EN VISITANT LES EXPOS AVEC MIRBEAU… (III

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L’an dernier, En visitant les expos avec Mirbeau a lâchement fait relâche pour cause d’année sabbatique. Aussi, avant de commencer ma chronique de l’année 2011, je parlerai de quatre expositions nota les de 2010. ! ! !

"n 2010, les ré#ions de $aute et %asse&'ormandie or#anis(rent la premi(re édition du )estival * Normandie Impressionniste +, qui en#lo ait plus de cent événements divers. Le succ(s populaire fut au rende,&vous -un million de visiteurs dans les musées et autres lieux culturels., de m/me que les retom ées économiques. 0n n’a, certes, pas attendu 2010 pour savoir que la 'ormandie était, selon l’expression consacrée et infiniment ressassée, * le berceau de l’impressionnisme +. 1’est l2 que 3onet re4ut les le4ons de %oudin et de 5on#6ind, l2 qu’il pei#nit Impression soleil levant, etc. 3ais, enfin, ce n’est que l’un des * berceaux +, car il ne faut pas ou lier la for/t de )ontaine leau et les ords de la 7eine entre Ar#enteuil et 3antes -qui n’ont rien de normand.8 9mpossi le de tout voir. 9l fallait faire un choix, or#aniser son circuit en fonction de son temps et de ses intér/ts. 9mpossi le de tout rapporter ici, sauf 2 : consacrer l’inté#ralité de cette chronique. 5e mentionne néanmoins l’exposition %lanche $oschedé&3onet au musée de Louviers, car il s’a#it d’une artiste rare, qui travailla dans l’om re de 1laude 3onet, son eau&p(re et ma;tre. < =ivern:, le musée des impressionnismes proposait une remarqua le rétrospective de 3aximilien Luce, néo&impressionniste at:pique1.

1laude 3onet, Cathédrale de Rouen

L’exposition&phare était, ien s>r, celle du musée de ?ouen - Une ville pour l’impressionnisme : Monet, issarro et !au"uin # Rouen, du @ juin au 2A septem re 2010.,
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1f. ce que j’en ai dit dans * "n visitant les expos avec 3ir eau 9 +, Cahiers $ctave Mirbeau nB1A, 200C,

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con4ue comme un h:mne 2 la ville qu’aim(rent, entre autres, )lau ert, 3aupassant et 3ir eau. 9l suffit de lire la description depuis la cFte de 1anteleu qu’en fait 3aupassant -au dé ut de son conte Un Normand. pour comprendre la picturalité de la cité normande G * C’est l# un des hori%ons les plus ma"ni&iques qui soient au monde' (erri)re nous, Rouen, la ville aux é"lises, aux clochers "othiques, travaillés comme des bibelots d’ivoire * en &ace, +aint, +ever, le &aubour" aux manu&actures, qui dresse ses mille cheminées &umantes sur le "rand ciel vis,#,vis des mille clochetons sacrés de la vieille cité' H8I + 1e n’est pas aux usines qu’en veut 3ir eau, mais ien aux architectes modernes qui se comportent en vandales irrespectueux du presti#ieux passé de la ville G * Rouen est une ville admirable, et qu’on ne se lasse -amais d’admirer, bien qu’elle ait été dé-# &ort endomma"ée par la truelle moderne' .vec ses cathédrales, ses palais, ses maisons ciselées comme une serrure d’art, c’est vraiment la cité éternelle' Il &aut m/me se h0ter de l’admirer avant que tout cela ait disparu 1 ce qui ne saurait tarder 1 sous le vandalisme des réparations' 2es architectes ont envahi, hideuses limaces, le &lanc des monuments et dévorent cette &loraison superbe de pierre2' + 3ir eau écrit cela en 1JC0, juste avant la venue de 3onet, qui va s’atteler 2 peindre les variations de la lumi(re sur la fa4ade de la cathédrale, au fil du jour et des saisons. L’exposition propose -de mani(re tassée. on,e des vin#t toiles de cette ma#istrale série que 3onet exposa che, Kurand&?uel au dé ut du printemps 1JCE. =effro: et 1lemenceau cri(rent aussitFt leur enthousiasme dans la presse. 3ir eau en fit de m/me dans une lettre destinée 2 rassurer le peintre G * Mais c’est inou3, ce que vous alle% montrer au public 4 C’est de la beauté neuve, comme la peinture n’en avait pas encore o&&ert aux re"ards et au son"e de l’artiste' Cela va marquer une date nouvelle, qui restera éblouissante, dans l’évolution de votre esprit et la marche de votre 5uvre' H8I 6amais, peut,/tre, vous n’ave% atteint, comme dans vos 1athédrales, # la possession de la nature dans le r/ve 4 7ous ave% évoqué, avec une "r0ce, avec une &orce, avec une compréhension merveilleuse de la lumi)re circumpolaire tout un pa8s de poésie intense 4 + Kans * L2 et l2 +, le 12 mai CE, il surenchérit G * 2es théories, en &ace de cette merveilleuse réalisation, se dissipent et s’évanouissent comme des brumes dans le soleil 4 H8I (evant la réalisation de ce m8st)re divin de l’art, -e suis comme une sainte devant l’apparition corporelle, palpable, de son (ieu 4 6e suis abruti 4 Et -e ne dis rien 4 2a moindre parole, en ce moment, me semblerait un blasph)me 4 9uand l’art atteint ces hauteurs, il &aut admirer, comme on prie, nom d’un chien 4 + "t puis ?ouen ne manque pas de ?ouennais intéressants G Léon 3onet -fr(re a;né de 1laude., 3urer -qui : poss(de l’hFtel du Kauphin et d’"spa#ne. et, surtout, )élix Kepeaux. Le #ros catalo#ue -@00 pa#es. consacre un lon# et détaillé article mono#raphique 2 ce commer4ant enrichi qui collectionnait les ta leaux impressionnistes et qui était, par ailleurs, une relation -sinon un * ami +, comme on le voit souvent écrit. de 3ir eau. Ke 3onet, Kepeaux possédait, entre autres toiles, 2es (indons blancs -0rsa:. et Rue +aint,(enis, &/te du :; -uin <=>=, désormais fleuron du musée de ?ouen. 1’est lui qui incita le peintre 2 venir peindre la cathédrale. Le le#s qu’il fit au musée de ?ouen fit autant de ruit qu’en son temps celui de 1aille otte. Apr(s moult controverses et ter#iversations, il fut accepté en 1C0C. =râce 2 lui, le musée de ?ouen comporte une section impressionniste remarqua le. Kepeaux encoura#ea aussi les impressionnistes locaux G An#rand, Kelattre, )rechon, Le our#, Lemaitre, Minchon, etc. ?e#roupés sous l’étiquette d’ * ?cole de Rouen +, ils ont une place lé#itime au sein de l’exposition. 1ertains, comme An#rand, un proche de 7eurat, furent tentés plus ou moins dura lement par le néo&impressionnisme.

