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Madame Marie-Ange Véganzonès

Du rattrapage à la divergence. La productivité argentine au XXe siècle.
In: Revue économique. Volume 48, n°3, 1997. pp. 441-449.

Résumé Le « rattrapage » rapide de la productivité argentine au début du siècle est remis en cause dans les années trente, mais surtout à partir des années cin-quante. Les excès de la substitution aux importations au lendemain de la seconde guerre mondiale participent au ralentissement de la productivité argentine. Ce ralentissement s'explique également par l'allongement du délai de diffusion de la technologie étrangère, auquel la fermeture commerciale et l'affaiblissement des investissements étrangers contribuent sûrement. Enfin, alors que la politique édu-cative reste longtemps exemplaire, la dégradation de celle-ci à partir des années soixante devient un facteur explicatif supplémentaire du ralentissement de la pro-ductivité argentine. Abstract The fast "catching up" of Argentina's productivity at the beginning of the cen-tury decreases in the 30s, but especially since the 50s. Import substitution policy after the Second World War explains the slow down of productivity. At the same time the delay in catching international technology, partly due to the inward orien-tation of the trade regime and to the weakness of foreign investment, has also contributed to the productivity slow down. Finally, while education policy was exemplary for a long time, its deterioration since the 60s constitutes an additional factor of productivity slow down.

Citer ce document / Cite this document : Véganzonès Marie-Ange. Du rattrapage à la divergence. La productivité argentine au XXe siècle. In: Revue économique. Volume 48, n°3, 1997. pp. 441-449. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1997_num_48_3_409885

A. Varoudakis pour leurs diverses contributions et suggestions. has also contributed to the productivity slow down. Enfin. 1 . mais surtout à partir des années cin quante. 441 Revue économique — Vol. while education policy was exemplary for a long time.-C.-A. Classification JEL : N16. mai 997. Import substitution policy after the Second World War explains the slow down of productivity. 48. its deterioration since the 60s constitutes an additional factor of productivity slow down. 047 * Centre de développement de l'OCDE. auquel la fermeture commerciale et l'affaiblissement des investissements étrangers contribuent sûrement. N36. allocation des ressources et croissance ». Ce ralentissement s'explique également par l'allongement du délai de diffusion de la technologie étrangère. FROM TAKING OFF TO DECLINE : ARGENTINA PRODUCTIVITY IN THE 20™ CENTURY The fast "catching up" of Argentina's productivity at the beginning of the cen tury decreases in the 30s. L'auteur reste néanmoins responsable des idées exprimées. P. alors que la politique édu cative reste longtemps exemplaire. ainsi que des éventuelles insuffisances. 44 1 -449. Cet article a été élaboré dans le cadre du programme de recherche du Centre de déve loppement de l'OCDE. Charpin. Les excès de la substitution aux importations au lendemain de la seconde guerre mondiale participent au ralentissement de la productivité argentine. Sont également remerciés F. Berthélemy et C.Du rattrapage à la divergence La productivité argentine au xxe siècle Marie. Urga. « Systèmes financiers.Ange Véganzonès* Le « rattrapage » rapide de la productivité argentine au début du siècle est remis en cause dans les années trente. L'auteur tient tout particulièrement à remercier J. la dégradation de celle-ci à partir des années soixante devient un facteur explicatif supplémentaire du ralentissement de la pro ductivité argentine. N° 3. 94 rue Chardon-Lagache. G. but especially since the 50s. Muet. Winograd pour l'avoir incité à développer cette voie de recherche et pour leurs commentaires précieux. partly due to the inward orien tation of the trade regime and to the weakness of foreign investment. 75 016 Paris. p. Finally. At the same time the delay in catching international technology.

