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LE PRINCE, HÉROS CIVILISATEUR

Laurent Bolard De Boeck Supérieur | Le Moyen Age
2009/2 - Tome CXV pages 291 à 308

ISSN 0027-2841

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Bolard Laurent, « Le Prince, héros civilisateur », Le Moyen Age, 2009/2 Tome CXV, p. 291-308. DOI : 10.3917/rma.152.0291

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99 .79. tout comme cette idée que l’Italie défend.. sans l’avoir inventée. DOI : 10.fr. la civilisation.cairn.. nous avons souhaité en reprendre ici certaines remarques touchant à cette ambivalence qui obsède l’époque entre la guerre et la paix. Université Paris – Sorbonne (Paris IV). à l’exception de quelques poussées de fièvre vite oubliées – sinon par le pape. afin de leur assigner une direction plus précise.38. Ou bien. bolard@free. et traitant du prince idéal tel que le concevaient alors les lettrés. du prince du Quattrocento comme héros civilisateur. et cela implique des choix délibérés. en l’occurrence la relation barbare/civilisé telle qu’élaborée par le monde classique et revisitée par le Quattrocento : cet accent mis sur le monde antique explique que l’on ne trouvera pas dans ces lignes d’allusion à la conception purement chrétienne du bon prince. © De Boeck Supérieur Voici quelques années. le fait d’avoir laissé de côté les « barbares musulmans » : car cette barbarie là est moins immédiate.Le Prince.3917/rma.158. même désunie.info . idée que les guerres d’Italie. Adoptant une approche quelque peu différente.25/01/2014 01h50. ne feront qu’exacerber. portant sur une période charnière où la Renaissance constamment se cherche. à mi-chemin entre la guerre et l’humanisme. porteur donc d’un angle d’attaque particulier. tandis que le Moyen Âge n’en finit plus de se perdre. la sauvagerie. héros civilisateur* Il s’agit ici d’un essai. s’intégrant dans l’espace territorial et le temps dynastique pour forger ainsi son propre mythe. Un essai.79. bien antérieur à Machiavel. Par exemple l’insistance sur l’humanisme militaire.99 . ne serait-ce que par son héritage romain qu’elle revendique haut et fort dés le début de ce XVe siècle. © De Boeck Supérieur . laurent.cairn. celle du prince comme héros inspiré de l’Antiquité classique et du monde chevaleresque..158.25/01/2014 01h50.info .152.. mais c’est son * Auteur : Laurent BOLARD. Document téléchargé depuis www. Un prince dont l’une des fonctions primordiales consistait à repousser la barbarie. Un essai. nous publiions dans ces mêmes colonnes un article portant sur la souveraineté princière dans l’Italie du XVe siècle.0291 Document téléchargé depuis www.38. dans le but de protéger la civilisation pour la mieux ordonner – bref.

DAVERIO-ROCCHI. Document téléchargé depuis www. GNIOLI et J.38. » 2. IV. BERTRAND. » L’altérité qui se manifestait au-delà de ces confins était forcément une altérité négative. il élabore ainsi dans l’espace une trilogie du paysage 1.. Il concetto de frontiera nella Grecia antica. 5. ce qu’au reste indique sans ambiguïté un passage de Xénophon dans ses Helléniques : « Cependant. comme c’était déjà le cas à Rome. Ktèma. et s’aperçurent que leur ville n’existait plus. Aspects économiques et aspects religieux de la frontière dans les cités grecques. J. 1979. sous la dir. la chorâ ordonnée par l’agriculture à la fois dans l’espace – les sillons – et dans le temps – le calendrier des travaux agricoles –. quand ils virent la tyrannie des gens au pouvoir. © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www. lieux sauvages marquant la coupure entre l’en deçà de la cité humaine et l’au-delà des terres inhumaines2. de la hutte ou de la tente face à l’architecture.292 L.79. un autre essai. p.79. le barbare. L’antinomie monde barbare/monde civilisé a constitué l’un des pivots autour duquel s’est construite l’Antiquité. Voir ce qu’écrit à ce sujet J. Cambridge-Paris. CHAMBRY. Paris. lieu de la viande consommée crue par rapport à la viande consommée cuite. p.. 1987. mais c’est son affaire. 4. SORDI. aussi bien grecque que romaine1.info . les eschatiai des Grecs. de C. BOLARD rôle.25/01/2014 01h50.99 . Leur identification avec la cité en tant qu’étendue policée était telle que si on les supprimait on faisait « disparaître la cité elle-même4 ». le rituel du sacrifice. un ordre : il s’affirme comme le monde de la culture . se dissolvait peu à peu dans un territoire indéterminé3 où la seule présence de l’homme civilisé se matérialisait par des bornes (quand il y en avait). P. par là même il se définit par rapport à ce qui est autre que lui : le chaos. Une opposition que matérialisaient dans l’espace les confins séparant ces deux mondes. 213. G. Cités et royaumes du monde grec : espace et politique. p. et négative parce qu’inversée : domaine de la nature par rapport à celui de la culture..cairn.. 29.M.38. 1967. VERNANT. p. de la cueillette et de la chasse. IV. 6. SARTRE. grâce aux animaux domestiques. Œuvres complètes. parce qu’on arrachait les bornes de leur territoire et qu’on appelait leur patrie Argos au lieu de Corinthe […]5. la mort. 17.P. celui de l’Orient. 3. Mais cela mériterait une autre étude. il est le « civilisé » .cairn. l’informe. les Morts dans les sociétés anciennes. M. sinon par Venise. 1989. p. 105 : « Tout groupe humain se pense et se veut lui-même un tout organisé. M.25/01/2014 01h50.158. 122. « Les confins séparant l’ordre sacré et civique de la polis de […] ce qui est senti comme l’espace non soumis aux sanctions divines et aux normes humaines ». XÉNOPHON. 3. voire du nomadisme par rapport au travail de la terre qui permet notamment la consommation du pain et. 1997.P. Milan. le sauvage. Ainsi se forgeait l’idée qu’à l’approche des espaces inversés de la barbarie. VERNANT dans l’introduction à La Mort. Les Helléniques. la cité grecque. Lorsque Strabon décrit le peuple Massagète. D’autant que cette barbarie-là relève d’un autre monde.158. éd. pour qui les barbares étaient Germains avant que d’être Parthes.info . 4. lieu du désordre sauvage opposé à l’organisation politique de la cité. Paris. t. © De Boeck Supérieur . Il confine nel mondo classico.99 . Paris. l’amour. t. éd. 1982. repris dans L’individu.

