Non pas un innocent, non pas un ange, mais un homme qui a connu l'expérience des passions.

De ces impuretés ne subsiste cependant qu'une connaissance. Joubert est l'être qui a le mieux réussi à laver les souillures qui enlaidissent et dénaturent l'âme incarnée. Comment a-t-il fait ? On voit toute l'importance de la question. L'on pourrait supposer que cette catharsis a pour cause une espèce de sanctification. Le saint est celui qui se détache de son corps, qui s'habitue à ne voir partout que le ciel. « Qu'est-ce que l'homme ? soupire Joubert, ·—• un esprit revêtu d'un corps. » II serait donc tentant de croire que pour épurer l'âme il suffit de la « dévêtir » et, en la débarrassant de son corps, de la restituer à sa nudité originelle. Solution à laquelle inclinerait volontiers Joubert, qui, avoue-t-il, « se passerait fort bien de corps si on lui laissait toute son âme. » Mais comment se passer de corps, c'est moins facile à réaliser qu'il ne semble. Le corps n'est pas un peplum flottant que d'un geste on dénoue. C'est une tunique de Nessus qui s'attache à qui la revêt et adhère à l'âme en la consumant. L'enlever d'un coup, c'est d'un coup tout arracher et tout détruire. Joubert, esprit douille!·, n'est point partisan de ces solutions brutales. Point de suicide, mais un procédé précautionneux et délicat, qui consiste, au lieu de supra

si les corps sont ténus. Faire du corps le véhicule de l'âme. veille à en diminuer bientôt la carnalité. à en faire une substance de plus en plus similaire à la spiritualité qu'il recouvre. mais le seul qu'on ait sous la main. On peut le rendre léger comme le corps d'un ange.spiritualiser. de la flûte ou de la voix humaine est un peu d'air modulé qui se répand dans 1 espace. la nature qui nous en a fait don. de Je. et concrète la perfection abstraite de l'idée.¿le J. Il est. Car si nous avons un corps. Chaque corps a un avant-corps. Car le corps~ . elle rase les eaux. vous ne voyez que des enveloppes. çjnf au fond. Bref. sinon d'autres apparences ? Lt ainsi de suite : « Vous avez beau fouiller. Il n'y a qu'à se laisser faire.JV . moins d'opacité charnelle. quand on y regarde bien. Joubert. FourqïïôT im"^agfné'r~pár éñ dessous la présence de quoi que ce soit de dense ou de charnel ? Derriere les apparences qu'y a-t-il. une goutte d eau soïïTfleëf un filet à grandes mailles.o*·' ii: i ν ΐ vi -"4. ne pouvant se passer de son corps. 3\íeTa1ñófphose d'ailleurs· moins surprenante qu'il n'y paraît à première vue. A la place des substances tridimensionnelles que la pensée empirique croit percevoir partout. « Si je m'appesantis. ^oü plutôt. Il suffit de se confier au plus naturel des processus de dépérissement. tence d'apparences externes». Il ne s'agit pas de nier 3c réel (comme le fera Mallarmé).pellicules superposées. c est une chose en ébullition. Vieillir est bien. Or. utiliser cet instrument grossier. ' d . écrit Joubert. pour ce faire. chaque phenomene est la manifestation d'une forme qui a à peine besom d un fondement physique. De plus. Caliban se met à ressembler à Ariel. Ma perception de la matière se fait a travers ses effluvions. n'est rien qtii cela : un moyen de rendre visible l'invisible. » Le monde est un ensemble de p e l u r e s V o y o n s . Le monde est une éponge. Mais la matière. se montre moins heterogene a l e s p u t qu'on ne serait tenté de le croire. C'est ce dont Joubert se rend compte. Elle met une sourdine à la voix des passions et calme insensiblement les ardeurs trop crues. ainsi encore la présence d un être aimé est l'émission d'une image qui se fait a travers l'atmosphère et nous le rend tangible . elle s'y trempe du bout des ailes. » il se garde donc de