You are on page 1of 34

Chapitre VI : Pathologie due aux effets dynamiques

Dommages subis par les portiques
Les structures contreventées par portiques auto-stables sont les plus touchées par le séisme et du fait que le moment et le cisaillement soient essentiellement les efforts principaux que le portique doit supporter lors d'un chargement horizontal, on s'intéresse en premier lieu aux portiques, plus précisément à la zone nodale qui est l'essence même du portique.

Rotule plastique aux nœuds poteau-poutre L'article 7.6.2 du RPA exige la vérification de la somme des moments résistants ultimes dans les zones nodales poteau-poutre. Pour que la rotule plastique se forme dans les poutres plutôt que dans les poteaux, cet article recommande que les moments résistants des poteaux soient au moins 25% plus forts que ceux des poutres. On voit bien l'effet poutre forte/poteau faible dans les photos 1, 2, 3 suivantes :

Photo 1 : Rupture en zone nodale L'effet de rotule plastique peut être amplifié par une discontinuité des armatures ou de la section du poteau ou bien par une mauvaise qualité de béton.

Photo 2 : Rotule dans le poteau (comportement à éviter)

Photo 3 : Rotule dans la poutre (comportement recherché) Le poteau est assez fort pour que la rotule se produise dans la poutre, il est ainsi libéré avec un moment bien réduit, le plancher reste toujours accroché et la structure demeure sans risque d'effondrement.

Il a été constaté que ce mode de ruine par formation de rotules plastiques dans les poteaux était le plus courant et a constitué la cause principale de l'effondrement total ou partiel de la majorité des constructions n'ayant pas résisté. En plus du phénomène poteau faible/poutre forte qu'on vient de voir, le RPA a prévu la continuité du ferraillage transversal des poteaux en zones nodales. Des cadres en double U, doivent être disposés dans le portique comme illustré sur la figure 5.7 de l’article 7.5.2.2 du RPA.

2U superposés (avec alternance dans l’orientation)

Les photos 4 et 5 suivantes montrent les dégâts subis par deux poteaux appartenant à deux constructions différentes.

Photo 4 : Flambement d’armatures longitudinales

Photo 5 : Dislocation de la section

Rupture par écrasement Ce mode de ruine est rencontré surtout dans les poteaux supportant les cages d'escaliers, on le voit sur les deux photos 6 et 7 suivantes qui montrent deux poteaux de la cage d'escalier à l'entrée d'une tour R+7. La fragilité des sections écrasées a été aggravée par un manque de cadres intérieurs (par négligence ou par mauvaises intentions).

Photos 6 et 7 : Ecrasement de béton et flambement des aciers dans les deux poteaux de la cage d’escalier.

Cisaillement des poteaux
Un autre mode de ruine très répondu est le cisaillement des poteaux. En général, ce phénomène est connu sous le terme de poteaux courts mais aussi un entrechoc avec un plancher d'une structure adjacente peut facilement cisailler les poteaux.

Cette situation est très fréquente dans les cas où le joint sismique n'est pas suffisant.

Photo 8 : Cas d'une surélévation de 1,5 m de la partie centrale d'un plancher sur pilotis (6 poteaux).

Photo 9 : Détail de cisaillement d'un des 6 poteaux.

Ce cas est connu sous le terme de poteaux courts, cette situation est fréquente dans le cas ou le joint sismique n’est pas suffisant.

Dans le cas des photos 10 et 11, le cisaillement est dû aux entrechocs entre les poteaux et le plancher de la structure voisine, on voit ici le cas typique où le joint sismique est insuffisant. Si les planchers sont de mêmes niveaux les conséquences auraient peut être été moins graves, mais avec des différences entre niveaux, les structures n'ayant pas nécessairement les mêmes modes de vibration, le déphasage de mouvement cisaille littéralement les poteaux.

Photo 11 : Détail d'un poteau.

Photo 10 : Cas d'entrechoc avec un plancher adjacent.