2’?cho de aris, 2E ao>t 1JC0, cité par Mierre 3ichel dans son article * ?ouen + du (ictionnaire $ctave Mirbeau, L’N#e d’$omme O 7ociété 0ctave 3ir eau, 2011, p. @E@.

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1amille Missarro, 2e ont @oieldieu, # Rouen

"n 1JJP, Missarro séjourna 2 ?ouen, 2 l’$Ftel du Kauphin et d’"spa#ne. Le cFté portuaire de la ville -parfois vue dans le rouillard. l’attire. 9l recherche 2 la fois l’équili re dans la composition et l’unité de la surface picturale -souvent leutée.. 9l revint plusieurs fois dans les années 1JCA&1JCJ, pei#nant la cathédrale -mais de loin, afin de se différencier de 3onet. et produisant une série de ponts selon des an#les de vue tout 2 fait ori#inaux. 3ir eau vit en Missarro * le peintre, vrai, du sol et de notre sol +. 9l a certes raison, mais il ne faut pas ou lier pour autant la contri ution du peintre 2 la poétique urbaine de la fin du Q9Q e si(cle, comme en témoi#nent ses toiles de ?ouen.
Maul =au#uin, 6ardin abandonné, # Rouen

3ais la vraie découverte de cette exposition est celle de la période rouennaise de =au#uin. Ruittant Maris, oS la vie est devenue trop ch(re pour lui, l’artiste arriva 2 ?ouen en janvier J@, avec femme et enfants, sur les pas de Missarro, et ien décidé 2 * peindre tous les -ours +. 9l : passera l’année, produisant quarante&deux toiles sous la dou le influence de 1é,anne et de Missarro, avant de lâcher prise et de partir vivre au Kanemar6, dans sa elle& famille. < ?ouen, =au#uin tourne le dos au fleuve et peint de mani(re mélancolique le fau our#, les ver#ers, la ,one indécise entre ville et campa#ne.

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Maul =au#uin, 6ardin abandonné, # Rouen

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Apr(s 7ar#ent et 7orolla en 200D, le Metit Malais poursuit son inventaire des contemporains étran#ers des impressionnistes en proposant * !iuseppe (e Nittis A<=BC, <==BD, 2a modernité élé"ante + -21 octo re 2010 O 1A janvier 2011., premi(re exposition parisienne consacrée 2 cet artiste italien qui, comme %oldini, vécut et travailla 2 Maris de 1JAC 2 sa mort. Ami de 3anet, Ke#as et 1aille otte, il participa en 1JD@ 2 la premi(re exposition impressionniste avec cinq Tuvres. Am itieux, il retourna vite chercher le succ(s au 7alon. 9l s’effor4a -comme 5ames Uissot. de devenir un peintre mondain et : parvint. "n 1JDJ, "dmond de =oncourt, qui rentre de d;ner che, lui, le présente dans son 6ournal G * Il &ait partie de cette nouvelle "énération de peintres "a"neurs d’ar"ent et # cheval sur aris et 2ondres' C’est le petit hEtel, le domestique en cravate blanche, l’appartement au con&ort an"lais, oF l’artiste se rév)le par quelque -aponaiserie d’une &antaisie ou d’une couleur adorablement exotique' + =oncourt, qui l’estimait, le fit admettre dans le salon de la princesse 3athilde. Ke 'ittis mourut jeune, en pleine #loire, laissant le souvenir d’un artiste 2 mi& chemin entre impressionnisme et peinture mondaine. 1omme 3ir eau n’aimait pas du tout l’entre&deux, le compromis, il l’a férocement exécuté l’année d’apr(s sa mort G * Il &aut bien avoir le coura"e de le dire, il 8 avait en M' de Nittis beaucoup plus d’habileté que de vrai talent' Il séduisait davanta"e par les qualités de prestidi"itation dont il &aisait preuve, que par la sincérité, la personnalité qui ne se dé"a"ent pas nettement de ses 5uvres' M' de Nittis avait beaucoup pris # Manet et surtout # (e"as, mais, en véritable Italien qu’il était, il pomponnait, enrubannait, embour"eoisait ce que les artistes sév)res mettaient dans leurs toiles, d’art abstrait et de lo"ique impito8able' Certains peintres an"lais avaient eu aussi sur lui une "rande in&luence' +on ima"ination se débattait au milieu de toutes ces réminiscences qu’il "racieusait, qu’il mettait au point de séduction vul"aire qui &latte l’amateur i"norant et moutonnier, et il n’a pas laissé une 5uvre vraiment &orte et qui vivra, comme vivront celles de ces persécutés, oF il est allé chercher pourtant le plus clair de sa mani)reP' + Le verdict est sans appel V 3ir eau n’: reviendra pas.

