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Le Cardinal Faulhaber a-t-il tenu tête à l’antisémitisme nazi dans les années 30 ?

Menahem Macina Dans la Déclaration romaine du 16 mars 1998, dite « de Repentance », et intitulée « Nous nous souvenons » 1, on peut lire l’assertion suivante, censée s’appuyer sur quelques pages d’un ouvrage de l’ istorien allemand !" #ol$, consacré % l’étude des rapports entre l’épiscopat de &avi're et le National (ocialisme dans les années 19)*+19), -. /n 19)), l’année m0me o1 le national+socialisme arriva au pouvoir, les cél'2res sermons de l’3vent du 4ardinal 5aul a2er, au6quels non seulement des cat oliques, mais également des protestants et des 7ui8s assistaient, re9etaient clairement la propagande antisémite des na:is" D’em2lée, on est surpris du ton péremptoire de cette a88irmation qui contredit radicalement les résultats de rec erc es quali8iées )" ;ar ailleurs, la compétence des travau6 de #ol$ ne peut 0tre mise en doute" (e pouvait+il qu’il 8<t, sur ce point, en contradiction aussi 8lagrante avec ses pairs = ;our en avoir le c>ur net, 8orce a donc été de se reporter au6 passages de son livre, évoqués mais non cités par la « Déclaration de repentance » ," !es e6traits qui suivent permettent de se 8aire une idée plus 9uste de la perception qu’avait l’ istorien allemand des 2uts que poursuivait le cardinal lorsqu’il 8ustigeait, c e: certains c rétiens, les a2errations doctrinales induites par la propagande na:ie" ;our commencer voici ce que dit e6pressément l? istorien #ol$ appelé % la rescousse par les rédacteurs de la Déclaration @ .

« Nous nous souvenons . une ré8le6ion sur la ( oa », Documentation Catholique nA -1B9, du @ avril 1998, p" ))6+),*" !e passage cité ici est % la p" ))8" Cous les soulignements du présent article, sont de mon 8ait"
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!" #D!E, Der Bayerische Episkopat und der Nationalsozialismus 1930-1934 , Fain:, 1966, p" 1B*+1B,G cité dans Documentation Catholique, p" ),*, n" 11" #oir, sur un su9et conne6e . H" E/R(I3J, !opinion allemande sous le nazisme" Ba#i$re 1933-194% , 4NR( Kditions, ;aris, 199@G surtout le c apitre #H . « Réactions % la persécution des 9ui8s », p" -1)+-@,"
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7’ai dé9% e6primé mon dissentiment sur ce point, c8" F" R" F34HN3, « 4e document sur la ( oa , qui ignore ce qui nous peine », os &uestros nA )1, &ru6elles, 9uin 1998, p" 18+19"
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!a note 11 du document romain, a88érente % cette citation, se limite % donner la ré8érence de la source . « 48" !" #ol$, Der Bayerische Episkopat und der Nationalsozialismus' 1930-1934 LFain: 1966M, p" 1B*+1B," »" #oir . « Nous nous souvenons . Nne ré8le6ion sur la ( oa » Lmars 1998M, te6te en ligne sur le site du #atican"
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#D!E, (p" cit", p" 1B*" Nne traduction méticuleuse des pages 1B*+1B, de l’ouvrage de #ol$ a été réalisée % mon intention par Fadame Rut et Fademoiselle 7oOlle Farelli, de !u6em2ourg . il m’est agréa2le de leur e6primer ici ma gratitude"
