pour une durée de deux ans. Les objectifs que s’étaient fixés les chercheurs étaient les suivants : Décrire les facteurs déterminants l'appréciation des biotechnologies agricoles et des aliments transgéniques par le public dans cinq Etats membres de l'Union Européenne (l'Allemagne, l'Espagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni). Comparer les facteurs saillants et leur influence respective sur les perceptions publiques des biotechnologies agricoles dans les cinq Etats membres concernés. Chercher à identifier les implications de ces facteurs sur le plan de la prise de décision concernant les biotechnologies agricoles, au niveau national et européen. Contrairement à l’eurobaromètre qui s’arrête généralement aux opinions formulées comme des réponses à des questions fermées, il s’agit ici surtout, d’une étude compréhensive : « Le but du projet est de fournir une meilleure compréhension des facteurs sociaux, éthiques et culturels qui influencent les réactions du public face aux biotechnologies agricoles et aux aliments transgéniques. »641 La méthodologie fait toute la particularité de l’étude. En effet, 3 outils ont été mis en place : des groupes des discussion (focus groups) dans chacun des pays pour confronter des individus du grand public sur le sujet des OGM642, des entretiens
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Claire Marris, Projet de travaux sur les Perceptions publiques des biotechnologies agricoles en Europe, Elsa 642 La méthode des focus group est de plus en plus fréquente dans le domaine de la sociologie ; il s’agit de constituer des groupes composés de 3 à 12 personnes autour d’un sujet et d’avoir recours à

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avec des acteurs clefs643 et enfin, des ateliers avec les acteurs impliqués dans les OGM et les usagers potentiels. Lors de la mise en place du projet, les sociologues avouent l’importance qu’ils donnent au paramètre de la « confiance » : « La recherche se focalise également sur la question de la confiance accordée par le public aux institutions impliquées dans l'évaluation et la gestion des risques. Nous estimons que la confiance, en tant que phénomène social complexe et multidimensionnel, joue un rôle important dans la perception publique des risques. » La finalité de ce projet étant de générer de nouvelles connaissances sur les inquiétudes du public afin de pouvoir aider les institutions et les industriels à mettre en place des stratégies dans un cadre démocratique défini. Ces études ont donc regroupé 5 équipes nationales. Les résultats ont été publiés en Décembre 2001644. Les chercheurs affirment avoir démontré que les principaux acteurs du débat sur les PGM ont mal interprété les réponses du public, ce qui est l’une des raisons pour laquelle le débat se trouve actuellement dans l’impasse. Ainsi, en interprétant les réponses en terme de « manque de connaissance » ou de « problème éthique de caractère non scientifique »( 'non-scientific' 'ethical' concerns), ou encore en blâmant les médias pour la couverture hystérique qu’ils ont donné des PGM, ce rapport tente de démontrer que ces interprétations n’ont pas saisi la nature des problèmes, ni les facteurs sociaux, culturels et institutionnels qui se trouvent à l’origine645. Les sociologues pensent que l’explication qui se trouve à la base est beaucoup plus complexe et mêle d’autres paramètres que la simple compréhension. Les résultats présentés sur la perception des PGM concernent deux types de publics : les citoyens (ordinary citizens) de 5 pays de l’Union Européenne (France, Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni), et les acteurs engagés dans le débat sur les PGM. Concernant ces derniers, le rapport aurait démontré la persistance de vues retranchées (entrenched views) sur le public. Or les études réalisées n’ont permis de démontrer aucune des hypothèses émises par les acteurs pour interpréter le rejet des PGM. Ceci est de la plus grande
un modérateur pour animer le débat. Les auteurs ont jugé que cette méthode était la meilleure pour pouvoir étudier les interactions entre les individus. Contrairement aux questionnaires, elle permet aux interviewés de développer leur pensée et de comprendre pourquoi ils pensent cela. 643 Les recherches sur les opinions des acteurs directement impliqués dans le débat sur les OGM (enterprises de biotechnologies et semenciers, des professionnels de l’agro-alimentaire, des distributeurs, des politiques, du gouvernement, des membres des comités de conseil, des ONG environnementalistes, des associations de consomateurs et de l’union des fermiers.) ont été effectuées à base d’interviews, de participation à un débat et d’analyse de documents. 644 Claire Marris, Brian Wynne, Peter Simmons and Sue Weldon, Final Report of the PABE research project funded by the Commission of European Communities, Contract number: FAIR CT98-3844 (DG12 - SSMI), December 2000. 645 « This report argues that these dominant characterisations of the public, and the policies which derive from them, do not capture the full nature of public concerns, nor do they recognise the social, cultural and institutional factors shaping those concerns. »Ibid.,p.7.

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importance étant donné que le débat se trouve actuellement au point mort. Les sociologues en concluent donc la nécessité de changer la pensée politique sur la perception des sciences par le public. Les décideurs politiques devraient se préparer à comprendre que la source du problème n’est pas seulement dans le comportement du public, mais aussi dans le comportement des institutions responsables de l’innovation et de la gestion du risque646. Quelles ont été les principales découvertes des études menées au sein des focus Group ? « Contrairement à leurs attentes », les auteurs ont trouvé une grande similitude entre les résultats des focus group des 5 pays et ce, indépendamment de la couverture médiatique donnée dans chaque pays et de l’intensité du débat public. On a trouvé également un grand nombre de similitudes entre les 11 focus group menés au sein de chaque pays et ce malgré le fait que les groupes ont été constitués pour réunir des individus sensés avoir des opinions très différentes sur le sujet. Ces mêmes similitudes ont également été trouvées au cours de l’évolution du débat dans le temps, de septembre 1998 à octobre 1999. Les auteurs insistent également sur le fait que les participants n’étaient jamais, de manière catégorique, pour ou contre les PGM, mais exprimaient toujours une attitude ambivalente. Les affirmations de chacun contenaient toujours des arguments qui pouvaient être interprétés pour ou contre647. Ayant constaté ces 3 similitudes, les sociologues en déduisent qu’il n’y a pas de lien direct entre la perception du sujet par le public et l’intensité de la controverse publique sur le sujet648. Parmi ces similitudes, on a donc découvert des facteurs socioculturels qui jouent un rôle important dans la constitution de l’expérience du grand public et dans la réponse qu’il donne aux PGM. Aussi, ces facteurs qui sont apparus lors des discussions menées au sein des focus groups n’ont rien à avoir avec les facteurs habituellement utilisés pour interpréter le comportement du grand public. Concernant maintenant l’opinion des principaux acteurs des PGM, celle-ci a pu être déterminée de manière explicite et implicite à la suite des interviews, des actes de colloques

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« We conclude by identifying as a priority the need for a broad based cultural change in policy thinking about public perceptions of science, technology, and risks. Policy makers should be prepared to consider that the source of the problem is not only to be found in the behaviour of the public but also in the behaviour of institutions responsible for creating and managing innovations and risk. » PABE, Ibid. 647 « Overall, focus group participants expressed a rather ambivalent attitude towards GMOs. A key finding was that participants expressed and elaborated arguments both for and against GMOs. »ibid., p.47. 648 « The similarity of focus group results across countries, between groups and over time, challenges the often heard hypothesis of a direct relationship between public perceptions and the intensity of public controversy on the subject. » PABE, p.8.

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ou encore des analyses de documents649. Ces 3 types d’études ont donc permis de lister une série de 10 mythes soutenus par les acteurs des PGM pour interpréter la réponse négative du grand public : Mythe n°1 : On pense que le grand public est ignorant des faits scientifiques Selon ce mythe, il y aurait les faits d’un côté et l’ignorance et les émotions de l’autre. Les faits ont démontré l’innocuité des PGM donc les gens qui s’y opposent sont irrationnels650. Cette ignorance serait renforcée par les messages trompeurs propagés par les médias. D’après les sociologues du PABE, le problème ici est que les promoteurs pensent que l’ignorance est une barrière insurmontable pour un débat serein. Ils citent l’exemple préféré des scientifiques : la tomate de l’eurobaromètre. Or si les participants ont bien démontré une certaine ignorance, il est clair, d’après les sociologues du PABE, que celle-ci n’était pas un obstacle au dialogue ; en effet, les participants n’utilisaient pas de connaissances fausses fermement ancrée pour débattre, ils avaient plutôt recours à leur savoir empirique sur le comportement des abeilles, des plantes, des animaux et des hommes en dehors du laboratoire651. Il n’y aurait donc pas de lien entre les connaissances du public et la réponse que celui-ci donne au débat ; au contraire des études de Gaskell auraient démontré que plus les individus ont de connaissance, plus ils deviennent sceptiques (Gaskell & al. 98) Mythe n°2 : les individus sont pour ou contre les OGM Une image fréquemment utilisée par les acteurs( les pro et les anti) du débat sur les OGM pour caractériser la réponse du grand public est que celui-ci est pour ou contre les OGM. Ceux qui ne se prononcent pas sont considérés comme « non encore entrés dans le débat ». Or on a observé que les mêmes participants se sont exprimés à la fois pour et contre les OGM. Mythe n°3 : les consommateurs acceptent les biotechnologies médicales mais refusent l’usage des biotechnologies dans le domaine alimentaire. Ce mythe serait fréquemment utilisé par les promoteurs : il s’agit de l’opposition entre les OGM verts (plantes) et les OGM rouges (pharmaceutiques). Les scientifiques considèrent cette distinction comme incohérente, car les deux utilisent la même technologie d’ADN recombinant. Le fait que les OGM alimentaires soient acceptés prouverait que le public
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« These three methods (interviews, participant observation and analysis of documents) enabled us to collect explicit declarations about the public (described alternatively as "citizens", "consumers", "lay public"…). » PABE, Ibid., p.26-27. 650 « Rational facts are founded solely on scientific evidence and demonstrate, to the best of our knowledge, that GMOs are safe. Thus, people who oppose GMOs are irrational; if only they understood the science better, they would be reassured and would accept GMOs. »p.78. 651 « The principal concerns expressed by focus group participants about GMOs (see Box 5) were not based on erroneous beliefs about genetics, but on their own empirical knowledge relating to the behaviour of insects, plants, and animals and human beings outside of the laboratory »Ibid., p.69.

