You are on page 1of 84

'J.

•^5"

?~^

BAUDELAIRE
ET LA RELIGION DU DANDYSME

DANS LA MÊME COLLECTION
HENRI DE RÉGNIER BT SON ŒUVRE, par Jean de Gourmont avec un i vol. y^orlrail er un aulos^raplie LA >• >is>ANCE ET L'evanousseme.nt DE LA MATIERE, par le D"" Guslavc vol. i Le Bon ; ; DA.NTE, BÉATRICE ET LA POESIE AMOURiusE. Easai SU!' L'Idéal féminin en Italie à la fin du Xllh siècle, par Remy de Gourmont, i vol. avec plusieurs gravures sur bois FRANÇOIS coprÉE ET SON ŒUVRE, par Gauthier Ferrières, avec un

i yol, portrait et un aui og^raphe LES HARMONIES DE l'evolution TERRESTRE, par Stanislas Meunier, i vol. professeur au Muséum LA RÉVOLUTION RUSSE ET SES RESULTATS, par P.-G. La Chesuais. I vol.

I vol, MAGNÉTISME ET SPIRITISME, par Gastou DauviUc FRANCIS JAMMES ET LE SENTIMENT DE LA NATURE, par EdmOud Pilon, i vol. avec un portrait et un autographe vol. LF GÉNIE ET LES THÉORIES DE M. LOMBROSO, par Eticunc Rabaud. homériques, l'archéologie et la LA QUESTION d'homère. Lcs Poèmes suivi Gennep, d'une bibhographie van par A. populaire, poésie i vol. critique, par A.-J. Reinach LA PENSÉE DK MAURICE BARRÉS, par Henri Massis, avec un portrait i vol. et un autographe i vol. l'intelligence ET LE CERVEAU, par Georg-es Matisse REMY DE GOURMONT ET SON ŒUVRE, par Paul Dclior, avec un portrait i vol. et un autographe GUSTAVE LE BON ET SON ŒUVRE, par Edmoiid Picard, avec un porx vol. trait et un autographe JULES RENARD ET SON ŒUVRE, par Henri Bachelin, avec un portrait i vol. et un autographe CUVIER ET GEOFFROY SAINT-HILAIRE d' A PRÈS LES NATURALISTES ALLEi vol. MANDS, par E.-L. Trouessart, professeur au Musétim i vol. LE. SALAIRE, SES FORMES, SES LOIS, par Christian Gornclissen. l'évolution IDÉOLOGIQUE d'émile verhaeren, par Georges Buisseret, i vol. avec un portrait et un autographe ALFRED -giard ET SON ŒUVRE, par Gcorgcs Bohn, avec un portrait et Bibliographie complète et la de son œuvre, i vol. un autographe RENÉ ouiNTON. Origines marines de la vie. Lois de constance originelles. Essai sur l'esprit scientifique^ par Lucien Gorpechot, avec un portrait et un autographe. HENRI poiNCARÉ, par Sagcrct, avec un portrait et un autographe vol. LE VÉGÉTARISME, par Raymoud Meunier, chef de Travaux à l'Ecole i des Hautes-Etudes vol. LA PHILOSOPHIE DU BovARYSME. Jules de Gaultier, par Georges Palante, avec un portrait et un autographe i vol. l'œuvre DE MAURICE MAETERLINCK, par M. Esch, avec un portrait et un autographe i vol. LA PENSÉE d'henui BERGSON, par Joscph Dcsaymard, avec un portrait et un autographe i vol. LES RUINES DB l'idée DE DIEU, par Gcorgcs Matisse i vol. LA GRAPHOLOGIE, par E. dc Rougemont, préface de Remy de Gourmont, autographe i vol.
I
_

I

XXVI UCMXVIII . RVE DE CONDÉ.LES HOMMES ET LES IDÉES Baudelaire et 1. Religion du Dandysme ERNEST RAYNAUD PARIS MERGVRE DE FRANGE XXVI.

d'adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.Tous droits de traduction. .

Je sais que je suis de ceux que les n'aiment pas. L'ennemi. ( Leconte de Lisie (quelques-uns même sur Hugo) (i) i) . si d'un demidoué de proet digieuses qu'il est qualités de vie agressive militante. Musset. jeunesse Hier. cité par Baudelaire (Lettre à Sainte-Beuve). Baudelaire est mort depuis plus siècle et son §^éiiie reste si présent. Vig-ny. lui pour Hugo. tandis que les symbolistes se réclamaient de Baudelaire. . Baudelaire c'était Pontmartin. Il en fut toujours ainsi. hommes SHfcLLEY. Ceux qui s'intéressent à ce mouvement de le la critique et des esprits le trouveront exposé dans Cinquantenaire de Baudelaire. Banville. mais je suis de ceux dont ils se souviennent. L'apparition des Fleurs du Mal fit se lever deux camps de thuriféraires et de détracteurs haine inconciliables. avait De son vivant. tandis que Télite de lettrée lui la donnait le pas sur Lamartine. Flaubert. impossible de citer son nom sans provo- quer une explosion de sentiments divers où la et Tadmiration ont part éçale.

que les Fleurs du Mal sont « au plus haut sommet de la Poésie française ». qui est. Brunetière notion l'ac- cusait « d'ériger en exemple la débauche et l'im» corrompu la même de l'Art lité ». il déplaît inva- Une la des causes de cette prévention persistante foi. M. à résumer la : situation Baudelaire est une pierre de touche. dans ses Ecrits sur le ihéâtre parus chez Grès. à côté des opi nions célèbres déjà parues sur l'Auteur des Fleurs da Mal. et où l'on a recueilli. le suf' fras:e inédit des écrivains nouveaux les plus qualifies. le plus subtil. le plus attentif aux évolutions de la conscience. Lui. seul. estimait. Il de ses partisans. Il ne faut pas oublier que. a tordu le cou à l'éloquence et au nroc^dè lyriquf* qui caasiste à mettre la poésie automatiquement en marche comme des mouvements d'horlogerie. de nos auteurs dramatiques. . y a déjà une indication dans la quala boutade d'Auguste Vitu pour des esprits simplistes. et suffirait. la poésie. » : . Dans une lettre particulière. et de nos poètes. Tant de gens cèdent à sug- édité par la Maison du Livre.Henri Bataille. M. a crée le g^rand lyrisme ioimobile. Henry Bataille a bien voulu préciser ainsi son opinion « Jusqu'à Baudelaire. peut-être la peur des mots. seul. même la plus haute. riablement aux imbéciles. a épDusé h s contours de la vie et de la vérité lui. c'est chez les détracteurs de bonne gestion des titres. le lyrisme qui fest l'égal de la musique et qui a là force d'un orchestre. le plus délié.CHARLES BAUDELAIRE tandis que Maeterlinck proclamait Baudelaire « le chef spirituel de sa génération moralité et d'avoir « ». au cours d'une étude consacrée à Georges de Porto-Riche. tout réceraoïèrtt encore. « Lui. ne vit que sur les truismes de l'Idéal.

c'est l'antagotiisrae du Bien et du Mal. que virulente paraphrase du Palvis de l'Ecriture. puisque le thème ce titre des Fleurs est déjà du Mal exploité. rachetée par son génie. quel re- comme lent ils s'obstinent à flairer je ne égrillarde dans si s^ais dé sensualité ces Femmes Damnées d'un pathétique déchirant et où gronde un écho des tempêtes de la Bible. Le vrai titre. d'Hippolyte Babou.. que ce qui flatte son goût d'ariettes et de romances et de la conception unique qu'elle se fait de la Poésie : a Un coup d'aile Il dans le bleu ). es sens spirituel d'un la poème pourtant... Us n'y veulent voir qu'une fantaisie macabre. Le malentendu vient encore de ce que la foule n'aime. c'est « Spleen et Idéal ». celui qui a chanté Charogne. la Misère de l'FIomme. pour induire en erreur. nous présente . ! » suffit La Charogne d'entendre le ce mot pour les dispenser qui n'est. attendez donc la Ah ! oui.ET LA RELIGION DU DANDYSME Ce mais titre seul qu'il eut le tort d'accepter que Baudelaire n'avait pas trouvé. des lecteurs sans essuyer cette réplique « Baudelaire. Il implique une délectation dans le mal absolument contraire à l'esprit du livre. en Art. Paul Verlaine s'indig^nait qu'on ne pût s'inquié- ter de Baudelaire auprès du : commun !. Baudelaire n'est pas un confiseur.

Saint-Germain. qui devien- . le mettront quelque temps à conquérir grand pu- Hugo et Vigny ne officiel se manifesteront qu'en 1822. les salons fermés du faubourg. c'est Népomu- cène Lemercier. Sa mère se remaria l'année le suivante avec commandant Aupick. Comment Il la « populace des esprits frivoles ? » s'accommoderait-elle du poète de l'anxiété n'en reste pas moins que Baudelaire nous est donné tantôt pour un sévère éducateur d'âmes et tantôt pour un apôlre malfaisant. i Baudelaire est né à Paris le g avril 1821. s'il connaît le chemin qui mène aux étoiles. ancien professeur de l'université. c'est sur les pas du Dante qu'il s'égare aux enfers. mourut en 1827. ancien secrétaire au Sénat sous l'Empire.CHARLES BAUDELAIRE une épong-e de fiel et. Lamartine venait de publier (1820). sans nom d'auteur. Tandis le qu'ils se recueillent. Baudelaire appartenait à une famille aisée. Baudelaire avait 6 ans. représentant de la Poésie. le régent du Parnasse. Son père. Oui a raison? Où est la vérité ? ailleurs et Il ne faut pas chercher la réponse que dans l'examen impartial de son œuvre de sa vie mise à nu. applaudies dans blic. l'année même où Napoléon meurt emportant un monde. ses Premières Méditations qui.

ce Paris plein. Déjà poison de Paris l'avait intoxiqué. qui s'édifie sur les ruines chaque jour. de pittoresques aven- . L'enfant. plus tard. jour. Londres et Madrid. pour l'arracher à des fréquentations jugées suspectes. Baudelaire affectait.BT LA RELIGION DU DANDYSME dra. d'oeil lui Paris nouveau. laissé On comprend que Il Baudelaire ne se soit Il embarquer qu'en rechignant. rutilant et doré. l'efïet se transformait à vue comme sous le d'une baguette magique. Elle décida de l'envoyer aux Indes. de déli- cieuses flâneries et. successivement à Constantinople. général de brigade et notre ambas- sadeur. De cette Tord sur leurs heure où l'essaim des rêves malfaisants oreillers les bruns adolescents. la nuit. Quelles féeries pouvait rêver otfrît ce fiait son imagination que ne l'ancien et qui. en avait gardé le avait mordu à la vie de bohème. quand il nous parle et Emile Deschanel. dès sa sortie du collège. mais en fut expulsé en 1889 à la suite d'un petit scandale de dorioir dont il semblait se souvenir. suivant les déplacements exi- gés par les fonctions de son beau-père. le goût du feu. ses études à commença Lyon et les il termina à Paris au collège Louis-le-Grand où eut pour condisciples Louis Il Ménard y remporta de nombreux prix. une indépendance d'allures et de jugement qui alarmait sa famille.

l'île se fit rapatrier dès la seconde escale. d'autres Il lui qui sont légion. à Bour- bon. La place de Baudelaire aux côtés de Banexil. revivre l'enthousiasme du départ. les morts. quand les clairons sonnaient la charge et l'assurance la de îa victoire. quand les drapeaux se g^onflaient d'un frémissement d'espoir et d'héroïsme. J'avais emporté œuvres complètes de Balzac. encore. et l'on Il qu'il n'ait achevé son voyage. J'ai eu tout loisir de lire ! les les Son absence avait duré du 29 jùiri i84i aux pre- . semblait partir en conçoit mieux pas déserter. Bien des illusions se Il bien des prestiges évanouis. dans le de Gautier. de Gérard de Nerval. tions d'aujourd'hui. la furie de l'attaque. et l'on conçoit encore qu'à son retour. la suite Toute était là. ville. ivre de ses forces nouvelles. jeunesse s'ébranlait à bataillon sacré. Il n'alla pas jusqu'aux Indes. à ceux qui l'interrogeaient sur ses impressions. nous reporter au matin de la bataille. Nous faut pouvons compter sont dissipées . de Hugo. son pen- chant à la mystification lui ait suggéré de répondre : Ce voyage ne m'a pas été inutile.nriARLBS BAUDEl AIKE tures! Quels horizons plus larges pouvait-il espérer que ceux que le magnifique essor de la Poésie ou- vrait alors sur le monde La ? Il ne fout pas ju^er le mouvement des esprits de i83o avec nos prévenbataille est terminée.

