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Guy Meyra Jean-Christophe Gibert

Le Canal Latéral de 1828 à nos jours

Bief 49 : Fontet
Bassin Cricq du Usine et magasin

Pont de Courtiade Relais chevaux de Pont de pierre Gare de Fontet

Pont de Berrat Port de Fontet

Pont de Gaillet Moulin de l’Auriole

Pont de Tartifume

Ecluse 48

Ce logo a pour objet d'alerter le lecteur sur la menace que représente pour l'avenir de l'écrit, tout particulièrement dans le domaine universitaire, le développement massif du« photocopillage ». Cette pratique qui s'est généralisée, notamment dans les établissements d'enseignement, provoque une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des oeuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd'hui menacée. Nous rappelons donc que la reproduction et la vente sans autorisation, ainsi que le recel, sont passibles de poursuites. Les demandes d'autorisation de photocopier doivent être adressées à l'éditeur. Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction par tous procédés réservés pour tous pays. Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées dans le présent ouvrage, faite sans l'autorisation de l'éditeur, est illicite et constitue une contrefaçon. Seules sont autorisées, d'une part, les reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d'autre part, les courtes citations justifiées par le caractère scientifique ou d'information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées (art. L.122-4, L. 122-5 et L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle).

Imprimé par C D S
(Copy Diffusion Service) 5 Place du Parlement 31000 Toulouse

© Meyra/Gibert, Fontet, 2004 ISBN : 2-9522625-0-0

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En hommage à

Guy Campodarve
Maire de Fontet de 1983 à 2003 qui initia le projet du port et de la base de loisirs.
Maires de Fontet au mo- Conseil municipal élu en ment de la construction du 1989 qui travailla à la réalicanal : sation du port de Fontet : 1824-1830 : de Saint Exupéry (adjoint, Benoît Feaugas puis Jean Baptiste Feaugas en 1826) 1830-1837 : Barthélémy Cluzan 1837-1854 : Claude Pardiac (Jean Poujardieu, adjoint en 1844) 1854-1872 : Antoine Pradel • • • • • • • • • • • • • • Boyancé Jean Carnélos Jacques Chaigne Eric Clavet Régine Delas Didier Del Santo Jeanine Herrero Gérard Jeanneteau Guy Labesque Yves Mongie Jean-Marie Roy Régis Rui René Sanchou Bernard Trescos Bruno

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Nous tenons à remercier. tenons
Pour les renseignements qu’ils ont pu nous apporter ou pour l’autorisation de photographier leur propriété : M. et Mme Jacques Assercq, Mme Boyancé, M. et Mme Jean Pierre Bordessoules, M.Campodarve, Mme Sylvette Campodarve, Mme De Baritault du Carpia, M. et Mme Diamond, M. Gérard Gergerès, Mme Anne Laborde, Mme Jean Laborde, M. Roland Lafferrière, M. et Mme Jean Laurent (de Mongauzy), Mme Rui, Mme Léopold Mauros, M. et Mme André Meyra, M.Christian Moretto, Directeur VNF de la Subdivision Aquitaine, M. Peyré (Hure), Mme Picon, M. Pauquet (Hure), M. et Mme Trescos, le personnel VNF du Centre d’Agen. Pour le prêt de cartes postales anciennes : Mr et Mme Labrouche, M. et Mme Yves Rouzié, Mme Huguette ChabratDucasse, Pour ses recherches sur l’usine de La Réole : Madame Lamarque. Monsieur Aurélien Meyra, pour le travail de dépouillement des matrices cadastrales et des tables décennales, qu’il a accompli avec minutie. Et, tout particulièrement : Madame Bernadette Issard , secrétaire de Mairie, qui nous a ouvert les archives municipales, toujours avec le même enthousiasme et le même sourire. Monsieur Samuel Vannier, archiviste des Voies Navigables de France à Toulouse, pour sa compétence et son accueil. Madame Laure Vié, Chef de l’arrondissement, Développement de la Voie d’Eau, Direction Interrégionale du Sud-Ouest, VNF Toulouse, qui nous autorise à publier les reproductions des archives, afin d’illustrer notre ouvrage. Madame Christel Oriard-Gibert et Eliane Subra-Meyra nos épouses, pour le soutien qu’elles nous ont apporté, et l’engagement qu’elle ont pris dans ce projet. Les photos de Fontet ont été réalisées en 2004 par les auteurs, y compris les photos aériennes, prises d’un ULM. -4-

Carte de Fontet

Le trait noir indique les limites de la commune, les traits rouges indiquent les différentes altitudes. Liste des quartiers cités page 149

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Sommaire
PRESENTATION DU VILLAGE. ..................................................................... 8 HISTORIQUE DU CANAL .................................................................... 21 LA CONSTRUCTION. ............................................................................ 25 ACHATS DE TERRAINS ET TERRASSEMENTS............................................. 26 LA CONSTRUCTION ET SES DIFFICULTES. ................................................. 30 OUVRAGES D’ART................................................................................ 37 LES AQUEDUCS......................................................................................... 37 L’ECLUSE.................................................................................................. 39 LES DERIVATIONS. ................................................................................... 41 LES PONTS................................................................................................ 42 LES GARDE-FOUS DES PASSERELLES........................................................ 46 LA MAISON ECLUSIERE ET LE MAGASIN................................................... 47 FIN DES TRAVAUX. ................................................................................... 48 BORNAGE. ................................................................................................ 51 COUT TOTAL DU CANAL. .......................................................................... 52 L’ENTRETIEN......................................................................................... 53 REPERES DE NIVELLEMENT. ..................................................................... 53 PLANTATION D’ARBRES. .......................................................................... 55 ENTRETIEN DES ARBRES ........................................................................... 59 ENTRETIEN DES TAILLIS ........................................................................... 61 DRAGAGE ................................................................................................. 62 ENTRETIEN DES PONTS. ............................................................................ 65 HOMMES, BATEAUX ET CHEVAUX. ............................................... 66 LES HOMMES ............................................................................................ 66 BATEAUX.................................................................................................. 72

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L’EXPLOITATION. ................................................................................ 93 LE TRANSPORT DE MARCHANDISES. ........................................................ 93 VENTE D’HERBE ET DE FLEURS DE TILLEULS........................................... 95 VENTE D’ARBRES ET DE TAILLIS. ............................................................. 95 USINES ET FORCE MOTRICE. ...................................................................102 LES LAVOIRS. .........................................................................................105 LES MOULINS..........................................................................................107 GRANDEUR, DECADENCE ET ESPOIR. ........................................110 BAISSE DU TRAFIC. .................................................................................110 LA PECHE................................................................................................113 LE TOURISME FLUVIAL...........................................................................115 LE PORT ET LA BASE NAUTIQUE DE FONTET. .........................118 ACHAT DES TERRAINS ET MISE EN PLACE DE LA GRAVIERE. ..................118 LA MISE EN PLACE DES PROJETS.............................................................119 LA REALISATION DU PORT......................................................................119 LE PAVILLON D’ACCUEIL. ......................................................................121 ORGANISATION, STRUCTURE ET BUDGET. .............................................122 PROJETS..................................................................................................123 ACTIVITES ET ANIMATIONS....................................................................124 CONCLUSION .......................................................................................125 ANNEXES :..............................................................................................126 GLOSSAIRE : ...........................................................................................140 BIBLIOGRAPHIE ......................................................................................141 PROCHAINES PUBLICATIONS : ................................................................142 LISTE DES NOMS DE QUARTIERS .............................................................142 LISTE DES NOMS DE PERSONNES CITEES ................................................143

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Présentation du village.
Fontet est un petit village girondin de 740 habitants, situé sur la rive gauche de la Garonne, face à Bourdelles, à trois kilomètres de La Réole. L’étymologie en est connue, il s’agit, en occitan, de la Hont1, qui signifie la petite fontaine ou la source. Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une fontaine précise. Celle située face à la croix, visible en 1871, selon Péladan2, celle du bourg, ou d’autres encore : près de l’église, au Cricq ou à Larquey ? Fontet compte beaucoup de sources, de bassins, de fontaines, et de lavoirs. Le bourg de Fontet est construit assez loin du fleuve, comme souvent à l’époque médiévale, par mesure de protection. Les voyageurs préféraient même emprunter lo camin de la serra, moins dangereux que celui de la ribera. Mais Fontet est bien un village riverain de la Garonne, le quartier de Tartifume pourrait le confirmer aux résidents des hauteurs et du bourg qui l’oublient parfois. Le fleuve paraît en effet lointain et étranger à ceux qui n’en jouissent pas et surtout qui n’en subissent pas les assauts répétés. Le poète Jean Harley3 ne l’évoque jamais, par exemple. Fontet s’est depuis longtemps coupé de son fleuve, peut-être à cause du canal qui en a occulté le pouvoir économique aussi bien que l’attrait. Et pourtant la Garonne fut pendant des siècles le centre vital de notre commune qui lui doit certainement son existence. Le gué de Tartifume était incontournable car les passages sur la Garonne étaient rares et les ponts très tardifs. La Réole et Tartifume, avaient une importance capitale sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, sur la rive droite et sur la rive gauche, au carrefour de la diagonale d’Aquitaine et de la voie limousine qui longe la sauveté de Landerrouat, fondée par Saint-Sernin de Toulouse. (Le Cartulaire du Prieuré de La Réole nous apprend que les Bénédictins possédaient le droit de bac à Tartifume.) Il existait aussi des gués à Lécussan, près d’Agen, et à

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Pour l’écriture occitane des mots, nous choisissons la graphie normalisée. Péladan, auteur d’un essai sur les apparitions de Fontet en 1871.

Jean Harley, de son vrai nom Louis Saujeon, naquit en 1885 et mourut à Fontet en 1901. Peintre et acteur dramatique, il fut aussi poète. Il est l’auteur de Paix des collines, Poèmes transitoires et Poèmes définitifs et d’ une pièce en vers en un acte : Le Retour de l’Aiglon. Les vers cités dans ce fascicule sont extraits de la Paix des Collines, éditions Bière, Bordeaux, 1946.

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Thouars. Les ponts les plus anciens sont le Pont Neuf à Toulouse (1541-1663), le Pont de pierre de Bordeaux qui ne fut terminé qu’en 1822, et le pont en bois de La Réole ouvert le 21 mars 18354. (A noter, toutefois, le pont de Gironde, construit en 1750)

Nous connaissons l’existence du port de Tartifume, sans pouvoir en évaluer l’importance. (Le projet de réaménagement du village envisage la mise en valeur et la signalisation de cet ancien port…) S’agissait-il d’un avant port de La Réole, d’un port réservé au commerce et aux réparations de bateaux ? Sa situation s’explique certainement par sa position, au débouché d’une courbe du fleuve et peut être par des courants favorables. Les marches d’accès en avaient dégagées, par l’enlèvement de la terre alluvionnaire apportée par les crues successives, dans les années 1940-1950. Mais le travail entrepris par une équipe de bénévoles, a été oublié…et le port à nouveau enseveli dans l’oubli !
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Le C.M. de Fontet du 10 janvier 1833 était plein d’enthousiasme. Ce pont devenu trop étroit sera remplacé en 1887 par un pont métallique. C.M. du 7 août 1887. L’abréviation CM signifie Conseil Municipal et sera utilisée dans tout l’ouvrage.

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La Garonne fut la route de l’étain britannique dès l’âge du bronze, la route des amphores, transportant du vin d’Italie vers Bordeaux, plus tard celle des tonneaux, exportant le vin aquitain. Les riverains virent passer au fil des siècles, le marbre des Pyrénées, les pépites d’or du Tarn et de l’Ariège, le pastel en provenance de Toulouse, les raisins de Moissac et les abricots de Nicole, le salpêtre de Port-Sainte-Marie. Au retour, les bateaux ramenaient des produits importés : sucre, café, chocolat, huile, épices, draperies, laines, cotons… des harengs surtout, très consommés, des huîtres.

Nous pouvons facilement imaginer la vie grouillante du port et du hameau de Tartifume, au XIX° siècle : les disputes (entre rouisseurs, calfats et lavandières, entre meuniers et bateliers, marins et baigneurs), les activités des tireurs de cordes, des débardeurs, des loueurs de bêtes, des pêcheurs, des meuniers, des charpentiers de bateaux, des cordiers, des tisserands… mais, sans doute aussi, une vie sociale plus riche que celle d’aujourd’hui. Le nombre de marins, de mariniers, des divers travailleurs… recensés dans nos archives, montre bien l’importance du port dans l’économie5.

La plupart des mariniers rejoindront ensuite le canal. Nous avons été étonnés de trouver plusieurs marins militaires dans l’état civil. L’explication est simple : les mariniers de Garonne étaient inscrits ma-

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La Garonne aujourd’hui ? Symbole de lenteur, elle est donc abandonnée, le monde moderne préférant les autoroutes et les avions. Aujourd’hui, la Garonne est un fleuve mort comme l’affirme Pierre Vital par le titre de son livre Requiem pour une Garonne défunte. Mort, parce qu’abandonné de l’Etat qui n’a investi que sur le Rhône et la Seine, victime de la guerre Garonne/ Canal/ Chemin de fer. Le village est construit en paliers successifs, ce qui faisait dire à Péladan que Fontet est bâti en amphithéâtre. La topographie de notre village est facile à mettre en évidence : une plaine inondable de 15 mètres d’altitude, en bordure de Garonne, une terrasse, un coteau, haut de 30 à 50 mètres et enfin un plateau dont l’altitude varie de 50 à 60 mètres.

Evoquer la plaine, c’est la nommer : la ribièra dans la langue d’origine ; en français, la Grande et la Petite Rivière6. La Palue, bien connue, est une terre d’alluvions des bords de Garonne reposant sur un lit de graviers. (Certaines parcelles, situées en bordure de fleuve, portaient tout simplement le nom d’alluvions.)

ritimes et servaient dans la Royale. Ils pouvaient y faire carrière et parfois s’établissaient dans des pays d’escale.
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Il s’agit de la plaine qui borde la rivière. Le mot est masculin en français, mais féminin en occitan.

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La terrasse est constituée de sables peu argileux, de graviers et de galets, comme le suggèrent des noms de quartiers : Gravilla, qui vient de grava, le gravier ou Sablot (près de l’Auriole) qui indique un terrain sablonneux. Les collines identifiables dans la toponymie par La Citadelle, Lasserre7 ou encore Le Castéra. Le plateau sableux et boisé, tout proche, marque le lien avec le pays landais. Autrefois, l’économie se caractérisait par des zones tout aussi distinctes. En Rivière, les cultures étaient assez diversifiées, l’osier dominait sur les terres en bordure de fleuve, les cultures maraîchères8 venant plus tard, au début du XX° siècle. Toute la région fut cultivée en lin, puis en chanvre, du XVII° au début du XIX°, sur les sols limoneux du Dropt et de la Garonne. Cette culture (alternée avec le blé) avait besoin d’une terre profonde et son travail exigeait beaucoup d’eau. Le chanvre était très utilisé, pour confectionner les vêtements des paysans, et surtout pour fabriquer des cordes, des las (ceinture qui entoure le buste du haleur), des cordages et des voiles de bateaux. La disparition progressive de cette culture, à partir de la fin du XVIII° siècle s’explique par l’inertie de la marine royale, après la Révolution. Au moment de la construction du canal, de nombreux mûriers permettaient encore l’élevage du vers à soie. La sériciculture était ancienne à Fontet, elle représentait déjà une activité importante au château de La Grange, propriété de M. de Gombault, en 178O. Le tabac prit la place du chanvre à la fin du XIX° siècle, plus précisément à partir de 1854 dans nos régions, (décrets impériaux de 1854 et 1857) et il resta notre principale ressource pendant des décennies. Sa culture fut maintenue dans la région de La Réole dans le « plan vert girondin » proposé par le Préfet Delaunay en 1960, mais ce plan préconisait aussi la culture du maïs comme prioritaire en Gironde. Aujourd’hui, ce patrimoine régional qui procure beau7 8

La Serre vient de l’occitan la serra qui signifie colline, bord de plateau, de coteau.

Les jardins ouvriers, situés à la Madone, route de Tartifume, remplaceront alors les saussées, parcelles plantées en osier, en bordure de Garonne.

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coup d’emplois dans notre région, est menacé de disparition. Citons Denis Campodarve9 : « Il y a trente ans, on comptait 80 tabaculteurs à Fontet. Aujourd’hui, nous sommes trois alors qu’il y en avait une centaine par commune. Ceci est d’autant plus curieux que l’Europe ne produit que 30% du tabac qu’elle consomme. ».

Le maïs occupe aujourd’hui une place importante, mais rappelons pour mémoire qu’il était déjà cultivé à Fontet, au début du XIX° siècle, avec du sorgho, utilisés pour la fabrication de balais. (Après la guerre de 1914, la concurrence des sorghos du Rhône de meilleure qualité, conduira à la disparition de cette culture.) La vigne était travaillée en règes, sur les pentes et les coteaux mais aussi, en joualles, dans la plaine. Elle occupait une place importante dans notre économie, au moins jusqu’à la fameuse crise du phylloxéra, entre 1865 et 1869. (La terre contient des cailloux, des boulbènes favorables à sa culture). Un quartier prit d’ailleurs le nom de Médoc ou Petit Médoc en référence à l’illustre vignoble du Bordelais ; un autre, avoisinant le canal, s’appelle encore La Vigne…Le vin produit dans la plaine, de qualité plus médiocre, servait à fabriquer des eaux de vie réputées à La Réole (dont le Barricot10).

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Le Républicain du 21 novembre 2003.

Une autre raison explique ce phénomène : les viticulteurs, voulaient échapper au Privilège de Bordeaux, en exportant un produit moins volumineux et moins lourd que le vin, sans parler des crises de mévente, comme celle bien connue des années 1830 à 1848, ou celle de 1929.

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Le plateau, quant à lui, était couvert de forêts qui occupaient une grande partie de notre territoire, avant le lent déboisement de l’époque gallo-romaine et du Moyen-Age, sous l’influence des moines. Ces forêts qui étaient souvent des communaux, pâtures ou padouens, fournissaient le bois nécessaire au chauffage et à l’artisanat, et permettaient l’élevage. ( Un quartier de Loupiac porte encore le nom de Padouen.) On pouvait donc y voir des troupeaux, plus ou moins importants, locaux ou de transhumance, conduits par des bergers béarnais. Michel Dupin (p. 241) affirmait en 1839 : « les blés et les bestiaux sont les deux principales branches du commerce de La Réole ». Des noms de quartiers témoignent encore de cette présence : Bos Bédat, Bois Bédart, Salvy qui vient du mot seuva, forêt en gascon, et Bois Majou. Ce dernier qui s’étendait sur les communes de Fontet, Aillas, Savignac et Loupiac signifie la grande forêt. Les Hourcades, du gascon ancien horc, était un lieu planté d’arbres, un petit bois. (N’oublions pas non plus La Châtaigneraie.) Au milieu de ces bois et pâturages on trouvait des fermes dont les champs se resserraient autour du bâtiment, lui-même délimité par des barrats, ou grands fossés de drainage. C’est l’image sans doute de la ferme Grand Jean devenue L’Ile d’Elbe (après l’épopée napoléonnienne).

Le blé, le seigle, le blé d’Espagne et le froment étaient certainement cultivés sur les plateaux au-dessus du bourg, sur des terres de mauvaise qualité. Ce qui n’empêchait pas d’en trouver également dans la plaine, les parcelles étant petites et chaque propriétaire en possédant plusieurs. Aujourd’hui, la production agricole est moins circonscrite et la polyculture a gagné tous les types de terrains : tabac et maïs se cultivent aussi bien dans la - 14 -

plaine alluviale que dans les terra-forts, avec la polyculture. (amendements et engrais rendent cela possible…) Le paysage se transforme aussi par la plantation de peupliers. Fontet mérite bien un détour, une visite, un hommage… Il est surprenant de lire page 89 de l’excellent ouvrage de Jacques Dubourg : « Un arrêt au niveau du village de Fontet permet d’aller visiter La Réole … ». Pire : la définition du projet de halte nautique de Fontet conseille aux touristes la visite de La Réole. Rien sur Fontet. Et pourtant de nombreux sites méritent une visite : Tartifume, l’église et le château, le Castéra, Larquey… Tartifume permet peut-être d’imaginer les hommes qui nous précédèrent. Dès la préhistoire, les premiers installés sur la rive gauche du fleuve furent des peuples de souche pré-ibérique, (75 av. J.C. environ). Plus tard, diverses civilisations occupèrent les mêmes sites : les Biturges et Vivisques, trafiquants d’étain, au IV° et III° siècles avant J.C. La présence des Romains ne laisse aucun doute : des villas gallo-romaines sont connues à Hure, à Saint-Aignan et à Puybarban. Fontet était sur la route de Burdigala à Toulouse, de Narbonne et de Rome. Un sarcophage retrouvé à Tartifume permet d’imaginer un site galloromain… Nous pensons que Tartifume fut une motte féodale, défendant une boucle de la Garonne, et peut-être un élément de l’ensemble défensif de La Réole, avec le château des Quat’Sos, le Castéra, la Chartreuse de Blaignac. Cet ensemble faisait de la Garonne un fossé difficilement franchissable et bien défendu. Des pans de murailles, une magnifique arcade d’entrée (ci-contre), un tunnel de défense…laissent suppo- 15 -

ser un ensemble important, un château médiéval peut-être. Des familles illustres sont attachées à ce lieu, les de Gasc puis les de Marcellus. Implantée non loin du village actuel et proche du canal, l’église11 forme avec le château La Grange et le pigeonnier de sa ferme, un bel ensemble qui ne manque pas de charme, il est agrémenté par des massifs de fleurs de bon goût.

L’église, romane à l’origine, subit de nombreuses transformations au XV° siècle : construction de la chapelle nord, érection d’un clocher pignon, d’une tourelle octogonale et de contreforts. L’ensemble est de style défensif, mais la façade demeure élégante. Au XVI° siècle, une nouvelle campagne de travaux permit la construction de la chapelle sud, le percement de fenêtres de style gothique flamboyant et d’une porte d’entrée Renaissance.

L’ensemble du monument, sa décoration intérieure, les retables, le mobilier et les vitraux sont étudiés dans un autre fascicule, consacré à l’église et au sacré.

