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AUX ORIGINES D'UNE EUROPE ETHNIQUE

Transformations d'identités entre Antiquité et Moyen Âge
Walter Pohl Editions de l'E.H.E.S.S. | Annales. Histoire, Sciences Sociales
2005/1 - 60e année pages 183 à 208

ISSN 0395-2649

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-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Pohl Walter, « Aux origines d'une Europe ethnique » Transformations d'identités entre Antiquité et Moyen Âge, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2005/1 60e année, p. 183-208.

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Aux origines d’une Europe ethnique
Transformations d’identités entre Antiquité ˆ ge et Moyen A
Walter Pohl
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Dans le domaine des sciences humaines, l’identité représente un concept paradoxal : « Dire de deux choses qu’elles sont identiques n’a pas de sens et dire qu’une chose est identique avec elle-même n’apporte rien du tout », écrivait déjà Wittgenstein 1. Par conséquent, la réception du concept par les sciences sociales et le champ des études culturelles s’accompagna de sa déconstruction 2. Longtemps,
1 - LUDWIG WITTGENSTEIN, Tractatus logico-philosophicus, Werkausgabe, vol. 1, Francfortsur-le-Main, Suhrkamp, 1984, p. 62 ; PETER WAGNER, « Fest-Stellungen, Beobachtungen zur sozialwissenschaftilichen Diskursion über Identität, Identitäten », in A. ASSMANN et H. FRIESE (dir.), Identitäten. Erinnerung, Geschichte, Identität, vol. 3, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1998, pp. 44-72, ici p. 44 ; STUART HALL, « Introduction: who needs identity? », in S. HALL et P. DU GAY (dir.), Questions of cultural identity, Londres-Thousand Oaks, Sage, 1996, pp. 1-17. 2 - Sur l’histoire du concept : PHILIP GLAESON, « Identifying identity: a semantic history », The Journal of American history, 69, 1983, pp. 910-931. En psychologie individuelle, voir ERIK ERIKSON, Identity, youth and crisis, New York, Norton, 1975. En psychologie sociale, voir HENRI TAJFEL (dir.), Social identity and intergroup relations, Cambridge, Cambridge University Press, 1982 ; DORA CAPOZZA et RUPERT BROWN (dir.), Social identity processes, Londres-Thousand Oaks, Sage, 2000. Sur son usage en anthropologie et sociologie, voir ANTHONY GIDDENS, Modernity and self-identity, Cambridge, Cambridge University Press, 1991 ; CRAIG CALHOUN (dir.), Social theory and the politics of identity, Oxford, Basil Blackwell, 1994 ; LOLA ROMANUCCI-ROSS et GEORGE A. DE VOS (dir.), Ethnic identity. Creation, conflict and accommodation, Walnut Creek-Londres, Altamira Press, 1995. En matière de Cultural studies : S. HALL et P. DU GAY (dir.), Questions of cultural identity, op. cit. ; pour le débat français : CLAUDE LÉVI-STRAUSS, L’identité, séminaire interdisciplinaire, Paris, Grasset, 1977 ; GUY MICHAUD (dir.), Identités collectives et
Annales HSS, janvier-février 2005, n° 1, pp. 183-208.

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DU GAY (dir.S. « A multidimensional model of identity: relating individual and group identities to intergroup behaviour ». PUF.158. L’identité définit un espace social au sein duquel des représentations acquièrent une puissance matérielle et où la force des discours prend corps.79. l’usage de ce paradoxe inhérent au concept demeure extraordinairement diversifié au sein de chaque discipline et. Elle s’inscrit également dans une continuité temporelle car elle définit l’unité d’une personne. Routledge. s’en différencie. d’être menacée par des crises et de n’être jamais tout à fait atteignable 5. pour les membres d’un groupe.cairn. pp.25/01/2014 01h48. 15-40. in D... voir aussi STEPHEN WORCHEL et alii. in S. 5 . 1995. pp.25/01/2014 01h48. L’un des champs disciplinaires les plus importants au sein duquel l’idée d’identité s’est le plus rapidement répandu est celui des débats autour de l’ethnicité .. Paris.)..158. LAWRENCE GROSSBERG. La question des identités passées emporte avec elle le problème central de l’individu et de la société : comment s’articulent espace social et développement individuel ? L’identité sociale est. 1978 . 35. ici pp. 4 ..S. Paris.S. cit. op. Le succès du concept s’explique d’ailleurs peut-être justement par la grande labilité de sa signification : l’identité peut se comprendre de manière statique ou comme un processus dynamique.S. 87-107.cairn... Certes. . Actes de la recherche en sciences sociales. être comprise comme un fait social ou un jeu de mots. par-delà les changements et les ruptures. © Editions de l'E. plus encore. Théories de l’ethnicité.38. mais comme un processus toujours inachevé. l’unité des sujets historiques – individuels et collectifs – a servi de point de départ aux historiens.E. aussi bien par des philosophes post-marxistes que par des politiciens conservateurs.).JUDITH BUTLER.Cf. BROWN (dir. pour une présentation générale des recherches sur le thème : PHILIPPE POUTIGNAT et JOCELYNE STREIFF-FENART. 3 .. L’identité définit ce qui. pp.38. Questions of cultural identity. C’est précisément ce qui rend son emploi scientifique si difficile. TURNER. in H. Social identity processes. 100-102. Document téléchargé depuis www.79. TAJFEL (dir. « Towards a cognitive redefinition of the social group ».99 . « L’identité » 1980 . PUF. cit. lorsque l’on passe de l’une à l’autre.). cit. inclut et ce qui. au sein des communautés. © Editions de l'E. 1993. d’autres ne s’en éloignent que ponctuellement ou de façon rhétorique.. Document téléchargé depuis www.E. Du point de vue de la psychologie sociale. Social identity. op. être utilisée de manière pragmatique ou être fondée théoriquement – dans un sens moderne ou post-moderne –. bien au-delà du temps de vie de chacun de ses membres. Nombreux sont ceux qui ont conservé une conception naïve et essentialiste de l’identité . cette logique asymétrique d’inclusion et d’exclusion s’étendant des rapports entre les sexes à la société tout entière 4.JAMES C.. Si l’on comprend l’identité non comme une donnée quasi naturelle.info . C’est seulement du fait de la crise de ces « identités » que le concept acquit de l’intérêt. il est alors possible de considérer le concept d’identité (ou d’identification) comme le résultat d’une construction individuelle ou communautaire.info . « Identity and cultural studies: is that all there is? ». ce qui fait de ce dernier une réalité 3. op. Londres.99 . à l’extérieur d’elles. HALL et P. 15-32. CAPOZZA et R. ainsi que la communauté dans la longue durée.WALTER POHL 184 relations interculturelles. Bodies that matter.H.H. Elle est tout à la fois susceptible de se transformer. cela renvoie à une articulation complexe entre intragroups individuels et intergroup identities .

Nations and nationalism. Oxford-Cambridge. partant. Oxford. de tribu (Stamm) ou de nation.99 . GEOFF ELEY et RONALD GRIGOR SUNY (dir. Cornell University Press. The ethnic origins of nations. Ethnicity. L’émergence des nations ne peut alors être comprise comme un processus. stigmatisées par les usages idéologiques qui en ont été faits.158. Oxford University Press. 7 .S. . Ces avantages se payent toutefois d’une perte de précision sémantique. Aspekte der Nationenbildung im Mittelalter. © Editions de l'E. HOBSBAWM. Ernest Gellner et consorts postulait que la nation moderne n’était qu’un phénomène transitoire. elle permet de remplacer par un concept neutre et moins marqué historiquement les notions de peuple (Volk). SMITH.. Nations and nationalism since 1780. The construction of nationhood. Les intellectuels anticolonialistes et antiracistes comprenaient la différenciation et. les distinctions hiérarchiques. L’utilisation des concepts d’ethnicité ou de nation.info .25/01/2014 01h48. Leeds. cit. Cependant. la religion.. 1978 . op. ERNEST GELLNER. Cambridge. limitée à des groupes particuliers.PROCESSUS ETHNIQUES 6 .79.38. SCHRO « Nationes. pp. 185 Document téléchargé depuis www. New York. alors que le potentiel émancipateur des ethnies « opprimées » était souvent surestimé. 1983 . Cambridge University Press. SMITH. Verso. cette première distinction ne fait guère de sens. University of Leeds Press. le nomadisme) et à subvertir ainsi l’hégémonie des histoires nationales. THOMAS H. E.99 . A. etc. Au XIXe siècle. cit.. la nation était perçue comme émancipatrice alors que les caractères ethniques de minorités ou de tribus étaient niés ou considérés comme le signe de leur infériorité.25/01/2014 01h48. réducteur et dépassé. Cambridge. Basil Blackwell. mais devrait être considérée comme une « rupture qualitative » à partir de laquelle il serait presque impossible d’en établir les critères généraux 7.E. Becoming national: a reader.. Nations.38. GELLNER. 1993. Theories of ethnicity: a classical reader. cit. op. HOBSBAWM. amené à disparaître avec la mondialisation 8. Concepts of national identity in the Middle Ages. Déjà le champ conceptuel de l’ethnicité (ethnos. 2000. SMITH. D. cette façon de voir est anhistorique car elle néglige la dimension ethnique des nations tout comme le potentiel national des ethnies. ERIKSEN. De fait. comme agressif. SIMON FORDE et alii (dir. Parallèlement. 1996 . L’influent modèle de Eric Hobsbawm. Sur la période médiévale : HELMUT BEUMANN et WERNER ¨ DER (dir.).). est souvent implicitement ou explicitement normative. d’autre part 6. 1997 .H.158. . Cambridge University Press. op. Londres. Londres. .79.).. 1995. et l’unité du peuple américain. Ethnicity and nationalism: anthropological perspectives.E. © Editions de l'E.info .S. ` l’opposé. ADRIAN HASTINGS.Voir WERNER SOLLORS (dir.. BENEDICT ANDERSON. Imagined communities.) est lourd d’ambiguïtés. religion and nationalism. 1991 . ANTHONY D. les expériences du XXe siècle amenèrent nombre de savants – et non A des moindres – à récuser l’État-nation. 1986 . voir. Nations and nationalism.S. pour le médiéviste. le concept peut servir à mettre en relation les identités ethniques avec d’autres variables (le genre.S. Ithaca.Sur l’origine des nations. Historische und philologische Untersuchungen zur Entstehung der europäischen Nationen im Mittelalter-1 ». Boulder. The nation in history. New York University Press. le gain d’une Document téléchargé depuis www.). J. 1996 ..cairn.. ethnie. 53-62. les communautés ascétiques ou savantes. entre autres ANTHONY D. 8 .H. Thorbecke. d’une part..E.. 1990 . Souvent les « groupes ethniques » en tant que minorités sont opposés aux nations modernes .. ethnogénèse. Sigmaringen. il en est ainsi par exemple de l’opposition construite entre les multiples ethnies des États-Unis. Brandeis University Press.cairn. dont l’Europe fournit le modèle. Hanover. The nation in history. ERIC J.