édiSé les nouveaux bâtiments de l'Ecole normale. La lorette correspondait au nouvel état des mœurs. du C'ntre Waux-Hall. . et déjà Paris était tout ville le héias ! que cœur d'un mortel. La forme d'uDe Chang-e plus vite. la Maison d'or. facilitaient la tache des gouvernants affluer l'or. que sais-je encore? Mais la grande innovation du règne c'est le quartier Saiut-Georges. Laurent de Jussieu. pour faire place à la « biche » du second empire. C'est du quartier SaintGeorges qu'est sortie la « lorette » (ainsi baptisée par Nestor Roqueplan et immortalisée par Gàvarai) la lorette. spécialité du régime. restauré l'Hôtel de vilie. pendant la courte absence de Baudelaire. pas inutile de noter que. arcénagé la pépinière du Luxembourg trottoirs et les réverbères . multiplié les le café Riche . refait le pont de la Ci'é.ET LA RELIGION' DU I>A:tDYSME mieis jourg de février 18^2 autre (i). Uidée de Napoléon se réaliser. un premier essai de parage en bois. la ville des merveilles. et qui réalisait. l'Hôtel du Qjai d'Orsay. rue Vivienne. . ouvert le Théâtre italien. la cité du Geoflfroy-Marie. était en train de événements des édiles. achevé la gilerie Richer. la splendeur du m'=''diocre. à l'avènement d'uD monde d'enrichis et de parvenus. Les I^"^ d'en faire la capitale des capitales. arec son opulence de bazar. Elle marquait une n'est peut-être . qui mourra avec lui. ses palais cosmopolites. sure:i de terre comme par enchantement. . le palais des thermes . et Le développement des chemins de fer y faisait Les hautes glaces (invention nouvelle) treillis vitrés des mag-asins illuminés succédant aux (i) il Pour donner une idée du fantastique développement de Paris. iaau^ré. oa avait percé les rues Mo::cey. nuancé de tes : civilisation calante entre deux créations également récenpanthère » la « grisetie » du quartier latin et la « des bou- levards.

moment où les bals masqués faisaient fureur. un élourdissement de plaisir dont aucune civilisation antérieure n'avait connu le choc si précipité. de Théophile Gautier. l'usage du macadam permettant Tinstailation des trottoirs. de sa double qualité d'olficierdiplomate. Baudelaire n'en fut que plus pressé de s'affranchir d'une vie de famille insupportable. des habitudes rigides de discipline militaire et de rectitude administrative auxquelles bienséances. Baudelaire rentrait en pleines fêtes du Carnaval. Il . de Banville. Bobino et la boulangerie Cretaine. une fièvre de luxe. Sa mère gardait de son éducation anglaise la religion des « cant » et de nous dit qu'elle élait capricieuse {il faut la craindre et lui plaire). Son beaupère avait contracté. en avaient modifié la physionomie.CHARLES BAUDELAIRE des échoppes noires de jadis. Il retrouva le quartier latin mis en émoi par l'ouverture du restaurant Magny. Il en résultait une activité de presse. un souci exagéré de « respectability ». Il retrouva ses amis au moment où Pages de PAriège fondait la Patrie. Il retrouva la Closerie des lilas. avec la collaboration de Balzac. l'éclairage au gaz créant la vie nocturne des théâtres et des boulevards. Il retrouva le mouvement des boulevards où Tangloau manie sévissait. transformé le visage et les mœurs.

majeur. Hous. dans ce coin. paisible de St-Louis. un beau matin. se fit rendre des comptes de tutelle lui riche des 70. il n'en reste ait . un levain La nature de Baudelaire explosa. séjour élu des princes de la bohème. s'installe provisoirement il Béthune. et frais. écrit-il quelque part. puis rue Vaneau où et vient habiter l'île ne fait qu'un tour. Nestor Roqueplan. il Il était et. que chacun de nous éprouvé. saye. le célèbre hôtel Pimodan.000 francs qui revenaient. la pression d'une odieuse tyrannie.ET LA RELIGIOM DU DANDYSME le jeune homme ne pouvait s'adapter. affranchi dé- sormais sait (il le croyait) des soucis matériels. Gérard de Nerval. fait explosion le charme satanique est rompu. une fois dans sa vie. que ce qu'il faut pour la pâte. Our- . Il y avait la bohème des fils de famille. La bohème ne comprenait pas que des^gens besogneux. Plein des illusions de la jeunesse. 11 semble que ce milieu gourmé Tait exaspéré jusqu'au sup: plice Il est bon. Combien de natures révoltées ont pris vie auprès d'un cruel et ponctuel militaire de Tempire ? La pauvre et g^énéreuse nature. : un souvenir de douleur. courut s'offrir à son Destin. et réaliser il pen- pouvoir vivre en beauté Il son rêve de quai de Dandysme. la bohème dorée c'était celle de Gautier.

la vraie. . sur les quais. L'autre. C'est à celle-là qu'appartenait Baudelaire. était celle de Murg^er. tendue. moyennant le prix annuel de 35o francs. d'un papier à rayures. comme Barbey ». et Il uniquement par il son g"oût de vie libre d'Aurevilly. « dé- testait d'en avoir l'air. mais la : preuve qu'il savait regarder. rouges et Une seule fenêtre l'éclairait. Bohème est une des plus gran- des abjections d'une société sans feu ni lieu Pimodan.l4 CHARLES BAUDELAIRE liac. devant ma fenêtre. composé d'une antichambre. de Nadar. mais les deux se mélangeaient et se visitaient réciproquement. un cabaret rouge qui était. de plusieurs. un appartement un peu mansardé. dit Banville. était La grande pièce noires. de Cliam- pfleury. alternées. sous les combles. courant de chez Paul Niquet au restaurant Philippe et du café Procope au Divan Le c'était Peletier. Baudelaire occupa. d'une grande pièce et d'un cabinet. que la indépendante. les l'ex- Au dire d'Asselineau. Encore faut-il noter que si Baudelaire se laissait incorpo- rer au clan de la Bohème. dit A l'hôtel Asselineau. c'est qu'il nous dit J'ai et vert eu longtemps. de Barbara. pour ne laisser entrer de térieur que le ciel . une douleur délicieuse. y compris le pla- fond. Baudelaire avait dépoli carreaux du bas. mais pensait. pour mes yeux.

C'étaient. littéraire . lire bohème qui ve- pour la première fois. Ce qui démontre l'infirmité des témoignages humains. grises. répandait des parfums (des flacons de sous. Les livres étaient remisés dans les cabinets adjacents. des vieux classiques que Baudelaire affectait de exclusivement. Il disposait d'un valet de chambre silencieux et correct. c'est que Nadar et Banville. d'un secrétaire italien. Les camarades de naient. ensemble. Le porminiature de M"*® Aupick « au long cou » se voyait en bonne place. Banville multiplie les dépendances dans du logement. surtout. Baudelaire (La Renaissance artistique. voit autant de cabinets autour de principale que de pétales autour d'un la pièce cœur de mar- guerite (2) et y entasse à profusion les objets d'art. Le moderne guéridon en noyer devient un luxueux (1) (a) et Nadar. numéro du 27 avril 1872).ET LA RELIGION DU DANDYSME L'appartement était nieubié d'au guéridon en noyer. Divers tableaux ornaient les trait de larges fauteuils d'acajou recouverts de housses murs. chez Baudelaire s'étonnaient du luxe inusité d'un tapis. dit Le Poète y musc à vingt Nadar) (i). des livres d'auteurs anciens dans leur reliure du temps . Théodore de Baaville. Ch. aux bords sinueux.). le même jour. rendant compte de la visite qu'ils firent à Baudelaire. Baudelaire intime (Biaizot édit. ne concordent pas leur version.

. rare exemple d un visag-e réellement divin. L'un de ces cas. Mes souyen/rs (Charpentier édit. épaisse et charmante chevelure naturellement ondée et bouclée (i). Il y a des cas pourtant où le lyrisme de Banville s'accorde avec la réalité et n'en est que Fexpression.. Son imagination flambait à tout comme un feu de paille.. brune. La bouche est arquée et affinée déjà par l'esprit. de jeune dieu. est celui où il nous trace le portrait de Baudelaire à ving^t ans. FœH long. Une barbe enfantine.}. Là où Nadar ne voit qu'un impressionnant portrait de femme de l'école italienne.. ironique. Banville découvre un authentique chef-d'œuvre de Delacroix et entonne. le nez gracieux. large. toutes les forces et les séductions les plus irrésistibles Le sourcil est pur.^" CHARLES BAUDELAIRE meuble ancien. le plus imprévu. réunissant toutes les chances. s'orne d'une noire. de l'édition Calmann-Lévy. de Banville. hymne Mais Banville était si plein de lyrisme que le moindre choc en amenait le débordement. profond. . idéale. Le front haut. allong-é. sous laquelle apparaissent les tons roses d'un sang riche et beau.... Gom- ment reconnaître dans (i) cette face glabre. pourprée et d'une ! belle chair. Le visage est d'une pâleur chaude.. au front Th. en son honneur.. magnifiquement dessiné. un extasié. Voilà de quoi étonner ceux qui ne connaissent de Baudelaire que le portrait placé en tête des Fleurs du Mal. noir.. d'un grand arc adouci...

qu un jour (en i84G) Théopliile Gautier ^qui ne connaîtra Baudelaire qu'en 1849). Ici son témoignage s'accorde avec celui du peintre Deroy qui nous montre le jeune Baudelaire en « lion ultra-fashionable » accoudé au fond d'une vigilante rêverie. sa phase de splendeur. au regard hallucinant dans image de Banville ? Banville a raison pourtant. Avant même qu'il ait puFleurs du Mal. On les les sait mamain en main dans les cénapar cœur dans les crémeries de la de la rue Dauphine et rue Saint-André-des-Arts. que Baudelaire. à ce pleine possession de son génie. C'est sa période heureuse. Le poète est encore inédit. à Belleville. et surtout à Plaisance. au rictus fatal. Baudelaire inédit était déjà célèbre. Il dans académies « et les ateliers d'artistes. au cabaret de la mère Saguet. Les Fleurs duMaly qui ne seront publiées qu'en 1867. fiait à Asselineau blié les : . son nom revenait avec tant d'insistance dans les couversalions d'hommes de lettres. la riante chaloir. dans une attitude délicieuse de flegme et de nonson étrange fixité.ET LA HELIGION DU DANDYSME dévasté. dans de la les au Rende z-ucms des Quatre billards débits d« consolation » et les caveaux rue aux Fers. esprit précoce. est. mais ses vers nuscrits courent de cles. Leur force subjuguante (i) s'est imposée (i). ont été presque entièrement composées de i84o à C'est moment. con. agacé. en 1845. les y récite partout. à V /le d'Amour.

V Ecole Païenne (i853}. Ce n'était rien. c'est de supériorité. c'est d'utiliser ses loisirs à s'af- finer par la méditation. Son absence aux obsèques fit scandale. » ces deux hommes qui se détestaient corironie de la destinée dialement en arriveront. devant la galerie. . à s'accroître intérieurement d'une riche rituelle. lies 1 d'une étreinte indissoluble. a paru. à passer à la poîstéritô. il n'a pas. pour avoir jou<'. d'idées et ne fait qu'enfiler tt perler des mots à la manière des colliers d'osages. pares: seux. Ceux qui savent lire entre les lignes ne manqueront pas de saisir cette hostilité latente sous les fleurs dont ils se couvrent réciproquement. » Peut-être Gautier se vengejiit-il d'avoir lu dans l'Echo des Théâtres (26 août i84ôjces lignes signées de Baudelaire « Théophile Gautier est un banal i-ufileur de mots. Il moisson spi- ne faut pas voir dans Quand le dandysme de Baudeadvenu de Petrus BoIl « Il rel. Son ambition.CHARLES BAUDELAIRE Pourtant Baudelaire ne se soucie point d'être confondu avec le professionnel homme de lettres. Il aurait horreur d'écrire par métier. à cultiver sa sensibilité. c'est un surcroît d'élégance une fleur à la boutonnière. est dirigée contre Gautier. un jour. la Comédie de l'admiralion mutuelle. Hugo n'existera plus. lymphatique. . Gros. Ou sait que Gautier ne jugea pas à propos de se déranger pour l'enterrement de Baudelaire. Composer des parfaire le distinction. tant dans la préface de Gautier que dans l'article de Baude. adviendra de ce Baudelaire ce disait : qu'il est On il paraîtra. La diatribe de Baudelaire. vers n'est pour lui qu'un moyen de un signe de dandy qu'il veut être. laire sur Gautier « aux prunelles félines ».

en Amour. du sentiment. ni transactions. seul. aux yeux du monde. La doctrine du dandysme. et elle entend que tout y soit strictement subordonné. le masque de froide indifférence qu'il s'est composé. une affirmation bénévole. au sublime ». par un faux geste. mode . est une doctrine spiritualiste. sans s'inquiéter des contingences. telle que la conçoit Baudelaire. Il doit rester impassible. Etre dandy à son écrit-il. Elle pose en principe. est sa loi. Le dandy devant son miroir. parce qu'elle exige de ses adeptes qu'ils surmontent les passions vulgaires pour conquérir l'Insensibilité. Elle fait une réalité d'un postulat. ni défailvit lances. Le mot clandy^ tout le implique une quirdes- sence de caractère et une intelligence subtile de mécanisme moral de ce monde. "en Philosophie. mais qu'il doit être héroïque et ne jamais démentir. Elle n'admet ni retours. l'inspiration. Celle doctrine s'apparente au stoïcisme. un futile essai de singularité. C'est tout sens. la galerie et de régenter la . c'est « aspirer autre chose. et sourire même . coûte une conception frivole Tunique souci d'occuque coûte. de de l'instinct. Elle enseigne à se méfier. en Art. en toute chose.ET LA RELIGION DU DANDYSME ig laire per. Cela ne veut sans interruption pas dire qu'il passe son tem[5S à s'adoniser. Le Beau. du bon sens.

auxquelles le dandy se soumet. il faut devenir « un grand homme et un saint pour soi-même ». Baudelaire pense l'efiort et à se faire que tout ce qui dans l'idée est naturel est abominable. Toutes les conditions matérielles. ni dans les tables tournantes. Baudelaire es- lime. jusqu'aux plus périlleux du sport. que « la vraie civilisation n'est pas dans le gaz dans ». compliquées.CHARLES BAUDELAIHE dans la douleur. C'est à cela que s'emploie la Civilisation. mais dans la diminution des traces du péché originel Qu'on ne s'étonne pas. après elle. « depuis et la toilette irréprochable à toute tours les heure du jour de la nuit. C'est l'artifice du Génie corrigeant l'imperfection naturelle et la sauvagerie de l'instinct. que une nécessité de l'Artifice. Or. comme le le Lacédémoiiien. de l'esprit d'intrigue et de mensonge. Ce mot d'Artifice a été mal compris. la vapeur. Elle est contenue du Péché ni originel. ici. en tout. Il ne s'agit pas. fortifier la volonté et à discipliner Le dandy se trouve ainsi amené à ne considérer. Mais ce n'est pas assez d'imposer sa supériorité aux autres. sous la dent du renard qui ronge. de l'impor- . et la Morale ne se propose pas autre chose. après cela. Cette théorie n'a rien de subversif. ne sont qu'une gymnasti- que propre à l'âme ».

par saccades des articalations.ET LA nELIGIO:S DU DANDYSME tance que Baudelaire i. C'était tête un habit et à noir. aux apparences de mousseline. dans le jardin du Luxembourg-. cravaté d'éclatant jaune d'or sur une chemise bleu pâle. d'un col de chemise et de manchettes de linge blanc. Baudelaire se prévalait. ce jour-là. Sa préoccupation est rharmonie des couleurs. comme craignît. par une après-midi ensoleillée. de compromettre le lui- sant de ses chaussures. la place. d'un cornet. s'il marchait entre des œufs ou qu'il par ce sable innocent. d'un pantalon noir sanglé par le sous-pied. très évasé du torse d'où fleur la de Baudelaire sortait comme une fort basques infinitésimales (on les portait alors très larges). ainsi que les petits acteurs en bois du sieur Séraphin. pour chacun de ses pas. Baudelaire s'était dessiné uîie forme d'habit dont la nouveauté avait stupéfié Nadar à leur première rencontre. et d'une cravate rouge sang de bœuf. .'onnait à fait la toilette. semblant choisir. La préciosité de ses gestes avait également im: pressionné Nadar qui nous dit Baudelaire procédait. de bottes irréprochablement vernies. amenuisées en sifflet. sans empois. Courbet (Musée de Montpellier) nous le montre en éléj^ant costume marron. dans sa marche. Il en une question de moralité. Il était ganté de rose pâle.