les condamnant à toutes les extrémités. CARRIÉ. Pour les Romains.79. celle-ci passait certes toujours par l’organisation politique et sociale des hommes.158. DUPONT. 8. l’au-delà de la civilisation ne pouvait être perçu qu’en termes extrêmes. Paris. 57. Document téléchargé depuis www. dans le recul de ses bornes. s’opère peu à peu un glissement dans le clivage barbare/civilisé qui fait de la civilisation. celui de la vertu et de la “méchanceté”. 10.info . C. celle de la guerre. 10. se caractérisaient à l’opposé des civilisés par leur inaptitude à concevoir une fin appropriée aux moyens utilisés. Des Sévères à Constantin. JACOB. » Ce nouveau clivage de l’en deçà et de l’au-delà garde néanmoins la même radicalité. 162. leur férocité. établie selon les règles de l’art. « En Germanie.. I. son tempérament7. Romanae spatium est Urbis et Orbis idem (« La ville de Rome et le monde ont la même étendue »). HÉROS CIVILISATEUR 293 dans laquelle les hommes présentent synchroniquement les trois phases de l’évolution qui du sauvage mène au nomade puis à l’agriculteur6. le critère de référence absolu : « L’opposition entre Grecs et Barbares cède la place à un nouveau clivage.. sous l’influence des évolutions historiques et de leurs corollaires géographiques. 9. bien loin de la mesure propre aux civilisés.79. 688. donc de la cité. p. 192-337. Nouvelle histoire de l’Antiquité. © De Boeck Supérieur . 95.info . Jacob souligne à raison que de telles opérations prenaient 6. Rhétorique de l’altérité et rhétorique de l’identité : l’aporie descriptive d’un territoire barbare dans la Germanie de Tacite. p. leur intempérance. « déserts et contrées sauvages. mais plutôt une entreprise de pacification visant à une soumission. 15. p. frontières célestes dans l’Antiquité.158. c’est-à-dire nulle part ». par leur violence. partant. 1999. plus que jamais nécessaire à l’affirmation de soi.LE PRINCE. sous la dir. 15. Mais cette dernière. Cette altérité radicale s’incarnait dans la Germanie. 1991.. Perpignan. En l’honneur de Rome. A. Paris. VIRGILE. De la Grèce à Rome. 1995. peuples barbares et peuples civilisés. Ce que souligne C. il n’existait qu’une politique possible.. incomparablement plus étendues – l’imperium –. Les populations. Frontières terrestres. celle-ci comprise comme la reconnaissance explicite de la supériorité romaine.cairn. PROPERCE. ROUSSELLE. par la même inversion que les Grecs avaient formulée. 7. 61. 201. III. t. Le niveau de civilisation indique donc le caractère intrinsèque d’une population.38. 278-279 et AELIUS ARISTIDE. La même pensée figure notamment dans HORACE. devenue Rome et s’étant agrandie aux dimensions du monde selon le vers fameux d’Ovide8. en particulier dans la conduite de la guerre et. Ibid. OVIDE.cairn. 160.25/01/2014 01h50.. © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www. p. Fastes. non pas une guerre « classique ».25/01/2014 01h50. IV. dont l’existence extérieure n’avait d’autre identité que celle que les Romains lui prêtaient10.38. II. Élégies. abandonnés à la monstruosité sous toutes ses formes9 ». L’Empire romain en mutation.99 .99 . F. ROUSSELLE. Énéide. qui repose en fait sur un critère éthique. Face à ces Germains dont l’altérité absolue procède donc de l’inversion. dans sa complexité et plus encore dans ses nouvelles dimensions territoriales. d’A. 11. Géographie et ethnographie en Grèce ancienne.M. Poèmes. J.

la guerre faisait bien 11. Malgré ces réticences. et temporaires (Pier Maria Rossi à Torrechiara) avec. autrement dit des trois quarts de la péninsule italienne : aussi bien les vastes ensembles. Florence. 1986. © De Boeck Supérieur . Prosatori latini del Quattrocento. 182 . éd. Cicéron.. Toutefois. au sein du monde sauvage. En fait. CRISTOFORO LANDINO. que dans le seul but de promouvoir la paix13 – après tout. Les politiques. parfois ces aversions. MORENI. COLUCCIO SALUTATI.158. CONSOLO. par un glissement sémantique à des fins surtout de polémique. Momo o del principe. L. 13. BOLARD « davantage la forme de la chasse que de la guerre11 » ne serait-ce que parce qu’elle se déroulait dans l’au-delà des confins. au sens large. Invectiva Lini Salutati in Antonium Luschum Vicentinum. p. une telle idée venait de loin.25/01/2014 01h50. que les petites souverainetés locales comme le marquisat de Saluces. éd. JACOB. du dernier. discours dominant auquel même les princes condottieri se ralliaient.info . puisqu’il prenait autant la forme du texte. 718721 . S’entend donc ici de tout État qui alors n’est pas république urbaine. Milan.. BOLARD. 14.79. d’abord comme pourvoyeuse de souffrances. cette radicalité n’avait plus lieu d’être pour la raison qu’en dehors des discours.. éd.cairn. D’ANCONA et E. Cf. Dans les principautés italiennes du XVe siècle12 la guerre apparaissait comme une nécessité. *** Au XVe siècle. P. encore qu’avec des réserves. redevenir occasionnellement substantif. 160. cit.cairn. D. AESCHLIMANN. discours qui s’inscrivait dans une globalité culturelle. héros civilisateur comme nous allons le voir. Aussi le prince. « Pour sa gloire et sa postérité » Remarques sur la Document téléchargé depuis www. 1826. © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www. Le discours des humanistes. 291 . R. Quaestiones in Heptateuchum. p. 1952. Disputationes Camaldulenses.. p.. il n’existait plus de Barbares stricto sensu. comme il demeure de nos jours.99 . 1951. étant entendu que le mot barbare s’appliquait forcément à l’autre.294 L. Milan. et pouvait toujours. de l’Antiquité classique. E. Par exemple dans LÉON-BATTISTA ALBERTI. type Naples. Vite di uomini illustri del secolo XV. En elle-même elle était certes condamnée. de l’érudition. se situait et situait son action sur un plan volontiers symbolique et rhétorique. Du premier. Le terme de principauté étant pris dans un sens étendu ne doit pas abuser. et se parait des noms les plus prestigieux – Aristote.79. du deuxième. op.38. 12. bien sûr.99 . la considérait unanimement comme un mal et ne l’admettait. Gênes. en particulier en ce qui concerne le degré de vassalité.158.info . entre société barbare et société civilisée. Des devoirs.38. que de la décoration et de l’iconographie au sens large. mais sans ce caractère extrême qu’avaient revêtu dans le monde ancien les antagonismes entre peuple barbare et peuple civilisé. saint Augustin14. VESPASIANO DA BISTICCI. la radicalité des oppositions entre monde barbare et monde civilisé sur lesquelles reposait la culture.25/01/2014 01h50. p. l’adjectif demeurait. GARIN. c’était d’abord son discours qui le posait comme civilisateur. des nuances de l’une à l’autre. si le substantif avait disparu des représentations du monde. éd. Le concept d’altérité continuait à jouer.

© De Boeck Supérieur partie de l’univers ordinaire du prince. L’homme de la Renaissance. par manque d’assises commerciales et industrielles (Mantoue. Rimini. Or la seule condotta de Ludovico Gonzaga auprès de Milan rapporta pour l’année 1450 quarantesept mille ducats. 17. les « petits » condottieri dont Pier Maria Rossi à Torrechiara constitue le cas exemplaire. souverain d’un territoire dont l’agriculture végétait. au Moyen Âge tardif. p. 18.info .. Dans French Chivalric Myth and Mantuan Political Reality. Art History. en même temps qu’elle affirmait leur domination personnelle puisque à eux seuls en revenait le mérite. montaient en 1467 à quatre-vingts mille ducats. mais avec une vigoureuse base industrielle) à six cents mille ducats et ceux de Mantoue. 16. ou l’avait été : s’il ne tenait pas directement son pouvoir de la guerre. soit en raison de sa pauvreté (Urbino) soit.. fr. 1990. Dans la plupart des cas ce prince était un condottiere. les condottieri se rabattaient sur leur métier d’origine : la guerre. petit État de condottiere. Woods-Marsden a établi à ce sujet une éloquente comparaison18 : les revenus annuels de Venise se montaient en moyenne à un million de ducats.158. 15. J. 61. avant d’être culturelle ou sociale. trad. aussi bien sur le plan mental que dans la réalité. 2003.info . p. Une bonne condotta leur permettait de réaliser un honnête complément aux ressources de leur État. à soixante mille ducats. comme Francesco Sforza ou Alphonse V d’Aragon. tandis que les ressources de la guerre pour Federico da Montefeltro.. 109. Ibid.38. © De Boeck Supérieur . 1985.158. MALLETT. après la Peste Noire. elle se révélait pratiquement inévitable. 60.79. ceux de Milan (aux mains de condottieri. On le voit. p. GARIN. 51..99 .79. t. la poursuite de la guerre s’avérait une nécessité.99 . Il n’avait guère le choix. Or. 547. Paris. M. Mais pour les grands condottieri. la valeur de la terre avait diminué tandis que les multiples divisions des héritages entraînaient un resserrement des terres et une diminution de la main d’œuvre qui les travaillait. les princes. p. Partant du constat que le territoire sur lequel ils régnaient ne leur assurait pas de revenus suffisants. ne pouvaient que limiter leur ambition à la possession d’un fief élu pour son bon rapport17. Le condottiere. t.. amenant une concurrence du style de vie des princes16. la réalité militaire savait se montrer particulièrement têtue. c’est à elle qu’il devait de le conserver.. d’E. 399. d’un côté. sous la dir. Face à une telle situation.25/01/2014 01h50.25/01/2014 01h50. p. Document téléchargé depuis www. exercer son autorité sur un fief constituait en Italie un relatif handicap dans la mesure où. HÉROS CIVILISATEUR 295 souveraineté princière dans l’Italie du XVe siècle. Il n’y a rien de surprenant dés lors à ce que les princes aient tiré une Document téléchargé depuis www.38. Le Moyen Âge.cairn. Beaucoup de ces princes possédaient une origine terrienne15.. financière donc vitale. soit presque autant que les revenus de son État. Ferrare). Ibid.cairn. pour la plupart. 8.LE PRINCE. et d’un autre côté les principautés terriennes subissaient de la part des cités en pleine expansion une pression sans cesse croissante. C’est que pour le souverain type de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance.