Pour une critique de l’exportation des concepts européens dans les autres cultures.79. ou au contraire constitutives de la modernité 12. même à des fins émancipatrices. 239-402 . 11 . pour une étude classique du rôle des identités coloniales. Pantheon Books. Cela vient.25/01/2014 01h48. . cit.. 7-13 . ne sont pas des notions modernes. la prééminence Document téléchargé depuis www. ELEY et R. sur identité et modernité. entre autres. op. les créations. et ce. art.S. la domination étrangère ou l’administration autonome.. Les recherches historicoculturelles peuvent alors y jouer un rôle comparablement ambivalent 10. WAGNER.158. dépeint à l’aide des résultats obtenus par des études ethnologiques et. pp.S.cairn. que peuvent se constituer d’aussi impressionnants tableaux manichéens dans lesquels on ose affirmer à grands traits que les identités individuelles.ERIC HOBSBAWM et TERENCE RANGER (dir.. en fonction des facteurs les plus divers. Cambridge. 12 . 1978.99 . « Fest-Stellungen.. Les exemples tirés de cette époque permettent de suivre sur plusieurs siècles. N’a-t-on pas essayé de tirer profit. Commemorations.H.25/01/2014 01h48.info . The politics of national identity. GILLIS (dir.79. d’une sorte de généalogie des identités des communautés passées dans le cadre de projets politiques nouveaux qui visaient à fonder des sentiments d’appartenance ? Les gains tirés de ces ressources mémorielles – peu ou prou des invented traditions – doivent bien entendu être soumis à la critique historique 11. pp. The invention of tradition... ˆ ge dépassées depuis bien longtemps.. SUNY (dir.G. pp.. alors que. cette période de l’histoire vit émerger une façon de penser et d’agir sur les identités. s’en sont peu préoccupés dans leur débat sur la modernité potentielle des nations. tels l’autochtonie et les migrations.). Orientalism. ils dénonçaient le fait que les identités dominantes tirent un bénéfice de leur différenciation d’avec l’« Autre » lorsqu’il s’agissait de construire leur propre hégémonie 9. dans le même temps.E.. et par conséquent d’étudier.WALTER POHL 186 9 . G. en tant que champ d’études.38. in J. se reporter à A. ˆ ge.S. et presque sans interruption.Sur le débat entre « modernistes » et « primordialistes » à propos de l’origine de la Nation. et seulement ainsi. D. Cambridge University Press. comme dans un laboratoire sociologique. 27-39. 50-55.). pp. 1994. en partie.. cit.E. « Is identity a useful cross-cultural concept? ». cit. © Editions de l'E. voir RICHARD HANDLER.S. des représentations du Moyen A C’est ainsi. Princeton University Press. la destinée des processus ethniques. De fait.). de ce que maintes ressources mémorielles sont alors mobilisables pour la construction des identités nationales.99 . On touche ici du doigt l’une des faiblesses des discussions actuelles : la modernité est opposée de manière schématique à un monde archaïque ou prémoderne. The ethnic origins. et en fit un usage politique propre à l’Occident chrétien. SMITH..cairn. © Editions de l'E. New York. identité ethnique comme une libération.158.info ....38. se reporter à EDWARD SAID.. Document téléchargé depuis www.H. Becoming national. ». Les politiques identitaires. la nation. 1983. 10 . pour leur part. de multiples manières. Princeton. s’approprient le passé d’une manière semblable aux nationalismes du XIXe siècle. l’état de guerre ou de paix. à P. etc. ˆ ge n’est encore guère prise L’étude des identités ethniques du haut Moyen A en compte dans les discussions autour de l’identité . op. même les modernistes. offre un potentiel méthodoLe haut Moyen A logique qui pourrait s’avérer exemplaire pour d’autres domaines de recherches. les crises et les pertes d’identités.

telle la bibliothèque de Ninive. dans l’Antiquité. 16 . mais également spécifique d’une couche sociale. Erinnerung und politische Identität in frühen Hochkulturen. » Malgré tout. ou justement pour cette raison.S. 1999.99 . Ethnic identity in Greek Antiquity. étaient soigneusement conservées. JONATHAN M.cairn. même de manière indirecte. La constitution d’Antonin étendit le « peuple par constitution » à l’ensemble de l’espace impérial . Les empires moyen-orientaux se présentaient – de manière stylisée – comme l’aboutissement d’un écheveau de traditions dont les traces mémorielles. comme l’exprime assez bien cette formule d’Isocrate : « Nous employons le nom des Grecs non comme celui de la race mais comme celui de la culture. tout comme la civitas fut pour l’identité romaine un critère majeur. dans les steppes peu peuplées ou les métropoles multiethniques. dans la perspective des idéologies ethnicistes ou des tendances universalistes. Laterza. 50 .E. pp.cairn. The medieval origins of Europe. étaient fort diverses. Israël puisa dans l’alliance avec un Dieu unique et dans une « religion comme mémoire » d’étonnantes ressources pour conserver son identité 14.. GEARY. le discours sur l’identité peut.Sur la notion de « people by constitution ».. Cette identité romaine avait plusieurs niveaux : le lien avec la ville de Rome et l’appartenance à la gens romana furent étendus à une définition politique et à une citoyenneté étroitement liées. p. sur celle d’identité inachevée : ANDREA GIARDINA.info . Processus ethniques à l’époque des transformations du monde romain Les formes de l’identité ethnique. . Cambridge.JAN ASSMANN. Das kulturelle Gedächtnis.S. Beck. être reconstruit et ses effets ou.158.79.. ses références (au sens sémiotique du terme) peuvent être dévoilés. toutefois. The myth of nations. mais. Nous ne sommes en mesure ici que d’en présenter quelques aspects .H. pp. en substance. Eine Sinngeschichte. A 1999. 14 . Fischer Taschenbuch.info . © Editions de l'E. Princeton-Oxford. Document téléchargé depuis www.25/01/2014 01h48.. Princeton University Press. Francfort-sur-le-Main.ID. voire de la « fuite de l’identité » (comme dans le monachisme des origines). L’Égypte codifia son identité des millénaires avant que.99 . 15 . 431-463. 1997.ISOCRATE.158. l’identité romaine demeura inachevée 16. en retour. 196-228. sous la domination perse et pendant la période hellénistique. Même si les sources sont minces..H. 187 Document téléchargé depuis www. à tout le moins. Panégyrique.38. XIII. 13 .S. Munich. L’Italia Romana: storie di una identità incompiuta. Cambridge University Press. © Editions de l'E. Les Grecs parvinrent à une définition culturelle de l’identité hellénique en opposition avec les « Barbares ». HALL. ¨ gypten. voir PATRICK J. Et le nom de Grec devrait être conféré à ceux qui participent à la culture grecque plutôt qu’à ceux qui sont d’origine grecque 15. Rome-Bari. à une conscience culturelle.S. Schrift.38. il nous faut tout d’abord en esquisser le contexte. 63 .PROCESSUS ETHNIQUES ou l’absence de l’écrit.25/01/2014 01h48. 2002.E. 1997. Le succès de l’Empire romain reposa sans nul doute en grande partie sur sa grande capacité d’intégration. l’identité grecque demeurait le plus souvent déterminée par l’appartenance à la polis.79. ne soit achevée la « construction culturelle de l’Autre » 13. p.

2000.H.. un schéma de l’armée romaine datant du début du Ve siècle.WALTER POHL 188 17 .info . L’ethnographie romaine livre de longues listes de peuples du pourtour méditerranéen . En tant que soldats. Steiner Verlag. parvinrent à s’imposer à la place des gentes issues d’espaces réduits. ce qui conduisit finalement à l’éviction finale de l’empereur romain d’Occident par les rois barbares. un intéressant point de départ sociologique dans NIKLAS LUHMANN.158. Berlin. esclaves et.79. Die Germanen. Bruxelles. 1999.S. MU Ethnographie und ethnologischen Theoriebildung. HERWIG WOLFRAM. des groupes plus vastes et mobiles.cairn. soldats de l’armée impériale. . Munich.99 .H. plus diffus et ouverts ethniquement. les Usipètes. Ceci conduisit à une différenciation progressive des communautés au-delà du limes . F.38.25/01/2014 01h48. Dans ce processus. peut ainsi se lire par moments comme un inventaire des peuples avec lesquels les Romains furent en relation pendant près d’un demi-millénaire. 18 . eux-mêmes considérés comme des Germains . 19721980 .E. les Chérusques. Gesellschaftsstruktur -und Semantik. Au IIIe siècle. les Barbares bénéficièrent du prestige de l’Empire romain et purent s’y voir s’ouvrir de nouvelles perspectives de carrière. comme le montrent les noms donnés aux unités auxiliaires : la Notitia Dignitatum.E. Cependant. Das Reich und die Germanen. locales et régionales. et les Jazyges l’étaient parmi les Sarmates. Ce furent les Francs et les Alamans sur le Rhin. Wiesbaden. Au bout du compte. © Editions de l'E. du fait des luttes internes mais aussi des assauts barbares. Oldenbourg. les Cattes ou Chattuari 17.S.25/01/2014 01h48. le besoin de l’Empire en soldats croissait. comme les Marses. Zwischen Antike und Mittelalter. Le rapport aux Barbares était déterminé par des stéréotypes et des images de l’ennemi par lesquels la civilisation se constituait dans sa différence à l’Autre 18. comme sujets. Ce long contact avec le monde romain pendant la période impériale transforma les sociétés « barbares » de sa périphérie. De manière concomitante. On peut rendre compte de ce processus de diverses manières : il était plus facile et moins coûteux de recruter des guerriers Document téléchargé depuis www. s’accrut. 1990 . Les groupes ethniques plus vastes n’étaient pas véritablement distingués : c’est le cas des Marcomans qui étaient comptés parmi les Suèves. qui ne correspondaient pas aux auto-définitions de ces groupes humains. 2. considérés eux-mêmes comme des Scythes. avant tout. Les Romains percevaient leur environnement « barbare » comme un monde de gentes.38. Le Barbare : recherches sur la conception romaine de la barbarie et ¨ LLER. il s’agissait de dénominations ethnographiques globalisantes.YVES ALBERT DAUGE.99 . 138-150. KLAUS E. R. à l’occasion. © Editions de l'E.S. Francfort-sur-le-Main. la culture romaine offrait des voies permettant d’intégrer les Barbares. les Vandales en Germanie orientale et surtout les Goths.158. de peuples différents. les usages de ces recensements étaient aussi bien cognitifs que politiques. les classifications ethniques n’étaient pas aplanies mais au contraire consolidées. Les noms qui nous ont été transmis correspondent à des ordres de grandeurs très divers. l’importance prise par les guerriers spécialisés.WALTER POHL.. Dans de nombreuses régions. les Romains avaient affaire à de petites entités.. dans le même temps. comme sur la rive droite du Rhin sous le Haut-Empire. dont l’horizon s’étendit au-delà du petit monde des ethnies régionales. Latomus. comme envahisseurs et pillards. pp.79. Geschichte der antiken de la civilisation.S.info ..cairn. mais aussi. Siedler. vol. 1981 . Suhrkamp. dont le terrain d’action s’étendit rapidement au Bas-Danube et à la mer Noire. Document téléchargé depuis www.

voir PIERRE COURCELLE.99 . 2002.. Kohlhammer.H.158. voir ERNEST STEIN. diminuait. en 418 en Aquitaine.S.. les Wisigoths et les Suèves en Hispanie. naquirent de nouveaux peuples et royaumes : les Ostrogoths en Italie. Stuttgart. même après plusieurs changements successifs et rapides de chef. de manière encore plus étroite et contradictoire avec les sources. © Editions de l'E. Il est fondamental de ne pas être induit en erreur par les modèles naturalistes de l’historiographie traditionnelle. . comme Boniface ou Aetius.S. les Goths d’Alaric Ier et de Athaulf demeuraient soudés.. Le couple antonyme Romain/ Barbare – ou. les Wisigoths. cit.-C. ÉMILIENNE DEMOUGEOT. ou à partir des points de vue français et italiens selon lesquels ils étaient la conséquence d’invasions barbares. de soldats barles provinces occidentales de l’Empire. Considérer l’avènement des nouveaux royaumes comme le résultat de grands mouvements de peuples (Völkerwanderung). Das Reich und die Germanen.S. Histoire littéraire des grandes invasions germaniques. tous les trois payèrent cette ascension de leur vie. WOLFRAM.E. d’autant plus dangereux pour leurs rivaux qu’ils avaient largement adopté le mode de vie romain et s’étaient ainsi frayé un chemin dans le cercle des prétendants à la dignité impériale . Le Goth Gainas à Constantinople. © Editions de l'E. bons connaisseurs du monde romain et qui disposaient en sus de leur propre armée dont la loyauté était plus ou moins fondée sur l’ethnie. la distance culturelle entre les officiers romanisés d’origine barbare et les seigneurs de la guerre romains. 1949-1956. La formation de l’Europe et les invasions barbares. autour de 400 après J. Conjointement.79. Tous ces groupes barbares étaient auparavant restés une génération au moins au sein des provinces romaines 20. Paris. le Franc Arbogaste en Gaule ou le Vandale Stilicon à Ravenne étaient.cairn.. les Burgondes et les Francs en Gaule..PROCESSUS ETHNIQUES 19 . Die Völkerwanderung. le couple Romain/Germain – a longtemps étouffé la recherche dans discussions Document téléchargé depuis www. De l’avènement de Diocletien (284) à l’occupation germanique de l’Empire romain d’Occident (début du VI e siècle).. 2 vol. 212-214 . Ceci reflète en partie les perceptions du temps. à propos de leur perception dans la littérature. [1948] 1964. Alors que les suites et les armées d’un Aetius ou d’un Boniface se délitaient après leur mort ou s’alliaient à un rival. réimpr. comme le fit la recherche allemande.79. Histoire du Bas-Empire.38.Pour le déroulement des événements. Aubier. pp. 1979 . jusqu’à parvenir à la fondation.H. C’est ainsi que l’ethnicité en vint à devenir un principe organisationnel dans ` partir d’armées errantes. les Vandales en Afrique. car le modèle dual et antagonique opposant les Romains et les Barbares paraît peu adéquat pour saisir les événements d’alors. Finalement. Amsterdam. 2. Paris.25/01/2014 01h48. Études augustiniennes. H.99 .E. qui devaient leur position à leurs gardes composées de Buccelari barbares... c’était admettre que des peuples matures ont importé sur le sol romain leurs formes d’organisation barbares.cairn.info .38. ce ne sont ni les Barbares pleinement intégrés à la cour impériale ni les « Barbares véritables ». Adolf Hakkert.158. tel l’envahisseur Radagaise. A bares depuis longtemps intégrés et de groupes d’agriculteurs colons ainsi que de provinciaux ambitieux qui se joignirent au nouveau pouvoir. d’un royaume fédéré des Wisigoths 19.info . op. à la fois aptes à s’intégrer.25/01/2014 01h48. 189 Document téléchargé depuis www. 1968 .. Ce furent des Barbares comme Alaric et ses descendants. la disponibilité des premiers facilitait l’ascension aux postes élevés de l’Empire mais sapait aussi sa stabilité. Paris.WALTER POHL. qui prirent le pouvoir dans l’Empire d’Occident.S.. barbares que des soldats romains réguliers . 20 .