concassé. ou mieux.. Op. On sait qu'il ne retirera de la première édition des Fleurs du /na! {îS5'j)y en tout et pour tout. au bout de son fil. imprimeurs . !e g^este retenu. Poulet-Malassis et Eagène de Broize. Ses scrupules d'artiste. (2) Voici. la gymnastique an- guleuse de l'araig^née. de ses productions inquiète L'oriijinalité teurs et les directeurs de journaux. Ses gains restent dérisoires. Il Alors commence son douloureux calvaire. Nadar. par temps humide. demander à la littérature ses moyens d'exis- tence. son souci de la perfection. que la misérable somme de deux cent cinquante francs (i) (2). rappe'ait les silljouelles successives du télég^raphe optique qui se dém mtihulait alors sur 1rs tours de Saint-Sulpice. le contrat d'édition des Fleurs du Mal « Eotre MM. à titre de curiosité. font interdire. de dilettante. (i). compliqueront singulièrement sa tâche. et doit abdiquer ses préventions d'amateur. méticuleux.. alarmés. Deux ans moitié de sa petite le pour dissiper la fortune. Des soucis matériels viendroot bientôt arracher Baudelaire aux bénéfices de et à ses pratiques d'ascétisme lui suffiront la vie contemplative mondain. Ses parents.CHARLES BAUDELAIRE Le noir du costume aidant. qui ne lui permettent de travailler qu'à ses les édi- heures. : cit.

d'ailleurs conforme à la tradition romantique. « seul sacrement de la religion du dandysme ». Charles Baudelaire vend à MM. parce que l'épanouissement de ses facultés exigeait l'indépendance et le loisir. d'autre part. l'autre Bric à brac esthétique. se refuseraient à lassis et « les « reimprimer. n'ayant plus en magasin qu'un petit nombre d'exemplaires. Charles Baudelaire s'interdit la reproduction sous quelque forme que ce soit de tout ou partie de la matière contenue dans ces deux volumes. « Chaque tirage sera de mille exemplaires. Fait double à Paris ce 3o décembre i856. Poulet-îîa- Eugène de Broize.. teur. vendu ou iion vendu. Charles Baudelaire touchera par chaque volume tiré. il est pris d'un tel accès de désespoir qu'il veut disparaître et se frappe d'un coup de couteau. D'aucuns n'ont voulu voir qu'une feinte dans celte tentative de suicide. mais une part de son génie a sombré peut-être. « Pour prix de cette vente M. soit en huitième du prix marqué sur le catalogue de MM. mais il suffit pour être édifié sur la valeur de son geste. Charles Baudelaire ne pourra offrir ces ouvrages ou l'un de ces ouvrages à un autre horaire qu'au cas où les éditeurs. et M. « a été « convenu ce qui suit : M.ET LA RBLIGfOIf DU DANDYSME 2à Le 3o juin 1845. de se remémorer ce que Baudelaire dit du suicide. vicgt-cinq centimes. » . Les poèmes culminants de l'édition primitive des Fleurs littéra- libraires à Alençon. a M. Charles Baudelaire livrera les Fleurs du Mal le vingt janvier prochain et le Bric à brac esthétique à la fin de février. Charles Baudelaire. Tua des Fleurs du Mal. Poulet-Malassis et Eugène de Broize deus ouvrages. Baudelaire a survécu. d'une part. M. « M.

un de ces boas. et restera auquel la découverte d'Edgard Poe. d'un rude paletot-sac. En 1861. sous fort du bourreau. la Dans le les poèmes surajoutés ne retrouvera plus même intensité d^accent. un prosateur. lorsque Nadar obtenait la permission . Teffort Les jours passent. d'ailleurs émérite. Bientôt. infule style se sera une vertu nouvelle. La ruine n'est plus Le dandy en possession de Il dessiner la coupe de ses vêtements. Je glisse rapidement sur (i) Vers la fin de sa vie. On Il peut dire que Il Poète a donné toute sa mesure. se précipite. a atteint son apog-ée. Loredan Larchey le verra s'engoncer d'un horrible boa de chenille (mais écarlate). n'arbore De la luxuriante crinière ondulée de jadis. néanmoins sous sa défroque Il restera correct vulgaire et préoccupé jusqu'à la manie de soins de propreté corporelle (i). chaussé de gros souliers. La bouche comme celle d'un supplicié l'efIl qui serre les dents pour ne pas crier. il ne garde qu'un vestige de mèches rares. mais l'arbre est attaqué dans sa sève. vêtu d'une*blouse. du tour expressif. toujours en quête du mot juste. dessèche. Souriante va se crisper de cheveux tondus ras.CHARLES BAUDELAIRE du Mal il étaient écrits. pénible se fait sentir. ira. plus de cravates choisies. en i848. frileusement emmitouflé de cache-nez roturiers. dont raffolaient les petites ouvrières. souligne-t-il.

ses et de savon. en arrivant. et quelle plus lamentable image encore que celle du Baudelaire en traitement dans la maison de santé de la rue du Dôme. à qui il reste juste assez de conscience pour mesurer Tétendue de son désastre et dont tous les élans de colère ou de ferveur. du Baudelaire aphasique. d'où son séjour en Belgique (i864) où était allé faire et des conférences qui n'eurent aucun succès il ne rapporta qu'un excès d'indigence et les élé- ments d'un livre indigne de lui. mesure envahi de paralysie cérébrale. étouffé d'inextricables embarras d'argent. ne trouveront pour s'exprimer. Il faut suivre dans ses XoteSy d'heure en heure. . son essai de candidature à Tacadémie il 86 1 ). réduit pour vivre à concevoir des projets de vaudeville. le progrès du mal. à faire appel à la chanté de son entourage.El LA RELIGION DU DANDYSME 25 les détails ( 1 de sa vie connus de tous. bien qu'il n'en eut pas besoin. Il manifestait une joie enfantine à considérer ses mains nlanches.rande eau. de ce libre génie. sombré dans les pratiques d'une dévotion puérile. le premier soin de Baudelaire. le déclin de cette noble intelligence. jusqu'à sa à d'aller le chercher à la maison de santé et l'amenait chez lui. était de se laver à s. à çrand renfort de bro-. pour y faire jouer la lumière. pressés de se faire jour en paroles. Quelle lamentable image que celle de ce Baudelaire défaillant. Ce n'était déjà plus que Tombre de lui-même. aux ongles soignés. son procès ( 1 858). et à les agiter devant la fenêtre.

à ce vers qui nous remonte du fond de mémoire. qi5e ce jnron trivial et sac- cadé : « Cré nom ici ! » On meut ne peut supporter celte vision sans déchireet c'est que le toutes ses forces à l'apostrophe lecteur : cœur chaviré souscrit de du Poète à son à cet appel qui nous revient comme effaré la . effort. ij^a raison. Il lui fallait une langue assouplie pendant des siècles.. 11 n'y avait place à ce un Martial. Il j'ose dire. Ronsard. Marot. s'il entend que les Géorgie le et V Enéide puissent s'écrire indifféremment à telle ou les époque. l\a- .26 CHARLES CAimELAlRlî moit(. sinon je te maudis 1 QuandMartials'écrieccDonnez-nousdesMécènes. présup- pose un long profite d'une longue suite d'expériences accumulées. illuminé de toutes les flammes de son destin tragi- que : Piaios-moi. mais ques telle il dit une sottise. Virgile né sous Domitien n'aurait pu se réaliser avec le même bonheur. vous aurez des Virgiles I ». de vie congestionnée. s'il entend dire que les loisirs sont indispensables au Poète. moment que pour un Stace et Un poète comme Baudelaire n'est poscivilisation Il sible qu'à une certaine période de si avan- cée. Le loisir crée moins Poète que circonstances.i cioût 1867).

. chez nous.che aux arts de la peinture. analogue ou contraire. lequel n'est réalisable. les la poésie française térieuse et glaise.. Ces possibilités. le poète se double d'un esthète. de la cuisine et du cosmétique par la possibilité d'exprimer toute sensation de suavité ou d'amertume. où la nous Baudelaire. heudit reuse conséquence du dandysme. ici.. qu'aux « époques démocratie n'est pas encore toute puissante. transitoires. dans ses notes touche à la : — Comment prosodie dont la poésie musique par une humaine Que — racines plonsent plus avant dans l'âme que ne l'indique aucune théorie classique. On lit d'ailleurs.. de béatitude ou d'horreur. comme possède une prosodie mysles langues latine et an- la poésie se ratîf. où U aristocratie n'est que partiellement chancelante et avilie ». C'était. C'est d'eux qu'il a reçu Tinstruraent docile qu'il perfectionnera Il encore au point d'y fixer des états d'âme. le cas. Pour la première fois. ET LA RELIGION DU DANDYSME iq cine.. personne ne les avait pressenties avec tant de clairvoyance. méconnue. . suffit de lire Baudelaire pour éprouver que son vers lire ses ressources de la virtualité. avec tel adjectif. en et les que Rimbaud et René Ghil symbolistes cherchaient après lui: la phrase musicale et colorée. par Taccouplement de tel substantif — Que . ce musique et qu'il contient. Hugo lui étaient indispensables.

en la mysticité (i) La Restauration impreset sionna son enfance déjà encline à par un étalage de processions giques. On aurait voulu reculer jusqu'au moyen âge. est aussi redevable à sou reurs. la On appelle les gendarmes au secours de religion. A défaut de l'esprit. Les monstres des gargouilles. tantôt comédien (Baudelaire). i gards de Baudelaire est né sous pleine terreur blanche. parti. dans les rues. les (i) scènes de sabbat. desEtant enfant. à son dieu d'airain. et de circonstances favorables. Le clergé sentait le de pompes litur- besoin de recréer une les génération de croyants et multipliait cérémonies du culte pour suppléer à la qualité de la Foi lée. on en rétablit le décor. j> voulais être tantôt pape. Viollet-le-Duc paraît à l'horizon. le régime absolutiste. mais pape militaire. aux rela Postérité. . le Saint- Sacrement hérissé de baïonnettes.28 ' CHARLES BAUDELAIRE « Mais si le Poète . l'en Temps de ses excès et de ses er- Le devoir du critique est de les noter pour décharger. Le goût gothique va bientôt régner jusque dans Tameublement. dans une certaine mesure.a profité de la maturité de il l'heure. met Dieu sous la protection du bourreau. On promène. Le porte-voix du Joseph de Maistre. 11 se fait militant (billet de confession — ébranloi du sacrilège). les figures diaboliques.

les jettent l'épouvante sur l'auditoire en évoquant supplices trafiques et le brasier rouge de l'Enfer. d'un Louis Yeuillot. peupleront les demeures. heureux d*y savourer le piment du blasphème et du remords. Premier travers. un catholicisme celui outré. sont pleins des fastes de la chevalerie et des croisades. intolérant et De là. D'autres s'enfonceront dans leurs convictions religieuses. qui mettront dans la seule violence la supériorité de leurs arj^uments et qui semblent n'avoir embrassé la cause de Dieu que pour disposer de la foudre et de l'anathème et jeter de plus haut le mépris sur leurs contemporains. Les romans à la mode. Les prédicateurs Ils reviennent aux anciennes méthodes. mais aussi de superstitieuses terreurs. Ils n'essayent brandissent la menace. que Léon Bloy s'efforce de continuer de nos jours.ET LA RELIGION DU DANDYSME cendus des cathédrales. particulier. De là. cette génération d'inquisiteurs laïques. plus de convaincre. mettront partout Tobsession du Péché et des châtiments éternels. Anne et Radcliffe accrédite les his- toires de revenants de fantômes. Ainsi fera Barbey d'Aurevilly et ainsi fait Charles Baudelaire. d'excommunicateurs profanes. il y paraît assez par le Reniement de Saint Pierre et les Litanies de Satan. bien vite accentué par ce goût d'excentricités qu'il prendra plus tard à fréquenter . influencés de Walter Scott.

3o CHARLES BAUDELAIRE les bousingots de l'impasse du Doyenné et les jeunes France de l'Hôtel Pimodan. voilà ce qui règle les aspirations de la majorité. Ce seul nom de Philippe-égalité est une ironie. Delà vigne. à barrière. écrit Baudelaire. sent le médiocre et le provisoire. bien l'image de la société d'alors. C'est l'époque de la bonhomie et de la bonne franquette. L'étranger se gausse de cette royauté insurrectionnelle née sur Philippe. Ce monarque en pantoufles est pourtant l'enregistre. Hugo c'est maintci. le cancan. c'est le prestige. L'utilité et le profit. Le titre même sous lequel l'histoire Monarchie de Juillet. le le roi lésine et que la cour s'emboursencanaiile^ le tiers-état thésaurise la et dimanche. plus les barricades. . la Son incurable bonne la humeur éclate dans danse à mode . Ce titre de Roi-citoyen a l'air d'une gageure. L'idéal du jour tient tout entier dans celui ! le mot de Guizot: Et tout le « Enrichissez-vous! : » dans de Saint-Marc de Girardin » « Soyons est con- médiocres testé. Nous traversons une phase de vulgarité.iant Casimir Tandis que geoise. mort. Une poire. Ce qui manque le au régime. monde y est tâche. Népomucène Lemercier Le poète en faveur. Baudelaire atteignit l'âge d'homme sous Louis- Changement brusque. un parapluie en sont les armes parlantes.

il l'Idéal à défendre et rhyi>ocrisie à a aussi un (compte perces sonnel à régler. Sas au boiircfeoisl devient le cri de ralliement des cénacles. Traviès sont aux aguets. vont offrir une mine iné: puisable d'épigrammes aux chansonniers et de quolibets à Gavroche. ne s'embarrassent point de scrupules. : le Les types consacrés de l'époque le garde national. ces chasseurs d'Afrique chamarrés. Tout se rapetisse à la mesure du nomdu bre. On le persécute on le crible . il est inquiet . Uère nouvelle s'ouvre. jouissent de l'air du temps et forniquent sans re- . Joseph Prudhomme est l'ennemi. scandale. Théophile Gautier brandit son gilet rouge comme un épouvantait à bœufs. L'insuffisance des nouveaux riches. Il a non seulement démasquer. d'une mitraille de sarcasmes. Daumier. Gavarni. du ruolz et du romanfeuilleton. notaires à breloques. de Tapéritif. c'est ia promenade du bœuf gras.ET LA RELIGION DU DANDYSME La grande fête de Tannée. ces boutiquiers à faux tou])ets. peu reluisante café-concert. Il sent l'aiguillon de l'infini. Le ridicule abonde. concierge. On le bafoue jusqu'au Baudelaire s'emploie à ce jeu avec un entrain féroce. C'est l'âge d'or de la caricature. la loretle. La charge et le rapin sont nés. satisfaits d'eux-mêmes. le travers des parvenus fournit des armes à la satire.

