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ESDEP

GROUPE DE TRAVAIL 11

ASSEMBLAGES SOUS CHARGEMENT STATIQUE

Leçon 11.6 Assemblages transmettant des moments de flexion dans les structures continues

Fichier : L11-6.doc

OBJECTIF
Décrire les moyens de réaliser des assemblages capables de transmettre des moments de flexion et destinés à réaliser des structures continues.

PREREQUIS
Leçon 11.1.1 : Leçon 11.1.2 : Assemblages pour les bâtiments Introduction au dimensionnement des assemblages

LEÇONS CONNEXES
Leçon 11.3.1 : Leçon 11.3.2 : Leçon 11.3.3 : Leçon 11.7 : Assemblages à boulons non préserrés Assemblages à boulons préserrés Aspects particuliers des assemblages boulonnés Assemblages à résistance partielle dans les structures semi-continues

RESUME
On expose d'abord les exigences requises par les assemblages rigides des structures calculées élastiquement et par les assemblages à résistance complète des structures calculées plastiquement. On décrit ensuite les diverses manières de réaliser de tels assemblages soudés ou boulonnés en attirant l'attention sur les dispositions particulières à adopter pour les assemblages d'angle et de faîte dans les structures en portique. On résume enfin les règles relatives au calcul des assemblages à résistance complète, décrites à l'Annexe J de l'Eurocode 3.

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INTRODUCTION Les structures de bâtiment peuvent être conçues sans qu'il soit fait appel à des assemblages capables de transmettre des moments de flexion. Page 2 . toutefois. même dans des ossatures contreventées. En d'autres termes.1.1. Les ossatures non contreventées constituent un exemple évident . On rappellera ici brièvement que le choix d'une méthode d'analyse globale gouverne la (les) caractéristique(s) des assemblages à y incorporer : L'analyse globale élastique postule des assemblages rigides. Il est cependant de nombreux cas où il s'impose de recourir à des assemblages transmettant des moments de flexion. QU'IMPLIQUE LA CONTINUITE STRUCTURALE ? La classification des assemblages transmettant des moments de flexion a été présentée à la leçon 11. La construction dite « simple » fait usage de structures de type réticulé . dans les immeubles de grande hauteur. la réponse d'un tel assemblage est assez proche de celle de l'assemblage théorique « idéal » et il n'est dès lors pas nécessaire que ses caractéristiques soient prises en compte pour effectuer l'analyse globale de la structure. les assemblages y sont en principe assimilés à des articulations et la résistance latérale est assurée par un certain contreventement. La présente leçon ne s'adresse qu'aux seuls assemblages dits « à résistance complète » et/ou « rigides ».en termes de rigidité et/ou de résistance .1. Ceux dits « à résistance partielle » et/ou « semi-rigides » font l'objet de la leçon 11. La modélisation en structure continue repose sur le postulat que les assemblages sont suffisamment performants . il peut se révéler opportun d'exploiter la continuité de la structure aux fins de limiter les déplacements horizontaux. 2. Il s'agit d'un type de construction à la fois courant et économique. Par ailleurs. un assemblage développant une résistance à la flexion sert aussi à transmettre des efforts tranchants et parfois des efforts axiaux . L'analyse globale plastique suppose que les assemblages ont une résistance complète. on peut devoir réaliser des joints de poutres. il n'en reste pas moins que sa fonction première est de transmettre des moments de flexion.7. Habituellement.pour que l'influence de leur comportement sur celui de la structure puisse être négligée. On n'abordera pas ici tous les assemblages transmettant des moments de flexion.

