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LÉGENDE DE DON JUAN
SON ÉVOLUTION DANS LA LITTÉRATURE

DES ORIGINES AU ROMANTISME

COULOMMIERS
Imprimerie Paul

BRODARD.

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GEORGES GENDARME DE BÉVOTTE
Docteur es lettres
Professeur au lycée Louis-le-Grand.

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LÉGENDE DE DON JUAN
SON ÉVOLUTION DANS LA LITTÉRATURE
DES ORIGINES AU ROMANTISME

SEEH BY

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PRESERVATION
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LIBRAIRIE HACHETTE ET C
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BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

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MA FEMME

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il mon/m l'intérêt et la leva toutes mes objections ni la longueur de Cou l'entreet Il wage. c'est dès aujourd'hui qu'il faut et mus mettre à f œuvre. me répondit-il vivement. il complète de légende. » Et.AVANT-PROPOS C'est d'une conversation avec cette Gustave Larroumet qu'est née étude sur je Don Juan. de recherches auxquelles je mêlais livré sur 1rs sources de son « Convive de Pierre ». <• IVon pas. et m'exposa avec éloquence m'en : amour beauté. Je V entretenais un jour de travaux et. ses il idées sur le sujet. Je lui purin. fus gagné par son le ardeur livre et sous son impulsion je commençai I" travail dont je aujourd'hui au public première partie. ni sa complexité. c'est l'histoire Elle est à faire. à cotte occa- sion. que me proposais d'entreprendre sur Molière. s de notes que j avais recueillies et dont je comptais tirer parti dans l'avenir. ni la nécessité pour celui qui des littératures prendrait de se familiariser davantage avec obstacle. La mort a . n'étaient un regrettait seulement que ses multiples travauxne Je lui permissent pas d'exécuter lui-même l'entreprise. s'animant. ce n'est pus la seule question des orila gines qu'il faut imiter. avec des langues qu'il connaissait mal.

Je ne peux. en France les et à V étranger. sans ses travaux voulu sans je notes manuscrites qu il a bien me communiquer. tables. Je dois à sa mémoire ce respectueux témoignage de recon- naissance. L'auteur de la première élude critique le vraiment sérieuse sur sée r légende de u Don Juan.vin AVANT-PROPOS.1/. M. dans ce cadre merveilleux les du Salzkamplus d'un mergut à Gmunden. On ne saurait lui en avoir trop de gré. sur la question des origines. Rouanet. littéraires auxquelles semblable part. me rappeler sans émotion les heures que. sue auprès de lui à endroit. a mis ma disposition. mes conclusions le diffèrent des siennes. Morel-Fatio. M. . j'ai passées Certes. bords du Traunsee. M . la né mit donné d'utiles indications touchant partie espagnole du . // des difficultés à peu près insurmon- Le premier. riches documents bibliographiques patiemment lui. mais je tiens à dire les que. m'ont aidé et multiples et parfois même guidé dans investigations la con- fuses que f ai dû faire. le lire. Farinelli a entrepris une étude scienti- fique de la légende de Don Juan. amassés par Ses indications et ses jugements m'ont infiniment précieux. et renoncé aux fantaisies prête une et aux déclamations matière. Martinenche. profes- Arturo Farinelli. je n'ai pas considéré sujet du même et point de eue. Je ne suis pas moins heureux d'exprimer les obligations que fui ii tous ceux qui. il ma inspiré de ses conseils de son goût. il empêché Gustave Larroume't de années plan. moi le les idées générales. sou tributaire et Pour ma je me reconnais lui "dresse Vhommage de ce qu'il peut y avoir de bon dans nom propre travail. Reynier M. me serais heurté. il mais 'pendant plusieurs en a arrêté avec et ri a cessé de s'y intéresser. notamment . en et causer de Don Juan. avec une ama- bilité et une générosité dont je ne saurais assez les lui dire ma été gratitude. M. d'autre part.

je suis redevable de renseignements qui mont aidé à donner une solution probable à la question fort obscure de la paternité de la première pièce. IX A M. Martinenche recherches a bien voulu faire pour moi en Espagne et des pour lesquelles sa connaissance de la langue du milieu et le rendait particulièrement compétent. M. M. sujet.AVANT-PROPOS. je en remercie hautement. Morel-Fatio disposition leurs M. Ne pouvant nommer ici tous ceux (ils sont trop . Rouanet et m ont en outre fourni de précieuses notes biblio- graphiques ont généreusement mis à ma riches bibliothèques espagnoles. en Allemagne. en Italie. en Angleterre un égal empressement les nu- fournir renseignements dont j'avais besoin. . Morel-Fatio et à M. C'est grâce au bon vouloir de ces collaborateurs (pic les fm pu mener à fin cette longue étude. nombreux qui ont obligeamment facilité mes recherches je tiens à dire que j'ai rencontré en Espagne. Martinenche. en ii Autriche.

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celle de M.PRÉFACE Je me propose d'offrir au public une étude complète sur la nouvelle. La mais aucun n'a embrassé le sujet dans sa terre : Farinelli \ est un résumé. dans le cadre limité qu'il tracé. pièces. en Allemagne. XXVII. Don Giovanni. 1890. notamment) un jugement recueilli admirables. science a enfin. avec une patience et une liste des œuvres littéd'une façon à peu près complète la légende a donné naissance. non certes légende de Don Juan. . a indiqué la filiation des différentes quelques-unes d'entre elles (sur -t porté sur le Don Juan définitif: de Mozart. i. t. L'entreprise est publiés sur la matière que d'innombrables travaux n'aient été en France. Farinelli s'étail n'a pu. seule étude d'ensemble. raires et musicales auxquelles la s'il M. généralité. en Angloen Espagne. d'une richesse et d'une sûreté résumé valeur critique. d'une rare demeu- tout ouvrage sérieux sur rera toujours le point de départ de la voie des Don Juan. d'informaprécieux. en Italie. l'asc 79et SU. parfois s'il môme. elle tion incomparables. Mais s'il a pour la première fois ouvert origines. Vote critiche : Giornale storico délia letteratura italiana. aller jusqu'au fond «lu sujet et l'épuiser.

suivant une force intérieure. En général elles on! le défaul des travaux semblables : elles isolent l'œuvre étudiée .xil PREFACE. théâtre écrites sur le thème de Don Juan sont entre dans sans une dépendance manifeste. qui influent sur elle. donl aucune n'est remontée aux sources mêmes. comme un corps grandit en vertu des causes de développement qu'il porte en lui. et parfois l'expliquent. incomplètes. sur celui de Mozart. Par contre. La légende forme un discontinuité. suivant une loi naturelle. superficielles. à son tour. à en croire la Leurs titres. et. : annoncent unjo histoire complète de légende ce ne sont que des études vagues. Dans cette évolu- tion graduelle chaque œuvre a reçu quelques éléments de l'œuvre précédente suivie. des la œuvres antérieures Les pièces de elles tissu préparent. La légende a eu et poursuit encore son évolution. ne se comptent pas. et c'est la suite de cette trame qu'il nous a et paru tout d'abord intéressant de rechercher avec précision. lui sont eu quelque sorte personnelles elle s'est développée successivement. et le- conditions qui et la règlent sont multiples : plusieurs sont extérieures tiennent au temps. D'autres travaux. aux idées générales D'autres sont intrin: sèques. On peut les négliger. au milieu. Quelques-unes doivent être consultées avec fruit. de reconstituer Nous pourrons ainsi situer l'ait chacune des œuvres dans le vaste ensemble dont elle partie et mieux la com- prendre. faute de les connaître. au pays. a réagi sur celle qui 1 a Dans quelle mesure -est exercée sont les pièces cette influence? Quelles dont l'action a été plus décisive sur la marche . un très grand nombre de monographies ont été publiées sur certaines parties limitées du sujet : les études sur le Don Juan de Molière. elles ne tiennent pas suffisam- ment qui compte.

montrer comment elles ont été captées et groupées mère. au moins dans et. la fable du « Convié de pierre ». des vides irréparables existent encore. quand il prétend reconstituer à travers les âges et à travers les pays l'histoire de la légende. à établir le cosmopolitisme . . pour sa modeste pari. voila. de cette histoire donnera à l'œuvre entre: remonter jusqu'aux sources les plus reculées. car. de Zeidler et . D'Espagne en trame les Italie. un premier et fil conducteur. en ne négligeant aucun élé: ment du problème Allemagne j'ai cherché en Espagne. de je Boite ont éclairé sans l'expliquer plane toujours sur elle l'ai à mon tour étudiée de près. ses parties essentielles. de la XIII légende? Quelles sont les relations des unes aux autn liens qui les unissent? Les Problèmes délicats. J'ai acquis la conviction qu'en dépit de ressemblances certaines avec des fables analogues. La question des origines est plus ardue encore les un mystère que travaux de Farinelli. et ne seront vraisembla- blement jamais comblés. Cette étude ainsi comprise aura un autre intérêt : elle con- tribuera. notamment. en dresser en quelque sorte l'arbre généalogique. même prise incomplète. établir ensuite la filiation des œuvres issues de l'œuvre une certaine unité . en certains endroits. la reconstitution. est née en Espagne sur ce point. quelles que soient les difficultés auxquelles se heurte. dont la solu- tion n'est pas toujours possible. dans un sujet en apparence incohérent el «lifi'us. le critique Mais. en Italie et en les sources proches ou lointaines auxquelles l'au- teur de la première pièce avait pu recourir. Faute de posséder italiens. mes conclusions diffèrent de celles de Farinelli et de Boite. la se rompt. il la pièce de Gilibertô et premiers scenarii est bien difficile de suivre le passage de xvii e la fable d'Italie -en France et en Allemagne au : siècle.PRÉFACE.

Se trouverait-il de nos jours un critique sérieux pour prétendre une étude antérieure de la île connaître la le xvr siècle français sans italienne. est tout pénétré des souvenirs de deux modèles français qui ne sont eux-mêmes que terre. que pluparl des critiques ont étudié comme s'il n'existait que par lui-même. comme les une sorte de produil spontané. <'ii traducteursde si l'Italien Giliberto. la de Littérature et < le L'art on montrant les emprunts faits réci- proques qu'à L'occasion d'une seule fable se sont quel- ques-uns des artistes plus illustres ('/est écrivains et <\o> plus grands de l'Europe. d'années seulement c commence siècle. indépendam- ment des influences étrangères qui ont s'exposera ne pas rature espagnole les el agi sur elles. du xvu au xix" siècle. les mani- festations intellectuelles d'un peuple. en Allemagne et ailleurs encore et les auteurs dramatiques poètes. fournit un exemple des plus « significatifs de cet internationalisme et si » de la littérature. même époque. isolément. qu'au âge. L'Angle- apparence isolée géographiquement et intellec- . a être admise. a Italie. xvf au xvu la et au xvur plus non moins qu'au moyen littérature : a été encore européenne qu'elle n'a été nationale chaque peuple a débordé par-dessus ses frontières: a l'échange été aussi constant entre les œuvres de Etudier l'esprit qu'il l'était entre les produits de l'industrie. c'est la litté- comprendre. Tous communiquent entre esl eux rt sr copient : le Convitato di \netra de Cicognini : une adaptation de celui de ïirso la le Don Juan de Molière.XIV PREFACE. une vérité historique qui depuis peu .' Renaissance L'histoire légende île Don Le Juan. problème lui • si obscur la controversé des origines prouve à les seul que. mêmes sujets intéressent les •n en Espagne. Quiconque ignore italienne du xvi" et du xvu" siècle n'aura de Corneille et de Molière qu'une intelligence inexacte.

les ^ Quand l'historien la en aura déterminé l'influence sur légende. de philosophie' générale. dans particulier de notre légende.PREFACE. au climat. à l'état social. l'influence de son atavisme fils italien et français persiste chez ce de la Restauration. elle devient indispensable. nombre de ses contemporains. xv tuellement du reste de l'Europe. Don Juan. à celles-ci l'état d'esprit dans lequel il écrivait : à des raisons d'art. mœurs. si il chaque fruit qu'elle produit naît des reje- tons antérieurs. l'historien de Et ici. un ensemble de croyances. politique et moral de toute époque et de tout pays qui a produit un Don cas Juan. d'autres. n'en est pas moins vrai que toute œuvre nouvelle modifie celle dont elle est sortie. a représenté lui non pas seulement une mais un état île philosophie de la vie qui était propre. celles-là à une certaine conception de l'amour. il transformations de aura à rechercher des : causes plus générales et plus profondes ce sont celles qui tiennent au milieu. Ces conditions varient avec chaque écrivain et lui sont personnelles. dès le principe. nombreuses et complexes : les unes sont histo- riques et tiennent aux circonstances particulières dans lesquelles l'œuvre a été conçue. de morale. Si en général la recherche de ces conditions saire pour comprendre les est nécesle œuvres de l'esprit. à certaines arrière- pensées de l'auteur. a beau concevoir un Don Juan 1res différent de ses modèles. : un nouvel objet se présente à Don Juan si la légende évolue conformément à son essence et en les développant naturellement dès le germes qu'elle portait en elle principe. pour le comprendre. Nous devons donc nous proposer d'analyser Elles sont les conditions de ces changements. communs à un grand*. 11 Il a toujours été l'expression faut. et connaître ces sociétés et rechercher dans leur vie privée . des sociétés qui l'ont conçu.

n'est-ce pas donner au sujet toute son ampleur historique. D'autre part. nous retrouà la verons en chaque œuvre auteur. à préciser les rapports qui unissent les parties multiples de ce vaste à ensemble. des Libertins qu'il incarne. en même temps que toute sa valeur morale? : Tel sera notre double point de vue nous chercherons à reconstituer les différentes étapes de la légende. tout en conservant un certain nombre de caractères permanents. pays.xvi PREFACE. les publique causes qui ont modifié Ainsi. Mais. <le suivre développement des idées siècles. ne cesse de se transformer au gré des milieux qu'il traverse et qu'il représente. et le xi\ a donné une signification très différente des siècles prési cédents. Don Juan parce il de Molière est un personnage infiniment complexe signification à la qu'il emprunte sa à des ran- fois aux modèles dont et est tiré. Les peuples du Nord ne siècle l'ont pas interprété lui comme les peuples du Midi. pour expliquer et que le la légende subit d'âge en âge de pays en pays. cunes personnelles de son auteur. et fois la personnalité de smi l'influence prépondérante de son temps et la de son part de En combinant et ces éléments et en démêlant chacun d'eux. qu'une grossière figure. Il si nom la jeunesse contem- est donc nécessaire. en renouer les liens. en raison même de la multitude et de la variété des . plus encore au monde Le héros de Shadwell ne serait . Rechercher dans ces conceptions diverses du héros l'âme même des générations et des races qui l'ont conçu. nous mettrons dans cohésion cette étude une certaine un ordre logique. le les interprétations anté- rieures du héros. plus répugnante qu'intéressante son auteur n'avait peinl sous son poraine de Charles les modifications II. et des mœurs à travers les peuples et les Le personnage de Don Juan.

si Nous sortirions manifestement de notre cette étude à tous les nous prétendions étendre personnages qui par leur moralité se la rattachent plus ou moins à race Donjuanesque. les per- sonnages ne sont inspirés de la pièce de Tirso. xvn œuvres qui de près ou de loin se rattachent au : thème de Don et Juan. mais elles ont été composées avec l'intention de peindre un caractère Donjuanesque et d'incarner sous un autre nom. toutes œuvres qui présentent quelques-uns des caractères essenau Donjuanisme. elles ne dérivent ni ne dépendent à aucun degré de la pièce espagnole. une grave difficulté se présente sujet. en France. Le critique peut noter entre «lies et la fable du « Convive de pierre » certains rapports : en Il réalité leurs auteurs les ont écrites sans songer à celle-ci. n'y a donc pas lieu de s'en occuper. Ces œuvres ont en dehors de la légende leur existence propre. Ce mot implique une conception de et tiels l'amour et si même une et certaine philosophie delà vie si générale lui humaine qu'elle existe en dehors du héros qui a donné son nom de ses descendants directs. les événements humains qui en constituent la trame il ont été renouvelés. un représentant noule veau du Donjuanisme. romans qui et de nouvelles de la littérature galante du xvin siècle nous peignent des mœurs très voisines de celles du héros sévillan. Il est d'autres œuvres dont ni le sujet. les péripéties. dans u'n milieu différent. ni d'aucun de ses dérivés.PREFACE. étudier cette multitude de pièces. Certes. N'importe. la que l'auteur a subi l'influence de légende* . est manifeste le héros a changé de nom. ce serait et préciser limiter les le en dépasser arbitrairement bornes entreprendre une étude à peu près illimitée que de faire entrer dans une histoire de la légende de les Don Juan. Tout côté surnaturel de la fable a disparu. sujet. Nous de devrions.

Cepens'est dant le romancier proposé de peindre une variété de siècle et Donjuanisme spéciale au xvm anglais. n'y a aucun lien entre les deux héros. les le héros les- conservé il le nom •. Et cependant si esl certain que M. en Angleterre. Richardson du caractère des aventures de Don Juan. le type du séducteur devient à mode: un élève de Molière écrit V Homme à bonnes fortunes. à montrer comment renou- . Il Monvel dans Lovelace français. mais I celui-ci à qui a manifestement donne. Plus tard. dans une pièce récente. le Ainsi. qui. n'appartient pas c'est à la famille de Don Juan.à Baron idée de réaliser son tour une conception différente du corrupteur.-i. n'a pas Marquis de Priola. et A la suite de diffusion de la pièce de Molière des imitations auxquelles la elle a donné lieu. légendaire: •!_•'. Ce sont ils comme des rameaux et éloignés du tronc principal. et i à un certain milieu De même le le marquis de Bièvre dans son Séducteur. ou dont elle paraît la tout au moins avoir été l'occasion.wui PREFACE. mais en sont issus ne sau- raient en être détachés qu'arbitrairement. sans doute. Négliger pas conçu Priola Don Juan n'avait dans ne la notre dérive étude le Marquis de de Priola sous prétexte qu'il pas directement profit Mon Juan serait méconnaître réalité au des apparences. à y aura «loue intérêt issues opposer ces œuvres la celles qui sont directement elles modifient et de légende. sans avoir avec la légende de parenté réelle. ne -inspire et en ce sens ni i! quand ni il crée Lovelace. Lavedan n'aurait existé._i son il sa mort. diffère de la tradition. Il est enfin des œuvres qui. Nous aurons seulement à indiquer pour quelles raisons l'auteur a cru devoir substituer un héros nouveau dans lesquelles il à l'ancien. semblent avoir été inspirées par elle. intrigues toul dans quelles rsl riiu. et transformer là 1rs aventures l'engage.

donné nous le développement considérable de subdiviserons elle-même : première partie. musicien à la Il serait donc logique d'étudier l'œuvre du la place qu'elle occupe dans l'évolution de légende. son développement au xvu" xi.PHEFACE. Et comme il est naturel. inversement. Ce système plus rationnel aboutirait à une extrême confusion et il nous a paru plus commode la et plus clair pour l'exposé du sujet de le diviser en trois parties principales.Juan d'Hoffmann . mais dans mesure où et elles se rattachent à la littérature Donjuanesque où elles mettent en relief par le contraste des caractères les traits propres aux vrais Don Juan. les deux autres la son histoire dans étanl musique et dans la peinture. est très varié légende de Don Juan n'a pas inspiré les seuls écrivains. d'importance d'ailleurs fort inégale l'histoire : première comprendra de la légende dans la littérature. el au xviu e siècle et dans les premières années du jusqu'à de celui l'époque où. Juan de Mozart. Nous ne la étudierons pas pour elles-mêmes. telle influé œuvre musicale a Le Don sur les œuvres littéraires qui l'ont suivie. Une dernière observation est nécessaire touchant l'ordonnance de notre matière.x et . la En outre. Mais il le : seulement immense et diffus. (celui la un premier volume les que nous offrons aujourd'hui au public) comprend de la origines Légende. voilent le xix ce genre particulier de les corruption que représente Donjuanisme. par exemple. musiciens et peintres lui motifs d'inspiration. à la suite du Don . le sujet bien que plus rarement d'ailleurs. ces derniers ont tiré de certaines pièces de théâtre ou de certains poèmes de leurs tableaux et de leurs partitions. ont à maintes reprises demandé des si. a directement inspiré celui d'Hoffmann. Nous avons indiqué la méthode que nous nous proposons de suivre pour sujet n'est pas la la développer.

nouvelles. romans. et change de signification.) (pièces de théâtre. de Byron. . el que la légende a e éclore au xi.v siècle au commencement du xx dans el la pluparl des pays de l'ancien la même du nouveau conti- nent.\\ préface. lait poésies. L'étude des innombrables œuvres etc. elle subit l'influence du Romantisme. fournira matière d'un second volume.

La méchanceté. elle a perdu de bonne heure son sens primitif. Elle aussi à ce fait que. — — — — — — Une vitalité et une imagiquelques traits essentiels physiques et moraux. tions modernes.LA LÉGENDE DE DON JUAN LE DONJUANISME Son Circonstances favorables à son développement. dualisme. de l'amour. Intérêt historique. au commence- pour une part au moins. née d'une idée religieuse. L'égoïsme. Ces — individus sont innombrables et n'appartiennent exclusivemenl à aucun pays ni à aucun temps. Us constituent dans L'humanité un genre à part dont la littérature a pour la première fois l réuni . La légende de don Juan ment du xvn e siècle et elle n'est pas antérieure doit. Leur multiCaractères spécifiques qui le constituent. Possibilité de les grouper et de les ramener à plicité et leur incohérence. — — — — — — — et moral que présente son étude. et n'a pas tardé à réaliser une conception particulière (-1 En elle se sont exprimés les sentiments les mœurs de toute une catégorie d'individus qui ont leur manière propre de comprendre les rapports de l'homme et de la femme. psychologique Valeur symbolique du type. De quelques définide ses manifestations à travers les âges et les pays. L'inconsnation puissantes sont les conditions premières de son existence. son la doit extraordinaire diffusion à l'heureuse fortune d'avoir inspiré à Molière un de ses chefs-d'œuvre. L'indivitance et l'art de la séduction. Variété universalité.

sans y être allé voir. il n'est non pas la vie. De même il générations épuisées ne produisent pas. en conquistadores. ses manifestations changent. en ont les auteurs drama- tiques. Il est un phénopas né à une certaine époque. Inversement. caractères dans la personne d'un héros espagnol. les critiques. : Il se développée naître faveur de certaines circonstances et i! il lui faut pour un milieu propice amis de ne croît que chez des tempérafaibles. tout autant que les modernes. les poêles.2 les différents LA LÉGENDE DE DON JUAN. drame espagnol a réuni en un corps les éléments qui le constituenl el lui a donné une réalité concrète. fertile le d'activité d'expansion qui. que les civilisations extra-euro- péennes ne l'ignorent pas davantage. la littérature et l'art s'en sont emparés dans tous les pays. les artistes qui un thème à nombreuses variations. les anciens l'ont connu. Us l'ont peint diversement sous l'influence des idées. les les cœurs capables de sentiments pro- fonds el durablele sont réfractaires. Les organismes esprits la règle. conditions de vie et se trouve des lui époques dont les les : mœurs besoin fournissent et un terrain particulièremenl Italie. Toutefois. des l'ont interprété I)ii fait jour. est inhérent à la nature humaine. mène général. des mœurs. en Espagne. Le moraliste s'en Inquiète comme la d'un désordre apporté dans l'ordre social. ses caractères essentiels restent et permanents. et ne et Il mourra pas à une autre. les lui sang pauvre. il n'est pas complètement Il normal : il est l'indice d'un état physique et moral irrégulier. Celle-ci lui a vers le même donné simplement son nom. et l'on peut affirmer. qu'avant Tartuffe. si En outre. esl crée les condottieri. suivant les âges. le Donjuanisme existait avant d'avoir reçu sa formule dans la Table du « Convive de pierre ». si don Junn. Mais. la tartufferie était répandue à tramonde. les favorable au Donjuanisme. reuse et si Ils onl trouvé en celui-ci une expression lors l'appellation de les individus vigous'est complète que dès don Juan appliquée naturellement à tous de de l'espèce. en effet. si universel qu'il soit. les romanciers. et le physiologiste intéresse la le psychologue comme un cas dont fréquence ne diminue pas l'originalité. où le . à ments déterminés.

Toutefois. il se résout voluptueuse. la brutalité et la dépravation s'est la des compagnons de Rochester en ont fait sous Stuarts une réaction contre le Restauration des puritanisme. les fortunes extraordinaires d'aventuriers sans scrupules. de matériel. C'est ainsi que aux passions humaines l'a conçu l'Espagne il a été une protestation des droits de des lois établies par l'Église et la l'empire l'individu contre à être en Italie où la ruine commencé C'est ce qu'il a du xvn e société. La réalité demeurant la obstinément inférieure à son rêve. de il la culture polie et perverse des mœurs la de l'aristocratie. sont enfantées en ce dernier siècle : Donjuanisme transformé fois qui. il a pris un caractère tout différent. Don Juan est condamné a n'est Donjuanisme déception de poursuivre une chimère. sensualité de mélange de sentimentalité tendre et Au xix e siècle. c'est le désir qui emporte l'homme à la conquête au d'une beauté dont l'image est en lui et dont il demande monde extérieur la réalisation concrète. par- même. ont développé plus qu'ailleurs les tendances individualistes. des cités et des petits États. En France. et aux doctrines des Libertins. née de l'absence d'équilibre entre . une revendication des volontés de de la nature contre les contraintes du dogme. Le plus qu'un effort impuissant et exaspéré vers un bien irréel. En transformé aussi en un art subtil Angleterre. climats. Le Donjuanisme a été tantôt l'expansion violente de la sensualité se jouant des règles imposées par la morale et la religion. siècle. grâce aux théories de l'autorité. par un étrange contraste. métaphysique. Hoffmann donne le signal de cette évolution. la révolte l'influence Sous Dieu. En Allemagne. corruption. Avec Musset le Donjuanisme est un étal d'âme mystique. Tantôt. la vie isolée .LE DONJUANISME. philosophiques du xvi siècle il est devenu. devient idéal et. jamais les œuvres qu'il a le Donjuanisme n'a obtenu pareil succès mais c'est un innombrables.. La littéra- semblait ture maladive née de la Révolution et de l'Empire ne guère devoir s'accommoder de cette manifestation exubérante de l'animal humain. en croyance l'esprit humain contre la de de la vie raffinée des salons. où il a en un trouvé sa plus belle expression dans la musique. C'est une sorte de névrose.

Mémoires 'l'un touriste. de concevoir et celle d'exécuter. à savoir l'amour. juin 1846. :i. Pierre Leroux. 211 226. de ténèbres. Ce qui « est intéressant en lui ce pas l'objet auquel applique son caractère. ceux-là le comune victime expliquent les causes morales de sa morbidité. Ceux-ci découvrent prend les tares de sa dégénérescence nerveuse. C'est un superbe égoïste qui croit dans sa jeunesse « avoir trouvé le grand art de vivre » et qui s'aperçoit au milieu même de son triomphe que la vie lui manque: dégoûté de plaisirs toujours semblables. un innocent qui a la naïveté de croire à la durée Pour celui-là 5 c'est un titan révolté qui a vainement . De VAmour. p. il apparaît comme une âme lui forte qui méprise les superstitions et ne veut pas qu'on n'est impose d'entraves il ». p. un che- valier la passion. il s'agite pour en changer l'objet et ne peut que « « changer de peine». la Décadence latine Modestie H Vanité. 1. 35-38). les inférieur aux devoirs de sa destinée. Pour du 1. ''> — . de courage Tel 3 de lâcheté. Chacun et l'interprète différemment. ce malade fournit de nom- breux sujets d'observation aux psychologues qui analysent sa mentalité et aux médecins qui scrutent sa physiologie. p. L'un * voit en lui de l'imagination et de désirs dupés par la platitude de la vie. i. 2.4 la faculté LA LEGENDE DE DON JUAN. c'est une exaltation anormale de l'imagination mal servie par une désespérante faiblesse musculaire. voué à un grand réaliser chant celui-ci le 4 . 4. série. Préface de Wiremonde. loi et suivi : Alexandre Dumas. 332. p. creuset c'est œuvre animique. cherson prodigieux désir ».' l'arl <lramalique en France. mélange de grandeur la et ». Stendhal. de vertu et de crime alchimiste de le considère tic comme « un où sensation. Théophile Gautier. Gaujanvier 1847. la lutte sans issue de Faust contre l'impénétrable mystère. Revue sociale. p. 15. et C'est hommes plaignent que le ciel Comme il est naturel. En lui se combinent l'insuffisance d'Hamlet. "). le désespoir incurable de René une ne Ce Don Juan abâtardi devient un objet de victime lamentable que les châtie plus. tourments de Manfred aux prises avec son propre cœur. 1" lettre mit le Fouriérisme. mais son caractère et même. Péladan. attaché à un impossible amour. Dans un article du 27 janvier 1845 (4* série. pitié. plaisir. Histoire il. Th. A l'autre 2 .

4. la plus conforme à l'amour qui n'ait donne sa 11 divin le summus artïfex. voulu veines « 5 ». comme le guère de psychologue de cherché à découvrir le principe théorie du Donjuanisme et n'ait poètes. plus profonde. l'évocateur fantaisiste de l'imaginaDon Juan romantique. Quant aux dans la siècle. Barrière. c'est sa vision d'une certaine espèce. Temps. Préface 2. de dehors en amour existant n'est un rêve intérieur. l'oreueir 3 de sa conduite ou dans la méchanceté le principe la science de a dont l'amour de ceux-ci \ dans une conception le contemporains principal élément. U. feuilleton du 17 février 191W. n'est plus en même temps. vigoureux. son expression la avec lui la forme la plus belle sa vraie fin. . idée de la femme. le Donjuanisme. Il Il sait les secrets elle le de lui plaire. 89.avait se chassé du Adam Ces. 1. Don Juan. pas peint ne il volupté ». Le Donjuanisme tion mais un être réel et bien de l'amour. une conception devient vivant. qui dévorait ses Larges apaiser l'immense soif d'amour les autres dans l'égoïsme*. une trop haut.LE DONJUANISME. dans uns découvrent Les . artiste raffiné. 188G. l'espèce beau. Don Juan est-il beaucoup tier voit p or de le type de la beauté el vient d'Eve avant la faute. Coleridge. àme son de replis les pénétrer caractère de chaque femme. 1904. aux romanciers. G. mais en symbolise Musset Quand faisaient eux-mêmes de l'amour. comme chez tous les qu'il extériorise. G est transfigurent. 5. siques et intellectuelles de le il excelle à deviner psychologue sans pareil. de l'éveiller est Il pour magicien. femmes. Larroumet. fondamental dont il dérive. ^mépriser ne u^- ^£»£*> b la "- Jean Aieard. et voient en lui réunies les plus hautes qualités phy- l'homme type en qui sont distingue. ils ont réalise aux auteurs dramatiques du mreprésentation objective d une personne de Don Juan non pas la qu ils se l'idéal tout à fait personne certaine façon d'aimer. à la volupté. Aussi. l'Art des passions. séduction est le une réussite de la nature. c'est son romanchez lui. en Don Juan l'homme qui . Don Juan « la soif de l'infini dans la qui serait le propre lui-même. plus un personnage de tantiques. Armand Hayem. . à : et les mystères de sa beauté. Certains 8 . d'Eve de l'édition du Don Juan de Byron. 3. Préface.

aussi qui se retrouvent dans les conceptions les plus oppo- bien chez Tirso de Molina que chez Hoffmann. chez l'autre. par de certains autres. quelles que soient les explications que la critique et la philosophie aient données du Donjuanisme.6 LA LEGENDE DE DON Jl'AX. ses mœurs ne de lui varieront guère. taisie. les un chercheur de l'idéal féminin. mais qu'il s'appelle Hassan ou Priola. de quelque façon que le héros lui-même ait été compris par ses innombrables interprètes de la légende ont au contraire représenté en prètes. est croyant. le Quels sont donc ces caractères spécifiques qui constituent Donjuanisme lière et permettent de ranger dans une classe particuqui les possèdent? la S'il est tous les hommes aisé de grouper les traits qui sont propres à race des avares. Ces fonds la même de sa nature. là est au contraire accessoire ou Ici absent dans une conception différente. chacune de ses incarnations ne fera qu'un individu différent dans une même espèce. de traits «à communs sées. une brute grossière. Chez l'un c'est un être matériel. il ceux-là une victime. conserve un certain nombre de caractères essentiels. une valeur documentaire. une âme élevée. un héros lyrique qu'un homme Les premiers inter- Don Juan une conception morale et une philosophie de la vie qu'ils trouvaient chez un grand nombre de leurs contemporains. on est d'abord déconcerté l'inutilité par l'apparence contradictoire de ces caractères. chez quelques-uns même. représenté comme capital dans une certaine conception. vrai. Leur peinture a une signification objective et. Mais. peul-on découvrir aussi sûrement ignés distinctifs du Donjuanisme? Si l'on essaie une classification. ou traits constituent le chez Zorilla. poétique. il permettent de distinguer des autres tient. il Don Juan est athée. . il changera de nom. ses principes d'action et sa psycho- logie resteront semblables. travers la diversité de ces créations. ceux-ci un bourreau. et race à laquelle appar- de reconnaître dans le Don Juan de Molière ou de Mozart un frère de celui de Byron ou de Lenau. par ce fait que tel. à celle des ambitieux ou des hypocrites. Parfois même. autres que les uns en aient fait un débauché ou un impie.

Suivant les milieux : tout. aimer qu'une femme. un ensemble artistes ont mis en relief un ceret les temps. l'amant vers celle-là seule en qui réside l'amour. de et drames de A l'inverse de tant de héros pouvaient ne et aimé n'ont tant de personnages de la réalité qui Français. formé par une attitude définitive. Inconstant et volage. Ces traits ne harmonique et homogène. vierge. générosité.LE DONJUANISME. Don Juan. Pour aucune. esprit. qui sexe. Si 7 plus illustres nous résumions les caractères principaux des les trouverions nous âges. C'est débordant de la de sentiments qui par-dessus tout un les font recon- amour exclusif. orgueil. duchesse. méchanceté. qui est. conditions : aime dans toutes les - promène à Il travers toutes un insatiable désir. mais la Femme même. Ils ne coexistent négligé tain nombre d'entre eux et -si complexe qu'ils ont tous. amour de : curiosité. Le personnage est si puissant et pas du même coup. les séductions de son Don Juan n'éprouve ses regards. les qualités fourberie. audace. femme. inconstance. puisque la plus répandue des l'amour/ Mais ses manifestations sont infiniment en ont. Aimer toutes les femmes c'est n'en aimer cul raine celte attirance mystérieuse qui à incarne. Rien n'est certes plus banal en appa. du représentants entre les multiples commun un certain nombre naître de la même race. Voici faudrait il cela l'idéal. les travers à héros du Donjuanisme impiété. voilà pour les défauts. superficiel. à l'exclusion de toute autre. A bravoure. ajouter bien des traits complémentaires constituent pas un amour du rare et de l'imprévu. une inépuisable curiosité. Cependant un même air de Ils ont tous en genre. Cet . qu'il soit Espagnol ou qu'il e e appartienne au xvn ou au xix siècle. Don Juans doivent leur originalité à la conception qu'ils aussi de et romans. Il a été. si l'on peut famille règne couches successives. égoïsme. Il paysanne. sans préférence. « a un cœur à aimer toute la terre ». les écrivains et les les autres. été imaginés progressivement et non dans Don Juan n'est pas de ces héros figés dès le principe dire. variées et les Don Juan Il les aime toutes sans distinction. suivants : beauté. son amour est naturellement aucune. non pas une femme. épouse.f passions est celle de rence.

Don Juan Donjua- sans eesse et ne donne jamais. est cette Il forme de l'amour qui ne que par le est le contraire de l'amour vrai qui est constant. est un prodigue de l'amour. L'amant véri- donne plus est et ne se reprend pas. torture et souvent tue. Le si le Donjuanisme suppose d'abord un corps vigoureux. par dire la toute. Il Il ignore la pas- sion qui pénètre. Aussi l'Église lui principe de a lancé l'ana- thème et. à le une conception morale qui a vu dans l'amour toutes les mauvaises passions. l'attrait de la une fois variété. se moi d'autrui. y a surabondance de vie. Il est vrissement physique de contraire à une organisales tion sociale qui a réglementé et endigué rapports sexuels. En ce sens le nisme La soif un monstrueux égoïsmejf du nouveau. et qu'il n'est devenu une anomalie que par l'institution du mariage. le mépris des femmes. ments physiologiques du Donjuanisme se trouvent . la gaspille. amour *f Don Juan ne le ressent jamais. car il est un produit de la nature dans tout l'épanouissement de sa force musculaire est sain. la loi essentielle de la vie. unique. l'amour étant. la lassitude immétels diate de l'objet possédé. circulation active. primitivement normal. Une autre particularité du Donjuanisme est d'être exclusif.8 LA LEGENDE DE DON JUAN. somme que le Donjuanisme est un instinct inné. si système les globules rouges l'emportent. En table reçoit réalité Don Juan n'aime qu'il pas. oublier son moi dans ne reçoit si aimer c'est s'attacher. sont les traits auxquels se reconnaissent tous les Don Juans. n'est pas l'esclave de l'amour. en même temps que par l'appaula race. Don Juan la a riposté en attaquant la religion et ses dogmes au nom de nature qui chez tous les êtres fait triompher la loi de l'amour. le sacrifier. Le vit Donjuanisme changement. les principaux éléréunis. Il fait des conquêtes : il n'est jamais conquis. la s'il et de sa fécondité. par un juste retour. On même force des lois et des mœurs. le en" épuiser si jamais source : pourquoi peut mais sans Donjuanisme est profondément humain et si répandu. Protestation légitime de sa part. Don Juan n'a dans la vie d'autre but que d'aimer aimer est sa : fonction. A Il l'amour il ramène toutes c'est ses actions et toutes ses Il le pensées.

c'est : imaginatif. il a et des 1rs | curiosités perverses. Il n'est que l'homme à femmes. elle dirige. Tous ceux qui l'ont conçu l'ont supposé de grande race nul n'a osé le faire plébéien. La réalité demeurant au-dessous de ses créations. champ Cette union est indispensable pour leur réaliser Don il Juan. souvent même un violent. Elle offre aux sens l'attrait de séductions merveilleuses. La santé physique. La séduction devient son but.) Son exubérance physique l'empêche d'être l'homme d'une femme la : puissance superbe de sa virilité exige le nombre. veut 9 que l'homme dirige vers l'amour son excédent de est le force. L'amour la est trans- formé en un art et même en une science. elle forge d'autres chimères et court ainsi sans se lasser jamais à elle la recherche de voluptés nouvelles.LE DONJUANISME. elle. elle leur ouvre tout grand le domaine de l'inconnu et du mystère. Mais ces conditions ne suffisent pas. Don Juan est aussi un habile à tous les exercices. Elle leur propose un illimité. Conduit par le plaisir il En même temps Don Juan poursuit et moins de la possession que celui des surprises et des l'imprévu découvertes. celle de corruption. elle ne se dépite pas. type vulgaire commun. Sans du sang la n'est que le la vigueur des muscles et la chafantôme de lui-même. qui fondement du Donjuanisme. L'imagination ajoute à ce besoin de changement et le pimente. est à l'affût de il du rare. dénature l'amour. . s'intéresse aux difficultés qu'elle comporte. les rajeunit. Elle fait de lui un audacieux. un exemplaire parfait du type masculin. Ces deux éléments expliquent sa conception de l'amour. Don Juan est beau. il est brave. sans cesse l'objet de ses désirs. C'est un pur-sang. l'anémique 'chercheur d'idéal que créera qui diffère pas le Romantisme. agit sur l'ensemble de l'individu. l'amour ne peut être fidèle. C'est l'imagination qui relève la bassesse de ses et renouvelle donne un but à son énergie corporelle les excite. Sans l'imagination qu'une force grossière. car elle promet toujours plus qu'il ne donne. instincts. L'instinct. sa vitalité n'est ne de celle de et la brute. Grâce à elle. préfère à la victoire les intrigues combinaisons qui il la précèdent.

Sa méchanceté est le triomphe de sa force sur la faiblesse d'autrui. est naturellement conduit subordonner ses semblables à lui-même. il effacerait devant une autre sa personnalité. 11 n'est pas de force extérieure qui ait prise sur lui et puisse le vaincre. crainte religieuse. mais dès sa raison d'être et l'amour cherche ailleurs qu'en vit même il ne là plus que d'inconsUmce et de raffinements. Celle-ci n'admet. A 1 est maître de sa volonté. Ses aspirations tendant impérieusement à se réaliser. ce sont les deux éléments essentiels de richesse de l'amour donjuanesque. il transforme l'univers en un champ d'expériences dont l'humanité fait les frais.il d'une minorité dangereuse. On a comparé Delà son à Prométhée. et cela à l'inverse du roué et du sadique qui sont des dégénérés et des impuissants. en elles que des entraves insupportables au libre développeénergie. plutôt d'ins- tinct que d'intention. le Avec les concours de l'imagination lors. il ne serait plus lui-même : il abdiquerait. .iO LA LÉGENDE DE DON JUAN. : proie. ne menide son tout ce qui piété filiale. pas de frein et rejette peut la limiter : attachement. espril d'indépendance et de révolte. : les sens ne se blasent ni ne se fait fatiguent jamais. Les la lois sont surtoul des instruments forgés les entreprises par masse faible pour se 11 défendre contre vi. D'autre part. l'équitrouve rompu à libre entre l'individu et la société se et il son profit. Il est dans la logique de son tempérament de dominer et de faire souffrir. si l'excès de sa vitalité et la son imagination donnent à Don Juan . son moi l'heure de l'abandon il doit rester hors de cause. Dans ses amours même. Le monde entier concourt à satisfaire ses besoins il en a fait sa Quiconq ne se trouve à sa portée est* une victime. Du jour où il respecterait d'autres droits que les siens. Celui-ci n'est que l'exercice naturel de sa force. Là est le fondement de son égoïsme. Les séductions qu'elle miroiter devant eux lui- stimulent. A ses appétits physiques il faut une pâture. C'est pourquoi il ne peut aimer : il se soumettrait à un empire étranger. Aussi est-il cruel. respect du devoir.'i des désirs insatiables.

éternels tout un ensemble de comme et lui. Nul ne l'a mieux compris que son créateur et que Molière. sa personnalité est est si puissante et si humaine qu'il devenu généralement un type représentatif de son milieu. 11 partage avec quelques héros. Le Romantisme dans son exaltation systéma• tique des forces mauvaises en a fait un héros. de doctrines qui lui donnent une valeur symbolique. seraient inexplicables. hommes turant. qu'il coure après des chimères.LE DONJUANISME. Que physiques. ses qualités aboutissent à Entre les autres et lui. quoi qu'en dise Théophile Gau- tier. aux appétits puissants. ses besoins pour être conforme aux lois de son tempérament. est plus poétique. ou s'attache à des objets plus positifs. la lutte n'est pas égale. il esl une image. Il \ i les rcflèle plus complètement van te des sociétés que Faust . l'envient. niais mœurs. Mais est surtout odieux. tout en le dénaun élément anti-social. ni si elle plus large ni plus humaine que la conception première. sous l'empire d'une imagination curieuse. il n'est pas seulement le chercheur d'amour. qui tous deux l'ont représenté comme un agent de malheur et de corruption. Imles » prime abord. certes la transformation n'est pas et nébu- absolument illogique. Les femmes l'aiment. attire et fascine. il est et doit être séduisant il : autrement ses succès Aussi bien que un individualisme funeste. s'éloigne de la vérité. la gloire d'in- carner non pas un petit nombre d'idées de sentiments. se trans- forment un jour en désirs immatériels. son esprit en concevra de nouvelles et demandera au rêve ce qu'il n'est plus capable de trouver dans la réalité. où que dans la mesure où Don Juan change devient un dégénéré et un lymphatique. Il il constitue un représentant redoutable de conquérants et des l'espèce est de la race des il maîtres. incomplète sans doute. Elle Don Juan. à une exaltation du moi dangereuse pour le reste de l'humanité. ses défauts. en rêves indécis leux.d'opinions. doit rester surtout un être matériel. mais elle n'est possible il de tempérament. . Conçu différemment suivant les âges. 11 En somme. il est surtout Sans doute. n'aura plus de voluptés pour son corps il Quand l'amour physique fatigué. humaine. Mais. mais toujours qu'il a traversées. L'interprétation du xix° siècle qui l'embellit n'est. Au fond.

12 LA LEGENDE DE DON JUAN. lui qu'on nité associera un jour. qui l'apanage d'un est nombre bonheur dans Don Juan : la le cherche dans l'amour. Pour cette raison. . une forme les repréle phi- morbide de humaine. en observant ses anomalies qu'en l'étudiant dans son régulier et fonctionnement légende de riques et uniforme. C'est. Le Donjuanisme l'activité au point de vue social. c'est donc suivre à travers les âges non pas seulement l'évolution d'un représentant curieux de l'espèce humaine et d'une conception intéressante de l'amour. en quelque sorte. Mais ce n'est pas chez les traces caractéristiques sentants sains de l'humanité. parce est cherche petit le science. psychologie des peuples qui l'ont produit. étudier la morale et la est. parce qu'ils sont grossis. Le psychologue fait plus de découvertes sur l'âme humaine. Les signes sont plus révélateurs chez les natures exceptionnelles. parce que Faust n'est dans l'humaqu'il qu'une exception. qui une fin commune à tous les hommes. ses mobiles et ses ressorts. la Don Juan fournil une riche matière à éludes histo- morales. chez les esprits moyens que de la losophe va chercher mentalité d'une époque. L'étudier.

mère des Cortez. à En dehors du caractère de Don Juan qui n'appartient en propre aucun peuple ni à aucune époque. aujourle d'hui âpre et désolé. lador. Ses sentiments religieux. dans cette Andalousie qui fut dernier el champ de pour bataille de deux races et de deux religions. La date de la composition. prédestinée à donner le jour à une fable où se mêlent la profondeur du sentiment reli- gieux. calidad. Sa significaValeur de la pièce. ET LE « BURLADOR DE SE VILLE : » La pièce. VInfamador de Cueva. — — — : — — — — — — — — — — — — — — postérieures. Celte terre. semblait. personnage de Don Juan. Sa conception de Ce qu'il doit à son milieu. au sol jadis fertile. parée qu'il esl une des . à l'esprit aventureux. dans cette partie méridionale de Péninsule. La légende de Don Juan la et du Convive de pierre est née très vraisemblablement en Espagne. des Pizarre et de tant de conquistadores à l'Ame croyante. Première manifestation de la légende le Burlador de Séville. où s'exaltèrent plus qu'ailleurs les vives énergies issues de la lutte la conquête du sol et le triomphe de la foi. de Lope de Vega. Le Burlador contient en germe toutes les oeuvres valet. Le Sa place dans la littérature contemporaine. Le Les caractères de femmes. la fable du mort convié à L'auteur du Burun festin et les ballades populaires. aux passions fortes. Dineros son Les différentes sources Ses origines. par sa situation et par ses mœurs. l'amour.II LES ORIGINES DE LA LEGENDE. la violence des appétits et l'étrangeté des aventures. la légende de Leonzio. tion. VAteista fulminado. couvert de vergers. Les paysans. Sa morale.

il apparaît dès la scrupule. trop tard. quand la pièce commence. Pour venir il il première scènedans son rôle de séducteur sans à bout d'une jeune fille de haut rang. dont les amours du héros n'ont le thème principal. emprunté leur couleur et leur signification au milieu qui les vit éclore. L'Italie d'abord. tous autochtones. primitivement. puis effacé devant le pas tardé à devenir fait perdre à humain du drame. Don Juan obtient son silence et se sauve par le balcon. aux cris qu'elle pousse. puis Séville et ses environs. C'est dans tulée « le une pièce des premières années du xvn e siècle. don Pedro Tenorio. à la faveur de l'obscurité. tandis que celui-ci. Le lenen un style inspiré de Gongora. Mais nous ne sommes encore qu'au début. Dans côté en Espagne et ne pouvaient guère l'être suite. peu de fables ont. autant que la sienne. et. avec une dramatique histoire compte du duc Octavio. inti- Trompeur de Séville et le convié de pierre » (el Burlador de Sevilla y convidado de piedra) que cette légende a été pour la première fois mise sur la scène. l'oncle même de Don Juan. Reconnu par son oncle. Mais sa victime a reconnu. sont le théâtre à la des exploits du galant gentilhomme qui demande paysanne patricienne de satisfaire.IUAN. tandis que don Pedro berne d'évasion et met l'attentat sur demain. Cette transformation a Don Juan ce qu'il avait d'exclusivement national. son erreur. sans l'assouvir jamais. le roi arrive et fait arrêter le coupable par l'ambassadeur d'Espagne. la a pris le ainsi duchesse Isabela. la légende comprend des éléments très divers. peut-être. dans le palais il a pu abuser même du de Xaples. manteau du duc Octavio.i'i LA LÉGENDE DE DON . entrele roi le . mais. qui sans être. L'invraisemblable bizarrerie de ces détails choque plus le critique moderne qu'elle ne gênait le public espagnol. son fiancé roi : nom et le d'elle. ont été la pour première fois réunis la ailleurs. religieux et pro- fanes. manifestations les plus universelles de la nature humaine. son insatiable besoin d'amour. et. le surnaturel s'est atténué. cherche à se dérober. il renouvelle à Naples ses hauts faits amoureux. Obligé de quitter l'Espagne pour à la comme échapper aux suites d'une escapade fâcheuse.

une jeune pêcheuse. mais la comedia espagnole est pleine de hors-d'œuvres semblables. Une conversation toute en pointes et en traits s'engage entre le et la jolie gentilhomme « pêcheuse : Don Juan. gelé. lui dit son pouvoir. a quitté Don Juan. l'ambassadeur vient les annoncer pèsent sur fait événements de la nuit. lui dit les soupçons qui lui et l'engage à fuir au plus vite. tout en ayant la blancheur de la neige. Ce Vous ressemblez au il soleil. L'un d'eux est évanoui c V-t d'une Don Juan. en une langue aussi gracieuse qu'affectée. Tandis que Don Juan triomphe de la jeune fille. t. Tarragone. abrasais. Siendo de nieve. appre- nant du commandeur la qu'il a une fille. suffit — récit interrompt assez mal à propos l'action. quand soudain elle aperçoit deux viennent échouer sur la naufragés qui : grève. C'est ce qu'a déjà Don Juan qui. accompagné de son valet Calalinon.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. et que la grâce légère du vers rendait moins longs à l'auditeur. la scène nous transporte à Séville où le commandeur d'Ulloa rend compte au roi de son ambassade à Lisbonne et lui décrit longuement cette ville.) .-ilos y extranjeros. qui char- maient le public par l'agrément de leurs détails. Celui-ci. tient 15 lui son laquais Ripio de ses amours. Tanto l'uogo on vos teneis Quo en este mio os ardeis. a n. — Gran Y parto del sol mostraîs. répond Tisbea. GV. Puos solo cou la aparioncia. Là. lui propose de marier à Don Juan. chante les joies d'un cœur libre de la tyrannie de l'amour. Tisbea. et lui empruntez que vous paraissiez pour embraser comme Pour un homme lui. » Et ils n'ont pas besoin d'en dire davantage. Le roi. 1 I 2 (Edition de la Colecciôn de 1ns mejores autores antiguos y modernos. vous avez tant de feu que vous me brûlez '. déjà las de sa facile conquête. Son évanouissement ne résiste pas plus à la voix femme que le cœur de Tisbea à la vue du beau cavalier. a mis la mer entre Naples et lui. 1. dofïa Ana. a que ol sol os da licencia. — Formas helado que ostais. Une tempête le jette sur les côtes d'Espagneen face de Tarragone. Tisbea.

duc Octavio mari qu'elle Mais doua Ana a déjà une intrigue avec son cousin le marquis de la Mola. Pour se débarrasser du mari. La grâce rustique d'Aminta en habits de fête. Don Juan aussitôt pris courroux cuter son céleste. Quant à doua Ana le le trouvera une compensation dans une union avec qui arrive lui-même fort à point pour remplacer perd. où Ta précédé la nouvelle de son aventure en lettre le Italie. rencontrant Don Juan. la pensée du bonheur que son époux va bientôt goûter auprès les désirs d'elle. poursuivi par la jeune fille qui a découvert la trahison. Il courtise la trouble dans son cœur. mais tions du vieillard expirant. menace. Tisbea lancer aux flots de la mer les plaintes ampoulées de son amour trahi. Quant au père. Le le roi. s'avise de mal par mariage de Don Juan avec coupable s'en l'exil duchesse Isa- En attendant. Le commandeur accourt aux cris de sa fille et tente en vain d'arrêter le ravisseur. et le roi le Le tumulte attire sur la place le vieux le Tenorio qui. pénètre dans l'appartement de en ressort presque aussitôt. malgré les sages remontrances de son valet. se laisse aller à lui parler de ses amours la et lui confie qu'il a le soir même rendez-vous avec jeune fille. prennent pour coupable et l'arrêtent. son ancien compagnon de Voilà plaisirs. du et le adresse de sévères reproches. à réussi bien a si lui qui lui quand il rencontre son père qui l'entreprise. du désir de renouveler l'aventure Il songe aux moyens de mener Xaples. le ira expier quelque temps elle son inconduite dans de Lebriga. Don Juan le perce de son épée et s'enfuit accompagné des impréca- doua Ana. Son père on également la a été informé par une réparer bela. excitent et jette déjà le du galant. Celui-ci. il imagine d'alarmer son honneur en feignant d'avoir sur sa femme des droits antérieurs. de don Pedro. Pendant ce temps Don Juan se rend à Lebriga où la vue d'une noce champêtre lui a vite fait oublier cette sanglante aventure. il le prend aisément par la vanité en jeune épousée . Le séducteur gagne donc à la hâte Séville. averti. Cette admonestation ne l'empêche pas d'exéIl amoureux il projet. rencontrant le marquis de la Mota. à bonne fin s'il ne s'amende.16 laissant. LA LÉGENDE DE DON JUAN.

là-bas. inquiète fait et hésitante. entraîné par sa destinée.. mais rentre aussitôt en courant et tombe d'effroi. il se met à table quand on frappe et sa colère à la porte. contre le laquais décèle l'émotion qui l'envahit sans qu'il veuille se l'avouer. et après avoir outragé les vivants. Oui est-ce vu : qui I . Cette trahison sera la dernière.. J'arrivais. Puis chevaux qui pénétre dans la chambre de la jeune femme. j'ai vu. [>ui^ Aqui aguarda dol Senor mâs leal caballero La vcn^aiiza do un traidor. lui aussi. amène avec le elle douloureux Tisbea qu'elle a rencontrée sur sa route et qui lui a fait récit de sa séduction. Mais il brave le danger. me brûle? Oui est-ce qui me déchire?. Ses pas le conduisent vers une chapelle qui contient le tombeau du commandeur d'Ulloa. Des mots inarticulés sortent de sa bouche. Rentré dans son hôtellerie... Don Juan les il déjà préparer. se rend assez vite. Il tire la barbe de la statue et l'invite ironiquement à souper...) .. Don Juan. malgré les conseils de Catalinon.. Autour de lui s'amoncellent les signes précurseurs du châtiment. Kl III- 10.. quand le perfide lui fait le serment solennel de l'épouser. vient au devant du supplice que le ciel lui réserve. il va provoquer les morts. Il lit l'épitaphe gravée sur le piédestal : ICI LE PLUS LOYAL CHEYALILR ATTEND DE DIEU QU'IL LE VENGE D'UN TRAITRE '. Malgré lui. arrivée de Naples. en lui promettant ensuite satisfaction l'épée à la main. Don Juan a compris. il va à la porte. Pendant que celle-ci. Isabela. Il est retourné à Séville comme le meurtrier at tinvers le lieu de son crime.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. a deviné quel hôte mystérieux demande à entrer. devront l'emporter dès le lendemain. quand j'y fus. Déjà de tous cotés les victimes viennent demander justice. lui 17 demandant la main de sa fille. il ne peut dire ce qu'il a « Là-bas. Lui-même.. Un valet qui est allé ouvrir revient en claquant des dents sans pouvoir parler. effrayée d'abord. Celle-ci. Cette épithète l'indigne. attend son véritable époux. Il envoie Catalinon qui..

l . Cuando luepo fui. un pas en arrière.. 12. relève le Une querelle s'eng-age que servir la le roi apaise. La fortune de semble un instant se relever. : Oui êles: vous? Il répondit Je le heurtai cl je vis. aveuglé. le reprend possession s'asseoir. Mais les événe- ments vont elle s'adresse le roi Octavio : voici Aminta qui vient avec son démarche.18 LA LEGENDE DE DON JUAN... chapelle. j'en jure Dieu. lui-même Catalinon. Je lui dis alors.. le juro à Dios. Devant Il fait dresse la du commandeur. despues.... qui ignore encore tous les crimes de son défi. et Octavio à qui profit cette songe à mettre à celui-ci hâte l'union d'Isabela avec Don Juan.. — — Quién me ase? Quién me arrebata? Llcgué. tandis que père réclamer célébration de son mariage... Cuando vi. respondi luego. CepenIl dant son orgueil l'invitation. quand je le vis. Tenorio... Catalinon... Le vieux fils. se forçant à paraître insouciant et gai. eiego..... honte de sa faiblesse. Hablo y ilifro quién sois vos? Respondiô. A quién? : N'osé III. Topé y vide.... Octavio a découvert qu'il est le ravisseur d'Isabela... jusqu'au fait moment où statue. Déjà sent sur lui lui fait comme une brûlure de l'enfer. Je ne sais la » Don Juan prend statue et recule lumière et va voir. vient demander au roi la permission de le provoquer. la statue l'invite à venir souper len- demain dans sa se maîtrisant partie. — Vide... lui. tire son épée Bientôt il lentement devant la statue qui avance. Alors signe qu'elle veut rester seule avec son dissimule plus son trouble.. mais. hôte. la vérité commence à se faire jour sur le compte Don Juan.) ... Don Juan. Tenorio. se rendra à de el En attendant... la vie Sans répondre.. Il de lui-même et invite la commandeur la à fait jouer de musique et chanter. la statue terreur éclate malgré il Son corps est baigné de sueur. d'abord silencieuse. — Don Juan lui se Qui? — C. cuando. Il Don Juan ne adresse future le au mort des questions inquiètes où l'angoisse de se trahit. sa Don Juan donne sa parole de tant que le commandeur le regarde.

encore. elles assiègent toutes ensemble le palais du roi. il la Mota avec dona possession Ana. Le héros pousse un dernier cri de menace et saisit son poignard. vengeance divine pénètre. Cf. la commencent à le troubler : l'heure de La statue se lève. passant dans un lieu où un homme avait été tué.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. chapelle à l'heure dite. voyaient le cadavre tout sanglant. lorsque Catalinon arrive et raconte la fin surnaturelle de son maître. elle prend la main de Don Juan qu'elle embrase d'un feu infernal. La statue l'attend et faut qu'il se se trouve en effet le fait dans asseoir à une table noire où des scorpions et des vipères sont servis. est venue. n'est plus temps. En platement. C'est surtout par ce contraste entre le 1 contemporain . Don Juan garde d'abord bonne contenance devant cet appareil macabre. c'était une croyance générale en Espagne que les personnes nées le Vendredi-Saint. après avoir commencé par d'assez banales aventures d'amour. Quant au laboureur dépit de ce rentre en d'Aminta. La statue l'entraîne. mais qui est conforme à dénouement de comédie qui la termine assez une habitude du théâtre la pièce. I. le dénouement de 2. Cf. La crainte de l'enfer le Il veut mourir en état de grâce et demande un prêtre. t. réclamant justice. 1. Il mais son orgueil enfin brisé s'humilie. iMais auparavant rende à l'invitation du commandeur. Cependant la clameur des victimes retentit encore. Au xvii" siècle . s'achève en un drame religieux d'une grandiose ampleur. mais des voix qui se font entendre et qui chantent la punition des coupables. Lettres de Mme d'Aulnoy. Le roi lui a fait 10 cette nuil il bon visage Il et même la son mariage doit se conclure. les hommes et le ciel sont satisfaits. reprend confiance. où le mystère est partout . tel qu'il étail à l'heure de sa mort. fantastique des éléments surnaturels et la vulgarité des événe- ments humains que la religion est le Burlador appartient vraiment à un pays où les incidents intimement mêlée à tous et la foi 2 de la vie. au merveilleux plus forte qu'en tout autre lieu la plupart des pièces de Lope. Cette mort permet et celui le mariage du duc Octavio avec Isabela du marquis de Patricio.

pu m'assurer rechercher l'origine de cet argument tant de fois Irai lé et qu'il repose sur une histoire véritable. que les critiques ne l'ont pas considérée comme une simple création de l'art dramatique. :. qui existe encore. Cueva. .. YInfamador.. aussi l'Appendice bibliographique. grossi et de n'en si Don Juan embelli ensuite par l'imagination et la superstition populaires 2 . du théâtre 3 et : des « beaux-arts en Espagne. Dès le xvir siècle. de ses mœurs. Cf. la fable demeure pas moins dans son ensemble différente de celles qui l'entourent ou la si exceptionnelle. . Viardot écrit est le Tirso de Molina premier qui Juan. On trouvera indiquées au fur et à mesure ci-dessous Les œuvres qui ont fcraité de la question des origines. disait institutions. places de veinticuatros (regidores : [. publiées en 1835. bien que aventures galantes dont le Burtador est le triste héros appartiennent au fonds banal et inépuisable du théâtre espagnol. P. Cf. etc.. Ce (pie le drame rapporte du caractère de Don Juan.s et parmi les membres de la municipalité actuelle figure encore un Tenorio. des apparitions mystérieuses les '. — I/appnrition de l'ombre de Lautare dan- /' Irauque de Lope. tient Elle occupa constamment une de. de. la littérature. l'auteur d'une anonyme de la « Lettre sur le les observations comédie du sieur Molière. 2. intitulée F'-stin que l'histoire dont le sujet est tiré était arrivée en Espagne. Il a été longtemps admis sans discussion que cette légende avait un fondement historique et son point de départ dans un événement ancien. des dieux. Mais bien qu'un châtiment aussi miraculeux que celui du trompeur de Séville ne lût pas pour surprendre un peuple superstitieux. accoutumé à voir sans cesse évoquer sur la scène des fantômes.20 LA LEGENDE DE DON JUAN. de ses aventoujours un rang distingué. précèdent. ait mis sur la scène le fameux argument de j'ai Don Me trouvant l'année dernière en Espagne. 344. Don Juan Tenorio était de Séville où sa famille.. Dans une note de ses Éludes sur Vhistoire des de Pierre ».

naissance à et réel. '. 90 et sinv. une rue de Séville portait encore le nom de la famille du commandeur. D'ailleurs. T. Il. 11 joué dans les couvents sous le le . p. tout-puissants alors à Séville. // ne mais il ne paraît pas douter qu'elle ait existé. T. voulant mettre un terme aux excès mirent à mort. le titre Notons en passanl que Viardot confond de la pièce de Zamora. à défaut de vraisemblance. il y a cherché la chapelle des Ulloa. qui aurait donné lui. prendre 2 Dans ses Etudes la A. convive de pierre » Ce récit. o « Il No hay plage El convidado de piedra. C'est la que Tirso alla 3 . 3. Il 21 lue de nuit l'ut le commandeur d'L'lloa dont il a enlevé la tille. que Don Juan était statue du commandeur et Celte espèce de légende (las qu'elle l'avait précipité dans l'enfer. titre d"Ateista fulminado."). aux impiétés de Don Juan auquel sa sance assurait l'impunité. . I. 221. l'attirèrent dans un guet-apens et Ils naiset le répandirent ensuite sa chapelle la le bruit venu insulter jusqu'en fut recueillie Sevilla . L'auteur est nettement affirmatif sur le fait. ou le n'y a point d'échéance qui ne se paye.LES OIUGINES DE LA LEGENDE. la légende de Don Juan. suivant historique Cette affirmation a été reprise en 1852 par Castil-Blaze dans son Molière musicien. et qui enterré dans une chapelle du couvent de San Francisco où sa famille avait une sépulture (una capilla). p. dans les chroniqnes de Séville bizarre et expressif Cronicas de C'est là il que Tirso de Molina titre prit le sujet : de sa pièce à laquelle donna ce que no llegue ni deuda que no se pague. visitant l'ancien convent des Francispus trouvée] cains. tures se trouve également dans son histoire. Les moines franciscains. L'auteur se contente d'ajouter que le conte populaire emprunté aux chroniques d'Andalousie et fui mis en vers sur V Espagne histoire. de Latour donne comme authentique l'a même raconte que. depuis elles furent détruites dans un incendie. Cette chapelle et sa statue en marbre existaient encore au commencement du siècle passé. De tels témoignages ont paru si probants que pendant 1. ne manque pas de fait préci- sion. le titre de la pièce <le Tirso • 2. en 185.

Zeidler dans la même Revue 3 reproduisent le récit de Viardot en le complétant par des renseignements sur le personnage de Don Juan. les romanceros nous en ont transmis de moins dramatiques. tel le Romancero du Cid. Don Manuel de Ni la Revilla : « El tipo « legendario de Don Juan Tenorio y sus manifestaciones en las modernas literaturas. critique les a admis sans contrôle 1 . Revue politique Les origines de lion Juan. Nulle part on n'y trouve rapporté 5 Chose curieuse en vérité! l'événement d'où serait sortie la pièce . En Espagne.-22 LA LEGENDE DE DON JUAN. 392 à 40G. 15 octobre 1881 : 2. et sa discréest ». . Conf. qui ont. les rares critiques qui question n'hésitent pas non plus à déclarer la que de la légende « a la famille Tenorio dut. 1896. 4. et littéraire. la permis de découvrir ni celles du professeur Farinelli n'ont moindre trace historique des aventures de Don Juan. 89 el suiv. recueilli la légende de Don Juan. aurait inspiré Tirso de Molina ou un autre poète? L'observation du défenseur vagues tion et n'a pas de valeur. plus XIV e siècle. En 1. et conservé dans les chroniques de Séville. mes recherches personnelles. Que valent ces affirmations? Sur quel fondement reposentelles? Le héros du drame espagnol est-il réellement un personnage historique? S'est-il passé un événement qui. la longtemps. dans un article de la Zeitschrift fur vergleichende Littera. il était fils le temporain de Pierre se sont occupés de de l'amiral Alonso Jofre Tenorio et conCruel. p. s'illustrer et par ses excès par quelque aventure étrange mystérieuse que le vulgaire considéra comme une merveilleuse intervention du surnaturel i ». Une aventure omise par aussi rare n'aurait vraisemblablement pas été les chroniqueurs si elle s'était réellement passée. sont. aussi Arvède Barine. En 1887. dit-il. P. anonyme de Molière est des plus Quant à l'histoire racontée par « Viardot. aussi suspecte que regrettable. Les Cronicas de Sevilla réalité. l'auteur a négligé d'en indiquer les sources. Celui-ci vivait au turgeschichte*et. transmis de bouche en bouche. à et un fondement véritable. Koch. que quelque membre une époque incertaine. en muettes sur ce point. récemment. 5. 3.

mince y n. ne y cosas mémorables en ella acombecidas » d'Alonso Morgad (Séville 1587 Aucune des archives de la famille dit rien des aventures de Don Juan. 1856). y El Patio de los naranjos de la catedral de t. Generaciones. archevêque de Tolède. Un des historiens de Séville. le roi déclare que pour honorer son tombeau sera transféré à San Francisco mort mémoire du la Tirso ne connaissait donc pas l'existence de ce tomà Madrid beau à Séville. (Madrid. où il est question de Don Pedro Tenorio. généalogies. archives de famille. couvent des Franciscains d'une chapelle et d'un tombeau ayant appartenu aux d'Ulloa. « UHistoria de Sevilla en la quai se combinen sus antiquidades. ou autres. p. A propos des tombeaux des familles Tenorio el Ulloa. De vagues traditions. t. . en los tiempos deslos Reges fueron (éd. 1662. Fernan Perez de Guzman. 2. 23 dehors de ces chroniques. dans la deuxième version du Burthétique 2 . locales ou générales. ont seuls permis à Viardot et à d'autres à sa suite réalité de l'aventure qui aurait donné naissance à la d'affirmer la légende. le tombeau du commandeur ne se trouve pas dans l'église Saint-François. question de transferts de corps opérés en 1401 (Revista de filosofia. Vida del arzobispo don Pedro de Tenorio (Tolède. III. mais dans l'église Saint-Jean de Toro. Zuniga. on peul se reporter Sepulcros con estatuas avec intérêt aux articles suivants Claudio Boûtelon yacendas en la capilla de San Andrès de la catedral de Sevilla ».n!inuacion del apellido Tenorio. grandezas. ne relate le fait l . où il est : : — sciencias de Sevilla. Rivade. II. — — : Eugenio Narbona. D'autre part. t. 1872. Cf. 3. T. Cf. — — Piferrer. Tenorio ne contient la moindre allusion aux mêmes faits. LXVII. 703. Vobiliqrio de los Reinos y senorlos de Espana Santoyo (Madrid. t. Dans cet article. A la fin 3 . M. des récits sans authenti- cité établie. 1624).) et Sevilla • (même revue. (don Miguel Tenorio cordera de . p. D'ailleurs cette existence môme est hypo- du Burlador. dans la cour - (patio) de la cathédrale. literatura. Para memoria mas grande. sur la famille Tenorio. elle ne saurait établir la vérité du conte qu'aux yeux du gardien inté- Quant à l'existence dans le ressé à l'entretenir. de la Gandara . aucun document historique connu. por D. aussi l'article de ['Imparcial du 22 janvier 1899. lador. 1833). aussi Frei Felipe Armas i triunfos del reino de Galicia (Madrid. Y el sepulcro se traslade A San Francisco. 1871. 178).LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. semblanzas e obras de los excelentes reges de Espana Don Enrique III e Don Juan II y de los vénérables Perlados y notables Caballeros que. 1328-1399) El verdadero Don Juan Tenorio o sea memoria sobre la precedencia. il est question d'un Pedro Tenorio enterré dans la chapelle construite par son père Alonso. IV). en Madrid. qui a décrit les cérémonies du cou1.

les différents ouvrages indiqués dans la bibliographie. J'ignore quelles pourront être ses conclusions qui n'. IS'. dans ses amours avec Blanche de Bourbon et Maria de Padilla. récits antérieurs et l'histoire de Don Juan défaut d'un le mais les ressem- blances sont vagues. est aussi la maison de Busto Tavera à l'angle de la rue des Armes cl <!e la place des Ducs.Note de la page 115. 4.iT. Cf. p. de Latour n aient été les dupes du cicérone qui leur a montré remplacement de la chapelle. Hazafias y La Hua. 219. A Don Juan Tenorio authentique dont auraient inspiré la vie le de débauches et châtiment surnaturel cherché 2 dans la dramaturge espagnol du xvile siècle. p. incomplètes. reconnaître qu'aucun docu1 . On peut seulement établir quelques rapprochements entre des . 3. dans les aventures du duc don Juan de Bragance 3 et d'autres coureurs de femmes. Aucune de ces histoires ne contient nalité : le seul élément qui constitue l'origi- du Burlador le miracle de la statue de pierre s'animant pour punir un débauché. que les événements auxquels elle devrai! son origine se son! bien passes à Séville (cf. comme Ton montre à Vérone la maison de Juliette et au château d'If les deux cachots d'Edmond Dantès et de l'abbé Faria '. trop générales pour que l'on puisse conclure à une filiation. Ce Gomez. indiscutable. p. Mais tous doivent. aurait été surnommé « el convidado de Piedra ». ont considéré comme un fait établi. el notamment Leopoldo Augusto de Cueto. qui tiennent à honneur d'avoir donné naissance à la légende. les sources où aurait puisé l'auteur du premier Don Juan. S. au xv e siècle à Plaisance dona Maria la brava. Alejandro Matias aïeul de Gil. le i authentique n'a conservé le souvenir d'un événement qui aurait pu être de dépari de la légende. M. 2. 57. fait Il vent des franciscains. ne chapelle du aucune allusion à la mort. Ce surnom Les Espagnols. ni pas encore paru. cité par J. . Cf. on a vie de Pierre le Cruel. comme il leur a peut-être montré Commandeur. Rassegna critica délia hllcratura itaiuitii point liana. décembre 1889) une histoire des origines de la légende. fasc. Mme Blanca de los Rios a jadis annoncé Espana moderna. 10). II. 3 à 4. Brouwer :Ancora don Giovanni.24 LA LEGENDE DE DON JUAN. ni à la donc à craindre que Viardot et M. . Romancero général. Dans son étude sur Tirso de Molina *. Cotarelo cite une autre source possible c'est l'histoire d'un certain Diego Gomez de Almaraz racontée dans las siete centu: rias de ta ciudad de Alfonso VIII par 0.

les crimes et fisante analogie avec les aventures mort mystérieuse offriraient une sufdu héros légendaire. jusqu'à ce jour. Brouwer. Rien : pour mémoire le pamphlel d'un jésuite portugais du ita ri murs sceleraiissimi Principis Domini Joannis. Le récit qu'il a mis sur la scène donne aussi au premier abord l'impression qu'un fond de vérité se dissimule sous la fantaisie il semble que le héros ne soit ]>as une créalion absolue de l'imagination. : l < . Contre toute vraisemblance on a cherché un rapprochemenl entre cette œuvre el la légende du Burlador cf. qui monta sur le trône en 1656 et qu débauches firent déposer en 1667. à défaut d'un de Tirso de Molina. des personnages semblables qui auraient pu être son prototype. Nulle part il n'est question des amours d'un Don Juan Tenorio L'erreur et de sa fin surnaturelle. On ne l'a pas découvert. un grand nombre de leurs sujets et de leurs héros» on a cru assez vraisemblablement que L'auteur du Don Juan avait puisé aux mêmes sources. Picatoste et S. Je ne cite ([m' xyii" siècle. les débauchés et les impies sont assez nombreux dans toutes les histoires et dans toutes les littératures pour qu'il n'y ait pas quelque naïveté à prétendre découvrir dans tout débauché siècle xvn e et dans tout impie antérieur au un ancêtre de Don Juan. esl 25 la en effet assez curieux à rapprocher du sous-titre de le pièce rapprochement ne loin. un personnage dont les la escapades. Certes. Seul. mais un être réel. n'existe ni trace. à l'histoire géné- même. Je De dis rien mm plus de l'histoire de don Miguel Manaro Vincentelo de Leca morl en KiTi). mais saurait aller plus n'ont aucun raple pas d'ailleurs de la légende on Don Juan Tenorio ayant réellement existé. : longtemps entretenue s'explique cependant les auteurs dramatiques du xvi e et du xvn e siècle ayant emprunté aux rale récits populaires. ouvrages cités). J'y reviendrai plus lard. histoire qui a été confondue au xix" siècle avec celle de don Juan Tenorio. Les aventures de don Gomez de Almaraz port avec celles de Don Juan et ne justifient surnom qui lui aurait été donné '. 1. intitulé .LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. pourrait èlre raisonnablement considéré et. ni sou- venir matériel des événements qui auraient pu inspirer l'auteur du Burlador. aux chroniques locales. Dans cette question des origines historiques a trop cédé au désir de trouver. contre Alphonse VI du Bragance. comme il son modèle.

fut seizième amiral de Castille sous : règne d'Alphonse XI. Farinelli. de qui descend don Pedro Tenorio. en Italie et en France. chef d'office de Pierre le Cruel (repostero del rej le même peut-être qui fut comendador de estepa. cit. après la diffusion universelle de la légende. . op. op. lassant la patience de ses victimes et disparaissant un jour d'une façon mystérieuse où la crédulité populaire aura vu une intervention manifeste de la colère divine. André Favyn. et don Alonso-Jorge. d'Ulloa. cit. Cf. et 3. elle est galicienne et tire son origine d'Alphonse IX de Léon par don Pedro Alonso dont Tenorio. Théâtre d'honneur de chevalerie ou . La Pedro famille Tenorio existe en Espagne. article cité. « comendador de Estepa en la orden de Santiago ». qu'il n'y ait tué un commandeur leuse. •4. Jean II et Henri III Parmi les contemporains du Burlador on cite encore un don Juan. une origine lointaine. p. Il. 1. les critiques et le public lui ont supposé moitié réelle. Le nom des personnages : Juan. Frei Felipe de la Gandara. p. s'élevait le cénotaphe de sa vic: le fait L'erreur est d'autant plus naturelle qu'il y a en réalité un élé- ment historique dans la légende. 130. 12. Mota ne sont pas des noms fictifs. moitié fabu- aux œuvres qui ont répandu à travers le monde le nom de Don Juan que l'on a fait de celui-ci un personnage historique. Cet Alonso-Jorge eut deux fils Don Juan. archevêque de Tolède.26 n'est plus LA LÉGENDE DE DON JUAN. avocat au parlement. et un don Juan chevalier de l'ordre de la Bande et de l'Écharpe rouge. ordre 4 Ce Don Juan fut institué en Castille en 1330 par Alphonse XI l'Infirme 2 . sui- vant un phénomène assez fréquent. Nul n'a douté que Séville n'ait été le théâtre de ses exploits galants. 2. Après le succès de la pièce en Espagne. « alguacil mayor de Toledo ». 178. Cf. vraisemblable que cette histoire d'un débauché finissant par scandaliser ses contemporains. Cf. et qu'il n'ait à son tour trouvé la mort dans le couvent même où time. Les chroniques locales rapportaient évidemment on l'a dit. t. C'est postérieurement dont il avait séduit la fille. prélat illustre qui vécut sous les règnes de Henri II de Transtamare. .. on l'a cru de bonne foi sans y avoir regardé. la 1 le fils. p. Piferrer. le Alonso Jorge Tenorio.

Lope prend le nom historique d'Alexandre de Médicis. quel que soit son prénom. qu'il soit aucun commentaire parmi les membres de l'Ordre de la Bande et de TÉcharpe rouge. Serait-ce alors le Don Juan qui fut chef d'office de Pierre le Cruel? Nous ne connaissons pas la vie de ce seigneur et rien n'autorise à croire qu'il ait réellement été le héros des aventures comme celui-là même le remarque judicieuse- merveilleuses que la légende prête à son homonyme. Il. 1620). Dans la première des deux versions. . lu Fausse ingénue (la Boba I. Calderon. Dans para lus otros y discreta para si).LES ORIGINES DE LA LEGENDE. Il se pourrai! seulement que le Don Juan. et dans la seconde celui de Juan mais. père de Pierre le Cruel. vu l'extrême sévérité des règles de cet ordre. p. Tirso sont coutumiers : du fait 1 . créé dans le troisième chapitre et. il est impossible de reconnaître en lui un des mem: bres cités de la famille Tenorio. On sait avec quel sans façon les auteurs dramatiques espagnols oui emprunté des noms historiques pour les donner à des héros purement imaginaires Lope. Dans l'Étoile d<Séville (la Estrella de Sevilla). chef d'office de Pierre le Cruel. Peut-on identifier tan largo Don Juan de » la légende avec quelqu'un et celui de ces personnages? Le texte du Buvlador le « de sa variante me lo fiais peuvent-ils nous fournir quelque est appelé fils indication précise à ce sujet? Don Juan y du Camarero Mayor du roi Alphonse XI. fût le personnage dont le nom a servi à l'auteur du Burlador. t. dans le Cavalier d'Olmedo el Caballero de Olmedo). Le nom de Don Juan Tenorio a pu se présenter à leur gêné histoire des ordres militaires des roys et grinces de la chrestienté et (Paris. 1223. le connétable Alvaro de Luno. dont le nom figure sans ment Farinelli. Peut-être un frère de ce dernier. et tranforme absolument le caractère et la vie du personnage. suivant le règlement de l'ordre. devait être un cadet de le famille. ce seigneur porte le prénom de Diego. aucun membre connu de la famille Tenorio ne peut rire historiquement identifié avec le trompeur de Séville. mais ce lui- qu'une supposition gratuite. un d'Ulloa. car le seul Tenorio signalé comme n'est là ayant exercé une fonction sous Alphonse XI est l'amiral était-ce don Alonso. fils naturel de Laurent H. Quant à est Don Juan même. Ainsi. il peu vraisemblable. lui fournissenl aussi leur nom.

mort en 1433. L'auteur mourir de même sous le la ce prince le voir. Cf. etc. 2. de los romanceros de Ochoa (Paris. Dans I er la même pièce. Quant à la famille d'Ulloa. qui mourut en 1350. Alphonse XI. que le Don Juan de la fait ne faudrait pièce fable ne peut la être le repostero de Pierre le Cruel puisqu'il meurt dans sous le règne d'Alphonse XI. « C. échangent entre elle n'est eux des ambassades. il sa qualité. Mais agi lui avec ce personnage a comme avec don Juan Tenorio il emprunté son nom. dans le Secret <> haute voh el Secreto a voces) el celui de César Farnèse dans Honneur ri Calderon Malheur du nom (Dicba y desdicha de! nombre). 2 Il est question dans . contemporain de son les comme nous allons successeur. 14. le dramaturge espagnol a pu Il gentilhomme les pas s'arrêter à l'objection mœurs du monarque. xxxn. 14. fut le commandeur d'Ulloa qui. On sait assez liberté la que et auteurs dramatiques espagnols prennent avec chronologie. duc de Mantoue. M. sinon qu'il faut décidément rejeter — des prend dans de !/<// en Pis (Peor esta que estaba) le nom <lr Césai Ursins. de l'auteur du Burlador d'autant plus naturellement que le ce personnage avait été ses débauches et ses aventures scandaleuses compagnon d'un prince connu pour Conformément au 1 . Chap.. 1. la chronique de Lopez de Ayala. celui de Henri de Gonzague. l'auteur a : il vive sous le règne d'Alphonse XI. citer par Farinelli. Il n'est donc guère douteux que le d'Ulloa contemporain de don Pedro soit le même que le d'Ulloa de la pièce. en le mêlant à des aventures auxquelles est dans la réalité demeuré étranger. p. Remarquons toutefois que Lopez de Ayala cite aussi un Gonzalo Sanchez de Ulloa et que l'auteur du Burlador a forl bien pu confondre les deux personnages.omo os lia sucedido en la embajada comendador mayor? 1 : et le Tcsoro { ) . léger recul de date. . C'est le titre qu'il porte dans la pièce espagnole 3 Il est vrai qu'ici il s'appelle non pas Lope. 218. par un des Tenorio. mais Gonzalo. tel valet ». » lui dit le roi (1. s s p. bien que dans celle-ci. celle pas moins historique que la chronique de don Sanchez de Ulloa « comenLope Pedro par Lopez de Ayala d'un dador mayor de Castilla ». Que conclure de tout cela. proverbe prêter au : « Tel maître.28 l'esprit LA LEGENDE DE DON JUAN. Jean de Portugal.

104 ri 105. qu'il écrivit en 1816 et publia de la nouveau en 1817 dans tale Biographia lileraria 2 . Castil-Blaze prétend que ce drame aurait directement inspiré l'auteur du Convié de pierre.. Picatoste. dans la Critique du drame de Bertram. p. pas foudroyé. extraordinaires cependant. l'opinion qui attribue à la légende 29 d<> un point dépari histo- que les chroniques auxquelles l'auteur d<. sur aucune preuve. dans la pièce de Tirso. Or l'affirmation de Castil Blaze ne repose. 11. les extraits de Coleridge ne sont pas autre chose que des citations textuelles du Liberde Shadwell *. don Juan Tenorio et le commandeur d'Ulloa. que Don Juan. Ce titre d'athée foudroyé lui donné après coup. l'existence cette pièce n'est donc nullement Le tutelle. Magnabal. S'il n'est pas impossible qu'un drame religieux sur établie. Mais. traduit par || 4. 21. suffirait à prouver que ces événements sont imaginaires. veut que l'on s'est fait l'écho '. antérieurement au Burlador quelque pièce religieuse. donne des extniits d'un Aleista fulminado dans lequel on si 3 a voulu voir l'auto-sacramen- en question. Cf. Il j a faut noter m fusion. [ . xviii. la tion des origines serait reculée et non résolue.la première pièce a emprunté les noms de ses deux héros. 2. un « auto-sacramentale » intitulé VAteisla fui- minado (l'Athée foudroyé) qui aurait contenu le sujet du Burlador. à défaut de source historique. que l'auteur du Burlador n'a emprunté à l'histoire que le nom de ses personnages et a créé de toutes pièces les aventures dont ils sont les héros? La statue vivante Faut-il conclure est-elle le produit de son imagination bizarre éprise de merveil- 1. Coleridge.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. eu par la suite <"iipièce de Dorimon «( se trouve aussi -mi Italie. 200 à 272. n'est . |j. le même ques- sujet ait été représenté antérieurement <Je au Burlador. :!. p. a'esl pas athée ri qu'il France. auxquels il les mêle. événements. . T. quelque poésie populaire contenant les premiers germes de la légende? Une vague tradition dont Castil-Blaze et qui a été reprise par d'autres. n'existe-t-il point en Espagne. sont muettes sur les rique? Le fait seul. ait représenté au xv et xvi e siècle. chap. comme tine d'habitude.

sans s\Hre inspiré d'aucun modèle? soit le 11 n'en est rien. puis l'abandonne après avoir tué son rival. son Treles si arrogant envers les femmes. si prompt et si violent dans ses amours. . envers Dieu même. 3. son Tello bacio 5 . Gomme a mêlé : dans un grand nombre de pièces de le la même époque. de toutes jouissances et les satisfaisant au prix de l'honneur. sans cesse en révolte contre l'autorité. Si obscur que problème. Don Diego de Alcala. Son amants ses de chacun que exagération 3 2 homme Don Carlos cet son Alcala de son Diego Jérôme convoite qu'il la promesse femme sans foi ni loi qui donne à la mis dans 1 la plupart de ses drames. pobreja y nwjer. parfois même de la vie de ses semblables. 4 . il surnaturel à la réalité. de hommes. El imjor alcade el rey. la religion et la morale. écrite de l'épouser. "). thème maintes fois exploité et mis sur toutes la les scènes. . peu scrupuleux. chez Cervantes. 4. écervelé. envers l'homme noms différents. chez Tirso. l'a Lope de Vega pu dire sans était un Don Juan. e mais plus par xvii e siècles. chez Calderon. il est possible cependant de découvrir dans plusieurs œuvres contemporaines les principaux éléments dont l'auteur du Burludor a tiré parti pour faire son drame. ticulièrement sur la scène espagnole au xvi et au le Rien de plus avide commun « dans nouvelle et dans théâtre que la peinture de ce caballero les » bouillant.30 LA LÉGENDE DE DON JUAN. de Belen. et l'on a . L'auteur du Burlador n'a eu qu'à prendre au hasard dans les innombrables œuvres aimées du public pour y trouver le modèle de ce fils de famille aux appétits violents. . Le même personnage se retrouve chez Cueva. sous des qu'il s'appelle tous sont une copie du même portrait. Et ici la réalité est assez banale il s'agit des fredaines amoureuses d'un jeune débauché. le leux? A-t-il spontanément conçu caractère de Don Juan. qu'emportent hors des règles et des conventions sociales des sens fougueux et une volonté intraitable. El triunfo de la humildad y soberbia abalida. mais avec le même caractère Don Juan et qu'il viole une femme endormie : ardtnal 2. Virtud.

V. 1837. No hay cosa como callar 1 . et à sa race. qu'il s'appelle Cristobal de Lugo 2 qu'il vole. p. rosse le guet. le la la puissance paterconscience. bien qu'ils soient chez lui plus adoucis. . trompe les femmes. et avant lui. ne font qu'exaspérer. Leucino « comme Don Juan. de la vie de honte. Il des préceptes de l'église et des orgueil et la lois de a même même est bravoure. avec plus de furie dans l'insubordination de la volonté et l'emportement des sens. les liens de que l'honneur. va jus- qu'au crime 1. de nelle. leur prodigue serments et promesses de mariage. un galan » sans scrupule. même pour satisfaire son caprice. Die Schauspiele <:>ildrcaractère donjuanesque de quelques drames — de Calderon). la famille imposent à l'homme. rons (Elberfeld. Schmidt. type.Molina. fussent-ils surnaturels. qui passe de conquête en conquête. use de douceur. mais il professe le même dédain des droits d'autrui. Léonido. de Tirso de . 2. de violence. de Cervantes. comme Don Juan. Le premier. 219 : Sur le Cf. demeure qu'il la variante du même Mais.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. outrage et frappe son père. de l'honneur des femmes. attente à la vie de son beau-père. que les résistances et les dangers. parce appartient plus qu'aucun autre à son temps révoltés. Il cherche devoirs à violer sa sœur. 3f comme clans . El rujiiin ilirltoso. sans qu'aucun sentiment Il met sa commettre des attentats que la perversité humaine n'a pas encore accomplis. qu'il s'appelle enfin il Enrico 3 et commette les pires attentats. celle de Leucino dans YInfamador de Cueva. sans être arrêté Cette pièce de Calderon est d'ailleurs postérieure au Burlador. L'une est celle du héros de la Fianza salisfecha de Lope. De même. Don Juan pousse moins loin la fureur et la forfanterie du vice. parmi ces innombrables figures il de libertins et de en est deux plus vigoureuses et plus représentait i- de l'espèce à laquelle appartient Don Juan. il est plus humain. 3. moins effrayant. affecte. de respect ou de crainte émeuve son cœur. renie même son Dieu. cent fois repris. de mépriser tous les la morale. El condenado por desconfiado. tue. dont elle pourrait bien avoir subi l'influence. la religion. de corruption. L'autre. Elles ont trains traits même enque ce dernier reproduit. fierté à de l'homme.

la il L'élément merveilleux de pièce consiste tout d'abord dans châtiment d'un libertin par une puissance surnaturelle. une allure si fabuleuse. le cet obscur problème. la vie de ses semblables. qu'on ne saurait se contenter de l'expliquer par les habitudes de l'on ici la comedia espagnole. ne lui . à son caractère cependant si humain. : moins originale du drame: et. image présente celle de Leucino. et profanes. par le mélange perpétuel que ciel ment y rencontre du profane et du sacré.Mais le caractère de Don Juan sont que la partie la si celui-ci n'était il et ses aventures galantes ne à vrai dire. presque uniques clans la littérature et qui lui ont valu sa rare fortune. la diffusion de sa légende. dans le Burlador. pour ses trompele pour son mépris des conseils que. 32 LA LEGENDE DE DON JUAN.. Et le surnaturel a. car Don Juan doit moins à lui-même. La pièce comprend des éléments d'un autre ordre. étrange? Pour mettre quelque lumière dans importe d'en diviser les parties. singuliers. quitte son piédestal. agit. Don Juan. . dès début. Le coupable est puni pour ses attentats contre l'honneur et ries. Ce n'est plus seulel'intervention d'un saint ou d'un Dieu qui descend du pour convertir ou châtier un coupable. si extraordinaire. par les signes les plus manifestes du courroux céleste. Le miracle se manic'est une statue feste d'une façon exceptionnelle. et devient l'agent conscient et volontaire de la vengeance La résurrection d'un cadavre serait pour le spectateur un phénomène moins terrifiant et moins anormal que cette fantastique vision d'un marbre vivant Où donc l'auteur du Burlador a-i-il pris une idée aussi divine et de la sienne propre. parle. avait leur Leucino et Leonido sont du à la même sang et si l'auteur du Burlador il n'a pas copié les deux héros de Lope mémoire. qu'aux événements surnaturels qui terminent son existence aventureuse. et de Cueva. composé que d'éléments humains chercher bien loin l'origine e serait superflu d'en le théâtre espagnol tout entier du xvi siècle et des premières années du xvir nous la fournirait. stupéfiante : de pierre qui tout à coup s'anime. surtout quand il a peint son propre personnage.

vague et peu sensible ciel. L'auteur du Burlador a donc [misé à une autre source cette partie de la légende. Leucino est châtié pour des crimes de même fille nature : il a trompé par de fausses promesses et déshoil noré nombre de femmes. Non seulement ici mêlée de paganisme. C'est donc leçon religieuse est la Terre qui l'engloutit. même fin soudaine et Mais les menace l'approche du miraculeuse du coupable. dans Vfnfamador. Les ressemblances sont étroites entre les deux pièces : mêmes la crimes. ni son valet.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. est préparé de longue main. terrible dès que celui-ci entre en jeu. qu'il a a tué voulu en vain violenter. mais événe- ments surnaturels qui accompagnent le châtiment de Leucino n'ont aucun rapport avec l'histoire merveilleuse de la statue vivante. comme Don tardif repentir. Or. niais fleuve se refuse à recevoir dans son sein un criminel aussi les altola minable. et il circule ainsi à travers le drame une impression de crainte. Son châtiment n'est donc pas inattendu. Diane. et mêmes sements. différences ne sont pas moins grandes. et des avertissements même il pour son insolence. son dans le propre meurtre et l'outrage qui lui a été fait jusqu'au delà du tombeau. mais par une qui punit l'attentat divinité païenne. viennent du avant l'intervention du mort. malgré un un homme auprès d'une jeune il n'a tenu aucun compte et finalement. envers la statue d'un mort. La déesse veut le d'abord précipiter criminel dans les eaux du Défis. Cette source. déesse chaste. il des nombreux signes du courroux céleste. comme avertis- par une intervention surnaturelle. et. enfin. 33 ménagent qui lui ni son père. est puni lui. même gradation dans châtiment. et le Bur- lador contient toute rnador : par la une série d'éléments étrangers à Y/nfadrame de Cueva. est-il possible de la vrir? décou- Remarquons que l'histoire merveilleuse de la statue est elle- même composée de plusieurs éléments : L'invitation à dîner . commis contre une le vierge. de mystère. Leucino est châtié non point statue d'un mort vengeant le déshonneur de sa fille. Juan.

liv. adressée par un libertin à un morl qu'il a tué. elle s'anime et le chàlie. la Dion Chrysostome et Pau- sanias 2 racontent l'histoire de statue élevée par les Eléens à L'athlète Théogène de Thasos. pour les emprunts de Tirso à la pièce de Lope. Le bronze punit l'insulteur en l'écrasant. impie. Aristote. l'Argien Mitys qui fut tué par la statue de sa victime deux cas. dont les avec 1. il One l'auteur connus. Si aucune œuvre connue ne contient. . serait superflu le de citer d'autres cas de statues vivantes dont l'analogie avec marbre du Commandeur les ait est encore plus lointaine. la résurrection du mort allant au diner. c'est fort vraisemblable. p. I. i : Voyage en . Même aventure advint au meurtrier de 3 . tous ces éléments réunis. Adolf Schœffer. chap. acceptée et rendue par le mort. ils se trouvent et dispersés dans des œuvres différentes. i. Poétique IN <>. tèlide. xi. VI. la statue agit comme dans le Burlador : insultée par Dans ces un tomber. statue qu'un envieux outragea une nuit en la frappant de coups de fouet. invitant à son tour son hôte et le précipitant dans l'enfer. la substitution au mort de sa propre si a lue en pierre. le Burlador \ 2. Discours 31. enfin. antérieu- isolé> rement au Burlador. semble bien se trouver dans Dineros son calidad scènes suivantes offrent de curieuses analogies de Lope. où l'on peut allé légitimement supposer que l'auteur est mêler ensuite. mais n'esl le pas nécesa saire de remonter aussi haut pour rencontrer i! modèle qui pu l'inspirer. :j. on la trouve à la fois dans une série Dineros son 1 d'anecdotes et l'antiquité et de contes dont quelques-uns remontent jusqu'à dans un drame de Lope de Yega le : calidad l'Argent fait mérite).. les puiser pour les L'invitation à diner. Geschichte des spanischen national Dramas (1890). 1. sur lesquelles nous reviendrons tout à Quant à la statue animée.34 LA LEGENDE DE DON JUAN. i . Mais elle se contente de Il elle ne parle pas et quitte à peine son piédestal. et dans plusieurs pièces d'origine vraisem- blablement italienne. Voyage en Grèce Cf. et le châtiment du coupable se rencontrent dans un grand nombre de chansons populaires l'heure.

Malgré les objurgations de son compagnon. Octavio sent ses cheveux se dresser sur sa tête « Tu trembles. vo \. 18. Octavio : « Ne crains pas. un des fils du comte Federico.guarda. Moi tremViens bler. Vive I>ii>s. Octavio maux. le mort et se propose de dormira ses côtés il provoque même comme on le prétend. Comme Don Juan.. alors même que les enfers t'accompagneraient!. C'est celle du mort qui l'appelle et l'invite à entrer. en même temps qu'une torche s'allume.a capa del que le ofende.. Octavio. ruiné par l'assassinai du Henri.. Il pour voir si. la statue paraît et arrête donc. il s'arrête avec un serviroi teur près d'une grotte où se trouve le tombeau du feu roi. s'endort en effet jusqu'au moment où une voix se fait entendre. luttons corps à corps « Cette bravoure touche le mort Arrête. — — Conl Pues vén. Octavio. 3 » A ce moment. que lie II. Va Enrique. » Et suit la statue dans l'intérieur de l'outrage qu'il lui a fait. < IF.i — si - tema ni 2 te precias de gallardo ' 5 o temer l lôlera es esta. \ Voz. . si tu le vantes d'être brave. La Voz. Pour relever la fortune de son père. tout ceci n'a été qu'une épreuve de Ion Hic jaeet Federicus Magnus Rex Siciliarum et Italiœ. Como el toro que ileshaco l. lui dit la voix. il sortira de sa tombe.. A. lui dit-elle. caverne pour les lui rendre raison de Mais coups ». dit-il. qu'il porte contre le : marbre ne frappent que « le vide. Mourant de faim. de vengarme En vuestro alabastro eterno. — bardas? i'a tiemblas? Vu temblar! \ ai obardarmo. 11 jette alors son épée et s'écrie Eh : bien. irrité contre l'auteur de ses : — — il — . a couru en vain les aventures. L8. V. ). surlit monté de répitaphe 1 sa statue à genoux. Saca la espada j dale cucchillados. lecisus a Ludovico Violenta crudelitate.. Oci avio. .LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. il outrage et frappe la statue -. 4 — Moi craindre! c'est de colère que je tremble la .-i ii' i >> si [os infiernos vin l. J'y vais puis.

C'est le cri de Les différences entre Dineros son calidad Octavio.. saisi par le commandeur. Enrique. quand. 2.' m\ inciblc. les ressemblances entre les deux situations sont trop Octavio. m valor son'. il tirera Son courage est son poignard pour se défendre.. au contraire. — Talcs Octavio. une affectation d'orgueil.3C LA LÉGENDE DE DON JUAN. -. : III. suelta. duel est remplacé par l'invitation à le dîner. . lâche-moi Don Juan. 1.. Don Juan. outrage la statue d'un vieillard qu'il a tué après avoir déshonoré sa le fille. Ay! Ay! Vàlgame Dios! Ay Que me abrasas! Suelta. dans un mouvement convulsif. en elle face de la statue. vivant châtié par le Le contraste nages haine : : moindre dans l'attitude des personOctavio agit sous l'empire du ressentiment et de la n'est pas la d'où la violence de son langage et furie de sa provo11 cation. 1. Cette restitution sau: vera lui-même « Sont-ils et tu main du Purgatoire et des tourments qu'il y endure Donne-moi la lui demande Octavio. aussi a-t-il dans la scène le les : : beau rôle l'offensé lui les demande raison de l'injure comme à un galant homme. — Dame esa mano. deux adversaires se battent en duel et finale- ment. c'est le vivant qui arrache au Purgatoire l'âme du mort. Octavio. — — — Pui - brazos. 1 invincible courage ».. Que lie esto solo lia sido prueba III. Iguarda. vengeur d'une noble cause. montre mort.. Il ne sortira de son calme qu'au dernier moment. à l'inverse du précédent. grands? — » — tège! Tu me brûles. Don Juan ne perd pas son sang-froid. si ciel me prooh! le Oh! auras compassion de moi. est le deux pièces sont considérables clans quand il bat et invective la statue. Enrique. il demeure. Porque compasion nie tengas. brûlé par la main du mort. désespéré. Et il promet à Octavio de lui rendre le la ortune qu'il a l'ait perdre à son père. loin d'être vaincu et châtié. Mais 1. làche-moi. calme et hautain. le dénoue- ment. prend avec un ton dont la courtoisie ironique s'arrête à peine à la limite de l'impertinence..

LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. Il fut représenté à Ingolstadt en Kilo. drames dont les de Don Juan ne sont pas douteux '.. L'effroi des valets devant le sacrilège. C'est et d'autre. manifestes pour qu'il n'y ait pas imitation 37 — elles se retrouvent la jusque dans même : Dans les deux cas. tout cela est identique. l'article de Bôlte . pour venger son injure. cf. ein erschreckliches I. le cri même qu'ils poussent tous deux en sentant sur eux la main du spectre. Elle se trouve à la fois dans des ballades recueillies à travers les différents pays de l'Europe et dans une série de drames en ! latin joués dans des collèges de jésuites allemands au xvir et au rapports avec siècle. nous reste à rechercher l'origine des événements dont teur du Burlador a entouré l'apparition de la statue et qui ne se trouvent pas dans Dineros son catidad. L'auteur du Burlador a donc évidemment emprunté l'idée de la statue et une partie des détails dont il remplit les scènes où il la fait paraître à la pièce de Lope. ci dans la môme revue. Tandis que les éléments la précédents ont leur source unique dans des œuvres espagnoles. lecture de l'épi- taphe qui. l'article : ~ : . sous le titre suivant : Von Leontio. année 1899. la bravoure des et leur allectation à veilleux dont ils deux gentilshommes ne pas cire étonnés par l'événement mersont témoins. fur vergleichende Littede Jacob Zeidler « Beitrage zur Geschichte dos Klosterdramas. du lin une raturgeschichte. Thanatopsychie (Zeugnisse und Belage fur don Juan auf dem Ordenstheater) ». t. 1896. einem Grafen welcker durch Machia(Histoire eu! End genommen comte Leontio qui. dans Zeitschrifl année IX. elle est placée. vellum verfùhrt. de part amène la provocation.Ueber der llraprung >\r. sans que nous sachions d'ailleurs quelles sont les sources dont Lope l'au- lui-même Il s'est inspiré.don Juan •. XIII. corrompu par Machiavel. la Pour l'histoire de ces drames. 1. Ce sont les deux repas et le châtiment surnaturel qui les termine. 88 et suiv. partie de la légende qui contient l'invitation du mort se rattache à une origine cosmopolite. Le plus ancien d'entre eux est antérieur de quelques années à la fable xvnr la pièce espagnole. le miracle esl le une statue provoquée descend du tombeau sur lequel les expressions. p. leur entrée dans la chapelle à la suite de la statue qui marche et les conduit.

corrompu par les doctrines de Machiavel. Heresis. : Mais son convive l'en empêche et lui dit en se levant « Je suis venu sur l'ordre de vie misérable. Tandis que Leontio est à table avec ses invités et festoie joyeusement. le tête se brise. et poursuivis par Politia. trouve être le héros il espagnol.« sujet. un homme d'une taille démesurée frappe à la porte.. est bien vite arrivé : à ne plus croire à Dieu ni au diable. et a fait injustement périr deux gentilshommes vainement défendus par Veritas et Conscientia. effroyable d'autres. l'ancêtre de Leontio. ('. dm me se trouve à la bibliothèque royale M unie h. pénètre dans la salle et vient ^'asseoir à coté de l'amphitryon. moitié allemand. recommandé comme dramatique <•< et moral par de le 1. . mots. au bien ni au mal. les coupables par des signes précur- En effet. Cet hôte mystérieux jette un tel malaise dans l'assistance que chacun se sauve. La pièce elle-même comprend deux parties l'une. tout en maudissant la bonté de Dieu qui avertit seurs. '. 197. I. il Dieu pour l'apprendre qu'après cette infernales. sort des enfers petit-fils pour prévenir son des peines qui l'attendent. précédé d'une préface qui contient un violent réquisitoire contre les théories de Machiavel. Diabolus Politicus. III. sous la col.o résumé de -J. Effrayé. condamné aux peines avec moi dans les enfers. et je dois t'entraîner existe une vie éternelle. A ces lance contre la muraille où sa collée. absolument étrangère à la légende de Don Juan^ nous montre un comte italien du nom de Leontio qui. l'interroge sur l'autre vie. Puis il rentre chez lui. 71. Je suis ton ancêtre Gerontius. La deuxième partie se rattache davantage aux aventures du Leontio passe par un cimetière. Atheismus. et l'invite à dîner. Gerontius.38 LA LÉGENDE DE DON JUAN. et que Leontio épouvanté cherche à s'enfuir aussi. le comte ordonne de barricader solidement sa maison. tandis que des diables se préparent à enlever son âme. Cette pièce a été la source d'un rès grand nombre Nous n'en possédons qu'un résumé moitié latin. où sa cervelle reste puis il l'entraîne en <-nfer. Un jour que heurte une tète de mort qui se crâne d'un de ses ancêtres. mais l'inconnu arrache serrures et gonds. le mort saisit le <-\ comte.

publiée à Prague en 1713. i. dice este lctrcro. le . aussi Molière. jouée dans les premières années du xvin e siècle et intitulée Atheismi Pomea seuvulgo Leontius \ on trouve une description de Florence. Sod i|uid tueniur Quiil brevem incussil raetum? Es1 frigida hominis calva. cf. : l'ero todas son ideas Que El dâ à la : tremor imaginacion y tenter muertos III. cette pièce. C'est ainsi que dans écoliers n'aient fait des une pièce du jésuite bohémien Carolus Kolczawa.. et la légende du Burlador pièce. sous le titre Thanotopsychus en L658 Rottweil. dans un et. en Italie et en France. i Quid no\ Florentiam Hodie veredus attulil ' HT. mort le 4 ./ villano temor. Tirs. III. (Iran sepulcro le lian labrado! cl Rej osi. sa conversa- tion avec des Pour Acte compagnons de débauche désir du valet de recueil intitulé 1. circula à travers les collèges avec des variantes et des développements successifs.2. Zeidler. Quid heros tremis? Nihil timere nobilem stirpem decet.qui est directement imitée de la description de Lisbonne dans le De même. Es mu. 3 . qu'il éprouve d'avoir eu peur d'une tête de 5 . III. 5. (Acte III. — Ordenolo Cômo Cf. Non oientem movet. (111. reprenail à . dans sa Palseslra on quentise Intime. suiv. A. ir. Tirso : n.. se. (Journée III. Marmore sul> isto jacel Ilumatus urliis incola. : Si'd flœda stomachum commovet. celle de Leontio..i Iglau. p. x. .T>. i. et dans tout le cours du xvn" du wnr Les ressemblances entre davantage dans la suite. Cf.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. Eu <!< l(i. se Cf.. les réflexions de Leontio sur la beauté d'un monument funéraire -qu'il aperçoit dans le cimetière la honte Burlador. : Exer- citationes dramatiese. 10-t 2.. déjà sensibles dans la première il s'accusèrent les n'est pas douteux que auteurs emprunts plus ou de ces drames pour moins importants aux œuvres qui parurent sur le sujel <le Don Juan en Espagne. article cité. Formido solura pleins invadal genus. ut elare notât Lapide exaratum nomen. 3. en IC>77 à Neubourg et et en maints autres endroits siècle. se.bscede imapo pallida. jésuite 39 elo- Jacobus Masenius (morl en Hisi . en Moravie. 8. etc.