vous y trouverez mille aphorismes de cette trempe. G^est pour lui « faire œuvre pie ». Il et disent la déborde d'amertume. à vrai dire. un jour. Il est malade. avec une per- ruque verte.32 CIIAKLKS JJAUUELAIUE mords. Il stupéfiait les gens par un étalage de propos séditieux. ~ Le jour où j'avais la gale. d'accoutrements singu- liers. mais il paraît que cela portait sur les imaginations neuves et crédules du temps. Il pour les elfarer. Il blasphémait... Qu'il s'entretienne avec l'un d'eux. toutes ces faces bourgeoises reluisent joie de vivre.. les Daadelai" riana d'Asselineau. D'ailleurs Baudelaire allait plus loin. il ne manquera pas d'émailler sa conversation de propos tels : Quand tre!. se vêt. nous paraît bien anodin et bien inoiïensif. comme dit Aurel. Tout cela. le carcan et la place de grève.. L'insouciance de ces cœurs béats l'irrite. tre.. que de les saccager. de paradoxes et d'hérésies qui sentaient la hart. Attitude étrange pour qui ne voit que ses insolences de la loi . On le vit se promener. — Moi ma j'ai jeté qui suis fils de prêmaîtresse par la feuêla cervelle — eûfaut a Ne trouvez-vous pas que comme un arrière-goût de les de petit noisette? Ouvrez mémoires du temps. rongé de soucis de santé . et l'on était encore trop près du sacrilège pour n'en pas ressentir une vague terreur..

cette succession rapide d'événements contradictoires. ce flottement des idées et des caractères ne pou- vaient que ramener au scepticisme. ivre d'une ombre qui passe. Il se délectait à faire dire de lui Il Oh ! l'homme ! singulier! avanç. il est évident que le spectacle chano^eant de la société que Baudelaire avait sous les yeux. Pour ce qui est de Tameud . ce jeu de bascule. le plus du régime. que toutes ces nature et les crises gouvernementales.ET LA RELIGION DU DANDYSME 33 étaient aussi d'aigi-uiser la un moyen de déraciner controverse et les la préjnçés^ d^ainener pensée de ses interlocuteurs à sortir de son eny^ourdisse: ment. Cela foi renforçait sa conviction que toutes les agitations des hommes sont stériles et que la au progrès est une duperie. Porte toujours le châtiment D'avoir voulu chaDg-er de place. se reflète dans tous En architecture.Ht : Je veux faire frémir la amateurs de progrès. I Mais de tous fut alors les dangers de contagion auxquels le exposé génie des écrivains. Hélas La nature ne frémit de rien. Ce redoutable fut le caractère bâtard entache plus ou moins toutes les caractère bâtard productions de l'époque Il et tend à stériliser les arts. les meilleurs dons. le séminaire de St-Sulpice en offre le plus typique échantillon. Pour le reste. L'homme.

confondu les systèmes. à cette époque. Oui osera jamais mesurer Tabîme de mépris que sous-entend. à tout. Lamartine. le comique et le tragile que. Ils y sont comme dépaysés. en apparence inoffensive. Ce dernier y a perdu l'oecasion d'être le grand poète que laissait prévoir la préface de Joseph Delorme. thode. comme la politique. « c'est du Louis-Philippe » ? La littérature. ce n'est pas l'enthouc'est le siasme qui manque. Vigny. c'est la mémain-d'œuvre Tout est mêlé. La prose avec Chateaubriand est devenue lyrique. Hugo n'arrivera à se . le rire et les larmes se heurtent dans mélo- drame roman. A noter toutefois que le génie de Lamartine y trébuche avec la Chute et le d'un Ange et que celui de Hugo semble et s'y four- voyer sur les pas de Sainte-Beuve subir un temps d'indécision. vit sur une idée fausse. Tout est renversé. Hugo dépassent l'époque. cette expression. on tout. Son génie avorté n'a donné qu'un critique. la est viciée. : brouillé. La matière Il est excellente. Le vers avec Sainte-Beuve aspire à se diluer dans la prose. les classes. d'arrêt. Le ventre envahit môme les pendules. Ce n'est pas Tessor.34 CHARLES BAUDELAIRE blement. Elle pâtit de cette conviction que l'inspiration suffit jugement. sait ce qu'il vaut. Le noble et le trivial. n'y a plus de limites. dans la bouche d'un antiquaire ou d'un simple amateur de nos jours. les genres.

Il que Baudelaire souffrît aussi de la crise. sans y parvenir. Gautier cherche en vain sa voie à' Emaux et Camées. d'éléments contrastés (i). s'est travaillé toute sa vie.ET LA RELIGION DU DANDYSME 35 ressaisir que longtemps après. en i856. le Trois Mousquetaires et la note. c'est l'histoire de Balzac. en i84o. c'est(i) Ce qui souligne l'incohéreace de l'heure.Ie meilleur de lui-même^ n'infirme en rien ce jugement. dont sanguin. il éclectique et incohérente. L'époque n'est pas favorable aux chefs-d'œuvre. voilà plus témoignage irrécusable l'heure. par le tour sarcas- ment. malgré sa force de résistance et malgré qu'il fût peut-être le seul disposé. D'ailleurs le la Pucelle de Belleville. à l'exemple de son époque. Les grands succès du jour. c'est que l'on édifie le es prisons de la Roquette et de Mazasavec mêmeentraiQ que l'on . à prendre vigueur de l'excès de platitude ambiante. avec et l'éloig-nement les Contemplations^ quand Texil lui auront fait une âme nouvelle. II revenait d'Italie et de plus loin. qui donne. à travers tant d'in- fluences diverses. avec acharne- style. Musset avait changé d'air. ce sont les Mystères de Paris. pour conquérir un naturel était tique de son esprit. du pays de les la douleur. L'exception de Musset. de cet du maléfice de immense portait l'afflux grand homme qui. Il ne lui a pas été possible d'imprimer une direc- tion unique à sa ferveur faite.

çà et là. même acquis à la couleur romantique. a cédé. dans uu vase profond. de goût plante en tous lieux les arbres de la Liberté. la propagande bonapartiste. dans cette langue. Je sais que la perfection d'écrivain de Baudelaire est aujourcomme un dogme. si ferme et si saine à l'hahitude.. Il fossile du régime à est indiscutable encore que ce grand . eûi-il pu souffrir ceci : « Tes nobles jambes. ont longuement insisté sur la pureté classique de son style au point (i) d'hui reçue d'évoquer Racine à son propos. Anatole France. des marbrures de décomposition et des traces de décadence ? Je ne parle pas de V Exvoto dont le gongorisme exaspéré est de circonstance. On dégage le centre de Paris et on aère ses rues. mais on l'étrangle d'une ceinture de fortifications. que se ranger à leur opinion. On traque. MM. mais Racine. Ce sont là des autorités indiscutables et l'on n-! peut. artiste. reste entil'idéal ché du vieux Credo. épris la de perfection. Il le sait et il s'en excuse en invoquant le droit de se contredire. pour ce qui est de l'ensemhle. Mais n'est-il pas permis de découvrir. Comme deux sorcières qui font Tourner un philtre noir. Remy de Gourmont. sous les volants qu'elles chassent. mais l'on ramène les cendres de Napoléon et on leur confère l'apothéose. Camille Manclair. parmi ta-at d'autres. . de absolutiste. Tourmentent les désirs obscurs et les agacent. qui va révolutionner la Poésie et la Criti- que et leur ouvrir des voies si neuves.36 CHARLES BAUDELAIRE à-dire qu'il ne lui a pas été possible de se réaliser dans y Unité. avec la dernière rigueur. à son insu contagion jusqu'à commettre des fautes (i). Charles Morice. Il est néanmoins symptomatique que son rêve démesuré d'orgueil n'ait abouti qu'à d'humiliantes confessions et que son Art..

...KT LA RELIGION DU DAXDVSME Zj Théophile Gautier. Tes hanches sont amoureuses De ton dos et de tes seius. Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance... Ajoutons. pervertis par tentés d'applaudir à l'abus des épices. examinant son style. toile âpre au toucher ».. soit! mais qu'il était utile de sortir à l'appui de notre thèse. » Exceptions. mais que dire de ces incorrections? « Mon gosier de métal parle toutes les langues. seront peut-être ces incohérences comme à des trouvailles de pittoresque. Et dans ses bras ouverts que remplissent s«s seins. une belle armoire. . Les Ta çorge qui s'avance Ta çorge triomphante et qui est pousse la moire. à sa louang-e. qu'on ne trouve chez Baudelaire aucune de ces étourderies : «. parmi tes plus chères breloques.. Sur toa ventre orgueilleux danse amoureusement.. note justement que Baudelaire y mêle des fils de soie et d'or à des fils de chanvre rudes et forts... >y Et de ces platitudes Oui n'est « Un air étrange pas celui d'un Ange. touiefois. Baudelaire les tient de son génie. Sous une forme courtoise et le désir d'être aimaon sent l'importance de la critique. Les fils de soie et d'or. Notre France. Il compare sa trame à « ces étoffes d'Orient à la fois splendides et grossières où les plus délicats ornements courent avec de charmants caprices sur un poil de chameau bourru ou sur une ble. Saisit un pistolet qu'il étreignait encore » dont Hugo est coutumier... Et le meurtre.. » Nos modernes..

C'est donc par dandysme. c'est-à-dire par haine des mœurs et des institutions démagogiques. non sans quelque répugnance. tion en vient à outrer sa concep- du dandysme aristocratique jusqu'à faire de le dandy par excellence et jusqu'à ne vouloir plus « parler au peuple que pour le bafouer ». Baudelaire n'était ni un sceptique ni un athée? c'était (le un souffrant.38 CHARLES BAUDELAIRE fils de chanvre. probablement. Pour protester contre la plad'un régime égalitaire. à en faire les conditions essentielles titude du Beau. a Produit contradictoire » mot est de lui) d'un vieillard et d'une jeune femme qui s'était laissé marier par intérêt et. le genre trivial à la pas impunément mode. nien et du style journaliste de son temps C'est qu'on une atmosphère contaminée. A vouloir fuir la sentimentalité niaise. à vouloir trop se méfier du le bon sens. le style bâclé. qu'il c'est son temps qui les lui fournit. sans relief. Il est difficile de garder l'équilibre sur un sol instable. l'anormal et bizarre. la dis- . d'une société de il niveau. sans De y songe. que Satan Baudelaire affectera de railler et de blasphémer. même Claudel s'étonne de trouver chez Bau- delaire « un extraordinaire mélange du ne respire style raci». Baudelaire en vient à rechercher l'étrange.

inquiète. Si les dires si une veine sarcastique. n'en va pas de même du côté mater- Sa mère. sans cesse de son impuissance. étaient morts « victimes de terribles de Baudelaire sont sujets à caution et ce propos ne paraît pas s'appliquer à ses ancêtres paternels (son père. Ses vers le prouvent où un malade de se gourmande s'avoue. était selon toute vraisemblance un il homme sain et paisible). née d'une famille échouée à Londres. cet. fois. ». passions ».ET LA RELIGION DU DANDYSME Sq proportion d'âge et le manque d'affinités de ses parents suffirait pour expliquer son déséquilibre nerveux. « idiots ou maniaques ». « un paresseux nerveux la ayant. capricieuse. à la reste. son étrang-e nature. de Cabanis et des Ghoiseul-Pras- lin. voici ce en dit . ami de Condor- d'Helvetius. et morte elle-même d'une maladie nerveuse (paralysie générale) pouvait bien être atteinte d'une tare atavi- que que Baudelaire aurait reçue à son tour en naissant. l'horreur et l'extase de la vie Au s'est analysé lui-même dans Fanfarlo sous qu'il les : traits de Samuel Cramer. Mais il y a mieux. Quoi la qu'il en soit. ». Baudelaire était il volonté. toute d'élans repliés par Baudelaire prétendait que ses ancêtres. nel. mélang-e de ferveur et d'impuissance. « Il dans il son journal. à la suite d'on ne sait quelles aventures. ]\P*^ Caroline Dufajs. presque sans ressources.

parle encore de « nature ténébreuse. tout à l'heure. qui resplendit sans cesse au dedans de lui. bariolée de brefs éclairs fois — paresseuse — féconde en desseins ».4o CHARLES BAUDELAIRE grand fainéaot. un ambitieux triste. sur le seuil du siècle. nous les connaissons. Il jouait pour lui-même d'incomparables tragédies ou. Il insiste et entreprenante à la difficiles et en risibles avortements sur son côté « comédien ». Tout Baudelaire qui nous les rend est dans ces lignes. imle monde se mourait. en tiennent l'âme entre leurs mains et vont la marquer de leur empreinte. mais ce si émouvantes. désordre. On y saisit les symptômes du mal dont vanité. c'est Wertiier. car il n'a ^uère eu dans sa vie que des moitiés d'idées. aux archives de famille de Baudelaire. C'est le mal du siècle. pour mieux dire. C'est René. Qu'avions-nous besoin. c'est Manfred. Voilà Voilà ceux les sources de son génie désespéré ! . c'est Lara. Le soleil de la paresse. de fouiller dans ses ascendances pour y trouver l'explication de son détraquement nerveux ? Les aïeux dont il porte la tare. Ce sont eux qui. tragi-comédies. debout. malheureux. c'est leur valeur symbolique. de appel faire aux documents secrets. lui vaporise et C'est à la fois un et un illustre lui mange Il cette moitié de génie dont le ciel l'a doaé. hier : puissance.