tant ce pays suscite depuis longtemps interrogations et incompréhensions.Revue économique INTRODUCTION Le thème de la convergence est particulièrement intéressant à étudier dans le cas de l'Argentine. social. PIB par tête (dollars internationaux de 1985) I900 1906 19I2 I9I8 I924 I930 I936 I942 I948 I954 I960 I966 I972 I978 I984 I990 En fait. Par la suite. . les années soixante-dix et quatre-vingt voient la dégradation du système éducatif argentin. d'une ouverture exceptionnelle aux mouvements de biens et de capitaux et d'un système financier développé. La section suivante montre l'absence de convergence de la productivité argentine sur la seconde moitié du siècle et présente les principaux changements de politique économique de la période. la productivité globale des facteurs est expliquée par un certain nombre de variables suggérées par les nouvelles théories de la croissance. Alors qu'au début du siècle l'Argentine bénéficie d'une politique éducative exemplaire. les années quarante font l'objet d'une substitution aux importations et d'une politique financière administrée excessives. alors qualifié de pays émergent et bénéficiant d'un niveau de développement économique. contribuent à l'absence de rattrapage de l'Argentine. le lendemain de la seconde guerre mondiale voit des changements de politique économique radicaux qui vont marquer le pays jusque dans les années quatre-vingt. Dans cet article. Le rôle de l'édu cation. l'impact de l'ouverture commerciale et la captation de la technologie étrangère sont notamment mis en évidence. L'Argentine constitue en effet le cas peu courant d'un pays qui. 48. À partir de la fonction de production de l'économie. 441-449. nous mettons en évidence que certains de ces changements. Graphique 1 . n'a pas su préserver sa dynamique de croissance (graphique 1). mai I997. La section 3 explique le ralentissement de la productivité globale des facteurs. La dernière section conclut. qui a connu un décollage rapide et précoce à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. a pu prendre autant de retard sur la seconde moitié de ce siècle. La question est en effet de savoir comment un des pays les plus vastes et les mieux dotés d'Amérique latine. N° 3. p. ayant décollé. en participant au ralentissement de la productivité. 442 Revue économique — Vol. politique et institutionnel digne des pays développés de l'époque.

Les faibles performances du pays doivent. La tendance est ensuite à la décélération du rattrapage. L'Argentine comble la moitié de l'écart qui la sépare des États-Unis en seize années. À partir des années soixante-dix. fait l'objet d'une dynamique de rattrapage soutenue. Shea et Shi [1995]). de système financier et d'éducation. Du début des années trente au début des années cinquante. mai 1997. d'élasticité 0. Ce délai est de vingt-cinq ans entre 1950 et 1990 pour le Taipei chinois. La « demi-vie » augmente à 88 ans du début des années cinquante au début des années soixante-dix. que l'on puisse distinguer quatre phases du développe ment argentin (graphique 2). ce découpage historique coïncide avec des changements de politique économique importants. On calcule la vitesse de rattrapage utilisée par Mankiw. Ici. posées a priori dans celui des États-Unis). c'est-à-dire le temps nécessaire pour parcourir la moitié de la distance qui sépare du pays vers lequel on converge. Or. Productivité globale des facteurs comparaison Argentine (PGFa) . 443 Revue économique —Vol. dont on connaît les performances exceptionnelles de croissance (Dessus. en l'occurrence. Il semble. la vitesse de convergence devient négative.7 pour le travail (estimées dans le cas de l'Argentine. de mesurer la capacité de l'Argentine à générer une croissance plus ou moins riche en productivité. Romer et Weil [1992] ainsi que la « demi-vie ». 441-449. il s'agit des Etats-Unis. .Ma rie -Ange Véganzonès DU RATTRAPAGE À LA DIVERGENCE L'idée étudiée ici est celle du rattrapage en termes de productivité globale des facteurs qui permet. N° 3. 48. toutefois.3 pour le capital et 0. dans le cadre des nouvelles théories de la croissance. être mis en parallèle avec la crise des années trente et la seconde guerre mondiale qui entraînent un ralentissement des mouvements de biens et de capitaux très préjudiciable à l'Argentine. en fait. qui va du début du siècle au début des années trente. Graphique 2. Les productivités sont calculées comme le résidu d'une fonction de production Cobb-Douglas à rendements constants. la « demi-vie » passe à 39 ans. Ce résultat doit. p. ce qui est très performant. d'ouverture aux capitaux étrangers. notamment en matière de commerce exté rieur. Les données sont tirées de Véganzonès et Winograd [1997]. être soulignées par la suite.États-Unis (PGFu) 1900 1906 1912 1918 1924 1930 1936 1942 1948 1954 I960 1966 1972 1978 1984 1990 La première. en revanche. considérés comme le pays « leader » tech nologiquement.