stériles visant à déterminer si la royauté.Ibid. Cette représentation de type biologique a conquis la science historique du XIXe siècle et a été complétée par les visions romantiques de « l’âme du peuple ». 300-800. mais non dans les actes diplomatiques .. Le plus souvent. la culture ou le droit des regna post-romains étaient plutôt « romains » ou plutôt « germaniques ». L’inventaire des différences. ont fait ces dernières années l’objet de vives discussions. wisigoths et lombards des Vee VIII siècles en tant qu’espaces politiques et culturels spécifiques dans lesquels.79. . Au demeurant. on s’est plu à faire dériver les peuples les uns des autres sur le modèle de l’arbre généalogique et de la parenté 24. les contemporains se décrivent systématiquement en termes ethniques : regnum Francorum. © Editions de l'E. Kingdoms of the empire.cairn. 23 . 1957-1963.S.79.99 . Gothi. Leyde. le constat est moins net. Paul Veyne nous a pourtant mis en garde : les historiens qui prétendent ne pas avoir de théorie se fondent en réalité sur une théorie implicite qui n’apparaît pas comme telle car devenue trop évidente 23. J. par exemple WALTER POHL (dir. sur les fondations d’un acquis. Dans les dénominations et représentations officielles. etc.S. Paris.158.25/01/2014 01h48..E. le système politique. 1997 . 22 . ou bien modifiait-il en profondeur et de manière concrète le groupe qu’il englobait ? Quels rôles ont joué les mythes originels et autres « textes d’identité » pour les communautés ethniques ? En quoi les différents peuples se différenciaient-ils les uns des autres et se distinguaient-ils des peuples des provinces sur lesquelles ils régnaient ? Ces questions. de quelle taille étaient les groupes qui se reconnaissaient comme tels ? Le sentiment identitaire des Francs ou des Goths s’était-il transmis de manière continue de génération en génération.).. même la formule rex Francorum ne s’imposa que progressivement 22.S.99 . E.H. Brill. les points de vue exprimés correspondent à des prises de positions plus générales sur le caractère et la signification de l’identité ethnique.HERWIG WOLFRAM. en prétendant parfois faire une lecture des sources libre de tout a priori. les souverains lombards se désignaient par le titre de rex gentis Langobardorum dans leurs lois. Böhlau.PAUL VEYNE. © Editions de l'E..WALTER POHL 190 21 . Brill.H. 4 vol. A nies servait de soubassement aux dénominations utilisées. on cherchait à implanter ses solutions propres 21. par les idées évolutionnistes Document téléchargé depuis www. 219.158. notamment dans les titulatures royales. 1976. J. 1998. The construction of ethnic communities. Il est hasardeux de déduire davantage des sources. Voir aussi les volumes de la collection « The transformation of the Roman world ». Strategies of distinction. Leyde. D’où bien des controverses : dans quelle mesure le sentiment d’appartenance ethnique était-il effectif..25/01/2014 01h48. p.E. Le roi ostrogoth Théodoric ne portait pas le titre de rex Gothorum mais celui de Flavius rex : il signifiait par là que son pouvoir ne s’exerçait pas sur les seuls Goths.ARNO BORST. Il importe davantage de décrire les royaumes francs. Der Turmbau von Babel. gens ` l’intérieur comme à l’extérieur. WALTER POHL et HELMUT REIMITZ (dir.info .cairn. 24 . Depuis l’Antiquité.info .38. sans toutefois afficher leur filiation ou. Hiersemann. que signifiait l’identité ethnique à l’époque des regna postromains ? Une chose est sûre : dans l’historiographie d’alors. l’ordonnancement par ethLangobardorum. Le Seuil. Stuttgart.38. 1967. E. qui ne représentaient qu’une petite partie de l’Italie sur laquelle il régnait .S. Intitulatio I. Geschichte der Meinungen über Ursprung und Vielfalt der Sprachen und Völker. Cologne-Vienne. et bien d’autres. pire. Document téléchargé depuis www.).

du seul fait du recours à des méthodes issues des sciences naturelles.H. Calmann Lévy. 1990 . Beck.H. auxquels il a consacré une étude de cas exhaustive. 42-2. Les Goths. L’idée selon laquelle les peuples sont le résultat de processus historiques où un sentiment subjectif d’appartenance – le « plébiscite de tous les jours » de Renan – joue un rôle décisif s’est imposée dans les recherches sur le haut Moyen ˆ ge 25.S..38. éd.25/01/2014 01h48. Or. 1. le racisme n’a plus sa place dans les sciences. des peuples dont l’identité était déterminée par la croyance en une origine commune étaient en réalité des groupes pluriethniques.S. « L’ethnicité comme volonté et comme représentation : à propos des Peul du Wasolon ». Les origines (avant l’an mil). H. [1979] 2001. ¨ DER (dir. 1947. sur le plan statistique. in ID. ces méthodes véhiculent l’illusion d’une définition abstraite et statistique de groupes bien identifiés. Herwig Wolfram a étendu ce modèle à l’ethnogenèse du haut ˆ ge tout en élargissant l’optique de R. . Aspekte der Nationen27 . Cologne-Vienne. 1987. Böhlau. utiles à l’historique des déplacements de population. © Editions de l'E. ceux-ci ne peuvent être identifiés aux peuples historiques . même dans le meilleur des cas..cairn. voir également KARL FERDINAND WERNER. Autrement dit. Dans ce champ.79. Die ment fondamentales les recherches de CARLRICHARD BRU Geburt zweier Völker. tout danger que dans quelques cercles de l’anthropologie physique. [1961] 1977. et être. Annales ESC. pp. 1. Selon lui. Das Werden der frühmittelalterlichen Gentes.). vol. 465-489. A tion de l’ethnicité. 485.. voir JEAN-LOUP AMSELLE.Par exemple HELMUT BEUMANN et WERNER SCHRO bildung im Mittelalter. Deutschland-Frankreich. Jan Thorbecke. en particulier à la suite des travaux de Reinhard Wenskus 26. soutenus par des traditions mythiques des modes de vies. telles que les analyses d’ADN ou des oligoéléments dans les squelettes. Jahrhunderts. pp. demeurèrent par la suite au centre des débats méthodologiques qui se sont encore accentués ces dernières années.info . Die Goten.cairn. Fayard. 1984.. parviennent à lier entre eux des groupes beaucoup plus importants et à infuser en leur sein une identité ethnique précise. vol. par une analyse détaillée de l’intégration des Barbares dans l’Empire romain 28. Après 1945. 191 Document téléchargé depuis www. 26 .. Sigmaringen. des écarts significatifs. furent égale¨ HL. 1978. et la typologie des races ne trouve plus de partisans ` dire vrai. « Qu’est-ce qu’une nation ? ». ` propos de l’historicisapar Henriette Psichari. Œuvres complètes. Von den Anfängen bis zur Mitte des 6.S. le développement qui allait aboutir à une « nation gothique » Document téléchargé depuis www.79. ici p.REINHARD WENSKUS. Cologne-Vienne.158. qu’il nomme « constitution » (Verfassung). C. d’une sélection naturelle des peuples les plus aptes et par les idéologies racistes de la supériorité de certains d’entre eux sur les autres.99 . Vienne-Munich. Histoire de France. A Vienne. trop centré sur la germaMoyen A nité. © Editions de l'E. Böhlau. En raison de l’adoption somme toute arbitraire de critères destinés à produire. de A petits « noyaux de traditions » (Traditionskerne).HERWIG WOLFRAM. Paris. par exemple.info .PROCESSUS ETHNIQUES 25 . Stammesbildung und Verfassung. Ce concept a surtout été appliqué par un groupe de médiévistes allemands (autour de la série « Nationes ») à l’Allemagne et à la France à partir du e 27 ` X siècle . il n’existe pas de « gène franc ». Wenskus. 887-906. à l’aide d’une terminologie volontairement anachronique.99 .38.ERNEST RENAN. 28 .E. Suzanne Teillet a dépeint. A du retour de la théorie biologique n’est pas écarté.158. Paris.25/01/2014 01h48.E.S.

SUZANNE TEILLET.S.99 . The narrators of Barbarian history. L’ethnicité invite également à envisager non un domaine de la vie des hommes clos et analysable en soi. il ne s’explique pas par le seul Document téléchargé depuis www. PATRICK AMORY. The rise of Western Christendom: triumph and diversity. GILLETT (dir. Les origines de l’idée de nation en Occident.. sans perdre de vue le référent social dans toute sa diversité. mais l’interface entre les identités individuelle et collective. A. Oxford-Cambridge. du V e au VII e siècle. Princeton University Press. The Goths. perdant de vue le fait qu’aussi bien la vie des individus que la cohésion sociale n’étaient pas uniquement déterminées par l’identité ethnique.79. qui. A ces points de vue s’ajoute la position critique de Walter Goffart. voir aussi les contributions de Walter Goffart.158. © Editions de l'E. ce dont les textes qui nous sont parvenus livrent de multiples traces 32. Il faut en outre prendre en considération.. . 2002. mais qui ne peut être résolue pour elle-même. Oxford-Cambridge. pp. cit. dans la construction des identités. ressource des loyautés politiques et horizon narratif de l’histoire se sont imposées au Ve siècle au sein de l’Empire romain d’Occident. analyser les témoignages écrits et leur contribution à la production de sens.).info .99 . Cependant. d’une large ouverture du champ d’étude : au haut Moyen A en priorité.S. Basil Blackwell. On Barbarian identity.. Paris. Turnhout.WALTER GOFFART.H. 1997.Le contraire a été. La question concrète à laquelle l’identité ethnique renvoie. Das Frühmittelalter. op. HEATHER. ceci l’amène à textes du haut Moyen A adopter une position « révisionniste » selon laquelle l’identité ethnique ne se transmet pas par les textes et ne peut donc être étudiée à travers eux. People and identity in Ostrogothic Italy. Brepols. La stérilité de certains ouvrages théoriques sur l’ethnicité tient sans doute à ce qu’ils cherchent à isoler artificiellement les identités ethniques. 221-240.D. in A. Dans cette perspective. sans engager de sentiment identitaire.WALTER POHL. Il s’agit là d’un tournant remarquable. 1990. Document téléchargé depuis www. « Ethnicity. 489-544.. il est possible d’étudier la formation des identités ˆ ge. au prix. ont pu leur permettre de jouer un rôle historique effectif.E. Cambridge University Press.D. Peter Heather a présupposé qu’un noyau de plusieurs milliers de guerriers goths était relativement stable. est celle des solidarités et de la coopération au sein de vastes groupes.79. alors que Patrick Amory considère l’identité gothique comme une « idéologie ethnographique » ne visant qu’à conserver ` les privilèges du groupe des guerriers 30.S.WALTER POHL 192 29 .. GILLETT (dir. 1996.). A.H.25/01/2014 01h48..cairn. 550-880. Les identités ethniques comme principe de distinction sociale. 30 . Les Belles Lettres.info .38. Jordanes.25/01/2014 01h48..158. 1996 . Cambridge University Press. Cambridge.cairn. 200-1000. Die abendländische Christenheit 400-900. des facteurs tels que la foi chrétienne et l’organisation ecclésiale 33.E. Stuttgart. de manière quelque peu excessive.S. © Editions de l'E.38. en Espagne 29.. 1984. Des Goths à la nation gothique. indépendamment des perceptions sociales 31.PETER J. mais se développe de manière « naturelle ». Princeton. 31 . 33 . Nous estimons au contraire que la construction des identités supra-régionales exigea des efforts considérables de la part des instances sociales. montré par ARNOLD ANGENENDT. 32 . Voir aussi la synthèse de PETER BROWN. il est vrai. Alexander C. Bede and Paul the Deacon. 1988 . Critical approaches to ethnogenesis theory. theory and tradition: a response ». On Barbarian identity. seules. Gregory of Tours. Murray et Michael Kulikovski dans A. Kohlhammer. qui considère les ˆ ge comme « fictifs » de manière générale . essentiel pour l’histoire de l’Occident.