» origiDalité. a brodé d'étincelantes varia- . et que la Beauté vient des passions. son esprit douloureusement subtil. de Musset. dans les vers de Lamartine. Sa profonde c'est — enseig-ne Paul Verlaine. — et de représenter puissamment tel essentiellement raffioemeuts d'une civilisation excessive. lui le d'Alfred de Vigny et qui feront de rêveur. son sang brûlé l'ont fait les l'homme moderne que d'alcool.RT LA RBLIGION DU DANDYSME 4l dont fièvre sait il a reçu l'héritag^e et leur cri 1 C'est leur malaise. parce qu'elles ont leurs passions particulières. leur révolté qu'il retrouve. voilà l'une des caractéristiques du îi^énie de Baudelaire. Balzac lui a enseigné le que même le décor et vêtement moderne ont leur valeur esthétique. Baudelaire peut dire de ses contemporains : comme Lamennais et « Mon âme est née Télite avec une plaie. thème devenu somptueux poète Laurent Tai- Ihade. l'homme moderne avec ses sens aieruisés et vibrants. dès qu'il lire. Il pense que toutes les époques ont leur beauté. le On connaît le couplet banal sur lequel sur Thabitnoir. son cerveau saturé de tabac. naguère encore. I MODERNE. nostalgique De Le qui l'unique soin était d'approfondir secret douloureux qui le faisait languir.

un Rasti- gnac égalent les héros de l'Iliade et qu'il n'y a pas de lecture plus captivante. voyons pas. que celle des Faits Divers et de la Gazette des Tribunaux. Telle pièce des Fleurs du Mal. plus riche en éléments d'intérêt. comme : La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse. dans un Ici se manifeste la sensibilité de Baudelaire. ne déborde-t-elle lui a pas d'une généreuse pitié ? On reproché. il cache un cœur compatissant. « La vie parisienne. Ce que Baudelaire dit de . Il a senti la poésie dit acide des faubourgs et montré. est féconde en sujets poétiques et merveil- Le merveilleux nous enveloppe et nous abreuve comme l'atmosphère. Il a senti l'âme de Paris. Baudelaire estime qu'un Vautrin. son dédain de campagne des paysages frissonnants.. une conséquence la de sa théorie dandyste qui veut tout soumettre à loi de l'ordre chez le et qui ne soufïre pas d'irrégularité. » Lui a su voir. Sous ses allures cinglantes de dandy. affirme-t-il.. mais nous ne le leux. Ses lettres nous ont révélé le sentimental qu'il se défend d'être. C'était une attitude. même végétal. ce qu'il y a de noble encore chiffonnier ivre.4a CHAnLES BAUDELAIRE lions. comme Anatole France. violente et tourmentée. comme un la signe de sécheresse de et cœur.

Je n'en veux pour preuve que cette impression furtive cueillie « Les ténèbres vertes aux pages de son journal dans les soirs humides de la belle saison. c'est La d'avoir trop . donnez-moi et la force et le courage ! De contempler mon cœur mon corps sans dég-oùt que Baudelaire ne se console pas présumé de ses forces et de n'avoir pu soutenir jusqu'au bout le rôle héroïque de dandy qu'il s'était tracé mais il ne peut s'accommoder ni de la laideur.. et qu'il était. montre qu'il vibrait à ruriisson de ces grands interprètes eux. vérité. j'ai — aimés. de Troyon.ET LA RELIGION DU DANDYSME 43 Corot. de Théodore Rousseau. sensible de la Nature.. » Brunelière. Il n'osait à la fin de la journée procéder à son examen de conscience. reproche à : Baudelaire de se faire laideur ». Ames de ceux que fond de sa détresse. . comme aux charmes de la Poésie champêtre. ni de la sottise. — s'écriait-il alors j'ai du âmes de ceux que chantés. dans son réquisitoire. Il se sent mal à l'aise dans un monde terre à terre où « ses ailes de géant l'empêchent de marcher ». sûr de n'y trouver que sujet d'amertume et de découragement. « l'admirateur de sa propre osé proférer une pareille Comment il : a-t-il imposture quand savait présent à tous ce disti- que fameux Ah ! Seig-neur.

pour arriver à sa vraie personnalité.44 CHARLES BAUDELAIRE soutenez-moi. fort! (iez-moi. et les Il appelle la Douleur comme un moyen de puri- fication. et non quand un rictus sarcastique. poignante et sincère. tout ce côté factice et déjà démodé du talent de Baudelaire. à son trait éternel. un orgueil de damné. non quand il se fait gloire d'être « un faux accord dans la divine symphonie ». un endurcissement coupable. « façonner son esprit à tous so- phismes Il faut. avoir le courage de déblayer toute cette défroque byronienne. accordez-moi la ji^râce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes et que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise. au risque regrettable de conlrister quel- ques-uns de ses plus ésotériques fervents. Seigneur mon Dieu. attitude si inconciliable avec ses Là est sa note il affecte élans de ferveur. . le salut. à la part vivante et durable de son génie. ses crises de contrition soudaine. Soyez béni. qui doDoez la soufFrance Comme un divin remè-^e à nos impuretés. tout ce satanisme d'emprunt. mon Dieu. et vous. éloii^^-nez de moi le mensonge vapeurs complices du monde. qu'il éprouve a le besoin de s'en expliquer en disant les qu'il dû ».

ET LA RELIGION DU DANDYSME

l^h

Le mérite incontesté de Baudelaire,
née.
1

à

nos yeux,

c'est d'avoir restitué la poésie à sa véritable desti-

Elle a

cessé

d'être,

avec

lui, tributaire
Il

de
la

ne ravale plus à n'être qu'un mode d'enseignement.
Elle n'a d'autre but qu'elle-même.

Histoire, de la

Science et de la Morale.

une façon de goûter
de grâce. La poésie

la vie,

La poésie est une délectation, un état
Baudelaire,

redevient, avec

comme au temps
.

des Grecs, une manifestation
;

ine,

un ravissement de l'âme
rester

mais

l'originalité

de Baudelaire, c'est de

supérieur à son

ivresse et de la contrôler. Gautier constate que la

volonté chez lui double l'inspiration. Toutefois

il

y a un abîme entre

la théorie

de Gautier de l'Art

pour l'Art et celle de Baudelaire. Gautier sentait d'instinct que la Poésie devait se suffire à ellemême et que la Beauté est assez manifeste pour se dispenser de preuves. Pas plus qu'on ne fait d'un tableau, d'une phrase musicale, d'une statue, nous ne sommes en droit d'exiger d'un poème un caractère d'utilité pratique. La joie contemplative de l'extase nous suffit. Mais Gautier restreignait encoie par trop le rôle du poète. Il n'ambitionnait que de
rendre, à la façon d'un peintre, le contour et l'aspect

des choses.

Il

restait prisonnier des

appa-

rences. C'était

un spectateur. Baudelaire

est

un

46

CHARLES BAUDELAIRE

voyant. Sous

la

forme des choses,
Il

il

cherche leur

signification et leur raison d'être.
relie

Il

voit le lien qui
les

l'éphémère à Téternel.
et

découvre entre

phénomènes

ceux d'au-delà de mystérieuses

correspondances.
La nature
est

un temple où de vivants

piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L'homme y passe, à travers des forêts de symboles.

Qui l'observent avec des regards familiers.

Gomme

Dans une ténébreuse
Vaste comme Les parfums,

de longs échos qui de loin se confondent et profonde unité,
la nuit et

comme

la clarté.

les couleurs et les

sons se répondent.

Son domaine s'étendant jusqu'au monde
ble,
il

invisi-

lui est

moins

utile

de peindre que de sugici,

gérer.
11

La

signification des mots,

ne

suffit plus.

faut utiliser leur son, leur forme, leur couleur,

pour créer une atmosphère favorable à l'impression que Ton veut produire. Ainsi Ton violente l'âme, plus sûrement, en y accédant par le chemin des sens à la façon de la musique ou d'un parfum. Le poète est amené, par suite, à rechercher la Perfection. La perfection que rêvait Gautier était celle d'un habile ciseleur de mots. Celle que rêve Bau« De delaire est plus haute. Je lis dans ses notes la langue et de récriture prises comme opérations magiques, sorcellerie éoocatoire. Pour lui, le vers
:

>>

ET LA RELIGION DU DANDYSME

4?

est

comme une
lois

formule d'incantation qui obéit à
le poète par un privilège spécial

des

mystérieuses, mais inflexibles, que

doit retrouver d'instinct,

price ou

de sa nature. Rien ne doit être abandonné au caau hasard. Une faute d'inattention, un
L'apparition
se refuse.

accent omis, une virgule déplacée suffit pour faire
avorter Texpérience.

Le

talisman est sans vertu.
i

parvenu au sommet de Baudelaire, à ces régions sublimes où il a su s'élever d'une aile
voici

Nous

vigoureuse
Par
delà le confia des sphères étoilées.

On

s'y sent « purifié

par

l'air

supérieur
le
le

».

Nous

voici

parvenu au point où

poète apparaît
change.
le

Tel qu'en lui-même enfin l'Eternité
et

il

va rejoindre, dans l'immortalité,

chœur
;l

des

hommes

saints transfigurés par la douleur

e

chœur de

ces

demi-dieux

qu'il

a

chantés, parce

qu'ils éclairent

nos ténèbres

comme

des phares et

qu'ils constituent notre orgueil, étant les titres les

plus éclatants de la noblesse
Car
c'est

humaine

:

vraiment, Seig-oeur,

le

meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule, d'âge en âge,
Et vient mourir au bord de voire éteraité.

48

CHARLES BAUDIÎUAIRE

J'ai laissé

de côté

la vie

passionnelle de Charles
à.

Baudelaire parce qu'elle valait d'être examinée
part, tant elle offre d'aperçus singuliers et de

ma-

tière à controverses. Ici encore nous nous heurtons aux méfaits de la légende et au conflit des opinions. Tandis que la légende nous laisse supposer un être pervers et dissolu, deux intimes du poète, Rops et Nadar, se portent garants de sa vertu et nous attestent qu'il mourut vierge. A première vue, cette affirmation peut surprendre leurs arguments ne manquent pas d'impressionner. Nadar a connu Baudelaire à son retour de l'île Bourbon. Les deux amis se plurent par l'opposé de leurs qualités. Nadar était séduit par l'originalité de Baudelaire. « Celui-là, disait-il, n'est pas tout le monde, » Baudelaire était enthousiasmé par l'exubérance débrouillarde de Nadar. « Nadar, disait-il, est la
;

plus étonnante expression de

vitalité. Il doit
Ils

avoir

tous les organes en double. »

devinrent vite
il

inséparables. Entre amis de 20 ans
secrets.

n'est pas de

Nadar nous

avertit qu'ils formaient à plu-

sieurs, réunis
arts,

par leur amour des lettres et des une sorte de phalanstère où tout était en
:

commun
tresses.
sir

ressources,

lectures,

ambitions, maîles lieux

Ces jeunes gens couraient

de

plaile

à la

mode,

les

Folies-Bergère, Valentino,

se glaciale. Les deaioiselles. dont ces phalanstériens les d'un nouveau genre se partageaient voulait leurs faiblesses et leurs piquaient peu de discrétion. mais dès elles protes- qu'on y mêlait taient avec le nom de Baudelaire. Baudelaire devenait d'une froideur faveurs. pu prendre pour un sentiment de pudeur offensée. en connaissaient plus célèbres étaient les les les habituées. sœurs Delphine et Georgette.RT LA. Les lyonnaises Mariette et Anna Roux. RELIGION DU DANDYSME 4p Casino Cadet. Tous s'éton- naient de la réserve de Baudelaire. Elles avouaient à qui amants. mais qui n'était que l'explosion brutale de la vérité pure « Ah Celui-là Non Jamais » Deux femmes comptent pourtant dans la vie du Poète Jeanne Duval et M™^ Sabatier. la a^rande Pauline et Sapho Montreveil. il Non seulement bande lorsqu'elle entrait dans certains établissements où Tindécence mais dès que la conversation s'aest de rig-ueur nimait sur le chapitre des mœurs et versait dans affectait de se séparer de la . la grossièreté. vivacité qu'on eût : ! ! ! une ! : M™® Sabatier se présente à nos souvenirs nantie du prestige qui lui vient de la petite cour de 4 . Examinons si de cette double aventure ne ressort pas un double démenti aux allégations de Rops et de Nadar.

et qu'emplissait un bruit de volières. devenait Connétable L'embonpoint onctueux de Bouilhet lui valait d'être appelé Monseigneur ». d'Egerie. des nel l'on beau Théo. Chacun avait son cle surnom le d'intimité : le père Hugo. dans son coquet et lumineux logis de la rue Frochot.CHARLES BAUDELAIRE poètes et d'artistes dont elle aimait à s'entourer. que Métaphores . Flaubert portait l'étiquette. elle tenait table ouverte. l'on- Beuve. Les plus réole au vestiaire illustres. sous sa légende empruntée Madame Sabatier. L'entrain et la bonne humeur caractérisaient ces réunions où l'apparat n'était admis que dans le service de table. c'était le coloBarbey d'Aurevilly. des cristaux. les plus solennels se faisaient gloire de déposer leur au- pour descendre à la cordiale familiarité du lieu. de souche le bourgeoise. on ne sait trop pourquoi. Tous les dimanches. Feydeau. désignait. de « Sire de Vau(( frilard )>. lui d'un parfum xvni« confère une sorte de préciosité galante. ici le chez Veuillot. L'élite des écrivains du temps s'y donnait rendez-vous. siècle. « corsetière ». l'éclat de l'orfèvrerie. « la ». que cette au juste. Qu'était-ce. entretenue par financier Mossel- SABLE COLLECTION SABLE . la Ses familiers l'avaient et ce titre l'agréiiiente surnommée Présidente. et la bonne chère. aux clairs vitrages peints de fleurs.

. délicieuse.. Son air triomphant met: . Fejdeau nous assure qu'elle portait son joli nom de présidente « avec tout l'esprit et la bonne grâce ima- ginables (i) Voici Gautier : )) (i). trois pièces. d'un châtain doré. quand artiste de renom l'en priait ? A ne c'était tenir compte que des madrigaux de poètes. de belles proportions avec des attaches irès fines et des mains charmantes. en enfilade. Elle avait le teint clair et rosé. Cet intérieur avait l'air d'une serre. sarrangeaient comme d'eux-mêmes en riches ondes semées de reflets. joliment capitonné. joie. et de spirituel. La pièce. bonté. éclaira-t ces chambres.. carrée. La Présidente arrivait du fond de l'appartement et s'annonçait par une roulade qui s'achevait ea rire perlé. Au lieu de fenêtres. lendue détoflFe rouge sombre. Cela. devait 'ctirer jusqu'aux murailles. massive.. confortable et frais. tout au fond le cabinet de toilette. les traits réguliers. Elle s'appelait Aglaé et aussi ApoUonie. ^rop. la chambre à coucher. Trois grâces rayonnaient d'elle au premier aspect. Ses cheveux très soyeux. la bouche petite et rieuse. L'escalier n'était pas grand et il n'y avait qu'une porte par étage. pleines d'intérêt que lui consacre les lignes M°' Judith je ne rue Frocbot un appartenaent au i" ou au a* étage. pleine dit qu'elle une créature et de charme de distinction. ouaté. avec quelque chose de mutin.BT LA RELIGION DU DANDYSME mann un et qui. La salle à manger s'ouvrait juste eu face de la porte d'entrée ei ce lieu célèbre n'était ni très vaste ni très somptueux.. « Elle habitait sais plus )eQdus symétriquement. Elle était assez grande. ni à droite ni à gauche. A droite de la salle à manger. La porte avait deux battants couleur de palissandre. montrait des tableaux et des faïences. seus les feuillages des stores qui les voilaient. La table de chêne. à l'occasion. se bioquaieut le boudoir. mais au milieu du alier. spirituelle. Gautier nous était « supérieure aux autres femmes ». un vitrage qui formait toute une paroi. posait sans voiles. beauté.

