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M.

Pinna

Un aperçu historique de "la théorie des climats"
In: Annales de Géographie. 1989, t. 98, n°547. pp. 322-325.

Citer ce document / Cite this document : Pinna M. Un aperçu historique de "la théorie des climats" . In: Annales de Géographie. 1989, t. 98, n°547. pp. 322-325. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1989_num_98_547_20910

NOTES Un aper historique de la théorie des climats Le problème du rapport entre le climat et Homme constitue comme on le sait le principal aspect du problème plus vaste du rapport entre Homme et le milieu naturel Ce thème de réflexion est cependant pas nouveau au contraire idée selon laquelle les sociétés humaines dépendent directement des conditions climatiques est très ancienne et de nombreux auteurs toutes les époques ont explicitement exprimée dans leurs écrits On peut dire que chaque fois que horizon géographique est élargi grâce aux relations établies par les Européens avec autres peuples de caractères ethniques et de niveau culturel différents les hommes cultivés ont tenté expliquer les différences relevées dans ces caractères humains par influence diverse du climat Cela est produit dans Antiquité après les premiers contacts établis par les Grecs avec les peuples méditerranéens et époque moderne après les premiers contacts des Européens avec les peuples outre-mer lors des grandes découvertes géogra phiques Les historiens utilisent expression théorie des climats pour indiquer cette doctrine antique qui prétendait expliquer les différences entre les divers groupes humains et plus précisément entre Européens et Asiatiques entre hommes du Nord et hommes du Sud entre habitants des montagnes et habitants des plaines par les différences climatiques existant entre ces régions Pendant très longtemps dans la culture du monde occidental on affirmé Les hommes du Nord sont forts et valeureux car endurcis par le climat froid mais ils sont peu intelligents et inaptes aux affaires politiques les hommes du Sud NordAfricains Asiatiques ont une intelligence vive et une grande imagination mais ils sont mous car affaiblis par le climat chaud enfin les hommes des moyennes latitudes possèdent les meilleures qualités des uns et des autres.C. Historiens de la philosophie et historiens de la science estiment unanimité que la première formulation de la théorie de influence du climat sur les qualités morales et intellectuelles des hommes se trouve dans uvre Hippocrate Des Airs des eaux des lieux environ 400 av J. et considèrent donc le grand maître de la médecine grecque comme le fondateur de la théorie des climats La thèse générale de cette uvre peut se résumer en ces termes auteur en étudiant influence exercent les divers éléments du milieu géographique est-à-dire le climat eau et le sol met particulièrement en évidence action du climat sur les conditions de organisme et par là même sur les qualités morales et intellectuelles des différents groupes humains Il essai qui retrace histoire de la théorie des climats été récemment publié par la Société géographique italienne Pinna La teor dei climi una falsa dottrina che non muta da Ippocrate Hegel La théorie des climats une doctrine erronée qui ne change pas Hippocrate Hegel) Memor Soc Geogr Ital vol 41 1988 396 .