s'appesantir. point mécontent de voir la fragilité de son tempérament le faire entrer précocement clans une existence de vieillard.. moins d'épaisseur. Ignorer le corps serait une sottise. ce qu'ils nous laissent voir d euxmêmes est plus ténu encore. Telle est la façon dont Joubert arrive à dématérialiser le réel. dans a matière il n'y a pas beaucoup de matière. de vide. tout est perdu. le corps est un outil moins impropre qu'il ne semble à première vue.e . ' PoíñíTdonc de profondeur. pour avancer dans la direction de l'idéal. On peut. Ainsi une rose n'est pas une rose . ainsi _ le son de la cloche. mais de l'alléger. pour se rapprocher d'une existence purement spirituelle. avec quelque habileté. chose matérielle. ou un corps moins différent de l'âme. où il y a un peu de plein et beaucoup. Faisons-en le truchement grâce auquel il devient possible d'aller au-delà. décanter. d'où il sort une vapeur que l'on appelle un p a r f u m . voilà à quoi se réduit la démarche de Joubert. Toute l'entreprisè"3ë" JouBért n'a pas d'autre'mobile. sa parole"glîssë". il retient simplement lexis : . Rien qu'en avançant en âge. Sa pensée. comme l'hirondelle.. ie dématérialise. c est vrai. puisque cela consiste à avoir moins de corps. Mais il y a plus. accoutumer son corps à avoir moins de lourdeur. Chaque corps est un ensemble poreux. on est assuré d'aller dans la bonne direction. L'image d'eux qu ils nous communiquent est comme une fumée qui s'en détaché pour les représenter à nos sens sous une forme plus subtile. de pures .surfaces. point de réalités element primer le corps. à en atténuer graduellement la corporéité.

déterminé. C'est a cette tâche que Joubert consacre toutes Tes"ressoturr de guii·" / l'idéalisation du ÏHoncTe "materiel va correspondre par un acte de véritable transmutation poétique de la pensée en chose sensible. comme les idées et conceptions de notre vie mentale se disposent sur le fond de notre esprit l u e n donc.uj F / ï. Joubert en a pleine conscience. Ou à peine. ce qui est de soi-même invisible.. par conséquent tn«· η Γιι ' ^ibiÜtó. mais d'une efficacité extraordinaire. mais d'une grande importance. „Figures quasi incorporelles illusions vraies. mais pour gagner en visibilité et en splen- taires et substantielles. celles-ci ne se figurent pas. Pour pénétrer dans ce paradis platonicien il n'y a pas besoin de mourir. Pour y arriver. de figuration. Rien. » Et ailleurs : « Il y a des vérités qu'on a besoin de colorer pour les rendre visibles.. L'erreur des hommes et spécifiquement celle de Descartes. et en un mot de mettre au jour.. » La coloration est une teinture d'images et de mots. a le sentiment de l'extrême difficulté nu'il y a . Tout se ramène a un assemblage de formes sensibles qui se disposent a l exteneur. un monde naturellement spiritualisé. sans changer 1 univers. mais le vidant de toute réalité objective nous pouvons en faire un simple jardin d'images. alors qu'il est plus qu aux trois quarts. « Mon encre. e l l 7 J ? ? U 5 o f f r e s . juste ce qu'il faut Ç ï ï i L ^ i ^ . a les couleurs de l'arc-en-ciel. Elles se contentent d'exister clans l'esprit sous l'aspect difficilement représentable de simples concepts. un traitement chromatique des étendues mentales. affaire de représentation. De tous les pen seurs platoniciens Joubert est celui qui. ' Ainsi Joubert se donne un monde aussi peu différent que possible de lui-même qui le pense..gardant des choses que la figure 3 . magie naturelle. Rien n'égale la transparence et. Ou plutôt leur spiritualité même risque de les derober a 1 opération de nos sens. Il s agit donc de les r u n h e M-ablt1-. entre le dehors et le dedans.D'un coup'de baguette. ainsi