GLOSSAIRE « LES MOTS DE SEN...

ET AU-DELÀ »

Accessibilité : « entitlement ». Exprime le droit de, ou la capacité à, se procurer des biens ou services. Permet ainsi de retracer les difficultés d’accès à la nourriture, en période de famine, ou même au sein des ménages quand les femmes font face à des discriminations. Un manque d’accès généralisé peut alors être qualifié de « pauvreté d’accessibilité ». Acteur social : « the agent ». Le concept d’acteur social élargit et dépasse les concepts d’individu et d’agent économique. En effet, l’acteur social agit de façon raisonnable grâce à son insertion dans un réseau social afin d’atteindre des objectifs communs et partagés. Il en résulte une certaine responsabilité rétrospective (ex-post). En anglais, le terme « agent » inclut l’acteur social. Un qualificatif qui est étendu à des groupes ou institutions intervenant au niveau social comme le font les associations, syndicats, collectivités locales, etc. Agencéité et agentivité : « agency ». Les deux termes expriment la capacité à définir des buts et à agir de manière cohérente pour les atteindre. Cette action intentionnelle orientée vers une finalité choisie peut être faite de manière individuelle ou collective en interaction avec d’autres. Par extension, on inclut, à côté de la capacité d’action effective de l’agent, sa capacité à se projeter dans une action potentielle. En français, deux termes sont utilisés. L’agencéité, dans les sciences sociales et humaines, met l’accent sur la finalité de l’action en lien aux autres. L’agentivité, dans les sciences cognitives, s’intéresse aux mécanismes qui entrent dans la définition de l’action : sa motivation, la cible visée, les niveaux de décisions, le processus en mouvement, etc. Agencéité collective : « collective agency ». Retrace la capacité d’action collective finalisée, autonome et intentionnelle d’un groupe d’agents, ou d’une institution. Agent : « the agent ». Le concept d’agent élargit et dépasse celui d’individu. C’est, en effet, quelqu’un d’autonome, capable de définir ses propres choix et de les réaliser de manière rationnelle en leur affectant efficacement des moyens pour une finalité donnée. À la différence de l’individu, cette finalité va au-delà de son seul intérêt. On parlera d’agent économique lorsque la finalité est économique. À la différence de l’individu, cette finalité va au-delà de son seul intérêt. On peut donc lui imputer une responsabilité, car il possède une capacité d’action orientée vers une finalité choisie. On peut alors parler d’agent moral et ainsi rejoindre l’agencéité.

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Agir et être : « doings and beings ». Expression fréquemment utilisée par A. SEN pour expliciter la finalité des capabilités des agents, en termes de fonctionnements et de libertés. En dehors de sa simplicité, on peut reprocher à cette formulation de ne pas inclure d’autres finalités (comme le fait de devenir) et de ne pas considérer l’interaction entre les deux termes, le fait d’agir pouvant conduire à être, et le fait d’être pouvant conduire à certaines formes d’action. Autonomie : « autonomy ». L’autonomie chez A. SEN signifie que l’agent définit lui-même ses propres choix et ne dépend pas de quelqu’un pour cela (à la différence de l’esclave). Il n’est pas indépendant pour autant car il peut être inséré dans un réseau social et y effectuer des choix qui l’engagent moralement. Cette vision de l’autonomie est caractéristique de l’agent et diffère donc de celle de l’individu. Bien-être : « well-being ». Exprime un état caractérisé par l’accès à un minimum de ressources, biens et services, d’actifs, de droits, de liens sociaux, etc. qui sont considérés comme essentiels pour atteindre le niveau d’accomplissement auquel on accorde de l’importance. Rejoint plutôt l’idée « d’être bien », ce qui lui permet de se distinguer du « bien-être » qui prête à confusion car il intègre le double sens des termes anglais « well-being » et « welfare ». Or ce dernier retrace, en fait, un niveau de bien-être monétaire garanti par un certain nombre de droits. Capabilité : « capability ». Décrit le « pouvoir-faire » ou « pouvoir-être » d’un agent, c’est-à-dire l’ensemble des réalisations qu’un agent est capable, et serait capable, de faire ou d’être face à un ensemble d’opportunités. La capabilité comprend une dimension de réalisation, effective et actuelle, et une dimension d’accomplissement, potentielle, face à des alternatives de choix possibles. L’ensemble des « fonctionnements accomplis » retrace ce qu’une personne est actuellement capable de faire et d’être, et l’ensemble des « libertés de choix » retrace ce qu’elle pourrait faire ou être dans un contexte différent face à de meilleures opportunités. Accroître les capabilités, à travers les fonctionnements et les libertés, est la finalité du développement humain. Capabilité collective : « collective capability ». C’est la capabilité d’un groupe ou d’une institution. Elle résulte de la combinaison des capabilités individuelles des agents qui composent ce groupe, ou sont membres de cette institution, et des capacités sociales qui résultent de l’interaction entre les différents agents ou membres. Le processus agrégatif correspondant est complexe à analyser car selon la qualité (d’entente ou de conflit) des interactions entre agents, la capabilité collective pourra être supérieure ou inférieure à la combinaison des capabilités individuelles et sociales. Capabilité politique : « political capability ». Elle retrace le niveau de « pouvoir-faire d’un agent » concernant sa participation à l’action politique. Comme toute capabilité, elle s’appuie sur des ressources qui sont, dans ce cas, institutionnelles ou organisationnelles, et relatives à des idées collectivement partagées. On peut aussi considérer que la capabilité politique va au-delà des simples capabilités individuelles de type participatif (comme le fait de voter ou d’influencer sur les décisions) ou des libertés politiques classiques (comme la liberté d’association) en raison de l’engagement relationnel que cela induit. On