NOTES 323 reconnaît cependant que les structures sociales et même le système politique peuvent exercer sur le bien-être de Homme et sur les destinées des peuples une action tout aussi importante Cette conception de fond que nous pouvons définir comme un déterminisme climatique tempéré par action des facteurs politico-sociaux constitué un modèle de référence pour un grand nombre historiens de philosophes et de géographes de Antiquité au XIXe siècle époque gréco-romaine quelques illustres philosophes comme Platon et Aristote et beaucoup plus tard le grand médecin Galien défendirent la théorie des climats mais côté de ceux-ci autres penseurs comme Cameade Ciceron et Strabon ont farouchement combattu le déterminisme climatique Quand ensuite dans le monde culturel grec les idées absurdes de astrologie se diffusèrent surtout par intermédiaire de cole stoïcienne) la théorie des climats se mêla celles-ci ainsi on affirma que les hommes sont conditionnés non seulement par le climat de leur pays mais également par la puissante action des étoiles et des planètes Cette conception fut par la suite confirmée par autorité de Ptolémée qui fut non seulement le grand astronome et géographe que nous connaissons tous mais aussi auteur du plus important traité astro logie de Antiquité le Tetrabiblos La théorie des climats ne réussit se libérer de emprise de astrologie avec la grande révolution scientifique du XVIIe siècle quand les savants européens purent démontrer la fausseté des idées nées en Mésopotamie Au Moyen Age les grands philosophes de glise comme saint Thomas Aquin Roger Bacon et Albert le Grand défendirent la théorie des climats Saint Thomas en particulier avait dit que les hommes du Nord dont le corps est riche en sang car ils doivent réagir au climat froid ont beaucoup animositas est pourquoi ils sont toujours prêts la guerre mais leur intelligence est lente et dans ensemble modeste Les hommes du Sud au contraire ont une vive intelligence et un esprit doté de subtilitas cependant leur corps est pauvre en sang ce qui pour conséquence leur peur de combattre Au Moyen Age on remit ensuite ordre du jour avec plus de vigueur que dans Antiquité le problème de déterminer quelle était la région du monde qui jouissait du climat le meilleur est-à-dire la région qui pouvait se définir comme le pays idéal Aristote avait localisé sur le territoire grec tandis que Ptolémée indiqua la zone entre 28 et 34 de latitude Certains savants du Haut Moyen Age acceptèrent cette thèse de Ptolémée en précisant que dans cette zone on trouve les meilleures conditions dans le secteur oriental car il constitue la partie droite du monde Ces argumentations amenaient bien sûr considérer la Palestine la terre du Christ comme le pays idéal mais elles aboutissaient aussi indiquer les Arabes comme le peuple le plus chanceux presque comme le peuple élu puisque habitant dans la partie orientale de cette zone climatique est pour cela que quelques savants occidentaux surtout fran ais réagirent Jean de Jaudun revendiqua pour les Fran ais la primauté Aristote avait assignée aux Grecs tandis que Pierre Dubois dans son uvre De Recuperatione Terrae Sanctae bien que se faisant promoteur une croisade fran aise part entière invita le roi ne pas la diriger personnellement et éduquer ses enfants en France vu que ceux qui sont nés dans le royaume de France sont supérieurs ceux nés dans autres pays par leurs manières leur constance leur courage et leur beauté Pendant la Renaissance la théorie des climats est de nouveau très répandue .

324 ANNALES DE OGRAPHIE mais elle apparaît toujours liée aux principes de astrologie même si Pic de la Mirandole combat de toutes ses forces cette doctrine absurde Et nous voyons le déterminisme climatique encore lié astrologie chez Jean Bodin auteur qui fait la même distinction Hippocrate entre peuples du Nord du Sud et des moyennes latitudes mais parmi ces peuples il accorde sa préférence ceux du secteur occidental car les pays de Ouest par leur climat frais se rapprochent de ceux du Nord tandis que les pays de Est présentent une plus grande analogie avec ceux du Sud Au XVIIIe siècle désormais libérée des idées absurdes de astrologie la théorie des climats retient particulièrement attention des philosophes et des historiens Cela se produit surtout dans la culture illuministe fran aise grâce Montesquieu On peut dire que pendant tout le siècle en France on discuté de influence du climat sur Homme en se référant aux affirmations contenues dans De Esprit des Lois si grand avait été le retentissement de cette uvre dans la culture de époque Nous ne nous attarderons pas sur le déterminisme climatique de Montesquieu ni sur certaines de ses affirmations extrémistes empire du climat est le premier de tous les empires étant donné que ses pensées sont bien connues de tous les géographes Rappelons du moins que si les idées du baron de La Brede au sujet de influence du climat sur Homme furent partagées par quelques philosophes de époque comme Rousseau elles eurent aussi de farouches adversaires Helvétius Voltaire et vers la fin du siècle Volney Dans la culture britannique du XVIIe siècle la théorie des climats eut étrange destin de se trouver associée deux autres concepts philosophiques la théorie selon laquelle le monde destiné une imminente présente des signes de vieillissement et autre selon laquelle même intelligence humaine et le talent artistique sont en décadence par rapport Antiquité donc le présent ne peut pas être la hauteur du passé Ces trois idées se liaient entre elles pour donner lieu une conception de monde substantiellement pessimiste qui semblait bloquer toute esquisse de progrès La théorie des climats condamnait ensuite les Anglais la condition de peuple nordique fort et robuste mais de faible intelligence Quelques savants éclairés réagirent ces pensées mais ce fut surtout le cas de Francis Bacon qui soutint la validité de la science moderne contre impérialisme de antique il invitait respecter cette culture mais sans la vénérer comme la seule possible La réaction au déterminisme climatique eut lieu au siècle suivant grâce David Hume qui en neuf arguments très précis démolit la thèse du caractère inéluctable de action climatique Cette forme de déterminisme fut aussi combattue par les grands historiens écossais Adam Ferguson John Millar et William Robertson qui étaient disposés admettre une certaine action du climat sur les caractères somatiques mais certainement pas sur les qualités morales et intellectuelles des hommes Dans la culture italienne du XVIIIe siècle quand dominait encore intérêt pour les études juridiques et philosophico-politiques la théorie des climats imposa attention des philosophes pas tellement par intermédiaire de la lecture des Anciens ou des auteurs de la Renaissance mais plutôt par inter médiaire de uvre de Montesquieu On parla presque exclusivement du rôle du climat dans les commentaires de De Esprit des Lois dont on eut bientôt la traduction italienne Cependant le poids oppressant du pouvoir papal et des dominations étrangères ne permettait pas de discuter sereinement pour ou .

