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UNE  EXPLORATION DU COMPORTEMENT DE CONSOMMATION ET DE CREATION D' UN  PRODUIT ARTISTIQUE : L E CAS DU CINEMA  EN TUNISIE 

Ghofrane GHARIANI  Enseignant­chercheur, Institut Supérieur de Gestion de Tunis  e­mail: ghofrane.ghariani@yahoo.fr 

Mourad TOUZANI  Maître de conférences à l'Institut Supérieur de Gestion de Tunis  e­mail: mourad.touzani@isg.rnu.tn

UNE  EXPLORATION DU COMPORTEMENT DE CONSOMMATION ET DE CREATION D' UN  PRODUIT ARTISTIQUE : L E CAS DU CINEMA EN TUNISIE 

Résumé :  L'objectif de la présente recherche est de découvrir et de comprendre, la nature de la relation  entretenue respectivement par les professionnels du cinéma et le public avec l'art et le cinéma,  ainsi  que  les  motivations  pouvant  expliquer  les  comportements  de  création  et  de  consommation  d'œuvres  cinématographiques.  Ayant  souvent  été  négligés  dans  la  recherche,  malgré leur importance incontestée au sein du système de création artistique, les créateurs (les  artistes)  sont  appréhendés  dans  cette  étude  avec  autant  d'intérêt  que  les  consommateurs  (les  spectateurs). Une analyse thématique d'entretiens semi­directifs menés auprès d'un échantillon  de  consommateurs  et  d'un  échantillon  de  professionnels  du  secteur  cinématographique  tunisien,  ont  permis  d'identifier  les  principaux  bénéfices  inhérents  à  l'activité  de  consommation et à celle de production d'œuvres  cinématographiques: certaines  motivations,  essentiellement  émotionnelles  et  d'ordre  intellectuel,  semblent  être  communes  aux  deux  échantillons. 

Mots­clefs :  marketing cinématographique, comportement de consommation, cinéma tunisien

I NTRODUCTION 

La  consommation  artistique  en  général  et  cinématographique  en  particulier,  dépassent  les  simples  fonctions utilitaires caractérisant une consommation plus  matérielle :  les dimensions  hédonique,  esthétique  ainsi  que  celle  liée  à  l’expérience  en  constituent  les  fondements.  Les  recherches en marketing dans le domaine des arts et de la culture ont souvent tenté de cerner  les particularités de ce type de consommation dans le cadre d’activités spécifiques telles que  le théâtre, la musique, les musées ou encore les spectacles vivants. Le cinéma a pour sa part  été  moins  étudié.  Les  recherches  dans  le  domaine  se  sont  essentiellement  intéressées  à  la  mesure  de  l’effet  du  placement  des  marques  dans  les  films  ou  encore  celui  des  bandes  annonces,  de  la  critique  ou  du  bouche  à  oreille  sur  le  comportement  de  fréquentation/non  fréquentation. La présente étude a pour objectif de découvrir et de comprendre, la nature de la  relation  entretenue  (par  les  professionnels  et  le  public)  avec  l'art  et  le  cinéma  ainsi  que  les  motivations  pouvant  expliquer  les  comportements  de  création  et  de  consommation  d'œuvres  cinématographiques  dans  le  contexte  tunisien.  La  compréhension  et  la  description  du  comportement  de  consommation  artistique  appliquée  au  domaine  cinématographique  permettraient de s’intéresser à la fois aux consommateurs et aux créateurs, ces derniers ayant  été  souvent  négligés  dans  les  recherches  malgré  leur  importance  incontestée  au  sein  du  système  de  création  artistique.  Ce  processus  de  création  suppose,  en  effet,  une  interaction  entre ses principaux intervenants, à savoir les producteurs et les consommateurs (Bergadàa et  Nyeck, 1995), ayant pour origine l'existence de l'œuvre artistique.  Quelles  seraient  alors  les  caractéristiques  de  la  relation  entretenue  respectivement  par  les  consommateurs et les créateurs avec le cinéma?  Prenant  conscience  de  l’importance  du  secteur  culturel  en  Tunisie,  la  présente  recherche  pourrait apporter des éléments de réponses à certaines questions que pourraient se poser  les  professionnels  du  milieu,  mais  également  d’être  à  l’écoute  des  attentes  des  consommateurs,  d'autant plus que la fréquentation des salles de cinéma a connu une régression notable durant  ces dernières années. Cette recherche s’intéresse dans un premier temps aux caractéristiques  des  trois  piliers  du  système  de  création  artistique :  l’artiste,  l’œuvre  et  le  public.  Le  cas  particulier de la consommation cinématographique fera l’objet d’une analyse séparée. Elle se  propose ensuite d’adopter une démarche exploratoire au cours de laquelle des entretiens semi  directifs ont été menés auprès de professionnels du cinéma tunisien et de consommateurs.

  les  pairs  ou  les  professionnels  du  domaine. C’est ainsi  que le théâtre a été considéré comme : ·  Une activité reposante permettant de passer un moment. L ' ŒUVRE ET LE PUBLIC  Les artistes sont soucieux de la manière avec laquelle ils utilisent leurs outils pour véhiculer  leurs  idées.  Une  étude  menée  auprès  de  professionnels  du  théâtre  a  révélé  un  certain  nombre  de  motivations de ces derniers par rapport à cette activité (Bergadaà et Nyeck. Un artiste crée avant tout un produit provenant de son propre désir et de ses  besoins internes et qui ne sera présenté que bien plus tard aux consommateurs qui auront alors  le  choix  de  l’adopter  ou  de  le  rejeter  (Becker. un 4  .  l’artiste est un élément à part entière de ce  monde. Le besoin d’accomplissement personnel  semble  donc  être  la  motivation  première  des  professionnels  de  l’art  (Hirschman.  l’artiste  est  indéniablement  la  figure  centrale  dans  le  processus  de  production/consommation  culturelle  (Solomon. ·  Un spectacle éducatif à forte substance culturelle.  c’est  que  l’artiste  peut  être  à  la  fois  producteur  et  consommateur  de  son  art  (Meamber. 1988).  Avant  d’être  essentiellement  créateur  d’art. 1995).  2000). 1975).  Toutefois.  L'artiste  Dans une perspective  marketing.  Une  réelle  relation  d’échange  s’instaure entre l’artiste et chacune de ces cibles (Hirschman.  néanmoins  indispensable  dans  toute  œuvre. 1983 ; Polanyi et Prosch.  les producteurs de biens utilitaires conçoivent des produits  répondant  aux  désirs  et  aux  besoins  des  consommateurs. L’art est en effet très rattaché aux émotions  humaines : « c’est par le truchement de  l’expression artistique que les valeurs les plus hautes acquièrent une signification éternelle et  une force capables d’émouvoir l’humanité.  cette  créativité  peut  être  orientée  vers  l’artiste  lui­même.  certes. L’art possède la faculté illimitée de transformer  l’âme humaine… » (Jaeger. dans un sens.L ES COMPOSANTES DU PROCESSUS CREATIF : L ' ARTISTE . ·  Un enrichissement personnel et un défi intellectuel.  mais  également  vers  le  public. Mais  l’artiste est aussi. 1983). 1964).  1982 ;  Holbrook et Zirlin.  l’art  va  au­delà  de  cet  aspect  créatif.  1978 ;  Hirschman  et  Wallendorf.  1983). ·  Une activité permettant une certaine communication et des échanges sociaux  Ce  qui  peut  paraître  peu  commun.  En  revanche.  Or.