. Itheismi //'/. LA LÉGENDE DE DON JUAN. non seulement toute une partie des aventures de Leontio n'a rien de coupable l'enfer. se rend au festin. 1. ITT:!.— Que du Don Juan de Molière rien de plus naturel. a fourni plus d'un trait aux Pères qui ne cessaient de reprendre le drame d'Ingolsladt en le remaniant. Leontio s'enquiert fies nouvelles politiques. Mais ces pièces sont toutes postérieures au Burlador el le résumé tort incomplet qui nous a été conservé de celle de 1615 ne contient en réalité aucun de ces détails particuliers dont allela présence simultanée dans l'œuvre espagnole et l'œuvre mande établirait entre elles une incontestable relation. p. qui manifeste un jour son dédain pour les croyances de la foule. III. la différence. Chez Tirso Don Juan s'informe des aouvelles amoureuses. si. Les jésuites transporterez sur leurs théâtres.' II. si toutes deux racontent lois les aventures d'un jeune homme rebelle aux morales et divines. dans 77s el en les Fourberies de Scapin en en les traduisant en latin leur collège d'Erfurt.40 quitter finale 1 . lit. 3. 13 et les dérivés. 5.•„„/. 124. — Tirso. Il est au contraire fort improbable que ce drame ait fourni à la légende de Don Juan quelques-uns de ses éléments constitutifs. A. III. par une facétie sacrilège une invitation à dîner adressée à un mort.-. 2. . l'Avare. la légende de Don Juan. 1. Dans une pièce jouée en 1762 à Roth. n. : Qui hay do Sovilla . En effet. III. article cité. si les deux légendes ont entre elles des ressemblances. traduit en allemand (cf. le Theater-Kalendcr 1 : : de 1800). détails rappellent de trop près la pièce espagnole et ses dérivés. s. Il est certain qu'après son universelle diffusion. pour que le jésuite allemand ne les ait pas empruntés. Zeidler. 6 el le. les jésuites se soient servis Cf. dans Jésuites. de part : et d'autre. un maître aussi dissolu. les différences Tirs. fait la leçon au et le punit en l'entraînant dans sont beaucoup plus nombreuses et plus importantes . ce mort se ranime. en raison de son analogie avec celle de Léontio.! pièce <le Molière en Allemagne. Nous verrons ailleurs !< succès qu'eut l.dérivés. ses craintes d'une catastrophe 2 tous ces son effroi quand il voit entrer le squelette . — Tirso. la pièce des On devine les raisons de [theismi poema. on retrouve des scènes de paysans et un pauvre figure parmi les personnages 3 .

celles-ci demeurent générales imprécis Don Juan qu'il a interpelle dans une chapelle la statue d'un fille. lui aussi est Sans doute. contre cette morale exaltant la toute-puissance de l'homme. traits. licet. c'est pour cela que Dieu dès le xv° punit. pour qui C'est la vie terrestre contient en elle seule le sa raison un disciple d'Epicure qui célèbre plaisir. I .. qui n'estime ici-bas que succès en homme d'être. siècle. homme Leontio tué après avoir tenté de déshonorer sa heurte dans un cimetière un crâne qui se trouve rire celui de son aïeul. les les jésuites n'ont pas voulu faire autre chose que réagir contre et doctrines dont. Don Juan a bien conservé quelques-uns de ces un disciple de la philosophie du plaisir. encourage sa plus révolte contre tout principe extérieur et supérieur à lui. lui aussi ne connaît d'autre loi que sa fantaisie. Ce un second festin n'existe pas dans le drame allemand. pousse jusqu'au délire l'orgueil de lui-même: mais s'il se soustrait aux règles de l'Eglise. En le représentant. les cet aspect et du personnage. les Valla. met tout le sens de dans l'amour h' /'<• frivole et inconstant. morale dont. après avoir reçu à sa table le mort. Leontio même pro- Vivere m libot. à vrai dire. la récompense du le châtiment du mal. il commun avec celles de Don Juan. . n'obéit qu'à ses penchants. à tort ou à raison. un esprit fort. jésuites ne pouvaient présenter à leurs élèves C'est surtout le et.Dans jouir esl fession de Voluptate de Valla.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. la joie de vivre. mais là même où existenl des el ressemblances. Antonio Beccadelli la de la lui lui : universelle de nature el de la vie. il Uniquela ment avide de jouissances vie matérielles. volupta. Fruere dum l'ugas irel Aevum. se rend à son tour à un repas auquel ce dernier l'a convié. les deux héros ne se ressemblent guère la vie l'un est sceptique et un athée qui nie bien et et agit le future. : En outre. il n'est pas athée. Le premier. mais ce n'est pas un coureur de femmes. un impie. les l . les Pères voient en Machiavel illustre et le plus le dangereux défenseur. C'est un débauché trop proclame que l'an la la i<>i I. Nullaposl fatum manet. Alberti s'étaient faits les apôtres en Italie qui. \ ith ism . les Ponlano..

ajoute : « Credo nunquam cité si historiée sua non fides esset par le argumentum in scœnam ». Il « sst seulement intéressant de savoir d'où l'auteur. destinées à l'édification des élèves. Palsestra Père Masenius dans aussi les eloquentise latinse. En 1646 le jésuite la flamand Adrian Poirters. et venisset. et il n'en existe aucune trace ailleurs qu'en Mais à défaut les du drame allemand. . et contenant une satire de l'esprit et des mœurs les de la jeunesse épicurienne du xvf siècle. outre Boite (ouvrage cité). Celui-ci faisait partie de tout un cycle de pièces. malgré un certain nombre de témoignages. et jeune cl trop léger pour introduire la critique dans les mystères les dans est dogmes. <'l aboutir à la négation de la morale et de la foi. l'écrivain espagnol aurait le pu connaître sources auxquelles a puisé et celle père jésuite. de l'auteur du Prince Quant à son origine. dans son Promontorium malœ spei. sinon même : certain. 1. 568. Sommervogel. La légende du Leontio germanique de l>«m Juan. analysant le sujet. le jésuite Paul Zeheutner. comme tiré dramaturge. En 1643. sans dériver Tune de l'autre. pourraient avoir une Est-il donc possible de remonter jusqu'à et même origine. du Burlador ait pu Celle-ci. uniquement Allemagne. que le c'était un des jésuites pro- fessant à Ingolstadt peut-être père Jacob Gretser. il est difficile de l'établir. a son sujet. bibliographie. il déclare qu'avant d'être mis sur la scène d'Ingolstadt traité avait été en italien il : « Audio italico rem idiomate conscriptam id esse ». destinée aux élèves. disciple de Machiavel. raconte aventures du comte Leontius. qu'il a mises en vers Cf. un commun ancêtre de : Leontio de Don Juan? la L'auteur de pièce allemande est inconnu il est probable toutefois. connu reste. des divinités païennes s'y mêlent et politiques dangereuses théories morales 1 . Des personnages pour condamner abstraits. n'est vraisemblablement pas sortie des pensionnats. 4. La chose.. au importe peu. quel qu'il soit.\-2 LA LEGENDE DE DON JUAN. impiis periculose navigantibus propositum. 11 peu probable enfin que la l'auteur avoir connaissance de pièce des jésuites.

tradition qui pourrait légende de Robert le Diable.LES ORÏGINES DE LA LÉGENDE. reprœsentandi res varias praeter fidem». son nom. De mirabilibus modo fait rence est erronée. Enfin dans la pièce de 1615. dans celui du drame joué à Rottweil en 1658. xix« siècle. cette s'arrêter à de pas permettent ne authentique le drame de 1058. . el tou- jours associé à Machiavel. hollandais d'après la fc3 pièce jouée à ». esorta/ione al popolo cris- <>n pourrai! rapportanl se CI'. et les témoignages de Zeheutner. — a la l'Istoria de Leonzio. Rien dans les pièces des jésuites ae que le rappelle une origine espagnole. son caractère. xviip siècle rents : * . a existé sur ce sujet une légende de Leontio se retrouve en Italie sous une dans des pièces de marionnettes el dans des double forme Les premières ne sont pas antérieures au populaires ballades En effet la : 1 . mais au comte Robert. l'absence de tout Dans opinion. [ngolstadt el primitive- ment écrite en qui dans sa italien En L696 le Père Christophe Selhamer. Nulle part il n'est dit sujet ait été emprunté à une pièce jouée en Espagne.Mais le De subtilitate de Cardan ne contenant aucun celle réfé- analogue. bien Leonzio. le héros est désigné comme : Italien. La légende semble donc être italienne le personnage. telles la Storia essem plaie quale tretla allcgria l. confirment cette supposition. Florence. de Poirters concordant avec d'autres raisons.au commencement du date. dans l'argument de la Thanatopsychie de 1635. 'ici Burattini. el faut-il sur ce point en croire Zeheutner? L'invraisemblance de l'hisdocument toire. la Tuba tragica raconte même histoire. toul a une couleur locale indéniable.. 1884. les secondes sont fort nombreuses « el de pays difféla les unes sont toscanes. Ce qui est plus probable. déclare quelle est authentique. c'est qu'il pièce italienne. :. ses relations avec Machiavel. Mais cette légende a-t-elle un fondement historique. non Storia à rattachera In si ajouter une tradition vénitienne de mfmc nature. on cite comme source de intitulé « l'histoire le De el subtilitate de Cardan au livre XVIII. sa Imprimée BolognechezColomba. d'un uomo per nome Leonzio che stava sempre « in n ». même l!. son caractère surnaturel.

athée par un squelette épicurien. quand entend heurter qu'un valet apprend le quel hôte effrayant se présente. Nninghilterra riceu assai. e' nfernu e paraddisu. Pitre. verrouiller les portes.. Il n'entenjamais la sainte messe. ossia la terribile vendetta di un morte ». Les Pères jésuites se sont vraisemreli- blablement inspirés de quelqu'une de ces pièces moitié 1. substitué nom de don Giovanni à celui de le Leonzio Mais l'existence simultanée de pupazzi sur a même Italie sujet semble bien établir qu'à une époque assez ancienne. les convives se sauvent d'effroi et reste seul avec son invité d'outre-tombe. 2. comte Ces ballades se rattachent donc à la même légende que les drames allemands.. précipité dans l'enfer qu'il a invité à dîner après avoir frappé 3 . Florence. et porte le titre de Don Giovanni. chez Salani. du pied 1 son crâne dans un cimetière il Ici le personnage est anglais et n'est pas question qu'il et ait été corrompu par Machiavel. La santa missa mai si la sintia. Aucune de celles que nous possédons qui a n'est antérieure le au xvm 1 ' siècle..) Leggende popolari siciliane in poesia. il ne songeait qu'aux divertissements el qu'aux Liénziu. 3. 1878.44 LA LÉGENDE DE DON JUAN. stu scaranu. Mais les de nombreux jésuites : importants détails rappellent pièces des le libertin insulte il un crâne' qui et fait il est celui d'un de ses lui parents. Vulia divirtimenti ed alligria.. (Palerme. Sont-elles la source même où les Pères jésuites ont puisé? C'est peu probable. une quelque part en œuvre dramatique sur la dû être représentée légende de Leonzio. dait (Ce mécréant ne croyait à l'enfer et au paradis ni peu ni beaucoup.."). à Venise.. si rac- conta ' » : — « Leonzio.. le spectre les enfonce. Naples. 1850. i. dans les Vovelle popolari toscane illustrate da '/. nu n cci crideva ne picca ne assai. Le Elle se trouve 'era un signuri a' di nobili rainu Nesciutu .. . la Toutes racontent avec des variantes de détails et fable du seigneur Leonzio mécréant. i tiano a non disprezzere morte dall' esempio che qui en Sicile. Ftaccolte da Salvatore Salomone- Harino. 1880. plaisirs. D'autres se trouvent à Ferrare. Il en est telle même 5 .

italienne. ri m :î.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. Kamp. qui se jouaient si fréquemment dans la péninsule '. et l'invite à dîner. n 16. se fondanl sur la date relativemenl récente des pupazzi el des ballades. en met de dépit de ses analogies avec précédente. paru en 1903 dans les Misçellanea di studi critici édita in onore di Irturo Graf. est admissible. l'article cité de Botte. Dans un article récenl d'Alessandro d'Ancona. et si probable soit-elle.1. le soir de Noël.. Pour les raisons que j'ai données. avec des variantes diverses. 1879. railleur. 2. je <\r puis admettre cette conclusion. 6 'I suiv. gieuses. les relier l'une à Un : seul élément commun per- du mort. rencontrant un soir un squelette dans un cimetière. I. racontent à dîner. Pour 1rs légendes. et traversant un cimetière. p. se trouve développé dans un grand nombre de poésies dont plusieurs. conclul que la légende de I. encore qu'incertaine. Toutes. l'origine des deux fables de Leonzio de Don Juan? Pour la légende de Leonzio. Le squelette se même histoire d'un individu qui. Telle est la légende danoise du paysan qui. la Leggenda di Leonzio. Les pupazzi et les ballades italiennes se rattachent à un vaste cycle de légendes semblables qui se retrouvent dès une époque reculée dans la plupart des pays de l'Europe la 2 . dont l'existence reste hypothétique. l'invite rend à l'invitation. de soie et. 3 . cette solution. en dehors des pièces allemandes et des chansons italiennes. au-dessous de une meule suspendue à un lil un bûcher en flammes où rampent des vers 1. moitié profanes. au moins. et invite à son tour son hôte. celui-ci est puni pour son sacrilège ou bien sauvé après une terrible épreuve que le mort lui fait subir. . jour de Le paysan lui se rend à l'invitation et peut le rnorl ensuite rentrer chez lui a fait après une épreuve terrible «pie tète subir : il a vu sur sa lui. est peu probable qu'elle en dérive. Dànske Folkeseventyr. Quant la à la légende de il Don Juan. n'ont pu être ignorées du dramaturge l'autre l'invitation espagnol. Or ce thème. Suivant les cas. /i>> n'esl pas d'origine mais a dû naître Allemagne chez les jésuites. le mort frappe pour le à sa porte. cité par Bôltc. Faut-il voir dans cette pièce. rencontre un crâne Peu après. 170. . cf. s'assied à sa table et l'invite à son tour l'an. rentrant ivre chez lui.

Menéndez P. Le jeune homme rentré 2 Ce sujet est encore développé dans un conte de Gascogne intitulé « le Souper des morts 3 » et dans un du festin. la Sébillot. 1883 le Souper du fantôme. Littérature orale de J. Bladé. renier un jeune homme invite aussi une tète de mort avec laquelle il s'est d'abord amusé à effrayer les bonnes femmes du pays. Ces contes existent aussi en Espagne. La au rendez-vous. Dans une légende tête alsacienne. 1884. superstitions de haute Bretagne. Contes des provinces de France. tu partageras mon repas. intitulé « le Souper du fantôme ». 1885.! s e!o paroles la mi cma. la : — Sébillot. "'>. i. 6. le eùlés et le prie ensuite à le jeune homme pénètre dans caveau d'une chapelle où les est dressée la table morts y participent. et l'invite ironiquement à dîner. Contes des provinces de France. les invité à les son tour el aperçoit '. Carnoy. . cite.) 1. 3. Tête de mort qui parle. Alsatia. Là. 1882. Tous chez lui se fait prêtre . Pidal. à l'heure fixée. 264-67 M. Elle galan » lète accepte et effet. le mort arrive. lui promet elle : d'être tidèle le « s'y trouve en et à son tour invite lui à la rejoindre à minuit à l'église où montre une tombe ouverte en prononçant ces Dormiras aqui conmigo Corner. 2. I. la : « Màrchen vom redenden Totenkopf 1884 : ». un individu ayant invité une est de mort qu'il a poussée du pied.LA LEGENDE DE DON JUAN. Picardie. et dans une note de sa biographie de Tirso de Molina se chantait le Cotarelo résume une romance qui Léon et dont le sujet est d'un « dans celui les même que montagnes de du comte Leonzio Il ou des nouvelles danoises. autre. allemandes galan » et françaises. 1858-61. Un jour. châtiments dont sont punis pécheurs dans Dans un conte picard. dort à ses souper au cimetière. s'agit qui va à la messe. -jus romances que se canton per los Istu- rianos. festoie avec son hôte. « le Beau squelette 4 ». non par dévotion. 117. Flaxland. (Tu dormiras ici avec moi. Colecciôn de los ri. de Bretagne. Contes populaires de Traditions et la Gascogne. I. Madrid. Dans son recueil de vieilles romances asturiennes \ don Juan Menéndez Pidal °. il heurte sur son chemin une tête de mort. el Sébillot.-J. mais pour y voir les jolies femmes.

d'Allemagne. le scepti- cisme à l'égard de aient la vie future et de l'immortalité de l'âme jusIl qu'à outrager les morts. cette légende le m ri mort à la noce. mais un coureur de femmes. de plaisirs d'im- Cf. mettant en scène en Espagne. 2. en somme. 1893. Ces croyances sont plus pro- fondes encore aux époques où l'humanité est plus tourmentée les crimes des hommes. Histoire da >\r Bien avisé el Mal avisé des Blasphémateurs même ouvrage. dan-. Le cosmopolitisme de la littérature médiévale explique cette diffusion d'un conte qui appartient. un paysan ivre ou un empruntant à chacun une couleur mauvais plaisant. la moralité théâtre français. douteux que ces légendes viennent des régions une commune origine la Qu'elles Scandinaves. t. 3 . Il et celle Parfaict. non plus un impie. III). prenant dans les pays du Nord une allure plus mystique. la inorale est identique. llii • A Mi ira • tl. ceux qui n'ont pas conservé pieusement leur culte et vivent en Dans l'histoire de Leonzio. morl n'intervient que pour emporter l'aine Cf. existe en Portugal Rien n'est plus conforme aux superstitions du peuple. Bôlte en l'origine si dans el la chevalier J'en doute tort. c'est au fond toujours même Italie fable qui s'est répandue de pays en pays. se transformant en France en une facétie macabre. apparaît. une romance populaire identique La leçon contenue dans ces conter esl qu'il est dangereux «le violer le mystère de la tombe et de troubler le repos des âmes. C'est ainsi qu'au lités moyen âge. Braga. les mystères et les moraet représentent souvent des scènes macabres vie montrent el les jeunes gens expiant dans les enfers une piétés 1. rien qui revienne plus il n'es! souvent dans les les récits d'hiver que ces aventures fantastiques où morts interviennent pour châtier impies. : devenant en et un sens un peu différents une leçon contre les indépendants et les alliées.<- sque- letté). légende du I. et plus angoissée par la crainte de l'au-delà. à ce fonds inéles puisable de superstitions et de fables qui font intervenir morts dans par les affaires des vivants. un Don Juan. notamment t. Elle s'adresse aux épicuriens et aux athées qui poussent n'est pas 2 . de France ou d'Italie. Il 47 '. . 3. cette apparition a lieu dans un repas de mariage du chevalier au Paradis. Contas tradicionaes voit rai- </" /»"" portugue:.LES ORIGINES DE LA LEGENDE.

I. il est certain que ces légendes se sont répandues de bonne heure à travers tous les pays. entre la littérature il espagnole et la littérature itale lienne. a depuis longtemps noyé dans la les flots ramassés il sur sa route l'eau de fontaine éloignée dans laquelle a pris Ouelle que soit leur origine première.48 LA LE&ENDE DE DON JUÀN. i . Dans p. Menéndez y Pelayo rapporte une fable catalane. ::ss el .affaires. il arrive un moment où les sources demeurent en quelque sorte insaisissables. La nature même veut que sa naissance demeure cachée dans le brouillard qui enveloppe l'origine de la pluparl des légendes populaires. serait vain de vouloir lui trouver un point de dépari déterminé. suiv. Tel le fleuve. qui est le fondement d'une légende ni n'y en a ni dans celle de Leonzio disparaissent. après un long voyage. n'y aurait pas lieu de s'étonner que poète espagnol volume de son Intologia de poetas liricos castellanos (Madrid. et soit allé il n'est pas besoin de supposer que l'auteur du Burlador prendre dans la fable de Leonzio les éléments merveil- leux qu'il connaissait vraisemblablement par mainte autre fable identique. A défaut d'un (et il fait précis. imitée par La Fontaine dan.le n'eu vois pas non plus entre la fable développée par Tirso ei celle que rappelle Farinelli Homenaje a Menéndez y Pelayo) d'un chevalier qui dormant auprès de son épouse. . de la lin du xvi siècle (? . pour avoir conservé de son origine autre chose que dans celle de Don des traces lointaines et douteuses. La fable qui en est sortie s'est trop accrue. au cours de ses voyages à travers les littératures et les peuples. L'amphitryon veut chasser cel hôte dont le contact le brûle.la ^l>>ri et le Mourant. ou Juan).un splendide festin quand survient un mystérieux personnage qui n'est autre que la Mort. le 6 e 1896. M. La fable de Leonzio.). étant donnés les échanges incessants aux \\T cl xvii siècle. Celles-ci ne sont à un certain moment que l'expression spontanée des sentiments naïfs <le la foule. est il née des mêmes croyances des mêmes terreurs. Certes.iini. J'avoue ne voir aucun rapport direcl entre cette légende et celle du Burlador. naissance '. et comme les autres. d'éléments nouveaux et différents.pu contiendrai! les germes de la légende. e Copias de la munir c tmo llama » un poderoso caballero. Un riche chevalier célèbre avec des . sent la Mort qui le brûle el lui demande en vain un délai peur régler se. Cette l'aide sérail plutôt à rapprocher de celle d'Abstemius (De sene mortem differre volente). qui aboutit dans l'Océan. historique. mais autre s'obstine ri (înalemenl ei ène en paradis le chevalier qui meurt fort dévotement.

ait 49 connu italien. ainsi que nous l'avons n'existe aucune trace de cet auto-sacramentale. le banal et si répandu que poète ne pouvait l'ignorer. même Sans doute. de grand jugement considéraient de grande piété. — — soit la antérieure au Burlador. Dans foi la Préface de son Libertine : le poète anglais Shadvvell écrivait en 1676 « J'ai entendu dire à un gentilhomme digne de (worthy) qu'il y a bien des années fois — lorsque pour sujet en Italie la preil mière une pièce fut composée sur ce — l'y avait vu jouer sous le le nom d'Ateista fulminato dans les églises.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. l. aventures du comte Leonzio par un drame religieux Mais n'est-il pas plus légitime et plus naturel d'admettre les qu'il a emprunté les parties communes à sa pièce et aux balsoit lades. sacrée. ont constitué le sujet du Burlador. comme un encouragement au qu'en 1665 ' D'autre part. p. nous verrons l'auteur d'une pièce française. Sans doute aussi. On pourrait cependant objecter un nouvel argument en faveur la d'une origine italienne de tout ou partie de légende. le sous-titre : Dorimon. la comme un utile enseignement moral plutôt que vice ». Le conte merveilleux dont était si qu'une des nombreuses versions. agglomérés ensuite. Cf. Sans recourir à une source italienne ou allemande. n'est nullement besoin de supposer que l'auteur de Don Juan elle n'est s'est adressé à cette ballade. . ajoutera au titre : le ou l'Athée foudroyé. mais son existence n'esl pas une supposition sans vraisemblance. outre que il la chose est probable. on ne peut établir que la ballade chantée dans les Asturies seule qui ait été jusqu'à ce jour recueillie en Espagne. comme faisant partie des dévotions. soit à quelques-unes de celles-ci. Mais. ou autre. Or. d'abord épars. et plusieurs et personnes du pays. Ce double fait tendrait à prouver qu'il a bien existé en Italie une pièce. nous trouvons donc en Espagne même les différents éléments qui. inspiré de dit. Festin de Pierre. il se troiive précisément qu'un recueil de 18 scenarii manuscrits. 110 el la cote l. dimanche. peut-être à la il un aulo-sacramentale espagnol directement légende. qui portait ce même titre.

Cependant. qui est foudroyé en châtiment d'un grand nombre d'attentats dont il s'est rendu coupable. enfin les statues s'animent teur : disent à leur insul- I. des paysans. série quinta. 100-407 . La pièce se passe à Cagliari. le duc la . C'esl le quatrième de la collection. Bertolino se livre à mère de Mario. outre Aurelio. la le père et garde malgré maître de Leonora dont entrefaites. mais un il tout temple devant lequel voil les se trouve la s'étant soudain ouvert. à récemment découvert inconnus '. : Angela. il y statues du s'il père et de se voque comme voulait indignée. goûte avec Leonora le l'y les douceurs de l'amour quand on mettre en liberté la lui amène enchaîné tille vieux Cassandre qui conduisait à Cagliari sa marier. nouvelle venue excite jalousie.50 LA LEGENDE DE DON JDAN. d'abord de ces avertissements. Leonora. Icademia dei Lincei 1901. mère de Mario et de Dans le I er le roi.teur de date On y voit un certain comte Aurelio devenu bandit. contient un Ateista fulminato d'ar. Elle a pour principaux personnages. dans un bois des environs. qui prive trône d'héritiers et sur l'inconduite du comte campagne avec une troupe de brigands et a enlevé d'un couvent la sœur du duc Mario. le roi de Sardaigne. le Sur ces danger le rit Bertolino vient apprendre à son plainte des paysans et qu'il court. Cf. des bandits et deux statues celles du père et de Leonora. Il et 12. un vieux moine: la sœur de Mario. Leonora se sauve quelques lazzi qui dissimulent mal et son effroi. Des paysans Aurelio qui tient la viennent même se plaindre des méfaits du coupable que le roi ordonne d'arrêter coule que coule. le duc Mario. Le Rendiconti délia Reale :. fasc. Mario cl des courtisans gémissent à le la fois sur la maladie de la Reine. Aurelio les prières fait Angela pour la fille. p. Elle csl divisée en trois aeles. la l'ordre donné par Aurelio se roi au due Mario de s'emparer de sa personne. . Il les provenger d'elles. et dans les environs. Leonora. la fille du bonhomme enfin Cassandre. X. Rome à la Casanatense par M. Simone et Brouwer. Aurelio. en Sardaigne. son valet Bertolino.

Sous ce nouveau costume.. Il l'acte II. soi m i il- tramonto. ô comte. où il va le faire tuer à coups d'arque- confie ses soldats et la direction des opérations buse quand disent au le temple s'ouvre.. meurt mal la quieta a :i . Aurelio veut s'élancer à sa poursuite. que ces menaces ne troublent pas. il '] rompre ': l furore.. coltel ferisce di coltel pcrisce.. Là. tandis que le recherche.. Qui '• l vil mal. promet aux statues de les revoir et se relire avec Bertolino au fond du bois. i '. menace même «le tuer le Mario traître qui la renverse à la laisse terre d'un vieil coup de la pied. mais que la poursuite des soldats du roi oblige à se cacher. A la faveur <lu désarroi que provoque cette apparition..LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. et l'exhorte au à la repentir. Bertolino adresse à lui son maître de sages conet rappelle les paroles des statues avis.. Dans seils. Mario naïvement Le faux ermite en profite pour séparer Mario des siens et le faire al tacher à la porte du temple.. console et la conduit dans sa retraite. le soleil se Avant que couche-'. . la la désarme el sur le sol où un ermite trouve.. Pontiti.. : et les deux statues agenouillées comte Modère la fureur.. o conto.. lui dit force mal de lui-même et lui offre de faire tomber le entre ses mains lui criminel qu'il recherche. Mais Leonora a découvert leurs amours. Ne troublez pas le repos des morts. il aborde il poursuite de Mario.. mal muore.. Non disturbare 'lu <li i morti.. . Aurelio. Mario se sauve.. Qui frappe par l'épée périt par l'épée . Mario... avec l'intention de le tuer. mais les statues l'arrêtent par ces paroles : Repens-toi. il courtise la jeune Angela. Chi mal vive. Aurelio n'a cure de ces pour échapper imagine d'obliger l'ermite qu'il rencontre changer d'habits à avec lui. 3. elle fait à son amant une scène de jalousie.

comte. malgré sages remontrances de Bertolino qui de l'enfer. recommence jeune ses plaila le santeries. Celui-ci s'ouvre. jeune courtisane Olivetta habillée en son sexe. Les statues. à cette vue. Aurelio. ses amènent liberté.Mario. Lui les provoque à un combat corps à corps : Repens-toi. Aurelio s'amuse avec -a cellule. . Cassandre leel Mario racontent au ej roi les événements dont la ils ont été témoins les \ ictimes. l'ermite. Aurelio quitte alors le l'on transporte cadavre de la femme dans temple. avanl que le soleil se couche.52 LA LEGENDE DE DON JUAN. qui ajoutent Aujourd'hui. valet du due . mais table el Leonora tombe morte. Mais remet en celle-ci lui révèle la non sans lui supplice de Buffeto. les statues apparaissent une épée à la main ri le c«i!ps de Leonora à leurs pieds. l'épée à dent et main. du soldats lui ciel et la Sur ces entrefaites. soldats : Il se met ensuite à table avec Angela. L'acte III nous montre Aurelio les irrité contre ses gens qui mil eu peur de statues de pierre le et plus endurci encore que lui par passé. Aurelio accepte veau. répondent les statues. lui demande l'aumône. se moque de demande s'il les courtisanes et Le soldai ordonne à un soldat d'aller visiter revient peu après. la provocation et le temple se ferme de nou- Après une scène au cours de laquelle olivetta. et par galanterie avoir montré le il homme. Bertolino et les tous boivent et plaisantent quand l'ermite paraît et leur lui. «• te. Aurelio. Aurelio leur fait demander par Bertolino pour quelles raisons elles tiennent ainsi une épée el si elles veulent lutter : avec lui! Oui. qu'il fait empaler a la place de son maître. prima che' 1 sol tramonte. fidèle au rendez-vous. avant le coucher du soleil'. ramenant Leonora en habits «le pénitente. comte. l'atten- l'invitent à s'approcher. revient au temple avec Bertolino. parle de la mort.

et foudre tombe aux pieds d' Aurelio que la terre engloutit. Observons tout d'abord que notre scénario ne porte aucune date tel que nous l'avons. le entendre. et Berlolino se sauve avec Angela. et que des chœurs d'anges J'ai et de démons se font entendre. — 2. la jour s'obscurcit. Le temple se ferme ensuite. montrant Leonora et les statues. « le soleil se couclie. non sarô sempre il conte. Sans doute enlève Leonora et la trompe avec Angela. à condition d'autre part un lien réel en Ire d'admettre qu'il n'est qu'une version très modifiée de celle pièce religieuse primitive. Don Juan c'est un un assassin plutôt qu'un débauché. Tous deux vont raconter au roi la fin du coupable. chande mieux mont rel- tant la gloire de Dieu et le châtiment des criminels. mais le libertinage n'est : Aurelio ne ressemble que de loin à : il 1 . . il appartient à la fin du xvn siècle. tramonte. Y a-t-il le Burlador et cet Ateista fulminatot Les différences sont considérables voleur. pas plus que celui des autres scenarii auxquels est mêlé 2 C'est une copie plus l'identifier ou moins fidèle d'un scénario antérieur. qui et redeviennent plus pressantes ajoutent : Prends garde. le ciel s'entr'ouvre.. tandis que. un tremblement de terre l'accompagne. fait A ce moment le ciel s'ouvre. que. o cielo. lui disent à trois reprises les statues. Vedi. 395 397 de l'article . l'on voit aux enfers. dans une dernière scène. Eh. A te. pièces connues cf. en arrêtant le comte ton- qui s'apprête au combat. réplique Aurelio.. La plupart ii de ces scenarii sont inspirés de cité). longuement analysé ce scénario la afin ies rapports qu'il peut avoir avec légende de Don Juan et celle de Leonzio. dans une apothéose. ô ciel ! En serai-je moins le comte? — À nerre se le ' » disent les statues.. couche. la liste. che E poi que '1 — sol '1 sol tramonte. Peut-on avec l'Ateista fulminato signalé par Shadwell? Peut-être.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. qu'il se toi. p. 1 ' : Mais ce texte n'est évidemment pas il l'original.

est fina- lement englouti dans merveilleux et De part et d'autre. un lien entre les la l'au- c'est le . Faut-il en conclure que teur espagnol a connu et imité l'auteur italien? Si l'on examine de près le scénario que nous possédons. il n'y en a qu'une dans Burlador. Comme Don par le fiancé. n'existe dans YAteista fulle minato. parlent vengent l'affront fait à leur propre fille. le La partie la plus originale de la légende du Burlador. toutes deux enlevées d'un couvent: toutes deux manifestent en L'infidélité découvrant de leur époux les mêmes sentiments de . Aurelio oblige l'ermite à se dépouiller de ses vêtements. d'agents surnaturels.'i conclusion inverse que l'on doit aboutir. et use de même ruse pour se rendre maître de son ennemi. l'ermite qui figure Giliberto se rencontre aussi chez tous les imitateurs de sans aucun doute. Tout d'abord. est manifestement d'emprunts multiples le et très divers. dans les pièces italiennes postérieures. soiiper de statue. a- même personnage que l'ermite) subit les railleries sœurs nul et été du libertin. rançonnant les gens et les assassinant. Juan. un vrai bandil la italien. La -ciir finale dans laquelle des coupable apparaît tourmenté par la démons et. les le sans la présence d'aucune statue. Quelques détails semblables ^e froment même le dans le scénario et chez Molière. comme Don Juan le il est poursuivi. don Carlos. De même. [tas a pris une 11 si grande importance. un pauvre demande l'aumône pauvre est — (dans — et VAteista. qui. C'est plutôt un révolté contre lois sociales. il non plus la ici mais par père de sa victime. En outre. y a bien un festin. dans statues sont au nombre de deux. rappelle la ici fin de comédie de Cicognini . niais entre brigands et scénario. Leonora et Elvire sont non pas fiancées de Mario et (h. Enfin. texte il du scénario es! postérieur à fait la pièce espagnole. les qu'un côté de son caractère. cependant. Dans les deux pièces.54 LA LEGENDE DE DON JUAN. et aux menaces les enfers. 11 semble donc qu'il y ait deux oeuvres. Mais les ressemblances sont indéniables : des deux côtés un lui pécheur endurci. l'élément est représenté par des statues qui s'animent. longtemps rebelle aux avertissements que donne son valet. était chez Giliberto lui-même.

Les pièces qui confondue avec celles de Leonzio et précis pour établir une contiennent des détails communs assez bien postérieures à la première relation entre les trois fables sont l'analogie entre le caractère. « Pent. les pièce espagnole. A la mên aussi chez Rosimond. inspiré. mal al . amours de d'éléments l'ermite se retrouvent chez. rapprochement d'Aurelio sur sa mort.origines sont différentes. et surnaturel subi par Leonzio l'autre... Le scénario apparaît donc comme un composé hétérogènes empruntés à une partie originale ou moins habilement amalgamés perdue d'une œuvre antérieure..U. le critique peut croire à En ce. les plaisanteries nom même Les de Leonora. car sa il aide à pénétrer le causes auxquelles le Don Juan a dû naissance. les auteurs dramatiques n'ont distinctes. S om près : Chi mal Vive. plus curieux. . de si bien les détails réaht une identité d'origine. textuelle nui. Enfin. et a mêler ensemble ces trois légendes primitivement nos empruntés à lune et à l'autre. Juan Perucci. le Giovanni. d'Aurelio et de aventures et la mort surnaturelle de pas lard. al lin lai more » de IC78. .e[ plus tirée : ce! Entre la en dehors du châtiment vagues blances sont beaucoup plus les deux légendes sont Aurelio. Un tait seul doit retenir l'attention. en. Frappés de Leonzio. Le aom de Léonorse Lrouve Les nuits : Pentiti. entièrement distinctes l'une de rapprochements que VAteista fulminato est Il résulte de ces premiers dérivés et qu'il faut postérieur au Burlador et à ses l'auteur espagnol se sérail renoncer à voir en lui un modèle dont titre : Shadweli. aujourd'hui peut-être à différents dérivés du Burlador. :e : . que.à fondre Don Juan. le douleur. En jours.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. ut. un. où le commandeur dit à Dou (UI.. Shadweli 1 . qui aurait conservé son Ueista fulminato signalé par les ressemtable de Leonzio et VAteista fulminato. quai mm'.la. o don i . qu'après la diffusion en outre ce n'est vraisemblablement de Don Juan que celle-ci a été Italie et ailleurs de la légende d'Aurelio.. . 13)..

Cette éclosion simultanée est le l'ait et Italie et en Espagne.i peuple. : dans le pays où un moine pouvait dire du souverain pontife « Le pape lui-même ne croit pas en Dieu! » que devait naître la fable de l'athée foudroyé. d'indépendance et d'insubordination. pour le sent on s'occupe de jouir d'une vie que fabuleux développe- meul de la puissance nationale a rendue prospère et douce. sous l'influence des guerres étrangères. on l'oublie. succédant. de la découverte de mondes nouveaux. représentation la fin allégorique de des jeunes nobles à du xvi" siècle. l'amour des jouissances sans frein se sont rapidement développés. Sans nier Dieu. mais dont el générale la leçon morale sont semblables. à mystique du moyen âge. la sous l'influence de l'idéalisme Renaissance et du retour à l'antiquité. l'épanouissement du sens indi- viduel . . rappelant à une jeunesse symbole de la vengeance indocile. C'est en Italie aussi. le même atteinte portée au principe même développement de l'indépendance person- nelle au détriment d'une loi universelle et absolue. immorale. affamée de plaisirs. le culte de la nature et de la beauté physique. commun à toute l'Europe. et tout en lui offrant en passant l'hommage d'une prière le et d'une pré- messe. des plaisirs faciles rencontrés l'esprit dans les hasards d'une existence aventureuse. l'affaiblissement des croyances. au fond. On a mieux à faire qu'à s'occuper de lui. En Espagne. des la rivalités violentes et l'or et le des convoitises suscitées par conquête de désir de la domination.56 LA LÉGENDE DE DON JUAN. mais qui est. tantôt athée dont. ont vu le jour en elles se sont propagées à travers d'autres pays. le La statue du Commandeur est divine. cette littérature tantôt voluptueuse. la péninsule voit la la la riche floraison. Mais. C'est partout une d'autorité. toutes ces causes expliquent naissance de la vie légende de Leonzio. depuis plus de deux siècles. la foi est demeurée intacte et Dieu reste en dehors des discussions. trois époque l'idée légendes différentes dans leurs détails. En Italie. par le fait de l'Inquisition. La le légende de Don Juan est produit naturel de cet étal moral. d'où deux d'entre de d'un état d'esprit • mœurs dont les manifestations diffèrent le peuple . on remet à plus lard le soin de son salut.

ainsi que les traits les plus significatifs l'esprit le du caractère de Don Juan : l'amour du plaisir. Quant aux événements merveilleux qui terminent son tence. à Diane. d'indépendance. au moyen de quels emprunts. Tandis que chez Cueva. C'est Ylnfamador de Cueva qui semble lui avoir fourni l'idée : première. En outre. la leçon qui s'en dégage. n'y a pas eu clans le principe une histoire ou une fable unique contenant en germe tous de les éléments du Burlador. l'annonce de l'attente anxieuse du châtiment. les éléments qui ont. à ces divinités auxquelles personne ne croyait. l'auteur du Burlador a eu l'heu- Mais Leucino Don Juan n'est reuse pensée de substituer à Némésis. la elle est artificielle. et. dans la suite. les autres d'une fable générale humaine qu'elle n'appartient pas moins à l'Espagne qu'à un autre pays. La leçon morale qui se cache sous sa légende s'adresse à ses contemporains.il nous est aisé maintenant de reconstituer. de quels arrangements son auteur lui a donné sa forme définitive Nous avons retrouvé les matériaux dont il s'est servi voyons comment il les a mis en œuvre. d'Espagne que Don Juan Son caractère et ses mœurs sont espagnols. qu'un trompeur plus frivole que méchant. ni spontanée. Don Juan étaient originairement épars composé la légende dans des œuvres dis- tinctes. et Le premier qui a créé la légende est celui qui a recueilli groupé les parties différentes qui la constituent sa formation : n'est ni historique. est un criminel vicieux et profondément perverti. dans un drame qui . même célestes. ils exis- sont si tirés. Nous pouvons voir com- ment elle a pris corps. les uns. est originaire. l'obstination à persévérer dans le mal dédain des conseils et des avertissements. l'agent de la vengeance céleste esl emprunté au merveilleux païen. que l'homme ne saurait impunément méconnaître envers ses semblables Ainsi. la la conception générale de la pièce. progression de l'émotion religieuse. contrairement à ce que l'on a longtemps prétendu. Bien au contraire. un merveilleux qui pûl frapper davantage un public chrétien. il Mais. c'est bien et ses devoirs envers Dieu.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. et si d'oeuvres nationales.

substitution dont a emprunté l'idée première et certains détails à Lope de Vega. Pris séparé- . c'est réunion seule de ces fragments qui constitue. pour l'intéresser le plus directement au supplice du coupable. il le rattache directement à un épisode essentiel de son sujet. peut-être.58 devait LA LEGENDE DE DON JUAN. dans si Burlador. le poète a substitué au squelette il la statue de pierre du mort. L'ctfroi religieux causé par ce miracle de la statue vivante est bien moindre dans pièce de le Lope où manl'inter- quent les circonstances qui rendent. ni la terreur qui résultent du contraste entre la rigidité du marbre. donc la légende de Don Juan et du convié de pierre existe la la à l'état fragmentaire dans plusieurs œuvres antérieures. lui ont fourni l'idée macabre de faire inviter un mort par la le libertin. une ballade ici populaire. l'impression devait être plus vive ce châtiment était une victime même du coupable et non par un étranger. si effrayante que soit. pour augmenter encore la terreur de ce châtiment surnaturel. l'auteur du Burlador a introduit dans sa pièce une émotion dramatique et religieuse qu'aucun d'eux ne produisait isolément. Enfin. Le supplice de Leucino est loin de causer sur le spectateur une impression aussi ter- que l'intervention surnaturelle du mort. C'est piré que l'auteur. En les réunissant. De même. le mouverible ment soudain qui l'anime lèvres et les paroles qui tombent de ses la glacées. pour tage à l'action. ses souvenirs d'une fable qui circulait partout. l'arrivée du spectre. les multiples éléments du sujet. puis habi- lement groupés à la et modifiés en vue de donner toute son intensité le haute leçon morale qui est but de la pièce. abandonnant Cueva. vention du mort Si terrifiante. ou plus simplement. il mêler davanla l'introduit vivant d'abord dans pièce. s'est insd'un autre modèle. et de faire de ce mort l'instrument de vengeance divine. Un aulo-sacramentale. Ainsi ont été puisés à des sources très différentes. et qu'il viendra nous le montre frappé par l'épée de celui-là même châtier au dénoûment. montrer infligé par à quel châtiment expose l'oubli de si la morale et de la religion. elle ne provoque ni l'élonnement. Mais. dans la fable de Leonzio.

l'un à la pièce. a contesté à cet écrivain la paternité de Don Juan. puis à Valence en L631. Mais Il celui-là. Celui-ci : se trouve pour la Doze comedias nuevas de Lope de Vega Garpio. La première partie. plus connu sous le nom de Tirso de Molina '. contiennent encore D'autre part. a probablement dans la première partie du titre un bibliophile. Impreso con licencia. . le marquis de découvert une pièce détachée. a paru en L621 d'abord.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. sous le de: Tan largo me lo fîais/e\ attribuée à don Pedro Calderon de 1. la quatrième et la cinquième parties et parurent successivement en 1634. contient aussi douze Lucas de Avila. ou fait l'auteur publier par un neveu. Francisco un certain nombre d'éditions de ses œuvres. Imprimée L878. la Barca. qui comprend douze comédies. à Madrid et à Séville. a eu l'idée de capter et de réunir sources diverses dont elle est dérivée. la troi- sième à Tortosa première et les deux dernières à Madrid. La seconde partie. authentique ou imaginaire. en sous nom du même Fuensanta del N'allé. recueils parus en 1654. moine de la Merci. Tirso a publié lui-même. l'autre à le Saragosse. comédies. la troisième. quel est-il/ a toujours été admis. y otros autores. M. Farinelli. ils ne font pas la légende : celui-là seul l'a vrahnenl lc> ci qui. le premier. en 1635 en 1636. Aucune de ces le éditions ne contient fois Burlador. Segundà parle. 59 ment. De son vivant. Madrid. le premier. En Barcelona por Jeronimo Margarit afïo dans un recueil intitulé « de 1630. que du Burlador était le poète Gabriel Tellez. Deux autres auteur. en Espagne comme ailleurs. publiée à Madrid en 1635. de : » Elle est la septième de la collection et porte le titre El Burlador de Sevilla y convidado de piedra. comedia famosa del maestro Tirso de Molina. ce Tan largo n'est pas autre chose qu'une verel Né à Madrid en 1572 raorl en 1648. Or. xvii e siècle.

Quelle étudier. en Espagne. la multitude des troupes de théâtre rendaient faciles et fréquentes pour assurer couvert ces supercheries dont plusieurs écrivains se sont plaints. Calderon. C'était un procédé habile le succès d'une pièce. la première en date? C'est ce que nous aurons à à l'œuvre elle-même. la improbable. parfois même une copie de l'autre. attribue aussi le Burlador à Calderon. et l'une des est évident que deux pièces est esl une imilatior*. dans une lettre au duc de Veraguas.00 LA LÉGENDE DE DON JUAN. il et ce dernier crut devoir indiquer le titre des pièces dont se reconnaissait l'auteur. Quant donc attribuée à soit deux écrivains chose est Que l'auteur en Calderon. se lamente de ne pouvoir obtenir que l'autorité empêche la contrefaçon de ses œuvres Alarcon réclamait comme siennes des comédies publiées : sous le nom de Lope. Il el seulement dans un recueil d'ailleurs mutilé. aucune édition authentique des œuvres de Calderon n'a jamais contenu le Tan largo En 1630. elle esl différents. l'œuvre d'un autre. ne jouissait pas d'une réputation assez grande pour qu'on lui attribuât. L'auteur véritable est-il donc Tirso? semble étrange qu'une œuvre aussi célèbre que le Burlador ne figure dans aucune des éditions publiées sous sa direction. les caractères Goldoni. Cette attribution est certainement postérieure. au milieu de pièces d'autres écrivains. cependant. Calderon 1 . qu'il faille les un fait trop commun. afin de la faire mieux vendre. Ces attributions de Comrdias à des poètes en renom. pour accepter sans réserve. il est permis de croire que l'espoir de faire vendre et jouer la pièce a poussé un éditeur peu scrupuleux à la placer sous un patronage aussi autorisé que celui du moine de la Merci. que de la mettre sous le d'un écrivain connu et aimé du public. Le Burlador ne figurant dans aucune des éditions authentiques de Tirso. Le Burlador ne semble pas en outre posséder l. étaient au xvir siècle. Le nombre considérable des auteurs dramatiques et de leurs œuvres. qui en réalité n'en étaient pas les auteurs. . il sion quelque peu différente du Burlador.

et ces édifions n'en contiennent que 50. la présence de ces pièces figure clans : probant Tirso a l'auteur n'est pas dans des recueils manifestement publiés avec l'agrément de pour elles une preuve absolue d'authenticité. et la négligence des auteurs au sujet de leur impression rend des plus délicates et des plus obscures ces questions d'attributions.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. Les rôles de femme y -on! sacriparaissent à peine. Mais la conception que l'auteur s'e^l l'aile du héros voulait que celui-ci rencontrait. Et Tirso se souciait si peu d'établir rigoureusement la paternité de ses œuvres que ces pièces ne sont même pas désignées. la On d'un second substantif. la langue de Tirso. Bien plus. peu digne de régulier du moine de la Merci. on n'y retrouve pas cel espril si fin. mis en opposipeut encore objecter les incohérences de l'art si composition. r. En général. plein d'ironie et de malice qui a fait surnommer le poète un « Beaumarchais en soutane : fiés Isabela. les comedias n'étaient écrites que pour la représentation. Le même d'harmonie habituelles à rencontre à l'adjectif épithète du Burlador n'a pas les qualités de grâce. d'ailleurs. l'édition de Dans en collaboration avec son Madrid. Tisbea ri Aminta ne sont naïves victimes. passionnées. Ana et que de tendres les ». Nulle part on n'y : un tour familier à cet écrivain la substitution tion au premier. lui ni laissé el conquît aussitôt les femmes qu'il le- oubliât ensuite sans qu'aucune ait influé sur de traces dans . dominent hommes. j habituels aux œuvres de Tirso. publiée par l'auteur lui-même neveu. on trouve celte singulière indication que sur douze pièces quatre seulement sont de Tirso. alors qu'au contraire. dans les autres pièces. sinon que dans le Burlador les personnages de femmes sont plus effacés que dans les autres pièces connue-. style sont autoritaires. les femmes jouent le rôle principal. Le fait qu'elle ne aucune des éditions publiées de 1627 à 1630 n'est pas composé plus de 400 comédies. de 1035. violentes. L'argument tiré de la peinture des caractères ne prouve rien non plus. Toutes ces raisons sont-elles suffisantes pour établir que la pièce n'est pas de Tirso? Je ne le pense pas.

'JO défectueux. si substitution habituelle du substantif épithète à dans le elle ne se rencontre pas Burlador. 218. Quelques mots sur Don Juan. 2. l'imperfection de la On ne peut en somme la forme. peu Le texte établi par Hartzenbusch est des Barcelone de lti. Celui de l'édition de et celui des deux éditions de 1654 de Madrid et de Saragosse sont meilleurs et contiennent des vers qui comblent quelques-unes «les lacunes de est la version d'Hartzenbusch. Quant à l'adjectif. Dr très nombreux emprunts sonl faits. et de sa comparaison avec ceux-ci. Ainsi.62 sa vie. on pourrait tirer une rédaction sinon définitive.1. scrupuleux du plus écrite détail. mais une version manifeste- ment mauvaise. 1. Plusieurs passages sont ininlelligibles. Enfin. en partie au moins. I. plus complet que les précédents. . ce qui nous paraît indigne du talent de Tirso provient d'erreurs dont il d'additions. c'est l'homme aussi qui domine. les événe- paternité de cette pièce esl aussi contestée à Tirso. Ces négligences s'expliquent par le fait que nous ne possédons pas 1<. Mais il n'est pas douteux qu'aucune des versions connues ne reproduit exactement le texte authentique.texte véritable du Burlador. Bulletin hispanique. souvent indigne de Tirso. Je sais bien que la mais -an. pièces dont l'authenticité n'est pas contestée Une dernière objection contre la possibilité d'attribuer à Tirso la paternité du Burlador est le caractère manifestement sévillan de la pièce. négligemment par un copiste pressé. t. LA LÉGENDE DE DON JUAN. elle ne se trouve pas davantage dans d'autres 3 . les irrégularités de la composition. p. D'ailleurs.raisons suffisantes a mon avis.. Celle raison pourrait au^si expliquer. dans le Damné pour mangue et l'ait de foi 1 . :. de la femme Quant au et style. Morel-Fatio. Des vers de Lope sont intercalés en si grand nombre que l'on pourrai! croire la pièce faite de morceaux rapportés 2 . notamment au Marques de las Vouas. d'omissions et ne saurait être rien conclure de rendu responsable. dirige Faction son jouet. du moins acceptable. le texte du Tan largo plus satisfaisant. il est incontestablement des plus négligés. . Dès la fin de la première journée.

Fr. Tirso Molina. pour en conversations. Journée '/< III. Or. mercenarios \ 2. mangue de foi. notamment. cette indication fût-elle sujette à caution. notamment. a dû connaître Séville il n'est pas besoin de supposer que Tirso soit dans deaisément documenter se pu Il a parler.. M. la • \ P. la leçon qui s'en dégag retrouvent traduites avec non moins de vigueur dans d'autres Damné pour drames de Tirso. non seulement Tirso mœurs c'était pas sévillàn. — et très particuliers sur la capitale de l'Andalousie 1 semblent ne pouvoir provenir que d'un homme très au courant des de la ville et de sa topographie. à ces arguments de fait. le commandeur d'UUoa el Bien plus. Cotarelo est d'avis que Tirso séjourner Séville jusqu'en 1627. coraendador de Orden de Merced. . soit par des lectures. abondaient. Cf. mais ses biographes ne signalent aucun séjour fait tout d'abord. en dût M. Pedro de San Cecilio. Cotarelo cite une note : publié par un commandeur de l'Ordre de la Merci : el qui semble « J'ai connu. par lui à Séville.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. certains détails très précis le marquis de la Mota. doit-on préférer encore des raisons tirées du caractère et du sens de la pièce. 1. En 16-21. on trouve cette indication que la l" !<• nom de Tirso de Molina. arzobispos y obispos v oarias materias. le père presentado Tellez à Séville quand il vint de la province de Saint-Domingue. scènes v ni xn. dit bien établir que Tirso était en 10-25 à Séville l'auteur. Mais. L'objection est peu concluante 2 dans un ouvrage i«s:J9 en trouvée M. Martinenche sans être toutefois concluanl '"' a rl -i" " Dans l'édition de 1630. natural de Granada. : 1 '' ' 1 . aussi porte lition ». 3. cetl Comme Figueroa Roque de la 1. soumel un autre argument qui n'est pas sans valeur. Patriarcas. et je lage de Fuentes où j'étais alors fis route avec lui jusqu'au l'année 162 à vil- commandeur. il en est un. on de Sevilla donnait (les un auto-sacramentale intitulé las Calles Rues de Séville) où les traits de mœurs Mais peut-être. le héros est d'une famille andalouse ainsi que les principaux personnages. 53 '! suiv. p. Nous y reviendrons bientôt ''. L'inspiration religieuse du Burlador. ments se passent à Séville. dont le rapprochement avec le Burlador est signil>' ficatif.

comme vicieuses. deux scènes de paysans que contient le Burlador on ne rencontre pas le. : «• largo : Y ou vuestro divino oriente Renazco. en l'état actuel du problème. il ajoute dans le Inn jeter a vos pieds qui rale. lui a dit lonrient un abri et un port ». 386 cl suiv.à 17 comme dans la Villana </<• Vallecas.-G. cette attribuvoit dans la juxtaposition du nom de l'auteur el de celui du troupe une raison de croir. dans lesquels se trouve le jeu île mots sur .. 405 de l'article J'avoue ne pouvoir tirer de ces rapprochements un argument en laveur de la il s'agit d'un jeu de mots entre mai. Griswold Morley signale d'autre part quelques expressions du Burlador cite). S. Pues veis ha} 'le mur à amar Una letra solamente. . Griswold Morley t. Menéndez Cf. expressions grossières (truites. nueso pour miestro. L'authenticité de ces \n-> n'est donc pas démontrée.formes dialectales telles que /«•. grenouilles). u las mâs délias son II. donc le Burlador ne peut. les formes dialectales qui étaient peut-être On I" : le texte 2° même il : de Tirso. être attribué en toule certitude à Tirso de Molina. substitution de 1'/.conventionnels.Morley compare a un jeu de mots analogue tumar et amar dans la Venganza de Tamar (A. Lie Bulletin hispanique. S. Le rapprochemenl me semble encore trop banal pour être pris en considération.64 Si LA LÉGENDE DE DON JUAN. P. mais dans le Tan largo.Morley signale encore dans le Burlador les expressions Vendeuse siempre por truchal /.).i teur du Burlador.). Dans un article récent et «l'un haut intérêt sur l'emploi de certaines formes poétiques habituelles à Tirso (The use of verse-forms [strophes by Tirso de \l. et. IL passim). Le l'ait Molina.-G. I" Prudencia m semble étrange si Tirso est l'aula mujer.-. M. pour cette question de l'authenticité du Burlador : y PelayO (Estudios. Les paysans j sont ire. : : >• •• .mar sauve par pas dans le Burlador. . 5 . auxquels il donne les mœurs de leur condition. probable que ces formes ne se trouvaient pas employées dans Tirso les emploie quand il peint et fait parler de vrais paysans. encore. Ce n'esl pas le cas dans le Burde Pastolador. Ce sont des bergers Mais est le Burlador Leur langage n'est pas moins recherché ni moins contraire à la réalité que leur caractère. quand don Juan. que M.femmes. il importe de noter que les vers de amar ne sont et Tirso. peut taire deux réponses a cette objection Les textes eorroinpus du Burlador que nous possédons ont forl bien pu dans corriger.e à l'authenticité de l'attribution. Outre que le rapprochement me semble quelque peu vague et banal. IS7 et suiv. que je soutiens amar il 12). appliquées a de. qui se trouvent aussi dans d'autres pièces de Tirso (cf. IL série. \ no hay que espantar. p. p. 11. el Vergonzoso en palacio. que dans les |. rapproche de ces deux vers Que no busca eu charcos ranas : : • : qu'il Quiea tiene en la corte truchas lu Villana de Vallecas. Enfin M. Lu terrible ouragan a l'ait chavirer mon navire pour me Tisbea.. .et thèse de l'authenticité.• pour hacer. S. Martinenche la directeur de VII. p. M.

Le sens en est aussi. et ne pourrait l'être que par la découverte d'un texte plus sûr et plus authentique que celui de l'édidu Tan largo. et le titre en est tout différent • Tnn largo me lo fiais (Tu me donnes un long délai). bourgeois de Séville nom (Mail tion est obscure et devenu synonyme de plagiaire? La quesn'offre (pie peu d'intérêt. tion demeure probable. le père de Don Diego. dans le Don Juan dans le Tan largo. Cette : dernière pièce contient une description de Séville substituée à celle de Lisbonne. En outre. bien plus vulgaire. G'esl le nom . dans des représentations données en divers pays. même de Burlador est remplacé par . Huant à ceux-ci. qu'un imitateur. mais le développement est assez nombreuses. ait remplacé en dépit des vraisemblances. Ces deux importantes modifications prouvent que le Tan l<ir<jn au Burlador. ils contiennent quelques différences qui doivent nous arrêter un moment. Les personnages conservent les mêmes noms. et Don Juan qui s'appelle. celui.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. et que celui des scènes — sauf quelques modifications de détail — est la même la en général plus abondant dans deuxième version. les endroits. plus satisfaisant. Mais la question. En effet. ce titre de Tan largo me le /<< fiais a tout l'air d'un litre imaginé pour dissimuler à plagiat aux yeux la du public. la plus grande partie de La pièce se passant à Séville. la description et suivanl de Lisbonne par celle de Séville ou d'une autre ville. il n'est pas admissible que l'auteur est postérieur véritable ait fait décrire par un de ses personnages la ville même dans laquelle se déroule l'action.le comme le sup- pose Cotarelo. de garanon un Ane étalon Ouel dont était l'auteur de cette imitation? Était-ce. . n'es! pas définitivement résolue. aucun des arguments allégués contre elle n'étant concluant. La suite tion de Barcelone. en bien des endroits. s'il n'entre pas dans le cadre de ce travail d'en faire une comparaison approfondie. il faut l'avouer. Les suppressions et les additions y sont . au contraire. sauf cependant Burlador. Il est emprunté Le nom une phrase qui revienl souvent et comme une morale de sorte de refrain dans le Burlador qui contient la pièce. cet André le Claranionte. On comprend fort bien.

Quoi qu'il en soit. Les temporaine <'t devaient être du goût du public. ses s'il est de Tirso ce n'est pas une de meilleures œuvres. elle pas moins incertaine. elle n'est vraisemblablement pas antérieure à l'année 1(125. sévil- comme elle est. notamment les Adieux à Séville dans Los Vargos de Castille. que dans la mesure où la pièce que nous possédons est conforme au texte primitif la description de Lisbonne. si pédantesque et si plate. les une succession régulière sont événements ne sont pas présentés dans et dans une dépendance naturelle. de don Cristobal Juarez de Figueroa. Si la pièce est de Tirso. ville Une des en 1627. époque du séjour probable que le moine de la Merci lit à Séville. Mais.66 LA LEGENDE DE DON JUAN. Quant n'esl à la date précise de la composition du Burlador. coupée l'intrigue est confuse. les imitations innombrables qui en ont été faites. ont valu au premier drame une réputation qu'il ne justifie pas complètement. Si lane la pièce était de cette époque. de Lope. dans le Paustlipo. juxtaposés. ne sont — la tel le récit du commandeur d'Ulloa — interrompent l'action et il ralentissent sans motif. . etc. de l'authenticité du Burlador. Il ne semble même de la pas que le Burlador ait joui auprès de ses contemporains vogue qui plus tard l'irrégularité s'est attachée à lui. Cf. J'inclinerais donc placer sa composition entre les années 1627 et 1630. Ces observations. en général. l'éloge de Naples dans les Ciga!• Tirso. soit aussi gauche : en est peu dont la facture sans suite. suivant les villes justes : OÙ ils jouaient '. pourrait bien n'être qu'une de ces loas introduites après coup par des acteurs. d'ailleurs. ils ne découlent pas l'un de C'est descriptions de villes -uni assez fréquentes dans la littérature conI. Si grandes en effet que soient et la maladresse de composition des il pièces espagnoles au xvn e siècle. et sans raison et mal à propos d'incidents de digressions qui est vrai. Ils l'autre. notamment. Le succès postérieur de la légende de Don Juan. seul de l'auteur de la première rédaction qu'il importe de connaître. premières éditions de ses œuvres fut publiée en cette chez Manuel de Sandi. elle eût sans doute figuré dans l'édition de à Sandi.

reproduit exactement le ravisseur d'Isabela. tantôt disparate. et drame manque donc d'ordonnance de cohésion. mais qui se proposent plus de donner au public un spectacle captivant ou une leçon profitable que de [teindre une passion ou un caractère. ni de l'en marche au hasard des rencontres le par le libertin. des aventures auxquelles mêlent les caprices de sa bonne ou mauvaise fortune. Puis. l'autre. mais ajouter surtout que l'auteur du Burlador ne ce s'est il fan! pas proposé et que nous chercherions vainement dans sa pièce. Le portrait du héros est tantôt trop uniforme de ton. ni ne varie le fourbe qui prend le manteau et le nom du marquis de la Mota pour pénét rer auprès de doua Ana. la pièce d'épée. qui sont. Don : Juan ne progresse. les conditions du théâtre el le tempérament espagnol expliquent ce contraste qui choque nos copie le séducteur de Tisbea. Certes. Sans doute netteté des la physionomie de Don Juan se détache avec l'au- événements successifs au milieu desquels est l'objet teur le représente. gieuses. soudainement. Il ne faudrait pas se laisser abuser par le titre de Burlador .LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. du caractère de Don Juan. un tableau ressemblant de la vie el des mœurs espagnoles. a ce que d'un . En dehors de ties : la dissemblance qu'elle offre dans ses deux parel l'une. elle laites la vie du même personnage. Le personnage ne fait : habitudes de méthode et notre besoin de logique. Dans les deux premières journées. comiques. dans leur confusion. Le trompeur qui enjôle Aminta par une promesse de mariage que se répéter il demeure figé dans le même rôle de débauché sans invention et sans profondeur. banale comédie d'amour et de cape religieux. comme une série de tableaux indépendants représentant à tour de rôle différentes scènes de L'intrigue ne résulte ni chaîneraient des faits. ne se transforme. Celle-ci relisi catégorie de ces œuvres à la lois tragiques. ce n'est pas la représentation du per- sonnage pour lui-même qui appartient à la de la pièce.Molière mis dans son Festin de Pierre : la peinture caractère. dans la troisième journée. mais. il se transforme et prend une vigueur et une élévation inattendues.

68 LA LÉGENDE DE DON JUAN. et Cristobal de Lugo achève comme un en faisant des miracles. Joueur : l'analyse d'un drame Le Burlador n'est pas un drame psychologique. Leonido fait du Christ Cruz le garant de ses innombrables crimes. non pas seulement dans leurs ouvrages de controverse et d'instruction. l'union des œuvres et de la foi? Et si cela est. Dieu paie finalement la delte contractée par son divin la Dans Devocion a /</ Dévotion à la croix). saint. pour rendre cette vérité plus indiscutable. inversement. pour être sauvé. dans quelle mesure le repentir et l'amour de Dieu corrigent-ils les fautes commises contre doit-il sa loi? A quelles conditions met-il son pardon? Est-il des crimes au- dessus de sa miséricorde? Le pécheur désespérer de sa bonté. vice et de ses effets dans une àme. conserve fidélité le culte de la croix celle sauve à l'heure dernière. el 1 Eusebio. à entasser sur et leurs têtes les forfaits les plus épouvantables. ou ne jamais cesser d'avoir confiance. fils. /:/ Rufmn dichoso. mais jusque dans leur théâtre. ne contient pas ce que renferment chez nous le des titres tels que l'Avare. de Cervantes. filles el de détrousseur de Cette conception qui exalte l'efficacité du repentir est profon- I. une existence de coureur de passants. La loi suffit-elle sans les actes pour assurer le salut? Et. voleur et assassin. Dans la Fianza satisfecha la Caution dégagée et . C'est un religieux qui pose et résout un problème théologique si dont l'intérêt a paru vif aux Espagnols qu'ils l'ont discuté à maintes reprises. : la réponse à ces La maxime évangélique « Il y a plus de place au ciel pour un pécheur repentant que pour dix justes ». l'Imposteur. Il de Trompeur). quelles que soient ses fautes? Les dramaturges espagnols n'hésitent pas sur délicates questions. . est la conclusion unanime de leurs pièces. en leur laissant seulement au fond du cœur un germe de bonté la le de foi. Ils se sont même ingéniés. les œuvres sans la foi ont-elles quelque prix aux yeux de Dieu? Faut-il au contraire. à présenter sur la scène les criminels les plus corrompus.

. . Ces personnages. lui a laissé la possibilité il du repentir. sentiment religieux qu'il persiste intimement uni à la personnalité. si au milieu des plus graves errements. la conversion sera sante. la dpnl rachetées par une rigoureuse expiation. car permet à l'homme de racheter ses fautes. En ne fermant pas l'espérance au pécheur. chez qui ne somet meille que pour s'éveiller plus vive à une certaine heure. épave d'une foi prête à un jour tout entière. et ces le refleurir retentis- tempéraments espagnols aussi peu mesurés dans bien que dans le mal. elle est aussi humaine et consolante. Cf./ Condenado Damné pour manque a de Tirso de Un bandit commis des crimes devant lcs(|iicl< l'imagi- [. Sous la l'in- fluence séculaire de sule. au fond de laquelle ne survive la quelque croyance secrète. Ce jour-là. prend aussi est la valeur robe du prêtre. à la Croix. Il n'est pas corrompue soit-elle. qu'il il lui a donné à le droit de 1 . de se relever. bretteur sacrilège. empêche le cœur endurci de se dessécher et de se corrompre irrémédiablement. grâce à la force du sentiment la foi catholique. En Espagne. (laila deron. (le cette question n'a élé présentée et el résolue avec autant de logique de grandeur que dans de foi). El condenado por desconfîado II II*.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. compter sur une miséricorde Qu'est-ce que le ne refuse personne lui pécheur doit donc faire pour que Dieu par- donne? Dans aucun drame por desconfîado Molina. dépravés les erreurs sont et croyants. lutte contre les Maures dans Péninle plus tard contre les s'est si Protestants dans les Pays-Bas. quelque culte à Vierge. d'âme. 69 elle soil dément catholique. Lope achève dans la prêtrise une vie d'aventures guerrières et galantes. quelque adoration d'un saint. Quelle de ces conversions? Jusqu'à quel point Dieu penl-il Il s'en accommoder? a créé l'homme et fragile et imparfait et il n'exige pas de lui qu'il n'erre jamais loin des droits chemins. celte doctrine trouvait chaque jour son application. cl si bas qu'il elle tombé. passeront brusquement des pires excès la de chair aux plus vives ardeurs mystiques. son! la vie plus nombreux encore dans la que sur scène.

Y peces cl mar -alailo sus côncavos guardô. Aussi s'amende-t-il peu à peu et. tl. avec cynisme d'une Ame foncièrement pervertie qu'aucune bonne pensée ne semble pou- germer en elle. exécutés le dans si conditions les plus atroces. à l'heure delà mort. « L'homme ne peut. au convoir respect traire. son repentir dès longtemps préparé est si absolu qu'il monte au eiel dans une apothéose. viols. . et Aunque vus ort'en>a. Mais une condition est nécessaire. V que estrellas tiene el ciolo. Le seul crime pour lequel n'y ait point de rémission est charité le doute. En Esta es mi misericordia. parce que la cette espérance n'est pas fondée sur mes œuvres. la Ainsi ce n'est point « faute qui Les offenses ont beau être et les poissons compte aux yeux de Dieu plus nombreuses que les étoiles du : firmament reçoit le de la mer. toute prête à lui pardonner. mais sur le conviction (pie Dieu s'humanise avec plus grand pécheur. Dès le moment où confiance s'en va de son cœur. Cependant Enrico a conservé un tendre pour son vieux père et il n'a jamais désespéré de la miséricorde divine. a la vécu pendant de longues années dans il les austérités de pénitence. : nation reste épouvantée los vols. sa miséricorde est 1 telle qu'il pécheur dans ses bras aimants il ». cloute cependant de son salut.sean Ma. et ce seul la doute su H il à consommer il sa perte. hésiter dans sa J'ai tou- jours l'espérance de faire un jour mon salut. s'engage dans et plus le mal.que àtomos baj 'Ici sol. assassinats. faut que le coupable espère en cette misériil corde. L'ermite Paulo. sans se perdre. Que Le En recibe al pecador sus amorosos iira/n-. il nombreuses parce qu'à chaA l'heure de sa mort est sa perversion est irrémédiable et damné pour n'avoir pas cru en la bonté de la Providence.70 LA LEGENDE DE DON JUAN. ses fautes deviennent chaque jour plus graves cune il désespère davantage du pardon. Le Dieu d'amour et de mort pour les hommes exige d'eux confiance et abandon. II. loi. dit Enrico.

je dis moi. Luther dans es sera c . doctrine chrétienne universelle..LES ORIGINES DE LA LÉGENDE..m] à qui n'agit pas. - porte d'autres et en est d'autres plus compliqués. E. à quel momenl est nécessaire et suffisante doit-elle se manifester? Dieu se conet dans quelles conditions et d'amour à la dernière contrition tentera-t-il d'un acte de et la crainte du châtiment mort la heure. s'appuyanl en Jansénistes. la : ... I soutenu même thèse..) aul. j'ai perdu La foi Ce manque d< nombreuses. de cette à tous les appétits de la chair? se livrera-t-il pas sans contrainte Et ce péril était plus Tirso a vu le péril d'une telle morale. Aquesa desconfianza Te tieno do condenar. ne vie une toute pénitence finale qui effacera . Mas la esperanza Que tengo en Dios. Y con su piedad se salva. que sa pitié le sauve. Yo no la tengo Cuando son mis culpas tantas. ' . «nais croit... . B.El moi. répond Paulo. Sino en saber que se humaua Dios con el mas pecador. lorsque la menace de Si le ministre de Dieu repentir? rendent suspecte la sincérité du pas un dangereux répond affirmativement. ». — Muy desconfiado soy.. Si la foi au salut du pécheur. [1. justiûé par la roi sans les est L'homme que a déclaré premier. us. Les menteur I *Vb. foi fera de toi un ». qu'il aura pitié de moi j'ai en Dieu fera peut-être cette morale de son drame esl Telle est la conclusion de Tirso et 2 Maisle problème comcatholique conforme à la vraie doctrine du cas de Paulo dehors En subtilités théologiques. n'autorise -t..il divine pécheur n'escomptera-t-il pas la clémence de celui d'Enrico. parée que mes fautes sont trop que la foi que tandis damné. Mi esperauza 1> _ Puesto che no va fundada en obras mias. . le pour vertu. comme pour remettre sans cesse sa conversion? et dans l'attente salut » mon faire Don Juan « J'ai le temps de de péché.17. sur l'autorité de saint Au. Saint 2 Elle esl en réalité conforme à la œuvres. ajoute Enrico. il marché? Le : Ne dira-t-il pas. Confianza Tengo en Dios.. des œuvres pour le salut. on. \ _ Mas siempre tengo esperanza En nue tengo de salvarme.lest qu nettement et simplemen.. . sa foi j qu> dit que Evang le exige Celui maxime a formulé cette Propos un .. ha '1'' hacer Que haya piedad de mi causa.

L'homme qui. vit volontairement dans l'oubli le de ses commandements. et sera damné. de Cueva. générale. cet appel tardif n'est pas un acte cri de contrition. Don Juan a refusé de se convertir à un moment où la sa conversion. Et c'est une des raisons le qui. ne se trouve guère ailleurs dans ture espagnole : la littérail à l'exception de YInfamador. permettent d'attri- buer celui-ci à Tirso de Molina. point de salut. acte volontaire. accompli en toute liberté. n'es! prêtre plus sincère. sans renier Dieu. Son pour repentir. elle foi ne produit aucun bien etn'einmorte. loin de détourner du mal. à craindre en Espagne qu'ailleurs. la contrela : partie nécessaire. c'est un le effet peur. agit en impie. la foi est elle semble presque y assure au pécheur de voir ses fautes n'était donc que Dieu ne saurait s'accomin pardonnées en échange d'un repentir pas inutile d'avertir les extremis. qui est toute la morale du Burlador. Dieu se montre. de Don Juan Damné pour manque se de Elle en est le complément ou. mais. Elle n'a pas la pêche aucun mal.72 LA LEGENDE DE DON JUAN. vertu de non seulement parce qu'elle ne se réveille qu'à la dernière heure. Il ne mourra pas en en état de grâce. cette le impi- pécheur n'a pas permis à la loi d'accomplir . Cet avertissement salutaire. C'est une celle d'Enrico. eûl produit son effet. elle est latente. : sa conversion n'a plus de valeur. demande un a confesser et l'absoudre. la fable La leçon religieuse développée dans rattache en effet intimement à celle du foi. mais un toyable parce que de détresse. mais parce que son réveil n'est pas spontané. inviter par l'espoir qu'elle Là pas d'incroyants. remettant à une époque indéterminée soin de son salut. pour mieux Sans la foi dire. telle est leçon du Damné les à laquelle l'auteur du Burlador ajoute celle-ci suffit la foi sans œuvres ne pas toujours à obtenir le pardon du pécheur. elle est comme si elle n'était pas. lorsque la main de de la statue S'il l'a déjà saisi. n'est pas de pièce qui représente un pécheur damné en dépit de son repentir. Sa lui foi est inefficace. 11 trop attendu fois. tout en prouvant les rap- ports du drame de Cueva avec Burlador. Il fidèles moder de ces rachats ses tardifs et que les regrets de la dernière heure ne compensent pas toujours une vie passée dans l'oubli de commandements.

LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. lo Ce mot qu'il répèle comme un Que largo me fiais (Quel long. fixer car dans quelle mesure la le salut du pécheur. seul. qu'un môme auteur. dans le Burlador. de la leçon proposée. à l'homme de théâtre un problème moral assez elle offrait un problème religieux de. cette lente et sûre guérison qu'elle opère dans L'âme d'Enrico. la progression de démonstration épisodes. La peinture du débauché. tout cela est accessoire. rattache l'un à l'autre si étroitement. La question était donc. foi et les œuvres doivent être associées pour sein de l'Église lui le dans celui-ci de retour à quel moment le moins important pas n'est il assurera le pardon de ses fautes. idée religieuse. un acte ment Dieu lui et la repousse. dans une com- mune t-il. m les profondément des œuvres issues de Toute- . Don Juan L'a volon- tairement laissée refrain : assoupie. et qui miséricorde de la méconnaît Juan Don importun.délai lu nie donn un mot de confiance en la miséricorde divine. pour un théologien à un dramaturge comme Tirso. subordonné à la la \ érité. et sans autve objet que d'en établir Ce point de vue ne le doit pas être oublié Le si L'on veut Le comprendre distingue j'entends Burlador et découvrir dès principe ce qui lui.autres éléments du drame. le rôle des combinaison la et l'intrigue personnages. Cette s'il leçon est à la fois morale et théologique. non moins que dans manque de foi. indulgente aux repentirs les plus tardifs. est du ressort du prêtre de pour moraliste d'établir les conditions qui donnent une valeur et pour au repentir. quand il refuse d'entendre les appels qu'elle adresse. la thèse soutenue absorbe-t-elle tous les autres de. / Damné /«<<//• Aussi.plu- pour sortir des limites étroites d'une controverse ecclésiastique et pour être posée devant le public. Don n'avoir point voulu y rentrer à temps. a pu. Celui-ci a éveillé la foi qui dormait en lui. C'est le triple et qui les enseignement qui se dégage des deux drames. doublement intéressante le : l'homme d'Église humain graves. il n'exprime que L'impan'est pas ajourne indéfinitience du libertin gêné dans ses plaisirs. semble- les concevoir. Si Enrico est pardonné pour être revenu au bercail. Juan est puni pour et Paulo châtié pour l'avoir déserté.

avec cette différence que dans : gradation inverse d'une part. au moins jusqu'aux dernières scènes. Dieu lui envoie un premier signe destiné à la lui ouvrir les yeux. qu'il ne faut pas attendre au dernier moment pour se convertir. répandent à travers final. la pièce une impression d'anle Damné pour manque Damné c'est une double goisse et de terreur religieuse et préparent le coup de foudre Le procédé est le même que dans le <!• foi. cette façon. Seul Burlàdor l'étude d'un cas œuvre décousue. jusqu'à l'heure la de sa conversion définitive. Lo pagareis en la muerte. l'unité est faite de morceaux souvent le mal fondus et mal constituée par développe- ment de ties cette seule idée. liés. de l'autre. il comprendra cet avis du ciel et fera mine de se convertir. Dans une pièce postérieure?. lui aussi. d'abord vagues. les voix qui parlent en conseils de son père. une série de conseils qu'il ne veut écouter ni comprendre. l'évolution d'Enrico écoutant les lui. Don Juan . vous paierez à l'heure de la mort' Puis c'est 1 Los que lïngi's y enganais Las mujeres desa suerte. qui se précisent peu à peu.) . la vue d'une jolie pêcheuse rappeler que : ne lui inspire d'autre désir que celui de faire une dupe nouvelle. incertaines. les ('/est alors la voix de Calalinon qui lui fait entrevoir la puni: tion d'en haut « Si le vous continuez à tromper femmes de ». Alors que l'action se répète souvent sans avancer. et le navire qui qu'il n'est jamais prématuré de songer au salut le porte fait naufrage et lui-même échappe à grand'peine à la tempête. à laquelle se rattachent toutes les par- du drame. à lui mort peut fondre inopinément sur chacun.74 LA LÉGENDE DE DON JUAN. Dès son aventure de Xaples. Ce sont des menaces. la leçon se développe au contraire sans cesse. Ici.ii reçoit. Dans cette — sont à la le l'ois un tableau de mœurs est et une reli- peinture de caractère. œuvres sérieuses gieux. 15. (I. graduellement. tant de plus en plus de la chute de Paulo douet clémence céleste s'acheminanl vers sa perdition éternelle en dépit des avertissements que lui font entendre des voix mystérieuses et les apologues d'un berger. que les événements qui la constituent se reproduisent parfois avec monotonie.

Calalinon renouvelle ses avertissements « L'existence il plus longue est ». 21. y a l'enferil Vaines leçons! Le galant est jeune. 21. tout comme dans YInfamador. '111..) A.. ce que l'on on paie le 4 ».. va aeuordas larde. les avertissements d'en haut deviennent plus manifestes : les victimes demandent vengeance.) .. à de nouvelles trahisons. il court à de nou- de son père : et te ' : velles amours. 10. Mais Don Juan est sourd à tous les a\ is en vain.] /<//</<>. Su castigo no se tarda. 1. sur les dangers de le différer. ni de dette qui ne se « Il n'est plus Et quand Don Juan se repent enfin : temps. que tal Quien tal luzo pague. : En la vain. sera temps de s'amender à l'âge où de grâce divine n'aura plus à lutter contre les faiblesses de la chair. prends garde que son châtiment ne tarde plus ». la la mort est lointaine. muerte infiemo. (II. Tel est véritable objet et tel dut être pour les contempo- rains l'intérêt du Burlador.. le mort s'anime mysqui pour punir lui-même estiment que qu'il n'est les l'offense qu'il a reçue.) Es corta la 2. une occasion d'éclairer une jeunesse insouciante de son salut. Les exploits galants du personnage n'étaient qu'un thème banal. Mira que. mayor iras la vida. cent fois traité. Nu liav liiLr ar. courte. fait.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. et derrière la mort. J'adopte. la vie et il En attendant. iIII. seigneur. la version du Tan h- texte du Burlador Juzgan 4. ne sort d'une aventure il compte jouir que pour en méditer une autre. 6. pas de terme qui n'arrive. prennent garde paie 3 ». le commandeur en mourant le menace-t-il. los castigos grandes étant manifestement mauvais. pour le 2° vers. aunque al parecer Dios to consiente y aguarda. Cependant. (III. lui le dit la statue. Y que nay 3. qui devenait ici. tu y songes trop tard. des chanteurs : térieux font entendre ces paroles menaçantes « Que ceux châtiments de Dieu tardent. celle 75 « Quoique Dieu semble souffrir tes crimes donner du temps.dvierten Ids que 'lr l>io-~ Juzgan los castigos tarde Que no liay plazo que no llegue Ni deuda qui' un se pague.

11 Don Juan la faut pour le comprendre et placer dans Il foule à la des galans. Quelques-uns — les plus généraux — appartiennent au fonds Ils immuable de la nature donjuanesque. Considéré en dehors de son milieu. C'est un libertin. Mais s'il est manifeste que le portrait du débauché a passé au second plan dans les préoccupations de l'auteur. Mais à ces traits généraux du caractère s'en ajoutent d'autres plus particuliers qui font du Burlador un le vrai lils de est l'Espagne. il ne livre rien de lui. inexplicable. le héros ne serait plus lui-même. la figure du premier Don Juan semble assez terne. sans avoir la vigueur qu'elle prendra clans la suite. femme qu'il et il ne cesse de s'appartenir. à y regarder de près. aucune ne l'a fixé. Dans la posdésir inapaisé de toutes les : session la môme. une volupté de la chair c'est son corps seul qui aime. des caballeros des rulians. lui est indifférente. c'est la frivolité et l'inconL'amour est l'unique plaisir que poursuive le Burlador. I'. contient déjà la plupart des traits essentiels qui constituent le type des Don Juan. Tout d'abord. C'est le stance. un besoin des sens. ne lui donne laisser ne prend d'elle qu'une sensation. celui-ci ne lui en a pas moins donné certains traits originaux dont quelquesuns ont un vigoureux relief. à un Enrico. le Mais. sans eux. ce relief n'apparaît guère et pour qui lit le drame espagnol avec le souvenir encore vivant du héros «le Molière. De toutes celles elles ont qu'il a connues. femmes. tant d'autres caballeros du théâtre espagnol. passé dans sa vie sans d'autre souvenir qu'une vision voluptueuse aussitôt évanouie.16 LA LÉCENDB UE DON JUAN. Par cette indépendance du cœur. par cette soif de sensations le Don Juan espagnol ressemble à ceux de tous les pays. cette physionomie. Mais ce n'est pour lui qu'un plaisir. sont inhérents à /l'espèce. tel que toutes les littératures en ont produit. amoureuses. Il semble même à bien fade quand on et à un Leucino compare à un Leonido. il tient dans ses bras.miI songer .

i. avait promené son épée supportait aucune de ses exploits. exagérant le sentiment de leur dignité personnelle de leurs droits individuels. Lope. ou un Leonido. Busto Tarera intraitables. :. C'est par là qu'il se rattache à l'innombrable foule de ces héros que seule la littérature . de la Naples aux Flandres. où un cuisinier pouvait répondre fièrement à son maître qui le menaçait noble : « Je ne puis souffrir qu'on le roi et me querelle. où tout gentilhomme se vante de descendre des Golhs. de son aucune entrave. élevé lui victorieuse. Le caballero. t. altiers. 21:. innom. d'indépendance et de foi. . laideron. 2. Le culte jaloux des vieilles franchises municipales s'ajoutant à l'indépendance féodal envers son suzerain. a développé de le du seigneur bonne heure dans à l'excès cœur de l'Espagnol cet esprit d'insoumission qui. aboutit à la rébellion contre toutes les lois humaines et divines. et de Méditerranée au Pacifique. Rujîan dichoso. le mélange de sensualité d'orgueil. ne souffrait discipline. Don Alvar d'Atayde aux aux Gristobal de Lugo \ aux ces individus sans mesure. I /" el Estrella '/'• Sevilla. un Eusebio. aux instincts : . devait enfanter des carac- tères farouches. donnait de sa personne un sentiment trop au niveau des règles communes. nature physique du pays qui de ses habitants. ilcade de Zalamea. Baslardo Mudarra. d' lulnoy. espagnole pouvait concevoir aux sentiments violents et despotiques.LES ORKiIXES DE LA LÉGENDE. car je suis comme et môme plus :i ». force On ri s'explique alors les vifs contrastes. 1 aux Mudarra 2 4 . au caractère excessif leurs croyances religieuses. ( Lettres de Mme I. de brutalité et de politesse qui constituent l'originale personnalité du Trompeur de Séville. cette existence aventureuse la indisciplinée à la qui arrachait de bonne heure jeunesse espagnole tutelle du 1 .. Lope. :». </ el lervantès. qui. à la l'a tic vu naître. En et pour qu'il s'abaissât même temps. L'orgueil de sa race. p. qui sont les produits d'un antique état social et d'une longue existence de combats et d'expéditions lointaines. Ce pays. de perfidie et de bravoure. porté comme chez un Don Juan.

compagne. qu'il oublie envers Il femme la convoite devoirs de la la cour- toisie. fiancée. La femme n'est pour lui qu'une créature de plaisir qu'aucune auréole n'entoure. honnêtes de la vie pro- développa à l'excès la fougue naturelle du tempéra- ment. servir est l'esclave dont la fonction est de aux plaisirs n'a le de l'homme. Habitué à existence voir soumise ni aux caprices de son maître. Il a trop souvent perdu dans ses amours de conquistador sa traditionnelle galanterie: dans sa manière d'être avec les el femmes perce le désir grossier du soldat entré par la brèche dans une place forte. ments suivent les nuit sous les balcons. elle plus l'épouse. en outre. Le caractère des habitants en a été atteint. où l'amour de scandales nocturnes. et notamment la le culte chevaleresque dont l'Espagnol a la de tout temps honoré femme. aux habitudes calmes vinciale. Madrid. l'amante respectée. dans la méridionale Andalousie. l'Espagnol revient arrogant et brutal. Séville et toutes les grandes villes étaient sans cesse le théâtre de désordres et guitare. richesse des cités. à hou Juan l'amour en ci pas échappé reflet. les anciens conquérants ont laissé des traces profondes qui ne se retrouvent pas seulement dans les monuments dont dans la ils ont couvert le pays. n'emploie plupart du temps pour conquérir . Elle n'est comme la l'Arabe. s'en est trouvé amoindri. la Il ces mœurs le< : sa conception de est ignore les délicatesses du sentiment. La Comédie et la Nouvelle au xvii c siècle sont un témoignage où les enlèvele encore vivant de cette dépravation d'une jeunesse avide d'aventures où le danger donne plus de prix au sérénades la plaisir. l'Andalou. dans la culture du sol. méprise . et foyer familial.78 LA LEGENDE DE DON JUAN. Ces habit iules semblent sous l'influence d'un ciel s'être développées davantage encore plus chaud et du souvenir plus proche les des luttes soutenues contre Maures. Là. Des camps et de ses voyages à travers l'immense empire. sans propre sa indépendante. qu'une fille de joie qui apaise un moment la fureur de ses sens. où cliquetis des épées se mêle au son de la (s'accompagne de drames sanglants.

i • 2. au lieu de soupirer. : atta' quent. il en a deux dont il use à tour de Tantôt. billets livrés. avant Langueurs. Quant à celles dont l'humble condition ne résiste guère à la vanité d'épouser un homme de la cour. ne connaît pas. Ce du « Camarero Mayor il ce descendant des Conquérants de ni Séville a les façons ni résistance. Son amour à vers ne naît pas d'une lente communion il d'une pénétration réciproque. ils leurs regards sont des désirs. mais que il son imagination l'avoir rend désirable : convoite doua Ana sans jamais vue-. volontiers : saveur dirait Comme « : héros de Marivaux. d'avenl'emploie avec les céderait qu'après il avec celles dont le cœur ne femmes de haut rang. ne s'accommode d'aucune lenteur à sont expéditifs est aussi . entre un sentiment de mépris. vifs qu'ils n'ont n'en est plus question fadeur. ignore ces préliminaires. platitude du temps passé que tout cela. il il a déjà donné.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. . 11 scrupules de son honneur. d'elle. se fait passer qui croit recevoir son turier sans scrupules. il c'est un élan impulsif un objet que. Puis les a prises les quitte aussi rapidement qu'il en se sauvant il à la dérobée. luttes où le la pudeur refuse ce que et le cœur la lui.. pour un autre et abuse ainsi de la belle amant. la Réunion des imours (scène Dans imar sin saber >i quién (Aimer sans savoir qui de Lope Don Juan s'éprend aussi de Leonarda sans la connaître. : .. d'un soudard. petits soins. lils ménagements qu'il exige.. Ses procédés rôle. ils ne disent point lui Faites-moi grâce. 79 aucun de ces rendu à la artifices de la galanterie qui sont un hommage ignore les pudeur et à la délicatesse et les ». timidités. un siège trop long pour sa fringale d'amour. Dans celle désinvolture avec laquelle les traite. 11 Marivaux. est immédiat. Son désir n'admel délai. Cette soudaineté dans l'éclosion du désir le satisfaire. si nies sujets] sont pas le loisir d'être tendres. faveur des ténèbres. soupirs.. sur un seul billet qu'il a reçu 1. à la car il peu inventif il qu'il est impatient.. féminine. lui parfois même. toutes ces intrigues qui sont pourtant d'autres de l'amour. Cette ruse de condottiere. il triomphe aisément des hésitations de leur vertu par une il promesse de mariage. doux martyre. ils la prennent et •>.

80 LA LÉGENDE DE DON JUAN. « paysan est honoré: c'est un cristiano viejo ». la D'estime pas qu'elles vaillent tisées. Le vieux Sancho du Meilleur Alcade de Lope. car est chevalier par cœur ne souffre pas lui qu'un grand seigneur s'estime assez au-dessus de pour violer . le Le et vilain tient à son honneur. et qui. et le capitaine Tello qui outragé sa et il le roi lui donne raison. dont on respecte décapiter les privilèges. éprouve de la curiosité. façons cavalières d'en user avec eux les petites sentent dédain hautain de l'Andalou pour le Partout ailleurs qu'en Andalousie vieux chrétien. il aime cependant le stimulant de certains détails une nouvelle : mariée aux approches de sa nuit de noces évoque en séduisantes images. tout roturier qu'il est. Si le un sentiment d'une autre nature qui se une tendance à raf: Burlador n'est pas le blasé que des civili- sations plus avancées concevront. il sent une impulsion qu'il ne refrène pas. Quand leur a ravi l'honneur. Cette corruption a seulement effleuré le Burlador. demandera à l'imagination des inventions vicieuses. est sans pitié et les trouve ridicules de se lamenter pour avoir si peu perdu. l'empêche pas de avec les le lui voler sa fiancée. ni assez maître de ses sens. Cependant ironique. fait a mettre en prison fille. elles ne lui inspirent qu'une réflexion La douleur du ses villageois qu'il I rompe ne prend gens. A ce mépris s'ajoute précisera chez Molière et au xviu e siècle finer la volupté. ne fait mal pour mal. En face d'une senil sation qui promet d'être nouvelle. mais pour satisfaire ses caprices est éphémères. de cherla cher à adoucir par quelque mensonge il douleur de ses victimes. qui rendra un jour lui de On le entrevoit ici cette perversion de l'amour personnage complètement odieux. il froid et dur : les remontrances de son père ne l'émeuvent pas. avec les il scrupuleux hommes. Les libertés qu'il paysans. ni il peine d'être longtemps courfrais qu'un gentilhomme se mette en pour elles. pas le Il n'est pas le encore profondément méchant. au lieu d'excuser sa trahison. n'étant ni assez délicat. las des jouissances du cœur. sa brutalité et Il aux seules femmes. son indélicatesse ne s'adressent pas n'est ni plus tendre ni plus Au reste.

du chef dans s'il l'État. côtoie sans cesse l'amour discret. L'amour qui se déchaîne en transports. contradiction fréquente chez les amoureux du un de ses théâtre espagnol. Vivre sans accepter les obligations que les rapports sociaux imposent aux hommes. : Parfois.1e sa \imir dans la réalité. « Le même Lope qui ' définit quelque part l'amour pas tout un bouillonnement des sens : » fait dire ailleurs à héros « Je suis l'amant de ton 2 âme et la chair n'est en amour ». en vengeances mortelles. s'affranchir de tout pouvoir supérieur. : Que también quiero yo d aima Nu todo e] amor es cuorpo. telle serait sa morale n'érige pas sa conduite en système. tendre et délicat de l'amant qui « parle . de celui du père dans la famille. En général. gentilhomme reparaît sous le ruffian Le rude coureur d'amour redevient à l'occasion homme de cour. le avec peine l'envie de posséder Tisbea. par passion. . Don Juan n'en fait aucun moins par perversité que par mépris pour le rustre. C'est sans y songer qu'il pratique l'individualisme. 7. L'exaltation du moi n'est chez lui qu'exubérance et orgueil. Mme d'Aulnoy est frappée du même phénomène en jalousies féroces. ibndement un principe d'honneur. I. nourri de Gongora tandis qu'il sent bouillonner en lui indocile. 11.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. par instinct. 81 cas. 4). Mais la conscience. d'aucun gneuse pour les sentiments et les droits d'autrui. Lu Moza tir Cantaro (la Demoiselle servante). son insensibilité résulte d'une indifférence dédai- Elle a pour esprit de révolte contre tout obstacle à la libre manifestation de ses penchants et de sa volonté. d'ailleurs. de justice. impunément ses droits. de Dieu dans il en avait une. Il promet d' « enfermer le sein d'albâtre » d'Aminta dans « et contient une prison de colliers » au moment est même où l'on apprête des che- vaux pour sa Cette fuite. Ses instincts n'admettent l'entrave d'aucun frein moral ni religieux. sm saber d quién (III. de charité qui gênerait le débor- dement de sa personnalité. il lui adresse des concetti où le soleil et la neige se mêlent pour la célébrer. Il agit sans réflexion.

il est brave. un de faiblesse. De si même Don Juan : repousse moins qu'il n'attire. dans la façon cavalière les gens. saccageur de villes. s'y son courage le ciel devient surhumain. Ce sont vices. Le chevalier violent. oii brave il même n'a pas et jusqu'à l'instant cri d'effroi ni il l'enfer s'ouvre Ici sous ses pieds. leurs Ils ont un charme mystérieux qui pardonner pires les escapades. C'est le propre des gens de sa sorte de faire fait des dupes. car. et c'est l'excuse de trop crédules victimes. d'homme à bonnes for- une élégance native qui se manile ton. L'arrivée de la statue le trouble. grand brûleur d'infidèles. de grand seigneur. autres. ses Don Juan doit être séduisant. tunes. n'en saurait être autrement pour plaire à tant de femmes. de Lope. Quel autre qu'un Espagnol aurait une âme a<se/. c'est avec qu'il entre en lutte. jusqu'à frappe commandeur ce n'est point par trahison. c'est en vieillard combat loyal. aussi. qui semblent moins tenir à la dépravation de l'âme qu'à chaleur de l'âge et du cœur. Et cela certes. ne le font pas haïr. non pas comme l'athée. après avoir averti court. loin de déplaire au public. dans l'aiil traite dont insolente spirituellement et délicates avenplus des milieu au sance superbe qu'il garde Don Juan dans tient de sa race et feste l'attitude dans tures. le fait bon visage au mort. conserve quelque chose du caballero galant qui fait de la dame de ses pensées un objet de vénération. mais du danger qu'il il surmonte lui lient tête. maîtresse avec tant de respect et de considération qu'il semble qu'elle soit sa souveraine ». certes. contre . Ils On excuse chez eux ce bles qu'on réprouve chez : ont des vices aimala ce sont vices de jeunesse. de Calderon effrayent souvent : rarement ils répugnent. Jusque dans sa grossièreté. et ses vices même sont parfois sympathiques. Du gentilhomme ments S'il : il il a aussi conservé l'est quelques nobles sentila folie. Il Ses crimes. Les libertins de Cueva. il a des délicatesses. retrousseur de filles.82 LA LÉGENDE DE DON JUAN. grands qu'ils soient. ne peut tromper. «levait au contraire le flatter. un premier mouvement. forte pour lutter. le comme un le Espagnol.

» Que même. de maîtrise de soi-même. Castillans. un amour-propre dont les : traire à la vérité. de trouver diminué aux yeux des autres. l. C'est une antithèse de plus dans son caractère. .LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. S'il se rend à l'invitation du comla C'est ce sentiment mandeur c'est par fierté.Dame esa mano. vain fantôme qui ne saurail l'effrayer. . se soi-même.l'une su. que je te donnerais la si. tout cela conslitue'un décotes les plus originaux de l'âme espagnole. et Don Juan l'est autant que personne. mais contre un Dieu réel signalant sa présence des effets tangibles? par . 111. Une conscience jalouse de sa dignité. l'enfer — dis-tu! répond-il indigné. Il s'élève ici au-dessus de : lui-même à : une hauteur que ses équipées du début ne l'écervelé volage et indiscipliné devient faisaient pas prévoir un prodige de volonté. elle s'explique la susceptibilités pointilleuses s'offensent de la crainte constante de paraître inférieur à moindre atteinte. il n'est en Espagne ni Galicien.i Don Juan sait quel est son adversaire: n'ignore pas les dangers qu'il court et il ne recule pas devant eux cela avec calme. « le mort puisse avoir sur la lui cet avantage de dit lui faire Donne-moi main. l'orgueil reprend aussitôt le dessus Don Gonzalo. Et la statue partie. 83 un Dieu auquel il ne croit pas. ni Andalou tous sont . Mais cette transformation n'est pas conpar un sentiment bien propre au tempérament national l'exaltation du point d'honneur. Il ne veut pas que peur. uo temas. Don Juan. ne crains rien. ses membres se glacent .11. démesuré de sa valeur qui le grandit dans dernière partie de la pièce. un: froide. A cet égard. C'est parce que l'épi taphe gravée sur le piédestal semble suspecter sa loyauté qu'il outrage la statue en lui tirant la barbe. Moi craindre! tu serais main '. Aucun peuple n'a 1 eu une conception aussi farouche de son honneur.a mano te diera yo. — Eso dices? Y<> temor? Si fueras e] mismo inflerno Dali la . pour ne point paraître trembler devant un phénomème qui remplirait tout autre d'effroi. Gonzalo. sans jactance.

(pie lu si lu vas en peine. plaisir. à prendre garde au châtiment céleste. iré a la •a[>illa fonde convidado soy. le demeure croyant. péché? Parle Manana I : je suis Don Juan. Sans doute. Porque se admire y espante 11. je te la ordonneras. son impiété n'est de l'athéisme. lorsqu'il que ses sens seront Il Son impiété actuelle est surtout faite d'insouciance. 1 L'. que Séville 11 admire ma valeur. un jour. fantasma > \i-~iun ? andas en pena. à s'expliquer par une la présence surnaturelle de : statue. ou vision. car il n'est pas exclusivement : espagnol. Jouis-tu de état de donne ma parole de faire ce vue de Dieu? T'ai-je donné la anxieux \ » mort en 1. il comme Leonzio plus tard. et prescriptions de révolte et lutte jusqu'au dernier pas il moment il se contre Dieu. mais sa révolte n'est pas une négation. jamais la ne discute la Divinité et ne fonde son inconduite sur négation d'un Dieu justicier. Don Juan a oublié les l'Eglise. est plus fréquent en Espagne que partout ailleurs c'est l'opposition entre le libertinage en lui de la foi du héros et la persistance religieuse. ne cherche pas dans Molière. ni ne répond point par un mot d'ironie. — Si 1 > i qui. Il lui parle en croyant et en dévot « si Que veux-tu. réponse est simplement dilatoire. tu attends quelque satisfaction pour ton soulagement. 15. Sombra. et en soit épouvantée » est enfin un dernier contraste qui n'apparaîtra plus dans s'il les conceptions postérieures. ombre.84 « LA LEGENDE DE DON JUAN. Au milieu de ses plus coupables et. juge prématuré. pour 1 .quieres. fantôme. J'irai demain à la chapelle où je suis convié. à un âge destiné au des graves questions du salut et de se préoccuper réserve de la vie éternelle. héros de Molière. Il les Il pour sa maturité ou non plus. dis-le. excès. de scepticisme. ô m aguardas AJeuna satisfaccion . Don Juan. Jamais. à Quand son père et Catalinon l'invitent il changer de vie. sa Elle remet à plus tard une conversion qu'il a bien l'intention de faire aura suffisamment joui de sa jeunesse et apaisés. comme il illusion des sens la même pour le fera sa vieillesse. Sevilla de mi valor.

envers Para m r edio. Le pouvoir ne l'eût pas plus que le public ne l'eût compris. . 1 Estas gozando de l>i<>s > lite la muerte en pecado Habla. il. oublie Derrière ses tromperies. aux amours tragiques.à ses descendants. en sensations. mais le liberti- ment. Éloigné «les pratine prononce aucun blasphème et ne commet les . il il a honte de sa peur. ques religieuses. Enfin.'• aucune impiété. Puis. Ce n'est pas l'homme à bonnes bellâtre vulgaire qu'aucune fille ne peut voir sans le ouvrir son alcôve. l'épicurien de étaler ses vices sur la scène. Ce n'est pas. n'y a ni malice. ni arrière-pensée de Il troubler les cœurs et de déshonorer les familles. !om( pan. le ni enfin le dilettante de l'amour. l'inlassable trompeur. il meurt en demandant un prêtre. . lui le le Don Juan espagnol. dont le sang bat à grands coups dans les veines. 11 est le Burlador. Son libertinage est moins de la corruption que de l'exubérance. maientraînement de sa vigueur et de sa jeunesse. ni héros à grandes passions. la femme et se qu'il a possédée. De un même Leonido n'a oublié la loi du Christ el renié moment son nom que pour le confesser un jour plus hautemœurs pouvait impunément comme dans la vie. il Il est plus léger et frivole que vicieux. Il ne tue que pour se défendre et n'est pas que d'autres concevront. nage d'esprit. En Espagne. l'artiste chercheur d'émotions neuves et rares. Impatient devant les reproil il ches de son père. le mais ne doute pas un instant que cri est mort ne et lui soit apparu.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. son dernier un cri de repentir. convaincu qu'elle l'oubliera de même consolera l'assassin vite. le scepticisme qui discute.) estoy. le pâle rêveur en quête de l'éternel féminin. écoute avec respect. raille et nie les invé- térés de la religion ne pouvait se manifester dans le pays de et Torquemada toléré de Philippe II. dilo. il apparaît comme un écervelé. d'autre part. C'est l'étalon aux narines frémissantes. Que mi palabra te doy Do hacer lu que me ordenares. Tel est fortunes. el en veul à son imagination. épris de toutes les femmes. l'irrésistible II n'obéit pas aux impulsions du mal. que suspens.' III.

écril un de ses compatriotes. 102. parfois et régénérant sauvant Don Juan. seul personnage de la pièce auquel l'Espagne ait originale. L'Espagne est fière de l'avoir conçu les « Don Juan. l'élevant la peu à peu du rang effacé qu'elle la littérature à occupait jadis. térieures. 1rs différences. est né en Espagne. réclame : comme son lils. comme l'aime Cristobal de Lugo. du caractère espagnol. est » il fut porté : au ». . il est. Tantôt victime résignée. est mort en Espagne Si Don Juan le est une création vraiment nationale. Cet efface- ment naturel devant la personnalité de Don Juan. tendance générale de peindre cri- elle l'inspiratrice des nobles sentiments ou des passions minelles. mais on et leur peut s'étonner que dans une fable toute remplie d'aventures d'amour. Aussi. cherchant en vain à l'arracher au mal. poursuivant la du héros. qualités. statue se montre impitoyable. Son romantiques : rôle sera surtout la prépondérant dans les la œuvres société place de plus en plus grande que moderne en lui a faite. son influence s'exercera d'une façon plus ou moins efficace la sur vie furieuse. Les autres figures sont reléguées donné une empreinte à un arrière-plan est et comme effacées dans l'ombre. la femme aura un vraiment actif. Et le il même critique s'écrie avec orgueil et il « Don Juan ' Espagnol. elle sera toujours un des protagonistes du drame. Picatoste. et Dans la plupart des conceptions posrôle au contraire. il mirait fini dans la pénitence. Magnabal.. de mœurs et de climat. cité. loin de rougir de lui. expliquent à ouvrage la fois cet effacement de per- l. aussi la bien que de temps. Si elle lui avait accordé - un plus long et le crédit. résume toutes bonnes ou mauvaises. avec Catalinon.. Cf. p.. tantôt amante vengeance de son amour trahi.86 lequel la LA LEGENDE DE DON JUAN. Il constitue un tout harmonique qui ne pouvait vivre que dans les conditions historiques et sociales de l'époque où théâtre. son pays. enfin. le plus souvent. les caractères de femmes soient aussi ternes action aussi insignifiante.

Les pièces de Lope. de Tirso et de Calderon. . jouet momentané de ses caprices. la vogue des salons où elle règne. et qu'en France la vie de société. chercher à diriger sa destinée. . les seules qui paraissent dans la pièce. Elle agit sur ses sens plus que sur son esprit. le rôle joué par la femme dans les intrigues politiques des petites cours. L'Espagne semblait aux étrangers la terre où avaient dû naître le culte de la femme et l'amour même 1 . appartiena-t-il nent deux classes sociales très différentes. I. Mais si les passions qu'elle inspire sont nom- breuses et violentes. Elle demeure un simple instrument de plaisir que l'homme recherche pour des satisfactions brutales et qu'il dédaigne au fond de lui-même. lui assurent une influence effective sur la conduite et les sentiments de l'homme. où la femme est presque toujours l'âme réelle. au xvn" siècle. 441. et Isabela sont des dames nobles. en Espagne. Mme d! lulnoy. Les quatre victimes Juan. où elle es! enfermée dans la maison et séparée du monde. elles sont surtout physiques et passagères. Doua Ana et Aminta des femmes 1. qu'en Espagne. Elles devaient disparaître après une fugitive apparition. L'état de subordination matérielle et d'infériorité morale où les Maures la tenaient ne changea guère avec les nouveaux maîtres de la Péninsule. de l'intrigue.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. Alors qu'en Italie. son rôle social entrer dans et moral est effacé. elles ne pouvaient influer profondément sur lui.le ses débau- ches. Ce n'est pas. Dans le pays que le catholicisme a le plus profondément marqué de son empreinte. Les femmes ne pouvaient donc l'existence de Don Juan que comme un élément . Tisbea t. Aussi l'auteur les de Don cà à peine esquissées. Cf. la femme jour dans l'existence de l'homme un rôle trop secondaire pour occuper dans la littérature un rang égal au sien. sonnalité féminine dans la légende du Don Juan espagnol. montrent quelle place elle tenait dans la vie Au I oui' d'elle s'agitaient mille passions et se jouaient quotidien- nement des drames sanglants.-I l'importance qu'elle prendra dans la suite. elle devait rester la créature impure et corruptrice. p.

quand les mer dépose à ses pieds aperçu le gentilhomme qui vengera la pêcheurs des peine a-t-elle environs des longues rigueurs de cruelle. Cathos. Mais ce mépris de l'amour prétexte d'une brusque métamorphose qui ne : villageoise qui se sait belle. mais et sa contraste entre les de la jolie soudaine conversion rend son cas particulière- ment piquant. je brûle. et Tisbea s'adoucit subitement cède au dieu qu'elle a jusqu'ici » méconnu. Cette rencontre des deux victimes du même homme. ou servantes de convention. de la à grande dame et de la pêcheuse. l'esprit. elle a pour l'aire entendre des appels désespérés reconnu qu'un traître cherchait à lui ravir l'hon<]ue neur. ni de vérité la jeune fille pêche en se la félicitant d'avoir su garder la liberté de son cœur. est froide et sèche. reparaît une seconde fois sur la plage de Tar- ragone où qui eût elle se trouve avec Tisbea. dans la <lu si commandeur. Tisbea l'est jusqu'à l'inSa préciosité rendrait jalouses Madelon et une « cultiste » nourrie de Gongora qui fait de elle quand feu. celle-là même qui suite tiendra ici une large place dans la vie du héros. (Test « qu'oubliant ses dédains et ses serments. c'est que nature. pu prêter un développement et intéressant. Doua Ana. s'écrie-t-elle. bien qu'elle affecte de dédaigner mages de n'est ses le que ni manque de finesse. n'apparaît quand siné. Elle s'efface ensuite devant la statue de son père assas- Doua Isabela. à qui on le dit et qui en conçoit quelque prétention. dont la première scène nous a fait entendre les cris d'alarme. A Don Juan. fille du peuple. Tisbea appartient à petite condition tées : la nombreuse série de ces femmes de si que le théâtre espagnol a souvent représen- bergères. découvre la trahison de : Don Juan et exprime sa douleur en traits et en concetti « Au au feu.88 / LA LEGENDE DE DON JUAN. La première est une gracieuse figure les homnombreux adorateurs. pêcheuse le le coup de foudre avec sa violence théories et sa brusquerie. plus délicates et plus raffinées vraisemblance. insignifiante. Les personnages de Tisbea traités et île d'Aminta sont plus longuement avec plus de soin. ma chaumière est . paysannes.

résignée et plus de naturel : qui séduit et touche. Elle n'oublie pas cependant qu'elle le appartient à un époux. le poète est celui du valet. — Fuego. Dès et l'abord. consacré par pièce à l'autre. et a acquis dans ses voyages une connaissance mais sause tirer d'affaire il de la vie qui a fait de lui un sage sans illusions. amis. Il la tradition. Pratique et avisé. 18. elle maudit beau cavalier qui et venu jeter le la trouble dans son cœur. jeunes bergers. En dehors de ces pâles figures de femmes. a plus il le compagnon galan el son caractère. ne varie guère d'une le ou moins couru monde à la suite de divers maîtres. fuego Ftepicad a ' que me quemo! : Que mi cabana Que va dan mis se abrasa <>jos fuego. » La paysanne Aminla a moins d'érudition. Quiere amor quemar cabanas. zagales. I. plus habile qu'entreprenant et ingénieux à ourdir des intrigues où rait cour- quelques risques. ayant ce qu'il faut de scrupules pour rester en règle avec l'autorité. car mes yeux Versenl de l'eau! Ma pauvre demeure Depuis qu'il n*y a est devenue une autre Troie en flammes! clé- plus de Troie. entre celui-ci et hésite. l'amour brûle les chaumières. elle grand seigneur est elle plaint son Patricio dont elle a deviné la jalousie le inquiète. ne se défend contre ses entreprises qu'en lui cédant à moitié. au feu. embrasée! Sonnez au l'eu. de l'eau. que Fuego.LES OIlNilNES DE LA LÉGENDE. Amor. dont la présence a empoisonné lui est déjà journée de ses noces. : M i i pobre edificio queda [écho otra Troj a en las Uamas Que despues que faltan Troyas. mais autant de grâce il y a en elle une mélancolie douce. elle subit aussi l'irrésistible influence de Don Juan. agua. Celui-ci habituel du « dans toute Comedia. le seul personnage qu'ait développé est. amigos. agua! se abrasa el aima. elle cède vite à ses brillants mensonges. Mais sa colère contre l'amour. Au feu. de l'eau! amour! mence! mon âme est embrasée '. et de quand Don Juan pénètre dans sa chambre. c'est un conseiller expérimenté 1 • i i - ! il \. fuego! agua. visions rapides qui n'arrêtent qu'un moment la curiosité du « Séducteur ». clemencia. . à scepticisme.