Ethnic groups and boundaries: the social organization of cultural difference. L’organisation des peuples païens – Alamans. non indifférente. AngloSaxons et Slaves – demeura en revanche polycentrique. . lui-même porteur d’un fort potentiel d’intégration. C’est une fois convertis au christianisme.). Seuls les peuples des steppes – Huns. l’ethnicité. cette exclusion s’avère toutefois peu 34 .38.99 . Oslo-Londres. fait que des peuples « envahisseurs » auraient imposé leur structure ethnique à la population romaine.] ne devient une différence visible.S. perceptible. Chr. © Editions de l'E.158. Le Seuil. Le origini etniche dell’Europa. Pour une définition générale de l’ethnicité.E. 193 Document téléchargé depuis www.. © Editions de l'E.E. 9-38. Le succès dans l’instauration. 181-286. Dès l’origine. un « nous » puissant. (dir. 1994. mais ce n’était en général qu’aussi longtemps que durait leur phase d’expansion et seulement pour une période de deux à trois générations. alors même que leurs représentations de l’Autre restaient incertaines.FREDRICK BARTH. 35 .H. Die Awaren. loin de représenter. 1969. peut être perçu par d’autres comme particulièrement hétérogène.. ID. 24. 567-822 n.cairn.S. 1988 . Scandinavian University Press. in ID.S. Paris. Saxons. Beck.38. Bulgares et Hongrois – étaient en mesure d’exercer leur domination sur de vastes espaces en fonction de tout autres critères. en déduit que c’est aux frontières tracées entre soi et l’Autre que se construit la cohésion des groupes ethniques 36. Munich. un caractère archaïque comparable à ce que les ethnographes du XIXe siècle désignaient par le terme de tribus (Stämme). p. que si elle est perçue par quelqu’un qui est capable de faire la différence 35.info . 36 . Ein Steppenvolk in Mitteleuropa. d’une domination politique sur de vastes espaces ne sourit finalement qu’à des rois chrétiens disposant de l’écriture latine et bénéficiant encore des structures du Bas-Empire romain. lesquelles acquirent une signification sociale ou servirent à caractériser l’étrangeté de l’Autre ? Celles-ci ne dérivent pas de ces caractéristiques intrinsèques mais de la perception qu’en avaient les acteurs. H. s’intégra au contraire dans un modèle politico-culturel complexe..info . Avars.99 .H. pp. C. pp.S.79. 2000. Viella. comme le souligne notamment Pierre Bourdieu : « Une différence. sous l’autorité d’un groupe de chefs défini ethniquement. Rome. jusqu’à leur christianisation. Parmi ces différences..WALTER POHL. Le concept d’identité est-il donc un paradigme adéquat pour décrire les changements du Ve siècle ? Document téléchargé depuis www. » Un groupe qui se voit comme une communauté forte.PIERRE BOURDIEU.. socialement pertinente. Fredrick Barth.158. que Hongrois et Bulgares purent assurer de manière durable la formation de leur État 34.PROCESSUS ETHNIQUES Identités et différences Les individus se différencient de manières très diverses.25/01/2014 01h48. « Introduction ».cairn..25/01/2014 01h48. et non avant..79.. Barbari e Romani tra antichita e medioevo. Ce changement n’a pu opérer que dans le contexte d’une transformation affectant l’ensemble des cadres sociaux et politiques. une propriété distinctive [. dans l’une des contributions les plus éclairantes sur la question de l’ethnicité. Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action. dans l’Europe médiévale.

MU « Ethnogonie und Ethnogenese. l’observation de Barth s’avère bel et bien essentielle. Les critères d’appartenance ethnique. voir WILHELM E. POHL et M.Voir PIERRE BOURDIEU.E. la conscience de la différence peut se radicaliser ou au contraire tendre à s’effacer selon des modalités très différenciées 38. 9-27.. Différence et répétition. 1983. le jugement social par lequel quelqu’un « fait la différence 40 ».25/01/2014 01h48.72 ». pp. pp.. aux marges de groupes ethniques distincts.Sur l’identité en tant que mirage émergeant uniquement à la faveur du jeu des différences : JACQUES DERRIDA.. pp. retravaillée .A « Identity and cultural studies.cairn.S. Voilà qui n’est ˆ ge. cit. GROSSBERG. © Editions de l'E. La distinction. 40 .WALTER POHL 194 ¨ HLMANN. DIESENBERGER (dir.cairn.info . De fait. .25/01/2014 01h48. Les conditions de cette « communication créatrice d’identification » étaient variées.). ` ce propos. voir « Confronting identities: the rhetoric and reality of a Carolingian frontier ».. art.38. 113.info . dans le monastère frontalier de Redon au IXe siècle.79. La différenciation d’avec l’extérieur n’est pas donnée a priori mais elle doit sans cesse être réactivée.99 . VEYNE. voir P. « Ethnic identity as a situational construct in the early Middle Ages ». 38 . 1985.79. H.. seul peut être considéré comme Pachtoune celui qui « agit en Pachtoune » et qui. Il est néanmoins nécessaire de distinguer. par-là. Smith a montré par exemple que.Voir aussi PATRICK J. elle est souvent comprise comme un état fondamental où le fait d’être différent et la mise à distance excluent de facto ce qui est identique à soi (Identisch-Sein) 42.99 . Document téléchargé depuis www. 41 . est conscient de la différence de ses actes et gestes 39. Le Seuil. tels qu’ils ont été déclinés par la littérature ethnologique et sociologique – langue.38. à savoir trace les lignes claires et nettes d’un paysage d’identités et de distances.158.. La notion de différence a.H. [1969] 1989. tout comme l’identité. Dans les débats philosophiques et anthropologiques actuels. Studien zur Ethnogenese. Theoretisch-ethnologische und ideologiekritische Studie ». Paris. Les observateurs comme les acteurs contribuent à la définition des frontières sociales. L’écriture et la différence. un continuum de particularités plus ou moins à l’origine de différences entre les individus et les groupes humains et. © Editions de l'E...S. 42 . 39 .E. 163-176. L. in W. Ethnische Identitäten und kulturelle Muster im frühen Mittelalter. Document téléchargé depuis www. PUF.S. Éditions de minuit. sur le modèle de celles qu’a pu étudier l’ethnologie moderne.. appropriée 37. une origine historique 41. Pourtant. . Paris. 37 . La plupart des hommes de ce temps s’identifiaient moins en fonction des grands peuples qui faisaient l’histoire que des petites communautés déterminées par les relations de face-à-face plus perceptibles qui correspondaient peut-être à des « tribus » (Stämme) vivant de manière relativement isolée. « Abhandlungen der Rheinisch-Westfälischen Akademie der Wissenschaften. ». Vienne.Julia M. la différenciation entre Bretons et Francs avait nettement moins d’importance qu’au centre de l’empire carolingien . cit. Critique sociale du jugement.H. Integration und Herrschaft. 15-26. op.158. GEARY. ¨ sterreichischen Akademie der Wissenschaften.Sur l’individu comme « porteur de signes de frontières ». 2002.. Mitteilungen der Anthropologischen Gesellschaft in Wien. GILLES DELEUZE. que de faible secours pour saisir les constructions identitaires du haut Moyen A Il semble plus adéquat de considérer qu’identités et différences sont sans cesse recréées par des actes de communication et des formulations symboliques. « Forschungen zur Geschichte Verlag der O des Mittelalters-3 ». 1967 . 1979. d’autre part. Paris. d’une part. p. L’inventaire des différences. 93 sqq.S.

Sur les préjugés ethniques.38.. 66. STEIFF-FENART.. WALTER POHL. 743-763.cairn. . 143 f.158.79.S. 73 sqq.79. les généraux romains en poste aux frontières disposaient d’informations extraordinairement précises qui. « Rainaldus est malus scriptor Francigenus – voicing national antipathy in the Middle Ages ». « The integrative revolution. Theories de l’ethinicité. Ceci vaut ˆ ge : à l’abégalement pour les préjugés ethniques. alors que l’identité était perçue et formulée sur un mode très spécifique.99 .S. 1962 . Getica. in ID. © Editions de l'E.PROCESSUS ETHNIQUES Discours ethniques de l’Antiquité tardive L’Empire romain tardif offrait de tout autres conditions à l’épanouissement des discours ethniques tels qu’ils pouvaient régner dans le Barbaricum peu densément colonisé. De origine actibusque Getarum. XXVIII. l’altérité était considérée de manière beaucoup plus globale. ascendances communes –. impressionné. culture ainsi que. 44 . pp. p.cairn. 7-32. « Ethnic names and identities in the British Isles: a comparative perspective ». Il est possible que leur conception de l’altérité n’ait pas été aussi différenciée et ait commencé avec le village voisin.S. The Anglo-Saxons from the migration period to the eighth century: an ethnographic perspective. new states.JORDANES. (dir.info . 1991. Alcuin. mais demeurait souvent ambivalente et plurielle. le Goth Athanaric. © Editions de l'E. sur sa réception.. cit. Un faisceau d’éléments produisit un sentiment hautement développé de l’ethnicité. de disposer d’un savoir détaillé sur les relations entre peuples barbares. dans les textes. Une division du monde en gentes à cette période ne va pas nécessairement de soi.. New York. Ainsi avait-on conscience de la pluralité ethnique des métropoles de l’Empire comme de ses provinces limitrophes : « Les hommes de différents peuples provenant de directions diverses s’y écoulaient comme un flot ». POUTIGNAT et J. il était nécessaire.38.H.25/01/2014 01h48. voir PAUL MEYVAERT. Old societies. 1997.).158.). The Boxdell Press. Parmi les Barbares.E. remarquait. Speculum. 18 . L’identité ethnique ne fut pas à l’origine de schémas de répartition clairs et précis correspondant à nos atlas historiques. même là où son ancrage par l’écriture avait largement progressé. et le désignaient indifféremment comme Brito vel Scoto 44. voir P. se mêlent à des degrés divers aux 43 . Woodbridge. bien présents au haut Moyen A baye de Saint-Martin de Tours.CLIFFORD GEERTZ. avait une fois encore admis un Engilsaxo au monastère. 45 .S. Il ne faudrait toutefois pas généraliser trop vite ce modèle 43. la connaissance des paysages ethniques n’était sans doute guère plus précise. sans doute. Nous en savons à dire vrai bien peu sur l’identité de telles communautés dans l’Europe du premier millénaire.info . pp. vers 800. op.E. Dans le système impérial romain. sont en général pertinents pour ces communautés. in J.H. les moines se plaignaient du fait que leur abbé. Même si l’idéologie impériale de la supériorité des Romains se plaisait à répandre dans l’opinion publique romaine une « conscience fausse » de ce qu’étaient les Barbares.. Primordial sentiments and civil politics in the new states ». pour contrôler politiquement les périphéries de l’Empire. Document téléchargé depuis www. Bien souvent.Vita Alcuini c. HINES (dir. à Constantinople 45.99 . 195 Document téléchargé depuis www. Free Press.25/01/2014 01h48. L’identité peut tout à fait correspondre ici à ces « affects primordiaux » qu’a décrits Clifford Geertz.