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0ctave 3ir eau, Combats esthétiques, 7é#uier, 1CCP, t. 9, p. 1@A.

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Ke 'ittis, 2e Gimono couleur oran"e

L’a#réa le exposition du Metit Malais décline chronolo#iquement, au lon# de dix salles 2 taille humaine et aux couleurs de cimaise tr(s étudiées, les différents aspects de cette Tuvre mal connue, depuis ses Tuvres napolitaines -en particulier, trei,e vues du Wésuve. jusqu’2 ses portraits mondains, en passant par ses sc(nes de rues parisiennes, ses pa:sa#es an#lais no:és de rume, oS perce la dou le influence de Uurner et de Xhistler, ses champs de course. 3ir eau a rapidement commenté !rand prix de aris * un peu noir et con&us, mais d’un e&&et de plein air tr)s intéressant et tr)s étudié @' + 1ette exposition se présente clairement comme une réha ilitation de ce peintre, qui ne fit pas qu’édulcorer l’impressionnisme.

Ke 'ittis, Cola%ione in "iardino -Minacoteca di %arletta.

0n réduit trop de 'ittis 2 un * peintre des élé"ances parisiennes +. 9l avait un vrai sens du plein air, des atmosph(res vaporeuses, ce qui faisait écrire 2 =oncourt, 2 propos de ses pastels G * C’est l’air brouillardeux de aris, c’est le "ris de son pavé, c’est la silhouette di&&use du passant' + 7es pa:sa#es panoramiques construits en andes hori,ontales -comme dans 2e Hrain qui passe. sont remarqua les. Kans (é-euner au -ardin, l’une de ses derni(res toiles -elle clFt l’exposition., il a représenté, autour d’une ta le, sa femme et son fils de profil. 9ls sont plon#és dans la pénom re des ar res, tandis que l’arri(re&plan verdo:ant du jardin est inondé de lumi(re. 9l s’a#it l2 d’une Tuvre vérita lement impressionniste, certes influencée par 3anet et 3onet, mais conduite d’un Til et d’une main s>rs. 9nfluencé par les ma;tres japonais qu’il collectionnait, de 'ittis a é#alement produit des Tuvres japonisantes tout 2 fait
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0ctave 3ir eau, Combats esthétiques, t. 9, p. CA.

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di#nes d’attention, en particulier 2e Gimono couleur oran"e -1JJP&1JJ@., splendeur de coloris et de sensualité 2 la super e écriture a réviative. ! ! !