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n’accepte que ce qui lui paraît utile. Cette équation risque-bénéfice serait contestée par les découvertes des focus group. En partant de ce constat, les promoteurs des OGM pensent que s’ils produisent des plantes capables de servir les intérêts directs des consommateurs, alors, ce sera une manière de faire accepter les OGM par le public qui y trouvera enfin une utilité. D’après les sociologues, il y aurait un paradoxe à considérer le public comme irrationnel pour ce qui concerne sa compréhension des OGM et comme rationnel dans la perception des intérêts qu’il pourrait en tirer652. Si on a bien constaté une préférence du public pour les OGM pharmaceutiques, il est nécessaire de nuancer cette affirmation ; en fait le public serait favorable aux médicaments issus du génie génétique, mais non pas à la production de médicament par les plantes génétiquement modifiées. Mythe n°4 : les consommateurs européens se comportent de manière égoïste envers les pauvres des PVD Cet argument est souvent utilisé : l’égoïsme des consommateurs européens qui refusent les OGM, empêcherait le développement et le transfert des OGM dans les PVD. En fait l’idée d’utiliser les biotechnologies végétales pour combattre la faim et la pauvreté n’est pas vraiment rejetée. Il y a même une certaine curiosité. Mais là où les participants sont sceptiques c’est sur le fait d’avoir l’impression d’être manipulés par le subterfuge d’une stratégie de marketing653. Mythe n°5 : les consommateurs veulent l’étiquetage pour exercer leur liberté de choix L’individualisme du consommateur serait également présent dans cette volonté qu’il aurait de choisir ou non la possibilité de consommer des OGM. Si cela a pu être observé parmi les consommateurs, il semble que les raisons en étaient beaucoup plus complexes que ce que ne supposaient les acteurs. Mythe N°6 : Le public pense – de manière fausse – que les PGM ne sont pas naturelles (voir notre analyse détaillée plus loin) Mythe n°7 : c’est la faute de la crise de la vache folle si le public ne fait plus confiance aux instances régulatrices

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« A paradox arises within this view of the public. On the one hand, as described above, lay persons are portrayed as irrational and their responses are assumed to be based on un-scientific subjective perceptions. On the other hand, with respect to this issue of benefits, they are at the same time portrayed as hyper-rational actors who calculate all of the (personal) risks and benefits of all possible options before making the choice which corresponds to the best optimisation of their resources. » PABE, Ibid. 653 « Negative reactions to this idea where mostly generated by the fact that it was perceived as a manipulative marketing ploy by biotechnology firms who had no intention of developing this type of GMO themselves (section 6.5). »Ibid.

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Selon ce mythe, les virulentes réactions contre les OGM sont dues à une série de scandales alimentaires continus en Europe. Les acteurs pensent que depuis l’affaire de la vache folle, le public ne fait plus confiance aux institutionnels. Une théorie affirme également que le public a réagi de manière excessive ; enfin, à l’extrême, certains pensent qu’il s’agit d’un amalgame trompeur du fait qu’il n’y a pas de rapport entre les 2 crises; or, si la vache folle a souvent été mentionnée, elle a été citée avec d’autres affaires. Aussi le scepticisme à l’égard des institutions ne date pas de la crise de la vache folle654. Les participants s’attendaient à ce que de la part des institutions, ce type de comportement continue. Mythe n°8 : le public demande le risque « 0 » et n’est pas raisonnable Le risque 0 est pour les promoteurs une demande irréaliste du public et injuste en ce sens que les autres technologies ne font pas l’objet d’une telle demande. Pour les détracteurs, il s’agit d’une exigence. En fait les participants ne demandaient pas le risque 0, mais exigeaient plutôt un contrôle de la part des institutions et ne comprenaient pas pourquoi l’incertitude n’était pas plus prise en compte que cela par les institutions. Mythe n°9 : l’opposition du public aux OGM est due à d’autres facteurs éthiques ou politiques La recherche d’autres raisons que le risque a conduit les décideurs politiques et les scientifiques à trouver d’autres raisons que la perception du risque pour expliquer l’opposition du public aux OGM. Ces raisons peuvent être éthiques ou politiques. Ainsi, ils en déduisent soit que ces opinions sont trop particulières et qu’ils se situent en dehors de la sphère du risque. Or les sociologues soutiennent que parmi toutes les raisons personnelles ou éthiques qui ont été évoquées, aucune ne pouvait être séparée des problèmes de recherche et développement ou d’estimation des risques. Mythe n°10 : le public est une victime malléable du sensationnalisme déformateur des médias. L’argument selon lequel le public serait manipulé par les médias est fréquemment répandu parmi les acteurs ; aussi, il est supposé que les médias sont la source de la controverse en relayant plus facilement les associations environnementalistes que les documents scientifiques ( voir notre approche sur ce sujet). Une telle thèse donne au public le rôle d’une

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« The participants expressed scepticism toward regulatory (and other) institutions, but this was based on their realistic assessment of past behaviour, based on empirical knowledge of past behaviour. Moreover, they did not believe that these institutions had learnt any lessons (or rather the right lessons) from the BSE affair. They therefore expected them - until proved to the contrary - to continue behaving in similar ways (described in box 6), including with regard to GMOs. » PABE, Ibid.

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tabula rasa. Or tel n’est pas le cas et le public est engagé dans la réception des informations, il ne peut donc pas être caractérisé simplement comme une victime qui l’absorbe. L’enquête des focus group aurait démontré que bien que, contrairement à ce que croient les acteurs de la controverse, l’ignorance des aspects techniques des manipulations génétiques, ainsi que le manque de compréhension des travaux effectués en matière de recherche et développement, de législation et de commercialisation n’expliquent pas la réponse du grand public aux biotechnologies agricoles. Aussi, les problèmes exprimés par les participants lors des « focus group »655 n’étaient pas essentiellement des croyances fausses sur les OGM, mais des questions clés
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Pourquoi avons nous besoin des PGM ? Quels sont les bénéfices ? Qui profitera de leur utilisation ? Qui a décidé qu’ils devaient être développés et comment ? Pourquoi n’avons-nous pas été mieux informé à propos de leur usage dans notre alimentation avant leur arrivée sur le marché? Pourquoi ne nous donne-t-on pas le choix de consommer ou de ne pas consommer ces produits ? Est-ce que les autorités juridiques ont un pouvoir suffisant pour contrebalancer les industriels qui souhaitent commercialiser ces produits ? Est-ce que les contrôles imposés par les autorités régulatrices peuvent être appliquées de manière efficace ? Est-ce que les risques ont été suffisamment estimés ? Par qui ? Comment ? Est-ce que les conséquences potentielles à long terme ont été estimées ? Comment ? Comment les incertitudes irréductibles et les domaines inévitables d’ignorance ont été intégrés dans la prise de décision?

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Au sein de chaque groupe la session s’est déroulée de la même manière : dans la première partie, on a demandé aux acteurs de parler de l’évolution dans les domaines agricoles et alimentaires en général (les OGM n’étaient alors pas mentionnés par le médiateur. C’est seulement après 30 minutes de débat que ce dernier introduisait le terme demandant aux participants de donner les images qu’ils associaient spontanément. On introduisait alors une courte définition du dictionnaire pour relancer le débat. Ensuite, un nombre d’exemples d’applications des biotechnologies végétales était présenté. 3 arguments stéréotypés étaient présentés empruntés aux acteurs ; cette incursion donnait lieu à la dernière discussion qui permettait d’explorer les vues des participants sur les acteurs. 656 « Although ordinary citizens are largely ignorant of the scientific technicalities of genetic manipulation, and of developments in research, regulation and commercialisation related to GMOs, this lack of knowledge does not explain their response to agricultural biotechnologies. The concerns expressed by the focus group participants were not, in the main, based on erroneous beliefs about GMOs. »p.9.

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Quels plans existent pour une action remède si des effets néfastes imprévisibles surviennent ? Qui sera responsable en cas d’un mal imprévisible ?

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Ces études ont donc démontré que l’absence de confiance en l’autorité des institutions caractérisait la réponse du public aux OGM. Le public n’a pas confiance dans les institutions impliquées dans la gestion du risque. Restaurer cette confiance ne peut pas consister seulement dans l’amélioration des stratégies de communications, mais dans un changement effectif des cultures et des pratiques institutionnelles. Afin de restaurer la confiance, les institutions devront démontrer leur capacité à gérer le risque de manière adéquate, en conservant une attitude cohérente pendant une longue période et ce, pas seulement dans le champ des OGM657 ; pour cela, il est nécessaire d’admettre les erreurs passées : Admettre le fait qu’ils ne savent pas toujours mieux Admettre l’incertitude, et expliquer comment celle-ci a été prise en compte dans la prise de décision Utiliser des informations de toutes les sources (pas seulement celles des scientifiques) Conserver la transparence sur la manière dont les décisions sont prises, y compris sur la manière dont est effectuée dans certains cas la balance risques-bénéfices. Imposer des sanctions lourdes dans le cas où d’une mauvaise gestion ou d’une fraude Démontrer que le point de vue du public est compris, valorisé, respecté et pris en compte par les décideurs, même lorsqu’ils ne peuvent pas être tous satisfaits. Si on peut admettre que le public refuse les PGM pour d’autres raisons que le simple manque d’information, ou l’absence de compréhension, il n’en reste pas moins que les médias ont joué un rôle considérable dans la polémique sur les PGM. Comment caractériser ce rôle et jusqu’à quel point peut-on parler d’influence ? 4.2 Les P.G.M. dans les médias : parti-pris ou désinformation ? Nous souhaitons dans ce chapitre, étudier l’éclatement de la controverse scientifique dans les médias destinés au grand public, et plus particulièrement dans la presse écrite
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« In order to restore trust, institutions would need to demonstrate their capacity for adequate risk management of risks through consistent behaviour over a long period, and across different fields (not just GMOs) »Ibid.