notre univers mental et notre âme même risquent d abord de se montrer d'une nature trop raf fmée pour se marier aux configurations de notre vie sensible. » Concevons donc la transformation que fait subir Joubert aux idées comme comparable à l'altération magique que le crayon de couleur des enfants fait subir aux figures de leurs albums. ^ f v U M / to jtWLjfMUL ' h i r f ^ f e i w ^ W · m i é L ï * v u ^ Q ^ u s m 1% j&SU g. sauf un point peut-etre. » L'art de Joubert est donc essentiellement métaphorique. ne . au plus haut degré. ne se représentent pas. d'incorporer ce qui est esprit . i o m e s prennent forme. --tti-eHesç 'mats de' nos "veux. se soustraient au contact et au regard. une semi-matérialisation et sensibilisation du monde idéal. à « sensible et palpable ce qui est abstrait ». Joubert ne nie pas lexistence te-k--rnaffôtE--connHrBèrkeley η la ré Qi:i! au minimum. De la même façon que 1 univers extérieur et notre corps même commencent par nous paraître d'un grain trop grossier pour s ailier avec les émanations de notre vie spirituelle. sans le dénaturer. " « L'imagination est une' espèce de mémoire à laquelle le réel ou le possible se représente coloré. de s'harmoniser. par l'entremise des images. l'imagination : « J'appelle imagination la faculté de rendre sensible tout ce qui est intellectuel. D'elles-mêmes. des idées. dit-il. Joubert dispose d'un seul instrument. de notre ouïe et du reste nos sens. Il suffit de se rendre compte que tout ce qui e 3 t autour 3 d ? u t r e consistance que celle que nous vouî o n s j m accorder. n'empêche notre existence spirituelle et notre vie externe de se confondre ou tout au moms. de les mettre "ïï'lîOTtée «on s-ulerpenl de nos puissances intelleç-. semble-t-il. Il consiste. grâce auquel celles-ci perdent localement de leur diaphanéilé. touchables. tonfei un ι p t r l perceptible aux réalités purement abstraites de ja pensee. Il η y a pas de divorce entre le reef et' la pensee. est d'avoir attribué a ce monde beaucoup trop de matière.

d e sorte que. et dans l'entresuite qui la lie a ne vaste xn détermination environnante D'un côte. de perdre toute apparence distincte. La maxime est la eule expression stylistique qui lui convienne. dit Joubert. pour ainsi dire. dégagée de ce qui l'entoure. — « Le style continu n'est naturel qu'à l'homme qui écrit pour les autres. la to raion soigneusement sphérique. Car chaque idée se forme. La per fcctioiî est limitation . » Perfection donc qui comme celle que concevaient es_ anciens. Joubert se reconnaît « impropre (mais dans son cas on devrait ajouter aussi : hostile) au discours continu ». Tout est perpétuellement interrompu palles fatigues du corps et les besoins de l'esprit. elle a une va.ι · « Les p u s beaux sons. style rythmique.. fait de mouvements et de repos. cependant que celle-ci. comme un insecte au soleil. Il en résulte qu'il y a un style de l'âme. c'est-à-dire parfait. . a u ^ alentours. A Joubert. excluant tout ce qui ne ait pas p a î t du libellé explicite de son contexte. la seule à situer la pensée en un lieu exactement de terminé de la vie intérieure. a j o u t e à u n e . même entre les pensées l e s . Tout est jet et coupure dans l'âme. Jes plus beaux mots sont absolus * ont entre eux les interv s snaturels v Xil n a t qu'il u r e faut l s ^ observer ^ ^ ^ en les pronon( de cet authentique poète en prose q u e s t Jouί Π est d ' c S bref. Il faut que celle-ci soit mise en valeur et en relief. caι eUe e. Si Joubert est un admirable écrivain de maximes. il faut enfin qu'elle ressorte sur ce fond et y manifeste par la netteté de ses concours la spécificité de sa substance. „ . d'idées et de distance entre les idées. entre deux pauses de l'esprit.p l u s Voisines. c'est-à-dire de toutes les autres idées et du fond même d'idéalité où chacune apparaît et avec lequel elle tend à se confondre . n'en poursuit pas motos une activate mystérieuse e t illimitée. à multiplier les hiatus que l a .