: D. Catilinon ne diffère guère de ce portrait. « lui fait entendre. bavard. C'est à cause du danger auquel et plus il s'expose. invoque moins Dieu que il a cependant celui quelque instruction. souvent amusant. au demeurant bon garçon. a les défauts traditionnels de sa condition : il gourmand. de la sa religion est celle d'un et très homme du peuple. C. En même temps. Burlado liabré de escapar l'ua vez. A son expérience et à son bon sens un peu vulgaire d'homme du peuplé. est pleutre. mêlée de superstitions. Elle est la sans élévation. prudent. modèle de légèreté imprévoyante de et la téméraire. d'insoumission et dévergondage. sans et malice. à chaque équipée nou: de salutaires avertissements C. • vive de lmrlar. et il représente sagesse réfléchie. jovial. et ne lui inspire que de timides conseils.il lin. a fréquenté de loin les il écoles et en a conservé quelque vernis. nous ne celui qui vit de tromperies finit par être G. En face de Don Juan. Je ne l'approuve pas. prenez garde qu'à la fin soyons dupes aussi : trompé un jour 1 ». Y a-l-il quelque nouvelle fourberie? D. La morale de C. il 11 a lu les livres oubliés sur la table de son maître. Il n'ose pas entrer en discussion avec son maître et nombre de ses réflexions sont faites en aparté. lo Tu prétendes que escapemos Burlados . « a lu Maudit. De même. C — No apruebo. II. il joint une certaine culture. cherche à détourner du mal et velle. qu'il désapprouve les folies de son maître. le terreur mort il et des enfers en est fondement. s'écrie-t-il.alalinon ne va donc pas loin. — Ilav engano nuevo? — Extremado. faite de raison de crainte religieuse. J. Une magnifique. Il qu'il est. et se pique de bel esprit. Horace quand il a échappé au naufrage. 8. plus que d'un haut sentiment du devoir la et du bien. En bon Espagnol les saints. naïve. el 'inc Que .90 ei LA LEGENDE DE DON JUAN. J. de peur du châtiment des hommes encore de celui de le Dieu.

le sagittaire d'Isabela. le 2 » duc Octavio. dire 1. le Sagîtario de Isabela.. Rapprocher de l'érudition et du bel esprit de Catalinon le pédantisme des Belise. digne et simple dans ses avertissements et ses réprimandes.. Aunque mejor Capricornio. déclare à Tisbea qu'il doit recevoir sous peu le de il comte.. le « du Commandeur. n'oublie Gracioso les de valet bouffon qui trouve et mot pour dans circonstances les plus tragiques railleries malicieuses. l. I le cultisme du valet Martin. honteux des atteintes que les débauches de son corruption de Don Juan |. Obligé par son maître de causer avec la statue.LES ORIGINES DE LA LÉGENDE. il 4 y a dans les enfers beaucoup de cabarets Mais au fond c'est un brave homme. Lucien.. lui obéit et le seconde. parlant el Sémiramis. aime à assaisonner sa morale de Il a aussi ses défauts il : il est servile et poltron. maudit Jason '! » Son esprit est souvent assaisonné de malice .. Cf. sincère et sensé. dit-il en voyant . a seulement effleuré. que la lui demande s'il . ». 4. S'il désapprouve Il Don Juan. No j un tara tanto \ ino . de la pièce? du roi. 3. le bel espril de Celio et de la servante Amanda. en » (mesa de Guinea es son rôle de rire esta). 2. est vantitre flots. dans ride Cf. Avec cela gourmand et ivrogne : en sortant des regrette qu' « au lieu de tant d'eau. I. car il le craint. de d'Horace Pline. ' tonde Dios juntô tanta agua il. qui le 9t premier sema des pins sur la mer et en franchit les routes s'exerce aux sur des poutres fragiles. 11. V que sus rumbos midiô Cou quebradizo madero! l'inox en la Maldito sea Jason. tard. m.l. citanl Pasiphaé valets Cf. — A(|ui esta el duque inocente. dit-il à la vue de 11 la nappe noire sur laquelle est dressé le festin effet. il a des plaisanteries macabres : de Guinée pas.. aussi. — Mal hayaaquel que primero mar sembrô. dans lu Demoiselle servante.) C. (II. C.pcns des victimes de son maître : et « Voici.. notamment dans les Capricesde le Chien du Jardinier. llav alla Muchas tabernas. 13.) . banal personnages Que dire des autres justicier? du père. ou plutôt son capricorne table une « est Ceci Parfois. Carillo ilf Lope el de Calderon. Dieu n'ait pas mis là-dedans autant de vin 3 ».

Lope. parla valeur morale de la leçon qu'elle renferme. Si elle ne justifie pas absolument les éloges enthousiastes des critiques espagnols. 3. elle mérite moins encore le dédain que certains étrangers ont affecté pour elle. tout cet ensemble se conservera. peu développés. Calderon. l'intrigue générale du Burlador. et prêt duc (Mario. aura disparu. et plus encore peut-être par l'intensité de vie dont elle est animée. portent à la nom. sacri- Don Juan. mais nobles digne de honneur Sancho à ' son amour. et intéresse par la délicatesse jalouse qui lui fait préférer son frère paysan espagnol. bergers ou pécheurs de pastorale. dont l'un. Crespo fiés et de Nuno 2 de de tant d'autres. touche cependant par l'expresgloire de son au pardon? ]>ii sion sincère et grave de son chagrin. .02 fils LA LÉGENDE DE DON JUAN. de cœur? Tous ces rôles sont sans à relief. et par le mélange très dramatique du surnaturel la de la réalité. mais indulgent aussi. 1. Par là. jeunes amoureux insignifiants? des paysans enfin. de pays en C'est ainsi que dès principe la fable réunit tous les éléelle ments qu'elle emportera avec si d'âge en âge et pays. rustres de condition. El mejor alcade Id. Mais on trouve aussi en elle une peinture de mœurs instinct entraîne à la très humaines si et. : peut-être. les aventures du héros. les personnages mêlés à sa vie. Patricio. Telle est l'œuvre qui a eu la rare fortune — refusée à de plus grandes — de donner le jour au seul héros espagnol que l'Eu- rope entière ait fait sien. 2. la première réalisation littéraire de ce type banal de l'homme que son les conquête de toutes le femmes. Alors que la leçon religieuse. Elle réalise une conception très locale du libertinage et contient un élément religieux dont l'Espagne seule pouvait concevoir la grandiose invraisemblance. elle se dislingue de toutes les imitations étrangères. si exclusivement espagnole. éléments essentiels à son existence qu'ils persisteront à travers ses multiples variations. vrai . du marquis de la Mola. 3 . el rey. . Qu'elles changent de nom. El Ucade de Zalamea. Elle est intéressante et parfois vraiment belle par la vérité de la couleur locale.

la statue continuera à l'aire planches le le bruit martelé de ses talons de pierre. hésitant résonner sur les entre les scrupules de son honnêteté. la personnification du sensualisme idéal. posent les lois impatient des contraintes qu'immorale. devenu sym- bole de la corruption des sens et de l'esprit. et de l'impiété.LES ORIGINES DE LA LEGENDE. les victimes du Séducteur seront toudes paysannes. son intérêt et sa poltronnerie. Don Juan. le jours des grandes dames et valet ne cessera d'être le conseiller craintif et peu écouté de son maître. ou et le chercheur d'un irréalisable cavalier. humaines et la loi . d'altitude. 93 de sentiments. l'inlassable sera toujours le galant le révolté hardi coureur d'aventures.

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il ne semble cependant pas avoir eu dès le début le succès dont il devait jouir par la suite. passa de bonne heure à l'étranger et commença par l'Italie à se répandre à travers l'Europe.III LE DON JUAN ITALIEN Son passage en évolution de la légende d'Espagne en France. Le Festin de Pierre de Dorimon el de par un scénario d'auteur inconnu. Emprunts réciproques Le drame espagnol transformé en arlequinade. en effet. Une une double imitation française de la pièce de Giliberto. Trois dérivés du Burlador. le peuple qui a le moins mis de son âme dans le personnage de Don Juan. Chose curieuse. à la faveur de circonstances inconnues. Si le Burlador avait obtenu auprès les de ses contemporains la faveur dont Espagnols l'honorent aujourd'hui. Mais à quelle époque? Comment? Par qui le Burlador fut-il . est celui-là même qui l'a l'ail condestinaître et qui a exercé l'influence la plus durable sur les nées de la légende. Influence de l'Italie sur du scénario et des pièces de la comédie régulière. quand la France eut consacré sa réputation. Le Convilato di pietra de Cicognini. Nous ignorons quelle fut en Espagne même la fortune du premier Don Juan. nouvelle conception de Don Juan. : — — — — — la — — légende et le caractère de Don Juan. qui l'a laissé passer sans le marquer profondément de l'empreinte de son génie. et Marche — — Italie. la pièce. Modification du caractère religieux et introduction d'un élément comique. sa paternité ne serait pas demeurée incertaine. Quoi qu'il en soit. Villiers Le scénario de Dominique Biancolelli. — — — Introduction de la légende en France La pièce perdue de Giliberto.

en change le titre.•-( (la Folle Il :i. ce canevas qui voilée). est plus probable que celle-ci n'a été connue. . opera-regia. est probable que le scénario de Flaminio Scala. /»'. dès le début du xvn e elles siècle. esl tiré la Dama tapada (La dame . Boccace ont fourni au théâtre espagnol d'inépuisables sujets. Des Boulmiers. et. a inspiré le Sicilien de Molière. Machiavel.96 LA LÉGENDE DE DON JUAN. I. p 0ur rebut). de Lope. Le plus souvent. on en modifie l'intrigue. que par une imitation italienne. le \vi e siècle les relations entre l'Espagne et l'Italie avaient amené de perpétuels échanges entre les littératures des deux pays. chap. cl le Cabinet. devient la Ristrosia per ristrosia (Rebut I. v. On les imite ou on se contente de les traduire. comme Dès il arrivait le plus souvent. p. dans le duché de Milan et dans le royaume de Naples notamment. opera-esemplare. depuis le règne de Charles-Quint *. la Finta con al esl un' '!'• la Vina boba(La fllle ingénue). L'Arioste. Souvent aussi ce sont les auteurs de la commedia dell'arte qui se servent pour leurs scenarii des sujets que L'Espagne leur fournil. quelques conjectures seules nous sont permises. et fait de ce drame une comédie Est-ce de la même faeon que le Burbidor a pénétré en Italie? . Lope de Vega observe qu'on duit tra- chaque jour l'Italie mille ouvrages italiens. Le Don Juan de Tirso a pu avoir le sort par d'autres pièces que jouaient les troupes espagnoles établies en Italie. on adapte au goût italien et on habille à l'italienne les héros de Lope et de Calderon. •J. Le Desden suppos desden Dédain pour Dédain). les Italiens le virent-ils apporté en Italie? lois jouer pour la première dans le texte espagnol? Le connurent-ils par une traduction? une imitai ion? par une transformation comique? Nous l'ignorons. de Moreto. l'Arétin. Lemene prend à Alarcon la Vérité 3 suspecte. Riccoboni. 14. Par un phénomène pièces la inverse. Histoire </" théâtre italien. Ces pièces prennent le nom d'opera-tragica.. opera- tragicomica. on exagère l'importance de l'élément comique. Histoire du théâtre italien. Ces troupes e 2 étaient encore nombreuses au commencement du xvn siècle et peut-être 11 Tune d'elles a-t-elle représenté la pièce espagnole.l. les espagnoles envahissent comme envahissent France. Elles n'ont que trois actes et sont en prose.-. on transforme le caractère des personnages. faute de documents.

chevés par :(. 10. l'autre. et en 1659 parVilliers. manuscrite et est : dimenticato. l'autre d'Onofrio Giliberto. 87). bien que le Grand et laissés ina- la mort de l'auteur. note de la 7 page 717. C'est probable. Nous démontrerons plus du moins fidèlement que cette imitée en 1658 par Dorimon. comédien de plus ancienne elle est très il l'Hôtel de : nous n'en connaissons pas Bourgogne. ri n'est pas certain que son auteur. . les premières pièces dans lesquelles nous scénario comique et retrouvons sont un inconnus. probablement antérieure à l'année 1650. 72. 1662. à Unours d'Alexandre Venise. puisqu'elle n'est pas antérieure à l'année La pièce de Giliberto est aujourd'hui perdue. de sa composition. Drammaturgia (édition de 1666. Aussi Burlador renaît-il sous une double forme : une que lui donne la comédie soit régulière. Quelle que le en façon exacte dont Burlador a passé en l'y Italie. nous ignorons la date. le en effet. nait en 97 d'autant mieux: que les la pièce espagnole conteles germe différents et éléments que auteurs de la commedia sostenuta en Italie de la commedia delVarte aimaient à dévele lopper et dont s'amusait leur public. l'une de Giacinto Andréa Cicognini. la effet la comédie impromptu. comédien de Mademoiselle. t. ainsi que et Cinelli disent Allai dans sa Drammaturgia* 1. 1651. où il est dit que furent joués en citée de Boxane. Un famoso commediografo des Drama's. Les deux commedie sostenute. nous savons le libraire seulement qu'elle fut publiée à Naples en 1652 par Francesco Savio. Cf. différente probablement de relativement récente. sous ce Giliberto de Solofra 1 . d'origine pièces sont. et d'auteur Le scénario est de date. 2" édition. Ces trois premiers dérivés du Burlador nous sont malheureusement parvenus dans des conditions qui rendent fort délicate une étude isolée et comparative de chacun d'eux. par Klein Geschichte par Lisoni. les soil Allacci. 2. titre : il Convitato di pietra d'Onofrio loin pièce a été sinon traduite. Cette histoire p. dans sa Toscana Litterata* p. Nous ne connaissons pas le scénario. Y. et même approximative. Nous en avons l'original et une version française.LE DON JUAN ITALIEN. nous ne sommes pas cer- tains des sources auxquelles son auteur a puisé. La pièce de Cigognini est la date exacte mais Si. p. de Cicognini.

mêmes : Cicognini a supprimé linon le père de Don Juan est et le marquis de la Mota. Perucci a de même. étrangers à pièce espagnole. Les la en Pantalon. Ripio change son duite par Ruzzante et 3 . suivant l'habitude titre est la générale regia ou famosissima opéra. • delà seconde partie du à retenir. 2. la pièce espagnole. drame que par les aventures galantes de Don Juan Comme la plupart des autres comédies du même auteur le Convitato di pietra est en trois actes et en prose. puis en Espagne.' . Patricio contre celui de Fighetto. 3. 4. les autres sont originaux ou. à peu de chose près. paysan Gaseno transformé en docteur. Ce titre traduction. Cf. Negri. . ouv. bolonais: Passarino. a conservé tout ledébut de 1. Ces derniers. Brunetta. Dellastoria e délia ragione d'ognipoesia (Lisoni. La pièce a pour titre : Convitato di pietra. le docteur. c'est-à-dire les aventures de G. du moins. lsim-i<i Don p. Comme dans les Bur- lador la scène se passe d'abord à Naples. car il de la pièce espagnole. si mort en 1650. — sont comiques. napolitain. elle est : encore appelée. nom mitres personnages sont conservés.98 LA LÉGENDE DE DON JUAN. parfois traduits. mai- Perucci surtout un imitateur de Cico- gnini. Tisbea s'appelle Rosalba Aminta. Les personnages sont. I. ouvrage lait cité. Festin /. Notamment delli scrittori fiorentini. cité. Ailleurs. seul * parmi les imitateurs de Tirso.Pierre avant des Boulmiers. lu /. Pour Cicognini. noie de esl la page 22. cité p. Cette pièce est formée de deux éléments : les uns sont direcla tement empruntés à Tirso. h G. Cata. opéra esemplare del signor Jacinto Andréa icognini. <!<' Bévotte Molière. détail qui est semble indiquer que l'auteur a été plus frappé par le côté surnaturel du 2 . Lisoni. le vénitien. cf. devient le Passarino. sauf un — une scène finale où l'on voit le Don Juan dans les enfers. 10. à peine modifiés. : par Lisoni. Suivant ils tradition intro: parlent plusieurs dialectes le Fighetto le Pantalon. et Quadrio. 1. L660. l'étude <lu le d'autres 1 prétendent qu'il n'est mort qu'en font connaître détail et lui est il ( texte montre que Giliberto tel du moins que Dorimon etVilliers) doit à Cicognini plus d'un manifestement postérieur. Cicognini.

s'inamorava d'una balenal '. fiancé de donna Isabella. non sans adresser à Naples de touchants et emphatiques adieux. encore. inattendue. | l'Mi m mare. Don Juan annonce Passarino qu'ils vont partir pour l'Espagne. qu'il lient se jette à terre et cherche. 11. 1 1 2. il finit par rencontrer sans reconnaître.. où nous le retrouverons fait à l'acte suivant. le rassure en lui vantant les mérites du fromage et du beurre de Castille. . tandis était resté que Passarino lance celle ironique boutade la : « S'il plus longtemps dans mer. compatissant à sa gourmandise. Juan avec Espagne. mange encore moins. Cicognini a suivi son modèle en agrémentant des • ' Vedi che buon bocconcino s'a stava un ' : 1 .. le poignard à de Don Juan. Encore une sur Rosalba met bien Ici vite tous ses bons offices à lui disposition du galant naufragé. après avoir gémi s'est : de marcher toute le la le nuit à la recherche de son maître. d'ailleurs. mais son maître.LE DON JUAN ITALIEN. Quand se sont reconnus. la il serait listela ». En changeant de nom elle . Saisi de peur.. ne dort pas. Passarino se console donc. de l'épouser. se nourrit d'amour et d'idéal. il C'est une sorte de héros romantique avant l'heure. amoureux languissant dont le rôle est de payer les frais des aventures galantes de Don Juan. Averti par don Pietro de l'accusation qui pèse sur lui. 11 la duchesse Isabela et la fuite du Séducteur en contenté d'intercaler une scène comique asse2 longue entre Don Juan et son volet celui-ci. Don Juan naufrage a perdu la échoue sur une plage félicité jeune Rosalba pêche en célébrant la de sa condisi tion. il quitte Naples pour Séville. petit morceau! » s'écrie Don Juan. L'andarà in li-<ia aura lia I. Celui-ci promet. tombé amou Et. la grâce poétique mais maniérée de Tisbea elle a gardé même sensibilité et flots se trouble à la vue du gentilhomme « que ' les déposent à ses pieds. aussitôt remis des émotions qu'il vient d'éprouver par nue émotion d'un autre Quel bon ordre. et En où la attendant. reux d'une haleine. Suit une autre scène comique entre le laquais Fighetto et le comte Ottavio. en effet.! écarter avec son épée ils en l'air. A cette nouvelle le valet se lamente de ne plus pouvoir manger de macaroni.

cherche à faire parler Passarino. sa douleur en termes plus Rosalba restée seule louchants et laisse éclater plus naturels que ceux de la trop précieuse Tisbea. fait suivant son habitude. 11 abrège et modifie les rencontres de Don Juan avec Mota ries la celui-ci est substitué fois. se joue une scène nouvelle assaisonnée de quelques plaisanteries grossières. Ce dernier ayant appris de l'ancien qu'il duchesse Isabella se console de ses amant de infortunes amou- du commandeur d'Uloa. entre une jeune mariée. à Séville. puis va faire sa cour au roi. comme dans la pièce espagnole. Sur sa demande. le grave Dottore. . absentes du Burlador. une seconde victime des fourbe- de Don Juan. quatre banditsà qui le roi promet 10000 écus el la tête de lui livrera le coupable. Brunetta.100 LA LEGENDE DE DON JUAN. Cicognini suivre ces événements dra- matiques d'une série de scènes comiques. Ottavio lui prête naïvement son manteau. hésite.. La violence faite à donna Anna. Fighetto. Passarino feint de mordre à l'appât. . annonce ensuite son lui jette Pour consoler la paysanne éplorée. Pendant la durée de leur bonheur. L'acte second nous transporte.. le naïf et niais Pantalon. Passarino liste ironiquement une longue des conquêtes de son maître. tous trois s'amusent à se poser des devinettes. Pour venger donna Anna. son époux. auprès duquel il rencontre le commandeur. mais Passarino demeuré seul est pris . La scène est juste la assez longue pour permettre à Don Juan de triompher de il vertu complaisante de Rosalba. Cicognini supprime les entrevues du père de Don Juan la avec le roi et avec son Ottavio fds. qui soup- çonne Don Juan. facéties de Passarino les fadeurs et les platitudes amoureuses que se débitent Don Juan et sa nouvelle victime. la au marquis de et devient ainsi. renouvelle la tromperie imaginée par Tirso. en faisant miroiter à ses yeux la récompense promise. parle et dénonce. à qui départ. Le valet part en pestant. Fighetto lui-même. mort du commandeur sont ensuite fidèlement imitées. et son père. pédant sorti de l'Université de Bologne.Mais. reuses auprès de la fille Cicognini a placé tugal si ici le récit de l'ambassade à la cour de Porl'in- maladroitement intercalé par Tirso au milieu de trigue de la Don Juan et de Tisbea.

v'haveu mi. Don Juan l'a menace de le tuer.. — Tu mas vu? — il Oui. Passarino se jette à genoux el se d'affaire par un stratagème « Ah. Dans cette dernière partie. joue avec ri lui la comédie suivante sarino en il se transforme en prévôt.LE DON JUAN ITALIEN. . finiront ses supplices. là. je m'amusais. il est pauvre. : se désole de voir ses gages se s'en aller avec lui chez le diable. je savais bien que vous étiez '. le voilà maître disparu. Finalement. ne les détails el modifiant que dans la ajoutant encore des traits comiques à pièce espagnole culbute que Passarino regarde avec des lamentations bouffonnes son maître manger seul. tombe à terre.. mais le à la poursuite des sbires..) haveva vist alla fè. Passarino prend chose au sérieux nomme aussitôt Don mieux pauvre valet est obligé de changer de vêtements avec son maître pour permettre à celui-ci d'échapper elle réussit Juan. et enlève Brunetta. Malheureusement pour lui. le Cicognini suit d'assez près son modèle. la paysanne avec une grâce ravisseur si séduisante devient chez Cicognini un muet et brutal. (II. — Jamais... entendu tire ai parlera. pour éprouver le la fidélité : de son serviteur. s'il interroge Pasle menaçant des galères la ne désigne et coupable. Celui-ci furieux recommence l'épreuve. et » Don Juan n'est qu'à moitié convaincu.. Lut la : c'est ainsi et se cache sous la table pendant il les entretiens de la statue avec Don Juan. vous croyez que je ne vous il et : pas vu. son en passe de devenir gentilhomme... Ils sont occupés à pêcher. répond quand a a si demande le chœur de ses —A Credi ch'a non \' vist arriva? — Mi havevi veduto? 13. e per quesl burlova cosi. Tous deux la se sauvent en et ils effet en bernant assez plaisamment maréchaussée rencontrent les villageois déjà entrevus à l'acte précédent. une seconde fois. L'acte troisième est consacré tout entier aux aventures de Don Juan avec la statue du commandeur. prend brusquement l'idylle un peu longue et Le galant cavalier qui triomphe de Don Juan les surNous sommes loin ici de gracieuse entre Don Juan et Aminta. déci- dément.. La pièce termine par une scène infernale Don Juan torturé par les dénions quand I. de regrets : loi Dix mille écus sont une somme.

h. nous donne toute chose au développement graduel.!. touffue du De plus. '. Celui-ci. si la fin du Convitato di pietra est plus relila la fin banale et bourgeoise du Burlador.. et 2. 11 a fait . le substitue une intrigue plus régulière dont développement est plus logique. analysé un peu longuement cette pièce. et le conil dense l'ordonne. religieux. . Cicognini n'a pas l'exubérante richesse de son modèle. E dite per pietade Quando terminaran que Mai Dolorosa riposta. à dessein. J. et subor- démonstrane tion de la leçon théologique et morale qu'il prétend enseigner. Parole inique e s t ratio. il a changé le caractère et le sens du drame de l'avons vu. de contester l'idée première de ce J'ai. à la Tirso. la Cette leçon est absente de pièce italienne. moins arrêté par une foule d'incidents un choix dans la profusion des faits accessoires ajoutés par Tirso aux événements importants. «ni 11 Il efface atténue les couleurs brillantes du drame espagnol. finit comme un drame religieux et par là elle appartient bien à son époque. accenti crudi. pour montrer quelle métamorphose subit le Burlador en passant d'Espagne en Italie. en gieuse que effet. A la complication confuse de l'action. il le dessèche trop souvent. Que l'on s'y trompe pas. est. plus Longuement peut-être qu'elle ne le mérite.. cité par Shadwell et qui aurail e été joué dans est les églises au si commencement du pauvre d'inventions xvn siècle. o scène des destiné à : supplices infernaux n'est qu'un placage artificiel » donner aux spectateurs un nouveau genre d'émotions la pièce. plus simple. Cicognini droit généralement lui que l'on es1 en dénouement. — Tormentatori eterni. Ce besoin de simplicité général dans h' •-t théâtre italien de clarté que les Espagnols n'éprouvaient guère do !« xvf siècle. Il simplifie 2 Mais. après avoir commencé en comédie. bourreaux Cette lin si différente de celle du Burlador pourrait bien être empruntée à cet Ateista fulminato. drame espagnol. — Les démons. D. avant tout. . en émondant la floraison un peu et clarifie son modèle inutiles.102 LA LÉGENDE DE DON JUAN.

scénique en au wr el au xvu e siècle. La statue vivante n'est plus qu'un jeu de scène. un artifice de théâtre. Ce tombeau magni- fique. Moland. la renouvellement des personnages. la troupe des Fedeli Fintà Pazza. vm. Le comique ainsi de qualité incertaine le trait esi : obtenu est en général parfois plaisana quel- terie est juste sinon fine. amusnnt. les Teti e di Peleo. Le Convitaio di pietra perd ainsi la religieuse la tète suspendue sur sur le nulle part on n'y sent du Burlador menace qui approche. ces chants mystérieux venus du ciel. cette statue de marbre qui se meut. transporté en Italie. chap. comme en Espagne. c'est la choisir à l'auteur italien le sujet du possibilité de transformer en une sorte de féerie le surnaturel de la pièce espagnole. ». La pièce doit ce caractère nouveau à l'introduction de nombreux détails bouffons. première transformation de l'œuvre espagnole s'en ajoute une autre qui achève de la dénaturer ce qui frappe surtout dans le Convitato dipietra. parle. ses yeux par des machines ingénieuses et compliquées. c'est le développement considé- A cette : rable qu'y prend l'élément comique à peine indiqué dans le Bur- lador. d'émouvoir la foi ardente du public. (iràce au développement de l'arl 103 Italie. une machine ingé- nieuse et bien faite. Leurs pièces unissaienl souvent dans un mélange bizarre et disparate la tragédie.e ss aussi Riccoboni. Passarino -uées - I. ont Burlador. :es pièces sonl appelées! ouvrage cité. cette coupable du : grossit. La comédie. Cico- drame espagnol comme sur gnini a substitué un merveilleux factice et de convention. éclate enfin.LE DON JUAN ITALIEN. : les La pièces de Giovanni. à quelques modifications plaisantes apportées aux scènes qui se prêtaient enfin au le mieux à ce changement. Or ces différents éléments se retrouvent dans pièce de Cicognini. v. Cf. les auteurs charmaient à la la fois les oreilles et de leur public par le chant el musique. monstres — Cf. . Volière et la comédie italienne. l'opéra la et le mystère '. tout cela. n'avait plus pour but. fait manifestement.Battista Andreini Vozze di par »'•!'. mais de piquer sa curiosité et de satisfaire son goût tout profane du signification merveilleux. chap. A la crainte de la vengeance divine planant les tragédies antiques. et l'une des raisons qui.

D'autres fois le il comique tombe devient vulgaire et fait songer aux parades de les plaisanteries tréteaux. idée si heureusement reprise dans la farce. solennel. 11 statue. Oui se rappelle l'insignifiant Ripio? Il devient si en prenant le nom de Fighetto. xii Le rôle de Passarino pendant le souper de Don : Juan avec 3. comique demeure à l'état d'intention. Tout son esprit consiste à parodier les Cf. les l'êtes se. sistent en d'obscènes équivoques. fait 2. ici. jetant à Rosalba la liste des victimes de son maître. el ses regrets à la morl de son maître. il a assaisonné les événements Cette transformation est plus sensible encore dans la peinture des personnages. elle La consolation de Passarino. Quand Don Mais. •• manger el ben al manc moque de le corne son maître qui formighe. italien un des représentants nombreux dans le théâtre du balourd vorace et paresseux. En dehors de : Catalinon. descendant direct du parasite de la vieille comédie latine. l'idée avorte. Les valets surtout jouent un rôle prépondérant. il n'y a pas dans le Burlador de rôle comique les pécheurs et les paysans euxle mêmes restent graves. con'. Par endroits enfin. se se plaint de n'avoir jamais a : A si mange comme une fourmi poco de magnar ve fà un' anno ». en de grossiers jeux de mots D'une façon générale. ques mots heureux: plusieurs idées sont franchement drôles. toujours l'amoureux naïf dupe de quelqu'un. sèche et presque muette. Pantalon et simple. ch' ogni La preuve que Pour justifier le duc de l'accusation porté contre lui. constant dans Cf. bavard. 9. dont l'unique souci est de manger 1. sentencieux. n'estqu'un jeu de scène. et développée par Molière. : Il en est tout autrement dans Convitato di pietra l'auteur italien a introduit dans sa pièce plusieurs la personnages de traditionnel : commedia et leur a conservé leur caractère le docteur. acte la II. l'indécence du langage est un champêtres îles farces italiennes du xvr siècle.104- LA LEGENDE DE DON JUAN. notamment. Cicognini a toujours atténué la la gravité de pièce espagnole par la bouffonnerie dont les plus tragiques 2 .) : • . la sera ando a lett mi senza cena). souvent. la scène est brève. \n. et de dormir 1. acte se. D'ailleurs. il «lit nous ne sommes pas sortis ce soir-là. 3 . c'esl que je suis allé me coucher sans manger Che per tal segn. (I. et ici encore la pièce italienne n'a que trop subi l'influence contemporaine. Juan oblige Passarino à changer de vêtements avec lui.

Anca sia ainor nott a (Il.. Ses lazzi ont par- sans esprit aux la dépens de son maître qu'il connaît bien. c'est l'osait. religieux sentiments les aussi déesse. et sa malice s'exerce public. La crainte de Don Juan. Cette absence piété n'eût pas été tolérée par le public propre du Zanni dans le de sentiments religieux et moraux est siècle.LE DON JUAN ITALIEN. qui vendrai! volontiers son maître s'il n'a plus cette honnêteté travers Les hésitasimple et sincère que Catalinon conserve à de l'homme probe sens bon tions de sa timidité.) . en parlant de son son âme inquiète que Ottavio se plaint ci parle de son amour delà nuit. e s. non par scrupule comme puni jour mais parce qu'il craint d'être un a guère plus forte que celle du son complice.gracioso espagnol. 7.. Catalinon de graves réflexions sur la nécessité La foi fait de ce simple un sage moraliste. 105 appétit quand celuisentiments de son maître. invoque les Saints et prie. dont il n'a gardé qu'une finesse avisée complaisances maître dans sa légère insouciance se félicite des prudemment à se méfier de l'invite il de la fortune à son égard. Il un triste sire. est enfin châtié. un gourmand - bourreau. cri dont l'imespagnol. • Moi aussi. il et. a non so se i famé. Il est l'importance pièce italienne un personnage dont oublier devenu dans fait souvent Don Juan lui-même. o a d'autre raison d'être que d'amuser non fois de la verve. Comme ses confrères retrouvons la Nous la Comn'est media sostenuta en somme qu'un et de la Commedia le dell'arte. quand Don Juan La lin terrible du libertin n'inspire à Passarino qu'un cri intéressé. j'ai senti des : c'était l'amour ou la faim '.et du xvn« de aussi en France. mais je ne sais si réplique Fighetto. Il a perdu le quand son du peuple. Au fond. Il a perdu : l'inconstante l'enfer inspire à du. toutes les comédies italiennes du xvi. rai tutta l. 11 voudrait Passarino est aussi il n'en de conscience bien quitter Don Juan.. > et un poltron. io havù un baticor. Passarino pitre qui. La crainte de Dieu et de de se convertir. avec ses tours et ses bons mots.. Q 'ail pU trouver le repos dans le calme palpitations.. le retient.

100

LA LÉGENDE DE DON JUAN.
présent laissé dans l'ombre la figure de ce

Nous avons jusqu'à
dernier,
et

en réalité nous avons ainsi obéi à l'impression que
n'est plus le héros
Il

donne
de
la

la

commedia de Gicognini. Don Juan
il

pièce,

n'en est qu'un des personnages.
les

reproduit avec

une exagération lâcheuse
voure
11

et

son orgueil.

11

n'est ni
11

du Burlador. 11 a sa bramoins menteur ni moins perfide.
traits

son aîné sa galanterie aimable, et n'a conservé que l'impatience et la fureur de ses désirs. Il préfère la violence à la séduction. Il n'a pas la délicaest surtout plus brûlai.

a

laissé à

c'est la possession,

Il va droit au fait, et le fait pour lui obtenue de gré ou de force, sans délai. Il fait consister l'amour dans l'assouvissement. « J'ai fait serment dans la mer, dit-il à Rosalba, d'épouser, si je me sauvais, une pauvre

tesse de chercher à plaire.

fille.

C'est
soit,

vous qui m'avez donné

la vie,

il

est
'.

donc nécessaire

que ce
plus

vous aussi qui ayez ce bonheur

»

C'est toute sa déclaration.

même un mensonge
a

:

Avec Brunetta, plus un mot tendre, il la voit, la veut et l'enlève. Ce n'est
c'est

plu- seulement
Il

un débauché,
le
la foi.

un mâle que
le

le désir

pousse.
:

en outre perdu

caractère

plus original du Burlador
:

la

survivance de

Non

pas qu'il soit devenu impie

Cico-

gnini n'a pas vu l'intérêt qu'il y aurait eu à ajouter au liberti-

nage de mœurs
athée.

le

libertinage religieux.

Il

ne

s'est

pas davantage

soucié de faire nettement de

Don Juan

soit

un croyant,

parole, par

Son héros n'est ni l'un ni l'autre. Il ne trahit aucun acte qu'il ait une opinion sur ce sujet
semble ne pas exister pour
vit

un aucune par
soit
:

la

ques-

tion religieuse

lui,

ce qui est d'autant
11

plus étrange qu'il

au milieu du merveilleux.
l'air

assiste à des
:

manifestations surnaturelles sans avoir
le

de les apercevoir

mouvement de
le

la

statue, sa
indifférent.

réponse à

l'invitation qu'il lui

adresse,

laissent
lui,
il

Quand

le

commandeur

se pré-

énumérant tous les mets rares qu'il lui aurait servis s'il avait eu le temps de se les procurer. Mais n'est même pas étonné par la présence de ce marbre qui
sente chez
l'accueille en lui
il

I.

|<>

reci

voto in mare, se

io

mi salvava,
la vita, è
i

stata quella

che mi navete dato
il,
1 1
.

di sposare una poverella. Voi sete necessario che siate ancor quella eh'

habbiate quota fortuna.

LE DON JUAN ITALIEN. marche, agit
de
la statue,
et parle.
il

in:
h

Quand
ne

il

se rend à son tour

l'invitation

n'a

qu'un souei
lui sert

:

arriver à l'heure, par courtoisie.

Les serpents qu'on
en
lui
la
l'aisait

le

surprennent

p;is

plus que

s

il

son mets habituel. La musique céleste qu'il entend ne
et

cause aucune émotion;
il

quand
et,

enfin la statue
le

le saisit
il

par

main,

tire

son poignard,

comme
ni

Bnrlador,
il

cherche

à se

défendre. Mais, à cette heure dernière,
:

n'a

que des mots
dureté de

de menace

pas un

cri

de repentir

de

foi.

Le héros de Cicognini n'appartient
son cœur
et
la

ainsi

que par

la

grossièreté

de ses passions au pays qui,
n'a pas pris

du

xive au xvi e siècle, fut la terre d'élection de l'amour voluptueux,

perfide et souvent sanguinaire.

Il

aux amoureux de
insiest

Boccace

et

de Bandello, cette grâce perverse, ce charme
la brutalité

nuant qui dissimule dans
la

du

désir.

Il

surtout de la

race de ces libertins rebelles à tout frein, que l'on trouve déjà
Je

théâtre latin et que les Italiens ont
Ils

si

souvent mis sur
et

scène.

passeront en France plus ou moins transformés

alimenteront notre comédie au xvn e et au

xvm

e

siècle.

Mais ce

personnage

est

aucun temps
contemporain

ni à

devenu trop banal pour appartenir en propre à aucun pays. En réalité Cicognini n'a pas

eu l'intention de peindre sous les traits de
et national,

Don Juan un
songé à

«

type

»

pas plus

qu'il n'a

faire

de la

peinture de mœurs, ni à développer une leçon morale. Sa pièce
n'a d'autre intention

que d'amuser par un mélange plus ou moins ingénieux du comique et du merveilleux. Aussi n'y a-l-il
elle d'italien

en

que

les lazzi

des valets, du docteur

el

de Pan-

talon.

En dehors de
dans
fable

la

Comédie de Cicognini,

il

est

impossible de

retrouver en Italie aucun texte original des autres pièces qui,
la

première partie du
«

wu°
».

siècle, ont été
n'esl

composées sur

la

que par des adaptations el des traductions françaises plus ou moins fidèles que non- axons connaissance de ces œuvres. C'est donc en France qu'il faut dès

du

Convié de pierre

Ce

108

LA LEGENDE DE DON JUAN.
le

maintenant nous transporter pour continuer à suivre

déveItalie.

loppement de la légende pendant Si nous n'avons pu déterminer

et après son passage en
la

façon dont

la

pièce de Tirso

a passé dans ce pays, nous pourrons au contraire arriver à des -conclusions suffisamment précises sur son entrée en France et
les

transformations qu'elle y a subies.
1 ,

Le Convié de pierre, au dire de Gueullette a été représenté à Paris pour la première fois en 1658, sur le théâtre du PetitBourbon. Cette indication ne concorde pas absolument avec celle que donnent les frères Parfaict dans leur Histoire de t'ancien Théâtre Italien où il est dit que le Convitato di pietra fut joué par les comédiens italiens « dans les premières années de leur établissement en France 2 ». Les Italiens sont venus en France plusieurs fois depuis leur premier établissement en 1576. Mais les frères Parfaict veulent certainement parler du séjour -que les Italiens firent à Paris du mois d'août 1653 au mois de juillet de l'année 1659. La troupe italienne avait alors pour
directeur Giuseppe Bianchi. Ce serait donc dans les premières

années de ce séjour, c'est-à-dire à une date plus rapprochée de
l'année 1653 que celle donnée par Gueullette, que la pièce aurait
été représentée.

Ce renseignement, outre qu'il n'a pas la précision du premier, une objection. Dès le principe, la pièce eut un grand succès attesté par les imitations qu'elle provoqua. La première, celle de Dorimon, est de la fin de 1058. Les imitateurs n'ont pas dû vraisemblablement attendre plusieurs années pour mettre à
se heurte à

leur tour sur la scène l'œuvre qui réussissait

si

bien au Petit-

Bourbon.
la

Il

faut donc, suivant toute vraisemblance, admettre
la

date

donnée par Gueullette, en

précisant davantage.

L'imitation de

Dorimon ayant

été jouée

en novembre ou au
ait

plus tard en décembre, quelque rapidité qu'il
s'est

mise à

l'écrire,

il

écoulé un certain intervalle entre
pièce italienne et
la

la

première représentation
la sienne.

de

la

première représentation de

1.

Note placée en
I'.

tête

du Recueil

de sujets de pièces tirées

</<•

l'italien.

2.

265.

LE DON JUAN ITALIEN.

109
le dire,

Quel

a été cet intervalle?

il

est impossible

de

mais on ne

se trompera guère en supposant que les Italiens ont dû donner le Conoitato di pielra avant le Carême, c'est-à-dire en janvier

ou en

février 1658.
était ce Convitalo

Quel

joué par les Italiens sur

la

scène du

Petit-Bourbon? Nous n'avons à ce sujet aucun renseignement précis. Les imitateurs français et les historiens du théâtre
parlent du Convitato di pietra
tout
le

comme

d'une œuvre connue de

monde

et

comme

s'il

n'y avait eu sur le sujet qu'une

seule pièce italienne. S'agit-il de la

commedia de Cicognini?
les Italiens n' «
»

Évidemment non. En
de
la

effet, Villiers,

dans l'Épitre à Corneille qui
ont
fait

précède son Festin de Pierre,

dit

que

voir

que sa « copie surpasse ressemblance avec la aucune n'ayant ». copie Cette infiniment celle-ci qui se jouait au être comédie de Cicognini, ce ne peut
pièce qu'un imparfait original

perdue? Pas davantage. Nous possédons
joué par
les

Petit-Bourbon. Était-ce alors la pièce de Giliberto, aujourd'hui le scénario qui a été
acteurs italiens sur ce
11

même

théâtre du Petit-

Bourbon

à partir de 166-2.

est infiniment probable

que ce scé-

nario était sinon identique, du moins fort semblable à la pièce jouée quelques années plus tôt par la même troupe. Mais ce scénario n'a que des rapports lointains avec la pièce de Dorimon
et celle de Villiers, qui sont

des imitations directes du Don Juan
H'>:»S

de Giliberto. Ainsi, la pièce représentée par les Italiens en
n'était ni celle de Cicognini ni celle de Giliberto. Si

nous ajou-

tons que
la

la

troupe de Giuseppe Bianchi jouait des pièces de
dell'arte,

Commedia

c'est-à-dire

des

pièces

impromptu,
./»<//;

nous aboutissons
été introduit en

à celte première conclusion

que Don

a

forme d'un scénario comique et que nous connaissons [dus ne possédons italien que nous seulement par une imitation postérieure à l'année L662. Dans le scénario perdu, le rôle du valel était tenu par DomiFrance sous
la

nique Locatelli sous

le

nom

de Triveliu

.

Celui-ci

fui
1

d'abord

doublé, puis définitivement remplacé,

à partir

de

ter,-.»

,

par Domi-

1.

il

futdoubléde

L

662 à 1671, époque de sa mort, et remplacé de 1671 è 1688

110

LA LEGENDE DE DON JUAN.
prit le

nique Biancolelli qui

nom

d'Arlequin. Ce sont les notes,
laissées par Biancolelli

incomplètes d'ailleurs
qui ont été traduites

et

mal ordonnées,

et

conservées par

Thomas

Gueullette

'.

On
,

trouve aussi d'autres versions de ce scénario dans ['Histoire anecdotique
et

raisonné
3
.

du

Théâtre

Italien

de Des Boulmiers

2

et

dans Cailhava

.Nous étudierons plus loin cette arlequinade.

Nous verrons
nerons
si

ce qu'elle doit

aux autres pièces

et

nous exami-

elle-même, sous une forme antérieure, n'a pas pu insfaut, auparavant, connaître les

pirer d'autres dérivés du Burlador.

deux pièces par lesquelles nous est parvenue la tragi-comédie de Giliberto. Toutes deux sonl en vers, si l'on peut donner ce nom à la langue incolore et platement rimée dans laquelle elles sonl écrites, foules deux
11

nous

ont un
catif fut
:

titre
le fils

bizarre

:

le

Festin de Pierre, avec
la

un sous-titre
pièce de
1

expli-

criminel, sous-titre qui dans

Dorimon
a expliqué

remplacé en 166o par celui d'athée foudroyé
titre

'.

On
5

de différentes façons ce

étrange. Castil-Blaze
:

y voit

un

contresens de Dorimon qui aurait traduit

convitalo

convié)

par convive, en donnant à ce mot

le

sens de festin qu'il a parfois
<H pielra aurait été
le

au xvi
par
(/-•

e

et

au xvn

e

siècle.

De même

traduit

Pierre avec

une

lettre

majuscule. Pierre étant

nom du

commandeur dans

les pièces

de Dorimon

cl

de
6
,

Villiers.

Cette explication, reprise par M. Moland
admissible. Elle suppose,

ne me semble pas non pas un contresens, mais deux,
esl
litre

dont

le

second au moins

invraisemblable.

Villiers

ayant
ail

donné

à sa pièce le

même

que Dorimon, quoiqu'il

eu

ri

par Dominique Biancolelli cf. Moland, Molière et lu comédie italienne, chap. xi, des Boulmiers, Histoire anecdotique ri raisonnée du Théâtre Italien, I. I. p. 28). Recueil •/< sujets <!< pièces tirées 1. Ces Dotes -mil a la Bibliothèque nationale
:

./<

l'italien,

collecl
p.

Soleinne, fonds français,

numéro

9328.

1.

T.

I,

85-94.

:i. De Vart de la comédie, l. II. Cailhava résume le scénario qu'il arrange el môle avec la pièce de Gicognini. V. Faut-il voir dan- ce titre, ajouté après coup, un souvenir de la pièce jouée en Italie sous le nom d'Ateista fulminato h donl Dorimon aurail eu connais>s>i lil.-. En tout cas, ce sous-titre ne convient pas à sa pièce, son sance?C'esl ]><>n Juan n'ctanl pas athée.
|>.
.">.

Molière musicien,

I.

I.
</<•

p.

189.
l.

6.

Œuvres

complètes

Molière,

lit.

p. 353.

LE DON JUAN ITALIEN.
aussi l'original italien sous les veux, aurai!

I

I

i

donc

fail

les

deux

mêmes

contresens!

Ignorance

H

coïncidence étranges chez

deux écrivains qui savaient assez bien l'italien pour traduire une pièce entière. En outre, s'ils avaient traduit convitato par convive, ils auraient écrit convive et non festin. M. Mesnard
1

renvoie ingénieusement à une note de Boileau, qui figure

à l'ap-

pendice de sa correspondance avec Brossette publiée en 1858 par M. Laverdet (page Ï78). Dans cette note, Boileau faisant
allusion au vers de sa troisième satire
:

Ou,

comme

la

Statue

esl

au Festin de Pierre

déclare qu'il a songé, non pas à la pièce de Molière, mais à celle

jouée par les comédiens

italiens,

sa satire ayant
t'ait le

été

composée
».
<

«longtemps avant que Molière eût
et

Festin de Pierre
la

le

titre

de Festin de Pierre serait donc antérieur à
remonterait au scénario des Italiens.
le titre
(

pièce de Dorimon

le

serait alors ceux-ci qui

auraient modifié

de Giliberto et de Cicognini. Dans quel
s'il

but? M. Mesnard se demande
tention de faire

n'y a pas eu de leur part
pietra et Pietro, le

l'in-

un jeu de mots sur

comman-

deur portant dans leur pièce ce dernier nom. Ce sérail d'autant plus admissible que ce nom de Pietro, dans la comédie de Cicognini imitée par eux, n'est pas celui du
l'oncle

commandeur,
le

niais de

de Don Juan, personnage
serait intentionnel

qu'ils ont supprimé. Le changeet

ment de nom
faire

s'expliquerait par

désir de

un

calembour. Cette explication est plausible;

elle est

un

peu subtile. Cependant, il nous faut bien admettre avec la note de Boileau que le changement de titre remonte aux Italiens. Je l'expliquerais
l'ail

volontiers autrement. C'est

le

public qui,

à

mon

avis,

;i

inconsciemment

le

double contresens attribué par

Castil-

Blaze à Dorimon. La foule dut vite prendre l'habitude de substituer au titre véritable le Convié de pierre, celui de Festin de
Pierre, parce

que ce qui amusait surtput

les

spectateurs

cl

ce

l.

Édition de

la

collection des

Grands Écrivains

(p.

el

K» noie).

112 qui tenait dans
le

LA LEGENDE DE DON JUAN.
scénario des Italiens
la

plus grande place,
Celle-ci s'appelant
les

criait précisément le festin de la statue.

dom

Pierre, on confondit à cause de leur ressemblance
et pietra.

deux

mots Pietro
pas
le

Et,

comme

le

fait
le

justement observer

M. Mesnard, en faisant ce contresens,
festin qui est
le festin

public entendait, non
signifié,

en pierre, ce qui n'eût rien

ni

du personnage qui s'appelle Pierre, mais, par une ellipse assez naturelle, le festin de l'homme de pierre. Ce titre ainsi consacré par le public parisien s'imposa ensuite aux
auteurs qui traitèrent
le sujet.

môme

Si

au mot Pierre, ce fut conformément dans les titres à noms communs.

Ton mit une lettre majuscule à une habitude constante

La première pièce, celle de Dorimon, comédien de la troupe de Mademoiselle, fut jouée à Lyon en novembre ou décembre Ki.'jH, lors du voyage que fit la cour dans cette ville pour aller
pièce fut ensuite imprimée à
Elle est dédié au
la au devant de Marguerite de Savoie, fiancée de Louis XIV Lyon au commencement de 1659.
:

duc de Roquelaure. Elle fut plus tard reprise

à Paris au théâtre de la rue des Quatre-Vents, en 1001.
2
,

La

deuxième pièce est de Villiers, comédien de l'Hôtel de Bourgogne. Suivant
les frères Parfaict

ce fut le succès de la pièce
la lui

des Italiens qui donna aux camarades de Villiers l'idée de
faire
«

traduire

»

en français. Ce nouveau Festin de Pierre fut
et

joué à l'Hôtel de Bourgogne en 1659
à Paris et à

imprimé Tannée suivante

Amsterdam, avec une
».
el

«

Épître à M. de Corneille, à

ses heures perdues

La pièce de Dorimon
étroite

celle

de Villiers ont entre elles une
les

ressemblance non pas seulement dans
et leurs caractères,

noms des

per-

sonnages
la suite

dans

la

conduite de l'action, dans

même
/<•

des scènes, mais encore dans l'expression. Ces

1.

Mémoires
Histoire

Mlle

</.'

Montpensier, éd. Chéruel,
t.

t.

111.

p.

299.

2.

<lu

théâtre français,

VIII,

p.

255.

LE DON JUAN ITALIEN.
ressemblances
vont
parfois

li; {
et,
il

jusqu'à

l'identité

comme

le

modèle
que
le

commun

des deux auteurs était en prose,
le

en résulte

seconda par endroits copié
fait sa

premier. La rapidité

même

avec laquelle Villiers a

pièce explique qu'il ait utilisé en

maint passage
en janvier
et

la

l(jo9, alors
la

traduction de son prédécesseur parue à Lyon que sa pièce à lui fut jouée entre janvier

avril

de

même
et la

année. Les frères Parfaict en placent en

effet la
le

représentation entre

YŒdipe de

Corneille, qui fut

donné

24 janvier,

Clotilde de Boyer, jouée en avril. Villiers a
l'écrire.

eu fort peu de temps pour

Nous savons,

il

est vrai, qu'il
le

composait
de faire

fort vite, et

un de

ses camarades, Poisson,

félicite

sans peine

Deux

mille vers tout

dune

haleine.

Sa mémoire

était d'ailleurs
il

cences contre lesquelles

fâcheusement obsédée de réminisne semble pas s'être suffisamment

défendu. Dans son Festin de Pierre, on trouve, avec surprise, des souvenirs de Corneille lui-même l
.

Mais

il

s'est servi aussi

du texte

italien;

il

l'affirme
el

dans son
celle

Épitre, et les différences qu'il y a entre sa pièce

de

Dorimon tendent
Cet original

à

le

prouver.
n'est ni la

italien

comédie de Cicognini.
:

ni

le

scénario, auxquels les deux Festin de Pierre ressemblent trop

peu pour
et Villiers

justifier le

mot de copie employé par

Villiers.

C'esl

donc, bien qu'ils ne
considérée

le

nomment

pas, à Giliberto

que Dorimon

se sont adressés. C'est la pièce de Giliberto qu'ils odI

en

source du scénario. Et c'esl là. quoi qu'on une conclusion logique et nécessaire car en dehors du Convitato di pietra de Cicognini et du scénario, aucune autre pièce italienne n'est mentionnée que celle de liliberto.
la

comme

ait dit

2

,

<

Par exemple, acte III. Va dedans De rn("wno, acte Y, se. n
1.

se.
les
:

v,

don Juan tue dom Philippe en

lui

disant

enfers rejoindre ton beau-père.

Je
'_'.

!<•

ferais encore
p.
\

s'il

i

ire.

Farinelli, article

nie

\.

s

114
Il

LA LEGENDE DE DON JUAN.
est plus difficile

de dire clans quelle mesure Dorimon
de leur modèle et ont été originaux.

et
11

Villiers se sont inspirés

semble bien y avoir dans leurs pièces quelques éléments plus français qu'italiens; mais l'identité presque complète de leurs
textes

dans

la

plupart des scènes prouve que leur originalité n'a
s'il

pas été mande, et que

ne faut point prendre à
1 ,

la lettre

ce

terme de copie appliqué par Villiers à sa pièce

il

y

a

eu tout

au moins de sa part
applique

et

de celle de Dorimon, imitation

fidèle.

Et

plus encore de la part de Villiers que de Dorimon. Villiers, en
effet,

la qualification «

d'imparfait original
'-'.

»

aussi bien

à la pièce de

Dorimon qu'au scénario

Il

se pique

lui-même de

plus d'exactitude. Les contemporains qui avaient sous les yeux
la

pièce de Giliberto pouvaient contrôler la vérité de son
Il

affir-

mation.

n'y a

Dorimon

est

aucune raison d'en douter. Si la version de imparfaite, ce ne peut être que dans les endroits où

elle diffère

de celle de Villiers. Nous verrons plus loin d'où peu-

vent venir ces modifications.
.Mais, quelle

que

soit l'exactitude

de Dorimon

cl

de Villiers

deux pièces nous permets'était lui-même inspiré à la tent d'affirmer que leur modèle
dans leur imitation de Giliberto, leurs
fois

de l'auteur espagnol et de Cicognini.
;

Au
et

premier,

Gili-

berto

a

emprunté l'entrevue de Don Juan
Cicognini.
11

de son père, qui

manque dans

a conservé aussi à

Don Juan

et à

son

valet certains sentiments religieux
Il

dénaturés d'ailleurs

davantage à la pièce mais que Cicognini a supprimés. de ce dernier. Comme lui, il a condensé en maint endroit le
doit

drame espagnol

et

allongé au contraire les scènes finales dans

lesquelles apparaît la statue.
1.

Dans

le détail,

surtout,
«

il

s'est ins-

.le vous offre lui-même le mol de copie eu ajoutant pu contenter le public que je n'ai pas l'ail, et toul ce qui l'a pu peu d'invention qu'il a choquer qui vient de moi ». Il parle aussi du apporté an sujet. Français a la campagne », c'est-à-dire des acteurs 2. Il parle en effet dequi jouèrent la pièce a Lyon. Il est bien entendu qu'en parlant de Giliberto, j'entends Giliberto traduit par Dorimon ei Villiers. Comme je l'ai dit, il ne saurait y avoir de doute sur le modèle original dont les Français se sont servis et il n'est point paradoxal de parler d'après leur version de la pièce perdue de Giliberto.

Villiers corrige

:

tout ce qui a

••

.

.'{.

LE DON JUAN ITALIEN.
pire do son
faire jeter

1

1

,

prédécesseur
le valet

italien.

Il

lui

a

emprunté

l'idée

de

par

à la paysanne trompée une liste des vicles

times de son maître. Dans

deux

pièces,

Don Juan, après

la

mort du commandeur, oblige son laquais à changer de vêtements avec lui, et tous deux échappent ainsi aux soldais qui les poursuivent. L'enlèvement,
si

brutal dans Cicognini, de
le

la

jeune
dernier

Brunetta a été conservé par Giliberto. Enfin, dans

acte, celui-ci reproduit bien des modifications introduites par

son modèle

Don Juan, à la vue du somptueux tombeau élevé commandeur, au fait les mêmes réflexions sur la vanité humaine;
:

au

lieu d'inviter

lui-même
le texte

la statue,

il

la

fait inviter

par son
le

valet.

Dans

la

scène du repas, Giliberto a suivi de plus près
espagnol.

texte italien

que

La tragi-comédie de
connaître Dorimon

Giliberto, telle

et Villiers, est

du moins que nous la font donc un composé d'éléments

empruntés directement

à Tirso et à Cicognini, auxquels s'ajou-

tent .des éléments originaux assez importants pour donner à

l'œuvre un caractère tout nouveau. L'intrigue et les person-

nages du Burlador ont subi de
traces originelles,
à

telles

modifications que

les

demi effacées par Cicognini, achèvent
est le sujet

presque de disparaître. L'idée morale qui
élément accessoire

de

la

pièce

espagnole n'est plus, malgré l'enfantine leçon de
'.

la lin,

qu'un
de
la

D'autre part, l'élément comique

pièce de Cicognini est en grande partie supprimé.

La nouvelle pièce prend un sens différent; elle vise à peindre un caractère. Là est son originalité; et, son sous-lilre île fils
criminel est, à cet égard, significatif; non que
fils

la

peinture d'un
j<-l

en révolte contre l'autorité paternelle

soi!

le

su

véritable;

c'est

un

détail

dans l'ensemble du
les traits

portrait. Celui-ci

reproduil

en
s'\

les

exagérant

des précédents. Les vices du Burlador

retrouvent grossis et multipliés. Sa corruption prend plus
le

1. Cette leçon n'existe d'ailleurs que dans s'adressant aux spectateurs, leur dit
:

texte

de

Villiers

:

le

valet,

Enfants qui maudissez souvent el père •! mère, Regardez ce que c'est que bien \ >\ ro ei bien faire N'imitez pas Don Juan, nous vous en prions tous, Car voici, sans mentir, un beau miroir pour vous.

U6
de

LA LEGENDE DE DON JUAN.
profondeur
et

conçu comme un
les

libertin de

change de nature. Don Juan n'est plus mœurs, mais comme un libertin
foule, contre toutes les lois

d'esprit, en révolte violente contre toutes les idées, contre tous

sentiments de

la

humaines
le

et

divines. Celte conception élargit la conception primitive et elle

grandirait

le

héros
la

si

elle

avait

été réalisée avec

sens des
est

nuances
à-

et

de

vérité. Tracé d'une main lourde,

Don Juan

ce point chargé qu'il est

devenu une sorte de monstre ou de

caricature.

Pour mieux concentrer sur lui l'intérêt, l'auteur a tout d'abord allégé le drame espagnol de nombreux incidents. Il a mis plus d'unité dans la marche de l'intrigue, supprimé les
événements qui se passent en Italie et localisé Faction à Séville et dans les environs. Les personnages sont moins nombreux
:

les

deux

rois, le

marquis de

la

Mota, l'oncle de Don Juan,

le

valet d'Octavio et la

duchesse Isabela disparaissent. Le com:

mandeur, Octavio, Galalinon changent de noms et deviennent dom Pierre, dom Philippe, Briguelle dans Dorimon, Philippin
dans Villiers. De même doua Ana s'appelle Amarille; Tisbea, Amarante. Les personnages de paysans persistent avec des
modifications de détails.
L'imitation de Villiers débute par une scène nouvelle, qui n'est pas dans la version de Dorimon ', entre Amarille et sa sui-

vante Lucile. Cette scène, au cours de laquelle Lucile apprend à sa maîtresse le retour de dom Philippe son amant, rappelle
avec plus de platitude ces confidences banales entre suivante et

jeune première qui ralentissent
théâtre
vite

si

souvent l'action

dans

le

du wir

siècle.

Dom

Philippe arrive heureusement bien

pour calmer les tourments de sa maîtresse. Ce personnage, qui a conservé quelque chose de la sentimentalité de l'Otlavio de Cicognini, est ici un vrai héros de roman, aux exploits merveilleux et au

cœur

tendre, qui n'a sur les lèvres que soupirs et

Villiers, plus l. Dans cette analyse, je me servirai de préférence du texte de proche de l'original commun ri dans lequel le caractère de Don Juan est encore pin- odieux que dans la version de Dorimon. J'indiquerai d'ailleurs, a mesure,
es différences entre les

deux imitateurs.

lils singulier confident. possédera Amarille non par amour (son cœur est trop sec mais pour ). Tandis son père.LE DOIS JUAN ITALIEN. il celui-ci et lui adresse les plus vives remontrances. survient dom Alvaros. le du Géronte grondeur. La source de mes pleurs ne produit que des feux Ces mièvres tendresses ne sont intéressantes que parce qu'elles font contraste avec la grossièreté de Don Juan. ionnus jamais un amour violent. . qui se : double du plaisir de briser sensualité du Il bonheur des deux amants à La Don Juan espagnol il ajoute déjà la méchanceté. et pour venger son orgueil humilié par la préférence tel et trop égoïste pour éprouver un sentiment 2 satisfaire le qu'Amarille accorde à dom Philippe. personnage a moins de vulgarité il est plus les prodigalités et les : touchant. cette attitude grave. Dorimon. qu'il s'apprête à triompher de la jeune fille. il il lui le montre les haines qu'il accumule. V. Celui-ci a quelque chose du vieillard de l'ancienne comédie italienne. D. sa douleur et son indignation n'ont rien de comique. J. Ces reproches seraienl s'ils touchants.ii' 2. 1 . Notre héros esl là témoin secret de cette scène d'amour qui excite à la fois son caprice et sa jalousie.!. Sa maîtresse esl digne de lui elle excelle un jargon emphatique toutes les fadeurs à : mode Quand dom Philippe enfin se présente à mes yeux '. sauver ce fils cherche à perdu. < dit il. Le vieillard n'a pas. sans cesse débauches de son fils. Un désir brutal s'éveille en le lui. la les dangers et qu'il conjure d'obéir à voix de la raison de l'honneur plutôt qu'à son orgueil. une fantaisie que rend plus impérieuse la joie de faire mal. ne tournaient au sermon. : 117 â la exprimer en que flammes. sa peine d'avoir un tel que le sien. court. eu les faisant. Après aborde avoir épanché dans le sein de Philippin -Briguelle. Mais Il son affection est plus forte que son courroux. Dorimon. . » 4. courroucé contre Ici cependant. ce ton élevé et calme qui don- nent tant de noblesse au discours de don Louis dans Molière.

ne domine pas prend sur tout l'avantage d'une le Ame froide sur Don Juan qui un cœur tendre. ne sçaurait donner de règle à mes désirs. digne chez ce dernier. donne une attitude et joue un rôle dans lequel il est surtout odieux. Cette rencontre I. sa qualité à ses semble oublier se jette de père Il : il s'humilie. Une met le fois délivré de son père. 1. père. ny Roy veux plus Et si les '.118 Il LA LÉGENDE DE DON JUAN. et exhale jure de venger. •">. maistre. il brave se glorifie devant lui de ses passions et de ses vices I .NiIl peut souffrir encore mes passions bornées.. le l'eu de mes jeunes années . Don Juan revient Villiers. Et je ne prescris point de borne à mes plaisirs. Je ne voudrais ny Dieu. dont il trace un portrait peu flatteur. elle ét. implore son tils. d le vieillard.iil Elle est empruntée directement à Tirso. il sera inférieur à lui-même. troublé par cette scène est chagrin. autant elle se prolonge ici péniDon Juan est envers son père railleur. dieux voulaient m'imposer une loy. Heureuse dans sa conception. La version de Villiers le rabaisse encore et le rend franchement méprisable. (pie il pénètre chez Amarille et comles même attentat dans qu'il se sauve après avoir tué et le drames précédents. Cet outrage répugnant est en même temps maladroit la scène est au début de la pièce. même lui genoux. Il va jusqu'à frapper son père. Philippin-Brile la cachette où sa poltronnerie les de longues plaintes sur débauches de son maître. ny ne vous veux connaistre. dom Philippe la accourt aux cris d'Amarille guelle de son côté sort de tenait abrité. mais autant courte et blement. ainsi t.. . Cette profession de foi d'indépendance ferait du personnage un superbe et terrible révolté si elle ne sentait l'ostentation. : perd aussitôt toute mesure dans l'outrage. Je ne vous connais plus. Tandis commandeur.àtée par les maladresses de l'exécution. Je ne souffrir de père ni de maistre. l'improviste. insolent. et quoi que Don Juan fasse dans la Don Juan se : suite. Pendant son à monologue.

Nous saisissons cédé de Giliberto à l'égard de son prédécesseur : le pro- il lui prend quelques détails qu'il Tirso. . dans des strophes d'un lyrisme assez de et douceur après les agitations de la vie des cours '. il est rencontré par Dont Philippe. dégagés de toute grosse plaisanterie. L'autre fait le dévot personnage. Dans le textr de le Dorimon. Il questionne ce religieux sur son existence. quand le retour du pèlerin lui suggère une autre idée. Il l'appui qu'il avait en son père disparaissant avec songe demander à d'autres climats un sort plus prospère.LE DON JUAN ITALIEN. un lointain el froid souvenir ici d'une scène analogue de Cicognini. feint de s'intéresser aux malheurs du nouveau venu son épée. Le à quitter l'Espagne et à saint etïèt homme lui l'ait de la morale. et en mettant les autres en fuite. Ces strophes ne se trouvenl que chez Villiers. et l'invite à implorer le secours du ciel en déposant Dom Philippe obéit. célèbre la la solitude pèlerin. saisit Don Juan lame el dépouille alors son faux personnage. se de la en trappe traîtreusement I. La scène nous transporte ensuite dans un bois où un plat. Cet événement inattendu fournit à la méchanceté de Don Juan une nouvelle occasion de se manifester : il n'éprouve qu'un sentiment de surprise mêlé de crainte. apprend aussi à Don Juan que son père est mort du chagrin que lui causaient les crimes de son fils. Don Juan se contente de changer d'habits avec le valet et échappe ainsi à la poursuite des archers. mais ses leçons u'onl pour que de provoquer quelques impertinentes railleries du valet et n'empêchent pas Don Juan d'exécuter son projet. lui. Sous ce déguisement. Philippin-Briguelle viennent précisément chercher un refuge le dans môme bois. 11 n'en subsiste qu'un comique un peu terne. devenu quelque peu il raconte à son maître comment s'est sauvé en tuant treize Il archers. entre le maître et le domestique est 1 |'. sont atténués. combine avec les éléments empruntés à peu nombreux. Le valet. le pèlerin raconte en un long monologue ses courses à travers inonde. Don Juan gascon. Celui-ci s'informe naïvement de Don Juan auprès du pseudo-ermite. Il oblige le pèlerin à lui donner ses vêtements. Mais ces détails.

en est un qui est en contradiction avec sa nature. sur une comédie hypocrite. Chez tion imitateurs de Giliberto seulement. prend le parti de profiter des conseils de son père. rival. La pièce finit deux textes elle a -a réperîle Dorimon. que dans une méchanceté furieuse. surprend un adver- saire par trahison et le frappe sans défense. Ici. elle est leur orgueil. sur une impresles : sion moins tragique que celle de Villiers. du fier Sévillan en un assassin est contraire à toute vérité il : Don Juan le peut avoir tous les vices.120 LA LÉGENDE DE DON JUAN. Des cieux entr'ouverts. il même jusqu'à tue traîtreusement. Don Juan. Cette transforma-. il est vrai. il ne s'en que pour les même. Le Tremblant encore à pensée des flots prêts à l'abîmer. et 1. parfois la main. ne cesse de conserver avec la bravoure un certain sentiment de l'honneur sert : toujours prêt à mettre l'épée à se défendre et. dom Philippe ainsi en comédie. le ciel sentiment de gratitude pour son valet se des I qui l'a protégé sur la : livre à d'assez fades plaisanteries il un que cornemuse il a tandis liions. c'est que pour commettre en toute sécurité son crime. elle ils la dernière survivante des vertus ancestrales. L'auteur italien : ici le caractère de son héros de deux nouveaux traits la l'hypocrisie. serait d'y faillir. des feux épouvantables. et ce qui le rend plus odieux. et pour eux seule déchéance morale crise de l'est Don Juan n'y manque. de la mort entrevue et fauchant à travers l'équipage. en mettent toute leur conception de l'honneur. tandis que dans celle de Dorimon charge lâcheté cl se contente de lui prendre son épée '. La bravoure la est propre de tels caractères. dans ses différents avatars. fait un examen de conscience. C'est la différence la plus importante entre la cussion réparai! sur et la suite de pièce. Dans la version épouse Amarille. Partout ailleurs il est brave. défendre il les autres. il l'invraisemblance. nage. et c'est à grand'peine naufrage le rejette la que Philippin-Briguelle danger qu'il a la et lui peuvent se sauver à la couru lui inspire un subit repentir. il a eu recours à il Ce forfait accompli. . cherche à gagner d'autres pays. il son dans la version de Yilliers. c'est la lâcheté. mais un côte d'Espagne.

LE DON JUAN ITALIEN.. est d'autanl de la pièce. il des passe aussitôt à l'acte. galanteries collectives sont une insulte. . 5. Et si la il a juré de renoncer à l'amour : Beauté même osait en cet instant Venir se présenter à mon cœur si repentant. Dieux! quelles beautés à mes yeux Ces beautés sont deux bergères de Oriane. entraîné dans les enfers. déclan il ne choisit même la pas entre les deux paysannes. se refuse au moment même d'être au moindre repentir avec une obstination indomptable. tailles bien faites ont produit leur effet habituel. les écueils. Elles viennent de causer longuement entre de leurs amours quand elles rencontrent Don Juan. Tu verrais. se présentent '! Mais.. A leur seule vue. sans se douter qu'il simultanément blesse ses ainsi les sentiments les plus délicats du cœur féminin. dont les pastorale. un attentai déjà. leur fait Il apprêts. Ce revirement. IV. adieu serments.. que et. peu conforme plus surprenant qu'à la fin il à son caractère. sans ménagements flamme. Voilà Don Juan soudain revenu au longtemps infidèle : seul dieu auquel il ne saurait être Ah. tout est oublié! Jolis visages. 121 De faire un peu de bien après beaucoup de mal. le naufrage. il est tout à ni son désir nouveau. remords. a tout oublié. il il n'entend plus. il Brusquement.. Bélinde à dire la et noms seuls suffiraient préciosité elles romanesque... cour. paroles. C'est une contradiction de plus. Les deux femmes fuient épou- l. mais elle est l'occasion d'une nouvelle volte-face assez comique. conversion. que facilement mon pauvre cœur s'engage A l'abord imprévu de ces grandes beautés! Et quand Philippin lui rappelle Les matelots. Tout au regret de ses fautes. tu venais les objets me tentent. Villiers.

Ce premier essai de conversion ayant échoué. lui montre le le « bras de Justice qui approche. Don Juan rencontre une seule paysanne au moment même où elle vient de célébrer. l'intérêt que 1. Dès pièces antérieures : lors. la la pièce ne s'écarte plus guère des de l'épitaphe. il en renouvelle un autre plus pressant encore. qu'il renonce à l'achever la el jette sur la scène un papier qui les contient. La et statue se rend au souper de celui-ci. Après cette aventure. l'énormité la de ses moindres forfaits » » . Le marbre prêche. C'est plaisanterie de Passarino reprise et déve- loppée. si froid. L'honneur de sa compagne sort plus endomCes! Philippin-Briguelle qui reçoit les magé de l'aventure confidences de la victime et qui la console en lui énumérant les noms de toutes les dupes de son maître. Ce double sermon. un sermonneur veret beux par patient qui entreprend de convertir le pécheur. Elle cède aussi vite qui' leur. Tïsbea Tirso ci exprime ensuite emphatiquemenl sa dou- . La scène esl différente chez Dorimon. la le maître et la le valet s étant sauvés dans campagne. en portant même le au delà de toute vraisemblance le son obstination dans ciel. rencontrent c'est statue de dom Pierre à cheval sur son tombeau. les tourments qui menacent. mal. L'imla pression de terreur religieuse produite dans les pièce espagnole brèves menaces de la statue esl i<i affaiblie par ses longs discours. la terreur du valet et la froide intrépidité de Don Juan. la toute-puissance de l'amour.122 LA LÉGENDE DE DON JUAN. l'invitation lecture : adressée à la statue qui répond « Oui ». La liste en est si longue . l'une d'elles revient à la elle a pu échapper violence de Don Juan. L'auteur a introduit dans ce dernier acte de nombreux détails qui l'allongent et modifient encore le caractère de Don Juan en exagérant. l'invite ta son tour. en une langue donl la vulga- rité l'emporte encore sur la la «le préciosité. bientôt et si vantées. si peu vraisemblable — on ne comprend guère. finalement l'entraîne dans les enfers. discute. en effet. représente au coupable (. sa révolte orgueilleuse contre Le commandeur devient un moraliste. son 1 trouble dit assez quel péril a couru sa vertu.

les opinion. — Que Por .— accentue : la perversité et l'endurcissement du héros et les devant les objurgations il menaces du mort. la propre fdle de dom la Pierre. outrageant torturant le père jusque dans mort. un système savamment raisonné. mais sans nier Dieu.du il maître. 13. les le chAtiments dont ciel frappe les Son insolence envers dépasse à ce point toute les mesure. Il ne regrette rien. il une impulsion impérieuse des sens.1. Son libertinage moral ne va cependant pas pins loin : n'est pas athée. impies. I. i! comme estime il le fera plus tard. » Le Burlador n'a pas perdu tout sentiment chevaleresque. Comme il le Don Juan espagnol. l'insulte. il se refuse à tout repentir. quelqu'uni il s'écrie : ici qui a souffert à cause d'elle . il se raidit dans son personnage. il déjà qu'en vivant à sa guise les fait <. la corruption de Don Juan est irrémédiable. S'il ne fait pas encore du il esl aussi le plaisir. a vécu au gré de son il il a satisfait ses sens et joui de la vie. ne peut être blâmaole. que l'auteur ou ses imitateurs ont craint de blesser D. désir. A peine la statue bel effet l'a-t-elle quitté qu'il enlève et viole une jeune mariée des leçons entendues! C'est que le vice n'est pas seulement : chez lui résultat d'une théorie. cette victime de 12:: Don Juan prend il à sa conversion. quand Catalinon prononce devant le il Commandeur Tais-toi.LE DON JUAN ITALIEN. 1 nom y a de doua Ana. s'il était à refaire. car ». le dans « la pièce espagnole. en esl heureux le ferait encore. 1 "' lastô alla. et affecte de ne pas le il craindre. alors qu'au contraire. et fier.-i\ Calla. il lui reste une conscience et un cœur. en les dénaturant. de mépriser sa puissance. Dans la pièce de Yilliers. . 11 il croit. Il va plus loin : : il raille et insulte la le statue : il a une idée abomisur l'honneur ainsi et nable il oblige valet à chanter sa victoire d'Amarille. parte aqui m III. -ml sentiments de la nature C'est le disciple d'Épicure qui entrer dans la pratique. .

2. Briguelle.124 LA LÉGENDE DE DON JUAN.. . le la statue fait son office habituel de justicière coupable est entraîné aux enfers. l'instant et les exallant. Dans ce dernier fureur désespérée crimes. l'exagération du ton ne gâtait l'effet de son inébranlable attitude . répond à l'invitation à chanter de Don Juan Que Je je chimie. ciel. plus haut ses outrages à son père s'il — n'étaient si : ne criait trop haut son héroïsme. au Titan de la songer légende. cette conception nou- En dépit de velle la du libertin ajoute des éléments for! importants aux con- ceptions antérieures. S'épouvante aussi peu des horreurs de flamme De tourments inédits. effrayant clans son invincible orgueil. En un mot tout cela m'épouvante si peu Et je me sens si peu touché de ta menace Que je le serais plus du moindre vent qui passe tes tel : '.. le caractère de Don Juan touche à la grandeur. Par une préoccupation qui introduit dans ils la pièce un étrange anachronisme. le acte. Devant un endurcissement. et son valet se moque de Neptune et des Tritons. dans la version de Dorimon. Villiers. gaucherie de l'exécution. Le personnage prend plus d'ampleur. V.) Ne nous étonnons pas nisme et trop : cette union discordante du pagales du christianisme est une habitude générale chez c auteurs espagnols et italiens du wi la et du xvn e siècle. à tremble. V. A : ce merveilleux païen est mêlé un ermite. Le héros engage : lutte contre le ciel avec une c'est le pécheur obstinément attaché à ses suprême. scrupules du public en faisant du Dieu des chrétiens l'objet de pareils outrages. à la fin de mon sort! ne suis pas un cygne et je suis catholique. ont remplacé le le Christ par Jupiter : Don Juan et insulte les dieux. si ses bravades aux dieux — comme déclamatoires. Mon âme la . A l'heure où l'homme se dresse ferait plus audacieux courbe la tète et Don Juan Il indompté. ny du fer ny du feu. Le 1. 2.

Don Juan croit aux dieux : caricature est et fanfaron les brave. une transformation analogue. Philippin. la famille et la société imposent au C'est par là libre développement des la instincts. Philippin croit aux esprits et les raille : . beaucoup plus corrompu que ses il modèles. dans un certain sens au milieu dont Donjuanisme une certaine mesure. dont dénué de conscience s'amuse à parodier les la el de sens vices Con- formément aux habitudes du théâtn italien. qu'un fanfaron de vice. il il emprunte donc n'être. dont exagère il les vices et dont se il perd les qualités. C'est la révolte de l'individu contre les multiples contraintes extérieures que la religion. le vrai d'un pays où à la l'homme se sont développées pour les pires excès. Si grossier qu'il soit sorti de leurs mains. Le libertinage du : Don Juan de ne se borne pas Giliberto à esl plus général et plus profond il entreprendre sur seul les l'honneur des femmes. 123 Burlador se contente de jeter sa gourme sans mesure. Il a beau l'influence. en recevront profondément est né. fils que ce Don Juan est bien italien. à Comme Catalinon. son libertinage consiste uniquement en coupables escapades amoureuses. Sa gourmandise s'affirme aussi à tout propos et en tous lieux. les énergies de traductions de ses imitateurs français. le prend avec lui une telle extension que les conceptions suivantes. iilis'il en était besoin. ne sont plus inspirés par des scru: c'esl pules de conscience ni par un sentiment religieux lui car les dicte. qui hommes crainte seule de la justice des la il esl plus poltron encore que ses devanciers.LE DON JUAN ITALIEN. C'esl et la l'indivi- dualisme sous sa forme plus égoïste plus dangereuse. est raisonneur ils et permet des conseils l'adresse de son maître. Le valet a subi guelle est.B'ricomme Don Juan. il est de son maître Don Juan est téméraire. Et ce serait là. celle de Molière notamment. A tes rail s il en I ajoute d'inédits : il est aussi il moral que Don Juan. Philippin à la façon d'un capitan. il subordonne au caprice d'un droits de tous. une raison de plus de ne pas refuser à berto la paternité du héros que nous font connaître les plal-( faveur des circonstances politiques.

Se présentait à vous avec Vous en appelleriez. !. s. Oriane. Quand la statue frappe à la porte de la salle où : il mange. se moque d'elles : C'est un lâche. Ce railleur cynique lance généles plus dra- ralement ses plaisanteries au milieu des situations matiques. I.. ld. il lui dit non sans malice la : Si madame Mort. Pardonne. m nez camus. I. • IV. à l'incivilité l'ait. V. Id. thème général : l'attentat Villiers.MAX. 2. ld. permettez que je meure Il à la table '\ tend en même temps dans le à détournera son la Il profit une partie de l'intérêt qui. dans pièce de Commedia et dell' arte qui se jouait à la même époque le au Petit-Bourbon. Philippin scélérat. est déjà la beaucoup plus imporla prépondérant même. grand esprit. 4. comme d'abus . un un traître. au cœur impitoyable. devant toi. Son tant. I. . dont Gueullelte nous a conservé scénario. ma foi. introduisant ainsi dans fons et le la la pièce des contrastes bouf: faisant sans cesse osciller du tragique au comique fils si père de Don Juan désespéré par l'attitude de son appelle la mort. Ce scénario est une arlequinade assez grossière qui n'a guère le conservé des pièces précédentes que 1.. 2. V. s'écrie la bergère J . premier drame. il corrige son premier cri d'effroi par cette prière De grâce. ».126 LA LÉGENDE DE DON .. rôle est celui que. allait tout entière Don Juan. 6. Don Juan outrage « femmes. dans suite. faire brèche au pâté les Qui m'a '. — Mais bon aux dames réplique-t-il ironiquement Tous en lui les actes et toutes les les paroles de son maître trôuvenl un écho qui déforme. les auteurs de pupazzi développeront de préférence.

. et il en mange goulûment. La rais. .LE DON JUAN ITALIEN. dit-il à Don Juan. enfin sa rencontre avec la statue du la Don Juan sur donna Anna. répond ». et la confusion des scènes elles-mêmes étant parfois manifeste. un plal dur à digérer ». et » Ces plaisan- souvent à grossièreté parfois à l'obscénité. Tout ce qu'il y a de sérieux dans les dérivés du Burlador disparu. Arlequin médit tout seul de son maître ici Celui-ci arrive inopinément. a ou bien a été modifié et remplacé par des détails comiques. Don Juan lui en sert. « Non. et bouffon. — le Deux autres contes allégo- riques seront faits plus loin par même Arlequin.Tu seras malade. commandeur. comme chez Cicognini. les deux soupers et le châtiment merveilleux. . ses aventures avec une pêcheuse puis avec des paysannes. n'était sans doute qu'un prétexte à faire valoir la riche imagination du conteur. Cette scène est engage avec son valet un duel légèrement modifiée par l'importance qu'y prennent les lazzi mort. sans les situer toujours à leur place rationnelle. tel détail «pie des Boulmiers : est bien simple . : la la version de Gueul- a corrigée et arrangée. la Fuite du meurtrier.moment : celui-ci. Cette scène. le — les — dîners tenant dans l'arlequinade une C'est une occasion pour Arlequin d'amuser el public par son extraordinaire gloutonnerie : quelques jeux Vous avez là. fait observer Don Juan. de ij7 mort du commandeur. Le début de la pièce espagnole est supprimé comme dans Giliberto. un premier repas grande place. qui contient un conte par le valet monarque. trépassé Don Juan demandant à Arlequin s'il est si vous êtes Don Juan sinon je suis L'auteur du scénario introduit aussi dès et. donné à la fin devant être rapport/' à une scène antérieure.' difficulté suite de l'intrigue est incohérente dans lette. L'analyse de cette pièce présente une certain. c'esl le plat d'esprit << — qui est dur à digérer. — Ensuite. m en Gueullette n'a donné des notes de Biancolelli qu'un résumé incomplet ce sont des fragments qu'il a mis bout à bout. son naufrage. et remplacé par une scène assez étrange dans laquelle le valet Arlequin et le Roi s'entretiennent de la conduite de fait Don au Juan. teries tournent el non ce la qu'il contient. Noe pas.

saisi de peur. le dit l'autre — Si » vous n'êtes pas le seigneur Cornelio. Arlequin apercevant son maître évanoui sur la poitrine de la pêcheuse Rosalba. . le Après naufrage. trébuche sur lazzi. surpris par le commandeur. la Les scènes avec la fois Giliberto et statue qui terminent pièce rappellent à Cicognini. mais l'auteur de l'arlequinade a les transformé en pure comédie nière partie.128 LA LÉGENDE HE DON JUAN. : seigneur Cornelio — la Ce n'est pas mon nom. faisant et a été tué. quin. Pendant que Don Juan cour jeune en Arlequin ses tombe bruyamment qu'il sur son derrière le tir assaisonnant pirouettes de plaisanteries sur offre du canon. pénètre chez donna Anna sous le manteau d'Ottavio et. puis . : Les deux fugitifs rencontrent des villageois Arlequin se livre sur un jeune marié à ses jeux de mots coutumiers « Bonjour. Troublé par la éléments religieux de cette derla réponse de à statue à l'invitation de Don Juan. Don Juan. corps en de nombreux la Ce sont ensuite les réflexions déjà entendues dans cera pièce de Cicognini sur la promesse du roi de et la donner dix mille écus le grâce de quatre bandits à qui dénon- meurtrier: l'épreuve à laquelle Don Juan soumet du maître et Arlevalet. Arlequin cherche raconte deux apologues : corriger son maître et lui la fable de l'ànc chargé de sel. le changement d'habits et la fuite du enfin l'inutile tentative de Pantalon pour faire parler Arlequin.Mais les détails en effacent le comiques dont ces événements sont mêlés caractère tragique: dans la scène où Don Juan et Arlequin se Ottavio échangent leurs manteaux. Les consolations et ensuite à la pêcheuse trahie sont celles que nous avons déjà entendues dans Giliberto dans Cicognini. poursuivant le cours de ses aventures galantes. je pas craint de à la me noyer fille. Quand le commandeur échangés. Comme chez celui-ci. Don Juan réalise en effet ce fâcheux augure. calebasses pareilles. n'aurais fait la s'écrie : « Si j'avais eu deux ». se sauve après l'avoir frappé de son épée. vous serez bientôt. les manteaux troqués sont de nouveau le Arlequin. et roule échange des coups de poing par terre avec lui. lui donne des tapes dans l'estomac. Arlequin et Pantalon se livrent à mille facéties : mouche dans le mouchoir reçoit en de Pantalon.

Ses plaisanteries sont souvent assez malpropres i\ se mouche à la nappe. il pêche un chapon sur la table et imagine cent : autres tours pour dérober quelque bon morceau. Arlequin rend grâce au conversion du coupable quand celui-ci se relève et pied.-iit exécuté par l'acteur Thomassin. La roue tourne. ajouter quelques facéties nouvelles. Et quand Don Juan est enfin entraîné dans les enfers. l'assiette. Arlequin renouvelle le cri Pendant offert par statue. pour avoir mes gages de Passarino! : faut - . se ciel lui jette à de la implore Jupiter. l'homme moule. 2. en général. l'homme tombe et le le morceau souper fait de même la dans la bouche du moraliste. le morceau. elles sont. Parfois les talents de gymnaste de l'acteur chargé du rôle lui permettaient d'exécuter sur la scène des pirouettes et des sauts. arrive au faite des grandeurs.LE DON JUAN ITALIEN. mais durent moins longtemps. et pendant que chacun court l'éteindre. le contenu d'un verre qu'il tenait à la main Cependant. c'est l'homme. ajoute arbitrairement une scène qui représente Don Juan torturé par les démons. puis la roue redescend. n'est qu'un prétexte aux lazzi d'Arlequin. {) . les plaisanteries Mes gages! » en ajoutant seulement « « Il que j'envoie un huissier chez le diable. Don Juan met table et c"est alors que commence la partie la plus développée du scénario. Arlequin demeure en Catalinon et le sensé que nous avons trouvé en fortune Passarino. l'histoire 129 d'un cochon de et lait. a genoux. Pour démontrer à son maître l'inconstance de la il se sert d'une comparaison plaisante il met un mor: ceau de viande dans son assiette. la roue de la fortune... Castil-Blaze. il faisait la culbute sans renverser '. donne un coup de se Après celle feinte conversion. Ce tour de force n. d'une Ici Le repas de Don Juan rare vulgarité Arlequin crie que le feu est à la cuisine. avec un hameçon. puis. recommencent. il s'empiffre goulûment. au milieu de ces conseiller pitreries. l'imagination de l'acteur devait. résumanl ce scénario. Dans snn Molière musicien. à chaque représentation. : essuie une assiette à son pantalon et la présente à Don Juan. Cette 1. Don Juan feint d'être touché.

il imagine des facéties même Don Juan réduit au rôle d'un joyeux les et insignifiant débauché. nouveaux personnages interviennenl aussi Pierrot. et invente archers. identique a dernière partie de comédie de Cicognini. et c'est grâce à elle que la fable de Don Juan a pénétré en France. 11 efface commandeur.. avec la pêcheuse. de jongleries et de féerie que jouaient à Paris les troupes italiennes des Gelosi et des Fedeli. « les cochons sur un lit I.he. Cette arlequinade. dont aventures galantes servent de thème à ses lazzi. et sait parfois aiguiser la en traits d'esprit mordants vulgarité de son bon sens populaire. la pièce serait demeurée en Italie où elle serait tombée dans le l'oubli et jamais Molière ne l'aurait connue. l'apporta en France. Scarai h. etc. auprès de leurs truies. probablement. Arlequin îail le jeu de l'échelle. .. .•130 LA LÉGENDE DE DON JUAN. veiller. ls r ien de commun avec la légende.. le coq au milieu de ses poules ». : ' iI 1 ' ' il encore d'autres lazzi. débite des plaisanteries voises. il lui servent à déployer ses talents : devant il fait parade de gri- son esprit. premier. ->>u< i . il Il pièce de Biancolelli tend surtout à mettre : le caractère du valet bouffon c'est lui qui devient le : a Ions les défauts et de ses frères delà Commedia delV arte est glouton. avait-elle été la prise? Commenl cl quand la composée? 11 est impossible a scène. Diamantine. alors m 111 |iH|1 f asse les mollet. mais la c'est aussi un rusé personnage qui cache sous grossièreté de <c< pitreries une finesse avisée. la Comme en relief héros. Elle fil pendant longtemps courir le public au théâtre du Petit-Bourbon. le titre d' Igiunta al Convitato di pietra. et Quelle était l'origine de cette arlequinade. on m an scénario. un supplé supplément contient plusieurs scènes intercalées au milieu des précédentes. ressemble à ces nombreuses farces licencieuses mêlées de musique. Elle mérite à ce litre une place dans l'histoire de la légende. on le voit. Pour fuir se déguise en philosophe. des frères Parfaict. trouve. Les autres personnages s'effacent devant lui et ne sont plus que des comparses qui le roi. pleutre menteur. été mani- festement empruntée a celle-ci. A la suite des notes Gueullette. En 1673. !«' scénario lui agrémenté de nombreux éléments bouffons qui n'ont manuscrites de pl. en présence du macabres. Sans elle. reçoit force coups do bâton. se plainl que son maître " dans a nature. Cintio. qui achève de travestir en bouffonnerie le drame de Tirso. cl dans ['Histoire de l'ancien théâtre italien. où Dominique l'avail-il Locatelli qui.

le détail rôles. 12. aurait débuté à l'âge de vingt-cinq ans 103. ' de son vrai à nom. qui est de 1652. Il 2. Sans his- doute. joué Convitato 1. mais. Scaramouche « n'a jamais fait d'autre caractère que celui de capitan ». d'ailleurs. ' comme nous l'avons vu. Ne serait-il pas logique d'admettre que Publiée u Paris en 1695. eu L640 vinl à en L645. Angelo Costantini. Moland. ne pouvait être la pièce de Giliberto France. Histoire dcl'anùen théâtre Cf. eu L639. autres cette pièce à cause du repas qu'on y Or Tiberio 2 . fait est exact. et Riccoboni déclare. le Corivitato estimant sur toutes ». la et il faisait la partie de la troupe qui s'installa au Petit-Bourbon sous troupe. dans lequel aurait débuté Scaramouche. et par l'intermédiaire de Scaramouche.'} C'est donc vers la qu'il aurait joué le Convié de pierre. Scaraétant. raconte. 131 pour plusieurs raisons de donnera ces questions une réponse satisfaisante. eu Paris avec les troupes italiennes. « l'ail Fanno en les Romagne dans Fiorelli. les plu- la partie plus développée du scénario conservé par Gueullette. ainsi qu'il le fit plus lard en donné par Costantini ne semble pas être de ceux qu'on invente. italien. né en 1008. partie à lin direction de Giuseppe Bianchi. Celui-ci. ni celle de Cicognini dans laquelle tient le En repas ne pas une place assez considérable pour justifier l'observa- tion de Costantini. p. Celle de L647 eu au commencement de 1648. :\. au contraire. biographie de Costantini n'a qu'une faible valeur torique. Tiberio Fiorelli a fort bien pu jouer d'autres outre. Molière et lacomédie italienne. mouche un des acteurs laineux de la qu'il a Commedia delV Si ce arte. >/> Pietra . Gueullette. <lu • Nous ne trouvons en Italie aucune trace précise le scénario primitif. Ce Convitato di Pietra. la Ce repas est demeuré.LE DON JUAN ITALIEN. c'est bien une pièce de ce genre dû jouer vers L633. Tiberio — que cet acteur débuta di pietra. le c'est elle qui a. réuni en 1653. . En L645 notamment. il se pour- rait (pie le scénario italien du Burlador ait été apporté en France effet. <[ \. dans sa Vie de Scaramouche Fiorelli. à ses débuts. dans son Histoire du théâtre italien qu'en Italie. et il est très vraisemblable. plus connu sous nom le Mezzetin. cliap.

Cf. C'est ci' qui s'est passé pour les pièces de : Ruzzante. retenue et introduite par eux dans leurs pièces comme nous De allons le voir. c'est-à-dire des scènes entières ou des et détails qui ne se trouvent dans aucune comédie antérieure. telle scène ou plaisanterie qui avait réussi auprès du public était C'est ce qui. les canevas qui avaient roussi étaient transformés en Commedie sostenute. les uns. H 1rs pièces de la 1. un petit nombre avec . d'autres avec les deux pièces de de Villiers. notamment. 1 . l'analyse de ce scénario. est. -Inversement. a subi d'évidentes modifications. Mais inversement effet les acteurs les comédies régulières italiennes ou françaises lui ont pu recourir au scénario et faire des emprunts. . La du genre le voulait. d'autres enfin avec le Burlador. les autres pièces. de leur imagination. les plus sont communs Dorimon avec Cicognini seul: nombreux. Sous nous occuperons de ceux-ci quand nous étudierons la pièce de Molière. auteurs ou les interprètes successifs prenaient vraisemblablement leur bien ils le où trouvaient. sans fixité. il L'incertitude et l'imprécision du texte dans lequel était nous est parvenu prouvent combien ce scénario dont les un canevas flottant. Si en de la Commedia delV arte tiraient. car le scénario primitif. Je même qu'avait jadis joué Scaramouche? dans les «lis grandes lignes.Molière 2 . dit l'Aveugle d'Adria. a dû arriver pour résulte qu'il est le scénario du Convitato di pietra. Ils ne ces- saient ainsi de transformer au contact des autres pièces. de nombreuses comédies écrites transformées par les comédiens en comédies impromptu. Ces échanges entre les pièces de la Commedia sostenuta Commedia dell' arte sonl perpétuels Riccoboni signale. mais encore des pièces de non seulement la Commedia sostenuta les détails dont leur libre fantaisie enrichissait leurs canevas. et à mesure qu'ils le le trouvaient. dans les premières années du wn siècle..132 le LA LEGENDE DE DON JUAN. lui des éléments communs avec Parmi et ceux-ci. de quelque époque loi qu'il soit. 2. par contre les auteurs des comédies régulières subissaient eux-mêmes telle l'influence des comédies impromptu. Il il formé de plu- sieurs sortes d'éléments. scénario représenté à Paris le dans \c< grandes lignes au moins. contient des éléments originaux. VEmilia de Luigi Groto.

Ce sont la rencontre de Don Juan et d changement d'habits du maître el du valel : Arle: quin la nuit.p _!. du scénario dans les mêmes circonstances. Patricio se plaint du valet qui empêché de manger en de prenant mets sur son assiette : d'Arlequin cette idée est reprise et mise en action dans le souper et Don Juan.LE DON JUAN ITALIEN. C'est aussi la suppression du début delà pièce espagnole. Mesa le < ru a es esta alloi Pues no hay por quien lave ' [II. Enfin dans la scène première de l'a la troisième journée. i \. au lieu de tant d'eau. l'idée de prêter à don Juan un mouvement de repentir. au momenl où Don Juan lui tail prête à pénétrer chez dona Ana. juntara tanto viao? i 1 . dit en plaisantant J n'y a-t-il personne pour la laver ? table de Guinée : C'est là une • Arlequin reprend la plaisanterie blanchisseuse de la : « Tout est bien noir. Catalinon reproches. qu'Arlequin ici. 21. ne l'est plus portrait d'une jeune et jolie veuve. plusieurs plaisanteries d'Arlequin dans Tirso quand il sort de l'eau après le naufrage. Cette scène a été reprise par l'auteur ici. Avec Giliberto (versions Dorimon et Villiers). mais ces traits se trouvent aussi dans la pièce de Cicognini. il faut que la maison lui soit morte les ». .8). Dieu n'ala pas nus façon dedans autant de vin 1 ?» Arlequin plaisante de « même Du vin. sur la menace de son maître il se adresse des el feinl de et l'approuver. C'est la persistance d'un certain élément religieux avec la même transformation du merveilleux chrétien en merveilleux païen. sont déjà En outre. 133 s'ap- Dans le drame espagnol (11. Molière aussi s'en inspirera. lo Dios juntô tanta agua. sincère chez Giliberto. à la vue de En nappe • « noire qui recouvre la table. les ressemblances sont plus nombreuses. le leur lui fuite. avec cette différence cependanl que le repentir. Don Juan donne un soufflet à Arlequin. D'autres traits encore sont communs au scénario el à Giliberto. du vin! assez d'eau comme : cela! la entrant chez le commandeur. : Catalinon t-il s'écrie là : : « Pourquoi. toutefois. l'idée ironique du valet de consoler la paysanne en I . ici. l'ait C'est enfin à le son maître au cours du repas. Catalinon.

il Là où jusque dans est presque certain que les a fournis. Nous avons indi- quées dans notre analyse. Mais les ressemblances sont plus nombreuses le et plus les impor- tantes encore avec texte de Cicognini. lui a de Giliberto qui ne fourni que des traits moins importants. est cependant itale ils incomplète. dom 99.et paroles par lesquelles Don Juan accueille la quand rend à son invitation. onl pu être empruntés directement à la pièce perdue de Giliberto. Cette conclusion. Par exemple l'idée dans Giliberto. les lignes générales d'une scène qu'ils modifient par les détails sont identiques lazzi variés. qui e 2. la Que le scénario se soit inspiré des deux auteurs comparaison des éléments qui leur sont communs prouve. c'est le texte de la Comle media sostenuta qui détail esl tel Généralement. plus haut. nous n'y reviendrons pas. liens. d'abord à pièce de Cicognini à laquelle et ensuite à celle il doit plusieurs de ses éléments comiques. pendant le souper. Don Juan a santé de 1. . Pierre. l'invitation à souper adressée à la statue par le valet et. permet d'établir qu'il a existé un premier scénario directement Ce scénario a conservé dans la suite les imité du Burlador tantini sur les débuts de Fiorelli '-. qu'il ne peut provenir du scénario. parties fondamentales de la pièce espagnole. On esl vrai. en effet. de faire boire son valet à la la fille de p.134 LA LÉGENDE DE DON JUAN. ajoutons seulement quelques traits communs aux deux fait la pièces seules la : le mot du statue valet pendant que son maître les elle se cour à pêcheuse Rosalba*. peut. Cette triple comparaison s'ajoutant à l'observation de Gos- dans un Convitato di pietra. On y saisit le procédé de ceux qui l'ont composé : empruntent des l'expression. il faudrail que ces détails il cependanl eussenl été négligés à la rois par Dorimon et par Villiers. si nécessaire qu'elle soit. On comprend que le trait a été Cf. l'ordre donné par Don Juan au laquais de chanter. l'enlèvement de la jeune mariée. faits mais la il s'est modifié par des emprunts successifs. ervé d'autres que nous retrouvons dans le scénario. Ce n'esl là qu'une supposition. jetant la liste des victimes de son maître. il objecter que les détails communs au Burlador el au scénario de Biancolelli seulement.

et le développemenl esl qu'il prend dans le scénario. aussi et l'existence probable d'une 1res commedia font signalée vers 1633. dans la comédie impromptu. dans l'arquelinade la c'est valet qui chante. pour même raison. L'idée de toute naturelle. <>n ne com- prend guère chez Cicognini chez les autres la raison de ce changement. en est une : commune à ces trois dérivés qui est assez caractéristique la statue. Que l'on se rappelle encore le discours de Passarino . La rencontre nocturne de Don Juan du valet.i sur l'inconstance de la fortune. ces divers motifs me sup- . étrangers à autres pièces. que tel même et telle scène semblent avoir été empruntés au scénario par Cicognini et par (liliberto. l'auteur de cette modification me semble pas être Cicognini. la D'une façon générale laissé par persistance. qui devient dans l'arlequinade un simple prétexte à coups <!< pied . le valet est le premier personnage. Est-ce Cicognini qui. est I! se retrouve dénué de signification. quand Don Juan rencontre il au lieu de l'inviter lui-même. au cours se font A\i repas offert le statue. Dans le texte de Ici Cicognini encore. jusque dans le canevas Biancolelli. les présence et «le nombreux éléments. imaginé pour rendre dans l'arlequinade où lement le il personnage plus odieux. De même pour conversion de Don Juan. des chanteurs et entendre. sen- tent trop la farce le de tréteaux pour n'avoir pas été imaginés par les premier auteur du scénario. Dans à la la pièce espagnole.-i taloches. En effet. on la senl seu- que l'auteur l'a retenu pour en faire L'occasion d'une plaisanterie. premier. Parmi il nombreuses modifica- tions apportées au Burlador. il Inversement détail et arrive.LE DON JUAN ITALIEN. la <lc quelques détails puisés à la source toutes espagnole. avec les jeux qui l'accompagnent. a eu l'idée de ce change- ment ou l'auteur du scénario? Je penche pour celui-ci. toujours faire il est en avant et fait oublier son maître. le la fait inviter par son valet. plus rarement il vrai. ne et. car elle lui lui adresser l'invitation est clans la scène se ici per- met de jouer un et rôle plus important et lui fournit lazzi une occasion de livrer à ses habituels. par conséquent vraisemblablement antérieure à celle de Cicognini.

sans cesse modifié. C'est donc au scénario que Dorimon second. à par les inventions successives de ses interprètes el par leurs emprunts aux pièces le de la Commedia Tous deux sostenuta. ni ce qu'il a pris.136 LA LÉGENDE DE DON JUAN. a passé en France où à succès qu'il de traiter le a obtenu a donné sujet. moins toutefois. Nous saisissons là un cas manifeste d'emprunt fait à VArlequinade. ce deuxième détail qu'il a lui-même négligé ne devait pas être non plus dans Giliberlo. connu en Italie sous la forme d'une comédie Burlador a dû impromptu dont la version première n'a pas été conservée. Nous en trouverons d'autres encore avec Molière. A son tour la pièce de Gigognini a servi à Gili- berlo. L'instabilité du scénario ne permet malheureusement pas de déterminer rigoureusement ce qu'il a donné. l'a emprunté ainsi qu'il a fait pour le premier. la Dorimon. supprimés par Villiers.i emprunté aux pièces de la commedia leuraaussi prêté. Le premier de ces détails n'a évidemment pas été fourni au scénario par la pièce de Dorimon. n'a le scénario . Ce scéla fois nario lui-même. : une nouvelle raison deux détails assez importants de la pièce de Dorinion. le Comme il est arrivé être d'abord pour tant d'autres pièces espagnoles. puisqu'il est déjà dans le Burlador et dans Cicognini et que. qu'il reçu d'elles. se retrouvent exactement dans le scénario c'est la rencontre avec la pêcheuse En voici : Amarante et le portrait de la jeune veuve. Or. la pêcheuse porte le même nom que qu'il chez ce der- C'est une présomption pour si en soit de même du nous en croyons l'affirmation générale de Villiers. qui s'est aussi probablement inspiré du scénario. puis à Villiers l'idée se sont adressés au texte de Giliberlo comme à source originelle de l'Arlequinade. et c'est la réussite de leur . dans VArlequinade. semble-t-il. Nous pouvons maintenant reconstituer la la marche probable de légende d'Espagne en France à travers l'Italie. si il poser que sostenuta. nier. Celle eomédiea été utilisée par Cicognini dans son imitation du texte original.

de des désirs. Cependant. estimant que à son devoir de l'homme est d'obéir à sa nature cl d'assurer moi un épanouissement sans limites. Mais les causes morales qui (lie/. En fondant sur la nature ses règles . si on veut comprendre le il et analyser avec moins Molière. C'est ici «pie nous retrouvons l'influence «le ce système philole seul sophique qui. n'entrent jamais en tyrannie Celte toute-puissance de l'instinct repose sur Il l'égoïsme ^eul son plaisir. combinés. il importe de ne pas oublier que ce personnage n'est pas sorti tout entier du cerveau de son créateur. de chance d'erreurs caractère du Don Juan de éléments divers dont est formé. Don Juan à immédiatement avec une fougue irrésistible que la volonté ne combat point les impulsions auxquelles tout homme ils s'expliquent et se complètent. différemment conçu. importe donc. l. la légende va subir une transformation comLe héros. dépend Il naît d'eux. comme une lui. de fixer les traits qu'il hérite de se- dèles. qu'il n'a pas eues encore. parti (I . s'est lentement infiltré en France où et se heurtera à la vigoureuse résistance du catholicisme du pouvoir royal de conduite. L'instinct pousse réaliser obéit a quelque degré. les lui le force contraire. a supprimé de sa vie les devoirs envers ses semblables. étroite dépendance.iT double imitation qui de Molière. il prendra une complexité et une profondeur plète. plusieurs étaient en et Des germe dans Il le héros de Cicognini et il plus encore dans celui de Giliberto. en deux essentiels le Don Juan italien est Ces deux traits de caractère sont dans une est : instinctif et égoïste. seul son caprice ont quelque prix. au moment où nous allons étudier le Don Juan Il de Molière. les autres interviennent et agissent n'ont pas d'action sur lui. contre la de charité. : pitié.LE DON JUAN ITALIEN.1 d'Italie où il a régné pendant deux centsans morale produit la singulière anarchie du XV 8 il et du xvi" siècle. C'est Il n'est pas un produit spontané et entièrement une observation trop négligée jusqu'ici et qui a son importance. Chez sentiments d'honneur. original. a finalement suscité le Festin de Pierre Avec ce dernier. deviendra l'image d'un nouveau milieu.

taisie Il que la libre manifestation a en outre remplacé par sa libre fan- l'autorité et la *\*'> principes Il communs a à tous.profonde et plus vigoureuse: niai.instincts matériels. triomphe des fond n'y a sens sur de l'individu sur Au pas autre chose dans l'immoralité du ce! état Don Juan italien. Elle œuvre cl c'esl que Molière en prendra l'idée s'imposera d'ailleurs d'autant plus à son propre milieu. et dont le rôle dans l'évoa été légende beaucoup plus considérable que ne l'Italie a le comportait sa valeur. mais l'apôtre des revendications de l'instinct et des droits individuels contre les obligations de n'a la conscience et de la morale universelle. 11 la développera et en tirera une peinture plu. que la commedia de Giliberto a eu sur l'avenir de la légende une si grande influence. contrairement à lui vraie doctrine épicurienne. 11 est juste d'en restituer le mérite à l'auteur cette pièce perdue dont le- nous ne connaissons malheu- sement que lution de la imitations françaises. caria nature. Don Juan n'est seulement le jeune homme ardent qui dépense sa jeunesse sans mesure. raison .138 LA LÉGENDE DE DON JUAN. libertin et lui a donné à la concepdrame espacependant élargi le caractère du qu'elle a : donné plus de valeur plus pour la première fois. Celte conception telle -ans doute pas encore chez Giliberto une telle précision ni une portée. Ce n'est C'esl surtout par le sens nouveau elle a tion de Don Juan. des dogmes il religieux des lois civiles. a riiomme du devoir abouti à un double résultai celle : il a substitué à la morale la du plaisir. mais elle est visiblement en la germe dans son première. Le passage de la légende à travers eu pour elle une .il n'aura pas été 1<- premier «le a l'imaginer. donc pas seulement par certains détails de l'intrigue. n'a été pour de. par l'introduction de nouveaux personnages. C'est d'âme qui s'affirmera davantage dans les œuvres postérieures et notamment chez Molière: mais il faut noter qu'il est né en Italie. Si manifestement inférieure au gnol que soit cette pièce. ainsi assuré le la société. dans ce lui qu'il la retrouvera dans il monde des Libertins où fréquenta lui-même quelque temps. par tel ou tel trait accessoire ajouté aux caractères primitifs.

le sujet a donnait en Espagne son plus grand intérêt. l'Italie a dénaturé la légende.MAX ITALIEN. . aucun peuple n'aurait été sensible à pas sortie du pays qui à conception théologique de Tirso. elle ne serait lui avait donné le jour. à vrai dire. Et. En substituant un drame religieux une comédie-bouffe et une féerie. en dehors de l'Espagne. la Mais à se différence de mœurs le des deux peuples devait les amener : traiter t'ùl différemment même thème du le public espagnol ne le pas plus intéressé aux pitreries d'Arlequin que public italien n'eût le compris l'intérêt problème religieux traité dans la Burlador. Aussi est-ce à seule que la France l'emprunte. Si l'intérêt de la fable n'avait été déplacé.LE DON . autre conséquence non : 139 transformation nécessaire moins importante elle y a subi la à sa diffusion. Sans doute en perdanl perdu ce qui la fable lui sa signification religieuse. et clié dégénère quand passe de sa gravité première aux bouffonneries du scénario. mais l'Italie elle l'a mise à la portée de chacun. et c'est l'a dans la voie nouvelle où l'Italie engagée que l'Allemagne la développera.