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Le village possède deux très belles croix de mission complémentaires dans leur symbolique, l’une étant une croix de la Passion et l’autre une croix de la Résurrection. Le château de La Grange fait face à l’église. Il s’agit d’une belle demeure, équilibrée, avec deux tours rondes et deux tours carrées, aux angles. Ce domaine ne fut pas un lieu défensif mais un château d’agrément pour les riches propriétaires des terres avoisinantes, souvent titulaires de charges à Bordeaux. Le domaine fut habité par des familles alliées, pendant plusieurs générations, jusqu’en 1869 : de Majance, de Gombault, de Saint-Exupéry et de Gérès. La propriété passa ensuite entre les mains de Madame Casteneau puis de M. et Mme de Calmels-Puntis, leurs héritiers, en 1894.

Le manoir du Castéra domine le village, ce qui lui assure une vue imprenable sur la vallée de la Garonne et témoigne de son ancien rôle défensif. L’étymologie du mot est d’ailleurs bien connue : castéra évoquant une ancienne motte féodale. Le lieu fut occupé dès l’époque romaine par un castrum : quoique reconstruit plus tardivement, (un mur de soutènement au nord le confirme). Ce manoir, qui était fortifié et entouré de fossés, comblés aujourd’hui, date en fait du XV° siècle.

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Il subit d’importantes transformations au XVIII° siècle, parfois dégradantes, mais heureusement corrigées en 1973. La demeure, élégante, possède une belle porte typiquement Renaissance. La première propriétaire connue est Madame de Grignols qui le vendit en 1528 à Pierre de Lavergne, Seigneur de Guilleragues et du Castéra. Le manoir resta propriété de cette famille jusqu’en 1631. Il entra ensuite dans la famille de Louppes qui le conserva jusqu’à la fin du XVIII° siècle. Ces derniers furent tous conseillers au Parlement de Bordeaux, de père en fils, jusqu’à la fin du siècle. Après la Révolution, la baronne Joseph de Pichon-Longueville en hérita, après l’exécution de son père. Ensuite la propriété changea plusieurs fois de mains pour appartenir enfin à Monsieur Guibert qui le revendit en 1884 à Monsieur Pierre Broustet, vétérinaire et maire de Loupiac de La Réole. La famille en est aujourd’hui toujours propriétaire.

Les de Majance possédaient aussi le domaine de Murailles à Tartifume que nous pouvons situer grâce à son pigeonnier. Il s’agit d’une belle maison de maître du XVI° siècle (ou plus ancienne) et de bâtiments de ferme du XVIII° siècle. - 18 -

Le château Larquey doit son nom à ses premiers propriétaires en 1658. Se succédèrent ensuite les familles Betge de Lagarde, Espagnet, d’Escures. La propriété fut enfin vendue à Monsieur Bergadieu puis à la famille de Madame Annie Bonnac- Ribéra.

Fontet possède aussi plusieurs pigeonniers, non dénués d’intérêt. L’un à Tartifume, accolé à un bâtiment de l’ancien domaine de Murailles, qui a subi la malheureuse adjonction d’une fenêtre à une date récente : il s’agit d’un columbarium (colomer ou coloume en gascon), utilisé dans sa partie basse comme poulailler ou hangar.

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Pigeonnier de La Grange

Domaine des Murailles.

L’autre, le pigeonnier de Lagrange, magnifiquement restauré par Monsieur Rui, appelé huo en gascon, ne servait qu’à l’élevage des pigeons. Le mot huo viendrait d’un terme d’architecture signifiant avancée ronde dans un espace fortifié. Fontet possède enfin un musée de l’artisanat et de maquettes de monuments, bateaux… réalisées avec des allumettes. Situé à deux pas de la base de loisirs dans des bâtiments loués à la municipalité, ce musée est géré dans le cadre d’une association créée en 1994.

Musée de l’Artisanat de Fontet

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Historique du canal
« Au vert canal accolé,
Le sentier où sont halés Chalands noirs sur moire lisse Entre parallèles lices Que font l’impensant roseau Et le jaune iris des eaux.

»

Le poète Jean Harley évoque ainsi le canal ombragé par de superbes platanes, site protégé, tout d’harmonie et de paix. Ce lieu, nous l’avons intégré, il nous est familier, il fait partie de la nature et de notre environnement. Mais nous avons oublié cette construction, née de la volonté humaine, a transformé un paysage et, peut-être, bouleversé les hommes. Nous avons oublié que cette voie navigable fut pendant plus d’un siècle le centre d’un important trafic de marchandises et de transport de voyageurs. Voué aujourd’hui au tourisme, il fut autrefois un lieu de travail, de vie et de souffrances, parfois même un lieu de drames. Connaît-on l’histoire de ce canal latéral à la Garonne qui fut construit pour pallier aux difficultés de navigation sur le fleuve ? (Les hauteurs d’eau du fleuve étaient parfois inférieures à 70 cm, des passages torrentueux obligeaient à transborder les marchandises, de nombreuses crues interdisaient toute navigation pendant des semaines)…

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Nous en rappelons succinctement les grandes dates : Contrairement à des idées reçues, c’est bien à Louis XIV qu’il nous faut remonter car le Roi-Soleil rêvait d’une voie navigable qui relierait la mer à l’océan, afin d’éviter le passage par Gibraltar. « … Avec pleine puissance et autorité royale, nous avons dit et ordonné par ces présentes signées de notre main, disons et ordonnons, voulons et nous plaît qu’il soit incessamment procédé à la construction du canal des Deux Mers Océane et Méditerranée,… »12 Seule la première partie de ce grandiose projet verra le jour au XVII° siècle, de Toulouse à Sète, grâce à l’ingénieur Pierre Paul Riquet, baron de Bonrepos (1604-1680). Il s’agit du canal du Midi inauguré le 18 mai 1681, les travaux ayant débuté le 1° janvier 1667. Nous pouvons rappeler quelques prouesses techniques pour l’époque : le bassin de Saint-Ferréol, le tunnel de Malpas

12 Edit Royal du mois d’octobre de l’an de Grâce 1666.

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qui traverse la montage d’Ensérune, le pont-canal du Répudre (Aude), l’écluse octuple de Fonserannes, au sortir de Malpas. Vauban souhaitait engager la construction du canal latéral jusqu’à La Réole, mais faute de finances, le projet fut repoussé jusqu’au début du XIX° siècle. La décision fut alors difficile à prendre, à cause des hésitations et des oppositions de détracteurs qui préféraient mettre la Garonne aux normes navigables, ou qui jugeaient trop excessif le coût des travaux (40 millions de francs, contre 25 pour la Garonne). 25 villages s’opposèrent ainsi à sa construction, mais nous ignorons quelle fut l’attitude de la municipalité de Fontet. Il faut situer ce projet dans le contexte de la monarchie orléaniste de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, monde où fleurissent les capitaux et les banquiers, dans les années 1830. Il ne faut pas oublier non plus le prodigieux développement des techniques en ce XIX° siècle. En 1828 Alexandre Douin, soutenu par de nombreuses banques et maisons de commerce de Bordeaux, étudia le projet au nom de la Compagnie Magendie13. La loi du 22 avril 1832 lui accorda une concession perpétuelle mais il fut incapable de constituer la société. L’Etat reprit alors la concession par la loi du 6 juillet 1838, et confia les études du projet à M. de Baudre, en collaboration avec M. Job, ingénieur en chef et maître d’œuvre. Jean Baptiste de Baudre naquit le 16 octobre 1773 en Normandie. Il fut admis à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées en 1793, puis à l’Ecole Centrale des Travaux Publics (qui devint L’Ecole Polytechnique) en 1795, comme aspirant instructeur. Nous lui devons, entre autres, la construction du pont de pierre à Bordeaux, l’aménagement des ports de Saint-Jean de Luz, et de l’embouchure de l’Adour… En 1812 il fut nommé ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de 2° classe dans les Landes, puis inspecteur divisionnaire des travaux du port de Bordeaux en 1814. Dix ans plus tard, il fut chargé du projet du canal. Retraité en 1848, il mourut le 25 novembre 1850.

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Ordonnance du 17 décembre 1828, et décision préfectorale du 8 octobre 1830.

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Archives VNF

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La Construction.
Un arrêté préfectoral du 29 avril 1830 autorise M. de Baudre à passer sur tous les terrains de quelque nature qu’ils soient, clos ou non clos, situés dans les communes de Hure, Fontet14, … Le choix de la rive gauche, donc de Fontet, sembla s’imposer, si l’on en croit le témoignage de M. de Baudre, dans son Mémoire du 22 mars 1831 (Archives VNF) :

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J. Dubourg, page 35.

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« A La Réole, la localité ne se prêterait non plus qu’avec beaucoup de peine et de dépenses à l’établissement du canal. En face de la ville, sur un développement de 800 mètres, il n’y a qu’un espace très étroit, entre le pied du coteau et de la Garonne qui est en fait occupé par des maisons en amont, et un peu aussi en aval, (…) dont la route royale suit le revers et n’est éloigné de la Garonne que d’une très petite distance qui ne va pas quelquefois à 50 cm »

Achats de terrains et terrassements.
Les travaux de creusement débutèrent en 183915, les premiers jugements d’expropriation furent prononcés par le Tribunal de première instance de La Réole, le 15 octobre 1840, ils se poursuivirent jusqu’en 1856. (66 parcelles seront ainsi concernées à Fontet). Instrument16 géodésique utilisé pour l’arpentage, inventé par Berthet à Toulouse en 1776 :

15 16

La première pierre fut posée par le duc d’Orléans, le 25 août 1839, à Agen.

Source : collection privée. Cet instrument ne se trouvait pas dans le bureau de Fontet. (Selon l’inventaire général des dossiers, dessins, plans, profils, matériel, instruments, VNF, dossier 22). Outre règle, compas… ne sont mentionnés qu’un graphomètre et un pantographe.

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Pour notre commune, le tarif moyen d’expropriation appliqué se situait entre 7046 et 7760 francs l’hectare, le prix moyen étant de 8877 francs en Gironde. L’indemnité pouvait varier selon la qualité des terres : ainsi, on attribua 9240 francs par hectare à Jean Bourgoin, et seulement 6541 francs au Comte de Saint Exupéry. Les Archives des VNF nous ont livré un intéressant état des propriétaires avec lesquels l’administration n’a pu traiter à l’amiable et contre lesquels le jugement d’expropriation fut prononcé, en date du 24 juin 1840. Nous les présentons ci-après, sous forme de tableaux.
17

Indemnités réglées à l’amiable :
Noms Bedouret Simon Cluzan Barthélémy Cluzan Robert Comte de Marcellus Delhomme André Delhomme Jean Dubourdieu François Faugas Jean Baptiste Galissaire Veuve, née Sterling Marie Maurin Pierre Pardiac Claude Poujardieu Jean aîné Saint-Marc Jean Souant Jean Sterlin Henry Tellier André Superficie 14,20 ares 1, 75 ha 85 ares 2,78 ares 0,25 ares 0.33 ares 1,70 ares 2 ha 11,07 ares 9,04 ares 87 ares 7,95 ares 0,57 ares 1,70 ares 12,21 ares 1,3 ha Prix à l’hectare 7042 6953 7058 6939 7000 6970 7058 4500 7046 7040 7039 7045 7017 7059 7045 7028

(Dès le début des travaux, des propriétaires demandèrent de nouvelles indemnisations, à cause des débordements et des infiltrations. Elles seront accordées assez facilement, mais nous n’en avons pas relevé pour notre commune.)
17

Ainsi qu’une copie du plan cadastral, avec tracé du futur canal, mettant en évidence les différentes parcelles, en mentionnant les cultures, les superficies et les noms de propriétaires. Archives VNF, Casier 592 et Carton 5/3.

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Les plans cadastraux font également apparaître deux maisons détruites : l’une située à l’Auriole, appartenant à Monsieur Pierre Maurin, évaluée à 24.000 francs ; l’autre à l’emplacement actuel du pont de Berrat, propriété de Monsieur Robert Cluzan évaluée à 75.000 francs18.

Peu de maisons furent détruites, nous avons seulement relevé à Hure l’une avec grange, lieu de Graves, appartenant à M. Maurin, l’autre à M. Giraud Bresque et une maisonnette propriété de M. Bernard Motte. A souligner aussi la destruction d’un moulin à eau, situé à Hure et appartenant au Comte de Marcellus.

18

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Tableau des expropriations : 24 juin 1840.
Lieux-dits Nature des terres Superficie

Bedouret François Bedouret Simon Bentéjac Jean Bourgoin Jean Eugêne19 Caussimon Pierre Cluzan Barthélémy Cluzan Robert Comte de Marcellus

Tartifume Joualle Eglise L’Espazot ; Tourette Tartifume Berrat, Couture Berrat L’Auriole ; Tartifume ; L’Enclos ; Berrat ; Peyrot Pré et terre 13,05 ha 1,78 ha

Vigne et terre

2,03 ha 17 ha

Terre, joualles, pâtures, pré, vigne, ruisseaux Comte de SaintEglise, Pigeonnier, Joualles, pâtuExupéry, Jacques L’Espazot et petite Rivière res, acacias, viJean gnes, terre, pré, jardin, friche et ravin * Delhomme André L’Espazot Delhomme Jean L’Espazot Dubourdieu Pierre L’Espazot Terre Dussault Veuve Berrat Duzan Jean L’Espazot Espagnet Jean Pigeonnier Fabrique de Hure L’Auriole 7952 fr / ha Fabrique de Hure L’Auriole Pré et terre (7516,59 fr. / ha) Faugas Benoît L’Auriole Faugas Jean Baptiste Berrat Galissaire Veuve Tartifume Guibert Jeune Berrat Maurin Pierre L’Auriole Pâture et maisonnette Moustier Armand L’Espazot Nibaut François L’Auriole

4, 41 ha

2,24 ha

1,09 ha 1,04 ha,

4,04 ha

19

Habitant de Loupiac, prêtre à Birac.

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Pardiac Claude Poujardieu Jean aîné Saint-Marc Jean Souant Jean Sterlin Henry Tellier André 20

Berrat ; Eglise ; Tartifume ; Berrat Berrat ; L’Espazot L’Espazot Pigeonnier ; L’Espazot

Terre Terre

10,04 ha 1,69 ha

Terre, mare, pré et joualle

9,5 ha

La construction et ses difficultés.
L’ouvrage qui nous intéresse parcourt 193 kilomètres. Large de 18 mètres, profond de 2 mètres, d’une dénivellation de 128 mètres, il comporte 53 écluses.

Archive VNF

20

Percepteur à La Réole et gendre de M. de St-Exupéry.

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Nous devinons donc l’importance des travaux, comparables sans doute à ceux engendrés aujourd’hui par la construction des autoroutes. Quelques chiffres permettent d’imaginer l’ampleur du chantier et les bouleversements suscités dans le paysage d’alors21 : 2000 mètres cubes de déblais furent amenés, par tombereaux, de l’écluse de Fontet au pont de Berrat. Au niveau de la maison éclusière : 2563 m3 de déblais, 12.652 m3 de remblais, 2563 m3 d’emplois en travers et 10089 m3 d’excès sur les déblais. Le pont de Courdiate (écluse) nécessita à lui seul 616 m3 de déblais, déplacés sur 700 mètres, En tout, entre le Pont de Berrat et le Pont de Loupiac, il fallut transporter 12.910 m3 au tombereau et 5.859 m3 à la brouette. Les excavations où l’on prélevait la terre sont encore visibles aujourd’hui, chez M. Assercq, ou route de Loupiac, pour ne citer que ces deux exemples. Le creusement se faisait en fonction de profils dont nous donnons un seul exemple, celui du port de Fontet, au kilomètre 182,74022.

Remarquons qu’une correction fut apportée le 2 octobre 1853 sur le bief23 de Fontet, jugé trop haut, par rapport au chemin de halage, et à cause des crues mal estimées, soit de 0,20 m. à 0,30 m.. (Crue intérieure de 123,20 m. et non 121,80 m., 122,40 m. à Fontet)

21 22 23

Archives VNF, Dossier Construction Casier 10, carton 3. Archives VNF, CF 201 et Carton 201, dossier 3. Certains mots techniques comme bief sont expliqués dans le glossaire.

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Les travaux avancèrent lentement : 6000 mètres seulement étaient en cours d’exécution en Gironde, en 1841, à cause de difficultés imprévues : nécessité de repousser le cours de la Garonne en maints endroits, intempéries, problèmes humains… La construction du canal fournit du travail à beaucoup d’ouvriers de notre région, et aussi à des émigrés, pour la plupart espagnols qui effectuèrent les plus rudes travaux de terrassement24. Nous pouvons illustrer ce thème par deux photographies des travaux de reconstruction du canal, suite à l’accident de l’Auriole survenu un siècle plus tard, le 2 octobre 1945. Une importante brèche s’ouvrit rive droite, 4 km en amont, (lieu dit Despin) et le bief se vida entièrement, provoquant des dégâts chez les propriétaires riverains, des accidents aux bateaux et l’arrêt de la navigation pendant deux mois. Les causes de cet accident sont multiples : les dragages successifs entraînant la disparition du corroi argileux de la cuvette, les infiltrations dans le remblai et l’importance des sources venant du coteau.

Jean Fazembat précise, page 16 de son ouvrage, qu’au moment des interruptions de chantier, ces émigrés étaient les premiers touchés par le chômage. Sans argent, ils ne pouvaient même pas regagner leur patrie d’origine.

24

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Nous renvoyons nos lecteurs à l’état nominatif de 82 travailleurs de force, où ils retrouveront des noms familiers, en annexe 1.25 (Nous avons peut-être reconnu quelques ouvriers de Fontet ou de Hure : M. Michel Castaing, M. Lafferrière, M. Roland Nouguey, M. Robert Peyré, M. Despujols…) Monsieur Moulinier, éclusier à Fontet, devait être prêt, de jour comme de nuit, pendant toute la durée des travaux, à recevoir des communications téléphoniques, et à avertir Monsieur Dolhem des incidents et des accidents qui pourraient se produire. Un relevé comptable du 19 décembre 1947 permet de noter les nombreux fournisseurs de la région qui travaillèrent pour ce chantier. Nous pouvons citer en ce qui concerne La Réole : Abribat, Grillon, Bastrade, Vidal, Dangoumeau et Boyancé pour Hure … Un devis de l’entreprise Delbigot (Villeneuve sur Lot) du 4 décembre 1946, permet d’imaginer l’importance du coût des travaux26. Les propriétaires riverains reçurent une indemnité forfaitaire de 60.000 francs par hectare, mais aussi une compensation variable. Par exemple : 2000 francs pour 5 arbres fruitiers et 20 pieds d’acacias, 15.000 francs l’hectare pour perte de travail, d’engrais et de récolte, 30 francs par pied de vigne27. Parmi les victimes de Fontet, nous relevons le nom de M. de Marcellus qui reçut une indemnisation de 518.959,80 francs. (pour l’indemnisation voir dans ce chapitre). Des travaux importants ont parfois eu lieu, en particulier pour repousser le cours de la Garonne. Peu d’incidents techniques notables sont à signaler, à l’exception toutefois, de l’engloutissement du hameau des Mathelins, à Meilhan en 1843 et de quelques éboulis sur le tertre28.

25 26 27

Document Archives VNF : état nominatif du 15 février 1946, CF 304. Archives VNF, CF. 304.

Le document qui fait mention de cette procédure est signe par Raymond Laborde, 53, rue Armand Caduc, à La Réole.
28

Cité par Jacques Dubourg, Le Canal de Garonne, page 45.

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Un affaissement de terrain se produisit à Fontet en 1849. Une lettre de M. Jolly (Ingénieur en Chef), adressée à M. Couturier (Ingénieur en Chef à Agen), en date du 15 octobre 1854, relate également des mouvements de terrains entre l’écluse de L’Auriole et le pont de Tartifume causée par des sources creusant le terrain d’alluvion. D’importants travaux furent nécessaires : enrochement, rigoles pour faciliter l’écoulement des eaux… Une lettre du 16 août 1854 mettait déjà en garde contre ce danger :

« Assurez-vous avec soin si l’alluvion au pied de la digue de Tartifume est suffisamment retenue par les enrochements et la ligne de tunage en Garonne. Renforcez au besoin l’enrochement et tenez-moi au courant. Embuez le talus et le plafond du canal au droit du point menacé29 ».
La construction ne se fit pas en continuité, mais par tronçons, ce qui ne manqua pas de créer des problèmes d’insalubrité. En mai 1849, l’Archevêque de Bordeaux alerte les autorités au sujet de fièvres pernicieuses (sans doute la malaria et le paludisme) dans le secteur Fontet-Hure. La courbe des décès suivante montre bien la gravité du problème : le nombre de morts étant en nette augmentation à ce moment-là.
40 35 30 25 20 15 10 5 0

18 50

18 38

18 40

18 46

18 48

29

Courbe réalisée à Archives, Casier 10, carton3. partir des registres d’état civil de Fontet

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18 54

18 34

18 36

18 42

18 44

18 52

Une lettre de Monsieur Jolly, en date du 14 juin 1849, précise qu’entre le pont de Fontet et le pont suspendu de Tartifume il y a 20 centimètres d’eau, mêlée de végétation, mais vive et claire, grâce au ruisseau du Lardon qui s’y déverse. Une autre lettre du 27 juillet note une excavation de 3 mètres de profondeur au même endroit, mais où toutefois les eaux restent claires et sans odeur. (La dépense pour régler ce problème et ceux de Hure s’élevèrent à 4000 francs et, par là, tout en complétant nos ouvrages, nous contribuerons à assainir le pays, et fournirons quelque travail aux classes peu aisées.) Il est, à cette date, impossible de faire venir de l’eau de l’Avance30, les travaux n’étant pas achevés. Des améliorations seraient envisageables, mais trop dispendieuses et dangereuses. La conclusion est révélatrice : « Il y a lieu de craindre que des terres depuis longtemps imbibées d’eau, probablement recouvertes de matières végétales et animales décomposées, exposées aux ardeurs du soleil de cette région, ne produisent des exhalaisons autrement dangereuses que celles dont on se plaint. Peut-être nos travaux d’assèchement seront immédiatement suivis d’une recrudescence de maladies. Si malheureusement cela arrivait, j’en rejetterais d’avance la responsabilité sur la commission de salubrité. » En réponse aux demandes pressantes du Conseil de Salubrité de l’arrondissement de La Réole, et de l’Archevêché (Lettre du 22 août 1849), Monsieur Jolly propose d’exécuter les travaux au mois d’octobre, car, à cette période, la main d’œuvre est meilleur marché, les terres sont plus faciles à manier, et les remblais peuvent prendre adhérence avec le sol. Les intempéries (pluies diluviennes) ont parfois ralenti les chantiers, c’est ce qu’évoque une autre lettre de Monsieur Jolly en date du 3 avril 1855 : « les résultats obtenus, depuis que le temps a permis la reprise des travaux, ne me laissent pas douter de la possibilité de livrer le canal au 1er mai, pourvu que nous n’ayons pas un retour de pluies prolongées. »

Il s’agit d’un des points d’alimentation du canal, avec le bief de Lalande à Toulouse, et le barrage de Beauregard près d’Agen. L’Avance, affluent, se situe à Monpouillan.