24... ou Federico à Urbino qui. les princes prenaient soin d’édifier des forteresses. BO. 423. XII.25/01/2014 01h50.25/01/2014 01h50. R. 416. p. BOLARD. 20. seigneur de Rimini. Renaissance Studies.158.. pouvait passer pour un défaut. et de défendre son territoire – fonctions qui de tous temps relèvent de l’évidence. p. Aussi l’auteur donnait-il de son protecteur l’image d’un faiseur de paix au milieu des États guerriers de l’Italie du Nord . sans grand succès. les deux principales choses étaient d’une part les forteresses et d’autre part les gens d’armes24. 1893. Ludovic le More était on ne peut plus clair là-dessus lorsqu’il écrivait en 1500 encore. que pour la sûreté et la conservation des États. et comme pour rattraper ce qui. tandis que dans le même temps Guarino de Vérone le présentait comme miles fortissimus et doctor sapientissimus22. dans une lettre adressée en 1461 au sultan Mehmet II. Cité par E. 554. SORANZO. la guerre se révélait pour le prince indispensable en ce que dans l’Italie troublée du Quattrocento.79. 6. au final. Venise. 459 n. cit. Document téléchargé depuis www. Cf. WARD SWAIN. La guerre notre vie20. 23. 56. écrivait à propos de lui-même : « Mon étude assidue de et mon plaisir dans les choses militaires […]21 ».info . 1436-1478. p. LIPPINCOTT. se heurtait à la difficulté quasi rédhibitoire que celui-ci n’avait guère brillé par les armes sinon.99 . t. la Borsiade de Tito Vespasiano Strozzi. op. GUARINO DE VÉRONE. The Neo-Latin Historical Epics of the North Italian Courts : an Examination of « Courtly Culture » in the Fifteenth Century.99 . SABBADINI. p. 339. 1909. résumant ainsi parfaitement la situation : « La paix est notre mort à nous. 1989.79. mettant ainsi à égalité les deux qualités majeures attendues d’un prince. poème à la gloire de Borso d’Este. relativisant ainsi la conception amplement reprise aujourd’hui. dans ses dernières volontés et testament. à sa naissance. sa menace) lui offrait la possibilité et de conserver son pouvoir.. De manière fort réaliste et sans guère prendre de gants. BOLARD Nécessité parce qu’elle était à la base de ses États et qu’elle lui permettait d’entretenir son territoire. 796. p. 21. Milan. 22. faisait dire aux condottieri de son temps. dans ses Commentaires. G. 1919. le présentait ainsi qu’un meneur d’hommes23… Document téléchargé depuis www. elle seule (ou au minimum. néanmoins. du prince ne combattant qu’en vue de la seule paix19.D.cairn.. p. 2. Preuve a contrario de l’importance des cose militari. 1988. 25. I Commentari.296 L. dans sa jeunesse. Par exemple C. ou encore Sigismondo Malatesta qui aurait 19. Epistolario. t.cairn. fr. 1989. PASOLINI. 3. 444. La Romagna. éd. Una missione de Sigismondo Pandolfo Malatesta a Maometto II nel 1461. Le palais Ducal d’Urbino. t.info . © De Boeck Supérieur légitime fierté de leur fonction guerrière. The Wages of Peace : The Condotta of Ludovico Gonzaga. doc. » Sigismondo Pandolfo Malatesta. 114. Paris. Renaissance Studies. trad.158. tels Alphonse V d’Aragon autour de Naples25. Caterina Sforza. en aurait fait construire pas moins de seize. Dans ce dessein.. K. Jupiter.38. selon son biographe Vespasiano da Bisticci.38. mais pas uniquement comme nous le verrons plus loin. P. Pie II. © De Boeck Supérieur .

STARN.cairn.. Plus ouverts sur l’extérieur. ou du moins pas dans un sens aussi absolu.79.99 . dignitaires. peut-être de la main d’Ambrogio Barocci. avec tout ce qu’elle véhicule comme rhétorique. le duc d’Urbino Federico da Montefeltro constitue ici un point de référence. du moins de démonstration. 396.LE PRINCE. dans un esprit fortement teinté d’humanisme.info . How Quattrocento Princes Used Art : Sigismondo Pandolfo Malatesta of Rimini and Cose militari. dans l’intimité de pièces à eux seuls ou presque réservées – les studiolos28 – qu’à leur entourage et plus encore à leurs pairs ou à leurs représentants.38. D’autant plus que ce recours à l’image s’adressait autant à eux-mêmes. les bas-reliefs sculptés par Barocci et Giancristoforo Romano (?) montrant des armes et des trophées militaires sur l’encadrement de la porte appelée pour ce motif Porta della 26. Plus intéressants en raison de leur emplacement. la guerre s’imposait dans l’environnement immédiat et quotidien du souverain dans la décoration de son palais.25/01/2014 01h50.. Berkeley-Oxford. J. Paris.. Comme souvent lorsque est évoquée la figure du prince condottiere du XVe siècle. 27. Aussi des étrangers y étaient-ils admis. Arts of Power. p. dans des pièces largement ouvertes à un public choisi. permettant de lui donner une valeur à la fois intemporelle et idéale. on conçoit sans peine l’importance que revêtait à ses yeux leur fonction militaire.cairn. de P. R. comme fonction visuelle (et non pas seulement comme illustration) d’un discours persuasif à des fins. voir Histoire de la vie privée. t. ambassadeurs ou autres – les salles de réception – voire. qui lui accordait une large place. courtisans.. 1999. allant jusqu’à faire graver son château sur une médaille afin de signifier son autorité princière. p. PARTRIDGE. © De Boeck Supérieur . L. se trouvait à l’origine des choix qui présidaient à cette iconographie. les palais et chasses des Gonzague dans la campagne autour de Mantoue servaient aussi de postes de commandements territoriaux27. représentant des machines de guerre. De l’Europe féodale à la Renaissance.158. sur la façade dite « à ailes ». nouv. représentations brutes et sans fard de l’art militaire dans sa dimension technologique. au sens où nous l’entendons aujourd’hui n’existait pas alors. ou parmi ceux auxquels le prince souhaitait marquer le plus d’estime. À l’extérieur du palais ducal d’Urbino. Sur cette question. L’image.158. © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www.99 . À eux seuls : le studiolo n’était pas pour autant une cellule monastique. HÉROS CIVILISATEUR 297 conçu lui-même les différentes forteresses autour de Rimini. 2.info .25/01/2014 01h50. avaient été insérés des hauts-reliefs.38. 28. ne pouvait se cantonner dans un champ purement militaire ou même financier. pour leurs sujets. Renaissance Studies. Elle hissait à un niveau symbolique une fonction guerrière qui. sous la dir. ou d’intimité. WOODS-MARSDEN. conseillé par les lettrés de sa cour. 88. DUBY.79.. l’image occupait chez lui une place de premier plan. 1992. Sachant que le prince en personne. 1989. éd. Document téléchargé depuis www. Rappelons que la notion de privé. Omniprésente. ARIÈS et G. parmi les plus proches. sa domination territoriale et ses aspirations à régenter et à légiférer sur ce territoire26. à l’extérieur. sinon de propagande.

