La religion peut se définir comme étant la croyance en l'existence de forces surnaturelles transcendantes ou immanentes au monde qui en seraient à l'origine

et en auraient défini l'ordre in illo tempore, lors de la fondation du monde, dont la modalité temporelle se distinguerait de celle du devenir humain. Cette croyance est susceptible d'affecter l'organisation de la société elle-m me. !lle était en effet dans les sociétés prémodernes l'un des modes principaux de "ustification et de légitimation de la détention du pouvoir, ainsi que de définition des normes et valeurs sociales. C'est en ce sens que #ircea !liade affirme par exemple que la religion fournirait, par le biais des mythes qu'elle véhicule, $ les mod%les exemplaires de tous les rites et de toutes les activités humaines significatives& aussi bien l'alimentation ou le mariage que le travail, l'éducation, l'art ou la sagesse '. Les croyances religieuses avaient donc à l'origine une influence importante sur l'ordre et les normes sociales, et donc sur la politique puisque celle-ci se manifeste par l'imposition de normes. La religion semble dont se placer d'emblée en opposition avec la philosophie d%s lors que celle-ci se présente au contraire comme une volonté d'établir des normes de vérité et de "ustice qui soient fondés en raison, par une démonstration ou une argumentation, et non sur une simple croyance sans questionnement. !st-il possible de surmonter cette opposition apparente( )e quel ordre doivent- tre les rapports entre raison et loi révélée( *'opposentelles, sont-elles indépendantes, ou peuvent-elles s'associer( C! sont ces th%mes qui sont communs à *pino+a et à ,verro%s- l'un comme l'autre se sont prononcés sur cette question,verro%s notamment dans le )iscours décisif, et *pino+a dans le .raité théologico-politique. C'est en vertu de cette proximité, de cet enracinement dans un questionnement semblable qu'il est légitime de vouloir les comparer. .outefois, le principe de cette comparaison se heurte à la distance spatio-temporelle qui les sépare& comment comparer des auteurs ayant écrit en des temps tr%s éloignés /011 ans2, et dans des contextes culturels particuli%rement différents( 3ous pensons que #o4se #a4monide peut servir d'intermédiaire utile à cette

ndalousie du =e-=:e si%cle L'. les raisons de l'opposition de *pino+a à #a4monide.et enfin.. se prononce précisément sur ce probl%me des rapports entre loi et révélation lorsqu'il tente d'offrir à ceux qui sont écartelés entre raison et révélation des principes méthodologiques d'usage de la raison dans l'interprétation des !critures.verro%s et #a4monide puisque tous deux reconnaissent d'abord la possibilité d'une conciliation entre 8aison et 8eligion du fait de leur caract%re universel.ensuite parce que #a6monide a lu . !n fait. dans la mesure o5 il a écrit au m me moment et a vécu aussi en .c'est-à-dire qu'on se limiterait à admettre son existence osants pour autant reconnaitre sa proximité d'avec nous-m mes. :. les recoupements et oppositions qu'on peut distinguer che+ *pino+a et .verro%s de l'interprétation des !critures et celle de #a4monide.comparaison. . qui admettrait l'existence de ?l'autre? comme tel . !nfin.outefois il ne faut pas caractériser ce contexte comme relevant d'une ?tolérance?. 8apports entre .les deux doctrines peuvent tre comparées. !nsuite. dans cette .verro%s et #a4monide . qui transcende les limites religieuses. !st-ce pour autant que les conceptions averro4ste et spino+iste des rapports entre 8aison et révélation peuvent tre opposées terme à terme( C'est sur cette question que nous nous prononcerons en examinant dans un premier temps les proximités qui existent entre la théorie d'.ndalousie. )'ailleurs. sans une telle reconnaissance du caract%re universel de la science un dialogue philosophique entre philosophes de confession différente serait impossible. de mani%re à ce qu'ils puissent interpréter celles-ci conformément à la 8aison tout en respectant leur sens profond.ndalousie du =e-=:e se caracterise par un contexte propice au dialogue philosophique et à l'émergence de doctrines pr>nant la réconciliation entre raison et religion. et cite m me des théologiens musulmans. dans la mesure o5 #a6monide.verro%s.ndalousie le contexte intellectuel se caracterise plut>t par la reconnaissance du caract%re universel de la science.raité théologico-politique se positionne précisément contre #a4monide sur la question de l'interprétation rationnelle des !critures. ce qui implique dans une . 9r l'on peut penser que ce contexte n'est pas sans influencer . 9r *pino+a dans le . dans le 7uide des perplexes. <n contexte propice & l'. comme .verro%s sur la question des rapports entre 8aison et 8evelation.hilosophie et Loi che+ .verro%s et s'en sert comme instrument de conceptualisation. o5 les individus d'une m me confession vivent dans leurs propres quartiers et selon leurs propres r%gles. l'existence de cette ?convivance? se déroule dans un cadre communautaire.