30

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Les problèmes humains ne sont pas à négliger. La désertion d’ouvriers a ralenti le chantier en 1854. Le chemin de fer en construction (Bordeaux Bayonne) concurrençait le canal et débauchait les ouvriers, attirés par des gains substantiels. Monsieur Jolly notait le 10 juillet 1854 la désertion de 75 ouvriers à Castets, 15 à Castillon et précisait qu’il ne restait que 20 hommes à Bassannes. Il rencontra, par hasard, sur un vapeur, un responsable des chemins de fer qui précisa qu’il ne recrutait que des ouvriers d’élite et que le chantier serait terminé au mois d’août. Le problème ne devrait donc pas engendrer beaucoup de retard pour le canal. Des interruptions de chantier eurent lieu à cause de tergiversations d’ordre politique. Le canal faillit être comblé pour installer la voie ferrée en 1850, à la demande du concessionnaire de la voie Bordeaux-Sète. (Le pont-canal d’Agen faillit même être détruit). Le projet obtint l’adhésion de la majorité des communes concernées, mais l’opposition de villes comme Bordeaux ou SaintBazeille, et la volonté des habitants de la rive droite qui souhaitaient la voie ferrée, l’emporta. Le projet fut définitivement adopté en 1853.

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Ouvrages d’art.
Les aqueducs.
Les aqueducs sont une priorité des plans de réaménagement de l’espace, car ils permettent l’écoulement naturel des eaux vers les fleuves. (Les travaux de remembrement n’ont pas toujours su en tenir compte) Le bief 49 en possédait quatre, de types différents : l’aqueduc traditionnel, l’aqueduc canal, l’aqueduc siphon, l’aqueduc en fonte de 1839. A Tourette par contre, il s’agit d’un siphon dont le plan ci-dessous permet de comprendre le fonctionnement.

Nous n’avons pas retrouvé sur le terrain celui31 de Berrat, situé derrière la culée gauche. L’aqueduc de La Grange permettait l’écoulement des sources du bourg, vers un fossé appelé ravin , visible sur le plan de 1827, et disparu avec le remembrement. M. Sarrazin nous confiait que cet aqueduc servait de passage aux troupeaux de vaches qu’il conduisait paître avec son grand-père, Jean Sarrazin, métayer à La Grange.

31

Son prix de revient nous est toutefois indiqué : 5464,56 francs. Archives VNF.

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L’aqueduc ci-dessus, situé à Tartifume, est d’un profil classique, comme celui de La Grange.

Entrée et sortie de l’aqueduc canal.

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L’écluse.
Les écluses mesuraient 6 mètres de large et avaient 30 mètres de long.

Leur implantation et leur construction obéissaient à des règles strictes, au niveau des altitudes et des hauteurs de chute32 (Ecluse 49 : 1,684 m). Nous n’avons trouvé aucune mention relative à l’installation des premières portes d’écluses visibles sur la carte postale ci-dessus. Nous savons seulement qu’elles étaient en bois d’azobé. Des travaux sont mentionnés pour l’écluse de Fontet en août 1869, pendant la période de chômage du canal. Les portes n’ont pas subi de modifications car elles avaient été changées un an auparavant. Seuls, ont été remplacés deux montants, deux planches de bordage pour la dérivation, une pièce de taille de la chaîne formant coulisse

32

Documents d’archive VNF CF n° 30-1.

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d’amarre d’amont (bajoyer gauche). La perré gauche éboulée sur 8 mètres de long, sur le canal de dérivation fut réparée. Ces portes furent à nouveau été changées en 1919, puis en 1933 par l’entreprise Compagnie Bordelaise Africaine de Bamako et transportées sur des chalands métalliques (voir prix de ces chalands en annexe 2). Les 5 m² de bois d’azobé revinrent alors à 9391,07 francs, le m² coûtant 1690 francs (Entreprise de Joseph Atoch, de Cazères sur Garonne). Les archives33 font état de prix qu’il est toujours intéressant de connaître, nous les présentons en annexe 2. Ci-dessous : coupe schématique des portes34.

En 1969 les portes de bois furent changées par des portes métalliques. Afin de préciser certains mots techniques, relatifs à la construction des écluses, nous présentons aussi, en annexe 3, un tableau des tarifs (usinage et montage en atelier) par l’entreprise35 Berthier-Montchanin de Châlons-sur-Saône. A partir des années 1980, les écluses furent mécanisées et allongées à 40 mètres, pour faire passer les péniches de gabarit Fraycinet (38,5 m)… les éclusiers disparurent peu à peu. (A Fontet, il fut nécessaire de reconstruire le pont.)

33 34 35

Archives VNF, Carton 672, D5, L11. Document du 8 juin 1932. Archives VNF, Doc 343. Archives VNF, CF 354.

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Les Dérivations.
Dans le cadre de la construction des écluses, des dérivations furent nécessaires, afin de réguler le débit dans les sas. Elles permirent aussi l’installation d’usines et de moulins. Cela donna l’occasion aux ingénieurs de construire de beaux ouvrages d’art comme en témoigne la photographie aérienne ci-contre, prise à L’Auriole.

Ci-dessous la dérivation de l’écluse de Fontet

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Détails des ouvrages d’art de la dérivation de l’Auriole.

Les Ponts.

Pont de pierre de Fontet

Les premiers ponts qui enjambèrent le canal furent des ponts de pierre et des ponts suspendus. Nous avons peu d’informations sur les ponts de pierre, celui de Fontet a toutefois été conservé, en bon état. Le détail de la rambarde du pont de pierre permet d’apprécier la qualité de travail et le soin apporté à la conception de l’ouvrage. - 42 -

Les ponts suspendus furent construits dans les années 1840. Nous ne disposons malheureusement pas de bonne photographie de pont suspendu, toutefois celui de Berrat apparaît au loin, sur une carte postale du pont en pierre (ci-contre, un détail de cette carte). Nous présentons aussi le plan36 en élévation, signé de M. Crescent, ingénieur en chef. Sa flèche, un peu forte, atteignait 4,14 mètres, sans être arrondie ; elle était plate au milieu, sur 10 mètres, de longueur. Selon un devis37 estimatif du 16 août 1840, cet ouvrage coûta 346902,23 francs dont 7422,49 francs pour le tablier et la suspension. Ce tablier fut réparé en décembre 1886.

36 37

Document du 5 février 1929, Archives VNF, CF, n° 361. Archives VNF, Casier 10, carton 3 ; CF, n°423.

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Archives VNF Le pont de Tartifume, dont la flèche mesurait 4 mètres, était constitué d’une charpente en chêne et d’un tablier en peuplier. Il fut construit en 1845 pour la somme de 322 463,15 francs. Une lettre de Monsieur Crescent à M. Pigeaud, Inspecteur Général des Ponts et Chaussées (Paris) du 28 décembre 1928, nous apprend que 83 ponts, vétustes et mal entretenus, devraient être remplacés par des ponts métalliques, construits par l’Allemagne au titre des prestations en nature.

Les pierres ci-contre sont les vestiges encore visibles de l’ancien pont suspendu.

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Le 6 août 1931, le Ministre accepta un avant-projet, en référence au pont de Caumont de 1926, mais il demanda quelques modifications, pour les ponts de grande voirie : 25 mètres de portée et double voie charretière de 3 mètres. A partir de 1932, une quinzaine de ponts furent construits chaque année, pendant six ans, par la Société Pyrénéenne d’Entreprise (2, rue de Bayard à Toulouse), pour un coût de 100.000 francs l’unité.

Le pont qui remplaça celui de Berrat faisait partie du 7° lot, avec Hure, Loupiac et Puybarban. Le C.M. du 5 juin 1932 en fait état et précise qu’il mesurera 3 mètres de large et comportera des trottoirs de 0,60 m. « L’ouvrage sera calculé conformément au Règlement de 1927 du Ministère des Travaux Publics ». Le pont arriva en pièces détachées et fut monté sur place. Sa construction nécessita un chef de chantier, quatre maçons, quatre manœuvres, quatre charpentiers boiseurs et trois cimentiers ferrailleurs. Voici quelques prix relevés au cours de nos recherches, qui donnent aussi des précisions sur les différents travaux effectués38 :
Objet Terrassements Encaissement de la chaussée Démolitions pour fondation de la chaussée Moellon calcaire pour fondation de la chaussée Gravier de minière pour couche supérieure de chaussée et banquettes de sûreté Prix en Francs(1932) 1490,65 48,75 150,00 495,75 429,91

Le P.V. d’épreuves du pont de Berrat fut réalisé le 26 octobre 1932, en présence de Messieurs Chamboredon, Ingénieur des Ponts et Chaussées du ca-

38

Sources concernant les ponts, VNF, CF n° 361.

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nal, Braudoux, Ingénieur des TPE de Marmande, Saint-Marc, adjoint au maire de Fontet et Etienne Gauduchon, ingénieur du service vicinal. Les épreuves portèrent sur 400 kg/m² et par ml. de pont, soit 1880 kg. Ci-dessous, le schéma des épreuves.

Archives VNF

Nous terminerons ce paragraphe39 par l’exemple anecdotique du pont enjambant le ruisseau de Tourette. Il s’agit d’un petit pont en bois situé au niveau du ruisseau de Barbaré, et demandé par Monsieur Broustet, de Loupiac, en 1862. Un arrêté préfectoral du 6 mars 1892 l’autorisa à reconstruire le pont en pierre et à déplacer l’aqueduc établi sous la digue du canal… à ses frais. Nous présentons en annexe 12 un extrait de l’arrêté du Préfet en date du 6 mars 1862.

Les garde-fous des passerelles.
Nous avons également quelques informations relatives aux garde-fous. Il est noté à la date du 03 août 1884 que la Compagnie a fait établir deux gardefous en fer, un sur chaque tête du pont en maçonnerie qui traverse l’écluse 49.

39

Archives VNF, Carton 572, D².

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En 1885, deux autres furent mis en place sur le pont du déversoir en face de cette même écluse, un procès-verbal 40de récolement en date du 19 janvier en témoigne. La demande en avait été formulée par le C.M de Fontet et par Conseil d’arrondissement de La Réole, le 21 juillet 1884. M. Baumgardner, ingénieur en chef du contrôle, accepta par lettre du 11 novembre 1884.

La maison éclusière et le magasin.
La maison éclusière fut construite en 1850-1851, pour un montant41 de 398.116,38 francs.

Maison éclusière à droite ; magasin à gauche.

Pour stocker le matériel d’entretien des bois et des vannes, les brouettes, crics, poutrelles, fers… quatre magasins furent construits en 1883 : Saint Pierre à Toulouse, Moissac, Agen et Fontet. Ce dernier était important car, sur la

40 41

Archives VNF, Carton 665, 1.16. Archives VNF, Casier 10, carton3.

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branche inférieure du canal latéral, soit 83 kilomètres, il n’y en avait aucun42, malgré de nombreux ponts suspendus. Un devis estimatif nous permet d’en connaître le prix de revient: 7778,44 francs. Le projet fut approuvé par M. de Fontanges, Inspecteur Général du Contrôle, puis par décret du 18 mai 1883, signé Jules Ferry, ministre.

Le bâtiment d’origine en bois a été détruit (il est toutefois visible sur la carte postale ci-dessus). Aujourd’hui, un bâtiment en dur abrite le centre d’Exploitation Aquitaine Ouest.

Fin des travaux.
Le Journal de Toulouse du 1er septembre 1854 annonce la fin des travaux43 : « Avant le mois de novembre 1854, les bateaux navigueront de Tou42

Archives VNF Carton 572, D2.

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louse à Castets. A la fin de cette année, il pourra rester encore quelques travaux de parachèvement, mais M. l’ingénieur en chef Couturier déclare que cela n’empêchera pas la remise du canal entier à la compagnie pour le 31 décembre. On aura ainsi avancé de quinze mois l’époque assignée par le cahier des charges à cette livraison ». En avril 1855, Monsieur Jolly, dans un courrier adressé à Monsieur Couturier, affirme que le canal pourra être livré au 1er mai., la fin du chantier ne devant pas perturber la circulation des bateaux. Il précise les points qui restent encore inachevés, à Castets, Castillon et Bassanne. Pour Fontet, le point crucial reste la gare. « Les bulletins journaliers de la subdivision de M. Duffaure font voir, malgré la lenteur de M. Lalonde, et le peu d’activité mis à remblayer la gare de Fontet, qu’il ne faut pas plus de 20 jours, même du train dont on y marche, pour tout terminer. Le remblai de la gare de Fontet va lentement par suite de manque de bateaux, tous mes moyens d’opération ayant été concentrés dans le lot de Castillon, le plus en retard. » Les visites de contrôle étaient assez régulières. Nous en avons relevé deux concernant Fontet. Dans une lettre du 4 septembre 1853 adressée à Monsieur Jolly, Monsieur Couturier programme sa visite du Pont des Sables à Castets pour le lundi 7 : « Ayez une yole à Meilhan, afin que nous puissions au besoin en profiter pour abréger le trajet. Nous coucherons sans doute à La Réole ». Par lettre du 10 septembre 1855, Monsieur Couturier demande à Monsieur Dantein de préparer un relais pour prendre un bateau le 12 au Lisos ; il annonce qu’il quittera Fontet le lendemain à 6 heures du matin. Une lettre de Monsieur Couturier du 7 janvier 1856 précise que les travaux de parachèvement peuvent être entrepris. Il s’agit de plantations (10 pour les rampes du pont de pierre et 50 pour celles du pont de Berrat) ou de replan-

43

Archives VNF, CF, 36.

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tations d’arbres (de L’Auriole à Fontet, sur 350 mètres), mais surtout des étanchements et de la consolidation des digues. (Comme moyen d’étanchement, il convient d’user de la charrue, partout où elle pourra fonctionner convenablement). Le 21 janvier 185644, un rapport précise que 7 ouvriers sont occupés à planter des bornes sur la gare de Fontet. (Il s’agit de bornes indiquant les distances, à partir de Toulouse) Le canal latéral est navigable dès le 12 mars 1856. Les travaux auront duré 16 ans, et non 5 à 6 comme prévu au départ45. Le P.V. de livraison du 19 mars 1856, dressé par Messieurs Dantein et Kilinski, précise les travaux46 restant à effectuer : o Exhaussement de la digue entre le pont de Fontet et l’écluse, sur 700 mètres pour un coût de 1250,00 francs, la hauteur moyenne devant être de 0,40 mètres. Les travaux furent terminés le 28 juillet 1857.) o La pose de 2 poutrelles et de 8 bornes d’amarrage (amont et aval) sur la dérivation de l’écluse, pour un montant de 470,00 francs. o Le nettoyage et la peinture des garde-corps des ponts en maçonnerie. o Le remaniement des toitures et la peinture de la maison éclusière, la mise en place d’une lucarne à l’entrée de la cave, d’un montant de 150 francs. o La réparation, la peinture et le goudronnage des bois des ponts de Berrat et de Tartifume,.

44 45 46

Sources concernant la fin des travaux. Archives VNF, dossier 2/1. La voie ferrée Bordeaux/Valence d’Agen est ouverte le 21 mai 1856.

Borne d’amarrage sur le port de Fontet

Archives VNF, Cahier n° 46 (2) ° section, chapitre 8 cf. Etude détaillée des dépenses : exercice 1857, Archives VNF, CF, n° 36.

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Bornage.
Des litiges perdurèrent après l’ouverture du canal à la navigation. Ainsi ce que nous pourrions appeler « l’affaire Clément Sarrazin », en 1872 (M. Sarrazin, fermier, mandaté par M. de Marcellus). Le litige portait sur une parcelle d’alluvions, aux abords du pont de Tartifume. La Compagnie préféra céder la parcelle en litige, pour éviter les frais de bornage. Ci-dessous, extrait47 du plan parcellaire, du 13 novembre 1872.

Archives VNF

Jacques Dubourg (page 60 et 61) signale de nombreuses réclamations de riverains, presque toujours accordées, relatives à des infiltrations, des débordements... La Compagnie accorda de nombreuses subventions. Certains demandèrent des autorisations de travaux, de prises d’eau, de construction d’usines et de moulins… (Cf. à cet égard l’exemple du moulin de L’Auriole, en 1859 et en 1870). Les lavandières obtinrent même l’autorisation de laver leur linge dans le canal. Le 13 mars 1870, la Compagnie des Chemins de fer du Midi remit à la disposition de la commune de Fontet des chemins vicinaux ou ruraux, modifiés par le creusement du canal.

47

Document du Archives VNF, Carton 672, D1, L2.

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Coût total du canal.
Le Journal de Toulouse48 du 1er septembre 1854 précisait : « la dépense totale au 31 décembre prochain s’élèvera à 60.683,041 francs. Si l’on y ajoute les travaux de parachèvement en 1855 de 509.000 francs on aura pour le montant total du canal entièrement terminé : 61.183,041 francs. Le montant des crédits législatifs accordés était de 65.000,000 francs ». Les travaux furent achevés en octobre 1854 et l’ouvrage déclaré navigable le 12 mars 1856. Voici quelques détails de ces dépenses :
Chapitres Personnels et frais de bureau Acquisition de terrains Ouvrages d’art et bâtiments Terrassements Chemins de halage Plantations et clôtures Matériel de bureaux et de travaux Frais généraux (assurances, loyers, contributions foncières, frais judiciaires, indemnités, frais de contrôle de surveillance et de police, dépêches télégraphiques, frais de représentation… Service central : personnels, frais de bureau, habillement de la division, entretien du mobilier… Appointements, indemnités et salaires du personnel, imprimés, Entretien : terrassements, ouvrages d’art, chemins de halage, bâtiments, plantations, indemnités de dommage. Appointements, indemnités, frais divers du personnel, frais de bureau, imprimés, entretien du mobilier, détaxes et indemnités de péage… Total de la dépense Dépenses en Francs 5930,45 41071,63 9094,11 863,04 1670,00 4565,28 6327,92 20456,40

58174,48 110932,67 219570,3 24544,18

462.128,92 francs

48

. Archives VNF, CF, 36.

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La vie du Canal

L’entretien.
Les gestionnaires (aujourd’hui les Voies Navigables de France) entretiennent régulièrement le canal, depuis sa construction : correction des repères de nivellement, entretien de la cuvette, des ouvrages d’art, des écluses, des berges et des arbres …

Repères de nivellement.
Le point de référence des nivellements était souvent arbitraire et variait d’une région à l’autre, et parfois dans un même lieu. Le premier nivellement fut institué par Bourdaloue en 1855, au moment de la création des chemins de fer et de l’extension des voies navigables. Le niveau moyen fut fixé à Marseille par un décret du 13 janvier 1860, il prit le nom de zéro Bourdaloue. Mais ce niveau présentait des erreurs, atteignant plus d’un mètre entre Brest et Marseille. Une circulaire ministérielle du 21 février 1903 prescrivit le remplacement de ce niveau par le

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nouveau zéro normal de nivellement général de la France et le changement des 15.000 repères Bourdaloue. La situation est plus complexe dans les services de navigation et d’annonce des crues : il parut bon de maintenir, pour des raisons de commodité, les anciennes échelles, ayant pour zéro le niveau d’étiage. (Comparaison par exemple des côtes avec celles du passé) En 1910, il fut donc conseillé de doubler les échelles d’étiage par des échelles altitudinales. On recommanda de noter avec précision Côtes Bourdaloue, Côtes Aladenize ou Altitudes normales, et d’éviter la mention Altitudes du Nivellement général de la France, pouvant prêter à confusion. Des repères49 d’un nouveau modèle furent scellés en 1912, par exemple au pont de Fontet (P.M. 182,763) à l’angle aval rive droite de la plinthe, et sur la maison éclusière. Un tableau permet de recenser ces repères50, illustrés précédemment.
Emplacement RNG Aile aval Aile aval Cale Borne 64 (couronnement de la plate-forme circulaire amont) Face amont, culée de gauche. R.B. 16,633 Plinthe à gauche de l’axe P.M.182, 763 (angle aval R.D. de la plinthe) Face amont, culée de gauche. Plinthe à gauche de l’axe A g. amont Altitudes Lallemand 4.945 m. 5.513 m 4.776 m 19,327 m 22,327 m

Date 1856 1879 1895 1911

Lieu Château de Tartifume Château de Tartifume Château de Tartifume Pont de Berrat Pont en pierre

1912 1914

Pont en pierre Pont de Berrat Pont en pierre Maison éclusière

19,327 m 23,392 m 18,825 m

49 50

Archives VNF, CF, n° 30-1.

Nous trouvons encore trace de P.V.de visites annuelles des repères en 1929 : il est simplement préconisé de les repeindre. Archives, VNF, CF n° 30,1. PM signifie Point Kilométrique.

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Plantation d’arbres.
La plantation d’arbres était obligatoire pour réduire au maximum l’évaporation des eaux et pour éviter des ruptures de levées. Les tableaux ci-dessous, non exhaustifs, tentent de recenser les plantations, avec les différentes essences51 :

L’Auriole-Berrat L’AuriolePeuplier Ormeau x x x x x x x x x x Ormeau Carolin Platane Ypréau Ypréau Acacia Tilleul Tilleul Frêne Saule Saule

1847-1848 1858 1872 à 1874 1934

x

x

x

Berrat-Fontet BerratPeuplier Carolin Platane Acacia x x x Frêne

1847-1848-1858 1872 à 1874 1934

x x x

Tableaux réalisés à partir des états des arbres proposés pour être abattus de 1896 à 1898 indiquant leurs dates de plantation, et d’un relevé des arbres d’alignement plantés de 1869 à 1874, Archives VNF, CF n° 423 et 424. Le carolin est une variété de peuplier.