"n introduction 2 la rétrospective 3onet du =rand Malais -22 septem re 2010 O 2@ janvier 2011., =u: 1o#eval, directeur des musées d’0rsa: et de l’0ran#erie, écrivait ces li#nes avisées G * I quoi servirait une rétrospective si elle n’invitait # chan"er de re"ard J 2a dévotion aux "rands maKtres de l’art &ranLais n’impose pas l’éternelle répétition des m/mes ar"uments et des m/mes approches' Et la peinture de Monet a tant besoin de nouveaux re"ards, elle que l’on a si lon"temps en&ermée dans nos dé&initions étroites de l’impressionnisme' $r, # bien des é"ards, elle les remet en cause comme le su"")re cette exposition innovante par le dédoublement de son parcours et les idées qu’elle dé&end' + 3ais il : a souvent loin entre les intentions déclarées et la réalité. 1e fut le cas ici. L’exposition se révéla routini(re, décevante. K’a ord par le fait que, le musée 3armottanY1laude 3onet a:ant refusé de pr/ter quoi que ce soit, les commissaires ne surent pas pallier cette défection majeure. 1ertaines Tuvres exposées sont, disons&le, tout 2 fait médiocres. 3onet n’a pas peint que des chefs&d’Tuvre, mais ce n’est pas le rFle d’une rétrospective que d’exhi er ses rares fai lesses. "nsuite, les * nouveaux re"ards + annoncés se révél(rent ien peu de chose G le retour aux motifs et aux séries, contre la * vaporisation + empruntée 2 Uurner et 2 Xhistler. Ruant au * dédoublement du parcours +, cela si#nifie tout /tement que l’exposition est structurée en deux #randes parties G * (evant la nature + -1JA0&1JC0. et * +éries + -1JC0& 1C2@.. < mi&parcours, on s’est contenté de consacrer deux salles aux natures mortes et aux fi#ures. Muissante nouveauté Z Ruant 2 l’étude des séries, elle suit trois fils conducteurs G la répétition, l’intériorité et la décoration. < l’énoncé de tout cela, on comprend aisément comment la recherche de pointe concernant 3onet se situe, depuis lon#temps, de l’autre cFté de l’Atlantique. Les rapports entre 3ir eau et 3onet sont a ordés dans le catalo#ue. ?ichard Uhomson -de l’université d’[dim our#., dans un article ien informé -* Un naturalisme d’émotivité, <==<,<=M< +., situe 3ir eau parmi le réseau intellectuel qui entoure le peintre. 9l insiste sur le fait que 3ir eau et =effro:, s’accordent sur * l’importance de l’émotion dans une 5uvre d’art, m/me si cette idée rel)ve simplement d’une vision naturaliste de la nature +. "t il cite 3ir eau qui, d(s son premier article sur 3onet -2a Nrance, 21 novem re 1JJ@., percevait dans ses toiles * une éloquence qui vous remue pro&ondément, vous émeut de toute la vie intime ou di&&use qu’il 8 a prise' + Ruant 2 Mhilippe Mi#uet, il souli#ne la * complicité amicale et esthétique + qui unissait le peintre et l’écrivain. L’exposition 3onet a dé#a#é d’énormes énéfices, que le musée d’0rsa: a aussitFt réinvesti dans l’achat d’un #rand ta leau de 8 5ames Uissot. Rui est ce Uissot, me dire,&vous. "h ien, voici ce que 3ir eau en pensait G O $n sait que M' Hissot est moitié an"lais, moitié &ranLais, qu’il poss)de un atelier # 2ondres et aussi un atelier # aris' Ce peintre &réquente la meilleure société, et les "ens du monde et du demi,monde lui con&ient volontiers leurs nobles t/tes # pourtraicturer' Hr)s selected, M' Hissot, tr)s professional painter, en&in ce qu’il 8 a de mieux' (’ailleurs, aucun talent, pas m/me de l’habileté vul"aire, mais une a"aLante prétention # l’ori"inal, au niveau, # l’artiste. +a peinture, imitée des préraphaélites an"lais, des impressionnistes &ranLais, et aussi des institutards de l’?cole, est bien la plus désa"réable mixture qui puisse se voirE' P 1’est vache, mais ien vu Z ! ! !

Kepuis son ouverture, le musée d’0rsa: a eaucoup fait pour réha iliter =érFme,
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Combats esthétiques, t. 9, p. 1@E.

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ennemi irréducti le des impressionnistes, qu’il considérait comme des déments faisant sous eux, un des artistes académiques que 3ir eau vilipenda, mais, somme toute, eaucoup moins que 1a anel ou %ou#uereau -cf. les notices détaillées que Laurence Uartreau&\eller a consacrées 2 ces deux pompiers dans le (ictionnaire Mirbeau.. Meintre d’histoire #randiloquent, professeur influent aux %eaux&Arts, mem re éminent de l’9nstitut, décoré de la lé#ion d’honneur, s>r de lui et im u de sa personne, =érFme résume tout ce que 3ir eau déteste et com at. 9l fut l’une des pi(ces ma;tresses de l’ académisme et de son s:st(me de résistance 2 toute nouveauté esthétique. Kans son +alon de 1JJA, l’écrivain condamnait sa peinture lisse, léchée, écrivant que * l’art qu’il pratique est in&érieur au da"uerréot8peA +. "n 1JC@, il rappelait son attitude récente au moment du le#s 1aille otte G * M' !érEme dont on vante l’esprit dans les ateliers, n’allait,il pas, # propos du le"s Caillebotte, -usqu’# réclamer des peines corporelles 1 prison ou Qnout, -e ne sais 1 contre ces hommes atteints et convaincus de peindre d’une autre &aLon que luiD' +

5ean&Léon =érFme, ollice verso -1JD2.

L’exposition d’0rsa: -6ean,2éon !érEme A<=RB 1 <M;BD : l’Sistoire en spectacle, 1C octo re 2010 O 2P janvier 2011. présente tous les aspects de sa lon#ue carri(re et de son Tuvre G place dans la peinture fran4aise de son époque, conception théâtralisée de la peinture d’histoire, rapport complexe 2 l’exotisme -et 2 l’érotisme., usa#e de la pol:chromie dans sa sculpture, rFle d’ensei#nant, rapport au mod(le antique et, enfin, succ(s américain 2 partir de 1JD0. Uout cela est sous&tendu par une th(se paradoxale puisqu’il s’a#it de souli#ner la modernité de celui qui, apr(s la victoire totale de l’impressionnisme, fut lon#temps re#ardé comme un réactionnaire. 1e * révisionnisme + nous en#a#e 2 considérer désormais =érFme comme * l’un des "rands créateurs d’ima"es du TIT e si)cle +. 9l serait moderne en ce qu’il a pratiqué le colla#e -sans le savoir. et qu’il annonce le cinéma holl:]oodien dans sa version peplum -mais pas seulement.. Uout cela est un peu tiré par les cheveux, mais il faut ien trouver des ar#uments intellectuels pour soutenir la cote internationale de ce pompier 2 la #randiloquence surannée. ! ! !