l'éducation est conçue dès le départ comme un pilier du déve loppement du pays. est très intégrée à l'économie mondiale. parallèlement à l'instabilité écono mique et politique et aux moindres performances économiques du pays. En outre. En fait. De Gregorio et Lee [1994]). Les années quarante voient alors la mise en place d'une politique propice à l'industrie. de même que les investissements étrangers. Le pays dispose d'importants flux de biens. Or. N° 3. Il s'agit. Enfin. La crise des années trente. tout d'abord. jusqu'en 1914. un système financier développé permet une allocation plus efficace de l'épargne à l'inve stissement (Goldsmith [1969]). Le changement des performances économiques du pays peut donc être rapproché de celui de sa politique commerciale et finan cière. l'Argentine bénéficie d'une ouverture commerciale exceptionnelle. entraîne une désintermédiation financière majeure : le rapport M3 sur PIB passe à 15-20 % dans les années soixante à soixante-dix. 44 -449. puis la politique de substitution aux importations. Une politique éducative longtemps restée exemplaire En Argentine. de par son modèle agro-exportateur.Revue économique Du modèle agro-exportateur à la substitution aux importations Au début du siècle. d'une grande partie des crédits du système financier et de taux d'intérêt réels très négatifs. Celle-ci est protégée par des bar rières douanières élevées. de travail. Cette politique est continuée sans grands changements jusqu'à la tentative majeure de libéralisation commerciale et financière de la fin des années soixante-dix. la poli tique devient moins favorable aux investissements étrangers. L'Argentine est alors un des pays les plus pro tégés d'Amérique latine (Véganzonès et Winograd [1997]). de l'importation de technologie issu de la Recherche-Développement des pays développés (Coe et Helpman [1995]. Le ratio de la somme des importations et des exportations sur le PIB fluctue aux environs de 50 %. le système financier se développe et le rapport M3 sur PIB atteint 60 % dans les années vingt. de surcroît. 1 . Borensztein. notamment. La présence étrangère est forte puisque l'immigration et l'investissement étranger représentent chacun. mai 1 997. d'écono mies d'échelles et d'efficacité pour les entreprises (Dollar [1992]). des restrictions quantitatives nombreuses et une ges tion du taux de change très favorable au marché intérieur. dont le retour reste très modéré. 50% de la croissance démographique et de l'investissement du pays (30% dans les années vingt). Elle bénéficie. p. L'effondrement du commerce mondial et la pénurie de financements interna tionaux des années trente mettent en évidence la dépendance extérieure du pays. les exportations. participent à la diffu sion des connaissances par l'intermédiaire. L'Argentine du début du siècle. Dans le même temps. 48. d'intégrer les flux considérables 444 Revue économique — Vol. et les exporta tions jouent un rôle d'entraînement de toute l'économie. l'ouverture commerciale représente un facteur de concurrence. celle-ci plonge le pays dans une crise économique sans précédent et il faut attendre le début des années quatre-vingt-dix pour que la libéralisation de l'économie devienne effective. Dans le même temps. ramènent ce ratio à moins de 15 % dans les années cinquante à soixante-dix. de capitaux et de technologie. Cette politique financière. qui devient néanmoins exagérée. Le secteur agricole est dominant et compétitif.

L'ense ignement secondaire prend en fait le relais de l'enseignement primaire à partir des années cinquante. la qualité de l'éducation. en permettant d'améliorer l'efficacité de la main-d'œuvre et sa mobilité. Mais l'éducation est également pensée comme un facteur de progrès économique et social. Hlf = éducation pri maire. lui. puisque les taux de scolarisation primaire et secondaire atteignent respectivement 90 % en 1950 et 70 % en 1990. Cette équation permet de mettre en évidence la fonction de production de long terme de l'économie argentine (tableau 1). par l'intermédiaire de la formation de la force de travail. des deux dernières décennies. Or l'éducation. qui s'est considérablement dégradée à partir des années soixante. de la Corée ou du Taipei chinois. Kt = capital physique. Ouv. Mais le rôle de l'éducation passe également par l'innovation et la diffu sion des connaissances (Benhabib et Spiegel [1994]). = produit intérieur brut. + ß L. pose maintenant un problème majeur à l'échelle du pays (Véganzonès etWinograd [1997]). qui correspondent à l'accélération de l'industrialisation du pays. = a K. elles doivent néanmoins être relativisées. Elles demeurent. Des modifications de comporte ments ont toutefois été identifiées et sont commentées simultanément (tableau 2). Cet effort est ensuite continué.Marie-Ange Véganzonès d'immigrants venant d'horizons culturels différents et de participer de la sorte à la constitution de l'unité nationale. H23f = éducation secondaire et supérieure (en nombre moyen d'années d'études de la population). PGF ut = productivité globale des facteurs des États-Unis (utilisée comme proxy de la technologie étrangère). 441-449. en effet. Le caractère obligatoire et gratuit de l'enseigne ment primaire dès 1884 explique les progrès fulgurants de l'alphabétisation qui placent l'Argentine du début du XXe siècle au niveau des pays les plus dévelop pés de l'époque. Enfin. 48. Si les performances argentines restent remarquables sur la seconde moitié du siècle. participe directement aux progrès de la productivité globale des fac teurs. 445 nique— Vol. Le développement massif de l'éducation supérieure date. N° 3. LES FACTEURS DE LA PRODUCTIVITE ARGENTINE Pour évaluer la contribution des facteurs précédemment identifiée au rattr apage de la productivité. p. Le système éducatif argentin (secondaire et supérieur) montre. + (j)2 H23. un faible intérêt pour les formations scientif iques et techniques nécessaires au développement économique et à la croissance. infé rieures à celles des économies développées et peu différentes de celles du Chili. + yPGFUf + ô Ouv. + <!>! Hl. + F (1) avec en logarithmes : Y. Lt = tra vail. ainsi qu'aux migrations de population des campagnes vers les villes. mai 1997. . nous avons estimé l'équation suivante : Y. par ailleurs. = ouverture commerciale (mesurée par la somme des importations et des exportations sur le PIB).