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de mœurs. le registre les nombreux travaux. Gazier. philosophie. emprunts faits à Cicognini et au abondantes auxquelles a Villiers sont les sources les plus - - - Dorimon puisé et de La part de l'imitation et celle de l'originalité Transformation delà légende l'élément comique créateur?Molière a-t-il été Le décousu de intrigue. pour ces indications et les suivantes. individuel Le LibertiDon Juan et les Libertins. au Théâtre du fois le première la pour que les comédiens de Molière donnèrent alors était Troupe Festin de Pierre. par tenu Juan étail Don l'Appendice bibliograconférences. de M. le el l'École des 1 Femmes avait échoué chez Mme de Sully. peinture et l'élément surnaturel.. par s. - par sa Les vraies intentions de Molière expliquées - - - : I - : - : _ - —Son Palais-Royal Ce lut le dimanche 15 février 1665.. siè cle. rancunes. mont el les scénario.. du éléments différents -Contradi.. hypocrite. etc. La première représentation. de M. la Don Juan n'est pas un portrait L'unité est dans le rôle de Don Juan. - - Molière et la cabale des intérêts.-. La situation financière de la ' peu brillante : le Tartuffe avait été suspendu. sur le Don Juan de Molière. son .IV . l'athée.. DE MOLIÈRE Le libelle de RocheLe retrait de la pièce. au xvn . cf. - phique. la légende. Molière songeait à relever ses affaires I toujours en cf rôle «le articles. jour de : Epi- phanie. Molière. par ses Analyse du caractère de Don Juan les Molière et Louis XIV. Molière a a pas connu e pièce la ... DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE . . trois aspects sous lesquels Molière l'a Son imite portrait. de Sainte-Beuve. véritable Portée générale du Don Juan sganarelle et ses prédécesseurs. dévots. de sources Les Réponses. peint: le débauché.. du dochypothèses de Michelet. : : - en quoi - 1 - - : teur Schweitzfer. les deux pièces de Burlador.. Zeidler. Pour La Grange.iion apparente des importance el signification de Elvire une image de la réalité. Le de La Grange. de l'évolution sur influence de Molière.

succès honorable. ce l'interruption forcée (\c> frères que ne justifie l'affir- mation Parfaict que celle-ci échoua soit parce qu'elle soit (Hait écrite le en prose. Conformément aux espérances celle-ci cul tout d'abord un fois.blancs t. Ce qui souleva est exaet c'est que. plusieurs sèrent :> les recettes dépas- 000 livres et égalèrent presque celles du Tartuffe en livres. mais encore el à exprimer des idées <pii lui étaient chères. IX. tombe de 357 livres à 392. sans que Molière en vers. qui se trouvenl dans p. 343. sitôt pièce fui commencée el rapi- dement achevée. après quinze représentations. et d'une façon produit pour la plupart des eu le plus incontestable succès. Le scandale qu'elle la seule cuise de cet insuccès définitif. la qu'il en soit. 3. «les quête goûts <lu public. puisque.142 LA LEGENDE DE DON JUAN. et Cailhava. tirade île «Ion Louis. p. luvrage cité. il n'eu! sans doute '. La recette la plus élevée fut du mardi 24 livres. jouée si trente-deux n'est fois. lui comme l'ont prétendu les frères Parfaici ("ail que ses camarades indiquassent un sujet qui avait courir tout Paris. IX. -. Histoire du théâtre français. le même phénomène s'est même pour celles qui uni /" pour Tartuffe. depuis trois ans. i . comme il ail pris même h» temps de semble bien que ce fut d'abord son intention tions Cette hâte explique sans doute certaines imperfecla dans facture de l'œuvre. de Molière et de ses camarades. subit la pièce. pour qu'il n'ait point songé de une trop belle matière à poursuivre certains griefs à s'en lui-même Quoi l'écrire emparer. Rien donc. laquelle esl en partie rythmée. 343. la 2. conçue. février. l'ut pièce disparut de l'affiche. Dès la 1. et qui. Cf. . pas besoin. C'est ainsi que Critique de V École des 1 Femmes. l. les ver. Ce sujet de lin offrait Don Juan non seulement une occasion de succès. la le vendredi 20 mars. La Serre. les recel les fléchirent au-dessous de 1 000 mais il en fut de même générale pièces. parce que certains passages blessèrent reprise public affirmation par Voltaire. qui monta à 2390 Dans les représentations suivantes. les plus fortes celle que fit Molière. L669. n'avait plus été repris.

avouée ou non. comme en d'autres. entre Don Juan ci le Pauvre (III. Toutes deux contiennent avec quelques variantes et 11 texte complet des scènes -.uni. sans doute par respect pour sa mère et par souvenir des cabales de Tartuffe. l'auteur anonyme l- Cf. parties qui se trouvent dan. la du rai- sonnement de Sganarelle sur nières paroles se trouve « châtiment des impies. et 11) son galises der- matias sur l'enchaînement des causes et des : Mes gages. je renvoie de la Collection des Grands Ecrivains. de l'acte III et l'exclamation finale donc ouvertement condamnée. tant durent être vifs les scrupules des éditeurs : français. 143 deuxième représentation. u). comment les choses se passèrent. Pour 1rs a l'Édition modifications importantes que le texte primitif a subies. effets (V. dont trois seulement nous sont parvenus. h' cependant des parties qu'elle supprime dans les scèneentre l'un Juan et Sganan N (III. 2. 1). pressions (III. que dans deux éditions étrangères le l'une publiée à Amsterdam en 1 1683. le passage sur le moine bourru le (III. 0. mes gages! » Le texte intégral ne même. Molière avait dû sions : des suppres- l'étalage d'athéisme de pensée de faire jurer le la avaient alarmé abominable Pauvre. : ' '' . : la partie la plus importante de la scène du Pauvre tin plusieurs phrases de l'Apostrophe de Sganarelle aux liber- tins (I. vu. en tenant . certains détails irrévérencieux '. mais en cette circonstance. mais. Celui-ci ne fut publié pour le première fois qu'en 1682 par Vinot Molière. Pour l'étude de la pièce. le Roi fut du parti de Molière.redit d'Amsterdam de 1683. Un mol les de lui prouve tout au moins : ne fut pas choqué par libelle audaces de l'œuvre dans sa deuxième réponse au de Rochemonl. conscience des dévots qui. j'adopterai le texte non cartonné de l'édition de 1682. 11).. il). dans l'exclamati le Sganarelle (V. cette édition avait subi de nombreuses supet.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE l'aire ». secrètement. son sachions exactement le retrait de la pièce. l'autre à Bruxelles en 1694. obtinrent De même le libraire Billaine n'usa pas du le privilège qu'il avait reçu 11 mars d'imprimer la le Festin de Pierre. le libelle de Rochemont et l'observation de Sganarelle sur le moine ll'MIITII. et La Grange dans tome VII de leurs œuvres de sauf les premiers exemplaires. la sympathie fut La pièce de Louis qu'il XIV est certaine. sans que nous Don Juan.

la pièce provoqua de la part des contemporains : de vives attaques le prince de Conti. désigne sieur de Rochemont. recevait une pension de 6000 livres. l M el suiv. n'a pas nui à ceux. Livel à ' a vainement cherché à percer ce pseudonymat. une qui n'y voit qu'une façon ridicule de venger encore par les sottises excuse au prince. Dès 1665. en août. Le châtiment final ne semble même pas. sous les initiales. car. R. Problèmes moliéresques. . cinq mois après. Barbier d'Aucour. dit : « Je ne crois pas avoir beaucoup de choses à répondre quand j'aurai dil après le plus grand ». s'en Racine. devenait Troupe du Roy et ». 2. On M. monarquedu monde qu'il (le libertin) n'est pas récompensé le Aucune défense il officielle n'interdit le de jouer retira Festin de Pierre. 2 l'année suivante. reproche à l'auteur « d'avoir confié la cause de Dieu à un valet à qui il fait dire pour la soutenir toutes les impertinences du monde ». cru découvrir. ne tenta aucune résistance. il On lui gré de sa docilité. puis sous le pseudonyme de R.144 faisant allusion à LA LÉGENDE DE DON JUAN. Édition de la Collection des Grands Ecrivains. A. 1. M. une prétendue interdiction du Roi. de sa fortune. plus immédiats. Despois n'admet pas cette identification. Averti et. le ciel. Cependant. 14 mars s Ts. Le privilège du roi le comme avocat au Parlement. qui la connut sans doute par une copie. Moniteur Universel. Dans les différentes éditions de cet opuscule l'auteur se cachait sous les : B. : Molière ne subit qu'un demi-échec la pensée qui lui inspira le choix du Festin de Pierre. Molière de sut lui-même cette fois. S. A. en servant les intérêts de sa gloire. D. Ainsi le Roi ne désapprouva pas Don Juan. Préface. p. qui apparte- nait jusqu'alors à Monsieur. charitablement. d'autres beaucoup plus violentes furent adressées à Molière dans un libelle fameux qui avait pour titre » Observations sur : une Comédie de Molière initiales intitulée le Festin de Pierre ». dans son Avertissement aux sentences des Pères de V Église sur la Comédie et sur les Spectacles.. a avocat au Parlement prit et janséniste qui. aggravée de Sganarelle. en même temps la « sa troupe. avril Mais ces critiques ne parurent qu'en décembre 1666.

„„„ "ne . l45 attendu que Barbier n'aurait ajouté à son nom celui d'Aucour qu en 1676. et qu'il peut avoir appris de Molière par une confession générale? Si cela instruit mieux direz-vous qu'il la non à vous répondre. à certains procédés de discussion tendant a faire intervenir dans le débat la personne de la Reine a plusieurs réponses faites à différentes observations de Molière dans ses placets au Roi 3. l'auteur reprochant au pamphlétaire de suspecter sans les connaître les intentions de Molière écrit « Peut-être me : était vie que je ne pense. Or. dans une réponse au libelle '. curé de Saint-Barthélémy.l ' 1 1 - T au Tartuffe par leltot ^ mÏÏÏKÎ lir 10 . Cette remarque ne s'applique guère à un avocat et on en tire un argument pour voir dans l'auteur des Observations Pans..« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». D'autre part. et ses éloges au Père jésuite innal . cet abbé Pierre Roulle. Placet et les allusions à l'approbation doi C d S° D " '"•""' ses compliments . sinon qu'il est encore plus criminel .„ Roi r f"' 'erreur janséniste. on serait tenté de voir dans le pamphlet la continuation d'une polémique déjà engagée et de reconnaître dans son auteur un pamphlétaire déjà connu. cette traduction sortait de Port-Royal Saints '. On objectera sans doute que Pierre Roullé n'était pas janséniste* et qu'une phrase de la « Réponse aux observa lions touchant le Festin de Pierre semble indiquer au contraire quel auteur du libelle appartenait au Parti « H lra i te M de Molière de démon incarné parce qu'il n'emploie pas ce beau talent que la nature lui a donné. qui avait vivement pris à parti Molière dans son opuscule du Roy glorieux au monde à l'occasion de Tartuffe.. Mais cette ^Pa-n dessein for le lut* On ^en^U p e ? . aux mêmes allusions à personne de Molière mêlées des mêmes protestations de ne vouloir pas lui nuire . Mais ce curé. quel nouvelles attaques contre vie et à la était-il? le est je n'ai A la violence du ton un curé de aux la Tartuffe. à traduire la vie des : 1 ères ».

Je persiste à croire que les deux auteurs n"en font qu'un. et Ton conclura que et '. à attaquer la religion elle-même et les vrais croyants. qui. et avoir sommairement jugé l'auteur du Festin de Pierre à qui il veut bien reconnaître quelque talent dans la farce « au-dessous de Gautier-Garguille. I . tantôt jouant ni le faux dévot. de Turlupin et de Jodelet ». tantôt et attaquant le ciel avec audace. se développant depuis l'École des le Femmes et se continuant avec les Tartuffe. puis éloquent et passionné dont est écrit s'être dénote un écrivain aussi habile qu'implacable adversaire.140 LA LÉGENDE DE DON JUAN. tend. sous le spécieux prétexte de démasquer faux dévots. ruiné ses écoles. la n'ayant en général divine: l'autre la crainte ni respect pour puissance paru l'étude de M. le il d'abord insinuant. Allier une abondance de preuves nouvelles. Le maître et le valet se partageraient ces différentes façons d'être impie : l'un. et qu'il est de la même cabale que l'auteur du Roy glorieux. la démonstration que l'auteur du libelle ne saurait être un janséniste. les autres secrètes: celles-ci un Dieu qu'elles estiment aveugle ou impuissant: celles-là ravalant la dignité de ses mystères. 11 la rattache à un plan général.i : la Cabale des Dévots. dissipé ses assemblées ces paroles de celles Oue l'on rapproche que Pierre Roullé écrivait dans son Roy si glorieux au les monde contre ils les jansénistes. mais en défenseur des intérêts de Dieu. J'avais depuis longtemps écrit ces lignes lorsque J') . trouve. auteurs des deux pamphlets ne sont pas un seul même ton personnage. avec . Secte. autre l'ait Un prouve d'ailleurs surabondamment que l'auteur du ne peut être un janséniste « : pamphlet qu'il ce sont les félicitations la adresse au roi pour avoir châtié les partisans de ». le libelliste en vient à la pièce elle-même. les phrase peut n'être qu'une boutade sur occupations des âmes pieuses en général sans allusions particulières à Port-Royal. Elle serait le la commencement de contre • celte campagne menée contre les morale et l'Église en étalant : quatre sortes et d'impiétés qui combattent la Divinité » les unes déclarées méprisant blasphématoires. appartenaient du moins au mémo du parti Ouel que soit d'ailleurs l'auteur véritable libelle. Après posé non pas en ennemi de la personne ni de la répu- tation de Molière.

: Ce pamphlet ne resta pas sans réponse chargèrent de le réfuter. : La première le : de ces réfutations a pour titre « Réponse aux Observations Festin de touchant une comédie du sieur Molière intitulée Pierrt les . final du coupable. plaisanteries dont Le châtiment de l'œuvre. 147 tournant en ridicule par ses raisonnements grotesques H sa foi au moine bourru. Cf. ce qui dément assez soi-même. QOte.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». l'auteur observe judicieusement que I. : par Molière D'autres raisons semblent pour répondre au reproche d'avoir la inspirées triompher l'athéisme sur scène. « Lettre sur L'autre » (Paris. à dix jours d'intervalle. même date). style de la Le ton deuxième réponse_est au contraire assez lourd. chez Gabriel Ouinet. fait ». . Catalogue Soleinne. la est un appel éloquent à faite justice à Dieu en abattant l'impiété La conclusion du Roi de venger L'injure avec impudence « montée deux anonymes se sur le théâtre ». agréments naturels de Molière en une phrase qui ne peut être de Molière lui-môme : « Comme si. quand se il manquerait quelque chose à il Molière de ce côté-là. il l'auteur écrit à maintes reprises Tartufte. l'auteur tire aigument de et la pension (pie Louis XIV bien vient d'accorder la au comédien à de l'honneur qu'il lui a fait en prenant aussi l'ail troupe ses gages. certains détails indiquent que L'inspiration de Molière ne doit pas être étrangère à la composition du factum : un mot particulier du Roi en faveur de la pièce y est rappelé: dans une apostille qui constitue un nouveau plaidoyer. IV. loin de les corriger l'immoralité il L'aggravait encore par sert de prétexte à Sganarelle. Ces raisons ne sont guère concluantes. p. Ces deux opuscules sont-ils de Molière? On a voulu reconnaître à la netteté du ton. En outre l'éditeur étaitle libraire habituel de Molière. l'argumentation est traînante. à certaines tournures. la main qui écrivit les placets du Tartuffe*. l. 101. défend les le bien mou à l'égard des dévots. i 665) Observations d'une comédie du sieur Molière intitulée le Festin de Pierre (même librairie. devrait être criminel de n'être pas bien D'autre part.

de tions.des fait conce- œuvres antérieures. et la pièce dis- parut définitivement sans autre bruit. Mais en général la défense est faible : les raisons les plus pressantes de l'adversaire sont mal réfutées ou passées sous silence. semble s'est lui-même comédien. car. La première réponse est encore plus faible. Il feint de ne voir dans les observations du sieur de Rochemont qu'un prétexte à dénigrer cette pièce. Tailleur laissant Don Juan de côté fait une apologie du Tartuffe. se condamne lui-même par la faiblesse de son argumentation. écrit : < Il contenté de nous faire la guerre en renard les Ces pauvres défenses furenl seules tentées. manifeste- être à son premier écrit. était un jour. Molière et sa troupe se trouvèrent ainsi déçus des espérances que leur avait voir le succè. dans sa défense du il théâtre contre les attaques de Rochemont. la gaucherie de Sganarelle à défendre la Providence est justement imputée à sa condition. même que l'auteur des Observadisait le connu des contemporains puisque Robinet sa gazette : 9 août dans Je vous avertis qu'une plume Artisanne de maint volume L'a défendu mais du bel air. au Théâtre Italien et au Théâtre Français. dans l'appréhension qu'elle ne soit de nouveau jouée. De même. ». 11 pièce de Molière est en vers. ment novice et qui avoue lui-même en a l'air de croire que d'ailleurs qu'il était la le défenseur. raisonnements de Don Juan se réduisent à 2 qu'ainsi il et 2 sont i.148 les cl LA LEGENDE DE DON JUAN. En un style énergique et clair. pourrait bien avoir été soufflée par Molière. Cette digression sur une comédie dont l'interdiction lui tenait tant à cœur et qu'il ne désespérait pas de voir autorisée L'auteur de cette réponse. Dans une dernière partie. elle cherche à les le prendre avec l'adversaire sur un ton ironique. en même temps qu'est évité le scandale qu'il y aurait eu à mettre sur la scène une discussion religieuse où un athée aurail argumenté contre un croyant. mais argu- ments demeurent généraux et vagues. .

: Mais leur affirmaa tion n'est fondée que sur des vraisemblances Molière la emprunté des directement à l'Espagne Maris fait 3 . d'ailleurs. Études sur Molière. l'n an après Km. /" Discreta enamorada (l'Amoureuse adroite). p. il fut en rapport avec espagnols qui. générales et vagues. 131. d'examiner dans quelle mesure et s'il s'est inspiré de ses prédécesseurs immédiats. Quelques détails du Don Juan de Molière semblent directement empruntés au texte espagnol dans la scène vm de l'acte IV. sans qu'on sache. 2697. appelés par Marie-Thérèse. Moreto. : « Allons. temps avec la troupe de Molière 7 . de Latour Schlegel et d'autres encore. Don Juan dit à Sganarelle. p. je » n'ai la plus faim. 4. 17. I. elles lui avaient fourni les éléments essenIl de sa pièce.'!. n'est donc pas sans intérêt. — de Don Juan la : Mets-toi dis-je. la troupe espagnole <\<. Recherches sur Molière. 3. D'aucuns l'ont 2 . lesquelles les acteurs En outre. l'inventaire après son décès.Prado figura. 149 Ces œuvres n'avaient pas seulement donné s'approprier tiels le à Molière l'idée de sujet. prétendu 3 : Gailhava notamment ' et après lui M. . Soulié. avec celle de Molière dans le ballet des Muscs. — Dans scène xm troisième journée du Burlador. J'rincesse iVÈlide 4 et l'École Dans les 40 volumes de comédies portés sur 6 . pour dégager l'originalité de l'auteur du Festin de il Pierre. 121 11. Juan. s'en ajoutent de plus précises. Lope île Vega. Desden coneldesden (Dédaiti pour Dédain). p. — Catalinon : le même langage « Assieds-toi. mets-toi à table. I. la ne s'est pas adressé aussi à source première de la fable. je tiens le repas 1. figuraient des pièces espagnoles. te : Monsieur. seigneur. Littérature dramatique. Non. p. au drame espagnol lui-même. où alternèrent quelque A ces raisons. Études sur l'Espagne. 6. Il. — Sganarelle In. 2. Cl'. cl suiv. 5. Don Juan : et Catalinon tiennent à peu près Catalinon.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». jouèrent ils de 1660 à 1673 à l'Hôtel de Bourgogne.

irétc alumbrando. Guanto espéra désespéra. Celle-ci refuse en ces termes n'a pas besoin de lumière quand on est conduit par le « On ciel ». désespère. D'ailleurs quoi qu'on : . D'une s'est ne semble pas douteux que Molière adressé moins aux Espagnols qu'aux Italiens. Dans la scène xiv de la troisième journée du lui : Burlador. le • Vers qui rappellent thrope : du sonnet d'Oronte dans on désespère Misan- Belle Philis. Enfin. — Que me quemo '. fini. No alumbres. linon. abraso ! en ail dit. les musiciens du marquis de Mota jouent une séré- nade commençant par ces deux vers El : que un bien gozar espéra. dont les pièces 1. la fin quand il espère. t'éclairer . Don Juan." femme ise de Dorimon pourrail bien notamment être la source immédiate de l'École des maris •. » —A la fin de IV Don Juan ordonne à Sganarelle de prendre un flam: beau pour éclairer la statue. que en gracia estoy. Ces analogies ont permis de croire que Molière connaissait le drame espagnol. Don Gonzalo. Don Juan. Nu. Don Juan. elles sont sans valeur : la raison fondée sur l'imitation certaine que Molière a faite de deux pièces espagnoles. ::. • dit-il dans scène correspon- dante du Burlador (troisième journée. invisible la entraîné par la statue.. senor yo lo recibo : 1 '<>: i -. Vguarda. rapla prochement plus curieux. Don Juan. Que me Es desconcierto. il a'esl même pas certain que pour les lieux pièces en question Molière se soil adressé directement aux Espagnols /. En réalité. accompagnant don Gonzalo.150 LA LEGENDE DE DON JUAN. scène xxi. « Celui qui espère jouir d'un bien. il '*. s'écrie « Un l'eu me brûle! » Je brûle!. ne prouve rien en ce qui concerne Don Juan façon générale. car je suis en état de grâce ». Alors qu'un espère toujours. pour l'acte — Don Juan : Tu perds la raison ' .. Don Juan. Je suis embrasé. i. dit < : « Attends. . je vais Et le commandeur répond - Ne m'éclaire pas. dans scène xn de la deuxième la journée. Catalinon. Dans : la « » scène m de L'acte V.. — - Siéntate.

Rochemont écrit « Molière a très mauvaise raison de dire qu'il pour l'intelligence : : n'a fait que traduire cette pièce de l'italien. i:. dit < Les Paris. la où les mêmes passages retrouvent et où Molière les Restent les vers chantés par et musiciens du marquis de Mota reproduits plus ou moins . en ce qui conest du Burlador. au premier ceux qui les ont pu la faire à l'original. Elle sait sujet est tiré est que que l'histoire dont le arrivée en Espagne et l'on l'y regarde comme une chose qui peut être » utile à la religion et faire à conles vertir les libertins.. Enfin.l étaient cerne très le texte beaucoup plus répandues en France. est certain que troupe de Prado pas jouée à Paris.. le panégyriste de Molière aurait évidemment du pour sa défense. avoir que Molière semble. Dans les Observations sur le Festin de Pierre. Tous les témoignages des contempo- rains parlent de représentations Italiens à données par les Italiens. l'auteur anonyme réplique « Ce grand monarque savait bien que depuis plusieurs an. l'auteur écrit au sujet des insinuations sur les scrupules de la : « Il y a plus longtemps qu'elle connaît Festin de Pierre que ceux qui en parlent.. directs Quant aux emprunts abord... se sont persuadés que si ce sujet était mis en français sa Préface. infatués de ce fils du Festin de ou du criminel. dans cette même le réponse. signalés se n'avaient pas lu pièce de Cicognini les a pris. » Et dans la : deuxième réponse aux Observations.. : Corneille. Si le si Burlador avait été joué Paris par la comédiens espagnols. de ceux qui n'entendent pas l'italien. il improbable qu'à à la pièce la date de 1665 il il ait été importé chez nous. » Pans Rosimond dit aussi « les Comédiens italiens l'ont apporté en France ». peu connu en Espagne même.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». après avoir vu tout Paris courir à la foule pour en voir la représentation qu'en ont faite les Comédiens italiens.. fait seulement on avait connu pièce espatiré parti gnole.nV< on le (Festin de Pierre) joue à Paris sur le théâtre italien et français (allusion aux pièces de Dorimon et de Villiers) et même dans toutes reine mère les provinces ». et il ajoute encore dans l'avis au titre « Mes compagnons. la Quant ne l'a même... qui en ont fait tant de bruit à Villiers dans son Épltre lecteur Pierre. ». Or.

se. Lavigne dans son édition du Misanthrope. l'héroïne. C'est à vrai dire le seul argument sérieux que Ton ait jusqu'ici invoqué pour établir que Molière a connu le drame espagnol. Yega. Mais si l'on veut à tout emprunté hors de nos le frontières. Ces rapprochements ont été 1890. (Le Ciel. Ajoutons que dans certain la môme pièce où le poète a introduit un nombre de sonnets. le sonnet d'Oronte. la notamment dans une pièce de Lope de ( Moza de Cantaro troisième journée. Cuando pensaba espéra Quiere amor que désespère. se.) Ronsard n'avait-il pas défini l'amour : Un désespoir où toujours on espère. en fait un dans 1. acte I. En admettant que Molière n'ait pas imaginé lui-même cette pointe assez banale. ne trouve-t-on pas ces deux vers même style pour toute asseurée Espérance désespérée '. faits par M. C'est Molière n'avait pas donc pas besoin de demander à la littérature espagnole un trait devenu banal dans prix qu'il Tait la littérature française. : Les deux vers suivants sont prononcés par Don Juan. l'on se Un espérer où Et dans •de le désespère? Roman : de la Rose. on trouve en maint endroit dans et théâtre espagnol des vers semblables. le vu). Corneille n'avait-il pas fait dire à l'Infante : Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir.152 fidèlement dans LA LEGENDE DE DON JUAN. Hachette. elle pouvait appartenir à quelque morceau «onnu des contemporains. 11. . galan — Quand je croyais pouvoir espérer <]u<- L'amour veut je désespère. doua Ana. et bien dans le goût du jour.

à sur la la de l'original espavue du cénotaphe superbe élevé au com- mandeur. 1 • I lequel il est question d'une Philis aimée par un gentilhomme auquel elle ne rend pas son amour. imitées. altro ! vi vuolë. vecchio insensato.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». Don Juan français de Molière et de Villiers en séduit deux à la fois. L'entrevue entre Don Juan a. la scène communs à sa pièce et au frage entre le père et le fils. un paysan qui raconte. la séduction des paysannes et le désir que manifeste Don Juan de triompher d'une jeune mariée. Si donc Molière. c'est plutôt dans lador qu'il a eu la la Moza de Cantaro que dans la trouver'. Mais événements qui ne se trouve aussi chez Cicognini souper n'est aucun de ces et chez Vil- liers. Festin de Pierre. Alors que le le Don Juan espagnol séduit une seule pêcheuse. et s'écarte \ gnol : Don Juan. per immortalarti (0 « taliser. est allé chercher en Espagne la fin de son sonnet.. le caractère si du héros prouvent surabonita- damment que points Molière a largement puisé dans les pièces il liennes et françaises. qui connaissait le théâtre de Lope. ne doit rien au Burlador. Les seuls : drame espagnol sont le naudu héros. ora che sei morto. Dans la les détails rencontre avec la statue.) Dans la scène où parait le tombeau du commandeur. ril de la vieil . et tandis que les circonstances et les détails sont toujours très différents chez l'auteur espagnol et chez Molière. Villiers et le scénario. insensé. et dans C'est ainsi le originales ou que dans Villiers Burlador le naufrage a c'est lieu sur la scène le : dans comme dans Molière. le texte de Molière suit fidèlement Dorimon. inalzai superbi tempii. dans fait vanité humaine des le réflexions qui se trouvenl ' le texte de Cicognini et dans scénario et non dans le 1.. le ils sont souvent identiques dans les pièces italiennes. il faul autre chose maintenant que tu es mort. l><>n Juan. : le Bur- bonne fortune de Mais laissons ces chicanes de détail l'intrigue et la morale du Festin de Pierre. un important développement. la rencontre avec la statue. le il premier et le châtiment du libertin. 2. pour l'immorque des temples -Upeihes !) (111. et son père à peine esquissée par l'auteur espagnol chez Villiers comme de chez Molière.

les Italiens. xm dans le scénario. se. mais.154 LA LEGENDE DE DON JUAN. II. scénario dans deux pièces de Dorimon et la fait inviter par son valet. Ainsi les situations communes à Molière et à Tirso se et trouvent ceux-ci. à rien de tel Burlador. qu'un 5. Don Juan le il invite et lui-même les la dans Molière. le texte des Italiens et celui de Molière ont entre eux beaucoup plus de points communs qu'ils n'en ont avec le texte espagnol '. en veuille avoir une passé durant sa vie d'une assez magnifique pour quand il n'en a plus s'est que I. ni). se. Pendant que Don Juan pénètre chez Amarille Philippin se cache (II. Toutes les parties du texte espagnol — et elles sont nombreuses — que les Italiens français ont supprimées sont absentes et leurs imitateurs du texte de Molière. •• (Molière. i). ce sont des se font chanteurs cachés qui entendre. qui ne se trouve pas dans le Burlador. v). le Burlador. La rencontre de Don Juan avec un hommes pèlerin semble bien être la source première vanité des au sujel des épitaphes » (scénario de Biancolelli. Hun Juan boit à la santé du commandeur ordonne au valet de chanter pour distraire son hôte. et Chez Molière et chez Villiers. aussi chez leurs intermédiaires. Sganarelle en fait autant quand son maître est attaqué par don Alonse (acte III. III. se. Dorimon et Villiers ont imaginé de faire pour- suivre le fait Don Juan par l'amant poursuivre par le d'Amarille. dans les détails du souper. dom Philippe : Molière frère même d'Elvire. entre Molière la ressemblance est beaucoup plus étroite. De même de nombreux détails ajoutés par par Dorimon et par Villiers à la pièce espagnole se : rencontrent chez Molière Philippin fait chez Villiers (acte . valet. . On ni' peul voir aller plus loin l'ambition d'un c'esl homme mort. Dans statue : texte espagnol. et ce que je trouve admirable. le Le mouvement de Villiers et à Molière tête de la statue. à Dorimon. chez Dorimon et chez Villiers acte II. Enfin. homme qui si simple demeure. Don Juan oblige le valet à changer d'habits avec lui : Molière imite ce détail. v). faire. comme dans de Villiers. Chez Cicognini acte II. l'effroi du doute sceptique du maître sont : communs au dans le scénario. Chez Tirso. iv) le valet un portrait de Don Juan que Sganarelle imite (acte I. d'après les notes de Gueullette). se. se.

aucun des éléments ajoutés par Molière à ses prédécesseurs immédiats ne se trouve dans le Burlador. Mais la méchanceté. la leçon morale qu'il contient sur la brièveté delà vie et la nécessite du repentir avant pièce de Molière. se passant chacune en un heu différent. En outre. la tendance à fonder l'inconduite sur une philosophie de la nature. Cf. l'esvolage de la femme. Dans la scène îv de L'acte II. . la légèreté superlicielle de Don Juan est devenue corruption profonde. Chez Villiers. la dernière heure. la scène se passe en Sicile. plus générale.. Villiers. Le lieu de la scène qui est d'abord en pays Italie. tous ces caractères significatifs du Don Juan de Molière ne se trouvent pas dans le Burlador. tout 2 chez Dorimon et chez Villiers A toutes ces raisons s'en ajoute une autre. la duchesse Isabella ont été comme .« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». le personnage du valel a été chargé. il en abusé bien d'autres. 6.. scène du pauvre. la gravité religieuse du drame espagnol. l'irréligion. les autres esquissés dans les pièces des deux imitateurs de Gili- berto. En outre. de Don les Italiens et chez les Français. la fois Juan '. el dans 2. tout cela a disparu de la comme des pièces italiennes et françaises.i « 1 * • . puis en Espagne.lic/. les ditïérents personnages que les intermédiaires successifs : ont supprimés de l'oncle de la pièce espagnole le marquis de la Mota. Inversement. est dans un seul chez Molière..On pourrait signaler d'autres le notamment mot de Sganarelle dans le : Mes gages! qui est à dans Cicognini et scénario. IV. L'élément comique a pris plus de place. la l'amour impulsif et fougue juvénile. 1. Mon maître est un fourbe. Don Juan. • quelques lieux l'oit proches la ville •. Molière certainement souvenu de rénumération que fait le valet. I • de la s'est . Chez Molière. et communs avec le Burlador.\ ilu - . dans le Burlador. des victimes détails encore. . l'hypocrisie même. De pari el d'autre. ce sont ceux-là : s'il a seuls que les intermédiaires ont conservés prit d'indépendance. C'esl l'épouseur genre humain. le Don Juan de Molière procède mais non moins définitive rois. tandis qu'ils sont. Séville. les uns déjà développés. la pièce u'est [ilns coupée en deux parties. les deux supprimés par Molière. : directement du quelques traits Don Juan de Dorimon et de Villiers.

pourquoi te place-t-on •dans la femme inconstante. imitées directement des Comedias espagnoles. Ici encore. 3). M.m. qui disposent de l'honneur des gens. « d'être asservi par les lois de l'honneur au dérèglement de la conduite d'autrui ». qui rappelle plutôt. connu le Burlador. Je ne peux donc admettre le rapprochement. 6) : Ali pobre honor! Del hombri por . si es la misma ligereza? (Ah.Molière faut s'amender: encore vingt ou trente ans de cette vie-ci. I. etc. la réflexion est générale et banale. la lirade qu'il débite chez Dorimon (IV. ma foi! 2 Le mot du Don Juan de . Pans les deux cas. semble One largo me lo liais! » (Tu me donnes la un long déjai!) tiré du refrain dans Tirso. car elle est la légèreté même?) Mais le roi de Naples l'ait une réflexion générale sur l'inconstance de la femme que folie de l'homme de lui confier son honneur. de Boisrobert. L'évolution pièce française : complète de la pièce les Italiens servent d'intermédiaires entre les deux el le Don Juan athée de Molière se rapproche beaucoup plus de leur Don Juan impie que du Don Juan croyanl de Tirso. en la condensant en une formule concise el pittoresque. lui répond « C'est un long délai que tu me donnes là Ce mol renChez Molière. Quant à la précaution enfantine qu'ils ont prise de substituer Jupiter à Dieu. originales ou du traduites.cesse importuné des remontrances de son valet qui l'avertit de l'heure de la mort. Si 4111'' ères aima te dejan En la mujer inconstante. e « Oui. le rapprochement me semble assez lointain . pauvre honneur! Si tu es l'âme de l'homme. Don Juan lance de lui-même cette boutade ironique. au subterfuge des Italiens est faisant blas- phémer Don Juan contre espagnole à la Jupiter.Molière même peut-être. obligent un honnête homme à se battre contre le premier insolent venu. elle était trop ridicule et trop . Don Juan ne blasphème pas.-. — : Le vii e a sa sais. d'ailleurs. ferme la morale de la pièce. se plaignant de la condition malheureuse d'un gentilhomme. de Corneille. ce qui est tout à fait improbable. il est donc certain qu'il ne s'en est pas inspiré. . 7). Chez Tirso. 111. comme Tirso. de Scarron. à qui j'ai tion de ['imitation de Tirso par MoHère.a. A l'inverse des nombreuses œuvres de Rotrou. celte facétie impie. les sources immédiates du Festin de Pierre sont uniquement dans *. au moment de se mettre à table. 3° Molière renonce. m'écrit à la date naguère soumis mes conclusions sur cette quesdu 20 novembre 1905. les pièces italiennes. et puis nous songerons à nous « (IV. qui se disputaient entre 1658 et 1664 la faveur public parisien 1.156 Si Molière a LA LEGENDE DE DON JUAN. Don Juan. pourrait être en germe dans l'exclamation du roi de Naples (Burlador. de . Martinenche. comme la repentam e. 9) sur l'opportunité de jouir de la vie quand on esl jeune el la les lois : il : • : : . : pour 1" me signaler les objections suivantes La lirade de don Carlos (Molière. Uom Carlos se plaint du duel.

elle ne l'est pas rapprochement possible entre de Pierre de Villiers. Dans l'acte 11. Don Juan. el le tragique le tragique du Burlador. soit pour conduite de l'intrigue. plus haut. p. ou à la pièce régulière que Molière les a empruntés. revient l'écouter. scène îv. fondé sur l'analyse du caractère du héros. Martinenche a reproduit . 3. Il a pris aux unes Il importe de préciser la pari plus qu'aux autres. la noie. ne lui a fourni aucune idée générale. 5).' pein- la réalité.. scène vi.1.•> arguments dans sou Espagnol 1906). Stat. lumière? — » Dans le même Je n'ai plus besoin de lumière terrestre du acte les facéties de Sganarelle et de La Violette au cours du dîner. n'est-ce pas qu'il avail lu Tirso? «lu Festin L'observation esl vraie du Convitato de Cicognini. scène vm. soit pour Cicognini la peinture de son héros. . vuoi lume? — No ho più bisognodi lume terreno (III. el 2. mais le valet l'aperçoit et se avec assez d'à-propos gnini la : nous avons déjà rencontré chez Cico1 . 157 que ces différentes œuvres ont eue dans la création du Don Juan de Molière. Quelques-uns se retrouvant dans le scénario.. -un sur le merveilleux. h. de que connaissait qu'il avait entre les mains. Cf. Diu. les Sganarelle : « Prends ce flambeau. l'escamotage des plats sont un souvenir manifeste invraisemblable pour que Molière ture Bdèle 4° 'I'' la conservât dans une pièce qui Si esl un. 222 .« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». 25fi et suiv. Dans l'acte IV. Le Convitato di Pietra. première idée de cette scène Dans l'acte III. le tombeau du les réflexions sur la vanité qu'inspire à Don Juan et dans Pietra di Convitato commandeur se trouvent dans le l'Arlequinade 2 . il esl impossible de dire si c'est à ce dernier. Les Italiens ont enlevé au Burlador sa couleur tragique. sur ture de -es mœurs el de leurs conséquences sociales. p. II. aucun trait important. M. Cicognini. Molière la lui a rendue.ini. mais que le public ne la T par caricature de l'Arlequinade. 1 Molière et le rhéâtn 1. xiii. mais simplement des détails la accessoires. le texte » et : mots de Don Juan à ceux qui suivent trala duisent presque de Cicognini « Veux-tu de 3 . des se doutant que Sganarelle jase sur son compte auprès reprend paysannes. fondé tout entier la peindu Don Juan de Molière. 11 n'y a d'ailleurs au.'. la mesure dans laquelle l'auteur s'est servi de chacune d'elles.

scène n. semble bien qu'ici encore. pour consoler déroule le victime. comme la pêcheuse Kosalba. d'une idée fournie par la scé- nario. ordonne à Sganarelle de parler c'est le valet qui. 9 r. [II. jouissant de sa souffrance. avec cette la différence qu'ici Don Juan passe de faut ». est impossible d'affirmer quel : de ces fait quelques traits dans l'acte I. ne se trouvent que chez le Molière et dans le canevas de Biancolelli. Étant donné que Festin texte de celui-ci est postérieur au était. . scène où Don Juan frappe aussi Catalinon.158 LA LEGENDE DE DON JUAN. le cri intéressé est scénario. La trop « il «[ne O pover al me patron! al me salari! Cicognini. dans le dernier supprimé ensuite par Molière. Sganarelle ayant son maître.uit donc Il Mes gages! mes gages! abtme vous terre. de donner carrière ses facéties. l'objet de fréquentes modiest l'auteur fications. Dans la scène troisième du même acte Don Juan. celui-ci mine de protester contre les le menace. menace aux actes : et donne un soufflet à Arlequin qui se console en disant donc puisqu'il était le « Allons Je n'hésite pas à croire que le la scène antérieurement dans le scénario pour la raison qu'elle est x). du valet. Enfin. Molière le en la transformant. Il 3 a vu une occasion de peindre el perversité de Don Juan humiliant Elvire I . et le valet tremblant « C'est fort bien fait à vous. énumère à Rosalba les Il raisons pour lesquelles son maître ne peut l'épouser. et de préparer le jeu la de scène plaisant dans lequel. il lui long parchemin qui contient Il la liste des femmes trompées par son maître. et vous le prenez comme trouve dans le projets dont vient de l'entretenir s'écrie il : faut ». On scénario une situation identique. de Pierre et qu'il comme nous il l'avons constaté. '. acte. lui demander compte de à sa sa perfidie. ait tiré parti. déjà dans Burlador (troisième journée. italien n'ait n'est guère douteux que l'auteur trouvé là un nouveau moyen de mettre Arlequin en à avant. peu nombreux. sur place : de même dans l'Arlequinade. Je m'écrie scénario j'envoie un huissier chez te diable pour avoir mes adages : . un emprunt commun aux deux pièces italiennes Certains détails. l'ordre de Don Juan. au lieu de répondre lui-même aux questions pres- santes d'Elvire qui vient.

La facétie de l'Arlequinade se transforme en une scène tragique où tout. Don Juan feint un Ce le repentir sincère que Sganarelle lui-même en est dupe. à des indications de scène. dans l'acte V. la féconde. ce qu'il a négligé dans leurs textes ce qu'il . mais par celles d'Arlequin qui se jette à ses genoux et remercie le ciel de la conversion de son maître. lorsque celui-ci interrompt ses actions de grâce par un coup de pied. il doit à la fois la plus grande partie de l'intrigue de son Festin de Pierre. et non pas Molière. les vrais inspirateurs de ce dernier ont été Dorimon et à ces deux devanciers. l'imitation est beaucoup plus directe et plus immédiate il imite la pensé<>. élimine les éléments accessoires. Les emprunts qu'il leur a faits ne se bornent même pas toujours à des idées générales. et auquel elle a sacrifié Dieu luimême. devient chez lui une épouse outragée. dont l'infortune vulgaire ne provoque guère qu'un sourire. Pour saisir son procédé. il imite même l'expression. soudaine ment déchirée par cette douleur sans nom de découvrir dans l'homme en qui elle a cru. personnages et situations s'élève d'une bouffonnerie d'opérette à la gravité d'un drame de la vie réelle. Or ce mol de ciel que le valet mêle à sa prière à Jupiter et surtout ce détail qui rappelle la plus triste aventure du Don Juan français : « Vous débauchez même des religieuses ». l'auteur delà dernière version semblent prouver qu'ici l'imitateur est du scénario. Mais. scènes si i et n. pour voir à la fois ce qu'il a pris à cl ses prédécesseurs. et les traits essentiels du caractère de Don Juan. et Villiers. Souvent.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». et dans une proportion à peu Villiers : près égale. Mais en général il agit envers ses modèles comme -a Fontaim envers Ésope on Phèdre. trait a été fourni à Molière par Dorimon . Au contraire. Dans scénario l'aventure est la même les remords simulés de Don Juan lui sont inspirés non par les remontrances de son père. ajoute les développements (jui donneront à l'œuvre de la profondeur et de la vérité. 159 crédule bergère. un fourbe qui l'a impudemment jouée. : I comme un homme dégrossis qui lui de génie en : use avec les matériaux mal il sont fournis prend l'idée première. complètement transformées ensuite dans l'exécution.

moque de tout. son caprice une fois satisfait. Ces vers. 'Qui tue et qui viole. abandonne ensuite. un enragé. se m) I. il part exacte de l'imitation et de l'origi- faut suivre paraléllement la celle marche de de Villiers. sort la ». De l'épithète de « capricieux : » si étri- quée plate. un hérétique qui ne craint ni ciel. îx) Je suis : dans monologue suivant de Philippin un pauvre hère le attrapé dans le piège le Qui sert Un. très et grossièrement tracés. . un Turc. (acte II. du portrait que Molière a précisé plété. un diable '. Dorimon dit aussi CVst un diable incarné se. Don Juan répond aux observations de son valet. se plus grand scélérat que la terre ait jamais porté. valet de Don Juan. par une tirade sur l'amour dont l'idée première est à Je la fois dans deux vers de Dorimon : me ris de l'espoir d'un langoureux amant Et trouve mon : •• plaisir parmi le changement (acte II. com: une esquisse encore vague de la figure du héros le mot « méchant » va devenir le trait fameux qui pourrait servir « Un grand seigneur méchant homme d'épigraphe à la pièce : est une et terrible si chose ». Celle-ci commence par une scène entre Guzman. se. au reste homme de bien. choqué de ses infidélités. qui Qui se plus méchant. sont les premiers linéaments.. sa pièce et le développement de de Dorimon et Don Juan et qu'il faits a épousé doua Elvire qu'il a arrachée à son couvent. iv).. gauches C'est et secs. la Ces imaginés par Molière sont antérieurs à pièce.160 LA LEGENDE DE DON JUAN. savoureuse définition « C'est seur à toutes mains Le développement qui transforme en « le suit. I. ni loup-garou.. cet « un épouun qui ne croit commet des crimes ni dieux effroyables. » Un peu plus loin. se moque de tout. plus capricieux Qu'on puisse voir dessous la calotte des deux: commet partout des crimes effroyables. ni diables ». la a ajouté. scène au cours de laquelle Sganarelle fait de son maître un le portrait dont l'idée première se trouve chez Villiers. valet d'Elvire. pour établir nalité. ni enfer. ne craint ni dieux ni diables. et Sganarelle.

ce myrmidoD : il . des transports tout de flammes. sité les » nous de ses désirs Dans une vibrante péroraison il exalte l'impétuoet de son cœur assez vaste pour contenir toutes la terre. ahuri et épouvanté. de quelques vers de il Villiers et dont platitude égale la sécheresse. d'une phrase de Dorimon.. j'assiège. je fais le languissant. à combattre par des transports. Ecoutons maintenant le héros de Molière il commence par un magnifique éloge de l'inconstance que terminent ces mots « Tout le plaisir de l'amour est dans le changement ». Il analyse : : ensuite sa conception de l'amour extrême à réduire par cent « On goûte une douceur hommages le cœur d'une jeune : beauté. hasarde quelques objections fondées sur la crainte de la vie future. se. Je fais Je fais adroitement mes approches. Des désirs tout brûlants. un enthouun ton presque lyrique. petites résistances qu'elle forcer pied à pied toutes oppose. donner ainsi la beauté dans le piège.. à cette théorie sur pour- suite de la beauté d'où sortira un jour la conception romantique du Donjuanisme. à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait. puis. s'enhardissant.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE Villiers : ». par des larmes l'innocente pudeur d'une et des soupirs. Je jure que je suis plein de fidélité. . Molière a tiré cet s'est élevé ample la superbe développement. Sganarelle. il oppose théorie à théorie et la conviction le rend lui-même éloquent il l'ail la leçon à « ce petit ver de terre. dans Molière c'est siaste qui. fait une éloquente pro- fession de foi.i âme les qui a peine à rendre les armes. ni . loi et dans un monologue de Je sais peindre îles mois el d'un ton innocent Je fais l'extasié. Alors que chez Villiers nous n'avions en face de nous qu'un galant vulgaire qui révèle ses petites ruses pour séduire les belles et se trouve assez vile à court d'inventions. J'atteste tous les Je lui dis dieux sur cette vérité. sur un virtuose qui joue de l'amour. femmes de la Ainsi.. que ses yeux ont fait naître en mon âme (I.

. Ce projet est d'ailleurs retardé par l'arrivée le inopportune de l'épouse trahie. i. mais qu'il les avait sous les yeux n'a toutes deux et s'en inspirait directement. quelques méchants vers de sou aîué le : son Si je vous entends bien. v. à l'imitation de Villiers-. il le fait raconter par un des pêcheurs. les détails souvent saugrenus expriment la naïveté du conteur. se. diables. Et si hommes. d'Elvire. Acte V. . les réflexions plaisantes. mais. iv. Acte IV. On va pouvoir en juger par la comparaison suivante : 1. il un mensonge. aperçoit la paysanne Charlotte. se. 2. 11 a seulement développé le récit très sec de son modèle en une description dont fidèlement la longueur et la gaucherie voulue. n'échappe ensuite à un naufrage que grâce au dévouement de pauvres pécheurs.Molière n'a pas mis ce naufrage sur la scène. Le rapprochement est curieux à faire. Ce récit est à peine terminé que Don Juan l'ail parait. même. lieux de l'un à l'autre bout : ces messieurs-là vous renoncent de I. mais qui. dont rasse par une insolence et par fourbe se débar- Tiré d'affaire. se. vous renoncez à tout : Dieux. à la leçon ' idée que Villiers a fournie à Molière.102 (jiii LA se LEGENDE DE DON JUAN. raillerie mêle de tourner en il tout ce que les hommes à révèrent tour ces menace du châtiment céleste. Où diable aller souper? (Villiers. prend feu et lui aussitôt la cour en des termes imités et parfois même copiés de Dorimon. A l'inverse de la plupart de ses devanciers.) Don Juan ne répond habituelles : il que par une de ses diversions annonce son intention d'enlever une jeune mariée. car il prouve que Molière pas seulement composé sa pièce avec le souvenir encore présent de celles de ses devanciers. cette fois. développant ». reste à l'état de projet.

Ne vous échauffez pas de peur d'être malade. L'idée Molière passe ensuite à Villiers. et mais ici le : Don Juan en présence de deux paysannes à la modèle ne fournit qu'une indication rudimentaire grossière à la scène répugnante de Villiers. et j'aimerais mis êtes de la cour et je suis du village. mais j ai l'honneur en recommandation. monsieur. m). se. vous . Ah: ([ne cette taille esl jolie! CM \ RLOTTE. vous don juan. je ne mus pas pour [vous. il s'amuse de leur querelle qui assaisonne l'aventure de bouffonnerie. je suis fille [d'honneur. J.." : . Le pauvre garçon intervient C'est le souvenir d'un jeu de scène. monsieur. peut avoir 411e par le mariage. t.. dans J . Briguelle. je n'ai point de beauté. se. MOLIERE DON i (II. e1 Holà. L'idée première de cette scène pourrai! bieu ayoir eh' fournie à Molière un libertin y berne par une scène analogue de {"Inconstance punie de Dorimon tour à tour deux paysannes en leur promettant de les épouser. Acle V. 163 in. Min JUAN. que survient Mathurine. ce qui lui vaut un sou filet de Don Juan. fiancé de l'une des paysannes. I AMAR Monsieur. Molière a substitué une amusante comédie jouée par un habile enjôleur aux dépens de naïves victimes A peine a-t-il promis le mariage à Charlotte 1 . me voir morte que de me voir Ou ne me De Dorimon. vois-tu bien la gentille bergère? Sganarelle. IV. Que m-^ \ eux sonl pénét CHARI me rendez toute honteuse. tout beau. SC. Quoique pauvre. Mais ses façons pressantes n'ont pas été du goût du pêcheur Pierrot. \ Vous vous échautfez trop gagner la purésic ! vous pourriez nus u'êtes pas pour moi. Que ta taille est mignonne! Amarante. \ mieux norée. qu'il a déjà dupée par la même promesse Habilement il met les deux femmes aux prises et tandis qu'elles se le disputent comme un coq de village.« liiiN . as-tu rien vu de plus joli . Et je n'écoute point un discours suborneur.' Puis t < >n œil est trop beau cour être si sévère. DON JDAN.11 A X ni" LE FESTIN DK IMEltltK ». Molière a développé celle simple indication en a tiré : un nouil veau trait qui peint le la sécheresse de cœur de son héros Ilots a fail >i du fiancé pécheur même qui a sauvé des don Juan. 1NTK. indiqué par Villiers malencontreusement. lequel Don Juan brutalise le fiancé d'une jeune et fille qu'il enlève. Monsieur. DOIilMiiN (IV. me raillez. •le suis mi'- pauvre paysanne. à qui il prend de mettre fois.

cherche à mettre les paysannes en garde contre sa duplicité. compte du trompeur : Comment ne compreniez-vous à faire Qu'il était Il homme un vol sur vos pas appas? en dit autant à trente comme à vous. Briguelle édifie en ces termes bergère Amarante sur . Acte IV. bien que celui-ci joint l'ingratitude au sans-gène du grand sei- gneur envers procédé : le manant. De la médecine la discussion devient plus générale et Don Juan oppose aux arguments de son valet en faveur d'une Providence un scepticisme ironique et tranchant. elle Don Juan se montrant envers aussi sceptique qu'envers la religion et la morale. vu. Molière le avertissements la de Sganarelle aux paysannes.. Don Juan apparaît au début de vêtu d'un habit de campagne le valet. La scène est un souvenir de Cicoet gnini de Dorimon : au premier. entre le maître et C'est la première attaque de Molière contre cette science. Toutefois le chez Molière troc n'a pas lieu. 2. Cependant. le subterfuge par lequel Sganarelle se lent : ou un subterfuge équivaplai- Passarino feignait d'avoir vu venir son maître et de 1 santer sur son compte . Sganarelle. pour les dépister. Mais Don Juan est resté aux écoutes et il revient assez vite pour plonger le pauvre laquais pris sur le fait dans un cruel embarras.. habit qui sert de prétexte à une discussion sur médecine. là de changer d'habits avec Sganarelle.164 LA LEGENDE DE DON JUAN. C'est une invention commune l'acte III à toutes les versions italiennes et françaises. les le choses se gâtent : Don Juan est avisé il que des imagine hommes armés poursuivent et. mais quand il est temps encore pour les paysannes d'en tirer profit. Sganarelle feint d'avoir voulu parer a pris les aux médisances. il est indigné du son maître parti. lui-même. Chez Molière ces conseils sont donnés non après coup. p. A Dorimon. et Sganarelle déguisé la en médecin. loi et la note. Molière emprunte tire d'affaire. et p. Cf. Sans les autres qu'il a pris {sic) d'assaut pour tout dire 2 . se. 157. . Ce débat entre le libre penseur et t.

de Cyrano. II. dans le développement graduel de son héros.) Il est surtout impie et se réclame de la vie. Le personnage incarne toi croyant est un positivisme foi. se. Il scientifique de mauvais aloi. le libertin rencontrant un pauvre ermite cherche à donner à son scepticisme une démonstration pratique. iv.. d'abord en prouvant la non-existence Mort d'Agrippine. aussi acte V. il Il fonde sur ses volontés son droit à jouir de et établit à ce sujet une du Commandeur qui le presse de se convertir. le meurtrier de îermanicus répond par une profession de 1. se. 165 le ajoute à la profondeur de une des plus originales inventions de Molière. système vague et confus plutôt entrevu que nettement professé. Elle la corruption. en faisant du héros non méchant impulsif. . se. On trouve dans : la aussi a celle de Molière : ( foi sceptique et athée. Cette discussion a une suite naturelle. (Acte V. Leur don Juan n'est pas résolument athée. une scène qui fait songer Séjan y a une controverse religieuse avec son confident Térentius aux avertissements de celui-ci. Molière. s'élève à une hauteur que ses prédécesseurs n'ont pu atteindre. la nature. en lutte contre la mon ne faut sans doute rien chercher de semblable chez Dorini chez Villiers.. celui de Dorimon reconnaît de Dieu : même l'existence . un esclave de sa sensuaun plus simplement lité.) Cf. mais un esprit qui a systématisé sa conduite en la fondant sur une théorie générale de l'Univers. (Acte VI. Je sais bien que ses mains sont les premières causes Des ouvrages qu'on voit. C'est de ce débat aussi peu vraisemblable qu'il est gauchement et lourdement conduit que Molière a tiré l'idée première de la discussion philosophico-religieuse entre Sganavéritable controverse avec l'ombre relle et son maître '. qu'on admire ici-bas. qui l'invite à redouter le chàlinient des dieux. J'aurais peu de raison Si je ne connaissais l'auteur de toutes choses. vin.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». et cependant il y a eu chez eux comme une vision encore obscure de cette transformation de : ils ont essayé de faire Don Juan l'apôtre d'un système.

. encore nous retrouvons. le poursuit Ici pour venger l'honneur de sa sœur. au cours de laquelle le gentilhomme qui doit son criminelle : salut à la l'homme même qui l'a déshonoré. Dans la pièce de Molière sauve son ennemi au lieu de le tuer. i. Don Juan Nous verrons que si cette générosité peut légitimement surprendre en ce moment comme les une faute de composition. Il que la foi ne lient pas devant à l'aire cherche par l'appât dit d'une pièce d'or jurer le pauvre. portant sur et les circonstances. trouve vraisemblablement dans la rencontre de et Don Juan com- avec un ermite chez Villiers qu'en a tiré chez Dorimon il '. sans le connaître. beaucoup plus conforme à son caractère que la lâcheté du Don Juan de Villiers. avec des l'état modifications assez nombreuses. On la voit le parti Molière et comment a su la faire servira piler la peinture de l'athéisme du héros et de est la dégradation morale qui en conséquence. tandis que Scarron la transporta dans Salamanca (Obligés el offensés son Ecolier de Salamanque. el ensuite en établissant l'intérêt. dont avec se la le lien logique précédente ne semble pas avoir été suffisamment aperçu. Elle n'est cependant pas originale. Nous avons que la première indication de cette scène capitale. la de Dieu par misère de ses fidèles. ensuite Don Juan sauve d'une attaque de voleurs le frère même d'Elvire. Cette scène sauvé par d'Elvire. Ennemis. et Thomas Corneille dans ses Illustres I. aussitôt reconnu par un deuxième frère récompensé de ce service l'intervention du premier. le sauve à son tour de fureur de son propre frère. de Rojas offendidos y gorron <!>• : ou l'écolier de Salamanque). d'ailleurs. qui. se. où Boisrobert la prit à son tour pour la mettre dans ses Généreux Ennemis. Il est.166 LA LEGENDE DE DON JUAN. ne se trouve chez aucun des prédéObligados y cesseurs de Molière. Acte III. le des personnes souvenir d'une poursuite analogue dans Dorimon et dans Villiers. malgré rences. L'idée première en est dans une pièce de Fr. il est dramatique. avec la elle n'est nullement contradictoire appa- conduite générale du héros et demeure.

ri La statue répète mouvement île tête dans celui de . L'amitié paternelle encore Elle me domine. se. L'affaire terminée. 1G7 el Au cours de ses querelle qui s'est élevée outre son maître s'est adversaires. dans Cicognini. nue le courant fâcheux du vice où vous trempez. elle dans le texte de Dorimon « Oui •. répond : . le 2. il phénomène surnaturel dont a été le témoin. la rail inviter par son valet. offrir j'ai L'horreur que 1. mutant circonstance Briguelle Philippin il dans une semblable 1 . Vous porte au précipice où déjà vous tombez. Dan- les autres. la statué baisse une première loi. qui. peur vous une main dans ce jour. sur le penchant d'une telle ruine.Molière ne s'écarte guère dans cette scène des versions antérieures tout en suivant 2 de plus près pour les détails celle de Dorimon . Don Juan n'échappe à son créancier que pour rencontrer son père. Dans parle l'acte IV Don Juan. sans vouloir se l'avouer. Seul le début de son discours. sceptique. chez loin Dorimon. par hasard le Don Juan et tombeau du Commandeur rejoint tous deux rencontrent : . idée nouvelle et ingénieuse conforme à son scepticisme. originale et non moins heureuse de et M. Don Juan. Et que. Comme lieu d'inviter valel effrayé revienl vers son maître. va a -on tour renouveler le l'invitation. Nous avons déjà vu que Molière avait emprunté à Dorimon et à Villiers l'idée de cette scène. Ceux-ci ont développé les reproches du père en d'interminables bavardages et ils n'ont pas donné au vieillard sur son fils l'ascendant Une autre invention la Molière est scène entre' Don Juan de l'âge et de la dignité. cherche à se rassurer en imaginant des explications rationnelles. vous vient. chez Dorimon el chez Cicognini. Chez Molière. contient quelques paroles qui font songer de nobles accents de don Louis » : aux Dom Puis-je vous faire voir dans Jouan mes avis seront-ils de raison? le mal qui me blesse De quels maux votre humeur accable ma vieillesse. au lui-même la statue. Sganarelle et prudemment caché. dans le scénario ri dans Villiers. Dimanche.la tète. scène parodiée ensuite suivant le vieux procédé de la comédie italienne par Sganarelle. Acte 11. tourmenté. iv.Molière. le cède à mon amour.« DON JUAN OU LK FESTIN DE PIERRE la .

répondait par des Don Juan. et la rendez si forte Qu'elle chasse aujourd'hui toutes ces passions Qui bannissent de vous les belles actions (I. un père vous l'apporte. Ali. Recevez-la. se. < . prévenir sur duit. saura bien prévenir L'état de mon courroux si et bientôt te punir I. Mais aussi je sais bien que dans cette saison Mi commence ou jamais à chercher la raison Vous no la cherchez pas. mon fils. inspirée des admonestations de (iéronle à Dorante dans le Menteur. une 1. Souvent on ne voit pas approcher sa ruine. mon fils! A quel sort êtes-vous destiné. v). qui repro- on renversant seulement : les termes. Apres celte entrevue une seconde importune pour lui. évitez la tempête. Dans cette scène père garde à son uge et à son caractère. Molière a fait de ces sages et plates exhortations l'éloquente et apostrophe du père blessé dans son atïèction dans son honlils neur. vous n'êtes aveugle au malheur qui s'apprête. juste vengeur.10S Si LA LÉGENDE DE DON JUAN. et que Dorimon et Villiers lui avaient maladroitement enlevée. mais le du genqui sied tilhomme. Aux reproches de son Villiers. \ etc V. m. se. . de Corneille père. 11 se retire après avoir adressé à son (ils cette menace : « Je saurai bien mette une borne à les toi le dérèglements. l . Qui produil trop d'orgueil en ce cœur obstiné Je sais bien qu'en votre âge où la chaleur domine. qu'il termine par une leçon de moralité à l'adresse des de famille corrompus. Son attitude dans Molière est plus conforme à sa qualité fils : il a une impertinence mesurée n'est pas indigne la supériorité qui convient au dénaturé. comme au début. Ce n*esl plus. En suivant mes raisons.o ciel. dans Dorimon et dans insultes et des brutalités d'homme et froide sans naissance ni éducation. v . Don Juan reçoit visite d'Elvire. se. ces deux vers de Dorimon l. courroux du ciel ».

Le silence du héros de dit Molière devant les prières d'Elvire en bien plus long sur la sécheresse de son cœur que les plaisanteries faciles folle. Molière il presque entièrement créé de lui-même l'hypocrisie de a contient le tableau de Don Juan. si triste et si grave. mais seulement quelques-uns des lazzi l'arrivée de la statue ne diffère guère des de l'Arlequinade : versions précédentes. du Don Juan de Dorimon. poursuivi par Amarante. traitant Amarante de et l'appelant ironiquement Lucrèce.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE qui réclame la foi . mais une Elvire atten- drie qui vient tenter auprès de son L'accueil glacé que lui fait Don Juan ' époux une pieuse démarche. s'en ia défend comme il déjà l'ail «Init- pièce de Dorimon. le repas est très abrégé et les discours que le Commandeur empruntés tient dans Dorimon et dans Villiers sont supprimés. suit aussitôt n'a pas conservé les Le souper de Don Juan qui longueurs habituelles. Le dernier acte est le plus original de les la pièce. Molière pièces de trouvé l'idée première de ce trait dans les deux et de Villiers. invité à chanter. D'une part. . celte fois encore. feint de ne pas la reconnaître. vin. qu'elle aime encore assez sauver avec Le texte banal de Dorimon se transforme en une scène dont l'émotion sobre. Ils si n'est vague soit-elle. c'est la prière émouvante. de et la femme trahie qui par- donne pour désirer à à l'homme le qu'elle a aimé elle. qu'entrepas douteux qu'ils voir cet aspect du personnage. il Dorimon sans doute. Ceux-ci n'ont l'ail. ce sont les cris et les protestations ordinaires d'une fille trompée. se. le seul qui l'a n'ait pas son équivalent dans œuvres : antérieures. crite. Molière a simplement retenu et entremêlé quelques détails à ses multiples modèles : c'est ainsi l'a que le valet. Mais la transformation est complète. mais n'aient eu. profonde se mêle une fine observation psychologique. est peut-être un soule venir de cette scène de Dorimon au cours de laquelle trom- peur. la conception d'un Don Juan hypo- n'ont lire de cette idée qu'un faible parti. ils l'ont I. de l'autre. femme indignée jurée. Cependant. Acte IV.

Il y aurait même quelque témé- affirmer qu'elle seule a suffi à inspirer à Molière la pensée d'achever ainsi le portrait de Don Juan. vêtu de l'habit de pèlerin et jouant au saint personnage dit à dom Philippe : Vous savez que les dieux défendent la vengeance. III. Il avait d'autres motifs. Don Juan. Il faut les supplier avec humilité De donner à nos vœux ce qu'ils onl souhaité. a évoqué en Molière la vision d'un Don Juan s'élevant dans le mal bien au-dessus de tous pateline et ses aînés.n0 LA LÉGENDE DE DON JUAN.il de Don Juan ainsi transformé. de charger de la sorte le personnage. C'est dans quelques vers assez significatifs pour être retenus qu'il est allé Tartuffe à la prendre ces traits les plus originaux et les plus vigoureux de la physionomie de son héros. mais il a trouvé dans Villiers l'idée : évocatrice à laquelle les les pièces autres raisons se sont juxtaposées qu'il avait rencontrant dans si sous les yeux.. et qu'il imitait de et près. à quelle virtuosité pouvait atteindre. Ils n'ont pas soupçonné l'ampleur que pouvait prendre le caractère pervers. V. substi- tuant la perversité d'autant plus dangereuse de méchanceté ouverte du grand seigneur. libertin un indiquée en passant. personnels et généraux. celte scène n'annonce pas encore comédien habile qui trompe l'ingénuité de son père et se pare du masque de la religion pour se refuser à toute réparation d'honneur envers Elvire rité à et ses frères. Mais ce détail sans valeur apparente. c'est en a tiré en effet. dans celte dernière partie de sa pièce la que Molière s'est le plus écarté de tradition et qu'il a le plus . (Vill'iers. simplement pour fournir au moyen criminel de se débarrasser d'un adversaire gênant. parti qu'il pouvait en tirer et qu'il a vu aussitôt Quoi qu'il en soit. Mais pour en obtenir une entière assistance. se. l'indication si d'un élémenl jusqu'alors négligé qui convenait il bien aux le besoins de sa polémique contre les dévots. Certes. Il le masque avec s'empare ensuite de l'épée déposée par son ennemi et jette la brutalité de Tartuiïe mettant Orgon hors de le sa propre maison. qu'un autre eût négligé.

ce qu'ils avaient placé au quatrième Villiers 3 et cela sans que quatrième ce qu'ils avaient mis au premier mier acte ce qui 1 . prenant tantôt à l'un. ni arbitraires. tantôt à l'autre. Apres une scène — originale qui vienl auss j — où l'on voit apparaître un spectre voilé donner au coupable un dernier avertissement. On dirait une succession de tableaux doul l'ordre pourrait sans inconvénient être interverti. mettant au pre- au deuxième dans Dorimon et dans 2 au au second. l'Acte I le portrait de Don Juan esl à l'Acte 11 dans Dorimon et dans Villiers. réunies par une dépendance nécessaire. dont la place régulière est dans la dernière partie pièce où elle termine les aventures du héros? Et en dehors même de ces modifications. était . L'entrevue de Don Juan ri de son père. d'ailleurs mariée? Pourquoi avoir avancé au troisième acte la rencontre — — avec de la la statue. elles sont amenées l'une par l'autre. transposés comme un composé et assez empruntés à quatre sources. . '>. Certains 1. dans Molière. A raît n'en regarder que la trame. 171 ajouté aux œuvres antérieures. le développement naturel justifiât et logique de la pièce exigeât. L'auteur a l'air d'avoir écrit son œuvre en feuilletant ses modèles. à 2. . la négligence: Rarement. même toujours ces changements Pour simquelle raison a-t-il avancé au premier acte l'aventure jeune d'une de Don Juan et plement mise en récit. combien l'agence- ment des scènes entre elles trahit la hâte.« DON JUAN 00 LE FESTIN DE PIERRE . amalgamés sans hâtivement éviter l'accusation de plagiat par souvent sans autre motif que de sembler vouloir un bouleversement arbitraire des divers incidents de l'intrigue. I.a scène avec les paj sannes. sans lui accorder le nouveau délai d'un second repas. la statue entraîne rapidement Don Juan. Par exemple. changeant la place des scènes. subordonnées au développement normal des événements. ainsi le Don Juan de Molière appahétérogène d'éléments unité.

si bien que la -cuir scène où il se montre sympathique suit immédiatement Carlos au el sans nécessité logique celle-là et plus même ne l'a où il est apparu plus répugnant méprisable qu'il jamais été. que la Don Juan joue il l'hypocrisie suc- cède immédiatement à celle où la vient de recevoir à sa table du Commandeur qui l'a quitté sur une parole de menace.el de morceaux mal rapportés. mais ce n'est pas au moment où Dieu s'est manistatue festé à lui sous une apparence sensible qu'il : peut s'amuser à c'est vouloir être parodier le ton et les gestes d'un croyant sciemment la dupe de son propre jeu. se même suivent dans un tel désordre que : la pièce a l'air d'avoir été écrite sans plan préconçu Don Juan sauve Don moment même où il vient de faire avec un pauvre une rencontre humiliante pour son amour-propre. par exemple. comment Don Juan y est arrivé et ce qu'il y fait. au troisième. Il se trouve. ou Don Juan effrayé doit se convertir. Par quel motif bizarre l'entrevue bouffonne avec M. on ignore lequel. ou par amour-propre et endurcissement persister dans son attitude. par des circonstances nouvelles la forçant à une démarche qui reste sans effet sur l'évolution de la pièce. les événements s'y passent en un temps indéterminé et dans des lieux fort divers la scène est en Sicile. d'abord dans un palais. C'est le reproche capital que tion du Festin de Pierre chacune est : la Ton peut adresser à la composimarche de la pièce ne suit pas une soli- progression régulière. Au second acte on est dans une campagne il au bord de la mer.172 LA LEGENDE DE DON JUAN. faite de pièce. Dimanche suc- cède-t-elle à la rencontre avec la statue et est-elle suivie elle- même faire de la scène entre Don Juan et son père? Elvire revient auprès de son époux une seconde tentative de conversion sans y être amenée par une nécessité extérieure résultant de la marche des événements. La pièce n'est pas seulement incohérente. les diverses parties n'en sont pas daire-: indépendante de scène où la précédente. Il serait plus vraisem: blable que ce palais fût une hôtellerie où Don Juan aurait fui la poursuite d'Elvire. En bonne logique. dans une forêt où est assez .

Elle déroute. la comédie drame religieux. oscillant des lourdes plaisanteries et du jargon de Pierrot aux graves admonestations de don Louis. comédie de mœurs. dans ce mélange hétérogène où se mêlent différentes la doses comédie bouffe. 17:} mausolée du Commandeur. Dorimon et Villiers à leur Italie. à Cependant. des loureux reproches d'une épouse. tantôt pamphlet social dans des hypocrites. d'un spectre de femme voilée très de l'image du Temps armé de drame la humain la satire clans l'abandon d'Elvire. la statue. hâte. la Mais ce qui est plus grave que cette indécision dans texturede l'œuvre.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE le ». Son Don Juan demeure un mystère religieux avec sa faux. qui donne la . Dans la de sa composition Molière n'a pas choisi nettement entre ces différents caractères. tantôt l'inter- mélange un peu confus vention surnaturelle de et : ici bouffonnerie avec les facéties de là Sganarelle et de La Violette. puis un spectre finalement statue. Molière n'a pas su dépouiller lui pièce des oripeaux bariolés qu'elle apportait du dehors ni donner une allure déterminée. c'est le con- caractère disparate qu'elle a conservé elle était très franchement une impression unique. En Italie c'est cet élément qui domine. sans qu'on puisse comprendre par quelle suite de cir- constances ces divers personnages se sont donné rendez-vous dans un tel endroit. Au cinquième acte nous sommes de nouveau sou- dainement transportés à la campagne : Don Juan et y rencontre la son père. de son passage en religieuse. très vive et que n'affaiblissait pas un très discret élément comique. trop d'éléments contraires entrent dans sa composition et n'ont pas été démêlés. vient relancer singulier de rencontrer son époux. lazzi d'un laquais aux doucela tout en désordre. puis don Carlos. Le quatrième acte se passe dans l'appartement de Don Juan où Elvire. il En Espagne s'en dégageait tour ont donné à rapidité la pièce une allure parfois tragique. une chose domine. le de caractère. en Sganarelle empiffrant un morceau que alors l'on que la prière d'Elvire retentit encore la coulisse aux oreilles cl entend déjà dan- résonner les pas du Commandeur. informée on ne sait trop comment de son retour.

174 LA LEGENDE DE DON JUAN. : à l'œuvre sa véritable unité C'esl c'est le sentiment de la réalité. le Ternigué! J'aime mieux voir crevée que de : te voir à Encore que la gaucherie de ce ton et de ces allures ne soient pas chose absolument nouvelle sur notre théâtre. La tentative de violence sur du I. leurs leurs observations étonnées. les il y a là une recherche de poète espagnol la couleur locale dont. . si je sis madame. l'ensemble modifications apportées par Molière. notamment dans son Pédant joué 1 ait déjà fait parler les vil. et dans les consolations de l'infidèle « Va. par là que Molière diffère vraiment de ses devanciers et que dans son imitation il reste original. les développements. peu sensible. Acte II. du cru gaulois avec leur patois incorrect. ties Il ne faut pas voir de simples facé- destinées au parterre dans les niches et les taloches dont : Pierrot assaisonne l'amour. on s'apercevra davantage que tous ces changements tendent à donner à l'œuvre eette vérité si complètement absente la fille des comédies italiennes. l'on étudie les suppressions. et s'il a conservé certains détails boutions peu en har- monie avec l'ensemble. S"il n'a pas suffisamment échappé à l'influence de Cicognini et du scénario italien. — Acte V. scènes u el ni. dans sa façon d'exprimer sa jalousie « un autre ». et si il mettait des gongorismes dans la bouche de d'Aminta. ces détails ont été assez considérablement réduits pour que la note comique soit. lageois comme on parle au village. Cicognigni. que Cyrano. somme toute. Les pitreries du Zanni ont été remplacées par les réflexions de Sganarelle. deviennent des paysans allures gauches. ne te mets point en peine. Les bergers et les bergères de pastorale qui font des de jolies préciosités. scènes vin et ix. les Dorimon le et les Villiers lui- ne s'étaient guère plus préoccupés que même quand Tisbea Mais. les des substitutions. dont le bon sens un peu vulgaire et les raisonnements naïfs expriment rondes et distillent si fidèlement L'âme d'un homme du peuple. — C'esl a la même pièce que Molière a emprunté une scène fameuse des Fourberies de Scapin. je te ferai gagner queuque chose et tu apporteras du beurre et du fromage cheux nous ». va.

mais une époque antérieure. il pour accepter ce merveilleux de coin cul ion. elles sont la Pastorale ont été également sup- primées. On était en plein mystère ou en pleine féerie. un brusque changement dans la tonalité de fin l'œuvre. l'assassinat de dom Philippe. si impor- développée encore dans ici les pièces italiennes et les imitations françaises. essentielle Burlador. le mais la qui n'était plus pièce. après quelques paroles très cette partie fantas- brèves de statue et de la Don Juan. et l'on est gêné par cette cère. Molière faire bien senti la chose que. n'est plus extérieur au qu'un élément accessoire. de s'il l'avait osé et s'il compromettre le succès de sa pièce par Il la disparition des scènes qui plaisaient le plus à la foule. Toute dans le magorique de tante et si fable. ces amours romanesques qui sentent sées. Le dénouement merveilleux était la conséquence logique de l'ensemble des événements. mais elle ne reste plus guère sur la scène. nous ne cessons d'être en pleine réalité jusqu'au Il se produit alors moment où la statue s'anime. l'enlèvement miraculeux du libertin se fait rapidement. mort de celui-ci. ces équipées sanglantes et mélo- dramatiques qui rappellent le théâtre de cap et d'épée ont disparu. le deuxième repas est supprimé. conventionnelle. L'intrigue de dom Philippe et d'Amarille. [75 commandeur. ce faisant. donc conservé l'intervention de la statue. ces attentats. le a premier est très court. on sent bien que Molière l'aurait supprimé n'avait risqué. ces enlèvements. l'a rendu . peu sin- que la tradition imposait encore. drame pièces et sans lien naturel avec les autres événe- ments. Chez Molière. L'interven- en harmonie avec tion finale de la caractère nouveau de statue semble même a si d'autant plus invraisem- blable «pie le à Commandeur n'a pas été tué sous uns yeux. Dans on les antérieures ces péripéties surnaturelles : n'étaient pas en contradiction avec les autres parties se sentait enveloppé dès le du drame atmosphère début dans une supra- terrestre. L'élé- ment surnaturel est réduit aux plus étroites proportions. Les diverses scènes avec les paysans ont été conden- devenues plus naturelles et plus vraies. la sans discours.o DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE la . au contraire.

Dieu lui-même est discuté et auda- . pour avoir moins devenue entre les mains pas n'en est une origine divine. rétablissant occasion par le miracle l'harmonie momentanément troublée a 1 dans le monde moral. aimant encore celui qui l'a déshonorée. une présentée nous voyons en elle source d'erreurs vérités. La religion prend dans sa pièce une nouvelle forme. La scène du pauvre. parce qu'il est celui par qui elle a eu la révélation de l'amour. peut-être toutes les victimes même. elle a été précédée d'une femme voilée. elle n'apparaît plus seulement comme un phénomène merveilleux qui échappe à foule. et œuvres précédentes ne ce n'est pas là une des moindres innovations de Molière. ou qui. en même temps un moyen commode d'exploiter la crédulité humaine. emprunté non plus à l'imagi: nation mais à vie c'est l'histoire éternelle de la femme séduite. toutes choses tellement transformées qu'on peut à bon droit les déclarer originales. nul ne songe à mettre en doute ses pro- cédés. fausse dévotion du héros. Dod Juan. qu'un des hommes. instrument de moralisation. sens de l'allégorie et annoncer la mort de du libertin. Juan et les la discussions philosophiques de Don de Sganarelle. symbolise pour préciser le Le Temps. Dieu est une puissance fantastique agissant au-dessus et en dehors des lois naturelles. la raison et s'adresse à l'imagination naïve de la C'est sous son : aspect le plus humain qu'elle nous est une institution qui. la suit. Ce n'est pas L'intrigue de Don Juan réalité la et d'Elvire introduit dans la fable un drame d'une douloureuse. et de maux non moins que de biens et de Dans le Burlador. avec sa faux. fantôme qui représente -ans doute Elvire. c'est aussi par les éléments qu'il y a ajoutés. abandonnée. : allégorique quand la statue apparaît pour entraîner le coupable aux enfers. seulement par ces suppressions et ces modifications importantes que Molière a transformé complètement le -eus de la légende. à contester son pouvoir et l'authenticité des dogmes qui rétablissent. Chez Molière. ont pour résultat de faire entrer à son tour dans la réalité l'élément religieux qui dans les sortait pas du domaine surnaturel.176 LA LÉGENDE DE DON JUAN.

pressé de : dupant ses créanciers. pauvre hère complaisanl merci. on a cette même impression de vérité se substituant à la fantaisie que l'on se rappelle la charge devenue célèbre et : tant de fois renouvelée. au second bourgeois crédule bien au-dessous. que pour permettre à marquer de nouveaux traits le caractère du héros. Dimanche. de leurs imitations. 177 cieusement nié. à disparaître pour faire place à turels. Mais c'esl dans caractère de don Juan qu'apparaîl surtout fable vers cette évolul ion de la la une représentation plus exacte de el réalité. et de rattacher celui-ci à un milieu social contemporain. surnaLe procédé est général tendent romanesques. de Philippin déroulant sur nable liste la scène et lançant jusqu'au parterre l'intermi- des victimes de don Juan. que l'on tond à l'homme du peuple. tous les éléments. ce détail burlesque dis- parait pour la première fois et se transforme en un sage avertissement donné par Sganarelle aux trop crédules paysannes. tandis que la peinture de et mœurs est absente de- comédies italiennes société y figurent et exploiteur. Elle nous montre gentilhomme aux dettes. de M. et prises avec des embarras d'argent. A une dont facétie de tréteaux est substitué l'acte d'un brave le homme. concourt au même résultat elle nous révèle L'entrevue de et : Don Juan un nouveau coin de cette réalité à travers laquelle la pièce le nous promène. elle tient la première place dans la pièce de Molière.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE il ». de Briguelle. dont on prend la femme et que l'on le remercie à coups de bAton. Le monstre difforme sans nuances de Dorimon 12 el . imaginée tout entière par Molière. une peinture plus fidèle de la vie. seul défaut est d'être trop timoré. le le grand seigneur égoïste et exploité. dans les moindres actions et les moindres paroles des différents personnages. boulions. de Passarino. Les différentes classes de la : au premier rang. et. De même. l'auteur de intervient la vieille moins pour punir le vice comnir le Deus ex machina de comédie. au monde de ces incrédules et de ces libres penseurs en rupture de ban avec la morale et avec la religion que le xvn° siècle a appelés les- Libertins. Si l'on pénètre dans les détails.

la contrainte. Ce délateur de femmes. Cette vérité de certains la figure. ici il n'est pas un détail nouveau qui ne varie l'expression sans rien enlever à l'unité de l'ensemble. beau. Il faut pour le pénétrer l'observer de près. de Villiers devient un gentilhomme du \vn" siècle. elle semble réserver quelque chose. celle-ci ne se les lignes et pas entière. chap. Louis Don Juan est tière et l Michelet v.178 LA LÉGENDE DE DON JUAN. attirant et repoussanl à la fois. ce « Don Juan espion » si fâcheusement mêlé en 1662 au complot malpropre qui avait pour but de discréditer Madame et de perdre La Vallière dans les faveurs du contradictoires. que du dehors n'expriment pas. un des plus marquis de cru reconnaître en Don Juan le fameux parmi ces grands seigneurs libertins dont la cour foisonnait aux environs de 1660. Don Juan. impatient de toute la vie. intelligent. c'est-à-dire intérieure. l'absence de cohésion entre les si différentes parties n'apparaissent plus l'on isole don Juan des le incidents de l'intrigue. livre le analyser les détails successifs des traits qui l'inverse des portraits antérieurs faisait composent. âpre à jouir de les sacrifiant méprisant ses semblables et sans scrupules à satisfaction de ses instincts égoïstes. . Comme toute physionomie vraiment vivante. dont la complexité a pu paraître à si saisissante que Michelet a individuel. On voit alors que l'unité de l'œuvre n'est pas dans sa structure extérieure. Wi et la Révocation de VEdit de Nantes. un mystère qui inquiète déconcerte. L'incohérence que l'on observe quand on suit la trame de la pièce. est au contraire ont voulu y voir » Roi. mais qu'elle est dans déve- loppement du caractère. portrait un beaucoup Vardes. A où chaque trait surajouté ne qu'empâter davantage la physionomie. brave. eut une fin basse et aussi misérable que celle du vrai Histoire de France. d'abord embastillé et exilé ensuite aussi vingt ans dans les marais d'Aigues-Mortes. mélange de séduction et de vice. peint sous ses différents aspects.

vergleichende Li^ter^itargeschichte. Lionne ou Retz.un qui les épousa secrètement ne grande Mademoiselle. ni même que Michelet. cet extraordinaire Henri de Guise sur le compte duquel nous aurons tantôt l'occasion de revenir. On ne saurait pas plus assimiler Don Juan à Vardes. donne l'exemple du libertinage. de l'adresse. puisqu'on a prétendu chez ses contemporains. 1896. les mêmes traits ou d'autres analogues font songer et à toute à ('. Si. p. le décisif établissant que l'original de Don Juan soit chevalier de Lorraine. diction dire. s 1 - el suiv. 179 courageuse. communs à don Juan et à un seul personnage contemporain. ce «jeune et hardi » débauché qui. D'autres veulent que le modèle qui aurait servi au pinceau de Molière soit le comte de ('. aimait les les petites tours de chai étail impie.niche. Zeidler le croit au contraire trouver cet original dans chevalier de Lor- raine. dans le caractère de Don Juan. p. Sainte-Beuve Les voit plutôt dans Lionne el dans Retz 2 . parce que ce dernier « avait de la braet voure. au dire de Mme de La l'a vol te. à commencer par le Roi. plusieurs traits rappellent Vardes. '_'. t. 193 el suiv. Port-Royal. Don Juan serait plutôt ce brave et brillant la duc de Lau/. Sainte-Beuve. ni Zeidler n'ont apporté d'argument Vardes. « ne trouva rien de plus beau que de tout hasarder » pour compromettre Henriette d'Orléans.niche. Zeitschrifl fiir l. faudrait trouver quelques traits suffisam- ment significatifs. . A vrai elles ni Sainte-Beuve.* DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE 1 ». à Henri de Lorraine une légion de gentilshommes du même monde et du il même temps. Un critique allemand. Ce que les Mémoires nous apprennent d'eux ne convient ni plus ni moins au héros de Molière que ce qu'ils nous révèlent de maint autre. de l'agrément. traits les Ces attributions diverses prouvent que du héros retrouver manquent pas de vérité. Pour d'autres encore. IX. le montrent aussi par leur contramodèle n'est nullement identifié. Pour rendre vraisemblable une assimilation. originaux «lu portrait. M. III. noirceurs » qu'à Bussy parce qu'il ou à I. Arguer de l'immoralité notoire d'un grand seigneur pour voir en lui le modèle de Molière ne signifie rien à une époque où tout le monde à la cour.

des écoliers ne sont pas condisciples.180 LA LÉGENDE DE DON JUAN. se brouilla avec son ancien pro- tégé et écrivit môme il contre les spectacles. Cette lettre présente foi dans laquelle la avec profession de que Don Juan fait à son père. le et l'on aura môme un prince du sang royal qui se dissimulerait sous le pseudonyme de Don Juan. me paraissent sans valeur. Le nom de cet original du portrait surprendra sans doute au premier abord. De quelque nom seigneurs ont les tous des qu'ils s'appellent. dans un article du M. ces traits précis de ressemblance qui doivent permettre enfin une identification incontestable. Ce serait en effet Les motifs donnés par thèse sont les suivants le il : le critique allemand en faveur de sa Molière avait été au Collège de Clermont camarade du prince. Schweitzer estime avoir rencontré. une telle ressemblance que M. lui Henri de Guise parce qu'un mariage ne coûtait pas plus qu'une conversion. und seine Bûhne. Molière n'a eu. il puis. ces grands mômes et le la vices et les mêmes qualités. Armand de Conti. '. Ce modèle serait le propre frère du grand Condé. en réa- rang que peu de relations avec Conti dont le séparaient et le W'rl'. Ils sont Don Juan. quelque peine à reconnaître. — Molière im Elternhaus und in der Schule (mai 1880. 11 faut donc en finir une bonne fois avec cette légende de la camaraderie du prince et du comédien. et Molière serait allé prendre jusque sur les marches du trône le modèle dont la cour lui offrait de si nombreux exemplaires. Ces raisons lité. Le prince était né en sept ans d'intervalle. Schweitzer cite une et lettre extraite de sa correspondance avec l'abbé de Ciron parle de sa conversion. Molière p. Je reviendrai tout à l'heure l. celui-ci reçut ensuite le comédien quand séjourna en Languedoc dans sa tournée à travers la France. entre Don Juan et un personnage auquel nul n'avait songé jusqu'ici. gouverneur de Guyenne. 133 et suiv. fois Cependant.K Molière en Wr2~2. héros ressemble également à tous. Schweitzer y voit le modèle dont Molière se serait servi. . pour Molière-Muséum première en 1880. se convertit. A et l'âge. après sa fausse conversion. M.). soudain.

Le savant critique montre d'abord certain qui unit le lien Don Juan à la Tartuffe et la place que tien- nent ces deux pièces dans vie et dans l'œuvre de Molière. sur une seule tôte. symbolisant tout le parti. n'y a plus dans la lettre du prince ni dans les paroles de Don Juan. p. Mélanges de littérature et d'histoire. sur celle d'un homme contre qui manifestement nombreux. en serait arrivé à ne plus voir chez les Dévots que des niais comme Orgon. Que vaut alors ce rapprochement? Cependant. l'avantage de reposer sur . Je dois I.i — une argumentation documentée. Elle a. il les désordres antérieurs rien de par une conduite édifiante. 181 avoir pour la lettre sur leurs rapports en Guyenne el les conséquences qu'ils purent le sujet qui nous occupe. 1904. dans ses mélanges de littérature d'ajouter et d'histoire \ M. intervention de Dieu qui a remis l'égaré dans le droit chemin. Les rancunes de Molière se seraient ainsi amassées anonyme. séduisante surtoul par son originalité. le tout suivi d'actions de grâce rendues à la bonté céleste et d'un convertit après une vie d'égarements engagement à réparer Or. Armand Colin. . Gazier m'a pas convaincu.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». tout récemment. déclarer que ces pages sur les sources du Don Juan de Molière étaienl déjà écrites paru. Le rapprochement entre de Conli el le discours de Don Juan ne prouve : rien. ou des comme Tartufïe. du moins. apercevant partout des ennemis de son génie. la Elle vaiii qu'on s'y arrête et qu'on discute de près. serrée. Cette ven- elle geance n'aurait plus été seulement collective et aurait pris comme objet une personnalité en vue. il redoubla dans Don fois. Toute personne qui se regrets de l'existence donne à peu près les mômes raisons passée. Molière Il tombait dans hypocrites le délire de la persécution. Est-il besoin que Molière n'avait pas sous les yeux la correspondance de Conti avec le Père de Giron lorsqu'il écrivait sa pièce. Gazier a repris la môme thèse en l'appuyant sur de nouveaux arguments. ses griefs devaient être plus particulièrement vifs et I 28. n'ayant abouti qu'à faire Le premier coup porté contre eux interdire sa pièce. sur les autres. sa Juan en modifiant quelque peu sa tactique. lui Exaspéré par la violence des attaques déchaînées contre et depuis Y Étale des femmes par les difficultés qui lui étaient suscitées. Sa démonstration ue depuis longtemps lorsque l'article de M.

prochables : ses mœurs étaient loin d'être irré- il avait des detles. Et dans l'intervalle non seulement .Molière cessa de le protéger. à la quoique marié. elles sont dans une certaine mesure. choix qu'aurait à l'étal Mais. S'il lui fallait quelqu'un pour satisfaire sa vengeance. et c'est première objection que il me semble soulever l'opinion de M. mais il s'était suscité bien d'autres inimitiés et avaiteuà lutter contre bien d'autres adversaires. n'apparaît pas que Conti méritât celte animosité. comme elle l'avait fait jusqu'alors. toute raison de rancune mise de côté. il faut . Sans doute. Gazier. Molière n'a eu à se plaindre de son ancien protecteur. n'est pas bien grave. jamais. la conversion de Conti avait été sincère. l'avouer. ici la Or. y a loin de à « l'épouseur et toutes mains au séducteur qui trompe pay- sannes grandes dames. Conti ne justifie pas suffisamment par sa personne le fait Molière. et entretenait. une réponse à ces deux pièces. enlève de jeunes mariées et force la barrière des cloîtres pour y arracher à Dieu la femme qu'il désire. Ce prince contrefait. Si forte donc que fût la rancune de Molière. il la femme là d'un président à cour de Bordeaux! Mais ». que nous le sachions. Nul ne pouvait en douter et il n'y avait aucune raison pour qu'elle ne le lui pas. Les attaques de celui-ci contre la comédie et et les comé- diens sont postérieurs à Tartuffe et à Don Juan. plus agressifs et plus dangereux. n'évoque guère l'image du brillant cavalier auquel ne résiste aucune femme. il est peu admissible qu'à huit années de distance elle ne fût pas encore éteinte.">7 il défendit à sa troupe de porter son nom. sauf en cette circonstance. et en Hi. certes des il devait trouver dans la cabale contre ÏÉcole le femmes était et contre Tartuffe plus d'un ennemi envers qui sa haine encore toute chaude. destiné d'abord ecclésiastique.J82 LA LÉGENDE DE DON JUAN. Ce prince . le prince quiavail d'abord l'ail bon accueil à . Sans doute après une conversion aussi retentissante que subite. les de même que sermons de Bourdaloue sur « l'hypocrisie » et sur « les divertissements du inonde ». Molière avait réparé le sion dommage qu'avait pu lui causer la déci- du prince. c'est un dommage négatif que le prince a porté aux comédiens et. Le mal. A l'inverse de celle de Don Juan et de bien d'autres.

provoqué maint pareille entreprise auraient soupa du malveillant hbelle. nous qui n'avons plus modèle» Ce modèle.-.que.1 adieu.enta. . L'intérêt de Don Jnan. auc. n eut était tel que Molière.en contre son prepour qu .1 au eontra. iiusi rien n'établit que Molière el ait voulu se venger de ConU c< . Aucun *eta lesspee sur et sur la eoméd« . -1 des princes du sang de. et n'a vu pr. lui-même ne ses çonné une semblable intention.. tendons-nous y reconnattre le jamms osé e avec toute sa témérité. comn. esl mamgêne. pas même l'auteur pas Conti. . aucun au rapprochement. si du comed. 1 personnage la qualité du fait pour Don Juan. non seulement mais les griefs mier protecteur étaient assez v eût prescription. personne. auprès d» Roi. . Conti avait beau. r. pères de par se soit cru cancature qu'il u'autorise à supposer personne au xv. earacter. gouverneur de Un sonne ni à jouer l'hypocrisie. n'avait intérêt à homme de son rang nava. p__i: en composant do» Juan.ns de Mol.al de Don rétention de Molière. n'être portraiturer.nt et alors fureur.e..gu. Sfilava. ea.ens m „. . . fi n Le. Oaz. 011 l compare Don Juan à son prétendu des trou ve entre eux que l'on ~»^»|£% mode Certes.re. du sang. des audaces. lui-même n'y échappa po. il ait songé à faire d une audace visé. portraits dont la M ïéglise sentences de. lor. s.st. Molière possible qu en plus. en la plus en L665. des contemporains n'a songé si vrai qu'aucun assez à chercher et au malignité publique s'amusait 1 . des peintures indmduelles. sous les yeux que leiportra.1 légers et assez.. tout.„ DE PIERRE DON JUAN OU LE FESTIN ».1 «r*» reconnu dans Don Juan. tromper perprovince. . au aire.re. lire à Mohè e b. la personne eux à en d'attenter permis comédien ne se fût point sa. Quelle que fût la perfidie des inte po. siècle n'a Mohen S .ère. Là. " mol dans son . ..en Louis XIV avait beau per . soupçonné ^intéressé lui-même. dans Cont.nl entre assimilation possible sur ce pouvait y avoir aueune l le s à'se prince et son héros. la uo majesté royale.. Juan. tend éprouver .i un Il est même Pa fort justement constaté. la des besoin à inventer les originaux M. Et cela est trait commun raies vagues. Or.

vivant il comme eux. Jourdain de simples vidualités. au caractère uni- forme qu'ils ne se différencient guère les uns des autres. a des traits qui se retrouvent chez Vardes. dans Alceste. les différencient particularisent. Le héros de Molière ne ressemble à aucun en particulier. ayant leur morale et leurs et : embrasse chacun dans sa vaste large personnalité. On l'amoindrirait en voyant en lui non pas S'il le représen- tant d'une espèce. et non pas ceux qui. c'est non seulement restreindre leur : signification et et les leur valeur représentative turer. le y aurait quelque intérêt à chercher dans l'inspirer. mais une figure individuelle. quand nous ne possédons pas la preuve certaine qu'un écrivain a voulu peindre une personnalité déterminée. Si la malignité publique a vite réels fait de découvrir ou d'inventer les modèles ou imaginaires dont l'auteur dramatique a pu s'inspirer. c'est qu'appartenant au même idées. mais à tous en général. nous devons conserver une prudente réserve. les Don Juan composent au si xvn e siècle en France une classe véritable. nous aurons peut-être l'occasion d'en signaler plus d'un. c'est les il méconnaître Tartuffe et déna- Sans doute. En général. Si sou Don Juan avait été au XVIIe siècle un individu isolé. lui Molière reproduisait des traits qu'il avait notés autour de dans lui Tel détail qui l'avait frappé était reproduit par parce qu'il lui semblait caractéristique d'un état général. si la société n'en avait il pas ofl'ert d'innombrables modèles. no pouvait avoir une semblable intention. quand la réalité. le : le critique doit résister à ce même entraînement auquel vérité et de précision pousse un désir d'ailleurs légitime de l'une et l'autre peuvent s'exclure. peignait Don Juan.484 qu'il LA LEGENDE DE DON JUAN. Mais il ne faut pas oublier que tous ces personnages sont con- . milieu contemporain l'original qui aurait pu le Mais ce n'est pas cas. chez Guiche. milieu. les Il réunit les caractères communs à tous ceux qui groupent et les dans un même genre. Ces traits-là. chez Bussy et dans beaucoup d'autres gentilshommes. dans M. Voir indi- dans Tartuffe. quand aucun des contemporains n'a soupçonné semblable intention. quand quelques vagues traits de ressemblance semblent auto- riser un rapprochement.

ni Matha. sont formés d'éléments empruntés à une foule innombrable Harpagon n'est pas un avare. de voir en lui le modèle auquel aurait songé Molière. Jansénistes et môme la Philosophie de Heur Mondes.l'ai consulté aussi ave. en étudiant la vie d'Armand de Guiche. et. Grousset. si déhanche. poursuivant mon enquête.iii . cet arrièrescrupules. peinture sociale que pour caractère du héros cours d'une visite faite 1. On On trouvera plus bas l'indication des textes originaux que j'ai utilisés. préà eux. chez. III. pas un libertin il est à certains égards le libertinage même Aussi faut-il rappeler ce qu'a été le milieu des libertins. si dénué de même temps. il me parut que Molière avait dû plutôt se proposer de peindre cet inlassable épouseur. Philosophie de bre 1888). mais quand. — — Paul Janet.es Libertins en France au au livre de Perrens : /. pourrait m'objecter que ce tableau du Libertinage comprend une période . si follement brave. J'avoue que moi-même.la l'iuil : Sainte-Beuve. l" aoùl 1890). le ciser dans quelle n'est mesure Don Juan se rattache pas moins nécessaire pour comprendre et Cet examen sens delà pièce de Molière pénétrer le son importance comme 2 . 1 ^ i i cl siècle Léon Mailley. Paris. 18b : temporains d'un Age qui va produire vivants qu'ils soient. 15 mars Cartésiens [Revue des Deux Mondes. 15 novemMolière {Revue des —Le : Molière (même revue. et Don Juan : n'est ni Conti. ni Lionne. et anonyme Tartuffe n'est pas un hypocrite. c'est l'avarice.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE les ». « : . p. 1881). Cependant je voulus éclairer davantage ma conviction et je continuai ma promenade à travers celte longue paierie de figures séduisantes et perverse. I" aoûl 1891). puis ceux de mais aucune ne me présenta En toutes je retrouvai l'image de Don Juan : quelques plus personnels "t plus particuliers qui m'eussent autorisé a me parut alors que lous avaient pose sous les yeux du il Choisir entre elles laquelle maître et qu'il n'avilit point spécialisé son choix. e Pour celle question du Libertinage en France au xvn siècle. t. j'en fus arrivé aux aventures d'Henri de Guise. j'eus la même pensée. ils ils héros de Racine si sont surtout des abstractions animées. en parcourant ces salles. Plus tard. à l'élude inachevée de Grousset (Œuvres posthumes de \l //" /. . je renvoie traits : 2. IS'. il y a quelques années. en petit lils de la belle Corisande.'. ni Vardes. je Tus tenté. p. car n'est 1 . Ce fut la conclusion à je m'arrêtai et à laquelle je m'arrête aujourd'hui encore. la Brunetière. 303. ni il Manicamp il : est tous ceux-là à la : fois et bien d'autres encore. Port-Royal. Philosophie de Bossuet (même revue.qui Versailles. peuplaient entre 1651 et 1G70 les salons du Louvre. au en Bourgogne au château du caustique et médisant auteur de VHistoire amoureuse des Gaules. Imites pleines encore des portraits de ses nombreuses amies. mais l'hypocrisie.

I — r [vent 7. la î'i" lettre. sur Pascal. Doctrine curieuse des Beaux Esprits de ce siècle (1623). Sermon Sur i VHypocrisie (1691). </' 1. i. pose pas ici une étude complète du Libertinage. le même grand seigneur méchant bomme athéisme. ::. | 1666). passim. les actes ne diffèrent guère.a Vérité des sciences contre les Sceptiques et !<. Bourdaloue 7 . que je ne me proJe dois ajouter. les premières années du wir lard. la correspondance de Guy-Patin. (1662). .i. L'objecs le tion n'a pas de valeur quand on regarde de pics les faits el 1rs hom portrait de Garasse ne diffère que par la lourdeur et la grossièreté des trails : des esquisses que tracera Bossuet. n'est pas le libertin qu'avait stigmatisé le P. la même philosophie que son aine de 1620. nous présentent du libertin une image semblable à cinquante ans d'intervalle les mœurs. les innombrables détails qui se trouvent dans les Mémoires. le grand seigneur méchant : : •• — — : le un ne' 1. Je n'ai pas à analyser l'influence. ''• Gonzague (Itis. De i l>rnri. Il m'e dune paru nécessaire de ntrer I" que les Libertins se réclament de la Nature. — notamment. sur Descartes. moins par conviction que par impatience d'une autorité qui gène leurs dérèglements.i. :!" qu'ils nient Dieu et frondent l'Église. . la suite le Père Mer8 . s. en somme. que forl les dont je me différentes. ri égi liste. les Historiettes de Tallemant. Pascal Nicole 3 Bossuet . Garasse 2 dans c . Tel est. T. exercée par le Libertinage sur l'évolution des idées au xvn* siècle.. tel que Molière connu peinl dans Don Juan. c'est-à-dire le libertin. La Bruyère ne trouvera pas pour le peindre ilc> traits nouveaux. 2' sermon Sur lu Providence sermon Sur la Providence (1656). J'ai voulu seulement dans les conceptions de certains libertins et dans leur conduite. libertin de 1665. les sentiments.hum. Méditations de Descartes > :iiap. sauf a Teindre um' conversion retentissante le jour où ils trouvent plus prudent et plus commode île se mettre à l'abri de la religion.'itii<i Yuminis et animi immortalitate libri duo. Celle étude sortirait de mon sujet. et cette observation est importante.droits de leurs semblables et l'amour îles plaisirs. sermon Sur le I" Dimanche de sermon Sit? I" Divinité de lu Religion (1665). mettre en relief ce qui avait pu frapper Molière et ce qu'il a retenu pour la peinture de son Don . . Et plus lard encore.">. tandis que l'a la pièce de Molière est el suis servi sont d'époques d'une date déterminée. adversus atheas ri politicos 2. le mépris de. — — Oraison funèbre forts. notamment. le Jésuite Lessius'. Garasse en 1623. 2 e que plusieurs d'entre eux. l. plus profonde qu'il ne semble peut-être au premier abord. Le. et c'est à ceux-là précisément que songe Molière. un peu plus senne 3 . li.'i . . est des Esprits notamment qui' les pondance afférente n'ont d'autre Put que de Il bien probable et la corre>- venger Dieu • des attaques des Libertins. 1613). C'est un état d'espril le qui dure el donl les manifestations sont identiques à travers le temps de 1665 a les mêmes vices. siècle. n'uni au fond d'autre philosophie que l'égoïsme. '. i ( 1 ( > : ï s . le Père •.186 \)i-< LA LEGENDE DE DON JUAN.< Pyrrhoniens Pensées. le libertinage de Don Juan.La Bruyère d'autres encore 9 signalent à maintes reprises textes comme dangereux de cinquante ans environ.

IX. la qui vit à sa mode. de l'Arétin. >.. avec plus de prudence dans la l'orme et plus de pénétration dans le fond. c'est dans l'évolution des idées provo: Un homme impie qui ne croit P.. de Paracelse. Philosophiquement. chez mot ne s'applique plus qu'aux Bossuct. ils Historiquement. le libres penseurs. pour ne citer que les plus fameux. chez Bour- daloue. Les attaques multiples dont ils la nom sont l'objet de part des représentants les plus illustres qu'ils ont tenu et el les plus divers du catholicisme prouvent société dans la du XVII e siècle une place importante exercé une influence dont les pouvoirs publics eux-mêmes n'ont pas été sans s'alarmer. de ou de la tradition. originaire de Picardie. la tend à s'affranchir de mais. I. le mot ne se dil pas seu- Le rien. leurs plus rudes et de leurs plus lourds adverl'a saires. de Machiavel. d'une façon plus générale. Monet. 18' pour ie la religion la morale certains individus désignés -un- de libertins. chez La Bruyère.[Remarques nouvelles sur la langue française. 1692. les adeptes et les propagateurs.. 3 édit. Ouvrage cité. 2. Ils proclamaient l'indépendance de dividu envers toute règle imposée du dehors. le Garasse. de se libérer de et toute obéissance envers une autorité étrangère celle de leur conscience.. fort. le Dictionnaire de Ph.. partie Dans la deuxième le du . Bouhours définit ainsi le mot quelquefois une personne qui hait la contrainte. dans la première partie du siècle. Leur nom de leur reprochait libertins : 1 indique assez par lui-même ce qu'on supérieure à l'in- ils affectaient de s'affranchir.m> néanmoins s'écarter des règles de l'honnêteté et e vertu. qui suil son inclination.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE »-l >. . envers toute discipline politique et religieuse établie par l'Église le pouvoir de l'État. . la faveur des circonstances dans bien vu 2 : France du Un de P. les Charron ont été chez nous. 1. « < J lement d'un esprit 1633). qui ont donné l'impulsion première à un mouvement d'idées dont les Rabelais. ce sont les ouvrages el les doctrines de Pomponacc. C'est sens qu'il chez Molière. venaient d'Italie. que leurs adversaires accusent à la fois d'athéisme et de dérèglement. p. — On Libertins dans i une secte fond trouve une première manifestation du rôle des n 1625 dans les Pays-Bas par un nommé luintin. 389.) Il faul noter que.. d'où leur influence la" s'était répandue à xvi" siècle. de Cardan.i siècle. les Montaigne. de toute personne qui règle et de l'autorité (cf.