9. il caractérisait en effet tous les assemblages des structures continues. il ne fait pas de doute cependant que cette manière de faire ira en se répandant (la leçon 11. la plupart des ossatures comportant des assemblages qui transmettent des moments de flexion ont été considérées comme des structures continues. Un assemblage peut fort bien être à résistance complète pour une poutre faite d'un acier S275 mais ne plus l'être pour cette même poutre en acier S355. il ne signifiait même rien d'autre que « résistant à la rotation ».7 traite de ce problème). Traditionnellement. être rigide si la poutre a une longueur de 10 m. on a conféré au terme « rigide » la double fonction précitée . en raison de sa plus grande complexité . obtenus au terme de l'analyse globale).Bien que de nombreux assemblages exécutés en pratique puissent être qualifiés à la fois de rigide et à résistance complète. (Dans certains contextes.prévaut encore en pratique et que les concepteurs cherchent à rendre les assemblages rigides et à résistance complète. il est essentiel de reconnaître que cela n'a guère d'intérêt. Le terme « rigide » utilisé dans l'Eurocode 3 est par ailleurs plus contraignant dans le cas d'une ossature non contreventée. mais ne plus l'être si la poutre n'a que 8 m de long. par le passé. Il revient à l'Eurocode d'avoir clarifié fort utilement d'ailleurs cette importante distinction. Il reste que le concept de calcul en structure continue . de même. De manière similaire. L'analyse en structure semi-continue n'a guère eu de succès. Ces deux caractéristiques s'évaluent par rapport à l'élément structural assemblé. Une structure continue ayant fait l'objet d'une analyse globale élastique pourrait fort bien avoir des assemblages qui sont rigides et à résistance partielle (pourvu bien sûr qu'ils soient capables de résister aux valeurs des moments de flexion sollicitants. Dans l'Eurocode 3 et le cours ESDEP.qu'il soit élastique ou plastique . Il est notoire que. c'està-dire « non articulé »). ainsi qu'il ressort de la figure 1 (qui ne fait que reprendre la figure 6. ce terme ne concerne désormais plus que la seule rigidité en rotation de l'assemblage. Page 3 . les assemblages d'une structure continue analysée plastiquement pourraient être à résistance complète et semi-rigides (bien qu'il ait pu être nécessaire de tenir compte de la flexibilité des assemblages pour vérifier la stabilité et les états limites de service).8 de l'Eurocode précité). Il peut.

Page 4 . En effet.Enfin. l'assemblage est soumis au seul critère de résistance. dans une structure isostatique. on notera que la distinction entre structure continue et structure semi-continue n'est nécessaire que pour les seules structures hyperstatiques (statiquement indéterminées).

il est tout à fait impossible d'atteindre la résistance complète si les boulons ne sont disposés que sur la hauteur de la poutre.de nuance 8. Néanmoins.7. (Disons incidemment que l'usage de boulons à haute résistance . Le jarret a habituellement une hauteur égale à celle de la poutre (poutre et jarret sont d'ailleurs souvent fabriqués à partir d'un même profil) . par exemple dans la partie débordante d'une platine d'extrémité. une telle hauteur n'est toutefois pas toujours requise. On ne peut dire de même de la classification selon la rigidité en rotation. celle-ci peut être déterminée numériquement . en vue de juger si celui-ci est à résistance complète.8 ou 10. La limite dépend de la résistance de la poutre et des boulons mais est normalement de l'ordre de 400 à 500 mm. la relation entre résistance et rigidité est loin d'être complète. En pratique. à cet égard. il peut même être les deux à la fois. 3. permettront de développer la résistance complète de l'assemblage jusqu'à des hauteurs de poutre modérées. comme cela a déjà été dit. Il serait judicieux d'user d'une approche sécuritaire pour vérifier les composants de l'assemblage qui sont les plus sensibles. est un procédé courant et assez fiable. un assemblage conçu pour être rigide peut ne pas se distinguer d'un assemblage conçu pour être à résistance complète . ceci est toutefois plus vite dit que fait. une Page 5 . en utilisant au besoin des raidisseurs. Il est en effet souhaitable (à l'exception toutefois des cas de structures isostatiques) qu'un assemblage soudé soit à résistance complète parce que des cordons de soudure sous-dimensionnés peuvent présenter une ruine fragile s'ils ont à subir des moments de flexion supérieurs aux valeurs attendues (par exemple en raison de tassements différentiels non prévus). ASSEMBLAGES RIGIDES ET A RESISTANCE COMPLETE EN PRATIQUE Beaucoup des dispositions constructives faisant qu'un assemblage est rigide font aussi qu'il est résistant. En vue de pallier ce risque.3. l'Eurocode 3 préconise de surdimensionner l'assemblage à raison de 20 % .9 s'impose en fait dans les assemblages qui transmettent des moments de flexion et que les concepteurs emploient le plus souvent des boulons de diamètre M24 ou plus).3.1 Assemblages à résistance complète Un assemblage à résistance complète est généralement réalisé par soudage. en son article J. Des boulons situés à l'extérieur de la semelle tendue. l'Eurocode 3 donne d'ailleurs. On ne doit pas du tout négliger la possibilité pour une poutre d'être significativement plus résistante que prévu (rendant ainsi à résistance partielle un assemblage conçu pour être une résistance complète). Pour les assemblages boulonnés. en disposant par exemple un gousset ou un jarret.2 Assemblages rigides Calculer le moment résistant d'un assemblage. 3. En principe.. Audelà d'une telle hauteur de poutre. à savoir les boulons et les cordons de soudure. il est nécessaire d'encore augmenter le bras de levier.