  2000). 1998). il  s'agit  d'un  prototype.  Dès  son  jeune âge.  L’individu se forge une véritable expérience dans le domaine et cette expérience conditionne 5  . qui  est  par  essence  une  consommation  expérientielle  (Holbrook  et  Hirschman. sa consommation est un acte chronophage..  Le consommateur/le public  Le  modèle  de  recherche  d'expériences  constitue  certainement  la  principale  source  à  la  compréhension et à  l'analyse du comportement de consommation artistique et culturelle. 2000).  mais  également  pour  affirmer  son  existence  dans  ce  monde.  Cinq  caractéristiques  principales  font  la  particularité d’un produit culturel : il est durable.  Considérer  l’artiste  à  la  fois  producteur  et  consommateur  d’art  se  traduit  par le fait qu’il utilise (produit) son art comme un moyen pour vivre (consommer) sa vie : il  n’utilise  pas  uniquement  l’art  pour  refléter  la  réalité. l’individu acquiert un certain nombre de connaissances et voit ses goûts se former  en  matière  d’art  et  de  culture.  par  leur niveau d’abstraction élevé. 1994.  1991)  en  le  reflétant.  craignent  que  la  discipline  ne  mène  à  une  dénaturation  de  l’art.« outsider » : il est davantage placé dans une position d’observateur de ce monde (Deleuze et  Guattari. il est possible de  justifier la coexistence entre les disciplines du marketing et de l’art bien qu’une telle relation  ait souvent été controversée par les fervents défenseurs de l’art et de la culture.  1982).. 2000).  1979 ;  Polanyi  et  Prosch.  en  réagissant  à  ce  qui  s’y  produit  et  en  le  décrivant  (Meamber.  Le produit de la création artistique: l'oeuvre  Le  débat  sur  la  distinction  entre  produits  artistiques  et  utilitaires  a  longtemps  alimenté  les  débats  en  marketing.  Les  biens  artistiques  et  culturels  se  distinguent  largement  des  produits  utilitaires.  sceptiques  à  l’égard  de  l’intrusion  du  marketing..  il  est  essentiellement  consommé  pour  le  plaisir  qu'il  procure  et  son  évaluation est essentiellement subjective (Evrard et al.  1985 ;  Peterson.  altérant  ainsi  son  essence  et  son  aspect  le  plus  authentique  et  le  plus  noble.  1978 ;  Hirschman  et  Wallendorf.  L’acte  de  consommation  est  donc  bien  présent  dans  la  vie  des  artistes et cela ne peut qu’amener à une reconsidération de l’importance de la consommation  dans le monde de l’art.  L’éducation  est  un  facteur  important  dans  la  formation  des  goûts des individus pour ce qui est des produits artistiques et culturels (Donnat. leur unicité. Ces derniers.  1982 ;  Holbrook  et  Zirlin. 2000; Colbert et al.  1975). leur dimension holistique et le caractère subjectif  de  leur  vécu  (Becker.  de  même  que  la  justification  du  rôle  de  la  discipline  dans  le  champ  artistique et culturel (exemple: Evrard et al. Or.  1994.

  Les motivations à la consommation d'œuvres et d'activités artistiques  La  recherche  de  sensibilité.  c’est  « le temps des tribus » (Maffesoli.  de  sociabilité  et  d'enrichissement  culturel  représente  en  général  des motivations communes à toutes les activités de loisirs ou de culture. Ce passage d’une ère à une autre a engendré  un chamboulement au niveau des rapports sociaux dans la mesure où.  2000).  1993 ;  Bergonzi  et  Smith.  ses  émotions.. comme le considérait la théorie néo­  classique traditionnelle. 1991 ;  Donnat. mais également aux yeux du consommateur et la perception qu’il a de  l’œuvre en question.  En  d’autres  termes.  La  consommation  artistique  s’inscrit  dans  le  cadre  d’une  réflexion  postmoderne  qui  met  le  consommateur au centre de toute relation avec le produit (Evrard et Aurier.  constituent  la  raison  d’être  d’une  œuvre  d’art.  Les  goûts  du  consommateur. par opposition à l’homoeconomicus. 1990).  1990) et où l’on assiste à une forme de solidarité sociale (Maffesoli. mais il établit en plus une réelle relation esthétique avec l’objet consommé.  2002). 1988).  chacun  ayant  sa  propre  perception. 1991 ; Duhaime et al.  l’individu  s’imprègne  d’une  expérience  profonde  chargée  d’émotions. l’interaction sociale est  venue  succéder  à  l’envie  de  se  distinguer  des  autres  (Pulh.  1996 ;  Gray. L’homo­aestheticus.  ses  propres émotions face à une même œuvre. Tous ces avantages  n’ont toutefois pas le même ordre d’importance pour l’individu lors du processus de décision  culturel  et  dépendent  du  bien  culturel  et  artistique  en  question  (qu’il  s’agisse  d’une  œuvre 6  . 2003). l’ère où l’ « on aime coller à l’autre » (Maffesoli.  ses  sentiments. En consommant une activité  ou  une  œuvre  artistique.  1998 ;  Kolb. semble être  la meilleure désignation pour le consommateur postmoderne étant donné que l’esthétique est  la notion dominatrice de cette ère (Ferry.  L’expérience  de  consommation  demeure  propre  à  chaque  individu. 1999 ; Evrard et  Colbert.  1999).  L’étude du comportement de consommation artistique et culturelle intègre l’individu dans un  contexte social intime (Debenedetti.sa consommation actuelle et future pour ces produits (Allaire. 1988). 2000). Il arrive même que l’individu veuille prendre part  à une activité de loisirs rien que pour vivre une expérience avec des membres de sa société.  Celle­ci  ne  survit  plus  uniquement  à  travers  l’artiste  et  l’activité de création.  1999).  L’activité  en question devient alors un prétexte pour se retrouver en groupe (Kyle et Chick. Cette perception totalement subjective est tributaire  du contexte dans lequel se trouve l’individu (Evrard et al. La nouvelle théorie de la consommation appréhende le produit comme la  somme de caractéristiques et non plus comme une entité.

  d’une  toile  de  peinture. plaisir et émotions Réflexion et compréhension de l'œuvre Evasion. d'enregistrement  Enrichissement culturel Relaxation Stimulation intellectuelle Stimulation émotionnelle Approbation par ses pairs Excitation Divertissement Education Prestige social Développement des enfants  Hirschman (1983) Bergadàa et Nyeck  (1995) Kantunen (1993)  Berlyne (1969)  Tinsley et Kass (1978)  Concert de musique  classique Mann (1999) Steinberg et al. des  dédicaces de l'artiste. (1982)  Spectacles vivants ·  Hédonisme et partage d'émotions  Bernardon (2005) 7  .  d'imagination Actions: rapporter des souvenirs.littéraire.  d’un  film…)  (Evrard  et  al. libération d'angoisses Remémoration de souvenirs. oubli du quotidien ·  Performance éducationnelle ·  Enrichissement intellectuel et  développement personnel ·  Echanges sociaux et communication  ·  Expérience intellectuelle  ·  Besoin de maîtrise cognitive et de  domination intellectuelle  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  Sensations.  Une  synthèse  des  principales recherches sur les motivations et les avantages recherchés dans la consommation  de certaines activités artistiques et culturelles est présentée dans le tableau 1.  Tableau 1: une synthèse des recherches sur les motivations expliquant la consommation  des activités artistiques et culturelles  Activité artistique  Motivations de consommation  ·  Le théâtre est une fin en soi ·  Sentiment de liberté ·  Evasion et construction d'une réalité  imaginaire ·  Nouvelles sensations ·  interactions avec les autres ·  Satisfaction d'un besoin de domination  culturelle  Auteurs Unger et Kernan  (1983) Œuvres théâtrales ·  Niveau d'abstraction  ·  Détente.  2000)..