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est alors proche de capabilités sociales qui retracent le supplément de capabilité, tourné vers l’action politique, qui naît de la relation avec d’autres. Capabilité sociale : « social capability ». Il s’agit d’une capabilité spécifique qui naît de l’interaction entre les agents. Elle exprime le supplément de capabilité qu’un agent obtient par le seul fait qu’il agisse en interaction avec d’autres. Un supplément qu’il ne pourrait obtenir autrement et qui peut être positif dans le cas d’entente, de coopération, de participation et de respect de ses obligations ; qui peut être nul en cas d’indifférence, ou négatif dans les cas de stigmatisation, honte, utilisation ou peur de l’autre, conflit, etc. Le capital social intervient souvent comme ressource favorisant la constitution de la capabilité sociale. Développement durable : « sustainable development ». Par définition, un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Pour A. SEN, il consiste à améliorer les capabilités de la génération actuelle sans compromettre le renforcement des capabilités des générations futures. Ce mode de développement implique de trouver un équilibre souvent précaire dans le cheminement économique face aux contraintes écologiques et aux limites sociales. L’approche par les capabilités sert d’instrument analytique pour élaborer les conditions de la durabilité sociale. Développement humain : « human development ». Mode de développement qui met l’accent sur le renforcement, sur une base équitable, des capabilités des personnes. Le PNUD en fait le cadre conceptuel de ses actions de développement, suivant en cela la vision d’A. SEN, elle-même influencée par J. RAWLS. Pour rendre ce mode de développement humainement soutenable, il faudrait cependant élargir le concept d’agent à celui de personne responsable (ex-ante) en adoptant une démarche d’ordre phénoménologique. Droits et obligations : « rights and obligations ». Toute société n’évolue qu’au travers d’un subtil équilibre entre les droits et les obligations des personnes, et les droits ne sont souvent effectifs qu’une fois les obligations satisfaites. Aussi, le fait d’avoir des droits n’implique pas automatiquement leur transformation en capabilités. De plus, pour satisfaire aux obligations, il faut souvent renoncer à certaines libertés, ce qui laisse entrevoir une « capabilité de responsabilité » dont A. SEN ne parle pas. Économie solidaire : « solidarity economy ». Un courant alternatif de l’économie réelle qui s’appuie sur l’économie sociale (constituée par les coopératives, associations, fondations, syndicats, etc.) et est guidé par trois critères de justice : la responsabilité dans le cadre de la liberté, l’équité dans la réduction des inégalités, la reconnaissance des différences dans la solidarité. Comme elle met l’accent sur les choix responsables des personnes, elle fournit une application à l’approche par les capabilités dès lors que celle-ci est élargie à la responsabilité prospective (ex-ante) et à l’action collective. Équité : « equity ». L’équité se différencie de l’égalité puisqu’une situation considérée comme équitable à partir de certains critères peut être inégalitaire et une situation inégalitaire considérée comme équitable. La question de l’équité se