de m me. 9ppositions et recoupements entre *pino+a et .verro%s va établir en droit le droit d'interpréter et surtout . ce sont les dogmes.che+ .verro%s à parvenir à la connaissance de l'artisan par le biais de la connaissance des !tants qu'il a fabriqués.verro%s s'appuie notamment sur des citations du début du Coran. La nécessaire intrication entre 8aison et 8évélation .verro%s l'interprétation des textes religieux ne doit "amais se faire au détriment des dogmes principaux de la religion.verro%s sur la question des rapports entre .hilosophie et de la .nselme. ette dernière opinion est celle d'!verroès.hilosophie et .exte révélé affirme comme vérité dogmatique. Ce dont l'intégrité doit tre protégée avant tout. cela renverrait aux porteurs du savoir. La premi%re che+ .certaine mesure un dialogue interreligieux.ant che+ #a4monide dans le Guide des Egarés que che+ . qui est la connaissance de )ieu. alors que d'autres exégètes estiment que le syntagme "les gens enracinés dans la science" est relié à Dieu. Le lieu principal o5 cette conciliation doit tre effectuée.verro%s dans le Discours décisif l'affirmation d'un lien entre 8aison et révélation s'accompagne de la recherche d'un moyen pour éviter que . @. c'est-à-dire les philosophes. concernant la licéité de l'acte d'interprétation des passages ambigus : certains exég%tes estiment que seul )ieu connait la lecture des passages ambigus. .hilosophie et religion ne se contredisent. . C.héologie. Fide quaerens Intelligens. 9n peut donc dire attribuer à ces deux auteurs de par leur volonté partagée de concilier 8aison et Loi révélée qu'ils adoptent le précepte cél%bre de *aint-. autrement il s'agirait de ce qu'il appelle une "innovation blAmable?.hilosophie et loi.héologie visent la m me chose. de l'existence des principes de l':slam. #a4monide montre lui que la 8aison est nécessaire afin de comprendre à fond les enseignements de l'!criture. che+ #a4monide. 8aison et interprétation des !critures . Cette nécessaire connexion entre 8eligion et 8aison se comprend également che+ ces deux auteurs comme relevant du but commun de la .ant #a4monide qu'. c'est l'herméneutique du texte sacré lui-m me & il faut éviter que ce à quoi la raison peut parvenir seule par la démonstration ne contredise ce que le . C'est là l'idée à partir de laquelle .verro%s affirment que la Loi révélée exige l'usage de la 8aison.