Elle lamment son fonds de gaîté n'en fut pas altéré. Juven. En dehors des images d'elle que nous avons mentionnées. Elle repose au cimetière du Père-Lachaise dans le tombeau de la famille Thirecuir.) fît M""* Sabatier connut les revers de fortune. Elle jouait de la harpe et du piano et peignait avec agrément. alors que Paul Féval était président.EIle mourut à Neuilly (bonlevard Victor-Hug-o. la Muse. d'où Sabatier par euphonie. Théophile Gautier l'a célébrée sous le nom d'ApoUonie {Emaux et Camées). Les beaux jours revinrent vite d'ailleurs avec sir Richard W. Elle avait reçu des leçons de Meissonnier. aujourd'hui propriété de M. y » {Le second face vail- rang du Collier. Elle avait Alphonse Daudet qui l'a connue chez M™^ Ancelot nous en parle dans ses Trente ans de Paris.. c'est l'Ang^e gardien. la Madone.. et inscrite comme suit au bulletin de l'Association « M°* Jenny-Caroline Herbelot. née Thirecuir. le 22 mai i865. X' échangé son nom de Thirecuir contre celui deSavatier. dorée. mais tandis que notre imagination se dispose à lui décerner la palme des inspiratrices éthérées. dans leur Journal. La turquoise était sa pierre de prédilection. : I . à la joindre au groupe séraphique des Laure. le é janvier 1890. Elle avait du e.52 CHARLKS BAUDBLAIRB An physique. édit. kl). des Béatrice et des Elvire. comme une commère tait autour d'elle comme de la Inmière et du boaheur. les Goncourt viennent doucher notre enthousiasme en la peignant. dite Jenny Sabatet : tier. Pour Baudelaire. elle éuit grande. M"^ Sabatier était née à Strasbourg^ en iSai. Elle fut admise à la Société des gens de lettres. et un QQarbre du même la Femme au Serpent. rose. tou- jours vêtue de toilettes opulentes qui jetaient dans Tesprit des poètes « l'imag-e d'un ballet de fleurs ». il nous reste un b'jsle de Clésinger. Jean de Gourmout.-oût pour les arts. introduit au Louvre récemment.

de tout qu'il Ta vue et qu'il l'a traduite splendeurs du marbre. une fureur de commentaires passionnés aux environs de la Madeleine et du Passage des Panoramas. Son œuvre la lémoig"ne. On voudrait Técarter. Ce poing sur hanche trahit la vivandière.ET LA KELIGION DU DANDYSME 55 d'entrain trivial. « le » nous y retrouvons de ses toilettes. pendant huit jours. bas. une « vivandière reg-ard des vers de Baudelaire. Et il y a aussi le portrait que Meissonnier nous a laissé d'elle. ces esprit bariolé « . ce qui déchaîna. >e souciait peu des euph^mi^^mes .Nous trouvons sa sommes « les éblouis par ce jaillissement de santé qui . Nous y re« face mutine et enjouée où le rire joue comme un vent frais dans un ciel clair w. mais ii faut bien avouer que M"* Sabatier a fourni à Ciésin^er l'idée de sa « bacchante ». paraîl-il. La situation irrégulière de M™® Sabatier ne lui permettait pas d'être prude. vient des bras et des épaules couleurs retentissantes folles. aux du sculpturale beauté du modèle que Paris reconnut. Il cadre mal avec l'idée que nous étions en train de nous faire d'une créature de rêve. populacier. En cette affirmation bacchante moins. Son amant Mosselmann. robes emblème de son la mais geste a quelque chose de trivial et de dégin- gandé. carré et brutal en afiaiies. nous gêne. C'est en de Faunes ». Elle était habituée aux propos cyniques.

la très chère. M"® Sabatier son besoin 11 d'affection. Elle se et prévalait d'une carnation fraîche de\^aient plaire à d'une agilité d'esprit qui Baudelaire. rer. C'est sous ce jour cueillir. son Refuge. M™^ Sabatier crise et fut réellement la « Princesse il lointaine ». l'une sans Il ne pouvait envisager flattait réclamer l'autre. Elle fut longtemps son Idéal. une impression profonde. Les gens ne valent pour nous que par les sentiments qu'ils nous inspirent. seul qu'il nous plaît de l'ac- J'ai dit qu'elle était grande. C'est son qu'il voyait voltiger les débris fameux des stupides orgies. terminée. l'aima sans oser se décla- Ce fut pour lui « la très belle. celle vers qui se tournait dans ses moments de fantôme Sur de découragements. ne fût-ce que par contraste avec la passivité et le teint bistre de créole de Jeanne Duval.54 CHARLES BAUDELAIRE et des subtilités du lang-age. Pour Baudelaire. C'est architecte : lui qui disait à un « Combien votre église. Ces deux femmes se complétaient dans son imagination. la . dès le premier jour. Elle avait fait sur lui. Jeanne Duval sa sensualité. hostie en g-ueule? » Mais à quoi bon vouloir fixer le caractère véri- table de M°ï« Sabatier? Ecartons le chaos des témoignages. sa Foi.

cation des Fleurs rés pour que loin de le Il et d'élans fallut la publi- du Mal où les vers étaient insé- secret se découvrît. se Dans « . le souvenir de M'"^ Sabatier lui revenait u plus rose. rencontré dans les ateliers que exaucer On a Baudelaire fréquentait. se fâcher de ces M™^ Sabatier. contrefaisant son écriture. ces moments qu'il sent plus seul. adressée à une tierce personne. pu contester la sincérité de Baudelaire. des vers pleins de ferveur mystiques. hommages. des épîtres très enflammées. plus vif et plus mant ». un modèle quelconque.). marquée du même sceau spirituel. émue sans doute de leur persistance. après une débauche quand brute assoupie un Daij'5 la An^e se réveille. mais c'est être peu au courant de sa nature compliquée et des subtilités psya notés. réveil de Les yeux de l'Ame ». sous le voile de l'anonyme. Cela dura longtemps. doutons pas. où l'on chologiques que de vouloir tirer une conclusion de ces faits. Il lui adressait.ET L4 RELIGION DU DANDYSME 55 bonne ». sa pensée cherchait un réconfort^ un point d'appui charle à sa détresse mouvante. plus abandonné. la belle lui « chantaient N'en le sentiment qui poussait . se montra disposée à les vœux du Poète. en publiant une correspondance.

affranchi de tout préjugé et qui s'inquiète peu d'une pareille mésaventure. elle éclate . Il cherche des excuses à son recul. un amour exalté de tête. et elle le gagne » ? en adoration l^ ne note-il pas « la délicatesse hommage idolâtrique des blasés Le jour où il sent son amour partagé et Tétreinte possible. comme s'il ne savait pas qu'il disposait tant d'en rougir. Baudelaire n'a-t-il pas écrit « La femme dont on ne jouit pas est celle que l'on aime. L'honnête homme. l'homme de proie. il se replie sur un scrupule plus misérable encore la crainte de déplaire à Jeanne Duval. multiplier les appels. en jouissances sensuelles^ «. Il oppose la peur d'attli^er un honnête homme. un écroulement se fait en lui. Elle lui écrit : <( : de toute licence de ce côté. les H ne reste plus qu'une femme comme autres qui l'indispose parce qu'elle s'offre avec d'impudeur qu'elle-même ne peut s'empêcher Je suis à toi^decorps^ d'esprit. Ce que la Mais c'était : femme perd esthétique.56 CHARLES BAUDELAIRE Baudelaire à écrire à M™® Sabatier était sincère. M°*® Elle s'étonne : Sabatier supplie. qui puisait sa force dans l'absence de tout contact charnel. » Alors Baudelaire hésite. c'est Mosselmann. sa maîtresse en titre. « Que dois-je penser » quand je te : vois fuir mes caresses? A la fin. La sainte s'évanouit. M°^^ Sabatier a beau lui représenter que cela ne compte pas. de cœur.

poitrine assez plate. très pas mulâtresse d'une veux noirs peu crépus. résigne et pardonne en femme spirituelle. satisfaite du beau continueront de se voir. Rops et Xadar ont raison. Jeanne Duval. ». c'est le besoin « de pleurer ensemble. esl pris. Banville. toujours même incohérence des Les uns nous disent que « c'était une négresse. au contraire. à cet aveu : faut en finir. noire. M. Ainsi Tavenlure se termine par un procès-verbaj Reste de carence. Ici. trace ce portrait (1) Jeanne Duval. ne sait comment Il déi^ager Il mais c'est trop de ridicule. la Vénus documents. marchant mal (i : j. » Il insinue-t-il. . se décide alors Vous saves bien que fai d'odieux préjufjés à Cendroit des femmes. Voyons ce I qu'il en fut. de taille assez grande. Tout Il ce que tu voudras se répond-elle. Ernest Prarond nous belle. obligée de se rendre à Tévidence. Théodore Durel nous maiide à propos de . chetrès pas noire. Il ? » : Baudelaire con« tinue bafouille Son amour. Elle ne retire ~rôle. Elle même et lui pas son amitié. je n'ai pas la « FOI ! » M^e se Sabatier.ET LA RELIGION DU DAXDYSME 57 « Quelle comédie jouons-nous à se dérober. parle d'un noir d'encre ». Puur dresser Timaj^çe de Jeanne Duval.

avait quelque chose de divin et de bestial. pleine d'une grâce farouche. » C'est tout ce que j'avais pu recueillir de renseis-nements au moment où je dressais mon catalogue. Ce n'était pas une femme sait « « J'ai été amené. dit-il. qui ingénue et superbe. dite la maîtresse de Baudelaire avec ces détails « La femme q-ii devait être une créole avait été amenée dans i'atelier de Manet par Baudelaire et elle pas. mais elle était très brune et avait une cSoformation laissant deviner une part de saug nègre. rien de Phidias. délicat. Ce devait être une quarteronne. haute taille. couronnée d'une chevelure violemment crépelée et dont la démarche de reine. de trè-.^^ CHARLES BAUDELAIRE de couleur. finesse exquise ~ bouche admirablement meublée. dédaigneux — nulle trace de : une mulâtresse. » et mais c'était. fille C'était une portait bien sa tête Nadar insiste sur sa taille onduleuse de couleuvre et Texubérant développement des seins. Les hanches étaient un peu à Tavantag-e « du reste étroites. reprend sur Il la part de Fun les bénéfices de l'autre résume ainsi son jugement: goût raffiné — Elle était belle. dans le catalogue que j'ai dressé. en 1900. aux ailes et narines incisées avec beau dessin. : nè'-re . parce que « la nature ».. sérieux. d'un fier. Je vois maintenant que cette femme peinte par Manet était Jeanne Duval Je me rappelle très bien le portrait. m même pour être sa maîtresse. Manet n'étant^ plus là. « Le tableau est malheureusement passé depuis longtemps en Allemagne et je n'en puis retrouver ici la reproduction ». des œuvres d'Edouard Manet à décrire n» 35 (1861-62) Une femnae « étendue sur un canapé. mais un spécial rades yeux grands comme des soupières — nez petit.

Ingres des recherches d'un goût particulier. tout place du cloître Saint. . Op. Elle avait débuté au théâtre Jeanne Duval avait eu Fambition des planches. des finesses extrêmes. dues peutêtre à des moyens singuliers. certains développements et certaines sveltesses. du Panthéon. C'était tenait. le à chaque extrémité. Par exemple nous ne serions pas étonné qu'il se fût servi d'une négresse pour accuser plus vigoureusement. portaient un balcon. L'établisse- d'une statue en plâtre. cit.ET LA RELIGION DU DANDYSME 69 ces dénonciations simiesques qui poursuivent le sang- de Cham (i). Il l'ancienne au milieu de bâtisses pauvres. flûte. aujourd'hui disparu. Deux colonnes doriques supéglise des Gordeliers.Benoît. se en haut du Faubourg Saint-Jacques. la Diane de Gables et ment recrutait une (i) Joueur de clientèle de quartier à laquelle Nadar. dans son odalisque. Nous savons par les vers de Baudelaire que Jeanne Duval disposait d'une mag-nifique chevelure et l'avis de Nadar sur l'avantag^e du « reste w nous avertit que c'est à Jeanne Duval que songeait Baudelaire lorsqu'il écrivait : Il y a dans les dessins de M. un fronton triangulaire dans le goût rigide du i^r Empire. Le théâtre du Panthéon. réplique de l'antique. dressait. orné.