31. Une autre porte. il se faisait faire la lecture plutôt qu’il ne lisait lui-même32. somptueux et précieux ». 46.298 L. P. Ibid. 1986. 65-73. © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www. et pas seulement avec la paix comme fin en soi.. elle était le premier contact visuel à l’intérieur de l’étage noble du palais. t. L’association de la guerre et de la paix se manifeste dans le portrait marqueté de Federico vêtu 29. avait ses vantaux ornés de panneaux de marqueterie représentant Hercule et Mars.info . pour lettré qu’il fût. et les symboles renvoyant plus ou moins directement au second importent autant que les allusions au premier. notamment celles de son père Guidantonio31. G. CHITTOLINI. Rome. p. Après tout le duc. Ibid. p.cairn. p. Simboli ed immagini di pace e di guerra nei portali del Rinascimento : la porta della guerra nel palazzo di Federico da Montefeltro. que nous commenterons plus loin. la conviction intime que la guerre était un élément essentiel de toute souveraineté. remplissant ainsi auprès du visiteur de marque une fonction en quelque sorte programmatique. du livre à feuilleter plutôt qu’à lire.38.. mais dans une dimension privée puisqu’elle séparait la salle des Anges de la chambre à coucher du duc. La formazzione della biblioteca di Federico da Montefeltro : codici contemporanei e libri a stampa.info ... il éprouvait de la répugnance pour les livres imprimés auxquels il préférait « l’exemplaire unique.99 . était peinte d’hommes illustres de l’Antiquité. 32. parmi lesquels de nombreux capitaines.79. p. Il ne s’agit évidemment pas dans ces lignes de faire fi de toutes les exégèses tendant à démontrer que la culture savante du prince lettré constitue la clef de voûte de l’iconographie assurément complexe de ces panneaux. BOLARD Guerra29 : située dans le couloir de l’étage et donnant accès à la salle de Iole.. Federico di Montefeltro. apparaît avec éclat dans la décoration marquetée du studiolo. comme en témoigne sa célèbre bibliothèque. certes formée sous son égide en 1460. Selon Vespasiano da Bisticci. 2. À Urbino toujours. Document téléchargé depuis www.25/01/2014 01h50. La salle des Fresques enfin. CERBONI BOIARDI. © De Boeck Supérieur . demeurait un souci majeur dans l’univers mental de Federico.99 . elle aussi à un emplacement « stratégique » dans la distribution du palais.. restait le produit de générations antérieures et ne constituait pas l’unique source. faute de temps disponible. ce que les critiques ont trop souvent négligé. p. Ibid. 24. Lo stato. de la culture humaniste d’Urbino : s’il sut lui donner une dimension nouvelle et plus vaste. C’est ainsi par exemple que « Federico […] fut essentiellement un bibliophile. 12. un amateur du livre beau et riche. MORANTI. il n’en fut pas l’initiateur30.158. FLORIANI. Ibid. la cultura.38.25/01/2014 01h50. 16.. face au sommet de l’escalier d’honneur.79. Les thèmes constitutifs de la décoration de son studiolo relèvent donc de l’humaniste aussi bien que du militaire.cairn. Du reste. mais sur des bases plus anciennes.. PRINZ. et qu’il s’organisait d’abord autour d’elle. objet précieux de collection plus qu’instrument d’étude ». mais de souligner que la guerre. G. Organizzazione della biblioteca di Federico da Montefeltro. le arti.158. W. éd. beau. M. L. MICHELINI TOCCI. 30. même si les deux apparaissent inextricablement liés. ex nihilo.

info . Ibid. CHELES. p. mi-pacifique. 35. on peut mentionner le faisceau. avec un arrière-plan humaniste. restent nombreux.25/01/2014 01h50. Ferrare. The Double Portrait of Federico and Guidobaldo da Montefeltro : Power. 7. Federico di Montefeltro.. 25.. figure de la détermination du vainqueur40.79. L. Dans le même ordre d’idées. Une preuve supplémentaire que le duc d’Urbino accordait une place substantielle aux préoccupations guerrières est le rôle qu’il leur faisait Document téléchargé depuis www. 37.. 67. p. l’épée et la massue symbolisant de leur côté la Rhétorique. 38. p. Galleria Nazionale delle Marche). parmi les différents symboles jouant de cette ambivalence.25/01/2014 01h50. avec l’Ordre de la Jarretière et l’Ordre de l’Hermine bien visibles34. mi-guerrier..79. Urbino.cairn. Wisdom and Dinasty. cit.158. la Justice et la Force37..99 . ID. ID..M.. voir en particulier C. Mitteilungen des Kunsthistorischen Institutes im Florenz. 28. p. Lo studiolo di Urbino. lesquels indiquent « obliquement les exploits de Federico comme chef de guerre39 ».38. CHELES. Lo studiolo di Urbino. Document téléchargé depuis www. de façon plus symbolique. © De Boeck Supérieur d’une robe d’humaniste et tenant une lance dont la pointe est fichée dans le sol : la lance. p. p. 16.. Sur ce portrait. t. précise et enrichit les motifs décoratifs ailleurs présents dans le palais. Sous le portrait du studiolo se voit en outre l’emblème de la grenade « qui célèbre la guerre défensive plutôt qu’agressive » car elle n’explose que si elle a été provoquée35. 19. The Inlaid Decorations of Federico da Montefeltro’s Urbino Studiolo : an Iconographic Study. L’Ordre de la Jarretière fut conféré au duc par Édouard IV d’Angleterre en 1474. © De Boeck Supérieur . doit être mis en regard du tableau de Pedro Berruguete (?) Portraits de Federico da Montefeltro et de son fils Guidobaldo (vers 1476-1477. pourtant complète. t. ROSENBERG. p.38. revêtu de son armure et portant l’épée au côté. 34. symbole de concorde militaire. ID. 21.. d’abord : le collier de l’Hermine et l’Ordre de la Jarretière. Les ordres qui récompensent les exploits militaires de Federico. sans implications humanistes. 1991. The Inlaid Decorations. ce dernier ordre accompagnant un laurier. Les emblèmes qui sont des allusions directes à la guerre en elle-même. le jeu d’échecs – si cela en est bien un –. HÉROS CIVILISATEUR 299 33. 40.LE PRINCE. 41. tout en étant « signe classique d’autorité suprême33 ».info . p.. 26. 39. Ce portrait nuancé. op. Mais également. emblème du Prince triomphant dans la guerre41.cairn.158. évoqués dans le double portrait38. 213-222.99 . 1982. l’armure. le fifre et le tambour. Et puis les instruments de valeur militaire. ou le luth avec ses deux cordes cassées. 36. Ibid. Leur présence dans le studiolo. les rameaux d’olivier signifiant que le duc combat pour rétablir et défendre la paix36. bien qu’ayant rarement été mis en relation avec la guerre comme émanation et/ou instrument de pouvoir. tels la dague. est symbole de sagesse et de vertu. Iconografia di un microcosmo principesco. 2. portrait officiel montrant le duc assis en train de lire. attribut de Minerve.