mai 1997. Ce résultat pourrait s'expliquer par la crise économique profonde des deux dernières décennies qui n'a pas permis de valoriser pleinement le potentiel d'éducation argentin. qui correspondent à l'industrialisation du pays. à notre connaissance. Il n'a toutefois jamais été montré. La ferme ture du pays.58 0. 441-449. du fait de la politique précoce d'éducation. Des tests de Wald confirment la constance des rendements. l'éducation contribue moins à la croissance à partir des années soixante-dix. participe donc bien au ralentissement de la productivité argentine. à partir des années soixante. variable expliquée Y K L Hl H23 PGFu Ouv constante R2 ajusté DW 0. Tableau 1 .15 pour l'éducation secondaire et supérieure (tableau 1).8 (4. L'impact de la fermeture commerciale L'estimation de l'équation (1) fait apparaître un lien significatif entre product ivité globale des facteurs et ouverture.24 0. L'estimation de 446 Revue économique — Vol.15 (tableau 1).17 3. p. ainsi qu'à son manque d'adéquation aux besoins d'une économie moderne. toutefois. à partir des années trente.07) (2.72 0.48) (3. dans les études économétriques de la croissance. Ce résultat doit.8 0. à la baisse de la qualité de l'éducation. d'élasticité 0. N° 3. Berthélemy.6 pour l'éducation pr imaire et de 0. ce qui confirme l'existence d'une relation de long terme.05) (3.Revue économique Le rôle de l'éducation L'estimation de l'équation (1) montre l'impact de l'éducation sur la crois sance de la productivité argentine avec une élasticité de 0.32 0. En outre. .66) (2.20) (4. Le rôle prépondérant de l'éducation primaire dans le développement d'une économie jeune n'a rien de surprenant.99 0. par ailleurs. Le développement de l'enseignement secondaire-supérieur voit le jour lors d'une phase de ralentissement de la productivité. Toutefois. dont les facteurs explicat ifs peuvent empêcher une valorisation satisfaisante de l'éducation. peuvent également y avoir contri bué. l'élasticité rel ativement faible de l'éducation secondaire-supérieure pourrait être en partie due.15 0. être relativisé à la lumière de plusieurs observat ions. Dessus et Varoudakis [1996] montrent cette possibilité dans le cas de la fermet ure commerciale qui correspond bien au cas argentin. L'enseignement secondaire prend le relais à partir des années cinquante.64) (1-96) Le test de Engle-Granger ne permet pas de rejeter l'hypothèse de coïntégration des variables. 48. Celle-ci est estimée sur la période 19101992. La contribution de l'enseignement primaire est forte au début du siècle. Des tests de Chow de cette relation de long terme mettent toutefois en év idence une forte probabilité de changements au cours du siècle. Les statistiques de Student sont entre parenthèses. la succession de deux logi ques. L'étude des contributions des différentes catégories de capital humain à la croissance de la productivité illustre. Mais la baisse de la qualité de l'enseignement et son manque de préoccupation « productive ».