Apr(s de 'ittis, le Metit Malais nous offre une vue d’ensem le sur l’Tuvre tout aussi méconnu de )orain -6ean,2ouis Norain A<=UR 1 <M:<D : la Comédie parisienne, 10 mars O E juin 2011.. 5eune compa#non de oh/me de Werlaine et de ?im aud -qui le surnomment
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Combats esthétiques, t. 9, p. 2AJ. Combats esthétiques, t. 99, p. AA.

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!avroche., )orain est d’a ord un homme de cafés, oS il puise une partie de la verve satirique des dessins qui ont fait sa réputation. )ormé dans l’atelier de 1arpeaux, lié 2 Ke#as, il participe 2 quatre des huit expositions impressionnistes. 9l : expose des Tuvres variées G ta leaux -portraits, intérieurs de café, de théâtre, etc.., eaux&fortes, dessins, aquarelles, pastels. )orain est partout G dans les cafés, les théâtres, les journaux, au oulevard, aux courses, au =renier de =oncourt, au Chat Noir, etc. 7on ami $u:smans ne tarit pas d’élo#e G * En sus de ses qualités d’observation ai"uV, de son dessin délibéré, rapide, concisant l’ensemble, avivant le soupLon, &orant d’un trait -usqu’aux dessous, il a apporté en art, la sa"ace ironie d’un arisien narquois + -Certains, 1JJC.. 9l colla ore 2 d’innom ra les journaux. "n 1JJC, il fonde 2e Ni&re, dont il définit le pro#ramme G * Montrer la vie de tous les -ours, montrer le ridicule de certaines douleurs, et la tristesse de bien des -oies' H8I Chercheur &antaisiste, -’irai partout, m’e&&orLant de rendre d’un trait net et immédiat, aussi sinc)rement que possible, les impressions et les émotions ressenties' Hou-ours -o8euses, souvent ironiques, ces notes viseront les travers contemporains sans s’attaquer aux contemporains eux,m/mes' + 1’est dans le milieu de la presse que 3ir eau le croise. 9l apprécie tout autant le dessinateur satirique que le peintre -il poss(de une de ses Tuvres représentant des (anseuses.. "n mai 1JJE, dans 2a Nrance, il le rapproche de ?affa^lli et parle de leur * sens tr)s délicat et tr)s artiste des sc)nes, oF le peu de chose qui se rencontre est tou-ours de premi)re qualité= +. 9l décrit asse, lon#uement les deux envois de )orain au 7alon. 3ir eau salue tout d’a ord le portrait de Maul $ervieu G * Il n’8 a que des louan"es # adresser # M' Norain pour l’exécution matérielle du portrait, et pour ce mouvement de la main, hardi et sans coquetterie, qui tord la l)vre re&oulée, et donne au mod)le un accent d’0preté excessive, mais saisissant' + Kans 2e 7eu&, * excellent morceau, tr)s simple, sans recherche dramatique et pourtant asse% poi"nant +, l’écrivain souli#ne la justesse de l’attitude du pauvre homme et conclut G * Il 8 a dans ce su-et les qualités ordinaires qui distin"uent M' Norain, une "rande élé"ance de dessin, une sensibilité tr)s am)re, une discrétion des tons, une &inesse de la lumi)re et une préoccupation tr)s artiste de l’anal8se qui souli"ne ce talent, ennemi de la banalité épaisse et de la rondeur bour"eoiseC' + L’année suivante, toujours dans 2a Nrance, 3ir eau, rendant compte de la huiti(me et derni(re exposition impressionniste, consacre 2 )orain un paraphe plein de louan#es G * M' 6',2' Norain a une -olie exposition' Un "rand portrait de &emme, au pastel, de ton tr)s délicat, et souverainement "racieux * le portrait de M' @lanche, qui me plaKt in&iniment par son dessin tr)s personnel * une esquisse du pesa"e de Chantill8, "rouillante, vivante, tr)s caractéristique, et des séries de sc)nes de thé0tre, et des portraits de &emme, tout cela empreint de ce modernisme ai"u, de cette vivacité d’impression qui distin"ue le talent de M' Norain10' + )orain, tout comme 3ir eau, aimait dénoncer les travers humains et le pouvoir corrupteur de l’ar#ent. 3ais leurs routes diver#(rent lorsque le dessinateur mit ses dons incontesta les au service de l’antisémitisme et de la cause anti& dre:fusarde. L’exposition décline en trei,e salles les lieux de la modernité que )orain a su saisir de son trait caractéristique G champs de courses, sc(nes de rues, de cafés, de spectacles, soirées mondaines, etc. < vin#t&sept ans, il peint sans doute son chef&d’Tuvre, 2e Client, une sc(ne de ordel 2 placer 2 cFté des Tuvres similaires de Ke#as et de Uoulouse&Lautrec. < la fin de sa vie, catholique converti -par $u:smans., mem re de l’9nstitut, commandeur de la lé#ion d’honneur, il peint une Tuvre crépusculaire, pleine de li erté et d’audace, que l’on pourrait qualifier d’ * expressionniste.

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Combats esthétiques, t. 9, p. 1J2. Combats esthétiques, t. 9, p. 1CE. 10 Combats esthétiques, t. 9, p. 2DD.