Ils sont libres-penseurs. aux . provoquent la une tendance l'Église. En même temps les scandales de la cour romaine ayant enlevé à l'ancien dogme une partie de sa force morale. Le père Garasse voit en eux des athéistes qui nient Dieu et blas- phèment contre Il lui ». livre III. le quée par ébranlent mouvement intellectuel de la Renaissance qu'il i'aul : chercher leurs origines la les découvertes géographiques qui croyance en un Dieu créé et mort en un coin obscur de les cel univers. sacrés et se raille de leur prétendu esprit scientifique croit Bossue! qu'ils devoir justifier contre eux et la Providence divine accusent d'injustice s'efforcent de nier".guerres civiles et religieuses. en dehors de la religion même le fondement de la croyance. Cf. le 2 e sermon Sur la Providence. Cf. il leur reproche de prétendre au droit de penser librement. notamment. et c'est pour cette raison que défenseurs de la jansénistes et tous les religion se sont unis « pour les combattre. s'ingénie à réfuter leurs attaques contre la vérité 2 des livres . l'ivresse des chefs-d'œuvre antiques qui révèlent splendeurs et les gloires d'une civilisation ignorante de les la morale du Christ: progrès des sciences qui montrent dans de la les textes sacrés des contradictions avec les faits nature. la foi la raison. à l'affaiblissement de l'autorité spirituelle du souverain Pontife. Celle-ci ne trouve plus dans une base solide. cherchent en dehors du catholicisme. 3. étranger clans sa plus vaste étendue au christianisme. et de nier les mystères au nom de la raison '. toutes ces causes s'ajoutant aux perturbations politiques. même tout l'édifice de leur doctrine que Pascal s'acharne le Cf. le livre V. . les générale à se soustraire à domination séculaire de On nie la suprématie d'un dogme qui ne satisfait plus exigences de cette toute-puissante faculté dont l'homme vient de prendre conscience. les libertins ensuite. les ils sont athées. C'est vraisemblablement démontrer cet ordre de l'univers qu'ils pour saper par la hase 1. les jésuites. 2.. les Protestants d'abord. A cet égard les libertins sont les ancêtres des philosophes e du xvm siècle.188 LA LÉGENDE DE DON JUAN.

dames dont l'inconduile défrayait la manifestaient par des gamineries inconvenantes chronique scandaleuse. S'il plutôt qu'à leurs vivement attaqué celui-ci n'est pas un libertin sincère. découler l'une de tuel qu'il a tout l'air de faire vus avait simplement unis comme il les Il il n'en est rien. déplaire et ses sympathies allaient à adversaires. ils voient surtout si Bossuet censurent les d'alarme qu'ils poussenl en eux des ennemis de la Coi. Garasse. il les a établir entre eux un lien coexister souvent dans la réalité. Gassendi par sa vertu d'être surnommé le Plutarque d'Épicure. dont certaines maient plus ou moins sincèrement d'un se libérer non pas seulethéories semblaient leur permettre de surtout de toute ment de toute autorité religieuse. vivait comme un tout en réhabilitant la philosophie sage. ce Pyrrhonien tins était irréprochable. naturelle part de Molière. à côté des philosophes d'affranchissement lesquels le Libertinage était une doctrine se réclapersonnages maints dogmes. Si P. méritait aimable et modéré qui fut précepteur de français. libertins Les doctrines des avait eux. L'accusation. qu'il la de serait d'autant moins vraisemblable qu'il était lui-même fréquenté chez Ninon de Lenclos et Desbarreaux. tels Chapelle et lié avec maints libertins de n'étaient pas d'ailleurs pour lu. La Mothe Louis XIV. ait si bien associe peut donc sembler étonnant que Molière intelleclibertinage au dans son Don Juan la corruption morale En fait. Cet accord de tous les chrétiens dans ennemi prouve bien que Ton vit dans contre un même péril Libertinage un le pour la religion plus encore que pour la mœurs des libertins. marque. sous nécessaire. l'autre. Et d'ailleurs.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE à l-' 1 clans ses Pensées rabaisser la raison humaine la lutte le ei à l'humilier au-dessous de la foi. mais aussi et Combien de gentilshommes et aussi de grandes discipline morale. menaient effarouchés. un. en effet. débauché c'est que système..incroyance . sans la plume d'un Garasse. la vie que nombre de liber- Le Vayer. intellectuel à l'égard des a si le grand seigneur athée. et et des sages du parti pour Et. et le cri que de moralistes plus encore un cri de croyants inquiets est morale.

chap. S'ils oui chassé Dieu de leur cœur. Les libertins de ils mœurs ne ils ils raisonnent guère. 1 . Elle est un doulx guide. sur le Libertinage. révélée. coureurs de femmes. 11 y a toujours eu ainsi de tout temps et dans tous les partis des individus qui ont mis sous le couvert de doctrines sin- cères cl raisonnables des sentiments intéressés et des passions le mauvaises. ces les vrais libertins et ces sceptiques débauchés irrévérencieux lesquels reposait et était facilitée par les principes même. Avant lui.190 LA LEGENDE DE DON JUAN. -.le livre VI.. <lil Montaigne. et notamment Rabelais. qu'il faul suyvre la Nature. c'est que Dieu les c'est que le dogme contient des règles qui s'opposent au libre exercice de leurs passions et de leurs vices. entreprend particulièrement les Libertins sur leur théorie de la Nature el combat cette proposition. qui trouet commode d'abriter leurs vices sous le cou- l. s'amusant à brûler avec Condé un morceau du bois de la vraie croix. Essais.) — Charron le II. les philosophes du xvi e siècle. la I. piliers de taverne-. ne sont gène: sceptiques en religion que parce qu'ils sont sceptiques en morale. avait réhabilité la il philosophie d'Epicure et dans son Syntagma philo sophicum donnait comme fondement à sa propre philosophie le sensua- lisme. \n et xlvi. Le P. III. La confusion entre superficiels. mais non pas plus doulx que prudenl et juste.. peu versés en théologie.. Nous ne sçaurions faillir à suivre Nature ». qu'il m' faul pas estre ennemy de la Nature ». En lti'i". a la ment sagesse prud'hommie. elles devinrent pour d'autres qui les dénaturèrent un prétexte commode à justifier leurs dérè- glements. Telle la Palatine. — • . donl raison ressort. donne comme fondela loy de nature. Telle aussi - Deshoulières baptisant des chiens. dan. « Mme (Cf. Garasse.. plus légère que rationnelle trait La conviction philosophique n'en- pour rien dans ce Libertinage. Montaigne avaient placé non plus dans une vérité mais dans l'obéissance aux lois de la nature les vrais 2 . la ne fondent pas leur scepticisme sur critique. « Nature donne toujours des luis plus heureuses que ne son! celles que dous nous donnons. c'esl c'est-à-dire l'équité et universelle » (t. chap. Gassendi.. dans son De vita moribus Epicuri. Ce fut vèrent ingénieux cas au wir siècle pour un grand nombre de débauchés.. m). principes de la sagesse et les règles delà conduite Or si ces théories n'empêchaient pas les honnêtes gens qui les professaient de vivre sagement. sont ignorants. notre bon guide.

. Cf. 4. Mer- senne évaluait à 50 000 pour Paris seulement. 191 vert de la philosophie de nature et de l'épicurisme.. aussi bien que les débauchés avaient intérêt à la confusion. Garasse. Le P. sermon Sur Providence. ou non. indocile. que Rien n'a paru plus insup1. pour donnera leurs désordres l'apparence d'un système et les légitimer. et ce ne sont pas seulement les gens d'Église qui en gémissent. qui les . les libertins mœurs en dehors de toute croyance religieuse étaient déplorables. Garasse après lui Bossuet se com- plaisent à étaler les turpitudes de ces derniers en établissant un rapport de cause à effet entre leur doctrine et leur conduite prit '.. alill d'enl releii i r dans l'independa lice une liberté et porte à (I" vivre à leur la fantaisie. Entre les deux différence devint peu sensible. le nombre delibertins. On les confondit d'autant plus défenseurs du dogme chrétien. les insaisissable.'i la lie » des siècles. ou philosophique.. outre le 1'. . Le Liberle tinage des mœurs prit volontiers la comme masque que Libertinage de la pensée. ceux-ci. .. eux-mêmes. Cf. et durant les les libertins. du 20 septembre 1664 et du 18 La cln.. les lettres du 25 novembre 1659.inla nier 3. ceux-là pour rendre le libre examen et l'athéisme responsables des vices et des crimes et de certains libertins.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE la . si bien que dès 1623 le P.) dès le mot libertin a fini que débauché. où grâce aux trouils bles intérieurs jouirent d'une impunité absolue. sincères premières années du règne de Louis XIV. Bossuet portable a l'arrogance des libertins que de se voir continuellement observée par voulu secouer le cel œil toujours veillant de la Providence divine. malgré quelques procès retentissants 3 . celui de Jean f'. inférieur à celui de Juvénal et de L'étalage extérieur de cette inconduite fut tel Domitien*.. sans retenue sans disciplii 2. Ils mit : jOUg de relie l'iuvidenee.. Sous le règne de Louis XIII. En llilll eut lieu le suppliée de Yaniniieu IH2I en 1622 le procès de Théophile de Viau. ce sont aussi ce siècle siècle. sans crainte. juin 1666. On même l'habitude d'englober dans le parti des libertins tout individu dont l'irrévérence à l'égard des choses sacrées s'accom- pagnait de mauvaises mœurs' 2 . D'ailleurs. à ce propos.se xviii est si vraie qu'en dépil de son premier sens. le siècle par ne plus signifier . de étaient extrêmement nombreux dans toutes les les classes la société. tel Guy Patin lançant l'anathème à ce pervers où l'on ne voit plus de règle nulle part. plus encore sous la Régence.

En peignant les libertins sous le nom de Don Juan ce n'est pas aux libres-penseurs le qu'il en voulait. la annuler son mariage. se montra plus sévère pour les libertins qu'on ne l'avait été jusqu'alors : certains furent exilés: d'autres mis en prison.192 LA LEGENDE DE DON JUAN. épouse en troisième noces Mlle de Pons. qui avait cependant des raisons personnelles d'être indulgent aux vices des autres. « ce moucheron de taverne. Le spectacle de était cette immoralité. mais à ces grands seigneurs qui. épouse secrètement la première. l'abandonne. Cf. duc de Guise. se livraient aux la plus scandaleux excès. devait pour bien des raisons attirer l'attention de Molière. sous et couvert d'une certaine philosophie d'une certaine indépendance intellectuelle. folles orgies comme Henri de Lorraine qui se livre aux plus dans l'abbaye d'Avenay avec ses deux cousines comtesse de Boset Anne fait et Bériéditede Gonzague. qu'elle soit duchesse. ville. braient de leur verbiage bruyant et affecté la cour et il ne pouvait négliger cet autre type de gentilhomme. Cousin. dont l'aristocratie surtout gangrenée. à façon de Bussy qui enleva un jour Mme de Miramion. '. ce ravisseur la de femmes. Hommes 226-228. ce Sardanapale » et comme l'appellent à la fois Garasse et Sganarelle. cet épouseur sans vergogne. de robe comme Mme de Canuel ou courtisane comme la Nina Barcarole qu'il fréquente à Rome lors de sa folle équipée dans la son amant. bourgeoise \l II" siècle. se remarie avec sut. Mme de Longue- p. et V. dangereux : non plus seulement ridicule le gentilhomme à la fois athée et corrompu qui ne refuse « à ses sens rien de ce qu'ils réclament de nous ». Louis XIV. entre temps. « la plus fameuse dévote du temps ». « Dame. ne peut rencontrer un jolie femme sans devenir comme Mme deMontbazon. et mœurs au Un héros de roman Jeunesse de : Henri de Lorraine. p. révolte de Masaniello Bernardin. . Après avoir joué frivolité et le vide intellectuel vanité suffisante. la de ces jeunes marquis qui encomla ville. la il ne If 1. demoiselle. 291-360.

» trouve rien de trop chaud pensait son parent. ce chevalier de Roquelaure. cite lettres du i'. des Turcs. à une chanoinesse et à la princesse de Cantecroix. '. 1. Mémoires.H 13 sept) mbre ri du 18 novembre 1656. qui d'un apothicaire de Mlle de Montpensier. les héros ne s'en : cachaient pas. ils en tiraient gloire. à la fille d'un apothicaire lorrain. un jour d'orage « Mordieu. 170. Tels encore. p. pro- mettait ensuite successivement mariage à une demoiselle de St-Rémy. Perrens. des hérétiques Tel ce La Peyrère. à travers les anathèmes d'un sermon. 13 . (édit. des Grands Écrivains). mais en mettante nu les le en découvrant « la bête brute. 19 lui. Patin. . Rrissac. Retz. la étalant leurs infamies sur la réalité. des chiens. souvent. qui chargent l'épée haute le crucifix en criant Manicamp. « Les grands seigneurs de cette sorte ciel ni enfer. le Ces libertins devaient d'autant plus tenter qu'il les connaissait génie de Molière de près. non plus en caricaturant quelques travers superficiels. avec l'illusion de et montrer vivant et agissant. cite par Perrens 3. duc de Lorraine. 179. » peindre tels qu'ils étaient. familier de Condé. ne croient non plus ni Ce sont des ». Les fond de leur âme. des diables. du avril 2. i>. mais développant leurs doctrines scène. tu penses me faire peur! * » Ces scandales étaient publics. voilà ce qui séduisit Molière. Guiche. Il. les ayant vus chez Ninon. p. de chants obscènes et irréligieux 3 tel surtout Voilà l'ennemi 2 » .i Cf. « enragés. /</.'is. Matha. qui baptisait des chiens et criait au tonnerre. Vitri.. au dire de Tallemant. connaître non pas dans les pages intimes de mémoires les et de lettres. par Perrens. le de trop froid pour Ainsi épousait la fille vieux Charles IV. i. Retz. Guy lii. 4. : Fontrailles. fait qui changea plusieurs fois de religion et mourut sans avoir un choix « définitif.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ni ». « le plus grand blasphémateur du royaume ». le pourceau d'Épicure faire mal dis- simulé sous de brillants dehors. Bussy (que l'on rencontre partout où il y a une impiété à commettre et une débauche à faire) qui tous trois font liesse un vendredi saint avec accompagnement de violon.

bourgeoisie L'auteur Festin de Pierre venge la honnête des dédains d'une aristocratie dépravée et mauvaise. ils tiennent à la nature même du personnage et n'engagent pas les sentiments de Molière à son égard. l. il faut reconnaître que Molière I. n'avait songé qu'à courir les lui mauvais gent . . le blessait dans sa phi- s'y est trompé. On o-arde ait dit. plaisirs. c'était non pas libertins. Molière fera-t-il de l'égoïsme le déshonneur et les larmes et de la méchanceté du le fond même du caractère de ainsi Don Juan. et ce n'est pas la moindre originalité de sa peinture du séducteur. Molière. il l'a prise d'autant plus volontiers que le grand seigneur libertin. On allègue que le Don Juan Tartuffe. religion. Aussi. quoi qu'on en losophie et dans sa morale. que s'il avait attaqué les une catégorie de ses contemporains mais bien leurs adversaires. sème autour de lui la corruption. . Molière eût été indul- ce qu'il ne lui a point pardonné c'est la sécheresse de son la et cœur.!9 4 LA LÉGRNDE DE DON JUAN. hait ce gentilhomme égoïste et féroce dont le moi orgueilleux absorbe l'humanité. de et d'autres libertins du grand monde. en ne prenant : qu'aux côtés sympathiques du caractère de don Juan nous verrons qu'ils sont peu nombreux et peu importants. qui fermé à tout sentiment de pitié et d'amour. et cette revanche. morale. vilenie de sa conduite. qu'il la Ce voulut représenter ce fut plutôt l'insensibilité morale.contenues dans le pamphlet de In Fameuse comédienne. Si le marquis n'avait été s'il épicurien qu'au sens d'Horace. les dévots. bon camarade. et sans croire que Madeleine Béjarl ait été la maîtresse de l'abbé de Richelieu. ne devient repoussant que lorsqu'il prend masque de En réalité. sans ajouter foi aux assertion. amis.Molière ne lit-il pas intervenir aussi des personnels? Certes. lieux et à séduire les femmes. '. On a représenté aussi que Molière avant été lui-même du clan des libertins n'avait pu vouloir peindre l'un d'eux franchement antipathique et odieux. aimé de sa troupe.m manifestement malveillante. méchanceté du grand seigneur que son amour des et même de la débauche. Le comédien. au/un souffrait profondément de la coquetterie de sa femme et de la cour que lui fai- Dans griefs saient les marquis. l'étalage impudent des senti- ments des actes les plus répréhensibles. qui sacrifie à ses plaisirs famille.

l'entendait à la façon de Roileau. Molière n'en a pas la moins professé la philosophie de depuis taine. la Cette conception d'un esprit dont philosophie peu élevée. Suivre lui nature ne signifiait pas pour blesses des sens et céder s'abandonner à toutes les fai- ments. sa conception.- DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE 19:. son milieu. Qu'il ait été ou non le disciple de Gassendi. d'éducation. Dans la la plupart de ses œuvres. tins ('lait faite du sens delà la commun. le il nature dont se réclamaient xvi8 siècle les libertins de toute est marque. tout devait le rendre favorable anx théories naturistes. il moins grossière. Avec La Fon- au xvu'' siècle le plus direct héritier de l'esprit de Rabelais. qui ne voyait pas en elle instincts brutaux et déréglés. Qu'il s'agisse de mariage. Il avait traduit Lucrèce. de médecine. Il avait de la nature complaisamment à tous leurs entraîneune conception moins matérielle cl Descartes. en entraves une émancipation de la nature contre toutes les Son éducation. Il goûts que l'excès la en quoi que ce était avant tout un modéré. Luillier. il fréquentait Chapelle. il a toules périls Il jours soutenu ses prérogatives. la sage conseillère de la conduite et de la pensée. des modes. il le salon de Ninon. mère des mais la modératrice intelligente des fantaisies et des excès. des mœurs. vie et de sens mais humaine. a peint et réuni en un seul au et même personnage principes certains libertins et certains dévots qu'il avait vus souvent con- fondus dans la réalité. Et c'est nom des mêmes qu'il les a attaqués. Rien n'était plus contraire à ses idées et à ses fût. et de toutes les contraintes humaines. était fait Mais son naturisme de sagesse et de tempérament. Fa représentée victorieuse de tous les efforts tentés pour soumettre ses lois incoercibles à l'arbitraire des conventions sociales. sa vie de bohème. et la il Comme l'identifiait avec la raison . a pris la et défense des droits de nature méconnue par les hommes montré auxquels on s'expose en voulant la contrarier. Entre les débor- . liber- ne pouvait s'accommoder de façon dont beaucoup de la loi entendaient et pratiquaient de nature. de Montaigne et de la Renaissance en général. tant quelle est extérieures.

Ils la dénaturaient au contraire et nêtes gens. ces fondations d'ordres. du juste milieu qui a toujours été adversaires le fond de la Molière voyait dans les Bussy. fuit fracas et les gri- maces des opinions et le relâchement. la renais- du réveil d'un sentiment que le scepticisme du xvi 1 siècle n'a pas profondément entamé. et. les Tartuffes Ils étaient les la discréditaient auprès des hon- Tartuffes du Libertinage avant d'être de la religion. et excessives. dévots ensuite. l'idéal réalisé s'éloignaient au xvn e siècle par l'honnête le homme qui observe en tout une sage mesure. il ne pouvait y avoir la ai S) mpathie. les Roquelaure. Ils heurtaient sans cesse les règles la foule. les croyances de frondeurs en morale politique. des François de Sales. qui dans cette morale sagesse française. L'œuvre des de la Bérulle. ces prédications. ils l'étaient la même en n'observaient en rien les principes de ils raison et les volontés de cette nature dont se réclamaient indûment. les contrastes s'appelant dans l'ordre social et dans l'ordre moral comme dans l'ordre naturel. logiquement. Libertins et dévols également ennemis de la sage et douce nature. Molière.196 LA LEGENDE DE DON JUAN. les convenances. ces ouvrages d'édification et de controverse sont des témoignages encore vivants de sance de la foi. voilà les deux partis extrêmes entre lesquels se partage la société française au xvir siècle. les Tardes. qui aimait à suivre ». Le mouvement religieux dont la première partie du XVII e siècle a vu l'épanouissement. des à combattre. Après avoir paré leurs débauches du prestige de également de la philosophie. coutume. Les premiers devaient faire seconds. Libertins d'abord. la nais- . tient la balance entre l'austérité ne gale aucune chose Pour la vouloir outrer et pousser trop avant. ils les abriteront sous ils le couverl de l'Église. ils comme en religion. ils devaient tomber d'une hypocrisie dans l'autre. création de l'Oratoire. ils étaient admises. Et il ne pouvait en être autrenaître les ment. les communs usages à ne pas heurter l'opinion respectait les idées reçues et mettait la vérité moyenne. et la déments des uns entente « modération de l'autre.

et l'influence si profonde du Jansénisme ne s'expliquent pas seulement par le besoin de relever le catholicisme matériellement et moralement diminué par la Réforme. Quelques-unes de ces conver- sions furent retentissantes et sincères. Saint-Evrcmond se réfugier en Angleterre. les Lamoignon. Scrupules du diable qui et se fait ermite. par l'excès ont été le comme même et la Palatine. en la classe effet. crainte immédiate du bras séculier de l'Eglise. ne sauraient être suspectées de Malheureusement. toutes ces rai- sons s'unissaient pour ramener bien des âmes à Dieu. Beaucoup furent si les théories et la conduite des libertins ne les elles les brouillaient menaient pas toujours au bûcher. à ces personnages catholicisme français s'en mêlèrent qui furent l'honneur du d'autres dont la dévotion put légitimement paraître suspecte et qui firent retomber sur les honnêtes gens du parti quelque peu du discrédit qui s'attachait à elles-mêmes. le de leur « longue défaillance » dégoût des plaisirs. de tous ces modérés dont les Nicole. de Conti. Beaucoup ont été tirés. Elle est une réaction contre la contagion d'impiété et de corruption. en somme. Certes. les intentions et la conduite de gens de Sacy. et ce sont ceux qui plus profondément corrompus qui s'en iront la finir leurs jours dans solitude du cloître. de suspectes : la duchesse de Longueville. ce fut dans la même des libertins que dévotion recruta ses plus vieillit fervents adeptes. le développement rapide. 197 sance. des athées il le le parti dévot opposera la sévérité de sa discipline exagérera rigorisme et l'austérité. el . et soulèvera parfois par son intransi- geance les protestations des Cléantes. mais naturelle. telles celles de Condé. A la liberté. les la était Molière. les Longueville. faux zèle et d'hypocrisie. appréhension devant l'inconnu qui s'ouvre. comme les Arnaud.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE si . Chose curieuse. sans dépouiller complètement en changeant d'habits son premier personnage. des Philintes. comme Reine-mère et ses familiers. à la licence même . Cette ardeur religieuse est aussi la conséquence du Libertinage qui s'est répandu parmi l'aristocratie intellectuelle et mondaine. avec les pouvoirs publics : souvent Bussy devait se retirer dans ses terres de Bourgogne.

171. satisfaire sans danger s'accrut encore. Il que je pourrais être méchant pour faire le moi-même le avait pris aussi la résolution de est. fit un beau jour étalage d'une grande et. prenaient tout l'extérieur de piété la plus rigide. 217. les seules que voit le public.I'. Sans doute. le capitaine des gardes annonça que le Roi n'y viendrait pas. La religion n'est plus ici qu'un abri commode pour se livrer sans scandale aux plaisirs. Bernardin. 9. . les manifestations extérieures de la religion. ils étaient au fond. l. VIII. ouvrage cité.. 4. le '. Garasse : n'a pas manqué corps de 4 de signaler cette hypocrisie des libertins fête qu'ils « 11 ne passera grand' ne s'en aillent confesser et recevoir le sacré le notre seigneur devant tout monde. si tard dans la dévotion. (Mail Vardes mis à la Bastille. étant semblables. l'homme aux piété : trois femmes. De là des retours à Dieu dont : la sincérité n'égalait pas toujours la ferveur Henri de Lorraine. ils pour donner crédit à leurs la nouveautés. que. ce crisie.. mais ». d'être aussi homme « de bien pour salut des autres. Perrens. I. libertins. 2.. mali cieusement. le le mal par dessein.in LA LEGENDE DE DON JUAN. p. ce qui plus sage devant plus criminel devant dieu. ». et qu'il se convertit pour conserver les bonnes grâces de la Reine-mère 2 Retz avoue avec cynisme la façon dont il en usait « Je pris... Le mal dévot. de discerner ces faux dévots des vrais? De part et d'autre. il se perpétua à travers le règne. quand Louis XIV se vida devint un jour où. la distinction était difficile. cité par Perrens. Cf. : dit-il. des 1. il devint marguillier de sa paroisse. monde Le P. Mais.. disait beaucoup de libertins finissaient lot ou beaucoup de dévots n'avaient jamais été « que Bourdaloue. Mémoires.. dans son sermon sur l'hypo- des Jansénistes. |>. une le 3 ferme résolution. ses passions et s'attirer Etait-il possible La chapelle même l'appui d'un parti puissant. Doctrine curieuse. 16 août Kioo. le il envoyait raconte pain bénit à l'église des Carmes Mme de Motleville que Brancas se donnait à lui-même de « sévères châtiments » peut-être à la manière de Tartuffe. .. Cf. afin qu'on les remarque ». :(. revêtus de la peau de brebis.

. le calice d'un les cabarets. Tarfctf* par ordre de Louis pièce. insupportable ».1 croyants! raisons de confondre dans Molière avait d'ailleurs de bonnes toute sorte. notamment tend . 199 loups ravissants Et Molière ne pouvait-on le dire de beaucoup de dévots^ mal fondé à prêter au parti tout entier une est un Jésuite. Lacour.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE •>.. à cette conception de la philosophie. lui-même duplicité qu'un homme d'église entre les sincères manifestement attribuait aux plus vrai. avec ma discipline . XI V^. serrez ma haire. complaisante des indépendants et la Molière est avec les premiers. C'est une compagne accommodante et facile salons à la conduire sans l'effaroucher dans les Pascal. des Arnaud et des Bourdaloue. ma. non : ^ lavait £j .. était-il si - .1 - . selon éloignée de ces austérités rigoureuses à la nature et à la « qu'il estime trop contraires faste droite raison » pour n'être pas simulées. du Tartuffe : Laurent. est « ni traitable » Toute dévotion qui n'est « humaine dévol Le zèle spécieux ». Sa aux excès du zèle religieux Libertinage.. faux et vrais une même antipathie les dévots de parles exagérations de leurs Les uns et les autres répugnaient religion facile et accommopratiques. on peut mode et dans que 1 contre la si dans sa lutte Userait donc oiseux de rechercher Jésuites aux Jansénistes ou dévotion. Cf... seront assimilés au zèle hypocrite plus tard au cadavre de vêque de Paris qui devait refuser et mourut lui-même d apoMolière une place en Terre Sainte plexie dans les bras de sa maîtresse. douce et maces Dans le conflit éternel entre la morale rigide des Bossuet. hostile aux excès du dante qui était la sienne.H. Mais la archecet de quelque Harlay. tempérée. il ne distinguait guère ceux réelle simagrées et par gride ceux qui n'agissaient que par morale humaine. Tétait encore davantage qu'animait une piété Au fond. Molière en a voulu aux Si tel vers .s la approuvé avait seulement Louis XIV. religion austère. ». « dehors plâtré d'un comprend la comprend la religion à la façon dont Philinte sincère vertu. Les vrais croyants.. ont une foi discrète. fort lui.

Septième Provinciale. Bossuet. Raoul dan.-on élude si documentée et la si originale sur Cabale des Dévots. tembre 1. Si don Juan. Acte V. u IS73). Est-ce à celui-là seulement qu'en a voulu ni Molière? Je persiste à croire que sa peinture a un caractère plus général : Bourdaloue. dépassant commandée lui bornes naturelles du ne se distinguant pas pour contre la nouvelle secte. d'autres visent promis de conscience des seconds : com- L'art de rectifier 1»' mal de l'action Avec la pureté de notre intention. 15 et 1!) sepPascal. — Cf. a cru découvrir parmi les membres de Société du Saint-Sacrement les originaux de TartuffeeX de Don Juan. 27 août. les semble viser les austérités des premiers.ulules sur les " du 2. Allier. se. se sentirent attaqués dans Tartuffe comme le dans Don Juan. . les prompts à toutes les exagérations. vraisemblable. les ennemis de libertins et dévols. meurtre sont évi- îes allusions à la doctrine de Lessius sur le dentes dans ces paroles adressées par le nouveau converti à Don « Carlos : Je m'en vais passer tout à l'heure dans cette petite rue écartée •qui mène au grand couvent: mais je vous déclare pour moi que ce n'est point moi qui veux pensée et si me battre. 2. la m. Récemment. Jansénistes. le ciel m'en défend '. de quelque secte qu'ils fussent. qu'ils ont ni Bossuel ne s'y sont trompés. Ce n'est pas le peintre d'une secte" condamné dans Molière. à fait songer à ces retours Dieu un peu bruyants dont retentirent les murs de Port-Royal. dans ses . Monet autres furent seigneur Hardouin de Péréfixe. 13. : La les « société pour lui ». qu'il y a eu. mais l'écrivain qui s'en est pris à tous les dévots et a la religion elle-même. l'abbé Davin.•200 LA LÉGENDE DE DON JUAN. comprenait deux catégories raison d'une part honnêtes gens ces modérés de la vertu et de la religion. 22. la » vous m'attaquez. Sa solution est séduisante. président de Lamoignon. un parti dévot solidement organisé. elle prouve. C'est aussi la thèse sources soutenue par M. Bourdaloue. du moins. M. tous. 15. dans sa feinte conversion. la dévotion du jansénisme. la : de l'autre. de Tartuffe {Le Monde. nous verrons ce qui en arrivera D'ailleurs tous les dévots. entre 1660 et 1665. Jésuites d'un parti mais l'ennemi d'accord sur ce point et virent dans Molière non pas l'adversaire commun de l'Église tout entière-.

De Visé s'était fait l'écho des clameurs soulevées fois de toutes parts. C'est donc se méprendre que de voir dans Tartuffe et dans Don Juan deux œuvres d'intention distincte. Mais. Molière. Marquis bafoués. la lutte était engagée cabale et lui. second. Dans ses Noufemmes. où il a représenté le une seconde fois dans Don Juan. 201 plaisir comme de la piété. au nom des idées qui lui étaient le plus chères. Outre ces raisons générales. qui peut impunément étaler ses vices au grand jour de la vie publique. dès lors. les premier avec satisfaire ses le mines en dessous. dirigées contre deux classes opposées celle-ci contre les libertins. l'éclat et la forfanterie d'un gentilhomme bien né. les précautions. et ne peut faire l'amour qu'à la dérobée. cynisme. à tives. corrompus. Son Tartuffe Don Juan de sacristie. le libertin le cères dans leurs théories philosophiques et dans leurs croyances religieuses. où il a peint mière fois grand seigneur.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE les justes limites ». et il n'était pas homme à lâcher l'adverlut saire après une simple escarmouche. Précieuses ridiculisées. plus immédiates et plus personnelles. a flagellé simultanément dans ces deux dévotion et le libertinage. dévots inquiétés par les audaces de sa peinture. Tarln/fr ne pas au Ire . comme son Don Juan finit paîf être un un Tartuffe de cour. celle-là : contre leurs adversaires naturels. également peu sina attaqués. Dès VEcole des ennemis que ses attaques lui avaient faits. C'est eux qu'à deux reprises il dans Tartuffe. au nom même est d'une certaine pièces la réalité. la fois philosophiques et objec- d'attaquer les libertins et les dévots. l'un et l'autre débauchés. En fait. les feintes papelardes d'un homme avec le obscur et pauvre qui doit se cacher pour appétits. puissant. et d'attenter à la morale. Molière en avait d'autres. s'étaient entendus pour l'accuser à la fois d'abaisser son art. les velles Nouvelles. les dévots. une prelibertin d'Eglise. Molière répondit une première entre la dans la Cri- tique de V Ecole des femmes.

celle celle la période de plus haute faveur de Molière. il soutient son ennemis qui l'attaquent. Suspendue en 1664. un coup droit porté contre nemi puissant qu'il sentait derrière toutes les attaques dont il (Hait l'objet. naguère. mais sans danger. il cette fois. les mêmes le débauches. l'aggravation des hostilités. satisfaire certaines Roi qui désigne au Comédien M. en dirigeant plus lard. tenta et. à n'en pas douter. Ce fut la continuation. l'Impromptu de amuseur favori contre les En même temps. désirs. attribuer leurs conversions tapageuses à des raisons de pru- dence et d'habile politique. contre l'ennemi un nouveau coup plus franc encore que le préla cédent : accuser ces dévots si si scrupuleux sur les choses de religion. une occasion de prendre sa revanche. faillit C'est qu'en le portant. interrompirent les représentations de Tartuffe. pour ses arrière-pensées. et aussi. semble-t-il. pour Molière. en 1669. de où il travaille amusements de Louis XIV. Il adresse de la des remontrances au sur duc les Feuillade qui la avait blessé la Molière au visage pour se venger du Critique. malgré le bon vouloir du Roi. faire suspecter la par le cynisme sincérité de leurs remords. à un stratagème ingénieux pour continuer moins bruyamment. Molière réussir. C'est les qui commande à Molière hardiesses des attaques portées contre les marquis dans Versailles. et il ne s'en tint pas là : on sait les influences qui. la pièce ne put être reprise que cinq ans Le sujet de Don Juan fut. c'était là un coup de maître audacieux. Il Tarte à Crème de lui tient fonts-baptismaux un enfant du Coméportée contre d'avoir dien pour répondre à l'accusation .•202 LA LÉGENDE DE DON JUAN. ne satisfaisait pas seulement sa ven- geance. prompts à s'effaroucher des actes les plus innocents. de est Soyecourt dont le portrait aussitôt lui intercalé dans le deuxième acte des Fâcheux. il pensait s'assurer l'appui du Roi et flatter ses secrets et Tartuffe la Don Juan appartiennent tous deux à Princesse d'Elide. C'est le où le monarque pour l'utilise à la fois plaisirs. scandalisaient la cour et la et par l'étalage indécent de leurs dépoi tements de leur impiété. l'en- chose qu'une violente riposte. C'est l'époque la du aux Mariage forcé. ville d'être ceux-là même qui.

non plus simplement n'aimait les dévols. « aussi audacieuse qu'insolente de 1. en effet. prouvent qu'il comptait sur son appui. répondit que « Non. les libertins que le Roi guère davantage. ne Tant plus que je songe » ti faire de c édie si les Tartuffes onl . 2. il est manifestement du parti de Molière bien plus. édit.« DON JUAN OU LE PESTIN DE PIERRE fille 1 . . II. il semble encourager ses attaques contre les dévots.'irroumet. on pourrait presque dire sur sa complicité. 169. attaquait et surtout en la faisant d'une ne pouvait ignorer qu'il plairait double- ment mais Louis : ici. et répond au libelle de Rochemont en prenant à ses gages la troupe de Molière. En renouil velant l'attaque dans position différente. p. vrais objets de comédie de Molière. dit Brossette. le menaçant presque. Journal cfOrmesson. la i 2. haïssait les Jansénistes. de renoncer à écrire le ton général dont y parle des dévots. que son 1(394. Il exilait la ver- tueuse duchesse de Navailles qui avait l'appartement des filles fait griller les fenêtres de de la reine. 203 Dans la lutte violente que provoquent Don Juan. pas . s'adresse quand s'il l'influence du parti eut triomphé. qu'il regardait >l n [ ««rt comme 3. tout entier aux fêtes Dévots. Il voit dans Tartuffe une satire des Jansénistes qu'il n'aime épousé sa propre Tartuffe et : 2 il justifie d'un mot Don Juan. 3 . Mémoires de Fouquet. esl très assure qu'il L'avantage. et aux et la plaisirs. lui Monsieur s'il communierait. XIV avait été à maintes reprises gêné jusque dans ses l'intervention amours par L. pas au monarque. a. et ne ferait pas l'hypocrite comme 4 lui qui allait à confesse parce que la Reine-mère le voulait ».) II. Le mi. il il Don Juan. ne se confessât la il ne communiât plus guère ayant demandé En pour Pentecôte. L'époque de Tartuffe et de Don Juan est aussi celle où et Louis XIV. Il p... » (Tartuffe.. 4. 295. 1rs p." comédie de Molière (Molière la et Louis XIV). l'audace il même à lui avec dans son deuxième placet. /. <lrs Grands Écrivains. Molière savait donc bien que sa peindéplairait ture ne laquelle. En écrivant Tartuffe. 144. •">. est parles remontrances de sa mère importuné mauvaise humeur des fils Anne d'Autriche lui se plaignait 3 . n'obtenait satisfaction.

Lair. 77 et suiv. n'en oublia dans les aucun. Cf. 2. Lui-même il les désigna souvent aux moqueries de Molière. pamphlet paru suiv. VIII. qui ne pardonna jamais à Saint-Evremond. Il. Cf. le comte de Guiche p. I. Leur philosophie même choquait ses principes de des- ne pouvait être favorable à un parti qui proclamait l'indépendance de l'homme envers l'autorité et qui ne s'en tenait pas à la spéculation : les événements de la Fronde. C'était encore le travers d'une intrigue qu'il Grammont. Guiche. sûr de son appui. se mettant en avec M"' de la Motte Houdancourt et chevalier de C'était enfin envoyait en exil. 491. cette lettre au duc de Créqui où tique de Mazarin. entre deux chansons à boire. qui compromit ensuite la Madame. il il livrées même du Roi 2 ». 1. qui laissèavaient rent toujours dans son cœur un ressentiment profond. Louis potisme. devait garder au fond du critiquait la poli- cœur une rancune et contre ces révoltés qui. Saint-Simon. la Vallière. composaient des libelles contre le Ministre et contre la Reine les « . qui. et de et Madame. et «mi repré- sentant les autres comme dangereux et malfaisants. . depuis d'industrie. Mémoires. Mémoires. à cause desquels dû fuir sa Capitale. courtisant quelques-uns Mlle «le eux : c'était Brienne.E DON JUAN. il Il contraignit à quitter leurs manoirs et leurs terres. Vardes imaginant avec la comtesse de Soissons la liaison la la vilaine affaire des lettres Espagnoles. les logea combles de son Palais de Versailles et s'en fit une innombrable cour de laquais. où du Roi avec Vallière était dénoncée à la Reine '. n'avaient aucun respect pour fut le maître. aussi impatients de secouer le pouvoir royal que pouvoir de l'Eglise. l'Histoire galante de M. — 598 — Cf. même il après la mort du Cardinal. Louise delà Vallière et la jeunessi de Louis \/l. Louis. Molière faisait sa cour et servait le Maître. le eu pour héros nombre de ces libertins. aussi. en 1667. Guiche surtout. Le les jour où il ne perdit aucune occasion d'humilier avait ces grands. p. XIV 11 avait aussi des raisons politiques de détester les libertins. Retz. les « messieurs du bel air «jusqu'aux chevaliers rire En faisant aux dépens des uns. et reçut l'ordre de quitter cour.204 LA LEGENDE «l'entre D.

par la tendance prédominance italienne par la en s'affranà développer sa personnalité aux dépens d'aulrui. fut d'une rare habileté il montra au public que ces libertins et ces dévots. un ensemble de caractères très précis font de lui XVII e un représentant fidèle de l'aristocratie française au siècle. 205 : Dans le Festin de Pierre. n'avaient. qui appartient à l'humanité. Ils continuaient. ils Ils condamnaient les scandales. Celui-ci ne ressemble pas plus au libertinage pouvoir de l'Église qui croit pouvoir sincèrement se libérer d'une foi que la raison . car ils étaient ne valaient pas mieux que ces débauchés dont ou avaient été des leurs. il flatte les sentiments intimes du Roi. Le Festin de Pierre prend : ainsi une signification riche et contient l'arrière-pensée de Molière sur les libercomplexe il tins et sur les dévots. qui proet naît cède Il de lui.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE il . Don Juan apparaît non plus seulement comme un mœurs et siècle individu. plébéien. mais avec plus de discrétion et de pru- dence. outre un fond permanent. contient donc. et dont l'influence s'étendra sur l'avenir. Là est le fond de son libertinage. qui établissent entre les hommes un équilibre de devoirs et de droits. Il annonce aussi le roué de l'âge suivant. assaisonnant leur dévergondage d'un vice plus odieux. et sous deux noms différents. plus Il haut encore. et les traits qu'il qui doit à ses devanciers. des grands débauchés de la Renaissance du sens individuel. que le roi haïssait également. en dépit des apparences. l'étranger. du satisfait les haines du comédien et il En même temps. l'hypocrisie. est l'héritier chissantde ces le lois générales imposées par et la conscience ou par de l'État. mais d'idées comme les dont à le produit de tout un état de origines remontent en France au précédent. C'était dans l'élite môme du Libertinage que se recrutaient ces dévots dont les pudibonderies affectaient de s'effaroucher des amours juvéniles de Louis XIV. qu'un seul et même visage.

plus loin que les philosophes du xvir siècle qui. . séparent la il religion et la morale. voilà tout Don Juan. parce qu'en gênent. Grand seigneur et est méchant dans toutes ses : « monde la : envers le pêcheur qui l'a sauvé . ce la mépris des autres constituent éléments essentiels de méchanceté de Don Juan. ramener à lui le prin- cipe de toutes les actions humaines. rudesse des camp-. Sganarelle termine trait le portrait qu'il fait de son maître par ce qui résume et contient tous les autres méchant homme est une terrible Il méchant. Sans doute. tout imprégné de cet égoïsme. d'un de ce siècle. envers femme qui s'est déshonorée n'est point lils pour lui. Mais sa méchanceté n'est pas roturière. au contact des Italiens la amenés par les Médicis. Il réalité et sans qu'il l'avoue. Il est. envers son père. au fond. Cet amour de les soi. Don Juan lui donne une allure de système : il imagine des motifs pour le défendre. C'est celle d'un gentilhomme raffiné. La philosophie qu'il substitue ainsi à la foi un bas sensualisme qui fait des sens le mobile et la fin dernière de ses actes. de cet « amour-propre » féroce qui pénétra si profondément la société française du xvir siècle que La Rochefoucauld a pu. les conservent toutes deux. supprime également. qui aboutit à substituer à la morale universelle des honnêtes gens une morale fondée sur l'instinct individuel. en s'ils ce sens. n'admet plus. témoin de tant de guerres religieuses et étrangères. Ce celle d'un goujat. tirer trouve plus conforme à leurs exigences de de lui-même ses règles de est conduite. qui. et vicié. il en 11 fait le résultat de théories réfléchies qu'il érige en dogmes. qu'à l'indépendance juvénile et fougueuse du Burlador. Le libertinage intellectuel naît donc chez lui du libertinage moral. elles le chasse de sa conscience un Dieu il des principes qui contrarient ses instincts. a superficiellement adouci clans les salons des Précieuses. les Pour et lui. sans paradoxe. va.-206 LA LEGENDE DE DON JUAN. actions et envers tout le un grand seigneur chose ». il qui lui fait voir dans ses sem- blables une matière dont et qu'il tire le plus de jouissances possibles rejette quand il est rassasié. C'est un pseudo-système naturiste.

«

DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE

».

207

dans ses dehors, Don Juan a une grâce le fond de sa nature qui fascine. Mais sa politesse est artificielle; tout en fréquenest la dureté. 11 appartient à cette jeunesse qui,

Aimable

et brillant

la guirlande de tant chez Arténice et en tressant des fleurs à un ». 11 y a mœurs sans féroce, « terrible, Julie, est demeurée

elle est rechervernis sur sa méchanceté. Elle n'est pas brutale;

chée,
s'étant

perverse;

combine par dédain fait une
elle

l'orgueil
loi

du gentilhomme

qui,
les

de ne jamais partager

absolue, et sentiments de l'humanité, a atteint une insensibilité qu'elle ne plus réalité la à demande qui le septicisme du blasé la banale dans plaisir le pas donne au vulgaire, qui ne met

quelque chose satisfaction des désirs et des passions, mais dans
d'extérieur à leur principe et à leur objet.

sentiment qui Cette méchanceté se manifeste surtout dans le autre semble le plus l'exclure, car il suppose plus qu'un l'amour. dans soi-même de sacrifice et parfois le

l'abandon

:

Mais ce que

Don Juan aime

ce n'est pas

la

femme, ce sont
les

les

jouissances dont
ciers,
il

elle est l'occasion.

A

l'inverse de ses devan-

n'est pas entraîné vers
l'instinct.
Il

l'amour par

mouvements
lui
,

spontanés de

se

domine toujours. Chez

la

est froide et volupté est sans tendresse et sans effusion; elle chez le vite trop bat S'il réfléchie; le cœur en est absent.

Burlador, chez

bat lentement, et l'esprit n'en est jamais roué qui a intellectuala dupe. S'il n'a pas encore le sadisme du que pour une partie lisé la débauche, déjà ses sens n'entrent
lui,
il

dans son libertinage. Leurs satisfactions, identiques, en somme, qualité pour le manant comme pour le roi, lui semblent d'une
vulgaire;
esprit
il

les

relève par d'ingénieuses inventions.

C'est son

il surtout qui est corrompu. S'il n'était volupté de reviendrait aux femmes qui lui ont procuré le plus

que sensuel,

et

lois, il ne professerait pas (pie « lorsqu'on est maître une ei simples joies ces fi de fait ». Il n'y a plus rien à souhaiter d'intrigues difficiles, conquêtes fades; il lui faut le piment de une jeune mariée, compliquées, de rencontres inattendues
il
:

confuse

premières initiations; une Bile des champs fraîche et gaillarde, le voile pudique d'une religieuse,
et

vibrante des

208

LA LÉGENDE DE DON JUAN.
ouvrant à son imagination

voilà ce qui excite sa sensualité, en

des visions lubriques.

Il

faut aussi,

pour

satisfaire

son goût
le

dépravé qui demande
spectacle

à l'amour autre chose

que lui-môme,

du désespoir de ses victimes,

l'excitante saveur

de

leurs remords et de leurs larmes.

Mais dénaturer l'amour n'est pas son seul
Burlador, ce jeune fou dont
les
la

vice.

A

l'inverse

du

seule corruption est de tromper

femmes,

le

Don Juan de

Molière est d'une perversité plus

générale et plus complexe.

Non seulement
il

il

est

insensible à

tous les sentiments humains, mais
sive
il
:

a

une méchanceté agresune incurable blessure.

il

aime
le

à faire souffrir,

il

jouit des scandales qu'il provoque,

trouve

mot qui

offense et qui laisse
les

Il

s'amuse à choquer

scrupules de son valet; l'ahurissement
à

du pauvre garçon
d'immoralité.
Il

l'excite

des fanfaronnades d'athéisme et

crée le mal pour se livrer à des expériences
:

dont

il

suit les

phases avec curiosité
art savant

il

place un pauvre entre

sa conscience et son intérêt, et se divertit

du

conflit.

Sa méchan-

ceté devient

même un

quand

il

imagine de demander

à l'hypocrisie la volupté subtile de faire le

mal en passant pour
anomalie,

vertueux.

Don Juan
ci

apparaît ainsi
la

comme une

comme

un

monstre dans

nature

»

parce qu'il détourne les choses de
Il

leur fin naturelle, au profit de son égoïsme.
qu'il touche.
il

corrompt tout ce

Il

souille l'amour;

il

profane

la

famille, la religion;

désohonore

la charité. C'est le libertin

prématurément revenu
calcul dans le plaisir, et

des élans de

la

jeunesse qui introduit

le

substitue à l'enthousiasme des sens une
cipes de débauche.

méthode

et des prin-

Cependant,
pliquée.
Il

il

ne s'élève pas aussitôt à cette perversité com-

se développe graduellement, faisant
qu'il

dans

le

mal des
Il

découvertes nouvelles à mesure
est en perpétuel progrès, et
il

en use les jouissances.

s'arrête

seulement à

la

limite

que

son siècle n'était pas assez corrompu pour franchir.

«

DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE

».

209

Ce développement
Tirso ni les

auteurs Italiens

chose nouvelle que n'avaient conçue ni est, clans une certaine mesure,

conforme
la vie

à la réalité.

Molière semble en avoir emprunté

l'idée à

même

de

ces libertins qu'il peignait.
:

Ceux-ci passent géné-

ralement par trois phases tout d'abord ils sont licencieux; puis, pour justifier leurs déportements, ils se réclament de la libre pensée; et, finalement, pour se mettre à l'abri de tout danger, ils
feignent d'être touchés de
la

grâce

et

de revenir à Dieu. Ce
-

sont

précisément les trois phases que traverse

Don Juan

et

les trois aspects sous lesquels le montre Molière.

On

a prononcé

à ce propos
juste
:

le

mot d'évolution

l
.

Peut-être

n'est-il

pas absolument

lente. Or,

toute évolution est une transformation plus ou moins Don Juan ne se transforme, ni ne change il pro:

gresse dans

le

mal suivant

le

sens de sa nature et les nécessités
aspects sous lesquels
il

de sa situation; ou, plutôt,

les trois

nous

apparaît sont présentés l'un après l'autre, séparément, suivant une gradation ascendante et logique. Don Juan est plus odieux à la fin dans son attitude de libertin hypocrite qu'au début dans

son rôle de libertin licencieux

;

et

il

est naturel qu'il ait

com-

mencé par la Mais l'homme qui commence par épouser une religieuse, puis l'abandonne, n'est pas un de ces débutants auxquels il reste
beaucoup
à faire pour descendre les derniers degrés du mal.
fait,

franche débauche avant d'arriver à l'hypocrisie.

Molière a ainsi

sous son nom, en trois tableaux
le

le

portrait

complet du
miers actes,

libertin.
il

Dans

premier, qui remplit les deux presensuel, courant, par-dessus
la

a peint

Don Juan
lois et

l'obstacle des

mœurs, des

des principes de
:

conscience,
le

à l'assouvissement d'inlassables désirs

c'est la

période où

monde cœur ou,
<st celui

n'est pas assez vaste

pour

satisfaire les besoins

de son

plus exactement, les exigences de ses instincts elles

caprices de sa fantaisie.

— Le deuxième tableau (actes
la

111 el IN

du libertin en rupture de ban avec
la

famille, avec

Dieu, avec
1.

société, affichant
/<•

un scepticisme universel sur
de théâtre, contemp

Jules Lemaître, Don Juan ou
p.

Festin de Pierre (impressions

1"
p.

série,

57-67, 6*

édit., (1888).

Faguet,

Notes sur

le

théâtre

350-358 (1888).
14

2\

LA LEGENDE DE DON JUAN.
il

lequel

l'onde

son droit à jouir sans contrainte de de
la la

la vie.

Cette

phase

est la suite naturelle

précédente,

la

révolte des sens

devant aboutir à celle de
(acte

raison.
:

Dans

le

dernier tableau

V Molière a peint l'hypocrisie c'est la ressource suprême du coupable acculé aux extrémités, et le dernier jeu d'une imagination subtile qui cherche à renouveler par des inventions
perverses la source de ses émotions.
Cette large peinture condense la vie entière du grand seigneur
libertin et

en déroule successivement sous nos yeux les trois
première,

périodes principales.

Dans
qu'il

la

Don Juan
siècle le

est tout à l'amour. C'est

en

lui

espère apaiser la soif de jouissances qui brûle son corps et
Il

son âme.

est

au xvn c

premier héros qui se

soit livré

tout entier à cette passion, et en ait exalté la souveraineté.
les

Dans

romans, l'amour n'a été qu'une froide galanterie, qu'un jeu
la

de salon; chez Corneille une faiblesse dont
triompher.
le

raison s'ingénie à

Don Juan

en

fait

sa pensée absorbante, le mobile et
la fin

but de toutes ses actions,
la

suprême de

sa vie.

Il le

tire
il

de

réserve et de la décence qui l'entouraient jusqu'alors,
il

létale avec impudeur,

fait

de ses désordres et de ses scandales
il

un

sujet de gloire.

Dès

le principe,

est plus

devancier espagnol.
dupes, mais
la
Il

Non seulement il
reculé ni devant

a

corrompu que son déjà fait de nombreuses
sacrement
d'elles
:

il

n'a

le

ni

devant
Elvire.

sainteté d'un cloître

pour avoir l'une

doua

ne

la
la

séduit pas sur la scène, car, chose curieuse, ce séducteur,
vie court

donl

de conquêtes en conquêtes, ne triomphe d'au-

cune femme sous nos yeux.
quels savants procédés
il
il

On

aimerait cependant à voir par
le

s'est
a

rendu

maître d'une

âme

aussi

pure: par quelle feinte
n'es!

su se faire passer pour tout ce qu'il
loyal,

pas

:

pour tendre, pour confiant, pour
et

pour capable

d'un sentiment profond
et

éternel. Quelle

comédie de passion

de vertu

a-t-il

jouée pour tromper une
la

telle

amante? Molière
le

a-l-il

reculé devant

difficulté de

montrer un Don Juan conde
rendre trop
justifier

quérant une Elvire ?

A-t-il craint d'être obligé

attrayant, trop sympathique,

pour

une

telle victoire?

Et n'est-il pas plutôt, dans la

vérité

humaine que

les

cœurs

«

DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE

».

2il

droits ne puissent percer à jour les scélérats et deviennent fatalement leurs dupes? Que l'amour n'a égard ni au mérite ni à la

vertu? Le manège savant auquel Elvire a dû succomber, Don Juan l'expose d'ailleurs complaisamment, car ce héros s'analyse plus qu'il n'agit;
il

aime à se déshabiller devant

le

public, à

mettre à nu ses sentiments, à disséquer lui-même son âme. G'esl par ses paroles plus que par ses actions qu'il manifeste son
caractère.
Il

spontanés où
est surtout

ne se découvre pas à son insu, par ces mouvements la nature se trahit, mais volontairement et dog-

matiquement,

comme

s'il

faisait connaître

un autre que

lui.

Il

un théoricien du

vice.

Il

agit par réflexion, suivant

des idées préconçues et étudiées et non point par entraînement, par un penchant irraisonné et instinctif.

Voyons-le donc dans ses théories

et

demandons-lui à

lui-

même

de nous apprendre sa conception de l'amour. Elle semble être au premier abord toute vibrante des ardeurs d'un cœur
juvénile et généreux, d'une
suit

âme enivrée de passion, qui pouréternellement de conquêtes en conquêtes l'insaisissable

que son rêve a conçu et que la réalité ne satisfait jamais. regarder de plus près, quelle duperie! Ce chercheur d'idéal, que Musset concevra, n'a ici qu'une chair impatiente de sensaidéal

Ay

tions nouvelles, qu'un esprit en

mal de découvertes imprévues. Sa doctrine est celle de l'amour sans lendemain ni engagement,
soustrait à la tyrannie de la fidélité et à la fatigue de l'habitude. Elle s'appuie sur les plus brillants sophismes elle fait l'apologie
:

de l'inconstance et delà trahison sous couleur d'hommage rendu à l'éternelle beauté. L'ambition de ce conquérant n'est qu'un
insatiable besoin de jouissances, et ce nouvel Alexandre n'est

qu'un cynique Épicurien.

de toutes

les

« Gonserverdes yeux pour voirie mérite femmes, rendre à chacune les hommages et les

tributs » qu'elle mérite, qu'est-ce autre chose que la théorie mal déguisée de l'amour léger et perfide qui se dégage de tous ses

devoirs
I.

l
.

La verve
la
Il

el

l'espril

brillant

de

la

tirade de
le

sion sur
parle.

nature

de ses

sentiments. C'est

Don Juan ont pu faire illugrand seigneur mondain qui
de son langage,

ne faut pas se laisser duper pas

les artifices

212
Et,

LA LEGENDE DE DON JUAN.
en
effet,

Don Juan ne voit dans l'amour que des expériences
Il

curieuses à tenter.

substitue à la volupté trop prompte de
la

la

possession, celle plus longue et plus variée de
plaisirs naturels et simples

séduction; aux
la stratégie
:

de

la
il

première,

il

préfère

compliquée de

la

seconde. Là

déploie tout son art

comme

le
il

joueur d'échecs se passionne aux combinaisons des pièces,
jouit de son jeu
;

manœuvres;
sement,
qu*il
la

il

aime à se regarder faire, à suivre ses calcule ses effets, mêle la galanterie à l'attendrisil

douceur au pathétique, exprime avec conviction ce n'éprouve pas; il se grime en un comédien du sentiment et,
il

sous son fard,

se

donne des émotions pimentées
la

:

il

se complait

au triomphe de son esprit sur

vertu qui se défend, sur la

pudeur qui hésite; il s'amuse des ravages qu'il cause progressivement dans un cœur, des avantages qu'il y remporte, de la
chute graduelle des résistances.
time,

Quand

il

a ainsi joui de sa vic-

quand de pièges en pièges il l'a conduite à ses fins, il l'abandonne et passe à une autre, les inclinations naissantes étant à ses yeux tout le beau de l'amour. L'inconnu seul l'attire
et
il

est aussitôt rassasié de la

femme

qui ne lui réserve plus

rien.

Le plaisir que lui donne la conquête s'assaisonne d'un sentiment plus subtil et plus égoïste la jouissance de la passion inspirée. Il goûte le charme de se faire aimer sans aimer luimême, de troubler les cœurs en restant insensible; habileté
:

savante qui

lui

permet de combattre sans

offrir

de prise et de

se retirer de la lutte sans

dommage. Dans
rien.

l'amour,

il

reçoit et ne
et à

donne
coup

cet échange qu'est C'est un joueur déloyal qui
il

joue sans risques
regarder
les

sûr.

Las du jeu,
lui.

se retire sans

ruines qu'il laisse derrière

C'est dans ce rôle de

pour

la

première
la

fois

en action

mauvais payeur que Molière le montre ce conquérant nous apparaît
:

d'abord dans

posture pileuse d'un fugitif;

il

lui

faut subir

l'assaut d'Elvire

abandonnée qui

l'a

rejoint et

réclame des expli11

cations.

Il

est curieux de le voir se tirer de l'aventure.
il

est

d'abord d'assez méchante humeur, car
puis, la vue d'Elvire en

n'aime pas

les

gêneurs;

équipage de campagne blesse son goût

«

DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE
:

».

213

d'homme du monde
s'il

il ne voit pins que cet appareil négligé qui les derniers souvenirs de son caprice. reste, en emporte, peut-être l'ail quelque impression sur eût Plus coquette, Elvire

lui.

Simple

et négligée, toute à sa douleur, elle lui parait ridiil

cule. Aussi
tions,
il

ne se met point en

frais

d'excuses et de protesta-

sure qu'il
le

n'essaie point, par de faux serments, de panser la blesa faite. L'ardent chercheur d'amour de naguère trahit

fond de son

àme

:

la

sécheresse et
:

la froide

méchanceté.

11

imagine une odieuse comédie
victime cette injure de
lui

il

feint l'interdit, et adresse à sa

faire
la

répondre par son laquais.

Il

goûte ainsi
lui.

la joie

d'humilier

femme

qu'il sait

amoureuse de
Il

Son dilettantisme
pousser plus loin
lui,

s'arrête d'ailleurs à cet outrage.
la

pour-

rait

cruauté, reprocher à Elvire sa naïveté

d'avoir cru en

quêtes
lui

la liste

énumérer devant elle la liste de ses confameuse que Passarino lance au parterre,

déclarer qu'elle y tient le vingt-cinquième rang, et lui demander ironiquement si elle s'en contente; il pourrait ricaner

de ses larmes,

lui conseiller

devant

lui.

Il

de se tuer de désespoir, et de le faire n'a pas encore atteint cette profondeur dans le

mal où le sadique tombera un siècle plus tard. Du reste, sa pensée a autre chose à faire qu'à s'occuper encore
d'Elvire.

Pressé d'en
il

finir

avec

elle la

et

de se délivrer de ses
fois l'hypocrisie,

plaintes importunes,

joue pour

première

hypocrisie de langage et d'attitude sans doute, où l'ironie tient une large part il invoque les scrupules de conscience; il crain:

drait d'offenser le ciel en conservant plus

déjà promise à Dieu.

En

réalité,

longtemps une femme désir le tourmente nouveau un
:

l'amour légitime d'Elvire pourrait-il tenir contre

les félicités per-

verses qu'une rencontre fortuite promet à son imagination? Le hasard l'a mis en présence de deux fiancés dont la mutuelle

tendresse a éveillé ses désirs.
indifférents l'un à l'autre,
il

Que

les

jeunes gens

(Missent été
:

lut

lui-même
ils

resté insensible

ce

qui

l'a

excité c'est

le

bonheur dont

paraissaient jouir; son
plaisir

caprice est né de la jalousie et du dépit.
cl

Au

de

la

conquête

du changement,
Il

lui-même.

mal pour il ajoute maintenant la volupté du ne poursuit plus une contrefaçon de l'amour, il le

214

LA LEGENDE DE BON JUAN.

dévie de son but. Peu lui importe au fond de posséder la jeune

aucune inclination; mais il se promet un plaisir délicat à briser rattachement de deux êtres et à introduire le désespoir là où régnait la joie. A son goût blasé faut désormais la souffrance d'autrui. Les excitations dont il avait jusqu'ici besoin pour relever l'amour n'étaient qu'amusement d'amateur; elles tournent maintenant à la cruauté. Le
fille

entrevue

:

il

n'a

pour

elle

il

personnage
les

n'est plus

seulement

le

galant habile contre lequel
il

femmes doivent

se tenir en garde;

devient un être malfai-

sant et dangereux.

Cependant son libertinage n'arrivant jamais à
prouesses qu'il imagine, son entreprise avorte. Mais

réaliser
la

les

vue d'une

paysanne

lui fait aussitôt

oublier son premier projet.

On

peut

s'étonner que ce raffiné soit séduit par les charmes épais d'une

Vénus de
dans
la

village.

Quel

plaisir cet

homme

de cour entrevoit-il
lui

conquête trop

facile

d'une Jeanneton? C'est chez
:

une

perversion de plus, un raffinement nouveau
qui n'a jusqu'alors connu que des

ce grand seigneur,

grâces fardées, est attiré par ce

femmes du monde et leurs parfum de chair saine et savouIl

reuse, par cet épanouissement de beauté fruste mais naturelle

que n'ont fanée

ni les

poudres

ni les fards.

contemple en contaille

naisseur surpris de l'imprévu de sa découverte cette
lente et ces lèvres

opu-

charnues;

il

flaire là

des voluptés encore

inconnues, des surprises pour sa sensualité. C'est un mets plan-

tureux qui

le

reposera des mets délicats dont

il

est fatigué.
:

Il

découvre aussi un autre plaisir à tenter cette conquête pour un homme qui a jusqu'ici triomphé dans les salons par les

moyens un peu usés des
de varier sa manière.
Il

petits maîtres, voilà
la

une

belle occasion
il

n'implore pas

faveur qu'il désire;
Il le

ne

se perd pas en langueurs ni en soupirs.

prend de haut, en

grand seigneur qui condescend. Nous sommes loin des fadeurs et des préciosités du Burlador. « Tournez-vous un peu, s'il vous
plaît

Haussez un peu

la

tète....

Ouvrez-les yeux entièreIl

ment...

Que

je voie

un peu vos

dents.... »

a tout l'air d'estimer

un cheval de

prix.

Il

a trouvé d'ailleurs le

genre d'éloges un peu

grossiers qui convient à une personne sans esprit et sans culture.

«

DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE
«

215

Aussi, loin de

traiter les
la

choses dans
»

les belles

manières

»,

il

prend

le «

roman par
».

queue

et

«

en vient de but en blanc
la

au contrat

A

cette aventure qui,
la

comme

précédente, reste

^ans résultat, s'arrête

peinture du débauché.

Don Juan

va

désormais apparaître sous un autre aspect.

Ce

n'est plus le libertin de

mœurs,

c'est

le

sceptique, c'est

l'impie qui se manifeste; sa corruption, qui a

commencé parles
originalité. C'est

sens, finit par l'esprit.

est sa plus

grande
de

par l'athéisme qu'il se distinguevraiment de ses ancêtres italiens
et espagnol.

Mais

ici,

il

faut s'entendre
le

:

même que

l'on a

vu

souvent en
voulu en

Don Juan

chercheur de
la

l'éternel féminin,

on a
le

faire

un apôtre de
la

pensée libérée de superstition,

défenseur des droits de
le

raison contre la tyrannie du

dogme,

rêveur humanitaire qui substitue au culte de Dieu l'amour
les idées

de ses semblables. Nous avons déjà expliqué
de Don Juan

de Molière

à ce propos, et ce qu'il pensait au fond des libertins à la façon
:

le

libertinage intellectuel de celui-ci
Il

n'est ni

rationnel ni sincère.

n'est qu'un prétexte

pour s'affranchir des

devoirs qu'impose la croyance en Dieu, et s'abandonner sans

scrupule, sous
à
et

le

couvert d'une philosophie de contrebande,
Il

l'égoïsme des instincts.

est

en

même temps
:

fait

d'orgueil

de dédain pour
eût les

la foi

du vulgaire
»
:

il

serait

plaisant

qu'un

Don Juan

mêmes croyances qu'un
!

Sganarelle! Qu'il crût

comme
pour

lui

au

«

moine bourru

Il

y a dans son incrédulité du
le

Voltairianisme avant l'heure

Dieu est bon pour

peuple et

les sots. Un grand n'en a que faire. Son scepticisme est une opinion aristocratique. Il est superficiel, sans fondement

solide

:

c'est la

négation du marquis qui dédaigne d'aller au

fond des choses et qui

de

la

fait de la métaphysique comme il fait musique, sans avoir jamais appris, parce qu'un homme de

qualité
Sait juger sans étude et raisonner de tout.

Don Juan n'argumente pas, il n'appuie son scepticisme sur aucune démonstration historique ou dogmatique; nie Dieu
il

comme

il

nie la médecine, parce

que

la

foule imbécile

e1

faible

2\ G

LA LEGENDE DE DON JUAN.
Il

y croit.
1

partage l'incroyance de ces philosophes italiens dont
«

Arioste a dit

qu'ils

ne croyaient pas au-dessus de leur

toit ».

que « deux et deux font quatre ». C'est le mot de Maurice de Nassau à son lit de mort, mot arrogant et niais du sceptique qui ne croit que ce qu'il voit, qui nie le mystère parce que son sensualisme superficiel voit dans les sens
lui, c'est

Sa croyance à

la seule

source de

la

connaissance.

Aussi, lorsque, tout à l'heure,

Don Juan,
que
:

après un haussement
statue hoche la tête,

d'épaules, constatera par lui-même
il

la

cherchera une raison au phénomène

le

merveilleux n'existant
il

pas et tout ne s'expliquant que par des causes naturelles, mettra sur
le

compte d'un éblouissement passager
témoin.
Il

la

vision
l'éviil

dont

il

a été le

lui

faudra cependant se rendre à

dence

et reconnaître qu'en

dehors des phénomènes

positifs,

y a place pour l'inconnu.
C'est ce que, avec son sûre,

bon sens naïf et

sa logique vulgaire,

mais

d'homme du peuple qu'aucun sophisme

n'a gâté, Sganarelle

démontre par avance à son maître. Et il n'y a pas lieu ici de s'indigner avec le sieur de Rochemont, que Molière ait choisi un
tel

porte-paroles pour plaider une cause aussi sacrée

:

la

simple

sagesse d'un Sganarelle trouve instinctivement, pour prouver
Dieu, l'éternelle raison invoquée par toutes les religions
:

la

nécessité d'une cause première, en dehors de laquelle tout se

constate mais rien ne s'explique. Et
docteur, d'un
vilain,
«

il

n'est pas besoin d'un

Ariste ou

d'un Cléante pour trouver cela. Le
les

avec son petit jugement, voit
», et

choses mieux que

tous les livres

Molière a jugé inutile de recourir à un
le

philosophe pour établir celte vérité que

parti-pris orgueilleux

d'un grand peut seul nier

« que le monde n'est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuit ». Pour simple et puérile que soit dans la forme la démonstration de Sganarelle, elle laisse roi Don Juan. Le gentilhomme est pris

de court; son valet

l'a

confondu.

Il

ne répond rien parce
lui se
et tire

qu'il

n'a rien à répondre; mais
d'affaire
il

un habile comme

toujours

par un expédient.

A

défaut de raisons
il

d'arguments,

a l'ironie, et Sganarelle ayant trébuché,

triomphe par un

«

DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE
:

».

217
». .Mili-

mot

d'esprit

«

Voilà ton raisonnement qui a
il

le

nez cassé

ce n'est qu'un mot, et

sort vaincu

du débat, en sauvant seulele

ment
Il

les

apparences.

en est de

même

dans

la

scène fameuse avec
et,

Pauvre

:

elle

scandalisa fort les contemporains
l'impiété,

à vrai dire, le cynisme dans

poussé à ce degré, ne peut être un sujet d'édification.
raille

un malheureux sur le peu de profit qu'il tire de du ciel à son égard. Mais son scepticisme gouailleur reçoit une première leçon de la résignation confiante du misérable. 11 en reçoit une seconde plus significative encore à trois reprises, il essaie de corrompre le pauvre
ses prières et l'ingratitude
:

Don Juan

diable en lui promettant

un
:

louis
«

s'il

consent à jurer; l'autre
»,

refuse

et,

d'un

mot sublime

Je préfère mourir de faim
la

cet
foi

humble croyant abaisse devant
de
la

grandeur morale de sa

l'impiété de l'athée, entouré de tout le prestige de la

naissance,

fortune et de l'éducation.

fier,

veut cependant avoir

le

dernier

Don Juan battu, mais toujours mot il ferait beau voir
:

qu'un gentilhomme

comme

lui fût

humilié par un croquant!

il

donne quand
dédire
:

même
le

le louis,

mais en ajoutant, pour ne pas s'en

donne pour l'amour de l'humanité ». Faut-il voir dans ce mot une première manifestation de la religion de l'humanité, de l'amour de l'homme pour lui-même, de la charité universelle et sans condition? une critique du culte
«

Je le

intéressé d'un Dieu qui paie au double le bien fait en son

nom ?
sens

Un Don Juan

charitable et philanthrope n'est guère conforme
il

à la conception de Molière, et

ne faut pas s'abuser sur

le

de ce terme « humanité
«pie lui

». Il

n'a pas la généralité et l'ampleur
11

donnera

le xix° siècle.

oppose simplement l'homme

à

Dieu,

la

créature au Créateur. Ce n'est pas l'instinct social et

bouche de Don Juan, cet individualiste et cet égoïste, c'est le dédain pour la divinité qui s'exprime. Par ce mot qui, au fond, n'est encore qu'un expédient, Don
altruiste qui parle par la

Juan se révèle

l'héritier des sceptiques arrogants de la Renaissance pour qui l'amour de l'homme ne sert qu'à masquer un

sentiment d'orgueil et de révolte contre Dieu

Quand, après

cela,

Don Juan met

l'épée à la

main pour sauver

Après le va s'enfoncer davantage dans c'est le débauché et l'impie. île rappeler. qui le le est surtout un beau geste. Dès mal. ne serait pas non plus s. . les duretés criantes envers de pauvres créanciers l'on désole. « ces vanités qui ne permettent pas même de payer ses dettes le Bour- daloue rappelait dans le sermon sur Vaumône que commen<< cement de la charité est de payer ses domestiques et ses fournisseurs. en tra- portrait du grand seigneur. et de «les mais cet honneur chevaleresque. Molière esquisse un nouvel aspect du personcelui du grand seigneur qui ne paie pas ses dettes. comme la dernière épave des vertus de leurs ancêtres. à propos de la scène de Dimanche. Molière ne pouvait négliger un trait aussi important 1. Ce mouvement. au sujet du duc (le la Fouillade et du marchand de chevaux Caveau. il seul qui puisse rendre héros sympathique. p. — riste de juillet issi. Le 2. VI. faisait allusion à ». dernier des devoirs est celui de était L'habitude 2 . que les gens de son espèce conservent au milieu jtires infamies.218 LA LÉGENDE DE DON JUAN. t. ce n*est pas l'amour du prochain qui pire. et de nombreux témoignages conmauvais fils : temporains nous montrent avec quel sans-gène les plus illustres Mme de Sévigné gentilshommes traitaient leurs créanciers s'écriait. Dans son sermon sur la pénitence. l'anecdote rapportée par Boursault dans sa correspondance. Lettres Il : lettre du 27 juin UiTS. prononçait un sermon sur la devoir de la restitution.m< intérèl i/. Dans son sur l'honneur (1666). Bossuet les prédicateurs ont dû rappeler les courtisans au devoir de s'acquitter. est le lors. l'ins- son propre ennemi. Dans son sermon pour fête de l'Epiphanie. mélange de bravoure fierté. et. il stigmatisait les injustices. A maintes reprises. nage L'espèce n'en était pas rare. que Et envers de pauvres marchands aux dépens de qui l'on vit. que nous allons voir. 101 e1 suiv. donc universelle. en apprenant que de Retz avait versé à titre d'acompte : I 100 000 écus le : « 11 n'avait reçu cet 1 exemple de personne et per- sonne ne sermon suivra ». Fénelon constatait qu'aux « le yeux des gens du monde. envers il de pauvres artisans que l'on le fait languir ». payer ses dettes çant le ». Entre temps. Cf.

du plébéien humbles du Roi allait bientôt pourchaleur de l'accent. Don Juan est sans cette posture peu digne de méprisable. courtoisie Don Juan s'en tire par une observation dont l'ironique étiez assis. Dans tilhomme qui. vous si « Monsieur. comme d'habitude. tout en le bafouant. est sa naissance. virulente cette dans qui parle : c'est l'auteur Pris de court. Et. doute amusant. Cette c'est le dureté s'affirme pur. ce n'est encore que paternelle fortune change sur la famille qui tire des lettres de les fournisseurs. mais mieux que vous puissiez davantage au cours de la si faire la deuxième rencontre avec Elvire dont d'un prière si touchante. en faveur de son esprit. son père parti. 11 devient ainsi complète se Le personnage la comédie passe souodieux dans l'entrevue avec son père.« DON JUA. Elle hausse le ton Mais ce n est pas cornélienne. encore l'impertinence double : vous en seriez mieux pour parler ». et ne sachant que répondre. type assez banal chez notes et laisse traîner ses prestigieuse avec laquelle nue Molière renouvelle par la verve seigneur a beau être grand Le son créancier. n'obtienl qu'une 1. le bour- dans l'humiliation de ce gengeois a cependant sa revanche réduit à le cajoler. il lui fait berner il ne paie pas ce bon seulement cynique il reste séduisant non dépens avec tant de bonne il s'amuse à ses : M Dimanche. Ici et prend dans le dainement au tragique. débordante amour fui le 31 si profond encore. nêteté. : il pousse lot ce cri où s'exprime toute sa dureté « Eh. dupé qu'il soit. . la suivre dans de solennelles assises K La et insolente. que la justice indifférent violence de la satire ne sont pas d'un diatribe. mais il est surtout graduellement. c'est le porte-paroles des aux exaspéré contre cette noblesse dure même. mais et humeur un tel malhonentrain qu'on lui pardonne presque sa si Mais. Il reprendra plus tard personnage dans le Bourgeois gen- Le ûls de momme et en fera un fripon. Ici.N OU LE FESTIN DE PIERRE Le 219 . De aoûl 1665 que commencèreol tes Grands Jours. mourez le plus que vous pourrez. discours de Don Louis une allure sa douloureuse seulement le père outragé qui vient exhaler rancœurs de Molière luiindignation.

Successivement débauché. semble en contradiction avec lui-même. se transformant en un cuistre furtif. Mais Don Juan n'est pas hypocrite à la façon de Tarlutle. fils dénaturé. : non seulement par sentiment de sa faiblesse et par besoin de mordre dans les jouissances que la vie lui étale. le précurseur du les Non seulement il il laisse loin derrière lui folies du Burlador. Le Sévillan à mine altière prenant soudain un ton radouci. Là est le germe du sadisme qui dénature l'amour en lui le fin. cet air languissant ont ranimé en lui quelques restes de son ancien feu. Elle n'en est que l'occasion ou à sa vraie n'est plus l'objet de l'amour. Elle n'es! pas vice de grands la Qualité dispense de la précaution de dissimuler. le grand seigneur se tartuffie. Cette plainte sans apprêt. Chez Don Juan rien de tel : . c'est pour un mouvement. Don Juan devance ici son siècle et devient roué. athée. comme une chose non seulement inattendue mais illogique. réponse indifférente. un sentiment pins répugnant se fait jour chez Don Juan. Son désir renaît sous l'excitation de causes artificielles elle : ce n'es! plus pour que la femme est recherchée. ajoute à sa propre corruption une subtilité Cette impression va se préciser dans la dernière manifestation de sa perversité. et en le subordonnant à d'autres sentiments spectacle de la souffrance émeut la sensualité du débauché. il finit par l'hypocrisie. un détail de toilette qui ont provoqué une pensée luxurieuse. mais qui répugne. elle le prétexte. au : assignant un but contraire lieu de toucher sa pitié. il est excité par la vision qu'une atti- tude douloureuse offre à son imagination. baissant 1rs yeux et jouant au dévot. Cependant. un mot. l'est d'instinct. On ne conçoit guère un Don Juan. .220 LA LÉGENDE DE DON JUAN. cyniquement étalées et exaltées. ou au besoin d'attaque. par fausseté naturelle. Pour achever de se rendre odieux. Ce dernier trait de caractère ne laisse pas que de surprendre d'abord. blasé en quête de sensations. le héros aux passions débordantes. pour lesquels elle est une arme de défense. mais que sa condition et sa pauvreté lui défendent d'espérer il Celui-ci l'est. L'hypocrisie est vice de petites gens. de faibles.

et un expédient. s'en sert lui quand sa situation devient si dévotion il apparaît comme un les port de salut.(( DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». menacé par son père qui pourrait avec quelque lettre de cachet. C'est un refuge où s'abritera contre tempêtes qui éclatent autour de Poursuivi par ses créanbien. attaqué jusque dans sa vie par les frères d'Elvire. qui ne le Don Juan En prenant ainsi : se divertira désormais à petit bruit. Seule. Don Juan critique n'est pas hypocrite. 22 l'hypocrisie n'est qu'un jeu. comme la dernière ressource du débauché aux abois. de prudence et d'habileté. tactique De là le changement de religieux pour déjouer les pourpour persévérer dans le mal. ciers. la Ce n'est qu'un vêtement de dessus qui mal à personne. du passé et un sauf-conduil pour A cette nécessité pressante des faits s'ajoute une logique intérieure qui. parts. à des précautions incommodes pour un homme habitué à en prendre à son aise et à agir ouvertement. un « bouclier » à l'abri duquel on peut être impunément le plus méchant homme du monde. car. en dehors de toute raison. doit amener Don Juan à l'hypocrisie. la fausse dévotion apparaît comme la conséquence fatale du libertinage. comme y arrivent autour de lui une Il de gentilshommes à l'Eglise l'oubli réduits à la môme nécessite de demander l'avenir. acculé à Don Juan les se sent traqué de toutes une extrémité sans issue. En réalité. Avec lui. ce qui n'est pas la même que lui. il venue et justifie l'auteur persécuté de Tartuffe. celui plus « douces habitudes » qui deviendraient sans cela dangereuses. passager d'atteindre à certaines Elle est empruntée. tient il artificielle. mais c'est une ressource sûre. une conversion : devant laquelle s'apaiseront c'est haines peut le tirer d'affaire une ressource désespérée qui oblige à des feintes. masque suites de ses ennemis et veut pas abdiquer. la profession d'hypocrite joint à l'avantage d'obtenir le précieux de pouvoir conserver de pardon des anciennes fautes. laquelle infinité il y arrive par une fatalité des événements à n'échappe pas. un moyen ingénieux fins. chose. Si les circonstances expliquent sa ruine morale définitive. des raisons psychologi- . la Il joue de l'hypocrisie. arrêter ses débordements.

L'hypo- crisie devient ainsi un instrument perfectionné à produire le et la volupté. Car s'il faut avoir la confiance naïve les d'Orgon pour ne pas percer à jour procédés par trop gros- . Il en a déjà fait un premier essai au début. d'ailleurs. sa méchanceté goûtera un régal délicat à tromper les gens sur le fond de son mal lui-même. sans déclamation suspecte.222 LA LÉGENDE DE DON JUAN. L'hypocrisie est il est naturel que don Juan s'élève. auquel culminant le point C'est la dernière phase de son développement. Quelle revanche à prendre sur Elvire et femme sera obligée de bénir la main qui de s'incliner devant les souffrir. se juge sévèrement.faciles et toujours en quête d'émotions plus rares. mais que naître. le libertin les trouvera là. demande qu'à le croire. Il y jouira non plus seulement du en somme banal. Il il invoque le ciel joli auquel il ne croit pas. au second acte. subtiles plaisir : cœur et sur son père! L'honnête la fera de sa pensée. Il s'y prépare depuis longtemps. et sa demande d' une personne qui lui serve de guide t. mais de mille choses orgueil se satisfera dans la critique des son plus de soi-même. spontanément et du premier coup qu'un vice aussi ingénieux s'épanouit dans l'âme de don Juan. et cela explique qu'il s'y com- porte aussitôt non pas maître. pieux motifs au nom desquels on la torturera. mais comme un il sait donner à son repentir une note qualifie juste. pour enjôler Charlotte. Revenu des ques jouissance. la justifient et la rendent vraisemblable. 11 comme un il apprenti. Le fils naguère maudit goûtera le plaisir exquis de déshonorer le nom qu'il porte au moment même où mal il édifiera son père par le spectacle de sa piété. Ce n'est pas. à tirer l'une de l'autre. in s'est ainsi exercé à l'avance au métier qu'il embrasse extremis pour se tirer d'affaire. sa haine s'assoul'admiration actions d'autrui et vira sournoisement. y est pris lui-même. sans exagération de ton: comme convient ses erreurs passées. dans son entretien avec Elvire. pour marcher sûrement dans le chemin où il va entrer » semble ne si spontanée que non seulement elle dupe son père. avec le raffinement de passer pour vertueux et bon aux yeux de sa victime. qui le conpour payé Sganarelle. sans gestes excessifs. avec des airs de pardonner.

et le discernement absolue mire la vraie et la fausse si Don Juan ne prenait public. venant lui demander raison du . Molière unit dans du caractère de son héros. son feinte douceur. sa fausse humilité. sa ses airs mortifiés. Légimité de ses ennemis. au développement naturel contre les Dévots. C'est sous fait. Le déguiperfection. soin d'avertir bien vite Sganarelle comme il Lui a fail l'hypocrisie au valet stupéfait la théorie de parti. tous les vices qui s'abritent plus dans une lettre justificative. de plus parfait tableau n'a été « un habit respecté ». Il fail : nent C'est le parfois les en réquisitoire. Il ne lui pratique sa nouvelle en mettre de la théorie à l'application. C'est ce qu'il fait aussitôt. l'homme le plus méfianl si francs el dehors les sous découvrir une arrière-pensée naturels dont se recouvre le gemenl atteint avec lui la mensonge de Don Juan. Jamais mis tout son art et aussi ses roulements d'yeux et toute sa malice. du il étale les dessous celle du libertinage avantages qu'il offre à ses ses procédés. dans morceau est. Don Carlos. Le L'expression de sa haine et de ses rancunes parabase. une sorte de de ses procédés les public laquelle il soumet au jugement du que la alors Mais. tirade. qu'il joue la comédie. il va secrets. développement du premier placet au roi ce sont mômes termes. celte magistrale Par une habileté suprême. le pour même sérail impossible. comme on l'a dit. les merveilleux la corporation que soutienadeptes. L'attitude du dévot. ses sentiments et irréconciliables. griefs.« DON JUAN ul LE FESTIN DE PIERRE 223 à si siers aurai! de La peine de Tartuffe. sous le couvert des intérêts sions et ses Juan n'oublie aucun des traits du modèle. Don intérêts. frère d'Elvire. antique parabase Molière. ses rancunes sournoises satisfaire ses pasingéniosité à se débarrasser de ses ennemis. La confusion est ici dévotion. Molière s'y est complu. et à méthode. mais le plaidoyer se transforme ici public et non la révélation faite devant le . il montre la puissance de même les âmes vraiment pieuses. et défend la demeure sans lien avec le reste de la pièce. ses mobiles. à du ciel. Don Juan dans cet exposé où il est le porte-paroles de reste plus qu'à passer achève de se peindre lui-même.

On Juan a adressé bien des critiques à cette figure du héros soit. Ce cavalier. rebelle au joug. mêlant les qualités et les vices les plus contradictoires. parfois. . auquel descend Don Juan. Il met dans celte comédie une intention ironique: il s'amuse franchement. enivré d'indépendance et maladroitement. Don sympathique. puis égoïste. au contraire avec une manifeste antipathie. menteur. et se fait une joie maligne d'exaspérer son adversaire par ces pieux motifs qui ferment la bouche à toute raison et imposent silence à l'honneur lui-même. brave. le fier. mal et constant avec lui-même. hypocrite. multiple et divers comme son milieu. que sa véritable signification fin. C'est le dernier degré aller plus bas.224 LA LÉGENDE DE DON JUAN. Aussi les uns ont-ils lui voulu voir en un caractère d'idéal. sans se soucier des invraisemblances «1rs contradictions qu'il mettait dans son portrait. le et il ne saurait Quand châtiment arrive. généreux même. est clans la transforma- tion subite de la Molière n'aurait pour aboutir à faux dévot et cette son œuvre que métamorphose inattendue de Don Juan en la même écrit prendre ainsi contre cabale sa revanche de et l'échec de Tartuffe. le sans remords. en que les dernières scènes dégradent transformant contre toute vérité et pour des raisons de polémique étrangères à la pièce. tracé d'après un plan préconçu et non pas un être réel. tantôt odieux. fait déshonneur à son nom. il reconduit en des termes empruntés : au vocabulaire des bons Pères il n'a que le ciel et son salut à la bouche. D'autres ont estimé au contraire que toute la première partie du rôle est accessoire. : si vigoureuse qu'elle est tantôt elle a paru manquer de netteté. ferme jusqu'au bout dans il meurt bravement. déconcerte par son absence d'unité. tour à tour brillant. Ces contradictions n'existent que si l'on voit dans le héros un personnage de convention. Molière semble l'avoir peint parfois avec un secret penchant pour une secte à laquelle il avait plus ou moins appartenu lui-même.

Le grand seigneur les est recherché si pour son esprit. bat de surcroît. prend aux petits leur argent. manteau de Tartuffe. 225 lui Replaçons Don Juan dans la ce qui déconcerte en la sur scène apparaît comme reproduction exacte de réalité C'est parce qu'il est trop vrai qu'il a pu sembler invraisemblable. on cherche en vain le entre les éléments qui composent cet accord et cette symétrie absolue qui ne sont pas dans la nature. au passage du Rhin. Les grands seigneurs dont il est limage offraient la même opposition de vertus et de vices. mais. en l'isolant de son entourage. outrage et morale et la religion dans des dans son manifestations publiques infamie. il garde encore de la race. changeant. prompt à tirer l'épée pour défendre son honneur. parce que les personnages qu'il incarne n'ont pas cette unité artificielle que nous sommes habitués à demander aux héros de théâtre. il femmes l'aiment.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE la vie. le fleuve. et apparaîtra ce qu'il est vraiment une «les figure mobile et non figée. et. est au premier abord sympathique même Tel est Don Juan : que il l'on oublie un moment la convention : théâtrale. leur femme. il se jetait le premier à la nage dans Bussy était célèbre par ses duels. assister un ami ou servir le roi. il ne faut pas le regarder avec un recul de deux siècles. hante les mauvais fort et lieux. au philosophe. Le gentilhomme ment. en 1072. Si on le conçoit. parce qu'elle est copiée sur 15 . sous le témérairement. trompe. Pour le comprendre. ils étaient sujets à ces mêmes changements de conduite qui choquent dans une pièce régulièrement construite. il scandaleuses. Don Juan est complexe. la légende. Répugnant et on l'observe de près. Il ne recule pas devant la mort et l'affronte même conserve sa fierté et sa noble allure. la se souille dans des orgies crapuleuses. Guiche se signalait en Flandre en 1655 . il et le jour où ses escapades l'ont réduit Il aux abois se joue un autre jeu et se convertit. comme un produit de l'imagination. il compromet dans de sales intrigues. d'espion. et les il joue à l'esprit Il ne croit ni à Dieu ni à diable . descend même il plus bas que Don Juan il : il fait le métier d'escroc. et la ». attirant. Il est courageux. mais semblent naturels dans le monde.

s'est contenté de peindre une figure en sur- face. mais à siècle. chevaleresque à l'occasion. la peinture du caractère est la partie essentielle de pièce. elle n'est il intime que visible. son unité est plus pour l'apercevoir. pas une. réalité faut. enjôle la le son père. est. Don Juan nous lui a été montré sans antagoniste. ou plutôt. ses mœurs. épars dans les condense en lui multiples écrits du temps. un vices. Ses victimes n'étaient que des figures à .226 LA LEGENDE DE DON JUAN. Jusqu'alors. C'est par appartient non plus seulement à 11 qu'il est original et qu'il la lit- térature. les des contemporains. ancêtre le modèles vivants. caractère est identique à lui- les traits qui le constituent. Son ples et Burlador. ses qualités sur son époque. découvre alors que. Cette transformation capitale n'est pas la seule. dont les traits sont tout extérieurs. et au fond irrémédiablement perverti. Il l'histoire. Aussi olïre-t-elle la variété souvent disparate qui est le propre de la vie. les Lettres. qui. une paysanne. au dément grossièrement caricaturé par Dorimon et par Villiers. Il c'est que le but de Tirso n'était pas de l'analyser. Molière a substitué une figure ampleur et une signification jusqu'alors inconnues représentative de son siècle. qu'il raille berne M. Don Juan demeure même là homme : le grand seigneur aux dehors brillants. ou blasphème ouvertement. concentrant sur toute l'attention. comme lui. est composé d'éléments plus sim- moins dissemblables. On même. si hétérogènes qu'ils semblent : être. document non moins Mémoires ce que nous trouvons il précis et plus vivant que Il les Sermons. prend ainsi une : au débauché conçu par un moine espagnol. symbolise l'aristocratie française et du xvn e ses avec ses passions. sous ses multiples manifestations le d'apparence contradictoire. ou mette l'épée à main pour sauver son propre ennemi. Chez Molière. Dimanche. au conla traire. ont entre eux une harmonie profonde qu'il qu'il joue au dévot. bien connaître cette dont elle est la représentation. représente un certain milieu.

Qu'adviendra-t-il pour l'un et pour l'autre de cette rencontre? Quelle influence une telle femme pourra-t-elle femmes que des dans les ténèbres ou des paysannes qu'il enjôle par un compliment. Un Don Juan doit rencontrer sur son chemin d'autres peine entrevues. En la créant. Mais d'autres donneront à celte femme une influence qu'Elvire n'a pas pu prendre. En face «le . ses amours vulgaires et brutales. une duchesses qu'il viole exercer sur Jnan? Ouvrira-t-ellë son cœur au véritable amour? Fera-t-elle germer quelque tendresse dans son Ame insensible? Et lui quelle transformation fera-t-il subir à cet être Souillera-t-il Don bon et aimant ? après avoir souillé son corps? ou bien tous deux sortiront-ils de l'aventure sans s'être mutuellement pénétrés. Elvire traverse sa vie que pour mettre on peut excuser le Burlador de Molière sur ses tromper d/abandonner une Tisbea. le moment critique et décisif de sa vie. l'autre aussi son Ame pure? C'est cette dernière conclusion n'agit pas sur Don Juan. rit et Don Juan. 227 telles dona Isabella ou dona Ana. Elvire apparaît-elle sur comme l'antithèse de dépravé tiquequi et volage. A créature d'élite. l'amour qui pleure console. Aussi. il a grandi la personnalité de Don Juan. il a ajouté un amour d'une qualité rare. à l'amour sarcaset blesse. ses amours avec elle est trop corrompu et trop orgueilleux pour subir l'action de qui que ce tout soit. dans la conception française. et de faire de l'événement essentiel. et attire à elle toute la sympathie. on ne peut pardonnera Don Juan de trahir une Elvire. Il doit arriver un jour où il désirera une femme distinguée entre les autres. Ici l'influence de et : successeurs a été prépondérante qu'à coté des femmes banales et la plupart ont vu après lui il faciles. l'un aussi corrompu. ou «Je naïves paysannes trop aisément dupes de ses déclarations. elle ne plus en reliefjsa perversion : si que Molière a adoptée. En elle s'oppose à l'amour l'amour chaste et profond. Le Don Juan de Molière dans importait de placer la destinée de Don Juan une vraie femme." DON JDAN OU LE FESTIN DE PIERRE «. tels qu'ils étaient avant. Molière lui oppose une femme qui pa.lage avec lui l'intérêt. Pour la première fois.

Autour de Don Juan et d'Elvire se meuvent d'autres personnages transmis à Molière par les auteurs italiens et français. Sa con.228 la frivolité. et elle précède au couvent la victime de Louis. Mais si demeure celui quia fait battre son cœur. tor- turée. elle même coupable. Ce sont les paysans et les paysannes. incarne la constance. Elle et de la méchanceté. elle se plaint l'ardeur discrète d'une La Vallière. elle ne voit plus dans la ruine de son bonheur : qu'une consolation sauver celui-là même qui l'a trahie. Elle A Don Juan elle a tout donné avec une ferveur religieuse. Il Don Juan embarrassé. de l'amour rusé d'Agnès. parce qu'elle n'a compris sa faute qu'après avoir connu l'indignité de son amour. parce qu'elle a cru en lui. sans triste la satisfaction éclat ni orage. honte d'avoir sacrifié son honneur à un homme. et plus ou moins retouchés par lui. saignant. Elle a succombé sans avoir péché. foule Cette figure se détache au milieu de la originale des variée et si amoureuses de Molière. non pour bonheur de l'élu. Et le même cœur alors la charité surmonte sa douleur et son dégoût. non pas avec l'emportement et tives d'une Hermione. avec celle-ci. Elvire incarne l'amour profond et triste. blessée dans la foi qu'elle avait en lui. de loute son âme. A côté de l'amour tendre et encore naïf de Marianne et de Lucile. Comme doucement. mais avec la tendresse de Monime. l'abnégation et n'aime qu'une les invec- fois. Elle ne cherche pas à reconquérir l'amant qu'elle a perdu. Elle aime non pour elle-même. version serait signe du pardon céleste elle non pas tel qu'elle ait elle a il des remords de l'avoir aimé. le suffit qu'elle paraisse pour que la pièce hausse ton et prenne une allure plus grave. son amour est désormais si pur et si désintéressé qu'elle ne songe plus qu'à ramener le le coupable à Dieu. bien différents de leurs aînés par leur réalisme. inspire le respect. elle l'aime encore. parce qu'elle a aimé en toute vérité. le de ses sens. en a de s'être trompée. de l'amour frivole de Célimène. l'amour sent presque tragique qui. Elvire LA LÉGENDE DE DON JUAN. Devant se les facéties de Sganarelle se taisent. en face de l'égoïsme la bonté. mais pour aime en s'oubliant. c'est . à recommencer le roman interrompu. de l'amour sage et sérieux d'Henriette.

elle est faite croyance aux loups-garous. petit myrmidon que vous êtes. mêle superficielle le Epicure si et Sardanapale. que toul vous soit permis 2 » Il est sensible aux nobles sentiments. I. à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent. hasarde d'une manière qu'il semble que et cependant vous ne l'avez pas ». s'écrie-t-il « C'est bien avec indignation. et si ce dernier a trop facilement le dernier mot. à la ! I Adi' Id. un type banal que se transmettait depuis l'antiquité sans le comédie italienne avili il modifier. mais solides et marqués au coin de la sagesse. joue comme lui dans la pièce Il est plus voisin le rôle de défen- seur timide de la morale. mais en les corrigeant si bien qu'il a fait entrer dans la la réalité un personnage de convention. 2. vous avez raison. foi. à propos du tabac. comme Philippin et Briguelle. n'admet pas qu'on se joue des sacrements de l'Église. vous en soyez plus habile homme. ni Il un goujat de Catalinon. Il a beau avoir le respect instinctif du gentilhomme. son langage fleuri. il sent qu'il est des choses qu'un marquis Il lui- même à ne doit pas se permettre. en réalité. 229 Sganarelle. C'est un paysan encore fruste qui. plus grossière. Pensez-vous que. c'est un honnête homme conduite de et un homme de sens. sorti trop tard de son village. n'a pas cependant les manières surtout élégantes du valet espagnol. ' même à argumenter contre son maître. II. a horreur de lui fait la Don Juan. c'est lui. Sa de religion est la moins grave. pour être de qualité. que l'on s'attaque à Dieu.<< DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». Sganarelle n'est ni un pitre à la façon d'Arlequin. : il cite Aristote. qui le bat avec ses raisonnements lourds. . et sa clairvoyance avisée que le deviner tout ce qu'il y a de captieux dans les arguments grand seigneur apporte à défendre ses vices « Vous : tournez les choses. triviaux. vous. son bel esprit. s'est mal frotté d'érudition et se croit philosophe ciel. auquel Molière a conservé les traits essentiels de ses modèles. se. Mais naïve que soit sa et si que soit sa Il science. Il se lui dit-il. petit ver de terre.

le fait peut en vouloir de cette lâcheté qui mentir à sa con- science. se. approuve. Mais la crainte détruit ses bonnes intentions et lui fait oublier sa Son maître dit-il à lui inspire : de l'effroi comme un en vint être redoutable et malfaisant - .le fond de la nature. il il est intéressé : à l'imitation de Passarino enfer. : révolter contre la lui fait la vérité. valets Il n'est pas de la famille de ces fripons. les il va môme plus loin : il cherche à sauver ses victimes en mettant en garde contre -aine morale. responsable des désaveux que se donne le pauvre garçon c'est sur lui qu'en retombe l'odieux. se u. surtout de la A ces qualités d'une vertu moyenne. toujours prêts à favoriser les vices de leurs 1 . est peut- regrette ses gages que Don Juan emporte en moins glouton. i. et vous le prenez comme 3 il faut » ». se. jurer un peu. l. conscience de battre 1 . menti '-.11 AN. Toutefois. > feignant de prendre à son compte des sentiments qu'au fond de son cœur fait à tel Il il réprouve. défauts superficiels qui n'entament pa.le l'ai fait cette confidence qu'il avec franchise. L'hypocrisie de se il Don Juan entendre le confond. Sganarelle demeure en réalité une être exception parmi ses congénères. mais s'il fallait quelque chose à ses oreilles. le laissez-la ce » pauvre misérable. je dirais hautement que tu aurais Dès que Don Juan hausse la voix. 2. Acte Acte Acte II. il douleur d'autrui sort de Pierrot c'est : l'attitude d'Elvire L'émeut. il se lait. lui. s'apitoie sur le « Eh monsieur. m. Guzman. faite droi- ture instinctive que les sentiments naturels donnent à l'homme simple.'!. « Il en ce monde que de engage se contenter le . . Mais ce ne sont là que peccadille-. Don Juan est seul . Sa bonté native ne cesse de méchanceté de son maître à tout propos.230 LA LEGENDE DE DON : . . mais on ne dit-il. son approbation : même est sus- pecte et se manifeste sous une forme ironique « C'est fort bien n'est rien de vous. mais tout aussi gourmand et aussi expert en l'art de dérober les bons morceaux que ses devanciers. est vrai qu'il lui pauvre à non sans malice. I. se mêlent les défauts traditionnels : il fuit quand son Il maître est attaqué.

ni leur esprit d'intrigue. tels que le théâtre italien les à transmis au nôtre. Avec Molière ce caractère s'atténue. Désormais. les différents personnages de pièce subissent tous. Molière. Avec ce souci habituel à tous les écrivains classiques de peindre des sentiments et des mœurs.Juan. . à plaisanteries à moitié improvisées où la verve des auteurs se donnera carrière. Une nouvelle évolution s'opère donc dans la légende Italie. à des Pugazzi de théâtre en plein vent. tandis que côté plai- sant. ni la des créations arbitraires de l'imagination. dont les un ingénieux artifice théâtral. Par contre. elle ne sera plus qu'un prétexte à farces de tréteaux. Il n'a rien d'un Scapin ni d'un Mascarille : il n'a ni leur effronterie. elle tombera même. grâce à Molière. une même transformation. 231 maîtres et à duper les bonnes gens. n'est plus qu'un bagage encombrant que la pièce traîne encore avec elle. les les traits de mœurs Italiens remplacent avaient fait lazzi. copiés d'après des modèles convenus. la réalité Alors même qu'ils se rattachent à la tradi- tion. ils empruntés y ajoutent des éléments de vérité qu'ils ont : à leur milieu. l'élément surnaturel. chacun conformément à sa condition. prenait plus d'impor- tance. légende va suivre un double courant.<< DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». la pour développer ce qui s'adressait à la raison. ne s'est pas encore corrompu Ainsi en passant des auteurs italiens à Molière. à des jeux de marionnettes. sin- gulière destinée. insensible dans l'œuvre espagnole. dans les antichambres. dégagées des éléments merveilleux ou grotesques. C'est de qu'ils tirent leur vie. devait négliger ce qui s'adressait à l'imagination. les aventures de Don . Ils ne sont plus de simples mannequins. comme dans toutes ses comédies sérieuses. la signification en pas- sant d'Espagne en religieuse et inorale de le la pièce avait été effacée ou dénaturée. qu'elle : modifiera plus ou moins suivant les pays qu'elle traversera sous l'influence italienne. dans Don Juan. ni leurs façons Il de laquais de grande maison.

soit les tendances fois. chaque race. Romantisme. Don John de Shadwell est un représentant de l'aristocratie anglaise dans de la deuxième partie du xvn e à siècle. le ton si et conserve à son Don Juan le charme séduisaid. réduit encore la part du merveilleux dans le sujet. de même que époque le Don Juan plus Molière représentait la même l'art l'aristocratie lui. lui conserveront quelque chose de Il large signification qu'elle a prise en France.232 LA LÉGENDE DE DON JUAN. Enfin. certes. dans des créations postérieures. les allures de grand seigneur du Don Juan fiançais. sous l'influence de pièce française. les mœurs de ses contemporains. la nouveaux interprètes de légende. le L'Allemagne le traduira ou l'imitera. Don Juan sera. En Angleterre. et les doctrines de leur siècle. serait. emprunte à Molière perexté- sonnage d'Elvire rieur. et ton le sa philosophie de la Certes. tout en concevant un Don Juan plus philosophe et plus mystique. tout en le transformant en une sorte de . Le Lovelace de Richardson sera de la comme que lui encore un artiste dans la séduction. au xix n siècle. mêlera à son Burlador des souvenirs du Festin de Pierre. Alors les même qu'ils s'affranchiront la de la conception de Molière. L'Espagne elle-même. incarnera chaque Age. erroné de prétendre retrouver dans français. mais d'une façon plus générale ses sentiments. Mais bien des les innombrables Don Juan qui vont se succéder à travers l'Europe. la grandeur ou la bassesse de leur idéal. à la et leur porte-paroles Il celui de la foule anonyme qui l'entoure. la étrangers à représenta tioD de la vérité. la conquête de la femme restera toujours l'idéal suprême que poursuivra Don Juan. les traces du Don Juan développele germes qu'il porte en lui se ront chez plusieurs de ses descendants. et française. ses idées ie. sous peine de ravaler la aux vulgarités italiennes. serviront à exprimer non seulement les différentes conceptions qu'à travers les temps et les pays l'homme aura de l'amour. tout en s'inspirant le davantage des comédies italiennes. Goldoni. mais le héros deviendra surtout pour ses interprètes une occasion de traduire soit leurs opinions personnelles. leurs rêves ou leurs désillusions. Da Ponte. En Italie.

à partir de Molière. Musset ne dévcloppera-t-il pas le lyrisme qui est quand il expose avec un tel enthousiasme Ne prendra-t-il pas dans cette l'inconstance? de sa théorie sans fin après la fugitive course théorie la première idée de la Beauté. C'est pourquoi il prend. se réclamera à maints égards du Don Juan de Molière. humaine.« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». type en somme assez banal. mais tout un état social. restreinte d'individus. 233 rêveur idéaliste. . une tendance à s'analyser. si l'on n'étudie attentivement son développement progressif. N'est-ce pas Molière aussi qui. se substitue une œuvre en transforme se légende La réalité. faire aimer le héros par une de ses victimes? D'une façon plus générale. notamment. D'autre part. a imaginé de déjà dans son cœur. plus voisine de la Don le dans parfois une peinture de mœurs qui embrasse — non seulement une catégorie Juan de Byron. et peignant avec lui tout le milieu qu'il représente. : — une personnalité complexe qu'on ne peut embrasser. à partir de Molière. à la fable surplus naturelle que l'Espagne a créée. se décrivant ainsi lui-même. le héros acquiert de plus en plus une valeur psychologique ce mais n'est plus un simple libertin. le premier.

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Pour cette reprise du Don Juan de Molière. I. de Monvel. de Baron. théâtres de la Foire différentes troupes foraines. du marquis de Bièvre. le Moliériste. — Le Donjuanisme au xviii siècle Légende. de ChoLa jeunesse du due de Richelieu. Le Don Juan de Molière. .LES DON JUAN (XVII e FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE ET XVIII SIÈCLE). elle suggéra à nombre d'entre eux la pensée de recourir aux premières pièces. — Raisons pour lesquelles Clarisse Harlowe sur des xviii siècle français a méconnu la légende de Don Juan. — L'homme à bonnes fortunes. a subi ne fut repris que novembre 1841 au théâtre de l'Odéon Pendant tout le cours du xvm e siècle. — De quelques œuvres qui l'incarnent pièce sérieuse inspirée par Séducteur. jouée en ne se rencontre dans aucune province. cf. de Molière. au conet bonne heure. scène après 17 la quinzième représentation. — Festin de Pierre de Le Tellier. — Les pièces ses imitations. — Représentations nombreuses données par : Thomas Corneille : une adaptation en vers du Don Juan de : il la : le liaisons la la le c : le et les Don Juan sur les théâtres de marionnettes. — Programme-annonce d'une imitation du Festin de Pierre. grâce à elle surtout. — Le Don Juan de Rosimond un grossissement caricatural. |>. — Les corruption en cent ans. Don Juan prit place dans la littérature universelle. elle servit à faire connaître le Burlador I. l'œuvre de Molière se répandait de A l'étranger. il en France la défaveur qui s'est attachée au théâtre de Molière en général. Nous avons vu comment la le le Festin de Pierre dut être retiré de Il l . traire. — dangereuses. — Inlluence de derlos de Laclos. t. 24. Si elle n'inspira pas toujours directement les écrivains postérieurs. — Les étapes de peinture du Roué.

pendant tations et les premières années. chez Molière. version qui l'ut jouée avec succès sur 1677. l'impression si laissée par le Festin de Pierre fut vive qu'il provoqua des imi- suscita des œuvres nouvelles. En France môme. Ses corrections ont donc porté surtout sur troisième acte et sur le dernier. et en adoucissant certaines expressions en modifiant plusieurs il scènes au troisième et au cinquième acte. \>. continua à être joué sous le La veuve de ce dernier les correcteur trouvèrent en ils nom de Molière. Thomas la Corneille en écrivait une version en vers. celui-ci déclara dans sa préface l'ait que mettre en vers son modèle. modifications dont prenait à son compte les défauts. — vers chan- faciles et inégaux. /. « certaines choses qui blessaient. Avec ces remaniements. . le théâtre de rue Guénégaud en constatait que la délicatesse Dans le Nouveau Mercure galant de Visé ayant disparu. fermes la et même vigoureux quand l'auteur se contente de rythmer celle-ci prose de Molière. car deux cents écus d'or dont la fut payé par la '. troupe de la rue Mazarine l'achat du nouveau Festin de Pierre En dehors de transformation de la prose en vers.' théâtre français sous Louis XIV.'J. plats et vagues quand ne le soutient pas lit — quels furent exactement les gements que Corneille de la subir au texte de Molière? L'œuvre originale ayant scandalisé par -es audaces. Cf. par le un hommage rendu à et le la mémoire de son véritable auteur. » des scrupuleux sans rien perdre des beautés de l'ancienne. 1. Despois. œuvres italiennes et fut ainsi à travers le monde comme principal agent de difi'usion de la légende. même temps se partagèrent leur bénéfice à cette reprise de l'œuvre. c'est-à-dire sur les scènes ou s'étalent le plus impudemment les l'athéisme de Don Juan et son irrévérence envers choses sacrées. Festin de Pierre. en avait acquis de nouvelles. Corneille se proposa faire accepter en retranchant ce qui avait alarmé le les con- sciences.236 et les le LA LKIIKNDE DE DON JUAN. Plus Thomas modestement qu'il n'avait et plus justement. Molière se trouvait ainsi mis au point par Corneille. expurgée et adoucie. En KJT. 42. l'œuvre corrigée.

ingénue d'âge plus que de cœur.. déjà retranché par Molière : gages! banale. rencontre Pauvre. combinent un plan de mariage qu'au cinquième Médecin malgré lui et acte les révélations de Sganarelle et l'intervention de la Statue feront échouer. chez Molière.. au cri « Mes gages. Sganarelle. Son Don Juan tente une conquête nouvelle. elle aux promesses du séducteur. distrait son attention par une consultation fantaisiste. Cette partie nouvelle. sinon originale.LES « DON JUAN » FRANÇAIS APRES MOLIERE. inspirée à la fois du du Malade imaginaire. sœur cadette d'Agnès. La jeu- nesse de la fille excite son désir . il a insisté davantage sur celui du débauché. que Don Juan aperçoit ce : morceau friand. C'est dans le bois où. Enfin. » est substituée une petite morale aussi sèche que L'auteur a jugé opportun de remplir les vides laissés par ces suppressions. qui a repris la robe de médecin. observe malicieusement Sganarelle. delà pièce est. Quant à se laisse prendre la pauvrette. Les deux amants. à la recherche du mari qui la sauvera à la fois le du couvent et de la tutelle il d'une tante acariâtre. mes de Sganarelle. la partie même dans acte. . et tirade sur l'hypocrisie est conservée. pendant ce temps. 237 Dès acte. Je gage Que vous n'avez encore que quatorze ans au plus. le ciel ! » Dans le : le troisième le discussion religieuse entre foi maître et « valet. la l'acte V. Je crois que deux et deux sont quatre » et ses plaisanteries sur la chute de Sganarelle et de son raisonnement. — C'est comme il vous les faut. Dans scène du Pauvre a complètement disparu. Atténuant le caractère de l'athée. avec un développement maladroit donné à la deuxième entre- vue de Don Juan et d'Elvire. la où Don Juan met en pratique sa nouvelle méthode est supprimée. la seule correction importante que Thomas Corneille ait fait subir au texte de Molière. il l'acte premier (scène m) Thomas Corneille a supprimé : l'exclamation ironique a écourté la « Sganarelle. La tante surve- nant. celle d'un ingénue de quatorze ans. retranché la profession de de Don Juan le si.