·--" J « ν ¡ /A VIII fleur.ces frontières. "confus moins V i Ä P l u s opposé par exemple à la détermination sèche d'une maxime de La Ro chef o ucauld. E n u n mot l a maxim « ς bertienne existe à la fois en s o i . il faut donc en marquer la présence et le rôle . rien n'importe plus à Joubert que d'imposer à chaque idée des frontières bien marquéesT L'opération essentielle "cíe"-Îesprit consiste à "détacher chaque particule individuelle de pensée de l'ensemble spirituel où elle nage et court le risque. p o u r établir . j u n e eo rte te l'ensemble est Ä ^ ^ k l T a d Ä p e t H s astres placés les uns i Ξ des autres mais évoluant chacun a l aise et 'observant les intervalles. Ces pauses. il faut en souligner la valeur de détente et de préparation. la configuration à la fois distincte et moe eu e ¿ la maxime s'entoure d'espace comme une s'entoure d'horizons marins. ce n'est donc pas parce que l'idée chez n ^ t U ( À trouve par tí u n travail ^ ^ ^ Z Z ^ i 0 " 1 · 3 1 " ' l i m e n t d u f l u x lui-même imprécis. elle est.main ménage d'instinct sur le papier entre des textes non continus. P 1 T Tou i Linvisible Î T l e d ae e S a a vie mentale. d a n s l a rigueui de son ' contenu. il n'est pas de meilleur moyen tjue de mettre. Or. le maximum de distance: Jótíhert est l'écrivain qui tient le plus à séparer p l i des blancs ses cogitations "quotidiennes. d'une « j o u t r e 1 tion. Néanmoins l'expression métaphorique ne peut se limiter à être une pure ornementation de l'idée. En d'autres termes. Comme Montaigne. » Tout est jet et coupure dans un style qui mime les jets et coupures de l'âme. η a • 1 onrirtère d'une totalité indefime.t.1'ηΐ^ηΐ. absolutas comme disaient les Latins. s 0 1 .

il en résulte «luik ne forment plus simplement des rous d a n T u n S ^ T r Ü e r r U P * i 0 n S d a n S k continuité d e l a vie Th es mi i . Distinguons-les dans la perspective même de la durée qui a servi à les former. » De cette maturation Créatrice voyons un exemple vivant dans les maximes. peu à peu ne laissent plus percevoir d'eux que ce qu'ils ont d'essentiel.'.fom p L Í V o 0 ! ' q u e η des c S i o n V V S e l l íntervalles ^ r existent S0Ít et ««'ils re?bi(¡des . à le maintenir loin de lui afin de mieux l'avoir sous son regard. L'un de ceux-ci est l'oubli. Une maxime de Joubert n'est pas née d'un coup. » Rien qu'en glissant tout au long de la pente du temps. Joubert ¡ déteste tout ce qui est précipité. 1 histoire a déposé sa lie.. comme o n repère' des L f e £ . Chaque idée. Γ Γ · Γ des voiles sur la mer ou des c o l l i n e s ! Îo J o l Τ ' pensee devient paysage . perspective. Γ unLrôfeSCOntinUÎté. ^ ^ s r — Ä i s f e t a r Ä t sont es pensées humaines.. et enfin celui des paroles p a r lesquelles nous les exprimons. tout _ paxaiii. les expériences du présent s'idéalisent. distinctes> entités dire c L e n é J T ™ * a .J t e r s a 7 ^ caractere d enfoncement ou de relief d P ^ „ i i e u e i . de ciselure ou de conviennent To ut" y 1 t séparé par d e s Î t e r v a S e s . se trouve placée dans -uire. a . s i l'on peut u n e cimentera et supportées par un espace oui n „ t en les séparant les unir ∆ ρ· > ^P^ce qui.. A 1 instar des poèmes ma] ^ a ^ t o i / o i S n ^ ^ ^ ^ - v . elle s'ordonne T' ¥ dans u n cadre topographique.U Ä τ „ 11 .