51

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Fontet-Ecluse FontetYpréau 52 x Peuplier Ormeau x x Carolin Platane Acacia Tilleul x x Frêne Saule x

1872-1873 1874 1934

x x x

x x

x x

x x

x x

Le 24 août 1855, l’Ingénieur en Chef demandait l’autorisation de replanter des arbres morts, à Fontet : 27 peupliers et 42 ormeaux, plus 100 à 120 peupliers pour d’autres routes. L’opération fut exécutée sur les deux côtés de la levée, aux abords du pont, lors de la construction53. Les plantations d’arbres d’alignement furent terminées le 28 juillet1857 entre Buzet et Bassanne : 600 arbres au total, à 1,00 franc l’unité. La photo aérienne suivante permet d’apprécier la triple rangée d’arbres, plantés rive droite du canal. Plus curieux est le choix des arbres fruitiers aujourd’hui complètement disparus :
L’Auriole-Tartifume Tartifume-Berrat Berrat-Fontet Fontet-Ecluse Cerisiers Pommiers 1872-1873-1874 1872-1873-1874 1872-1873-1874 1872-1873-1874

En 1855, les pépinières se trouvaient à Hure et à Meilhan, proches des lieux d’implantation. Au début du XX° siècle, les jeunes plants étaient achetés dans des pépinières plus importantes, situées à Naurouze, Castanet, Bagnols

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Peupliers de Hollande

Sur la dérivation, nous avons pu remarquer le choix de trembles en 1847 et 1858 ; des taillis d’acacias et des saules, à L’Auriole en 1886.

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sur Cèze et même Angers.(En 1935 par exemple, la disponibilité était de 2000 arbres pour Naurouze et de 454 pour Castanet.)

Archives VNF

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Art de planter.
Le tableau54 ci-dessous, réalisé à partir des profils de 1896 à 1898, permet de connaître le coût des plantations.
Plants, l’unité Transport Ouverture des 0,30 0,30 trous Plantation 0,077 0,08 Binage 0,10 0,10 Tuteurs et ligatu0,0096 0,010 res * Taille 0,038 0,039 Ebourgeonnement 1869 0,59 0,10 1870 1871 1872 1873 0,59 0,70 1,65 0,52 0,10 0,085 0,10 0,10 0,30 0,08 0,10 0,30 0,08 0,10 0,30 0,08 0,10 1874 0,50 0,10 0,30 0,08 0,10

0,010 0,010 0,010 0,010 0,039 0,039 0,039 0,039

* Tuteurs fournis par les taillis d’acacias. La plantation de 4166 arbres revint à 1,922 francs par arbre, en moyenne. Le cas particulier des plantations sur les rampes d’accès au canal, au niveau des ponts, posait un problème. Le C.M. du 26 février 1939 fait état d’une circulaire ministérielle du 27 octobre 1938, réglant le régime des plantations d’alignement des chemins départementaux. En effet, ces plantations ne sont pas la propriété de la commune, qui jouit par contre des droits d’élagage et d’abattage, le service vicinal en assurant l’entretien.

Archives VNF

54

Dossier des Archives VNF, CF, n° 423.

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Entretien des arbres
En général, les arbres étaient régulièrement ramandés, échenillés et élagués, sur l’ensemble du canal. Le travail d’échenillage était effectué par deux équipes de deux hommes, (pour deux circonscriptions), l’éclusier se chargeant des plantations situées à 100 mètres en amont et en aval de l’écluse. Les chenilles et les œufs étaient brûlés sur le champ avec beaucoup de soin55. Ce travail était important si l’on en croit ces chiffres concernant le bief de Fontet : en 1897, 59 bourses ou toiles, 40 cocons ; en 1884, 33 cocons ; en 1882, 43 bourses et 12 toiles et en 1885, 42 bourses et cocons, ont été éliminés. La photo ci-dessous illustre le même phénomène cette année.

55

Lettre du 5 mars 1877, Circulaire n° 28321 de l’Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées.

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Il convient de noter que, selon la loi du 26 ventôse an IV, (17 mars 1896), les Maires, les administrations, les propriétaires, les fermiers… devaient écheniller les arbres, brûler bourses et toiles, ceci, tous les ans, avant le 20 février. En cas de refus, ils étaient punis de 1 à 5 francs d’amende. Les abattages étaient aussi nécessaires, à bon escient, et au bon moment. Il fallait veiller à ne pas couper toute une file d’arbres de même essence et de même âge, en même temps. Aussi, la requête du Conseiller Général, Monsieur Chaigne, fut-elle refusée, le 5 mai 1923. Des riverains de la région de FontetHure demandaient en effet l’abattage d’arbres qu’ils jugeaient dangereux, mais qui devaient, en réalité gêner leurs cultures. Donnons quelques exemples : En 1896-1897 : 149 peupliers, 35 carolins et 6 platanes, furent abattus, entre l’écluse de L’Auriole et le pont suspendu de Tartifume, sur une ligne. L’autre ligne formée d’acacias encore vigoureux sera conservée, était-il précisé.. Un autre exemple nous est donné, dans un rapport des services techniques. Entre le P.M. 182.40 et le pont de Fontet, rive gauche, les deux lignes extérieures sont également composées de peupliers qui commencent à dépérir et qu’il convient d’abattre. La ligne intérieure formée d’ormeaux sera seule conservée. En 1896-1897, entre le pont de Fontet et l’écluse, rive gauche, on se proposait d’abattre les trois lignes d’arbres, soit 108 acacias, 265 peupliers et 1 platane. « Ces arbres sont arrivés à maturité ; quelques-uns ont été déracinés par le vent, d’autres sont inclinés », affirmait le rapport.

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Entretien des taillis
Les taillis d’acacias bordant les talus du canal devaient être taillés tous les quatre ans. Une lettre de Monsieur Ancelin, Chef de section, adressée le 24 janvier 1887 à Monsieur Mauranges, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, fait état d’une demande de Monsieur Cluzan, propriétaire riverain. La parcelle de ce dernier, située en amont du pont suspendu de Berrat, rive droite, souffrirait, selon lui, de l’ombre de ce taillis et des drageons qui y poussaient. Il souhaitait donc que ce taillis fût défriché sur 0,50 mètres de largeur. Cette demande paraît aujourd’hui dérisoire, quand on sait que ce défrichement assez limité, ne produisit que 16 paquets de 25 petites barres d’acacia représentant un montant de 16 francs56. Ci-dessous : plan en profil du terrain concerné.

Archives VNF

56

Pour les arbres, archives VNF, CF 421.2 ; 423 ; Dossier 2/1.

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Dragage
Le dragage du canal ne nous est pas inconnu : nous assistons régulièrement à ces travaux d’entretien, les derniers57 ayant eu lieu en 1999. Avant 1857, il n’y eut aucun chômage complet du canal, car le trafic s’avérait être nécessaire au commerce et à l’achèvement du chemin de fer jusqu’à Toulouse. Mais la date de 1858 était impérative. En effet, le PV de livraison du 23 avril 1853, contient une clause importante, exécutable seulement pendant une période de chômage, et cinq ans maximum après la convention. La Compagnie devait faire des perrés de consolidation dans la rigole d’alimentation, entre la porte de retenue et l’écluse régulatrice, dans ce cas seulement, la dépense serait remboursée par l’Etat. (Environ 5 francs par m² jusqu’à concurrence de 5000 m²)

Sortie de l’écluse de Fontet en période de chômage.

Arrêté municipal de fermeture de la voie VC 13 au pont de Berrat, à la demande des VNF. C.M. du 5-07-1999.

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Des chômages partiels se firent toutefois assez régulièrement, à cause de fuites d’eau, pour réparer la porte d’écluse de Fontet, en 1860, ou encore pour établir une prise d’eau, en 1881. Nous avons encore noté l’attribution d’un marché complémentaire pour le port de Fontet le 20 Août 1938, de 11329,700 m3 à draguer.

Archives VNF

Les périodes de chômage sont toujours à craindre pour les bateliers et le commerce. Ainsi, nous avons pu retrouver une pétition de minotiers de Castelsarrazin, en date du 15 décembre 1868 et adressée à Monsieur l’Ingénieur en Chef chargé du contrôle du canal. Ils demandaient d’avancer la date du chômage d’août à juin, pour des raisons d’hygiène et de salubrité, mais surtout pour ne pas entraver le transport des grains vers les usines concernées, en fin de moissons. Les agriculteurs et les boulangers enverraient alors le grain vers d’autres minoteries.

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Des exemples du coût de ces dragages sont donnés en annexe 4. (Prix de revient des ouvriers et du matériel). Le remplissage posait ensuite des problèmes techniques comme l’indique le rapport de l’Ingénieur, en date du 10 septembre 1860. L’eau arriva à L’Auriole le 16 septembre à 15 h.30 et atteignit 0,70 m. à l’échelle d’amont, à 21 heures. Le 17 septembre, à 0 h.30, l’Ingénieur fit ouvrir une vanne de dérivation, puis les vantelles. Le 18 septembre à 1 h.20, l’eau arriva à l’écluse de Fontet. A 6 heures, elle atteignait 0,70 puis 1 m. à 8 h.40. Entre les deux écluses, l’eau a donc mis 50 minutes pour franchir 2557 mètres, la vitesse était donc de 0,852 mètres/seconde, et le débit de 338,857 mètres cubes. Entre l’écluse de Fontet et celle de Bassanne, le débit58 était de 244,982 mètres cubes : les 4099 mètres ayant été franchis en 1h.20. L’entretien se faisait aussi par un bateau59 faucheur automobile. Les coût du fauchage sont présentés en annexe 5.

Bateau faucheur automobile, Archives VNF Un tableau très précis du calcul des volumes débités, heure par heure, pourrait aussi être réalisé, mais nous avons jugé bon de ne pas le publier, vu sa complexité. Sources des documents concernant les dragages, Archives VNF, CF, n° 40 ; carton 672, D2, L4, N°1 ; C672, D3, L15, n°4 ; D1 ; D61, N°1 ; CF 483.
59 58

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Entretien des ponts.
En 1853, la Compagnie demanda « à être exonérée de l’entretien futur des chaussées sur les ponts et rampes aux abords, lorsque ces chaussées sont restées de même nature que par le passé, ou bien à ne payer que la différence entre le prix de l’ancien entretien et de l’entretien actuel ». (Par exemple lorsqu’un tablier en bois était remplacé par un tablier en empierrement). Elle demandait également que l’Etat fasse ou rembourse la dépense des travaux nécessaires pour que l’on puisse visiter, sur toute leur longueur, les câbles de retenue des ponts suspendus. (Condition de sécurité imposée). Le Ministre des Travaux Publics confirma la demande, le 1er juin 1853, avec quelques réserves : « aux termes du 2ème paragraphe de l’article 58 du cahier des charges, la Compagnie doit prendre livraison de tous les ouvrages tels qu’ils ont été construits d’après les projets approuvés ; d’où il résulte que les changements et additions qui pourront y être nécessaires, doivent être désormais à sa charge ». Quant à l’entretien de la chaussée, la question était remise à plus tard. Sans doute, le document60 examiné concerne le canal entre Toulouse et la Baïse, mais les problèmes se posaient en termes identiques pour l’ensemble du canal. « L’entretien ultérieur de la chaussée, sur l’ouvrage, sera seul à la charge de la commune, le service du canal latéral continuant à assurer l’entretien de l’ouvrage61… » Un avis du tribunal de Toulouse, rendu le 20 octobre 1994, précise que la collectivité propriétaire de la voie portée par le pont est propriétaire du pont, donc elle en assure la gestion, l’entretien et les réparations, comme le Ministère l’avait déjà précisé en 1990. Ceci est confirmé par la visite des ouvrages d’art effectuée par la Direction Départementale de l’Equipement (DDE) en 199562.

60 61 62

Archives VNF, CF, 36. C.M. du 5 juin 1932, concernant le pont de Berrat. C.M. du 30-06-1990 et 25-09-1995 ; C.M. du 18-12-1999.

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Hommes, bateaux et chevaux.
Les Hommes
Un relevé systématique, mais non exhaustif, des noms d’ouvriers ayant collaboré à la réalisation du canal, permet de retrouver des personnes connues, mais aussi de découvrir ceux qui furent appelés, dans le cadre de leur fonction, venant parfois de lointaines contrées. (Les dates correspondent, non au temps de service, mais aux documents qui mentionnent leur nom, pendant leur activité. Les listes sont incomplètes, et ne comportent que peu de noms du XX° siècle, la loi interdisant de consulter ce type d’archives, de moins de 100 ans.)

Cantonniers
Balthazar Pierre Casse Pierre Dubourdieu Pierre Ithier Clément Lafferrière Roland Marre Pierre Mougarolis Blaise Moulinié fils Noguey Jean Payral Charles Sarreau Jean 1864-1866 1889-1895 1851-1876 1947 1871-1879 1870 1866 1887 1880-1881 1855 Né à Lacourt Saint Pierre (47) en 1840 Né à Fontet le 1-7-1851

Né à Moissac. Né à St Jory (31)n 1842. Né à Meilhan (47) en 1857. Né à Villesèque (40) en 1855.

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Alard Ancelin Simon (Né à Angoulème) Baugardner Borrel Jean Braudoux

Ingénieur ordinaire à Langon Chef de section à LR

1857 1885 1884 1895 1929 1933 1929 1899 1849-1853 1931-1934 1855-1856 1839-1854 1899 18957 1875 1839-1854 1849-1855 1921 1878 1921 1885 1864 1910 1885 1864-1865 1854-1856 1845 1841

Ingénieur en chef du contrôle du canal Conducteur des Ponts et Chaussées Sous Ingénieur conducteur, puis Ingénieur des TPE en 1937 Braudoux Ingénieur des TPE, à Marmande Chamboredon Ingénieur ordinaire Charpentier Conducteur des Ponts et Chaussées Couturier Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées à Agen, il seconde Job. Crescent Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Dantein Jules Conducteur à Castets De Baudre JeanIngénieur et inspecteur divisionnaire des Ponts Baptiste et Chaussées. De Volontat Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées à Toulouse Espérou Chef de section à Toulouse Faraguet Ingénieur en Chef des P et Chaussées à Agen Job (1802-1850 Ingénieur en Chef, Directeur des travaux. Joly Ingénieur en chef Laborde Jean Ingénieur adjoint des TPE à La Réole Laborde Jean Entrepreneur des travaux du canal Lagrange A. Ingénieur en chef Lalonde Entrepreneur tâcheron Larrieu Bernard Conducteur des Ponts et Chaussées Lèques Entrepreneur Levesque Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées Toulouse Mauranges Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées Terrieux Louis Chef de section Théus Théodore. Chef de la statistique Né dans les Htes Alpes en 1810 Décédé en 1866 Tronche Jean Rupert. * Conducteur des Ponts et Chaussées Vignolles Paul Appareilleur des Ponts et Chaussées Barthélémy

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* Jean Ruppert Tronche, fils du Docteur Pierre Tronche, naquit à Fontet en 1815, et s’y maria le 2 août 1841. Il décéda de mort violente, en Italise, en 1861. Il demeurait à Tartifume, château de Murailles.

Gardes canal
Bosc Jean Casse Pierre Dolheim Ernest Grollier Ithier Lauriol Marchand Jean Marre Antoine Casse Pierre* Roubaut Pierre Louis Marie Terrieux Henri Virrepinthe Bernard 1866 1897 à 1913 1947 1910 1850 1853 1868 à 1881 Il habitat Berrat puis Tartifume à partir de 1895.

Né à Montauban (82) en 1837.

1919 1865 1870 à 1906

Originaire du Morbihan.

Né à Pondaurat en 1841. Domicilié au bourg de Fontet.

* Reconstitution d’une carrière : exemple de M. Casse. Né à Samazan (47) le 7 décembre 1858, il se maria le 20 mai 1882 et eut 6 fils (en 1883, 1884, 1886, 1889, 1897, 1900) et 1 fille en 1894. Il effectua son service militaire du 15 novembre 1879 au 20 juillet 1880, comme cavalier 2ème classe. Nommé en 1894, il fut garde hors classe de 1898 à 1905. Il fut en poste à Fontet de 1898 au 1er avril 1913, date à laquelle il démissionna. De 1898 à 1908, il assura la surveillance du canal sur 29,167 km, puis sur 22,38 km à partir de 1907. A titre anecdotique, signalons qu’il habitait Tartifume en 1897.

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Eclusiers
Béteille Jean (ou Jac- 1885-1866 ques) Cabot Conil Antoine 1858 1862 Coutensou Jean 1862-1878 1892-1898 Dreuilhe Romain 1862 1863 Dubourdieu Pierre 1851-18741878-1894 Dubourdieu Vve 1897 Ducos Etienne 1858-1859 Dumas Jeanne 1898 Grollier Jean 1904, 1907 Jeanneau Barthelémy 1867 : 3ème Jean cl. 1870 : 2ème Lacombe Guillaume 1859 Lalubin Jean 1882-1885 Marre Antoine 1871-1873 Marre Joseph 1871-1879 Meyre Julien 1884 1889-1891 Mougarolis Blaise 1870-1873 Moulinié Jean 1922, 1946 Moustié François 1856 Petit Pierre, dit Emile 1881-1882 Pierre Balthazar 1864 à 1879 Né à Moissac en 1858

Né à Fontet le 10 janvier 1830 Démission à l’Auriole Né à Feugarolles (47) en1862 Né à Moissac en 1829 Démission Né à Fontet le 1 juillet 1851 Décédé le 16-2-1894, en activité. Né en 1826 à Coussan (47)

Né à Meilhan en 1866 Décédé le 6 juillet 1870 Né à Agen en 1810 Né au Mas d’Agenais (47) en 1856

Né à Daglan (32) en 1859

Il s’agit de la date de son mariage, à Fontet. Né à Lagenère (47) en 1852

L’éclusier ouvrait les portes des écluses et aidait au franchissement des sas, il était aussi chargé de l’entretien du chemin de halage et du terre-plein sur 50 mètres, amont et aval. (Doc. 1932) Il devait en outre veiller à ce que les niveaux des biefs ne s’abaissent pas au cours des manœuvres d’alimentation, et éviter tout gaspillage d’eau.

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La durée de travail du garde canal était de 10 heures par jour. (Article 3 de l’arrêté du 3 juin 1909). Il devait en particulier contrôler le service des éclusiers, des cantonniers et des auxiliaires. Les peines disciplinaires étaient prévues par l’article 5 du décret du 29 juin 1909, avec possibilité d’une mise à la retraite dans les plus brefs délais. Les fonctionnaires du canal étaient étroitement surveillés. Une circulaire de l’ingénieur en chef du 7 novembre 1921 montre que le Syndicat de la Batellerie rapportait des plaintes de bateliers, relatives à la qualité de service de certains éclusiers : éloignement de l’écluse à l’arrivée des bateaux, ou pendant les manœuvres, ce qui occasionnait des retards. De plus, ils ne devaient pas se livrer à des travaux rémunérés, en dehors des actes professionnels. En 1934 le Ministre précisait à ce sujet63 : « Les faits signalés constituent un abus surtout dans la période actuelle, où de nombreuses catégories de travailleurs sont gravement atteintes par le chômage.

Eclusier au travail : M. Moulinier (détail d’une carte postale)

63

Archives VNF, CF 162.

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Le personnel était assermenté, et la prestation de serment avait un tarif64. Ainsi, en 1927 :

Enregistrement Timbre de la commission Timbre du registre d’audience Timbre du répertoire Emolument du greffier Mention au répertoire Etat de frais Transcription de la commission sur le registre spécial Total des frais

33,70 francs 7,20 francs 7,20 francs 1,50 franc 3,00 francs 0,20 franc 0,20 franc 2,50 francs 55,50 francs

Pour l’anecdote, nous donnons les prix suivants : Une casquette de cantonnier valait 4,10 francs en 1910, un galon 1,50 franc et un ruban 0.57 franc.

Les bateliers
Les bateliers étaient des « Gens du voyage ». Ils vivaient dans un monde clos : on naît batelier, on ne le devient pas, ou rarement. Il y avait peu de propriétaires sur le canal latéral, (contrairement au canal du Midi) mais des salariés, dont les familles restaient à terre, travaillant pour des compagnies qui périclitèrent après la guerre de 14. Le travail était difficile, les journées longues, (de 4 heures du matin à 22 heures), rythmées par les chargements, déchargements, l’entretien du matériel et le soin accordé aux animaux de halage.

64

Archives VNF, CF 162.

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Aussi les bateliers ont-ils été le plus souvent organisés en compagnies, en syndicats et associations de défense ou d’aide sociale. A Bordeaux, mentionnons entre autres, la création du Syndicat des Transporteurs fluviaux, en 1900 ; du Syndicat corporatif en 1912 ; de l’Union des Transporteurs fluviaux en 1924 ; de la Compagnie des Remorqueurs de la Garonne en 1927. Plus tard apparaissent l’Association des Transporteurs fluviaux du Midi, le Syndicat des Artisans bateliers du Midi, L’Entraide sociale batelière, (à Toulouse), en 1935 ; les Syndicats Ouvriers en 1936 ; la Coopérative artisanale de Transporteurs Fluviaux en 1946 et enfin le CIDUNATI en 1972.

Bateaux.
Les premiers bateaux à assurer la circulation furent la sapine et le coutrillon. La sapine en bois, de 145 à 170 tonneaux, mesurait environ 30 m. de long et 5,40 m. de large. Les dernières sapines de bois disparurent totalement en 1964, remplacées par des bateaux en fer. Le coutrillon, de 100 à 170 tonneaux, avait une longueur de 28 mètres, et une largeur de 4,50 m environ. De 1875 à la 1° guerre mondiale, on utilisait des bateaux vapeur, à roues à aubes (à l’intérieur de la coque), mais ils disparurent rapidement. Les bateaux à vapeur apparurent avant 1899. Jaugeant de 90 à 120 tonneaux, et avançant à une vitesse de 6 à 10 km/h, ils étaient assez dangereux. Les premiers bateaux à vapeur furent utilisés sur la Garonne, grâce à leur initiateur, Charles-Joseph Brannes, maire de Langon de 1831 à 1833, qui en trouva l’idée au cours d’un voyage à la Nouvelle-Orléans. Une guerre fratricide s’engagea alors entre les compagnies de navigation. La première, dite Des Quatre Bateaux (La Garonne, Le Français, L’Estafette et Le Henri IV), fut créée en 1822 à Bordeaux sous le nom de Compagnie Bordelaise, avec le lancement du Courrier de Marmande en 1827. A son tour, une compagnie de La Réole mit en service deux vapeurs : Le Réolais et Le Lot

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et Garonne, en 182665. Huit ans plus tard, Les nouveaux Bateaux à vapeur assurèrent la liaison Bordeaux Agen.