à Villiers. la Comme chez Molière. jusqu'au milieu lu XIX e siècle. entre ce nouveau Don Juan pour urnes pieuses celui de Corneille. mais on avait soin de conserver les plaisanteries du valet. à ne l'avoir point encore représenté! ou plutôt de gros sous. atténuée de l'expressive figure du héros de Don Juan. ou VAthée foudroyé. dans sa préface. il ne saurait . L'œuvre de Rosimond un composé étrange où se trouvent amalgamés à doses différentes des éléments empruntés à Dorimon. et ils ne sont pas les plus heureux. à jeune femme trahison de son Aux explications que répond avec brutalité que. donne la raison qui lui seule. lit Sous ce déguisement.238 LA LEGENDE DE DON JDAN. Rosimond. et à l'imagination de l'auteur. Don Juan amour étant mort. put étaler impunément le scandale de ses mœurs devant des spectateurs qu'il n'effrayait plus par la hardiesse de ses idées. En 1669. Quand Le génie n'était pas de toute l'originalité la partie — et il n'en fut qu'avec Molière — consistait à charger davantage est les détails fournis par le prédé- cesseur. athée prudent. et. chaque On démarquait celui du noms. le public français ne vit plus au théâtre que cette el copie retouchée Molière. ici pièce : commence par l'abandon c'est le la d'Elvire qui s'appelle Léonor la valet Carrille qui annonce directement maître. son demande sa victime. et surtout les machines Question d'amour-propre théâtre voulait avoir son Juan! f I)on de la fin qui assuraient le succès. on retouchait le personnage du héros. Cependant. au scénario italien. et scène. on détails. à Molière. l'œuvre • fortune. à fit à son tour traiter le sujet : sa troupe était la Paris. Ces derniers son! d'ailleurs les moins nombreux. Ce sous-titre est emprunté à la pièce de Dorimon à laquelle il fut ajouté en 1665. l'acteur un Don Juan athée avait encore figuré sur la Rosimond donna au théâtredu Marais : une pièce en vers intitulée Le nouveau Festin dr Pierre. on modifiait quelques changeait quelques voisin.

Cet avertissement est sans effet : Don Juan demeure l'ombre viole lui inébranlable. temple brèche faite à leur honneur. en 239 longtemps il débauchés. héros de Il Rosimond trop haut son courage et son obstination.LES être plus « DON JUAN » FRANÇAIS APRES MOLIERE. elle adjure libertin de se convertir. il meurt indomptable et presque grand dans sa perversité. ses il Poursuivi par des archers. avec moins il d'agrément et d'esprit toutefois. les dangers que ses fidèle. comme chez Villiers. se rendra à l'invitation que il adresse en attendant. et. il imagine de brûler le temple lui-même. Fidèle au rendez-vous du commandeur. Mais le arrive ici il à ses fins et. fuir. la statue qu'il a naguère tué. ne manquerait pas Don Juan y était plus simple dans sa fermeté si on . font courir Séville. puis il rencontre tombeau du commandeur plaisir. châtiment céleste. Puis. l'invitent à se repentir. et. il le brave de nouveau. et le désir d'en le Comme crie le héros de Dorimon et de Villiers. causant d'amour et la de frappe et entre. le les met en fuite. Semblable à le statue de Villiers. Entre temps. et tandis qu'il festoie avec ses amis. du fond des enfers. d'allure si directement inspirée de Villiers. Mais passant. comme à le lui et. Cette fin. il amis à enlever une jeune fille enfermée dans un pour cela. et Don Juan qu'il sannes. qui. dès le n'est hypocrite qu'en début. Les jeunes gens font aperçoit deux payenjôle tour à naufrage au sortir de l'eau. et foudroie même Il sous ses menace du yeux ses deux le compagnons de débauche. à compagnie de deux autres Don Juan de Dorimon et dans de nouveaux pays. de Villiers. procède d'ailleurs davantage du de Giliberto. il des deux imitateurs Il a conservé de ce dernier une teinte d'hypocrisie. Il l'invite à sa table. Paquette Thomasse. quand ses dupes viennent réclamer plaisamment de ne pouvoir tinés à réparer la les mariage. ne sentait de sa part un endurcissement voulu. comme il faisait chez Molière. tour et berne simultanément. Il les console d'ailleurs par une promesse de trois cents ducats des- aide un de et. une jeune bergère. imposer. escapades se dispose. malgré la voix de ses amis. que du Don Juan Don Juan de Molière. sans autre raison qu'un raffinement de . s'excuse assez épouser toutes les deux.

Pour se prouve sa force en montrant Il poing au ciel et en criant bien haut son incrédulité.. Être bon dans les yeux.. mais avec un gentilhomme qui lui pouvoir des Dieux : fait de la morale. et jouissance la de méchanceté. 2. est l'art prudemment. il discute. La le religion repose. Il est le aussi athée. Elle plus général de duper les gens sous les dehors de la vertu : Couvrir ses actions d'une bellr apparence. Professer l'infamie et défendre l'honneur. Comme le premier. Et si l'on aime enfin. n'a pas dédaigneuse du Don Juan de Molière. il ne faut que des yeux. Il est surtout une l'apparition de la statue. il uns et l'im- posture des autres. Son athéisme tourne à l'invective et aux bravades. est sa profession le de foi. t. et méchant dans le cœur. cherche à démontrer que les Dieux n'existent pas. scène iv. L'adroite politique en masque le caprice. et son et athéisme unit doute systématique. ses objurgations et ses attitude l'impiété calme et : menaces. lui réplique-t-il. elle laisse presque de côté.. à ses yeux. Son hypocrisie ne se borne pas à religion que. scepticisme froid raisonneur du Don Juan de Molière. parer toujours ses feux Du Telle prétexte brillant d'un sentiment pieux '. Acte Acte 1. et l'invite à redouter le Hé! pour voir ce qu'ils sont. . non pas avec son valet. scène v. l'avertissement qu'elle lui donne en frappant ses amis. III. Se masquer de vertu pour perdre l'innocence. Sans aucune raison forgea ce grand pouvoir-. El sa timidité' s'en faisant un devoir. argumente. Il établit une vraie controverse. La faiblesse de l'homme appuya l'artilice. sur la faiblesse des lui.240 LA LÉGENDE DE DON JDAN. à l'impiété blasphématrice du Don Juan de Villiers.

l'enfoncent même davantage dans son orgueilleuse révolte. c'est Amarille qui sont les victimes Il il presque simultanées de ses promesses ou de sa brutalité. séduit. Que l'on ne doit souffrir rien que ses sens pour guides. c'est Thomasse. ne les met pas à les conquérir l'art délicat du héros de Molière et quitte avec plus de cynisme encore. sans souci du temps ni des lieux. Il brûle un lieu sacré. l'imitation : est de l'école des Don Juan Il italiens et se la réclame des la mômes Il principes qu'eux. outrage le& Dieux et non pas Dieu. La nature sualité. et ne connaît d'autre morale : que ses prescriptions Songez que la Nature est tout ce qui nous mène. Au nom de ces théories. ni même un couvent c'est un temple. se livre. A du Don Juan de Dorimon et de Villiers. malgré la raison. 24< laissent insensible. viole. Ce n'est pas la seule Léonor. 2. c'est Molière. professe philosophie de Nature. scène m. cet athéisme bruyant prend ses précautions. Don Juan il avec Léonor. il Toutefois. mais ce n'est ni une église. I. Au fond. sans s'arrêter à l'intention comme le Don Juan de Paquette. Que. trompe. à toutes les qui met dans les jouissances de Il moins de retenue encore impulsions d'un cœur corrompu.. scène iv. 1. envers Elvire.LES le « DON JUAN » FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE. a sans cesse son nom à la bouche. Acte Acte III. il a été las de sa personne Le bien dont on jouit ne cause plus d'ardeur 2 . le n'est pour lui que le libre épanchement de la sen- triomphe de il l'instinct et la déroute de la raison. ne cherche pas d'excuse le il la quitte parce qu'il a assez d'elle: dès moment où elle a : eu la faiblesse de se donner à lui. Qu'il les faut assouvir jusqu'au moindre désir l .. avec que ses devanciers. son pouvoir nous entraîne. le Don Juan de Rosimond. la chair l'unique but de la vie. 16 . Pour excuser sa trahison invoquait des scrupules de conscience : .

242

LA LEGENDE DE DON JUAN.

Et

comme

la

pauvre femme invoque ses serments,
qu'il lui >'n eûl
t';iil

il

déclare

effrontément

bien davantage

s'il

l'eût fallu,

avec l'intention de ne

]»as les tenir.

Le personnage

se

dégage

ici

des sentiments de courtoisie auxquels obéit tout amant infidèle
el

qui

lui font
11

adoucir, fût-ce par un mensonge, la cruauté de
la

sa

trahison.

rend plus blessante par sa grossièreté.
il

Aux
:

plaintes touchantes de Léonor,
se console en faisan!

répond par un outrage

:

qu'elle

comme
affliger,

lui, et

en changeant d'amant

Sans

lani

vous

ayez recours au change;

C'est ainsi qu'aisément l'un de l'autre on se

venge

1
.

11

met dans tous ses actes celte affectation d'immoralité.
et Yilliers,
le

Comme

Dorimon

Rosimond a cédé
jusqu'à

à la tentation

malencon-

treuse de

noircir

l'invraisemblance,
le

erreur dans

laquelle bien d'autres tomberont par

désir maladroit de créer

un Don Juan toujours plus corrompu que ses prédécesseurs. Par une sorte de surenchère, on s'ingénie à lui prêter, dons la débauche et dans le mal. (\r< conceptions de plus en plus extravagantes, qui font plus d'honneur à
qu'à leur souci de
la

la subtilité

de ses créateurs
incendiaire:

vérité.

Ici

Don Juan devient

puis, son imagination en

mal d'inventions nouvelles, de jouisentrevoir un raffinement délicat dans

sances inconnues,
le

lui fait
:

métier de voleur

arrêter les gens, jouir de leur effroi, voilà
:

un jeu riche en émotion-

nui. dès demain, je veux voler pour
Je

m'en Kl dans

fais,
la

dans
il

mon plaisir. mon âme, un charme inavouable,
i

vie,

l'an

être de toul capable

-.

Comme
nous

ses devanciers,

le

nouveau Don Juan
la

est

brave.

11

l'est,

l'avons

vu.

jusqu'à
la

démence

:

rien

ne

l'effraie;

l'approche du danger,

certitude d'un châtiment épouvantable
le ciel

e\cilenf son courageet sa fureur. Plus

signale son cour-

1

2.

Acte I. scène m. Acte V, scène \

LES
roux, plus
face de la
il

DON JUAN

FRANÇAIS APRES MOLIERE.
11

243

se cabre
il

dans sa résistance.
est

trouve

même, en
:

mort dont

menacé, d'assez nobles accents

C'est faire

Hé bien, quand d'y mourir je courrerais hasard, un peu plus tôt ce qu'on ferait plus lard, Puisque c'est un tribut que la nature impose. Le trépas en tout temps est toujours même chose; Ce passage se doit regarder sans effroi,

Il n'offre rien d'affreux à des gens comme moi.... Mais aux cœurs dégagés de la timidité,

La mort n'a rien d'étrange en sa nécessité.... Mille fameux guerriers en exposant leur vie
Craignent-ils au

combat de

se la voir ravie?

de réflexions, Verrait-on mettre au jour tant de belles actions? Non, sans s'inquiéter si notre destinée Dans les plus grands périls peut être terminée,
Et
si

l'on

y

faisait tant

Entions dans

la

carrière, allons jusques au bout,
'.

Et laissant faire au sort, affrontons toujours tout

Malheureusement,
et

il

gâte ces sentiments par trop d'affectation

par un insupportable bavardage. C'est un raisonneur que

rien ne lasse,

un pédant de l'immoralité. Ses maximes odieuses,
et le tact lui

sa philosophie intarissable de libertin controversiste fatiguent à
la fin.

La juste mesure

font décidément trop défaut.
le

A coté

de lui son valet Carille rappelle
Villiers.

Briguelle et le Philipin

La sagesse avisée de Sganarelle se transforme chez lui en froids et plats sermons. La lâcheté légendaire du laquais devient un mélange de poltronnerie grotesque et de forfanterie; la gourmandise dégénère en gloutonnerie vorace. Le côté bouffon du personnage est exagéré. Mais sa malice persiste, et parfois ses bon mots. Bien que croyant
de Dorimon et de
.

il

est irrévérencieux envers les choses sacrées.

Il

invite la statue

sur un ton badin

:

J'aurai soin qu'on vous fasse

une excellente chère,
qu'il soit

Qu'on tienne

le

vin frais

et

du meilleur,

Et boirai quatre coups avec vous de bon
Acte V, scène V. Acte III, scène VII.

cœur

'.

I

.

1.

244

LA LEGENDE DE DON JUAN.
le

Quand

commandeur

l'ail

signe de

la
:

tête,

il

explique ce mou-

vemenl avec une ironie irrespectueuse
Peut-être
la

statue
la

a

le
rail

démon au

corps,
1
.

Ou

bien que l'on

agir par les ressorts la

Telle fut, en

France jusqu'au Romantisme,
la

dernière œuvre

sérieuse directement inspirée par

légende de

Don Juan.

Nous ne

citerons que pour

mémoire

le

programme-annonce
<-

irnne représentation du Festin de Pierre donnée

en province de
lieu.

au xvn' siècle

»

sans indication d'auteur, de date,

ni

Ce

programme
<

est reproduit
,

dans

le

tome V de

la

collection des
à

îrands Écrivains 2 d'après un manuscrit appartenant
la

M

.

I

îariel,
:

conservateur de
La

bibliothèque de Grenoble.

11

est intitulé

Description des superbes

machines

et

«les

magnifiques

changements de théâtre du Festin de
de

Pierre, ou Y Athée foudroyé,

Ce sous-titre a été vraisemblablement emprunté à la pièce de Dorimon. La date exacte de cette nouvelle œuvre est certainement antérieure à 1669, année où fut représentée la pièce de Rosimond, puisque, dans l'avant-propos,
M. de Molière
».

l'œuvre de Molière y

est

dite

le

dernier Festin de Pierre. C'esl

donc une imitation du Don Juan de Molière, et, autant que le sommaire contenu dans le programme nous permet d'en juger,
une imitation
à la fois servile et

prudente.

Le premier acte semble reproduire exactement le modèle. Il en est de même du second, où la paysanne Mat burine prend le nom de Thomasse. Le même changement de nom a lieu chez
Rosimond. Ce nom de Thomasse figure
Molière.
d'ailleurs aussi

chez

Dans le troisième acte,
«'l

la

controverse religieuse entre
et

Don Juan
cation
«

Sganarelle

a

dû subir des atténuations,
si

l'argu-

mentation du valet être renforcée,
:

l'on

en juge par cette indi-

L'opiniâtreté

de Don Juan dans son athéisme est
>..

combattue par de
1

fortes raisons

Dan-

le

quatrième acte,

Acte

III.

scène vu.
a

2.

Appendice

Don Juan,

p.

25C

el

suivantes.

LES

«

DON JUAN

»

FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE.
:

245

Tordre des scènes est interverti l'entrevue de Don Juan et de son père précède la scène de M. Dimanche, interversion qui se
trouve aussi chez

Thomas

Corneille.

La deuxième entrevue de

Don Juan et d'Elvire est reportée à l'acte suivant. Au cinla quième acte, les modifications sont plus importantes deuxième entrevue de Don Juan et de son père est supprimée H remplacée par une scène entre Elvire et un de ses frères, « qui
:

lui

conte

comment Don Juan
il

lui

a sauvé la vie ». Celui-ci
il

arrive ensuite avec Sganarelle à qui
crisie.

fait sa théorie

de l'hypoconsole en

Après quoi,

trompe

les

deux paysannes

qu'il

Nous avons vu une Rosimond qui pourrait bien s'être inspiré de l'imitateur anonyme de Molière. La deuxième rencontre de Don Juan et d'Elvire a lieu ensuite. Elvire est toujours accomleur promettant de les marier richement.
idée analogue chez

pagnée de son

frère, et,
« elle

au

lieu

de prier

le ciel

pour

la

conver-

sion du libertin,

tâche d'avoir satisfaction de

lui ».

La

pièce se termine

comme

chez Molière.
le

Les indications données par
croire

programme permettent de
:

que

l'on avait particulièrement insisté sur la décoration
et

au premier acte, on voyait un magnifique jardin
palais;

un superbe

se passait dans voir
».

mer et des rochers. Le quatrième acte chambre aussi superbe qu'on en puisse Au cinquième, la décoration était « un théâtre de statues
au deuxième,
la

une

«

à perte de vue
très soignés
:

».

Les machines

et le

merveilleux

final étaient
»

«

l'ombre par un vol qui surprendra

semblait

remonter en
narelle

l'air. Il est

probable aussi que

les facéties

de Sga-

étaient développées à l'imitation des farces italiennes.
la nécessité
<lr

Ces modifications s'expliquent naturellement par
d'adoucir ce qui avait
fait retirer à

Paris

le

Festin

Pierre.
si

Ainsi atténuée, l'œuvre, sans (pie

nous sachions

d'ailleurs

Molière y a eu quelque part, put être jouée sans péril sur
théâtres de Province.

les

Le

fait

qu'elle fut représentée,

même
dont

avec
elle

ces corrections, autorise à croire

que

l'interdiction
1

avait été frappée à Paris n'avait pas été officielle
I.

.

Le Moliériste d'avril 1886

(i.

VIII, p.

1

1

et suiv.)

donne un autre programme-

annonce du

Festin de Pierre, conservé à la bibliothèque de la ville de Toulouse.

246

LA LEGENDE DE lmx JUAN.

Après ces imitations plus ou moins directes de l'œuvre de
Molière,
tion.
la

légende va subir au xvin' siècle une singulière dévial'influence de causes diverses, délaissée par la haute
ira

Sous

comédie,

elle

demander

asile

aux théâtres de
tiré

la Foire.

On
les

peul s'étonner de cette destinée misérable subie par la Fable de

Don Juan, peu après que
plus

Molière en a

un des drames

puissants

el

les plus significatifs, uon
la

pas seulemenl de

son théâtre, mais de

littérature.

Du négateur audacieux,

de

l'hypocrite effrayanl au baladin qui fera rire les

badauds chez les Danseurs du Roy », la chute est profonde. Par un phénomène curieux, ce n'est pas seulement en France, mais en Angleterre, en Allemagne, comme en Italie que la même décadence lamentable se produit.

Comment

le

xvin e siècle, dont

le

libertinage
«lu

religieux et moral a singulièrement dépassé la corruption
siècle précédent, n'a-t-il pas

mis dans une transformation de

la

légende
de -es
tique

et

dans

la

création d'un nouveau
et

Don Juan

l'expression

mœurs aimables
destructive?
si,

corrompues, de sa philosophie scep-

el

Mais

en dehors des bouffonneries grossières applaudies

aux

foires

Saint-Germain

et

Saint-Laurent,
le

la

littérature
Séville,

du
en

xvin e siècle semble avoir ignoré
réalité, les

Trompeur de

personnages dont
le

le

héros sévillan peut être consi-

déré

comme
le

prototype vont renaître bien des fois sous des

noms

différents.

Le siècle qui a produit

le

Doué

devait être

entre tous

siècle

du Donjuanisme, mais d'un Donjuanisme

Ce programme-annonce

esl

celui

d'un ballet, composé d'après
la

la

pièce

de

Thomas

Corneille, par

le

sieur de Lastre, maître de danse de

Troupe Royale

de Chambord. C'esl par cette troupe que le ballet, qui ae porte pas de date, s Le programme contient des indications assez curieuses sur la mise quatre des statues qui accompagnent le torn? en scène. On 5 voit, à l'acte III,
été dansé.

beau, se détacher, par des pas de désespoir el des Dgures pleines de leur douleur, exprimer l'horreur <le l'assassinat commis en la personne du commandeur el sembler faire des vœux au ciel pour la punition d'un tel assassin. »
\

la

fin,
les

dans

deux machines admirables montraient enfers, el l'autre, la statue s'envolant dans
:

l'uni'.
les

Don Juan englouti

Cieux.

LES
énervé
lité

«

DON JUAN

»

FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE.
eiï'rénée

ti't

et

malade. La licence

de

la

Régence,

la

bruta-

des

mœurs
la fois

à peine déguisée par l'élégance perverse des

manières

et la délicatesse perfide

du

ton, la sensualité qui se

dégage à
dans
la

verdure de

des boudoirs, des hôtels discrets dissimulés la banlieue parisienne et des orgies tapala société

geuses où se complaît

du Temple,

l'impiété de

moins

en moins contenue de l'aristocratie, toute cette atmosphère de corruption exhale un Donjuanisme raffiné et vicieux. Au

xvm

e

siècle,

Don Juan

est partout,

s'il

n'est

nommé
et

nulle part
1

:

à côté des

amours quintessenciées des Lindor

des Dorante

,

des tendres ingénuités de Chérubin, des sentimentalités précieuses des Damon 2 l'amour, sans les préjugés de la morale et
,

sans les liens du sentiment, l'amour fondé sur les seuls besoins de la nature physique, « contact grossier de deux épidémies et

échange passager de deux
des codes de lubricité
3
.

fantaisies

»,

étale ses

audaces impu-

diques clans des sociétés où les

nouveaux Don Juan rédigent
maladives du marquis
le

Sans tomber toujours dans
de Sade dont
le

les subtilités

cas relève surtout de la pathologie mentale,
:

libertinage tend de plus en plus à devenir intellectuel

c'est la

poursuite de voluptés où n'entrent pas les satisfactions du cœur,
sens ne s'assouvissent que dans tes créations bizarres et inquiétantes de l'esprit. L'amour n'est plus que la science de la

les

corruption.

Il

se joue
il

dans

les

pliquée

:

tantôt
le

use de violence et de brutalité; tantôt
la

stratagèmes d'une tactique comil imala subtilité
»

gine sur

cœur de
la

femme des expériences dont
:

cruelle arrache à l'une d'elles ce cri

«

Oh!
:

scélérat!

Son

triomphe n'est pas
tion et sa douleur.
le la

conquête de

la

femme

c'est

son humilia-

Le Don Juan séduit sans même désirer, pour plaisir de faire une victime, d'inspirer des remords, de blesser jalousie d'un amant. Sa méchanceté est faite de raffinements
Cf.

1.

en général

1rs

personnages de Marivaux.
antipathie).
la

2.
:i.

La Chaussée {La fausse
Cf. l'Ordre

:

niers

de la félicité, celle d'Aphrodite;

cf.
:

Coterie au titre significatif des « Antifaçonà ce sujet le chapitre curieux des Goncourl
p.

dans Lafemmeau
Cf. aussi les

\i IIIe siècle

l'Amour,

131 el

suiv.

Mémoires de Casanova.

*

248
effrayants
:

LA LEGENDE DE DON JUAN.
elle

ne se contente plus de se mêler à l'amour; elle
elle

en

est la raison d'être et le but;

en

l'ail

un

art

féroce avec

tout un
/util

système de règles d'une ingéniosité horrible.
le

Dans La

et

moment* Clitandre aide une
de son amant
;

belle
les

à

se

venger d'une
«le l'infidèle,

infidélité

puis

il

lui

vante

mérites
la

rallume l'amour qu'elle avait pour
pérée
«le la

lui. et

laisse ainsi désesl'ait

trahison qu'il

lui

a sournoisement
2

commettre.

le

Dans Le hasard du coin du feu M. mot d'amour que sa pudeur attend pour
<le

Clairval refuse à Célie
se

donner:

il

la

prend de

force a(in

de

lui

infliger

la

houle d'être possédée

malgré

elle, et

sans être aimée.
et

Cette conception égoïste

sèche de l'amour que les Roués
affecté
e

vont mettre à

la

mode par un dédain
la
lin

pour

les faiblesses

du cœur se rencontre, dès
d'un

du xvn

siècle,

dans l'œuvre
3
.

compagnon de

.Molière,

Baron, mort en 1729

Celui-ci,

dans son
Juan, un
qui n'a
est

Homme

à

bonnes fortunes, comédie en trois actes et

en prose, représentée en 1686, a peint un nouveau type de

Don

Don Juan de

boudoir, un petit-maître sans envergure,

même

pas assez d'étoffe pour avoir des vices. Moncade

un joli garçon, frivole et fat, qui affiche le mépris des femmes, s'amuse à provoquer leur jalousie, à courir d'aventure en aventure, sans y être poussé par la fougue des sens, ni par la curiosité de son imagination, mais par la vanité de passer pour un homme à succès et d'être appelé « la coqueluche de
Paris
».

Ce

n'est
;

au fond qu'
qui
se

ci

un

petit

freluquet

aux

airs

donne des allures de bourreau des », cœurs parce que ses cheveux parfumés ont tourné la tète de quelques coquettes. Incapable d'un sentiment profond ou vioimpertinents
lent, superficiel et léger,
s'il

content de

lui et

dédaigneux des autres,
il

rappelle encore

le petit

marquis de Molière,

porte déjà tous

les
le

germes de

cette

vice propre de la

méchanceté élégante et froide qui deviendra société mondaine sous la Régence.

1.

Crébillon
//.

(Ils.

2.

3.
1.

De son vrai
C'esl ainsi

nom

que l'appelle

Michel Boyron. la servante Marton.

LES

o

DON JUAN

»

FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE.

249

Los œuvres libertines qu'a fait naître la corruption des mœurs au xvme siècle ne sont pas seulement plus nombreuses que les
autres; elles sont souvent,
il

faut bien

le

reconnaître, plus gra-

cieuses, plus fines et plus pénétrantes.

ture sans voiles des vices à la
les autres,

mode

et

Les unes sont une peinde la débauche du jour;
le

par une réaction voulue contre
:

mal, ont une intenet

tion

morale

elles

peignent

le

vice pour le combattre

en mon-

trer les dangers. Telles d'entre elles, Les Liaisons dangereuses, notamment, sont un pamphlet violent contre la société con-

temporaine. Ces dernières ne sont pas seulement le reflet des mœurs ambiantes; elles ont subi une influence étrangère. Elles ont été écrites sous l'impression du succès très vif qu'obtint à
la fin

du xvin e
».

siècle le

roman de Richardson,

«

Clarisse Har-

lowe

La

littérature anglaise a réalisé

dans

le

héros de cet ouvrage,

Lovelace, un type nouveau de séducteur presque aussi fameux que Don Juan et qui est devenu comme celui-ci le symbole

même

du libertinage ». Mais, si semblent par un égal amour de
impatience
de
toute

les
la

deux personnages
par

se res-

corruption, par une égale

discipline,

une

méchanceté que

n'adoucit aucun sentiment humain, et par un mépris égoïste

des droits d'autrui, on ne peut dire que l'un ait vraiment influé sur l'autre, ni que Richardson, sans échapper complètement au
IV, p. 114.

1. Cf.,

sur

Don Juan

et Lovelace,

Ce

n'est pas sans raison

Taine que j'introduis

:

Littérature anglaise,
ici

I.

l'analyse

<le

Clarisse Harlowe, qui

anglais tion de

naturellement placée au chap. vu, clans mon étude sur le Hou Juan en Angleterre aucune influence sur l'évoluxvin" siècle, la légende de Don Juan, a eu en France, au contraire, au une influence décisive sur ses destinées. Le succès du roman de Richardson a empêché les écrivains français de reprendre le thème de Don Juan. C'esl d'après Richardson le type de Lovelace qu'ils ont conçu et peint le libertin. C'est de
serait plus
:

Clarisse Harlowe, qui n'a eu

qu'ils se

sont inspirés. Je ne pouvais parler du Séducteur, du marquis de Bièvre; de La jeunesse du duc de Richelieu, de Monvel, sans avoir préalablement Clarisse Harlowe. parlé de leur modelé Pour le succès de Clarisse Harlowe, cf. VÉloge de Richardson, de Diderot.
:

250

LA LÉGENDE DE DON JDAN.
ail

souvenir de Don Juan,
tion

songé

à faire

une nouvelle incarna-

du béros espagnol.
s'est

Sans doute, Richardson
étal

proposé d'analyser un certain
à la
fin

moral de

l'aristocratie

anglaise

du xvin e

siècle,

comme

Molière avail représenté les

mœurs d'une

partie de la

noblesse française au milieu du xvir3 siècle. Sans doute, Richard-

son a voulu,

comme
les
le

Molière, stigmatiser ce genre de corrupet

tion qui profite des

avaDtagesdu rang
attentats

de l'expérience pour se
d'autrui.

permettre tous
doute,
à celle
il

sur

la

faiblesse

Sans

\

a

dans

que contient

roman anglais une leçon morale analogue la légende «le Don Juan, et le coup d'épée
de Lovelace venge
l'ait

qui

termine

les tristes exploits

la

vertu et

l'innocence outragées,
la statue

comme

le

dans

la

fable de

Don Juan

du commandeur. Mais

le

romancier anglais n'a pas
lettres
la

écrit

son interminable roman par

avec l'intention de

reprendre sous une forme nouvelle
Séville.
11

légende du Trompeur de

n'y a point de rapport entre les aventures surnaturelles

du Burlador et les événements naturels, se déroulant tous dans un milieu exclusivement anglais, qui composent la vie galante de Lovelace. Richardson a conçu et réalisé le type de Lovelace, pour des raisons particulières à son temps, et dans lesquelles le souvenir du Don Juan de Molière et de tout autre Don Juan
n'entre vraisemblablement que

pour une

faible part.
le

A

dire vrai,

il

n'y

;i

historiquement aucun lien entre

roman

anglais et des œuvres issues de la fable du Convive de pierre.

Non seulement
mais
le-

les

deux sujets n'ont entre eux aucune parenté,
des deux

héros

mêmes

aventures sont,

à

certains

égards, l'antithèse l'un de l'autre. Alors que
;'i

l'infini el

disperse

Don Juan prodigue sur une multitude d'objets son amour de la
le

séduction, Lovelace, au contraire,

condense

et le

ramasse sur
et

une seule personne.
Mais cette distinction
Ire- nette entre la fable
les

espagnole

le

roman anglais

étant

établie,

deux

héros réalisent

deux

genres de corruption qui,
de Don Juan

à bien

de- égards, se ressemblent suffois

fisamment pour qu'on lésait maintes
et

confondus. Les noms

de Lovelace se présentent simultanément sur

LES
les lèvres
les

«

DON JUAN

»

FRANÇAIS APRES MOLIÈRE.
le

251
et

quand on veut exprimer
race,
il

séducteur parfait,

on

iu-

distingue guère l'un de
la

l'autre, alors
la

qu'en réalité
famille.
Il

s'ils

sont

de

même

ne sont pas de
les

même

n'est

donc
les

pas sans intérêt de

opposer

l'un à l'autre,

de préciser

ressemblances qui
les séparent.

les unissent, les différences plus

grandes qui

beauté de Clarisse Harlowe dont l'orgueilleuse sagesse, non moins que les charmes, excitent son désir, Lovelace lui attire dans ses pièges la jeune lille, en l'obligeant à fuir avec succession la cruauté de ses parents. Après une interminable
Séduit par
la

et la vigilance de sa victime,

de stratagèmes qui se heurtent tous contre la vertu il ne vient à bout de son honneur la honte et la douleur condont que par un odieux attentat duisent la jeune fille au tombeau. Lui-même, après de violents
.l'intrigues et

remords, est tué en duel par un cousin de Clarisse. Il trouve ainsi une mort digne d'un coureur d'aventures, plus vraie, mais mois dramatique et moins effrayante que la fin surnaturelle de

Don Juan. Nous n'avons pas
morales, joint
la

à étudier

ici

ce

roman

qui, à ses intentions

peinture la plus exacte et la plus intime faite jusqu'alors d'une aristocratie rigoriste, intéressée, entêtée dans ses préjugés et son esprit de caste; d'une bourgeoisie aux idées
étroites,
et

d'un

monde corrompu de

valets, de

soubrettes

et de filles publiques. Dans ce tableau aux innombrables personnages, les deux héros. Clarisse et Lovelace ressortent en pleine lumière, opposés par un vigoureux contraste. Tous deux

orgueilleux et volontaires; mais

elle,

vertueuse sans faiblesse,

hautaine dans sa pureté, également obstinée à défendre son cœur contre la contrainte de ses parents, et son honneur contre
les entreprises

de Lovelace. Celui-ci, corrompu, dur, poursuiles diffi-

vant ses projets avec une froide ténacité qu'amusent
cultés et qu'excitent les résistances.

Comme Don
ressources de
lence; mais
il

Juan,
la

il

emploie pour arriver à ses
il

fins toute- les
la

séduction, et

ne recule pas devant

vio-

est
le

plus complexe et plus profond.

guère, dans

principe, qu'un instinctif

Don Juan dominé par l'exubén est

252

LA LEGENDE DE MON JUAN.
la

rance de

sensualité.

Chez Molière, sa corruption
achève de substituer aux
les

s'est corn-

pliquée; elle est devenue

réfléchie et plus experte. Lovelace est
plaisirs
et
a

plus raffiné encore
«l

:

il

simples

brutaux des sens,
lui

voluptés plus variées
inventif.
loin et
I!

plus savoule

reuses que

suggère sou esprit
déjà chez
la

goût des
art.

combinaisons savantes, préparées de

conduites avec

Ce sentiment
celui-ci,

étail

le

Don Juan de Molière; comme
le

Lovelace célèbre

volupté des lentes conquêtes,
ses pièges

plaisir de l'aire

tomber dans
dit-il à

une femme qui
pas

résiste.

«Tune

connais pas,

son ami Belfort, ce
tu ne sens
si

qu'il y a
la

de

délicat et d'exquis

dans une intrigue;

gloire de
si

dompter ces

esprits superbes, ces belles

réservées et

vigi-

lantes; tu ne connais pas les

transports qui réjouissent

le
le

cœur
choix

d'un génie inventif
beauté hautaine

et

fécond, qui médite en silence sur

des trames qui s'offrent à son imagination pour envelopper une
'.

»
il

Pour ces pratiques,
mécaniques passives
fond. Le bien
les

dispose de tout un personnel d'agents
s,

subalternes, de valets, d'entremetteurs, de tenanciers de tripot
qu'il fait

mouvoir avec une dextérité sans
n'est

égale. Tout, chez lui, est calcul, calcul lointain, compliqué, pro-

même
el

qu'il
il

l'ait

qu'une amorce pour duper
et sensible afin

honnêtes gens,

lui

arrive d'épargner

donner les allures d'un cœur généreux endormir les méfiances.

une victime, de se de mieux

Un

sang-froid

el

une présence d'esprit que rien ne décon-

certe, lui permettenl de se

mouvoir

à son aise à travers la

com-

plication de ces trames.

11

n'y voit pas, à la différence de
est

Don
aux

Juan, un simple divertissement. Don Juan a tourné au dilettantisme.
jeux de
la

un passionné qui
se plaît
les

C'est
il

un amateur qui

séduction

;

mais

ne s'attarde pas à sonder
s'en rendre maître.
les

cœurs,
est

à analyser leurs passions,

pour
à

Lovelace

un p-\ehologue qui aime

pénétrer

mobiles cachés, qui

I.

T. IV, lettre I".
:

— Je
el

renvoie, pour les citations, à

française complète
14

e'esl celle

chez Barde, Mangel

C"

el

la première traduction de Letourneur, publiée en l~s."i et 1786 à Genève, dédiée à Monsieur, frère du Roi. Elle comprend

volumes in-16.

il ne lui pardonne pas de consentir à l'épouser.. et de ne pas la devoir au seul succès de ses ruses est insupportable à sa vanité. le « Je ne saurais lui fardeau du sentiment : d'infériorité extrême dont m'aeealde VIII. accumule d'effrayantes rancunes. . « se compare. car l'intrigue. XII.. je m'amuse a les jouer tous qu'il convient a •• 2. Il n'est pas cruel de tempérament. si grand qu'il ne pour- même de la « part des premiers hommes Mais de l'Europe 2 » qui le il conduisent à l'est la cruauté. aussi ce qu'il dit de Clarisse pardonner n'y a pas elle moyen de supporter (t. lettre 31). en leur laissant l'illusion d'agir par eux-mêmes Tous du les actes des Harlowe. que par nécessité. I. Ce sont les blessures de cet rait souffrir aucune supériorité d'être sa orgueil. lettre 33. y a surtout de l'orgueil dans sa folie de dans son désir de mener ses semblables. il est le carac- Déjà sensible chez Don Juan..cette machine dont je liens (t. l'ai. il s'épanouit dans le cœur de Lovelace. en ces J'enlliimmo ou refroidis ses passions (il s'agit du frère de Clarisse) autant mes vues. toutes les décisions de Clarisse. et l'est avec des raffinements des calculs il terri- fiants. je lais mouvoir à mon gré l'automate sur les lils que tient ma main et que règle ma volonté. il il quand sa vanité a souffert. moins par amour pour lui ou par considération de ses mérites. continuellement les ressorts. L'obligation de l'obtenir d'elle-même ou de la volonté de ses Aussi diffère-t-il le parents. en apparence spontanées. alors. S'il y devient prédomi- nant. il L'orgueil est au fond de toutes ses passions. sont en réalité se livre. T. lettre 16). presque exclusif. 1. tère distinctif de sa personnalité. les 253- la satisfaction de conduire 1 . le résultat nécessaire travail souterrain auquel il Son orgueil il se complaît à affirmer ainsi la supériorité de son esprit. mariage pour avant infliger à sa victime l'humiliation d'avoir été sa maîtresse femme.LES recherche verner les « DON JUAN » FRANÇAIS APRÈS MOLIERE. ses vertus. II seule personne qui lui la veut humilier la vertu de jeune fille. c'est seulement parce la parce que son orgueil est engagé à vaincre ait résisté. Clarisse. événements et de gou- hommes par des ressorts invisibles. Il se plaît à comcir- biner d'atroces vengeances pour les griefs réels ou imaginaires dont son amour-propre a été blessé. ce n'est pas veut triompher des résistances de qu'il l'aime. — il Cf.

est Ce monstre redoutable cependant séduisant. traite de mauvais goût toute raillerie sur les choses sacrées. revêtu de pitié. dit-il. comme le dernier degré d'une mauvaise éducation de plaisanter sur des sujets (pue ment en vénération jamais il et qu'il appelle divins. peau du mouton de 1 ». est dépasse : Don Juan dans dans tous les le mal. n'ai « jamais été assez fou. dit-il. c'est un homme d'honneur et il se pique de l'être il évite de parfaits des > : blesser l'opinion d'autrui. lettre 31). En toutes choses. l'est par expérience de la vie. je hais l'amour mon maître l. sauf en amour. un sentiment de respectability bien anglais. ne m'est arrivé de fort me conduire indécemment le et à des cérémonies qui étaient étranges pour moi. « il n'est pourtant pas athée. de heurter les usages..•Joi !. dédaignerait parce qu'il esl J'aime (t. dirigeant ses coups avec précision. Je -. spectacle attendrissant douleur et vertu. Sentiments de objurgations d'un compagnon de débauche la moins endurci de la «pie lui. XIV. sou élégance. « au loup furieux. la vengeance. de scandaliser les croyances. IV. et non par système. qu'en il présence de la fureur ou de détresse de ses adver- saires. son adresse exercices atteignent un degré auquel les plus humains ne parviennent guère. une distinction morale. c'est plus envers hommes qu'envers Dieu. T. pour douter d'une Providence les S'il est Il sceptique. il lui supérieur parles qualités son intelligence. homme. dit-il. Il a même ce que n'a pas Don Juan. il Je regarde.. choiS'il sissant le point faible où il frappera mortellement. reste calme. lettre . carje voyais des personnes qui en étaient vivement affectées jours déclaré contre ces libertins sans cervelle me suis tou- sans fonds qui ne pouvaient faire valoir leurs prétentions à l'esprit que sur deux sujets auxquels tout t. son esprit. qui a et le bon esprit. le monde a généraleQuand j'étaisà Home. S'il ne pratique pas les devoirs religieux. il respecte la foi et les pratiques religieuses. tout apparaît par demeure impuissant ébranler son cœur. \ LEGENDE DE DON JUAN.. la constances. d'autant plus à la dangereux que l'emportement de et passion ne la le domine jamais. I. sa bravoure. Il moments comme un génie du mal.

Lovelace. de passion durable des : entraînements subits. chercher en lui donner. qui donne aux pauvres par élégance humanitaire. de méchanceté.» y a là chez lui dédain d'homme de goût et de bon ton pour les impertinences vulgaires des esprits forts. Lovelace est à l'occasion généreux il vient en aide à des fermiers dans la détresse il dote une jeune paysanne. ivresse de la possession . au contraire. déchirements ou les dégoût h qui 1. . I. des engouements sans lendemain. d'orgueil. les remords le déchirent. ne serait plus Clarisse. de cour en cour. 11 meurt repentant. violent. le trompeur liste lui. « dépeint lui-même en citant trois vers de Dryden. les abandon de soi-même. leur amour est un feu qu'irrite le souffle de toutes 2 les passions. de calcul. lettre XXXI. le nom de Clarisse sur les lèvres. en dépit de tous les il raffinements. Quelques modifications qu'il ait reçues dans la suite. lettre T. La facétie de Passarino lançant au public la de ses victimes symbolise sa conception de l'amour. exclusif. ils ne sont pas dépravés de la même façon. 11 253 1 d'avoir recours: l'impiété et l'obscénité . . leur l'égaré. Don Juan aimant une femme et fixant son Don Juan. Les deux héros représentent donc chacun une conception différente du libertinage. S'ils ont des traits communs en assez grand nombre. Don Juan incarne surtout l'inconstance. : . il la dou- vain une consolation et un oubli que rien ne peut va de pays en pays. T. il demeure toujours le Burlador. qui monte avec l'orgueil et qu'attise la vengeance » Après la mort de Clarisse. XXV. de il n'en est pas moins profond. son amour est mêlé et combattu de nom: breux sentiments haine même. XI. Comme Don Juan. ou plutôt négation même mour : il ignore les troubles qui précèdent. le suivent. Les âmes violentes sont en proie à des flammes orageuses. 2. Chez point d'esprit de suite. : les mille senti- ments contraires qui l'accompagnent jalousie. Le Don- juanisme. aime Sans doute. primitif. mais Il le d'égoïsme. réalise un est la le mode de l'a- d'amour superficiel.LES « DON JUAN » FRANÇAIS APRES MOLIERE. Mais ce qui le distingue surtout de son émule c'est qu'il est : capable d'aimer cœur.

enserrant lentement lui sa proie dans ses réseaux. l'exécute avec une rigoureuse logique. a 1. César et se vante de n'avoir manqué « que de l'occasion favorable pour siècle 11 figurer avec éclat dans son » dépasse donc de bien loin Don Juan : à la fougue irréfléchie du Burlador. Nous avons constaté que France. la décision de 11 l'homme il d'action qui n'utilise ces terribles marche avec moyens qu'en vue plus extraor- de la perte d'une femme. La pièce avait été Fontainebleau devant la Cour. Celle frivolité. Le novembre. I. qui est l'essence même du Donjuanisme. Molière. les passions humaines et les servir à ses projets. se cachent une méchanlui un égoïsme qui sont sans doute des caractères communs à aux libertins de tous pays. n'est pas dans le caractère de Lovelace. mais qui sont élevés chez un degré (pie nul autre n'a encore atteint. xvm Ce succès provoqua des imitations. En 1783 2 le marquis de Bièvre. le a la s novembre à Comédie-Fran- çaise.236 LA LEGENDE DE DON JUAN. Celui-ci ne court pas après il de multiples aventures. qui reçut avec correction. I. T. inébranlable ténacité. petil-fils du chirurgien de Louis XIV. de son vrai nom Maréchal. en 7 7 s 1 ci . » lettre XII. Sous ceté le et vernis de sa politesse mondaine. mais avec une prépare un plan infernal» le développe d'issue possible. il à la perversité élégante et sceptique du héros de substitue une science profonde et compliquée du mal. la pénétration du psychofait logue qui joue avec certitude à son but. Inecinq ans auparavant. Ce ne l'ut roman de Richardson fil fureur en pas une des manifestations les moins curieuses le de l'influence exercée par la littérature anglaise sur la nôtre au . sans laisser el Il unit dans ses machinations l'habileté tique qui le sang-froid du poli- combine les événements. la l'an-. . et Il n'en poursuil qu'une. à se compare fièrement '. cl plus connu par ses calembours que e siècle. mais : est capable des dinaires entreprises Il il pourrait être un conducteur de peuples.

à laquelle les cœurs simples ne peu- vent résister sans le secours de l'expérience. ses procédés pour entrer dans les bonnes grâces d'Orgon. l'auteur a reconnu ce intentions : qu'il « à Richardson '. cela. le marquis. 2ii7 par son théâtre. dit-il. n'est ni fait Le séducteur virtuose qui s'est un passionné. Cette pièce. Ses ruses.. et à faire mouvoir les ressorts des passions dans des cœurs diffé rents se : c'est un homme d'expérience qui connaît à fond l'art de comporter en toute circonstance avec une femme. son ingéniosité à se jouer et à tirer parti de l'inclination de deux jeunes femmes. Il est sensible que je dois à l'auteur ci de Clarisse quelques le traits. C'est un une spécialité de gagner les cœurs. pourbrouiller celle-ci avec son fiancé et son père. à conduire de front plusieurs intrigue-. que le marquis de Bièvre s'est proposé d'offrir à l'édification de ses contemporain^. de réduire une belle et de la quitter ensuite. Il met toute son ingéniosité et tout son amour propre à faire des victimes. j'ai pensé qu'il n'était pas inutile pour les mœurs de mettre au jour quelques-uns des secrets de cet art terrible ». père de Rosalie. Dans doit la préface de l'édition de 1784. représenter une comédie en vers en cinq : actes sous ce titre signicatif le Séducteur.LES o DON . à duper deux amis qui ont la naïveté de croire en lui. Son héros. Et c'est eu effet une peinture des dangers de la séduction. ses mensonges. Orphise et Mélise. 17 . et le sujet d'une pièce aussi plate qu'ennuyeuse. qui est un produit curieux de l'état moral dans lequel agonise l'ancien régime. •• quelques situations même. fils à évincer des rivaux. instruit ses amis de la façon de mener une conquête. de cette comédie.JUAN fit » FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE. . où la séduction semble être devenue l'objet d'une étude profonde. tel est valet philosophe. est directement inspirée de Clarisse Harlowe. ni un sensuel. à diriger les d'une entreprise difficile. avec l'aide d'un pour n'aboutir en fin de compte qu'à faire découvrir son infamie au moment d'atteindre le succès. et qui a des procédés pour chaque cas il sait comment on eu use avec : I. et précisé ses propres Dans une époque. cherche à entraîner hors de sa famille une innocente jeune fille dont il convoite la dot. surtoul caractère principal. il proil fesse la science de l'amour.

qui. ('. une jeune fille. La jeu de Richelieu. Une intention morale analogue se retrouve quelques années plus tard dans une : œuvre de Monvel jouée en sous l'influence les lT'. el auteur. les Victimes cloîtrées. avec une veuve. avec quelque chose de nouveau une satire de l'ancien régime.enjôleurs du grand monde. comédie en prose el en cinq actes par les citoyens Alexandre Du val el Monvel. habile à tirerparti de sa science dans des vues intéressées. représentée pour la première fois au théâtre de la République. avec une femme mariée. de son vrai nom Jacques-Marie Boute (1745-1811). est expert à détruire les préventions el à inspirer il la confiance.Juan dégénéré <pii Donjuanisme. La jeunesse du duc de Richelieu ou de Clarisse le Lovelace Ici encore. entre deux campagnes. il en fit. — fui : ."est en même temps : un gredin pratique. Harlowe.258 LA LEGENDE DE DON JUAN. a séduit une honnête bourgeoise. ce brillant si el léger duc de Richelieu. annonçait déjà par ses succès à la sa eour les prouesses amoureuses qui illustrèrent sa jeu- longue vie. Mme Michelin. el tendrement aimée de son époux. (pie l'a vertueux marquis deBièvre transporté sur la scène. si brave. Son adresse le rend plus dangereux encore que faire connaître les Don Juan: aussi. C'est un épisode purement imaginaire de mis au théâtre : nesse que l'auteur a l'aimable duc. Monvel a heureusement réapparaît le dessein d'éclairer : choisi son héros. est-ce pour espèce et gens de son le préserver ainsi les Ames ingénues. jouer une dont le titre indique assez les tendances Monvel fui le père de Mlle Mars. Entre autres pièces. avec une fiancée. n'a plus cette ardeur enthousiasme de joueur passionné qui caractérisent son aîné lesremplace par l'habileté froide il d'unhomme que l'expérience a mûri el blasé. I.Mi à la Comédie-Française français 1 . 11 y a en lui du Don Juan son amour de la séduction esl un c'est des éléments essentiels du . en 1791. nivôse an V. ou l Lovelace français. Monvel. il j revint sous la Révolution donl il un des plus fougueux champions. mais. dès l'âge de quatorze ans. séduisant. femmes sensibles sur la perfidie «le. estimée dans son quartier. n'aait Il un Don introduit la cupidité et les préoccupations vrai matérielles là où le Don Juan que pour la satisfaction el cet : de ses senset paramourde son art. fut à la fois acteur exilé de Fiance en 1781.

En dehors de cette aventure. simples grisettes. bien pénibles amour-propre. non par amour. lui » : « il variées. la main de nombreuses et louches intrigues. 1 ne vaut que par scène vi. s'est laissé prendre aux serments et à la belle mine du grand seigneur. dicte à plusieurs secrétaires à la fois. 259 fort (ligne de l'être. Il séduit même le les tresses de ses valets. mais par des ruptures saillantes. dirige sous l'homme qui mène de front la guerre. les vertus qui hésitent. el lui faut bien scandaleuses. Le Burlador aime l'amour pour l'amour. imagi- nant de mettre en présence dîme rivale. 2. Ses amours sont aussi multiples que Molière. de désespoir et de honte. C'est politique et l'amour. le héros est conforme à la tradi- tion historique. ce sont les aventures rares. Tel le Don Juan de ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour « princesses du sang. n'a plus aucun prix par pimentent. il les déshonore toutes avec une impartialité qui la lui a fait dans mai- le monde plus haute réputation ' ». le déjà Don Juan de Molière pour le il a besoin il de stimulants pour le relever. tout en rece- vant une maîtresse et en écrivant sous ses yeux à une autre. Mais celte Ame sensible dont l'affection sans doute un peu prosaïque du loyal Michelin n'a pas réalisé l'idéal. la plus la corruption sa victime trop traite avec cynisme et cruauté. « Ah! de la une vertu. les excitants qui le A cette . Celui-ci se divertit à cette conquête d'une petite condition dont la femme de savante candeur ménage à ses sens blasés des offre Il surprises «les que ne leur dames de la cour. la donner elle-même mort. Acte Arle I. mais ce qu'il préfère. des remords qui l'emporinspiré ! teraient surl'amour les que j'ai cela me pique 2 ! » Il va chez femmes qui lui Il ferment leur porte. pleurs qui coulent. de robe ou de finance. ce qui met en goût. petites bourgeoises. de jouir de sa con- fusion et la réduisant.LES « DON JUAN •> FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE. retenue dans le les caractère. 11. lui- même. . assaisonnée de toutes à se les inventions d'un esprit aussi subtil que malfaisant. duc de Richelieu. tout lui convient. les pudeurs qui s'alarment. après une scène de violence. s'amusant de ses scrupules et de ses remords. scène il. femmes de la cour.

Sous son nom. l'esprit d'intrigue des grands qu'a voulu flétrir 1. il imagine cent scélératesses qui lui résiste. •• si dépil mes ri je me figurai un plaisir extrême bien ensemble.i troubler leur intelligence. compromet une autre en envoyant son carrosse : 1 : stationner toute une nuit à sa porte. 2. sans autre motif que régal d'assister à leur décon- Ce libertin les à grande allure qui mène armées. fier de être et de passer pour tel. qu'un Molière peignait la la type représentatif. Il que Don Juan ignore. on ue réussit dans c'est monde que par femmes.260 LA LEGENDE DE DON JUAN. îles hommes. donc aux femmes les captive ([n'en importe de plaire. chargé de tous les méfaits Af< gens de sa caste.souffrir d'abord de les voir désirs.. aussi. alluiii. 1rs j'ai de l'ambition. les mœurs dépravation. s"il aime les femmes. I. seigneur libertin sous tout entière. dans l'intention de Monvel. ' C'est ce qui m'oblige à multiplier se pique. Comme Don Juan. noblesse cruauté. et femme il qui ne lui a jamais accordé la moindre il quand l'a suffisamment déshonorée. Pour justifier sa fâcheuse réputafait enfermer une belle il tion. roi. intrigue avec les les affaires de l'État. de psychologie féminine. temps des maux qu'il cause aux petites gens. on le voit. Il s'amuse le faire disgracier les en place. lesméprise encore davantage. pouvoir . assaisonne il son libertinage de méchanceté c'est un mauvais sujet. scène m. l'ambiréussir le : se sert de la femme pour qu'il « Je suis jeune.'i Je ne pu. mes triomphes ». Acte II. on ne pique .. • 2. . c'est de l'ancien régime. leur amour-propre qu'en leur offranl des obstacles à surmonter on ne Il leur présentant des rivales à vaincre. seul plaisir de 2 troubler un bonheur innocent Sa méchanceté s'exerce à même gens aux dépens venue. perversité s'ajoute un sentiment tion. se plaît à pénétrer le dans l'intimité des ménages heureux pour . commande pousse par maîtresses du se les femmes et se divertit entre n'est. le Molière. ce sont la comme le nom jadis le grand de Don Juan. et plus que Don Juan. 11 la punit de sa fidélité conjugale en tuant son mari. se vante partout i\r^ com- plaisances d'une faveur. et il comme Don Juan. Cf.

Laclos réveiller l'attention publique sur les vices prétendail faire œuvre morale et Sur Lai Ins. c'est la derlos de Laclos complicité d'un homme et d'une femme unis pour créer les le mal. l'expérience des cœurs. mêlé l'être à la satisfaction haineuse d'humilier et d'avilir dont la supériorité morale semble une offense pour le vice. conduire tout doucement au déshonneur gence. Comme le marquis de Bièvre. . cf. 1904). de la candeur. récents M. lettres recueillies dans une société poursuivies pour '.LES le " DON JUAN » FRANÇAIS APRES MOLIERE. Mais l'œuvre qui réalise plus qu'aucune autre tout ce que dépravation morale a pu enfanter de subtil et de féroce. Nous n'avons pas fut à étudier ici en lui-même ce roman dont le succès de scandale considérable parmi les contemporains. mène de front deux intrigues plus sérieuses aidé de sa complice. Mme de Merteuil. le général Choderlos de Laclos (chez Perrin. Dard. mais seulement dans ses rapports avec le Donjuanisme. est 261 farouche révolutionnaire. il cultive l'amour inconscient d'une jeune fille de quinze ans pour un jeune homme aussi naïf qu'elle. Sa pièce plus encore un pamla phlet qu'une peinture. C'est le plaisir de la corruption sans autre but qu'elle- même. appartenu à la Société de Grenoble. et Fernand Caussy. l n acteur caché du drame révolutionnaire. Laclos (Société du Mercure de •• On s'amusa — : France. et qui symbolise vraiment le Donjuanisme malsain du xvm" à siècle est un roman qui parut en 1782 titre et : Amsterdam et à Paris sous ce Les liaisons dangereuses. C'est la pénétration sang-froid. deux livres en laveur desquels elle semblait se relâcher ». d'ailleurs à chercher des originaux auxquels l'auteur n'a vraisemblablement jamais songé. Lentement. : il échauffe ce cœur et l'amène au degré où la jeunesse et la pudeur ne sont plus des armes suffisantes contre l'impulsion des sens et les curiosités de l'imagination. Les modèles dont l'auteur se sérail servi auraient. Valmont. la pratique de la vie s'amusant à triompher de la jeunesse. par ChoIci. V instruction de quelques autres. le âmes les plus innocentes et provoquer de les plus l'intelli- épouvantables catastrophes. 1905). de l'ignorance. au milieu d'innombrables aventures. à l'amant et prend de force un bien que la faiblesse et la sur- 1. Au moment il précis où la se substitue vierge désire ce qu'elle ne soupçonne pas encore. comme Monvel. au dire de Stendhal (Vie </'//. Brûlard).

. siècle. jugeanl excellent ce moyen de dépravation. de l'amitié. le plus vif plaisir les lui promet la victoire est la de faire tomber perversité la devant lesquels s'arrêterait contraindre un plus consommée. Le séducteur trouve ainsi dans catastrophes dont il les douleurs et dans les entoure l'amour plus de volupté que dans l'amour lui-même. il laisse loin la derrière lui les libertins du tion. à feint de demander et à Dieu et le il repos. la s'attaque en même temps et à une femme obstacles dont piété et l'honneur sont éprouvés. Il lui faut : des victoires plus difficiles et plus dignes de son habileté il n'est pas homme à se contenter de « ne recueillir pour fruit de ses travaux que l'insipide avan>. Son amour-propre et son orgueil mettent leur satisfaction à cœur vertueux à désirer la faute qu'il condamne. -'. Lettre XXIII. prise empêchent de défendre. solides. mais l'humiliation de la sacrifice des sentiments les plus délicats et les plus vertu. D'ailleurs cette séduction d'une fillette ignorante n'est qu'un passe-temps où l'amour-propre du séducteur ne trouve pas matière à se satisfaire. les luttes la Ame dont aucune mauvaise pensée le et n'a pureté. de Il la sainteté du que foyer. Mais la souillure physique n'est que l'accompagnement accessoire de la corruption morale. Une jusqu'alors troublé sions. souille le cœur de il C'esl celle-ci qui seule intéresse le héros : sa victime en lui racontant des aventures scandaleuse- qu'il met sur le compte « de sa mère.LA LÉGENDE DE DON JUAN. l'immolation des croyances religieuses. Et quelle ingénieuse stratégie pour en venir là! Quelle virtuosité dans le l'art de corrompre! Valmont joue il la tendresse. la passion. audacieux timide. l'oubli et désespoir. car celle qui ne respecte pas sa 1 mère ne se respectera pas elle-même ». tage d'avoir eu une femme de pluswir et 11 en cela. Lettre CX. va connaître désordre des pasle déchirantes entre l'amour qui s'insinue devoir qui résiste. tour tour pressant soumis. aime dans séduc- non le pas la seule défaite des sens. s'amuse à engager peu à peu sa victime sur une I.

à la mener de l'indifférence à la curiosité. il rompt par une lettre insultante où il découvre avec cynisme la longue comédie sacrifices qu'elle consent. il 263 pente qu'elle ne pourra remonter. tourne à son avantage les armes qu'elle lui oppose et sait se faire aimer pour ses vices môme. Jamais se trahit. s'arrêtant au Il moment prix des de toucher au but. Sa force naît de son expérience. C'est il un acteur qui joue tout le temps et ne cesse ne de régler son attitude.LES « DON JUAN » FRANÇAIS APRES MOLIERE. il il observe ses hésitations. de son immoralité et de son sang-froid. Valmont vers ({lie est en somme un : séducteur plus subtil Don Juan CXXV. quand elle croit en lui. recule. lui laisser le la faire qu'il a jouée. à provoquer ses impressions. Lettre . les provoque pour mieux en il A l'inverse de Don Juan. Le roué n'a plus seulement ici la méchanceté du libertin. il lui arrive de ne pou- voir le faire par l'effet même de l'attention qu'il apporte à son et plus per- jeu ». et quand elle a succombé. quand est sûr de sa victoire. il sait tout ce qui peut agir sur sa volonté. Il combine ses gestes et ses intonations. à son relèvement moral. aucune des retraites où se dérobe la finesse de la femme ne lui demeure cachée. ses maladresses. Il prolonge avec délices l'agonie de sa vertu. Il sait l'art de lui révèle arracher les sentiments Il qu'elle dissimule. avance. de le guérir de ses erreurs passées. des remords. jouir. qu'en un moment où il lui faudrait exprimer l'abandon et l'ivresse des sens. Il a pénétré tous les secrets du cœur féminin. et veut faire sentir à la femme le temps des regrets el tomber quand même. profite de ses faiblesses. et ceux-là même qu'elle ignore encore. du désir à la passion. Il reste si bien étranger aux sentiments qu'il dissimule et au personnage qu'il représente. manœuvre sans hâte. celui-ci fait de la séduction moins un but l. lise un manieur d'âmes de première force. Il s'impose à elle. brusquement. à les changer. excelle à la conduire. ses frayeurs. moins encore par faiblesse que par l'espérance de rendre heureux son vainqueur. de la curiosité au désir.

l'autre ne poursuit que les victoires difficiles. sent son amour-propre engagé à venir à bout de leurs résis11 tances. Sans doute. connaît il l'art savant de « mener doucement ». à recherche d'émotions que a émoussés ne pour lui donnent plus. une jeune beauté où devance Valmont. l'échange des sympathies sont devenues des banalités dont elle rougit. la l'ont amenée du : raffinements où perdu le goût de les vérité et naturel. On dans voit les l'art progrès que la la société française a faits en un siècle de corruption depuis L'homme à bonnes fortunes de /. ne néglige pas de cueillir les fruits de sa victoire.l'amour mêmes subtilités l'attraction des cœurs. Elle s'est pervertie à quintessen- cier toute chose. Valmont n'y voit qu'un instrument de domination et la salis- faction de sa vanité.264 LA LÉGENDE DE DON JUAN.i satisfaire son goût. conquête sont pour a envie de la faire venir si « El parla. elle a inventé des poisons comle pliqués dont (die est morte lentement. et volonté et de l'orgueil. il possession. cl Héritier de Don Juan par il méchanceté. dès que la lutte est terminée. veut se prouver sa force et affirmer sa supériorité en le se faisant maître de leurs sentiments l'égoïsme. la ne cour! plus de but en blanc à il satisfaction de son caprice. la est l'ancêtre de Julien Sorel par la prédomi- nance de Richelieu. introduit dan. le Plus encore que Séducteur du marquis de Bièvre ainsi les et le duc de Valmont incarne la mœurs d'une société blasée les sens agonisante. cet et excès de recherche qu'elle a les porté à des même dans les Elle a vêtements elle a dans meubles. la et de leurs actions. il Mais lui les manœuvres le qui précèdent il la tout beau » de l'amour. L'un met toute sa gloire dans le nombre de ses triomphes amoureux. à la qu'un moyen amusant d'arriver avec Molière. Don Juan recherche dans l'amour l'assouvissement d'un instinct dont il est l'esclave." Baron jusqu'à jeunesse du duc de Richelieu et aux Liaisons . la science de la corruption. Pour Valmont. ne trouvant plus dans la réalité les mets propre*- . Le soin qu'elle et mis à fuir les vulgarités s'élever au rare à l'exquis. l'âme aussi pourrie que corps. cl. il 11 ne désire pas les femmes qu'il attaque. ils n'ont plus de prix.

contenait éléments d'une des peintures les plus universelles et les la plus vraies n'être qu'un écrivain puisse les faire de l'homme. nouvelles. Après la pièce de Molière. sous des influenverra naître un Donjuanisme épuré et mystique. L'amour n'est plus le plaisir des sens. le : 265 atteint Avec le Yalmonl. Il quelque chose de maladif : une impuissance physique de jouir qui répugne au véritable ceux-ci semDon Juan. de recherches étranges. n'ayant aucun lien simple distraction des yeux et des oreilles de part. Elles tiennent e à la nature même de la légende et à l'irréligion du xvm siècle. « DON JUAN » FRANÇAIS APRES MOLIERE. pressé de satisest au fond un personnage simple : une nature impatiente.LES dangereuses. va s'engager dans des voies diffé- Par un soudain revirement. — blent atrophiés et impuissants. il ne s'attarde pas dans les interles Richelieu. wiir le siècle finissant l'extrême limite de la dépravation libertinage ne pouvant aller plus loin dans rentes. ces Don Juan faire Mais toutes ces œuvres ne sont que du Donjuanisme dénaturé. et sous sans portée. ou dans des farces que lador Aussi y a à cela d'autres raisons encore. celle qui peinl le milieu et . mi-bouffonnes. vite interdite et supprimée. le xi\" siècle. — c'est l'esprit seul qui entre en jeu et tire la volupté d'inventions compliquées. même sens. la fable de Don Juan ne fut plus considérée par avec la réalité. public que comme un mélange d'aventures mi-extraordinaires. de créations artificielles. séducteurs à long terme qui subordonnent y a dans le libertinage du xvnr siècle le but aux moyens. où les l'esprit n'avait point On ne vit pas que la fable. les minables subtilités où se complaisent Yalmont. On ravala à les lazzi le qu'une parade sans vraisemblance dans laquelle el d'Arlequin véritable. la haute comédie. à travers son mélange de merveilleux et de comique. foudres de la Statue faisaient oublier héros Au XVIII e siècle. Il l'influence malheureuse des acteurs le italiens. le xvm siècle n'a-t-il guère repris la légende du Burdans des imitations sans valeur.

eût développé le côté humain du en insistant davantage sur ses sentiments de révolte contre toute autorité. de Polichinelle. el danse. . tion eût été à la fois trop la famille el Dieu. ne fut plus considéré comme et 1rs un personnage dés mais comme un masque moitié bouffon. de grossièretés. au théâtre italien. mœurs. la qui faitsa compagnied'un valet grotesque. ramenèrent le où triomphait la verve bouffonne de Dominique. fallut tout le génie de Molière pour retirer la légende de la voie où ils l'avaient engagée. moitié terrible. nous l'avons vu. eût pu réussir une conhéros. la famille des Matamoros. Elle les laisse aux scènes foraines. 11 était d'ailleurs difficile qu'il la en fût autrement à une époque où leçon morale et religieuse contenue dans la légende ne pouvait rencontrer que des sceptiques et devait provoquer des sourires ironiques. tend de plus en plus à s'affranchir des vieilles et banales intrigues importées d'Italie. des Francatripa C'est bien ainsi. achevanl côté merveilleux déjà réduit par Molière. de la féerie. lité île où un public peu difficile sur la qua- son plaisir s'amuse toujours des mêmes types convenle tionnels et des mêmes facéties. festoie avec une statue animée. Mais le sort le fâcheux fait à la pièce de Molière et succès toujours constant sujet à ces arlequinades des comédies italiennes. Les contemporains de Voltaire le de Diderot ne pouvaient prendre au sérieux châtiment de Don et devaient Juan entraîné aux enfers par une statue vivante. Seule. d'Octave et autre. réléguer cette fable parmi les amusements dont d'éliminer le les badauds et les enfants faisaient leurs délices. la Don Juan fui ainsi naturellement bannie de les la théâtres qui offraient au public les la comédie sérieuse et se réfugia dans amusements multiples mêlé de farces et de du chant. ception du sujel qui. le tout Un héros réel. les que acteurs de Coihmedia delV arte avaient compris et il aventures de l'indomptable Sévillan. Un tel sujet était bien le dernier quipûteonet venir au xvm e siècle.acteurs de tréteaux.26G les LA LEGENDE DE DON JUAN. contre la société. et Sans rapport apparent avec fable de milieu comtemporain la vie. Mais cette concepla grave pour scène française et trop dangereuse encore.

Les premiers reprennent avec des modifications sans importance. au dire des frères Parfaict et de Desboulmiers. article dit — p. Il ne l'a pas fait. . la légende du Convive de Pierre ne fut plus interprétée en France que par les acteurs de la comédie italienne. 138) aussi — p. littéraire des théâtres. et — t. distribué. en cinq actes en trois actes. Dictionnaire portatif. le mais parce que grâce au succès de héros de Richardson s'est la littérature anglaise. Dictionnaire des théâtres (1756). non seulement parce que Piéride et le discrédit la nature de la légende du Convive de l'ont du théâtre de Molière ne substitué à pas permis. Le canevas italien fut donc abandonné et repris seulement le 4 mai 1743 avec des changements nouveaux et un spec1. Don Juan dans la faveur du public. il est vrai. III. Maupoint (Bibliothèque des théâtres. comme nous allons le voir. et par les acteurs forains. DesVII. -207 Le xvin e siècle aurait pu. Riccoboni). . le thème développé dans Le dimanche 1 7 janvier 1717. la nouvelle troupe italienne rappelée en France par Philippe la d'Orléans après mort de Louis XIV. Paris. ITiU. (L. article Festin de Pierre. plus connu en le Italie sous le nom de Lelio. rance où étaient les spectateurs du xvm e siècle de la langue ita- lienne obligea le directeur de la troupe. ou en faire le prototype du roué comme Molière en avait fait le prototype du libertin. Pour ces différentes raisons. est nouveau scénario ne réussit qu'à moitié. 270). Parfaict. historique et 333. avaient pris pour leur compte le sujet. boulmiers. redonna pour la première fois le Festin de Pierre en italien. d'autant plus donc probable que que les théâtres forains. Beauchamps. Cf. et le représentaient avec un grand succès. suivant de Léris On sait que l'igno' . Festin de Pieuhe. le scénario de l'ancien théâtre italien. raisonnée del'ancien théâtre italien (1759). peindre surtout en Don Juan le débauché.LES « DON JUAN - FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE. Histoire anecdotique p. — De Léris. et réinstallée à l'hôtel de Bourgogne. Luigi Riccoboni. à donner des pièces en Il français et à modifier son répertoire. L'auteur en était Lelio que la pièce csi en trois actes. Recherches sur les Théâtres de France (t.

La 1. fonds français. connu. J. succès 1 .-B. On pourrait objecter que la pièce de Le Tellier étant une la sorte d'opéra- légende de Don Juan dans la cille musique. fut reprise plusieurs fois ».268 LA LEGENDE DE DON JUAN. ou peut d'autant moins hésiter a la faire entrer dans bouffe. n" '. « au dire des frères Parfaict. le Outre Festin de Pierre. En la un auteur peu . tacle destiné à en assurer le La pièce. par troupe qu'Octave. comme M arrive pour la pluparl de. par un acteur célèbre. Dictionnaire des Théâtres. à personnage de Don Juan auteur dramatique et était joué la fois marchand de tableaux. t. pièce est inspirée de toutes les œuvres antérieures et plus Parfaict. p. toujours avec assez d'applaudissements Elle subit «Tailleurs de légères modifications au cours de ses différentes interprétations. qui débuta dans ce rôle av jeu d'Octave v < t y fut très applaudi. Mu. en vaudevilles. connus du pilhhc. : servir à l'histoire des spectacles </<• lu Foire (t. Le Tellier a composé: les Pèlerines de Cythère (1713). une pièce de Pierre*. Celte dernière scène la fit parul irrévérencieuse à l'autorité qui d'abord supprimer.a la mode. article cité. la II I i <) 1 p. lui réalité.ni 2. et dans tout le cours du xvni" siècle. Cf.-B.'}. Elle comprenait trois actes. Raguenet. doit plutôt être rattachée a l'étude sur : la littérature de que si le. En ce qui concerne la pièce de Le Tellier. elles appartiennent à l'un et a l'autre genre. était traduite en français. et le critique littéraire ne saurait omettre dans l'histoire du théâtre m le. Lors de le première représentation. 153).vers en -ont bien de l'auteur. la sentence fut révoquée pou de jours après*. Les paroles. moitié littéraires. 'in touche ici a une question assez délicate et plus générale de l'attribution a la littérature un a la musique de ces œuvres. moitié musicales. Bibliothèque nationale manuscrits. Constantini. avait reconstituée avec les débris de la troupe d'Alard aîné. [rlequin. I. Pour cette pièce. <'l li' Dictionnaire des Théâtres. ancien acteur de la comédie italienne. 153. suivis d'un divertissement dans lequel Don Juan mais la apparaissait dans les enfers. fois. Mémoires pour servir Vhistoire des spectacles de lu Foire. 3. étaient c ha ce-' -n r des ail. ainsi que les Mémoires pour 2.opéras de Quinaull ni ceux de Favart. Parfaict. . article cité. Le Tellier 2 foire fil jouera la Saint-Germain. cf.la scène française. si abondantes à partir de Quinault. celte de la foire 171. Sultane favorite (1714). intitulée le Festin La pièce réussit et. il n'en esl pas de même musique. Mais ce furent surtout au les théâtres qui assurèrent xvm e siècle la vogue delà légende.œuvres du même veille. originaire de Château-Thierry. La descente de Mczzetin aux enfers (1715). de son vrai nom J.

la pêcheuse qui Apollon : recueille chante. est 269 et particulièrement des canevas italiens. lantines : la statue Feuil- le fait sur le ton dolent de L'on me mène aux Fais-nous aujourd'hui L'honneur. obligé par son maître d'inviter à dîner. et les mêmes facéties la remplissent. De venir chez nous sans suite Manger une carpe Donl la i"i i t - < . Les grands rôles de femmes ont disparu. C'est le procédé usité de nos jours dans les revues de fin d'année et certains opérasbouffes : quand Don Juan échoue évanoui sur le la plage. Et Don Juan.LES « DON JUAN » FRANÇAIS APRES MOLIÈRE. Je rends grâces au sort. cette dernière sous le nom de Colombine. celui-ci n'en conserve pas moins rôle principal. La scène du repas a toujours l'importance démesurée que les Italiens lui ont donnée. airs bouffons. Ailleurs. cocasse de tous les airs à sentiments variés des personnages. Don Juan le présente la statue est du Commandeur sur : l'air funèbre de Prince d'Orange mort Reconnais un grand seigneur Que mon bras a mis par terre. répond sur l'air joyeux de Vogue Échappé de l'orage. La musique qui accompagne les paroles est un mélange assez la mode. airs tendres. à son valet Arlequin. tandis qu'Arlequin. personnage de Don Juan y est moins sacrifié que dans les scenarii de la Commedia delV le arte. sur l'air pitoyable du Grand Que Par je sens pitié mon cœur attendri de ce malheureux. revenu à la galère : lui. aux différentes situations et aux s'adaptant airs tragiques. Seules les pêcheuses et la jeune mariée réapparaissent. Grand bretteUr mine me l'ail peur. Le ton en si le bouffon.

et entourée de ses compagnons de ses compagnes. cette taille. l'auteur en sérieuse et tragique : a supprimé toute partie la séduction des femmes de qualité. il Arle- quin effrayé va répéter chose à son maître. revenu à lui. comique repose sur la menace suspendue de l'autre. Qui dans mes filets vient tomber? Et l'autre de répondre Ma foi. une pêcheuse. comme le le Commandeur la accepte on baissant la tête. la table. La bonne mine de ce dernier jette aussitôt le trouble dans le cœur de la jeune fille qui.270 El LA LEGENDE DE DON JUAN. : vous ail. explique le succès de œuvre. chante les Une tempête qui éclate soudain dépose à ses pieds Arlequin et Don Juan. pour nous transporter aussitôt sur le mer où./ la gober L'écaillé.. Don Juan. confondu! Monsieur voilà comme Il m'a répondu Il aime la carpe.. le l'opposition entre tête sérieux de la statue et et.. pêcheuse qu'il montre en connaisseur Arlequin : Vois-tu ce minois. regarde avec admiration à De son la côté. le lazzi d'Arlequin caché sous tout accompagné des trémolos la ou des rigodons de l'orchestre. statue : chante en mimant mouvement de Ah! le la diahle d'homme. Quant à l'intrigue. telle la poétique Tisbea. les de Don Juan. la rivage de la mort du Commandeur. l'air des Folies d'Espagne. Comme une liuii re à . avoue sa défaite Cruel : amour quelle est donc ta puissance'? Je ne suis plus maîtresse de mon cœur. avec du sujet. Je suis ! L'effet comique produit par et la le contraste de cette musique elle sert bariolée des paroles grotesques auxquelles gravité d'accomcri le csl pagnement. dénuée d'ailleurs d'originalité. d'une part. sur douceurs de son état. Ce contraste plus marqué dans sur la la scène du festin le : ici.

le pendant que Pierrot. A l'acte suivant. en somme. A leur blancheur. a les yeux bandés. il Lr personnage d'Arlequin était habillé de noir el portait un .LES Mais la « DON JUAN fille » FRANÇAIS APRES MOLIERE. Pendant ce temps. qu'il enlève à la faveur d'une partie de Colin-Maillard. marié. des scènes champêtres bien connues. interroge Arlequin. messieurs.moi. il les prend pour drs boulangers et leur demande protection : Ah. 1. quand celui-ci le surprend et le poursuit l'épée à la main. Lonïarirette l'a l'ait de jour. Don Juan. Cet acte est. . Celui lui déclare fort sérieusement que la Don Juan blance il est son frère 1 . Arlequin énumère sur un tableau les méfaits de son maître. le 271 et elle jeune veut savoir qui est ci beau naufragé. Peine perdue! la pêcheuse a déjà rejoint beau cavalier auquel elle offre l'hospitalité de sa demeure et de son cœur. remarque Colombine la mariée. une noce champêtre arrive en dansant et en chantant. moi de nuit. raconte la mort du Commandeur et jette au public la liste des victimes de Don Juan. Arlequin arrive auprès de la statue équestre du Commandeur. sauvez-moi des coups De mon maître en courroux. entourée d'autres figures de marbre. détail semblable se trouve dans le texte il'' Cicognini (I. Un 2. et l'amusant sur l'air d'Une jeune Nonnette tandis qu'elle tend par derrière sa main à Don Juan qui la baise. La vulgarité même n'en sont pas toujours absentes ce sont : jeux de Colombine faisant de ses deux doigts les cornes sur front de Pierrot. à qui la pêcheuse n'a désormais plus rien à refuser. Et il cherche à mettre la pauvrette en garde contre le le trom- peur. Comme la bergère cric à l'invraisem:' lui explique ainsi Je chose m'en vais vous dire pourquoi Mon On cadet est plus blanc que. Je vous paierai pinte à six sous. loup de même couleur. revient. la reproduction. avec quelques lazzi et la grossièreté les le nouveaux. la Lon lan de riri 2 . Dans sa fuite.

s'approchant alors delà statue. la raille de la somptuosité de son monument et lui donne quelques coups de son épée. et cherche à le Reconnais le Commandeur mis par terre. Doit-on prendre pour gage. et Avec le 3 e acte recommencent pièce ne les lazzi de la lienne.. Don Juan lui demande de divertir son ennui.. Quand on Eh bien? est si volage. LA MARIÉE... un inconstant Et je vous aime tendrement. Don Juan... Vous m'entendez bien. sur l'air de M. Vous m'entendez bien? Je ne suis point DON JUAN. Arlequin achève. DON JUAN.. de la Palice est mort. puis il ordonne la à Arlequin de l'inviter à dîner. Arlequin joue au bilboquet. Que mon liras a Ne vois-tu pas qu'il est mort? Que c'est là son effigie? — Il Hélas! sciait s'il n'était pas mort encore en vie lui répond Arlequin. en se sauvant avec son maître Attendez-nous sous l'orme.. Par un contrat en forme Toutes deux. le Don Juan rassurer : tire en riant rie son erreur.. l'ait . : comédie itaque reproduire el la fin de la plus guère l'intrigue et les facél ies du canevas de Biancolelli.-272 LA LÉGENDE DE DON JUAN. esl Le second acte se termine par une scène dont l'idée première à empruntée à Dorimon : pêcheuse et la mariée viennent reprocher : Don Juan sa trahison sur l'air de Vous m'entendez bien Vous n'êtes qu'un perfide amant Qui méritez un châtiment.

que. . Le repas : est assaisonné d'intermi- nables et grossières facéties maître. il l'ail la grimace ! r. et retourne sur et. en refusant lumière que Don Juan lui oiï're. nappe avec bouf- mains '.LES o DON JUAN ne » FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE. je commence à croire Qu'on aime à boire Chez les morts. parodiant. la l'ait la salade avec l'huile de ses la lampe.le >ai> par une tradition authentique 18 . chante Don Juan. la fonnerie devient macabre Ami. nous y voilà! ! La vilaine carcasse! Quel visage est-ce là? Comme I. Arlequin épouvanté chaule : Flou.ciic facétie. relire sa chaise au Arlequin répand de l'eau sur son il moment où la va s'asseoir. la scène nous transporte paysan. l'idée féroce du héros de Biancolelli. lion. semble avoir éti usage assez répandu. Je verrai le trépas d'un œil fier et serein comme l'air ici. apparemment blessé. xvin" siècle un qui nous parait plutôt malpropre. table. soudain dans une chambre ornée d'objets lugubres au milieu desquels apparaît la statue.. Le Commandeur arrive enfin : avec lui. s'en va alors. et invite à son tour le maître et le valet. Et là-bas. Il reprend aussi. Puisque Pluton permet d'être à Dieu de la table. 273 comme jeu. de boire à la santé de la fille de son hôte*. nous y sommes Que. je boirai de bon vin. mais Arlequin s'y refuse en ces termes peu respectueux pour le Commandeur : A Le la « Voulez-vous m'obliger à boire la tille de ce magot? magot ».. il le valet lui olï're d'autre distraction que son propre demande à souper.. sur en la de la Mort ci Achille. Après un intermède plein de sous-entendus grossiers entre un la petite Fanchon et Arlequin qui vole un fromage à la crème et s'en barbouille le visage.

et mise en vaux-de-villes par M. sont poussés plus loin encore que dans les parodies antérieures du Burlador. bur- lesques qui naissent de leur contraste. j'avais pu prévoij Son aventure. avait coutume. agrémentées de variantes qui en furent faites. et Arlequin se sauve au milieu des tonnerres et des éclairs en réclamant ses gages. .. Le succès de la pièce de Le Tellier est attesté parles imitations nombreuses. Il revient : peu après pour adresser au public le discours suivant Vous voyez la tin misérable D'un débauché.M. Et ^ que vous avez la gale que vous reviendrez demain. de retourner ainsi la salade avec ses mains. Mais mon maître était un bon diable. on la jouait de nouveau sous le litre de le Festin >lr : Pierre. dans les soupers Ons. En 1714.. les effets ici La marche du comique et du tragique. Don Juan n'en est pas moins entraîné dans un gouffre de l'eu. la fameuse actrice. Je l'aurais bien pourvu ce soir D'onguent pour la brûlure.l'en suis fâché. . soupire Arlequin. insinue le prudent cl facétieux valet. Le manuscrit porte ici entre parenthèses Le Tellier). comédien du Roy. tandis que Ja statue veut saisir la main de Don Juan : lui. I. de . *. Hélas! si ('.(die plaisanterie assez plate termine ce parallèle drame héroï-bouffon. représentée par foire les troupes l'an des sieurs Octave et Dolet à la Saint-Germain. Saint-A..Molière. Thomas Corneille. plal traditionnel Le de serpents la esl servi aux invités : Oh ! pitoyable cuisine. réduite en vers par M. comédie mise en prose par . les bras nus jusqu'aux coudes. de unr Mlle Coulât.274 LA LEGENDE DE DON JUAN.

480. à l'opéra de Le Tellier c'était le jeu du Colin-Maillard. les regrets du valet la de n'avoir point apporté de l'onguent contre pièce brûlure. 1 En l'année 1787. La nouvelle version de pièce est divisée en cinq actes. fonds Soleinne. ou V Athée foudroyé. Cf. 2i>. L'auteur de ce remaniement est un acteur inconnu qui a intitule sa : « le Grand le festin de Pierre. et après la dispa- rition de Don Juan dans un gouffre de feu. Bibliothèque nationale. :s. on jouait encore à foire. tonds français.LES grâce 171-4 * " DON JUAN > FRANÇAIS APRES MOLIERE. au théâtre des Associés' le . n° 9251. on joua un assez discordants. variante de pièce de Le Tellier débutant par les lazzi d'Arleet quin avec Pierrot reste est Fanchon. la même une sous le la titre de Don Jean ou le Festin de Pierre. la 275 ». certaines scènes sont interverties et plusieurs des airs sur lesquels les couplets sont fin. comédien 3 ». empruntés amalgame composé d'éléments pour et la plus grande partie aux pièces de Dorimon : et de Villiers. manuscrits. ou V Athée foudroyé. Le la encore . 2. Campardon. En 1781 notamment. 4. I. pour quelques scènes. 1. et la scène du Colin-Maillard. la scène où. du haut d'un escabeau. les Spectacles delaFoire. corrigé scènes par sieur mis en ordre avec de nouvelles (nom effacé). au mois d'août. n° Bibliothèque nationale. manuscrits. Bibliothèque nationale. A la les dernières plaisanteries d'Arlequin sont supprimées et : remplacées par ces vers C'est ainsi Verra finir qu'un libertin son destin. surnom de Beau- on donnait un Grand festin de Pierre. Arlequin fait au public le portrait de son maître. chantes ont été changés. la ces modifications et de quelques autres sans pièce de 1714 est une reproduction fidèle de celle L'année suivante. fondé trois ans auparavant par un pitre célèbre connu sous visage. manuscrits. . En dehors de importance. I. fonds français. de 1713. p. n" 25. Cf. 9272. tragiet comédie en cinq actes. une copie à peine modifiée de et les version de 1713 par 2 Les représentations imitations continuèrent la suite assez nombreuses.

ITT'*. faut en croire l'auteur et de YAlmanach forain. p. :. 1. avant les le le Parmi innombrables versions siècle. Chronique 2. du balcon lui en soutira Lecat. lesquelles • reprit échoué avec d'anciennes pièces. faiPom] « Prrrenez vos billets! -Monsieur Pompée sait l'annonce lui-même.. fort dans lequel un acteur rôle i'l goûté du public. Edition de Georges d'Heylli. » Entrez.. troupe des sau- de corde dirigée par Jean Restier et Jean-François y lira un Colin. 224. Cf. et l'on grand feu a d'artifice Quelques années plus tard. ». jouait le «le Don Juan. notamment le- années 1776.. une série d'opéras-comiques. 93.. et -ira foudroyé avec un habit a paillettes. ITTT. isx:t. il pu en lurent données pendant tout la cours du xvur lundi 1!» • convient de citer joua. parmi père.276 LA LEGENDE DE DON JUAN. la Foire Saint-Laurent. Pompée surtout admirer par 2 . joué par Grand Festin de Pierre mi \r directeur Salle. donna plusieurs représens'il tations du Festin de Pierre inspirées. ancien Arlequin des grands danseurs du Roy. Il enlèvera la fille du Commandeur avec une veste à brandebourgs. Faites voir l'habit du ["acte! montrait l'habit du I" acte. Voir ITTN. t. ]. /' une cuisse De son vrai nom Jean-Etienne-Bernard /<• Wiée foudroyé. un Calen- drier historique [773. p. Cf. tandis qu'Arlequin était occupé à man- ger un poulet. de la pièce de Le Tellier de celle de les- Rosimond 5 .. \». .. la 11 s'y faisait le nombre la richesse des costumes qu'il y étalait Celle pièce est vrai- semblablement même <pie celle de ITSi. Parfaict. que le fameux Nicolet avait installée le boulevard du Temple. Monsieur Pompée changera douze fois de costume. Mémoires pour servir à Dictionnaire des l'histoire îles spectacles 'le la foire. C'est ainsi qu'au cours d'une de ces représentations.. !. un Monsieur 1. qui avait ouvert un spectacle à le foire Saint-Germain avec Restier Festin de Pierre*. et criait Etl'on jouera ce soir avec toute sa garde-robe. Cf.. . à teurs la pantomime que. article cité. » (Brazier. Théâtres. Ce n'étaient d'ailleurs que des parades dans quelles les danses et les chants se mêlaient aux pitreries et aux tours de force les plus inattendus. l'arl'aict. la le septembre L746. 225. danseurs et foire Saint-Laurent. Elle était accompagnée de spectacles 4 . et Heulhard. chronologique des théâtres forains. la En 1721. entrez. I.. Quand un donnait : • des petits théâtres de Paris. t. le Les différentes troupes foraines se passaient d'ailleurs sujet. lac leur Lalauze. recueil des Spectacles des foires et et des boulevards de l'en*. 1786.. la troupe des en 1759 sur Grands danseurs du Roy ». '.

mais avec adjonction de scènes nouvelles. et notamment pour l'Ambigu-Comique. reprit l'inconnu. quin se sauve se place et. Il avait fait entre autres pièces un Testament de Polichinelle. tri. celui-ci leur dit qu'Arlequin doit être qu'ils recherchent. Campardon . Arnould.LES « DON JUAN sa - FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE. :i. l'Ambigu-Comique. Pour l'homme les dépister. fondé en 1770 par Audinot. n'en ai-je pas payé ma part en prenant mon billet à la porte? » Et ce disant. reparaît avec son maître. voisins. moins son jeu jusqu'au moment où Arlequin s'en aperçul dil : n'en continua pas et lui « Pourquoi souper? — donc. Arnould-Mussot. 20. Cf. les llmanach forain de 1778. puis lui apprend que tous les paysans des environs sont invités au mariage d'une jeune fermière avec un villageois nouvellement arrivé et que personne ne connaît. Mais. Arlequin interroge un paysan qui le baril et boit à Commandeur. 2. en 3 travaillait pour les actes. ou le nouveau Festin de Pierre. àla recherche d'une auberge. le 15 septembre 1777-. nommé Joseph Brunn '. un Robinson Crusoé. un Riquet à là Houppe. s'écartèrent de lui. Criait un compère. Sp xtacles de la Foire. mée 1. Mais. 277 telle avec le boni de canne Les écœurés par une il gourmandise. donnait. il s'élança sur le théâtre en faisant deux ou trois sauts périlleux. dont il fut quelque temps directeur avec Audinot. par M. une scène imitée de Molière. mais bizarrement transforvient demander l'aumône à Cf. La noce paraît sur ces entrefaites maître dans le et Arlequin reconnaît son marié. des archers surviennent en même temps à la poursuite de Don Juan. En même temps que la troupe de Nicolet. ArleIci. : un malheureux en haillons Almanach forain de 1776. monsieur. Cf. Arnould théâtres forains. Ce M. et une parodie de Ylphigénie de Gluck. Elle était trois Le Vire puni. p. un équilibriste fameux. après pêne même. Arlequin y paraît au premier acte avec un baril sur 11 le dos. une représentation assez curieuse du Festin intitulée : de Pierre. vient de quitter Don Juan qui a tué le avoir séduit sa nièce. Son Don Juan reprenait le vieux thème tant de fois traité. voulez-vous manger mon Faquin. né à Besançon en 1734. à l'acte suivant. mort en 1795.

Plus tard encore. . de l'édition de 1X02. dont son le honnêteté instinctive approuve se livre à mille fredaines les châtiment. en théâtre des Pantagoniens litre donnait un à Grand Festin de Pierre avec un emphatique destiné le rehausser le sujet encore Guignol de nos Jardins publics de Grand Guignol la '. p. le répertoire des théâtres de marionnettes. La fable renfermait éléments qui convien- nent à ce genre de spectacles goûtés du public populaire. Magnin. unique dans et se le l'a apprend que la mauvaise conduite d'un fils réduit à ce triste état. mais maudissant son fils.e succès de finit fable donjuanesque sur le les théâtres levards ne pas avec xvur siècle. et lui Don Juan. Cf. rougit de sa misère et veut se débarrasser du père indigné refuse se poursuit et vieillard en lui retire donnant sa bourse. il Don Juan reconnaît son le père pauvre. quelle belle matière à divertir des gardes-françaises et des soubrettes! Et à la fin. donnait pleine satisfaction aux exigences de des foires Saint-Laurenl tations île Morale. les aventures de Don Juan du Convive de Pierre alimentaient les en France. En même temps. Par une contradiction ensuite très humaine. bons tours d'Arlequin. en La pièce s'achève ensuite conformément à la tradition. Commandeur et justicier qui venait rétablir les droits de la vertu outragée châtier le vice trop longtemps la impuni. VAlmanach forain de 1777 signale-t-il aux Marionnettes et Saint-Germain plusieurs représen179. tout comme à l'étranger. la foule aime à rire des vilains tours d'un galopin. le l)nn Juan. les Les crimes de Don Juan. Le Convive de Pierre I. Aussi. et des par une fortune la commune et à bien des sujets la personnages de comédie sérieuse et de tragédie.278 LA LEGENDE DE DON JUAN. Histoire '1rs Marionnettes.5. 178. on sera le cœur avec lui pour crier ensuite: Bravo! quand diable l'emportera aux enfers. contenait de quoi satisfaire sa malice et son honnêteté. ce les archers bernés et battus. la Que Guignol est pendables dont de moindre de rosser gendarmes. Le sujet de •'•lai Don Juan répondait Il à cet d'âme du public des théâtres forains. comme nous voyons prendre le nom plus des Bou- pompeux I.

Don Juan change qui le recherche. Dans la premier. avril 1811. encore au retrouve le siècle. |>. qui jouait par arrangée était musique la temps le rôle de Don Juan. par surprise son se débarrasse de son adversaire en lui dérobant scène du naula placé a l'auteur épée. et prit. . 27'. sous son bras pour embrasser la mariée. s'y installèrent et Boulevards ne tardèrent pas à remplacer tes tandis poupées de bois par des enfants qui mimaient la pièce. en bourse à Pierrol el passe une donne Juan Don nouveaux lazzi encore.\ salle fin vite le Montansier. Molière. rencontrant ensuite don Carlos celui-ci. 2. Rivière. scène foraine en trois on y joua un Grand Festin de Pierre. ce spectacle redevint à la mode en 1810 sous la direction de Mme Montansier. à partie. M [ Ci Cette pièce a été imprimée Bibliothèque nationale. 179. et des reproduction 2 la Cette pièce n'est guère que M.» les premières années du survécu! à L'ancien régime. Thomas Corneille et à Le Tellier. découvert. Les facéties d'Arlequin arrivent fugitifs les archers lancés à sa poursuite. cf. de célébrer ses avec don Carlos. le 20 octobre de même Le 11 année. cote V th. Cunissy à faitemprunts pièces de Dorimon et de Villiers avec plusieurs . en même La mise en scène était faite par M.' qui on voit Don Juan pénétrant par la ruse chez Elvire vient sous les auspices de son père. fiançailles Dom Pierre. et des marionnettes Les rendez-vous de la société élégante. : Petits spectacles de Paris. 8030. n'échappe déroutent qu'en tuant le Commandeur. année 1786. et les deux avec d'habits dans un bois où vit un ermite. 1811. Un moment la abandonné. et en tenant à la main un : Celte partie contient aussi la séduction de le la pêcheuse. rue de la Harpe. . quin arrive en nageant. avril le nom de Théâtre des jeux forains. p. 13. 78. Dans la deuxième partie ainsi qu'Arlefrage qu'il a enrichie de facéties nouvelles c'est parapluie. dans ces galeries du Palais-Royal élevées à la devenu bien du siècle précédenl par le duc de Chartres. l'enlève: ment de la femme de Pierrot pendant jeu de Colin-Maillard 1 Cf. Brunel. veuve Duménil-Lesueur.-hcz 3. Cf.LES " DON JUAN o FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE. on \. aussi Magnin. et dès Théâtre des jeux forains. parties et à grand spectacle par M. dans la coulisse paroles les disaient personnes que de grandes 1 . Le traître. il et.

Dans la troisième la partie. mais qu'il le les diables l'arrêtent et c'est en vain pardon de ses fautes. comme lui a galant veut poursuivre . et tend a -mi tour a Arlequin une inscription ainsi conçue il Je t'invite a souper ce soir. est touché par son abandon. la I. . et à la vue de : cette inscription lu que statue fait apparaître Tremble. Mais des flammes . Comme dans les pièces inspirées de la Commedia dell' arte. et lil Ci-gît la cendre vénérée de celui qui mérita tes autels: l'a>sas>iu est Don Juan ». Don Juan l'aperçoit. repens-toi. -laine mais chez un restaurateur. a Thomas Cor- neille. implore il qui tombe d'abord évanoui. qui mêle. Don Juan ordonne a Arlequin de lire l'inscription Arlequin allègue qu'il ne sait pas lire. •• scène est empruntée. et cherche à la séduire. scélérat. la tent. Don Juan commence par chercher bergère dont Arlequin tient à violenter une jeune mère occupée. la statue descend de son tombeau préparé. a la M. il cherche à se sauver. dernière heure est arrivée. Revenu le à lui. y viendras-tu?» H faul noter. non pas chez la lui. la et l'invite à prendre part au repas qu'elle Don Juan il refuse. enfin coups à la porte. l'invitation et le pre: mier dîner 2 accompagné des à intervalles réguliers trois d'Arlequin la slatue frappe Arlequin sursaute à la et relire il bouche. à chaque coup brusquement un biscuit qu'il portait l'avale d'un seul coup.1 des inscriptions. comme : ses devancières. «le la rencontre Statue dans une forêt 1 lazzi . et est englouti sous une pluie de feu. Flicautot. La jeune le fille se sauve en l'accablant de la reproches. pour l'intelligence de cette scène. Une scène sant des flammes. la s'élance sur le lui Commandeur il l'épée à main. Celle lecture le mel en fureur. - donne Le temps fuit. Celle Au cours du repas. -e il mer de Don Juan -• ( a lien. : tissement >ur une inscription 3. avec quelques modifications. Don Juan s'approche alors. qui sortent de tous côtés sauvent l'innocente 3 repas chez le C'est ensuite le : Commandeur.280 la LA LEGENDE DE DON JUAN. Cette œuvre. que la statue ne parle pas et ne adresse Don Juan qu'en faisanl apparaître : : « - . Le lui finale inspirée des scenarii italiens représente les enfers avec des diables et des monstres vomis- Commandeur arrive en poussant devant Don Juan. et l'arrête. Les démons tourmenféerie. mais l'arme échappe et est entraîné dans un gouffre. Don Juan ce premier avermort vient. qui a subi quelques modifications doua Elvire revient d'abord déposer des fleurs sur la tombe de son père.

LES « DON JUAN et la la « FRANÇAIS APRÈS MOLIÈRE. dans des pantomimes sans paroles qui continueront la tradition des âges précédents. . Certes. la e légende réapparaîtra encore au cours du xix siècle dans «les pièces moitié tragiques. le drame bouffonnerie. Mais des influences différentes vont agir sur concevoir qui le la manière de héros et c'est une nouvelle période de son histoire commence dès lors. la 284 musique. clôt en France fable série des pièces foraines sur du Festin de Pierre. moitié comiques.

.

il Dmoluto de Goldom. tout au moins. immédiate.I Convitato Le cicognini.o se . que pour lui emprunter quelques traits du la France avait imaginé.n".• y cr„„fc. la fable le n'a pas fructifié sur le sol où la elle est née. La fortune si rapide et si diverse que lil la légende de Don Juan en dehors de son pays d'origine ne pouvait manquer en Espagne même.«/. deuda que .. jusqu'en Portugal l'Espagne. le drame de Tirso. Gilibert0 et et 1 le Convitato de ^cognim source double leur floraison de scenarii.. à vrai «lire. ossia Tenorio. n'en donne aucune traduction et ne caractère d Elvire. et travers l'Europe.. on joua en Portugal une pièce inspirée Comedia nova intitulada <> Convidado di Pedra ou Molière qui avait pour titre hmi J'iin.i. d'avoir son contre-coup sur ses destinées ni très sensible. Alors (pie Don Juan colporté à dans plupart des langues 1 . Tenorio << Dissoluto.«.. dans de Molière est traduit. I : ./o depiedra ne grand di Pietra de Perrucci.pie Me la pièce île En 1783 et en 17s:i. Péninsule. - - : - — /( saggio amico d'Albergati. sans l'ignorer s'en inspire absolument. ni mais cette action en retour ne fut jusqu'à mène un phénopériode romantique. Par que l'insuccès assez curieux. le héros sceptique . El./. et imputable sans doute à la la semble avoir eu. Le Don Giovanni Convitato de Perrucci. après - - : La légende en Italie ». « \o ftaj Juan de Zamora Don Le don uonso Cordova y Maldonado.VI SUITE DE L'ÉVOLUTION DE LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS La Venganza en el Sepukro de Don Juan a la fin du xvu" siècle et au xv.

: national Dramas. les aventures du héros sévillan fournissent au drame. tandis qu'en et France. dispaet Seuls sont conservés. Celle-ci a donc. Don Juan I. il était difficile d'innover. dofia interviennent dans les autres drames. mais l'auteur a profondément modifié et dénaxviie siècle.284 LA LÉGENDE DE DON JUAN. dans un récit que le héros fait de sa propre vie. de 1890. a été étudiée pour fait. une unité d'action Les multiples aventures de Don Juan sont supprimées ou rapidement résumées au début. n'a la littérature espagnole du wir et du xvm e jamais été imprimée et dort encore actuellement dans le rayon des manuscrits de la Bibliothèque royale de Madrid. valet Colochon. à l'inverse du Burlador. conditions qui raissent. rencontré. et on ne connaît de l'auteur que son nom. Aussi. le le marquis Ana. sur un thème devenu aussi banal. où le type du débauché pouvait seul être repris. Cette pièce ne porte aucune date. une matière inépuisable et toujours goûtée du public. Les nombreux personnages de toutes parfaite. par hasard. du Elle appartient vraisemblablement aux dernières années manifestement inspirée du Burlador. dont l'une. ayant. mon côté. siècle demeure à peu près étrangère à l'évolution de la légende. Wenéndez y Pelayo. la ne pouvait figurer sur scène espagnole. en Allemagne ailleurs. de Tirso. Elle l. outre le îles Don Juan. J'en ai manuscrit à la Bibliothèque royale de Madrid. et commandeur d't'lloa. elle n'a produit que deux œuvres. Elle est turé l'œuvre de Tirso. au cours d'une proGeschichte des spanischen la Elle se trouve résumée ilans Schœfler t. Don Juan et le marquis de la Mota se disputent tous deux la main de dona Ana et leur rivalité fait tout le sujet de la pièce. deux imitations du Burlador. à la comédie. de (laideron et de tant d'autres avait en quelque sorte épuisé. II. que le théâtre de Lope. à la musique. et Or. complètement ignorée du public. C'est un drame intitulé la Venganza en el sepulcro. Pendant ces deux siècles. par José Franquesa j Gomis. comedia en 1res actos de don Alonzo Cordova y Maldonado '. et du Burlador seul. 253-268. une suivante gens de justice. en Angleterre. . p. copier le première fois dans VHom I.

Après ce séduisant fille offre sa main de à la jeune atterrée. Le marquis de la Mota. et où rencontre le met au courant de la la promesse de doua Ana. Mais celui-ci poursuit jusque dans sa demeure. l'aborde elle comme le plus affreux chenapan que portrait. par une imprudente promesse. et le vieillard est tué. cependant.u lm venge ' 'l'un traître. puis il annonce fait suivre les deux femmes par Colochon au prisonnier son mariage avec doiia Ana pour le lendemain. Une des chapelles de celte église se trouve contenir le cénotaphe du Commandeur. averti par Colochon. La jeune fille n'est pas la dupe de ces mensonges elle se rend : dans la prison du marquis pour savoir de lui la vérité. comme dans le Burlador. menade. se rétracte. l'éconduitet. i (J'attends i< i m 1 "' ' ) " . avec une inscription empruntée au Burlador : Aguardo aqui de un traydor Que l»icis venganç< de. Don Juan se moque de la menace cl invile la statue à venir . Celle-ci. pris pour le meurtrier. la peu après. marquis qu'il qui a été l'ami de son père. cherche à la rejoindre. et se fait la fille connaître à ait du commandeur d'Ulloa. prend au mot et la où est accueilli par le il Commandeur. et emprisonné. et l'invite brutalement à lui éviter à l'avenir tout sujet de jalousie. il l'Espagne produit. mais à dérober ses faveur d'une épaisse mantille. déjà fiancée au marquis la iMota. Doua Ana. il tente de pénétrer elle sous un déguisement. toujours la attaché à ses pas. et lui confirmer son amour. que le coupable se répand en protestations dévouées et jure à dona Ana de la venger. . tandis de nouveau chez défend sa porte.i servante san< avoir été reconnue. se débarrasse] la il de ce dangereux importun. comme dans son obstination à posséder cette nuit même. elle peut lui traits et se retirer avec s. Don Juan. espère. le Commandeur lui un combat s'ensuit. est. Cependant dona Ana s'est réfugiée dans une église où Don Juan. dont la méfiance reste en éveil. dofia Ana.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. accouru au bruit de la lutte. rejoint Don Juan.

. bon courage! — ! J'en eus mille toujours. quien os pueda bengar. fidèle à sa parole.. Là.e n'esl pas divisée en scènes 2. celle-ci Nul déclare qu'elle n'épousera que le vengeur de son père.) Los placeres de este bida Son engafio. une voix lui crie a : Aujourd'hui la justice te convie à ta dernière nuit 4 ». engageant le libertin à se métier de la fragilité des plaisirs de ce monde'. à l'appel de doua Ana. lui Après ce cynique aveu. <- autre que moi n'est capable de réplique-t-il. (II e journée. tandis que des chants : deuxième Hombre tu plaço llegô : Esta es tu ora postrera. :r. reprend vite son calme et sa gaieté. voici ton heure dernière. Le souper achevé. Le dîner a lieu. . lui chez souper et vider ensuite leur différend dans un combat singulier. i . les mets habituels sont servis. promet la statue invite à son tour son convive. S d \ :'. III* journée. comment en craindrais-je un mort 2 » Mais avant d'aller au dîner du Commandeur. [II e journée.. II' journée. pensad yo de mi no os ben§ o \. si je n'ai pas craint ennemis vivants. Celui-ci d'être exact. Pressée de tenir sa parole.286 LA LÉGENDE DE DON JUAN. il met en fuite le corrégidor qui. dit le marbre. Puis. a La aoche postrera La justicia te combida. jue si ' . vous venger de moi 3 ». en attendant. de mauvais présages l'assaillent son haleine est oppressée. et. et demande où aura lieu le duel. comme dans le Burlador. d'abord ému. est venu avec de nombreux soldats s'assurer de sa personne. Homme. Don Juan. La temo ni] enemigos bivios Cornu a uno y i-sse muerto Po Lré temer. son cœur se serre. réplique Don Juan. 4. tandis que Colochon se livre à des facéties entremêlées de mouvements de terreur. « Dans ma chapelle. Il entre cependant. il se : rend auprès du tombeau. 1 _ ton terme est arrivé. Des chanteurs se l'ont entendre. Don Juan veut hâter son mariage avec doha Ana. La statue accepte d'un mouvement de tète et se rend aussitôt à l'invitation. >.. salue la statue et se de vipères et de scorpions se font entendre pour la lui meta fois table.

L'intrigue est plate. la d'incidents. en même temps qu'un expédient imagine plaintes impuissantes Le du — — du par lui pour délivrer sa plus fille de la poursuite obstinée de son meur- trier. A l'inverse du Burlador fort et la et des pièces est du théâtre espagnol. le 6 esl généralement" substitué au . voulue par Dieu.) Par une suprême bravade. ton terme est arrivé. cherche en vain à manger. Les deux jeunes gens se marient enfin. le corregidor. Sur ces ner ter.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. Le ' corregidor. Elle ne pro- gresse ne se renouvelle. . Elle sepulcro peu chargée n'a pas d'autres qualités. «'pou: vante. sans intérêt. Dans le texte. et aussitôt les flammes engloutissent le coupable. ni du marquis au fond de son cachot. La valeur morale du drame 1 Es de Dios Mi bongança. des nombreux crimes du débauché. Quien biviendo no (Homme. lui répond la statue. sans invention. vivant. Qu'il meure. entrefaites. d'ailleurs semblable à celui châtiment de Don Juan n'est que le résultat de la vengeance privée Burlador Commandeur. après avoir tiré la morale de ce châtiment. fail l'y cerarrê- l'église où il a vu entrer Don Juan et vient : lui-même Le spectacle qu'il voit le glace de terreur Don Juan. le libertin réclame cependant le duel promis. les voix mystérieuses répètent Hombre tu plaço llegô Esta es tu ora postrera. les mêmes terreurs et les mêmes efforts dilatoires de celle-ci. n'a pas vécu.. Ce sont toujours les mêmes instances menaçantes de Don Juan auprès de dona Ana. et Venganza en simple. 11 n'est la punition miraculeuse. Muera bivio. événements merveilleux dont il a et Colochon de plupart jure de se faire chartreux. les mêmes . remis de -<>n alerte.. « C'est l'affaire de Dieu de me venger ». va raconter au marquis été le et à dona Ana les témoin. voici ton heure dernière. celui qui.

pour laquelle il semble bien avoir plus Loin de : qu'un simple caprice. Don Juan a subi une telle transformation qu'il en est méconnaissable le trait : il a tout d'abord perdu essentiel de son caractère : ce n'est plus le libertin volage. la moustache retroussée. il commence par : lui étaler ses crimes et ses exploits sanglants ce ne sont que gens massacrés. dans une querelle. et lui fait dédaigner de plus faciles victoires. interrompre leur félicité.288 s'en trouve LA LÉGENDE DE DON JUAN. femmes violées. ne cesse de vanter sa bravoure actions d'éclat aux Paysà Tolède. il s'attache obstinément à venir à bout des résistances là de la seule doua Ana. c'esl tout le cortège d'une noce qu'il a mis en fuite: une foule innombrable qui. il se flatte se faire de dompter les cœurs par Pour aimer de dona Ana. le poing sur la hanche. diminuée. trompant toutes les femmes. mais sans se repentir. l'air conquérant. ses flatteries et ses tendres propos : prend l'attitude et le ton d'un spadassin l'effroi qu'il mal élevé. et ses Comme : lui. aussi ferme dans sa perversité que le Don Juan Des italien. mante. mêlant sans cesse des menaces à ses protestations et s'emportant en fureurs jalouses. qui. Don Juan meurt dans l'épou- vante. oubliant aussitôt une dupe pour en faire une autre. sans crier gare. On dirait un capitan revenu de campagne. au contraire. troupes Il mises en déroute. Le Burlador séduisait par sa grâce charlui. a eu l'imprudence de . il a empêché quatre cents ennemis de débarquer. sinon un véritable amour. Mota et doua tendres jeunes premiers. En outre. fait ainsi sa cour en agré- mentant de quelques gongorismes ce long tissu de scélératesses. enjôle une fille par ses gasconnades et ses galanteries de caserne. inspire. mais ce sentiment est sans tendresse : il désire la jeune fille avec une brutalité impérieuse. la Il y a en lui du matamoros: ses déclarations amoureuses ont et fadeur il précieuse l'emphase de ce Miles gloriosus. C'est du moins un sentiment violent qui le possède tout entier. trois héros de l'aventure. sagement qui ne savent plus que gémir le jour le marquis de la où un fou furieux entre brutalement dans leur existence et vient. courant de conquêtes en conquêtes. Ana sont d'aimables et amoureux l'un de l'autre. Bas.