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pose dès que l’on veut réduire les inégalités tout en cherchant à répondre à la question « est-il juste de... ? ». Cela demande l’établissement de critères de justice particuliers, définis par les parties concernées dans un contexte donné et pour des objectifs déterminés. Éthique et morale : « ethics and morals ». La pratique différencie « éthique » et « morale », malgré le fait, qu’étymologiquement communs, ils désignent le même objet, à savoir les mœurs, l’un étant d’origine grecque et l’autre d’origine latine tout en ayant le même sens. L’éthique exprime la dynamique réflexive qui porte sur les choix moraux tantôt observés (éthique positive) tantôt discutés pour en questionner la cohérence, afin d’en extraire des normes morales pertinentes (éthique normative). La morale regroupe l’ensemble des règles, dont certaines sont issues de ces normes, qui visent à guider les choix moraux des personnes. Éthique positive : « positive ethics ». L’éthique positive comprend l’éthique positive empirique qui porte sur l’observation objective des choix éthiques qu’effectuent les personnes lorsqu’elles se trouvent confrontées à des dilemmes moraux, dans un contexte donné. Et l’éthique positive analytique qui postule, sans vérification empirique au préalable, des règles morales affectant le comportement des agents. On oppose l’éthique positive à l’éthique normative qui, au lieu de constater une situation et des comportements normés, débat de la pertinence éthique de ces comportements et définit les normes relatives à ce qu’il convient de faire. Fonctionnements : « functionings ». Il s’agit des réalisations effectives d’un agent (en termes d’agir et d’être), comme le fait d’aller à bicyclette, de se nourrir, de participer à une réunion, d’être professeur, etc. Ces réalisations portent sur l’obtention d’un revenu, l’éducation, l’alimentation, la santé, l’habitat, l’accès aux biens publics, etc. Elles sont mesurées par des indicateurs spécifiques. La combinaison de divers fonctionnements constitue la partie effectivement réalisée des capabilités de l’agent. Fragilité : « fragility ». La fragilité résulte de l’impossibilité pour une personne d’ajuster son ensemble de capabilités face à des circonstances extérieures qui l’ont rendue vulnérable. Ceci crée une situation de rupture qui prend différentes formes : destruction, décès, conflit, etc. La fragilité diffère ainsi de la vulnérabilité qui, par résilience, peut être surmontée à travers le renforcement des capabilités. Handicap : « disability ». C’est au handicap que l’approche par les capabilités s’applique le mieux, car, dans ce cas, ce qui importe le plus, en termes de bien-être, c’est de connaître le niveau de fonctionnement que l’on peut atteindre et les limitations rencontrées. Le niveau de vie ne vient qu’ensuite même s’il y a un lien entre les deux. On peut généraliser ce raisonnement en considérant que tout le monde souffre de handicap dans un domaine ou un autre. Identité : « identity ». Le fait que les agents aient de multiples identités ouvre à la tolérance vis-à-vis d’autrui, et à différentes capabilités et libertés autour de ces