ainsi que cela a déjà été dit plus haut. Pour les assemblages par platine d'extrémité non débordante. on peut pratiquement qualifier de "rigide" tout type courant d'assemblage soudé . En pratique. eux aussi situés à proximité immédiate des boulons . disposer des raidisseurs. Afin de minimiser la flexibilité qui en résulte. dès lors. En dépit du caractère imparfait de cette règle. Les meilleurs schémas de transfert des efforts dans un assemblage sont ceux qui opèrent par traction ou compression axiale directe .).. Certains concepteurs assurent que l'assemblage développe au moins 60 % . Lorsque les boulons travaillent au cisaillement mais ne sont pas préserrés. il faut admettre qu'en pratique. la question reste ouverte. Si cela se produit dans les composantes assurant le transfert du moment de flexion. il est judicieux de prendre les mesures suivantes : concentrer les boulons tendus autant que faire se peut. c'est-à-dire les placer aussi près que possible de l'âme et de la semelle de la poutre .dans les composantes de l'assemblage. Tout boulon travaillant en traction induit toujours de la flexion dans le plat qu'il traverse (platine d'extrémité. En pratique. éviter les plats anormalement peu épais . on doit s'attendre à un certain glissement dans l'assemblage. il est préférable que. On notera que cette formule fournit pour l'heure (ENV 1993) des résultats incohérents et devrait se trouver modifiée dans la version définitive de l'Eurocode 3. elle prévaudra. ainsi lorsque l'assemblage est complètement raidi. C'est pourquoi. en toute certitude. par exemple à l'aide d'un jarret. il n'y a guère d'alternative. augmenter le bras de levier. La flexibilité d'un assemblage est simplement la somme des flexibilités de toutes les composantes de cet assemblage . les boulons travaillent axialement et que. ces boulons soient préserrés. C'est pourquoi. il est difficile d'éviter la flexibilité des assemblages boulonnés. Page 6 .ou une autre proportion . si l'une ou l'autre composante est anormalement flexible. ce faisant. Qu'est-ce qui fait qu'un assemblage est « rigide » ? Il serait sans doute préférable de poser la question à l'envers et de s'interroger quant aux sources de flexibilité. les assemblages par jarret et la plupart des assemblages par platine d'extrémité débordante sont généralement considérés comme rigides..mais pas par flexion . le jugement qualitatif reste l'approche pour ainsi dire universelle. il en est. dans les assemblages résistant à des moments de flexion. semelle de colonne.formule applicable aux assemblages par platine d'extrémité. Par contre. dans les assemblages où les boulons sont cisaillés (assemblages par couvre-joints). à condition toutefois que les boulons soient peu espacés et que les plats traversés aient une épaisseur au moins égale au diamètre des boulons. ils invoquent implicitement une relation entre rigidité et résistance.de sa résistance complète . l'assemblage ne pourra que difficilement être rigide. si l'on désire qu'un assemblage soit rigide.

