Exemple corrigé de dimensionnement d’une section

en B.P. vis-à-vis des ELS
Proposons-nous de dimensionner une travée indépendante de 28 m de
portée livrant passage à une chaussée de 7 m encadrée par deux trottoirs de
1,50 m.
Le tablier, coulé en place, est supposé a priori constitué de deux nervures
coiffées par une dalle de 0,22 m d’épaisseur moyenne et de 10,20 m de
largeur (figure 1 ). Sa hauteur totale est limitée à 1,80 m, ce qui correspond à
un élancement de 1/15,6.

Figure 1 - Section transversale schématique


Il s’agit de déterminer b , P et e
0
de façon à respecter les conditions
réglementaires du BPEL 99, étant précisé que :
 la précontrainte n’est prise en compte que par sa seule valeur
probable P
m
;
 la résistance caractéristique du béton vaut : f
c 28
= 30 MPa (et
sa résistance à la traction f
t 28
= 0,6 + 0,06 f
c 28
= 2,4 MPa) ;
 la mise en tension de l’ensemble des câbles est effectuée
lorsque le tablier atteint un âge j tel que f
cj
= 24 MPa (on peut
admettre j  14 j).

 Actions et sollicitations
L’ouvrage est soumis à :
 son poids propre : g = 2,5 × 10
–2
B ;
 une charge de superstructures : g  = 4 × 10
–2
MN/m ;
 la charge routière d’exploitation (chaussée + trottoir) de valeur
caractéristique : q
k
= 10 × 10
–2
MN/m.
Dans la section médiane, la plus sollicitée à la flexion, les moments extrêmes
à considérer en situation d’exploitation sont donc (en MN · m) :

 sous combinaisons rares :

 sous combinaisons fréquentes :

 sous combinaisons quasi permanentes :

 Caractéristiques géométriques de la section
Si l’on désigne par le moment statique de la section par rapport à l’axe
horizontal OO’ passant par sa fibre inférieure (figure 2), et par son moment
d’inertie par rapport à ce même axe, on peut dresser le tableau 1 suivant :

Figure 2 - Section équivalente et décomposition en secteurs


Secteur B (m
2
)
(m
3
) (m
4
)
À 2,244 0 3,792 4 6,418 1
Á 1,580 0 b 1,248 2 b 1,314 8 b

D’où

(1)

(2)
À partir de ces éléments, on peut avoir un aperçu rapide des caractéristiques
de la section pour quelques valeurs de b :
Tableau2. Caractéristiques de la section en fonction de b
b B v v  I


(m) (m
2
) (m) (m) (m
4
) (m
3
) (m
3
)
0,50 3,034 0 0,344 3 1,455 7 0,646 7 1,878 0 0,444 3 0,425 2
0,75 3,429 0 0,421 0 1,379 0 0,883 7 2,099 0 0,640 8 0,443 9
1,00 3,824 0 0,481 9 1,318 1 1,088 8 2,259 5 0,826 0 0,448 3
1,25 4,219 0 0,531 3 1,268 7 1,270 8 2,391 8 1,001 7 0,446 9

 Dimensionnement en classe II
Nous admettrons a priori (et nous le vérifierons par la suite) que les
combinaisons fréquentes ne sont pas déterminantes.
 Conditions en situation d’exploitation seule
Les contraintes limites de compression sont :
 qui intervient vis-à-vis de M
Mr
:

 qui intervient vis-à-vis de M
mr
= M
mqp
et vaut donc :

 Caractère de la section
Nous allons supposer, dans un premier temps, la section sous- critique,
dimensionner le coffrage dans cette hypothèse, puis calculer les forces P
I
et
P
II
correspondantes.
Si la section est sous-critique (câble « largement » à l’intérieur du béton), les
contraintes limites de traction sur les fibres extrêmes (hors de la section
d’enrobage) sont :

La section minimale de béton correspond alors à :

Le tableau 2 nous montre que, même pour b = 0,50 m (c’est un minimum au-
dessous duquel il n’est pas envisageable de descendre pour des raisons
pratiques), I /v est largement supérieur à 0,494 9 m
3
. La membrure
supérieure donnée est donc très surabondante.
Pour ce qui est de la membrure inférieure, ce même tableau nous montre que
l’on doit avoir :
0,50 m < b < 0,75 m
De façon plus précise, compte tenu des équations (1) et (2) , b est défini par :

soit
0,519 3b
2
+ 2,908 4b – 2,153 1 = 0
D’où : b = 0,662 0 m, valeur que nous arrondissons à b = 0,70 m.
Pour b = 0,70 m, les caractéristiques de la section sont les suivantes :
B = 3,350 m
2

v = 0,407 1 m et v  = 1,392 9 m
I = 0,839 2 m
4


 = 0,441 8
Par suite :


(en supposant d  = 0,16 m).
Comme P
II
> P
I
, la section est nettement sur-critique (à moments positifs),
et il convient de reprendre son dimensionnement.
 Dimensionnement dans l’hypothèse sur-critique
Les câbles devant être excentrés au maximum vers le bas (figure 3), la
section d’enrobage englobe la fibre inférieure et les contraintes limites de
traction sur les fibres extrêmes deviennent :

Figure 3 - Contraintes limites dans la section (en MPa)




Pour cette section, les équations déterminantes (compte tenu de la
surabondance de la membrure supérieure) sont :
(3)
e
0
= – (v  – d  ) (4)
(5)
L’équation (5) nous donne immédiatement le coffrage, c’est-à-dire b . Elle
s’écrit en effet :

soit, compte tenu de (1) et (2) :

ou
0,519 3b
2
+ 2,854 4b – 2,317 1 = 0
D’où : b = 0,718 0 m que nous arrondissons à b = 0,75 m .
Les caractéristiques géométriques de la section avec b = 0,75 m figurent déjà
dans le tableau 3 .
Si l’on admet d  = 0,16 m, l’équation (3) permet de calculer P :

force que l’on peut espérer réaliser à l’aide de 8 câbles 12T15 (si l’on table
sur une force probable de 0,16 MN par toron, comme dans l’exemple du
paragraphe 4.6. , les 8 câbles en question donnent : P
m