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/n 19)) Ple cardinal 5aul a2erQ 8it, du aut de la c aire de l’église (aint Fic el de Funic , cinq interventions consacrées % la dé8ense de l’3ncien Cestament, dont certains porte+parole des 4 rétiens+3llemands 6 s’étaient récemment désolidarisés et contre lesquels les c ampions du myt e national+ socialiste prenaient parti dans de nom2reuses pu2lications" !es sermons d’3vent de 5aul a2er connurent une 8réquentation si immense aupr's des auditeurs cat oliques, protestants et 7ui8s, qu’il 8allut les transmettre par des auts parleurs % l’ Rtel de ville P"""Q ;our les milliers de gens qui a88luaient, il s’agissait moins de venir entendre une apologie des (aintes Kcritures que d’entendre s’opposer % la coercition, % la non+li2erté spirituelle et % l’uni8ormisation idéologique" « Hl sou88le une temp0te sur notre pays P"""Q qui prétend 2alayer du sol allemand les Kcritures parce que c’étaient des livres 7ui8s »" (’appuyant sur ses connaissances e6égétiques, 5aul a2er en imposait par son com2at mené en 8aveur des écrits 8ondamentau6 du 9udaSsme d’avant l’'re c rétienne P"""Q" !ors de son dernier sermon, il réussit % 8ormuler des sentences d’une saisissante 2ri'veté et d’une violence outrageante" !’a2solutisme de la pensée raciste ne pouvait 0tre davantage mis % mal que par cet appel . « Nous ne devons 9amais l’ou2lier . nous ne sommes pas rac etés par notre sang allemand » B" 4omme on peut le constater, rien, dans ces passages, ni d’ailleurs dans les quatre pages du livre de #ol$, évoquées par la « Déclaration de repentance », n’accrédite la réputation avantageuse d’opposant % la propagande antisémite na:ie, ainsi 8aite au cardinal de Funic " 3u contraire, apr's avoir noté que « le retentissement Pdes sermonsQ 8ut énorme », et que l’ampleur des ventes de la version imprimée « révélait le mécontentement éprouvé PTQ par ceu6 que le régime na:i avait déUus ou dont il suscitait la mé8iance », l’ istorien émet cette sév're critique 8. !e contenu de Pces sermonsQ n’était pas sans 8ailles, car le cardinal n’avait pas osé touc er au su9et 2r<lant de l’antisémitisme, comme en 19-), lors de ses sermons de la Coussaint et de la (aint+(ylvestre"
/n allemand, « Deusc e Eristen », littéralement « 4 rétiens allemands », en 8ait, c rétiens acquis au6 t 'ses raciales na:ies et partisans d’une Kglise d’o2édience national+socialiste"
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;ropos méritoire et, en tout état de cause, con8orme % la doctrine c rétienne, mais qui n’emp0c era pas le cardinal de 8aire, dans son cinqui'me sermon, cette concession ma9eure au racisme d’Ktat . « !’Kglise ne voit pas d’o29ection % la ?rec erc e raciale? L)assen*orschun+M, ni au ?2ien+0tre racial? L)assenp*le+eM P"""Q ni au6 e88orts pour conserver l’individualité d’un peuple aussi pure que possi2le et, par ré8érence % la communauté de sang, pour appro8ondir le sentiment de la communauté nationale" » ;ar souci d’o29ectivité, précisons que le cardinal met des limites % ces propositions racistes . « l’amour de notre race ne doit pas mener % la aine d’autres peuples PTQ la culture de race ne doit pas adopter une attitude d’ ostilité envers le c ristianismeT » Fais il récidivera, sans nuances cette 8ois, dans un sermon prononcé le )1 décem2re 19)6 . « !e sang et la race ont contri2ué % 8aUonner l’ istoire allemande" » L4ité par V" !/JW, !,+lise catholique et l!-llema+ne nazie, (toc$, ;aris, 196,, p" 1,BM"
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#D!E, (p" cit", p" 1B1" F0me critique c e: E/R(I3J, (p" cit", p" --B"