Le concepteur est ainsi conduit à réaliser des assemblages poutre-poteau en une section de moment fléchissant maximum (à l'exception des ossatures de type réticulé . en ce qui concerne les ossatures contreventées . Il arrive que l'on doive soit réaliser des joints de poutre. Toutefois..Le critère beaucoup plus contraignant de l'Eurocode 3. le fait.. qui tend à ne pas distinguer entre ossatures contreventées et ossatures non contreventées. soit. sont les suivants : Assemblage par platine d'extrémité (débordante. n'implique nullement que l'ossature cesse subitement d'assurer son rôle.n'est pas compatible avec la pratique courante. faire se croiser des poutres orientées différemment. Normalement poutre et poteau sont situés dans un même plan . tandis que la poutre qui est continue dans le joint reçoit seulement les efforts tranchants que lui transmettent les premières. De tels assemblages sont peut-être plus couramment assimilés à des articulations. dans les deux cas. On peut aussi être amené à exiger qu'un raboutage de poteau par couvre-joints restaure la continuité. les pieds de poteaux peuvent être conçus pour constituer de présumés encastrements. « rigidement ». Page 7 . pour l'un ou l'autre assemblage d'une ossature. il faut effectuer une analyse semi-rigide. Cela entraîne seulement que la flexibilité des assemblages doit être prise en compte lors de l'analyse globale . parfois. le privilège de continuité dans l'ossature multi-étagée lui revient assez naturellement.il serait d'ailleurs difficile de transmettre des moments de flexion si tel n'était pas le cas .à savoir une rigidité trois fois supérieure à celle requise pour mériter l'appellation « rigide » . Comme le poteau doit supporter une compression axiale et un moment de flexion. pour lesquelles de présumées articulations existent en ces sections. à jarret. Les assemblages boulonnés les plus courants transmettant des moments de flexion. de ne pas satisfaire les exigences de la norme.) : poutre-poteau. Les pieds de poteaux peuvent être reliés aux fondations par des assemblages résistant aux moments de flexion.et seul l'un de ces éléments peut traverser l'assemblage sans devoir être interrompu.qui ne font pas l'objet de la présente leçon -. sous réserve que la superstructure et. à gousset. Il faut alors assurer la transmission du moment par flexion d'une poutre vers celle qui la prolonge. en d'autres termes. si cela est requis par une analyse de type élastique). Il importe de se rendre compte que. le sol soient aptes à résister aux moments de flexion (et ce. non débordante. MOYENS DE REALISER DES ASSEMBLAGES La plupart des ossatures de bâtiment consistent en des poteaux verticaux réunis par des poutres disposées horizontalement. 4. si nécessaire. mais situées au même niveau.

poteau-poteau. l'assemblage à semelles soudées et à âme boulonnée (solution hybride facilitant le montage) . Page 8 . les assemblages soudés les plus courants sont : l'assemblage complètement soudé . Pour leur part.poutre-poutre. On illustre à la figure 2 l'éventail de ces divers types d'assemblages. Assemblage par profils en T : Poutre-poteau attachés aux deux semelles de la poutre. Une alternative au pied du poteau à platine d'extrémité consiste simplement à incorporer une certaine hauteur de poteau dans le béton de fondation. Joints par couvre-joints : poutre-poutre. poteau-poteau.

on se reportera à la leçon 11. Page 9 .2.1. Pour un examen plus général des avantages relatifs des assemblages soudés et boulonnés de divers types.La présente leçon n'aborde que les assemblages transmettant des moments de flexion.

