Interview extraite du Figaro.

Dupont-Aignan : « Les Français sont dépositaires de la souveraineté nationale »

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Nicolas Dupont-Aignan est député de l’Essonne et président de Debout la République. Le député UMP oppose l’Europe confédérale qu’il préconise au « super-Etat fédéral » qui selon lui est en construction. Propos recueillis par Nicolas Barotte. LE FIGARO – L’UMP a déjà pris position en faveur de la Constitution européenne et contre l’adhésion de la Turquie. Quel est alors l’enjeu du conseil national de dimanche ? Nicolas DUPONT-AIGNAN – A défaut de la consultation de tous les adhérents lors d’un congrès, que j’avais demandée, le conseil national doit définir la ligne politique de l’UMP sur l’Europe par un vote départageant plusieurs visions. Il est vrai que la direction a une fois de plus préjugé du vote des conseillers nationaux. Je le déplore, comme beaucoup d’élus et de militants. La position de l’UMP sur la Turquie devrait néanmoins vous satisfaire… Je suis content que la direction de l’UMP ait enfin rejoint ma position. Mais soyons clairs : les déclarations du président de la République sur l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne ont stupéfié notre électorat et m’inquiètent énormément pour l’avenir de la France. Pour Jacques Chirac, le débat sur la Turquie interviendra plus tard… Nous connaissons la méthode. Avant, il est toujours trop tôt pour en parler, après il sera trop tard pour réagir. Quand on voit quelles pressions subissent les opinions publiques avant même que les négociations ne soient ouvertes, je vois mal comment, après novembre, nous pourrions revenir en arrière, si la Commission de Bruxelles donne un avis favorable. C’est pourquoi les Français doivent trancher eux-mêmes cette question. Comprenez-vous cependant les hésitations du président quant à l’utilisation du référendum ? Je ne les accepte pas. Aux moments cruciaux de leur histoire, les Français ont toujours été consultés. Ils sont les seuls dépositaires de la souveraineté nationale et eux seuls peuvent en transférer une partie à Bruxelles. Le premier ministre britannique Tony Blair l’a bien compris : on ne peut pas imposer d’en haut à une nation de renoncer à ce qu’elle est au plus profond d’elle-même sans interroger le peuple. C’est le sens de notre pétition. Entre une Europe politique et une zone de libre-échange, quel modèle préconisez-vous ?

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La zone de libre-échange existe. On ne renforcera certainement pas l’Europe avec un superEtat fédéral qui broie sa diversité. Je propose une autre Europe : l’Europe confédérale que privilégiait le général de Gaulle, où les Etats coopèrent sur des projets précis et maîtrisent à tout le moment les délégations qu’ils consentent à l’échelon européen. La question n’est pas d’être pour ou contre l’Europe mais de savoir comment on la bâtit, comment on articule notre horizon européen et notre projet national. Mais encore faudrait-il que la classe politique française veuille toujours avoir un projet national. Pourquoi l’aurait-elle abandonné ? L’apparence du pouvoir suffit à beaucoup. Au fil du temps, des gouvernements trop faibles ont trouvé plus confortable de s’en remettre à des autorités non élues pour assumer des choix non débattus avec le peuple. Mais cela ne peut qu’accroître le fossé entre le monde politique et les Français. Votre discours correspond presque mot pour mot à celui du souverainiste Philippe de Villiers. Vous a-t-il demandé de le rejoindre ? Nous partageons avec Philippe de Villiers la même analyse sur cette impasse fédérale européenne. Mais, député de l’UMP, je reste convaincu que la majorité de nos adhérents et de nos électeurs ne veulent pas de l’Europe supranationale vers laquelle les entraîne la direction du parti. Philippe de Villiers m’a sollicité pour participer à ses listes. Mais le combat de Debout la République se situe au sein de l’UMP et l’enjeu est de faire évoluer sa position, notamment à l’occasion du conseil national de dimanche. Votre attitude peut-elle évoluer ? N’en déplaise à Alain Juppé, le conseil national n’a pas encore donné son aval à la dérive fédéraliste qu’il propose. Souhaiteriez-vous être candidat aux élections européennes ? Pour ma part je ne serai pas candidat. J’ai été élu député de la Nation. Le secrétaire général de l’UMP, François Baroin, vous a-t-il proposé d’entrer dans la commission exécutive du parti ? Le sujet a été vaguement évoqué. Mais je dois être cohérent : je ne peux pas participer à une commission exécutive qui entraîne le parti loin de son électorat. Après chaque défaite, on nous dit avoir compris, mais, quelques jours plus tard, on recommence avec la même méthode. C’est pourquoi je serai à nouveau candidat à la présidence de l’UMP. Le ministre des Finances, Nicolas Sarkozy, s’il briguait la présidence de l’UMP, pourrait-il incarner le changement de méthode que vous souhaitez ? Il n’a pas encore fait part de ses intentions.

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