plus précisément. 44. outre les insignes ducaux et l’Ordre de la Jarretière. où sont présents. 1988. 43. résultaient de nombreux facteurs : bornons-nous pour l’instant à en signaler l’existence. PARTRIDGE et STARN. sinon la raison d’être.38. des fifres avec un tambourin.79. pratiquement tous les souverains du Quattrocento décoraient leurs palais de motifs ou de thèmes évocateurs de la guerre. Princeton. celui du palais de Gubbio. ID. Affermissant un pouvoir qui parfois pouvait paraître chancelant (comme les Sforza à Milan ou les Aragon à Naples). op. Par delà ce cas exemplaire et sans doute un peu extrême de Federico da Montefeltro. Sur la décoration de ce studiolo.. en ces temps où l’Italie prend une conscience aiguë de son haut degré de civilisation. c’est-à-dire financier. du prince (« patron ») comme d’un héros de rite de passage. © De Boeck Supérieur . et nous le verrons.79..158. le cortège triomphal sculpté par Pietro da Milano sur l’arc de triomphe d’Alphonse d’Aragon au Castel Nuovo de Naples . 45. le héros d’un passage de la barbarie à la civilisation ou. il s’agit là d’une guerre qui. avouons-le. du moins le principal moyen de subsistance et le seul garant matériel. p. La guerre. © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www. donc. aux dires de Vasari. les tentures dans le palais de Sigismondo Malatesta à Rimini illustrant les batailles de Charlemagne . cit. le prince développait dans le registre alors indispensable 42. BOLARD jouer dans la décoration marquetée de son autre studiolo. les fresques du château de Torrechiara représentant les forteresses dont Pier Maria Rossi s’était emparé . ou encore les peintures murales du Castello Sforzesco de Milan. The Gonzaga of Mantua and Pisanello’s Arthurian Frescoes.info . directement ou par le truchement du symbole. Mais une guerre qui. Plutôt que la seule fin de l’établissement de la paix ce qui.25/01/2014 01h50. la fresque représentant une scène de bataille peinte.158. voir M. des pièces d’armure. p. Ce sont par exemple les neuf preux décorant à fresque la salle baronale du château de La Manta près de Saluces . FABRIANSKY. Federico da Montefeltro Studiolo in Gubbio Reconsidered. un héros promoteur et défenseur de la civilisation45. WOODS-MARSDEN.38.25/01/2014 01h50. nous l’avons rappelé en commençant. les scènes de tournoi empruntées au cycle arthurien exécutées par Pisanello au palais des Gonzague à Mantoue44 . aux yeux des princes condottieri. Document téléchargé depuis www. parlent ainsi.. en plein accord avec le développement concomitant de la personne du souverain. 89. dissipant ainsi toute équivoque quant à la prééminence. par Piero della Francesca au château des Este à Ferrare43 . How Quattrocento.cairn.42. Its Decoration and its Iconography Program : an Interpretation.99 ... des cose militari. tandis que les tapisseries de son palais d’Urbino représentaient des épisodes de la guerre de Troie. Les raisons. 11.300 L. 392.cairn. etc.info . de leur prestige.99 . peut sembler paradoxal pour des princes dont elle reste. Artibus et Historiae. 1990. ne pouvait être considérée comme une fin en soi et devait trouver une justification dans la morale et davantage encore dans la culture – celle-ci prise dans son opposition à la nature.. des faisceaux. fait de ce dernier un héros civilisateur. t. une masse.

99 . BOCCACE. il était également passionné de chasse. Pour parfaire cet idéal chevaleresque qu’il entendait incarner.cairn. Document téléchargé depuis www. leur contenu révèle avant tout les choix du souverain. Dante et après lui Boccace. le plus immédiat. éd.38. le second dans le Décaméron avaient relevé. et l’orientation de ces choix. comme l’indiquent clairement les fresques de Mantegna dans la Camera picta du palais ducal de Mantoue.. antique et médiévale. op. 235 .99 . au sein des noires forêts de la sauvagerie. © De Boeck Supérieur . © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www. donc grâce à ses vertus guerrières. il appartenait au prince et à lui seul à se hisser au-dessus des autres par la perpétuation de cet idéal guerrier. 8. Il dictait lui-même sa correspondance. spécialement arthurienne. Déjà en leur temps.158. le prince ne manquait certes pas de modèles. Le prince entendait donner de lui cette image du chevalier médiéval qui.LE PRINCE. Federico da Montefeltro fut ainsi l’élève de Vittorino da Feltre quand il était otage à la cour de Mantoue et. solide lecteur (même s’il connaissait sans doute peu les auteurs classiques). p.cairn. J. Car si la constitution de bibliothèques princières au XVe siècle porte témoignage des progrès de l’humanisme dans l’enceinte des cours. C. p. de chevaux et de chiens47. Un tel idéal faisait d’emblée de lui le premier en son royaume.. cette évolution des chevaliers qui s’affadissaient dans la courtoisie en reléguant à l’arrière-plan les vertus militaires – charge qui il est vrai relevait aussi d’un topos littéraire46. cit. Quant à Ludovico Gonzaga. éd. Paris. les lumières de la foi et/ou de l’amour. fait triompher par le combat. une rhétorique littéraire et iconographique qui l’inscrivait dans une double filiation.38. 89. en le distinguant des autres personnages de haut rang qui constituaient désormais sa cour : à une époque – le XVe siècle – où la société curiale connaît un remarquable développement. qu’il puisait dans la littérature. Cet idéal. Le Banquet. BOURCIEZ. Au prince était prioritairement réservée une éducation qui mariait harmonieusement humanisme et chevalerie.info . Paris. X.25/01/2014 01h50. Dans ces bibliothèques en effet abondaient les ouvrages soit rédigés en français soit traduits du français.info . Par cette fiction. faisait de lui un héros et l’insérait dans un idéal dont la continuité d’une civilisation à l’autre débouchait sur une quasi-intemporalité.. DANTE. relevait en premier lieu de la chevalerie.158. p. dans le cadre de plus en plus rigide de la cour.. mais en langue vernaculaire. I. HÉROS CIVILISATEUR 301 du symbole. 1988. qui justement font la part belle à l’univers chevaleresque ou plus généralement guerrier.25/01/2014 01h50. PARTRIDGE et STARN. autrement dit les lumières de la civilisation. 60. Cela le distinguait des dignitaires condamnés.79. il se donnait les référents sur lesquels appuyer ce discours qui. à développer des valeurs moins militaires et plus courtoises. culture et guerre. et à s’enfermer dans ces règles de l’étiquette qui les éloignaient de plus en plus du viril combat guerrier qu’en sa qualité de condottiere luimême s’efforçait de préserver. langue qui dans l’Italie de l’époque demeurait celle 46. 1996. II. du célèbre condottiere Niccolò Picinino. à des fins programmatiques. pour la déplorer.. BEC. le premier dans le Banquet. 47. pour les choses de la guerre. Le Décaméron.79. Œuvres complètes. de fauconnerie.