la figure 3 montre celles qui concernent un assemblage par platine d'extrémité. l'effort de compression agit au niveau ou à proximité immédiate de la semelle inférieure de la poutre tandis que l'effort de traction se développe dans la partie supérieure de l'assemblage. en même temps. elle repose néanmoins sur une justification de nature expérimentale. D'autres composantes peuvent limiter la résistance de l'assemblage . tous les assemblages transmettant des moments de flexion ont leur résistance calculée d'une même manière.5. Ces composantes doivent être examinées tour à tour. il est d'usage d'admettre . Considérons le cas d'un assemblage poutre-poteau courant.et cela n'est pas loin d'être vrai que les efforts de traction et de compression sont concentrés dans l'axe des semelles respectives. à transmettre un effort tranchant et parfois un effort normal. Page 10 . ces efforts de traction et de compression sont égaux. Dans un assemblage soudé. les boulons supérieurs doivent résister à la traction . En l'absence de tout effort dans la poutre. Dans un assemblage soudé. Le moment de flexion est transmis sous la forme d'un couple . le surcroît de contrainte dans la semelle dépend du type de section mais peut atteindre 40 %.un type d'assemblage hybride assez répandu en Amérique du nord -. Bien que cette hypothèse conduise à violer le critère de plasticité pour un assemblage dont la sollicitation est proche de la charge de ruine. La procédure utilisée à cet effet doit garantir que toutes les composantes de l'assemblage sont capables de résister au moment de flexion sollicitant. L'assemblage est souvent appelé. RESISTANCE DES ASSEMBLAGES Qu'ils soient rigides ou à résistance complète. Dans l'assemblage à semelles soudées et âme boulonnée . la compression est normalement transmise par contact direct entre la semelle inférieure de la poutre et la semelle adjacente de la colonne.

Page 11 .Dans certains cas. Des exemples en sont donnés à la figure 4. on peut remédier à une résistance insuffisante en disposant des raidisseurs ou tout autre type de renforcement.

celle-ci étant mesurée entre les congés de raccordement âme-semelle. dans un assemblage cruciforme d'ossature contreventée. L'effort tranchant dans l'âme de la colonne peut être important.L'âme de la colonne est soumise à des efforts transversaux localisés respectivement dans la zone tendue et dans la zone comprimée. A cette fin. la restreinte procurée à l'âme de la colonne par tous les éléments environnants justifie que la longueur de flambement soit égale aux 7/10 de la hauteur d'âme. A l'opposé. selon le type d'ossature. plus particulièrement lorsqu'il n'y a qu'un assemblage d'un seul côté de la colonne ou encore lorsque l'ossature n'est pas contreventée. les effets respectifs des deux poutres adjacentes se compensent totalement ou partiellement. Sa résistance est vérifiée à l'aide de formules empiriques qui se réfèrent à une aire efficace d'âme. Page 12 . La zone comprimée se trouve exposée au danger d'écrasement local et à celui de voilement. le cisaillement du panneau d'âme de la colonne pourra être ou ne pas être déterminant pour la résistance de l'assemblage. Dès lors.

par nature. 5.) . Ce profil en T est dépourvu de tous attributs (raidisseurs.4. Les commentaires ci-dessous ne décrivent que les principes . Les trois modes de ruine annoncés plus haut peuvent être représentés de manière relativement simple (figure 5). Page 13 .Les règles nécessaires pour les vérifications détaillées évoquées plus haut sont fournies dans l'Eurocode 3 tant pour les assemblages soudés ou boulonnés que pour les assemblages par platine d'extrémité. les effets de ceux-ci sont en effet pris en compte lors du calcul de la longueur du profil T. par la résistance du boulon lui-même ou par une combinaison des deux.. les doublures d'âme) des assemblages. Le cadre d'une seule leçon ne permet pas de les passer en revue dans le détail. Dans le domaine intermédiaire. autres complexités. dans le cas d'une rangée unique de boulons tendus et dans celui de groupes de tels boulons pour lesquels les mécanismes de ruine plastique interfèrent. qui est supposé correspondre au schéma réel de charnières plastiques. le mécanisme de ruine implique à la fois le boulon et le plat.. on trouvera plus de détails à cet égard dans la leçon 11. semelles de la poutre. Le profil en T fléchit à la manière d'un corps à deux dimensions. au contraire. Elles s'expliquent d'elles-mêmes. un phénomène complexe et spatial. le boulon se rompt avant que le plat ne se soit plastifié. L'effort qu'une rangée de boulons peut transmettre (sa résistance potentielle) peut être conditionné par le plat traversé. soit la platine).1 Vérification des boulons en traction Les procédures de détermination de la répartition des efforts dans un assemblage par platine d'extrémité et comportant de multiples rangées de boulons tendus sont bien peu explicitées. il se déforme par flexion. Si. 5.2 Concept de profil T équivalent La flexion du plat est. avec des charnières plastiques parallèles à l'âme.4. de même d'ailleurs que les règles relatives aux raidisseurs et autres formes de renforcement (par exemple. Lorsque le plat est mince (ce plat pouvant être soit la semelle du poteau. Des relations semi-empiriques fournissent la longueur de ce profil T. L'Eurocode 3 rend celui-ci abordable en introduisant le concept de "profil T équivalent". il est épais.

