ALLOCUTION DE NICOLAS DUPONT-AIGNAN AU CONSEIL NATIONAL UMP DIMANCHE 9 MAI 2004 Depuis des années, ce débat est

faussé. Il suffit de critiquer l’actuelle construction européenne pour être d’emblée traité d’antieuropéen primaire. Pourtant, je sais que nous sommes nombreux à nous interroger sur une Europe que l’on a prit un peu trop l’habitude de construire dans notre dos. On peut vouloir l’Europe mais ne pas accepter n’importe quelle Europe à n’importe quel prix. La question n’est pas en effet d’être pour ou contre. Mais de savoir comment on la bâtit ? Voulons-nous une Europe confédérale qui s’appuie sur les nations démocratiques qui la composent et s’enrichissent de ses différences ? Où voulons-nous une Europe fédérale dotée d’un super-Etat qui les fusionnent contre leur gré ? Aujourd’hui nous dérivons vers ce super-Etat. Pire, malgré la présentation édulcorée qui vous en est fait, le projet de constitution passe un nœud coulant autour du cou de la France et condamne notre démocratie et notre indépendance tout en affaiblissant l’Europe. Il suffit simplement d’ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe en Europe depuis 10 ans. Il suffit simplement de lire le texte du projet de constitution. Il suffit, peut-être moins simplement, d’avoir le courage de bâtir une autre Europe. Permettez-moi d’insister sur ces 3 points. Ouvrons les yeux, tout d’abord sur les succès et les échecs de l’Europe depuis sa création. L’Europe qui marche, est surtout celle des coopérations entre Etats, symbolisée par les fameux projets Airbus et Ariane qui datent d’il y a plus de 30 ans. Des réussites toujours mises en avant par les fédéralistes qui voudraient se les attribuer, mais qui se gardent bien de dire que le célèbre Mario Monti interdirait aujourd’hui aux Etats de lancer de tels projets volontaristes. En effet, depuis le traité de Maastricht, on a tourné le dos à l’Europe des coopérations concrètes pour mettre en place un Etat fédéral dirigé par des organismes non-élus (Commission, Banque Centrale, CJCE). On nous dit que les Etats décident en dernier ressort. Cela est faux car le rythme des décisions les empêche de maîtriser un système qui produit toujours plus de normes. La Banque Centrale Européenne se croit au-dessus de tout, combattant l’inflation plutôt que le chômage. Le résultat est là avec une croissance économique nettement inférieure à celle des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne ; une direction de la Concurrence qui, plutôt que de féliciter Francis Mer ou Nicolas Sarkozy de vouloir sauver les milliers d’emplois d’Alsthom, leur complique la tâche ; une commission qui veut démanteler les politiques communes notamment la PAC et imposer l’anglais comme unique langue du travail. Voulons-nous réellement de cette Europe là ? On est loin de la vision d’Alice au pays des merveilles qui règne sans partage dans les palais nationaux de gauche comme de droite. Une vision idyllique qui n’est plus partagée un instant par nos compatriotes confrontés au quotidien des délocalisations et de l’immigration clandestine. Des Français mais aussi les Allemands, les Italiens, les Autrichiens et les autres qui ne comprennent pas non plus cet acharnement à contrôler les détails de leur vie quotidienne plutôt que de coopérer sur l’essentiel pour relever les défis du XIXème siècle. Aujourd’hui, on nous présente la constitution comme le nouveau texte miracle. Nous souscrivons tous aux belles intentions. Malheureusement, il suffit de lire ce texte (et je vous encourage vraiment à le faire) pour comprendre que la constitution va, au contraire, aggraver l’engrenage fédéral supranational et broyer un peu plus les nations. Valéry Giscard d’Estaing reconnaît d’ailleurs lui-même la méthode. Je le cite : « Nous avons enlevé le mot fédéral qui avait une connotation négative, il a donc