PATRICK J.. Strategies of distinction.E. Before France and Germany. pp. Stuttgart. En Italie ostrogothique. 1994. REIMITZ.. des Francs.38. sur la circulation de l’information. vol. de Taifales. conservaient leur identité grâce à une stricte endogamie et par la transmission de leurs coutumes et traditions.158. « Symbolic ethnicity: the future of ethnic Document téléchargé depuis www. © Editions de l'E.. « Volkstum und Volksbewußtsein im Frankenreich des 7. à tel point que. d’Alamans et de Bretons. 2. . Thorbecke. sous une forme légendaire. Spätantikes und fränkisches Gallien. 51 . stéréotypes 46. IAN N. British Museum Press. Das Reich und Germanen.25/01/2014 01h48. alors que les nouveaux venus s’ouvrent tout d’abord aux promesses offertes par le nouvel environnement. 1993. « Beihefte der Francia-3 ». Londres-New York.99 . Pour des exemples sur les informations scripturales détaillées circulant dans les armées romaines. 70 . p.79. 50 . entre autres. voir. lire A. parfois entièrement reconstruite 51. Life and letters on the Roman frontier. New York-Oxford. op. il était particulièrement important de conserver leur identité..EUGEN EWIG. ou bien les traités d’art militaire romains ou byzantins comme le Strategicon de Mauricios (vers 600).Sur la notion de « conscience fausse » (falsches Bewußtsein).Voir à ce sujet le sens qu’en donne PETER J. 231-273 . Nombre des dynamiques animant l’histoire des Document téléchargé depuis www. pp. que les Arborychi (les Armoricains en Gaule franque) veillaient à maintenir leurs traditions romaines 48. cit. ne trahissent pas la dynamique de l’ethnicité archaïque 50.cairn.WALTER POHL 196 46 . des Burgondes et des Goths. Theories of ethnicity. Londres.. GANS. Cambridge. Des unités de l’armée romaine d’origines très diverses étaient envoyées en garnison de manière ciblée dans les régions éloignées de l’Empire . The Merovingian kingdoms.25/01/2014 01h48.. BOWMAN. à la faveur de la confusion des guerres gothiques. © Editions de l'E. 95-111.38. 47 .H. De bellis.. 1994 . surtout la contribution de HERBERT J. 7. S’y ajoutaient les esclaves d’origine barbare dont les possibilités d’ascension sociale n’étaient pas négligeables.99 .. SOLLORS (dir. d’Alains.cairn. on agissait de même avec les Barbares soumis que l’on installait comme Laètes ou Dedicitii au sein même de l’Empire.. Jahrhunderts ». les tablettes de Vindolanda à proximité du mur d’Hadrien : ALAN K. ainsi que les migrations internes à l’Empire... 1976. Oxford University Press. mais représentent plutôt une réponse à la pression assimilatrice d’un milieu étranger ouvert à l’intégration. voir W. La disposition à l’assimilation est aussi une affaire de générations . in W. « Disappearing and reappearing tribes ».79.S. Là où l’assimilation pouvait se traduire par une ascension sociale. WOLFRAM. qui manifestent le souci de minorités de se démarquer d’un environnement pluriethnique. WOOD. Cambridge University Press. les générations suivantes se retirent souvent sur le terrain d’une identité passée. aux côtés des Gallo-romains. voir H. op. et même des Syriens et des Juifs 47.Ibid.Pour un aperçu des débats.info . cit.. HEATHER. la minorité qui désirait conserver son esprit de corps se devait d’inventer des normes particulièrement rigides. cit. Longman.E. The creation and transformation of the Merovingian world... de plus petits groupes de Saxons. in ID.158. Information and frontiers: Roman foreign relations in late Antiquity. Des recherches sociologiques sur les groupes ethniques de la société américaine contemporaine ont abouti à de semblables conclusions.PROCOPE DE CÉSARÉE. POHL et H... ils tentèrent même de faire nommer l’un des leurs roi des Goths 49.H. 1. 12.S. L’historien byzantin Procope a ainsi rapporté. qui avaient accompagné Théodoric. Pour certains de ces groupes. 1988. 48 . au e VI siècle. En Gaule mérovingienne. Vindolanda and its people. 5. 450-475. 49 .S.. LEE.).S. D. op. les Ruges.. vivaient encore.info . GEARY. De tels efforts.

On faisait remonter la variété des langues à la tour de Babel et la diversité des peuples seulement aux fils de Noé.. cc. Das kulturelle Gedächtnis.. SCHREINER (dir.und Deutungskategorien politischen Wandels im früheren Mittelalter. 2. « nouveaux peuples » arrivant sur le sol romain peuvent être abordées dans cette perspective. op.. lorsqu’il s’agissait de décider de l’appartenance de tel ou tel peuple frontalier aux Germains ou aux Sarmates/Scythes. avaient développé.S. ». 8.. 425-459. linguis dissonae 53 ». de façon développée.H. HASTINGS. Etymologiae.S. Dans sa Germanie. 1994. cit. Tacite avançait avec prudence et de manière critique sur le terrain des caractères distinctifs entre peuples.).A. de préjugés et de faits connus grâce aux communications incessantes entre groupes ethniques. une forte identité ethnique qu’ils pouvaient conserver en situation hostile 54.25/01/2014 01h48. 197 Document téléchargé depuis www. pp. la généalogie de Noé – dont les fils sont les ancêtres de tous les peuples connus 55.. 4.. Pourtant. pp.E.cairn.. discolores habitu. 28. Erklärungsmuster. New York.JOHANNES FRIED.. voir aussi A. Isidore de Séville exprima au mieux les conceptions antiques et alti-médiévales en évoquant des gentes « variae armis. 27. Pendant l’Antiquité tardive.. art. . pp. Au VIIe siècle.J. Wahrnehmungs.. 1996. © Editions de l'E.79.). La pensée romaine avait d’ailleurs formulé à cet effet toute une série de critères exprimés de façon implicite ou explicite. Sozialer Wandel im Mittelalter.158. Mieux encore. 9. ISIDORE DE SÉVILLE. Un point critique demeurait néanmoins : ces deux mythes ne se combinaient pas aisément. p. cit. 17-18. op. op. 97 . du moins depuis la période de l’exil à Babylone.. Russell Sage Foundation. Regelungsmechanismen. 73-104.79. 196-228. la Bible commença à représenter un autre élément important du discours ethnique.38. TACITE.PROCESSUS ETHNIQUES groups and cultures in America ». Wahrnehmungsformen.. Virgile décrivait les gentes comme « variae linguis. ils s’essayaient à la classification des autres peuples à l’aide d’un modèle généalogique.. pp. 723 . en tant que « peuple élu » dont l’identité était déterminée par Dieu..cairn. . The construction of nationhood.38. Sigmaringen.info . 43 et 45 . 53 . cit. 54 .. Enéide.99 .25/01/2014 01h48.. Ces récits bibliques s’épanouirent de façon remarquable à l’époque médiévale. Germanie. 52 . On doit à l’Ancien Testament au moins deux grands récits relatifs à la diversité ethnique et linguistique du monde : l’histoire de la Tour de Babel. BORST. « Telling the difference. MIETHKE et K. C’est seulement ainsi que put émerger la vision d’un univers composé de gentes.S.99 . à ce propos. pp.. Ethnic Los Angeles. © Editions de l'E.H. in J. dans laquelle Dieu empêche l’action commune des hommes par la création des langues ..S.info . Les Juifs. la langue était considérée comme un critère de différenciation entre Document téléchargé depuis www. 20-23. L’opinion selon laquelle le monde était constitué de divers peuples n’était pas une évidence mais suppose au contraire un extraordinaire travail d’abstraction 52. « Gens und Regnum.VIRGILE. Le monde romain tardif cultivait un discours sur l’ethnicité qui se nourrissait à la fois de topoi ethnographiques (remontant pour certains à Hérodote) et d’informations contemporaines.158. 55 . Thorbecke. familiers les uns des autres.E. Bemerkungen zur doppelten Theoriebindung des Historikers ». Der Turm von Babel. voir W. ASSMANN. Voir aussi ROGER WALDINGER et MEHDI BOZORGMEHR (dir. POHL. habitu tam vestis et armis ». cit.

. .cairn. Cambridge.Des réflexions sensiblement neuves sur ce sujet dans IAN N. WOOD. crise qui affectait tout autant les habitants de l’Empire d’Occident que les Barbares nouvellement installés 62.info .SIDOINE APOLLINAIRE. Adversus legem Gundobadi.. à l’exemple de l’immigration illégale des Mexicains aux États-Unis.Tout comme la sociologie contemporaine l’a montré. Burgundio et Alamannos. WOOD (dir. pp. © Editions de l'E. étaient régulièrement – au moins de manière rhétorique – ethnicisés.S. 62 . voir aussi WALTER POHL. Brill.. ce sont là des cas d’invented traditions en plein cœur du e 60 V siècle . The missionary life.. ». 19. Il n’est sans doute pas exagéré de parler de crise d’identité pour le Ve siècle. W. « Social language.. Harlow. De son côté. The conqueror’s gift. » 58 . L’Empire romain avait précisément besoin des peuples dont il se plaisait de triompher. « The transformation of the Roman world ».. ` ce propos. CHRYSOS et I.MICHAEL MAAS. 1999. Epistolae. Document téléchargé depuis www. Isidore de Séville consacre une longue discussion contradictoire à ce problème 56. Aquitanos et Langobardos.S. Saints and the evangelisation of Europe.). Francicus. si l’on parlait de Thraces ou de Macédoniens. in E.H. Fifth-century Gaul: a crisis of identity. Ethnography. 23 sqq. 400-1050..WALTER POHL 198 56 .S. pp. Des noms de provinces antiques.158.. N. circumcisio et praeputium.. 127-141.99 . 2001. « Telling the difference. il semble que certains points de contact et routes précis aient été utilisés depuis longtemps par des groupes de Barbares : HORST WOLFGANG ¨ HME.38. énumérant avec démesure les noms des peuples vaincus : Germanicus. organisées selon les plus strictes exigences administratives. Cambridge University Press. Archäologische Informationen. Jahrhundert ». 1992 . les peuples.99 . 60 . 1/2. E.79. p. Alamannicus et ainsi de suite.H. 11) : « Ubi non est 57 .info .79. 3 : « [. c’était tout simplement pour désigner de manière ethnique une entité territoriale 61. 89103. Gothicus. 1 . © Editions de l'E.-6. 1996. ainsi que le montre la titulature dont s’affublaient les empereurs du Bas-Empire.E. 9. identities and the control of discourse ».A gentilis et Iudaeus. Leyde. barbarus et Scytha. et la modification chez AGOBARD DE LYON.ISIDORE DE SÉVILLE. J. Etymologiae.25/01/2014 01h48.JOHN DRINKWATER et HUGH ELTON (dir. Les peuples recommencèrent également à jouer un certain rôle au sein des populations des provinces romaines.38. Document téléchargé depuis www. Souvent. East and West: modes of communication. servus et liber. Longman.cairn.E.158. voir la célèbre phrase de Paul aux Colossiens (3.S.). « Kontinuität und Traditionen bei Wanderungsbewegungen im frühmittelalterliBO chen Europa vom 1. cit. de leurs lointaines et prétendues origines arvernes ou éduennes. le christianisme avait pour ambition d’instruire tous les peuples et faisait ainsi des gentes son horizon. identity and Roman Imperial power at the end of Antiquity (sous presse).] barbarus et Scitha. Il ne s’agissait pas seulement ici des nouveaux peuples barbares installés sur le territoire de l’Empire à la suite des mouvements migratoires incessants ou d’« invasions » 59. comme le dévoilent par exemple les lettres de Sidoine Apollinaire . 21. Des aristocrates gaulois se remirent fièrement à faire état des racines de leurs gentes. L’Antiquité tardive soulève la question de l’identité ethnique justement au moment où celle-ci semblait avoir été résolue dans le double universalisme impérial et chrétien 57. 59 . sed omnia et in omnibus Christus » . qu’il ne parvint à atteindre qu’au bout de plusieurs siècles 58. art.25/01/2014 01h48. 61 . POHL.