 Il est en effet possible de distinguer  trois catégories de spectateurs (Harper et Porter.  1997)  ou  encore  la  symbolique  inhérente  à  la  consommation cinématographique. 1995;  Jullier.  1999.  D'astous  et  Colbert. 1999) : ·  Les  indifférents :  ils  ne  font  aucune  discrimination  entre  les  films.  Euezby et Martinez.  1991. assister à la projection d’un film peut être  assimilé à une réelle expérience de consommation. ·  Les réguliers : le cinéma représente pour eux un plaisir hebdomadaire.  d’évasion  et  d’imagination.  Les consommateurs de cinéma sont loin d’être identiques.  1977. 1990; Eliashberg et Shugan. 1986; Prag  et  Cassavant. 1997) ou des  facteurs expliquant son  succès ou son échec (Ginsburgh et Weyers.  1980;  Sedgwick.  1997.  le  cinéma  d’art  et  d’essai  et  le  cinéma  d’auteur  à  vocation  grand  public  (Perraton. 1999; Litman. Levin et al. 2003).1992;  Burzinski  et  Bayer.  la  recherche a pu déterminer les spécificités de la consommation cinématographique en étudiant  les  antécédents  du  choix  d’un  film  (Choffray  et  Pras.  il  s’agit  essentiellement  d’un  divertissement  et  d’un  moyen  d’évasion  conféré  principalement  par 8 . 1997; Levin et  al.  2002)  . ·  Les  occasionnels :  ils  adoptent  un  comportement  plutôt  discriminatoire  à  l’égard  du  cinéma et ne veulent voir que des films spécifiques.  L’intérêt pour le comportement de consommation cinématographique découle certainement de  la  prise  de  conscience  des  besoins  du  consommateur  en  termes  de  plaisir.·  ·  ·  ·  ·  Enrichissement et détente Partage d'émotions et enrichissement Epanouissement Divertissement Amélioration des connaissances  L ES BENEFICES RETIRES DE LA CONSOMMATION DE L ’ACTIVITE CINEMATOGRAPHIQUE  Face  aux  évolutions  (essentiellement  technologiques)  qu’il  a  connues  tout  au  long  de  ces  années.  le  cinéma  a  été  partagé  en  trois  grandes  catégories :  le  cinéma  de  grande  consommation. notamment les bandes­annonces  et  le  commentaire  des  critiques  (Cooper­Martin. 1983; Smith et Smith.  1994;  Eliashberg  et  Shugan. 1984. 1999;  Budd..  les sources d’information auxquelles le spectateur a recours.  2003).  Outre  l’aspect  pratique  de  l’intervention  du  marketing  dans  ce  domaine.  l’évaluation  de  la  qualité  d’un  film  (Ginsburgh  et  Weyers.  ils  adorent  le  cinéma et sont capables d’aller voir n’importe quel film..  Les  motivations  recherchées  par  les  individus  dans  l’acte  de  consommation  cinématographique  peuvent  varier  d’un  consommateur  à  un  autre :  pour  certains.  Drago. Dans un cas comme dans l’autre. 2002. 2004; Wyatt et Badger.

 1992).  Enfin. le public tunisien aurait tendance à fréquenter  de moins en moins les salles obscures. notamment sur le  plan gouvernemental en décidant en 2004 d’allouer 1% du budget de l’État aux productions  cinématographiques  tunisiennes. le cinéma marocain est en train de connaître une véritable ascension.  l’observation  de  la  situation  actuelle  incite  à  se  poser  certaines  questions  relatives au secteur cinématographique : plusieurs efforts ont été consentis.  La  « ré  ­  inauguration »  du  MIPAC  (Marché  International  des  Produits  Audiovisuels  et  Cinématographiques) a également été effectuée pendant  l'édition 2004 du  festival.  cette  activité  peut  également  être  imprégnée  d’une  dimension  à  dominante  intellectuelle  (prise  de  conscience. Ce constat se traduit par la volonté de comprendre le  comportement de consommation cinématographique dans un contexte tunisien.  Méthodologie  Cette  recherche  s’inscrit  dans  une  optique  de  compréhension  et  d’exploration  d’un  phénomène  particulier  (Evrard  et  al.  à  savoir  celui  de  la  consommation  et  de  la  création  d'œuvres  cinématographiques.  les  deux  dernières  éditions  des  JCC  (les  Journées  Cinématographiques de Carthage) ont pu voir la participation de plusieurs films tunisiens en  compétition  officielle  ainsi  qu'une  grande  affluence  de  la  part  du  public.  Pour  d’autres.  Aujourd’hui.  le  cinéma  serait plutôt dominé par une dimension affective combinant un certain nombre d’émotions et  de  sensations  telles  que  le  rire  et  la  relaxation.  2003).l’ambiance  générale  au  sein  d’une  salle  de  cinéma  en  plus  du  sentiment  de  détachement  éprouvé  lors  de  l’imprégnation  par  l’histoire  et  les  personnages.  Onze 9  .  le  Maroc  et  l'Algérie  sont  les  trois  pays  du  Maghreb  ayant  connu  un  réel  développement  dans  le  secteur  cinématographique  depuis  la  période  de  l'indépendance.  UNE ETUDE EXPLORATOIRE DES MOTIVATIONS ET DES PERCEPTIONS DES CONSOMMATEURS  ET DES PROFESSIONNELS DU CINEMA A L ' EGARD DU CINEMA TUNISIEN  La  Tunisie.  en  revanche. qu’en dehors de manifestations telles que les JCC (Journées Cinématographiques de  Carthage) ou les Journées du Cinéma Européen. En Tunisie.  introspection) (Labrecque.  Le  recours  à  une  recherche  qualitative  inductive  est  justifié  par  le  fait  que  la  compréhension  de  ce  type  de  comportement  « s’inscrit  dans  un  contexte de découverte et non de justification » (Bergadaà et Nyeck.. Il semble  toutefois.  réflexion. 1993).  Deux échantillons ont été sollicités pour les  besoins de  cette étude : un premier composé de  professionnels  du  cinéma  tunisien  et  un  second  échantillon  de  consommateurs.

  1995). en 10  .  ont  été  enregistrés  sur  magnétophone.  retraités.  Certains  ont  une  expérience d'une dizaine d'années dans le milieu du cinéma tandis que d'autres sont présents  dans ce domaine depuis un peu plus de trente ans.  un  quatrième  a  toutefois  été  rajouté  pour  l’échantillon  des  professionnels  et  concerne  la  perception  que  ces  derniers  ont  de  la  relation des consommateurs avec l’art d’une part et le cinéma d’autre part.  metteurs  en  scène  et  même  producteurs  de  leurs  propres  films  et  cela  justifie  la  nature  du  cinéma  tunisien  qui  est  par  essence. il est peu fréquent de trouver  un  créateur  qui  soit  réalisateur  ou  metteur  en  scène  ou  scénariste.  un  cinéma  d'auteur.  Notre  premier  échantillon  est  ainsi  constitué  d'acteurs.  Les  entretiens  d’une  durée  moyenne  de  45  minutes. Les quatre thèmes  communs sont les suivants : ·  Motivations à l’égard de l’art ·  Motivations à l’égard du travail et du loisir ·  Motivations à l’égard du cinéma  Les  thèmes  évoqués  ci­dessus  ont  été  employés  dans  le  cadre  d’une  étude  exploratoire  comparée des motivations des consommateurs et producteurs de théâtre (Bergadaà et Nyeck.  Parmi  les  thèmes  abordés  dans  le  cadre  de  ces  entretiens. douze consommateurs ont été approchés.  d'un  premier  assistant  réalisateur  (et  réalisateur  de  courts  métrages).  à  la  fois.  Des  entretiens  semi  directifs  ont  été  menés. ce dernier étant souvent considéré comme étant l'art le  plus populaire (en termes de proximité par rapport au public). Outre les acteurs.  scénaristes.  réalisateurs. Les  répondants  présentent  des  profils  différents  en  termes  d'âge  (entre  20  et  63  ans).  profession  libérale).  Cela  peut  être  justifié  par  l'éclectisme qui caractérise le cinéma.  respectivement  auprès  de  l’échantillon  de  professionnels  et  celui  de  consommateurs.  la  plupart  d'entre  eux  exercent  en  effet  plusieurs  fonctions  et  se  retrouvent. Il n’était  pas  indispensable que ces répondants  soient passionnés de cinéma.  Dans une seconde étape de cette recherche.  l’important c’était qu’ils  soient  dotés  des  connaissances  suffisantes  sur  cette  forme  d’art  afin  d’être  en  mesure  de  fournir des éléments de réponse  intéressants pour répondre aux objectifs de cette étude.  puis retranscrits intégralement à des fins d’analyse.  de  producteurs  et  de  professionnels  endossant  plusieurs  casquettes  à  la  fois. respectivement.professionnels  du  paysage  cinématographique  tunisien  ont  été  contactés  et  ont  accepté  d’apporter leur contribution à cette recherche.  trois  sont  communs  aux  deux  échantillons.  de  milieu  social  et  d'occupation  (étudiants. le contenu de ces derniers a été décomposé. Après avoir effectué une lecture flottante  de l'ensemble des entretiens.