(liants. La preuve en est qu'il ajoute que ces débuts précédaient de peu (2 ou 3 mois) sa première entrevue avec Baudelaire. précédé d'un lever de rideau Le Système de mon oncle. un spectateur dont on ne nous dit pas le nom. timbre àé^ de sa voix de contralto Sa haute taille (elle passait les autres d'une tête) soulig-nait encore la méprise. et quand Baudelaire habitait déjà ':. oncle servait de prétexte (i). à la belle saison. certains soirs. par sa beauté étrange. un drame de Labiche L'avocat Loubet. L'insuccès fut éclatant. rien ne seyait plus mal à la condition de son rôle que « le et le sérieux. C'est là — : : première. mais. outre qu'elle manquait de vocation. qui a rédigé ses Souvenirs de mémoire. elle si elle n'avait la scène pas brillé par le talent. Or. Toutefois. la Presse avait été conviée. tablier blanc. le hautain de sa physionomie ». . elle quitta pour reprendre sa vie de femme g-alante. bonnet de tulle au vent. On jouait un drame je souligne.6o CHARLES BAUDELAIRE un public tapageur d'étu que Nadar la vit. nous savons par Banville. que Nadar nous donne comme son ami et qui n'était peut-être que lui-même. temps d'impressionner. Elle n'insista pas Après trois représentations. à un âge avancé. C'était une se mêlait. qui les présenta l'un à l'autre. Le Système de mon aux débuts de Jeanne Duval Elle y parut en soubrette. Ce spec avait eu le (i) Nadar.l*hôtel Piraodan. se trompe lorsqu'il j^ilace ces débuts aux environs de iSSg4o. que cette entrevue n'eut lieu qu'en 1842.

détail. au 2'' étage sur la cour. blonde. Elle vivait seule jolie. et se présenta chez Jeanne Duval demeurait alors rue Saint-Georges. le En apprenant ce craignit de s'être et une aventure fâcheuse. mais c'était un rival dont on ne pouvait concevoir même une ombre de jalousie. « étoffe alors très en faveur ». engagé dans manifesta quelque ap- préhension des inconvénients qui pouvaient s'en Jeanne Duval s'esclaffa. suivre. un poète dont toute la flamme à craindre de « . en face l'hôtel Aubert. brune comme les nuits ». lui qu'il pourrait quand bon quidam semblerait. C'était un doux rêveur inoffensif. La réflexion lui imprévue qu'elle appela incontinent sa femme de chambre pour lui en faire part. La domestique partit à son tour d'un sonore éclat de rire. Et toutes deux de s'emparut si ployerà rassurerle timoré. L'effet fut irrésistible. un maniaque. rien Non seulement il n'avait Monsieur » en cas de surprise. ou 17. en compagnie d'une femme de chambre. Son appartement modeste était élégamment iT» tapissé de perse. Elle agréa le visiteur sans sauvagerie et lui laissa entendre. à revenir la fin de l'entrevue. elle. tant il exigeait peu des femmes.ET LA RELIGION DU DANDYSME 6l t ^eiir eut le désir très vif de connaître « l'étrRng-e déité. sauf de 2 à 4» qui était l'heure de « Monsieur ».

sans scrupules. jus- qu'au bout. ces billets et. le doux maniaque. c'était Baudelaire demeurera jusqu'au bout teur de cette femme indigne. Aujourd'hui (1842). Comme Gomme au jeu à le joueur la bouteille l'ivrogne. la peu de lui. pour appuyer leurs dames sortirent d'un tiroir une liasse de doux entremêlés de vers. il continuera à rogner sur ses maigres ressources pour subvenir à ses besoins.02 CHARLES BAUDELAIRE s'épuisait en rimailleries dires. il ne Tabandonnera pas. Il suffit d'un sim- ple coup d'œil au quidam. mais. demain. Il même déchue. pour se convaincre que le rêveur inofïensif. mais il restera lié à elle comme têtu. maudira. sait qu'elle se soucie Il qu'elle n'en veut qu'à sa bourse. M™® Aupick pourra écrire à Asselineau. un misérable drôle. bien qu'elles tirassent leur bien-être Baudelaire. roulée à l'ivrognerie. privé même du nécessaire. habitué des cénacles. empressé à profiter de l'aubaine. elle. celui dont ces deux péronnelles se gaussaient si fort. Baudelaire est riche assez pour satisfaire à ses caprices. il la fera soigner à l'hôpital . et Il se laissera. le bienfai- de ses libéralités. exploiter par par son frère. Malade. au lendemain de la mort de Baudelaire : . le forçat à sa chaîne.

KT LA RELIGION DU DANDYSME 63 noire l'a torturé de toutes les manières. dans son voyage écourté. absent. mais qui lui revenait plus chère. il Tantôt. L'ascendant de Jeanne Duval sur Baudelaire provient de ce qu'elle réalisait son idéal « fait de beauté et d'indifférence trangeté. Eugène et Jacques Crepet : Charles Baudelaire (Messein). lui demandait la la jambe et il profitait de la 11 aimait manier sa chevelure. un piment de bizarrerie et d'é- Que ckerchait-il près d'elle? D'abord une satisfaction plastique. je ne vois jamais un mot ! La Vénus si ! d'amour (ij. ragoût exotique. auquel se mêlait un ». C'était une grande émotion de sa jeunesse. . Il coup de soleil de rOrient qui l'avait frappé. Oh vous saviez! Et que d'ars^ent elle lai a dévoré Dans ses lettres. Nous lisons dans son Jour- nal : permission de lui baiser circoustance pour baiser cette belle jambe dans telle position qu'elle dessinât nettement son contour sur le soleil couchant. forêt aromatique. où dormaient La langoureuse Asie tout et la brûlante Afrique. à mesure y retrouvait les mirages et le II) un monde lointain. j'en ai une masse. quoi qu'il en dise. presque défunt. d'abord méprisée (il l'affectait du moins).

prétexte que Baudelaire mettait en avant pour excuser sa froideur. On peut dire qu'il manquait tout au moins. comme le . J'eusse aimé. On sait que rœu caressé de Baudelaire était de vivre auprès d'une maîtresse « comme un chat voluptueux auprès d'une reine ».6/4 CHARLES BAUDELAIRE qu'il avançait en â^e le et que l'ombre s'épaississait autour de lui. de tempérament. Ce n'est pas n'imagine point tenant au lit. et . On Fontaine. dans ce domaine spécial. dit-il en parlant d'une géante. là le le vœu muletier de La d'un amant décidé. se près de sa partenaire. long* Comme au et se d'un cadavre un cadavre étendu prenant à songer A la triste beauté dont son désir se prive. c'est l'éternel L'obsession d'une autre. par « nihilisme spécial ». Etait-ce pair impuissance. « voir son corps fleurir etg^randir librement ». Sa débauche était toute cérébrale. Parcourir à loisir ses magnifiques formes Et Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins.leanne Duval nous est une nouvelle preuve qu'il aimait respirer la fleur de l'Amour sans la cueillir.

traînant après soi. ou par système ? Le vœu du dandysme. L'Amour agissant. Cette idée de rébcrvc. qu'elle lui des Fleurs da Mal. dans sa course furibonde. c'est que ce sonnet. signe le plus éclatant de la supériorité du dandy. de Baudelaire. c'est. ce bourreau sans merci. si invétérée. exécrable folie I bête féroce. chez Baudelaire. c*est d'ôter à TAmour son caractère de « répugnante utilité » pour le réduire à n'être plus qu' « un caprice brûlant ou rêveur ». se respire la peur de l'Amour agissant (i).récho devenu si rare des beaux chants d'autrefois. aax heures de décrépitude du Poète. c'est. écrit en dernier lieu (il n'a paru que dans la 3« édition) jaillit d'uQ élan puissant d'avoir été lontçlemps contenu et médité ei qu'il rend. l'humanité jette C'est d'abord parce qu'il risque d'y perdre le i'anathème mérité ! : Amour C'est la fléau du monde. ivre de carnage. parce qu'il n'envisage de l'Amour que le pouvoir néfaste. pièces surajoutées : meilleur iucoutesiablement de toute» les « Pendant que des mortels la multitude vile Sous le fouet du Plaisir. » . depuis les temps les plus reculés. la sincérité Ce qui prouve bien . seion Baudelaire. ensuite. Ma douleur.ET LA RELIGION DU DANDYSME 65 prétend Nadar. Il est indéniable que partout. Va cueillir des remords dans la fête s-:rvile. pour lui. de prudence est si natua inspire le sonnet CiV le (i) relle à Baudelaire. d'abstention. donne-moi la maio vienspar ici. gouvernement de soi-même. l'Amour fatal auquel.

66 CHARLES BAUDELAIRE une confusion De vêtentienls souillés. Sa sommation est si impérieuse qu'on ne peut l'élu- . un piège tendu pour la perdition de l'Ame. La brusquer. Baudelaire fait la du feu. d'hygiène sait qu'il n'est de continence. D'où vient D'abord d'un calcul de prupart dence.en adversaire loyal. il l'ac- fait fête celte inconséquence en imagination. L'atTron- ter. mais rétro et refusé au cueille et lui démon ? l'accès de sa chair. Et l'appareil sauglant de Cet effroi de TAmour s'explique par le sentiment que la vie se crée de la mort et que la perpétuité l'indisollici- de l'espèce ne s'assure qu'au détriment de vidu. Il sait qu'il faut compter avee a le Malin ». Le Malin. c'est l'exaspéier. à la combattre Le sage pas de taille de front. en l'instinct comme une suggestion cela. Elle se rit de nos sages résolutions. de et nos vœux de prudence. c'est la Nature. Baude- ne voit qu'une intervention diabolique. après avoir prononcé le sacramentel vade trine évangélique. de blessures ouvertes la destruction. il reste d'accord avec la doc- où il s'en détache. Mais là où le savant ne voit qu'une organique pour sa chimie mystérieuse laire et tation de la Nature en perpétuel besoin de matière de subs- tance à refondre pour des essais nouveaux. Il repousse donc l'appel de mauvaise et. c'est quand. c'est être vaincu d'avance.

que se saisit la présence et la rotation de la . Il y a mieux. le plus spontané. y cherche le mécanisme de l'Ame et la quaUté de notre essence. cherche dans la du corps humain l'explication du jeu des organes. joie réelle. Obsédé par l'énigme redoutable du monde. au contraire. mais on ajourne Téchéance ce faisant. C'est dans l'acte le plus irréfléchi. feint On de la suivre tout en s'enivrant du miel de la parole. une force surnaturelle de concentration. Ainsi le Moi évite le geste qui le disperse et le vaporise et puise. penché sur nos tares et nos perversions. mais on s'arrête en deçà du piège. en ayant Tair d'y consentir. à savourer une pour qui n'en est pas dupe. D'acteur inconscient. permet à homme de s'analyser et de s'instruire au spectacle d'événements que les autres ne traversent qu'en aveugles. de même Baudelaire. La onscience qui reste éveillée dans le tumulte des assioiis et l'émeute contenue des sens. On se laisse induire sur la route fleurie. il veut en pénétrer les secrets à la lueur de l'instinct.ET LA RELIGION DU DANDYSME Gj der que par ruse. On de s'engager. le De même que dissection chirurgien. de l'anibroisie des discours de cette effrontée larronnesse qui nous pipe à sa glu. la qualité le sage se hausse à de témoin lucide. feint et. on maintient en soi l'élat d'illusion et l'on prolonge l'éblouissement du désir.

mais nous Il restons frappés de l'audace de son entreprise. Il prend de la boue et il en fait La curiosité du vice devient. Il épure tout à la flamme de son de For. les annales de luxure enfouies les dans les bibliothèques ou perdues dans des marchands. sans rien perdre de son prestige ni de son austère gravité. dénuder la vie et assister. Il dit : . et sans per- doute. un mode d'investigation. les un procédé d'enquête pour de là lui vient. sans déchoir ni démériter.68 CHARLES BAUDELAIRE chaîne qui nous rive on ne sait à quelles Forces mystérieuses et qui nous fait appréhender si l'Homme ne se leurre point en proclamant orgueilleu- sement son dre dans libre-arbitre et sa part d'immortalité. le poète est comme Il le soleil ennoblit le sort des choses les plus viles. résoudre versité. Il grandes vérités. nous montré que le sa^^e pouvait. chez Baudelaire. génie. son fâcheux mais immérité renom de nous confie qu'il aimait à feuilleter la des estamcartons pes libertines. aux réflexes de l'animal humain. Nous savons le bien que Baudelaire va tout résou- sens du do^me chrétien. a Qu'il descende cités dans le labyrinthe fangeux des ou dans les replis secrets : du cœur.

ET LA RELIGION DU DANDY«ME 6o rie La vue de ces dessins m'a mis sur des pentes de rêveimmense à peu près comme un livre obscène nous vers les océans mystj^ques précipite fois je du bleu. ils ne seraient point souillés de cette obscénité révoltante qui est plutôt une fanfaronnade qu'une vérité.. et si ces objets Le g-énie sanctifie toute chose étaient traités recueillement nécessaires. encore de savoir Poète a une action directe sur les foules et ne s'adresse pas seule- . depuis la tendresse inappliquée de sainte Thérèse jusqu'aux curieux. qui ne s'y soit appliqué secrètement ou publiquement depuis Jules Romain jusqu'à Devéria et Gavarni. le avec soin et le qu'il n'est point d'artiste. le bonheur de rhumanité s'oppose-t-ii à sa divulgation ? N'est-il pas préférable que le Baudelaire se ramène donc au procès de troupeau des esprits soit conduit en lisière et con- damné à une éternelle enfance? Là est toute la il question. Puisque la Science est une dévoralrice d'illusions. est de manquer de naïveté et de Le procès que certains voudraient intenter à la Connaissance. Bien des me le suis pris à désirer devant ces innombrables le échantillons du sentiment de chacun. Les sujets de cette nature sont chose Leur g-rand défaut sincérité. mais.. le philosophe pussent se donner la jouissance d'un Musée de l'Amour. petit si importante ou j^rand. résolue s'agirait môme si le s'il par l'affirmative. que poète. où tout aurait sa place. débauches sérieuses des siècles ennuyés.

La Vie Littéraire (Galmann-Lcvy. eu nous rappelant que nous avons une âme. i' Voilà la vérité lique et il ! Baudelaire est un poète catho- est étrange le que le plus fougueux de ses détracteurs^ croyant Brunetière.7© CHARLES BAUDELAIRE ment à un Le plus petit lot d'initiés de qui la science reste le privilège. nous parce qu'à l'image des moines secd'autrefois. A y regarder de près. nous empêche d'être aigle heureux.). U bouleverse par Il les prophètes. le Foi du confesseur et cœurs à la façon des et nous ramène à Dieu la chemin de irrite. il taires et des inquisiteurs farouches nous met le nez dans notre ordure et qu'aux péil riodes de paix tranquille. . édit. la Douleur. En fait il mouth. Baudelaire n'esi pas le poète du Vice. c'est* gratifiés d'aucune dépravation : de vices. dès l'âg-e des cavernes et du mamne restait plus rien à découvrir. armés d'éclairs. n'ait pas pris qu'il lui portait rejaillissaient garde que les coups sur l'Exégèse. Baudelaire a du martyr. Anatole France nous en assure qui nous dit clair. que Baudelaire ne nous a neuve. ce qui est bien différent. Sa morale ne diffère pas beaucoup de celle des théologiens (i). il est le poète du Péché. (i) il fond du ciel comme un : Anatole Fraaee.