, Archives VNF

Evoquons quelques noms de vapeurs : Le Jeanty Latouche, le Beau Tyran, Le Gascon (qui explosa). Les péniches, apparues dans les années 30, régnèrent en maître entre 1960 et 1975. Equipées de moteurs semi-diesel (30 CV), puis diesel (jusqu’à 120 CV), elles avançaient au maximum à 6 km/h.). Les bateaux étaient divisés en cinq classes66 : 1. Bateaux mus par la vapeur. 2. Bateaux halés par des chevaux, marchant au trot, avec relais. 3. Bateaux halés par des chevaux, marchant au trot, sans relais. 4. Bateaux halés par des hommes ou des radeaux. 5. Bateaux halés soit par chevaux, soit par des hommes.

65 66

Cf Vital, pages 415 à 419. Règlement de police de 1857, Article I, Titre II, selon un rapport pour M. Brassens du 9 octobre

1880.

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Les bateaux ne pouvaient être mis en circulation qu’avec des autorisations et après des essais, en particulier pour les remorqueurs (par décret ministériel du 13 novembre 1860).

Archives VNF

Une lettre du 21 juin 1870, adressée à l’Ingénieur en Chef à Agen, par l’Ingénieur ordinaire, présente un essai de remorquage entre Castets et le pont de Fontet. Le remorqueur, appartenant à l’entreprise Roucaud, était un petit bateau à hélice, L’Hirondelle (habituellement utilisé en rade de Bordeaux). Il mesurait 15 mètres de longueur, 2,80 m. de largeur, avait une force de 25 CV de 75 k, et était équipé d’une chaudière timbrée à 6 atmosphères. Le bateau arriva à l’écluse de Mazerac, sans difficulté, à 15 km/h. En amont de l’écluse on remorqua, à couple, c’est-à-dire bord à bord, une sapine chargée de 120 tonnes, et calant 1,42 m. Le passage de l’écluse posa un problème car la cheminée atteignait l’intrados de la clé du pont, dix personnes durent être embarquées pour faciliter le passage. (Remarque : le pont de Mazérac est plus bas que les autres ponts de 20 cm) L’Hirondelle dépassée par un bateau halé par un cheval, à la descente, largua ses amarres et se mit à l’avant de la sapine, pour un remorquage à la traîne. Deux éclusées furent nécessaires à Bassanne, la sapine oc-

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cupant tout le sas. Jusqu’à Fontet, le voyage67 s’effectua assez bien, à la même vitesse de 4,2 à 4,4 km/h. Le 17 septembre1863, une lettre M. Roux, armateur, attira notre attention sur une demande de construction de bateaux. Le propriétaire souhaite établir une chaîne de touage, en concurrence avec les bateaux à vapeur (autorisés par décision ministérielle du 13 novembre 1860). Le Directeur des canaux ne donna pas de réponse favorable car ce monopole pouvait provoquer des dégradations aux ouvrages du canal, de plus le dossier, incomplet ne comportait aucun dessin68.

Archives VNF

Le tableau en annexe 7, dressé à partir des demandes d ‘autorisation ou d’essais de remorquage, tente de présenter quelques bateaux à vapeur mentionnés entre 1850 et 1900.
67 68

Archives VNF, Carton 583, D1, L18, n° 12 Lettre du Directeur des canaux du 26 septembre 1865, Archives VNF, Carton 583, D1, L14, n°2

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1858 1858 1860 1860 1865 1865 1869 1870 1870 1871 1871 1877 1878 1878 1880

Armateurs Clavières et Cie, BX De Ciébra, BX Delauvetis / Jagliacozzo

1888

1888 1890 1893

Bateau à vapeur porteur Bateau à vapeur porteur Bateau à vapeur remorqueur, nouveau système Ferrand, de Castets Remorquage Roux Chaîne de touage. Refus car peur du monopole et du danger Ernest Marlice, Paris Refus car nouveau système inconnu Roucaud, Cie L’Union RiveEssais de remorquage à la vapeur, de Casraine. tets au pont de Fontet. Ferrand, Castets 2 grands bateaux autorisés, ou 3, si le pasEx Hirondelles ou Abeilles, BX sage en 2 éclusées possible Grignon, BX Vapeur Jaille Transport de phosphate, chaux de mine Grignon, BX Vapeur porteur, bateau à aube Cie française du Centre et du Vapeur, style bateaux Hirondelle de BX Midi, pour l’éclairage au gaz expériences en 1877 et 1878 Junior Roucaud et Cie, BX Autorisation pour 8 bateaux à vapeur, à hélices et à aubes Brassens, dit Brasille, La Réole Vapeur à aubes, autorisé en période d’étiage de la Garonne, mais : Les bateaux ne pourront marcher en convois, ils ne seront ni accouplés, ni remorqués, on pourra néanmoins en attacher deux l’un à la suite de l’autre, lorsque le convoi ne sera halé que par 2 chevaux, bœufs ou mulets, ou par 4 ânes. Burt, Boutton et Hagwood, Paris Vapeur, remorqueur, anciennes citernes halées par des chevaux, produits de la distillerie du goudron de houille Arbouin, Montauban Fare-Hall, vapeur, remorqueur Marguerol Le Neptune Plaisance, Sauvetage et remorquage De Brouard, BX 16 points de stationnement, dont Fontet.

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Les riverains ont vu passer sur le canal des bateaux de poste, des bateaux transportant voyageurs et marchandises, et des chaloupes militaires.

La poste
Nous n’avons pu recueillir beaucoup d’informations sur les bateaux assurant le transport du courrier, mais nous vous proposons, outre une reconstitution du bateau, une affichette d’information. Nous avons aussi remarqué le nom d’un postillon de bateau : M. Michel Labat, décédé à L’Auriole en 1905.

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Voyageurs
Beaucoup de bateaux assuraient le service de voyageurs, quotidien ou non, entre Castets et Agen, ou Toulouse. Nous avons repéré quelques noms de bateaux ou de propriétaires :
1880 1884 Brassens, dit Brasille Delpech et Buytet La Réole Ils assuraient un service quotidien Castets-Fontet, avec arrêt au Cricq, grâce à un vapeur à hélices. Il stationnait à Fontet, au cours d’un service régulier de Castets à Agen. Ils assuraient un service de nuit, mais ne stationnaient pas à Fontet.

1892 1892

Vapeur Magicienne Vapeurs L’Agenais et Le Villeneuvois

Marchandises
Se reporter au chapitre consacré à l’exploitation du canal.

Armée
Il est aisé de deviner la curiosité amusée, attentive ou inquiète de nos riverains, voyant passer dans notre village des bateaux de guerre. Nous avons noté le cas d’une bombarde, venant des ateliers Armand de Bordeaux, qui arriva le 7 novembre 1860 au Mas d’ Agenais. Quelques canonnières sont aussi facilement identifiables. Les numéros 3 (L’Augusta) et 4, en 1859 et 1860, la 1° et la 2° à destination de Brest et Rochefort, en 1861, la numéro 5, effectuant le trajet Sète Brest qui arriva à Castets le 1er mai 1862 ; Le Dard et La Fronde qui se rendaient vers l’Océan, en 1870. Notons aussi le passage de la Saint-Anne (n° 14) en 1865.

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Archives VNF

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Ces bateaux étaient relativement importants. Ils mesuraient environ 24,70 m. de long et 4,90 m. de large. D’un tonnage de 80 tonnes, et d’un tirant d’eau de 1,30 mètres, ils avançaient de 5 à 7 km/h. Pendant la première guerre mondiale, plusieurs furent loués ou réquisitionnés par l’Etat69. L’indemnité de déménagement était fixée à 200 francs pour le propriétaire et ramenée à 150 pour un contremaître. Par exemple, pour une péniche flamande de 300 tonnes, la location pouvait varier de 150 à 210 francs par mois, (ou de 30 à 45 francs pour un contremaître, le propriétaire percevant alors de 120 à 165 francs mensuels.) Les péniches étaient louées à des mariniers qui les exploitaient librement, pour 8,50 francs par jour pour un bateau en bois, et 9,50 francs pour un bateau en fer70.

Difficultés de navigation :
Des accidents furent parfois provoqués par les maladresses de mauvais conducteurs. Ainsi le 15 juillet 1886 à 12h30, Jean Déziré, marin de Lavardac et patron du bateau Le Khroumir, accrocha le treuil en sortant de l’écluse de Fontet. Il eut à s’acquitter d’une amende de 16 francs, et de frais de réparations de 30 francs71. Les exemples les plus significatifs concernent les canonnières : La Saint Anne (n° 14) partie de Toulon en 1865, eut un problème car elle laboura le fond du canal au bief 38. Arrivée à Rochefort, elle fut démontée en 15 morceaux qui, chargés sur une frégate, partirent pour Cayenne. Un courrier du 10 octobre 1860, adressé à Monsieur Couturier, fait état de difficultés rencontrées par L’Augusta : arrivée à Agen le 2 octobre à 14 heures, elle eut besoin de réparations à l’avant, à cause d’une voie d’eau. (L’année précédente, la canonnière avait été débarrassée de tout son matériel, de guerre et de navigation, avant d’entrer dans le canal.) Cette fois, les 57 tonnes de matériel étaient à bord, sauf le canon et les munitions, restés à Toulon. (Sinon le tirant d’eau se69 70 71

Circulaire du 3 août 1917. Archives VNF, Casier bois . Archives VNF, Carton 616, D1, L 33.

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rait passé de 1,50 à 1,70 m.) Deux pilotes du Canal du Midi et un garde canal accompagnèrent le bateau de Sète à Castets. Les difficultés ayant disparu dans le canal latéral (pas d’herbes de fond, tracé parfait…), seul le passage sous les ponts fut plus délicat. Ce furent les canonnières espagnoles, L’Arlanza et EL Tajo, construites par les chantiers de la Seyne en 1875, qui endurèrent le plus de difficultés au passage des écluses, à cause de matelots inexpérimentés. (Parties le 13 février de Sète, elles arrivèrent le 24 mars à L’Auriole. La Segura et La Turia furent mieux pilotées, car accompagnées jusqu’à Castets par M. Picot, employé secondaire72.

Exemple de canonnière espagnole73 (source internet).

D’autres accidents eurent une origine technique, comme à L’Auriole en 1947, par l’ouverture d’une brèche dans le canal. La liste des bateaux accidentés et échoués en amont permet de mesurer les risques pour le matériel et les marchandises.

72 73

Archives VNF, Carton 583, D1, L5, n°8 .

La "Virgen de Covadonga" était une corvette canonnière espagnole ayant participé à la guerre du Pacifique de 1862 à 1871, entre les Espagnols, les Chiliens et les Péruviens.

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Indemnités Rhodania I, ex Krysis Rhodanic IV, ex Tigre Téméraire Le Coq Iris Clotilde Louise Frileuse Confiance Roland Rolande Rebaptisé Langon * Rhodanic VI, ex Marie-Rose Simbad 4.419 40.000 40.000 49.197 francs 20.000 20.989 25.000

Avaries

Marchandises

Propriétaires

Pas d’avarie

Pas d’avarie Tourteaux d’arachide Avarie Vin

M. François M. Pallares M. Castaing M. Jardel

41.045

Travaux : 6.859,50

lingots de cuivre (1 lingot = 36 kg)

M. Coucière

20.000 Yacht M. Boursier

* 3 lingots de cuivre manquent sur la péniche.

Une indemnité de 1000 francs fut aussi accordée aux Papeteries de France, de Bordeaux, des rames de papier étant mouillées et inutilisables, le transport de 15 tonnes aux chais Pion de Bordeaux revint à 6.969 francs. La réparation des bateaux pouvait est onéreuse. Un exemple nous en est donné en 1921 pour la sapine, le Jeune Emile, stoppée à Fontet et réparée à - 82 -

Couthures sur Garonne par l’entreprise Denaules74. Le montant des travaux s’éleva à 3960 francs, il fallut 18 journées de travail (à 22 francs) pour 10 ouvriers. (Précision apportée : le nombre d’ouvriers étrangers ne saurait dépasser 20%). L’entretien des vaches, chevaux, mulets ou ânes revenait également assez cher. En Effet, les animaux tiraient les bateaux, par nombre de deux ou trois, attelés l’un derrière l’autre, sur 25 kilomètres par jour. Le Halage étant réglementé, la vitesse ne pouvait dépassé 3 km/h. Les animaux étaient accueillis dans des écuries où les mariniers pouvaient les louer. L’ouvrage de Monsieur Dubourg (page 55) donne le prix de 5 francs par jour, en 1899. A Fontet, le relais se trouvait au Cricq, et était tenu par M. Laborde dit Merle (ci-dessous).

Procès-verbal de réception définitive du bateau, en date du 4 mai 1921, signé par Jean Laborde, Archives VNF, CF n°40.

74

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Nombre de chevaux en circulation en 1918 :
Les tableaux ci-dessous donnent une idée de l’importance de ce trafic :
Nombre de bateaux Société coopérative de halage75 Cie des Vapeurs français Maison Vve Gayet M. Bastide de Bordeaux M. Turbet de Bordeaux M. Roux et Cie de Toulouse Société des Transports du Midi Messieurs Duffaud et Derna (Lamagistère) Total 38 23 5 3 4 4 20 9 105 Nombre de chevaux 119 (dont 3 par bateau et 5 de réserve) 50 15 8 12 12 58 26 300

Voici un exemple de ration journalière d’un cheval, donnée en 1918, par l’entreprise de transports Fernand Genève, de Paris (Adressée à l’Ingénieur en Chef, à Agen76) :
Avoine Tourteaux d’arachide Tourteaux de lin Son Coques de cacao Drêche sèche de brasserie Paille séchée Volume en kg 2,50 2 1 4 0,500 7 4 Prix en francs 64 f. le quintal, octroi compris, en 1919. 0,78 le kg

. La Société coopérative de halage comprenait la Cie des Salins du Midi Cie, les Vapeurs tarnais, la Société Méridionale d’affrètement, le Comptoir franco-italien, la Cie des Transports toulousains et la Cie Océan Méditerranée. Soit au total 300 chevaux pour 105 barques.
76

75

Archives VNF, Casier bois.

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Soit 21,500 kg bien mélangés de mélasse, ce qui fait un total de 23 kg, plus une botte de luzerne de 5 kg. Selon les saisons on pouvait remplacer 1 kg de tourteaux d’arachide et les coques de cacao, par des châtaignes, du rutabaga, de la betterave, des topinambours… En cas de disette d’avoine… On peut supposer que ce régime spécial était assez exceptionnel et que, sur le parcours du canal, les animaux étaient nourris plus sobrement, la ration d’avoine étant de 4 kg en 1919, par cheval et par jour. (Exemple de La Société Toulousaine des Transports toulousains qui effectuait le trajet Bx-TlseBeaucaire)

Archives VNF

Un état détaillé des recettes d’août 1918 du dépôt de fourrages de Toulouse ne laisse apparaître que des livraisons d’avoine, ni tourteaux, ni foin, pourtant indiqués sur le bon : Le prix est de 48 francs par 100 kg d’avoine au 1er août 181977 . Les régisseurs gagnaient 5/1000 jusqu’à 6000 francs de recette et 2/1000 de 6001 à 12000 francs ; les gérants 2% des recettes. Les dépôts d’avoine se trouvaient à Agen, Toulouse, Carcassonne, Béziers, Laubardement et Villeneuve sur Lot.

77

Archives VNF, Casier bois

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Exemples de bons de livraison : * Mr Revel, gérant du dépôt de Toulouse fut invité à livrer à M. Ousset, patron du bateau Bordes (2 chevaux) les denrées pour les besoins de la 1ere quinzaine de janvier 1919. Le montant s’éleva à 79,44 francs, correspondant à 120 kg d’avoine à 66,20 francs le kg. * Le 2 juin 1919, il fut livré 192 kg d’avoine pour un montant de 127,11 francs, au bateau Gironde (3 chevaux) Pendant la 1° guerre mondiale, les chevaux furent réquisitionnés par l’armée. Le halage réapparaîtra ensuite pour disparaître définitivement en 1930, avec le développement des bateaux à vapeur. Une exception toutefois : les chevaux reprirent du service pendant la seconde guerre mondiale.

Bassin où s’abreuvaient les chevaux (Au Cricq).

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Réglementation et surveillance.
Beaucoup de bateaux empruntant le canal, une réglementation assez stricte vit le jour : ordres de priorités aux écluses, vitesse limitée… Un ordre de priorité était institué à l’entrée des écluses, en fonction du tonnage et des marchandises transportées. Donnons un exemple de 1870 : l’entrepreneur de remorquage Roucaud et Cie demanda la priorité pour transporter des produits pétroliers dangereux, vers Toulouse. (Son ordre de service était le 3° ou 4° rang, par un règlement qui accordait la priorité aux forts tonnages). Il obtint un refus de l’administration qui estima que les dispositions de sécurité étaient suffisantes78. La limitation de la vitesse s’imposait si l’on en croit ce rapport d’accident survenu à L’Auriole, le 4 mai 1893. Le Maire de Fontet, Jérôme Courrègelongue, reçut une plainte de sieur Denis Canton, mécanicien à bord du Marguerite qui assurait la liaison Bordeaux-Agen. Son patron, M. Doucet, avait exigé qu’il augmentât la vitesse du bateau. Il refusa car la machine ne pouvait supporter une pression maximum à 16 kg. Le fils du propriétaire, M. Faure, de Bordeaux, le frappa d’un coup de raclette audessous de l’œil droit. Doucet se défendit à coups de pieds et de poings. Il descendit à L’Auriole et déposa plainte79. (Témoins : Gaston Laborde, 16 ans, Bernard Lalanne, 63 ans et Julien Bouron, 31 ans, résidents de Fontet). Un autre accident se produisit en 1946 à Meilhan : un bateau chargé d’essence explosa. (Une source orale nous affirma même qu’il s’agissait d’un « trafic ». Ci-contre stèle commémorative).

78 79

Archives VNF, Carton 665, D1, L.12, n°2. Registre des plaintes, mairie de Fontet, 4 mai 1893.

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Le 22 mai 1892, le CM de Fontet émit le vœu que la navigation fût placée sous le régime du droit commun sur le canal. Le travail des gardes s’exerçait surtout contre les riverains qui ne respectaient pas les règlements, par ignorance, nécessité ou cupidité. Un rapport du 28 juin 1850 précisait : « Le mépris des riverains du canal est la preuve de dégradations qu’on n’arrêtera que par quelques exemples de sévérité. ». Le tableau ci-dessous recense des contraventions recueillies dans les archives municipales et dans les archives VNF80.
03 août 1849* 24 juillet 1849 Femme Joiret Pascal Laspalle, ancien carrier (possède maison et 3 vaches) Dudon Pierre et Jean Mallet Dudon Pierre Mme Chastres, née Cazemajou Vaches Ignorance, misère et grand âge. 23 fois pris en faute. Indigence, oisiveté et maraude. 30 francs d’amende ramenés à 15. Fréquence de délit de pacage.

19 janvier 1850 26 mars 1850 13 juin 1850

Brebis Brebis

30 mars 1853 Coutenceau née Berrat, borne 528 Faure (propriétaire) 2 novembre 1853 Despin et Brassens, père et fils. (Despin, beaupère de Brassens fils) 24 décembre Pierre Rey (Tarti1891 fume) 20 juin 1892 Pierre Rey

Pauvre, malade, un berger qui a occasionné le moins de dégâts. Accusée d’avoir volé de l’herbe le 13 juin 1850, par le garde canal Lauriol. Elle prétend être autorisée par Monsieur Buytet qui approuve. 2 vaches à 16 francs d’amende. lait 1 porc 2 porcs Injures au garde-canal.

1 vache bretonne 1 vache Vol d’herbe.

Pris plusieurs fois. Dommage 1 franc et amende 16 francs. Se justifie par soumission et travail.

80

Fontet : registre des plaintes et des arrêtés de 1830 ;Archives VNF, casier 2/1.

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*Photocopie du PV délivré par le garde Jean Marchand, signé et approuvé par le Maire de Fontet, M. Pardiac.

Archives VNF

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Baignade
Le dimanche qui suivit la mise en eau du canal, plusieurs baigneurs envahirent les berges de la gare de Fontet. Suite à un rapport de l’Ingénieur en Chef daté du 26 juillet 1854, la baignade fut immédiatement interdite, par arrêté préfectoral du 3 août . (En vertu des lois des 16-24 août 1790 et 18 juillet 1837). Ceci, pour plusieurs raisons : l’indécence. « la nudité et les jeux indécents ont choqué les personnes obligées d’en suivre les abords ou d’en traverser les ponts ». le danger. « L’irrégularité du fond du canal (…) a failli causer la mort de plusieurs personnes, notamment d’un enfant, qu’on n’a retiré qu’à grand peine des bas fonds de la gare de Fontet. les risques matériels. « Le piétinement des berges mouillées par les baigneurs est de nature à les endommager ». (Extraits du rapport en date du 26 juillet 185481.) Il convient de rappeler que la baignade était très réglementée dans ces années-là. Les Cahiers du Réolais nous ont présenté un arrêté municipal de La Réole concernant les bains publics en Garonne en 1845. Les articles 1 et 8 insistaient sur la tenue du baigneur qui devait être couvert d’un vêtement de la ceinture aux genoux, affirmait qu’il était interdit de se promener nu, et d’établir des luttes ou autres amusements et exercices qui puissent attenter à la décence et à la morale publique. L’article 2 interdisait la baignade de 6 heures du matin à 4 heures du soir, les articles 3, 4 et 6 délimitaient les espaces réservés aux hommes et aux femmes. L’article 9 enfin, interdisait toutes espèces de cris et vociférations.

81

Archives VNF, Dossier2/2.

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Hygiène.
Par lettre du 19 janvier 1934, l’Ingénieur en Chef Crescent rappelait à Messieurs les Ingénieurs que la circulaire ministérielle du 5 juin 1907 ne pouvait s’appliquer aux canaux. Cette circulaire autorisait le déversement, sans redevance, des eaux pluviales et ménagères, par voies souterraines, vers les rivières. Or, le canal étant un ouvrage artificiel, il n’entrait pas dans le champ d’application de ce texte82. L’utilisation illégale des aqueducs pourrait aujourd’hui entrer dans ce thème de la délinquance. En effet, une lettre de la DDE à la municipalité de Fontet, datée du 7 février 1990, précise que des réseaux privés électriques ou d’irrigation empruntent illégalement les aqueducs du canal83.