 suite à un voyage à l’étranger.  Il  s’agit  essentiellement  de  connaître le degré d’intérêt qu’accorde l’individu aux activités artistiques notamment à travers  l’organisation de  son temps de  libre et à travers  l’identification des éventuels  facteurs ayant  contribué à  la  formation de ses goûts artistiques et cinématographiques.  en  unités  de  sens  et  enfin  en  unités  thématiques  (Bardin.  Le  découpage  des  unités  a  été  effectué  par  le  biais  d’un  logiciel  de  traitement  des  données  qualitatives NVIVO 2. certains éprouvent  même un  certain  regret  par  rapport  à  cela  en  invoquant  le  fait  que  grandir  au  sein  d’une  famille  d’artistes se révèle être une réelle chance.  1977).  Seul un répondant (réalisateur.  La première dimension révélée par l'analyse est de nature affective et traduit l’étendue de  la  place qu’occupe leur métier dans leurs vies respectives ainsi que leur rapport avec le public.  Tous  s’accordent  néanmoins  sur  le  fait  que  la  concrétisation  de  leur  contact avec l’art s’est faite durant la période de l’adolescence. non sans regret.  Résultats  L'analyse  thématique  a  permis  de  déterminer  la  nature  de  la  relation  entretenue  par  les  répondants  avec  l'art  en  général  et  le  cinéma  en  particulier. Le recours à ce logiciel offre une certaine convivialité et une clarté au  niveau de la présentation des thèmes. avoir accédé  tardivement aux arts et ce.  La seconde dimension concerne l’ensemble des significations et des évocations qui entourent  le cinéma. Outre la description  du  lien  personnel  établi  entre  les  répondants  et  l’art. Le cinéma occupe une grande place dans la vie de ces artistes.unités  d'enregistrement. grâce à l’école ou à la famille. ce qui expliquerait  l’établissement d’un réel lien affectif entre ces derniers et leur métier:  Une nostalgie par rapport au passé 11  . Ce sont ces thèmes obtenus à l’issue de cette phase de  découpage qui seront soumis à une analyse.  l’objectif  de  cette  étude  consiste  également  à  identifier  les  diverses  significations  attribuées  à  l’art  d’une  part  et  au  cinéma  d’autre part.  Motivations des professionnels à l'égard de l'art et du cinéma   Aucun répondant n’a évolué dans un  milieu  familial artistique. scénariste et producteur) déclare. Certains déclarent toutefois avoir eu des amateurs  d’art  dans  la  famille.

  "Ça demande des nerfs d’acier… A la fois de la sensibilité et des nerfs d’acier. Seule une  jeune actrice a plus été marquée par son premier contact avec un spectacle théâtral qu’avec le  cinéma.  Seuls  quelques  répondants  ont  dans  un  premier  temps  emprunté  une  orientation  différente  avant  d’accéder  au  domaine  professionnel. voire même de douleur. Un des réalisateurs interrogés (qui travaille également  dans  le  théâtre) trouve  par  exemple  que  le  fait  de  travailler  sur  un  film  bien  plus  "grisant". d’angoisse. Pour tous les répondants.  1995 ;  Holbrook. A la fois une  sensibilité  hors  pair  et  un  leadership.  qu'il y a "plus d'adrénaline" que dans le cadre d'un travail de création théâtrale : 12  . la découverte  du  cinéma  s’est  faite  dès  l’enfance.  Une confusion des sens  L’analyse a clairement mis en avant la force du lien qui unit les professionnels à leur métier :  faire des films est avant tout une réelle passion. de peur. de stress et de fatigue. à un bonheur.  1993 ;  Holbrook  et  Schindler.  Selon  certains. A cette émotion profonde viennent se mêler des sentiments de  tristesse.  1994)  par  rapport  à  la  période  où  ils  sont  entrés en contact avec le cinéma.  pour  maîtriser  une  équipe…  Imaginez  les  deux  ensembles… C’est très compliqué… On est à la merci de n’importe quel truc pour rater une  séquence.  La  plupart  associe  le  premier  souvenir  inhérent  à  cette  découverte à de la magie.  le  métier  de  cinéaste  devrait  s’apprendre  « sur  le  tas »  et  avec  l’accumulation  de  l’expérience bien plus que dans des écoles de cinéma. notamment dans le cadre de fréquentation des ciné clubs ou  des clubs de cinéastes amateurs. un plan…"  Cette  « confusion  des  sens »  est  partagée  par  la  majorité  des  répondants :  le  moment  de  tournage est chargé en émotions fortes. C’est par le biais de cette dernière activité que la majorité des  professionnels  ont  découvert  leur  vocation  pour  le  métier  de  cinéaste  durant  la  période  de  l’adolescence :  leur  passion  s’est  développée  grâce  aux  divers  débats  et  discussions  qui  s’organisaient  autour  des  différents  films  projetés  et  grâce  à  l’ouverture  sur  le  monde  qu’offraient  les  films  étrangers. à une chose extraordinaire et spectaculaire. une flamme procurant un réel bonheur pour  un cinéaste ou pour un acteur.Les répondants semblent tous porter un regard très tendre et nostalgique (Bergadaà et Nyeck.  Certains  ont  en  conséquence  entrepris  des  études  cinématographiques  ou  d’art  dramatique.

 Leur  métier  fait  partie intégrante de leur vie.  l’échange  entrepris  par  un  professionnel  avec  tous  les  autres  membres  de  l’équipe  de  tournage  fait  qu’une  relation  conviviale. Je vois les gens qui vont dans des bureaux.  s’instaure  parmi  tous  ces  gens.  amicale.  un  réalisateur  ayant  une  expérience  de  35  ans  dans  le  cinéma.  familiale. je suis très heureux. Tout ce que je fais c’est  du plaisir »  Le reste des répondants partage un peu cette vision des choses dans  la  mesure où ils ont un  peu de mal à se détacher d’une réflexion sur leur activité cinématographique même durant une 13  .  parle  même  d’une  « histoire  d’amour  »  qui  s’installe  entre les différents personnages des histoires de ses films. Cela a  même été associé à une psychanalyse.  chose  qu’ils  ne  peuvent  concevoir  dans  la  mesure  où  les  rares  moments  où  ils  se  retrouvent  « libres »  sont  consacrés  à  l’imagination  de  leurs  futures  œuvres  ou  encore  à  prendre  connaissance  du  travail  de  leurs  confrères  ou  de  leurs  consoeurs. »  Une démar che per sonnelle et collective  L’acte de création peut être vécu d’une manière extrêmement personnelle et solitaire : c’est un  réel travail  sur soi­même qui  s’opère. Je  m’amuse. Les membres du premier  groupe  ont  tendance  à  associer  le  temps  libre  à  un  temps  inutile  où  il  y  a  une  absence  de  créativité. dans une banque. ils  arrivent le matin à huit heures et finissent la journée à six heures et leur journée est bouclée.  Ces  moments  se  situent en général à la fin d’une longue période de tournage. la lecture. … C’est la fête.  « Je n’ai pas de temps libre…tout se confond. Moi je ne sais pas ce que c’est : quand je  suis en vacances je travaille et quand je travaille je suis en vacances.« Avec tout ça j’ai un comportement d’enfant.  Parallèlement. un  long  travail  de  recherche  et  de  découverte  de  soi. c’est comme si on m’avait acheté un jouet. les spectacles et les sorties au cinéma. Deux groupes se distinguent à l’issue de cette analyse : ceux qui  refusent  catégoriquement tout  clivage  entre  le  temps  de  travail  et  le  temps  libre  et  ceux  qui  admettent  qu’il  est très  difficile  de  faire  la différence entre  les deux  mais exploitent tout de  même  les  rares  moments  libres  à  des  activités  très  simples  telles  que  les  discussions  et  les  sorties familiales.  Quand ils sont en vacances ils sont en vacances.  Une omniprésence dans la vie du créateur   Le cinéma occupe une place proéminente dans  la vie de ces professionnels. L’avantage et l’inconvénient de ce métier c’est  qu’il n’ y a pas de clivage.