Les efforts de cisaillement dans les poteaux sont souvent plus importants lorsque l'élancement géométrique du poteau est faible, et on désigne par poteau court (ou pièce courte d'une manière générale). Une attention particulière est accordée par le RPA au cas de poteaux courts, la figure 7.3 de l'article 7.4.3.2 illustre la création d'une telle situation par réservation de vides dans la maçonnerie.

Ce cas est très fréquent surtout dans les établissements scolaires et les vides sanitaires comme le montre les photos 12 à 15.

Photo 12 : Cas de poteaux courts sans protection-tous les poteaux sont cisaillés.

Les principaux dégâts observés sont : - Fissures horizontales au niveau de l’arrêt de bétonnage pour mauvaise reprise du bétonnage. - Eclatement de béton dans les poteaux courts.

Photo 13 : Détail d'un poteau au centre

Eclatement du béton dans les poteaux courts

Photo 14 : Détail d'un poteau au coin

Cependant cette situation a été interdite par le RPA après le séisme de Chlef de 1980. Le règlement exige l'utilisation d'un voile périphérique dans les vides sanitaires afin de protéger l'ensemble. En effet, la disposition peut s'avérer efficace pour un séisme majeur mais elle rend la structure fragile et l'expose aux effets des séismes modérés ou même faibles.

Flambement des poteaux
Dans le cas où la section des poteaux est faible et la qualité du béton est mauvaise associé des fois à un grand élancement, il arrive que le poteau flambe sous l'effet conjugué de la flexion et de la compression photo 16 et 17.

Photos 16 et 17 : Flambement de poteaux.

Décollement du béton d’enrobage

Il arrive dans certains cas que les poteaux soient décoffrés avant le durcissement total du béton et ce dans un souci de rapidité d'exécution ou de récupération d'un retard de réalisation.
Lors de l'opération du décoffrage, le béton peut subir des chocs, des vibrations ou tout simplement des gonflements. Ces facteurs donnent naissance à des microfissures notamment entre la couche d'enrobage et le béton confiné par les cadres et armatures transversales. Un décollement de la couronne d'enrobage met à nu les armatures comme le montre la photo 18 ci-dessous.

Photo 18 : Décollement de l'enrobage.

Dommages subis par les voiles
Le cas des structures comportant des voiles dans leurs systèmes de contreventement est très intéressant. Les bâtiments en voiles porteurs se sont très bien comportés et n'ont subit que des dommages légers.

Dans la zone épicentrale, à Zemmouri, les seuls dommages constatés concernent des panneaux qui se sont décrochés de la façade et certains sont tombés au pied de l'immeuble laissant apparaitre la paroi d'isolation (photo 19). Leur mode de fixation n'était pas suffisant et devrait être renforcé.

Photo 19 : Décollement de panneaux.

Dans la ville de Boumerdes, il a été constaté que la solidarisation des voiles de la cage d‘ascenseur à la superstructure de contreventement contribue de manière significative à réduire le risque sur la structure. Les dommages constatés sont essentiellement des ruptures de section à la base du voile (Photo 20) et des fissures ouvertes en X dans la section centrale (Photo 21).

Photo 20 : Rupture de section à la base du voile

Photo 21 : Fissures ouvertes dans le voile

Dommages divers
Cas de la poutre palière
Lorsque les armatures de la poutre palière ne sont pas bien encrées dans les poteaux de la cage d'escalier à cause d'un mauvais façonnage ou d'une insuffisance de la section du poteau, le nœud de jonction devient une zone de faiblesse.

Photo 22 : Poutre palière.

Cas de rupture dans les poutres par flexion
Cette situation est très rare puisque les poutres sont souvent très bien dimensionnées vis à vis de la flexion. Un seul cas à Zemmouri a été rencontré, zone d'épicentre où la composante verticale du séisme est plus forte, de plus les poutres ont une grande portée et ne sont pas suffisamment pourvues d'armatures à mi-travée.

Photo 23 : Rupture par flexion des poutres

Cas d'étage souple et d'étage transparent

Les deux phénomènes d'étage souple et d'étage transparent conduisent à un déplacement maximal accusé par l'un des étages d'une structure relativement grands par rapport aux déplacements des autres étages.
Les cas rencontrés lors du séisme de Boumerdes concernent le plus souvent le RDC, aménagé pour des activités de commerce avec une grande hauteur d'étage par rapport aux autres étages supérieurs lui conférant ainsi une plus grande souplesse (Photo 24).