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française. Si nous employons le terme fort « d’éclatement », c’est dans un double sens : d’une part, la venue sur la scène publique d’un problème qui s’était jusqu’à présent essentiellement cantonné à la sphère des experts et des scientifiques s’est faite avec un « grand éclat » et un sujet qui n’avait suscité que très peu de remous a fait surface apparaîssant d’entrée de jeu comme un véritable scandale ; d’autre part, on peut parler d’éclatement en ce sens que le débat qui va avoir lieu sur la scène médiatique et qui mettra en présence les experts, les journalistes scientifiques, les industriels et les groupes d’intérêts aura lieu d’une manière désordonnée et sera à l’origine d’une véritable dispersion de l’information. Alors que la controverse précédemment étudiée se situait sur la scène internationale, l’étude des médias que nous proposons ici, se situe principalement sur le territoire français. On procédera occasionnellement à quelques comparaisons au niveau européen et avec la presse américaine. En passant de la sphère des experts et des publications scientifiques à la sphère médiatique destinée au grand public, le débat sur les PGM passe de la ‘controverse’ à la polémique. Comme nous avons eu déjà l’occasion de le remarquer, ce qui est en jeu ici, ce n’est plus la ‘vérité’, mais les ‘choix de société’ et donc la remise en cause du pouvoir de certains. On constatera dans un premier temps que le sujet des PGM n’a suscité l’intérêt des médias que tardivement, alors que la controverse a touché les scientifiques dès l’origine des biotechnologies. Ainsi, comme on le sait, la conférence d’Asilomar en 1975 a été à l’origine de la première discorde au sein du monde scientifique. Comme le remarquent les auteurs du livre les Biotechnologies en débat : « Le développement du génie génétique s’est souvent déroulé de manière relativement confidentielle, depuis son invention au début des années 70 jusqu’au milieu des années 90. L’analyse des discours médiatiques pendant cette période révèle cette lente accession à la connaissance du public, tout comme l’examen de la période récente nous donne la clé des débats actuels. On peut considérer que les médias matérialisent une sorte de « place publique » métaphorique où vont émerger peu à peu des questions jusque-là confinées dans les sphères restreintes, institutionnelles, scientifiques, industrielles, contribuant ainsi à l’histoire de la construction sociale des biotechnologies »658. Dans un rapport paru en 2000, les sociologues de l’INRA font un constat similaire : « La distribution des articles de presse dans le temps montre une nette évolution de la couverture du sujet. Avant novembre 1996, la couverture peut être qualifiée de sporadique : le thème des OGM n’est pas couvert de façon suivie. Les sujets abordés sont généralement spécialisés
658

Suzanne de Cheveigné, Daniel Boy et Jean-Christophe Galloux, une démocratie scientifique, Editions Balland, Paris 2002, p.63.

Les biotechnologies en débat, pour

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et reflètent l’actualité scientifique et réglementaire. A partir du mois de novembre, la couverture augmente de façon très significative. Ce changement quantitatif s’accompagne d’un changement qualitatif. Les OGM font l’objet d’un suivi systématique par certaines rédactions, mais aussi, le traitement du sujet est différent. Dorénavant, les OGM ne constituent plus un sujet de spécialiste, abordé de façon très segmentée (soit scientifique, soit réglementaire, soit économique,…). Les connexions entre OGM et autres thèmes de société deviennent courantes, et des articles ou des dossiers faisant un point transversal sur les OGM et abordant les différentes facettes du sujet apparaissent fréquemment. »659 On constate donc une certaine lenteur de l’émergence du débat public, lenteur qui contraste cependant avec une arrivée fracassante et directement marquée par le ton du scandale. En effet, en 1996, le Journal Libération fait la une avec un titre choc: « Alerte au soja fou ! » ; le but de cet article étant de dénoncer les importations de soja génétiquement modifié en provenance des Etats-Unis. Ainsi, comme le remarquent l’équipe de Pierre-Benoît Joly précédemment citée : « La publication du dossier OGM du journal Libération, en date du 1 novembre 1996, avec le titre de couverture « Alerte au soja fou » est un bon indicateur de ce changement. Cette publication alors que la controverse est en train de changer de nature. En effet, les OGM, qui n’avaient jusque là en France de réalité tangible que par les essais font leur entrée dans les ports européens. »660 L’arrivée sur la scène médiatique est simultanée avec la première mise sur le marché, mais préalable à l’expérimentation directe des PGM par les consommateurs (cette remarque, comme on le verra, est de la plus grande importance). Le passage de la controverse à la polémique s’effectue à partir du moment où les citoyens peuvent être concernés et que les médias se penchent sur le sujet. Aussi, on tentera de démontrer que l’éclatement de la controverse a pour résultat une dispersion de l’information. Dans cette étape, les médias jouent un rôle essentiel, puisque ce sont eux qui révèlent au public l’intérêt potentiel que celui-ci pourrait avoir dans une technologie avec laquelle il n’a eu aucun contact ; c’est ce que nous allons maintenant étudier.

4.2.1 Le rôle des médias dans la perception des PGM par le public Dans un article intitulé « du tube à essai à la table », Robert Merchant, un chercheur en biotechnologie de l’Université de Nottingham, soutient que les médias ont eu une influence
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Pierre-Benoit Joly, Gérald Assouline, Dominique Kréziak, Juliette Lemarié,Claire Marris, Alexis Roy, INRA Grenoble, Collectif sur les risques, la décision et l’expertise (CRIDE) ; l’innovation controversée : le débat public sur les OGM en France, Rapport, Janvier 2000, p.84 660 Ibid., p.85

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néfaste sur le grand public661. L’auteur dénonce l’impact que les scandales médiatiques ont joué dans l’information. D’après le professeur Marchant, les travaux de clonage, de criblage du génome et la thérapie génique ont fait, depuis le début, l’objet de discussions pour mieux servir l’intérêt du public, alors que les critiques et les scandales touchent essentiellement les PGM. Aussi, alors que cette dernière technologie suscite de plus en plus l’intérêt des agriculteurs et des producteurs, elle inquiète le public par rapport aux risques alimentaires potentiels. L’opposition aurait pour origine différentes histoires d’épouvante sur la santé des consommateurs et l’environnement dans les médias européens au départ puis désormais en Amérique et en Asie662. Ainsi, d’après Marchant, de nombreux scandales provoqués par les associations et les lobbies anti-OGM, ainsi que l’exploitation d’informations sur les risques potentiels auraient fait la une des médias, devançant ainsi, l’information positive qui n’a pas semblé intéresser les médias663. Ainsi la création du riz doré et les approbations officielles (House of the Lords ou encore, la Princesse Royale) serait passée totalement inaperçue des journalistes et par conséquent, du grand public. Marchant ironise en affirmant qu’un titre tel que « absence de danger en provenance des PGM ne fait apparemment pas un bon titre »664. Toutes ces raisons contribuent à rendre difficile la possibilité d’obtenir une information crédible ; aussi, les scientifiques se sentent souvent frustrés que le public ignore les faits scientifiques et fonde son opinion sur des affirmations illogiques telles que celles qui sont présentées par des lobbys anti-OGM. D’après Marchant, il y a un vide entre le risque réel, scientifiquement mesurable et quantifiable, et le risque perçu par l’opinion publique. Or ce dernier est, d’après l’auteur qui se réfère à une thèse de Sandman (1994), le résultat d’un processus cognitif qui peut s’exprimer selon la formule suivante : risque perçu = hasard + scandale (perceived risk = hazard + outrage). D’après Marchant, le risque perçu est élevé à cause du degré élevé de scandales. En ignorant ceux-ci, les scientifiques sous-estiment le risque perçu. Afin de révéler le véritable risque au public, il semble essentiel de comprendre le facteur qui se trouve à l’origine des scandales et qui est en partie dû aux campagnes de presse négatives des groupes environnementaux et au manque de connaissances665. Pour
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Robert Marchant, « From the test tube to the table », EMBO reports vol.21 no.51, 2001. « Opposition started initially in Europe, particularly in UK, but as a result of various environnemental and consumer health scare stories in the media, there is now also growing disquiet among consumers in the USA and Asia. »Ibid., p.354. 663 « A number of scientific publications have been exploited by anti-GM lobbyists to support the notion that GM crops pose a risk to health and the environment (table I). Although this served to highlight potential risks or drawbacks of GM crops, there were equally newsworthy events about positive aspects that failed to make it to the front pages of the press. »Ibid. 664 « But ‘No danger from GM crops ! » obviously does not make a good headline and negative coverage of GM crops continues to predominate. »Ibid. 665 « For GM crops, the perceived risk is high because of the high level of outrage, and, in ignoring outrage, scientists tend to underestimate perceived risk. In order to communicate the actual risk to