respectivement.comporte une « flexion double » selon. on combine la plastification des boulons avec une charnière plastique au bord du congé. Les formules associées à ces modes de ruine sont fondées sur la statique élémentaire et l'analyse limite (théorie plastique simple) . On peut noter que la pleine résistance du boulon n'est exploitée que dans le Mode 3 . l'axe des boulons et le bord du congé.Le premier d'entre eux .indiqué Mode 1 . celle qui fournit l'effort le plus faible est bien sûr déterminante et la seule retenue pour la suite. une partie de cette résistance est mobilisée pour résister Page 14 . dans les autres modes de ruine. Le Mode 3 survient par rupture des boulons. Dans le Mode 2.

Finalement. dès lors. s'ils existent. en considérant (à tout le moins en principe) tous les groupements possibles. on obtient une série de résistances « potentielles » des diverses rangées de boulons. Ces résistances sont dites « potentielles » parce que d'autres composantes de l'assemblage (et plus spécialement l'âme du poteau) peuvent limiter l'effort total transmissible. c'est le fait que les rangées de boulons sont habituellement suffisamment proches les unes des autres pour interférer dans la résistance disponible du plat en flexion. considérées comme constituant un groupe. Page 15 . ont pour effet de limiter le nombre de rangées dont les schémas de charnières plastiques peuvent se combiner). Dans les assemblages comportant de multiples rangées de boulons. Au mieux. et ainsi de suite.aux efforts de levier. On poursuit ainsi de proche en proche. 5. en vertu du plus grand bras de levier qu'elles offrent. (Les raidisseurs. aussi bien que les rangées extérieures. Ceci est sans doute plus facile à comprendre si l'on explique les choses à l'envers. La résistance potentielle de la rangée extérieure est calculée comme si les autres rangées de boulons n'existaient pas. où Fti est l'effort dans une rangée de boulons et bi le bras de levier associé . L'Annexe JJ de l'Eurocode 3 donne la priorité aux rangées extérieures de boulons tendus . celle-ci implique que les rangées de boulons intérieures. elles sont en effet en mesure de convertir plus efficacement leur résistance en moment. le Mode 1 ne sait exploiter qu'environ 70 % de la résistance du boulon en traction. 5. selon celle qui est la plus grande. aient une capacité de rotation suffisante pour permettre de développer les schémas de ruine plastique. L'effort est déduit de la (des) rangée(s) la (les) plus intérieure(s) si c'est le cas. déduction faite de la résistance de la seule rangée 1 ou 2. En conséquence. ce dernier est mesuré jusqu'à la résultante de compression. Au terme de cette procédure. une paire de rangées de boulons ne mobilisera alors qu'un effort valant moins de deux fois celui qui pourrait l'être par une quelconque de ces rangées. ces deux plats sont de moins en moins enclins à plastifier.3 Multiples rangées de boulons tendus Ce qui vient compliquer les choses. le moment résistant de l'assemblage est obtenu comme la somme ( Fti bi). cette hypothèse devient de plus en plus caduque au fur et à mesure que l'épaisseur de la platine et celle de la semelle du poteau augmentent et que. La seconde rangée est dotée de la résistance potentielle des rangées 1 et 2.4 Justification de la distribution plastique des efforts dans les boulons Il importe de remarquer que le calcul ci-dessus se fonde sur une distribution « plastique » des efforts dans les boulons . que l'on situe généralement dans l'axe de la semelle inférieure de la poutre.