Photo 24 : Etage souple

On a aussi rencontré le cas d'étage transparent dépourvu de cloisons de séparation pour des besoins d'espace (photo 25). Dans ce cas aussi, même si la contribution de la maçonnerie de séparation à la rigidité n'est pas très importante, elle n'est tout de même pas négligeable.

Photo 25 : Etage transparent

Cas du joint sismique L'un des aspects les plus importants apportés comme nouveauté par la version RPA99 est la justification de la largeur du joint sismique. L'article 5.8 donne par l'expression 5.5 la valeur du joint en fonction de la somme des déplacements maximaux des deux blocs séparés par le joint.

L'article spécifie avec précision comment évaluer les déplacements latéraux d'une part et recommande de tenir compte des composantes dues à la torsion de la structure et la rotation des fondations d'une autre part.
Les deux photos 26 et 27 ci-dessous montrent l'effet de martellement et d'entrechocs entre bloc dont le joint est insuffisant.

Photo 26 et 27 : Détail d'un poteau

Cas d'entrechocs-Effet balle de ping-pong
Cet effet, dû aussi à l'insuffisance du joint sismique, se produit lorsqu'une structure assez résistante mais légère se trouve en sandwich entre deux structures massives rigides ou souples Les différences de phase des mouvements de l'ensemble des trois structures conduit à des entrechocs si le joint sismique n'est pas bien dimensionné. La structure légère au centre peut alors être prise dans le mouvement comme une balle de ping-pong, la rigidité de ses éléments lui confère une résistance suffisante pour encaisser plusieurs chocs et causer de graves dommages à l'une ou aux deux autres structures.

La photo 28 montre une telle situation où une cage d'escaliers indépendante qui sert les deux blocs est prise aux entrechocs entre les deux grandes structures.
La photo 29 montre bien les dégâts infligés à la superstructure de l'un des deux blocs.

Photo 28 et 29 : Détail d'un poteau

Portiques en béton armé avec remplissage en maçonnerie
Ce sont des portiques avec un remplissage constitué de panneaux de maçonnerie non porteuse (Fig.4). (Terre cuite, béton léger ou béton d’agrégats lourds). On distingue deux types de panneaux : •Panneaux entièrement pleins (pas d’ouvertures) •Panneaux partiellement pleins (avec ouvertures)

Fig.4 : Portique avec remplissage en maçonnerie.

Ce type de structure est aussi très répandu dans le monde (cas des maisons individuelles, bâtiments à élévation limitée,...). Il résiste bien aux charges verticales mais dans le cas des charges horizontales (vents, séismes), un problème d’adhérence entre l’ossature et les panneaux risque de se poser si la déformabilité des éléments en béton armé est supérieure à celle des panneaux, ce qui donne naissance à des fissures au niveau des zones d’interaction.

On peut également relever les dégâts suivants : -Fissures périphériques le long du périmètre du mur de maçonnerie à cause du mauvais contact avec l’ossature. -Ecrasement du mur au-dessous de la poutre provoqué par une mauvaise qualité de la maçonnerie et un défaut d’exécution. -Flambement du mur pour les panneaux avec ouvertures, on observe : Fissures inclinées avec ou sans destruction de la maçonnerie qui prend naissance au niveau de l’angle de l’ouverture. (Voir Fig. 5 et 6)

Fig. 5 : Sous l’action sismique formation d’une diagonale comprimée et d’une diagonale tendue

Fig. 6 : Changement de direction du séisme : inversion des sollicitations des diagonales

Fissuration des linteaux en "X" sous le cisaillement pour les linteaux courts et fissuration verticale sous la flexion pour les linteaux longs. (Voir Fig. 7)

Fig. 7 : Après séisme, si le portique (poteaux et poutres) a été calculé et réalisé suivant les règles parasismiques, le panneau en maçonnerie se trouve avec une fissuration en X (coup de poing)