 Les moments où ils ne travaillent pas sont plutôt mal vécus par certains et  sont même associés à un vide. Ces créateurs pensent à leur public dans un total respect  de ce dernier. Il ne s’agit pas de « plaire » au public 14  .  L' orientation artistique  Il  apparaît  à  la  lumière  de  cette  analyse  que  le  public  ne  se  situe  pas  souvent  au  cœur  des  préoccupations des professionnels.  Faire  un  film  se  rapproche plus d’une  « introspection ». la fiction est un moyen de vivre sa vie… »  Un moyen de libérer ses émotions à traver s l'histoire et l'image  C’est  à  travers  leurs  films  que  certains  cinéastes  trouvent  le  moyen  d’exprimer  leurs  sentiments. Deux groupes de répondants se distinguent par rapport à  leur  orientation :  ceux  dont  l’œuvre  s’adresse  essentiellement  au  public  et  ceux  qui  font  de  leur  démarche  créative  une  démarche  purement  personnelle.  Ces  deux  catégories  peuvent  correspondre à  la classification de Hirschman (1983) qui concerne trois types d’orientations  pouvant être empruntées par l’artiste : la créativité orientée vers soi.  leurs  émotions  même  les  plus  profondes. 1908). Les répondants faisant partie du premier  groupe  se  soucient  de  leur  public  en  travaillant  sur  leurs  œuvres  respectives.  leurs  sensations. conférant ainsi au cinéma  le pouvoir de « parler de tout » même des sujets les plus tabous. dans la perspective de le faire réfléchir.  Le cinéma permet également aux répondants de ressentir une appartenance au monde qui les  entoure. d’une réelle  « mise à nu » et cela est rendu possible  grâce au pouvoir de l’image.  « On raconte notre soi en tant que Homme.  Sauf  que  cet  intérêt  n’est  pas  régi  par  une  motivation  monétaire  et  commerciale  comme  le  suggère  la  classification de Hirschman (1983). Cette dimension semble ne pas  être  propre  aux  professionnels  puisque  la  consommation  d’une  œuvre  d’art  peut  également  répondre à un besoin d’évacuer certaines angoisses. Le cinéma répond ainsi à un  besoin de libération de certaines émotions pour les créateurs. un sentiment de folie et voire même à une sorte de mort qui est  vécue par le cinéaste lorsqu’il ne travaille pas sur un projet. obsessions ou passions (Lalo. de réveiller chez lui des  émotions. la créativité orientée vers  les pairs et la créativité orientée vers le large public.  dès  lors  ils  ne  sont  plus  uniquement  réduits  à  des  « producteurs »  d’art  mais  ils  en  sont  également  consommateurs  dans  la  mesure  où  l’œuvre  leur  permet  également  de  vivre  (consommer) leur vie (Meamber. à la force de l’histoire ou du scénario. des sensations tout en étant sincère avec lui.période de repos. 2000). de le toucher.

 Ils réfutent totalement  l’idée de réfléchir au public pendant  leur travail.  Cette  dernière  a  été  qualifiée  de  mystérieuse. simplement parce que je pense au seul public : moi… »  Un  seul  répondant  estime  toutefois.  1983).  en  donnant  vie  par  exemple  à  un  personnage  totalement  fictif  au  départ ou  en  se  créant un univers qui  leur est propre et qui  leur  permet de se détacher des  moments parfois  durs.  qu’en  plus  du  public. de  « faire fantasmer les autres » (producteur.  Une activité procurant du rêve et de l'évasion  Faire  du  cinéma  correspond  à  la  réalisation  d’un  rêve  et  au  pouvoir  de  quitter  la  réalité  du  quotidien. réalisateur et scénariste). A travers leurs  films  et  grâce  au  mystère  et  à  la  magie  du  cinéma. mais il apparaît à la lumière de  la  présente  analyse  qu’il  s’agit  d’une  motivation  pouvant  également  expliquer  la  production  d’une  œuvre  cinématographique. Le public je n’y  pense pas.  c’est  grâce  au  cinéma  qu’ils  peuvent 15  .  de  la  vie  réelle. 1983).  le  cinéma  est  donc  synonyme de rêve et de détachement de la réalité et de la routine quotidienne.  sont  très  importantes  dans  la  carrière  d’un cinéaste. Cet avis est également partagé par les professionnels  du second groupe.mais de l’interpeller.  c’est  à  lui­même  qu’il  pense  lorsqu’il  entreprend  un  acte  de  création :  « La réalisation c’est presque l’atteinte d’un but.  Un moyen de communication  Le  cinéma  possède  ce  pouvoir  de  s’adresser  à  un  public  très  large  et  parfois  même  géographiquement  très  éloigné. ceux dont  la créativité  serait davantage  « orientée  vers  soi » (Hirschman. Le public est  finalement  l’artiste  lui­même. but qui n’est pas le public.  Pour  ces  créateurs.  ce  qui  met  encore  plus  en  exergue  la  dimension  de  rêve  associée  au  cinéma.  fabuleuse  et  magique  par  certains. Ils estiment que le fait de trop se focaliser sur le public et d’en faire une  préoccupation  majeure  peut  constituer  une  entrave  au  travail  de  création  et  peut  également  porter préjudice à la sincérité de l’œuvre.  Pour  la  majorité  des  professionnels  interrogés.  ces  créateurs  échappent  à  leur  propre  quotidien mais tentent en même temps de transmettre cette dimension de rêve à leur public. La recherche de l’évasion  et  de  la  construction  d’une  réalité  imaginaire  est  une  motivation  qui  permet  d’expliquer  la  consommation d’une œuvre théâtrale (Unger et Kernan.  la  reconnaissance  des  « pairs »  (critiques  et  jurys  des  festivals)  ainsi  que  la  célébrité.

 1995). j’ai mon regard de femme moderne des années 80.  Cela  tient  essentiellement.  ayant cette noblesse ouvrière…et essayer de le dénaturer de ça est un crime pour moi ».  à  l’accessibilité  du  cinéma  par  rapport  à  d’autres  formes  d’art  telles  que  la  littérature  ou  la  peinture. aussi lointains soient­ils par rapport à la situation historique du sujet et du  récit.  Un  film  a  en  effet  cette  capacité  de  « voyager »  comme  le  suggère  un  acteur. 1995).  « Moi  personnellement  je  pense  que  j’ai  une  réflexion  très  moderne  parce  que  quand  j’aborde les films.  La  majorité de ces professionnels ont pu découvrir plusieurs pays étrangers durant leur jeunesse  et ce en regardant des films de diverses nationalités dans le cadre des activités des ciné­clubs.  Une dimension historique et imaginative  Un film peut être un moyen de se projeter dans le passé tout en ayant un regard sur le monde  actuel.  L' enrichissement intellectuel et culturel  L’activité  cinématographique  est  fortement  empreinte  d’émotion  et  de  plaisir. ça je ne peux pas m’en  défaire parce que je suis inscrite dans une réalité de maintenant… » 16  .  quelque  soit  l’endroit  où  ils  se  trouvent.  Le  cinéma  contribue  également  à  forger  la  culture  générale  de  l’individu et ce. en  l’aidant à s’ouvrir  sur d’autres  nations.  Cette recherche de développement et d’enrichissement  intellectuel a été  identifiée auprès de  créateurs d’œuvres théâtrales (Bergadaà et Nyeck. sur des cultures différentes de  la  sienne.  Ce  rôle  ne  doit  toutefois  pas  se  confondre  avec  le  fait  de  « vouloir  donner  des  leçons »  (productrice­réalisatrice).  que  de  sauvegarder  la  mémoire. Un film se doit d’amener le  spectateur à réfléchir et cela lui confère un rôle éducatif comme le suggère le répondant neuf.  Ce  même  répondant  définit  le  cinéma  comme  « un  art  populaire. Ce  pouvoir de communication et d’échanges avec les individus a également été reconnu chez les  professionnels du théâtre (Bergadaà et Nyeck.toucher  les  gens  et  leur  transmettre  des  émotions  quelque  soit  leur  nationalité.  selon  un  producteur­réalisateur­  scénariste.  qu’il  s’agisse  d’une  réflexion  personnelle  ou  d’un  travail  de  « mémoire  collective » :  une œuvre cinématographique permet au cinéaste aussi bien de puiser dans son propre passé  et  de  l’exploiter  dans  ses  films  avec  un  certain  regard  nostalgique. 90 et 2000.  mais  elle  est  également  chargée  d’une  dimension  intellectuelle  orientée  vers  la  réflexion  ainsi  que  d’une  dimension imaginative qui s’inscrit dans une optique historique.