= 8 × 12 × 0,16 = 15,36 MN).
Enfin, d’après l’équation (4) :
e
0
= – (v  – d  ) = – (1,379 0 – 0,16) = – 1,219 0 m
En réalité, la surabondance de la force de précontrainte des 8 câbles (P
m

= 15,36 MN contre 14,64 MN) permet de remonter leur excentricité jusqu’à :

tout en respectant la contrainte limite de traction sur la fibre inférieure. Une
telle remontée est même certainement utile pour éviter un dépassement de
sous l’effet de M
mr
= M
mqp
.
Plaçons donc les câbles, non pas à 16 cm, mais à 21 cm de la fibre inférieure,
ce qui correspond à :
e
0
= – (1,379 0 – 0,21) = – 1,169 0 m

 Vérification des contraintes

En situation d’exploitation, elles s’établissent selon la figure 4 (avec P
= 15,36 MN et e
0
= – 1,169 0 m, les calculs étant effectués sur la section
brute).


Figure 4 - Contraintes en section médiane
(en MPa)



Ces contraintes sont satisfaisantes et pratiquement limites en fibre inférieure
tant sous combinaisons quasi permanentes (13,27 MPa  13,5 MPa) que
sous le cas de charge donnant M
Mr
en combinaisons rares (– 2,02 MPa  –
2,4 MPa). On vérifie par ailleurs que, comme on l’avait supposé au départ,
les combinaisons fréquentes ne sont pas déterminantes .
Il convient maintenant de s’assurer qu’en situation d’exécution les conditions
réglementaires sont bien satisfaites, autrement dit que :


Calculons en particulier les contraintes juste après mise en tension de
l’ensemble des câbles et décintrement de l’ouvrage, en admettant qu’alors la
précontrainte vaut P
c
= 1,15 P en valeur probable (§ 4.6.5. pour les ordres de
grandeur), que f
cj
= 24 MPa et donc que f
tj
= 0,6 + 0,06 f
cj
= 2,04 MPa.
Comme les superstructures ne sont pas encore posées, on a les valeurs
données sur la figure 5.

Figure 5 - Contraintes en construction (en MPa)


On dépasse largement la contrainte limite de compression en fibre inférieure :
0,54 f
cj
= 12,96 MPa.
Cela montre que la membrure inférieure est sous-dimensionnée et qu’il faut
augmenter b pour ne pas avoir trop de compression en construction.
La situation d’exécution est ainsi déterminante pour le choix de b .
 Reprise du dimensionnement compte tenu des conditions
d’exécution
Des calculs précédents, il ressort que les conditions à prendre en compte
sont en réalité celles du tableau 3 .
Tableau 3 - Conditions de dimensionnement de la section
compte tenu des conditions d’exécution
Moments Précontrainte Contraintes limites
M
Mr
P

M
c
1,15 P


Compte tenu de ce que nous avons dit au paragraphe 5.8. , elles sont
équivalentes à celles du tableau 4, avec :
Tableau 4 - Conditions de dimensionnement équivalentes de la
section
Moments Précontrainte Contraintes limites
M
Mr
P


P


M
c
= M
g
= 2,45 B
et donc :

Des équations (3) , (4) et (5) , seule (5) est modifiée. Elle s’écrit :

(6)
avec
 M
f
= M
Mr
– M
cf
= 2,45B + 13,72 – 2,13B = 0,32B + 13,72

(6) devient ainsi :

(7)
soit, compte tenu des équations (1) et (2) :

D’où
0,473 2b
2
+ 2,165 2b – 3,985 2 = 0
et : b = 1,407 6 m que nous arrondissons supérieurement à :
b = 1,45 m
Pour b = 1,45 m, les caractéristiques géométriques de la section sont les
suivantes :
B = 4,535 0 m
2

v = 0,564 7 m et v  = 1,235 3 m
I = 1,403 9 m
4


 = 0,443 8
Avec d ’ = 0,16 m et M
Mr
= 2,45 × 4,535 + 13,72 = 24,83 MN, l’équation (3)
donne :

Cette force peut être réalisée à l’aide de 16 câbles 7 T15 (15 suffiraient mais il
en faut un nombre pair). En supposant que ces câbles fournissent :
P = 16 × 7 × 0,16 = 17,92 MN
nous les placerons comme précédemment, non pas à e
0
= – (v  – d  ) = –
1,075 3 m, mais à une excentricité comprise entre – 1,075 3 m et :

pour éviter, compte tenu de la surabondance de P, un excès de compression
en fibre inférieure (à la construction).


Figure 6 - Contraintes en situation d’exploitation (en MPa)

Figure 7 - Contraintes en situation d’exécution (en MPa)


Nous les disposerons, en définitive, de telle façon que leur barycentre soit à
0,24 m de la fibre inférieure, ce qui correspond à :
e
0
= – 0,995 3 m
Les contraintes calculées en section brute (avec P = 17,92 MN et e
0
= –
0,995 3 m) sont alors celles indiquées sur les figures 6 et 7.
La section est ainsi parfaitement dimensionnée puisqu’on y atteint
pratiquement les deux contraintes limites en fibre inférieure
et aucune en fibre supérieure, ce qui était
prévisible compte tenu de son caractère sur- critique et de la surabondance
de la membrure correspondante.