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identités, favorisant la démocratie. Cependant, l’identité est aussi source d’engagement et de responsabilité. L’insuffisante définition anthropologique du sujet qui demeure cantonné à l’agent, chez A. SEN, freine l’approfondissement de ce thème. Individu : « the individual ». Il s’agit de l’individu de la microéconomie orthodoxe, dont l’autonomie exprime l’indépendance vis-à-vis des autres, et dont la rationalité consiste à maximiser son intérêt ou sa satisfaction. Chez A. SEN, il y a une évolution concernant le sujet de ses analyses. Il a commencé par raisonner sur l’individu lors de ses écrits relatifs au choix social. Il a ensuite défini l’agent en introduisant une autonomie et une rationalité différentes, dépassant ainsi les caractéristiques trop restrictives de l’individu. Individualisme : « individualism ». Il s’agit d’une école de pensée qui considère l’individu comme élément de référence pour l’analyse sociale. Pour l’individualisme méthodologique, les phénomènes collectifs s’expliquent à partir des comportements et stratégies individuels. En économie, cela fonde la théorie microéconomique du consommateur où l’individu maximise de manière indépendante son propre intérêt. Il existe cependant un courant d’individualisme éthique moins réducteur, qui ouvre la voie à une microéconomie hétérodoxe, où l’individu est porteur de finalités morales et sociales autres que le seul intérêt. Inégalité : « inequality ». Pour A. SEN, l’inégalité dominante est l’inégalité de capabilités. Elle dépasse l’inégalité de ressources, d’opportunités ou de résultats. Le développement humain, à travers le renforcement des capabilités des agents, vise à réduire cette forme d’inégalités. On peut cependant s’interroger sur l’applicabilité effective de cette vision, car égaliser les libertés réelles des agents, face à des ensembles d’opportunités, demeure encore un défi difficile à réaliser. Justice : « justice ». L’approche par les capabilités s’inscrit dans le sillage de J. RAWLS et fait partie des courants égalitaristes et post-welfaristes de la justice. La théorie de la justice de J. RAWLS instaure trois critères de justice selon un ordre de priorité : d’abord l’égale liberté, ensuite l’égalité des chances, enfin la priorité aux plus défavorisés. Ce dernier critère se réalise en commençant par le plus pauvre des pauvres (le maximin) mais de manière lexicographique (le leximin) afin de résoudre les problèmes d’égalité parmi les pauvres. J. RAWLS raisonne sur des ressources (notamment les biens premiers), A. SEN préfère raisonner sur des capabilités. Libertés : « freedoms ». Associées aux fonctionnements, les libertés entrent dans la composition des capabilités. Elles retracent l’ensemble des alternatives de choix possibles face à des opportunités et des contraintes économiques et sociales. Il s’agit donc de libertés de choix qui, une fois faites, débouchent sur la réalisation de certains fonctionnements observables. Tout le problème est d’évaluer cet espace de libertés pour chaque personne, ce qui implique d’utiliser des méthodes d’induction particulières. Liberté intérieure : « internal freedom ». À côté de la liberté négative qui dépend des obligations subies, et de la liberté positive qui considère l’absence d’obligations, il y a le cas des obligations qui sont librement consenties par souci

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de responsabilité de type parentale (ou ex-ante). Le concept de liberté intérieure permet de tenir compte de cette situation d’obligations consenties qui laisse la personne intérieurement libre. Il faudrait alors parler d’une « capabilité de responsabilité », ce qui dépasse la vision actuelle de A. SEN concernant la responsabilité. Liberté négative : « negative freedom ». La liberté négative insiste sur les entraves à la liberté et retrace le fait de ne pouvoir être libre d’effectuer des choix que dans un univers de contraintes déterminées par d’autres ou par des institutions. Le problème vient de ce qu’on ne distingue pas, parmi ces contraintes, celles qui sont subies de celles que l’on peut s’imposer, par auto-contrainte volontaire, lorsqu’on se sent responsable a priori (ex-ante) d’un certain nombre d’obligations sociales. Liberté positive : « positive freedom ». La liberté positive représente tout ce qu’une personne peut effectivement accomplir, indépendamment des contraintes imposées par les autres ou par les institutions. Elle exprime la capacité de faire ses propres choix et fait donc fi des obligations même volontairement acceptées. La liberté positive est donc plus large que la liberté négative. Les interventions des politiques publiques (par exemple de santé et d’éducation) ont, notamment, pour but de repousser les contraintes sociales ou institutionnelles afin d’accroître le niveau de liberté positive. Moyens et fins : « means and ends ». A. SEN distingue toujours, dans ses raisonnements, les moyens et les fins. En effet, lors de la gestion des ressources, on met trop souvent l’accent sur les moyens (à travers la croissance et l’accumulation de biens) en oubliant la finalité humaine qui est de rendre les populations pauvres plus capables de prendre en charge leur destin. Un problème d’autant plus important que les libertés, en plus d’être une finalité, sont aussi un moyen d’arriver à cette fin (libertés instrumentales). Obligations : « obligations ». En face des droits, il y a toujours des obligations et un équilibre socialement construit entre droits et obligations. L’approche par les capabilités met l’accent sur les droits effectifs et les libertés correspondantes, avec une tendance à oublier les obligations qui sont souvent prioritaires et soulèvent une question de responsabilité prospective (ex-ante). A. SEN, reprenant la distinction de KANT, oppose les obligations vis-à-vis d’autrui dites « imparfaites » car dépendant de l’autre, que l’on ne connaît pas bien, et les obligations dites « parfaites » vis-à-vis de soi-même. Ceci l’amène donc à privilégier les obligations parfaites et la responsabilité rétrospective (ex-post) qui résulte de ses propres choix. Pauvreté : « poverty ». La pauvreté est, pour A. SEN, une privation de capabilité, et notamment de capabilités de base. Cette définition instaure une vision de la pauvreté multidimensionnelle, absolue et universelle, qui traverse le temps et l’espace. La pauvreté prend ainsi un sens socio-historique qui concerne tous les pays et toutes les époques. Personne : « the person ». Le concept de personne, comme celui de citoyen au niveau local, élargit et dépasse les concepts d’agent économique et d’acteur