4e que con8irme un événement rapporté par l’ istorien Vuenter !eXy 9" 3u cours de l’été 19),, un 9ournal social+démocrate de ;rague pu2lia le te6te d’un sermon contre la aine raciale, attri2ué % Fgr 5aul a2er" !e National-.eitun+, de &Yle, en reproduisit des e6traits, et le 4ongr's 7ui8 Fondial réuni % Ven've loua la position courageuse prise par le 4ardinal 1*" Fais il se révéla que ce sermon était une invention" Fgr 5aul a2er 8it écrire par son secrétaire % l’organisation 9uive une lettre de protestation contre « l’utilisation du nom du 4ardinal par un groupement qui préconisait le 2oycott de l’3llemagne, c’est+%+ dire la guerre économique »" /t le secrétaire de préciser 11. Dans ses sermons prononcés l’an passé, % l’occasion de l’3vent, le 4ardinal avait dé8endu les anciennes Kcritures 2i2liques d’HsraOl, mais n’avait pas pris position sur la Zuestion 9uive d’au9ourd’ ui" 39outons que, m0me dans cette ?dé8ense?, 5aul a2er insistait sur la distinction radicale entre 9udaSsme et c ristianisme, et tenait sur le peuple 7ui8 des temps 2i2liques de durs propos, au demeurant tout % 8ait dans la ligne de l’anti9udaSsme c rétien le plus traditionnel qui était alors de mise, tant dans la iérarc ie de l’Kglise que parmi ses 8id'les" /n voici un 2re8 éc antillon 1-. /n acceptant ces livres Pceu6 de l’3CQ, la c rétienté ne devient pas une religion 9uive" 4es livres n’ont pas été composés par des 7ui8sG ils sont inspirés par l’/sprit (aint et sont donc l’>uvre de Dieu, ce sont les livres de Dieu P"""Q !es 8illes de (ion ont reUu leur acte de répudiation, et depuis cette époque, 3ssuérus 1) erre sur la 8ace de la terre sans trouver le repos P"""Q ;euple d’HsraOl, cela n’a pas poussé dans ton 9ardin et tu ne l’y as point planté" 4ette condamnation de l’usure qui am'ne % la spoliation de la terre, cette guerre % l’endettement qui est l’oppresseur du cultivateur, cela n’est pas le produit de ton esprit[ P/tc", etc"Q !a seule allusion 8aite au6 persécutions des 7ui8s, donne, par la cruauté inconsciente de sa 8ormulation, la mesure de l’insensi2ilité du cardinal % leur égard 1,. !’antagonisme envers les 7ui8s de notre temps ne doit pas 0tre étendu au6 livres du 9udaSsme préc rétien"
!/JW, (p" cit", p" -,*"

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Dn peut s’étonner de cette a88irmation" /n e88et, % cette époque, le 4ongr's 9ui8 mondial L47FM n’avait pas encore d’e6istence 9uridique" (ur les circonstances de la 8ondation du 47F, c8" V" F" RH/VN/R, Ne /amais d0sesp0rer" 1oi2ante ann0es au ser#ice du peuple /ui* et des droits de l!homme , 4er8, ;aris, 1998, p" ,, ss" 48" aussi E/R(I3J, (p" cit", p" --B+--8, qui suit !eXy Ldé9% citéM et !" #D!E, \Eardinal 5aul a2ers (tellung :ur Jeimarer Repu2li$ und :um N(+(taat], dans 1timmen der .eit, 4!44#HH, 1966, p" 18) ss"
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;remier et troisi'me sermons d’3vent"

Nom myt ique du ?7ui8 errant?, dans l’imaginaire antisémite populaire" /n 8ait, 3ssuérus était un roi perse Lc8" !ivre d’/st erM"
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;remier sermon" !’e6pression est employée, % deu6 reprises, de mani're identique"