82 83

Archives VNF, CF 162. C.M. du 17-02-1990.

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L’Exploitation.
La priorité économique du canal était le transport de marchandises et de voyageurs. Pour en assurer l’entretien, la compagnie devait donc en tirer des bénéfices. Les revenus des droits de navigation ne suffisant pas, les ressources venaient aussi de la vente d’arbres et de diverses concessions attribuées aux riverains (prises d’eau pour l’irrigation, lavoirs, usines et moulins). Quelques activités temporaires donnaient également droit à des redevances : trémies de déchargement, dépôts de bois, passerelles, dépôts d’hydrocarbures, hangars, moulins, usage d’eau, jardins ouvriers (dans l’Aude), terrains, dossiers d’occupations temporaires…

Le transport de marchandises.
Il serait illusoire de vouloir dresser un tableau des marchandises84 transportées sur le canal, au début des années 1850. Il s’agissait surtout de céréales,
84

Projets de tarifs, 1er juillet 1852, Archives VNF, C 707.

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de conserves, de produits alimentaires, de poissons frais et salés, de viandes et volailles, d’objets manufacturés, de droguerie et de produits pharmaceutiques, de pièces mécaniques, de papier, de rails et de roues de wagons, de candélabres à gaz, mais aussi d’objets et de denrées, désuets aujourd’hui. Nous en donnons une liste non-exhaustive en annexe 8. Les marchandises étaient classées en trois catégories, dont dépendaient les tarifs qui représentaient une ressource très importante pour la Compagnie. Nous en donnons un exemple en annexe 9. Les demandes de réductions étaient nombreuses, émanant des transporteurs mais aussi du Conseil Général de la Gironde (en 1879 par exemple) et de la Chambre de Commerce de Bordeaux. Ces droits de navigation furent supprimés lorsque l’état reprit possession de la concession. Ils furent réintroduits dans les années 1950, sous la forme d’une autorisation annuelle de déchargement. Ceci intéresse la gare de Fontet85.

Archives VNF

Les prix ne varieront guère de 1956 à 1968, soit 2000 francs, (200 francs à partir de 1960) pour les goudrons et bitumes, essences, blés et ciment. Les autorisations de manutentions des marchandises en dehors des ports indiquaient aussi le temps de stationnement accordé.

85

Archives VNF, Carton 694.

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Vente d’herbe et de fleurs de tilleuls.
Un exemple de vente d’herbe peut être donné avec le soumissionnement de Pierre Rey le 20 juin 1892, pour un montant86 de 37 francs par an. Cette vente a t-elle eu lieu devant l’église (ou sous son porche), comme cela se pratiquait sous l’Ancien Régime ? Une lettre du 3 mai 1895 fait état de l’adjudication87 d’un lot de fleurs de tilleuls à Monsieur Félicien, herboriste à Agen, pour la somme de 45 francs. Nous n’avons, hélas, pas de volume pouvant nous indiquer le prix de ce produit.

Vente d’arbres et de taillis.
Dans le cadre de l’entretien des bords du canal, les taillis d’acacias devaient être taillés tous les quatre ans88. Nous avons retrouvé un exemple concernant notre commune. Le 2 septembre 1853 Monsieur Jean Pardiac89, boulanger, acheta aux enchères 100 fagots pour un montant de 100 francs. (Le fagot valait 24 francs en 1886.)

Mairie de Fontet : CM

86 87 88 89

Archives VNF, Carton 616, D1,L35, n°7. Archives VNF, CF n° 422. Archive VNF, lettre du 15 février 1907.

Acceptation de M. Pardiac en date du 30 août 1853. Archives VNF, Dossier 2. Une autre vente de 576 fagots eut lieu à L’Auriole, avec une mise à prix 12.000 francs, le 1er avril 1854 Archives VNF, carton 2.

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Dans des bordereaux de recette pour vente d’arbres, en date du 15 février 1897, il est précisé que les troncs d’acacias abattus par le vent, en amont et en aval de l’écluse de Fontet, serviront à faire des piquets pour clayonnages nécessaires au rétablissement de la ligne de rive, et que les branchages seront vendus comme bois de chauffage. Il s’agissait de 24 acacias de 0,45 à 1 m. de diamètre, de 6 peupliers de 0,70 à 1 m. de diamètre, situés rive gauche. Signalons à titre anecdotique le nom des sept soumissionnaires90 de Fontet : Poujardieu (132 francs), Courrègelongue (147 francs), Fresquet (137,50 francs) et Laborde (200 francs). L’enchère fut remportée par Loiseau, forgeron à Barie, pour 220 francs. Dans le cadre d’une vente d’arbres effectuée à La Réole le 4 décembre 1937, Monsieur Pierre Chabrat a acquis le 4° lot, pour un montant de 360 francs, mais le document n’indique pas le volume. Aussi, l’état des ressources en bois d’œuvre sur pied exploitables à réaliser en cas de besoin sérieux par le Conservateur des Eaux et Forêts à Toulouse, était-il réalisé avec minutie, comme le prouve un rapport en date du 3 janvier 1930, communiqué à l’Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, chargé du Service du Canal, en le priant de le mettre à jour. Les trembles expédiés à Aix-en Provence et les peupliers utilisés pour les placages et les emballages, étaient achetés par la COIB de Bordeaux91.Une lettre92 du 4 décembre 1946 précise que la Manufacture d’Allumettes de Bordeaux ne désire pas acquérir les bois impropres aux fabrications de son industrie, à savoir 78 peupliers du secteur de l’Auriole, qui seront vendus comme bois de chauffage. Les industriels préféraient en effet les peupliers d’Italie. Quant au peuplier carolin, bien meilleur, il était acheté par la Manufacture de Mâcon93.

90 91 92 93

Archives VNF, CF n° 421, 2, Archives VNF, CF. n° 422. lettre du 19 décembre1946 Archive VNF. Archives VNF, CF. n° 424. Sources concernant les ventes d’arbres, Archives VNF, CF n° 421.1 et 421.2, 422 et 424.

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Archives VNF

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L’irrigation.
Les concessions étaient accordées en application des circulaires des 19 thermidor an VI, 16 novembre 1834 et 23 octobre 1851 ; des lois des 12 et 20 août 1790, du 26 septembre et du 6 octobre 1791 ; de l’arrêté du Gouvernement du 19 ventôse an VI et des lois de Finances du 16 juillet 1840 et du 14 juillet 1856. Le nombre de prises d’eau. Les prises d’eau étaient nombreuses sur le canal : en 1901 en Gironde, pour une longueur de voies navigables de 191 kilomètres, on en comptait en effet 83. Mais leur nombre était jugé insuffisant par la Compagnie, qui en proposait 184.

Archives VNF

Il restait encore de l’eau à concéder : sur le bief 49 d’une longueur de 2600 mètres, une seule concession avait été demandée, contre 7 disponibles94.

94

Archives VNF, Rapport de l’Ingénieur en chef du 311-12-1901.

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Le débit. Le Conseil d’Arrondissement de La Réole estimait en 1886 : les quantités accordées par hectare sont insuffisantes95. La Compagnie répondit qu’elle accorderait l’eau demandée mais qu’en règle générale, un volume d’ un litre par seconde est largement suffisant pour l’arrosage d’un hectare (…) même en Provence. (…"). Seuls les riverains de Fontet et de Bassanne protestèrent. Le nombre de litres d’eau concédé (par seconde) était de 22 litres en 1885, 30 en 1881 et 52 en 1901. Ce débit était aménagé de manière à ne pas nuire à la navigation et notamment au pont canal de la Baïse, où le débit avait été fixé par décision96 ministérielle à 3846 litres. Nous présentons cicontre le plan en coupe de la prise d’eau P.M. 182,381 km du pont de Berrat, aujourd’hui disparue. Elle avait été concédée au syndicat de la Petite Rivière, le 9 octobre 188597.

95 96 97

.Rapport du 18 février 1885, Archives VNF, CF 483. Archives VNF, CF. n° 13. Archives VNF, Carton 593, D11, n°1. cf. Dossier irrigation.

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Quelques exemples de concessions. A Hure, Monsieur Despin obtint une concession par décret du 9 décembre 1865, au niveau du bief de l’Auriole. (14 litres/seconde, contre une redevance de 420 francs/an) A Fontet nous pouvons donner deux exemples de concessions accordées pour la prise d’eau située au pont de Berrat (P.M. 182.381) : La première fut accordée par un décret impérial de Napoléon III du 22 février 1862 à Messieurs Monto, Cluzan (Lasserre), Raymond Cluzan, Pradel. La prise d’eau, dont il reste une trace visible sur la photo ci-dessous, se trouvait à quelques mètres du pont de Berrat.

Les surfaces irriguées en 1863 et 1867 représentaient 32,88 hectares, le débit était de 32 litres/seconde. (Remarque. Il existait aussi un syndicat98 d’irrigation sur le bief 50, entre Floudès et Loupiac, appelé syndicat de Gallebruge.) Le 24 octobre 1885 la Compagnie des chemins de fer du Midi et du Canal latéral à la Garonne accorda une autre concession au Syndicat de la Petite Rivière, à compter du 1 octobre 1885, et pour 5 ans. Son Directeur, M. Clément Hadrien Sarrazin obtint la possibilité d’irriguer 17,98 hectares, situés à Tartifume, en Petite Rivière, à l’est du chemin La Réole/Bazas, à L’Espazot (au sud du chemin Caminasse) et au Ridoulet.
98

Archives VNF, copie d’un courrier du 13 octobre 1881 à M. Ancellin.

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Observations : en 1906, le projet de règlement pour la concession d’une prise d’eau d’irrigation à Messieurs Billot et Bougès, (L’Auriole) fixait le niveau normal du bief 49 au droit de cette prise d’eau (P.M 182.381) à 18,27 mètres99. (Selon le Tableau relatif à la fixation du niveau normal des biefs.) Redevances. La redevance, révisable tout les 5 à 10 ans, était de 30 francs/litre/seconde en 1889, comme en 1886. Les concessionnaires, et le Conseil d’Arrondissement de La Réole demandèrent à plusieurs reprises une baisse conséquente des tarifs. En réponse, la Compagnie précisa : « la quantité d’eau n’est pas limitée et, d’autre part, le taux de la redevance est modique » (à Carcassonne100 il est de 45,00 francs litre/ha, de 80 francs à Marseille….) Dans son rapport du 8 juillet 1899, Mr Charpentier affirma à nouveau la modicité du prix de la redevance mais proposa la réduction de moitié, compte tenu du peu d’empressement mis par les agriculteurs à développer ce mode de culture. Il conclut ainsi : « j’ai cru devoir indiquer l’immense service que rendrait au pays le développement, sur une grande échelle, des irrigations le long du parcours de la voie navigable, et il m’a paru que nous devrions faire connaître (…) les immenses richesses que renferme la canal latéral, afin d’amener la population agricole à sortir de la routine qui arrête une transformation agricole capable de modifier profondément les sources de richesse de la région du sud-ouest. » L’ingénieur pensait qu’il faudrait beaucoup de temps à l’agriculteur pour qu’il apprécie les bienfaits de l’irrigation. Il se justifiait en comparant les rendements :
Prairies naturelles non irriguées Production Rapport 3 à 4000 kg par hectare 150 à 200 francs l’hectare 6 mois d’irrigation 3 coupes de foin ou de regain : 8 à 1000 kg par hectare. 400 à 500 francs par hectare

99

Pour les concessions, sources VNF, D2, pièce 14 ; Carton 593, D11 n°3 ; Dossier 2.11. 18 février 1885, Archives VNF, CF 483, Archives VNF, Carton 593, D11, n°3.

100

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(Le rendement101 était encore plus important pour des prairies artificielles.) Les concessionnaires se voyaient accorder des indemnités en cas de chômage du canal. Par exemple, pour la période du 2 août au 21 septembre 1881, Messieurs Monto et Cluzan obtinrent 45 francs de remboursement sur les 900 francs de la redevance annuelle, pour 39 jours de chômage102. Aujourd’hui, l’irrigation reste un pôle important de l’activité du canal, avec un taux de 16,60% des recettes. Les riverains sont autorisés à pomper l’eau pour l’irrigation de leurs parcelles. Le prix est très bas, grâce à un abattement de l’ordre de 94 % consenti aux agriculteurs103.

Usines et force motrice.

46 usines furent construites sur les écluses du canal latéral à la Garonne. Le décret du 11 mai 1903 autorisa la concession d’une prise d’eau pour force

101 102 103

Archives VNF, CF.n°13. Archives VNF, CF 483. Sources : Du canal latéral au canal de Garonne, page 39.

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motrice à la ville de La Réole et fixa le niveau normal du bief 49 à l’écluse de Fontet à 18,183 mètres.
104

Côtes correspondant à la graduation + 2.00 des échelles nautiques des éclusiers. Côtes (dessus la poutrelle dormante) en amont du busc. Côte du busc aval. Chute mesurée réglementaire Niveau normal proposé à l’amont de l’écluse d’aval. Mouillage sur la poutrelle dormante résultant du niveau normal. Mouillage sur le busc d’aval résultant du niveau normal.

Aval de l’écluse amont : 18.174 Amont de l’écluse aval : 18.171 16.111 14.621 1.58 à 1.60 18.250 Actuel : 2.06 Proposé : 2.139 Actuel : 1.97 Proposé : 2.029

Archives VNF

104

Mai 1906, selon le Tableau relatif à la fixation du niveau normal des biefs.

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Entrée de la dérivation de l’écluse 49.

L’usine fournissait l’éclairage et la force motrice à la ville de La Réole. La hauteur de chute était de 1.6 m et la puissance de 28 kW. La redevance105 à percevoir représentait 6,15 francs en 1932. L’usine était déjà fermée en 1939, mais elle fut remise en service pendant la guerre pour alimenter l’hôpital, les boulangeries et la Mairie de La Réole.

Mécanisme de régulation de l’usine électrique de l’écluse 49.

105

Archives VNF, Carton 512, 10° section, chapitre 102.

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Les Lavoirs.
Trois lavoirs existaient en 1902 ( aux ponts de Gaillet, de Poujardieu et au pont de pierre), le quatrième fut créé en 1907, à Tartifume106.

En 1902, les Ponts et Chaussées demandèrent la prise en charge de l’entretien des trois lavoirs et leur transformation en lavoirs publics. Redevances :
Source : date du C.M. 1902 1932 1937 Jusqu’en 1986 1987 1 franc/an et par lavoir 20 francs 20,50 francs 210 francs tous les 3 ans 435 francs pour 3 ans 8 juin 1902 31 janvier 1932 06 janvier 1937 19 décembre 1986

106

C.M. du 9 juin 1907 et du 14 févier1909.

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En 1941, deux lavoirs étant inutilisés, le C.M. du 13 décembre posa enfin le problème de la redevance.

Ces lavoirs furent supprimés en 1949, à l’exception de celui de Berrat. Le centre des impôts, souhaita augmenter la redevance en 1986. L’année suivante, la municipalité proposa de démolir les lavoirs, et de remettre les lieux en état, afin de ne plus payer de redevance107.

107

CM des : 13/12/1941, 16/06/1949, 19/12/1986 et 19/02/1987.

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Les moulins.
Fontet n’en possède pas, mais nous avons l’exemple du moulin à farine de L’Auriole, dont nous avons pu retracer l’histoire, au XIX° siècle.

La première concession fut accordée à M. Noguey, notaire à Hure, le 4 novembre 1856. (1500 litres/seconde). La redevance annuelle fut fixée à 2400 francs pendant 30 ans, puis à 3000 francs pour les 30 années suivantes et le reste, soit 3600 francs, sur la durée de concession du canal. M. Noguey construisit l’usine en 1858, (accord par décret de Napoléon en date du 27 août 1858) et une digue appuyée contre la levée gauche du canal en 1859.

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Archives VNF

Le bien108 fut saisi le 17 avril 1863, au profit de M. Guillaume Hernies Gauteyron, propriétaire à Saumans, Médoc, et adjugé à Claude Brassens le 9 juillet 1863. N’ayant pas satisfait aux charges de cette adjudication après une folle enchère, l’usine fut vendue définitivement, le 9 novembre 1864 à Mr Robert, avoué, qui passa déclaration de commande à Messieurs Jean Descrambes, Barthélémy Duzan et Jean Duzan, (père et fils), par acte du 13 juillet 1867. Ces deux derniers cédèrent leur moitié à Monsieur Descrambes, boulanger et minotier à Hure, et à Mme Jeanne Sentourens. Le 2 septembre 1870, M. Descramber agrandit l’usine. Il obtint l’autorisation d’élever une nouvelle construction afin d’augmenter la commodité d’un moulin à farine établi près de l’écluse n° 48, le 2 septembre 1870. Mais, ne pouvant rembourser M. Lafon, négociant à Bordeaux, de son emprunt de 60000 francs, il fut saisi à son tour le 18 mars 1872. L’usine fut adjugée le 13 juin à M. Page, avoué à La Réole, pour 76550 francs, qui fit déclaration de commande au profit de Félix Gustave Bouyer, propriétaire à La Réole

108

Archives VNF, Dossier 524/2.

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et de Jean Duzan de Fontet, pour moitié. Ce dernier vendit sa part à Monsieur Bouyer le 15 novembre 1876. Suite à une succession, un échange eut lieu entre Madame Veuve Bouyer, de Saint Aignan et Madame Abribat, née Bouyer, d’une part, et Madame Bernet de Bordeaux, d’autre part, le 18 août 1893. (Contre une maison à Bordeaux) Mais cet acte fut annulé par le tribunal, le 28 février 1895. L’usine fut alors vendue en 1897 à Messieurs Jean, Jacques et Antoine Descorps, minotiers à Villandraut109. (D’autres noms apparaissent ensuite : Billot et Bougès en 1907.) Actuellement, cet ancien moulin abrite la Compagnie d’autobus A.R.T.S.

Nous avons colorisé, en bleu, le canal de fuite du moulin.

109

Archives VNF, Dossier 524.2.

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Grandeur, décadence et espoir.
Baisse du trafic.
En 1850, il fut question de combler la tranchée du canal à partir d’Agen, pour y implanter la voie de chemin de fer. La majorité des communes concernées accepta le projet de M. Magne, Ministre des Travaux Publics (295 contre 35). Nous ne connaissons pas la décision de la municipalité de Fontet. La ville de Bordeaux continua à défendre le canal, avec sa Chambre de Commerce : « Nous demandons l’établissement du chemin de fer ; nous sommes persuadés des avantages qu’il procurera à la région, mais le canal doit être achevé. Le canal et le chemin de fer, loin de s’exclure, se complètent l’un et l’autre, et puis la présence de ces voies de transport fera naître la concurrence qui est un gage de bon marché. »110 Le trafic111 du canal fut intense dès le début, au détriment de la Garonne : les bateliers du fleuve disparurent peu à peu, comme les chantiers de construction de bateaux. Dès 1856, la concurrence de la voie ferrée entraîna une réduction du trafic du canal, qui reprit toutefois après le rachat du monopole de la Compagnie du Midi, par l’Etat. En 1880, il sera même question de prolonger le canal jusqu’à Bordeaux, car l’attente d’un remorqueur112 ou d’un voilier ralentissait le trafic à Castets.²

110 111 112

Cité par Dubourg, page 47. Voir annexe 7 : l’évolution du tonnage. à aubes, de 800 chevaux.

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Cette construction avait déjà été envisagée lors de l’avant projet du canal latéral, mais ne se justifiait pas à cause de la navigabilité de la Garonne au-delà de Castets. Deux faits nouveaux relancèrent le débat. La requête de la Chambre de Commerce de Bordeaux adressée au Ministre le 16 juin 1880 précisait que « le canal prolongé assurerait pour le bassin à flot une alimentation parfaite et (…) par les moyens les plus simples, de pratiquer, même sur les vignes placées à d’assez grandes distances, des submersions hivernales anti-phylloxériques et offrirait sous ce rapport de précieuses ressources à toute une contrée agricole cruellement éprouvée. ». De plus, il deviendrait possible de créer un nouveau bassin à flot, de favoriser les irrigations maraîchères, le lavage des rues, d’éliminer les nombreux dragages, fort coûteux, du bassin à flot. Le projet n’aboutit pas…113 Le détail ci-dessous d’un tableau de Maxime Lalanne114 permet de découvrir l’ambiance du port de Bordeaux à l’arrivée des voiliers et des bateaux à vapeur. (Collection particulière)

113 114

Archives VNF, Carton 665, D1, d11, n° 1 et 3.

Fusain : Vue du Port de Bordeaux, 1882. Maxime Lalanne, peintre né à Bordeaux en 1827 et mort à Nogent-sur-Marne en 1886. Collection particulière.

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Au début du XX° siècle, le canal perdit de son importance à cause des avantages qu’apportait alors le train. Un projet de canal comparable à celui de Panama reviendra régulièrement comme un « serpent de canal «, jusque dans les années 1940, mais ne sera jamais réalisé, car trop ambitieux et trop coûteux. Nous présentons ci-dessous un extrait de la délibération du C.M. de Fontet en date du 20 novembre 1904115.

A partir de 1930, la concurrence des camions se fit redoutable…le canal perdit peu à peu de son importance économique. Dans les années 1963, on envisagea la construction d’une autoroute sur l’empreinte du canal et… de canaliser la Garonne ! En 1964, des travaux de modernisation des écluses furent programmés...(élargissement et automatisation). Le trafic augmenta de 20 % entre 1970 et 1973, grâce au transport des céréales, des hydrocarbures, des vins, des phosphates, de la pâte à papier…. Mais le trafic se réduisit malgré tout, comme peau de chagrin : de 178 bateaux en 1963, à 130 en 1977, il n’en restera que 28 en 1981. Les manifestations des 25 derniers mariniers à Castets en Dorthe, les journées de grèves de

115

Mais d’autres seraient tout aussi révélatrices : 20-11-1904, 09-06-1907 ; 5-09-1909.