-fsée succession des pleins e t T P a r les ^ ^ ^ «-^JBWia. t ' T ^ 0 1 ? . sur un fond de ciei. Chaque idée se profile au bout d'une plaine. sans préparation. Laissons mûrir les pensées et polissons les mots : « Toute perfection est lente . dans une juste perspective. en se reculant. D ' T . en se purifiant au fond de notre mémoire. Le mouvement de la durée les met à bonne distance. Cette observation à distance peut être réalisée par toute une variété de procédés. Elle a pour cause "1 ardntect.Ίr Projette ele iane un h vre). «tervaDes Z a et k donc ici d i l'importance infinie que prend. tout ce qui est mûr a mûri lentement. à côté du contenu de l'idée. ics unit. autant qu'il est en notre p&nvflfr. r Ä r t s r r i f f « « sen nfTir« f . et ce qui était sentiment devient idée. Lorsque le feu des passions se calme. s s e m b l 6 e s ' s«>nt. Qui se dépêche vit dans la presse et est toujours bousculé par une foule de phantasmes dont la proximité l'aveugle et l'ahurit. l'aspect qu'elle présente relativement à toutes les autres idées et à l'ensemble mental où toutes figurent. lorsque le temps apporte aux ardeurs troubles une modération tardive. Ralentissons donc. dans une L n d n e r' ^ o u elles trouvent leur plaœ. « Quand l'événement est ancien. o ù o n " eut ] Í ^^ distance. Personne ne met plus ^ p r e c a u t i o n s que Joubert à ne pas trop approcher de ce qui est l'objet même de sa contemplation.~'tion seulement l e ' f l u x des événements mais celui des idées.re t .ΓΓ. alors la perspective change... espaçons. L'idée est le résultat de l'opération par laquelle les événements de notre âme. en d'autres termes. Rien de plus détestabîe'âôn-C "qQé la hâte.

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. au contraire. pour lui donner encore un plus beau nom. ainsi ce qui importe surtout chez Joubert. afin de se rendre visible. Qui -eut comprendre et aimer Joubert doit donc aller audelà de chacune de ses créations particulières. Indétermination qu'il ne faut pas concevoir comme une privation. en quelque endroit que celui-ci agisse et manifeste son active transparence. toute pensée déterminée est une idée. à la multiplicité. » Et ailleurs : « Avant d'employer un beau mot. de vivre et de se mouvoir ».. — rien de determiné. comme une absence de qualité. Donc avant la netteté des idées qui s'éclairent dans l'esprit. est le sensorium de la pensee. Tel est. qui est l'âme même de celui qui au creux de lui-même le mena°-e Pure vacance et latence. à créer quelque illusion ou à festonner l'air. a ce qui prend distinction et relief du fait d'un certain éclairage. Ou plutôt espace non créé. comme un XV simple vide . une « goutte de lumière ». Et au demeurant cette dernière fonction. — « Si vous voulez bien penser. c'est que grâce à l'agilité. Et alors. l'espace pour joubert. qui est toute lumière. mais qu'il s'attache à cet éclairage meme. les mots. ame qui est tout espace.XIV le champ de l'esprit. à . en tout cas ultimemenl appréhendé. de créer l'espace de la pensée avant la pensée. faites-vous d'abord des lieux. C'est qu'en un sens il contient déjà tout le reste. puisque c'est à partir de lui et en lui que les idées ont possibilité « d'être. mais est-ce bien la dernière et ne faudrait-il pas dire. est la plus importante. espace qui. habitacle de Dieu. existe l'indétermination qui est le fond de l'esprit. de chacune des maximes où il a réussi à enfermer. Espace donc ult ime. Or qu'est-ce que cela veut dire ? Nous avons vu que. l'espace qu'elles couvrent par leurs évolutions et interrelations. ou recèle invisiblement l'infinité des richesses de l'esprit . faiteslui une place. ou. — mais cependant aussi espace premier.se montrer sous tel aspect ou sous tel autre. bien parler. ainsi l'esprit de Joubert se meut fantastiquement dans