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5ean&Louis )orain, 2e Client

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"n 1CC@, le musée d’0rsa: avait or#anisé au =rand Malais une importante exposition intitulée * Impressionnisme W 2es ori"ines : <=UM,<=CM +. Le rFle capital de 3anet dans la naissance de la Nouvelle einture : était fortement souli#né. Kans l’Avant&Mropos du catalo#ue, $enri Lo:rette, le commissaire d’exposition, indiquait que * tracer les ori"ines de la Nouvelle einture, c’est d’abord montrer ce subtil passa"e du réalisme # l’impressionnisme, de Courbet # Manet, et bientEt # Monet et (e"as' + Kix&sept ans apr(s, ce n’est plus 4a du tout Z... 7elon les concepteurs de l’exposition * Manet, inventeur du Moderne + -0rsa:, E avril O P juillet 2011., il convient d’* arracher l’auteur d’$l8mpia # l’historio"raphie de l’impressionnisme et aux impasses du modernisme + -c’est 1lement =reen er#, l2, qui est visé pour avoir présenté un 3anet produisant des peintures en * surface +, indifférentes au sujet.. 7téphane =ué#an, le commissaire de la présente exposition, écrit, dans le somptueux catalo#ue édité par =allimard G * 2’homme du Kéjeuner sur l’her e n’a -amais adhéré # la m8tholo"ie de l’art indépendant qui allait contaminer la plupart des lectures du TT e si)cle' + -notons G * contaminer +, et non * in&luencer +, * contaminer + qui renvoie aux #randes épidémies, 2 la peste et au choléra8.. Rue si#nifie alors le titre de l’exposition _ 3anet * &ut le XModerneY par excellence' Moderne, avec une ma-uscule, comme l’écrivait son ami Mallarmé, et non moderniste, comme l’entendait le TTe si)cle, apr)s avoir &ait de Manet son p)re &ondateur' + L’exposition est la démonstration de cette th(se -m/me si les toiles présentées O toujours excellentes, contrairement 2 l’exposition Monet & s’échappent souvent de ce cadre de lecture. G elle nous présente un 3anet issu du romantisme, influencé dura lement par 1outure -il passa, il est vrai, six ans dans l’atelier de l’auteur des Romains de la décadence., un * peintre d’histoire conséquent +, * le !éricault ou le (elacroix de son temps +. "lle s’ouvre par l’Somma"e # (elacroix de )antin&Latour -qui montre 3anet, Xhistler, %audelaire et quelques autres entourer un portrait du ma;tre romantique. et les copies que fit 3anet de la cél( re @arque de (ante du Louvre. "lle privilé#ie la * rencontre &éconde + de %audelaire -2ola de 7alence., l’incursion dans l’art reli#ieux -2e Christ mort et les .n"es., l’impact du vo:a#e en "spa#ne - 2e Ni&re., la complicité avec 3allarmé. Wis&2&vis des ta leaux de pla#e du dé ut des années 1JD0, elle manifeste un em arras certain -7téphane =ué#an parle d’ * impressionnisme pié"é +.. 3anet est présenté comme un artiste avant tout soucieux de sa li erté, ne s’enfermant dans aucune formule esthétique. Le nom de 3anet revient fréquemment dans la critique d’art de 3ir eau. "n 1JJC, lors de l’exposition centennale, il note dans 2e Ni"aro que * Manet acquiert un immense

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presti"e' 2’on s’aperLoit en&in que l’0l:mpia, si durement insultée, est un pur che&,d’5uvre d’art classique11' + 0n sait que l’écrivain soutint fort l’initiative de son ami 3onet de lancer une souscription afin d’acheter l’$l8mpia 2 la veuve du peintre pour en faire don au Louvre. Mour 3ir eau, 3anet est le t:pe m/me du peintre qui s’est tenu hors du monde académique. 7ouvent refusé au 7alon, il ne fut pas de l’9nstitut. 3oqué du pu lic, couvert d’injures par la presse, il est celui qui, loin de rechercher les honneurs, loin de flatter les #o>ts du pu lic, annon4ait la peinture 2 venir. 0n voit aisément que le 3anet de 3ir eau est incompati le avec celui que cette exposition nous présente. Kerni(re précision G 3ir eau est totalement i#noré du catalo#ue. ! ! !

=ustave 1aille otte -1J@J&1JC@. fut peintre, méc(ne et collectionneur de ses amis impressionnistes, mais é#alement amateur de voile et de canota#e, jardinier passionné d’horticulture -comme 3onet et 3ir eau avec lesquels il échan#eait conseils et plants., philatéliste. 7on fr(re cadet 3artial -1JEP&1C1@., compositeur et pianiste, pratiqua la photo#raphie. 1es jeunes rentiers savaient occuper leurs journées Z Avant le maria#e de 3artial, les deux fr(res, pourvus d’une su stantielle fortune, vécurent ensem le, comme les =oncourt. L’exposition du 3usée 5acquemart&André -* (ans l’intimité des &r)res Caillebotte +, 2E mars O 11 juillet 2011. explore pour la premi(re fois cette proximité de vie et de vue, en PE toiles et 1E0 tira#es. 'ullement i#norées jusqu’ici, les photos de 3artial servaient avant tout 2 documenter et 2 illustrer les livres, les catalo#ues et les articles consacrés 2 son illustre fr(re. 9ci, la perspective a radicalement chan#é. 3artial et =ustave sont traités sur un pied d’é#alité. 1e sont les m/mes motifs que =ustave peint et que 3artial photo#raphie G le Maris d’alors en pleine transformation, les ords de rivi(re qu’ils fréquentent pour canoter, se ai#ner, les jardins qui les attirent et les enchantent, l’intimité familiale qui les unit. L’exposition a le charme d’un al um de famille que l’on feuillette lentement. Le peintre et le photo#raphe ont non seulement les m/mes th(mes, mais des audaces de cadra#e et de perspective communes. Les photos de 3artial sortent #randies de cette fraternelle confrontation.