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juillet 1984, ne changèrent rien. Pourquoi cette grève ? Essentiellement deux raisons : l’absence de tout crédit sur le budget de 1984 pour la poursuite des travaux d’aménagement du canal et le sentiment que l’administration centrale accordait de plus en plus sa préférence à la navigation de plaisance. Que demandaient les grévistes ? : « Pouvoir travailler avec de justes prix, une concurrence loyale et des chargements aller-retour »116

« O bruits de l’opulence et des provinces riches Conduisant, d’une mer à l’autre, leurs péniches ! Le pétrole passait en son chaland verni : Le vin, le blé, le sel affluaient ; c’est fini. Tout est silence au bord des hommes et des barques »
Que reste-t-il aujourd’hui de ce grand œuvre et de ce royal rêve d’unir les hommes de l’Atlantique à la Méditerranée ? La beauté d’un site calme et arboré, le loisir des pêcheurs, un lieu touristique, une base nautique.

La pêche.
Dès l’ouverture du canal, la pêche attira les riverains. Très tôt, il fallut légiférer le droit de pêche sur le canal latéral. Un extrait de bail à ferme de 1861 est particulièrement intéressant. La Compagnie des Chemins de Fer du Midi et du Canal latéral à la Garonne, représentée par M. Urbain Magues, Directeur des Canaux, baillait à ferme à M. Corne, entrepreneur des TP pour les années 1862 à 1868, le droit de pêche sur le canal avec des batelets, le droit de chasser des oiseaux aquatiques, et l’autorisation d’essais de pisciculture, tout ceci

116

Journal Sud-Ouest du mercredi 18 juillet 1984.

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moyennant redevance. La réglementation était très stricte117 : les constructions étaient interdites, les pêcheurs ne devaient pas entraver la circulation sur le canal, sur les chemins de halage, et sur les francs bords, la pêche était interdite la nuit et à certaines époques…

Détail d’une carte postale

Il semble que l’organisation de concours et de fêtes encadrées soit assez récente. Le seul document retrouvé aux archives date de 1954. Il s’agit d’une autorisation préfectorale en date du 31 mai, concernant un concours de pêche organisé par l’Hameçon Réolais dans le bief 49118. En 1988 apparaît dans les archives municipales la signature d’une convention entre la mairie de Fontet et la Fédération Départementale de la Gironde des AAPP. La municipalité s’engage à ouvrir un accès pour le passage des véhicules de pêcheurs sur l’extrémité est de la parcelle n° 22, section ZC, à Tartifume, qui joint le chemin communal n° 2. En contre partie, la Fédération entretiendra ce passage. (Convention119 valable 10 ans, et renouvelable par tacite reconduction.)

En application de la loi du 15 avril 1829 et de l’ordonnance royale 15 novembre 1830. Archives VNF, Carton 618, D1, L1, N°3.
118 119

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Archives VNF, Carton 618, D1, L1, n°3 ; Case n°11 de la galerie. Fêtes publiques. C.M. du 25-03-1988, 3-08-1998.

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Le tourisme fluvial.
Le Canal a t-il encore un avenir aujourd’hui ? On peut en douter, mais le tourisme fluvial peut lui apporter une dernière chance. Le tourisme et les loisirs se développent lentement en France, à partir de l’attribution des congés payés en 1936, et le nautisme sur les canaux ne commence vraiment qu’à partir des années 1980. En 1984, 150 bateaux étaient proposés en location sur le canal latéral… mais pour deux mois seulement. En 1999, les bateaux de particuliers étaient évalués à 70 % du trafic de plaisance, (généralement des voiliers faisant le transit Atlantique/Méditerranée). Les Anglais avaient lancé ce type de loisirs sur nos canaux. Les archives nous ont dévoilé deux noms : Un bateau à vapeur austro-hongrois, reliant Océan et Méditerranée, passa à Fontet le 31 mars 1875. Le 3 septembre 1893 le yacht Hannigo de Henry Sammeson attira les curieux le long des berges de notre canal. (Il voyageait du Havre à la Méditerranée avec une autorisation ministérielle) Aujourd’hui encore, les Anglais apprécient le tourisme nautique. Aussi, par exemple, avons-nous le plaisir d’accueillir chaque année Mme et M. Diamand. La photographie ci-contre montre leur bateau, le Flora Poste, (du nom d’une héroïne de la littérature anglaise contemporaine), ancré au port de Fontet.

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Des projets existent depuis longtemps en faveur d’un développement touristique du canal. Ainsi, dès le 8 juin 1977 le Conseil Municipal souhaitait un aménagement des berges et des voies de halage pour permettre le développement du tourisme pédestre et équestre. Toutefois, seule une volonté politique et économique peut permettre un développement harmonieux et rentable. De nombreuses initiatives virent le jour dans les années 1980-1990 : En juillet 1985, l’Office du Tourisme de La Réole étudia l’aménagement120 d’un circuit touristique du canal. En décembre 1990, le projet de PERI interdisant d’édifier des bâtiments autres que serres, une dérogation fut accordée à des constructions indispensables au tourisme fluvial. L’association Garonne-Canal latéral fut créée le 12 juin 1991 : le C.G. souhaitait ainsi piloter un programme concret d’actions sur le canal, avec un équipement minimal. (Fontet adhéra en mai 1994, moyennant une cotisation annuelle de 200 francs.) L’Association Aire AGENA vit le jour en 1994. Son but était de travailler à l’intégration et à la revalorisation par l’emploi, pour l’aménagement et la gestion des espaces naturels aquitains, et la rénovation des berges du canal latéral. En 1996, la commune de Fontet adhéra à l’ADDTF (l’Agence Départementale de Développement du Tourisme Fluvial) dont le but est d’élaborer des programmes de tourisme, de coordonner les différents organismes, d’organiser des actions de communication, de mettre en place des actions de sensibilisation, d’aider les collectivités, de créer un pôle européen sur l’estuaire. (Cotisation : 166 francs pour 1997 et 500 francs pour 1998) L’OTEM (Office de Tourisme de l’Entre Deux Mers) fut créé en 1998. La Mairie signa alors une convention pour la promotion de la commune sur le plan touristique, et accepta une cotisation de 11,50 francs par habitant.

120

C.M. du 22 décembre 1990.

- 116 -

Signalons enfin en 2002, la Convention entre l’association Terres de Garonne, Terres de Rivière, et la Commune, pour la protection et la valorisation du patrimoine fluvial et rural. La commune de Fontet adhéra à Terre de Rivières pour une cotisation121 de 0,1 euro par habitant. Souhaitons que ces beaux projets et ces rêves ne resteront pas lettre morte… Le projet de port initié par le Maire Guy Campodarve et son conseil municipal entrait dans ce contexte de politique de développement.

C.M. du 8-02-1991, 30-03-1991, 5-07-1991, 21-12-1991, 31-03-1994. C.M. du 24-09-1994 C.M. du 4-11-1996, 15-09-1997, 24-03-2000 C.M. du 23 février 1998, 10 mars 1999, 24 mars 2000, 603-2001 C.M. du 5-04-2002.

121

- 117 -

Le Port et la Base nautique de Fontet.
La décision de réaliser un port et une base nautique, avec accès au canal latéral, devint officielle par un arrêté préfectoral, dont fit état le Conseil Municipal de Fontet du 30 juin 199O.

Achat des terrains et mise en place de la gravière.
Malgré des difficultés et des retards, le terrain de 8,59 hectares, situé au lieu-dit Couture, fut acquis en 1990, suite à une expropriation, pour un montant de 329.405 francs. (Le Ministre délégué à la Culture accorda une subvention122 de 24.750 francs en novembre 1990) Une convention pour mise à disposition des matériaux nécessaires à la réalisation du plan d’eau, (matériaux servant à réaliser la liaison RN 113- A62 et le nouveau pont sur la Garonne) fut signée entre la municipalité, le CG, les services du canal et la DDE, en juillet 1991. La carrière fut exploitée du 9 novembre 1991 jusqu’à fin 1994 et le C.M. du 17 décembre 1995 fit état de son abandon définitif123.

Un restant de parcelle égal à 17 ca, avec hangar, fut acheté en janvier 1996, pour un montant de 11.500 francs. Les comptes-rendus des C.M. témoignent du long travail de préparation et de concertation entre la municipalité, le CG, la DDE, les services de navigation de Toulouse et les entreprises : C.M. du 10-10123

122

- 118 -

La mise en place des projets.
Un document du 2 décembre 1993 prévoyait un coût total de 2516000 francs en deux tranches, concernant voirie, parking, espaces verts, assainissement, éclairage, aires de jeux, pontons et zone de baignade (phase 1 : 1540000 francs, phase2 : 976000 francs). Le 10 octobre 1992, le Sivom accepta d’assurer la maîtrise d’ouvrage de la base de loisirs, projet évalué à 5 millions de francs HT, et trop ambitieux pour une petite commune. En décembre 1993 le projet d’aménagement de l’aire de la base fut confié à la DDE, en qualité de concepteur maître d’œuvre124.

La réalisation du port.

1992 ; 20-11-1992 ; l’exploitation de la carrière fut autorisée par l’arrêté préfectoral du 9 novembre 1991 et une demande d’abandon des travaux de carrière fut adressée le 19 novembre 1993, le Maire en autorisant toutefois le fonctionnement jusqu’à fin 1994, pour remise en état. L’étude fut réalisée par la Société d’Economie Mixte Gironde Développement, pour un montant de 51.000 francs HT, et déposée en février 1994. Le CG accorda une subvention de 32.500 francs : C.M. du 18-12-1993 ; C.M. du 11-02-1994. L’électricité fut installée en décembre 1994 en ligne souterraine M.T., d’après un devis de 4655 francs HT.
124

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Le Maire et certains membres du Conseil se rendirent à Lacanau et à Arcachon pour étudier pontons et quais de chargement des bateaux en novembre 1992, et à Saint-Nazaire sur les chantiers de la Société Métalu, en février 1993. Les premiers travaux125 de maçonnerie (amarrage des pontons et quais de mise à l’eau des bateaux) furent réalisés en décembre 1992. En mai 1994, la municipalité acheta un ponton à la Société Métalu, avec rajout de 12 mètres sur le ponton existant, pour un montant de 80363,36 francs TTC. En août, il s’avéra nécessaire de créer un quai de mise à l’eau et d’acquérir des appontements flottants, pour un montant de 94320 francs HT, le C.M. sollicitant alors une subvention126 de 33012 francs auprès du CG. Les derniers travaux, réalisés en 1999, concernent une borne de balisage, pour un montant de 9010,6 francs HT, et l’ouverture d’un nouveau ponton de 24 mètres, avec passerelle, d’un coût de 81230 francs127. Le projet d’ensemble des plantations fut confié à Gironde Développement et réalisé en plusieurs étapes. La Région (PCD), le Département (PSO) et le CG contribuèrent au financement128 .
1993 1994 1995 1995 1998 1° plantations d’arbres 4593,38 francs

Plantations de fleurs et pose 600000 francs de clôtures Nouvelle tranche Irrigation Zone camping 249870 francs HT 118520,78 francs 11525,88 francs TTC (devis)

125 126 127

C.M. du 20-11-1992 ; C.M. du 19-12-1992. C.M. du 5 avril 1993, du 20 mai 1994 du 10 juillet 1995 et du 20-11-1995.

CM du 9-4-1999, du 8-10-1999 et du 19-05-2000; la demande de subvention fut refusée par le CG, tout nouvel équipement nautique ne pouvant bénéficier d’une aide financière de départ que dans le cadre d’un contrat de bief, conclu avec une structure intercommunale. CM du 5-04-1993, du 18-12-1993, du 11-02-1994, 20-05-1994, 24-09-1994, 17-02-1995, 9-061995, 28-12-1995, 29-01-1996, 23-02-1998 et 25-05-1998. La somme payée pour l’irrigation comprend le terrain de sports, et a été réglée sur 3 ans, de 1996 à 1998.
128

- 120 -

L’aménagement de la zone baignade fut terminé en juin 1994. Certes, les bassins sont alimentés par des sources naturelles, mais il convient de remarquer l’effort tout particulier de la municipalité pour la qualité des eaux qui satisfont aux critères, en particulier pour l’absence de nitrates. En mai 2000, une étude pour le traitement biologique de l’eau, étant jugée trop onéreuse, le projet se limita à l’achat d’un aérateur flottant, type Flobull. Le résultat est satisfaisant : Fontet a une des eaux de baignade les meilleures de la région129. Le 20 juin 1998 la base fut ouverte, avec gratuité, mais il manquait encore un Pavillon d’accueil.

Le Pavillon d’accueil.
Le projet, annoncé officiellement au CM du 25 septembre 1995, fut pris en compte par le Pôle de Séjour organisé, par un contrat signé entre le Sivom de Développement local et le Département. L’avant-projet130 prévoyait un montant de 1126700 francs TTC. Il fut financé par le Fonds d’Aide européen, par le CG (PSO Entre Deux Mers), par l’Etat (PDZR, fonds européen), à hauteur de 868.500 francs. Toutefois, le coût réel fut plus important, comme en témoigne le tableau des avenants placé en annexe 10. Le pavillon est inauguré le 12 juillet 1997. Pendant la période de chômage du canal, l’entretien (apport de sable, nettoyage du bassin de baignade, dévasement…) est assuré par les employés communaux et, parfois, par certains élus qui n’hésitent pas à mettre leur matériel à la disposition des ouvriers131.

C.M. du 25-06-1994, du 24-09-1994, du 9-11-1994, du 2-8-1993, du 10-10-1997, du 20-061998, du 23-10-1998, 19-05-2000. C.M. du 17-12-1994, du 25-09-1995, du 20-11-1995, du 29-01-1996, du 24-06-1996, du 30-091996, du 16-12-1996, du 10-01-1997, du 19-12-1998, et du 24-06-1996.
131 130

129

C.M. du 10-1-1997, 20-12-1997, 19-12-1998, 6-02-2000.

- 121 -

Organisation, structure et budget.
Une Commission de réflexion et de gestion fut créée par le CM du 14 décembre 1996. Le 23 février 2001, le Receveur Percepteur informait le CM qu’il aurait le plus grand intérêt à mettre gracieusement à disposition de l’Association du Port et des Loisirs le Pavillon d’Accueil, pour la saison 2001. En contre partie l’Association devrait s’engager à reverser le bénéfice résultant de son activité, à la municipalité132. Aujourd’hui, les recettes viennent essentiellement des redevances acquittées par les propriétaires de bateaux133. Un tableau en annexe 11 indique l’évolution de leur montant. Le port est assez actif. Donnons l’exemple de 2001 : 448 nuitées, 96 bateaux de passage et 48 bateaux ancrés à l’année. Ce qui apporta des recettes. Les manifestations réalisent parfois de substantiels bénéfices, comme la soirée escargots de 2001 qui rapporta 1151,84 euros, la soirée Côtes de Bœufs 2002 : 872,88 euros. (La moitié de cette somme fut versée à la Société de Jeunesse).
C.M. du 21-07-1997 et du 23-10-1998 : création d’une régie de recette ; C.M. du 16-12-2000 : modification des statuts. Redevances forfaitaires instituées par le CM du 24 septembre 1994 d’un montant de 100 francs par an, non comprises les charges d’électricité, car les équipements n’étaient pas terminés. Un tableau en annexe indique l’évolution du montant de cette redevance.
133 132

- 122 -

Les activités de la base nautique permettent l’embauche de personnel saisonnier, en général cinq personnes, dont un surveillant de baignade. Leur coût134 s’éleva à 64.753,45 francs en 2001.

Projets.
Divers projets de création d’une petite restauration ou d’un débit de boissons ont été présentés en 1998, 1999, 2001 et 2002, mais aucun accord n’a pu être trouvé par la municipalité. Cette dernière souhaite aujourd’hui fermer les couloirs extérieurs sud et nord-ouest par des portes coulissantes, et aménager un camping135, un tennis et un fronton.

Peintures de Georges Mathieu, Artiste Peintre de La Réole

134 135

C.M. du 9-11-1994, 12-05-1997, 21-07-1997, 9-04-1999, 13-04-2001, 11-06-2002, 21-09-2002. CM du 19-12-1998, du 19-05-2000, et du 24-03-2000.

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Activités et animations.
La base nautique accueille beaucoup de promeneurs et de baigneurs en été, de bateaux et de camping-cars. Des associations136 profitent de ces infrastructures, des équipements et de l’environnement du canal : le Syndicat d’Initiative de La Réole qui commercialise des produits touristiques depuis 1995, Cap 33 qui a créé un point fort d’animations sportives, l’Association des Peintres en Réolais, l’Aviron Réolais, les Archers… De nombreuses manifestations y sont également organisées : soirées conviviales autour d’un repas (escargots, côtes de bœuf, grillades, par exemple), expositions de qualité, concerts (dans le cadre de l’Eté girondin et de Convivencia), un vide-grenier qui connaît un succès grandissant depuis 1977.

Ces nombreuses activités sont organisées par les dynamiques Associations Port et Loisirs et Société de Jeunesse de Fontet

136

C.M. du 7-04-1997, du 21-07-1997, du 25-05-1998, du 28-05-1999 et du 11-07-2002, entre au-

tres.

- 124 -

Conclusion
Notre étude a cherché à retrouver les liens historiques et humains qui rattachent l’histoire du Canal latéral à la Garonne, à notre commune. Nous espérons que, grâce aux nombreux documents inédits, aux anciennes cartes postales retrouvées, aux photographies les plus récentes, vous aurez parcouru ces pages avec plaisir et retrouvé des racines locales, parfois trop lointaines. L’histoire de ce canal, de notre bief, peut nous aider à relativiser les évènements contemporains, à comprendre qu’un paysage se transforme, que rien n’est immuable. Ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat du travail des hommes, de leurs peines et de leurs espoirs. Peut-on imaginer les pensées, les oppositions des naturalistes du XIX° siècle, devant un tel projet ? Les écologistes d’aujourd’hui, qui se battraient pour notre canal, peuvent-ils soupçonner les bouleversements engendrés par sa construction, les révoltes, les séparations et les ruptures suscitées ? Aussi, lire le canal, lire son histoire, c’est lire en nous-mêmes et dans la mémoire collective. Comme un texte, le canal se laisse lire à plusieurs niveaux : technique, financier, économique, politique, humain, et poétique. Que chacun trouve dans ses eaux, dans ses sources, la mesure de soi-même et des autres… l’éternel chemin de jadis. Jean Christophe Gibert et Guy Meyra

- 125 -

Annexes :
Annexe 1 : ouvriers de force en 1947, chantier de Hure.
Se référer à la liste des noms de personnes cités dans l’ouvrage. Vous les repèrerez grâce à une astérisque et à leur prénom.

Annexe 2 : Prix de la main d’œuvre

et des chalands en 1919.

Prix de la main d’œuvre pour une journée de 8 heures. Aide forgeron et Aide charpentier Serrurier, charpentier Peintre Charpentier bois
25.000 francs l’unité. Ces chalands étaient fabriqués par une entreprise toulousaine pour le fer, et par l’entreprise Joseph Atoch de Cazères sur-Garonne, (31) pour le bois.

1,35 franc 1,80 franc 1,90 franc 1,90 franc

Prix des chalands métalliques utilisés pour le transport des portes neuves :

Ils mesuraient 11,76 mètres de long, 5 mètres de large et 1,20 mètre de haut. Leur poids était de 12 tonnes.

- 126 -

Annexe 3 : Tarif des pièces d’écluse en 1969.
Objet Acier laminé Utilisation Vantaux et vantelles, vannes de dérivation, châssis dormant, chardonnet, faux busc, ancrage. Pièces de pivotement, crapaudines, équerres, tourillons, colliers. Colliers Joints d’étanchéité des vantaux et des bâtis supports de vantelles Confection des passerelles : façonnage du métal déployé pour platelage et tubes pour garde-corps. Y compris engins de manutention et chevalet de montage. Une porte : Vannes et châssis dormant : Mise en place du système de manœuvre mécanique Vannes et châssis dormant Divers (pour crics de vantaux et des vantelles des portes d’écluse) Transport : Prix de revient en francs 2,80 le kg

Acier moulé ou forgé Bronze Caoutchouc Métal

5,20 le kg

120 le m. linéaire 4200 pour une porte Forfait de 8800 francs pour une porte Forfait de 1900 francs Forfait de 500 francs Forfait de 1200 francs par porte

Montage et réglage

Transport

500 francs par écluse Montage 3200 francs Centrales hydrauliques 11200 l’unité Distributeurs pour 4 vantaux et 6 vantel- 4250 l’unité les Pupitres de commande électriques 4520 l’unité Vérins de vantaux 1000/90/60 4000 l’unité Vérins de vantelles 280/125/63 1800 l’unité Socle et capot de protection 2000 : forfait Huile 5 le litre

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Montage

Canalisations

Centrales hydrauliques Groupes de distributeurs Pupitres de commandes hydrauliques Vérins de vantaux et vantelles Socle et capot de protection Bajoyers des caniveaux recevant les canalisations, pose des dallettes de fermeture. Plus-value pour canalisations immergées

2500 le forfait 1500 le forfait 2000 le forfait 1900 l’unité 1000 le forfait 120 le mètre linéaire 5 francs le mètre linéaire 720 l’unité 4500 de forfait 2500 forfait par écluse

Renforcement des fixations Cabines de manœuvre Constructions et fournitures Appareils de manœuvre existants et deDémontage venus inutiles

Annexe 4 : Coût de la main d’œuvre

et du matériel de dragage en 1936.