F Hegel Ce dernier comme on le sait avait affirmé que dans histoire de humanité il est possible de reconnaître un processus unitaire qui identifie avec affirmation progressive de esprit du monde Weltgeist dans sa tendance vers absolu Ce processus qui est effectué par une succession esprits du peuple Volksgeistes destinés chaque fois un rôle historique eu pour origine Asie et est ensuite déplacé vers occident atteignant abord la Méditerranée et puis Europe occidentale où il terminé son cycle Pour Hegel seuls les peuples habitant dans la zone des climats tempérés avaient la possibilité entrer dans histoire tandis que tous les autres devaient en rester exclus car seule la zone tempérée doit servir de théâtre au spectacle de histoire du monde La différence entre Hegel et Montesquieu est donc importante En effet alors que le baron de La Brede bien que convaincu de la plus grande rapidité du processus de civilisation sur les territoires au climat tempéré avait soutenu que tous les peuples sous importe quel climat ont le même droit entrer dans histoire Hegel considère le fondement climatique comme point de départ pour exclure des régions entières de notre globe du cadre de histoire universelle Après Hegel la théorie des climats ne trouve plus raison être étant donné que juste cette période quelques faits importants survinrent tout abord la climatologie naît et jette les bases du concept moderne de climat jusque-là on avait une idée purement thermique du climat qui était con comme une zone de latitude comprise entre deux parallèles raisonnablement proches selon enseignement des astronomes grecs en second lieu les disciplines naturalistes élaborent le concept de milieu et mettent en évidence le fait que le climat est seulement un élément bien que le plus important du monde naturel enfin la philosophie européenne emprunte des chemins différents renon ant aux grandes synthèses de histoire du monde Dans la seconde moitié du XIXe siècle quand était affirmée la philosophie positiviste quelques philosophes et historiens déterministes considérèrent les sociétés humaines soumises au condi tionnement du milieu naturel pris dans son ensemble) mais aucun de ces savants affirma plus que homme dépend de la seule action du climat La théorie des climats en tant que véritable courant de pensée avait désormais terminé son long cycle PINNA .NOTES 325 contre ces thèses De toute fa on certains hommes cultivés comme Gaetano Filangieri auteur de la Science de la Législation acceptèrent un déterminisme modéré et autres comme Melchiorre Gioia et Carlo Antonio Pilati opposèrent fermement La théorie des climats également occupé le devant de la scène entre 1700 et 1800 dans le domaine études concernant origine des races humaines mais dans ce cas les argumentations scientifiques restèrent toujours liées anciens préjugés malgré effort des naturalistes pour maintenir la discussion sur le plan strictement scientifique La théorie des climats apparaît une dernière fois dans la philosophie allemande des premières années du XIX siècle et plus précisément dans la philosophie de histoire de J.W.G Herder et de G.