=ustave 1aille otte, Canotier

Mour 3ir eau, 1aille otte est avant tout le nom d’une relation puis, 2 la mort du peintre, celui d’un le#s. Ke l’artiste, il n’a rien dit. 7i ce n’est tr(s tFt, en 1JJ0, dans un article anon:me du !aulois si#né * Uout&Maris + oS, parlant de ses toiles, il a cette formule G * En
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tant que décor, -e les approuve * en tant que tableaux, -e ne les comprends pas +. 1omme tant d’autres, 3ir eau ne considéra pas 1aille otte comme un peintre 2 part enti(re, mais comme un amateur, un rentier faisant de la peinture. 9l fallut attendre d’ailleurs les années 1CD0 pour que l’Tuvre de 1aille otte soit enfin prise en considération. Kepuis, l’importance du peintre n’a cessé de cro;tre. 3ir eau fut, ien évidemment, un farouche partisan du le#s 1aille otte, machine de #uerre destinée 2 imposer l’impressionnisme dans les collections de la répu lique. Kans une chronique dialo#uée pleine de verve intitulée * Le Le#s 1aille otte et l’[tat +, pu liée dans 2e 6ournal du 2@ décem re 1JC@, il faisait l’historique du le#s, tout en dénon4ant l’attitude frileuse des représentants de l’[tat, * membres de cette province politique, ambitieuse, stupide et barbare, sous quoi aris est de plus en plus submer"é <R' + -Combats esthétiques, 99, AC.. 9l se trouve que l’interlocuteur que l’écrivain se pr/te est sans doute l’industriel et collectionneur rouennais )ran4ois Kepeaux dont j’ai parlé supra 2 propos de ?ouen. AussitFt pu liée, cette chronique valut 2 3ir eau une chaleureuse lettre de remerciement de 1é,anne, artiste ien représenté dans le le#s et donc tout particuli(rement intéressé par un a outissement positif. ! ! !

"n 200A, dans ces m/mes Cahiers -nB 1P, p. P@0., j’annon4ais pour 200J l’ouverture du musée %onnard du 1annet, le premier au monde enti(rement consacré au peintre na i et post&impressionniste. Avec un peu de retard, il vient d’/tre inau#uré le 2A juin 2011. Aména#é dans un ancien hFtel du centre ville, il allie la fonctionnalité moderne au charme de l’époque oS %onnard vivait et pei#nait 2 la villa 2es @osquets, située tout pr(s. L’exposition inau#urale, * @onnard et le Cannet dans la lumi)re de la Méditerranée +, réunit rillamment une soixantaine d’Tuvres des années 1C22&1C@D, issues des plus #rands musées et collections particuli(res. L’.utoportrait en boxeur, du musée d’0rsa:, : cFtoie 2a CEte d’.%ur, de la collection Mhilips ,et 2’.telier au mimosa, du 1entre Mompidou. Kou le homma#e en a :me G homma#e au peintre qui a si ien su rendre compte de la lumi(re locale de la 1Fte d’A,ur -: compris dans ses moments de temps #ris., et homma#e 2 la ré#ion qui l’a inspiré. L’exposition se termine par 2’.mandier en &leurs, que %onnard pei#nit au soir de sa vie. Kroit, puissant, l’ar re sem le ju iler dans l’air leu. 9l me rappelle cette phrase de 3ir eau G O M' ierre @onnard, perpétuellement inventi&, tout &leuri de -oies, comme un -eune arbre de printemps, H8I nous étonne, chaque &ois davanta"e, par ses trouvailles de "r0ce et de &orce1P' + !r0ce et &orce G étonnante alliance que le peintre parvint 2 maintenir durant toute sa carri(re.

3usée %onnard

Ke 1C22 2 1CPJ, %onnard parta#ea son temps entre la lumi(re méditerranéenne et celle, plus
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voilée, de la 'ormandie. `ne exposition du 3usée des 9mpressionnismes de =ivern: devan4a l’inau#uration du musée du 1annet, proposant, au printemps 2011, une exposition consacrée 2 * @onnard en Normandie +. %onnard, a andonnant Wernonnet -pr(s de =ivern:., ne s’installa définitivement au 1annet qu’en 1CPJ. 9l : décéda en 1C@D. La collection permanente du musée %onnard du 1annet ne sera visi le qu’2 partir de l’automne. 9l faudra revenir pour voir quelle place est faite 2 l’illustrateur -de 2a CR=,E= et de (in"o, entre autres. et au peintre na i qu’aima et admira 3ir eau. ! ! !