Ceux qui habitent les cimes glacées de l'Athéisme que n'impressionnent plus ni les fracas et de la chaire ni les diableries. C'est parce qu'il est resté prisonnier du Dogme que. depuis cinquante demeure imprégnée. beaucoup. et dresse dans un sursaut d'épouest le vante les convives gorgés et repus. pourtant. ni la mise en scène et les pompes le liturgiques. tant l'essence de notre littérature. entends-lu ?) Je le veux : ! I Sache qu'il faut aimer.KT LA RELIGION DU DANDYSMK Du mécréant saisit à plein poing les cheveux Et dit. au moment où nous allions nous endormir. Le pauvre. sans faire la grimace. sonne le tocsin. quand il passe. Un Il tapis triomphal avec ta charité. Pour que tu puisses faire à Jésus. le tortu. n'oublient pas. l'hébété. dont la conscience s'est libérée. sans prendre garde qu'ils le continuent à ans. comme Pascal. en respirer dans l'air. parmi les générations nouvelles. Mane-Thecel'Phares qui s'inscrit aux murs du festin. le méchant. que Baudelaire a payé de son désastre. geste téméraire de secouer les portes de l'Ombre et s'émeuvent encore de ses aveux désespérés. affectent de se dé- tacher de Baudelaire. Baudelwire est si varié que les esprits les plus . autour d'eux. Il est celui qui jette l'alarme et qui. le secouant a Tu connaîtras la règle » (Car je suis ton bon ange.

plaît « aux ». Il éblouit les néo-païens et le par la splendeur du Verbe rappel de ces époques nues. car nous aurions alors rétabli de l'Age d'or. Les écrivains y reçoivent une leçon de style et Il n'est pas jusqu'aux âmes innocentes qui n'y respirent un parfum « vert d'églog^ue et qui n'y retrouvent l'image du enfantines ». un bouleverse- ment général des le idées et des mœurs amené par la rétablissement d'un état d'esprit aule quel Baudelaire aura cessé de correspondre. Dont Phœbus se plaisait à dorer les statues. Je souhaite plus ardemment que la félicité tout autre. Baudelaire vivra tant que l'humanité comptera des inquiets. pour demain. des malades de spleen et des cher- cheurs d'infini. et prédit. de cadence.72 CHARLES BAUDELAIRE dissemblables. il a aussi le don des larmes et les attendrissements soudains qui vont droit au cœur et a les conquièrent les simples. s'ils l'abordent sans parti-pris. paradis des amours On nous guerre. Son règne durera tant que nous villes. plongées dans l'enfer luxurieux des des âmes nobles mais désarmées. aussi incapables à . amoureux S'il fervents comme aux savants austères charmes de l'horreur qui n'enivrent que les forts. sont Il sûrs d'y trouver leur récompense. verrons.

ET LA RELIGION DU DANDYSME -jS de se soustraire à la corruption que de s'y adapter. à l'impossibilité d'y parvenir. qui ont Timperfection pénétré l'inanité des plaisirs d'ici-bas et qui ne peuvent trouve s'accommoder de la d'un se monde où liée. la El il sera toujours voix de ceux. mystiques ou athées. quelle que soit leur confession. soif inexting^uible du bonheur chez la créature. .

.

Michel Lévy. Lettres. Paris. Histoires extraordinaires. Poulet-Malassis. Œuvres posthumes. Philosophie de — r Ameublement. Rouvière. Bruxelles. Les Fleurs du Mal. Richard et Tannhauser. Mercure de France. 1917. Eurêka. r*aris. 2e édition. 1917. Michel Lévy. traduites d'Edgar Poe. 5»-^. Michel Lévy. AleayoQ. Douze poèmes de Ch. Paris. Miel Lévy. 1917. 1868. i856. L'Art romautique. Les Paradis artificiels. 1917. Dentu. Piiris. i865. Paris. août-décembre. 1846. Le Spleen de Paris. Paris. publiée par Van Bever. Labitte. 191 7. Paris. rSô4. . Paris. i854.'oée de notes et de variantes. Paris. Œuvres posthumes. iSôy. Théophile Gautier. Poulet-Malassis. Paris. Les Fleurs du Mal. Pouîet-Maîassis. Paris. igo8. 1861. i845. Aventures d'Arthur Gordon Pym. PariS. Paris. Helleu. Paris. Mercure de France. Bruxelles. 1860. poésies. 18H8. traduction. Les Fleurs du Mal. Paris. Paris. étude critique. Les Fleurs du Mal. étude critique. Alençon. publiés en fac191 7. Complément aux Fleurs du Mal. i858. édition revue sur les textes ori^inaux. — Saloa de 1843. Ouenlio.— BIBLIOGRAPHIE LES ŒUVRES Salon de 1845. 1887. Nouvelles histoires extraordi- — — lires. 1906. librairie théâtrale. iSâg.accompaa. 1917. 191 7. Les Epaves. Histoires grotesques et sérieuses. 7 volumes. Grès. Paris. iSSy. Poulet-Malassis. chel Lévy. damnées. Paris. Œuvres complètes. Flammarion. Michel Lévy. Les Fleurs du Mal. 1917. Poulet-MalasCuriosités eàtlietiques. Pari?. Grès. Baudelaire. Lettres — — — — — — — — — — Wagner — — — — — — — — — — — — — — inédites de Charles Baudelaire. 1806. L'Edition. Lemerre. Poulet-Malassis. Miche! Lévy. traduit d'Edgar Poe. La Pienaissance du Livre. poésies. Michel Lévy. Paris. Paris. Reuae de Paris. Les Fleurs du Mal. iSSq. Les Fleurs du Mal. Paris. Paris. Paris. 1868. Michel Lévy. Grès. Paris. poèmes eu prose. Paris. Les Fleurs du Mal. simile. critique. 6 lO livraison. poésies con186 1.

revue. — j^crifs sur (Grès). — Œuvres posthumes (Mercure de France). — Chronologie des Fleurs du Mal. 1879 (Gharavay). Alphonse Séché. 1882 (CharpenAndré Barre. vue des Deux Mondes. — Lettre en appendice aux Fleurs du Mal.). 191 théâtre. (Dentu). Jules Claretie. (Maison du Livre). L. édit. Baudelaire Jules Bertaut vie. de Bonnières. métrique de BauAlbert Cassagne. i5 décembre 1906. 1912 (Grès). Louis Barthou. — Souvenirs et portraits de jeunesse^ Charavay. le domaine — Baudelaire. Barbey d'Aurevilly. Ange Bénigne. Charles Baudelaire. Paris 1900 (Leclerc). — Le Symbolisme. Nord-Sud. Théodore de Banville. sa son œuvre. — Ch. Henri Cordier.76 CHARLES BAUDELAIRE A CONSULTER Guillaume Apollinaire. public. — Baudelaire dans 7. Reseptembre 1892. i5 mai 191 et C'e). 27 septembre 1886. Er1872 mitage. — — — . 1906 (Hachette). Ferdinand Brunetière. Champfleury. 7 le et (Michaud). — Le Procès des Fleurs du Mal. — Le Gaulois. Paris. Paris. Viff^y ^t Baudelaire. Fernand Caussy. Paul Bourget. — Versification ler et — Mémoires d'Aujourd'hui (OWenâorff. Charles Asselineau. tier). — Mes souvenirs. Le Journal^ l\ septembre 1901.) delaire. 1912 (Jouve Maurice Barrés. F ans. — Essais de Psychologie contemporaine (Lemerre). Paris. — Lettres. — La statue de Baudelaire. Notules sur Ch. 1869 (Lemerre. 1917 Henry Bataille. Baudelaire. — Un Homme libre. candidats à l'Académie.

La Plume. Préface des Fleurs du Mal (Cal- — — — — — mann-Lévy). Nouvelle). 1884 (Char- H. — — — Le Temps. (Helleu). 19 12. Feyrnet. Paris (Ha23 juillet 1857. ses œuvres. Souvenirs-corresponet dance. chetie). Anatole France. Baudelaire. La Vie Littéraire. Préface — — 5 octobre 1897. Georges Duval. — Souvenirs littéraires. Mon cœur mis à nu. X. 1891 (Calmana- René Emery. Paris (Juven). Joris-Karl Huysmans. Le Présent. Paris. Baudelaire. — Introduction aux Fleurs du Mal. — Lettre. U Fvènement. i^r août 1917. . Féli Gautier. Lettre. Théophile Gautier. Ch. Les Fleurs du Mal. — Le Gaulois.ET LA RELIGION DU DANDYSME q-J Charles Cousin. Mercure de France. du Livre). Baudelaire etSwinhurne. Lévy). 1017 Remy de Gourmont. — La Plasticité de Baudelaire (Mercure octobre 1917). Hignard. Gustave Kahn. — Promenades littéraires (Mercure — de France'. — Baudelaire en Belgique (La Société . Appendice des Fleurs du A (Calmaon-Léw). A Rebours. tlonfleur. G. Ch. Maurice Kunel. 1907 (Messein de Gustine. Paris. — Charles Baude- — des Fleurs du Mal Henry Dérieux. Baudelaire. Baudelaire. sa vie. 1872. André Gide. 28 mars — Quelques lettres inédites de Baudelaire (Mercure de France). Paris. Fusées. Ch. Le collier des Jours. 1917 (Maison — (Blaizot). 1882. i^r laire. Baudelaire et pentier). Maxime Du Camp. Appendice Mal (Calmann-Lévy). Dulamon. novembre 1917. Emile Deschamps. — Ch. 1908. kjo^. Arthur Holitscher. Le second rang du Collier. Revue des Lyonnais. Judith Ga-utiei*. Berlin. i3 février 1869. juin 1892. — — Arsène Houssaye. Eugène Crepet Jaccfues Crepet. de France. -Jean Aubry.

Ch. temporaine. — Jules Levallois.irc. LafFont. La famille de Ch. Jules Laforgue. — Méditation sur Baudelaire. / — Fragmeids de Souvenirs. — Influence d'Edgar Poe sur BaudeThèse pour le doctorat d'Université présentée d(^vaut Faculté des lettres de Grenoble. clerr). 10 mai 1888. — La Personnalité de Baudelaire la et critique Fiance). igoi (œuvres (Maisoa du Livre). — Le mouvement symboliste (Maison du Arthur Patterson. ( Moi) e 1903. Paris. sa légende. laire. Gilbert ld. 1890 (Varsovie). Livre 1917). M. Grenoble (Allier frères). 1889 Jules Lemaître. Entretiens politiques et littéraires. 18G8. 1896. France). i86y à igoo (Fa^quelle). et Paris. — — Victor-Emile Michelet. biologique des Fleurs du Mal (Mercure de Camille Mauclair. Paris.. — Figures d'évocaieurs. . Leconte de Lisle. — Anne Osmon. Paris (Didol).. 191 1 (Blaizot).8 CHARLIÎS BAUDELAIRE D*' Causerie du bibliophile. -— Noies sur Baudelaire. — Georges de Nouvion.i. 1861. Jean Moréas. Librairie illustrée. 1917 (Maison du Livre). 1901 (Le- "dré Mary. Baudelaire. lievae européenne. Le mouvement poétique français de Catulle Mendès. Baudelaire. igoS. Ch. La Plume. — Paysages sentiments (Mercure de Na-dar. — Mémoires d'un critique. Jules Lepetit. Quelques autographes de Ch. Les Contemporains. Baudelaire. Le Livre. Antoni Lange. Paris. juillet 1893. Baudelaire intime. Loredan-Larchey. laire. — et imag-e) — — 1892. sa vie^son œuvre. la Ch. tome IV. — — — (Lecèae et Oudin). 1913 (Figuicre). Essais de biographie conLa Fizelière et Décaiix. L'Ermhsgù. BaudeJulien Lemer.

Le Gorrespondrint. Baudelaire. jctobre 191 7. 191 Paris. Paris. — inédites. 1913. Le Livre moderne. André SuarèsT — Sur la vie. Ernest Raynaud. (Maian du Livre). Baudelaire et Théophile Gautier (Mercure de France). février 1903. 19 17. 1914 (Grès). Bru- cques Rivière. orges Rodenbach. Tome — — — — Vues sur Baudelaire. Baudelaire. Van Bever. '<iur. 191 7. — Les artistes littéraires. i\ août 1917. l'homme. 1899. Baudelaire. Milnes Turquet. 1891. Entretiens politiques et — littéraires. Baudelaire. Les petits poèmes en prose. Appendice des Fleurs du Mal.i^^t^ (Calrnann-Lévy). — — La Fo^ae. Gaston Syffert. — Lundis du CJiercheur. 1807. 1889. — Physionomies 1. 10 nov. Ch. xelles. son tombeau. Alfred Poizat. Iraoçaise. Edmuud Gosse).— La terreur baudelairienne (Paris-Midi). r^oorges Rency. No du î5 juin 1909. Spoelberch de Lovenjoul. 24 août — Les Idées religieuses de Baudelaire. Henri de Régnier.ET LA RELIGION DU DANDYSME 79 Edmond Pilon. ipiS. The Injlnence of Baudelaire in France and Eiiqland. — Les Fleurs du Mal and other stndies (éd. — Le Moniteur universel. 1869. London. Ad. août 1917). Le Temps. London (Con^table). IV. critique. i4 Sept lettres juillet Maurice Tourneux. 1912. Nouvelle le Revue prosa- Gaston Richart. littéraireSy 1907. S^winburne. (L'œuvre et l'image). Le Cinquante- — — — naire de Baudelaire (Maison du Livre). Études de littérature contemporaine. — — . bjherer. le — Ch. Rastignac. Lettre. L'élite. Edouard Thierry. i5 octobre 19 17. juillet 1900. Maurice Spronck. Paris-Midi. — Portraits d'Hier. U Illustration. inte-Beuve. 6 février 1886. — Éludes. Paul Souday.

Georges Vicaire. jçravure du précédent. Baudelaire et Sainte-Beuve. Célestin Nanteuil portrait^ lithographie. réplique du tableau de Courbet.— 80 CHARLES BAUDELAIRE Fernand Vanderem.portrait. — — — — ICONOGRAPHIE Alexandre Lafond portrait médaillon peint à l'huile (j86i). Manet portrait peint et gravé (i865). i8q6. Cinquante ans après Baudelaire. Félix Regamey portrait. Manet portrait peint et g^ravé (1862). Manuel de C Amateur de Livres. gravure parue en tête des Epaves (1866). Montpellier). Œuores complètes (Messein). Courbet '. dessin (1866). graphie de Nadar. Le Tombeau de Charles Baudelaire. gravure. caricature parue dans le Panthéon Nadar. peinture à l'huile (i844) (appartient au D<* Piogey). Braquemont: portrait. Paul Verlaine. — : : — : — : : — — — : — — : : Poitiers — Imp. rue Vicior-Hu^o. Nargeot portrait. Béguin portrait. Legros portrait peint à rhuile. Revue de Paris. Morin portrait. Félicien Rops portrait. dessin reproduit dans Les Chats de Chanipfleury (18D9).portrait. Bracquemont portrait gravé d'après un dessin de Baudelaire — : : — — — — : : — : — Alcide Sauvaire portrait d'après une photo(1848). 7. La Plume. i5 août 191 7. Roy. (Le- Camille Vergniol. Fantin-Latour -. Emile Deroy portrait. G. peinture à rhuile (1848) (Musée Fabre. peint à l'huile. clerc). 1917. frajs^ment de son tableau : La Musique aux Tuileries où Baudelaire s'entretient avec Gautier. .

.

1>1 lii ij û /l J- .