le calcul d'un assemblage transmettant des moments de flexion doit recourir à une procédure itérative. Page 16 . est un type de construction fort répandu et très économique. C'est aussi le rôle des tables d'assemblages standards. Au laborieux calcul manuel. PORTIQUES A ENTRAIT RETROUSSE Le portique à entrait retroussé. Les assemblages par jarret et par platine d'extrémité sont universellement rencontrés dans les portiques . Les dimensions du jarret sont davantage conditionnées par le calcul du portique que par des considérations touchant aux détails constructifs. on peut admettre une distribution « triangulaire » des efforts dans les boulons. postule que l'effort dans une rangée de boulons est proportionnel à son bras de levier. il n'y a plus de restriction à faire quant à l'épaisseur des plats mais. faisant souvent l'objet d'une analyse plastique. ils s'adaptent directement à des angles de coupe autres que 90 . 6. il mérite une attention toute particulière.Alternativement. plus traditionnelle. Divers types de portiques sont représentés à la figure 6. on préférera l'usage d'un logiciel spécialisé. Dès lors qu'il constitue probablement le plus grand marché pour le type d'assemblages dont traite la présente leçon. Le jarret de faîte est en général de dimensions plus réduites. Cette procédure. Il est courant de donner au jarret d'angle une hauteur sensiblement égale à celle de la poutre et de lui faire renforcer la poutre sur une certaine longueur de celle-ci. à l'heure actuelle. on n'y a recours que pour les assemblages à résistance complète. qui fournissent les valeurs du moment résistant en fonction des sections utilisées. Avec une telle répartition. Quand on doit considérer plus d'une combinaison d'actions.

Avec le jarret d'angle débordant. On y répond habituellement en considérant que le jarret est normalement suffisamment « surdimensionné » pour forcer la rotule plastique à se produire à l'extrémité du jarret. L'effort axial de compression dans l'entrait ne sera en général pas négligeable . il peut Page 17 . la question se pose de savoir si l'assemblage est à résistance complète (relativement à la section de la poutre de base) ou à résistance partielle (relativement à la section complétée par le jarret). un assemblage d'angle peut être conçu comme un assemblage poutre-poteau à 90 . et pour calculer dès lors l'assemblage pour le moment de flexion maximum que cette situation (déterminée) peut induire. l'effort de compression étant égal à la composante horizontale de l'effort dans la semelle du jarret. Dans le domaine d'utilisation courant des portiques à entrait retroussé.

(Le poteau est très vraisemblablement constitué d'une section en I plutôt que d'une section en H). (Ceci est pour le concepteur un incitant à concevoir des structures semi-continues ou. être démontrés rigides soit par calcul. Pour une analyse globale élastique. traduisant une exigence quant au rapport entre la rigidité à la rotation de l'assemblage et celle de la poutre assemblée. des structures contreventées ou des structures de type réticulé). 7. les assemblages doivent être à résistance complète par rapport à la poutre assemblée. l'Eurocode 3 lui donne un sens précis. À l’exception des colonnes intérieures des ossatures multi-étagées. qui tendent à être des assemblages plus élaborés et donc plus coûteux. soit par essai direct. ensemble. En pratique. illustrée à la figure 6a. en principe. On fait généralement usage de raidisseurs . les assemblages utilisés dans les structures continues doivent être ou rigides ou à résistance complète. Cette exigence est plus sévère pour les ossatures non contreventées que pour les ossatures contreventées.être ajouté à l'effort dans la semelle inférieure et le moment de calcul est corrigé pour tenir compte de ce décalage. Il est plus facile de rendre les assemblages soudés rigides et/ou à résistance complète. CONCLUSION Selon la méthode d'analyse globale utilisée. A cet égard. il s'agit habituellement d'un jugement fondé sur l'expérience. Pour une analyse globale plastique. quelle que soit la méthode d'analyse globale. La détermination de la résistance est toujours nécessaire. mais ceux-ci sont parfois aussi disposés sur la poutre pour améliorer la résistance de l'âme en traction. que les assemblages boulonnés. Les règles de calcul à utiliser pour évaluer la résistance des assemblages soudés et boulonnés les plus courants sont données à l'Annexe JJ de l'Eurocode 3. « Rigide » est un terme à utiliser avec une grande circonspection. est courante. Des raidisseurs peuvent être ajoutés localement pour renforcer la semelle du poteau entre les rangées inférieures de boulons. constituent les trajectoires qui permettront de transférer un moment de Page 18 . l'effort tranchant dans le panneau d'âme risque de dépasser la résistance du poteau à cet égard. Un assemblage peut être compris comme une réunion de « composantes » qui. la disposition de Morris. On peut bien sûr imaginer d'adopter une épaisseur de platine qui permette de se dispenser de tels raidisseurs. si les circonstances l'autorisent. les assemblages peuvent. Celle-ci présente l'avantage de fonctionner à la manière de raidisseurs diagonaux tout en ne présentant pas l'inconvénient de limiter les possibilités d'accès aux boulons.