cit. De Gruyter. in H. A perceptions contradictoires. Voir E. . © Editions de l'E. p. 1975. Celui qui dénigrait les membres des élites romaines tardives en les traitant de « barbares » prenait. Getica XLI. Goth. pp..FRÉDÉGAIRE. cit.25/01/2014 01h48.79. 1990. Berlin-New York.. Gète et Scythe. entre autres. 65-104 (en français.. Le origini etniche. vol. alors qu’Alaric était désigné par le titre de Christianus propiorque Romano 64.. de ce fait. Dans la pratique. L’un des pionniers en ce domaine. 1998. cit. p.158. Le succès durable des discours ethniques dans la période antique tardive tient au fait que les dirigeants barbares des royaumes post-romains les reprirent à leur propre compte afin de définir leur identité. 9 (sur l’origine troyenne des Gaulois) . POHL. Paris. petit-fils de Théodoric. 7.. Fink... Contribution à la sémantique des temps historiques. à l’aide du concept antonyme et asymétrique Romain/Barbare. à une représentation relativement positive de ceux-ci 66. 596 sqq.info .E. STEIN. W. Les Barbares et leur structure ethnique n’apparaissaient donc pas nécessairement comme un « Autre absolu » dans le monde romain tardif . par une vaine spéculation étymologique se fondant sur la proximité des noms Gog. cette antinomie était perméable aux perceptions concrètes .JORDANES. 2 . p. 191-232).info . du point de vue chrétien.158. pp... une position politique.25/01/2014 01h48. op. 1-30. Histoire littéraire. Chroniques.Sur le concept d’antonymie-asymétrie. fut le sénateur et haut fonctionnaire Cassiodore. COURCELLE. Histoires. toujours par Cassiodore – que cette histoire donnait aux rois des Goths un passé tout aussi noble que celui des sénateurs : « Originem Gothicam fecit esse historiam Romanam 65 ».99 . Histoires contre les païens. Athalaric.. cit. faire la distinction entre deux Goths : Radagaise. 4-6 .99 . de leur ascendance troyenne 67.S. © Editions de l'E. en 410. perdue. « Trojamythos und fränkische Frühgeschichte ». les formes les plus diverses d’exclusion. 6. mais aussi les Gaulois romanisés du IVe siècle. REINHART KOSELLECK. WEINRICH (dir. p. tout comme les Romains. à laquelle ils contribuaient ` dire vrai. « Les concepts antonymes asymétriques ». car la légitimation du pillage de Rome par les Goths. de romanisation des Barbares. Les Francs se glorifiaient. 66 . voir N. 216. 65 . in Le futur passé. 2. 14 sqq. p. H. La culture antique avait développé un modèle dualiste qui permettait... op.H.cairn.79. ils étaient confrontés à une perception plus aiguë des identités ethniques. GEUENICH (dir.H. vol. Positionen der Negativität. 37 . 67 sqq. 2. Die Franken und die Alemannen bis zur « Schlacht bei Zülpich ». . au début du Ve siècle. 3. 199 Document téléchargé depuis www.38. Éditions de l’EHESS.PROCESSUS ETHNIQUES 63 . op. obligeait.). Histoire du Bas-Empire.. pouvait fièrement affirmer – et ces paroles mûrement pesées furent consignées.. op. parvint même à neutraliser le sens apocalyptique du nom des « Goths ». de « barbarisation » des Romains et de persistance de certains signes de l’altérité barbare se constituaient en une gradation que les contemporains du Ve siècle savaient manier avec habileté.38. Document téléchargé depuis www. 139 .OROSE. Poetik und Hermeneutik. d’assimilation. LUHMANN..).. Isidore de Séville. WOLFRAM. ainsi Orose pouvait-il. 67 . cit. Munich. Il utilisa également. 64 . dans le royaume ostrogoth. EUGEN EWIG. 115. op. in D. « Zur historisch-politischen Semantik asymmetrischer Gegenbegriffe ». qualifié de paganus barbarus et vere Scytha.P. pp.S. 15.E.. Die Goten. AMMIEN MARCELLIN. de cristalliser l’opposition entre l’identité civilisée et l’altérité barbare 63. Gesellschaftsstruktur und Semantik.cairn. les Histoires contres les paiens d’Orose.S. En s’y référant. auteur d’une Histoire des Goths.S. ils se retrouvaient pris dans des champs de eux-mêmes en retour. En même temps..

Montecassino’s politics of memory ». en Italie du Sud. euxmêmes tirés de sources écrites. 70 . dans d’autres récits. Oldenbourg. « Le genre de l’Origo gentis ». op. POHL.. 1990. On peut penser que les mythes des origines se fondaient sur des traditions orales qui remontaient à une époque antérieure à la création du royaume en Italie... theory and tradition. Revue belge de philologie et d’histoire. est certes stimulant mais très univoque. on retrouve des éléments proto-ethnographiques qui ne peuvent provenir de la littérature antique. le Chronicon Salernitanum raconte l’histoire du Lombard Comes qui. © Editions de l'E. Völkerwanderung. est pour lui loin d’être aussi essentiel. 2003.Se reporter à HERWIG WOLFRAM et alii.E.. 3.S. Vienne. SCHARER et G. qui tente de libérer les textes de leur substrat ethnique pour les lire comme des textes littéraires. Werkstätte der Erinnerung. cit. 2001. 1. qui se fonde sur l’Histoire des Goths de Cassiodore. « Origo gentis ». pp. entre les « traditions authentiques » ou les « fictions enseignées » (gelehrte Fiktionen) et autres invented traditions. identifiés aux Gog et Magog de la Bible 68. HERWIG WOLFRAM. vol. . Au e X siècle. 39 . même si cela ne peut être prouvé. 343-74.99 .25/01/2014 01h48. The nation in history. 1994. art.79. 30 sqq.S.. ID. 68.25/01/2014 01h48. op. 2001.cairn. Vienne.S.E. 62-69. (contre la position défendue par Walter Goffart et Alexander Murray dans le même volume)..38. D. pp. W. qualifie ce type de position d’« ethnosymbolic ». voir WALTER POHL. C’est par exemple le cas dans les Getica de Jordanes. op. in A.. c.H..W.. « Ethnicity. 24-25. les Origines gentium sont quasiment inutilisables en tant que source pour reconstruire l’histoire Document téléchargé depuis www. Historia Gothorum. A. pp. in Reallexikon der Germanischen Altertumskunde. pp. Document téléchargé depuis www. 10. le sens imaginatif qu’en donne W. On trouve dans les textes hérités des Lombards – notamment chez Paul Diacre – un mythe des origines non romain relativement bien circonscrit. 72 . qui peut se déduire de la riche transmission manuscrite de ces textes. au VIIIe siècle.).cairn. De la même manière.38.info . Certains récits des origines reposent ni plus ni moins sur un matériau exclusivement ethnographique . comme dans les recherches plus anciennes. l’Anglo-Saxon Bède le Vénérable et le Lombard Paul Diacre entendaient donner un sens pleinement chrétien à l’histoire de leurs peuples 69.H. Ce n’est qu’à partir de sources écrites tardives que l’on peut mesurer quelle était la diffusion de ces légendes païennes non romaines et quels rôles elles ont joué dans la construction de l’identité chez les Lombards. GOFFART dans Narrators of Barbarian history. ». . Sur ce point.ISIDORE DE SÉVILLE. 4.S. pp. « Paulus Diaconus und die “Historia Langobardorum”: Text und Tradition ».WALTER POHL. cit. Cependant.info . 174-210 . refusa de payer un tribut aux Francs en se référant au récit des Origo gentis Langobardorum 72. à l’opposé du « social constructionism » qui. Early Medieval Europe..79. SCHEIBELREITER (dir. dans laquelle des fragments d’un « mythe des origines » scandinave sont insérés dans des récits fictifs de l’ascendance des Scythes et des Gètes. 789-801 ..WALTER POHL 200 68 .158. cit.. Oldenbourg.. pp. Historiographie im frühen Mittelalter.99 . 69 .. ˆ ge. 375-405 . 22.. POHL. « History in fragments.Chronicon Salernitanum c. © Editions de l'E. cit. en ce qui concerne le haut Moyen A 71 . pp. Ces mythes des origines (origines gentium) qui nous sont parvenus contribuèrent de manière fondamentale à la construction des identités 70. C’est justement de cette contradiction – scandinave ou scythe – que l’on peut déduire qu’il ne s’agit pas uniquement là d’une pure création littéraire de l’auteur 71.. Montecassino und die langobardische Vergangenheit.158. il n’y a pas lieu de distinguer. SMITH.

.H. Journal of historical sociology. malgré l’hégémonie saxonne et les invasions danoises et normandes. INNES (dir.158. l’habillement et les types de bijoux. renvoyant aux pays barbares situés hors du territoire romain.S. ou encore sur celle des Lombards qui. identity and power in Lombard Italy ». – des regna du ˆ ge.. Le modèle dualiste antique opposant Romains et Barbares. © Editions de l'E. hormis les découvertes archéoˆ ge pour ce qui logiques. Mais nous possédons quelques éléments sur la manière dont les Goths. vers 375. c. la sapiens mulier au sommet de la généalogie lombarde. c’est leur contribuˆ ge. si est des mythes des origines.S. de la religion et du droit. Ce que l’on peut étudier. 1-24. primitive des Goths et des Lombards.Origo gentis Langobardorum.S. que par un regard rétrospectif à partir du haut Moyen A ` l’inverse. sur le Danube.99 . Cambridge University Press. Gambara. de la langue. in Y.H. on ne peut éviter les raisonnements circulaires. la caractérisation de la gens Anglorum par Bède fut assez du Moyen A déterminante pour que. pp. fuyant devant les Huns.info . passèrent le Danube et pénétrèrent ainsi dans l’Empire.79. . discours qui se transmirent pendant plusieurs siècles. les coutumes juridiques. etc. les Francs ou les Lombards purent s’orienter dans le monde romain et y développer des discours ethniques à l’aide de la culture antique et de la généalogie biblique.158. La culture archaïque des Germains ne peut être éclairée..cairn.info .).99 . 2000. Document téléchargé depuis www. 9-28. © Editions de l'E. L’idée de l’origine troyenne des Francs se maintint jusqu’à l’époque moderne (quand l’aristocratie française s’y réfèra à nouveau.25/01/2014 01h48.. la religion et les rites mortuaires. vers 500. 74 . Cambridge.25/01/2014 01h48. A l’on explique la culture des Francs ou des Lombards à l’aide d’hypothétiques modes de vie germaniques des temps anciens. Expliquer la royauté des regna à partir d’un culte de Wotan pour les premiers siècles de notre 73 . ne peut éclairer de façon satisfaisante ces processus de formation des identités. « Memory. 1994.38.79. 7. HEN et M. apparaît dans de nombreux manuscrits ˆ ge tardif 73 . « Engla lond: the making of an allegiance ». et c’est seulement grâce à des textes nordiques beaucoup plus tardifs encore qu’on en apprend davantage sur ce dieu – et sur son équivalent nordique. WALTER POHL. Odin. pp. s’installèrent dans le Rugiland. contre les envahisseurs germaniques) .S.PROCESSUS ETHNIQUES Culture et identité Y avait-il une culture germanique qui participait de l’identité des élites dirigeantes d’origine barbare ? Voilà une question difficile – et débattue – qui concerne les éléments – la langue et les mythes des origines. repris pendant longtemps par la recherche moderne de manière acritique. 1 . The uses of the past in the Early Middle Ages. tion à la construction des identités dans les royaumes du haut Moyen A Nous en savons bien peu sur l’identité des Goths qui.E.PATRICK WORMALD. haut Moyen A Envisager ces phénomènes comme parties constituantes d’une culture germanique originelle ne contribue en réalité que bien peu à leur compréhension.38.E. 201 Document téléchargé depuis www. le pays s’appelât jusqu’à aujourd’hui l’Angleterre 74. Ainsi Wotan est-il pour la première fois mentionné au VIe siècle.cairn.