#enant d’un des plus illustres représentants de la iérarc ie cat olique allemande d’alors, et m0me si on la replace dans le conte6te général de l’époque, une telle appréciation, qui place la sauvegarde du donné doctrinal au+dessus de celle de la personne umaine, illustre % quel point la polarisation dogmatique et con8essionnelle peut o2scurcir les intelligences les plus illustres et in i2er les ré8le6es de solidarité les plus élémentaires" 3utre 8ait signi8icati8" #ers la 8in du mois de mars 19)), apr's maintes ésitations et consultations, les év0ques cat oliques allemands décid'rent de ne pas protester o88iciellement contre le 2oycott général du commerce, de l’artisanat et de l’e6ercice des pro8essions li2érales des personnes de race 9uive, décrété par les autorités du Croisi'me Reic " !e @ avril de la m0me année, un pasteur 2avarois, du nom d’3loSs Jurm, adressait au cardinal 5aul a2er une lettre de protestation, o1 l’on pouvait lire, entre autres considérations 1@. /n cette période o1 la aine la plus e6tr0me sévit contre les citoyens de race 9uive, dont 99 ^ sont % l’évidence innocents, pas un 9ournal cat olique, pour autant que 9e sac e, n’a eu le courage de proclamer l’enseignement du catéc isme cat olique, selon lequel on ne doit aSr ni persécuter aucun 0tre umain, et moins encore en raison de sa race" Nne telle situation appara_t % 2eaucoup comme une dé8aillance cat olique" Dutre sa tonalité d’ironie sarcastique, sur laquelle on ne peut s’attarder ici, la réponse de 5aul a2er, en date du 8 avril 19)), illustre, une 8ois de plus, l’étonnante indi88érence du prélat au triste sort des 7ui8s de son temps 16. Cout c rétien doit s’opposer % la persécution des 7ui8s, mais les autes autorités de l’Kglise ont des pro2l'mes immédiats 2eaucoup plus importants . les écoles, la continuation de l’e6istence des associations cat oliques, la stérilisation, ont m0me plus d’importance pour le c ristianisme dans notre patrieT /n dé8initive, on doit réaliser que les 7ui8s sont capa2les de prendre soin d’eu6+m0mes" Hl n’y a donc pas lieu de donner au gouvernement des raisons de trans8ormer la c asse au6 7ui8s en c asse au6 9ésuites [ !es 8aits et les te6tes évoqués sont 8acilement véri8ia2les et sem2lent indiscuta2les . ils ont 8ait l’o29et d’études et d’analyses autorisées, et m0me si les interprétations peuvent varier sensi2lement d’un auteur % l’autre, % notre connaissance, aucun istorien sérieu6 n’a produit le moindre élément o29ecti8 suscepti2le d’accréditer l’a88irmation, grati8iante pour le 4ardinal 5aul a2er, soumise ici % un e6amen critique 1B"
48" E" (4ID!D/R, Die 3irchen und das Dritte )eich" Band 4" 5or+eschichte und .eit der 4llusionen' 1916-1934, #erlag Nllstein, 5ran$8urt am Fain, 19BB Lréédité en 1986M" 4ité ici d’apr's la version anglaise . E" (4ID!D/R, 7he Churches and the 7hird )eich" 5olume (ne 8 9reliminary :istory and the 7ime o* 4llusions 1916-1934 , (4F ;ress, !ondon, 198B, p" -B1" (c older s’appuie sur !" #D!E Led"M, -kten 3ardinal &ichael #on ;aulha<ers 191=-194%, H, Fain:, 19B-, p" B*1"
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(4ID!D/R, (p" cit", i2id" 48" #D!E, -kten, p" B*@"

Hl ne s’agit pas, malgré les apparences, de 8onder quelque certitude que ce soit sur l’« argument du silence »" Rappelons, au contraire, que, dans le passage de son

