Fiche de jurisprudence

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CJCE 4 mai 1995, aff. C-7/94, Gaal

Initialement destinée à favoriser la mobilité des travailleurs, la libre circulation des personnes s’est élargie, sous l’influence conjuguée du législateur européen et de la Cour de justice, à d’autres catégories de personnes, dont les étudiants. Le droit des travailleurs migrants à être accompagnés ou rejoints par certains membres de leur famille est reconnu, sous certaines conditions. I. LES FAITS En l’espèce, un enfant de nationalité belge a rejoint son père, travailleur migrant ressortissant d’un autre Etat membre sur le territoire allemand, en vue d’y suivre sa scolarité. Au décès de son père, il perçoit une rente d’orphelin. Il n’est pas à la charge de sa mère. Au cours de sa formation universitaire, il a demandé à bénéficier de l’aide à la formation pour continuer pendant une année ses études dans un établissement étranger (Royaume-Uni). Cette demande fut rejetée au motif que le demandeur avait déjà 21 ans révolus, et qu’il n’était pas à la charge de ses parents. L’annulation de la décision de rejet a été obtenue devant les juridictions nationales, puis a été confirmée en appel. La juridiction de renvoi décida de surseoir à statuer afin de poser à la Cour de justice une question préjudicielle.

II. PROBLEME JURIDIQUE ET DROIT COMMUNAUTAIRE EN CAUSE

A. PROBLEME DE DROIT En substance, le problème de droit porte sur le point de savoir si un étudiant de travailleur migrant ressortissant d’un autre Etat membre est soumis aux conditions d’âge ou de versement d’aliments prévues à l’article 10, paragraphe premier, du Règlement (CEE) n° 1612/68 du 15 octobre 1968, relatif à la libre circulation des travailleurs à l’intérieur de la Communauté, pour l’obtention d’une aide financière à la formation ?

B. DROIT COMMUNAUTAIRE EN CAUSE L’article 10, paragraphe premier, du Règlement(CEE) n° 1612/68 du 15 octobre 1968, relatif à la libre circulation des travailleurs à l’intérieur de la Communauté, confère au conjoint et aux descendants de moins de 21 ans ou à charge d’un travailleur ressortissant d’un Etat membre employé sur le territoire d’un autre Etat membre le droit de s’installer avec lui. En vertu de l’article 11 du règlement, les mêmes personnes ont le droit d’accéder à toute activité salariée sur l’ensemble du territoire de cet autre Etat. L’article 12, alinéa premier, du Règlement (CEE) n° 1612/68 du 15 octobre 1968, relatif à la libre circulation des travailleurs à l’intérieur de la Communauté, prévoit : « Les enfants d’un ressortissant d’un Etat membre qui est ou a été employé sur le territoire d’un autre Etat membre sont admis aux cours d’enseignement général, d’apprentissage et de formation professionnelle dans les mêmes conditions que les ressortissants de cet Etat, si ces enfants résident sur son territoire. ».

Pour rappel. Casagrande. 3 Arrêt Echternach et Moritz précité. jusqu’à la fin de ses études. rev. paragraphe 2. ».III. CJCE. ». paragraphe 1. aff. C-389/87 et C-390/87. Ce droit n’est donc pas subordonné au droit de séjour de leurs parents dans l’Etat membre d’accueil. Ce principe d’égalité de traitement des proches travailleurs migrants ressortissants d’autres Etats membres est justifié par la volonté de faciliter les conditions d’intégration de la famille du travailleur et in fine la mobilité des personnes économiquement actives. Par conséquent. . 1-723. en tant qu’élément d’interprétation de l’article 12. soit qu’ils sont rentrés dans leur Etat d’origine3 soit. Rec. COMMENTAIRES Par cette décision rendue le 4 mai 1995. pendant toute la durée de ses études. la Cour de justice a élargi le champ d’application personnel de cet article aux enfants de travailleurs migrants ressortissant d’un autre Etat membre. pour toute forme d’enseignement. Relativement au critère d’application rationae personae. En effet. Echternach et Moritz. nonobstant la limite d’âge de 21 ans établie à l’article 10 du Règlement. paragraphe 2. 1 2 CJCE. y compris universitaire2. 773. La juridiction rappelle à ce titre que : « soumettre l’application de l’article 12 à une limite d’âge ou au statut d’enfant à charge n’irait par conséquent pas seulement à l’encontre de la lettre de cette disposition.. et 11 dudit règlement. Cet article exige seulement que l’enfant ait vécu avec ses parents ou avec l’un deux dans un Etat membre pendant que l’un de leurs parents au moins y résidait en qualité de travailleur. qu’ils sont décédés. même s’ils ont déjà 21 ans ou plus et ne sont plus à la charge de leurs parents. 15 mars 1989. il ressort de l’article 12 dudit Règlement que l’accès à l’enseignement n’est pas limité aux enfants des travailleurs migrants – il s’applique également aux enfants des anciens travailleurs migrants. comme en l’espèce. 9/74. n’avait pas pour but de poser des conditions supplémentaires à celles prévues à l’article 12. les juges européens affirment que le règlement vise non seulement les règles d’admission mais aussi les incitants à la formation1 et ce. la Cour estime que l’article 12 du Règlement 1612/38/CEE soit être appliqué de manière autonome au regard des dispositions du droit de l’Union qui régissent les conditions d’exercice du droit de séjour dans un autre Etat membre. ». aff. Elle visait plutôt à souligner que les avantages octroyés en vertu de l’article 7. p. Par conséquent : « la notion d’enfant au sens de l’article 12 du règlement n’est pas soumise aux mêmes conditions d’âge ou de versement d’aliments que celles prévues pour les droits réglementés aux articles 10. IV. p.. un droit de séjour spécifique en vertu de l’article 10 du Règlement n° 1612/38/CEE. mais également à l’encontre de son esprit. Il est important de préciser que le droit d’accès à l’enseignement de l’enfant n’est pas subordonné à la condition que l’enfant conserve. aux travailleurs migrants eux-mêmes ne pouvaient pas être déniés aux enfants de ces travailleurs lorsqu’ils invoquent le droit consacré par l’article 12 du règlement. 3 juillet 1974. et même si ses parents ne travaillent plus dans l’Etat d’accueil. La Cour ajoute en outre que : « l’article 7. du règlement. les juges précisent que cet article s’applique quelle que soit la nationalité de l’enfant étudiant. LA DECISION La Cour de justice a pu juger que : « l’article 12 du Règlement (CEE) n° 1612/68 du 15 octobre 1968 couvre les aides financières dont peuvent bénéficier les étudiants qui se trouvent déjà à un stade avancé de leurs études.