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remédier à cela, l’auteur insiste sur l’effort de communication qui doit être fait sur les bénéfices et les risques véritables de la part des scientifiques. Selon Marchant, les scientifiques doivent également fournir un effort. L’auteur reprend la plupart des résultats des sondages qui ont été menés auprès du grand public (Euro baromètre, Angus Reid Poll, Hoban) pour démontrer que : même si la connaissance de l’existence des PGM reste suffisamment répandue, la compréhension de cette technologie reste très faible, ceci ayant pour conséquence de ne pas donner au public la chance de s’impliquer correctement dans le débat (nous discuterons ce point en détail plus loin). On peut reconnaître dans cet article de Merchant, l’un des mythes critiqué par les sociologues du PABE ; une idée qui est également soutenue par Philippe Kourilsky. Dans son livre La science en partage, le biologiste moléculaire s’interroge sur la capacité des médias à transférer correctement l’information scientifique et technologique : « En tant que biologiste, j’ai été depuis longtemps frappé par les distorsions de sens que j’observais fréquemment lors de la transmission d’informations de nature scientifique ou technique au grand public. Comme beaucoup, j’ai d’abord vu là une difficulté de communication liée à la mise en forme des faits de science afin de les rendre accessibles aux non-scientifiques. Mais, constatant la persistance, sur de longues périodes de temps de malentendus sérieux, j’en suis venu à aborder la question sous un angle différent. J’ai résolu de sélectionner plusieurs cas de déviations notoires et d’en effectuer une lecture comparée en mettant en parallèle mes connaissances et mon expérience de scientifique avec les versions « grand public » produites par les grands médias. »
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L’auteur a donc choisi de traiter ce problème du transfert de l’information scientifique et technique en « pathologiste » et d’étudier chaque cas comme « un épisode maladif des systèmes de transfert d’information». D’après lui, les « médias » sont la « plaque tournante » des flux d’informations entre le milieu scientifique et le grand public. Mettant en application sa méthode de recherche, après avoir évoqué le cas de l’introduction du maïs transgénique sur le sol français et celui de l’étiquettage de la tomate transgénique, l’auteur s’interroge sur l’origine des opinions contestataires en Europe et sur le fait que, contrairement aux Etats-Unis, le développement des biotechnologies et ses applications aient stagné de manière surprenante. Selon Kourilsky, la distinction entre les « risques potentiels et les risques avérés a été perdue ». De cette distinction, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler, découle toutes les indignations. Pour l’auteur, les médias portent ici une grande
the public, it is therefore necessary to understand and focus on the outrage factor, which is partly a function of negative press campaigning by environmental groups and a lack of knowledge . » Ibid., p.354. 666 Philippe Kourilsky, La science en partage, Editions Odile Jacob, Avril 1998, p.13.

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responsabilité : « Combien d’articles ou d’émissions mettent sur un pied équivalent les risques génétiques et les risques nucléaires ?(…) Les médias portent ici une responsabilité indéniable. En matière d’information, quelle est la fonction première des journalistes sinon de rechercher les faits et de les délivrer au public avec le maximum de précision et d’exactitude possible ? (…) En l’occurrence, ceux qui ont contribué à accréditer l’idée de dangerosité ont diffusé une information inexacte. D’où vient leur erreur ? De propager un préjugé, sans avoir effectué le travail de recherche et de vérifier les retours de réalité. Or ce rôle, qui échoit aux journalistes, me paraît fondamental. Qui d’autre qu’eux peut le remplir ? Certes, il n’est pas facile et il est aussi du devoir des journalistes de rendre compte des opinions des uns, des autres, des groupes de pression, et, pourquoi pas, d’exprimer les leurs. Mais leur responsabilité essentielle reste de séparer les faits des opinions et de donner aux premiers la primauté sur les secondes. »667 L’auteur ajoute qu’aux Etats-Unis, les mêmes questions sont traitées de manière plus rigoureuse par les journalistes qui n’hésitent pas à citer des faits et des opinions divergents. Or ce travail d’information fait par les journalistes sert aussi bien à influencer l’opinion publique que les politiciens. Tout ceci contribue à fausser le débat: « L’information fournie par les médias a donc un double impact sur les hommes politiques, indirect par le biais de leurs électeurs dont ils écoutent l’opinion, et direct par le canal de leur information propre. » Aussi, un débat tel que celui qui a eu lieu au Parlement Européen sur la tomate transgénique aurait dû prendre une autre tournure. Philippe Kourilsky effectue alors ce qu’il appelle « une analyse de la raison médiatique ». Il procède par analogie en comparant la méthode de gestion de l’information des scientifiques et celle des médias. D’après lui, 3 différences méthodologiques apparaissent : « 1) Contrairement aux scientifiques, les journalistes ne s’obligent pas systématiquement à séparer les faits de l’interprétation. 2) Ils ne fournissent que rarement leurs sources (non confidentielles) et citent peu le travail de leurs confrères. 3) Ils ne sont pas soumis, comme les scientifiques par le canal du jugement par les pairs, à un contrôle de qualité indépendant. »668 Après avoir analysé le problème, Philippe Kourilsky ancre celui-ci dans la réalité en s’interrogeant sur le financement de l’information. Il affirme qu’une « information de qualité a besoin de moyens. Elles a son prix. Les citoyens habitués qu’ils sont à la subvention occulte de la publicité, paient trop peu cher ce qui est, pourtant, essentiel à l’exercice de la démocratie. »669 Selon l’auteur, « l’argent facile » de la publicité serait à l’origine d’une

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P. Kourilsky, Ibid., p.p. 64-66. Ibid., p.188. 669 Ibid., p.197.

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perversion de l’information. Selon lui, la seule correction possible serait d’exiger une plus grande indépendance des médias. Or cela ne peut avoir lieu que si les citoyens l’exigent vraiment : « Sans mobilisation citoyenne, sans une prise de conscience et un mouvement collectifs, les équilibres actuels ont peu de chance d’évoluer vers un mieux de la démocratie. »670 Poursuivant son analyse, l’auteur en vient au cas particulier du transfert de l’information scientifique et technique. Il constate que les journalistes et les scientifiques ont longtemps fait chemin à part. Cette situation est due au caractère abscons de l’information scientifique d’une part, mais aussi à l’incompatibilité de la divulgation de cette information qui requiert tout un processus de vérification avec l’instantanéité de l’information scientifique. D’autres difficultés s’ajoutent telles que l’apparent caractère partiellement erroné de certaines informations après simplification, ou encore la difficile expression du doute, « démarche essentielle au discours scientifique ». Kourilsky remarque que si on peut constater aujourd’hui un certain progrès, c’est surtout dans des domaines tels que, ceux effectués par les services de communication des « start up ». Mais cela vaut essentiellement pour la technologie appliquée et ne concerne que très rarement la recherche fondamentale. Or « Moins le public est cultivé, plus l’information scientifique et technique qui lui est destinée doit être formatée de façon élémentaire et simplifiée, plus elle sera gauchie en direction des applications et moins le niveau culturel du public en matière scientifique aura tendance à s’élever. »671 Le rôle important joué par l’information scientifique et technique pour l’exercice de la citoyenneté contraste avec le manque important de moyens qui lui sont impartis. Et on rejoint là la thèse essentielle de la Science en partage, qui est que, pour un meilleur fonctionnement du système démocratique, une participation intensive du public au débat scientifique et technique paraît essentielle, or cela ne peut se faire sans une meilleure transmission de l’information : « On ne peut aller en ce sens et vouloir élargir l’espace public de discussions et de dialogue dans le champ de l’innovation et des risques technologiques sans une meilleure acculturation du public, et sans que soit distribuée une information solide, actualisée, sur les sciences et les techniques. A défaut, les démocraties pourraient être démocratiquement conduites à l’erreur. »672 Cela doit être réalisé au travers de l’enseignement des sciences, mais également au travers de l’information. L’auteur s’interroge cependant sur la faisabilité de cet enseignement : « En raison de son caractère métaphorique, l’acte de représenter la science aux fins de la communiquer fournit un

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Ibid., p.202. Ibid., p.207. 672 Ibid., p.240.

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moment privilégié pour l’intrusion des préjugés et des idéologies. C’est donc moins, à mes yeux, la métaphore qui est problématique que sa perméabilité aux glissements et aux contresens. Les journalistes, et notamment les journalistes scientifiques, ont ici une responsabilité professionnelle particulière… » Il ajoute cependant que les scientifiques se chargent également souvent de colporter des « métaphores » de la science : « Le mécanisme est toujours le même : il consiste à surinterpréter les données de la science pour les faire entrer dans un moule idéologique préexistant »673 Une meilleure coopération entre les sphères scientifiques et médiatiques semble donc nécessaire, ce afin de mieux informer et d’éviter les trop nombreuses interprétations idéologiques. Si on suit les thèses de Philippe Kourilsky et de Robert Marchant, alors on doit reconnaître que les médias ont joué un rôle prépondérant en influençant le public de manière négative dans la perception des biotechnologies en général et de la transgenèse végétale en particulier. Le public ne se trouve pas en mesure de s’impliquer correctement dans le débat étant donné les faibles, voire, les mauvaises connaissances qui sont les siennes. La trop grande part donnée aux scandales, l’absence de vérification des données, l’incapacité à séparer les jugements des faits ou encore le manque de déontologie sont des facteurs qui polluent le transfert de l’information scientifique et technique et contribuent à la désinformation générale, véritable nid de toutes les idéologies. Or si ces points de vue peuvent paraître plausibles (nous tenterons de mettre en évidence la réalité qu’ils dénotent au travers d’une étude quantitative des articles portant sur les PGM), il semble cependant nécessaire d’affiner l’analyse du rôle des médias, car si on l’accepte telle quelle, on est obligé de reconnaître que l’opinion publique est une tabula rasa, d’autres part, comme l’ont montré les études du PABE que nous avons vues précédemment, les avis varient en fonction des individus et ceux-ci ont leurs raisons propres de rejeter les PGM. Il semble donc nécessaire de creuser encore l’analyse du rapport entre les médias et leurs publiques.

Le contrat de lecture
Dans l’ouvrage commun Les biotechnologies en débat, Suzanne de Cheveigné, Daniel Boy et Jean-Christophe Galloux s’interrogent également sur le rôle joué par les médias dans le transfert de l’information scientifique et technique : « Il importe d’aborder l’analyse des médias avec rigueur et exigence théorique. Trop souvent, des travaux sur les controverses techniques, inattaquables sur le plan de la méthode sociologique, se contentent d’une réflexion étonnamment pauvre sur les médias. Les considérer comme de simples
673

Ibid., p.241.