La pièce esl la cinquième la «lu i. un bataillon entier rien pour Ne sont me résister 2 . cape. a été dispersée par son bras. 1 . ce héros de cape et d'épée.) l'ara ser 2. En somme. prendre Il 289 le parti de son adversaire. 3 . lui s'indigne qu'on ose comparer le Cid ' : Si je tire mon épée. 19 . Rodriguez. grossi. Il a perdu l'aimable frivolité du héros de Tirso dont il dénature par sa brutalité et ses rodomontades la perversité séduisante. don Antonio de officier du secrétariat du gouvernement des Indes. :{. Que lue el <'i>l para conmigo No bes que es poco Mason comparacioD De mi balor. cet énergumène fanfaron n'est qu'un fils très dégénéré du Burlador. déformé sans nuances. siècle. ni valeur représentative. Si je tire ma Un escadron. (I r * journée. Cette conception nouvelle du personnage. un imitateur de Galde la chambre et g-entilhomme Zamora."> sans indiquer de référence. (1" journée. ou le Convié de représenté 1 Imprimé à Madrid en 17ii ce drame fut sans doute quelques années auparavant à une date inconnue directement inspiré du Burlador. » (Il n'y a pas de dette qui ne se paie. Il de l'édition publiée en 1744 chea le libraire 4. dont il n'a conservé Il est . mais qui indique l'intention de conserver la leçon morale du drame « No ay deuda que no se pague y Combidado de de Tirso Dans la première partie du xvnr : piedra pierre).) Porque si saco la espada Porque si la capa tercio Un escuadron. sans vérité psychologique. Castil-Blaze donne date de I72. Hip. todo un tercio Para resistirme es oada. se retrouve encore en Espagne dans une pièce restée moins celle obscure que d'Alonso de Cordova. deron. remit sur la scène le sujet du Burlador sous un titre un peu différent.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS.

monarque. paie pour le tuer le propre frère de doua Beatriz. le voilà. pour avoir voulu sauver non la vie plus l'honneur de sa fille. trompant. déshonorant et trahissant les unes. son escapade. à la nouvelle de Castille. délaisse brutalement Beatriz et ne songe plus qu'à tirer ven- geance du malencontreux frapper. la dernière partie. il L'ayant rencontré chez son ancienne fiancée. mais et. Demoiselles et courtisanes. des étudiants. remet à Dieu berto le don Fili- provoque en champ clos n'est de son côté. «les vengeances des emprisonnements. Doua Beatriz. . don Fuis de Fresneda. des meurtres compliquent et dénaturent une intrigue où s'entrechoquent les intérêts et les passions de multiples personnages. mais c'est qui tombe frappé par ennemi. il Aidé d'un vieux du commandeur d'Ulloa. ni la cependant grandeur religieuse de terribles. dont la l'amour cependant pas éteint par mort de son père. dona Ana. un rufian peu scru- puleux. accumulant tous les crimes avec une démence furieuse. par un revirement où le dépit et l'orgueil semblent avoir pins de part que l'amour. le il a quitté Naples après avoir abusé d'une dont fiancé. ni la grâce délicate des scènes champêtres. Comme jeune tille le Burlador. grands seigneurs. bravant outrageant les autres. Italien qui a fait rompre son mariage. qui l'aime soin de sa vengeance. mais de son hôte. subitement épris de la Il femme qu'on lui refuse. Don Filiberto. étudiants. Les crimes de contre lui Don Juan ont le ainsi en peu de temps suscité de redoutables ennemis. le poursuit jusqu'en 11 doit lui-même épouser la fille du commandeur doua Ana. Des aventures de cape et d'épée. tuant. violant. doua Beatriz de Fresneda. son père même. Celui-ci a déjà des griefs per- sonnels contre Don Juan et qui l'a doublement offensé en déshoau cours d'une serviteur norant sa sœur algarade avec en le blessant lui-même. qu'il n'aime pas et qu'il dédaigne pour une d'Ulloa. ayant retiré sa parole. le commandeur. Mais.290 LA LEGENDE DE DON JUAN. il n'est personne que Don Juan et n'offense. s'apprête à le quand l'intervention épée : c'est le vieillard qui est du commandeur détourne son tué. autre beauté. encore. des duels. rufians. lui tente d'assassiner l'épée de son Don Juan.

annoncent l'approche du châtiment. Ici. et la morale ne gagne rien au pardon d'un homme 1. si Don Juan est sauvé. La solution théologique que le premier drame donne à la délicate question du repentir et du salut est renversée. Après cet attentat. a accepté l'invitation. prends garde que quoique Le châtiment de Dieu tarde Il n'est pas de terme qui n'arrive. haced. Des squelettes vêtus de noir. des plats de serpents. que aima 56 salve. con- formément à la tradition. Ce dénouement modifie assez maladroitement il la conclusion du Burlador et détruit la signification religieuse de la légende. haj iios iiiin. avant qu'aucun des deux adversaires se ait remporté la victoire. Celui-ci ne répond à ses exhortations qu'en essayant de violer dona Ana. Cette tentative de viol pourrait bien être un souvenir de Giliberto. s'il me prend la vie repentir : Et meurt en emportant l'espoir du pardon. il s'adresse à la fille même de sa victime : il est en progrès. En vain. c'est le ciel qui. elle première fois à convertir le pécheur. plazo que do se [lègue. statue. quand il a un cri d'effroi et de 2 ». « Que Dieu me sauve l'âme. chez qui Don Juan violente une paysanne dans les mêmes circonstances. Ironiquement de doua mémoire cherche une invitée à dîner par Don Juan. l i'l castigo Carde. Mortal advierte que aunquè De Dios No 2. dans la mesure où nous pouvons en juger par l'imitation de Villiers. Ni de dette qui ne se paie '. . (III" journée. il ne craint pas de se rendre au dîner du commandeur. La statue s'apprête en effet à précipiter Don Juan en enfer. que la piété Ana a fait élever dans l'église de Saint-François à la de son père. des voix qui chantent dans l'obscurité et font entendre ces paroles menaçantes : Mortel.LA LEGENDE DANS LES PAYS LATINS. pues c\ la vida III' j Perdi. Les vengeances humaines ayant échoué. punira la le criminel. 201 : La poursuite de don tournoi dans lequel il Filiberto n'a pas plus de succès le mesure avec Don Juan est interrompu par l'intervention du roi. Ni deuda que do se pague.

Il viole sans scrupule-. 1 . Camacho. à laquelle retourne finalement. c'e^t. c'est l'inconséquence qui s'y mêle : Don Juan a de bizarres retours de fidélité. il lui lui repro- chant d'avoir déshonoré une femme de qualité. la Zamora fait évoluer un l'in- Don Juan dont seule originalité est d'exagérer jusqu'à vraisemblance le caractère de son modèle. Ces sentiments ne sont guère nouveaux. reprend la ensuite la l'abandonne encore en la apprenant il rupture de son mariage avec seconde. à l'inverse de ses aînés. vite rassasié. que nous avons tant de fois signalé. il n'y a guère de différence entre une fille une vilaine 11 quite Beatriz sans excuses ni consolations. que mas tiene que villana? (1" jourm . violente doua Ana après avoir tué il : son père. une brute frénétique. et au ni sans respect plaisir amour prétend l'aimer moment même le pimente tendresse. amour sauvage. En amour. pour revenir : celles-là même dofia a délaissées Ana. répond noble que et le mal fait. bestialité que par dédain d'un Son valet. Le trompeur aimable de Tirso. bien dont il moins encore par n'estime pas le prix. les regrets tardifs et dont intéressés ne sauraient racheter une longue existence de crimes. ce qui l'est davanl'inconstance de tage. le scepun énerjustifient tique ironique et calme de Molière s'est transformé en gumène extravagant dont que parla 1 les il inconséquences ne se est possédé. le mépris de la femme. en poussant plus au noir l'exagération produit un personnage contradictoire et détraqué. folie furieuse don! Y Kl ser noble liecho el yerro. il est toujours le trompeur volage. que où et de se venger de l'aire souffrir. qu'il il s'il trahit à et s'il oublie. une sorte de maniaque dangereux. les traits primitifs. de créer une figure plus expressive. mêlant au désir égoïste et sensuel des jouissance^ physiques.292 LA LEGENDE DE DON JUAN. Ici. mer. Dans cette intrigue touffue et prolixe. il les quitte l'une et l'autre amant de Beatriz et fiancé de pour des amours d'outrepremière. curieux de nouveauté. Il en se riant de ses larmes. C'est une nouvelle déformation imposée au type légendaire parce désir.

dont le rôle amoindri. organise Filiberto. par une dernière inconséquence. à l'heure du châtiment. la pièce de Shadwell n'a certainement pas passé en Espagne. plus loin. sont des créations originales. un père plus insignifiant et moins digne que celui du Burlador. comme Maria. le roi lui-même. mais toutes deux ne sont que des copies 1 .i. 293 rien le Insolent et batailleur. ait eu imitation Mais les deux auteurs s'inspirent de souvenirs commun-. et va la braver dans sa chapelle Cet ciel. le Don Luis de Fresneda. les autres rufîan. La chanteuse Pispireta. outrage la statue. Les uns sont empruntés aux drames antérieurs. Parmi ces derniers. dona Beatriz. remplace la poétique Tisbea. dona Ana s'acharne a sa vengeance l. alors que les lois du duel tiennent son affaire en cris suspens. L'une. : — : — . il rudoie et menace son père. dont aucune épigraphe injurieuse en dépil n'offense son honneur. crie merci plus par peur que par remords. colère du des tonnerres et des éclairs qui signalent la subiétalage de violence qui ne va pas sans forfanterie s'écroule tement. emprisonne et met en liberté Don Juan. De nombreux personnages inutiles sont mêlés aux multiples aventures de ce spadassin hâbleur et déséquilibré. frappe le Commandeur sans avoir l'excuse de lutter pour sa vie. prompt à s'offenser et à punir. courtisane vulgaire. 349. Le bravache tremble alors. p. don Diego. Les deux héroïnes de Zamora ne sonl dona Beatriz a la douceur. le roi. Ils compliquent l'intrigue et détournent à leur profit une partie de l'inse trouve térêt qui devrait aller au seul Don Juan. esl pas sans avoir quelques ressem1. tuer de essaie arrêter. et les étudiants ne paraissent avoir été imaginés que pour donner à l'humeur querelleuse de Don Juan plusieurs occasions de se manifester. qui veut le faire Don Filiberto. et interrompt sans motif son tournoi avec don Deux figures ressortent au milieu de ce groupe banal.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. un dont les étudiants des querelle à met hors de lui il cherche : brave de joie l'importunent. Don Filiberto n'est qu'un Octavio plus agité. blances avec celles de l'auteur anglais Shadwell resi-nation cl la tendresse de Leonora. et termine ainsi misérablement la série de ses forfaits.i Il ne faudrait pas en conclure qu'il y Cf. un monarque fantasque qui promet et refuse vengeance à doua An.

qui n'oublie pas moins allèfiancée d'Italie. Elle a vu son père frappé par main d\\ même filiale de l'homme qu'elle aime et l'emportant sur son amour. : manifestement inspirée d'Elvire de l'amour profond et elle a conservé quelque chose et si pur. Elle reçoit ensuite elle Don Juan. elle don Filiberto. ne va pas plus loin. et elle aussi se laisse toucher par les prières et les paroles de ten- dresse que lui adresse son amant. être préparée. de la douceur résignée elle digne de l'héroïne de Molière. en ajoutant à trahison cruauté de l'ironie. sans y l'infamie de l'homme à qui elle s'est la donnée et qui l'abandonne. Le débat. le — car. el elle va chercher dans un couvent calme du cœur ressanl traitée l'apaisement de sa souffrance. Quand Dieu tutelle. et comme chez le monarque diffère le châtiment. plus blessée pardon qu'à lui réserve la qu'irritée. niais l'auteur n'a su . don Diego recueille et la prend sous sa La seconde victime de Don Juan. et brutalement qu'il jadis un où il découvrit ses amours. Si que soit ce dernier. invoque pour venger sa querelle l'appui d'un autre bras. par une ici héros. Comme la celle-ci. d'ailleurs. Mais : Don Juan peu intél'ait un nouveau coup soir la mort de son si frère. doua Ana invention originale. La ressemblance. le si poignant chez Chimène. — rappelle la Chimène du Cid.\ LEGENDE DE DON JUAN. La piété elle va se jeter aux pieds roi pour demander elle justice. est aimé de deux femmes. lui qui lui est fiancé. meurtrier. comme Chimène a reçu Rodrigue. ses griefs cèdent à son le atï'ection et elle éclate en imprécatioas vengeresses contre la meurtrier. entre ici.294- l. et aisément punir le elle soudoie même un assassin pour accorde -h main à quand celui-ci a reçu son châtiment. grement pour elle sa L'absence de vérité psychologique habituelle au théâtre espagnol dépasse danla pièce de Zamora les bornes à «le l'invrai- semblance. punit celui-ci. découvre. mais son devoir triomphe de sa passion. plus disposée au le vengeance. si peu séduisant la qu'il soit. Semblable à son aînée. Il y avait bien quelque originalité faire aimer tirer Don Juan par deux de ses victimes. respect filial et l'amour disparait on devine seulement que dofia Ana aime encore Don Juan.

Ainsi légèrement son ennemi d'un coup de s'efface l'impression religieuse qui donnait au drame de Tirso sa portée morale et sa beauté : l'élément surnaturel n'est plus. est à peu Le valet Camacho il est une mauvaise copie de Calalinon dont Il n'a ni la finesse ni la foi naïve. fait sur la : statue des plaile santeries qui rappellent les facéties d'Arlequin commandeur demeurant immobile et sans manger à la table de Don Juan. La peinture de mœurs disparaît dans la parti de l'intérêt il confusion de l'intrigue. aucun la 295 que ce double amour pouvait ajouter à personne du héros. dans son pays d'origine.. plus Dice cjno Le iluolo un cliente V esta un pan duro. dit-il en riant.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. La pièce de Zamora. n'offrant pas comme celle de . le médecin lui aura prescrit un régime .Molière une valeur documentaire sur la société contemporaine.. près nul.. qu'un moyen de frapper la une machine à spectacles. .. comme dans les farces italiennes.. est la dernière que la légende a inspirée à l'Espagne jusqu'au drame fameux de Zorilla. Pierre. Tandis que.o liabrâ mandado II' el doi toi Que se arregle. Quant à l'élément comique. I. Cette œuvre traînante et plaie curiosité.. n'est. ne renaît ainsi après le la fable du Convive </< Burlador que dans deux drames obscurs. « Il déclare que le pain dur lui fait mal à une dent. privée d'intérêt religieux et de force comique. en somme. avec tonnerre et éclairs. elle produit en Italie une riche floraison de pièces. qu'une confuse comédie d'intrigue où des inventions bizarres se mêlent à de maladroits emprunts. et blesse rufian Fresneda se glisse à la dérobée pistolet.. journée. » 1 L'intervention même de : la statue est maladroitement entourée le de circonstances profanes qui dénaturent leux de son apparition caractère merveil- tandis qu'elle quitte le Don Juan après de longs et inutiles conseils.

et dans leurs pièces deirArte. de : N. Pierre.de Païenne. . Dans la quand la pièce espagnole fut plus répandue. Mais. à Polichinelle et suite de d'Arlequin. di Castelli. Les la La Italiens qui ont été les premiers agents de diffusion de la légende. I. œuvres nouvelles Des comédies de celle période une seule présente quelque intérêl . en France. les el auteurs italiens subirenl leur tirent <\v< emprunts. Ce que des scenarii. En 1696. en Angleterre. smi> ce titre /' Convitato la La traduction de pièce laite sur l'édition de Hollande contient scène du pauvre. Le tragique séducteur et la statue surla naturelle allèrent ainsi de tréteaux en tréteaux. Les troupes ambulantes de comédiens les villes le promenèrent sous ces oripeaux à travers duire dans le de la péninsule. moins de modifications. < l'est le Convitato di Pielra d'Andréa Perrucci. avec plus ou liennes suite. 1 quand les pièces françaises lurent connues l'influence de ces . Tandis qu'en Espagne. Les pièces où il figurait ne lurent pas rédigées pour n'étaient la plupart et ne méritaient pas de l'être. dans la traduction en le Festin la ''< i volu - il'-- œuvres de Molière. aujourd'hui presque tous perdus. Ce fut sous celle forme «pie la les auteurs italiens reprirent légende. que dans des farces vulgaires qui n'appartiennent plus à la littérala pas moins haute comédie que ture. sans qu'il y ait lieu de regretter beaucoup leur perle. tous. en Italie il ne reparul guère. se trouve di Pielra. draine de Don Juan n'avait réussi chez eux qu'après avoir perdu son sens religieux pour dégénérer en une arlequinade polissonne. nombreuses que vraiment intéressantes.296 LA LEGENDE DE DON JUAN. de Molière. Avaient-ils une source commune et quelle était celle source? A en juger par ceux qui nous sont parvenus. toutefois. n'ont «le Commedia sostenuta le si de la Commedia pas cessé depuis milieu du xvne siècle de reprendre un sujet qui convenait théâtre el bien à la nature de leur le au goût du public. dérivaient des premières comédies itaet plus particulièrement de celle de Cicognini. le sujet conservait ou reprenait sa gravit»' primitive et n'alimentait la comédie bouffe. comme nous l'avons vu. jusqu'au jour où Goldoni s'en empara. sans intro- vieux thème d'autres nouveautés que quelques facéties encore inédites.

opéra tragica ridotta à la 11. par l'abondance du développement. 128 — : miglior forma e abbellita l>. même auteur sous l'ana- gramme d'Enric'o Prendarca comme lui imitateur des Espagnols. Cf. d'ailleurs peu importante. cit. semble originale. de la Drammaturgia. repris le en 1684 et retondu en 1690 par 1 . equivoci continuati. sou de un théoricien ed ail' improvviso. Le développement de l'intrigue reste à peu de chose près tel qu'il est chez Gicognini. la richesse verbale du dialogue. Naples. con licenza 'le" Superiori.) . (Perrucci„ intreccio. appartient à cette période théâtral italien qui. MDCCVI. quelques détails directement tirés du Burlador et plusieurs scènes qui ne se rencontrent dans aucun modèle antérieurement connu. de l'art Perrucci.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. </</ dottor Enrico délia Signore il Dott. la beauté " des métaphores et le mordant de la plaisanterie 2 . Le Convitato de Perrucci justifie. 1699. Les personnages ont subi quelques modifications Passarino s'appelle Coviello. et perte le titre suivant 1. Allacci. la définition que l'auteur lui-même donne de la comédie contemporaine dans son traité de l'art dramatique. scène se servante du nom de Rosetta. L'invention porte toute sur le choix des détails. moderne. la pompe et la préciosité du style. Cette partie. Fighetto et Pantalon sont fondus en un : Brunetta devient Pimpinella. La pièce comprend trois éléments distincts une partie. la seul personnage : Pollicinella. Le comédie moderne più allettano e gradiscono con le gale ell' vilup] avvenimenti.. de beaucoup la plus considérable. Mario Manzani città Prendarca. in Napoli. dedicato ni molto illustre di Reale. l'emphase et la recherche du ton. p. tendant de plus en plus à môler la la comédie populaire à comédie littéraire. disciple de Gicognini. 47. Il se trouvée in // Convitato ili Pietra. Perrucci fut aussi de la 2 e édlt. U. imitée du Convitato di Pietra de : Cicognini. Bologne Le texte sur lequel j'étudie la pièce est celui de 1706. Comme chez Cicognini. les équivoques prolongées. « Aiccardo. opéra tragica in 297 prosa. et a une la pêcheuse. rappresentqtiva prémédita arte traité Dell' un 11 a écrit art. se complaît dans les aventures extraordinaires. p. joué pour la première fois en 1678. a spese di Tomaso 2. metafore bellissime op. les intrigues embrouillées. qui reprend son nom espagnol de Tisbea. degli le stravaganze con animi gli tenendo sospesi e sali mordaci.

taille non sans malice l'honneur « Isabella éplorée se plaignant qu'il lui ail ravi et à Le lui : plaisir a été réciproque fait ».298 LA LÉGENDE DE DON JUAN. et. l'arrivée soudaine du roi la fuite du coupable sauvé grâce à l'intervention fois. prolixe : La duchesse Isabella n'est pas moins elle lui l'ait questionnée par Don Pietro. par un mensonge. 1). prend même l'ail un ton provocateur épée. à passe d'abord à-dire la fin Naples. quand Don Juan la mia legge il. Don Juan 11 le raeonte avec prolixité. L'auteur passe ensuite les scènes v et vi de son scènes qu'il reprendra un peu plus loin. Questa sarà il mio Dm: questa sarà 2. 1. des détails plus nombreux allongent cette première partie de la pièce. M'involasti l'onore. cl ma : loi 1 . et continuant à suivre hou Juan. illustre qui à le lui cite il l'exemple le vice et la vertu. lui roi réponde) dont nuit il -': son oncle qui le reproche l'outrage « 3 au a renversé les (lambeau Qu'avait-il besoin d'aller de ? » espionner actions des autres il Quant au vieillard. devient sermonneur il : il adresse à son neveu un fastidieux discours sur l'honneur. lui finalement. s'écrie-t-il en brandissant -on il mon il Dieu. — . puis à Séville. Celui-ci se plaint fatigue comme que son maître le fasse courir nuil cl une mule de médecin. se montrant plus résolu et moins inquiet des suites de l'aventure qu'il ne l'est chez Cicognini. Toute- un dialogue plus abondant. modifier dans leur la Perrucci a emprunté à Cicognini sans les ensemble les aventures de Don Juan à Naples avec el duchesse Isabella. mais l'acte II. de l'aventure de la un intermimodèle. K ehe importa va a lui andar <ii notte investigando L'attioni altrui? il. <'f : << Voici. de l'esprit. jour et le il nous le montre à la recherche «le son valet Coviello. :!) Fu reciproco il diletto (I. c'est- de passe dans l'île de Majorque. d'Hercule hésitant entre -. lui rappelle il coule dans ses veines. «le son oncle. l'aide fuir par un balcon -ans faire les adieux puérils qu'il lui adresse clic/ Cicognini.nu. 3). i. Interrogé par son oncle sur les circonstances de l'attentat. Les quatre premières scènes de Perrucci correspondent aux quatre premières scènes de la pièce de Cicognini. se le naufrage. m : En même temps. nable récit nuit 4 . :{.

L'auteur revient ensuite à Cicognini et reprend les scènes elles contiennent la fausse accusaqu'il avait passées plus haut l'entrevue sation portée par don Pietro contre le duc Ottavio et : entre duchesse Isabella et le roi K Toutefois. se. Perrucci. et de L'influence maligne des astres. a été ajoutée par Perrucci au texte de son modèle '. l'infortuné.-. le rôle de deux personnages poursuite de la envoyé à sien. . et celui d'un officier de police : Don Juan. Cicognini. I. le jouant. Cicognini. gémit sur son malheur. reproduit duc. et lui conseille de fuir Resté seul. acte I. I. est : devenu plus verbeux le et plus emphatique que son modèle il il célèbre en termes poétiques et pompeux le lever de l'aurore. acte Burlador. comme il le sur sa légèreté. Le naufrage de Don Juan. se vm: s. Cicognini. le monarque lui adresse la Perrucci s'est ici inspiré il plus directement du texte de Tirso la 3 . paraît. se ix. 4. observé le manège du duc auprès : ilavait d'entraîner le duc au Coviello jeu. se plaint de l'inconstance de la fortune. Perrucci. recueilli par la pêcheuse Tisbea. et 2. entre le Juan raconte maître et le valet qui ne se reconnaissent pas. Cicognini. au plus vite ajouté au texte de Cicognini. vu vm. maudit jeu qui Il l'a empoché d'être exact au rendez-vous de son amante. se. au lieu de confait chez Cicosoler et de plaindre la jeune fille. x. 3. v el vi. Après quoi valet *. conversation entre Ottavio et son Mais le lui aussi. pleine d'entrain et de d'un comique assez heureux. dans un long monologue. se. Perrucci. aller s'excuser se dispose enfin à auprès d'elle quand don Pietro il vient lui faire part de l'ordre d'arrestation dont 5 . à la faveur de la nuit. vu. 899 Après de nombreux lazzi imités de Cicognini. Toute traits cette partie de la scène. reproches vifs de gnini. ix. se v et vi. 7. acte 1. Perrucci. est porteur.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. Don d'Isabella faveurs des jouir de à Coviello la ruse qui lui a permis a imaginé il d'elle. Après avoir de cette s'amuse aux dépens de son maître en supercherie. a. l'y a laissé et est allé prendre sa le récit écouté place auprès de sa maîtresse. reproduit avec quelques modifications le texte de Cicognini : 1.

10. II.Et vous êtes sans doute qui sort du sein de Thétis — Que d'amants se changeraient en poissons pour tomber dans votre filet! — Que d'amantes se changeraient en ondes pour vous tenir dans — Je sors de l'eau pour me plonger dans leur sein — Je suis venue pêcher. '. et me voilà prise. de César et 2 . — — Bel la! Ibrsi il voi Venere siete. Coviello regrette. — Le corail serait plus beau empruntait son éclat à vos lèvres.300 la LA LÉGENDE DE DON JUAN. [l'onde I. 10. sur plage. le l'eu. Cicognini. . — Maintenant je peux dire qu'amour est pêcheur. ! .' " C'esl le nom que I. vous êtes peut-être Doris ou Galathée? — Faites-moi un aveu êtes-vous ou Orion sortant de s'il la la le : le soleil. <l< e le texte. voici mon cœur.Les perles empruntent à vos dénis leur blancheur. 1. bonheur qu'elle goûte les palais dans sa chaumière. Peut-être faut-il lire I. che lasciate che mi date soccorso. Don Juan la oublie tout pour ne plus voir que logue s'échange entre « la beauté de Tisbea. liez 1. — Diles moi. [mer. 2 Burlador. je reconnais que déesse d'amour est née de — Si vous désirez pêcher. et un gracieux dia- le jeune homme et jeune fille : ma beauté. rappelle le à son el cœur que l'érudition gongorisme de son aînée espagnole. I). plus chère des rois. que le ciel pas mis du vin à place de l'eau. la magnificence de Cléopâtre. Perrucci. E voi siete s^lr forsi. trempés. T.1. pêcheuse redevient précieuse comme la dans le Burlador sur le et son monologue tous sur les douceurs de liberté. d'Alexandre se lamentent Sa servante Rosetta l'interrompt. Le monologue de Tisbea Perrucci esl mêlé de vers. Les naufragés rendent grâces au n'ait ciel. et toutes deux sur la tempête qui bouleverse la la mer quand Don Juan et Coviello apparaissent. Elle méprise les trésors de Crassus*. Cette scène rapide est de l'invention de Perrucci. — Si vous désirez rivage voici mon sein.' [secours? . il seno <li Teti. : Crésus. .la table d'Héliogabale. — Maintenant. la comme Catalinon. vous êtes peut-être Vénus qui vient à le soleil mon .

docteur. si D. Le commanson deur. Perrucci nous transporte à Séville où le duc Le monarque lui demande se rencontre avec le roi de Castille quand il a écouté le long et Naples de départ la cause de son :i nouvellement arrivé . 2. 1. don Consalvo Olloa.Perrucci. apprendendo più vaghezza da coralli saranno più X. 1. o Orione dal I. Cicognini. qu'il finira par lasser. . il. 13. >i sia si la j. 0. Dea d'Amore. 3. X. Cicognini. il X. revient sur ces entrefaites de aussi Lisbonne ambassade et fait au roi une description de emphatique que fantaisiste. che confesso die dal mare nacque X. la scène i de Gicognini. II. Don Juan. vostri labri. H. — — Hor die posso dire ehe Amore pescatore. siete 1. ecco mio cuore. mar qui sorto?. et en mettant fait talement d'ailleurs qu'il ne le sa trahison sur le compte de la destinée '. 17 . 13). forsi Confessatemi. moins bruJuan Don Son désir satisfait. mio seno. D. scie D. du texte de Cicognini *. j. à son tour. I. — Se bramate Dnri o Galatea? — Ditemi. _ Scampo dall' acque per sommerzermi ne! foco. — trasformerebbero in onde per havervi ne! seno.. arrive à Séville et se félicite auprès de Coviello de sa agréable et l'invite à se bonne fortune qui le conduit dans une ville aussi où il se promet toutes sortes de plaisirs. Les plaintes de la jeune fille trahie reproduisent plus longuement et surtout avec et plus d'emphase les lamentations de ses deux aînées italienne espagnole 2 . 2.. _ J. Cicognini. ±. 15 (Dn). la 1 I belli. j. 11. remplace la scène entre le que nous retrouverons plus loin. Cette partie ne diffère que par la mésaventure. récit de sa promet son appui. 2 (2« partie): 11. Cicognini. Perrucci. il lui longueur du développement. Burlador. entre la Don Juan et scène qu'il reprendra dans suite. 13(2" partie): Perrucci. J. — Le perle apprendono da' tuoi denti bianchezza. A l'acte II. 4. filo! j. chez Gicognini. — Hor _ Se bramate predare. — Vengo per predare e rimango predata. passant d'abord Ottavio. Coviello méfier de la patience céleste. D. 1. Brunetta abandonne Tisbea. il Sole. ecco X. . il il lido. Perrucci. I. 301 ^ L'imitation de : son maître. Coviello courtise la servante ici Rosetta cette scène nouvelle et Pantalon. 15. D. _ quanti amanti quant' anime si trasformerebbero in pesei per inciampar al vostro X.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS.

. L'auteur revienl alors à la scène i du texte de Cicognini. Don Juan feint d'avoir trouvé la lettre dans les mains de son valet. II.inhi lontano?. de Sëmiramis. -r... Mais comment offenser le ciel s'il est si loin de moi?. Ici. Que me parles-tu du Ciel?. de Pallas annonce ensuite ami la nouvelle de son prode sa fiancée un chain mariage avec donna Anna. r>.302 LA LEGENDE DE DON I)"ii .i . Burlador. porteur d'une lettre vient à point la Anna prend à l'adresse la lettre. n'a plus d'autre désir que de posséder de donna projets. Burlador. toutefois. 11. 1rs étoiles leurs malignes influences.protestations. mais Juan se soucie bien du ciel! Vn-l-il rien lui-même à se reprocher? Qu'il s'occupe de ses affaires et non de celles des la vio- autres 1 . Ghe mi fettioni. 6. L'arrivée d'un page. Ces scènes sont directement l'histoire empruntées à Tirso qu'à Cicognini quia supprimé . 3). Perrucci.. la lit. C'est un souvenir d'une scène de Cico- vai raccontando tu ili Cielo?. les jeunes gens ajoutenl pas dans le à leurs modèle italien..">: •">. 11 dames de à son la ville. lui donl le soleil des éclipses la lune son déclin.. en portrait si lui faisant séduisant que Don Juan du duc. :i. à la rencontre de Don Juan et d'Ottavio. Qu'il s'occupe <!• ses affaires! N'a-t-il pas à penser à d'autres qu'à moi? « 2.. 9. Perrucci.. et Pollicinella. les détails sont beaucoup plus précis.. les compliments un éloge de Séville qui n'est mais qui est inspiré du Burlador -. les jeunes gens parlent îles femmes de la ville en les désignant par leurs noms. II. ni le lence déclamatoire du Don Juan de ticisme du Don Juan de Molière.. Ici. de Pénélope.. Qu'il corrige ses propres défauts. stelle che presagiscono maligni influssi. II. en dépil de ( ... Le duc vante surtout elle-même. Dans le Burlador. il le gourmande et le menace. E ch' egli bado a gli affari suoi.. la jeune fille. moi l. dont la beauté sur- passe celle de Cléopâtre. Celte impiété joviale et facétieuse ne rappelle ni Villiers.. de Perrucci intercale ensuite une scène comique entre sa fille le docteur. i.11 AN. ma. una luna ch' è scema... Elle mordant sceps'exprime avec une bonne et humeur la qui donne une allure aimable presque séduisante a corruption du héros de Perrucci. Ëgli devo emendare le sue imperpoiche tiene un sole che s'ecclissa. . corne posso offendere il Cielo s'egli è da 1.e non hâve altro che pensare se non a me?. pour servir ses il Il puis remet au duc à qui plus emprunte son la lettre : manteau. II.

II. Le duc arrive sur ces entrefaites. Ô. bouffonneries de Fighetlo et de Passales plaisanteries entre les au contraire. 7 . 16. Le docteur se contente d'annoncer à sa qu'elle va fille épouser le serviteur d'un maître opulent. 10. Perrucci. . font entendre une sérénade Ces détails semblent empruntés an texte de Tirso. Perrucci. i. :!. invoquant foudre et les furies venroi. ordre que valet Pollicinella. gnini '. et précieux. à Enée. une seconde fois. 11.LA LEGENDE DANS LES PAYS LATINS. li. Cicognini. II. i: Perrucci. elle pleure auprès du compare son père à Lucrèce 1. fait un éloge emphatique de donna Anna. puis. Cicognini avait atténué très sensiblement l'élément les tragique et développé rino. 303 mais un souvenir assez lointain : les plaisanteries et les devinettes auxquelles se livrent les personnages de Cicognini sont supprimées. II. 3. Burlador. adresse sans succès puis pénètre chez donna . en mourant. 11. son ravisseur à Tarquin et elle-même Acte I. i: Perrucci. 2. Burlador. S. II. le retour du duc et de Don Juan qui échangent de nouveau leurs manteaux. h. Il. la mort de ce dernier. exhale de longues gémir sur son cadavre. lui il Don Juan ne tarde pas à revenir avec Coviello qui quelques sages avertissements 2 . 15. Cicognini. Perrucci a introduit dans les détails quelques changements qui modifient l'allure générale de ces scènes et l'impression qu'elles laissent. 12. Perrucci. :>. K. que l'auteur dans toute cette partie de la pièce suit de plus près que le texte Anna pendant que des musiciens de Cicognini. en termes la sa fille emphatiques geresses G . 8. Cicognini. II. 1 1 . Burlador. II. commandeur. XII. mais après avoir en vain sonné à sa porte. T. Toutefois. : l'ordre de celui-ci de donner dix mille écus à qui livrera publie le le meurtrier. I II. les plaintes de donna Anna qui vient demander justice au roi. se. il se retire en croyant la jeune fille occupée par le retour de son père 4 . supprime le deux valets et : donne beaucoup plus d'importance aux vient d'abord détails dramatiques plaintes 3 . II. Ce qui suit est imité de Cicognini c'est la lutte de Don Juan et du commandeur.

2 (scène nouvelle dans laquelle Perrucci. Pimpinella raconte sa mésaventure à son père et à Pollicinella). Coviello dénonce Don Juan au duc). la jeune Pimpinella pendant qu'elle danse avec Pollicinella Le troisième acte estaussi inspiré du texte de Cicognini ici encore. Perrucci. Ce détail nouveau une longue et fastidieuse festin est à scène. qui s'est enfui. quelques modifications importantes ont été duites. lancés à sa poursuite. Onde Don Juan Cicognini. indigné. — Perrucci. Voici le II. excédé des crimes de Don Juan. . sa Dlle et Pollicinella viennent Cicognini. Perrucci. imitées de Cicognini Perrucci. Il 18. 2. le mais. 16 10 Perrucci. Perrucci. profession velle entre le dottore el Pollicinella). le roi avant déclaré cet inviolable. 10 (scène nouPerrucci. avec un cartel. Perrucci. : mais intro- Le valet Coviello. 16. 8 : : Perrucci. son valet vient raconter sa fin finale au duc Ottavio. s.partie (le Don Juan le cachet du duc). Don Juan relève le défi.304 LA LEGENDE DE DON JUAN. L5. 1. 13 roi (le repas du la commandeur . son s'est maître. Il : - Cicognini. Perrucci. Perrucci. 14 (scène nouvelle regrets du : de n'avoir pu encore s'emparer de Don Juan). Perrucci. dans temple où se trouve asile mausolée du commandeur. par prudence. 7 veaux). : tableau des scènes de cette dernière partie. — sa 011e el Pollicinella). 9 (1 e festin de Don Juan et de la statue). avec quelques détails nouPerrucci. 15 (récil de enfers). mais beaucoup pins rapidement. I. 13. i (Pollicinella confie ses soupçons au duc). bien dignes de Thyeste et plaigne qu'on lui serve des mets et de Procuste. en enfermé. Une scène imitée de Cicognini nous montre ensuite le coupable au roi et subissanl dans les enfers les derniers supplices-. Juan. Cicognini. doivent donc le se contenter de cerner retenir. 12 (scène nouvelle entre le dottore. se décide à le dénoncer au duc Ottavio. 19. car il le < a inspiré à îoldoni monument. mel à l'épreuve la comme dans fidélité Cicognini. Les soldats. ce soufflet attendant. (scène nouvelle Perrui ci. 7 (le dottore. Celui-ci.'i : — •"> : ' — : . Cicognini. arrivée de la statue). Cicognini. il Don Juan se rend cependant au qu'il se de la statue où fait bonne contenance. s. 6 (le duc dénonce Don Juan au roi. 20. III. 2. soufflette Coviello en à il le chargeanl de transmettre. Cicognini. puis il de son enlève '.Cicognini. - Cicognini. (Don Juan aux . de foi amoureuse de Don Juan à . III. i" partie nouvelle (Coviello transmet demander justice au roi). I : — Cicognini. (moins les facéties de Passarino dans la rencontre avec |a statue). Cicognini. (suite) repas de Don Juan et du valet. Il (scène nouvelle Perrucci. La statue l'entraîne. — — ï 2 ''< : "i : — •"> : — : — : — Perrucci. —Perrucci. Don valet.

célèbres.. du roi lui-même. Mais le ton comique de la pièce italienne est. moins aussi peut-être dans les détails qu'il a imaginés. Les dialogues brefs. que dans la virtuosité avec laquelle il allonge et embellit le il texte de son modèle. Kl doze de Venetia per adornamenl porl en tesl el corn ducal a Zippo zeneroso Romano non le nacque un corn e che l'esser cornudl' è -. 305 : se mêlent à celte dernière partie lui docteur. Les astres. Bac un Mouton. : I. de deux vers au moins. pour consoler Pollicinella. aux sciences et aux arts mille comparaisons. les savants. Diane celle d'une biche '..LA LÉGENDE DANS LES Quelques épisodes comiques le l'AVS LATINS. les philosophes. sinon effacé. elle est Corne : elle est symbole d'abondance chez les rois et et signe en grand honneur chez les dieux.. e questa voz de corn vol dire alter che fartez? Dunque coruuil vol dir fort. de Tisbea. pleines de traits étincelants et finissant toujours par un couplet chanté. fille promet d'augmenter la la dot de sa et lui fait un éloge lyrique de de force. Jupiter s'est transformé en taureau. pailletées richesse d'épithètes. dirait développe avec une faconde prestigieuse. dont l'imagination inventive se joue avec son sujet. Quanti re han porta pin le corna che la corona. Traitant celui-ci le canevas. L'érudition. Cependant. . les grandes figures de l'antiquité. presque de mots. Nuiii de! zielo non l'è sta coraud Zove se feze un Tor. la più bêla cos del Mon (acte III. à la mythologie. 20 . les femmes un monde hétérogène et bizarre défile dans les déclamations emphatiques de Don Juan. l'originalité de Perrucci est moins dans ce retour à la tradition première. du moins très atténué. La pièce de Perrucci est donc surtout une réédition de celle de Cicognini avec des souvenirs du Burlador. se x).. anzi ne! ziel si dimostra comuda. qui achève la pensée dans un mouvement lyrique. mille rapprochements imprévus. Diana una zerula. empruntant à l'histoire. les monologues en d'une si secs de Cicognini se déroulent chez Perrucci d'interminables tirades. Bacchus a pris la forme d'un bélier. Le nouveau Convitato est plus un drame qu'une comédie. toutes éloquentes. extraordinaire harmonieuses. la préciosité se mêlent dans ces développements où la verve coule inépuisable. comme un On si un écolier passé maître dans l'art de l'amplification. tout les Dieux. d'Ottavio.

car je n'aurais pas a craindre qu'elle Et si elle était sourde? Elle sérail certainement léchiràl le co ur.306 LA LEGENDE DE DON JUAN.(iv. senza diente? gran fortuna. (Dites-moi. je n'aurais pas a craindre qu'elle put en aimer d'autres.épaules (direi che Fosse un' Atlante di bellezza un cielo di gratie su D. non haverei dubbio che potesse amar altri. . hou Juan appacompagnon joyeux et exuet bérant irrésistible par son entrain. el dira il qu'elle a un ciel de grâces -m ie. -on amante étanl privée de cheveux rose.d'autres amants. et Récemment. ci une fois mattre de -ou coeur. ritrovandosi d mio bene privo de' crini). étourdissanl de mouvement. Seigneur Don Juan. C'est un délire d'imagination à travers lequel raît comme .ie \l . donné le Commedia delV Arte. si ace fosse na cecata che ve parêria? Sarria cosa de satesfattione? D. oniei il i i i acte Ml. Il aimerait même une bossue il l'appellerai! « un Alla. M.actes et non des aimerait aussi uwc muette. — Dimme. essendo sicuro che non darebbe orecchio aile suppliche d'altri amanti.1. -e.de beauté. perché la stimerei tutta amore. s'enivranl de ses triomphes plus encore de ses paroles. Ciore bien voulu en faire copier pour moi manuscrit. . Benedetto bibliothèque nationale de la Croce a découvert Ville déposé à la de Naples 2 un scénario profession très développé sans nom : d'auteur. un fanfaron de l'amour. avec plus railleur. -i vous rencontriez uni' aveugle.1. deux volumes de scenarii et occupe le le n II du 2* volume. el aimable. !ov. «le retouchée par son propre jour à plusieurs comme la celle de Cicognini. havendo chiuse le porte del cuore che sono gli occhi. reprise auteur.1. Corne cieca l'amerei .. — — — — — i — i : : . que d'impiété. toujours souriant. Il ir veut de. ci essendole una volta entrato ne) cuore.. '. Et si elle n'avait pas de dents ? Ce serait un grand bonheur. Giovanni. parce que « l'Ai se vuole atti e non parole \ re). Coviello effrayé cherchée retarder son 1 maître. axant closes ces portes du cœur qui sont les yeux. de jeunesse el de vie La pièce de Perrucci. (mi parlerebbe sempre cogli atti paroles une chauve.de l'Amour. de mes pensées. parce qu'elle serait le symbole de sa destinée « il vivrait libre (viverei libero dalle des Heu. di ( — E se tosse — Saria mia . emportant les coeurs dans le llux de ses déclarations. . Voici une a jolie -e rendre Il l'invitation : il' au moment de foi amoureuse de Don Juan du commandeur. D. . lui dit CcrviELLO. \l. seriez-vous satisfait? Je l'aimerais certes. se jouanl <lu ciel d'ironie comme des femmes. partie a .- : - : gli _'. sior 0. i — . E se rosse sorda? Questa al certo sarebbe lo scopo de' miei pensieri. pièces a. car je l'estimerais tout amour. 1. car je serais bien sûr qu'elle ne prêterai! pas l'oreille le bul aux prière. mentre non haverebbe il mio cuore il timoré poter esser morsicato.il certo. rail il.

Toutefois bouffonnerie : scénario n'est qu'une l'auteur a augmenté nombre des scènes et comiques. XXIX. S. Le precondition de Don Juan : sont tous deux frères et le jumeaux : l'un s'appelle le -. .LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. père de Rosetta. M. Giovanni grosso c lui Don Giovannino (acte se. e chiamarsi l>. Passanti pour le comte de Casamarciano. C'est ainsi et allongé celles qui étaient déjà dans son modèle. mais par une simple étourderie {inavvedutamente) que Pollicinella dénonce à Ottavio les crimes de son n'est plus maître. que la scène entre Don Juan Tisbea est surtout remplie par les lazzi de Pollicinella et mier questionné par la pêcheuse sur la et la sienne propre. A l'acte II. mu et xivi. l'autre. Il sommairement étudié par M. Ce scénario est cité dans (t. Le dottore est doublé de Tartaglia. Don Giovannino Sur quoi Don après fait la et indigné.i (iiomale storico délia Letteratura italiana été italiana. suite de l'intrigue de Convitato de Perrucci est rigoureuse- La ment observée et les modifications apportées le le au texte de Cicognini sont conservées. de la lin :so7 du xvir siècle. Celui-ci est était tenu dans Perrucci par et domestique de Don Juan. rôle qui Pollicinella. les plaisanteries imaginées par Cicognini Perrucci. D'autre part. p. Rosetta est l'amie Pantalone de Cicognini. cl le scé- Lui esserli fratello nati tutti I. elle remplace en même temps la jeune Pimpinella. ^ltj. Ce par trahison. mais d'une version antérieure à celle drame de que nous avons i\u : Quelques personnages changent de nom et de qualité de Tisbea et non plus sa servante. C'est une copie faite par l'aeteur A. ad un parto. commandeur. grand Don Juan. Pollicinella heurte le cadavre les une cabriole comme dans scenarii tirés de la pièce de Cicognini. Faute de connaître la pièce de nario une imitation du Convitato de Cicognini. 2. mort du Juan. poursuit avec un bâton. Simone Brouwer dans le numéro de juillet 1897 de la Hnssprjnn critica delta Letteratura le . lui fait la même réponse que dans Cicognini Ils du Pozzolano. Cette pièce n'est pas autre chose qù'uo résumé Perrucci. Brouwer voil dans 1. Coviello celui du duc Ottavio. Le Pozzolano remplace le analysée 1 .

le .seule- ment que plusieurs scènes du premier scénario ont disparu. et Pollicinella. le point de dépari d'une riche lignée. La pièce de Giliberto. le texte. qui a été. Celui-ci n'a conservé ni les lazzi de Passa- rino bernant Fighetto qui veut lui faire avouer la culpabilité de son maître. fil'. |>. sa fille et le fiancé a disparu aussi.Juan et la et la pêcheuse est à peine esquissée. Casanatensc de Rome. au contraire. Quant aux autres. la scène du meurtre du commandeur.308 <|iii LA LEGENDE DE DON JUAN. mais ce 1. La suite de l'intrigue est la même. nul disparu de le la pièce de Perrucci ne se retrouvent pas non plus dans scénario. sont abrégées. la les plaintes de donna Anna sont plus développées. se rattachant directement à la pièce de Perrucci. le héros apparaît aussi dans l'on les enter-. ni l'arrivée des archers et la bouffonne qui s'ensuit. Rendiconti délia Reale Il IccaI rase. ressemble d'assez près au scénario Il tiré de pièce Perrucci. 130 à . ne semble avoir rien produit dans son propre pays. Les leurs noms. el eu Allemagne. ni la la longue épreuve fidélité à laquelle Don Juan imagine scène de soumettre entre le de son serviteur. ils ont conservé original. notamment celles entre don Pietro et Isabella. qui est aussi de la tin la du xvn (le c siècle. Par contre. C'est ce que prouve encore un scénario découvert par M.encore. ni l'échange d'habits maître el le valet. Série Quinta. et 12. il s'en est Italie formé en en France une seconde. La scène des devinettes entre le dottore. Pozzolano s'appelle Capellino. d'autres partie. X. ire- du roi de Castille. s'écarte cependant davantage «lu texte personnages de Tartaglia el de Covielle ont disLe paru. Les détails sont généralement moins abondants : la scène entre Don .-. lu Ce scénario indique doue qu'à côté de la filiation des pièces de CommediadelCAr te issues du Convitato de Cicognini. l'arrivée de Don Gonet l'invitation de statue. vol. dans (année 1901. Dans la der- nière partie de pièce. entre le Pozzolano et Pollicinella. l'entrevue d'Ottavio zalo.i [e -i demia \ dei Lincei | 186 à la de la collection. Ce scénario. Xoton-. Simone Brouwer dans le lot «le manuscrits qui contient cet Aleista fulminato dont nous nous sommes occupés '. Rosetta devient Spinetta. Zaccagnino. || n'est plus lui que entend gémir sur ses souffrances.

envoyèrent aux chargés démets 3 En Italie. une troupe jouait encore les princesses Le 17 septembre 1746.LA LEGENDE DANS LES PAYS LATINS.le stelle. si paghi. La représentation ci-dessus est indiquée Appendice 3. gonfaloniers et les di Pietra. nei secoli e / cf. habituel ne suffisait plus et la pièce devenait pompeuse- ment le Grand Festin de Pierre. cité 4. Mostro più ficro delli Non 2. minisl ri- que d'être plongé dans et le l'eu éternel. (Vlll. » Ce dernier vers est la traduction exacte de deux vers qui le reviennent à plusieurs reprises dans Burlador et qui en résu- ment la morale. A l'occasion les les spectateurs haute société. ce sont les 309 démons qui : font entendre un chant plein de mena< es à son adresse « Tu n'es plus digne de voir les étoiles. semblables et de leurs représentations en différentes A Bologne. — Tu ne mérites plus Esprit cruel. XVII I. merti soi di star nel f'oco eterno. i>. 460.. qui firent des A Padoue. complètes ou résumées. même théâtre. Spirto cru de] a<l opre infauste. En dehors de ces œuvres qui nous sont parvenues. : Pour ces représentations à Bologne. au de la on joua un Gran convitato de cette représentation. devant cadeaux aux acteurs \ de Modène. magliari. . nous avons conservé de nombreux souvenirs de pièces villes. cui l'honor togliesti. aux Forun Convitato di Pietra. Bologne. on joua. à la Scala. che non Antropofaghi. Corrado Ricci Teatri di Bologna XVIII. p. 2 . 166). è debito qui. 149. 1888. par Ricci. — Monstre plus cruel que les anthropophages. — n'est pas de dette qui ne se paie de crimes de méchancetés. opéra in prosa. — — Monstre inique sorti de l'enfer. sénateurs . c felle. Iniquo mostro uscito dall' Interne Non Ma Chiaman vendetta A al Ciel quelle donzelle. Il ici 1 . — Elles crient vengeance au ciel ces femmes — A qui tu as ravi l'honneur en te moquant d'elles. 403. pendant l'automne de 1709. acteurs des plats le titre notamment. soi più degno di mirai. comme en France. p. une pièce du même genre se jouait avec un grand 1. Anecdote rapportée. Il convitato di Pietra Le f> décembre 1739. e Carne scherno. d'après Barilli Journal de Barilli (septembre 1756). par Ricci.

Et ce succès ae est présentée succès qu'on dut la ./u<ni. i . Ateneo Veneto. rappresentazione ouova dell' attore Don Giovs Boni traita del teatro rrancese. comme Manuscril Mazzoni. L'arrangeur. Le Giornale délie Tenir'. des opéras-bouffes furent 1. Sotizie sulle rappresentazioni drammatichc a Padoa dal 1787 al 1797. . <!'• la bibliothèque la communale de Padoue. — Cf. 1902. Celle pièce c'était plus version de. nous aurons l'occasion de le voir. et comme tirée du théâtre français ». 847. XXIV à XXV. : s'arrête pas au wnr siècle. -Anna Bohm. nella seconda deW wiii. comici. ». XXII. par la troupe une Perotti au théâtre San Luca à Venise. du même auteur. punti pixi interesDe Molière e Cornelio seppe il bravo riduttore prendefe santi. scritto da compala lb mai 1788. ' con essi rormare una buona commedia che piacque. Venise. a Padoa nel secolo \\ I e nella prima meta del I ii 1899. malgré les Grand convive de Pierre 2 Cet engouedu antiques prérogatives ment du public italien pour la légende de Don Juan est universel... 11-111 Et. Padoue. au dire une version < a su tirer de Molière et de Thomas Corneille les du Journal. L'annonce la donne comme une représentation nouvelle de l'acteur Bon. qui eul un redonner le soir des adieux. 1 . o il Convitato di Pietra. à Venise notamment. B. mais un arrangement delà pièce de Molière et de celle de Thomas Corneille. gnie Pellandi termina la série de cinquante représentations comiques par une pièce tel intitulée Avviso ai Maritaii. «pielle que soil la forme sous laquelle celle légende lui comédies ou pièces en musique. :i. in questa ultiraa sera Con plauso universale l'han devuta replicare (IMtoiso ai maritati) anche 16 maggio 1788) a dispetto del diritto inveterato e antico i del Gran Convitato di Pietra.Mai-. aussi meta I. Le foi fait en Polcaslro padovano. 11 dure encore au au L9 xix'. A l'occasion du Carnaval. signale du 11 novembre 1820.anciens scenarii. I'. Nolizie sulla Storia del Teatro fasc. < parties les plus intéressantes et en l'aire une bonne comédie qui réussit 3 . 2.:d(t LA LÉGENDE DE DON JUAN. 1891. Une anecdote rapportée dans le Compendio storico degli avvenimenti accaduti Girolamo ne lia città di Padoa o ad essa appartenenti.. t. ÏVII. 3. Beneflciata del primo attore Luigi Homagnoli. Ateneo Veneto. ce l'ut surtout l'opéra qui assura eu Italie la Tort une de Don . La succès dans deuxième partie du xvnr siècle. ippunli per Storia dei teatri Padovani. neuf repré- sentations consécutives d'un Convitato di Pietra.

à Venise par encore. 3H composés en assez grand nombre sur le sujet du Conviiato di Pietra. mis en musique Francesco Gardi. Venise. . La comédie de Cicognini inspirait à Gîan-Battista Lorenzi une farce que Tritto mettait en musique <-l qui fut jouée pendant le carnaval de 17S. Toutes se répètent l'une l'autre. souventavec assez de fidélité. En 1788. Aussi la décou- verte des scenarii perdus n'offrirait vraisemblablement que peu 1. 242. la pièce de Cicognini. en deux actes. au Carnaval de d'Albertini. La écrivit même année. a Xaples et à Milan. La même année. les enfers. Filistri faisait un livret en deux actes pour Righini. dont da Ponte devait s'inspirer peu après. alors à Rome. nouvel opéra-bouffe En 1787. p. pour faire place aux facéties habituelles de la Commedia delV Arte. toujours à Venise. Cette farce n'avait de chinelle. Bertati pour Gazzaniga le livret d'un opéra en deux actes. Naples. G. Ces opéras sur Don Juan devant l'aire l'objet d'une étude spéciale. iss:i.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. ont ceci de commun qu'elles sont toutes des fantaisies bouffonnes dans lesquelles la gravité du sujet a entièrement disparu. Cf. je me contente de les signaler sommairement ici pour montrer le succès 'le la légende en Italie. au théâtre des Florentins. Storia letteraria deltl Opéra buffa ntiiit>lii<m>t. avant même le Don Juan de Mozart. 2. Farinelli suppose que c'est écrite peut-être la farce en un acte par Giuseppe Diodali pour Vincenzo Fabrizi 2 . puis reprise plus tard à délia Valle. Ces innombrables pièces. En dehors du ballet de Gluck joué à Païenne en iloH et repris plus lard à Turin. Gœthe. Scherillo. La plu- part ne fontque reproduire. même les enfants. écrivait àZelter que l'on y jouait tous les soirs un opéra sur monde. Cet opéra est Don Juan qui faisait courir tout le amusés de voir griller Don Juan dans inconnu. un anonyme écrivait à l'occasion du Carnaval de Venise de 1777 un livret comique en deux actes que Calegari mettait en musique. L'année suivante. et le caractère essentiellement comique qu'elle j a conservé. valet de Rome en 1787 au théâtre le rôle nouveau que de Poli- Don Juan 1 . il Convitato di Pietra.'} à Naples. Giuseppe Foppa composait un Nuovo convitato di Pietra dramma-tragi-comico. musicales ou autres.

LA LEGENDE DE DON JUAN. t. qui tion. lui à paraissaient sa pairie indignes d'un pays police rivaliser et il voulut donner une œuvre qui put faire le< avec celle de Molière. en compagnie d'une le troupe de comédiens dont rôle de « directeur s'était illustré dans le Don Juan. t.n Juan de Goldoni le l'ut joué pour la première fois à Venise pendant Carnaval de 1736 sous il le titre de Don Gio- vanni Tenorio ossia dissoluto. Il nous aux mêmes sources. :i. il lisait avec passion Cicognini 1 . Elle est en vers blancs.sa préface d'avoir conservé d J. auquel la reproche dan. chap. i. I '. il prétendit Au sujet une peinture de qui la réalité. par distrac. La pièce comprend dire de l'auteur. au ils quand sont embellis et adoucis par la poésie. chap. commune el mais même à statue animer la vraisemblance. \ i. il fit une escapade. I. I : faisaient les délices . les sentiments déshonnêtes et les maximes d'impiété choquant moins. chap. I. les il en avait » même conservé le surnom de Florindedes macaroni de manger pareequ'il s'avisa un jour. Mémoires. étudiant. le débarrasser de tous éléments merle le niellaient en dehors de la la vie rendaient étranger non seulement à vérité. donc arriver au Don Juan de îoldoni pour voir se rattachaient < la légende renaître en littéraire. macaroni d'Arlequin 2 ne sorte d'amour-propre national semble en même temps avoir poussé (îoldoni à faire représenter sur la scène italienne un nouveau Don Juan les pièces de la Commedia deW Arte.312 d'intérêt. Mémoires. xxix. il Il alla plus loin dan. du public. Cf.. _'. Italie dans une œuvre sérieuse et vraiment Le l><. ils On l'uni peut affirmer qu'à peu de chose près. t. Goldoni sem- blait prédestiné à traiter un sujet qui depuis : un siècle faisait le divertissement de ses compatriotes enfant. . Commedia. l'écrivain Comme veilleux français. I.ce sens que Molière. el étaient tous identiques. cinq actes.

d'un cours au foudroyé pas : héros n'était plus entraîné aux était frappé de la foudre. au public dont le sujet seul eut à 2 . Cependant les circonstances qui l'entouDon Juan n'était raient lui laissaient un caractère surnaturel mais par accidentellement. et en Italie surtout. xxxix. lourdes facéties des paysans 1. les autres masques disparurent. Goldoni ne se douta guère A cette première transformation. son festin. La mort de Don Juan garda cependant quelque : chose d'extraordinaire enfers parle si le commandeur. 11 313 : supprima toute celle partie surnaturelle du sujet la statue n'apparut plus que comme un marbre immobile dont l'inutile présence était la dernière concession aux exigences de la tradition. Le phé- pour avoir blasphémé Dieu. mais de façon que son châtiment pût « être un effet de la colère de Dieu et provenir aussi d'une combinaison de causes secondes dirigées par les lois de la Providence ». s'il Ingéniosité dont l'auteur semble fort satisfait. Arlequin et valet. Cette combinaison avait donc l'avantage leur autorité justifie ' d'accorder la science et la religion. Il ne voulail pas lui donner place dans son théâtre ne la lit imprimer qu'après en avoir découvert el.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. et faut l'en croire. ou elle était « horriblement mal2. et devait être : humain et réel. comme on le voit. Don Juan n'eut plus de et plaisant. il en ajouta une autre : jusqu'alors. Avis au lecteur. il une édition subreptice parue à Bologne. il nomène. la légende était mêlée d'élé- ments comiques qui dégénéraient souvent en bouffonneries grossières. I. et une dérogation aux lois de la nature. Mais de cela. ne déplut pas trop souffrir. n'est contraire ni à la raison. En outre. qui. ». Goldoni a cherché à excuser cette atteinte à la vérité dans une œuvre où tout un ciel serein. traitée :î. I. Goldoni retrancha ces éléments dont le succès n'était dû qu'à « l'ignorance et à la bassesse du public 3 ». chap. Cependant. . ni aux lois de la physique. les conseiller avisé Mémoires. s'il faut l'en croire. Goldoni semble avoir compris que sa pièce n'était pas digne du succès qu'elle obtint. orage. par des causes historiques et morales les livres sacrés offrent des exemples analogues. il fallait que le méchant fût puni.

Mais. chargée du rôled'Elisa. Aussi. Don Juan. italien 11 eût représenté. nommé la le Ce dernier. comme Don c'est Juan. enfin la vengeance de l'amant dupé. par laquelle elle avait su le toucher. Il s'est repré- senté sous les traits du berger Garino. avait Goldoni. refusa d'abord ne s'exécuta que sous la menace d'être renvoyée d'ailleurs la delà troupe. menace de duit. La transformation eûl si pu être heureuse. acteur dissolu lité. furent remplacées par les amours d'un berger el ei d'une ber- gère de pastorale. Les pour essayer la la termes mêmes dont Passalacqua jour où el 11 s'était servie de tromper Goldoni la surpril avec Vittalba. qu'une longue allusion à un événement et dont l'auteur héros dont les principaux personnages dissimulent à peine. le libertin du \vui siècle et son tableau aurait pu offrir quelque intérêt pour l'histoire de la littérature et des moeurs. «pie la se tuer. sous leur nom. guère à la pièce changea de caractère el ue ressembla plus ce qu'elle avait été jusqu'alors. par Molière. à une lettre du sien.de reconnaître sur scène une aventure qui . La pièce en le effet. lui scène de protestations de larmes qu'elle avait faite. Goldoni. étail le diminutif nom qui. des individus mêlés quelque temps a la vie de Goldoni. la vérité qu'il a introduite dan. Ainsi dépouillée de ses éléments religieux de ses éléments comiques. Carlino. sous les traits de e Don Juan. anec- dotique un simple n'est. La bergère Elisa n'était il autre qu'Elisabeth Passalacqua. peintre des petites gens. el Goldoni lui-même. Elle joua en perfection » et le- specétait tateurs ravi. une actrice dont avait été l'amant et qui l'avait impudemment berné en compagnie d'un Vittalba. près. ne pouvait guère comprendre un grand seigneur. de tout cela fui si fidèlement repro- le jouer et Passalacqua. devenail dans pièce. elle n'embrasse ni un pays : ni un temps: l'ait une vérité occasionnelle. taisies «le et si la la vérité qu'il légende avait été empruntée au milieu contem- porain. allant plus loin dans t'ait la voie tracée du sujet une peinture de caractère ou prétendait substituer aux fan- de mœurs.31 i- LA LÉGENDE DE DON JUAN.-a pièce n'a-t-elle rien de général. fut divers. changeant de quala sinon de caractère.

Tr2 le profes- L'episodio allegorico non lia gia suggerito la commedia seur A. elle a eu de nombreux amants qu'elle a trompés sans scrupules. année 1885. Carino a tout vu et tout entendu. Malheureusement. Mémoires. ainsi qu'il Qhapitre xxxix de ses Hémoires. Le galant : ne sort pas ici d'un naufrage des brigands l'ont dépouillé d'accepter l'hospitalité de : de son bagage et mis dans l'état la c'est une paysanne. t. C'est a l'oCCasiOH relie pièce qu'a été l'ail le récit de l'incident. par A. Celle-ci n'a rien de l'ingénuité de Tisbea bergère qui a plus d'une fois. et lui fait de nouveaux serments. Dans son compte rendu de (Giornalè Storico délia : Bibliografia italiana. Neri écrit s'agil de il ma bensi questa quello ». Goldoniana.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. mais simplement Isabella. quand elle présente son billet. j'imagine. . non plus possédé par ruse. Cf. lui rappelle leur amour l. si bon . il veut abandonner l'infidèle qui se jette à ses pieds. et la quitte en lui laissant en gage son : et ses larmes. que la comédie le <\\\ au a suggéré l'épisode de la Passalacqua. (tasse Comme dans scène se Don Juan. C'est un dépôt dont Elisa sait par expérience le prix! Aussi songe-t-elle à garder Carino pour s'assurer cœur un amant « à tout événement ». le trompeur la renvoie k une prochaine échéance. joue la vieille comédie du désespoir. puis. xxxvm la et xxxix. (initié la nombreux emprunts en Andalousie : faits à la pièce espagnole plusieurs le inventions de l'auteur. . mais que Goldoni. ce qui trop manifestement contraire a la vérité el à la vraisemblance. chap. flairant dans le grand seigneur un parti avantageux. qui a Naples après trahi la avoir. n*a raconte dans le chapitre xxxvm son aven: ture avec la comédienne que pour en île l'aire une sorte île préface à son Don Juan. Spinelli Letteratura V. p. devant 1. 315 firent devenue publique accueil à el avait défrayé leur malignité. et c'est au moment même où elle vient de jurer au berger Carino un éternel amour qu'elle offre à Don Juan l'abri de sa chaumière. Cette affirmation peut surprendre sérail l'entendre. en gardant ses brebis. une œuvre dont les allusions étaient transparentes 1 Ces aventures étaient intercalées dans à de une intrigue qui mêlait Burlador. Mais la rouée a trouvé son maître elle a naïvement pris pour monnaie de poids la parole du gentilhomme. déchiré sa robe d'innocence. I. Le savant professeur n'a pas voulu dire.-G. rencontre dans les environs de Séville Elisa à laquelle il donna bergère offre aussitôt son cœur et sa main.

Le trompeur persiste dans son mensonge il a bien à Xaples une : fiancée. elle aus<i. interrompt combat. neveu du et elle a raconté son aventure qui le lui a promis son appui. Lire el son < un poignard el feinl de s'en frapper. Mis en sa présence. Celle-ci. qui n'a pas renonce à mariage. L'arrivée met l'épée main el l'oblige à la se défendre. vient réclamer de Don Juan des explications. du commandeur de Lojola. sous d'un jeune cavalier. a le Pendant ce temps. donna mais Isabella. ami de le famille Tenorio. cherche à recommencer la scène qui lui a naguère réussi. Reçu il . ces fâcheuses aventures ne l'ont pas corà la table du commandeur. Arrêtée. lui Don Juan joue l'indignation. le qu'un duel l'a momentanément si obligé à quitter.316 LA LEGENDE DE DON JUAN. Par bonheur. se sans avoir obtenu satisfaction. Mais cette fois prodigue elle en vain ses serments el ses larmes Carino ne sera plus sa dupe. Le ministre du roi. où sa mauvaise pour- rencontrer. avec Carino : Don Juan. don Alfonso. le et le presse de hâter leur naïf Garino. le paie d'audace et accuse giquemenl sien retire pseudo-cavalier d'usurper un nom qui n'est pas la qu'Isabella. Don Juan étoile lui fait gagné costu Séville. qu'il ignore ce «pie oui veut ce cavalier inconnu. Mais plaintes d'Isabella eu leur écho. de ne pas elle la accable traître elle comme feint reconnaître. à suivre. par des brigands. larino esl vaincu reconquis. voit clair enfin dans le jeu de la perfide il met Don Juan au courant de ses trahisons et fournit ainsi au séducteur un excellent prétexte pour se débarrasser de gère. sort de ce hou Juan ne danger que pour rencontrer de noului veau Elisa. profite d'un moment d'absence de son hôte pour faire la cour à donna Anna. elle n'a dû son salut qui la qu'à l'intervention «lu due Ottavio. A de reproches. la volage ber- désespérée el confuse. dans l'impossibilité de prouver vérité. déjà à Quanl rigé. à la et vue de il Don Juan. gentilhomme qui il le poursuit est une fausse énerle Isabella. impassibilité. le Donna Isabella qui a pris ce déguisemenl pour mieux roi. toujours attaché aux pas : de son amante. La jeune femme le met au courant prétend le- et le prend pour juge.

il reconquérir en le sau- se dispose à fuir : quand Isabella se dresse devant lui. p. mais berger a perdu confiance. aux autres perle sonnages comme et il le Burlador et : les pièces italiennes. Don All'onso a fait cerner le monument. il l'invite cyniquement à se passer du consentement de son père et à se donner à lui. et la menace de la tuer : si elle lui résiste. Don Juan triomphe déjà quand un courrier du roi de Naples vient à propos dévoiler sa fourberie. et le fugitit En doit et il vain veut-il l'écarter de tous côtés on accourt. vient in extremis il lui faire de la morale. Donna Anna se ressaisit et c'est en vain que le trompeur essaie de l'enjôler de nouveau. a fait naguère élever une statue au Dans cet la débauché est pris comme une bête au piège. à mort. di Pletra au Convitato dePerrucci que Goldoni a emprunté cette idée. Cf. pensant bien que le famine viendra à bout de l'assassin. est si Il cherche alors à attendrir ses geôliers. fiancée au 317 duc Ottavio. 304. malgré les conseils de Carino qui. (l'est. comme donna Anna s'indigne. si A voir « son humble ». Quant à Elisa. le trahit et tire son épée. sans qu'on sache pourquoi. le une fois encore de se rabattre sur Carino. Carino va raconter cette fin et. le en reconnaissance de services rendus. Don Juan laisse éclater désespoir et sa fureur. Celui-ci ne perd cependant pas courage.LA LEGENDE DANS LES PAYS LATINS. Aidé d'Elisa. maudit la mère qui l'a enfanté et outrage les dieux. Elisa restera et la vertu 1. La foudre éclate alors. attitude et les belles larmes qui coulent de ses yeux donna Anna se trouble. Don Juan va chercher commandeur 1 . son courroux disparaît et fait place à l'amour. plus haut. La jeune fille alléguant qu'elle n'esl plus libre. Aux il cris de sa fille. Se son sentant irrévocablement perdu. et précipite le criminel dans la terre entrouverte pour le recevoir. décidément fille : le vice est ainsi puni récompensée. mais son bras débile tombe frappé le roi. il devient plus pressant. et. regagner sa prison. le il commandeur accourt à la vue de l'infamie de son hôte. . insinuant qu'il y réussit presque. drame ne l'a finit par un mariage Ottavio renonce à donna Anna qui elle tente jamais aimé épouse Isabella. qui espère vant. refuge dans une chapelle où asile inviolable.

met lui l'épée à la l'aire main lutte contre son propre amant pour la confesser sa trahison. d'où disparaît tout ce que l'élément religieux donne de grandeur et de puissance à la pièce espagnole. l'Isabella espafille. l'indication est et ingénieuse ail tiré d'autres en profiteront. ni la justification du devoir accompli. Les caractères ont subi des changements non moins importants. Dans toutes les créations a le plus souffert des a de l'allure et de la grandeur. est il changements imaginés Don Juan lui-même. Bien que parti. où des incisi dents de intrigue de l'auteur se mêlent bizarrement à l'ancienne gauchement modifiée <ln Burlador*. se déguise en homme. sans petitesse ni vulgarité. c'est il descend au niveau des séducteurs vulgaires. sa perversité est surhumaine. ni l'excuse son mérite. et de renouveler ainsi la cas de Chimène. Chez Goldoni. dont le corruption est sans envergure. par exemple. la une Ame triviale et mesquine. ne sont qu'indiqués. pour se faire pardonner de et aimei'. des Garino-Goldoni et des Élisa-Passalacqua. semblable aux du Tasse et de et l'Arioste.318 LA LEGENDE DE DON JUAN. pour quelle raison Goldoni a remplacé naufrage de Don Juan par une attaque de voleurs. Il apporte dans le vice il a une puissance qui (donne et le fait secrètement admirer : l'héroïsme du mal. Serait-ce qu'une histoire de brigands semble plus vraisemblable en Italie? Ou bien est-ce ru souvenir d'une aventure 'lu même genre donl il lui lui-même la victime? l. pitié. le passage de la colère à la de la haine à l'amour. mais de Chimène éprise d'un homme qu'elle méprise et qui n'a. A côté des pseudo-bergers. et si le revire- ment qui s'opère dans son cœur. moitié imaginaire. est ce la \ Tel drame. lr . sans que rien subsiste de l'intérêt très différent qu'une fidèle peinture de mœurs assure à l'œuvre de Molière. Donna Anna. a an rôle plus actif. c'est Goldoni n'en aucun une conception favorable à une ana- lyse psychologique de rendre donna Anna amoureuse de Don Juan. Le personnage qui par Goldoni antérieures. gnole devient une audacieuse jeune héroïnes qui. moitié ie réel. ici fugitive apparisi tion du poète espagnol. Ce n'est plus caballero qui (in peul se demander. sinon toujours fort heureux. d'imaginer un conflit entre son cœur et sa conscience.

un enjôleur de femmes qui vices. ce n'est pas l'épée à la main el en bravant la mort qu'il cherche son salut. avait. un mélange singulier de perfidie. usant à propos de toutes les ressources que l'art de son modèle lui fournit enfermé dans la chapelle. prétend ne la pas la connaître.LA LEGENDE DANS LES PAYS LATINS. En peignant sous son nom senté la l'acteur Vittalba. el ce don aussitôt seul el le sommer de il se livrer à la justice. Maintenant ses tromquand il a tout obtenu et : continue à duper sur ses sentiments. éclat. de souplesse et aussi de sentimentalité tendre et câline. partait brusquement. il mort de son amour. et conserve dans métier. Autant ses d'affectation prédécesseurs mettaient à faire parade de leur dissimule impudence. il il mentait pour séduire. Poursuivi par Isabella. il préfère des moyens : moins dangereux et plus subtils. C'est un homme avisé el estime que la diplomatie vaut mieux que les coups. il discute. L'amour le vice en sont responsables puis à qui profitera sa est mort? Ne : vaut-il pas mieux s'arranger? Donna Anna compromise . dans le ministre du roi. la conquête faite. à étonner le monde par leurs exploits. il n'ose pas reconduire franchement. il se détourne. ou. somme de 11 prouver son accusation. le . « c'est un débauché sensuel n'a pas la franchise de un jouisseur » avide de plaisirs faciles. qui aime la vie et a peur de la mort. : parlemente. il se retire avec douceur. (iohloni a représe la fausseté de l'homme qui il grime dans réalité le la vie connue sur la scène. dédaignait les consolations hypocrites. d'abord s'excuse de son crime . le a fait masque de son un comédien Don Juan : jusque-là courage de sa perversité. plus brutalement encore. 11 a deviné il un brave cœur. fécond en inventions. un peu Alfonso qui vient il naïf. lient tête à la 319 mort et délie Dieu. sans larmes. marquis Libertin dont la méchanceté épouvante l'imagination el matois. joue d'ailleurs son rôle avec une habileté consommée. Du Burlador cynique. avouait à sa victime la peries se font lâches et sournoises qu'il est las. un monteur doucereux. autant il se et a peur d'être deviné. ergote sur son identité. il en s'apitoyant et en versant des semble craindre de se compromettre. et finalement feint de la croire folle. mais.

Ibergati-Capacelli. l. xviii 1 au moins durant cours du l'a siècle. qu'elle lui accorde sa main el voilà son honneur hors «le d'affaire. retenait table : et la sympathie. supplie encore. un persongrandeur de nage médiocre même dans le mal. Sa fin esl encore plus lamende comme un le il criminel de bas étage qui voit arriver avec «le : terreur châtiment. 63 el suiv. [. el comme 1. 364. prête à la vengance. 1899.320 LA LEGENDE DE DON JUAN. par ses vices. 1878. dans i Rassegna cri tica délia Lelteratura ilaliana. qu'elle l'en tend qu'il à épée pour il Trappe : donna Anna son meure d'une main adorée. cajoleur perd tout ce qui. 2 non pas plus récemment E. obtienne un regard de son amante. mêlé de serments el remords. sans dignité. entremêlant meurt ainsi." • nhi. Ce raisonnement. en ne laissant pour sa personne qu'un sentiment de mépris et de dégoût. qui ne s'élève la jamai. lâchement. Apreplus tout à le la la pièce de Goldoni. . p. svolgimento drarnmatico délia leggendo Dongiovannesca . lui joue sa Don Juan. n"' 3-6. un fantoche. au lieu elle se il relever en présence il la il mort. L'Italie n'a donc pas porté bonheur à la fortune de Don Juan maudit ses juges tives. el le ciel. fait Masi '. p. . et t'ait ravale le héros lui-même de l'indomptable Sévillan un acteur dissolu. /. mais qu'avant de mourir. la comédie varice que passionné. Le voix résiste voilà tendre. s'effondre devant pleure. éploré. la légende de Don Juan n'inspire littérature italienne d'oeuvre sérieuse.au dessus d'une corruption vulgaire. tremble. anno IV.i Pei iiiniri e tempi di F. ses veux à la se mouillent : il sait qu'un cœur de femme il mal pitié nouveau Rodrigue. touche son auditeur. Bologne. mais son courroux ne tient pas devanl repentant. chez ses Ce Don Juan caressant devanciers. ni par l'énergie de sa volonté. I" i/li 2. Donna Anna se laissera-t-elle aussi convaincre? Elle arrive. Tout au plus pourrait-on rattacher. ne perdra du moinsque il la vie et conservera l'honneur. Filippini . 11 les prières et les invec- : après avoir dénaturé la légende religieuse du Burlador dans des elle bouffonneries de mauvais goût.

Cette aventure offre quelque ressemblance libertin. mais au caractère du héros un des principaux personnages d'un drame de F. portes forcées.LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. au sujet de h<>n 321 Juan lui-même. l'ami et l'imitateur de Goldoni. son avec l'équipée de Don Juan les à Naples. Ce don Florio. ne pouvant arriver à séduire une jeune comtesse qui se trouve être l'hôtesse du marquis Onesti. imagine un subterfuge pour pénétrer la nuit dans la chambre de la belle et jouir par la force de ses faveurs. font de lui un digne et la du trompeur de Séville. et il doit quitter en 1770. Son stratagème est découvert à temps. emploi de la ruse de la violence. Albergati met en scène sous Girilli aussitôt le pays. Mais là se bornent les rapports qu'il est possible d'éta- blir entre le drame d'Albergati légende de Don Juan. Dans son Sagrj'm amico écrit le nom de don Florio un gentilhomme napolitain dont les mœurs rappellent celles de Don Juan. Albergati-Capacelli. fiancé de sa sœur. Quant au dévergondage. •ji . son mépris de l'honneur féminin. son de scrupules sur manque fins moyens choisis pour arriver à ses frère amoureuses et : hospitalité violée.

.

si ee débordement de la sensibilité. The Libertine. Le Donjuanisme anglais son caractère. mais sous celle d'une statue de marbre animée. sur le culte des représentations matérielles de la divinité et sur l'intervention miraculeuse des saints et autres agents supérieurs dans la vie de l'homme. indécis. de Fletcher. si cet étalage impudent d'une vie tout entière consacrée aux plaisirs. une nouvelle conception du héros une brute féroce et sanguinaire. de Shadvrell une imitation du Don Juan de Rosimond. la légende de Don Juan porte les caractères de son lieu d'origine et du premier milieu où elle : s'esl l'élément surnaturel se manifestant non pas seule- forme d'un spectre immatériel.VII LE DON JUAN ANGLAIS AU XVII SIÈCLE ET AU XVIII SIÈCLE Transformations que la légende de Dnn Juan devait subir en passant des pays latins dans les pays du Nord.— Par quels côtés de son caractère Don Juan convenait à ['Allemagne et à l'Angleterre. plus qu'ailleurs. d'Aston Cokain scènes empruntées au Convitato de Cicognini et au scénario italien. The Tragedy of Ovid. Parodies et pantomimes The libertine destroyed. étaienl naturels . En la outre. simple vision d'une imagination craintive ou malade. ne la ment sous pouvait guère être conçu que dans les contrées où le catholi- cisme repose. — : — : — — : — : : — — : — Née dans développée les pays latins. Don Juan et 1g drame populaire de Punch and Judy. figure précise et tangible. qui est marque originelle du Don Juan méridional. de Moncrieff. The II ild goosechase. Don Giovanni in London or the Libertine reclaimed. Circonstances qui ont favorisé la diffusion de la légende en Angleterre les mœurs et la littérature sous la Restauration.

discute. dans des pays où l'amour s'affiche sans fausse pudeur au grand jour de l. de mœurs. de même Don Juan. légende contenait de nombreux éléments qui. dans catholique Espagne. ce Don Juan que l'Espagne. raisonne crée une morale cité et une religion à son usage. En Espagne déjà. dès moment au-dessus des seules et préoccupations sensuelles. Don Juan n'est pas seulement un mâle impétueux. conception chimérique de l'imagination. doit le aboutir au où. et plus encore en Italie et en France. le il prend droit de chez les peuples lui qui viennent de rejeter séculaire principe d'autorité pour . à Don Juan il rompu le contrat qui lie l'homme par la ses semblables.i vie publique. n'ont pas produit de descendants dans les régions où les idées abstraites le et les songes s'effacent devant 1< s réalités concrètes et besoin de dépenser en sang- mouvements physiques les ardeurs d'un plus chaud. il scepticisme s'élevant à l'individualisme. attaché non pas àla vaine poursuite d'une vivantes de la beauté la irréelle. Cependant. qui servent de soutien dans tous les pays el dans Ions les temps. en quête de toutes les la satisfactions de chair. les modifiant suivant exigences du milieu. à la morale et aux lois. et Don Juan Mais.324 LA LEGENDE DE DON JUAN. détaché des obligations des croyances qui sous les la le nom et de lois. De même que el Faust. pi i»s froids et à la l'Italie et la France devaient naturellement concevoir. Dès a le principe. se devient philosophe. mais à les réalisations conquête de toutes beauté fémi- nine. il n'\ a pas loin. llamlet. religieux ou philosophiques. Logiquement. ou de dogmes. ne semblait pas convenir à des tempé- raments eu se des esprits plus spéculatifs. incapable d'action. s'est à soustrait aux devoirs créés ses collectivité pour imposer chacun de membres le respect des droits de tous. le mystique chercheur «le la vérité méta- physique. pouvaient s'adapter aux caractères des peuples très différents chez les- quels elle pénétra. chasseur avide du gibier féminin principes et : c'est un esprit affranchi de et de règles. De là. les mœurs plus contenues des peuples du Nord semblaient au contraire ne pouvoir s'en accommoder. à se détacher des principe- fondamentaux. ce rêveur tourmenté. contraignent le individus consacrent pacte social.

son idéal : ne sera plus limité à l'amour. chez : sentiment que les hommes du Italie. Le premier épanche sans cesse au dehors la Sans doute. substituer la 325 le liberté d'examen. Les hommes le : le détestent. mais l'égoïste à froid tout qu'il était devenu devait le naturellement pénétrer et s'acclimater dans pays de Rochester. comme le célèbre docteur. Dès lors. il l'ail valoir un vice bien porté. L'enjôleur si expansif qu'est le Don Juan espagnol eût certes été dépaysé en Angleterre. Celui-ci met sa pudeur à dissimuler ce que celui-là étale au grand jour. le fondement de sa croyance et de sa conduite.LE DON JUAN ANGLAIS. et celui que dissimule femme. et qui ont remplacé consen- tement général et la tradition par les droits de l'individu. sans être ni le second les émomoins vives ni moins brutales. Les Anglais. il ne tarde le regard de la pas dans la suite à devenir le débauché vicieux dont les passions brutales et terribles. dissimulenl chez eux un Don Juan . le Don Juan devait ainsi entrer naturellement dans pays de Faust. Elles lui savent gré de ne vivre que pour elles et de rendre à leurs charmes nu inlasNi en Espagne. il a cherché en lui et non plus dans une vérité révélée et supérieure. il voudra sonder tous les mystères celui qui se dérobe au fond du creuset de l'alchimiste. bien loin de provoquer leur haine ni leur courroux. ni en France. Cette antithèse se manifeste surtout dans l'Anglais a entouré de mystère un la conception de l'amour violence de ses sentiments intérieurs. il ne sera plus absorbé par la seule poursuite des voluptés physiques. au contraire. : Midi se font une vanité d'afficher. mais par jalousie son vice le : ne méprisent pas. D'autre part. . il tions. le cœur moins chaud et plus sec révèlent plus de maturité et plus de profondeur dans le mal. un Don Juan n'est mal vu du public il excite la sympathie des femmes. Loin de c'est le disqualifier. ni en sable ils hommage. y a une opposition fondamentale entre la nature tout en dehors du Don Juan méridional et le caractère renfermé de l'Anglais. du jour où. restent plus intimes. dont le se pare et lire vanité. plus ardent et plus léger que méchant et corrompu. si en Espagne Don Juan n'est qu'un trompeur.

à élargir le moi. cette tendance à subordonner à ses intérêts. <\rs droits d'autrui. convenait au tempérament anglais sou mépris des sentiments et Don Juan sa tendance individualiste. En dehors de el l'époque Restauration. Cet épanouissement de soi-même. par bien des côtés. leur littérature a a pas toujours eu il^ réserve. en dehors de Lovelace du héros de Byron. en Angleterre : la littérature donjuanesque la n'a guère fleuri les œuvres inspirées de types analogues. se retrouve dans un très passions le grand nombre de personnages du théâtre anglais. Eux-mêmes. Don Juan y pénétrait à une époque digne entre toutes de le comprendre. qui est aussi un des éléments de ce caractère. à ses un des traits essentiels du caractère donjuanesque. la légende ail franchi le détroit. sou égoïsme même encore à devaient. mais c'est une exception. (die ces allures perfides et rusées ni qu'elle revêt en finesse. en réalité. tend fant d'abord. en passant en Angleterre. revêtir une forme différente. le : Cependant.. Sans doute. tolèrent ne le le que s'il e<l discret. ce débordement de reste de l'humanité. ils vouent ces oeuvres dont de la rougissent. brutale. de nomme ensuite. ces sentiments étaient plus adaptés à leur nouveau milieu qu'à la l'ancien. sans grâce du trompeur de Séville Ces raisons expliquent qu'en dépit du puritanisme. désa- comme cette nous allons voir. Par une rencontre. La méchanceté perd seulement chez eux cet air aimable et léger. superficie] et railleur quelle a en France. qui ne peut guère ^e l'aire qu'aux dépens d'autrui. \ légende du Burladov ou représentant des caractère de sont plus rares que partout ailleurs. Jamais les mœurs ni la littérature anglaise n'ont offert à le spectacle d'une 11 dépravation comparable celle qui régnait sous Charles et . la un si haut degré que race anglo-saxonne. à former des individus. mais. soûl l'activité personnelle. dans à accroître l'énergie de l'en- l'éducation dans 1 mœurs. les lois proclament en Angleet terre le respect du citoyen les maintiennent ses droits: tout. Ils LEGENDE DE DON JUAN. heureuse pour ses destinées eu Angleterre.326 l'ail LA scandale. Italie: est lourde. Peu de races ont eu. Ajoutons que la méchanceté. le culte de person- nalité humaine et : plus qu'ailleurs.

Le vice n'a plus de délicatesses la de séductions. a créé à si pour régler les conflits. au nom de principes plu- . et tue. La poursuite de d'orgies. faisant de l'égoïsme la base de sagesse humaine. et froid. Supprimant le fondement métaphysique la de morale. L'amour la fois des plaisirs prend chez tous un caractère à crapuleux. la liberté d'abord. sans scrupules. fait s'est une règle de vie fondée sur un système philosophique dont Hobbes est le théoricien. les et les facéties de corps de garde ni sont l'accompagnement habituel des fêtes où se plaisent les favoris du roi. comme échappant la la à la vérité expérimentale. gentilhomme mêle à ses plaisirs débraillés. ramele nant toute connaissance à principe des actions et rîsant de l'instinct sensation.LE DON JUAN ANGLAIS. assassin. Coureur de il dots et coureur de places. ne conservèrent se départirent même pas dans leur tenue la décorum dont ne jamais à cour de France les maîtresses de Louis XIV. une sécheresse de cœur qui annoncerait celle du les filles des rues aussi bien roué. il Au milieu de ses orgies. dés le retour des Sluarts. :^7 Jacques ration. Castlemaine le Stewart. sans cesser d'être maître de fortune : lui. courant que les fdles d'honneur de la reine. sans honneur. la brutal et et : femme se mélange de violences Les plus grands seigneurs ont des propos mœurs de portefaix l'injure ordurière. Les maîtresses et les de Charles. taverne. pendanl la période connue sous le nom de RestauPar une réaction sans mesure contre le rigorisme étroit persécuteur du Protectorat. que le droit de la force. il viole. et II. s'autoet il pour justifier tous les excès n'admettant. m usage tout un code sur lequel il s'appuiera pour légitimer ses crimes et les défendre. il il calme boit. Il est pratique les n'oublie pas le soin de sa il ménage grands. intrigue. La cour devint le théâtre d'un dévergondage dont le roi et son frère donnaient les impudemment l'exemple. reste si elle en avait l'élégance. se pousse. s'il le faut. il a une odeur de La le grossièreté se double d'égoïsme : ivrogne. puis la licence. l'amour descend du boudoir à vin et de sang. à ses goujateries de manant. et bientôt la plus effrénée débauche s'introduisirent dans tous les rangs de l'aristocratie anglaise.

Les héros de amis du roi. Buckhurst qui se promenait ivre dont Pepys trois bravi a tout nu dans les rues de Londres. des Taine. pour venir lc\ant l'autre bout d'une actrice rebelle. 15 aoûl 1 el I septembre 1857). tandis que celle-ci tenait la bride de son Thomas Thynne. faisait assassiner par étrangers un rival encombrant à A. société des Balleurs ballers où. les tripots maisons suspectes. les Lettres de Saint-Evremond. i et d'exac'. C'étail le 3. qui assassina un jour mari de sa maîtresse cheval. et faut en croire Pepys. parfois ses rivaux. 2. que ceux établis par les prêtres et les Les Mémoires de Grammont.Malheur à la femme qui passait à portée de ses mains libertines ». -. Samuel Pepys's Memoirs. — chap. l'épousait l'un servant de témoin. qui . ' Pour cette histoire. et les Mémoires de Grammont. 11. : pu dire « .ubrey de Vere. Mémoires de la cour d'Angleterre. qui.. les Satires de Rochester. ceux de Samuel Pepys. le roi 3 . rationnels. Killigrew. : — — — — — : comte de Rochester (Reu. Kœnigsmark. à l'en croire. Hislory of England. révélatrices d'un état l'esprit. par Gilbert Burnet. par Mme Dunois. i. deux musiciens de son régiment. par Mme Di is. n el m: Forgues. Cf. Sedley. les châteaux de province. comte d'Oxford. l'insensibilité mœurs où saturnales le scepticisme de de l'âme s'unissent pour inventer de ces sont la les monstrueux plaisirs. . se livraient à tous les débordements imaginables Les plus le célèbres d'entre eux sont Buckingham. par Hamilton. III. — les Mémoires de la cour d'Angleterre. - présentent et le tableau répugnant de celle corruption Les histoires <le les anecdotes abondent. déguisé en prêtre. Grammont. les le et appartements de les est cour. hommes femmes dansaient à l'état de nature et ». 1rs comte de Schrewsbury (cf. cf. tout endroit Ils bon pour leurs telle celle exploits. Deux Mondes. t. loyer des théâtres. forment des compagnies de s'il débauche. les boutiques des marchands. et qui détroussait les passants attardes pour se refaire de ses pertes de jeu. bon tour dont se divertit fort Mais le plus fameux de ces libertins est sans contredit Rochester. John Wilmot. législateurs. du salon au cabinet de toilette. el parmi les œuvres modernes Macaulay. chap. t. Littérature anglaise. avec plus de lourdeur titude. la Vie de Rochester.328 LA LÉGENDE DE DON JUAN. avec plus de réserve et d'agré- ment. les Mémoires du chevalier de Grammont.

citée par Forgues. érigeait en maximes ses vices. « mettre de la variété dans ses plaisirs » . ne sachant plus quel passe-temps nouveau introduire dans son existence de blasé. une des plus riches héritières du royaume. par Burnet. « simple attrape pour les nigauds « ». débauchée. avec à l'athéisme et nature. en œuvres de toute nature. de s'installer chez les bourgeois de la Cité et d'y séduire leurs femmes. licen- cieuse. la Vie de Rochester. s'enivra tous les jours. Rochester. dont les 329 le hauts faits dans la débauche et dans crime ne sont . égalés que par l'impudeur de ses poésies licencieuses Rochester. imagina de se faire diseur de bonne aventure. sur la morale évangélique. pour refaire sa fortune. et tenait la une taverne avare avec suspecte — il avait enlevé femme d'un vieil 150 guinées appartenant au mari. Dorset. élevant ses pratiques à la hauteur d'un système philosophique. se faisait l'apôtre du sensualisme. Sedley. qui. la vertu. enleva. auteurs de poésies leurres. i. et inconciliable avec les lois impres? criptibles de l'humanité ». en poèmes pornogra- phiques. Rochester. discutait avec les gens d'Église sur la religion. Dryden lui même. pendant cinq ans. car une fois déjà — au temps où s'était fait aubergiste. la jeune Elisabeth Mallet. de satires. le bien sont bafoués. Mulgravé. Cf. aucune des les de la pudeur ne sont respectés. enlèvement qui n'était il pas son coup d'essai. Tels étaient les plus glorieux représentants de cette jeunesse frivole. qui se déguisail intrigues et en mendiant ou en porteur de chaises pour suivre de basses Rochester.LE DON JUAN ANGLAIS. en opposition en ce qui touche la les rapports des deux sexes. Tous rivalisaient d'impudicité. et se vantait de convertir les fidèles à l'immoralité. fables. tragédies. de chansons. un soir qu'elle rentrait avec son grand-père. Rochester enfin qui. qui. lequel se pendit de désespoir. abondante en chansons obscènes. de ces « Cavaliers et » qui exhumèrent les cadavres en décomposition la voirie. tout grand qu'il est. où aucun des principes lois les plus sacrés de la conscience humaine. . sceptique. : de Cromwell des siens pour les jeter à La littérature contemporaine fut digne d'eux sèche. comédies où Dieu. charlatan. qui.

celui <)<• Suri) surtoul dans The Courtl) Vice. Les personnages ne tous violents . Lady Brute dans The Provoked il ife. La raison. sont au ta ni de ils Don Juan. de débauches répugnantes malpropres. 1. le personnage de Wildblood. relui de Manl\ dans The Plain-dealer. pas à l'abri de la contagion. des assassins. ils roturiers. — . le personnage de Dapperwit. le personnage de Mirabel dans The Way of Ihe World. Wycherley. de Congreve. Mock i. de el crimes rares. The country Wife. unissent la bassesse et la du peuple au raffinement vicieux des petits maîtres.330 n'est LA LÉGENDE DE DON JUAN. Dryden. Cf.. 2. ivrognes. plus abominable réunion de chenapans que l'imaait gination d'aucun peuple jamais courue. dont tbéàlre de la Restauration nous étale les turpitudes. L'un vend sa maîtresse . Ils constituent. 3. de Shadwell.'i après avoir crûment détaillé ses charmes 1 . mais de Don Juan sans élégance. encore des types comme celui du jeune Ranter de Crowne. sensualité leur psychologie. Love in a wood. Cf. de Vanbrugh. Islrologer. et la tion de leurs sens de celle de leur esprit. dénués de sens moral. Celui-ci fait la théorie de l'infidélité et fixe le délai d'un mois comme terme extrême delà constance Tous. partoul on rencontre quelqu'un de ces maniaques de la la corruption. tel Un cl milieu convenait plus qu'aucun autre au Donjuanisme. de Dryden. de Parquhar.'i que des 1rs libertins. hommes et femmes. •">. le en réalité ces innombrables personnages. Tous justifient la définition (pie donne d'eux une femme connaîl de près » : (jui les el le u querelleurs. cynisme les opinions Que l'on ouvre le répertoire de Wycherley. L»- théâtre n'est qu'une accu- mulation île drames -<>nt horribles. blasphémateurs reste 5 . ont perdu la grâce Wycherley. de Congre ve. le personnage de Horner. un compagnon de In autre imagine l'amusement de se faire passer débauche pour impuissant et de démontrer ensuite le contraire aux nombreuses femmes que la curiosité lui amène-. et le senti- ment leur semblent étrangers. d'Etheredge. gentilshommes grossièreté des gens et 3 . ils dogmatisent sur crime. Celui-là est faussaire et suborneur'. des escrocs.. froid. professant avec plus révoltantes. Et ils égoïsme. d'inventions extraordinaires. voilà toute doublent déprava- ne se contentent pas de vivre crapuleule sement.

Déjà même. quand il arriva de connue. un de ces débauchés si cyniques dont la littérature 1 . au cours de ses bien haut ses victoires. goûtentà charpie plat. Côwley. dans les pays du Nord la blonde. leurs voluptés ont un relent des bouges de YVhitechapel. « dont les amours sont des vagabonds qui frappent à toutes les portes. sous les traits de Mirabel. et ne se fixent jamais -». est surtout tes bon de rappeler. il leur faut des cruautés horribles. courant en Italie et en Espagne la brune. but are no résidents I. à l'amour. affichant ses trahisons. Ce Mirabel. une pièce des premières années du xvii siècle représentait un personnage dont les mœurs ont avec celles du Trompeur de Séville de curieuses analogies. «les Fox el des avec la génération suivante existe déjà 1. l . a eu maintes bonnes fortunes. de l'âge suivant devait fournir de nombreux modèles qui a voyagé (a voyages. les 331 sous laquelle se dissimulaient passions violentes de leur devancier français. Il existait partout dans la littérature comme dans la société. En 1621. vomissant dans ses anglais. avait déjà peint. des excès démesurés. qu'il a jusqu'alors dédaignée. And taste oach dish. les Carew. d'ailleurs. Puant l'ivresse et le meurtre. ignoble. Don Juan France en Angleterre. le héros n'était-il pas un nouveau venu. Suckling ri d'autres. lord Herberl de Cherbury écrit en 1624 -mi /<<• Verilatc. 2. Mis lovés are wanderers.LE DON . n'uni rien a envier pour leurs le obscénités aux écrivains de la Restauration. Le scepticisme qui sera a la en face des puritains. se riant de leurs pièges et finissant un beau jour par se laisser prendre dans les filets de l'une d'elles. Fletcher. tel est. il est i con : Bunyan. Leur Donjuanisme est brutal el repoussant. se posant en blasé à qui les femmes n'en remontrent pas.MAX ANGLAIS. de le quelque nom qu'il s'appelle. thoj knock at oach door. dans ihe Wild Goose-chase (la Chasse à l'oie sauvage du Burlador c fût . sans scrupule. avant que la légende Aussi. ils mêlent l'orgie el le meurtre. féroce. que sous le règne de Charles I". Oriana. hoquets jurons et obscénités. proclamant Mirabel (the Wild goose) est un monsieur travelled monsieur) el qui.

puis je les abandonnai. Pourquoi charge une femme quand tant d'hono- rables époux lui fournissent les leurs en le remerciant par- Le croit-on par hasard entiché d'une vierge? du goût pour un tel plat. tout comme à vous. il l'a juré à bien d'autres..»'. l'ouvre sous les yeux il contient le nom de toutes les femmes. Dos! thou see this book liere'? Shows a book Look over ail thèse ranks. . for.. curieuse. and si righteoush w iiii need no( have done neither.conscience 'J li II.332 LA LEGENDE DE DON JUAN. dit-il. il veut passer pour l'homme qui a beaucoup vécu el pour lequel serments Il <'t trahisons sont également sans valeur.. With the same réservation. alas. And enjoi • em ai my will. d'ailleurs prendrait-il à sa dépures bagatelles drilles).:rupule. et les autres sont de belles sérieuses femmes''. . <>u il' think' 1 si I am mad in 1 for i enragé pour e a ' maidenhead thou art cozened.ui \ ou un' . Quelques-unes se sont mariées depuis et sont redevenues aussi pures que des vierges. tel » Contentons-nous de noter en passant fille. ail thèse arc women. and were as pure mai Is aj Vi."in' conscience. par une coïncidence ait eu. jeunes tilles d'Oriana dessus S'il le nia rein''? avait : ou la • prétendues telles » qui furent ses complètes. lui aussi. 2. un fanfaron du libertinage. - : I 1 : i. l'auteur anglais trente ans avant Cico- 1. 1 . el par le cynisme avec lequel expose ses théories ses procédés à une jeune fille qui lui rappelle ses est promesses. où en trouverait-il 2 ? Kl sur ces mots il lire un registre de sa poche. Ce qu'il lui a juré. chose bien superflue d'ailleurs! car. sous même réserve. qui ue poussenl pas la près de conscience 1 ». Il affiche une sorte de psychologie féminine. Mère venial slips. thej raade qo . thaï grov ic>: near tin. were addicted tell haï diet i . lads thèse are my conquests Ail thèse swore t" marry. pleine de mépris pour la femme. hélas! elles n'eurent aucun scrupule et je jouis de leurs faveurs à ma guise. and left' ''in Some "i cm an. They are things indiffèrent. whether kept orbroken. cela sans valeur: ce sont « fautes vénielles. est le la digne devancier brutalité affectée il des héros de Wycherley et de Shadwell par de son landau. j'ai fait serment de épouser. < >r. la grossièreté d'un discours s'adressani à une jeune Ce qu'il importe d<- signaler c'est que. les ci A toutes. as svore '<> thee. I I I : i er women. better than the} were bred for. hère should ha\ one •'{.married since.

contenant le même trait d'autre part. Tirso de Molina. 2 .os auteurs de tragédies et La pièce de Fletcher to way : Vovelas de comédies du commencement du siècle vont chercher dans Cervantes. ceux-ci restent profondément anglais 1. L'Angleterre n'a pas échappé à cette tendance générale qui porte à cette époque les écrivains de tous preles pays à s'adresser à l'Espagne.LE DON JUAN ANGLAIS. l. qui fui ambassadeur du roi Jacques à Madrid. les caractères et les mœurs n'en sont pas affectés. sants: Tl i. . Middleton emprunte r en 1623. l'idée de la 333 il fameuse liste. de Bristol. est encore la grande nation européenne. avant 1621. des Vovelas el des The Queen of Corinth. 2. à travers des aventures et des imbroglios espagnols.laines Shirly prend. malgré ses miers revers et les germes de décadence qu'elle porte en elle. adaptation en (1702). s'inspire a LosEmpenos emprunte Tuke Samuel sir Charles II. The Coxcomb. les emprunts de même nature sont incesUrowne. el que Fletcher aurait pu connaître. l'Angleterre connut ses nouvellistes et ses auteurs dramatiques. The OpportuI Lope A El castigodel du xvir siècle. première du xvii siècle. en 1619. et leur emprunta d'innombrables modèles. A la Fuerza de Locos de Spanish Gipsie. Sans doute. s'adressent à Moreto . de mêmes indications Sur les uily. Beaumont el Fletcher exemplares. il ne faudrait pas exagérer cette influence. ni aucun auteur de '. et bien que littérature anglaise. comte de Calderon.i- Série. The Penseque. a la Gitanillade Cervantes. intrigues. La pièce de Fletcher fut reprise en 1747. Th. elle est plus formelle que foncière. gnini. de Don Quichotte.et dans la suite St. The Tsland princess. The history of Càrdenia. répandue et soutenue par l'éclat de ses armes. en 1634. a été imitée par Farquhar dans The Inconstant or the prose win him (l'Inconstant ou le moyen de le vaincre). Comme les autres peuples. scenarii n'ont vraisemblablement connu la pièce anglaise Quant au Burlador. elle porte sur le côté extérieur du drame. de Tirso. personnages. tirent de Vega. The Scornful Lady et The Pilgrim. scénario comique on drame religieux. . ni Cicognini. George Digby. des Los Milagros del Desprecio la Sangre el alencia. se soit plus inspirée de la littérature espagnole que de tout autre. des sujets el des héros. car n'est pas probable qu'il ait existé. sujets de pièces. peu après. Don Quichotte avait été traduit par Shelton en 1612 les exemplares étaient traduites à leur tour. je dis coïncidence. une pièce italienne. Cette nation. son influence littéraire rayonne à travers le monde. malgré partie il fut longtemps ignoré en Angleterre dans la les relations de toute nature qui unissaient les deux la nations.

sir 2. II: Spanische Sludien. el de ce dernier il tire son scis iluii Eoening's love. VVycherley. :i.ii. après avoir tué l'amant supposé de sa femme. (ai le IV. ivi. The Spanish Drama. Histoire de la littérature espagnole. qui parlait l'Italien avait beaucoup voyagé dans la Péninsule. la tête.-ll. R. Richard Fanshawe tradeux pièces d'Antonio de Mendoza. Settle. un homme pendu 3 à un gibet. Cf. IS'. le grongorisme de Lope el de Calderon. sir Aston Cokain (ou le Cockavne- . el Quoiqu'il en ignoré. XX. IX el X: — Farinelli. Geschichte des Drama's. personnage dont les pusillanimité da gourmandise rappellent mœurs <lc Passa- horas. Centlivre s'inspirent de Calderon. I. après avoir incliné drai ». répond : « Je vienla ce qui provoque et la l'effroi de Cacala. un un épisode manifestement emprunté Dans celle pièce. il . Tlie advenlures of five hours. de Calderon. a l'idée bizarre de l'inviter à souper. cf. édition p. Il: l'Europe. \ il est certain que le Burlador l'ut Ce fui par l'Italie el parla France que les Anglais connurent Don Juan. Lewes. de J. et quatre Dorimon. littérature. trois ans après celui de le ans environ après Don Juan de Molière. Dryden. édition Maidment H l'Il corne '. en compagnie de son 11 valet Cacala. — xvr Littératures du Sud de III I: — t. Killigrew. Pour cette question wir siocle. Il el de VEnglish dramalic cité de 1899. oblige celle-cià prendre dans ses mains le cœur sanglant du mort. l'espril précieux. I. t. Ward. Les mystères religieux joués dans les églises n'étaient pas moins connus que les Aulosuccès. i. rencontre un jour. soit. sujets «le L'Italie leur avait déjà fourni de nombreux pièces. Pastor Fido et : : saa amentales espagnols '. l. John Dancer avaient traduit le VAminta Machiavel était lu et imité W. exilé pour ses débauches et ses crimes. Logan. t. . Lu 1662. introduisait dans sa Tragedy of Ovid piem*e. enfin. ouvrage Ward. el au Sismondi. II. Steele. — Klein. [sion Cokain. Le mort. qui avait déjà placé en Italie sujet de su pièce de et Trappoline creduto principe.33* LA LEGENDE DE DON JUAN. KJein. The dramalic works of W. 1. les pastorales avaient eu à Londres un grand Fanshawe. : de l'influence espagnole en Angleterre au Ticknor. capitaine italien du nom d'Hannibal. à la légende dû Convive de où un grand seigneur du nom de Bassanes. en dépit <l<' cette riche importation d'oeuvres espagnoles en Angleterre. imite les imbroglios espagnols. se. 1874. Haughton lui empruntait The Uevil and his Dame.