Hl est dommage que les rédacteurs de la Déclaration romaine non seulement aient ignoré le consensus de c erc eurs compétents, mais, de plus, se soient ré8érés, pour accréditer l’opinion qu’ils pro8essent en la mati're, % l’ouvrage d’un auteur qui s’inscrit précisément dans le dit consensus, contraire % leur t 'se" Dans ces conditions, on comprendra qu’un istorien, si 8avora2le qu’il soit au dialogue entre l’Kglise et le 7udaSsme, ne puisse laisser sans démenti cette apologie imméritée d’un prélat qui eut asse: de courage pour s’opposer, d's la montée en 8orce du National (ocialisme, % la na:i8ication du c ristianisme et % la stérilisation, mais qui, comme la totalité du aut clergé allemand, n’en eut aucun pour dé8endre les 7ui8s lorsque, quelques années plus tard, ces derniers 8urent mis au 2an de la société et 8inalement e6terminés par un pouvoir inique, auquel on se 8<t attendu que, tant en raison de sa 8oi c rétienne que par simple devoir d’ umanité, le cardinal tente au moins de résister avec les armes spirituelles de la répro2ation oratoire, lorsque la c ose était encore possi2le + et ce l’était dans les années trente" Hl ne serait pas o29ecti8 de s’en tenir % ces remarques négatives sans esquisser, au moins dans ses grandes lignes, une tentative d’e6plication de l’attitude du cardinal 5aul a2er envers les 7ui8s" Cout d’a2ord, il convient de rappeler que, dans les années vingt, il 8ut plus positi8 % leur égard" ;rid am, suivi par Eers aX, a noté qu’il « méprisait les mét odes, le radicalisme et la vulgarité des na:is », et qu’en 19-), sa critique des menées antisémites lui valut m0me d’0tre quali8ié de « cardinal 7ui8 » par des étudiants, adeptes 8anatiques du National (ocialisme 18" D’autre part, il est patent que, m0me si ses pr0c es de 19)) ne visaient pas le régime itlérien lui+m0me, mais les c rétiens qui ?marcionisaient? 19, sous l’in8luence des t 'ses na:ies visant % épurer le c ristianisme de ses « éléments sémitiques », les violentes critiques de 5aul a2er 8urent ressenties par les autorités comme une atteinte intoléra2le % l’idéologie du ;arti et lui valurent des aines tenaces en aut lieu" Celle celle d’/sser, c e8 de la 4 ancellerie d’Ktat, qui conseillait au cardinal et % ses colla2orateurs -*.

ouvrage cité par la « Déclaration de repentance » de l’Kglise romaine Lc8" note 8, ci+ dessusM, #ol$ lui+m0me 8ait e6plicitement grie8 au cardinal de n’avoir pas, dans ses sermons d’3vent, « osé touc er au su9et 2r<lant de l’antisémitisme »" 48" V" ;RHDI3F, :itler!s )ise to 9o>er 8 the Nazi &o#ement in Ba#aria' 19?3-1933 , !ondres, 19B), p" 1@-" 7e suis ici E/R(I3J, (p" cit", p" 186"
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Farcion, cél'2re érésiarque du HH e s" Ne pouvant supporter l’idée d’un Dieu vengeur et sanguinaire, qu’il croyait voir dans la &i2le 9uive, si opposée % celle du Dieu d’amour révélé par le Nouveau Cestament, il conUut un syst'me t éologique comple6e, % 8orte saveur gnostique, dans lequel l’3ncien Cestament était réputé >uvre d’un dieu 9ui8, mauvais et vindicati8, alors que le Dieu du Nouveau Cestament était toute 2onté" (on nom est resté attac é au quali8icati8 de ?marcionite?, qui, au sens large, connote toute tentative, % prétention t éologique, a2outissant % dénigrer, ou % dévaloriser, e6plicitement ou implicitement, l’3ncien Cestament"
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48" #D!E, (p" cit", p" 1B,"