 1982). parce qu’il était artiste. que ce soit en le réalisant ou en y jouant un rôle.  L’empreinte per sonnelle  Trois professionnels ont mis l’accent sur l’importance de la sincérité durant l’acte de création  artistique.  en  général.  a  néanmoins été reconnue par l'ensemble des répondants qui estiment que l'art peut contribuer  au  développement  personnel  de  chacun. il faisait  de la peinture. c’est  l’entourage »  Les  consommateurs  peuvent  être  portés  par  certaines  motivations  susceptibles  d’expliquer  leur  comportement  de  consommation  cinématographique:  le  rêve.  la  réflexion.  l’évasion.  cette  dimension  se  rapproche  de  la  réaction  imaginative  suscitée  chez  les  consommateurs au contact d’une œuvre artistique et qui se manifeste par la remémoration de  certains  souvenirs  (Lacher.  Je  suis  probablement  un  homme  chanceux  parce  que  dans mon quartier  règne une ambiance de « cinéma »…donc c’est comme je le disais. l’engagement. Je me souviens que même à l’école  primaire.  Un  film  doit  transmettre  aux  spectateurs  la  sensibilité  de  l’artiste  car  il  s’agit  d’une  « démarche  personnelle » dans laquelle se révèle la personnalité du créateur. 17  .Bien qu’identifiée dans la présente analyse chez des professionnels d’un domaine artistique en  particulier.  1980 ;  Holbrook et Hirschman. l’identification et la sortie.  D'autres  encore  n'ont  jamais  côtoyé  le  domaine  artistique.  on  accrochait  mes  dessins.  l’émotion. exige une  grande  sincérité  et  de  la  noblesse  de  la  part  du  réalisateur  ou  de  l’acteur. Peut être qu’il me l’a transmis. musique ou théâtre) et continuent à en pratiquer tandis  que  d'autres  ont  abandonné  à  un  certain  moment  de  leur  vie. Travailler sur un film. du dessin. d’autant plus que le manque  de sincérité dans un film est « facilement détectable » par le public.  Motivations des consommateurs à l'égard de l'art et du cinéma   Les  individus  interrogés  dans  cette  recherche  présentent  des  profils  différents:  certains  ont  pratiqué une activité artistique (danse.  Le  rôle  de  l’entourage  dans  la  transmission  et  la  formation des goûts artistiques de l ‘individu a été évoqué dans ce sens :  « Comment ça m’a été inculqué ? Mon père probablement.  1989)  ainsi  que  de  la  réaction  d’imagerie  historique  amenant  le  consommateur  à  se  rappeler  d’événements  ou  d’expériences  passés  (Holbrook.  L'importance  de  l'art  dans  la  vie  de  l'individu.

 D’après le discours de certains répondants. Tu ne peux réfléchir une chose que si tu la ressens.  Ce  résultat  vient  également  rejoindre  le  fait  qu’une  œuvre  d’art  (une  œuvre  cinématographique  dans  le  cas  présent)  soit  une  réponse  à  un  besoin  d’évasion.  t’apporter  quelque chose. Tu ne peux  pas dissocier la réflexion des sensations.  de  rêve  et  d’oubli de la vie quotidienne (Lalo.  même  une  fois  que  le  film  est  terminé. 1908). Cette motivation à  dominante  intellectuelle  a  également  été  identifiée  auprès  des  consommateurs  d’œuvres  théâtrales (Bergadaà et Nyeck.  « Un  bon  film  doit  te  faire  ressentir  des  choses  et  te  montrer  aussi. 1983 ; Bergadaà et  Nyeck. mais également à voyager et à s’évader pendant la durée du film:  « Si on ne s’oublie pas en regardant un film.  comme  une  activité  procurant du rêve et de l’évasion à ses consommateurs (Unger et Kernan. 1995).  La réflexion  La  consommation  d’une  œuvre  cinématographique  peut  être  motivée  par  la  recherche  d’un  enrichissement intellectuel. 18  .  Pour réfléchir à un film. Cette dernière  motivation a été  identifiée comme  une réponse esthétique à dimension cognitive (Duhaime et al.. Tu réfléchis. il faut que ça te touche »  L’œuvre  cinématographique  peut  également  constituer  une  source  d’informations  grâce  à  laquelle le spectateur est en mesure d’ « apprendre de nouvelles choses ». 1991). L’analyse a également révélé un autre aspect propre à  cette dimension intellectuelle.Le rêve.  1995). ça ne sert plus à rien »  Cette motivation explique également la consommation d’autres activités artistiques telles que  le  théâtre  qui  s’est  également  révélé  à  l’issue  d’autres  recherches. un film se doit de les  amener  à  réfléchir  longtemps.  Cette  activité  impliquerait  donc  une  certaine  dépense  d’énergie  mentale  qui  apporterait  au  spectateur  certaines réponses à des questions  soulevées par  un  film ou encore à prendre conscience de  certaines choses auxquelles il n’aurait pas prêté attention en temps normal. tu médites… Donc tu vas t’évader dans ta réflexion. l’évasion  Un film devrait avant tout faire rêver et amener le spectateur à s’oublier et à oublier la réalité  de son quotidien.  t’apprendre. à savoir le besoin d’une réflexion sur la manière avec laquelle  le créateur a réalisé et a pensé  son œuvre.

  en  particulier  auprès  de  la  société.  le  toucher  tout  simplement.  Il  pourrait  davantage  être  associé  à  « un  guide  »  et  à  « un  messager ». Il semble à travers de cette analyse.  Cette  réponse  a  été  qualifiée  d’émotionnelle  (Lacher.  le  cinéma  doit  être  porteur  d’une  mission.  comme  si  tu  étais  toi­même  acteur. qu’il tremble ou il rit… Tu  rentres dans un autre monde » 19  .  1991)  et  d’expérience  profonde  (Holbrook.  émotive  (Duhaime  et  al.  « …il faut qu’il y ait un thème démystifiant et caricaturant les situations de la société pour la  mettre en valeur.  de  se  retrouver  « à  l’intérieur  de  la  boite »  comme l’a souligné l’un des répondants.  « Quand  tu  regardes  un  film  c’est  comme  si  tu  étais  dedans.  le  choquer.  Ce  que  les  consommateurs sont réellement désireux de retrouver dans un film c’est bien la sincérité et la  vérité des  sentiments.  1989). il y a même des scènes où je  me trouve à faire des grimaces comme quand quelqu’un a peur.  L’engagement  Comme  toute  forme  d’expression  artistique. et ce à  travers toute une symbolique et un contenu chargés de messages. 1982) et est fortement dominée par les sentiments  profonds éprouvés au contact d’une activité artistique. Le rôle du cinéma c’est de corriger la société de façon artistique »  L’identification  Le  besoin  de  « vivre  l’histoire »  dans  un  film  est  un  motif  supplémentaire  qui  pourrait  expliquer  le  comportement  de  consommation  cinématographique  de  ces  répondants.  Le  spectateur  a  besoin  de  se  fendre  dans  l’histoire. alors qu’en regardant un film à la télévision on aurait  plutôt tendance à se retrouver « face à la boite ».. 1980 ; Holbrook et Hirschman. Cette  motivation peut être identifiée à un type de réaction suscité par  une  certaine  sensibilité  esthétique  à  une  œuvre  d’art.  l’émerveiller. tu as les émotions des acteurs. qu’il s’agisse de l’art le plus proche des gens. Tu rentres dans l’histoire.  le plus à même de les toucher et de leur faire prendre conscience de ce qui les entoure.  Un  film  doit  toucher  le  spectateur  au  plus  profond  de  ses  sentiments  et  susciter  chez  lui  certaines  émotions :  le  surprendre.Les émotions  Le  cinéma  est  également  empreint  d’une  composante  émotionnelle  prononcée.