Les livres à la manière de France (ou de Bretagne) recueillaient alors la faveur des princes italiens. Dans la bibliothèque des Este à Ferrare se trouvaient.. BRAGHIROLLI. proportion qui monte à trente pour cent en 1495 . Romania. W. celle de l’iconographie. le recours systématique à la décoration.158. mort en 1407. dix pour cent50. lorsqu’elle écrit que « pour le visiteur ou le solliciteur à la cour d’Urbino. À des fins transparentes de propagande politique. au-dessus de la salle d’Iole : sa portée toute symbolique n’a pas échappé à J. la fresque chevaleresque sans doute réalisée vers 1450-1455 et attribuée à Giovanni Boccati. dans la littérature épique ou même la littérature courtoise. 49.79. confortant en même temps le statut particulier – supérieur – du souverain.info . 89.79. FALLOWS. dont 44 romans en français49. où figuraient 67 livres. 497-515. survivre dans les mémoires : d’où. © De Boeck Supérieur .info . 9. P. 1880. Ainsi dans la bibliothèque de Federico les romans de chevalerie48 . MEYER.. l’idéal chevaleresque véhiculé par les romans arthuriens ne prenait toute sa dimension qu’à condition d’être montré : aux souverains étrangers ou à leurs ambassadeurs. L’assimilation ou au minimum le rapprochement de celui-ci avec le preux chevalier médiéval qui combat contre la sauvagerie et pour la civilisation devait prendre forme. quand il était 48. French as a Courtly Language in Fifteenth Century : The Musical Evidence. capitaine de Mantoue.25/01/2014 01h50. Au palais ducal d’Urbino. Une iconographie qui devait durer. p. se situe dans une petite chambre d’audiences.99 . Document téléchargé depuis www. adoptèrent dans les demeures princières des caractères programmatiques qu’elles ne possédaient pas nécessairement auparavant où elles revêtaient semble-t-il une dimension plus personnelle ou sociale. les fresques donnaient l’impression que Federico da Montefeltro. moins fréquentes au Quattrocento où les thèmes et symboles se diversifient.. en plus des fêtes et spectacles. Ibid. BOLARD de la chevalerie dont elle portait en elle l’image. elles firent figures d’emblèmes de pouvoir. © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www.cairn. 50.. désormais. aux courtisans et plus généralement à tous les personnages de haut rang amenés à rencontrer ou à côtoyer le prince. PARIS. Le XVe siècle italien inaugure bien à cet égard les siècles de l’image envisagée comme instrument de pouvoir en tant qu’expression de la puissance politique. D. Woods-Marsden. c’est-à-dire s’intégrer dans une autre rhétorique que l’écrit. en 1436..99 .38. en 1407.cairn. p. y compris dans leurs adaptations modernes dont témoigne avec éclat l’œuvre de Boiardo à la cour des Este. Depuis le XIIIe siècle. De semblables représentations.302 L. 430-431. dans celle de Filippo Maria Visconti en 1426. 53 livres en français sur 279. dans les romans des cycles arthuriens ou de la Table Ronde.25/01/2014 01h50. G. Renaissance Studies. en particulier dans le choix de leur emplacement. t.158. 1989. p. ainsi dans l’inventaire de celle des Gonzague. Inventaire des manuscrits en langue française possédés par Francesco Gonzaga I. en tout cas moins politique . il était courant de décorer les salles des châteaux de héros légendaires ou de figures historiques. soit vingt pour cent.38. etc.

38. Document téléchargé depuis www. nous les avons évoquées plus haut. coïncidaient exactement avec celles que souhaitaient mettre en avant les souverains italiens du XVe siècle.158. directe héritière de la virtus romaine.99 . p. qui avait obtenu pour lui son élévation à l’ordre impérial du Cygne). ID. et pour reprendre notre problématique. Au premier rang de ces qualités venait la virtù.79. © De Boeck Supérieur . Des qualités qui concernaient tout aussi bien l’honnête homme en général que le chef de guerre en particulier et qui en le distinguant des barbares. Document téléchargé depuis www. BRIZZI. du palais des Este à Ferrare ou les tapisseries de Malatesta à Rimini).info . formée par les grands condottieri du passé51 ». constituaient l’essence même de l’homme civilisé54. On le conçoit. en d’autres termes. p. les visiteurs qui. 51.. des oasis de civilisation au milieu d’étendues sauvages. Ibid. © De Boeck Supérieur assis près de la cheminée.79. 2004. se voyait transcendé par le référent antique. cf. 52. fournissait aux hôtes de marque « une analogie poétique renvoyant à la compétence militaire..25/01/2014 01h50. à l’étage. de cette dimension politique du souverain comme héros civilisateur proclamant sa « mission » aux yeux du monde. 401.info . en définitive.cairn. Monaco-Paris. Le guerrier de l’Antiquité classique. 54. mais définissait un programme politique personnel qui assurait le pouvoir du prince condottiere en l’inscrivant dans une lignée de héros guerriers en lutte contre la barbarie (tout comme. sans doute suspect aux yeux des humanistes du Quattrocento car. châteaux d’un côté. 393. venaient de franchir la porte ouverte en haut de celui-ci52. Je remercie C.99 . les fresques de Pisanello au palais ducal de Mantoue (1447-1448) étaient situées dans une salle correspondant au hall où entraient directement. 53. de l’hoplite au légionnaire. forêts de l’autre . How Quattrocento. placé comme il l’est à l’entrée du palais.. GAUTHIER de m’avoir signalé cet ouvrage d’une remarquable richesse et d’une grande originalité d’analyses.. trad. 409. WOODS-MARSDEN.LE PRINCE. gothique. qui le distinguaient du commun. était environné par une garde d’honneur debout. voire carthaginois. et sur ses qualités tactiques et stratégiques. G..38. la cristallisant autour de la personne emblématique du héros. p. Plus révélatrices encore de cette osmose entre le souverain guerrier et le preux chevalier. du Castello Sforzesco. French Chivalric Myth. ce héros auquel le prince condottiere cherchait à s’assimiler. Le thème de ces peintures est tiré du Lancelot dont il faut se rappeler qu’il se déroule en des lieux symétriquement inversés. Or les qualités qui à Rome illustraient ce héros. à la légitimité politique et aux influences de Gonzague en relation avec l’Empire53 » (cette dernière par l’intermédiaire de son épouse Barbara de Brandebourg.158. après avoir passé la Porta Grande (la porte du palais) et monté l’escalier. Référent fondamental dans la mesure où l’Antiquité classique avait posé les bases de cette opposition absolue entre barbarie et civilisation.. les fresques chevaleresques du château de La Manta. Sur le chef militaire grec et surtout romain.25/01/2014 01h50. fr. de tels cycles iconographiques n’avaient évidemment pas dans leur complexité qu’un but décoratif ou une fonction esthétique.cairn. HÉROS CIVILISATEUR 303 Ce modèle pourtant. Ce cycle chevaleresque..

72. t. vertu majeure au cours des nombreux conflits qui déchirèrent l’Italie de ce temps56. tandis que Sigismondo Malatesta « fut le Document téléchargé depuis www. 355. la générosité. p. MALLETT. » Il s’agissait de porter le plus haut et le plus loin possible leur fama.38. Une passion que confirme Pie II dans ses Commentaires58. 674-676. ENEA SILVIO PICCOLOMINI. voir aussi BRIZZI. © De Boeck Supérieur . VESPASIANO DA BISTICCI. Moyen Âge et Renaissance. p. et des textes littéraires de référence. éd.304 L. il aspirait. p. cit. et CRISTOROFO LANDINO. Par ailleurs. entre autres.. notablement passionné. Platina saluait Ludovico Gonzaga « pour ses prouesses militaires et sa vertu politique comme un nouveau Caton61 ». 1995. et le plus vif penchant pour les études auxquelles je me suis consacré moi-même57. en particulier les glaives et les casques romains.158. s’inscrivant dans la longue lignée des héros civilisateurs. la gravité. A. GARIN. 328 n. Cf.cairn. p.38. 56. 1. et le faisait savoir (notamment par son biographe Vespasiano da Bisticci et par Cristoforo Landino) à imiter les capitaines illustres de l’Antiquité59. outre les humanistes. prudentia venait avant fortitudo.25/01/2014 01h50. les souverains trouvaient un relais actif en la personne des humanistes gravitant dans leur entourage et dont la caution morale et intellectuelle amplifiait les qualités propres au prince.99 . p. n. 6. cit. le sens de la justice. « Dans la liste antique des vertus militaires. 59. PLATINA. prudentia et fortitudo que mettaient déjà en avant les auteurs anciens en privilégiant.79. op. 26. p. Cité par E. comme à leur tour les grands capitaines du Quattrocento. Au-delà du premier auquel l’attachait son goût pour la chevalerie et ses emblèmes (à commencer par les Ordres). soulignait ses vertus selon une optique résolument romaine : « J’ai senti qu’en toi brillaient des vertus sublimes : la fermeté d’âme. PORTIOLI. La Renaissance dans les cours italiennes. Mantoue. combinait à merveille le Moyen Âge et l’Antiquité. 1887.. une réputation dont les meilleurs agents – parfois malgré eux – étaient.79.info . COLE.cairn.. 60.. les princes condottieri et leurs courtisans insistaient sur la prudence et la force. op.info . Cité par PARTRIDGE et STARN. Document téléchargé depuis www.. fr. Le condottiere.158. 172.. 58. Federico da Montefeltro. par les armes anciennes : il suffit de rappeler celles qu’il fit sculpter sur les jambages de la Porta della Guerra. A. Dans leur volonté de diffuser cette image éthique d’activités qui ne l’étaient pas nécessairement. 60. Divo Ludovici Marchinis Mantuae Somnium. sa réputation était aussi celle d’un homme féru de l’Antiquité classique.25/01/2014 01h50. Cf. et dans les valeurs que la Renaissance attribuait aux glorieux capitaines. Commentarii. trad. les dignitaires étrangers qui avaient connaissance à la fois des images figurant dans la décoration des différentes salles du ou des palais. la munificence. trad. BOLARD 55. 762. Le Florentin Donato Acciajuoli écrivant en 1448 au duc Jean de Calabre. De son côté. Paris. Disputationes Camaldulenses. Vite de uomini. la première. p. À un niveau plus spécifiquement militaire. supra. fr. 61.. passé maître en cet art. Pour l’antiquité romaine. la prudence militaire et politique figurait aux premiers rangs ».99 . Paris. ce que confirme sa bibliothèque où figuraient de nombreux traités militaires romains et des ouvrages d’histoire militaire ancienne60. 1969. © De Boeck Supérieur apanage de la civilisation comme nous l’avons rappelé en commençant55. 57.