76 .. 78-85. c’est précisément là où les différences tendaient à s’effacer qu’elle était récusée en tant que critère de l’identité. © Editions de l'E. 1-26 . n’étaient pas considérés comme des « Germains » : au VIe siècle. Les bractéates apparaissent seulement à partir du Ve siècle et sont frappées sur le modèle de médailles romaines .cairn. op. cit. depuis la Scandinavie. 79 . Le concept de Germain comme image de l’Autre avait presque complètement disparu pendant l’Antiquité tardive. 77 . » La catégorie ethnographique générale de « Germains ».info . elles sont le produit d’une acculturation 76. art. W.. jusqu’aux Barbares installés en territoire romain.H. pp. 9.79. ère peut aisément conduire à de périlleuses projections contemporaines 75. Die Germanen. Document téléchargé depuis www. p. Etymologiae. 78 . « Der Germanenbegriff vom 3.. Jahrhundert . 2. germanischdeutsch.158.25/01/2014 01h48. qui – maintes découvertes archéologiques le montrent – sont parvenues.). « Telling the difference. sur l’utilisation abusive de ces représentations par les nazis. pp. cit. 75 . « Das germanische Kontinuitätsproblem ».E. 65-68 et pp. Même la conscience d’avoir une langue commune n’allait pas de soi .. « Der Kollierfund vom fünischen Gudme und das Mythenwissen skandinavischer Führungsschichten in der Mitte des ersten Jahrtausends ».S. introduite par César. on sait peu que l’énumération déjà évoquée des critères de l’ethnicité selon Isidore suit justement une liste des peuples germaniques (W. POHL.E. POHL. était appliquée de manière beaucoup trop lâche pour être efficace en termes d’identité parmi les Barbares. in H.KARL HAUCK.99 . 2004. Oxford. Koch-Buchverlag. op. ce terme était presque exclusivement utilisé par les auteurs contemporains pour désigner les Francs 77.).99 .cairn. . Isidore de Séville lui-même constatait que les gentes de Germanie qu’il avait énumérées étaient linguis dissonae 79. cit. parmi les élites des regna qui la cultivaient. 163-183. From tribe to state in Northern Europe. Historische Zeitschrift. © Editions de l'E.H.S. LOTTE HEDEAGER. pp. Iron age societies. 1970 . Deutsche Germanenideologie vom Humanismus bis zur Gegenwart.79.. Les Goths et les autres peuples du Bas-Danube. cit.ISIDORE DE SÉVILLE. voir KLAUS VON SEE. pp. Ce fut seulement avec la philologie du XIXe siècle que l’on reconstruisit une langue germanique « commune » en tant que substrat d’une communauté culturelle et Document téléchargé depuis www. POHL. la conscience des origines barbares n’était pas. de Gruyter. liée à un sentiment d’appartenance à une culture germanique. 1.S. Die Germanen..info . 489-544 . Pourtant.OTTO HO 1938.38.WALTER POHL. bien que de langue germanique. On ne le trouve pas non plus – sinon appliqué à certains fonctionnaires d’origine germanique au service de l’Empire romain – en tant qu’auto-désignation : « Il est probable qu’il n’y a jamais eu de peuple se dénommant Germain 78.25/01/2014 01h48. ».. Planegg.. Zur Geschichte der Gleichung.S. même si on devait accepter leur interprétation – discutée – en fonction des sagas nordiques anciennes. Si l’hypothèse interprétative d’une culture germanique globale doit être ˆ ge mise en doute. L’origine barbare demeura partie intégrante de la perception de soi et des autres . bis 8. ne représentent pas de manière univoque la tradition germanique. p.Identifikationen und Abgrenzungen ». 97 ..158. in Die Franken und die Alemannen.W.38.. Berlin-New York. 23 sqq. 157. cela ne signifie pas pour autant que les regna du haut Moyen A ont été sans rapport aucun avec les espaces barbares d’origine et que l’on peut en rendre compte par le seul passé romain des provinces. 1992. Même les bractéates d’or. BECK et alii (dir.WALTER POHL 202 ¨ FLER. op. Basil Blackwell.

Cependant. se modifia autour du Ve siècle 81. surtout connus grâce aux offrandes. 43 sqq..99 .. W. pp..MAX MARTIN. Mais peut-être le cœur du problème est-il ailleurs. la mode vestimentaire des Lombards ˆ ge partaient avait complètement changé 82..38. les rites funéraires. et Document téléchargé depuis www.. déployé de gros efforts pour différencier les peuples les uns des autres en fonction de leurs mœurs et de leur culture matérielle. ». SHENNAN (dir. voir JOANNE B. cit.. au VIIIe siècle. cette différenciation.38.. 1989.). Certains archéologues refusent par principe. 25-33. Sur les vêtements ethniquement spécifiques. SEBASTIAN BRATHER. pp. au moins en partie.info . Le problème de la langue est révélateur de l’impossibilité de donner un ˆ ge. The myth of nations. EICHER (dir. J. comme le montrent les découvertes de fibules. d’une identité ethnique 80. 82 . les nattes des Avars ou les barbes des Lombards sont d’interprétation contradictoire et peu pertinents pour différencier les peuples avec quelque certitude 83.158. La langue était si peu créatrice d’identité pour ceux qui la parlaient qu’aucun auteur de l’époque n’a jugé utile d’en mentionner l’abandon au profit des langues romanes . 4.H. peut être considéré comme l’expression d’une culture barbare. voir ULRICH VEIT. de plus. contenu culturel sûr à la définition de l’identité des peuples du haut Moyen A Tous les critères évoqués par les auteurs de l’époque aussi bien que par ceux d’aujourd’hui se sont.PAUL DIACRE. Londres-New York. © Editions de l'E. Unwin Hyman. que..W.. 22 .PROCESSUS ETHNIQUES 80 . POHL. GEARY. Change Across Space and Time. 1994.info .. . « Telling the difference. tels la francisque (la hache franque). 81 . « Telling the difference.. Les pratiques les mieux documentées sont.E.25/01/2014 01h48..H. depuis cette époque.. même le Lombard Paul Diacre. Archaeological approaches to cultural identity. 35-56 . L’habillement féminin de la Germanie occidentale. la culture funéraire de la Pannonie lombarde et celle de l’Italie lombarde postérieure à l’invasion de 568 sont assez semblables 84. ». datant de 600 environ. pp.S.E. Reallexikon der germanischen Altertumskunde. in S. pour ne mentionner qu’un seul exemple. notamment grâce à l’archéologie. Dress and ethnicity. op. cit. © Editions de l'E. 8. Le succès de la pratique d’une offrande funéraire dans le territoire de l’Empire. pp. le meilleur grammairien de son temps.S.P. 83 . Il en va de même pour les us et coutumes.cairn. observant les fresques du palais de Théodelinde à Monza. « Ethnische Identitäten als Konstrukte der frühgeschichtlichen Archäologie ».). 78. POHL. Historia Langobardorum. « Fibel und Fibeltracht ». 541-582. Nombreux sont les peuples qui ne se fixèrent sur un territoire commun qu’après de longues pérégrinations. Paul Diacre constatait.25/01/2014 01h48.99 . cit. Germania. les auteurs du début du Moyen A du principe que l’on pouvait reconnaître les membres d’un peuple à leur coiffure et à leur armement.. art. Oxford-Washington. mais même Isidore n’était en mesure de donner que peu d’exemples contemporains . les éléments matériels distinctifs.cairn. pour des raisons méthodologiques. 1999.S. 203 Document téléchargé depuis www. n’aborde pas la question dans son Histoire des Lombards : les expressions « langue barbare » ou « leur langue » lui servaient à désigner celle de son peuple. « Ethnic concepts in German prehistory: a case study on the relationship between cultural identity and archaeological objectivity ».79. 84 . art. p. 32-37 et 56-59. Berg.Pour une critique de la définition ethnique.S. Certes.79. où dominaient des formes bien différentes de rites mortuaires.158. plusieurs fois transformés. L’archéologie a.

Document téléchargé depuis www.S. Que la gens francorum soit restée semblable à elle-même ne ressort pas d’une banalité à la Wittgenstein mais exige une explication.. N. Settlement and social organisation. Pour les contemˆ ge. MU Probleme europäischer Landnahmen des Früh.-C.Voir. l’ethnographie antique tentait de se référer pour chacun des peuples à des memorabilia permettant ainsi de les comparer à la culture classique 86. Sigmaringen. Il s’agissait plutôt de définir toute une série de critères – chaque fois différents et de surcroît subjectifs –. voir K. les porains du début du Moyen A catégories du type mores et habitus utilisées par les auteurs du temps avaient certes déjà pour but d’introduire l’idée d’une comparaison. mais non d’établir une unité culturelle.Sur les méthodes de l’« ethnographie » antique. Armand Colin. Il n’est donc pas possible de dégager un modèle conjuguant identité et culture matérielle – telle que nous permet de la découvrir l’archéologie – qui résisterait à l’usure du temps.N. 1998. Pour prendre à nouveau l’exemple des Francs. MU antiken Ethnographie. 103-172 . ¨ LLER. voir aussi WILLIAM FRAZER et ANDREW TYRELL (dir. © Editions de l'E.. VOLKER BIERBRAUER.WALTER POHL 204 2000. ID.158. Catalogue de l’exposition. Franks and Alamanni in the Merovingian period.cairn. 145 sqq. Opinions romaines face aux barbares au IV e siècle après J.99 . Mannheim.). in M. LUHMANN.158. « Die Landnahme der Langobarden in Italien ¨ LLER-WILLE et R. GUY HALSALL. Ce n’est qu’alors que les pratiques et les objets constitués en « culture » ont pu être considérés globalement comme l’expression du mode de vie d’un peuple 85.).. A. « Social identites and social relationships in early Merovingian Gaul ». en fonction de l’observateur. les fouilles de plus en plus nombreuses d’implantations des Ve-VIIe siècles en Gaule montrent un changement dans la mode vestimentaire féminine. cet ensemble n’avait pas encore pris ce sens . Paris. pp. 1999.. Gesellschaftsstruktur und Semantik. Cambridge.. The Boydell Press. WOOD (dir. La culture comme expression de l’identité ethnique n’est donc pas le fait « naturel » qu’il a semblé être – toujours dans l’optique des représentations romantiques ou nationalistes –. E. pp. de toute façon.. Ausgewählte aus archäologischer Sicht ».info . The Merovingian region of Metz. Y. Il ne s’agit Document téléchargé depuis www..info . © Editions de l'E.S.38. Leicester University Press. 88 .38. pp. cit. justement dans le concept de culture en général. in I.cairn. de sépultures séparées pour les nobles autour des églises et la disparition progressive des offrandes funéraires qui.S. « Vorträge und Forschungen-41 ».79. Les Francs. Social identity in early medieval Britain. Geschichte der 86 . Le Barbare. dans ce sens. LAURE-CHARLOTTE FEFFER et PATRICK PÉRIN. l’apparition de séries de tombes disposées en rangées. op.. 1995 .Die Franken – Wegbereiter Europas. 85 . 141-175. Cambridge University Press...25/01/2014 01h48.. . 1993. 2 vol.79. Woodbridge. Paris.99 . An ethnographic perspective. n’avaient jamais été pratiquées par les Francs de la moitié sud-ouest du royaume mérovingien 88. Tous ces faits demeuraient sans influence notable sur l’identité franque. Depuis Hérodote. 1987. DAUGE..H. Thorbecke.H. de Boccard. SCHNEIDER (dir.). 2000. op. cit.E. Leicester. 1996 . . . ALAIN CHAUVOT. op. Niklas Luhmann a souligné qu’il n’est apparu qu’au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. p. 1.S.E. 87 .und Hochmittelalters. cit.25/01/2014 01h48. 139-177 .. mais plutôt un agrégat de significations dont la clef est à rechercher davantage au niveau local (souvent en concurrence avec les élites régionales) que dans la représentation générale d’une identité ethnique 87. Philipp von Zabern.