fait apparaître un effet positif de l'ouverture sur la croissance jusqu'au début des années trente.94) (0. comme l'ont montré Berthélemy et Varoudakis [1995]. l'Argentine capte fortement et rapide mentle progrès technique extérieur (les retards ne sont plus significativement 447 iquc —Vo\. Les statistiques de Student sont entre parenthèses.17). on ne trouve plus de lien évi dent par la suite (tableau 2). l'élasticité plus faible (0.Marie-Ange Véganzonès l'équation (1). Tableau 2. alors que celle-ci fait l'objet d'une importante libéralisation commerciale.34) (3. Toutefois. dans une certaine mesure. .58 0. 441-449. de l'inefficacité de l'ouverture en l'absence d'un système financier développé. de même qu'elle peut ne pas être linéaire dans le temps.08) est peu significative.16 1. L'ouverture a par ailleurs été de courte durée.09 0. Ces facteurs privent. en prenant en compte ces divers points de rupture.28 0.08 -0.76) (1.61) (0.86) (2.4 dans le cas du Tai pei chinois. laisse penser que le système financier peu développé n'a pas été en mesure d'assurer son rôle de réallocation des facteurs de production nécessaire au succès de la libéralisa tion commerciale.91) (3.20 0. La diffusion de la technologie étrangère La diffusion du progrès technique extérieur est. la diffusion du progrès technique étranger peut prendre un certain temps.69 (3.30 0. L'estimation de l'équation (1) montre que l'Argentine capte la technologie étrangère. toutefois. La période d'estimation est 1910-92. de même que de 1953 à 1969 mais avec une élasticité négative (. tableau 1) semble relativement faible au regard d'autres travaux économétriques du même genre (0. Le signe de ce coefficient permet. de poser la question de l'efficacité d'une politique transitoire de substitution aux importations ou bien.2). d'élasticité relativement forte (0. p. Dessus.24. le pays de l'importation de technologie étrangère.88 0. Sur la première période (1900-1932). Sur la période suivante (1933-1952). indissociable d'autres facteurs explicatifs de la croissance. l'absence de lien sur la fin de la période (1970-1992).31) Les variables sont en différence par rapport à leur tendance afin de capter l'évolution de la relation par rapport à la tendance longue. Or les bienfaits de la libéralisation peuvent prendre un certain temps avant de s'exprimer (De Gregorio [1992]). Variable expliquée .95) (5.0. des contributions autres de l'éducation et de l'ouverture.53 1. mai 1997. Des tests de Wald confir mentla constance des rendements.90 1. tant de l'intensité.03 0. Y R2 PGFu PGFu PGFu Ouv Ouv Ouv Ouv K L Hl H23 PGFu 0032 3352 5369 7092 0032 3352 5369 7092 constante ajusté DW 0.24) (1. L'élasticité estimée (0. dans l'estimation précédente en sous-périodes. La prise en compte dans l'équation (1) de la variable représentat ive de la technologie étrangère (PGFu) permet de séparer les effets de diffu sion.45) (2. que de la vitesse de diffusion (tableau 2).63) (1. 48. d'une structure de retards d'Almon sur la variable de productivité des États-Unis confirme la modificat ion. Ce résultat peut être mis en parallèle avec la fermeture commerciale de l'Argentine et la défection des investisse ments étrangers à partir des années trente. L'introduction. De même.17 0 03 0.13 0. comme l'éducation ou l'ouverture commerciale. en fait.82) (2. En revanche. Shea et Shi [1995]). N° 3.78) (2.