de se contenter de 8aire des sermons sur le c apitre de l’o2éissance prRnée par Dieu envers l’autorité légale de l’Ktat -1, au lieu de susciter des con8lits de conscience dans de larges cercles, comme il l’avait 8ait dans ses allocutions de l’3vent" Dn aurait tort de croire que de tels propos étaient sans e88et sur la iérarc ie de l’Kglise allemande, en général, et sur le cardinal 5aul a2er, en particulier" !es considérations de saint ;aul sur l’o2éissance au6 autorités procédaient d’une situation tr's di88érente de celle % laquelle était con8rontée l’Kglise 8ace % la cruelle dictature na:ie, qui 8aisait 8i des droits et de la 9ustice" Fais le clergé d’alors n’avait pas encore intégré, entre autres crit'res modernes d’ erméneutique, celui qui prRne la re+situation des écrits dans leur conte6te culturel et politique, et il lisait les Kcritures de mani're an istorique et ma9oritairement apologétique" /n outre, des travau6 récents ont montré, de mani're convaincante, sem2le+t+il, que ce qui, pour nos contemporains sensi2ilisés au6 droits de l’ omme, appara_t au9ourd’ ui comme intoléra2le dans les propos et les attitudes des 4 rétiens 3llemands % l’égard des 7ui8s, ou comme lYc eté, compromission politique, voire ad ésion plus ou moins déclarée au6 idéau6 national socialistes, n’était, en 8ait, que le résultat pervers du loyalisme national, aussi sinc're que mal éclairé, des clercs et des 8id'les de ce pays" ` mon avis, si l’on c erc e une e6plication, plausi2le et dénuée de toute passion, % l’attitude am2ivalente du cardinal 5aul a2er et de l’ensem2le de la iérarc ie religieuse allemande d’alors % l’égard d’un pouvoir inique et ma9oritairement 8ondé sur la 8orce 2rutale, c’est dans cet amour e6cessi8 de la m're+patrie qu’on la trouvera, comme d’ailleurs dans la révérence, si typiquement germanique, envers toute autorité constituée, aggravée d’un 9uridisme diplomatique qui dicta % la iérarc ie ecclésiastique un respect scrupuleu6 + mal eureusement % sens unique + des clauses du 4oncordat conclu, en 19),, entre l’Kglise et le Croisi'me Reic --"

/n 8ait, il s’agit d’une p rase de saint ;aul, qui 8it et 8ait tou9ours la 9oie des tyrans et dictateurs et em2arrassait tant les prélats allemands, pour les raisons susdites . « Zue c acun se soumette au6 autorités en c arge" 4ar il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui e6istent sont constituées par Dieu" (i 2ien que celui qui résiste % l’autorité se re2elle contre l’ordre éta2li par Dieu" » LRm 1), 1 ssM" Hl est dommage que la iérarc ie cat olique allemande n’ait pas imité l’Kglise évangélique ?con8essante? qui avait 8ait sienne la réplique de saint ;ierre et des apRtres au6 autorités religieuses qui leur interdisaient de pr0c er au nom de 7ésus . « Hl 8aut o2éir % Dieu plutRt qu’au6 ommes" » L3c @, -9M" 4’est % ce titre qu’elle re8usa, dans un premier temps, d’appliquer les directives raciales de l’Ktat, spécialement le ?paragrap e aryen?, qui e6cluait des rangs du clergé les pasteurs protestants d’origine 9uive" Fal eureusement, ce 2eau courage 8it long 8eu et 8inalement l’Kglise con8essante cessa de dé8ier ouvertement le pouvoir na:i, m0me si elle s’installa dans une résistance spirituelle qui ne se démentit 9amais" ` ce su9et, voir, entre autres ouvrages, J" V/R!34I, -ls die .eu+en sch>ie+en" Bekennende 3irche und die @uden , Hnstitut Eirc e und 7udentum PZuand les témoins se taisaient" !’Kglise con8essante et les 9ui8sQ, &erlin, 199)"