 revêt un certain risque et est caractérisé par une dimension esthétique. quand on y va en groupe.  Dans  un  tel  cas. Ainsi. la  curiosité. l’avant cinéma et il y a l’après film.  Une sortie en groupe  Même s’ils ne fréquentent plus autant les salles de cinéma qu’avant.  1995).  représentant  une  activité fédératrice.  « Le  cinéma  c’est  une  sortie…être  accompagné  et  accompagner  des  gens  qu’on  aime.Cette recherche de communion avec le cinéma peut se manifester par une identification avec  des situations dans  le  film. c’est la discussion.  Il  apparaît  comme  étant  universel.  Les dimensions de l'œuvre cinématographique  L’analyse de contenu a révélé certaines caractéristiques qui peuvent être attribuées au produit  cinématographique.  L’analyse  a  ainsi  fait  apparaître  l’importance de  la  motivation de  l’interaction sociale qui a été mise en exergue par d’autres  recherches  (Kelly. ou encore avec un ou  plusieurs  personnages  du  film.  2002)  où  l'individu  (en  l'occurrence  le  spectateur)  cherche  dans  la  consommation  de  certains  objets  ou  de  certaines  activités  (regarder  un  film  par  exemple)  à  être  transporté  dans  un  univers  complètement  différent  de  celui dans lequel il vit en réalité. les critiques que  déclenche le film.  Il  semble  même  que  ce  soit  une  motivation qui pourrait inciter certains à reprendre la fréquentation des salles de cinéma..  Avant le film c’est le plaisir d’accompagner des amis.  l’individu  pourrait  aller  jusqu’à  tenter  de  découvrir  certaines  choses  sur  sa  propre  personne. que  le spectateur aurait réellement vécues. 20  .  c’est  une sortie déjà.. Il y a aussi. »  Outre  les  facteurs  expliquant  les  activités  respectives  de  création  et  de  consommation..  Cette  dimension  peut  être  associée  à  "l'expérience  d'un  autre  moi"  (Dampérat  et  al.  1986 ;  Bergadaà  et  Nyeck. cette attente de ce qu’on va voir.  durable. le confort de la salle. Après le film. le cinéma est un art se distinguant des autres formes d’expression  artistique  et  de  la  télévision. voir la salle. certains consommateurs  considèrent  que  le  cinéma  a  longtemps  représenté  pour  eux  l’occasion  de  se  retrouver  avec  des  amis  et  de  partager  ensemble  un  bon  moment.  l'analyse  thématique  de  l'ensemble  des  entretiens  a  permis  d'identifier  certaines  dimensions  propres à l'art cinématographique.

  estiment  que  le  public  tunisien  est  beaucoup  plus  attiré  par  le  théâtre  que  par  le  cinéma. Les propos des répondants  ont  dévoilé  certaines  différences  entre  le  cinéma  et  d’autres  formes  d’art  en  particulier  le  théâtre.  la  télévision  fait  plus  appel  à  la  paresse  intellectuelle du spectateur tandis que le cinéma l’incite beaucoup plus à la réflexion. le cinéma demeure un art assez  onéreux  par  rapport  à  l’écriture  d’un  roman  car  il  implique  des  moyens  financiers  et  techniques assez importants. la télévision n’a pas cette magie que peut procurer le cinéma  et  comme  le  souligne  un  autre  professionnel.  par sa  beauté et par  la grande  maîtrise dont  il  faut faire preuve pour pouvoir  l’utiliser. La  prise de risque y est également bien plus importante que dans  le  cadre  d’un  travail  théâtral  où  il  est  « toujours  possible  de  revenir  et  d’effectuer  des  modifications ».  Le cinéma versus la  télévision  La majorité des répondants reconnaît le pouvoir exercé par la télévision dans notre quotidien :  la télévision est puissante.  Les  répondants  déplorent  cette  suprématie  de  la  télévision  et  en  particulier  le  type  de  programmes qu’elle propose au public  et qui  sont constitués en grande partie de  feuilletons.  Le  cinéma  se  distingue  par  son  accessibilité  par  rapport  à  d’autres  formes  d’expression telle que la littérature par exemple.Le cinéma versus les autr es for mes d’art  Le  cinéma  est  un  « instrument »  qui  se  distingue  par  un  pouvoir  de  communication  unique.  « Les gens ne vont pas au cinéma s’il n’ y a pas quelque chose de différent de la télévision. A contrario. La  télévision offre aujourd’hui aux gens chez eux une palette de spectacles…la salle de cinéma  doit offrir ce moment ludique dans la cité ».  Malgré son indéniable influence.  L'un  des  répondants  explique  cela  par  une  « tradition  du  théâtre  populaire » qui s'est toujours instaurée auprès du public.  réalisateur  et  scénariste). mais c’est ce qui fait également que le plaisir sur un film est « beaucoup plus  condensé  dans  le  temps »  et  bien  plus  « grisant »  comme  le  suggère  un  autre  réalisateur. 21  .  la  force  de  l’art  cinématographique tient au fait qu’il représente la réunion de plusieurs arts à la fois et que ce  soit le seul à pouvoir « transmettre l’œuvre dans son originalité ». Pour  l'un  des  répondants  (un  producteur. ensuite  parce qu’elle est bien plus puissante que  le  cinéma dans  la  mesure où « elle est bien plus proche du public » et parce qu’elle offre à ce  dernier une palette de programmes aussi différents que variés.  Certains  créateurs  interrogés. d’abord parce qu’elle constitue le premier support à travers lequel  l’individu entre en contact avec  l’image.

 L'esthétique renvoie à l’harmonie des éléments qui composent un film et  ne se limite donc pas à la beauté apparente et superficielle mais plutôt à la symbolique de la  beauté  de  l'œuvre  cinématographique. ça c’est extraordinaire »  La dimension esthétique  Plusieurs répondants ont mis l’accent sur l’importance de l’aspect esthétique dans une œuvre  cinématographique.  qui  peut  provoquer  des  émotions  profondes  chez  le  spectateur: c'est la réponse esthétique. 2000).  Dans la littérature..  « …chacun interprète avec distance entre l’écran et vous. la réponse esthétique de l'individu peut se situer à deux niveaux: la valeur  hédoniste. 1995). la notion de temps est très importante. qui renvoie au plaisir ressenti au contact de l'œuvre et l'expérience profonde.L’universalité de l’œuvre cinématographique  Le  cinéma  est  porteur  d’une  réelle  dimension  humaine  qui  fait  qu’un  film  peut  être  vu  et  compris par tous. 1980).  La durabilité de l’œuvre cinématographique  Pour plusieurs professionnels  interrogés. Cela est essentiellement relié à l’incertitude entourant le succès  d’un film : aucune recette ne peut prédire si un film connaîtra une affluence auprès du public. Un film peut marcher aujourd’hui et  être un film kleenex qui sera jeté » 22  . On retrouve toutefois un aspect qui peut parfois  être qualifié d’  « éternel » pour certains  films  s’opposant au caractère éphémère des œuvres  théâtrales (Bergadaà et Nyeck.  Il  arrive  également  qu’un  même  film  connaisse  un  succès  immédiat  et  soit  très  rapidement  oublié quelque temps après. Même dans une salle de cinéma. Celle­  ci  constitue  un  second  niveau  de  cette  réponse  et  peut  se  manifester  par  des  réactions  émotionnelles très fortes telles que le fait d'avoir la chair de poule (Holbrook.  Ce  qui  importe  c’est  la  communication  des  émotions  et  de  la  sensibilité  avec  beaucoup  de  tolérance et de respect.  Cette  durabilité  a  été  reconnue  aux  produits  artistiques et culturels (Evrard et al. tout comme il existe des films qui « traversent le temps » et qui  arrivent  à  « vivre »  sur  plusieurs  décennies. quelque soit la langue et quelque soit la culture : c’est un langage universel.  « Dans le cinéma. tous les spectateurs peuvent ne pas  avoir la même vision par rapport au même film. la dimension temporelle est très importante dans  le  domaine cinématographique.