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« conduits » transportant des informations ou approcher les journalistes comme de simples individus ne peut suffire. Les discours médiatiques sont des discours socialement et temporellement ancrés. Ils sont produits par des acteurs sociaux au sein de ces institutions particulières que sont les médias, et destinés à d’autres acteurs sociaux dans un contexte historique donné. Ils véhiculent plus que de l’information : des évaluations, des jugements, des légitimations, un cadrage de questions, une réactualisation de relations. Une analyse seulement conduite, par exemple en termes de fidélité à une réalité extérieure, n’a guère de sens. Les discours médiatiques participent à la construction – ou plus précisément à la coconstruction de la réalité sociale. »674 Si on prend en compte cette remarque, alors on comprend que le transfert de l’information ne peut pas consister simplement dans la seule divulgation des faits. En effet, la divulgation d’un fait a toujours lieu dans un cadre donné et contribue à la création d’un sens par rapport à ce fait même. C’est ainsi que les auteurs donnent l’exemple de José Bové et des OGM. Suite au démontage du restaurant Mc Donald’s de Millau, « les OGM sont peu à peu apparus non pas comme un problème environnemental ou de santé publique, mais comme un symbole de l’hégémonie culturelle américaine, via un nouveau concept, la ‘mal-bouffe’ » C’est ainsi que « Chaque élément ‘reconfigure’ les autres et les médias, qui font partie de notre réalité sociale, sont co-créateurs de sens collectifs. »675 Une autre spécificité des médias est qu’ils font « socialement exister les questions dont ils traitent et leurs discours deviennent une ressource dont disposent la plupart des acteurs sociaux pour penser leur monde. »676 Afin de développer cette analyse pour le cas particulier de la presse écrite, les auteurs ont recours à un concept, le « contrat de lecture » de Eliséo Veron. Ce modèle théorique du fonctionnement social des médias démontre que ce qui diffère entre 2 titres différents de journaux, ce n’est pas simplement leur contenu, mais leur mode d’énonciation : « la notion de contrat de lecture rend compte de la relation entre un média et ses lecteurs, à la fois en termes individuels, via le mode d’adresse adopté, et plus collectifs, via les « visions du monde » proposées. Contrat proposé jour après jour, dans le texte du journal, validé par l’acte d’achat et de lecture, lui aussi régulier dans le temps.» Or ce qui est important, concernant ce contrat, c’est qu’il a lieu dans le temps et qu’il implique constamment les deux parties : « Cette relation entre un média et son public ne se conçoit pas à sens unique : ni d’un côté, un média qui influencerait et manipulerait ses lecteurs, ni de l’autre, un média simple reflet des opinions de ceux-ci. Le média est source d’informations pour son public
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Suzanne de Cheveigné, Daniel Boy et Jean-Christophe Galloux, une démocratie scientifique, Editions Balland, Paris 2002, p.63. 675 Ibid., p.64. 676 Ibid., p.65.

Les biotechnologies en débat, pour

309

propre mais aussi lieu de réaffirmation des valeurs de ce même public ; il est porteur de nouvelles interrogations mais aussi dépositaire d’éléments constitutifs du lien social de son lectorat.»677 Cette remarque est essentielle. En effet, pour ce qui concerne la critique de l’opinion négative sur les PGM, la thèse de Kourilsky est plus que plausible : une bonne partie de ces idées se sont forgées au contact des articles non-respectueux du savoir scientifique et technologique et qui n’a jamais fait la distinction entre risques potentiels et risques avérés. Il y a sans doute là une grande part de vérité. Mais si on prend en compte maintenant le fait qu’il existe des experts qui défendent des opinions anti-PGM, la donne du problème apparaît de manière différente. Il s’agit de comprendre pourquoi les médias se sont faits plus facilement le relais des « avis scientifiques réfractaires à la technologie» (ceux des organisations non-gouvernementales ou des experts qui y sont liés) que des « avis scientifiques supporters ». Or si on prend en compte l’idée de contrat de lecture où l’espace médiatique est, à la fois, source d’information et lieu de réaffirmation de certaines valeurs, on peut supposer que celui qui lie lecteurs et médias sur les PGM a contribué à entretenir la croyance dans certaines valeurs contraires à celles des PGM. Autrement dit, les valeurs défendues par les médias correspondent généralement à celles que soutient l’opinion publique. Elle font l’objet d’un partage en commun. Il n’y aurait pas à proprement parler ‘manipulation’, mais plutôt partage de valeurs. Le public est le garant implicite des énoncés médiatiques ; c’est tout du moins ce que peut laisser croire le débat sur les PGM, puisque les journalistes préfèrent publier des articles qui montent en épingle le risque que des articles qui mettent en valeur les bénéfices. On constate l’existence d’un cercle vicieux. Les journalistes servent au public les sujets qui le concernent ; or ce qui concerne le public français à l’époque, c’est bien plus la sécurité alimentaire que les avancées de l’agronomie. Comme on l’a déjà signalé, les PGM entrent dans les médias et quittent le domaine de l’expertise lorsqu’ils prennent une véritable importance pour la société. Cet acte est motivé d’une part par les journalistes qui y trouvent un sujet, d’autre part par le lecteur qui se sent concerné : il semble plus facile alors de traiter le sujet comme un nouveau problème de sécurité alimentaire. A la suite de la crise de la vache folle, le public attendait des médias qu’ils soient les vigiles de leur sécurité alimentaire. Les PGM se sont présentés à la porte et furent une proie facile à dénoncer. Après cette réflexion, on voudrait maintenant procéder à une analyse plus détaillée de la presse écrite ; on effectuera donc une étude quantitative, puis qualitative. Pour la première, après avoir repris les résultats de certaines études existantes, nous tenterons de
677

Ibid., p.67.

310

compter manuellement le nombre de termes critiques d’une part, et le nombre de termes encourageants d’autre part, à partir des données que nous avons pu recueillir en utilisant les moteurs de recherche de certains journaux représentatifs, sur Internet ; pour ce qui concerne la seconde, nous effectuerons une étude de cas comparative sur la divulgation par les médias de deux épisodes cruciaux des PGM : « l’affaire du monarque » et « la Mise sur le marché du Riz Doré.» On disposera alors d’une image suffisamment détaillée du paysage médiatique pour comprendre comment les journalistes en général ont pu avoir une « certaine influence » sur l’opinion publique et inversement comprendre ce que cette dernière attend des médias. 4.2.2 Lectures quantitatives de la presse écrite Une étude ici est essentielle ; c’est celle qui a été menée au niveau européen par Gaskell & al.678. Ces travaux ont consisté à effectuer une analyse comparative des principaux quotidiens nationaux de chaque pays européens en utilisant une grille de codage. Pour la France, un « Index de la couverture médiatique » du quotidien national le Monde a été proposé dans l’ouvrage commun Les Biotechnologies en débat679. La méthode ici utilisée est celle du logiciel Alceste qui permet plusieurs niveaux de complexité : un premier niveau est celui qui consiste à compter l’occurrence des mots pour déterminer un vocabulaire spécifique des formes grammaticales particulières… Un second niveau permet de rechercher les associations fréquentes de certains mots. Dans le cadre de l’étude qui a été menée en France, les auteurs ont choisi le journal le Monde. Une autre méthode utilisée par les auteurs est celle du « cadrage », mise en place par Gregory Bateson (1977) : « le cadre représente la manière de penser, de catégoriser une application. Il se situe à un niveau logique supérieur à celui des acteurs. » C’est ainsi qu’un même thème peut être abordé dans différents « cadres » : progrès scientifique, perspectives économiques, éthique… Les auteurs ont distingué 3 périodes : avant 1991, la transposition en loi française des directives européennes, une période intermédiaire de 1992 à 1996 et l’ouverture du débat public à partir de 1997. Ils affinent leur recherche en proposant des statistiques selon quatre thèmes (biomédical, agro-alimentaire, recherche, économie), trois cadrages (progrès, économie, éthique, pandore), trois types d’acteurs (scientifiques, affaires, politiques), le
678

John Durant, Martin Bauer, George Gaskell (dir.), Biotechnology in the Public Sphere : A European Sourcebook, Sience Museum, Londres, 1998. 679 Suzanne de Cheveigné, Daniel Boy et Jean-Christophe Galloux, Les biotechnologies en débat, pour une démocratie scientifique.

311

critère risque/bénéfice et le lieu.

-

Ils ont pu constater alors que les biotechnologies agro-alimentaires qui étaient moins présentes que le domaine biomédical dans les 2 premières périodes, devancent ce dernier dans la période qui va de 1997 à 1999 (21% contre 12% des articles). Au niveau des cadrages, la même période voit l’apparition d’un thème comme celui de Pandore (10%) ; l’éthique progresse et passe à 20% et le progrès diminue quasiment de 10 points en passant de 47 à 38%. Les scientifiques, quant à eux, ne sont plus les premiers acteurs sur la période 1997-1999 avec 35%, mais sont talonnés par les politiques (22%) et les affaires (19%) ; Pour ce qui concerne maintenant la balance risques/bénéfices, les articles sur les « bénéfices seuls » ne représentent plus que 32% alors qu’ils représentaient 39% pour la première période, par contre les articles sur le « risque seul » sont passés de 15 à 19%. Quant aux lieux concernés, ils oscillent à quelques pourcents prêts entre la France (43%), l’Europe (24%) et les USA (21%). Comme le commentent les auteurs : « Au fur et à mesure que l’intensité de la couverture médiatique croît, les inquiétudes se précisent. »680

-

-

-

Les auteurs ont pu également constater une croissance des cadrages éthiques qui sont passés de 82 à 98% : « De plus en plus de thèmes a priori non éthiques sont cadrés d’un point de vue éthique - en d’autres termes, l’éthique déborde de son domaine propre ». On notera que dans les années 80, les articles portant sur l’éthique étaient essentiellement des articles médicaux, à la fin des années 1990, ils touchent le clonage, mais aussi l’agroalimentaire : « le maïs n’est plus seulement envisagé comme un progrès scientifique ou sous une perspective économique : il pose aussi un problème d’ordre moral. De plus en plus de sujets sont ainsi analysés : l’institutionnalisation de l’éthique, évoquée précédemment, accompagne un mouvement plus global. »681 Ils en concluent que « Les préoccupations d’ordre moral ont augmenté au cours des 20 dernières années en France et leurs objets se sont diversifiés, s’étendant, en particulier, au domaine de l’alimentation. Apparaît ici un élément que l’on retrouvera dans l’enquête menée auprès du public : les interrogations face aux applications des biotechnologies alimentaires dépassent, et de loin, le simple risque alimentaire ou environnemental. Les spectres de la discrimination et de l’eugénisme ne sont
680 681

Ibid., pp.74. Ibid., pp.76.