1ela faisait lon#temps que l’on attendait une #rande exposition ?edon -1J@0 O 1C1A., artiste majeur scandaleusement né#li#é. "n 2001, ?é#is 3ichel avait présenté un ensem le si#nificatif de ses * Noirs + dans sa mémora le exposition du Louvre -* 2a peinture comme crise ou la part maudite de la modernité +.. * $dilon Redon, prince du r/ve + -=rand Malais, 2P mars O 20 juin V 3ontpellier, musée )a re, D juillet O 1A octo re 2011. com le notre attente en rassem lant enfin tous les aspects de ce sin#ulier artiste, précurseur du 7:m olisme et ma;tre tr(s respecté des 'a is G les pa:sa#es de sa jeunesse ordelaise, les #ravures qui le firent conna;tre, sa conversion 2 la couleur des années 1JC0, les ensem les décoratifs qu’illumine et transfi#ure une couleur irréelle. L’exposition permet de ien suivre l’évolution de l’artiste, son passa#e du noir de ses #ravures 2 la lumi(re flam o:ante, mais, de l’un 2 l’autre, c’est toujours le m/me univers onirique. 7i les racines de son art -2 travers le #raveur %resdin. plon#ent dans le romantisme, ?edon annonce de mani(re tr(s évidente le surréalisme d’un 3ax "rnst, non seulement par les th(mes a ordés qui plon#ent dans l’inconscient, mais é#alement par une certaine minutie technique qui vient renforcer le verti#e ressenti. 7olidement relié de carton leu, le catalo#ue anal:se chaque Tuvre exposée, ce qui est de plus en plus rare. La précise et précieuse notice consacrée 2 l’al um de six litho#raphies I !ustave Nlaubert rappelle les faits G 3ir eau * avait -u"é incon"rue la présence de Redon # l’exposition impressionniste de <==C et ironisé, dans un article du =aulois, sur les commentaires littéraires des critiques &ace # son art' + -p. 22@.. 9l avait, en effet, écrit G * Il n’8 a "u)re que M' $dilon Redon qui résiste au "rand mouvement naturaliste et qui oppose la chose r/vée # la chose vécue, l’idéal # la vérité' .insi M' $dilon Redon vous dessine un 5il qui va"abonde, dans un pa8sa"e amorphe, au bout d’une ti"e' Et les commentateurs s’assemblent' 2es uns vous diront que cet 5il représente exactement l’5il de la Conscience' 2es autres, l’5il de l’Incertitude * ceux,ci expliqueront que cet 5il s8nthétise un coucher de soleil sur les mers h8perboréennes, ceux,l# qu’il s8mbolise la douleur universelle, Xnénuphar bi%arreY, éclose sur les eaux noires des invisibles .chérons' Un supr/me exé")te arrive qui conclut : XCet 5il au bout d’une ti"e est tout simplement une épin"le de cravateY' 2le propre de l’idéal est de n’évoquer -amais que des &ormes va"ues qui peuvent /tre aussi bien des lacs ma"iques que des éléphants sacrés, des &leurs extraterrestres, aussi bien que des épin"les de cravate, # moins qu’elles ne soient rien du tout1@' + 0n le voit 3ir eau tire tout autant sur ?edon que sur ses commentateurs. 7oucieux du ralliement de personnalités réfractaires 2 son art, ?edon adressa 2 3ir eau, en janvier 1JC1, un des soixante exemplaires de son al um I !ustave Nlaubert qui propose des * illustrations + de 2a Hentation de saint .ntoine. Lié désormais 2 3allarmé, 2 3aeterlinc6, 3ir eau répond chaleureusement 2 l’envoi de ?edon, allant m/me jusqu’2 faire son mea culpa G * Ces pa"es, imprimées pour La Uentation, et qui sont toutes enti)res vEtres, sont parmi les plus admirables et les plus inquiétantes que -e sache de vous' 6e voudrais vous en parler, vous dire tout ce que -e sens de ces ima"inations si belles, si hermétiquement belles'Z[e vous dirai, Monsieur, que d’abord -e vous ai nié, non pas tant dans votre métier, que -’ai tou-ours trouvé tr)s beau, mais dans votre philosophie' .u-ourd’hui, il n’est pas d’artiste qui me passionne autant que vous, car il n’en est pas qui ait
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ouvert # mon esprit d’aussi lointains, d’aussi lumineux, d’aussi douloureux hori%ons sur le M8st)re, c’est,#,dire sur la seule vie vraie' Et -e crois bien, Monsieur,, et -e ne sais pas de plus bel élo"e # vous &aire 1 -e crois bien que -e vous ai compris et aimé, du -our oF -’ai sou&&ert1E' + Mierre 3ichel qui a étudié de pr(s ce revirement suppose qu’il s’a#it l2 davanta#e de politesse épistolaire -envers un proche de 3allarmé. que d’un ralliement 2 l’esthétique de l’artiste1A. "n effet, par la suite, 3ir eau, s’il cite parfois le nom de ?edon, ne dira rien de l’art, de l’évolution de cet opposant * au "rand mouvement naturaliste +. Komma#e, car * le M8st)re, seule vie vraie + constituait un on dé ut8 1hristian L930`79'

0dilon ?edon, 2’]il,ballon -1JDJ.

Lettre JPP, fin janvier 1JC1, in Correspondance "énérale d’0ctave 3ir eau, L’N#e d’$omme, tome 2, 200E, pp. PPP&PP@. 1A 1f. Mierre 3ichel, * 0ctave 3ir eau et 0dilon ?edon +, Sistoires littéraires, nB 1, janvier 2000, pp. 1PA&1PC -httpGYY]]].histoires&litteraires.or#Ylesa20articlesYartmichel.htm..

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