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social. C’est l’observation positive des choix éthiques qui impose l’introduction du concept de personne. On observe, en effet, que seule la personne est capable de s’imputer, par engagement ou par dépassement, une responsabilité ex-ante vis-à-vis d’autrui ou de l’environnement. Et cette responsabilité peut l’amener à accepter volontairement une réduction de sa liberté. A. SEN utilise de plus en plus fréquemment ce terme dans ses écrits sans pour autant en donner une définition anthropologique précise qui permettrait de lui attribuer le niveau de responsabilité correspondant. Phénoménologie : « phenomenology ». École de pensée philosophique qui se propose de décrire les phénomènes économiques et sociaux tels qu’ils apparaissent dans leur intégralité. Ceci amène à prendre en compte les interactions sociales, les perceptions, motivations et représentations sociales, ainsi que l’intentionalité des personnes. Une démarche essentielle pour étudier des sociétés hétérogènes et en pleine mutation. La démarche d’A. SEN est extérieure à cette école de pensée même si certaines de ses réflexions sur l’existence, le handicap, le développement durable ou l’identité, auraient pu ouvrir une réflexion dans cette voie. Philosophie analytique : « analytical philosophy ». École de pensée philosophique qui analyse les phénomènes économiques et sociaux comme un ensemble d’éléments inter-reliés dans une logique de fonctionnalité articulant causes, processus et conséquences. Elle débouche sur une théorie de l’action fonctionnelle qui est adaptée au raisonnement économique tourné vers l’opérationnel. Mais cela peut demander une description préalable des aspects d’intentionnalité, de perception et représentation, d’interactions sociales qui est souvent le fait d’une démarche d’ordre phénoménologique. Potentialisation : « empowerment ». Ensemble de mesures visant à accroître le pouvoir de choisir et la puissance d’action d’un agent ou d’un groupe d’agents en vue du changement social. Ce concept intègre la triple dimension de capabilité, d’agencéité et de responsabilité sociale prospective (ex-ante). La panoplie d’actions de développement correspondantes inclut le renforcement des capabilités politiques, individuelles comme collectives, le développement de l’agencéité, l’accès aux droits réels, la prise de conscience des responsabilités, etc. Reconnaissance : « recognition ». Concept issu de la phénoménologie, concerne le fait de reconnaître l’autre et de l’accepter tel qu’il est avec ses caractéristiques propres, ses différences et, en conséquence, sa dignité. C’est devenu un critère essentiel pour une théorie de la justice qui prend en compte l’hétérogénéité des personnes (handicap, cultures différentes, etc.) dans un monde en mutation. Responsabilité ex-ante : « ex-ante responsibility ». Résulte de la présence d’obligations a priori qui peuvent avoir pour effet de réduire la liberté d’action. Aussi appelée « responsabilité prospective », elle correspond au fait de « se sentir responsable de » ou de « vouloir répondre d’autrui ». Cette responsabilité de type parentale impose d’auto-contraindre sa propre liberté pour satisfaire à des obligations que l’on considère comme prioritaires.