312

jamais très loin». Poursuivant leur analyse sur le cas précis des PGM, les auteurs s’attachent au cas du soja génétiquement modifié américain qui a été importé (un soja RR de la firme Monsanto) en 1997, alors que la question de la traçabilité n’a pas été complètement résolue. Ce fait devait être suivi peu de temps après par l’autorisation par la firme Ciba-Geigy (Novartis) d’un maïs génétiquement modifié. Alors que ces importations ont fait grand bruit dans des pays tels que le Danemark ou l’Autriche, dans des pays comme la France, l’Italie et la Grèce, « les premières cargaisons sont arrivées dans une remarquable indifférence médiatique ». Seul le journal Libération a fait exception avec une couverture qui titrait « Alerte au soja fou » et proposait un grand dossier en page intérieur au contenu plus pondéré. Pourtant, le suivi médiatique reste encore faible en France : seulement 13 articles sur 8 quotidiens concernent ce sujet au mois de novembre (au Danemark, on a relevé plus de 200 articles dans les trois mois qui ont suivi). Les auteurs affirment alors que la couverture médiatique va augmenter spontanément peu après 1997 suite au clonage de Dolly : « la brebis servira, en fait, de révélateur, témoignant des potentialités des sciences du vivant. Le débat public sur les biotechnologies depuis lors, ne cessera plus.» 682 En analysant l’ensemble de ces articles à l’aide du logiciel Alceste qui permet de définir des classes de mots ou d’ensembles de mots fréquemment associés, les auteurs ont découvert 8 classes683. Les 2 premières concernent un vocabulaire technique, il s’agit de « procédé » et « d’antibiotique ». Une troisième classe nommée « administration » traite du mode de contrôle et décrit les commissions responsables. Les autres classes concernent « l’arrivée des bateaux », les « actions de Greenpeace », et la réaction des groupes agroalimentaires. Enfin viennent en dernier les classes « Union Européenne » et « Santé », ces deux dernières étant liées avec la loi votée par le Parlement, le 23 avril 1990. Après avoir réalisé cette étude à l’aide de l’informatique, les auteurs sont revenus manuellement sur les articles parus dans différents journaux pour mettre au jour des différences de style. Ils ont pu observer la différence de traitement du sujet entre L e

Parisien, Ouest France (celui-ci fournit une explication peu technique) et la Croix qui fournit
une explication plus technique et décrit les expérimentations effectuées. Le Figaro, lui, n’a pas abordé ces questions au mois de novembre, mais a proposé une interview du ministre allemand de la recherche Jürgen Rüttgers. Libération a donné la parole à tous les protagonistes dont aucune prise de position n’adopte le ton alarmiste de la « Une ». Le

Monde, quant à lui, a offert de brèves explications, mais on pouvait lire tout de même une
682 683

Ibid., p.79. Ibid., pp.80-83.

313

« note grinçante » dans l’édito de Pierre Georges : « on l’a vu récemment : l’agriculture est chose trop sérieuse pour être confiée aux apprentis sorciers »684. La conclusion que tirent les auteurs de ce débat peu passionné est que, même si l’inquiétude publique était déjà présente (ce qui est démontré par l’eurobaromètre), « ces préoccupations étaient encore peu exprimées sur la place publique ; le long processus d’appropriation sociale de la technique n’était pas encore engagé. L’exemple est en tout cas fort intéressant dans le cadre d’une réflexion sur le pouvoir des médias : « une alerte au soja fou », lancée de façon dramatique par un quotidien, ne suffit pas à enflammer l’espace public. Ce qui relativise les capacités de « manipulation », souvent attribuées aux médias. Il faudra attendre l’annonce d’un nouvel événement, perçu comme symbolique : le clonage de la brebis Dolly.»685 On l’aura compris, ces analyses cherchent à confirmer les thèses du contrat de lecture : d’une part, chaque journal traite l’information d’une manière qui lui est propre (densité de l’informations technique, cadrage…), d’autre-part, le média n’influence pas directement le citoyen, mais il contribue à réaffirmer les valeurs de celui-ci. Aussi, à partir du moment où la société n’est pas concernée, le suivi médiatique de l’affaire reste faible. La thèse qui affirme que les biotechnologies sont devenues une affaire publique à la suite de l’impact qu’a eu Dolly, soulève cependant de nombreux problèmes. S’il est bien vrai qu’il n’y a pas d’influence directe, on peut tout de même constater une sorte d’effets à long terme qui semble d’autant plus discret qu’il est causé par une confusion et un amalgame, à la suite d’une accumulation de faits. De même, il serait ici nécessaire d’étudier davantage l’impact d’une action comme celle que Greenpeace a menée. En effet, la simple présence des bateaux de l’ONG n’est pas passée inaperçue. Enfin, on peut s’étonner que les auteurs n’accentuent pas plus leurs remarques sur le titre du journal Libération686. Une autre étude de la couverture médiatique des PGM est proposée dans le rapport du CRIDE687, dans un chapitre intitulé « La controverse dans l’arène publique : analyse lexicale des articles de presse » ; constatant également un changement quantitatif et qualitatif dans le suivi médiatique des PGM, les auteurs détaillent de manière plus précise les commentaires qui sont laissés de côté par l’analyse précédente : « Les actions des associations qui, comme
684 685

Ibid., p.87. Ibid. 686 Il ne suffit pas de dire que l’article était beaucoup plus sérieux que le titre pour faire oublier toutes les peurs que cette phrase qui n’est pas anodine a pu contribuer à renforcer ou à susciter ; surtout qu’avec une telle association, le journaliste capitalise déjà sur une peur antérieure pour fondre un nouvel événement dans un phénomène social déjà existant. 687 Pierre-Benoit Joly, Gérald Assouline, Dominique Kréziak, Juliette Lemarié, Claire Marris, Alexis Roy, INRA Grenoble, Collectif sur les risques, la décision et l’expertise (CRIDE) ; l’innovation controversée : le débat public sur les OGM en France, Rapport, Janvier 2000, p.71.

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Greenpeace, sont sur le sujet depuis de nombreuses années prennent alors du relief. Les journalistes perçoivent qu’elles font échos à des préoccupations diffuses mais très présentes dans la société. Le lien qui est fait entre OGM et vache folle par cette formule lapidaire cristallise ces préoccupations en même temps qu’il permet ‘d’étiqueter’ le problème. Cette formule met en effet en exergue l’impact des OGM sur la santé humaine, non pas sur la base de l’évidence scientifique mais en se référant à un précédent similaire. La puissance de la formule tient à sa capacité à faire le lien entre les OGM, problème nouveau et méconnu et un précédent qui a été au cœur d’une expérience collective, la crise de la vache folle ; la formule permet d’en dire long en très peu de mots ». Ici aussi, les auteurs constatent que le traitement de l’information fluctue en fonction de l’intérêt que lui porte les journalistes : la présence du sujet se renforce au fur et à mesure que les liens se tissent avec ce que les auteurs nomment l’arène publique, autrement dit, au fur et à mesure que les PGM passent de l’état de problème technoscientifique à celui de sociotechnique. En fait, il a fallu peu d’affaires pour qu’émergent les notions de traçabilité et d’étiquetage. S’il semble clair que l’on ne peut imputer aux seuls journalistes la responsabilité de la désinformation ou de la mauvaise information communiquée au public - alors qu’ils ont été les relais actifs de phénomènes de société et qu’ils ont sélectionné l’information dont ils pensaient qu’elle intéresserait le lecteur688 - il n’en reste pas moins que cette sélection et cette présentation de l’information a joué un rôle fondamental dans la perception des PGM. Les mots, les titres et les métaphores choisis restent une source d’influence très puissante. Il est donc nécessaire de préciser quelle est la part exacte jouée par ce que l’on peut appeler le jugement de valeur implicite que représente chaque texte et d’essayer de trouver un critère qui nous donne le caractère encourageant et le caractère critique de celui-ci par rapport à la transgenèse végétale. Nous procéderons à une étude quantitative sur trois quotidiens nationaux (Le Monde, Libération, Le Figaro) et un quotidien régional (les DNA). Puis, à une étude qualitative en nous penchant sur les cas du papillon monarque et du Golden Rice.

Etudes quantitatives des thématiques généralement associées aux PGM
Si, comme nous venons de le voir, nous ne pouvons prêter aux médias le rôle de manipulateurs en ce sens qu’ils influenceraient volontairement et avec un fort parti pris le public dans un sens plutôt que dans l’autre, on doit bien reconnaître que le message médiatique véhicule au travers des mots un jugement de valeur implicite. Message qui peut
688

Ainsi, les journalistes rattacheront plus facilement les PGM à la thématique du risque alimentaire qu’à celle de la nouvelle révolution verte.