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;our en revenir au6 sermons d’3vent du cardinal 5aul a2er, malgré leur dure 8ranc ise et les violentes critiques qu’ils suscit'rent, tant dans les sp 'res du pouvoir na:i que dans la presse, il serait erroné d’y voir autre c ose qu’une réaction ecclésiastique énergique au6 errements doctrinau6 de 4 rétiens séduits par les doctrines néo+paSennes et racistes des na:is" ` preuve ces remarques de #ol$ lui+m0me -)" 3pr's avoir noté que son désaccord e6primé pu2liquement et sa pro8ession de 8oi anti+totalitaire 8irent 8igure d’acte d’opposition important et 8urent perUus PTQ comme une lumi're par ses contemporains, Pet queQ nom2reu6 8urent ceu6 qui propuls'rent le courageu6 prédicateur de l’3vent au rang de c e8 du cat olicisme allemand dans le con8lit ecclésiastique naissant, #ol$ émet, sur la personnalité du cardinal, un 9ugement qui, pour sév're qu’il apparaisse, a de 8ortes c ances de correspondre % la réalité . Pses contemporainsQ ne se rendaient pas compte qu’ils assignaient % 5aul a2er une tYc e pour laquelle il n’avait ni l’inclination ni la vocation, ni les aptitudes personnelles correspondantes" Notant, avec 9uste raison, qu’« en re8usant l’intimidation et la domination séculi're + attitude qui avait suscité un tel ent ousiasme + le cardinal n’entendait pas adopter une attitude 8onci'rement su2versive », l’ istorien illustre cette ?marc e arri're? en relatant que, peu de temps apr's son coup d’éclat, 5aul a2er rappela au clergé et au6 8id'les la nécessité de « la colla2oration avec l’Ktat », et 8it comprendre qu’il ne voulait pas « creuser un 8ossé in8ranc issa2le »" Dans son désir d’apaisement, il posa m0me un acte que #ol$ rapporte avec répro2ation . Hl montra com2ien il était mal conseillé en se laissant convaincre PTQ d’adresser au Vauleiter Jagner « un salut itlérien réglementaire et irréproc a2le »" Coute8ois, si regretta2les qu’ils soient, il serait in9uste de 9uger ces manques de discernement + dont les Kglises n’eurent d’ailleurs pas l’e6clusivité +, % l’aune de nos crit'res contemporains ?éclairés?, et en 8aisant a2straction du régime d’intimidation et de terreur que les na:is ne cess'rent de 8aire régner, % des degrés divers, durant toute la durée du Croisi'me Reic " 4ar nul ne peut ignorer que c’est le plus souvent dans des conditions e6tr0mement trou2lées et violentes que nom2re de responsa2les politiques ou religieu6, en 3llemagne ou ailleurs, durent e6ercer leurs 8onctions, adopter des positions et prendre des décisions, dont certaines eurent des conséquences imprévisi2les et par8ois dramatiques" /t si, avec le recul du temps et sac ant au9ourd’ ui ce qu’ignoraient, ou ne pouvaient prévoir, les protagonistes des événements
(elon certains istoriens, ce 4oncordat 8ut, pour l’Kglise, un marc é de dupes" (elon d’autres, malgré le 2éné8ice indénia2le qu’en tira Iitler, il 8ut un moindre mal, outre que c’était, de toute 8aUon, la seule option politico+9uridique possi2le pour parvenir % une coe6istence supporta2le avec un régime qui s’appuyait sur des principes diamétralement opposés % ceu6 de la morale c rétienne" ` ce propos, c8" (4ID!D/R, (p" cit", volume HH, spécialement les c apitres , % 6, p" 89 % -11"
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48" #D!E, (p" cit", p" 1B-"