Après quoi. le mort se lève el invite à son tour le capitaine pour le lendemain « C'est une : plaisanterie. d'Arlequin. Et il rappelle au capitaine l'invita- que celui-ci lui a adressée. i. . tremblant tombe en la défaillance. Est-ce une attaque d'apoplexie? Allons. hath seized upon thee! . et ce el je Sans paraître étonné. w hère I flnd vvelcorae. to do a mischief 1 [V. s'excuse de ne pas lui offrir un meil- leur dîner. Hannibal. corne to sup wiili von. entendant frapper pour le la troisième fois. « 11 a le haut mal -».' not? Sit liown again -• and drinl. et 335 de Briguelle. exact à l'invitation. Le valet obéit en tremblant et met sa serviette sur sa tête pour ne pas voir le spectre. boit à la : santé du mort et à celle de sa maîtresse vivante ou qu'elle « Qu'elle soit encore les vous tienne compagnie dans il Champs el Elysées 3 >. 5. 6. répond 3 mort. gol of late! rascal. What art thou And hearesl me oot? Or dumb. I- — C'est sérieux. mais et revient aussitôt. il sur la un verre de vin ». a glass of \\ i'ne. répond deaf. viens souper avec vous tion ». bccause thou speak' An apoplexy. To your Pair mistress' 6.LE DON JUAN ANGLAIS. dit Hannibal. se décide à ouvrir le lui-môme qu'il porte. dans un coin. mis en belle humeur. Il aperçoit pendu. .) | My I I naine Helvidius is. Puis il ordonne à Cacala de reste tapi pendu : « lui servir à boire. shall doI be so rude. 6 This i'IIe Hath 3. s'écrie Hannibal. mais le valet. désire : capitaine lui demande son nom le a Je m'appelle Helvidius. Le repas fini. [V. qui. Mir<\ the falling sickness IV. Cacala va ouvrir. or your companion th' Elysian graves! (IV. Hannibal ordonne à : Cacala d'aller ouvrir. Hannibal se moque de la ter- reur de son valet. A peine est-il à table qu'on frappe à la porte. 6 i" . sure. Le valet reste immobile de crainte Es tu sourd ou muet? lui demande le capitaine. et ordonne de nouveau à Cacala de s'asseoir de manger. prie son convive de s'asseoir et de Le capitaine s'excuse de son manger. toujours épouvanté. rassieds-toi et bois frappe de nouveau.) health. pâle. oubli. Cette fois. si le spectre. rino. et regagne son gîte où son repas l'attend. malgré ces paroles rassurantes du Je ne suis pas assez mal élevé pour faire du mal à qui 4 m'accueille bien ». On menace d'être roué de ' coups. vvhether alive.

the moisture Thaï doth disiil from their hang'd putrified bodios. — J'irai'. side of venison. la hanche salée de quelque gredin exécuté. A skull in rotten of a some malefactor. avait arra- ché un entant du ventre de sa mère. Rhadamante. au lieu de vins de Grèce. je ne pour- absorber un œil de mouton et » Le spectre se relire <le sur ces ne pas mots.? Al the gibbet.. ol liai! i 3. déclare Cacala. 6). ce qui provoque l'étonnement de Cacala. Le valet craintif et facétieux cherche à dissuader son maître de son projet : en lui inspirant des inquiétudes sur le repas qui les attend et » Au lieu d'une tête de veau d'un bon morceau de lard il va vous donner le crâne à moitié pourri d'un malfaiteur. les motifs exil : De son côté Hannibal explique à l'instigation d'une sorcière. chez.. qui voudrait bien ne pas l'accompagner. Han. resté ave son maître. Aleclo. lo-morrovv. > 1 1 . Ces confidences achevées. » Quant rais à moi. on s'assied à la table. cast a shcep's eye ai liim. 6. Tisyphoneet Megaera. Celle-ci est couverte d'un drap noir. 1. 1 be most welcome! Han. ^ali And m . Pluton puis boit à la santé de la maîtresse et à la Les langues se délient il demande d'Hannibal. and bra\ e grlorious bacon. les serviettes sont de le même . i I pray you dine with jesl in '. couleur. le spectre offre à ses hôtes un bal masqué. I New my To [nstead cannot forbcar belly's full. — Où cela? — Au gibet. ventre est plein. Minos. IV. eapilaine se rend à l'invitation et cherche à rassurer Cacala. Han. Au son de la musique entrent Éaque. Sp. I. And rhe the place of liauncb of some executed bawd the roora of grecian wines. le pus que distillent les corps pourris de pendus 1 ». Cacala. à la place d'une bonne tranche de venaison. Ht corne (IV. — I You in — earnest! You.336 LA LÉGENDE DE DON JUAN. Mais le capitaine l'entraîne au gibet où arrive aussitôt le spectre. mon -. le Le lendemain. Après quelques mois de bienvenue.. \\ lin. supplie celui-ci le laisser dormir seul. . mais spectre lui explique que c'est la seule couleur en il usage taine. Sp. me 1 Spec — . le vous serez bienvenu. : raconte pour quelle raison de son a été pendu il avait du capile mort volé une statue lui il d'or clivée au poète Ovide.

Le chant se jettent en sur le capi- taine qu'ils entraînent malgré ses protestations. resté seul. Certains détails de l'invitation à dîner réponse du de pendu. des plaisanteries du valet sur traits couleur de la nappe des serviettes. du refus de Cacala de la s'y rendre. arbitrairement introduite dans une tragédie toute faite de pièces et de morceaux. sa vie un châtiment voir. mais différence tient surtout à ce qu'un pendu est substitué à sait peut-être la la statue de pierre. ses rapts. m. ses meurtres. tous ces détails. a des rapports manifestes avec le scénario italien que nous possédons et la : pièce de Cicola gnini. Grimm. Wlioi'e's wilrliiTalïs. sont des emprunts certains aux pièces liennes. ils dénoncent prévoir les supplices terribles efl'et « qui l'attendent. courtisane Floretta. Légendes allemandes. cap. à quelques ita- modifications près. l'assurance et la bonne humeur de ce dernier. Les la nouveaux sont sans doute assez nombreux. minMrrs. dans sa chronique prussienne \ et s'en est shades Dowii 10 the infernal Of griefly Pluto's kingdom lel liim sink! A fouler soûl was never seen in liell. vie. la peur de Cacala. ses excuses de ne son maître. pour l'engager à changer de Cette aventure. Qu'il s'enfonce dil le dans les ombres infernales du vil triste royaume de Plulon. gibet relatée pour la première fois le dominicain Simon Grûnau sans doute inspiré. la les moqueries et les explications : du premier repas les coups frappés par le spectre. le refus du valet d'aller ouvrir. plus grande partie pas lui servir un plus copieux repas. ses méfaits. Cokain connais- vieille fable allemande des Convier* du par 2 . cdii. n" 335. Perlbach. Traktat m. son prompt retour et son trouble. se. Philippi M Wagner.cte lilV a suitable endlcss punishmenl V. l'entrée du pendu précédé par le capitaine. Ils 337 ils dansent ensemble puis entonnent un chant funèbre où la folie de L'athée et l'ont fini.i|>(-s. et 2.LE DON JUAN ANGLAIS. . spectre. Il en est de même et de l'invitation adressée par le mort. Cf. 1889. W'ill find r. le toast qu'il porte à la santé de la maîtresse du mort. on ne jamais dans les enfers âme plus impie.) 6. se la éternel et digne d'eux 1 ». aii'l ! vu-ions V. tout effrayé de ce qu'il vient de propose daller trouver une des maîtresses du capitaine. corrompue y recevront Sur ces mots le pendu disparaît et Cacala.

avec le Libertine de Thomas Shadwell. et son théâtre est un des produits les plus curieux que nous possédions d'un état moral l'ait de scepticisme. 11 avait eu maille à partir avec sa satire de Dryden qui l'attaqua violem<i ment dans Protestant Archipotel. foi. 1640-1692. Dansla préface. font de ses œuvres.338 LA LÉGENDE DE DON JUAN. 11 a transporté sur la scène les mœurs licencieuses de son temps. Shadwell triste pléiade d'auteurs dramatiques contemporains des derniers ' Stuarts. 11 connaissait notre littérature à laquelle. ainsi que la plupart de ses contemporains. qui son com- pagnon de débauches et qui l'a représenté sous les traits d'un bon vivant « gras. leurs les débauches. S. Le férocité de ses héros. duc. aussi les bien chez femmes que chez hommes. . Le dialogue esl en prose. ni de vigueur. ni même parfois d'originalité dans la peinture des caractères. de sécheresse et de corruption. conte- n. Shadde son héros et well reconnaît qu'il a emprunté les caractères I. obscène et ivrogne ». s'inspirant notamment des fait de il a Précieuses ridicules dans son Bury-Fair. en prose. lin- Miser. ni de vérité. et dans sérum/ pari of Absalon and était fut aussi satirisé par Rochester. des Fâcheux. la grossièreté des propos. dans the Sullen Lovers <<! the Impertinents] de V Avare dans J . les chants el certaines longues tirades. _'. nombreux emprunts. leurs crimes.-iiit des professions de sont en vers. or ///'• satire <<// ihr true Bluc Poet Il T. avec mélange de vers et dédiée l'ut William. C'est une tragédie en cinq à actes. Mais ce lui seulement quelques années plus lard. que la légende de Don Juan appartient à cette pénétra réellement en Angleterre. un des tableaux les plus repoussants que la littérature nous ait laissés d'une société humaine. a marquis et comte de Newcastle. Mac Flecknoe. • qui jouée Londres au théâtre dos Royal Iliglmess Servants -. Son Libertine est de l'année 1676. qui ne manquent d'ailleurs.

ne devait connaître que de nom le Don Juan de Molière. mais plusieurs autres personnages et une bonne partie des situations et des événements dans lesComme chez Rosimond. et non pas de Molière lui-même. Leonora. en 1676. l'Elvire de Molière. . prunts. J. la pièce anglaise étant en majeure partie faite d'em- Ces emprunts viennent de plus aisé. don Antonio et don Lopez. jusqu'à la fin du Sans doute. quels il a engagé son héros ou plutôt Don John. Il est aimé d'une femme qui le poursuit de sa 3 . Fagerstrôm. tant l'auteur y trois sources au moins. comme celle-ci. de ses amis '. Shadreli- well a encore emprunté à Rosimond l'enlèvement d'une d'un temple. ne faut prendre au sérieux le de telles affirmations. malgré ses trahisons et ses outrages. Shadwell n'a rien emprunté directemenl à Molière. Celui auquel doit le plus est Rosi- mond 2 . quatrième acte. trahie au courant des infidélités de son maître et renseigne sur les mœurs du per- sonnage justifie. 2. Don Juan. même nom que l'héroïne de Rosimond. ici. quand la malheureuse vient demander raison au cou- pable lui-même. ici encore. Tout ce <|ui dans sa pièce rappelle le Don Juan de ce dernier se trouve aussi dans la pièce de Rosi- sur ces points particuliers. 1. qu'en France et la pièce. Vagra anteckningar em Don Juansagans dramatiska bearbetning undcr sjutton de seklet. les ressemblances étroites entre l'Anglais de Molière prouvenl manifestemenl que le premier s'esl inspiré pas s'en étonnei du second. 3. mensonge est d'une rare impudence. de philosophiques repas offert à la statue en présence des deux amis du héros. Sur Shadwell et Rosimond. c'est dans les mêmes termes que Don John se ou plutôt se débarrasse de sa trop aimante moitié. pas plus en Angleterre il qu'en Espagne. 339 mais que l'intrigue de est nouvelle. . qui lui a fourni. non seulement les éléments essentiels du caractère de Don Juan. tendresse et elle lui pardonne. porte le et rappelle. a deux compagnons de débauche. que de il retrouver ses modèles. Shadwell n'a garde de dire à qui. 1S77. la situation comique de le gieuse. cf. les professions foi les adjurations du mort. et l'imitateur 1 1 1 fut imprimé pour la première fois en Uixii. il n'esl pas malaisé de le découvrir. C'est le valet met l'épouse la du libertin qui. Il ne l'a Shadwell.LE HUN JUAN ANGLAIS. cependant. et. l'incendie Don Juan en proie à plusieurs femmes qui le réclament pour époux. et rien n'est a mis peu de scrupules. qui mond.

mort. A Cicognini. doit aussi à Dorimon à Yilliers rencontre de et. Shadwell a pris le ruse de la hou Juan la substituante Ottavio auprès de sa fiancée. qui devient Gouverneur de Séville. pourrait bien lui statue. près de se marier le lendemain même. . des libertins. pour Shadwell : : les éléments originaux sont la nom- breux héros il a imaginé. le toast ironique de Don Juan à maîtresse de son En somme. leurs discussions avec leur invité d'outre-tombe. mais a la il pas tout a maltresse. l'autre 1. l'enlèvement des bergères détails. Don Juan la avec un ermite. la fuite sur et mer du criminel la tempête. même : Don Juan boit fille iln c mandeur. leur endurcissement chez ici farouche jusqu'à l'heure du châtiment. imitateurs français de Giliberto il doit les scènes entre et la les archers li et le valet. faut cependant être assez. toute la jusque dans ses scène de l'invitation adressée par Don Juan à enfin. à faveur d'un changement de manteaux. Un : trait. don John et ses deux amis dans ne laisse point perdre la nuit el qui sépare encore Clara et Flavia initie toutes du jour de leurs noces. non plus ici du père de la jeune mais de son frère. une juste très grande partie de 11 la pièce anglaise est une imitation des pièces antérieures. Les détails du texte anglais Ci' trait se l'ait rappellent plutôt le- pièces françaises que n'est a sa celle de Cicognini. trouve sans doute dans le le scénario de Biancolelli. de faire descendre son la demeure hospitalière du seijeunes filles qui doivent deux gneur don Francisco. a été tué antérieuà la pièce La plupart des autres événements sont empruntés de Cicognini et à celles la de Dorimon et de se Yilliers. aux douceurs de l'hymen. lune (die/ Rosimond. et Comme rement. après tempête. Gomme bien on pense. il se fait amener et viole une vieille fille. le commandeur.Molière le chez Rosimond . avoir été fourni par la Cokain hùte 2 . les deux. avant l'heure. 2. A Cicognini encore.340 LA LEGENDE DE DON JUAN. ou plutôt aux 1 . Enfin laideur a réuni deux idées qu'il a trouvées séparément. En une autre circonstance. tumulte qui en résulte. et fille. mm .

Dans n'est pas la : tempête. quatre d'entre elles appa- raissent. moins curieux au milieu des tonnerres le des éclairs apparaissent des démons. : : les cris des religieuses épouvantées. parfois spirituelle.LE DON JUAN ANGLAIS. les plaisanteries avisées de Sganarelle. la l'ois Il montré son héros poursuivi à par deux femmes le : l'une qui l'aime et veut le racheter. puis se sauvent lâchement. tel du moins que les auteurs italiens et français la bonne humeur et la gaîté l'avaient conçu. souvent vulgaire. Don Juan met le feu à un couvent pour enlever une religieuse mais l'aventure se passe dans la coulisse Shadwell la reprend on voit flamber le couvent. on entend et la met sous nos yeux . tandis flots. les facé- de Passarino. toute cette verve. don John d'où ils ils compagnons s'emparent d'une embarcation le valet écartent malgré ses supplications Jacomo. toutes les victimes de macabre don John viennent faire un cortège don Pedro et défilent devant leur bourreau en l'accablant de reproches et de menaces. C'est ainsi que. chez les 341 a imitateurs français de Giliberto. et aussitôt don John et ses amis se ruent sur scène de la elles et le s'efforcent de les entraîner. dans Rosimond. mais presque toujours amusante. changement et et. feu prend au navire pendant que et ses les matelots affolés s'efforcent de l'éteindre. l'odeur . Tous sont inspirés d'une même intention : dramatiser les événements au cours desquels se manifeste le caractère de don John. il n'en subsiste fumées de la taverne. les lazzi d'Arlequin. l'autre qui hait et cherche à venger sur lui la mort de son frère par et de son amant. s'en est qu'un comique épais qui sent les allée. fantômes eux-mêmes se multi- plient. Quant à l'élément comique. que le navire et l'équipage s'abîment dans les La partie merveilleuse et la partie comique de : la légende ont élé transformées plus complètement encore les la : première est dénaturée et surchargée d'incidents horribles les apparitions de fantômes se répètent. s'est L'imagination de Shadwell les complue surtout à modifier plus extravagants détails les scènes qu'il a emprunt» Vs à ses devanciers. il a disparu à la statue de : joyeuse de ties Don Juan au milieu de ses pires escapades.

Il 11 la demande les à l'ivresse. une suite d'évéd'attentats. le révolté en rupture de traintes sociales. gin. curieux de renouveler sans cesse ses émo- tions et ses plaisirs.342 LA LEGENDE DE DON JUAN. mais n'a dans le seul désir : de posséder. en même froid. anglais préfère des intrigues surchargées. mais il l'est à un degré jusqu'alors inconnu et il est surtout quelque chose de plus un : mélange. un tempérament effréné. Le représentation des passions et la pour la même fait goût se trahit dans peinture des caractères. nature pour en tirer des jouissances sub- don John est tout cela à la fois. ses sens ne sont pas à ce point exclusifs la il pas spécialisé meurtre. c'est est. servie par et d'un esprit calme. dramatise. devenu ril la cité. au volupté. il ne vit pas obsédé par n'est femme la qu'un élément de plaisir. mais au fond bien anglais. de sens violents froide. sadique violentant tiles. sans respect nements horribles. Ce plus seulement l'homme aux passions ardentes ou le blasé. et qui du Il semble tout embrumé des brouillards de temps. A la un libertin de cette envergure il faut une variété une : intensité d'émotions dont ses devanciers n'avaient pas besoin pour lui non pas unique. tel est Une volonté le Don Juan et anglais. se prêtant mutuellement leurs ressources et multipliant ainsi les voluptés. car le plus et qui peur: il a pris une allure procédé de Shadwell est partout même : il complique. les yeux ni pour les oreilles. de meurtres. en apparence contradictoire. brutal. subir à La transformation que Shadwell a cet égard significative : Don Juan est à le héros est à ce point chargé qu'il si pourrait passer pour fou et nous demeurerait inintelligible nous l'isolions du milieu n'est social et des mœurs dramatiques qui l'expliquent. essentiel elle. au vol. n'aime i|U" grosses débauches. Ce procédé lui est d'ailleurs commun avec tous ses contemporains. le la ban avec les conle sceptique dédaigneux des croyances. les jouis- . pousse au noir les couleurs moins sombres des œuvres qu'il imite. au viol. A la simplicité cl à la délicatesse de l'art français qui sous-entend plus qu'il n'exprime. qui répules gne à étaler sous l'ait yeux du public la brutalité de certains actes. féroce fait même: le un comique qui ne tragique.

déjà gâtées par Rosimond. il lui donne en guise de cordial un poison. Don John. toutes bien réellement épousées par Don John et qui. mais l'ironie ne lui suffit pas Léonora se trouvant mal. viennent réclamer leurs la droits d'épouses. le deux compagnons ses malheureuses dupes. le compliqué . don John en épouse six et se liance seize fois en un mois. Le Don Juan de Molière ajoutait à sa trahison envers Elvire le régal de la berner avec ses prétendus scrupules Rosimond. non sans faire la grimace. épaisse. et Après s'être une abominable scène de viol s'accomplit presque sous les yeux de du spectateur. On se rappelle les jolies scènes. viole comme démence d'éroIl fait mieux encore. à prendre un amant don John renouvelle le conseil plus crûment encore. moins raffiné. Don Juan prenait des bergères. Maintenant. et il regarde froidement mourir la pauvre créature. l'invitait. elle devient forcenée. Shadwell a remplacé celles-ci par six jeunes femmes. pour se consoler. sauvages. ne goûterait pas l'exquis. celui de : : nobles. avec de grands éclats. ses de honte au milieu des plaisanteries cette atrocité obscène ne suffit pas à la fureur de Don John désireux de tenir compagnie à ses amis. C'est une le brute sanguine. qui recherche l'énorme. Ses prédécesseurs savaient modérer la méchanceté instinctive de leur cœur. il monstrueux. Don Juan épousait une femme et se fiançait à deux autres. son palais est émoussé par l'abus du gin. Jadis. Une Mais bourreaux. au cours desquelles le Don Juan de Molière se joue si élégamment Avec lui. il ne raffine ni ne subtilise. il se verse une liqueur plus forte. de. la de naïveté de deux paysannes. il lui faut des mets lour- dement épicés . 343 sanccs ignobles.dames religieux. rien ne pouvant assouvir sa tomane sanguinaire. cruauté n'a plus de bornes. A chaque nouveau verre. la seule qui l'ait jamais aimée et qu'il tue pour la punir de son amour même. el en y niellant .LE DON JUAN ANGLAIS. mais dans le mystère de leur alcôve. héros livre à ses un moment moqué d'elles. il ordonne à son valet de lui amener la première c'est une vieille fille femme qu'il rencontrera dans la rue des victimes se tue de douleur et : : horrible que les autres. an cours de leur erotique besogne.

. '•h -i you won'd bave that. l'amant de Maria. il père. au jeu. si c'est peur que ce vieux ne vint redemander son ce que vous voulez. no! inhumain' niiinln vr. h. No.Maria Mais ces tueries d'hommes lui : et de femmes ne sont que jeu pour il à l'assassinat et à l'empoisonnement ajoute le parricide et le sacrilège. ' >. le trouvé déjà chez Yilliers. to 2. il est trop lard.John teté dans une la église. Don John est un boucher qui immole victimes sur victimes. il s'exerçait à l'assassinat. la sain- du lieu relevant par si le contraste banalité d'un acte qui lui est devenu et familier. IM flght vvith ail youi family une by one. qui accumule les meurtres. . tuant don Pedro et tous les siens « depuis la racine jusqu'aux branches don Ottavio. was afraid the old gentleman had come 'lis for bis estate again. le mon père vivant! — Non. U.1. pour défendre sa vie. et l'insulte encore après sa mort le fantôme : du vieillard s'élant dressé : devant lui pour arrêter le cours de ses crimes Morbleu. That's well. s'écrie-t-il. _ GBOST. justifier il y a delà forfanterie dans ses excès il se pique met son point d'honneur à distancer les autres. . Monster! behold thèse vvounds.lacomo se il deux assassinats permettant de timides remonet lui impose silence en racontant qu'il a encore temps de violenter une femme sur le tombeau de son propre père. spent. . barbare meurtrier. enjoj your sister (acte V). les viole quelques tonnes. bien portées l'invite et bien faites comme le fantôme il au . : elle-même. il est dépensé. repentir et le menace du courroux céleste. Don Juan tuait malgré lui. Léonora. — 'Sdeath! What's hère? My father alive? | — il . réplique spectre. and eut off rool and branch. Et — Je les vois. — A la bonne heure bien . je suis mort. sans compter ceux qu'il blesse et estropie. Don . lui. Il s'attribue même des aventures imaginaires dans : seul désir dCtunner son entourage trances. 'h.:! ''i LA LEGENDE DE DON JUAN. son valet . le Ses devanciers se contentaient d'outrager leur lue. sa suivante Flora. j'avais — Monstre.too late. son frère. vois ces blessures. lui après un viol simultanés.1. I ain dead. don Francisco. à l'admiration qu'ils éprouvent pour ses le talents. non. le traite de fou 2 1. : Sans doute.

il manifeste ici. nature's order. à ces soi-disant philosophes naturistes. s*en promettant et. dépendent des on le voit. Il semble avoir l'ait la gageure d'épuiser toutes les horreurs humaines. elle Don John seule est se pose nettement en apôtre de la la vérité. passe de l'intention à l'acte pour relever encore la chose. religion. sous le couvert d'un libertinage intellectuel. J. J... un régal nouveau. C'est. Dès nature le : début. Il expose son système dans une : conversation avec un ermite dont ces et à qui il il s'amuse à railler les croyanil veut démontrer l'illusion lui dans laquelle dit-il. Nous qui le rattache à ses ancêtres italiens. 1. introduisirent en France plus encore que la liberté de la pensée. Mais la liste de ses forfaits est va voler dans un lieu saint 1rs objets si longue qu'ils Unissent par inspirer autant de fatigue que de dégoût. morale. et digne émule la débauche. mêmes doctrines.) do. qui. C'est elle qui proclame le triomphe des sens sur la rai- son 2 Nous avons déjà entendu les John y ajoute un autre élément . (Acte I. Toutes nos actions sont déterminées. à ces plus ou moins authentiques disciples de Machiavel. — Repent. eux-mêmes. le guide infaillible en dehors duquel.ni a foolish ghost! (Acte ail II. infallible Nature. — 1 Ghost. il sacrés.reason. il prétend la fonder son inconduite sur retrouvons ici la filiation philosophie de la nature. à Hobbes notamment c'est une conception déterministe du monde. D. le mélange du déterminisme et du sensensation est la sualisme : la seule source de connaissance: les D. sensé should guide oui. la liberté des mœurs. objets. repent of thy villainies. l'intelligence nul n'est libre. they vvere well meant and well perform'd. dont les Jésuites allemands signalaient déjà les perfides et dangereuses maximes. dépend des sens qui. I see. conscience. ce qui le rend encore plus repoussant. c'est qu'il se pique d'agir par système. — Tlniii . et. Héritier direct des Rochester et autres théoriciens de du Don Juan de Rosimond. mais don qu'il emprunte aux philosophes contemporains. il le désir de voler.LE DON JUAN ANGLAIS. vit. ( 345 :liez Rosimond. The only \\\ certain guid. tout n'est qu'erreur '. .) 2..

Can that blind faculty. this must judge. dirige la volonté. (Acte III. can the will be free.) Now sec niv Providence. avec le pèlerin. we do. dit-il. Our Constitutions tell us one thing. d'un engouement caustique séduit deux jeunes fiancées pas « c'est afin. And thèse the sensés to tlic mind convey spite of oursclvcs. 11 assaisonne ses plus abominables forfaits : d'une ironie froide. The understanding never For what we understand. (Acte III. » — don John. maintenant il je serais Échappé au naufrage les avec ses amis. il hâve been marry'd been a n idower. . : il ajoute un caractère bien s'il anglais l'humour. 11 revient il fréquemment sur est cette idée. the will. sensations ne dépendent pus de nous. « . it When dépends upon the understanding?.\ On 2. à son tour. I liad III.' Vcte 111.. a fine. which the will dépends.) Troubled with them. and yours another. tel le Don Juan de Rosimond.i que leurs époux ne soient ses victimes se poignars'écrie-t-il » . Le héros ne manque pas de : parti de ce sytème pour légi- timer ses débordements nous suivons chacun nos tempéraments ordonnent une chose. car. I to none toit her. discutant avec ses amis. buxom vvhore. Une de dant sous ses yeux « Voyez ma chance. gaillarde courtisane'. and which must we obej ? Il we be bad. (Acte 3..346 LA LEGENDE DÉ DON JUAN.Merci. gênés par leur virginité : ». c'est la faute de que nous n'avons pas à celui-là une autre. as thosc represent them. mais il me Ouoi donc? Une jeune et — Et il comme le le saint homme pousse des exclamations indignées. L'inscription de don Pedro 1.) 5. est recueilli par un ermite qui réchauffe donne un cordial. comme Rochester discutait avec Gilbert Burnet.débauches. 'lis Nature's fault. 2 nature qui nous fit ainsi ».a whore.) . thaï made us su. plaisante la sur ses hypocrites et statue de pieuse. elles nous sont imposées du dehors. Acte II. . veuf M si je n'avais épousé et leur qu'elle. or ce sont elles qui gouvernent l'intelligence. avec la statue elle-même qui vainement s'efforce de le ramener au bien.. an be free \n l Mm. Il i. cannot be s. à celui-ci ils si nous sommes mauvais. Ail objects are ready form'd and place'd four hands. tirer la volonté n'est pas libre 1 . lui dit faudrait quelque chose de plus. « la faits. i. donc. be free. when th' Understanding.. laquelle. A ce pédanlisme dogmatique. raisonneur et aime à étaler ses doctrines. young.

Cette bête féroce est naturellement d'un courage indomptable. 'VVere there the more delight. (Acte V. gouverneur de scélérat «. barbarously murder'd by that impious villain don John. Farewell. 1 . (Acte III. The more danger. will carbonade you. (Acte III.) Peacc. 5. lui dit-il : voici maintenant l'heure de plus souvent : ». répond don John Je crois.) I often leaving me : now shall be the time we'll pari. in my course of pleasure l'd nol stay. Il pousse la bra-j/ qui voure jusqu'à l'invraisemblance. Il môme des plaisanteries macabres. contre • encore vengeance a Laisse-le crier. « cruellement assassiné par l'impie lequel son sang crie Don John. dog or H' hear more ofyour morality. to wait — '_'. (Acte l One moment Légions of L-lmsis and devils in my way. Hère lies don Pedro. beaux des environs pour nous recevoir seulement funèbre ou polissonne. porte ces mois : Wi Séville. » n'arrêteraient pas un le ma course au plai- C'est en vain que la statue menace des flammes éter- l. fait place à des injures populacières. governor of Sevil. Don John aime les débauches que le le danger assaisonne 6 : « Plus __ danger est grand. will rip you from the navel to thochin.) Pcacc.] T sliall eut tliat tongue out. plus grand est la le plaisir ». c'est en vain que Jacomo le supplie de ne pas l'abandonner « Tu as sou: vent voulu te satisfaire me 3 quitter. la pusillanimité et les hésita: il le menace tantôt de le du drôle le mettant en fureur i « découdre du nombril au menton ». us. T. « Ci gît don Pedro. cynique à froid. villain sliall slit your wind-pipo. (Acte : : I I I I 6. le plus. le Mais ce ton gouailleur.l You hâve been III. 'gains! whom Mis innocent blood crics siill for vengeance. de lui couper la langue ou même de le brûler vif'. I upon 3. » Son ironie n'est pas cruelle : elle est souvent quand il quitte avec ses amis le navire incendié. Acte III. Et il le repousse impitoyablement. Let it cry on! (Acte IV. « s'écrie-t-il à ce spectacle.) think lie vvas robbed ail the graves hereabouts of their dead. tantôt de lui scier la trachée-artère. lui mesure étant instant la qualité manque 7 . « ils Y eùl-il sur ma route des légions de spectres et sir de diables.LE DON JUAN ANGLAIS.) . (Acte 4. qu'il a vidé tous les tom2 . (Acte IV. à des menaces féroces c'est Jacomo tions qui lui sert de plastron. La statue le reçoit entourée des fantômes de toutes ses victimes.

tous ne sentirais ni crainte. une sarabande lui infernale mêlée de chants effrayants la : statue Si lu demande s'il n'éprouve aucun remords. foolish ghost... LA LEGENDE DE DON JUAN. now guests draw near. des mers de soufre m'entoureraient-elles. Wait for the dreadful ends Of impious men. il répond « pouvais changer mon cœur. finalement. mais sans crainte. ami pull down your horsc. I diable Prépare. And I shuffled ail into their former Chaos. 4..348 [telles. prépare. and ail thj threats contemn lli\ murderer stands hère. finit sur ces mots où éclate son obstination : fanfaronne mais superbe « Ce sont choses que les je vois avec étonnement. qu'elle fait apparaître successivement devant lui les : spectres de toutes ses victimes qui viennent crier vengeance les raille. Hère stand firm. En ce dernier instant je défie ta méprise toutes tes menaces.. 2 e diable : Kindle fresh 9 âmes of sepultur there. Were And \\ ail the éléments to be confounded. !i«>u do thy worst. au milieu lui d'un chœur de démons qui danse autour de '. (Acte V. et renverserai ton cheval Et en pré- sence de la mort. les insulte. les brave. Le chœur des démons Let' em corne. could qo( fear. : Etc. : puissance. 2. » de plus anglais que cette ténacité orgueilleuse et : ' l . i" the last instant. ni (déments seraient-ils confondus. III might. let' em corne To an eternal dreadful d o. non 2 ». cannot. Think not to Iright me. qu Antonio la oui: avec celui et « que j'ai. nor feel the leasl remorse would dare thj power. assemble. (Acte V. je reste indomptable et Ton meurtrier Est-il rien se dresse devant toi fais-en ce que tu voudras *. je mettrai en pièces 3 •. que je remords..! i . fou. but with break your tliis heart in hâve. Acte V. ail ye fricnds. who far excell Ail the inhabitants of hell.. I Acte V. And on the brink ot' hell appear. ère seas of sulphur flaming round aboul me. but no fear. statue : Ne pense pas il ton corps de marbre. Et même lorsLopez sont engloutis à ses yeux il brave encore m'effrayer.) pièces. il quand.) 1 Couldst thou I bestow another heart on me. 3. ail mankind roaring within those lires. Let' em corne let' em como.) rhese iliiiii_r ^ I marble body see with wonder.

périls pour l. Au contact de don John. dans la vie les angoisses même l'a de la mort. en dépit de toutes les trahisons. If I I had as good be hang'd for something. que ce soit au moins pour quelque chose Nous ne dirons rien des amis de don John. froide qu'aucun danger n'ébranle. : la du moins les seuls première. ni il sage philosophie de Sganarelle. Il lui propose même impudemment de la consoler des infidélités de don John. avec cette seule différence qu'eux aussi exagèrent encore dans leurs théories déterministes et sensualistes. soudoyant satisfaire sa des assassins. Léonora s'étant évanouie dans ses bras. se déguisant en les homme. Quand ce dernier et ses dignes compagnons enlèvent un groupe de bergères. malgré les brutalités et rant victime de son outrages. touchant exemple de les fidélité conjugale. la figure ridicule valet. comme dans la folie de leurs débauches. songeant encore à sauver sonnée. don Antonio. tendre et dévouée. s'oppose. il risque sur ses charmes un œil libertin. Si je dois être ' ses scrupules par cette belle excuse pendu.) . ce héros démesuré. mou- amour et. l'assassin de son frère aîné. constante. Jacomo n'a ni l'honnêteté. « il se met de la : non sans calmer ». acquis une absence de scrupules et une paillardise que ses devanciers laissaient à leurs maîtres. (Acte IV. esi Les personnages de femmes. La seconde acharnée d'un frère et venger sur don John d'un amant. bravant tous be hang'd. en le de l'époux qui les empoimort ven- mettant en garde contre à poursuites de ses la ennemis. partie. suivant la tradition. a violenté ses deux sœurs. sont sinon intéressants de la pièce les plus originaux. trop fidèlement copiés sur leurs modèles français. le caractère de leurs devanciers. et cherche à profiter de l'occasion que lui offre le trouble de la jeune femme. qui à l'heure de l'écroulement menace à et brave encore suprême? et A cette figure bestiale horrible. pleutre et la du a gourmand. Avisé. C'est ainsi que l'un d'eux. effrayant. et que l'autre. ceux de Léonora et de Maria notamment. Lopez.LE DON JUAN ANGLAIS.

3oO LA LÉGENDE DE DON JUAN. el sans parler des six femmes dont la les réclama- tions collectives et le viol odieux ne sonl dans pièce que des hors-d'œuvre mi-bouffons.in a coop'd chicken. et le personnage de miss Prue dans Love for love. qui appartiennent à une catégorie de jeunes filles qu'on trouve fréquemment dans la littérature dramatique contemporaine 1 sortes de« demi-vierges : » déjà trop renseignées. mi-tragiques. sauvegardai! la décence et conservait les formes. Toutes deux. A côté d'elles. dans The Country wife. de Congreve. en brutalités de matelot en bordée 3 Passant d'une société polie et qui. (Vanbrugh. de mettre en mouvement l'imaIl gination et les sens de ces fringantes personnes. de Wycherley.) Cf. Elles supportent avec peine leur t'ont les la condition de et « poules en cage le sorl -' que mœurs espagnoles. Shadwell a encore imaginé de placer deux sœurs. le personnage de Belinda. Cf. Le Plain Dealer. A >|ianiv|i wife ha. jusque dans ses cxcè<.a worse life lli. symbolisent Tune l'amour. 1. en coups. même que la entrepris leur conquête. de Wycherley. Clara et Flavia. dans une société dont la dépravation se doublait de grossièreté. Peu originale et dans ses inventions. En passant de France en Anglelerre. et impatientes d'en venir aux réalités. The Relapse. écril en UiTi. 3. dont la haine pour l'humanité se manifeste en jurons. modifie cependant caractère du héros dans la mesure où elle l'a adapté aux moeurs locales. est vrai chose faite. (Acte 111. 2. l'autre la haine. don Juan a subi ainsi une déformation de même nature que celle qui a déshonoré l'Alceste de Molière devenu sous les traits du capitaine Manly une sorte de loup de mer sans éducation. h' caractère de la fausse ingénue. miss Hoyden gémissant d'être sous clef la journée. déjà vaincues galant elles ait avant que. elle en grande partie d'imitations le d'emprunts. . Ii' type devenu légendaire de la tandis que levrette peut courir toute i . fut probablement joué la même année que le Libertine de Shadwell. du me Vanbrugh. envient des Anglaises qui vivent à leur guise sans L'arrivée de don John a le tôt l'ait duègne revêche ni mari jaloux. geance. aussi dans The prouoked wife. par une antithèse assez heureuse. la connaître à l'Angleterre légende faite de Don Juan. auront des remords et leur et iront pleurer dans un couvent leur déshonneur Telle est l'œuvre qui fit abandon.

à Londres. italiennes et françaises. quand le puritanisme pudibonderie eurent repris leurs droits. |>. 351 Don Juan a pris une crudité de ton ordurière. Dote 2\ prétendent que ces pantomimes sont imitées de Shadwell. Restauration est d'ailleurs. quand surtout ce respect du « qu'en dira-t-on » et de la bienséance qui s'accommode place la « la fort bien d'une corruption de fait et vertu moins dans les ». Juan. t. il ne tue plus simplement verrons plus tard. Toutefois. n'a inspiré en Angleterre aucune imitation 1 . violence de son tempérament. comme nous le fameux musicien Purcell introduisit dans le drame de Shadwell des airs el îles chansons. Ils ont négligé de lin' soil le scénario des pantomimes. « Don Juan. fut redevenue une vertu nationale. de Shadwell. soit la pièce de Shadwell elle-même. VI. le à la faveur d'un déguisement. mais père de la jeune fille. ses débauches sanglantes sont d'une ignominie qui convenait sans doute au goût trèsémoussé de ses contemporains. Les nouveaux éditeurs de Byron (Ernest Hartley Coleridge. se la mœurs la : il dissimula désormais. sous dehors. or the libertine destroyed. 2. la Don Juan. mais des pièces espagnoles. des ballets. La pièce de Shadwell. frappe aussi pénètre chez fiancée de don Ferdinand. in tivo acts libertin pantomime tragique (Don Juan ou en deux actes).LE DON JUAN ANGLAIS. » Comme il chez Tirso. ce qui a été dit au commencement du xix' Contrairement à ces œuvres ne sont pas inspirées du L'therline . des vaudevilles ont bien été joués à la fin du xvin e siècle et 2 . II. ne fut pas durable. a L'une est intitulée : tragic le pantomimical entertainment exterminé. actes que dans les apparences. donna Anna. . le 1. dies. sans disparaître de les personnage de Don modifia avec correction de ses la littérature anglaise. chez John Murray. 1903. Poetry. tombée aujourd'hui dans un complet Des parooubli. a la lin du xvii siècle. L'esprit de mort de et la ses propres excès. Dans la suite. Il est le digne produit d'un milieu et d'une littérature qui ont laissé une tache dans l'histoire d'Angleterre et la dont l'influence. qui sonl demeurés inédits. quand respectability le en un mot. mais qui nous écœure.

a Eurydice de Gluck. Dans les à lancera Scaramouche les os . Garrick. entra eu chansons sont de William llewe une petite ville du Devonil 17X7 au Royalty-Theatre. Don Juan s'amuse nous avons résumé la pièce. où >/ fît en i7 . Don Juan : se livre à le macabre il foule au pied le un attentat nouveau. Garrick étant mort en L779. réfugie ensuite dans la cathédrale de Séville où se trouve le tom- cl beau du père de donna Anna. C'est d'après elle d«' «pie textes 17S7.352 la légende de dun juan. Elle de Charles du préface du : Anlony Delpini. est Le scénario de British cette pantomime d'une date inconnue. Delpini a écrit « Le conte aujourd'hui offert au public fut pour la première fois donné (produced par M. .mi porte que les chœurs et les qui. L'invitation les deux dîners accompagnés des facéties habituelles du valet sont empruntés aux modèles antérieurs. courtise simultanément (l'un comme il il le t'ait chez Yilliers.Mais Delpini n'est point l'auteur véritable effet. Sur ce la dernier forfait tonnerre gronde. gouverneur de la ville. L'auteur en est inconnu ce pourrait bien être Garrick lui-même. où il fut maintes fois représenté avec le plus grand succès ». puis il tue coup de fusil le mari de l'une conformément à la tradition. Après cet exploit. mais la pièce ne figure pas dans le catalogue de ses œuvres. Il met ensuite à la voile. Avant de subir son châtiment. fait naufrage el reçoit l'hospitalité de deux femmes de pêcheurs qu'il Ferdinand de son épée. Celte version fut jouée au Royalty est théâtre (Well Street.»n diffère en certains endroits des trois autre-. sur les planches du théâtre de Drury Lane. En dans la quatrième exemplaire qui porte la date de 1790. le terre s'ouvre et il en sort des dénions qui emportent misérable. Il se d'elles. la pantomime est donc antérieure à cette date. L'édition de IT'. odieux et squelette du gouverneur. version de I7'. scénario qui est fort antérieur. La musique : qui acompagnait les paroles est de Gluck. pour échapper à la justice. Goodraan's Fields). après avoir été organiste dans shiré.»-2 une ( adaptation de YOrphée I. et enlève une jeune mariée. Le : Muséum en possède quatre exemplaires trois identiques entre eux sont de 1TS7. en compagnie de -on valet Scaramoucho. il va plusieurs années.

il cherche en vain à échapper aux démons qui l'entourent. on s'est contenté de le rôtir légèrement. Elle fut même représentée et imprimée à Boston en Joseph Grimaldi. Leporello. Celle édition reproduit 2. libertin corrigé). à l'adresse des hommes de loi notamment. de celle de 1790. s'agenouille et demande grâce à Pluton. au grand désespoir de leurs maris. Celui-ci a et a amené avec Quant lui toute les elles. On y distingue çà et là une intention satirique. facétie d'Arlequin dans séduirait Proserpine! • le texte la le scénario? • S'il 23 . grâce à politesse de ses manières. dont il a plusieurs enfants. or sous the Libertine reclaimed Son auteur est pseudonyme de Moncrieff. celles de 1787 au : Royalty théâtre et de 1790 au Drury-Lane théâtre. la Don Giovanni Il apparaît d'abord dans les enfers où. enlevée jadis le jour : de ses noces. 353 du squelette. en 1809 au Covent-Garden théâtre. Elle a pour titre Don Giovanni in : London. à la jeune mariée. . ou le William Thomas. Un acteur célèbre. sorte de vaudeville en deux actes où le dialogue en prose est mêlé de chansons souvent grivoises et cyniques. a séduit toutes les diablesses et Proserpine elle-même"2 il jalousies et les querelles dont telles est Les cause finissent par être dans la que Pluton le renvoie sur la terre. Il croise barque de Caron trois femmes de boutiquiers avec lesquelles il se sauve. plus connu C'est d'ailleurs. Cet acteur était l'ami de Byron. et qu'il ramène à Londres. 17!t:. et comme nous le verrons. victimes de son maître épousé la plus fameuse d'entre donna Anna. elle fut encore jouée en 1801 aux Sedler's Wells.LE DON JUAN ANGLAIS. Il retrouve dans cette ville son ancien domestique. le (Don Juan à Londres.'. fut jouée en 1820. y tenait le rôle de Scaramouche. Une autre pièce. jeté à terre par celui-ci. comme l'indique le titre : « opéra tic extravagant » une fantaisie extravagante qui mêle la mythologie à la réalité. elle est maintenant fruitière et crie du malin au soir 1. Moncrieff s"esi-ii souvenu de il descendait aux enfers. la pantomime où il se faisait applaudir a peut-être donné au poète l'idée de traiter le sujet de Don Juan. Cette pièce eut un assez vif succès et fut souvent reprise outre les représentations signalées par Delpini.

le pauvre héros doit mois de prison. il s'entend avec celle-ci pour extorquer à Don Juan ses économies el lui il annonce ensuite a été qu'en dépit de l'habileté de ses défenseurs condamné à payer les dix mille l'aire livres.'I Légumes verts.354 LA LÉGENDE DE DON JUAN. fiancée à un M. mais séparés. L'honneur satisfait. les deux fugitifs son! arrêtés Don Juan courtise la doit rendre raison à M. Mais Leporello veille. i || est l'on '!<• noter que. Légumes verts!) Ses rides sod teinl jaune épouvantent son ex-ravisseur qui songe à de plus fraîches amours. Don Juan. Finnikin qu'elle déteste. le Festin <!<• Pierre. très dévouée doit réformer pupille. notre héros toujours volage femme même du à sa et le tuteur de Constantia* Cette sage personne. . dès iTli. En dehors de ces pièces héroï-comiques. qui a et cru reconnaître Commandeur. promet de s'amender épouse finalement Constantia. puis de nouveau Berwick en ITTU. » Greens! Greens! . lui imagine un stratagème qui libertin inspirer pour la jeune fille un la amour fidèle : elle se laisse surprendre par son mari en converel sation galante avec Don Juan. le il enfourche le cheval menace libertin de le le renvoyer en enfer. se prêtant à le ruse. poursuit pour adultère coupable à qui il réclame dix mille livres de dommages et intérêts. après quoi il jure de se dédommager largement île ses longs jours de tempérance. Leporello lui-même. Comme il est insolvable. il l'enlève. Ayant justement rencontré dans une mascarade au Leicester-square la pupille d'un magistrat. la jeune Constantia. et avec son consentement. Finnikin avec qui il a un duel bouffon. se met du complot. de Molière^ avait été a induit a Londres par John Ozell. le succès de la légende du Burlador auprès du publie anglais eut une réperun héros anglais aussi fameux sur cussion assez curieuse ' : I. l'époux outragé. et un soir que Don Juan passe à Charing-cross trois devant et la statue équestre du roi Charles. avocat désireux de corriger son maître. Habillé en ainsi que Constantia.

qui contient (acte I. . Punch. aventures. La seule Judy ne lui suffit plus. sauf les cèdent à ses désirs.Mais. le flot de paroles sous lesquelles il l'empêche de placer un mot. Ce dévergondage n'étant pas du goût de son épouse légitime. bat ses parents qui ont l'im- prudence de courir les la défendre. Il titre de The Iragical comedy of devenu une sorte de Don Juan popu- de s'enivrer ne se contente plus. et en séduit dans tous pays. reçoit une sorte de courtier d'affaires plus ou moins louche. suiv. Dimanche Un jeune dissipé. p. sous est le Punch andJudy. les théâtres forains 35g que en France. et il se déclare capable de tenir tête à vingt-deux femmes. et le plaisante grossièsur rement ses amours avec une veuve. suivant ses anciennes habitudes. : 1 • : I. M. publié en 1828 le s'est par Pagne-Collier. et de rosser les gens. Histoire de Pagne-Collier. Don Juan. il séduit la maîtresse ceux même du bourreau. Trapland à avaler rouge-bord sur rouge-bord. Love for love Amour pour amour]. chez l'Anglais. et tue à coups de bâton le diable Je ne cite que pour curiosité la pièce de Congreve. Il occit les frères. Dans le sont Polichinelle en Italie et Guignol lui-même transformé au contact de drame de Punch and Judij. (1695). Ses exploits galants s'accompagnent comme de Don Juan de sanglantes équipées. H\\ . et le texte même c\\ M agnin. les pères et les maris de ses victimes jusqu'au jour où. L'accueil qu'il lui fait. il lui fend le crâne. pend ce dernier qui veut s'emparer de lui '. ses amabilités empressées.. >•{ Pour ce Don Juan populaire. tout cela rappelle la comédie jouée par l| i'"i I»'" à son créancier. Il Toutes femmes. <lrs Marionnettes. arrêté et sur le point d'être exécuté. Valentin. Punch laire. et quitte les le domicile conjugal pour trois. à qui il doit de l'argent. dans le Nord dans le Midi.LE DONJIIAX ANGLAIS. y) une imitation directe de la scène de M. se. Trapland. la scène esl grossière Valentin oblige M. il tourne au libertinage.

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les Italiens. inverse. Dorimon-Villiers. Les Puppenspiele. leurs rapports. Le Puppenspiel tyroLeurs sources. l'Allemagne déforme la légende en bouffonneries. Pierre même comme assez lente. Le Laufner-don Juan de Salzbourg. leurs Les Hauptactionen neille. Traductions cl imitations du Don Juan de Molière et du Don Juan de Th. Leur filiation. lien recueilli par Erich Schmidt. différentes sources Le La pièce de Zuotz. — La — Ses sources. noises au xviu" siècle. Les pièces d'Augsbourg. Il s'y corrompit davantage : sa corruption devint brutale et féroce. par un phénomène au contraire s'épurer avec le temps.VIII DON JUAN EN ALLEMAGNE HAUPTACTIONEN ET PUPPENSPIELE A L'imitation de L'Italie. Corraisons de leurs succès. Sans doute cette transformation du sens primitif de la légende et du caractère de son héros ne Il fut pas immédiate : elle fut en a été de la fable du Convie de. au milieu du xvn siècle. leur caractère. était e tout préparé par les circonstances à lui faire bon accueil. Molière. — — : : — — — — — Ses sources. le héros devait En Allemagne. de celle du . — — — pièce de F. Les Puppenspiele au xix e siècle. Schônemann et les représentations vien- — — — — Don Juan a ainsi évolué en passant en Angleterre conformément aux mœurs d'un pays qui. bourg et d'Ulm. s'élever au-dessus des plaisirs matériels et grossiers jusqu'à la poursuite mystique de la Beauté. de StrasLeur multiplicité. Passage de la légende d'Italie dans le Tyrol. Ce furent les pays germaniques qui les premiers con- çurent le Don Juan romantique et transformèrent le Donjuanisme en une conception supraterrestre de l'amour. Sleinerne Gastmahl de Kurz-Bernardon et la pièce perdue de l'rehauser.

docteur Faust. ces cousins de Dans Wurst. entre sens et l'esprit. entre l'idée matière. dans fable espagnole les mœurs. dans la littérature. de la foi et du libertinage sensuel de Don Juan et de d' Kl vire: de la gravité religieuse du drame du gique du scepticisme. qui.358 LA LEGENDE DE DON JUAN. se rencontre plus qu'ailleurs chez le peuple allemand. avant que l'Allemagne conçût et le l'idée de l'associer à Faust. < la La l'est dan- Commedia delVArte el «le nos théâtres de la musique que le génie allemand au XVIII e siècle . avail pendant de longues générations fourni un thème inépuisable aux représentations de Puppenspiele siècle il Marionnettes .de. vague dans lente à se la principe. il du fameux légende de y avait dans le la Don Juan dans la l'antithèse. La tra- lui offrait les contrastes qu'il aime l'associa- tion des appétits matériels et des rêves métaphysiques. qui se précisa les suite. devait la pièce satisfaire le les goût du public qui retrouvait dans espagnole caractères. elle l'a du xvn e ont siècle. antithèse qui devait assurer sa fortune dans les pays germaniques. >\r Mais si l'on excepte création originale de Mozart. jusqu'au \i\' siècle la Légende de Don Juan n'a produit en Allemagne pu. pendant tout cours Au la applaudi sous lui les diffé- rents avalais que littérature ef la la musique fait subir. romantisme germanique s'emparât transformât. et du bouffon. De même. avanl d'inspirer Gœthe. Ainsi que dans celle de Faust. hou Juan ne connaîtra en Allemagne d'autre les scène que théâtres populaires sur lesquels ses celles lourdement caricaturées figurent à côté de docteur qui vendit son âme au diable. pendant un aventures demi. dans : l'art. elle l'accueillit la fin tel que la Franoe ef el l'Italie le lui le transmettaient. les mœurs. les procédés scé- niques même et auxquels son propre théâtre Aussi.traductions ou des arlequinades du même genre que les bouffonneries de foire. avant même que du héros réalisai le l'avait accoutumé. mais fut et dégager. L'opposition la passion épurée des facéties de et Calalinon. de Passarino ou de Sganarelle. Le mélange des grossièet retés de la chair a\ec les sentimentalités de l'âme les spécu- lations de l'esprit. Dès XVIII e . mélapge < sentimentalité germanique cl de volupté latine.

p. La fameuse édition de 1695. notamment. où. en 1670 un recueil de ses comédies paraissait à Francfort.DON JUAN EN ALLEMAGNE. En même temps que paraissaient ces premières éditions. en 1679 à Heidelberg. tributaire de la notre. l'acteur Johannes Velthen. A Nuremberg chez D. sans doute. Tauber. Ehrlianl Comédies de Molière m illemagne. entre autres représentations de 1. Notre dramatique. Il il eut une meilleure fortune que dans son pays le y trouvait un milieu disposé a recevoir : l'influence française. contient aussi ». ou s'est contenté de reproduire les interprétations que l'étranger lui apportait. Le traducteur n'a l'ait connaître que ses initiales 2. titre d'Histrio gallicus et attribuée à le titre Johannes Vel: Don Juan sous français. la traduction du Festin de Pierre triste traduction. qui corrige heureusement non-sens du titre En général d'ailleurs. la littérature Il 359 ne l'a exprimée dans que sous une forme caricaturale. avait rendu la littérature allemande. En 1694 une édition publiée à Nuremberg. SI et 82) en relevé un certain les nombre. nu qu'il a lui-même mal lu : réflexion île Charlotte •> : « Si j'avais su ça tantôt. je n'aurais pas manqué de les laver avec du son : « Hiitte ich es zuvor gewusst. dans le Palatinat. abondaient contresens 3 et même le les non-sens -. jouissait de la faveur publique. contenait pour la première titre sous le de Das steineme Gaslmahl '. P. et ailleurs encore. En 1674 on jouait Molière à Dresde. en Prusse. [les la re l partir. des théâtres français s'étaient établis et donnaient avec succès des pièces en français dans le Hanovre. M. prépondérante en Allemagne. (les laver avec . la de Des don Pedro Gaslmahl le (le Festin de don Pierre). » wûrde soin). cette traduction est supérieure à l'édition de 1682 première. C'est ainsi que le Don Juan de Molière passa de bonne heure en Allemagne où d'origine. J. connue sous comico-satyricus sine exemplo then. et elle a été faite sur non cartonnée. (. à littérature et du xvu e siècle. en Bavière. plus encore que l'anglaise la fin que l'italienne. Nos classiques étaient traduits et joués dans les différentes cours. au milieu des plales titudes. a incarné sa conception du héros Libertin. ich nich ermangelt haben sie mil Fleiss abzunwaschen :t. fois.'est la : première de E. chez Daniel Tauber. En voici un qui semble prouver que le traducteur avait sous il traduit la yeux un texte mal établi.

s'attaqua à celui de Don Juan lui-môme. Olivier. En 1690. Zur geschichte der Mùsik und des am Hofe der Churfûrsten von 71. les Comédiens français dans I.-J. et 1743. p. V. Richard-Maria Werner. Limitation de Thomas la en fiance. jouait à Dresde en 1684 devant l'électeur Jean-Georges III le Festin de pierre sous le titre assez bizarre de 1 Die stadua der Ehre (la Statue de L'honneur ). Le Don Juan de Molière ne fut pas le seul Don Juan français Corneille. \ Brunier. figure le Festin <!> Pierre de Thomas 1. au coure du carnaval. Lorsque tine cour pala- se fut établie à Mannheim. les : représentations endroits à : de /><•// Junn se succédèrent en le différents à Hanovre notamment. Electorale » joua entre les années 1730 4 . des comédiens français y furent « appelés. ne tarda pas à remplacer sur scène l'original.. Molière Nuremberg en 1710. les Innalen des Theaters. Dresde. pendant titre carnaval de L693. cours d'Allemagne. Il avait vu applaudir son maître convient d'ajouter que Schrœder n'était qu'un interIl prète infidèle de Molière. qui. rs pour ces représentations. Fïirstenau. ri 2. Molière) Au milieu du xviif siècle. Sachsen.360 pièces de Molière. 1861.MAX. 3. Schrœder. Par la suite. L.-I. Berlin. Corneille Cf. I. çais adaptait les rùles de l'auteur fran- au goût allemand 3 . Der Laufner d<m Juan. J. 1789. . Cf. 4. tout enfant. Leipzig. sous le (le Don Juan athée de de der Gottlose Don Juan nos 2 . Pour ces représentations de Schrœder. A. représenté en Allemagne. l'illustre acteur Schrœder qui. puis joué le rôle de Sganarelle en lequel il 17:i(). Leipzig. la passa aussi sur les théâtres d'outre-Rhin. S. avait figuré dans un ballet inspiré du Festb i de Pierre. p. il donne à Torgau la même pièce sous un titre Don Juan oder des don Pedro Todtengastmahl (Don différent Juan ou le festin des morts de Don Pedro). LA LEGENDE DE DON . dans Ekhof. Hambourg cf. Cf. 15 et suiv. et parmi les pièces que cette troupe dite Troupe des comédiens français de S. t. 1891.

Mais ce sont surtout les pièces dites ffauptactionen et les Puppenspiele qui ont servi à la diffusion de la légende. 3M Ainsi. ni peinture de caractères. la légende alimente le les théâtres improvisés. Le succès de ces dernières surtout. et il les pays flo- persiste de nos jours encore. dès la fin les différentes du xvn e siècle. ces œuvres les elles conservaient les mêmes personnages. et n'était en général ne saurait en être autre- que des canevas sur lesquels s'exerçait l'imagination des acteurs. a été général dans tous de langue allemande. . s'étant sans cesse répétées les unes et à les autres. et des menaces de l'esprit de don Pietro ! . n'y faut chercher ni peinture de mœurs. Ce et dans toute l'Allemagne méridionale. Elles n'offrent qu'un faible intérêt historique. se ressemblaient : A peu de différences près. dans Tyrol. où 2. Les titres en sont à peu près uniformes « : das steinerne Gastmahl oder die redende stadua ». » . figurai! j'ai Gmùnden un et programme de Puppenspiele. et dans l'Allemagne du Sud en particulier.DON JUAN EN ALLEMAGNE. à Vienne notamment. les moins vu i\ Dans un voyage que en Autriche en 1902. La plupart de il ces pièces sont aujourd'hui perdues. Celles d'entre elles qui nous sont parvenues nous consolent aisément de littéraire. Il Au point de vue leur valeur est nulle. remontent à différentes sources j'ai l'ait : les unes. — « <hm Pedro's Gastmahl — et « das steinerne Gastmahl » . mêmes événements ne variaient même pas toujours les mono- tones lazzi du valet. Mozart l'idée le sujet Elles 1. rapports entre le Don Juan de Mozart les flauplactioncn de Vienne et de Salzbourg. où enfants personnes ne s'amusent des facéties Kasperl. — « das steinerne Todten Gastmahl ». etc. dans le Wur- temberg ment. Leur seul mérite de traiter est d'avoir inspiré à da Ponte 2 . la perte des autres. et pendant tout le cours du xvni% scènes allemandes ont vu de nombreuses repré- sentations du Don Juan français plus ou moins fidèlement traduit ou adapté. et n'est petite ville. grandes ou de d'Hans Wurst Dès le début du xviir3 siècle. le La raison des marionnettes sur sujet du Convié de plèvre n'a il jamais été aussi riche qu'au \ix e siècle. lNous montrerons plus tard les un Convive de pierre. ni esprit.

« un drôle de pèlerin 2. p. le [hnen Don Juan. einem geplagten der Person des don Juan. dérivent du Don Juan : Molière donl elles ne sont qu'une parodie titre le telle est cette bouffonnerie au théâtre de la interminable qui 11 fut jouée à Dresde au cour. et nombreuses de les moins intéressantes. oder clef stei- nerne mer Aufzugen nach Molière und dem spaMolina Don Juan. Quant au sens du terme. Préface. gentilhomme espagnol. 3. Zeidler. • passagiers qu'il type. français un drôle 1">- <l<- type ». Engel. en la et Ja vengeance au delà du tombeau. Die III. II. In Le festin des morts de pierre. 13. Freeze. t. directeur d'un théâtre de marionnettes Tel est enfin ce mélange comique de Molière \ et de Tirso que Ton joua longtemps à le titre ienne de 1783 à 1821. janvier 17^J: Das steinerne TodtenrGastmahl Oder Die iiu Grabe noçb lebende Rache Oder Die aufs hôchste gestiegene endlich iibelangekommene Kiilin and Frechheit. Cf. un acteur du nom de Johann Christoph Kirsch Telle est encore celte boulïbnnerie que jouait en 1774 et en 177".362 LA LÉGENDE DE DON JUAN. Préface. ou Vhôte de Pierre^ comédie en quatre actes d'après Molière et l'espagnol de Tirso nischen des Tirso de de Molina \ Le mot et génitif il » n'esl pas clair. tour- Le rôle d'Arlequin était tenu par '-'. fameux :: . mil ArleKammerdiener eines liederlichen Herrn und von Geistern erschreckten Passagiers. Lustspiel in de : Don Juan. nous disons en t. Engel. 1. comme ». ou ou l'audace mal. à accompagnée de musique Hambourg E. Il n'esl pas douteux qu'il soil au doive être rattaché au mot « Herrn ». eines spanischen Edelmanns. avec 1 Arlequin.. n° 135. semble bien qu'il faille le prendre dans t'aeception populaire de « individu. p. i. 1886. sous H'isi. pèlerin ». L'impudence poussées au dernier degré e1 tournanl personne de Don Juan. dan- Wiener Zeitung. XII. . personnage menté par des esprits . quin. ibid. Deutsche Puppenkomôdien. valet malheureux d'un maître dissolu.

au xvn c siècle. la ville la plus importante alors de dine. A Zuotz. et pièces moitié morales. 3. 1880. de Briguelle et d'Arlequin En 1066. lors du mariage de Léopold d'Autriche. cours d' illemagne.ische un XVII Jahrh. les traduction-- el imitations la ont contribué à répandre en Allemagne l'Italie. les les Comédiens français dans 2.-J. les pièces tel de la la Commedia deWArte avaient en Allemagne un cour de Charles-Théodore.. I. Cf. donné le jour à toute une floraison de pièces de source italienne que des troupes ambulantes ont ensuite transportées dans l'Allemagne du Nord. von Flugi (JLatÙMsene dramen itatien.63 Mais si. tenaient les rôles de Pierrot. dès les premières années du xvm" siècle. 1880. des jeunes gens appartenant la Haute-Enga- pays donnaient toutes représentations de les aux meilleures familles du années au moment du carnaval des moitié comiques. comme nous venons françaises il de le voir. . mais actuellelégende. douteux qu'elle y a pénétré aussi par Le Tyro'l et la Basse-Autriche ont. p. électeur palatin. Zeifschrift far Rom. p. on ne joua à Vienne que des comédies italiennes. r phil. le l) Marais Landau. partant d'Italie et arrivant dans Tyrol en quelque sorte par une voie géographique. Les nouvellistes italiens ont de bonne heure fourni des sujets au théâtre allemand. 1rs intéressants détails donnés à ce sujet par J. la découverte assez récente la 3 d'une pièce la jouée en 1673 dans l'Engadine nous montre marche que le légende a suivie. et.DON JUAN EN ALLKMACNK. IV. n'est pas ment encore la c'est dans avec les États du Sud qu'elles continuent à être représentées le plus de succès. était espa- D'autre part. 48. t. composées d'après des souvenirs ne visant guère à l'origina- \. Cette introduction de d'ailleurs légende par l'Italie n'est qu'un des nombreux cas des rapports déjà anciens entre les littératures allemande et italienne. I. Olivier. succès qu'à les ils seigneurs eux- mêmes figuraient dans des arlequinades où 1 .) chischen Hofe. Die Lileratur am osterrei- 3. Cf. ' citanl '1. à l'exception d'une seule qui gnole 2 .

p. le don Octavio de Tirso et de Cicognini don Alfonso. Fadrick Viezel. par la troupe du 1res illustre seigneur Cap. et s'éprend d'elle subitement. Celuisaisit provoque un duel où il est vaincu. Les autres personnages . . le dottore de Cicognini un chef de justice et un personnage nouveau. la même que chez Tirso et Cicognini le comte Othavo. la est une imitation manifeste de d'indications sur la pièce de Cicognini. IV. père d' Isabella Trafoldin. il Reconnu par Je passage. T. Dondoardo ajoute encore de Claudio. 483-490. ami d'Othavo. s'enfuit et tue don Alfonso qui le lui barre accuse ensuite du meurtre à comte Othavo. valet de Dondoardo Tristant. Une de ces œuvres dont von Flugi*. par M. . Odoardo et qui correspond à don Juan Isabella. où sont représentées l'amour et la mort. 2. Tragi-comédie jouée à Zuotz les 23 el 24 février 1673. Klle porte le titre suivant. Isabella survenant et le sol se trouvant son amant étendu sur s'en de son épée et il transperce. nom don bizarre et peut-être corrompu. qu'il faut lire. . reçoit celui-ci dans lui sa chambre tandis que des musiciens donnent une sérénade. ci le Il Isabella. Dondoardo. chargé 1. le manuscrit détérioré a été retrouve. don Claudio paré du titre de majordomo. Componigda dal ///'"" Fadrick Viezel. qui a aperçu la jeune tille. la disparition du comte Othavo. : de Tirso et de Cicognini ont disparu. .3G4 lité. un docteur. . après avoir avoué à sa suivante sa passion pour Othavo. LA LEGENDE DE DON JUAN. valet du comte Othavo Laura. suivante d'Isabella. avec d'autres agréments et plaisanteries qui s'y mêlent. Isabella. grâce au manteau et au chapeau d'Othavo dont il a pu s'emparer.desparattiun dalg cunt Othavoe quel/a cun ottras chiossas da spass et biffunarias traunter sint Les principaux personnages de ce drame sont: Dondoardo. A ces différentes morts dont celle est l'auteur. . Jnua vain represchantô 2 . sans doute. A. accompagné le dale de la in représentation et nom 23 et de l'auteur: Tragicomedia hagida molto Zuniz anno 1673 die signur cap 24 Febru. ami d'Othavo. l'Amur et Moardt.et en partie publié dans la Zeitschrift fur romanische Philologie. pénètre dans son appartement.

je t'invite à dîner avec Seront présents à ce repas Le majordome et Isabella 1 . pour mettre sa discré- tion à l'épreuve. se ressaisit il se vante d'avoir tué quatre-vingt-dix-neuf personnes et de compléter bientôt l'esprit à Puis il invite ici souper. moi. de les venger lui et sa maîtresse. réclame en vain ses gages. Au les esprits de don Alfonso. et invite à son tour Dondoardo : Ce soir. réclame ses gages. Trafoldin. il a laissé son épée dans le corps de l'un d'eux et brisé son la tète casque sur de l'autre. sont intercalés dans ces événements : le valet obligé de monter la garde pendant que son maître pénètre chez Isabella fuit au premier bruit qu'il entend. simplement blessé. invité à dîner avec toi. se rend au festin qui est très court. Une dernière scène représente Dondoardo dans les enfers. par amourla centaine. : A cette vue Dondoardo. M'hesl invi'lo' a tschnaer con te. qui n'est pas rassuré.DON JUAN EN ALLEMAGNE. Quelques épisodes comiques inspirés de Cicognini et dont Trafoldin est le héros. se présente à lui. de don Claudio esprits entourent repas apparaissent en et d'Isabella. « pâle et linceul ». resté seul. joue avec lui la comédie du Barizel. Damaun t'invida a tschnaer cou me. enveloppé d'un Il veut fuir quand l'esprit d'Alfonso. Dondoardo. l'esprit accepte. ô Dondoardo. o Dondoardo. et le drôle les épouvanté au seul mot de torture. Saroo preschaints eir ad a nuolla Al majordomo et Isabella . Tu m'as Demain. Celte crimes de son œuvre est donc une réminiscence assez précise du Con- Quaista saira. mais Doneffet doardo l'oblige à l'accompagner. Tant de crimes finissent par épouvanter Dondoardo. criant ses tourments et les donnant en exemple aux jeunes gens de mauvaise vie. 365 par ce dernier. D'autres Dondoardo et l'emportent dans les flammes. tandis que Trafoldin. propre. et raconte ensuite qu'attaqué par les domestiques de don Alfonso. avoue maître.

par quelque troupe italienne. La plupart des pièces que nous pos- sédons dérivent en effet d'une autre source que du Don Juan de Molière. le professeur von Wèilën o bien voulu en faire une copie a mon inten- tion. confirmées par françaises de la comparaison avec et le texte des deux pièces Dorimon de Villiers. don Juan bey dessen unglùckseeligen Lebens-Ende (Le Festin de ou la statue parlante. se rattachent à gnini. à '. . Il aucune est bien improbable qu'elle ait été dehors du milieu très restreint où elle a été jouée. il M ait écrit sa pièce de souveniv. Les rares indications historiques qui nous sont parve- nues. aucune influence sur Mais elle l'évolution légende en Autriche. La pire' n'a d'ailleurs valeur. cl Il nombreux de la a tait supprimé de de Dondoardonon pas un débauché. quelques-unes ont survécu. sa conception ressemble à celle plupart des imitateurs de Giliberto. avec des variantes diverses. la Sladt-bibliolhek redende Elle est intitulée : Das steinerne Gastmahl.366 LA QBGENDE DE DON JUAN. par conséquent. de sa marche d'Italie en Allemagne. Don Juan a dû être directement apporté dans l'Allemagne du Sud au commencement du xvm e siècle. apparaît comme une étape. filiation de Giliberto et de Cico- Parmi les versions qui en furent jouées. Elle n'a connue en pu de la avoir. et les stances désespérées de I. avec les couplets que chante Elans el les Wurst. M. oder von statua. vitato di pietfa. permettent d'établir que la ces oeuvres. sur ce point. du moins avec probabilité. grâce auxquelles il est possible de reconstituer sinon avec certitude. épisodes. soit qu'intentionnellement ait voulu abréger l'intrigue de Cicognini. Une des die plus anciennes parmi ces pièces est à Vienne. Sôil que l'auteur n'ail pas eu le modèle sous a les yeux. il mafe un assassin. samt Arie loelche Hanns Wurst singet nebsl denen des Versen des Eremiten und denen Verzweiflungsversen pierre. curieuse à signaler. leur origine et leur histoire. vers dils par l'ermite. ou même à la fin du xvir.

n" 2. Kurz jouail Cologne une pièce art. DerLaufner don . Allg. de von Weilen.hum. von We. Raali 1899. — Geschichte des deutschen Theaïers 1 in /-s " Jahrundert. Johann Joseph Félix von Kurz. Francfort. 71. 303 ces catalogue. . Seelen. époque du grand succès de Kurz. année IS . né . genanal Bernardon. intitulée : Der Kavulier und die hume. Il est plus probable que la pièce est de 1740. cite. soit à la période du premier séjour époque Kurz joua en province. V. Euphorion. ni 361 sa fin malheureuse). Elle se trouve indiquée . mais elle figure dans un catalogue récemment dressé des innombrables pièces composées ou jouées par un célèbre auteur milieu du à xviii'' et acteur comique viennois du 1 . Prehauser qui tenait le de don Philippe La présence 1rs simultanée de ce personnage qui ne se rencontre que dans 1. VI. 350 et suiv.DON JUAN EN ALLEMAGNE. — En 1768. Joseph Félix von Kurz e Ce von Kurz. Préface. siècle. personnage à la fois sot et impudent. Son Convive de Pierre appartient à ce genre d'oeuvres . au moment de indication de date. Cf. p. que raideur fit à Vienne entre 1737 et 1742. 304. deutsche Biographie.. t. cousin ger- main du Scapin italien et du Ilans Wurst allemand. <»/. L'orthographe même du texte et les caractères de l'impression appartiennent plutôt à la pre- mière partie du xvur siècle qu'à Cette la seconde. don Juan. Cf. Cf. p. qui étail suivie d'un 361. composites et disparates où excellait la comédie viennoise.):{. soit à celle de son deuxième séjour entre 17oi et 1760. œuvre se rattache très vraisemblablement à une pièce les fau- antérieure aujourd'hui perdue que jouait en 1710 dans bourgs de Vienne une troupe d'acteurs allemands dirigée par un Italien. pour et suiv. car jusqu'à cette appartient. . Cette pièce n'a ni nom d'auteur. :i. t. ein Beitrag :ur la page 48 des Theater II iens.len. Richard-Marie Werner. I. von Kurz genannt Bernardon. 1899 : — Von à \\ eilen. Article sur : F. p. Les pièces composées par von Kurz étaient en partie improvisées elles étaient accompagnées de musique le comique et le tragique s'y mêlaient. Vienne dans les premières années du xvn siècle"2 se lit con- naître à la scène dès 1730 dans des Haitptaclionen sous le nom de Bernardon. La von h. Le texte de la Stadt-bibliothek est postérieur à 1730. Grundriss pièce est signalée p. Cf. pièce traduite et arrangée par rôle le célèbre acteur Gotllïied 3 ."i. I. Gœdeke. et sans doute même Il à 1737.•/• die zwei gleicher edlen Maschinen-ballei Don Juan. année 1899.ius>i dans { une note de 2. pièce p.

le se recon- naissent et lever faire Don Juan confie à donna Anna el de hier don Philippe. DON JUAN. que alors la pièce inscrite au répertoire de à la Kurz de Prehauser. vient précisément à maître et le valet Après quelques lazzi. pénètre en . son domestique. il ne se trouve pas dans la pièce qui nous occupe. la main.un monologue de Don Juan sur les caprices de donna Anna. son fiancé. en el a joué d'autres comédies de cet auteur. celle-ci s'avance avec don Philippe (scena amorosa) qu'elle autorise à venir la voir chez elle le soir môme. et des stances plus interminables encore que débite Don Juan à son heure derLa pièce est en trois actes. En effel dépil des prudent. paysans. SCAPIN. le llans Wurst son intention d'en11 lui à ordonne de guet pendant qu'il mettra son projet il exécution. père de donna DONNA ANNA. Kurz.conseils de llans Wurst. amoureux HA\S WURST. un bôtelier. que le nom de Bernardon figure les place ou à coté de celui de llans œuvres de sa composition. Les personnages nière (acte III . dans l'œuvre de Prehauser et et dans celle de Kurz prouve que ces deux dernières sont sieurs. Apre. nous a le crois pour mon celle qui soit celle compte. ACTE PREMIER La scène se passe sur une place devant la maison de don Pietro. exprime sa jalousie et jure d'empêcher leur union. un ermite. un interminable monologue en vers d'un ermite. effet. une lanterne à sa rencontre. Celle-ci est un canevas assez développé dans lequel sont inter- Wurst dans calés tout au long des vers chantés par Hans Wurst (acte er I ). Il part à la recherche d'Hans Wurst qui a tandis que celui-ci. PAYSANNES. une hôtesse. un officier. sont : DON PIETRO. «le nous pouvons juger été conservée.3G8 dérivés de la LA LÉGENDE DE DON JUAN. Il celle qui est perdue par et je n'est même pas impossible. Don Juan. entendu leur duo d'amour. Anna. BERGÈRES. pièce de Giliberto. de donna Anna. DON PHILIPPE. gentilhomme criminel.

Hans Wurst est contraint Sur ces entrefaites. jure de punir. et l'engage au repentir. mais. ACTE Dans une II forêt des bergères racontent le naufrage auquel ont échappé deux étrangers. dans la 369 chambre de la jeune fille. se donne pour les le lui. a le temps de nommer son meurtrier que don Philippe. Après quoi. lard Un combat s'engage. Resté seul. à la vue des jeunes filles. et il le vieil- tombe mortellement frappé. comme a fait pour celui de . qu'il entraîne derrière scène et qu'il abandonne ensuite. Diana. arrive don Philippe à d'enterrer le cadavre. la poursuite de Don la Juan. En dépit de ses protestations. A la vue de son ennemi celui-ci prend l'attitude de fait méditation. Ceux-ci paraissent. Don Juan oblige Hans Wurst à changer de vêtements avec maître. Hans Wurst chante des couplets bouffons sur à différents la folie des amoureux qu'il compare la animaux. Avant à sa fille d'expirer. Ses pas le portent dans un coin de la forêt où un ermite chante les douceurs de la solitude et la fragilité des biens de ce monde. jmjant de renoncer désormais au plaisir. Il écoute le récit que Don Juan lui fait de ses aventures. Aussitôt Don Juan s'empare de reconnaître de lui d'enterrer son cadavre déposée à ses côtés.DON JUAN EN ALLEMAGNE. Don Juan tombe amoureux de l'une d'elles. il ordonne à Dans Wurst l'ermite. poursuivi par don Pietro. se il lait et le tue. survenant sur ces entrefaites. sous les habits de son ainsi gouverneur de la la ville et trompe gardes naïfs envoyés à poursuite de l'assassin de don Pietro. Le libertin feint de l'écouter et le suit dans sa grotte d'où il ressort peu la après vêtu des habits du saint homme. Le valet. Cependant pour échapper aux conséquences de son crime. écoute les confidences que lui lui conseille le le don Philippe ciel le soin et pardon des injures en laissant au l'épée qu'il a de venger. Un tumulte dans il maison interrompt la son chant et se sauve pendant que Don Juan paraît l'épée à main. par pitié pour son grand âge. Il racDnteen riant à Hans Wurst qu'il l'a tué. Don Philippe touché s'agenouille pour prier.

le valet gentilhomme et tous deux quittent la forêt. qui a entendu. cris et tous sortent avec des joyeux taudis que l'obscurité tombe. Mais son maître le rassure et l'entraîne à l'au- ACTE III Une noce passe. le lieu de la scène ri change : Ilaus Wurst Don Juan sont en présence de la statue de don Pietro qui : porte sur son piédestal l'inscription suivante Celui gui h pris mu vie n'échappera pas à ma vengeance '. l'invite à boire et boit donna Anna. se propose de trahir son maître. La scène est ensuite transportée sur une place publique où Scapin joue du tambour et promet lui-même à la santé de 300 écus H 20 tries de bandits à qui découvrira le meurtrier de don Pietro. Après quelques réllexions ironiques sur cette menace. C'est s'assied. Lue troisième fois. la jeune Amaryllis. et sons transition. \\ iï'l mir 'las Leben haï genommcn meiner Kaclie nicht entkommen. Le repas fini. au milieu des lazzi de frayeur d'Hans Wurst. on frappe. méchanceté de son maître. Mais ce dernier l'observe en cachette et fond sur lui Hans Wurst lui jure qu'il plaisantait et le suit en maugréant au dîner de don Pietro. puis se relire. Hans Wurst en tombe berge. Don Juan ordonne « à Hans Wurst d'inviter la statue.370 LA LÇGENDE DE DON JUAN. déplorant la perte de la mariée. La noce pénètre à ce moment dans la salle et Don Juan enlève la mariée. . d'effroi. en leur annonçant qu'elle est retrouvée. Les paysans reviennent. se lamentant sur la obéit. Les Tout en Don Juan reprend ses habits de paysans l'invitent lui et son mailre à ce festin. tandis qu'un éclair traverse les airs. l'esprit de don Pietro qui entre et Don Juan. lier Don Juan et Hans 1. Celle-ci répond: Oui ». l'esprit invite à son tour Don Juan. Leurs pas les conduisent dans une hôtellerie où Hans Wurst apprend que l'on prépare un repasde noces. Dans Wurst. Don Juan et Hans Wurst sont installés à une table chargée de mets. Pendant qu'ils mangent. dansant et chantant. la sœur de celle-ci les console l'épée haute.

371 Wurst. puis l'assassinat de ce dernier. il servent d'exemple à la jeunesse. munis de torches. la comédie hypocrite que Don Juan joue avec celui-ci d'abord. fin souhaite que sa vie et sa lui. que Don 1 Notons en passant que la pièce de Vienne ressemble davantage à celle de Villiers qu'à celle de Dorimon : c'est ainsi les Juan assassine don Philippe et que. ils sont de trois sortes: les plus nombreux se trouvent déjà dans les pièces de Dorimon et de Villiers. l'arrivée de la noce villageoise et l'enlèvement de la fiancée. la Pour va mourir condamné à le damnation éternelle et Il maudissant jour qui l'a vu naître. Au troisième maints détails du premier repas. Don Pietro les reçoit. appelle les furies et un esprit infernal l'emporte. troc d'habits de don Juan et Wurst et la façon audacieuse dont ce dernier berne les archers. sent et Il il déplore son long aveuglement. la mort fait de don Pietro. le monologue de l'ermite. avec don Philippe ensuite. . la rencontre avec la statue. Philippe de le douleur de sa le fille. enfin acte. ses folies et ses crimes.MAX EN ALLEMAGNE. Ce sont les lazzi de et la lanterne acte «le scène fameuse. L'analyse de cette pièce nous montre les éléments divers qui la constituent. le serment par don de Hans venger. son le valet fait le de donna Anna. au- détails donnés par et le 1''' D'autres éléments rappellent la comédie de Cicognini la scénario de Biancolelli. Au deuxième acte. la scène entre Don Juan et les bergères. bizarrement intercalée par l'auteur la pièce viennoise entre les deux dîners de Don Juan et de l'Esprit. brave L'Esprit. dans teur reproduit à peu de chose près les Villiers. les vaines exhortations de celui-ci et les bravades de Don Juan. deux repas. la la duo d'amour de don Philippe de Don Juan. Le jeune homme puis de cruels remords le saisisà se repentir. Autour sont assis des fantômes. Ce sont la marche générale : et les événements le les plus importants de et l'action au premier acte. tive scène jalouse entrée fur- chez jeune la fille pendant que guet. se rendent au cimetière où une table noire chargée de serpents et d'une tête de mort les attend. et invite à plusieurs reprises Don Juan refuse d'abord. Déjà un feu le dévore. le repas chez l'esprit.DON .

les nombreux emprunts faits à Cicognini confirment encore cette origine italienne. et passe son nom à la mariée . termine aussi sa pièce par des regrets ri des imprécations du pas celle que jouait Kurz. Enfin . même Goldoni genre. l'auteur a ajouté le personnage de Scapin qui rappelle le Fighetto La pièce est donc un dérivé direct. Je croirais volontiers qu'elle remonte à Giliberto. le paysan Philémon et la paysanne Macette sont remplacés par un hôtelier et sa femme. la pièce arrangée par Prehauser elle n'est connue de lui et venue d'Italie. Don Juan santé de donna Anna. s'appelle don Pedro son nom de Cicognini. Philippin. s'italianise et se Hans Wurst quant à change en Pietro. soit de Villiers. ainsi que dans les deux des dialogues comiques entre Hans Wurst et une hôtesse. qui. avail été apportée par une troupe 1. Enfin l'auteur a introduit quelques modifications de son cru: entre Don Juan et son père. Comme à dans la boit aussi 2. le nom de Pietro. au contraire. était certainement l'a inspirée.372 LA LÉGENDE DE DON JUAN. tran'est sans duites de l'italien. mais la liste de ses œuvres ne contient qu'un petit nombre de pièces directement empruntées à la France. et il s'en trouve beaucoup. Amaryllis redevient donna Anna comme chez Cicognini. celui de Scapin. . si En outre. dans laquelle Scapin promet une récompense au dénonciateur du meurtrier de don Pietro'. il a lout d'abord supprimé la scène apporté quelques changements de détail dans les scènes où figurent les bergères et la jeune mariée. le valet. Il a ajouté la 2 Enfin pièce jouée à Zuotz . comme dans le Convitato de Perrucci. : la Les personnages ont subi aussi quelques changements outre suppression de don Alvaros. il le tue. soit de Giliberto lui-même. de longues stances finales qui ne sont pas sans rappeler les regrets et les avertissements de Dondoardo dans repas. amalgamé de quelques éléments empruntés à Cicognini. Don Juan ne se contente pas de dépouiller Termite. Il doute pas impossible que Kurz ait eu entre les mains la pièce du dramaturge français. le scénario.

Il fut dans la féerie. aux danses. taient en les Le Convitato di pietra contenait déjà ces éléments tour à tour dramatiques. soudainement. L'intérêt fut ailleurs. de danses.DON JUAN EN ALLEMAGNE. . il mêla des tirades partie musicale. Et subit. dans le merveilleux des scènes au cimetière sujet. dans la variété et le brusque c'est ainsi changement des décors dans une même acte se passait d'abord forêt. qui convenait particulièrement au goût du public et qu'il était facile d'accommoder au genre alors si fort à la mode des ffauptactionen. Ainsi arrangé. ces interventions mystérieuses d'agents d'outre-tombe. moitié improvisées. bouffons. Ces œuvres hétérogènes. de vers plus soignés. qui emprun- déformant leurs sujets aux théâtres de tous les pays. L'introduction en Allemagne de la 'M-l pièce de Giliberto plus ou moins transformée s'explique au début du xvui" siècle par la de cette pièce. étaient pour la pièce italienne un admirable milieu d'adaptation. des fantômes. ces roucoulements tendres d'amoureux transis et ces facéties grossières qui constituaient la trame habituelle allela des œuvres hybrides applaudies sur toutes les scènes mandes. dans et la partie mélodramatique du qu'un dans les enlèvements les : assassinats. ces personnages grotesques et surnaturels. un assassin de haut parage qu'un volupteux en quête de sensations amoureuses. Il c'est ce qui explique le succès qu'obtint pièce itaqu'elle lienne. Au canevas négligemment développé. coiffé- puis dans un village. de chants. mélanges bizarres de drames et de bouffonneries. donner plus d'importance à la aux chants. L'intérêt ne résida plus dans la peinture du caractère de Don Juan qui fut transformé et devint bien plus un criminel. repré- sentation trop matérielle du mort. Ses aventures galantes ne furent plus que la trame de la pièce. apparaissait une forôl . de féeries. succès dont témoignent les nombreux avatars la suffisait de peu de chose pour germaniser: l'adaptateur n'eut qu'à renforcer l'élément merveilleux. ajouter quelques éclairs. remplacer par un esprit la statue. nature même moitié écrites. le valet. le Convié de pierre devint une véritable Hauptaction. faire un peu plus de changements à vue et transformer le personnage principal. merveilleux.

par la stupidité de ses calembours. avec . Gomme ses aînés. importante dans Arlequin l'avait Convié de pierre qu'il les pièces comme déjà fait dans de la Commedia deW Arte. Ce type populaire de laquais gourmand ruse iinaude et de niaiserie. rente de la première. après de graves fautes. il amusa public par sa lenteur à comprendre. une auberge. 2 . se substitua tout naturellement au Philippin de Villiers et au Sganarelle de Molière.nombreuses victimes. qui devint lourd et grossier ilans Wurst. a tué son vrai père. un cimetière germanisation de la Mais. Hans Wurst avait prise dans les hauptactionen. et pleutre. Les et événements traditionnels de rent légende s'atténuèrent disparu- même devant les seuls épisodes qui permettaient à Hans inspirée par la comédie titres et Wurst de développer ses plaisanteries. du souple_et mélange de malicieux Arlequin. substitua de pesantes railleries et parfois même le des grossièretés ordurières. On a pu rapprocher la fable de Juan del Sole de relie de Don Juan Tenorio. un ermitage 1 . Juan del Sole. Son esprit s'épaissit. son père putatif. victime innocente des adultères de sa mère. îles esprits de se. Il s'agit d'un gentilhomme qui. le H'" 2. à leurs facéties sou- vent spirituelles. dès la fin du xvn e siècle. C'est sous l'empire d'une fatalité supérieure et sans que . une de ses cr. périssent . parce que tous deux onl le même prénom et. On a sœurs. faisait il il avait un bon sens vulgaire et un souci de sa sécurité qui un plaisant contraste avec la témérité de son maître. Celui-ci est un meurtrier et non un séducteur. par sa goinfrerie répugnante. en a séduil une autre el limt par périr lui-même écrasé par la chute du cénotaphe de sa mère. rattaché à la légende de Don Juan une pièce manuscrite du même Kurz. après l'évocation effrayante.374 LA LÉGENDE DE DON JUAN. drame fantastique avec lequel la pièèe espagnole n'a en réalité aucun rapport.haiies par un agent d'outre-tombe. devint finit. Elvire. La pièce de Kurz ne fut pas la seule de Giliberto 1. Mais les éléments essentiels de la légende de Don Juan sonl absents de celle de Juan del Sole. Il nous est parvenu plusieurs sommaires acte. puis successivement une ville. la la pièce consista surtout dans la transformation du zani de comédie le italienne.6ù il jouait le le premier rôle et où son personnage si était tenu par l'acteur les différents plus en vogue. La place que. le m" n'est pas moins varié. Mais : perdit leur finesse il à leurs vives réparties. au milieu d'éclairs et de tonnerres. par effacer le rôle de son maître et accaparer tout la l'intérêt de l'action.

que l'imprésario. destinée aux gens qu'aurait pu effaroucher le choix du sujet. Nous avons notamment l'indication d'une œuvre à intention morale intitulée : Schrecken-. d'enseioù se lient ensemble aux représentée est gnement. des pièces entières même. Alors que la morale de la s'adresse aux jeunes débauchés qui remettenl à trop lard le sois de leur salut. Cf. soit de la même époque. avec d'autres détails. et la tin malheureuse du héros est à faire frémir ». p. une vive conception des plus grands vices. oder das lehrreiche Todtengast- mahl des don Petro (Le Miroir d'épouvante pour jeunes gens dissolus. ignorant « sa véritable origine. A cette réclame morale. des 18. dans la pièce de Kurz. s'en ajoutait une la gaîté. Ein Beitrag xrxr Theatergeschichte. et une autre indication beaucoup plus curieuse.Spiegel ruchlosen Jugend. la terreur et la richesse autre à l'adresse du public avide des spectacles à décors et des Outre divers autres changements convenables. .DON JUAN EN ALLEMAGNE. LitzmannV. soit plus récentes. qui porte la date de 17-'55 . qui ont avec le Conmtatô di pietra une parenté plus étroite encore que Yffauptaetion de Kurz. sans doute pour en assurer illustre. ni le fameux souper. Enfin. la leçon de la fable allemande s'adresse plutôl aux mères coupables. déclare tirée du français de M. Johann Friedrich SchSnemann und seine Schauspielerge1. Elle avait en même temps un but édifiant que : le directeur de la disait-il. des personnages. de manière à les faire détester. 375 do pièces. les esprits fable espagnole des victimes de Juan del Sole. 32-33(11' fascicule des Theatergeschichtliche Forschungen de 15. de Voltaire le ». Bamburg Leipsig. ou le Festin des morts édifiant de don Petro). on n'y retrouve ni le meurtre du commandeur. Mais le plus intéressant à retenir est la liste des responsabilité soil engagée qu'il esl criminel. et sellschaft. troupe signalait à son public «C'est une de ces pièces. Dans la personne de Don Juan yeux la jeunesse légère. la scène sera décorée d'un magnifique monument de don Pedro tué par féeries : « Don Juan sa ». llans l)e\ rient. c'est-à-dire aucune les plus caractéristiques de la l'aide de Don Juan. la liste car elle contient. des parties ni l'invitation à la statue. Jahrhunderts. était suivie le succès sous couvert de ce nom d'un divertissement donné par Arlequin. Cette pièce. le C'est le programme d'une pièce jouée à la Hambourg 6 oc- tobre 1741 et reprise en 1717 par Friedrich troupe de l'acteur Johann Schonemann ». 1895. si l'on voit bien apparaître.

un ermite. . 279. t. puisque dans celle-ci Hans Wurst a pris la place de Philippin et que le père Don Juan a disparu. Arlequin. de don Pielro et des revenants constituent la partie principale il de ce drame. Cette pièce a été publiée et longuemenl étudiée par Richard-Maria Werner h<>n Juan. sa fille. spectacle en 4 l'abbé 4 composé par impériale et M'' Pierre Métastase. Ces noms prouvent manifestement que la pièce de . La scène du cimetière avec l'esprit Morts. le nom du commandeur s'orthographie tantôt P<-tr<>. 344. dans -on opuscule Der Laufner Hambourg el Leipzig. un aubergiste. amoureux (T Amaryllis. En même temps. poète de est la cour faite royale ). don Philippe. gardes. K. don Pedro Amaryllis. sous le nom de Philippin. qui fut joué de 1707 à 1769. Schauspill IV Aufzigen verfast von fferrn appen Heter Metastasia. 1891. ( : m •i. Don Alvarès. tantôl ''. K. I. IV. actes. de fin la légende en Allemagne. moitié écrites. p. membre d'une soriélr pièces. stei- Yahn 2 notamment un Don Juan oder das nerne Gastmahl qui fut joué jusqu'en 1772 pendant l'octave des la légende transformée en une sorte de mystère religieux servait à un autre spectacle annuel que l'on donnait a la même époque. Hofboelm (Don Joan. D'autres représentations de pièces analogues. 1859.376 LA LEGENDE DE DON JUAN. Don Juan.. 1. Le texte de Salzbourg une copie en 1811 par un Dans ces nommé Franz Kastner. tantôl /'»//». moitié improvisées. cité par Ehrhard 1rs Comédies de Molière illemagne. année où fut remplacé par une pièce du Macbeth de Shakespeare Le Muséum de Salzbourg possède une pièce manuscrite de la fin du xvm e siècle dont l'étude n'est pas sans intérêt pour l'histoire tirée 3 . p. Mozart. valet de Don Juan personnages 1 . Johann Friedrich Schonemann rappelait celle de Villiers plus fidèlement encore que ne le faisait celle de Kurz. Pedro. La présence d'un aubergiste et de sa femme prouve aussi que l'auteur avait accommodé son sujet au de goût de ses compatriotes. une aubergiste paysans et paysannes. père <le . Elle est intitulée in : « Donn Joann. ne cessèrent d'être données au cours du xvm Otto e siècle en différentes signale villes et principalement à Vienne. Leipzig. : Don Juan. son fils. strpiianir l'iviVifc de sun iiiTanp'inriii du Macbeth do Shakespeare).

377 populaire d'acteurs appelés Schiff&leute von Laufen. cependant. après avoir chagrin que celuia tué célébré en vers la puissance de son royaume. L'attribution de la pièce à Métastase est évidemment fantaisiste. à la même filiation que la pièce de Vienne. comme nous allons le voir. l'élément comique et même bouffon s'est développé encore aux dépens desautres. le poète italien ayant eu nombre de œuvres jouées à Salzbourg. une sorte de Hawptaction dans laquelle.DON JUAN EN ALLEMAGNE. Vienne. La scène entre Don Juan valet. moins les « les personnages sont ceux de la pièce de (sic) bergers. Elle se rapproche même beaucoup plus par et certains détails importants de cette dernière que des autres pièces issues de Giliberto. Kastner n'a pu L'auteur véritable en est inconnu. les mariés et Scapin. la généralissime » (Feldherr). son père a et disfait paru. Bien que portant la date de 1811. Elle se rattache directement. comme celle-ci. Celle com- pagnie ayant dû soumettre à pièces qu'elle jouait. Donn Pietro y est appelé à Madrid. Don Juan assassine l'ermite et don Philippe. en faite sur fil la censure à partir de 1798 les de Kastner fut faire des copies. La remonte don Juan que si celui-ci partie du xvm e siècle. La langue que parle le valet est le dialecte des paysans du Salzkammergut. et les stances finales de Don Juan. a ajouté au début plu- sieurs scènes originales qui rappellent — bien que d'assez loin — ci certains détails du Burlador. Celle un vieux texte de souffleur. Le roi d'Espagne. Métastase n'ayant jamais écrit de Don Juan. dernière pièce est donc manifestement de la ses en 1782. annonce les victoires remportées par don Pietro il et déplore le éprouvera quand apprendra que Don Juan en duel son . La scène se passe La suite générale de l'intrigue est la même que dans pièce de Kurz. Il la séduction des bergères. mais elle s'explique par une confusion naturelle. les la tous deux enterrer par son L'auteur a reproduit scène du cabaret. le récit du naufrage. l'enlèvement de la mariée. Elle est. elle est donc la reproduction d'un original plus ancien. Comme il est mort lui imputer la paternité du Laufner à une époque antérieure. : Il a cependant introduit quelques modifications importantes il a supprimé la proclamation de Scapin.

rendu le furieux par refus du vieillard. il valet invite la statue. l'autre dans pièce de Le Tellier. c'est que le Laufner don Juan contient deux traits qui se trouvent déjà l'un dans VAgiunta la al convitato di Pietra. — Oui a eu l'honneur de vous tuer. J. surles ordres de son maître. de Kurz gnini : eux aussi. D. Le premier est un ordre de d'aller le Don Juan le au laquais cimetière chercher une échelle pour pénétrer chez les statues donna Anna. Enfin. de Biancolelli. — Mon maître Don Juan. en dépit de ses prières.378 fils LA LEGENDE DE DON JUAN.. — Don Pietro. J. — Don Pietro. jure de se venger en enlevant donna Anna. est gouverneur de Barcelone. profitant d'une lettre interceptée pour se substituer au fiancé de la donna Anna. : refuse à le donner d'elle. absents de la pièce et qui sont. Mais ce qui est plus curieux. — Mon maître Don Juan. Pour lui. il s'amender. — Ah c'est un honneur d'être tué par vous? ! . inspiré du récit de l'ambas- sade chez Tirso ou chez Cicogniniet. informé du meurtre de Don Juan. l'auteur en a ajouté d'autres. de lui parsang seul le paiera du sang versé.. et second. don Alonzo. Le D. et dan- dernière partie. Le Valet... Don Pietro revient pardonne au coupable qui a juré de de son expédition. un époux digne son fils.. l'ordre donné au valet d'accompagner l'Esprit avec une lumière. fait au monarque un récit de ses exploits. Don Juan. Don Pietro. l'invitation. c'est l'erreur du valet entrant dans prenant pour des garçons meuniers de pierre qui entourent le tombeau de don Pietro. — faut-il voir dans ce trait une simple rencontre ou une réminiscence des Plaideurs de Racine? le — tandis que. Valet.. en récompense. A ces détails. empruntés à Tirso ou à Cico- c'est la supercherie de Don Juan.. Le roi promet en outre nommé nuire — souvenir de Tirso ou de Cicognini — de donner à sa fille. donna Anna. : répète stupidement non seulement les les injures termes de mais encore que lui adresse don Juan impatienté D. Le Valet... J.

. Der die Ehre gehabl bat. Le Valet. — Que dis-tu. dîeh zu ermorden. D. lier der Donn Joann. chien? D.Mein — — . Le Valet. et continue. de sources différentes. Les deux auteurs ont certainement commun à une même source. lu ne cesses pas de répéter ce que je D. su stidi durch den Leib. . inspirée des scenarii italiens antérieurs. il serait surprenant qu'il connu la pièce de Le Tellier. So ist dos ehr wen ma ain umb Bringt. — Was sagst du Hund.inalj und mâche fort. — — — — — — Mein . la partie qui se rattache à la de Giliberto est la plus la importante. Donn Joanx. sont venus L'auteur inconnu semble ainsi avoir fondu.DON JUAN EN ALLEMAGNE. Donn Pietro. chien? — Animal. Was sagl du Hund.. inspiré d'un dérivé de Giliberto. J. de Tirso ait même.. canaille. canaille. B. Ce fut d'autre part la troupe de Constantini qui représenta la pièce de Le Tellier emprunté le détail qui leur est avons vu.. Ce Don Juan antérieurs. mais elle moins considérable que dans pièce de Kurz. qui n'a jamais été imprimée et n'est pas sortie de France. je te pique mon épée dans le ventre '. J. est donc une nouvelle combinaison des éléments dans toutes filiation Comme est les pièces allemandes. und marin' fort. J. s'y ajouter.179 — Tais-toi. donc vraisemblablement dans quelque scénario qui passa en et cette supposition est d'autant plus probable que 1. (Acte 111.1 — — ich ilir den Degen . so du mir nicht nacb spriclisi. D. — Oue dis-tu. t. se. Bedienter.) D. de Cicognini. — Tais-tois. France. le faisait à D'autres détails. si dis. Le détail se trouvait Allemagne. Her der Donn Sehonn. J. est naturel qu'il se soit. en effet. ses prédécesseurs. J. I).. J. Nous que les Italiens continuèrent à jouer en France au xviii siècle un Don Juan dans leur langue. Bestie. et continue. Schweig k. des éléments empruntés l'Italie. D. comme s'il peu près à à la la même époque comme da Ponte. à l'Espagne et à Toutefois. Donn Pietro. J. I). B. Schweyg kannàlj. B. B. J.

Der Kerl haï Feuer in Leib.Je me nourris. originalité. se.) B. occupe sans cesse la scène de ses plaisanteries. après de semblables 1. traîtreusement assassiné par son : maître « Quel excellent boucher vous auriez n'épargnent fait! » s'écrie-t-il -. lui demande-t-il"? — Un Waldbruder (un frère de la forêt). gàb an guten Môzger ab. Aile 11. Dans du la pièce jouée par les Schi/fsleute von Laufen. en homme il qui ne prend même plus au sérieux les miracles dont est témoin. Don Juan n'est plus guère qu'un monomane du crime. qui ne comprend valet et l'élément jamais ce que fait ni ce que dit son maître. . Devant corps de don Philippe. se. bouffonnerie Avec cette œuvre sans pesante à l'adresse d'un public vulgaire.380 LA LÉGENDE DE DON JUAN. le rôle comique tiennent la même place que dans les autres Hauptactionen. :. Don Juan le même le sort que Faust. : et se son sujet à toute une série de calembours « Qui êtes- vous. 3 Comme celui-ci lance des éclairs « Il a le feu au corps ». qui assassine môme une cabaretière dont la note fantastique l'a exaspéré. Elles sont du reste fort plates et d'un goût douteux. une machine à tuer. (Acte II. de leurs) le '. Lui-même est un rustre. désenchantements. — Il se nourrit. répète-t-il. hébété. de Rausche wùrgel und Krauter de racines chevelues et d'herbes). niais. lourde et monotone. répèle Hans tail- Wurst.) — . Sc]hisI>t und Schneider de cordonniers et de » Et la plaisanterie continue. avec lequel l'imagination populaire aime à lui confondre et que de graves écrivains associeront dans la pour- suited'un idéal analogue. personnage anonyme. — C'est un Waldluder (une charogne de la forêt). SC.. Il prend livre à l'ermite qu'il rencontre dans la forêt pour un ours. et n'a guère conservé la de ses prédécesseurs que pleutrerie et la gourmandise. dit l'ermite. (Acte III. II. 1. fait-il observer. i. nous aurons bientôt l'occasion de montrer dans un Puppenspiel un antre trait recueilli aussi par Le Tellier. Mcin Herr. Ses facéties même : pas l'esprit de don Pietro. v. la légende évolue vers les spectacles puérils que les Ihéàtres de marionnettes ont donnés dès la a subi (in du xvm e siècle cl pendant tout le cours du xix e . Son laquais.

une troupe mettait sur la scène une pièce tirée de Molière. à Hanovre. ne pouvaient négliger un thème devenu. Judith et Holo- Ces représentations continuèrent au commencement du 1. Nous nous contenterons d'étudier d'un peu près les plus anciennes. un Don Juan qui alternait avec un Faust el des sujets tirés de pherne. à Hambourg. superflue une étude de la légende Des allusions locales. quelques faits divers empruntés aux événements du jour. viennent seuls varier l'uni- rendraient fastidieuse et formité de ces pièces populaires. démons. 381 Nous ne des le suivrons pas dans les détails de cette nouvelle : transformation la monotonie du sujet. chap. Le sujet. Les joueurs de marionnettes 1 qui. . à Berlin et à Breslau notamment. toire des cette histoire des marionnettes en Allemagne. ainsi déviée. grâce aux Hauptactionen. \ix c siècle et obtinrent en 1804 un grand succès à Berlin cf. la Bible : Aman et Est/ter. Engel. dans l'hiver de 1777 à 1778. repré- sentaient des sujets où se mêlaient des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament. c celles dont la riche filiation du xix siècle est issue. XII. 14 de la Préface. en 1774. gendarme niais et d'un habile fripon. Pour Th. dès le moyen âge. le A Vienne on joue le Convive de Pierre sur théâtre de Wieden. Md. le chevalier dissolu) e les dernières années du xvm siècle. des aventures romanesques. des la mômes plaisanteries. convenait à merveille à leur théâtre esprits. 2. Schûtz et Dreher jouait dans l'Allemagne du Nord. Marionnettes.DON JUAN EN ALLEMAGNE. un montreur de marionnettes du nom de Storm donnait des représentations de Don Juan sous le titre de Don2 Dans schançi der desparale li'dter (Don Juan. aussi populaire que celui de Don Juan. 277 et suiv. . p. VII. des événe- ments contemporains. la troupe ambulante de à la Léopoldstadt. dans des œuvres qui sont toutes copie de deux ou trois modèles que la pau- vreté d'imagination de leurs imitateurs n'a pas su renouveler. le tout assaisonné de grosses plaisanteries. assassinats. t. p. la répétition incessante mêmes scènes. Magnin. Cf. ouvr. his- 3. cité. tout était réuni pour satisfaire aux nécessités du genre. dénaturé. Elles se rattachent indirec- tement au rameau italien de Giliberto et de Cicognini. lutte d'un : féerie.

le repas.ces nous établirons ainsi avec plus de précision leur origine respective: nous verrons ce qu'elles ont apporté de nouveau au : I. où ils du meurtrier de son valet dans une forêt rencontrent et dépouillent un ermite: la suite la meurtre de don Philippe à la d'une comédie hypocrite jouée par statue . moins pas leur intérêt propre que par les indications qu'elles fournissent pour suivre en Allemagne l'évolution de la légende sur les théâtres forains. en dépit de ce qu'il peut y avoir de fastidieux dans une telle élude. Don Juan : rencontre avec l'invitation. Mais sur ce thème général toujours identique. le tome III de la revue de Scheible. cst-il à propos de comparer entre elles ces pi. l'autre Strasbourg. G09 . ont été intégralement conservées. le l'assassinat de don Pietro. celles de Vienne et de Salzbourg. son valet est un bouffon niais dont les sottises remplissent la scène. de de Hans Wurst. La plupart de ces œuvres. Ce sont à trois Puppenspiele joués le à Augsbourg. et la fin merveil- leuse du coupable.1 765. et les grossiers lazzi Les deux premières de ces œuvres. 1-. dénuées de toute prétention littéraire et en grande partie improvisées. et devenu banal à force d'être reproduit. Strasbourg. curieuses. Aussi. des variations de détail assez importantes ont été introduites. provoquant tour à tour Don Juan la terreur et le rire par des apparitions soudaines d'esprits. sans indication de date ni d'auteur. Quelques-unes recueillies et sténographiées par des auditeurs. rappellent d'Augsbourg et de de très près les pièces françaises de Dorimon toujours ryllis et la de Villiers. Ils troisième à Ulm. Ils n'en diffèrent guère. y est plus criminel que débauché. .382 LA LÉGENDE DE DON JUAN. Les plus anciennes t ont été publiées dans Kloster. C'est même intrigue amoureuse de don Philippe et d'Amala jalousie interrompue par la fuite de et Don Juan. nous ont été transmises par des canevas ou par la simple radition orale. das l'un en 1846 1 . ou copiées sur les textes des impresarii. celles diables. sont probablement du com- mencement du d'ailleurs : xix e siècle et dérivent de la môme source que les ffauptactionen dont nous avons parlé. Le merveilleux et le comique se mêlent. d'anges.

(pic dans Juan. le meurtre de don d'Augsbourg combine les détails du de la ffauptaction de Kurz comme dans : Don Juan oblige Hans Wurst à changer d'habits ave< Toutefois une scène semblable pouvait se trouver dans la pièce jouée en ii Hambourg.i été conservé qu'un programme Le Qom du père de Don Juan y figure. et Puppenspiel Laufner Don Juan. dont il ne nous . ainsi Hans Wurst quérir une échelle. gouverneur de Barcelone. Le fils demande au vieillard de l'argent. Don Pietro. Dans c'est pièce d'Augsbourg comme dans de Salzbourg. Après Pietro. puis brise son coffre-fort et le vole. 375 et 376. plus haut. Les Puppenspiele d'Augs- bourg et de Strasbourg reproduisent ensuite la conversation des deux amants. p. dans le Laufner Don Celui-ci revient et se livre à des lazzi divers spiel il : dans le Puppen- de Strasbourg il cherche son maître dans l'obscurité comme le le faisait dans la pièce de Vienne. 'et revient ensuite à son plan d'enlèvement. Cf. avec d'importantes modifications. l. et celle-ci. l"il et en 1717 .DON JUAN EN ALLEMAGNE. sur son refus Il le soufflette. après avoir intercepté un message se substituer à adressé à don Philippe que ce dernier. 383 elles commun et les transformations que subil avec La pièce d'Augsbourg débute par une scène qui n'est pas sans quelque analogie avec la première partie du Laufner Don Juan. surprise par Don Juan qui confie à son valet son intention de s'opposer au bonheur des deux jeunes gens. fait Dans celui d'Augsbourg diable lui apparaît et lui peur. la pièce de Strasbourg contient une scène absente jusqu'ici de toutes les pièces allemandes '. Ilans Wurst celle accueille ce projet par des plaisanteries ironiques la sur la folie des amoureux. et qui est. ei fille à son fiancé don Philippe. Cette scène se retrouve aussi dans des dérivés postérieurs. vieux fonds le sujet. les deux pièces il envoie. refuse d'accorder sa fille à la Don Juan jeune et celui-ci en conçoit un dépit qui le pousse à enlf. C'est une entrevue entre Don Juan et son père don Alvaro. Don Juan imagine de Avant l'exécution de ce projet. la tentative le avortée d'enlèvement. empruntée directement aux pièces françaises de Dorimon et de Yilliers.

ainsi que dans le Laufner Don Juan. La scène du meurtre de don Philippe est semblable dans deux Puppenspiele. : comme dans la pièce de Kurz. s'entretiennent. LA LÉGENDE DE DON JUAN.384 lui. et ne di