315

être exigé par un contrat de lecture, et qui est une réaffirmation de certaines valeurs que le public partage en commun avec le journaliste, ou tout du moins desquelles il est demandeur, ces dernières s’étant créées au fil de l’histoire. Il semble donc essentiel de donner un contenu à ce message. Pour voir de quelle manière le thème des PGM a été relayé par la presse quotidienne française, nous avons établi une liste de mots qui nous ont paru significatifs. Nous avons effectué ce travail de manière intuitive à la suite de nos nombreuses lectures portant sur le sujet, aussi, cette liste peut être considérée comme suffisamment représentative, et ce, même si elle n’atteint pas l’exhaustivité, ce qui n’était pas ici notre objectif ; puis, nous avons effectué une recherche booléenne dans 4 journaux - journaux que nous avons également considéré comme représentatifs du panel de la presse quotidienne nationale et régionale afin de déterminer le nombre d’articles qui associaient « OGM » et chacun des mots de cette liste. Cette étude comparative a été réalisée à partir des moteurs de recherche des archives consultables sur Internet des journaux Le Monde, Libération , Le Figaro et les Dernières Nouvelles d’Alsace. Ce travail permet de donner un ordre d’idées des thématiques généralement associées aux PGM et est une version simplifiée des études précédemment évoquées (en effet, nous n’avons pas pu réaliser de pourcentage et nous n’avons pas compté le nombre d’occurrences du même mot dans un seul et même article). Aussi, un travail intéressant consisterait à revenir sur chaque texte concerné pour étudier si l’usage qui est fait du terme va dans le sens de la promotion ou d’une mise en garde à l’égard de la technologie ; par exemple, comme nous le verrons le terme « risque » revient plus souvent que celui de « bénéfice », on objectera alors à notre méthode qu’il se peut très bien que l’on ait des textes qui affirment que les PGM apportent plus de bénéfices que de risques. Cependant, nous posons que les mots à eux seuls suffisent à inscrire le thème dans un champ sémantique donné et évoquent spontanément la problématique dont il s’agit. Ainsi, parler de risque par rapport à une technologie, même si c’est pour dire qu’elle est moins risquée qu’une autre, c’est déjà évoquer le fait qu’il y a risque. Aussi, la méthode que nous proposons ici n’a pas d’autres objectifs que de passer en revue la fréquence de certaines thématiques associées aux PGM
689

.

689

D’autres études plus précises ont été réalisées au niveau européen, aussi, notre seul objectif ici est de constituer un corpus d’informations pour appuyer notre réflexion sur les médias. On nous objectera la faiblesse de cette méthode au travers de son caractère subjectif. Aussi, si le nombre d’occurrences des mots pris les uns après les autres ne veulent pas dire grand chose, on doit cependant reconnaître la possibilité de donner une interprétation lorsqu’on les compare entre eux. C’est le cas, par exemple, quand l’on compare le nombre d’occurrences des mots risque, danger et bénéfices.

316

Nombre des articles contenant le terme « OGM »
PQR nationale et régionale Thématiques associées Aux
OGM_ 965_ 723_ 612_ 293_ 2593_

Le Monde au 30

Le Figaro

Libération 30

de Les DNA de Novembre Total 1997 au 30 avril 2003 _ avril _

De Janvier 1990 De Novembre 1997 Novembre 1997 avril au 30 avril 2003 Au 2003_ 2003_

Les 10 thèmes clés en présence du mot OGM
Le Monde
965 Le risque 234

Le Figaro
723 201 152 142 129 153 76 82 87 61

Libération Les DNA Total
612 182 90 105 108 91 94 94 74 75 293 80 91 64 29 22 111 58 16 47 2593 697 461 444 424 422 399 353 314 313

Vache-folle 128 José Bové Américains Nature 133 158 156

Conférence 118 Etiquetage Monsanto Moratoire 119 137 130

On constatera d’emblée que le nombre des articles associant des thématiques, a priori critiques aux PGM est beaucoup plus important que celui des articles associant des thématiques que l’on peut considérer comme a priori encourageantes. Ainsi, c’est le cas, bien évidemment, pour le thème « risque » qui se trouve ici en plus grand nombre que le thème « bénéfice ». - « Risque » : mot le plus fréquemment associé aux PGM Si le fait que « risque » soit le thème le plus fréquemment associé aux PGM, cela n’a, à vrai dire, rien de surprenant. On remarquera l’absence d’un thème tel que « bénéfices » (seulement 91 occurrences au total) à ses côtés. En effet, on se rappellera que dans le corpus scientifique que nous avions étudié, le couple « risques-bénéfices » faisait toujours l’objet d’une étude commune, et ce, même chez les experts les plus critiques tels que Benbrook. Ceci est d’autant plus surprenant que même un thème comme « danger », avec un total de 250 occurrences passe encore avant. Alors que, comme on l’a vu, le terme

317

danger ne peut s’appliquer que lorsque le risque n’est pas potentiel mais avéré. On doit donc penser que si le terme « danger » est employé, c’est que la perception de celui-ci est forte. Les termes évoquant des thématiques, a priori critiques
Le Monde
965 Risque Risques Danger Dangers 234 202 72 41

Le Figaro
723 201 180 78 40 7

Libération Les DNA Total
612 182 143 63 29 10 293 80 118 37 19 3 2593 697 643 250 139 25

Inconvénient 5

Et a priori encourageants
Progrès 110 81 61 48 300 32 15 8 32 15 6 91 88

Bénéfices 36 Avantage 35

On remarquera le nombre important d’articles associant PGM à « progrès ». Bien évidemment, le fait que nous ne revenions pas sur les textes nous empêche d’affirmer que le mot « risque » est toujours employé pour affirmer qu’il y a plus de risques que de bénéfices, de même on pourrait très bien penser que certains articles utilisent le mot pour affirmer en substance que « les PGM ne peuvent pas être à l’origine d’un grand risque », ou encore « que cette technologie n’est pas en soi un grand progrès. » Mais telle n’est pas ici notre objectif. Cette étude purement quantitative sera complétée plus loin par une étude qualitative. Il est évident que si la plupart des articles sur les PGM traitent des risques, même pour dire que ceux-ci restent encore à évaluer, alors le lecteur finira par penser de manière systématique que PGM=risque. De même pour « danger(s) ». Et si en additionnant les occurrences des 3 mots a priori critiques on trouve un nombre 2 fois supérieur (soit 992) à celui des occurrences des 3 mots a priori encourageants (soit, 479) on a une idée globale du traitement de l’information par les médias. Or il est clair que cet écart ne reflète pas l’analyse scientifique du risque. Doit-on penser que cet écart est dû à une certaine partialité, provoquée par la volonté de faire sensation (les articles qui parlent de catastrophe remportent toujours un plus grand succès que ceux qui parlent de succès) ou doit-on penser que, de par le contrat de lecture qui les lie à leur public, les journalistes estiment qu’il est

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plus important de relayer la thématique du risque que celle du bénéfice ?

- Editorial et articles de société : l’amalgame trompeur
On a pu constater qu’un nombre incroyable d’articles associent « vache-folle » et « OGM ». Comme on l’a vu, rien ne permet de rapprocher les deux faits, ni du point de vue de la technologie, ni de l’estimation des risques. En effet, concernant le cas de la vache-folle, comme on sait, les dommages causés l’ont été par la mauvaise application de certaines règles de sécurité (les farines animales qui sont à l’origine de l’ESB, n’ont pas été chauffées suffisamment). En ce qui concerne maintenant l’estimation des risques, comme l’a montré Philippe Kourilsky, on a confondu risque avéré et risque potentiel. Dans le cas de la vache folle, les études effectuées ont démontré le danger qu’il y avait de manger de la viande de bœuf, nourri aux farines animales. Dans le cas des PGM, le risque reste potentiel. Comment expliquer alors, ces nombreuses occurrences du rapprochement entre ces deux thématiques ? On sait, la plupart du temps, qu’elles ont toujours eu lieu de la même manière. Il s’agit d’une énumération qui met sur le même niveau différentes crises alimentaires, telles que la listéria, le coca-cola et le poulet belge, le veau aux hormones… La question que l’on est en droit de se poser, c’est : pourquoi les journalistes ont propagé l’amalgame ? Quelles raisons avaient-ils de lier ainsi ces phénomènes distincts entre eux alors que d’un côté on a constaté les conséquences de la non-application de certains protocoles de sécurité dans le développement de la crise, pendant que de l’autre, le principe de précaution a pu être appliqué ? Effet éditorial : Amalgame PGM/crises alimentaires/autres crises
Le Monde
965 Vache-folle Nucléaire Pollution 128 64 60

Le Figaro
723 152 50 51 17 29 20

Libération Les DNA Total
612 90 38 37 19 5 6 293 91 22 34 4 3 6 2593 461 174 129 64 53 46

Sang contaminé 24 Scandale Listéria 16 14

On expliquera la présence de toutes ces thématiques aux côtés des PGM, par ce que l’on appelle un « effet éditorial ». En effet, dans le cadre d’articles généralistes qui ne portent pas essentiellement sur les PGM, mais sur une thématique plus générale de société ou les billets d’humeur, les journalistes font souvent des énumérations afin de mettre le lecteur en

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situation. On peut comprendre et accepter le souci qu’ont les médias de vouloir devancer la crise et se faire l’expression d’une véritable peur du public qui vient d’être secoué par de nombreux scandales ; on peut cependant difficilement accepter le traitement disproportionné des thématiques liées à la crise par rapport à celles qui ne concernent le progrès, et ce, y compris dans les titres. On sait que de nombreux facteurs ont contribué à cette situation : le manque de communication et les maladresses des scientifiques et des industriels, l’incompréhension et les craintes (justifiées et injustifiées du grand public), le caractère indécis des prises de position des hommes politiques et des textes de lois, l’absence d’informations à 100% fiables (si tant est que celles-ci puissent exister), le contexte des autres crises alimentaires et surtout, la stratégie de communication agressive des organisations écologiques et des différents groupes de pression… Tous ces éléments ont contribué à faire la forme et le fond du discours sur les PGM. Reste que, sans ce discours aux accents alarmistes, on se demande bien où le public aurait pu avoir une expérience négatives des biotechnologies alimentaires ?