d’alors, certains de leurs comportements peuvent nous appara_tre comme entac és d’erreurs, de compromissions et de 8ai2lesses, il est clair qu’ils ne 8urent pas tous, tant s’en 8aut, des antisémites, des colla2orateurs, ou des lYc es" Hl reste qu’il 8audra 8aire la lumi're tant sur l’a2sence de protestation du cardinal 5aul a2er Lcomme d’ailleurs de tout l’épiscopat allemand d’alorsM contre les persécutions dont les 7ui8s 8urent l’o29et, que sur l’attitude de l’Kglise envers le régime na:i -," 4’est l% une tYc e légitime, pourvu qu’on s’en acquitte sans polémiques ni 9ugements partisans, et sans 8létrir inconsidérément la réputation d’une institution et de ses serviteurs, 8ailli2les par nature, dont nous ne conna_trons, ou ne comprendrons peut+0tre 9amais su88isamment ni les motivations réelles, ni les dé2ats de conscience qui 8urent les leurs lorsqu’ils pos'rent des actes ou 8irent preuve d’attitudes de réserve dont nous nous scandalisons au9ourd’ ui -@" Hl sera donc prudent et con8orme % la déontologie istorique d’apprécier leurs attitudes % la lumi're du sage crit're 8ormulé, en 196,, par le cardinal Dap8ner, % propos du silence controversé de ;ie bHH durant la (econde Vuerre mondiale -6. !e 9ugement rétrospecti8 de l’Iistoire autorise par8aitement l’opinion que ;ie bHH aurait d< protester plus 8ermement" Dn n’a cependant pas le droit de mettre en doute l’a2solue sincérité de ses moti8s, ni l’aut enticité de ses raisons pro8ondes"
!es polémiques de ces derni'res décennies autour de l’attitude de ;ie bHH et de la iérarc ie de l’Kglise 8ace % l’3llemagne na:ie, rendent incontourna2le la consultation d’une étude, asse: ancienne, mais remarqua2le par son sens critique, son o29ectivité et son souci mét odologique . #" 4DNc/FHN(, ,+lises chr0tiennes et totalitarisme national-socialiste" An <ilan historio+raphique, &i2liot 'que de la Revue d’ istoire ecclésiastique, !ouvain, 1969" /n 16) pages, tr's denses, d’une analyse pénétrante et totalement dénuée de polémique ou de visée apologétique, cette 2r've synt 'se 8ournit un 2ilan précieu6 des rec erc es istoriques sur cette période trou2lée Lpr's de -** ré8érences 2i2liograp iques citéesM, et en corrige certaines dérives et erreurs patentes"
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&ien qu’il ne constitue nullement une pi'ce % verser au dossier istorique, il a paru intéressant de citer ici le témoignage impressionnant d’un mem2re éminent de la iérarc ie cat olique, dont les accents prop étiques rappellent ceu6 de la Déclaration de repentance d’év0ques de 5rance, de 199B . « /n regardant l’ istoire de ces années, nous ne voulons pas, nous n’avons pas le droit, et moi+m0me, mem2re de l’Kglise, 9e n’ai pas le droit de taire que 9’ai conscience d’une complicité de l’Kglise" Dui, de son cRté, l’Kglise ne s’est pas opposée comme elle le devait, % cette pensée nationaliste 8ourvoyée, % un anti9udaSsme c rétien, % une pensée nationaliste teintée de religion, % une interprétation ine6acte des événements de la ;assion" 4e 8ut une plaie suppurante dans le corps de l’Kglise, et ceci a causé 2eaucoup de mal eurs % des innocentsT » L« !’engrenage des responsa2ilités »" 3llocution du cardinal autric ien 5ran: Eoenig, prononcée le 1) mars 1998 % la 5aculté de médecine de #ienne et pu2liée dans l’ e2domadaire viennois Die ;urche, nA 1), du -6 mars 1998" Ce6te 8ranUais dans 4stina nA ), ;aris, 9uillet+septem2re 1998, p" ))9+),-" !e passage cité ici 8igure % la p" ),-"M
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48" !" ;3;/!/Nb, es silences de 9ie B44, #o$aer, &ru6elles, 198*, p" 168"

© Menahem Macina (no embre !00"#$