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Responsabilité ex-post : « ex-post responsibility ». Résulte des conséquences a posteriori des actions effectuées et est donc directement liée à la liberté d’agir. Aussi appelée « responsabilité rétrospective », elle correspond au fait de « répondre devant autrui » de ses erreurs ou « d’être responsable de » l’erreur commise. Responsabilité morale : « moral responsibility ». Recouvre, à côté de la responsabilité civile et pénale définie légalement (qui est en majorité ex-post mais pas uniquement, comme c’est le cas avec la responsabilité parentale ou celle liée à certains statuts), des responsabilités ex-ante plus larges que l’on décide de s’imputer car se sentant responsable. La responsabilité morale recouvre les dimensions ex-ante et ex-post de la responsabilité et concerne des personnes physiques comme morales (institutions). Responsabilité personnelle : « personal responsibility ». C’est la « responsabilité morale » de la personne qui inclut donc la capacité à s’imputer une responsabilité face à certaines situations, et qui a pour effet de rendre les obligations librement consenties. Elle recouvre ainsi la double forme de responsabilité ex-ante et ex-post, à la différence de la responsabilité individuelle qui ne s’arrête qu’à la forme ex-post de la liberté rétrospective issue de la liberté d’agir. Responsabilité sociale : « social responsibility ». Recouvre la « responsabilité morale » des acteurs vis-à-vis de la société prise dans son ensemble. Il serait plus pertinent de parler de « responsabilité sociétale ». La responsabilité sociale (sociétale) des entreprises (RSE) en est un exemple particulier. Elle recouvre les deux formes de responsabilité ex-ante (avec, par exemple, les ONG de l’humanitaire ou du droit d’ingérence) et ex-post (lors de l’indemnisation des marées noires). Ressources : « resources ». Recouvre toutes les formes de biens (premiers, de consommation, durables, de capital), de services, et même de droits, que l’on peut utiliser pour fonctionner. Selon A. SEN, ces biens sont convertis en fonctionnements effectifs et contribuent ainsi à la constitution de capabilités. Lorsque l’on s’arrête à la seule analyse économique de ces biens, comme cela se fait couramment, sans considérer les capabilités qu’ils engendrent, on reste dans une vision « ressourciste » de l’économie. Ressourcisme : « resourcism ». Approche économique qui se cantonne à la seule gestion des biens et services (à travers allocation et accumulation) et aux opérations économiques qui s’en déduisent (production, consommation, échanges). A. SEN parle parfois d’une vision fétichiste relative aux biens en l’opposant à l’approche des capabilités qui se veut à finalité humaine. Style : « style ». Retrace une manière particulière d’agir et d’être du sujet retenu pour l’analyse. On rejoint ainsi l’approche des capabilités. Appliqué au développement, il exprime une manière de créer et d’agir concernant le développement, pris comme objet d’étude, et une manière d’être dans les rapports entre acteurs, praticiens ou bénéficiaires de ce développement. Sujet : « the subject ». Concept philosophique qui permet de recouvrir, d’une manière générique, l’ensemble des définitions relatives à l’individu, l’agent,

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l’acteur social, le citoyen et la personne, en partant de la distinction entre sujet et objet. On peut ainsi retenir l’expression du sujet qui semble la plus pertinente face à l’objet d’étude qu’est le développement et qui peut, lui aussi, prendre différentes formes comme le développement économique, social, humain ou durable. Utilitarisme : « utilitarianism ». Un courant de pensée philosophique qui met l’accent sur la recherche du bonheur ou du bien-être global pour le plus grand nombre. En termes économiques, cela conduit notamment à rechercher la satisfaction de consommation maximale. Pour A. SEN, trois dimensions le caractérisent : un raisonnement sur les utilités (ou satisfactions), un processus d’agrégation des utilités, et la mesure des conséquences des actions en termes de satisfaction. Le premier point est caractéristique du welfarisme, et le troisième du conséquentialisme. Vulnérabilité : « vulnerability ». Exprime pour un agent, sa probabilité de perte de bien-être à la suite de la concrétisation d’un risque comme la perte d’emploi, l’inflation, une catastrophe naturelle, etc. Ce qui peut le conduire dans une trappe à pauvreté. Le renforcement de certaines capabilités, la combinaison ou la substitution entre capabilités, peuvent contribuer à accroître la capacité de résilience des agents les plus vulnérables, qui sont aussi souvent les plus pauvres, face à de telles situations. Welfarisme : « welfarism ». Un aspect particulier de l’utilitarisme qui ne considère, lors de l’analyse économique, que les utilités (ou satisfactions) des individus.

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