la flexibilité de cet assemblage (égale à l'inverse de sa rigidité à la rotation) s'obtient en sommant les flexibilités de toutes les composantes.flexion et d'autres efforts éventuels. On doit s'attendre à ce que des modifications y aient été introduites lorsque paraîtra la version définitive du document. La résistance de l'assemblage est conditionnée par la résistance de la composante la plus faible . l'Annexe J de l'Eurocode 3 était en cours de révision. Au moment de la rédaction de la présente leçon. il n'est pas inutile d'analyser les spécifications correspondantes dans la version ENV (c'est-à-dire provisoire) du document. Page 19 . Dans l'intervalle.

1 : Règles générales et règles pour les bâtiments. Butterworths. Owens.Partie 1. Page 20 . B.D. G. ENV 1993-1-1. 1993. CEN. BIBLIOGRAPHIE [1] [2] Eurocode 3 : Calcul des structures en acier .. Structural Steelwork Connections.8. and Cheal. Oxford 1989.W.

Limites de classification recommandées pour les assemblages poutre-poteau.Types d'assemblages transmettant des moments de flexion Zone Tendue a traction du boulon b flexion de la platine c flexion de la semelle du poteau e traction dans l'âme du poteau g soudure âme/platine h cisaillement du panneau d'âme du poteau Réf. selon l'Eurocode 3 [1] (a) Platine d'extrémité débordante (c) Jarret (b) Platine d'extrémité débordante (d) Sections en T avec boulons préserrés pour les semelles de la poutre f) Soudé entièrement (e) Joint par couvre-joints g) Hybride (semelles soudées.TRADUCTION DES FIGURES Rigide (a) Ossatures non contreventées Semi-rigide (b) Ossatures contreventées Figure 1 . d traction dans l'âme de la poutre f soudure semelle/platine Cisaillée horizontalement Comprimée j compression de la semelle de la poutre l compression de l'âme du poteau k soudure semelle/platine m voilement de l'âme du poteau Page 21 . âme boulonnée) à exécuter sur chantier h) Pied de poteau incorporé dans la fondation (j) Pied de poteau avec platine non raidie (k) Pied de poteau avec platine raidie Figure 2 .

Cisaillée verticalement n soudure âme/platine p cisaillement du boulon q pression diamétrale du boulon Figure 3 .Composantes d'un assemblage résistant à des moments de flexion (a) Raidisseurs horizontaux habituels (b) Disposition en K (c) Raidissage à la "Morris" (avec un raidisseur comprimé) (d) Doublures d'âme Figure 4 .Assemblages dans les portiques simples à entrait retroussé Page 22 .Possibilités de raidissage/renforcement Plat mince/ boulons résistants  Plat épais / boulons peu résistants Mode 1 : Plastification complète du plat Mode 2 : Rupture des boulons avec plastification de la semelle Mode 3 : Rupture des boulons Résistance de calcul en traction Figure 5 .Modes de ruine par les assemblages en T boulonnés (a) Assemblage traverse/montant (b) Assemblage de faîtage Figure 6 .