si "amais le texte revelé lui permet de fortifier ce sentiment de vérité.car le terme conciliation renvoie plut>t à l'idée d'harmoniser des passages a priori contradictoires ou qui entrent en conflit les uns avec les autres. L'ob"ectif de l'interprétation d'apr%s . "e donné rationnel se trouve en #ait appuyé par le donné textuel ou revélé. )ans certains cas. . on va y adhérer par des arguments ?poétiques?. du thr>ne sur . pour la foule. "a masse. afin de saisir l'intelligence globale qui préside à l'élaboration de l'ensemble des énoncés/ qu. o5 il faut accomplir à une forme de ?va et vient?. L'interprétation est limitée par .verro%s pr>ne le retour à une table rase concernant le champ du savoir religieux. L'ob"ectif de l'interprétation n'est pas de découvrir une nouvelle ou autre vérité qui serait cachée dans les méandres du texte. ensuite il y a le sens caché qui lui doit *tre recherché. mais le texte lui-m me. CD 'est dans cette partie là du texte que l'on va chercher le dou$le niveau du langage' apparent (destiné à la masse). Le texte d'. C'est une lecture o5 sont convoqués tous les passages abordant un th%me. p. car elle ne peut pas dépasser le niveau de la lecture littérale. .verro%s n'utilise pas le terme conciliation .verro%s appelle à prendre le texte coranique comme un discours. un purification de ce champ. poursuivi par le philosophe. car la masse a une destination allégorique.il s'intéresse plut>t au type de représentations que peut générer un texte donné. Fe limitation & distinction entre ce qui est interprétable et ce qui ne l'est pas.verro%s n'est donc pas la distinction entre +ahir et batin ch%re aux soufis.verro%s s'en tient à cette r%gle. mais simplement de dédoubler l'assentiment. Ce que vise . cela peut tre pousser à renoncer à la foi en )ieu etc. cf.verro%s de deux mani%res& elle est d'abord limitée par l'usage linguistique propre à la langue arabe. Sur la justification de l'e istence de passages ambigus: le texte coranique contient également des passages ambigus. %our !verroès l'interprétation des passages am$igus permet au philosophe de con#irmer les résultats de la recherche philosophique par un donné textuel. . EFE Fasl' !l "aqal #'interprétation des passages ambigus permet au p$ilosop$e d'unir la connaissance rationnelle et la connaissance te tuelle %transmise&. quand elle est #ace à des allégories ou exemples. lorsque le philosophe dans sa recherche scientifique découvre des vérités et qu'il y adhere. cela lui permet d' tre dans l'union du donné rationnel avec le donné textuel ou révélé. Buelle peut tre la finalité de ces passages( %ourquoi Dieu a-t-il révélé des versets porteurs de doute & C'est cette partie là qui est concernée par l'opposition entre le sens apparent et le sens caché. elle tom$e dans la perplexité.l'obligation de ne pas interpréter. c'est-à-dire l'usage tropologique ou usage des métaphores.verro%s est que. Ce ne sont pas les différentes interprétations qui sont reprises ou bien répétées. .verro%s résout cette question en affirmant que les passages ambigus sont ceux qui contiennent des exemples etGou des paraboles. Ce à quoi on a adhéré par des arguments démonstratifs.

F.l'eau . il a pu attirer l'attention sur l'épaisseur sémantique de certains énoncés.de m me. Cette nécessaire connexion entre 8eligion et 8aison se comprend également che+ ces deux auteurs comme relevant du but commun de la .hilosophie et religion ne se contredisent.héologie.verro%s dans le Discours décisif l'affirmation d'un lien entre 8aison et révélation s'accompagne de la recherche d'un moyen pour éviter que .hilosophie et de la . Che+ .ant che+ #a4monide dans le Guide des Egarés que che+ . 2 'à partir du retour au sens apparent du texte.verro%s s'appuie notamment sur des citations du début du Coran. ::.hilosophie et . onnexion contre séparation E. Le lieu principal o5 cette conciliation doit tre effectuée.verro%s affirment que la Loi révélée exige l'usage de la 8aison. che+ #a4monide. 9n peut donc dire attribuer à ces deux auteurs de par leur volonté partagée de concilier 8aison et Loi révélée qu'ils adoptent le précepte cél%bre de *aint-.verro%s d'amener les destinataires du texte à adhérer par les méthodes communes.exte .héologie visent la m me chose. c'est l'herméneutique du texte sacré lui-m me & il faut éviter que ce à quoi la raison peut parvenir seule par la démonstration ne contredise ce que le .verro%s à parvenir à la connaissance de l'artisan par le biais de la connaissance des !tants qu'il a fabriqués. .verro%s.ant #a4monide qu'. La premi%re che+ . qui contredisent les élaborations des théologiens. qui est la connaissance de )ieu. )es positions opposées sur la question des rapports entre 8aison et 8évélation !.qu. La séparation de l'ob"et de la 8aison et de la Loi révélée par *pino+a.8aison et !critures ne sont conciliables que dans le domaine restreint de la morale et de l'éthique. de la fumée etc. respectueuses du sens premier du texte /sans pour autant qu'on soit dans le litteralisme2. Fide quaerens Intelligens.nselme. . l'interconnexion nécessaire entre 8aison et 8évélation & leurs buts seraient identiques . et en laissant de coté l'ensemble des interprétations. #a4monide montre lui que la 8aison est nécessaire afin de comprendre à fond les enseignements de l'!criture. . L'ob"ectif final serait pour .