Prix de revient par journée de 8 heures de travail en 1936, de remise en état des biefs entre Grisolles (31) et Castets en Dorthe : (Adjudication accordée à l’entreprise L. Charrière et Cie, Nantes) Archives VNF, CF, 201.
Assurances sociales, allocations familiales… 3 Mécaniciens (drague élévateur et remorqueur) Tarif en francs Congés payés 8 manœuvres Chef de chantier Mariniers 4,70

/ heure / Jour

4 96

3,75 240

4% 349,44

12,60 % 44,02

12,5 100

Les congés payés prévus à 4% ont été portés à 6,15 % en 1937, car les entreprises durent s’affilier à une Caisse de Compensation. Tous les entrepreneurs de travaux publics étaient tenus de s’affilier à la Caisse des Congés payés, en vertu du décret du 18 janvier 1937, au 1° janvier - 128 -

1936. Le taux était de 5,80 % sur le montant des salaires, y compris le versement patronal aux assurances sociales. L’entrepreneur devait payer les allocations familiales (22,70 %), la taxe d’apprentissage (0,20 %) et la moitié de l’assurance accidents (6%). Il fallait ajouter une charge supplémentaire de 0,55 % , établir un certificat timbré au moment du départ en congé de l’ouvrier. (Archives, CF, 201) Frais de matériel par journée de travail :
Prix unitaire (en francs) 22 /10 kg 0,98 4,25 5,05 3,35 3,70 Total (en francs) 440 93,10 17 45,45 20,10 14,80 15 60 40 349,45 francs

Charbon (200 kg) Gas-oil (95 litres) Huile du moteur élévateur (4 litres) Huile du moteur remorqueur (9 litres) Huile mouvement (6 litres) Huile cylindre (4 litres) Graisse, essence, pétrole… Main d’œuvre d’atelier pour entretien et réparation. Pièces de rechange… Déplacement, téléphone (par jour)…

40

Un avenant de 1938 permet de connaître les quantités de fournitures, entre l’origine des travaux et le 19 septembre 1937 :
Nature des fournitures Quantités totales consommées 35905 14356 787 1407 1181 Moyennes consommées pour 250 m3 282,89 113,11 6,20 11,09 9,31

Charbon Gas-oil (élévateur et remorqueur) Huile moteur élévateur (Shamrok 598 W) Huile moteur remorqueur (Shamrok D.C. 64) Huile mouvement (Volgaline 206 et huile cylindre)

- 129 -

Rendements moyens en m3 de boues, par journée de 8 heures. Nombre de jours de travail indiqué à titre indicatif. (Archives VNF, CF, 201)
Entre le 15-03-1937 et le 31-07-1937 Entre le 15-03-1937 et le 19-09-1937 Entre le 15-03-1937 et le 05-03-1938 Entre le 20-09-1937 et le 31-10-1937 Entre le 1-11-1937 et le 31-12-1937 Entre le 1-01-1938 et le 5-03-1938 Entre le 20-09-1937 et le 5-03-1938 139 (138 jours) 170 (188 jours) 172 (188 jours) 213 (42 jours) 72 (61jours) 249 (64 jours) 179 (167 jours)

Nous avons constaté de fortes augmentations du coût de la vie et des salaires en 1937 :
1936 Mécaniciens Manoeuvres Chef de chantier Congés payés Assurances sociales et allocations familiales Charbon (pour 100 kg) Gas-oil Huile-moteur 4 3,75 12,5 4% 12,60% 22 0,98 4,25 1937 6 5,5 15,62 6,15% Idem 29,50 2,07 4,75 34% 11,2% 11,% Augmentation 50% 46% 25% 53,75%

Il convient d’ajouter une indemnité pour occupation temporaire des terrains de dépôts de 0,25 francs en 1936 et de 0,30 francs (+20 %) en 1937. Le taux d’augmentation pour les fournitures, entre 1936 et 1937 était d’environ 51 %.

- 130 -

Le prix de revient au m3 dragué, calculé sur une production moyenne de 150 m3 par 8 heures de travail, était de 7,36 francs en 1936 et de 10,18 francs en 1937. A noter l’importance des frais généraux appliqués sur l’ensemble des dépenses, y compris la main d’œuvre.( Archives VNF, CF, 201)
Enregistrement et taxe Patente Chiffe d’affaires Impôt sur bénéfice industriel Impôt sur bénéfices réalisés sur travaux pour le compte de l’Etat Frais d’étude et d’adjudication Intérêt sur cautionnement Intérêt sur retenue de garantie Bénéfice Total Pourcentage réel, sur les sommes encaissées 1,80 % 3,00 % 2,00 % 1,40 % 0,80 % 2,00 % 1,00 % 0,30 % 10,00 % 22,30 % 28,7 %

Annexe 5 : Coût de fauchage en 1919.
Dépense par heure pour deux kilomètres :
Consommation Essence Huile Main d’œuvre Amortissement et entretien Total 3 litres 3 personnes Prix unitaire
(en francs)

Dépense / heure
(en francs)

1,50 / litre 0,40 / heure

1,50 0,1 1,20 1,50 4,30

Sur une largeur de coupe de 4 mètres, la surface d’un hectare est fauchée après un parcours de 2,500 km. Le prix d’un hectare est donc de 5,40 francs.

- 131 -

Annexe n° 6: Salaires du personnel (de 1871 à 1932).
Les salaires exprimés dans le tableau ci-dessous sont en francs par an.
Personnel d’encadreme nt : Ex : Chef de Section Garde-canal 3° classe Garde-canal 2° classe Cantonnier 3° classe Eclusier 3° classe Année

1858 1870 1871 1872 1873 1874 1876 1879 1881 1884 1888 1895 1905

540 576 720 540 840 540 960 840 960 1080 540 600 540 540

2800

3300 3600 4000 4500

600 840

Salaires : Les allocations familiales furent relevées au 1° janvier 1938 : le tableau cidessous fait état du nouveau montant, en francs. Personnel Mensualisé Journalier 1 40 1,60 2 100 4 3 180 7,2 4 280 11,20
Par enfant supplémentaire

120 4,8

Le taux de la contribution patronale fut porté au 1° trimestre 1938 à 3,75 % des salaires. (Archives VNF, CF, 201) Des mouvements de protestation eurent lieu en 1910. Par une pétition au Ministre, en date du 28 juin 1910, les employés estimaient avoir été désavantagés lors du rachat du 27 novembre 1897, ils demandèrent que la situation redevînt équitable. (Le nom de Pierre Casse, natif de Fontet, a été relevé) (Archives VNF, Carton 160, C.170) - 132 -

Annexe 7 : évolution du tonnage.
Garonne 1852 147307 t 1856 84014 t 1857 1875 1876 1897 1899 1900 1901 47337 t 26000 t 72600 t 125163 t 156534 t 133176 t 150657 t 1903 1904 308138 t Recul sensible : crise économique, mévente du vin, chômage du mois d’août, sécheresse. Augmentation de 20 % : (céréales, hydrocarbures, vins, matériaux de construction, phosphates, pâte à papier…) 130 péniches 178 bateaux : 93 de marchandises, 56 citernes d’hydrocarbure, 6 transportant du vrac et 23 du vin. 25 péniches Egal à la Garonne en 1897 Ouverture du canal Inauguration du chemin de fer Crue de 1875 Retour à la normale Rachat du monopole du canal par l’Etat Canal Explications

1970 1977 1978 1981

600000 t

- 133 -

Annexe 8 : marchandises transportées.
Art

Bois sculptés, objets ouvrés : crins, cuirs, corne, peaux, liège, os, liège, cendres d’orfèvre, métaux ouvrés, verrerie. Minéraux, pierres… Cristaux, sels bruts et marins, sel gemme, albâtre, ardoise, émeri, soufre, graphite, anthracite, argile, blanc de Meudon et de Troyes, craie, lignite, kaolin, terre à porcelaine, terre d’Ombre et de Sienne, fossiles, pétrole, (1869). Marbres, granit, gravier, grès, moellons, pierres à chaux et à plâtre, pierres de taille, carreaux de terre, carreaux de faïence, marne, pavés, tuiles, pierres meulières, pouzzolane, terre végétale, cailloux, poterie fine, faïence. Métaux et alliages,en Antimoine cru et régule, mines de plomb, acier, cuivre, ardoise, bitume, barres, feuilles ou lingots. fers, fonte moulée, manganèse, laiton, zinc, plomb, étain, mercure, manganèse. Sulfures, acides, produits Pyrite, pyrolignite de fer, potasse, soude, soufre brut, blanc de céruse et de divers… zinc, borax brut et raffiné, nitrate de soude ou de potasse, bitume, blanc d’Espagne, sulfates, tartre brut, crème de tartre, émail en tonneaux, salpêtre, chaux, sels de soude, de potasse et de zinc, minium, chlore, chlorure de sodium et de zinc, couperose (nom ancien des sulfates), dégras (mélange de corps gras et d’acide, servant au traitement des peaux), huile de houille et de schiste, alun. Bois, en vrac ou en feuil- Bois exotiques, bois d’ébénisterie, de menuiserie ou de charronnage façonles, nés, douves, douelles, boissellerie, roseaux, rotins, liège brut, charbon de bois. Teinture Bois de teinture, garance, indigo, pâtes tinctoriales. Animaux et dérivés… Ecaille, peaux brutes, nacre, ivoire, dents d’éléphants, corne brute, fanons et blancs de baleine, huile de baleine, soies de porc, biscuits de mer (os de seiche), colle de poisson, coquilles. Suif en branches, huile de suif, stéarine, sang desséché en fûts, encre. Engrais, fumier, guano, poudrette (engrais de vidange). Plantes, en vrac, en fûts, Tabac, café, eau de fleur d’oranger, essence de térébenthine, gaudes (sorte en bottes, en sacs, barride réséda, fournissant une teinture jaune), gomme arabique, sucre brut ou ques ou barils, en balles… raffiné, en pains ou en lumps, sucre candi, farines de moutarde et de lin, et dérivés gutta-percha, sirop de chicorée, mélasse, racines de chicorée, chicorée, sumac (utilisé par les teinturiers, et les tanneurs), cire brute, curcuma (safran des Indes), lichen pressé, pommes de pin, résine, amidon, fécule indigène, chardons, citrons, coco, cigares, houblon. Balais de bouleau, de bruyère, de genêt ou de millet, Laines et cotons, lavés ou manufacturés, chanvre brut et teillé, lin, soie. Cordes et cordages, tissus, toiles à voiles, étoffes. Boissons Poiré en fûts, hydromel en fûts, vins et vinaigres en fûts, liqueurs, spiritueux, marc de raisin, eaux-de-vie. Divers Porcelaine. Bougies, chandelles et cierges. Armes de luxe et de guerre, bagages et effets militaires, affûts de canons, boulets et obus, canons et obusiers, agrès et ancres de marine.

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Annexe 9 : tarif des péages

(entre 1852 et 1858).

A gauche : tarif137 des remontées ; à droite : tarif descente
Tarif en francs Bateaux 1° catégorie 2° catégorie 3° catégorie 4° catégorie Bateaux vides/pièce/km : 60 tonnes et plus Entre 60 et 15 t. Moins de 15 t Bateaux non flottants transportés/tonne/km Bateaux d’agrément : pour un mois, par bateau ( Prix 1872) Bateau supplémentaire Marchandises/tonne 1° série 2° série 3° série 4° série 5° série Trains de bois /M3 /Km : charpente chauffage Traverses et longrines pour chemin de fer Fumiers et litières, prix 1860 Bois de chêne (Sète/Tlse, par tonne) Marbres *Bœufs, vaches, taureaux, chevaux, mulets (par tête /km) * Veaux, porcs * Moutons, brebis, agneaux, chèvres Volailles/10 paires et cage/km 1852 et 1855 0,100-0,025 0,075-0,020 0,050-0,010 0,020-0,005 0,10-0,04 0,075-0,03 0,05-0,025 1858

0,10 0,075 0,05 0,04

150 75

0,003-0,002 0,02-0,0120 0,015-0,0075 0,005-0,0050

0,04-0,03 0,03-0,02

0,02 0,020-0,010 0,001-0,005 0,03 0,02 10 francs/km Max. 1,50 / tonne/km 5 francs 10 francs/tonne 0,03 0,015 0,04

0,020 (0,03 en 1855) 0,015 0,008

137

Autres canaux : 0,02. Tarifs fixés par la Compagnie du Midi

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Bascules à poissons, par m² de tillac et par Km Morues vertes (la tonne, BX-Sète) Prix du transport de sel en 1859 Vers BX Au départ de BX Futailles, Poinçons, Bordelaises et fûts de – de 3hl Pipes à 3/6 et fûts de moins de 3 hl Douelles et merrains par tonne, BXSète Marchandises sans distinction de classe/tonne/km Voyageurs, bateau poste ou agrément, /personne/km 1° classe 2° classe Céréales : tarif par tonne et par km Sorgho en tige Vins : Trois-Six et Vermouth en fûts vers Bordeaux Minerais, houille, coke. Prix par tonne en 1879

0,020-0,010 10 f. / tonne

4.f /t. 8 f./t. 0,0025-0,002 0,004-0,003 10 francs 0,060-0,040

0,03 0,02 2 centimes 12 francs la tonne pour un autre port. (10 francs vers Paris) 0,82

A noter le cas un peu particulier des farines et céréales : la taxe était régulièrement en baisse de 1853 à 1874, date où elle atteindra, par tonne et par km, 0,03 pour la remontée et 0,02 pour la descente. (Ce tarif concerne blés, farines, riz, sarrasins et seigles)

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Annexe 10 : avenants et suppléments du pavillon d’accueil.
Ancien chiffre, TTC 14 décembre 1996 7 avril 1997 France Télécom Carrelage Maçonnerie Charpente Chauffage, Electricité, VMC Alarme Sanitaire, Plomberie Revêtement sur le parking et l’accès Grille de protection Carrelage Nouveau En francs 800 francs pour 2 appareils 100849,34 454067,44 233836,25 87784,74 13160 francs HT 59.745,24 65994,31 10000

21 juillet 1997

91210,99 francs 451655,44 233760,67 77268,92

29 mai 1999

5 juillet 1999 4 juin 2002

3050 francs HT 35807,53 euros, dont la moitié de subvention du CG

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Annexe 11 : tarif redevances de bateaux.
2001 en francs 2001 conversi on 2001 tarif euros 30 4,57 180 160 120 200 250 20/j. 30/j. 30 180 10 10 1200 800 10 1300 1000 1500 10 1600 1200 1800 2000 30 30 30 2500 243,92 182,94 274,41 304,89 4.57 381,12 5 390 250 190 280 320 27,44 24,39 18,29 30,49 38,11 4,57 27,44 28 25 19 32 39 5 32 1997 1998 1999 2000

Forfait journalier Forfait huitaine Bateaux plus de 7 m / mois Bateaux plus de 5 m / mois Moins de 5 m Bateaux de 9 à 12 m Plus de 12 m Camping-car Idem/semaine Douche Bateaux plus de 5 m Forfait annuel Moins de 5 m Forfait annuel Plus de 7 m (par an) De 9 à 12 m Forfait eauélectricité Plus de 12 m

20

20 80

20

180 200 100 150 100 150 100

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Annexe 11

Archives VNF

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Glossaire :
: bois brun violacé, originaire d’Afrique équatoriale, utilisé par les chemins de fer, les constructions navales et les mines. Banquette : trottoir réservé le long du canal d’un aqueduc, ou d’un chemin de halage. Bajoyer : murs en ailes des culées de pont, massif en maçonnerie qui forme la partie latérale d’une chambre d’écluse. Bief : partie du canal entre deux écluses. Bittes : massif servant de point fixe d’amarrage. Busc : saillie d’une écluse, sur laquelle viennent buter les entretoises inférieures des portes. Chômage du canal : Période de fermeture du canal, asséché pour des campagnes de dragage, d’entretien ou de travaux. Gare : le mot a le sens habituel. Les bateaux se garaient entre le pont de pierre et le pont de Berrat, pour décharger des marchandises. L’espace y est donc plus large que dans l’ensemble du bief. Joualles : rangées de vigne, espacées pour permettre la culture de céréales. Perré : mur, revêtement en pierres sèches, protégeant un ouvrage contre la dégradation des eaux. Ravin : ruisseau anciennement nommé ravin, plan cadastral de 1827. Il traversait la rivière, face au Pigeonnier. Règes : rangs de vigne, en occitan. Touage : traction des remorqueurs par système de chaîne immergée et enroulée sur un treuil (Surtout utilisée sur les canaux du nord). L’inventeur du touage est Pierre La tour du Moulin, dont la pierre tombale se trouve contre le mur de l’église de Villerouge (Canton de Fonsac, 33). Yole : embarcation légère, étroite et rapide, de faible tirant d’eau. (Le mot est souvent cité par Victor Hugo, il a pris une connotation poétique.) Azobé

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Bibliographie
Boudellal et Poulet, Gens de l’Eau, Ed. Garnier, 1980. Delvit, Le Temps des bateliers, Privat, Toulouse, 1998. Jacques Dubourg, Le Canal de Garonne, Les Dossiers d’Aquitaine, Toulouse, 2002. Michel Dupin, Notice historique sur La Réole, 1996, Office d’Edition du livre d’histoire. (Réédition de 1839) Jean Fazembat, Du canal latéral au canal de Garonne, VNF, 2002. André Maistre, Le Canal des Deux-Mers, Editions Privat, Toulouse, 1998. Pierre Vital, Requiem pour une Garonne défunte, Bordeaux, Wallada, 1984. Nous avons également consulté le plan cadastral de 1827 (archives municipales), le plan cadastral de 1841, avec, en surimpression, le tracé du futur canal (archives VNF de Toulouse) et le plan de bornage du canal en 1911 (Archives VNF d’Agen). Les photos sans indication d’origine ont été réalisées en 2004, par les auteurs de l’ouvrage, y compris les photos aériennes. Certains plans des archives VNF ont été colorisés, pour en faciliter la lecture. Les cartes postales anciennes sont reproduites avec la gracieuse autorisation des collectionneurs.

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Prochaines publications :
• L’art sacré à Fontet (Eglise, Madone et cimetière.) • Fontet : Métamorphoses. (Histoire, évolution des quartiers et de l’habitat, personnages importants…) • Itinéraire des mares, bassins, ruisseaux et sources dans Fontet… • Les croix de mission dans le secteur paroissial de La Réole. • Les monuments aux morts de notre région. • Biographie du chanoine Jean Pardiac. (Né et mort à Fontet, 1818-1892)

Liste des noms de quartiers
Les noms de quartier cités dans l’ouvrage sont repérables sur la carte IGN, page 5 .

Bois Majou : G 2 Bos Bédat et Bois Bédart : F 2/3 Castéra : CD 1/2 Cricq : C 2 Hourcades : EF. 2 Ile d’Elbe (Grand Jean) : E. 2/3 La Palue : AB 2/3 Larquey : C 2/3 Lasserre : D 2/3

L’Auriole : D 3 La Vigne : CD 2 Madone : A 2 Médoc : CD 2 Rivière : AB 2/3 Rouergue : A 2 Sablot : D 3 Salvy : F 2 Tamadis : B 2 Tartifume : C 3 Tourette : C D/1

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Liste des noms de personnes citées
Abribat Abrigo (* Eugène) Albaran * (Eugène) Allard Ancelin Arbouin Assercq Balthazar Bastrade Baudin (* Pierre) Bédouret Belloc (* André) Bentéjac Berto (* Marcel) Bertoni (* Louis) Bertrand (* Charles) Béteille Betge de Lagarde Beylard (* Francis) Billot Biver (* René) Bonnac-Ribéra Bordes (* Robert) Bordessoules Bortolotto (* Bruno) Bosc Bougès Bourgoin Bouron Bouyer Boyancé Brassens Bresque Brocas * (Daniel) Broustet Buytet (* Albert) Cabot Campodarve Capelle (* Daniel) Cardonne (* René) Carnélos Carraretto (* Joseph) Casse (* Kléber et Roland) Castaing Castenceau Caussimon Cazemajou Chabrat Chabrat-Ducasse Chaigne Charlot (* René) Chastres Chiappa (* Joseph) Chiodini (* Jacques) Clavet Cluzan Conil Coumet (* Pierre) Courrègelonge Coutenceau Coutin (* Robert) D’Escures Dalle-Valle (* Joseph) Damiani (* François) Dangoumeau Danrein Daroman (* Guy) Daros (* Joseph) De Baritault De Carpia De Calmels Puntis De Gasc De Gérès De Gombault De Grignols De Guilleragues De Lavergne De Louppes De Majance De Marcellus De Pichon Longueville De Saint Exupéry Del Santo Delas Delheim Delhomme Descorps Descrambe Despin Despujols Diamond Dolheim Dreuilhe Driff * (Miloud) Dubouilh (* Gilbert) Dubourdieu Ducos Dudon Dumas 73 Dupart (* Pierre) Durand (* Eugène)

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Dussault Duthuron (* Christian) Duzan Espagnet Faugas ou Feaugas Faure Faux (* Robert) Favret (* Jean) Fresquet Gajac (* André et Charles) Galissaire (* Pierre et Robert) Garbay (* Robert) Garras (* Gilbert) Garreau (* Paul) Gava (* Armand) Gergerès Gibert Gourgues (* Marc) Grillon Grollier Guibert Harley Herrero Herrey (* Moïse) Issard Ithier Jeanneau Jeanneteau Joiret Joret (* Armand) Labadie (* Léo) Labat Labau (* Gilbert) Labesque Laborde Labrouche * (Jean) Lacombe Lafferière (* Roger)

Lafosse (* Denis et Gabriel) Lagardère (* Emile) Lalanne Lalubin Lamarque Larru (* Fernand) Laspalle Laulan (* Pierre et Norbert) Laurent Lauriol Lhessuy (* Jean) Loiseau Mallet Marchand Marcon Marre Martin (* José) Maurin Mauros Mercanti (* Elino) Meyra Micaëlo (* Antonio) Mitteau (* Jean et Pierre) Mongie Monto Moretto Motte Mougarolis Moulinier * (André) Mounissens (* Hervé) Moustié Nibaut Noël (* Pierre) Noguey Nouguey Pardiac Pauly (* Elie) Payral

Pelluchonneau (* Albert) Petit Peyré (* Marcel) Picon Pierre Pauquet Poujardieu Pradel Pradelle (* Joseph)

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Guy Meyra. Né en 1946 à Fontet. Professeur honoraire de Lettres Modernes. Titulaire d’une maîtrise et d’un DEA, spécialité littérature algérienne d’expression française (Bordeaux). Diplôme d’Etudes d’occitan, (Toulouse). supérieures

Jean Christophe Gibert. Né en 1961 à Montargis (45) Il quitte la Marine Nationale après 20 ans de découverte du monde. Puis reprend ses études qui se concluent avec succès par un DESS CAAE (Certificat d’Aptitude à l’Administration d’Entreprise). Passionné d’informatique, il crée le site de Fontet.

A publié divers articles dans http://fontet.free.fr Nouvelles Littéraires, des revues arDans le même élan, il met en chéologiques… et plusieurs essais sur la littérature algérienne et ses auteurs place sur le net, en 2003, la présentation de Gérard Marquès, peintre, (Editions du Stencil, Alger). A écrit, entre autres, en 1987, né en 1934, à partir du texte de Guy deux monographies, sur le peintre Gé- Meyra. rard Marqués, né en 1934… et sur le http://prodiffe.free.fr/marques/ sculpteur ariégeois Honoré Icard, A animé diverses initiations à (1843-1917). l’informatique à Gironde sur Dropt.

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