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6/2/2014

Dilma Rousseff, de Davos à La Havane

Dilma Rousseff, de Davos à La Havane
LE MONDE | 06.02.2014 à 18h02 | Par Paulo A. Paranagua (/journaliste/paulo-a-paranagua/)

Dilma Rousseff. | AP/Eraldo Peres

La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a participé pour la première fois au Forum économique mondial, à Davos, le 24 janvier. Elle s'est rendue ensuite au sommet de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (Celac), à La Havane, les 27 et 28 janvier. En 2003, son mentor, l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, à peine investi, avait fait le chemin inverse, partant du Forum social mondial de Porto Alegre pour se rendre à Davos. Le périple de l'ancien syndicaliste métallo avait été perçu comme le signe d'un grand écart. Les plus optimistes croyaient qu'il se ferait le porte-parole des altermondialistes auprès des décideurs des économies développées. A Cuba, la présidente Rousseff a inauguré, le 26 janvier, le terminal de conteneurs du port de Mariel, un projet stratégique visant à en faire une plaque tournante du commerce international, capable d'accueillir les supercargos qui transiteront par le canal de Panama, une fois achevés les travaux d'élargissement. Le coût du chantier de Mariel s'élève à 957 millions de dollars (702 millions d'euros), financés à hauteur de 682 millions de dollars par la Banque brésilienne de développement économique et social (BNDES). Cette dernière a ouvert une ligne de crédit supplémentaire de 290 millions de dollars, mis à disposition des entreprises brésiliennes qui voudraient s'implanter dans la zone de développement spécial de Mariel. Cet
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investissement de près de 1 milliard de dollars est le plus important effectué à Cuba. En octobre, Mme Rousseff va briguer un second mandat présidentiel, avec de bonnes chances de réussite. Il ne faut pas s'étonner si l'opposition fait feu de tout bois pour rattraper son retard. « Dilma a enfin lancé son premier gros chantier, mais à Cuba », a ironisé le sénateur social-démocrate Aecio Neves, ancien gouverneur du Minas Gerais, dont la candidature à la présidence de la République peine à séduire l'électorat. Sa boutade est astucieuse, étant donné l'immense déficit du Brésil en matière d'infrastructures, notamment portuaires. En outre, que la BNDES finance des investissements à l'étranger peut surprendre. De là à insinuer que la présidente, ancienne guérillera torturée et emprisonnée sous la dictature militaire (1964-1985), cultive ses vieilles affinités idéologiques avec le régime cubain, il n'y a qu'un pas, vite franchi. D'autant que Mme Rousseff doit ménager sa gauche, car des candidatures dissidentes ou plus radicales tentent de capitaliser la fronde sociale de juin 2013. Quoi qu'en disent ses détracteurs, l'affaire n'est pas aussi simple. En Suisse comme à Cuba, Mme Rousseff tenait au fond le même discours. Forçant sa nature, à Davos elle s'est faite la VRP de l'économie brésilienne menacée par une conjoncture difficile et par les turbulences monétaires. Elle y a combattu « la thèse selon laquelle, après la crise, les économies émergentes seront moins dynamiques ». « Le Brésil est aujourd'hui une des plus larges frontières d'opportunités d'affaires, a-t-elle plaidé. L'investissement étranger y sera toujours bien reçu. » UN MARCHÉ TROP ÉTRIQUÉ Malgré l'augmentation appréciable du nombre de consommateurs, que Mme Rousseff n'a pas manqué d'évoquer, le marché brésilien est trop étriqué pour les nouvelles multinationales, les « multilatinas ». Un des géants du bâtiment et des travaux publics, le groupe brésilien Odebrecht, déjà implanté dans les Amériques, en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe, s'est vu attribuer la modernisation du port de Mariel. Volant au secours de la présidente, Odebrecht a précisé que plus de 800 millions de dollars du budget avaient servi à payer des produits et des services brésiliens. Le chantier de Mariel aurait généré 150 000 emplois directs ou indirects au Brésil, contre 9 000 à Cuba. La BNDES n'aurait donc pas trahi sa mission, sans compter que le crédit en reais (la monnaie brésilienne) sera remboursé en dollars. Et Odebrecht est désormais bien placé pour remporter d'autres chantiers, à commencer par les aéroports de l'île.
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L'appel aux investisseurs étrangers à Davos s'accompagne par conséquent du soutien à l'internationalisation des grandes entreprises brésiliennes. Or, à Cuba, il y a des occasions à saisir, puisque tout est à reconstruire. Le Brésil veut devenir le premier partenaire de l'île, jouant sur une offre beaucoup plus diversifiée que les fournitures de pétrole du Venezuela. Le pragmatisme de Mme Rousseff n'est pas pour déplaire aux décideurs cubains, malgré leurs précautions oratoires. Le protocole est parfois révélateur. A Mariel, la présidente brésilienne a salué son homologue, le général Raul Castro, et le PDG d'Odebrecht, mais aussi le colonel Luis Alberto Rodriguez Lopez-Calleja, patron de Gaesa, la holding des entreprises contrôlées par l'armée. Ce dernier, ex-mari de Deborah Castro (fille de Raul), est entré au comité central du parti unique lors du congrès d'avril 2011. La hiérarchie militaire garde la haute main sur les secteurs potentiellement rentables de l'économie. Au Brésil comme à Cuba, les grandes entreprises sont davantage aidées que les PME. Pour les unes et les autres, l'insertion dans le capitalisme globalisé leur semble être à ce prix. Mme Rousseff peut se déplacer de Davos à La Havane sans changer de message. Mais on est loin des thèses altermondialistes de Porto Alegre. paranagua@lemonde.fr (m a ilt o:pa r a n a g u a @lem on de.fr ) Paulo A. Paranagua (/journaliste/paulo-a-paranagua/) Journaliste au Monde

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