celle qui a les moyens intellectuels de mettre en oeuvre . )es démarches comparables de par les ob"ectifs et valeurs politiques qui les sous-tendent !. dont elles garantissent le fonctionnement. autrement il s'agirait de ce qu'il appelle une "innovation blAmable?. ce sont les dogmes.critures E. ces !critures *aintes n'en lient pas moins tous les individus. )e m me che+ *pino+a les !critures rel%vent d'un contenu purement normatif . il faut l'interpréter. La défense des !critures par . Critique interne du texte des !critures et nécessité d'accorder le mode d'interprétation des textes sacrés à leur but affiché ::. "a conséquence ' des modes opposés d'interprétation des . elles n'ont sens que dans l'!tat.verro%s a pour but de garantir aux philosophes leur liberté de pensée. La mise en avant par . F.critures E. dans un cadre o5 les philosophes eux-m mes font l'ob"et de diverses attaques du fait que leurs affirmations seraient contraires aux !critures.verro%s de la possibilité d'une interprétation rationnelle des !critures & cette interprétation implique que dans le cas o5 le sens obvie s'oppose à la raison. +.verro%s l'interprétation des textes religieux ne doit "amais se faire au détriment des dogmes principaux de la religion.elles garantissent la pérennité de la société et pour cela tous doivent tre soumis aux impératifs normatifs qu'elles impliquent. bien que l'on puisse interpréter diversement les !critures *aintes en fonction du statut dont on dispose. de l'existence des principes de l':slam. Che+ .révélé affirme comme vérité dogmatique. F. "a dé#ense de la libertas philosophandi E.che+ .à ce titre. le r-le social des .verro%s. Ce dont l'intégrité doit tre protégée avant tout. dans la mesure du possible. +. Cette liberté de philosopher ne nuirait pas à l'intégrité des !critures et de l'ordre social puisqu'elle ne serait "amais garantie que pour une partie minime de la population.

:l en découle que pour . Les conditions de compréhension du texte demeurent en grande partie à l'intérieur du texte et non pas à l'extérieur. 9r che+ *pino+a les !critures deviennent un discours dont les conditions de compréhension ne sont pas données par le texte lui-m me . il reste à se prononcer sur les causes profondes de cette divergence entre .verro%s et *pino+a. soumis au devenir et à l'historicité qui caractérisent toute création humaine. visant à dire la Hérité.elles sont un texte qui se parle et se définit lui-m me. c'est-à-dire le domaine !thique.alors que pour *pino+a leur fonction normative et éthique. F. elles deviennent un ob"et de méfiance. :l laisse les !critures définir elle-m me leur ob"et et leur statut . Le premier laisse intacte la portée des !critures & leur statut est autonome. *pino+a garantit également l'ordre social puisqu'il ne s'agit pas de laisser chacun déraisonner à sa guise. )e texte à l'unité et à l'autorité incontestées. *pino+a vise à emp cher toute interférence entre les querelles théologiques et l'activité philosophique & la connaissance vraie de la 3ature n'est compatible qu'avec la réflexion rationnelle de la philosophie.en montrant que l'!criture a un domaine bien plus restreint que l'on ne pense. Che+ *pino+a.our conclure. les !critures telles qu'elles peuvent tre lies spontanément ne donnent pas les clés de leur compréhension compl%te.verro%s les !critures et leurs dogmes principaux demeurent un ob"et de respect. . qui est leur fonction premi%re. est incompatible avec toute rationalisation ou ?hellénisation? des !critures.ses réflexions concernent ceux qui ont fait leur preuve dans la réflexion philosophique.si la 8aison fonde elle-m me les conditions de sa mise en oeuvre. Ce faisant. 8ationalisation qui en tout état de cause ne peut aboutir qu'à les faire déraisonner et à les détourner de leur sens premier. .cette réflexion. ou du moins c'est un tel ob"ectif qui doit tre recherché dans leur étude. la séparation entre 8aison et !critures a le m me but . qui elle implique une critique historique.