été remplacé par communautaire, ce qui veut dire exactement la même chose ». Souvenez-vous, on nous avait fait le même coup pour Maastricht, minorant l’impact du traité tout en nous promettant monts et merveilles. Combien de personnalités ont regretté a posteriori de ne pas l’avoir lu ? Ne nous fions pas aux apparences. Ce texte est dangereux pour l’Europe comme pour la France. Pour l’Europe : quoi qu’on vous en dise, la constitution ne respecte pas la diversité des Etats nations puisqu’elle crée un Super Etat doté de compétences très larges. Lisez les articles 6 – 8 – 10 – 11 – 13 – 17, etc… Avec, par exemple les fameuses compétences « partagées pour lesquelles je cite « les Etats membres ne peuvent intervenir que si l’Union a décidé de ne pas exercer sa compétence ». Quoi qu’on vous dise, la constitution ne forgera pas « l’Europe puissance » car on inscrit dans le marbre du texte les politiques qui ont échoué (le statut de la BCE, la politique de la concurrence). Mais surtout car la puissance n’est pas liée à la taille mais à la volonté, fruit de la cohésion sociale et de l’adhésion populaire. Or, comment forger cette adhésion populaire avec une démocratie d’opérette ? Quoi qu’on en dise, la constitution ne renforce en rien la démocratie. En quoi l’élection d’un Président du Conseil européen par ses pairs pour deux ans et demi va-t-elle renforcer la démocratie ? En quoi les Parlements Nationaux vont-ils retrouver un rôle à partir du moment où la procédure de contrôle de la subsidiarité prévue par le texte donne le dernier mot à la commission ? (art. 6 du protocole) En quoi un droit de pétition sans aucune obligation de suivi va-t-il redonner confiance aux citoyens ? Monsieur Lamy décrit cette nouvelle démocratie comme, je le cite, « le saut technologique de gouvernance encore trop peu compris ». Les européens ont très bien compris ce dont il s’agissait : tout simplement d’un retour à l’ancien régime des castes, des privilèges et de l’arbitraire. Croit-on sincèrement possible en l’absence d’une langue commune, d’une vie politique européenne et de programmes politiques transnationaux, de bâtir un système représentatif crédible donnant vie à une vraie démocratie européenne ? Cette absence de démocratie européenne sera d’autant plus mal ressentie par les peuples que leurs démocraties nationales seront peu à peu vidées de leur sens. En effet, avec la généralisation de la règle de la Majorité Qualifiée au Conseil européen dans quantité de domaines, des peuples se verront imposer des politiques qu’ils ne peuvent supporter économiquement, socialement et en fin de compte politiquement. Notre pays est sans doute celui qui aura le réveil le plus brutal. Notre exception française, incontournable à six, tolérée à quinze, sera balayée dans une Europe à vingt-cinq. Deux ministres des Affaires étrangères, Hubert Védrine et Michel Barnier l’ont chacun à leur manière annoncé. Ce dernier qui écrivait avant l’élection présidentielle, je le cite : « Ce grand secret, c’est que la plupart des décisions que les candidats vont s’engager à prendre avec la confiance du peuple ne relèvent plus d’eux seuls. » Que dira alors le Gouvernement aux Français en colère quand il sera mis en minorité à Bruxelles sur les OGM, les Services Publics, la PAC et dans bien d’autres domaines ? Déjà bien malade, notre démocratie se réduira un peu plus à un théâtre d’ombres. Les français, comme les anglais et les russes (malheureusement avec moins de constance qu’eux) n’ont jamais abdiqué leur souveraineté, c’est-à-dire leur liberté. Si vous coupez les ailes de notre peuple, vous lui enlevez la part de rêve qui l’a maintenu debout tout au long de son histoire, vous le plongez dans la résignation ou vous nourrissez sa révolte. A force de transférer nos pouvoirs à Bruxelles, nous en connaissons déjà un avant goût.