- Activisme Anti-PGM : le feuilleton médiatique Le troisième élément qui vient appuyer notre hypothèse est le grand nombre d’articles relatant les faits causés par les activistes. En effet, on constate que « José Bové » arrive en 3ème position sur la liste des « occurrences ». Mais, on en trouve d’autres à ses côtés. Activistes anti-OGM et des thèmes en rapport avec les actions menées
Le Monde
965 José Bové Greenpeace Procès Arrachage 133 97 60 44

Le Figaro
723 142 66 80 27 109 315

Libération Les DNA Total
612 105 81 50 30 106 266 293 64 21 20 12 39 117 2593 444 265 210 113 346 1032

Mondialisation 102 Total 334

Comme on peut le constater, les actions menées par ces associations syndicales et par des mouvements écologistes sont plus facilement relayées par les médias. On notera ici, que, bien souvent, le nom « José Bové » se trouve fréquemment dans le même article aux côtés des mots « procès » et « arrachage ». Le fait que, presque 14% de la somme totale

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des articles sur les PGM parus dans un quotidien tel que, Le Monde parlent de José Bové, démontre la grande politisation du débat. Sur l’ensemble des articles des quotidiens évoqués, c’est plus de 17% de la somme totale, avec un pic à 22% pour les DNA. On peut supposer que ce nombre important a pour origine l’arrachage de champs de PGM où ont lieu ces essais. Ce thème sera traité comme un véritable feuilleton. Certains de ces articles peuvent aussi parler de l’autre affaire qui lie José Bové à la justice en raison de la démolition d’un restaurant Mc Donald’s à Millau et effectuer un bref rappel sur les PGM. On trouve également quelques articles de fonds et même des papiers signés de la main du porte-parole de la Confédération Paysanne. Quant à l’association écologique Greenpeace, elle s’est également fait remarquer par les médias grâce aux actions qui ont été menées au travers le monde pour protester contre les PGM ainsi que par sa forte culture du dossier et du communiqué de presse: protestation contre les premiers arrivages de soja génétiquement modifié en Europe, arrachage d’essais sur les PGM, papillon monarque, actions menées contre les supermarchés… Ces répétitions fréquentes d’actions et de mise en scène contribuent à former un « événement spectaculaire » au sein de la thématique PGM qui peut captiver l’intérêt du public. On a donc à faire à un feuilleton qui n’a pas manqué de captiver l’opinion. On peut même penser que la politisation du débat a occulté la thématique du risque sanitaire et environnemental. Car, très souvent, la lutte anti-PGM s’inscrit dans une lutte globale contre la mondialisation et les multinationales qui sont des acteurs majeurs de la technologie.

- Vocabulaire à forte connotation péjorative : les raccourcis de pensée
Avec le traitement de l’information des PGM, on a pu voir apparaître dans les médias de nombreux termes qui qualifient la technologie d’une manière péjorative. Ce vocabulaire a été le plus souvent inventé par les journalistes eux-mêmes, voire, les activistes anti-PGM. Vocabulaire à forte connotation péjorative
Le Monde Le Figaro Libération Les DNA Total
Mal-bouffe Franken-food/Frankenstein Apprentis sorciers/Docteur Folamour Bricolage Multinationales 4 1/7 1/4 3 85 5 50 11 1/11 6 1/15 8 1 67 21 2 4 5 19 42 38 17 14 221

On notera le succès de termes tels que « Mal-bouffe », que José Bové s’est approprié, et de

321

la « nourriture Frankenstein » ou « Frankenfood ». Même si les occurrences sont faibles (tout du moins dans les quotidiens étudiés), le retentissement n’en est pas moins important. Ces termes auront un certain succès. On notera, par exemple, la forte proportion de son usage dans les DNA : 21 articles sur les 293 qui parlent des PGM emploient le terme « malbouffe », soit un peu plus de 7%. Ce qui est, peu en soi, mais beaucoup comparé au journal

Le Monde (0,4% seulement). On peut sans doute imputer cette différence aux intérêts du
lectorat des deux journaux. On a pris le parti d’inclure le terme « multinationales » dans le vocabulaire péjoratif, étant donné que, très souvent, ce mot est employé de manière critique. En effet, le mot « multinationales » est utilisé pour représenter le capitalisme aveugle et avide. La personnalisation du mal contre lequel lutte les activistes690.

- Evocation des sentiments négatifs à l’égard des PGM : la peur alimente la peur C’est bien connu, « la peur engendre la peur » et on peut s’interroger sur l’impact d’un titre tel que « Faut-il avoir peur des OGM », sur l’esprit d’un public a priori ignorant des principes de la technologie. Pour mieux se représenter, il suffit de transposer au monde automobile : qui voudrait d’un nouveau véhicule si des journaux titraient « Faut-il avoir peur de la nouvelle Renault ? » Enfin, on remarquera un emploi important des termes « Polémique » et « Controverse », avec respectivement des totaux de 132 et 59 articles sur les 4 journaux. On nous objectera ici que les médias font état du sentiment de peur qui anime les citoyens. C’est là que l’on s’aperçoit qu’il y a un véritable cercle vicieux au cœur du rapport qui lie les médias et l’opinion : comment le public aurait-il pu avoir peur des PGM si on ne lui avait pas dit qu’il pouvait avoir peur. Sentiments négatifs par rapport aux PGM
Peur 48 62 55 31 166 7 3 32 25 95 Angoisse 14 8 Doute Craintes 5 7

10 3

39 19 31 6

- Information sur les producteurs de PGM : publicité ou dénonciation ? Qu’en est-il maintenant du vocabulaire que l’on peut qualifier « d’encourageant », en ce sens

690

Fons, Christian, OGM : Ordre Génétique Mondial, l'Esprit frappeur 2001

322

que, celui-ci n’associe pas systématiquement les PGM à une valeur négative, mais renvoie généralement à une information sur la technologie et sa valeur ajoutée ? Tout d’abord, on trouve de nombreuses occurrences pour les acteurs qui sont à l’origine de la technologie. On ne sera pas surpris de trouver un grand nombre d’articles avec le mot « américains » étant donné qu’ils sont les leaders (il serait cependant intéressant de mener une étude pour voir quelle proportion de ces textes sont teintés d’anti-américanisme, sentiment fort répandu au cœur du débat). Quant aux nombreuses citations de la société « Monsanto », elles sont dues sans doute à la position de leader de l’industriel sur ce secteur d’activité, mais aussi au fait qu’il est une des cibles préférées de Greenpeace. De nombreux articles relatent, par conséquent, les actions de l’organisation écologiste contre cette société américaine : il s’agit d’un point de la plus haute importance que nous traiterons en détail un peu plus loin dans ce travail. Acteurs des biotechnologies agro-alimentaires (principales cibles des activistes)
Le Monde Le Figaro Libération Les DNA Total
Américains 158 Monsanto Syngenta/ Novartis Dupont 37 17 9 3 66 137 24/101 129 87 10/62 108 74 1/35 29 16 3/23 424 314 203

- Valeur ajoutée des PGM : une présence en demi-teinte
Etant donné que nous ne connaissons pas le contexte dans lequel ces termes sont utilisés, le nombre de leurs occurrences en présence d’« OGM » n’a de valeur que comparé à celui du nombre d’occurrences des termes qui renvoient a priori à une valeur critique. On constatera, par exemple, que le terme de « technologie » est employé plus fréquemment que celui de « bricolage ». On remarquera surtout une faible occurrence des termes tels que « Tiersmonde » ou « PVD ». Ceci est surprenant du fait que les protagonistes des biotechnologies agro-alimentaires en ont fait un argument capital pour la promotion des PGM. Valeur ajoutée des PGM
Technologie (par opposition ici à bricolage) Bt Amélioration/sélection Révolution verte Espoir Tiers-monde/PVD/Petits-Agriculteurs Solutions 77 34 41/32 11 32 41 29 31 1 19 48 10 18 6 184 79 173 19 104

16/19 20/14 6 30 1 23

30/1/6 33/1/3 28 56 51 57

18/0/4 124 17 181

323

- Statut public et juridique des PGM : la nouvelle problématique
On a remarqué une très forte présence des termes qui appartiennent au débat préalable à l’éventuelle mise sur le marché européen, des PGM et à la problématique juridique. Comme il a été démontré par les études que nous avons vues précédemment, le nombre important d’occurrences du terme « conférence » est à mettre en rapport avec la fameuse « Conférence des citoyens » (voire étude du CRIDE plus haut). Débat sur les PGM et problématiques juridiques
Conférence 118 76 94 111 399 Etiquetage Moratoire Traçabilité 119 82 94 58 130 61 75 47 87 72 39 66 353 313 264

Pour ce qui concerne l’« Etiquetage » et la « Traçabilité », on constate sans surprise qu’il s’agit là de thèmes fort discutés et qui concernent au plus haut lieu, aussi bien l’opinion publique au travers des associations de consommateurs, que les instances juridiques gouvernementales et européennes. On se reportera aux études menées par Alexis Roy, pour voir comment on est passé d’un « débat sur le risque », confiné entre experts membres de la CGB à un « débat sur la possibilité de mettre les PGM sur le marché » ouvert, cette fois ci, au public691. La prise de décision d’établir un « moratoire sur les nouvelles autorisations d’importation et de culture des PGM » est une mesure à la fois gouvernementale et européenne. Celle-ci est souvent discutée. On constate que les journalistes ont suffisamment relayé ces problématiques. Aussi, il serait intéressant de voir à partir de quelle date ces articles deviennent de plus en plus présents dans la presse. On comprend alors que les 3 principaux traitements de l’information sur les PGM par la presse restent la perception du risque, les actions des militants anti-OGM et enfin, les interprétations juridiques du principe de précaution. Au regard de cela, le traitement de la « technologie » et de ses avantages potentiels reste relativement faible par rapport aux autres thèmes qui sont abordés. En fait on pourrait presque dire que, à la suite de la « conférence des citoyens » et au « moratoire », la « traçabilité » et « l’étiquetage » sont devenues les deux nouvelles problématiques essentielles et ont fait passer au second plan l’estimation du risque.

691

Alexis Roy, Les experts face au risque : le cas des plantes transgéniques, PUF, 2001

324

Débat philosophique sur les PGM : la « nature » en question
Enfin, on remarquera un nombre très important d’occurrences d’articles employant le mot « nature » : 422 articles en tout sur l’ensemble des 4 journaux. Ce qui place le thème en 5ème position de tous le