non seulement pour le décollage d'un pays. Fermeture commerciale. Les changements dans la dynamique de diffusion du progrès technique étranger expliquent donc bien le retard de la pro ductivité argentine. Enfin. L'expérience argentine est donc pleine d'enseignements tant pour les 448 Revue économique — Vol. D'autres fac teurs comme l'importance croissante du secteur public dans l'économie. mai 1997. Néanmoins. La seconde période (1933-1952) voit une diffusion plus faible et plus lente de la technologie étrangère (la diffusion s'opère avec un retard de deux à huit années). un facteur plus régulier de productivité. de même qu'elle explique sûrement l'allongement du délai de diffusion de la technologie étrangère. 441-449. s'explique sûrement en partie par les excès de la substitution aux importations. en même temps probablement que l'investissement étranger et l'amélioration du niveau d'éducation de la population. à la diffusion forte et rapide du progrès technique extérieur. de même que de la baisse de la qualité de l'enseignement et de son man que de préoccupation « productive ». arrêt des investissements étrangers. l'Argentine capte de nouveau fortement la technologie étrangère. et l'instabilité économique et politique sont. comparativement au début du siècle. L'ouverture commerciale représente un facteur de concurrence. cette étude de la croissance argentine permet déjà de mettre en évidence l'importance des politiques économiques. CONCLUSION Dans cet article. la politique excessive de substitution aux importations participe au ralentissement de la productivité argentine. qui parti cipe à l'absence de rattrapage constatée sur cette période. Ce résultat. de l'investissement étranger. d'économies d'échelles et d'efficacité. est à mettre en parallèle avec la forte ouverture commerciale. mais elle contribue sûrement aussi. Ce délai. Les effets sur la croissance passent par l'amélioration de la productivité de la main-d'œuvre et de sa mobilité. est indissociable de la crise des années soixante-dix et quatrevingt. qui contribue à la divergence pro noncée du pays. N° 3. l'importance de l'investissement étranger et les progrès rapides de l'éducation. Ce résultat. p.Revue économique différents de zéro au-delà de trois années). mais toujours lentement (le délai est de deux à huit ans et l'intensité de la diffusion croît puis décroît dans le temps). Sur la période suivante (1953-1969). monétaire et financière. bien que progressivement remis en cause à partir des années soixante. qui contribue au rattr apage de la période. diffusion plus difficile de la technologie étrangère et ralentissement de la convergence semblent ainsi liés. en revan che. les deux dernières décennies se caractérisent par l'absence de diffusion du progrès technique étranger. 48. mais aussi pour la continuation du processus de crois sance. indispensables à la compréhension des performances de crois sance de l'Argentine (Véganzonès et Winograd [1997]). de même que par l'innovation et la diffusion de la technologie étrangère. toutefois. Par la suite. nous avons montré qu'au début du siècle la politique libé rale en matière de commerce extérieur constitue un élément important de pro ductivité. de même que par le niveau moindre. . La progression du niveau d'éducation de la population constitue. la poli tique budgétaire.

441-449. Revue économique. [1997].. 39 (5). et Lee J. 39. que pour les nouvelles économies émergentes.Marie-Ange Véganzonès pays en développement.. 407-437. p. Paris. Yale Univers ity Press. European Economie Review. Chinese Taipei : The Origin of the Economic « Miracle ».N. 107 (2). et Varoudakis A. « Does Foreign Direct Investment Affect Economie Growth ? ». N° 3. Berthélemy J. p. avec Winograd C. « Clubs de convergence et croissance. [1995]. [1995]. « A Contribution to the Empiric of Eco nomic Growth ». A. Dollar D. « International R&D Spillover». Spiegel M.. [1992]. 59-84.S. octobre. Berthélemy J. Revue économique 48 (3). mars. « Economic Growth in Latin America ». Centre de développement de l'OCDE. Dessus S. New Haven. GOLDSMITH D. 48.. Document de travail. Varoudakis A. Evidence from Aggregate Cross-country Data ».-C. Washington D.T. p. p. 1976-1985 ». 34 (2). [1994]. « Convergence et capital humain : le rôle de l'ouverture commerciale ». Shea J. [1995]. Romer D. 449 onomiqiie —Vo\.-C. [1992]. mai. Centre de développement de l'OCDE. Coe D. Paris. Helpman H. et Weil D.C. 40 (3). 217-235. . Fonds monétaire international. [1997]. mai 1997.W. et Shi M. Mankiw N. The Quarterly Journal of Economics. [1994].G. juillet.. Le rôle du développement financier et du capital humain ». mai. Dessus S. Borensztein E. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Benhabib J. L'Argentine au XXe siècle: le déclin d'une économie émergente.D. « Outward-oriented Developing Economies Really do Grow More Rapidly : Evidence from 95 LDCs. dont la continuation de la trajectoire exceptionnelle de croissance dépend grandement des politiques qu'elles sauront mettre en place à l'avenir. septembre. Financial Structure and Development. Journal of Develop ment Economies. Journal of Monetary Econom ies. [1992]. De Gregorio J. 143-173. [1969]. « The Role of Human Capital in Economie Developm ent. 46 (2). VÉGANZONÈS M. p. De Gregorio J. mai.. Economic Development and Cultur al Change.