Le "oui, mais" de NDA au projet de loi sur la récidive

Débat parlementaire sur le projet de loi contre la récidive Mardi 17 juillet Intervention de Nicolas DUPONT-AIGNAN Monsieur le Président, Madame la Ministre, L’insécurité avec le chômage est l’une des préoccupations majeures de nos concitoyens. Le bilan des 5 dernières années a malheureusement prouvé que les efforts fournis pour moderniser et améliorer les actions de la Police et de la Gendarmerie ne suffisaient pas s’ils ne s’accompagnaient pas d’une réforme en profondeur de notre Justice. La faiblesse de notre Etat régalien s’explique aujourd’hui malgré les réformes entreprises entre 2002 et 2007, par la décrépitude de notre institution judiciaire. Elu de l’Essonne, un département tant négligé par votre ministère, je pourrais témoigner de situations aussi abracadabrantes que scandaleuses. Mais le Président de la Commission des Lois, Monsieur Warsmann, a déjà publié en son temps un rapport édifiant sur le fonctionnement du tribunal d’Evry. Il est donc vital pour la paix civile dans notre pays de reconstruire notre institution judiciaire. Votre projet de loi, Madame, ne peut être qu’une étape, j’allais dire un symbole, tant il faut aller plus loin dans les prochains mois. Bien sûr je le soutiendrai car il représente un premier pas contre cette culture de l’excuse permanente qui, au fil du temps, a décrédibilisé notre Etat de droit. Mais, soyons francs dans notre hémicycle, contrairement à ce qu’en dit la gauche il n’est en rien synonyme du tout-répressif. Nous sommes loin de la proposition de loi Estrosi. Il n’y a pas de peine-plancher automatique, les peines minimales possibles sont faibles et enfin l’atténuation de l’excuse de minorité est très encadrée. Si ce texte pouvait faire comprendre aux magistrats qu’il n’y a pas de prévention sans sanction et surtout que l’on ne peut plus, comme c’est encore le cas, laisser en liberté en toute impunité tant de délinquants, nous aurons collectivement fait un premier pas.

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Si la gauche a tort de crier tant contre un projet si modéré, attention dans la majorité à ne pas croire que ces dispositions permettront de vaincre la récidive. Nous savons tous sur ces bancs et les Français aussi, croyez-moi, que rien ne pourra se faire sans une série de réformes. Permettez-moi de les énumérer rapidement, ne disposant que de cinq minutes de temps de parole : • La question de moyens financiers tout d’abord puisqu’il faudrait doubler le budget de votre ministère pour atteindre le niveau par habitant de l’Allemagne et de l’Italie. Nous aurions du le faire entre 2002 et 2007. Aurezvous les moyens demain ? Voilà la question clef, car sans les greffiers et les magistrats, pas de raccourcissement des délais de jugement, pas de réduction du pourcentage d’affaires classées, pas de sécurité dans les tribunaux non plus. • La question de l’exécution des décisions de justice ensuite. Y-a-t-il un autre pays occidental où l’on n’applique pas un si grand pourcentage des peines ? Non. Je me réjouis à cet égard de la décision du Président de la Commission des lois de constituer une mission d’information parlementaire sur ce sujet. • La question des prisons : quand cessera-t-on dans notre pays de répéter que la prison ne sert à rien ? Il ne vous aura pas échappé que nous avons besoin de 20 000 à 30 000 places, avec notamment des centres éducatifs fermés pour les jeunes. • La question de la réinsertion et de la psychiatrie, car il ne sert à rien de condamner si l’on ne soigne pas des personnes aujourd’hui livrées à ellesmêmes et ballotées d’hôpitaux en hôpitaux. • Enfin, il faudra bien un jour ouvrir un débat sans tabou sur la drogue, l’argent de la drogue, les pays qui la produisent, ceux qui en blanchissent les revenus jusque dans l’Union européenne… Ainsi, vous le voyez Madame la Ministre : si je reconnais bien volontiers que votre projet de loi va dans le bon sens, je suis en revanche bien obligé de constater qu’il est loin de suffire pour redresser l’institution judiciaire dans notre pays. Il vous faudra donc mettre les bouchées doubles ces prochaines années pour vraiment aboutir au rétablissement de l’ordre républicain et d’une paix civile à la hauteur des attentes légitimes de nos concitoyens.

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