Paris. à la fois terre physique. Plus intéressant encore pour notre propos est le fait que ce même Sigismondo Malatesta. Quelques exemples par Pisanello.cairn. Le territoire. dans M. 104. 65. Venise. les idéaux sur lesquels reposait leur pouvoir . p. d’ordre territorial. A. Y étaient ainsi gravés. Tout l’œuvre peint de Pisanello. Ferrare. les princes eux-mêmes en armure.. de sa trace dans le temps.38. maîtresse.M. sans oublier l’ambivalence. géologique. à l’avers. ses principes ou ses desseins. How Quattrocento Princes. HÉROS CIVILISATEUR 305 Cette double donnée – l’enterrement des médailles et la pérennité – introduit dans la conception du prince comme héros civilisateur une nouvelle dimension.. à cheval ou non. Trattato di architettura. Rimini.info . Sienne pour les secondes. et espace. un char de triomphe. tous aptes à propager sa gloire. 390. le 62.. les monnaies circulaient d’une extrémité à l’autre de la péninsule et permettaient de faire connaître. Mantoue.158. ANTONIO AVERLINO DETTO IL FILARETE. objets parfois de spéculation. WOODS-MARSDEN. qui sépare (mais sans les opposer systématiquement65) les États princiers territoriaux d’un côté. par surcroît. Pour sa gloire et sa postérité. Milan. Cf. avait fait enterrer dans les fondations de son château de Rimini des médailles de type militaire afin. outre les princes eux-mêmes. CHIARELLI. 1987. prend ici son sens premier. Urbino. ou une forteresse (Alphonse V d’Aragon)63.79. p. de faire le lien avec les Romains de l’Antiquité.158. Généralement ornées.. celui qui est soumis à l’autorité du prince. © De Boeck Supérieur premier à réaliser les possibilités de propagande inhérentes au revers des médailles62 » dans la plus pure tradition antique. © De Boeck Supérieur .LE PRINCE. 66. Pour un État princier. trad. du profil du souverain ou des membres de son entourage le plus proche (épouse. 1972. 64. Facilement transportables. en relation avec notre sujet. fr. GRASSI. Ici court cette césure fondamentale dans l’Italie de la fin du Moyen Âge et des débuts de la Renaissance. 63.cairn. fils) et de sa devise. BOLARD.79. selon Filarete. sur laquelle on bâtit. éd.38. tous motifs s’articulant autour d’un discours guerrier que ces médailles se chargeaient de propager. cadeaux aisés. parfois avec le bâton de commandement à la main (Malatesta). le médailleur le plus consistant de l’époque. les républiques citadines de l’autre66. Naples pour les premiers. PASTOUREAU et R.info . ses vertus. les siècles futurs devant se rappeler les hommes du XVe siècle comme ceuxci se souvenaient des Romains64 : étonnante permanence du chef de guerre soucieux de sa gloire ou mieux. étendue sur laquelle s’exerce le pouvoir. Enfouir dans la terre des médailles à l’effigie du souverain en renouant avec les temps anciens équivalait d’une certaine manière à enraciner celui-ci dans la terre lignagère et en même temps à assurer une forme de continuité dynastique doublant l’intemporalité de la gloire – celle du héros bienfaiteur. de l’évergète. t.25/01/2014 01h50.25/01/2014 01h50.99 .. Florence.99 . Document téléchargé depuis www. dans le territoire duquel on venait de découvrir des médailles antiques. FINOLI et L. sinon l’ambiguïté de Milan et Document téléchargé depuis www. elles montraient au revers des symboles rhétoriques allusifs de son règne : ses prétentions. sur laquelle on s’appuie. 1. elles procédaient donc de ce monde classique qui les avait tant appréciées.

Par exemple PARTRIDGE et STARN.. synthétisés au début du siècle suivant dans le Courtisan de Baldassare Castiglione.. cette cour se présentait comme l’étalon de toute civilisation par son raffinement. toutefois..cairn. © De Boeck Supérieur territoire se résumait pour l’essentiel à la campagne.99 . des intérêts territoriaux sur les intérêts proprement urbains67 – compte devant être tenu. celui qui par son héroïsme avait ordonné le chaos. le panneau de marqueterie le plus valorisé de par son emplacement représente justement la campagne d’Urbino avec la cité au centre68. la délicatesse et le haut niveau intellectuel de ses manières comme de ses conversations. Pier Maria Rossi. ce qui amène certains auteurs à considérer que ces monarchies constituèrent une revanche de la campagne sur la ville.25/01/2014 01h50. CIARDI DUPRÉ. de la relative pauvreté agricole de ces États. p. 86.38. Si indissolublement liée au prince. M.158. des cités-États.306 L. Venise. dont le palais constitue le point symbolique de convergence. le cas particulier des États pontificaux (qui incorporent. ces deux piliers de son régime. qui s’était taillé un fief à la faveur du Milanais. mais des républiques citadines à base territoriale – de plus en plus – élargie. 1992. 67. BOLARD Le prince et le territoire dans lequel il enracinait sa puissance et sa légitimité dynastique – ou cherchait à le faire croire – vivaient quasiment en symbiose.cairn. Il se manifeste ainsi comme une auto-glorification du souverain (qu’accentue l’arc de triomphe dans lequel ce paysage s’inscrit. les revenus des familles princières provenaient. Atti del Convegno Internazionale di Studi Urbino.99 . dont il devait préserver le caractère civilisé. 1996. et que les jours de celle de Sienne sont comptés. Urbino en tête. Document téléchargé depuis www. portaient témoignage de cet ordre si nécessaire à la civilisation qui renvoyait dans les ténèbres et le désordre de la barbarie les autres peuples d’Europe. par cette position. L’étiquette même qui la régissait. p. alors. de la mise en valeur de leur terroir. ses mœurs policées.25/01/2014 01h50.. ces terres de culture qui avaient servi de base au pouvoir et à l’élévation du souverain. Civilisé à la fois par la profonde humanisation du paysage que le labeur agricole avait sans cesse métamorphosé. Urbino et Rimini).79. et par l’ordonnancement de la cour. gardons-nous de l’oublier. sa culture. à la fois fenêtre albertienne et référent antique) par le territoire. de plus en plus complexe sinon rigide. Dans le studiolo du palais ducal d’Urbino. il faut aussi se souvenir qu’elles ne sont plus. et la poussière de petits États plus ou moins dépendants. Considerazioni e ipotesi sulle tarsie dello studiolo di Federico di Montefeltro a Urbino. le pivot. Elle s’incarnait en la personne du prince qui en occupait le centre physique et symbolique et. outre des condotte.38. cit. © De Boeck Supérieur . Toute légitimation du pouvoir passait nécessairement par l’appropriation de la terre. Concernant Florence et Venise.79. op. 54. base dont le caractère féodal a été amplement démontré et qui par conséquent s’assimilait totalement au lignage.info . C’était donc ce même territoire où il plongeait ses racines que le prince héros devait protéger des dangers de la barbarie.. se posait comme le civilisateur. Document téléchargé depuis www. 68. Contrairement aux villes comme Florence et Venise qui disposaient de solides assises industrielles et commerciales.158.info .G. Città e corte nell’Italia di Piero della Francesca.