l'espace sien où il « déploie ses ailes ». se découpe et prend forme sur le fond indéterminé qui est à la fois sa source. afin de donner ainsi à cette nation une ubiquité universelle. en somme. Sans espace û est impossible à celle-ci de se déplacer : « 11 laut a l'esprit un monde fantastique où il puisse se mouvoir et se promener. et la raison profonde de sa priorité sur tout le reste. » Comme au temps de la Genese esprit de Dieu se mouvait sur l'espace où il déployait sa création. comme l'espace cosmique. une place. mais au contraire comme une telle profusion de réalité positive qu'il est impossible d y distinguer aucune détermination spécifique. bien écrire et bien agir. L'espace est d abord une condition fondamentale de la pensée. que trouve-t-il ? Rien. rien qu'un espace apparemment vacant. Dernière découverte. se découvre le champ même où elles se déplacent. dont l'étendue s olire à n'importe quelle conception de l'esprit. de toutes. dit Joubert. les images. sa base et son cadre. En effet. les maximes. un lieu. car comme aux navires d'une puissance maritime il incombe de promener de mer en mer le drapeau national. dès que l'esprit ne s'attache plus à la chose éclairée. » En cent endroits différents Joubert réaffirme la nécessité de ménager un espace à la pensée. quand il a dépassé ces ventes particulières. la première ? Découverte d'un espace qui ne peut être connu — ou reconnu — qu'en conséquence de l'action des objets spirituels qui l'ont sillonné en tous sens. pour Joubert. espace initial. dans une figure aussi précise et limitée que possible. et que cette idée. qui sont l'œuvre formée et formulée de Joubert. il y a tout simplement un espace joubertien qui est à la fois la première et la dernière de ses créations. à l'inépuisable vertu de locomobilité des idées. Fardelà les idées. alors que lui importent les objets . » — « D'abord créer un vide.

Lié avec Fontanes.. La Sagesse de Joubert. Joseph Joubert éducateur. Un choix plus vaste est présenté par P. La seule édition complète est l'édition André Beaunier : Les Carnets de Joseph Joubert. Steele. Tout se fond dans une même transparence. Parmi les éludes sur Joubert citons celles d'André Monglond. un moraliste. C'est un choix préfacé par Chateaubriand. Gallimard.XVI illuminés en présence de la force qui les illumine ? Devant la priorité de la lumière. comme parfois Rousseau et souvent Eluard. il sera inspecteur général de l'enseignement. un merveilleux poète de la lumière. Joubert n'est pas un philosophe. 1944. 1938. La première édition des Pensées de Joubert date de 1838. sur de petits carnets. Chateaubriand. C'est l'époque. Le choix des maximes que nous avons fait dans la présente edition est basé sur un principe unique : nous avons choisi de préférence toutes les pensées de Joubprt où se manifeste le platonisme. lumière initiale et finale.. des maximes qui ne verront Iß jour qu'après sa mort. d'ailleurs très personnel. Mme de Beaumont. Histoire intérieure du romantisme français. t. Raynal en 1850. 1953 et le livre de Rémy Tessonneau. A partir de 1809. J. un auteur de maximes : il est. A Paris. sans doute. il rencontre Diderot. il commence d'écrire. pp. où il se rend à l'âge de vingtquatre ans. s'efface. où il « connut les passions ». NOTICE BIOGRAPHIQUE Joseph Joubert nuit le 7 mai 1754 à Monlignac en Dordognç. A. 1930. 474 sq. tout. plutôt que de X Y U . Mélanges Orr. Il fait ses éludes chez les Doctrinaires de Toulouse. Manchester. D'autre part. qui fut le sien. môme les choses qui en reçoivent leur reflet. Il ne reste plus que de la lumière. puis Reslif. Le 4 mai 1824. GEORGES POULET. il meurt. Il.

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