.  pouvant  se  prêter  à  une  relation  fusionnelle  avec  ce  dernier.  mais  cela  ne  les  empêche  pas  de  vivre  intensément  leur  travail  et  d’y  éprouver  énormément  de  plaisir.  Certaines  différences  sont  toutefois  apparues  et  pourraient être justifiées par le fait que les créateurs cultivent un rapport très affectif avec leur  métier.  liée  à  l’  « exercice »  de  leur  métier. 2000).  ces  professionnels  du cinéma confirment avoir toujours autant de plaisir à  faire du cinéma et ne  peuvent  concevoir  le  fait  de  s’en  séparer.  Bien  que  conscients  de  l’incertitude.  sont  conformes  aux  résultats  de  la  littérature  relative  aux  produits  artistiques  et  culturels (Evrard et al.  en  particulier  financier.  sur  un  travail  de  création  théâtrale.  Conclusion   La  présente  recherche  a  permis  d'identifier  certaines  caractéristiques  propres  à  l'œuvre  cinématographique. les motivations empreintes de la dimension de rêve et d’évasion (motivations de  nature  affective)  ainsi  que  celles  d’ordre  plus  intellectuel  (motivations  de  nature  cognitive)  sont  communes  aux  deux  échantillons.Une activité fédératrice. 1995).  Aller voir un film devrait être un moment que l’on partage avec des amis.  Le risque associé à l’œuvre cinématographique  Tous  les  répondants  (dans  l'échantillon  des  professionnels)  ont  évoqué  une  certaine  appréhension  par  rapport  à  l’incertitude  de  leur  métier.  qu’ils  peuvent  courir  sur  chaque  projet  de  réalisation.  essentiellement  financière.  S’il  demeure  toujours  possible. Certaines dimensions. même si certaines différences peuvent apparaître avec certaines  formes  d'art  telles  que  le  théâtre  ou  la  peinture.  L'attachement  qui  émerge  ainsi  des  propos  des 23  .. telles que le risque. un film peut  être  assimilé  à  « un  prototype »  et  ne  peut  donc  pas  être  reproduit  une  seconde  fois  de  la  même manière (Evrard et al.. une sortie  Trois répondants pensent que le cinéma devrait constituer une sortie pour les consommateurs.  Le  travail  créatif  des  professionnels  est  souvent  motivé  par  les  mêmes  facteurs  qui  expliquent  la  consommation  des  films  chez  les  spectateurs. le débat et l’échange des avis. Les consommateurs de théâtre reconnaissent à l’inverse  l’originalité  des  œuvres  qui  peuvent  être  reprises  et  réalisées  de  différentes  manières  (Bergadaà et Nyeck. 2000).  d’effectuer  des  rectifications d’une représentation à une autre comme le souligne un répondant. la durabilité ainsi que l'aspect  fédérateur.  Le cinéma est une sortie grâce à laquelle les individus se retrouvent (Evrard et al. un moment qui se  prolongerait après le film autour duquel s’effectue le dialogue.  Ces  créateurs  n’excluent  jamais  le  risque. 2000).

  Les  créateurs  interrogés ont également remarqué que  les consommateurs tunisiens adoptaient un  comportement  tout  autre  dès  lors  qu’il  s’agit  de  fréquentation  de  festivals  tels  que  celui  de  Carthage  ou  des  Journées  Cinématographiques  de  Carthage  (JCC)  et  présentaient  bien  plus  d’enthousiasme  par  rapport  à  ce  genre  de  manifestations.  Entrer en contact avec les professionnels du domaine cinématographique ne s’est pas toujours  révélé une tâche  facile dans  la  mesure où  le problème de disponibilité était souvent présent.professionnels du cinéma se rapproche fortement de celui exprimé par les consommateurs. de la variété et du caractère  actuel  et  récent  des  films  projetés  ainsi  que  du  prix  qui  se  doit  d'être  accessible  à  tous. à la fois la casquette de 24  .  De  plus.  Même  si  le  principal  objectif  de  la  présente  recherche  est  de  déterminer  les  facteurs  expliquant la création ainsi que la consommation d'œuvres cinématographiques. peut faire l’objet de recherches ultérieures. la réalisation  des entretiens semi­directifs a permis aux répondants de donner des éléments sur le niveau de  fréquentation  des  salles  de  cinéma.  Mener  cette recherche  auprès  d'un  échantillon  plus  large  de  consommateurs. le cinéma en salle peut encore faire rêver et offrir une palette de sensations. Cette offre devra tenir compte de la qualité de la salle.  Au  niveau  managérial. L’analyse  des  particularités  de  « la  consommation  cinématographique »  dans  le  cadre  de  ce  type  de  manifestation.  chaînes  satellitaires…). sur d'autres  supports.  Certains  consommateurs  se  sont  d’ailleurs exprimés sur l’affluence ainsi que l’ambiance de convivialité qui y règne. chez  lui. le cinéma est susceptible d'inspirer un réel enthousiasme.  mais il serait judicieux de faire en sorte que les salles de cinéma donnent enfin envie au public  de  faire  le déplacement pour aller  voir un  film  au  lieu de  le  visionner.  il  était  rare  de  trouver  des  professionnels  spécialisés  dans  un  seul  domaine  en  particulier.  ainsi  que  sur  les  antécédents  susceptibles  d'expliquer  ce  niveau de fréquentation. plusieurs portaient. Selon eux. ce  qui n'est pas forcément le cas pour les autres supports.  permettrait  d'identifier  les  caractéristiques de la consommation cinématographique ainsi que les valeurs qui la régissent  et  ce  pour  des  catégories  d'âge  et  des  niveaux  d'éducation  différents  et  d'aboutir  à  la  formulation de propositions de recherche qui seraient vérifiées ultérieurement. Il  serait  donc  ainsi  possible  de  parler    "d'expérience  de  production"  au  même  titre  que  d'expérience  de  consommation.  Par  ailleurs.  malgré  l'invasion  massive  des  nouveaux  supports  visuels  (DVD. en effet. Parmi les cinéastes interrogés.  Il  serait  donc  intéressant  de  conceptualiser  cette  notion  émergente  et  de  mettre  en  valeur  les  dimensions  qui  la  caractérisent.  reconquérir  le  public  est  certainement  un  travail  de  longue  haleine.

 production. L’analyse de contenu. mise en scène). Malgré ces limites et bien qu’il n’ait pas  toujours été évident de délimiter le champ d’intervention du marketing dans un domaine aussi  abstrait que l’art.  Cela  a  certes  débouché  sur  une  grande  richesse au niveau de l’information.  qui  aurait  permis  d’analyser  avec  plus  de  détails.réalisateur. Pratique de l’évaluation au Musée de la Civilisation .  Le  cinéma  tunisien  est  en  effet  un  cinéma  d’auteur. 127­  120  Bardin L.  les  expositions de peinture ou de photos. cette recherche s’inscrit néanmoins dans une optique d’harmonisation entre  les  deux  disciplines. PUF 25  . les concerts).  voire  même  un  cinéma  « artisanal »  comme  l’ont  souligné  certains  cinéastes  interrogés. mais il aurait été plus intéressant d’avoir un échantillon  plus  varié.  Par ailleurs. si certains résultats sont communs à la consommation et à la création des œuvres  cinématographiques  et  à  celles  des  œuvres  théâtrales.  les  mêmes  résultats  n’auraient peut être pas été obtenus pour le cas d’un cinéma dit «de grande consommation». (1977). Canada.  Tant  que  le  marketing  s’inscrit  dans  une  démarche  respectueuse  par  rapport  à  l’essence  créative  de  l’art. 1ère Conférence de  l’Association Internationale du Management des Arts et de la Culture.  les  motivations  par  rapport  à  chaque type d'activité (réalisation.  une  réelle  complémentarité  peut  exister  entre  les  deux  disciplines.  cela  ne  pourrait  permettre  une  généralisation  à  d’autres  activités  artistiques  et  culturelles  (telles  que  les  musées.  celle  de  scénariste  et  de  producteur.  Allaire (1991) . Montréal.  La  seconde  limite  pourrait  être  inhérente  à  la  nature  même  de  la  production  cinématographique.

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