Notre gouvernement a perdu ses marges de manœuvre. Ne cherchons pas plus loin l’origine des alternances ratées qui, depuis vingt ans épuisent le pays. Seule une grande ambition et un juste effort remotiveront les Français. Mais faut-il encore retrouver la capacité d’agir. En un mot inventer une autre Europe. Ne nous laissons pas abuser par ceux qui, depuis vingt ans, tel un disque rayé, nous disent toujours la même chose avant l’adoption d’un nouveau traité. « Le changement n’est pas si important », « Ne faites pas de peine aux pères fondateurs qui voulaient la paix », « De toute façon, il n’y a pas d’autre solution ». Mais si, mes amis, la France n’est pas condamnée à subir l’Europe qu’on nous prépare et il y a encore une autre solution : l’Europe confédérale du Général de Gaulle, celle qui concilie l’épanouissement des nations et une coopération européenne efficace. Ayons le courage de délimiter les frontières. Plutôt que de souffler le chaud et le froid sur l’entrée de la Turquie, offrons lui maintenant comme à la Russie ou au Magreb, un solide partenariat. Ayons le courage de renégocier un traité confédéral qui redonne le pouvoir aux Gouvernements et aux Parlements nationaux pour leur permettre de maîtriser leur coopération. Ayons le courage d’inventer l’Europe à la carte qui permette aux pays qui veulent porter ensemble un projet de le faire sans contraindre ceux qui ne le souhaitent pas. Il y a tant de défis à relever. L’espace, l’infiniment petit, la voiture propre, la lutte contre le cancer, les réseaux d’université… A 5 dans un cas, à 8 dans l’autre, à 16 dans le troisième cas. Enfin, par-dessus tout, ayons le courage de croire en la démocratie. Que l’on soit pour ou contre cette voie fédérale, ne volons pas aux Français ce grand débat. Aux moments cruciaux de l’histoire, les Français ont toujours été consultés par référendum (constitution de 46, de 58, Algérie, Maastricht). Eux seuls peuvent transférer une part de leur souveraineté. Comment bâtir une Europe solide sans y associer les citoyens. Le Président de la République s’y était engagé en 2002. Tony Blair a décidé de faire confiance à son peuple. Vous qui êtes sur le terrain au contact des Français (je me réjouis d’ailleurs que les 577 délégués de circonscription aient été associés à ce Conseil National), vous savez bien que nos compatriotes sont impatients de prendre en main leur avenir. Notre mouvement ne peut être le dernier parti politique à refuser aux Français le droit de choisir leur destin. Notre histoire récente a cependant prouvé que si nous nous étions davantage écoutés les uns les autres, nous n’en serions pas là. Souvenez-vous du dernier conseil national sur l’abandon des courants. 36% d’entre vous nous avaient soutenu pour les maintenir. Aujourd’hui on y revient. Mais que de temps perdu ! Je pourrais évoquer le projet de budget 2004, les régionales. Mais ne regardons pas dans le rétroviseur. Evitons seulement sur une question autrement plus importante les mêmes erreurs. Franchement trouvez-vous respectueux de votre fonction de Conseiller National d’avoir été chargé de diffuser dans vos fédérations une pétition favorable à la constitution européenne avant même que vous n’ayez pu en débattre ? Comment la direction peut-elle, au même moment, dire aux Français que cette élection est importante car il s’agit de choisir des parlementaires qui feront valoir les intérêts de la France au Parlement européen et désigner un finlandais sur une liste UMP. Quelles que soient ses grandes qualités, ne le place-t-on pas, lors des futurs votes au Parlement européen, en situation difficile ? Alors que l’on a créé des circonscriptions régionales pour rapprocher les parlementaires européens du terrain, nos électeurs comprendront-ils ce choix ? Enfin, alors que notre parti avait été créé pour rassembler diverses sensibilités de la majorité, est-ce bien raisonnable aujourd’hui sur un thème où notre électorat est très partagé de définir une ligne politique fédérale écartant des milliers de militants et des millions d’électeurs. Mes amis, vous avez le sentiment que les dés sont jetés, que la campagne est lancée, que les candidats sont désignés. Et pourtant aujourd’hui, il est encore possible pour l’UMP de proposer une autre Europe aux Français. Le Général de Gaulle ne disait-il pas : « A force de dire oui à tout, on disparaît soi-même ». Vous qui tous les jours rencontrez des militants et des citoyens déboussolés par cette fuite en avant européenne ; des Français qui veulent l’Europe mais pas celle qu’on leur prépare en cachette, vous avez l’occasion aujourd’hui d’exprimer, en conscience, votre vision d’une France libre.