Ce qui explique la frénésie de constructions de forteresses qui caractérisait des princes aussi différents mais aussi soucieux de puissance et de dynastie que Sigismondo Malatesta. et ce dans un petit cabinet jouxtant le mur ouest de la salle la plus suggestive du pouvoir dynastique par sa double fonction. p. au palais ducal de Mantoue Ludovico Gonzaga serrait.info . dans l’église Sant’Andrea. que nous avons initialement présenté : l’opposition antique (et irréductible) entre monde barbare et monde civilisé. R.info . contenait la relique du Précieux Sang.158. Significativement. 396. les sceaux des châteaux et des villes assujettis. © De Boeck Supérieur . Alphonse V d’Aragon. Francesco Sforza ou Federico da Montefeltro : « Les édifices fortifiés symbolisaient [en effet] la signoria aussi bien que la sécurité69 ». reposait sur les lieux. et d’un autre côté ceux de la civilisation. Le territoire se transformait en un enjeu politique qu’il convenait tout à la fois d’approfondir et d’ordonner. donc aux républiques.99 .79. COLE... le marquis du reste tirait un légitime orgueil de cette pièce qu’il ne manquait jamais de montrer aux plus hauts dignitaires étrangers71. et par son décor peint.79. les lieux incultes de la sauvagerie étaient par excellence les forêts Document téléchargé depuis www. Mais également afin d’en marquer la prise de possession par le prince. se développe la cartographie) tout en en rappelant l’omniprésence et donc la force. salle d’audience et chambre à coucher. harmonieux. How Quattrocento. dans une continuité féodale. cit. la Camera Picta dite aussi Chambre des Époux70 . SIGNORINI La Camera dipinta. Mantoue. rappelant combien la guerre se révélait indispensable dans cette entreprise de civilisation – de pacification. qui caractérisait alors les principautés. rencontrait. qui avait fait représenter de manière emblématique dans son château de Torrechiara les forteresses de son État afin d’asseoir sur le plan du discours iconographique son pouvoir. 70. autant qu’entre les hommes. Document téléchargé depuis www..LE PRINCE. notons-le.cairn. Par delà les siècles médiévaux.38. au XVe siècle. Cette notion de territoire et les représentations qui l’accompagnent pèsent lourd dans la définition du prince condottiere comme héros civilisateur. et de l’organiser selon un maillage dessinant une géographie du pouvoir (à l’époque où. avec d’un côté les territoires barbares. l’avait bien compris.38. Une opposition qui.. outre ses archives personnelles. peu ou prou assimilées aux cités-États.cairn. cette revanche de la campagne sur les villes. laquelle conférait au pouvoir des Gonzague une dimension évidente de sacralité. au territoire exploité. WOODS-MARSDEN.. cultivés voire domestiqués. p. une telle fonction était dévolue aux forteresses. 154. Sous l’Empire romain. HÉROS CIVILISATEUR 307 69. © De Boeck Supérieur des troubles engendrés par la succession des Visconti. Le marquis y gardait aussi probablement les clefs de la chapelle qui. elle renoue avec ce qui constituait son fondement et sa justification. 71. Ces forteresses s’éparpillaient donc à travers la totalité du territoire. fragile de par son absence de légitimité dynastique.99 . 1992.25/01/2014 01h50.25/01/2014 01h50. et en en soulignant symboliquement l’ancrage dans la terre lignagère. op. Une telle prééminence accordée au territoire agricole. et d’abord pour d’évidentes raisons de sécurité. sauvages et incultes.158. Témoignage de cette triple relation pouvoir/guerre/territoire.

les Français notamment firent les frais d’un tel discours assimilant les envahisseurs d’outremonts à des hordes barbares73. 419.info . Les Français à Naples d’après la Chronique illustrée de Ferraiuolo. « se présente comme une épopée nationale italienne avec Sigismondo comme défenseur de l’Italie contre l’invasion étrangère de ceux que Basinio appelle “les Celtes”75 ». les Aragon de Naples contre qui guerroyait le souverain de Rimini. 73. 419. Guichardin et tant d’autres) dans une non moins troublante pérennité des antagonismes humains. BIANCHI BENSIMON et M. c’est-à-dire nulle part ». offrant par là même une troublante similitude avec la rhétorique qui prévaudra au début du siècle suivant (chez Machiavel. p.79. « En Germanie. DUPONT. tous les éléments figurent qui font du prince un héros civilisateur dans la droite ligne du modèle militaire romain d’opposition civilisé/barbare : les personnages. sous la dir. p. barbares au premier rang desquels figuraient les Allemands.25/01/2014 01h50. de A. Aux yeux des souverains de la péninsule et de leurs « propagandistes » humanistes. 74. Ibid.. Université Paris – Sorbonne (Paris IV) Laurent BOLARD 72. Concluons sur un texte des plus suggestifs de cette assimilation du souverain guerrier à un héros antique protégeant la civilisation de la barbarie : l’Hespéris.158. 189-219. poème épique de Basinio Basini composé à la gloire de Sigismondo Malatesta et qui. situées dans un Nord hypothétique et qui pour une part relevaient du mythe. à partir des guerres d’Italie.info . PAOLI. 75. Le XVe siècle italien commença d’user abondamment de cette rhétorique commode qui opposait un en deçà et un au-delà des Alpes dans une géographie culturelle quelque peu rebattue. entendez les Barbares. FIORATO..38. en l’occurrence et de manière un peu inattendue. Cf.cairn. les situations.. Dans le livre VI. ces contrées peu probables. p. © De Boeck Supérieur . © De Boeck Supérieur Document téléchargé depuis www. 1994.cairn. le vocabulaire. dans cette même rhétorique. Un exemple parmi d’autres de cette vision négative des Français dans N. si souvent et si facilement considérés. de réunir les Latins [sic] contre les envahisseurs et de mettre fin à la guerre.158. selon une terminologie directement inspirée par le monde antique et qui plaçait aux avant-postes de la civilisation les princes condottieri74.79. Dans ce poème. comme des Germains. la dynastie. Italie.C. Paris. d’un point de vue conceptuel. les Barbares dont il fallait toujours se garder étaient confondus dans un même territoire de l’imaginaire incarné par le terme de Nord.99 . The Neo-Latin Historical Epics. 1494. On le constate. 76. Document téléchargé depuis www.25/01/2014 01h50. 51-93. mal connues..308 L.99 . BOLARD de la Germanie72. À l’extrême fin du siècle et au suivant. Sigismondo rencontre ses ancêtres qui le pressent de continuer sa quête et de sauver l’Italie des Barbares76..38. LIPPINCOTT. p. Songeons au retable de Mantegna commandé en 1496 par Gian Francesco II Gonzaga et offert par ce dernier à la chapelle de la Victoire à Mantoue en commémoration de sa « victoire » de Fornoue sur les Français de Charles VIII. Jupiter en personne demande à Sigismondo. par le truchement de Mercure.