91 . 153-188. trouver une telle continuité ? Dans la taxinomie des peuples ? Cependant. p. « Basic group identity: the idol of the tribe ». ERHART (dir. 6. art. ¨ RG BUSCH. 4.). on trouve à nouveau.Voir PAUL RICŒUR. de nommer les groupes actifs..HAROLD R. et ils donnaient en sus à une réalité hétéroclite une structure narrative 94. Theory and Experience. Un exemple peut-être extrême concerne les Vandales décrits par Procope. WALTER POHL. en Castille. P. sinon dans cette croyance.P. Ethnicity. MOYNIHAN (dir. Bella.25/01/2014 01h48. qui vivaient dans des villae avec jardins.JO 29. 289-311 . © Editions de l'E.E..info .. POHL et H. au haut Moyen A Le concept d’identité suppose une continuité temporelle de l’identique 91. 2000. in N.. LangorMoyen A bardi. leur nom fut transformé en Lombardi. « The arrival of the Visigoths in Hispania: population pro89 . Frühmittelalterliche Studien. au Ve siècle.S. sans que ce phénomène concerne pour autant l’ensemble des territoires wisigoths 89. cit.).cairn.S. Cambridge-Londres.H.PROCESSUS ETHNIQUES ´ PEZ.38.info . 5-9. op. « Geschichte und Identität im Langobardenreich ». l’offrande funéraire. 93 . chez de nombreux peuples. par les Leges au cours des deux premiers siècles du haut Moyen A en latin. 1975. La langue. Même les modes de vie connurent.99 .99 .. 92 . ou encore que les Lombards (de Lombardie) avaient jadis repoussé l’invasion des Langobardi 93. même si certaines pratiques ou certains objets particuliers peuvent toujours être invoqués en la matière. . La christianisation entraîna une transformation des croyances qui ne pouvait qu’avoir des effets sur l’identité. pp. une mutation radicale.S.79. pp. 1995. Document téléchargé depuis www. alors que dans le royaume de Tolède. cit. ISAACS.S. la mode vestimentaire. « Fest-Stellungen ». WAGNER. Où. GLAZER et D.79. La culture n’est donc pas nécessairement en corrélation avec l’identité. de vastes nécropoles présentant régulièrement de telles sépultures. © Editions de l'E.PROCOPE DE CÉSARÉE.158. REIMITZ (dir. on ne connaît pratiquement aucune tombe à offrandes. Strategies of distinction. etc. Harvard University Press.H.. Chez les Wisigoths du royaume de Toulouse. 55-4. se transformèrent ˆ ge. Die Langobarden: Herrschaft und Identität (sous presse). « Die Lombarden und die Langobarden ». pp. s’entouraient de musiciens et de danseuses et se rendaient volontiers au théâtre et au cirque 90. un droit écrit et subit des adaptations diverses au cours de ce processus.cairn. Franci. in W. « L’écriture de l’histoire et la représentation du passé ».E. pp. 45. 90 . 29-52. Il ne reste ici que peu d’espace pour une définition objective de l’identité ethnique ˆ ge.). 94 .38.25/01/2014 01h48. in ID.. Le droit devint. et P.. les noms ont un caractère souvent plus permanent que ce qu’ils désignent 92. Ils permettaient de désigner explicitement les Gothi.158.. Annales HSS.GISELA RIPOLL LO blems and the process of acculturation ». 205 Document téléchargé depuis www. Les noms des peuples représentèrent toutefois un point d’ancrage solide pour les identités ethniques pendant le haut ˆ ge. à tout le moins lorsqu’ils bénéficiaient sur le sol romain de privilèges suffisants et pouvaient ainsi jouir des agréments du style de vie de l’aristocratie romaine tardive. pas non plus d’un simple phénomène d’acculturation des Barbares en milieu galloromain. et d’introduire ainsi des acteurs dans le récit historique. 731-747. Les Lombards du XIIe siècle s’efforçaient de corriger l’identification résultant de leur nom avec leurs homonymes barbares : ils prétendaient que lorsque les Langobardi coupèrent leur cheveux et leurs barbes. au VIe siècle.

« Zur Bedeutung ethnischer ¨ SSLER (dir.. WENSKUS. un potentiel narratif. Il actualise des formes d’appropriation du passé.E.W. POHL.. et donc de faire l’histoire. ni codifiée par une interprétation univoque issue d’un « noyau de tradition ».H.R. des serfs et même des esclaves aient pu être Francs ou Lombards.). Ce dont il est question dans les sources. Les documents qui plaident en ce sens sont nombreux : les Francs partent en guerre ensemble. Studien zur Unterscheidungen in der frühen Karolingerzeit ». 12.38.. l’auto-désignation d’un peuple par son nom suppose une solidarité et une communauté d’action. op. © Editions de l'E.. En second lieu. in S. au premier rang desquels figure le récit. elles expriment de ce fait les perceptions des contemporains. Franci. Même si ces exigences ne sont pas ˆ ge n’avaient pas lieu toujours satisfaites – les conflits les plus durs du haut Moyen A le long des « frontières ethniques » mais au sein même de communautés plus ou moins soudées –. Cette mémoire n’est toutefois pas sans histoire. siègent ensemble aux tribunaux. L’identité doit pouvoir être dite. Ceci implique généralement une limitation du champ ` la des perceptions à un groupe limité d’acteurs issus des groupes dirigeants. sont considérés en tant qu’assemblées prenant des décisions politiques. 97 . WOOD. conceptuellement.. © Editions de l'E. distincte du groupe lui-même. Leeds University Press.158. Ceci implique deux éléments supplémentaires de l’identité au haut Moyen ˆ ge. exerçant un pouvoir. la classification est rarement un problème .). A Document téléchargé depuis www. voire avec la locution omnes Franci. quelques centaines ou plusieurs milliers d’individus.IAN N. des explications de ce qui s’est passé . « Defining the Franks: Frankish origins in early medieval historiography ». Cette mémoire représente plutôt un fonds de récits et d’interprétations relativement ouvert et avec lequel composent implicitement ou explicitement les textes qui sont connus de nous 96. comme le suppose le modèle de Wenskus95.-J. pp. 96 . en tant que groupe.99 .WALTER POHL 206 95 .info .. Les lois.. . la taille et les frontières sociales du collectif sont.S. selon que les nobiles ou les primores Franci. FORDE et alii (dir. Isensee Verlag. d’un problème majeur : le groupe d’individus auquel il se réfère varie considérablement selon l’occasion. Dans les sources. HA Sachsenforschung.158.. pour répondre à notre conception de l’identité ethnique. 1999.S. il est riche de promesses d’avenir.E. in H.cairn. peut désigner quelques douzaines.. 1995. Stammesbildung und Verfassung. c’est de la capacité d’un groupe ethnique agissant.S. ».25/01/2014 01h48. 47-57 .79. pp. On trouve ainsi des interprétations diverses à la question de l’appartenance à la gens d’un esclave rituellement libéré. Le nom est toujours une mémoire commune. L’action menée au nom du groupe ethnique n’était pas. art. les actes diplomatiques et certains récits historiographiques ou hagiographiques considéraient visiblement comme allant de soi le fait que des petits paysans. WALTER POHL. Cette pluralité d’actions résultant de la dynamique sémantique de l’ethnonyme s’accompagne toutefois. 193-208. en règle générale. vol.99 . theory and tradition.38.info . appelant à de vastes rassemblements publics ou lançant de simples raids ou encore des campagnes militaires d’envergure 97.79. ouvertes. et A le nom comporte en soi un récit.25/01/2014 01h48. élisent un roi et discutent en commun du spirituel comme du temporel. Concepts of national identity in the Middle Ages. Oldenburg. Leeds.H. « Ethnicity.cairn. Document téléchargé depuis www. cit. cit.S. expressions que l’on retrouve de manière indifférenciée avec le terme Franci.

et non dans les « communautés de face-à-face ». dans les siècles suivants. L’identité ethnique était ouverte vers les couches inférieures.E. c’était une prouesse politique aussi bien que cognitive que d’inscrire les noms francs dans une histoire commune et d’ancrer les récits dans une mémoire collective.E. la fréquentation de la salle des banquets. ainsi que les sources les désignent.H. © Editions de l'E. les groupes masculins. les communautés locales et les « formes d’intensification » (Steigerungsformen) des pouvoirs et des ethnicités supra-régionales 98. Jan Assmann prouesse de l’intégration ethnique des royaumes du haut Moyen A a raison de souligner la différence entre les structures ethniques fondamentales. pp. © Editions de l'E..cairn. Ceci explique pourquoi on désigna ensuite. il moment du passage de l’Antiquité au Moyen A faut apporter une réponse plus précise que celle qu’il était possible de donner jusqu’à présent : le lien entre les identités individuelles et la communauté ethnique. ASSMANN. il importe donc d’étudier en profondeur les conditions et les conséquences spécifiques des processus ethniques au ˆ ge.25/01/2014 01h48. qui la plupart du temps ne se calquaient pas sur les lignes de partage des peuples.. Document téléchargé depuis www. différence de conceptions statiques..79.J. . chacune dans leur région.25/01/2014 01h48. dans la recherche de liens avec les potentes.S. Dans quelle mesure les conflits. Das kulturelle Gedächtnis. eux aussi fondés sur l’héritage grec et romain de l’Antiquité tardive. que réside la ˆ ge. la signification des discours ethniques pour le pouvoir royal. cit. la réussite et l’échec de la communication symbolique ou linguistique.99 . montre à quel point cette évolution fut remarquable.cairn. Les textes soulèvent en effet le problème de la cohésion supra-régionale de ces élites qui.. Les Franci comprenaient des individus vivant sur la côte de la Manche comme dans les Alpes.99 . menaçaient-ils ou renforçaient-ils la cohésion de la gens ? Comment l’idée de l’identité se diffusaitelle et était-elle transmise ? Par des expériences élémentaires.. C’est là.info . A ` de nombreuses questions. l’Occident vit se développer avec succès pour les utiliser dans un but politique. Une simple comparaison avec les mondes islamique et byzantin. op. étaient déjà déracinées. 207 Document téléchargé depuis www. l’insertion de l’appartenance au sein de la confession religieuse.S. le rapport entre la variété des origines réelles et les mythes unifiants.S. cette manière de voir ne signifiait pas pour autant une exclusion des mediocres ou des minores. à Cologne ou à Marseille.158. Ce processus. se déroulait au niveau local ou régional... qu’il s’agisse de l’aristocratie ou de l’organisation en États. l’éducation maternelle. Il était aisé de maintenir l’identité des Saxons de Bayeux ou des Moyen A habitants de la civitas de Clermont que Sidoine Apollinaire défendit au Ve siècle contre les Goths.info . des mises 98 . Cet exploit fut à l’origine des modèles d’identités ethniques et nationales que. 144-160. à partir des termes Francs ou Lombards des formations territoriales dans lesquelles était incluse la totalité de la population qui y vivait.PROCESSUS ETHNIQUES Pour mieux comprendre l’histoire de l’Occident. Ce modèle – dérivant d’une étude de l’Égypte ancienne – s’applique particulièrement bien à la situation du haut ˆ ge.38. dont les identités individuelles étaient liées au projet politique du regnum Francorum et de la gens Francorum.38..H. Les textes ne s’intéressent néanmoins habituellement pas à ce processus d’intégration qui concernait la majorité des populations.79.158. En revanche.S.

E. la construction et l’invention de traditions et de communautés ? La longue période de prise de distance par rapport à une vision essentialiste de l’ethnicité est maintenant achevée.79. Walter Pohl ¨ sterreichische Akademie der Wissenschaften (Vienne) O Traduit par Nicolas Beaupré 208 Document téléchargé depuis www.25/01/2014 01h48.158.info . © Editions de l'E.H.S.99 .38.H.cairn. .38.25/01/2014 01h48. il reste toutefois beaucoup à faire pour explorer la transformation des identités fondamentale pour la compréhension de l’histoire européenne..79. De nouveaux paradigmes ont été forgés .158.99 .E..WALTER POHL en scènes publiques et des rituels.info . Document téléchargé depuis www.S...cairn.S.S. des textes écrits ? Les logiques d’inclusion et d’exclusion fondées sur les rapports de genre avaient-elles un effet sur les frontières sociales des groupes ethniques ? De quelles marges de manœuvre disposait-on pour la modification. © Editions de l'E.