Intervention – Conseil du 30 mars 2007

 Gérard CHAUSSET

TEOM - REOM
Dans le cadre de la révision du plan départemental de gestion des déchets ménagers de la Gironde, la Communauté Urbaine, après une longue hésitation, et en traînant les pieds, s’est finalement ralliée à l’adoption du scénario le plus ambitieux proposé par la commission consultative du plan. Cette révision du plan est le résultat d’une concertation exemplaire entre tous les acteurs concernés par la gestion des déchets ménagers dans notre département et il a fallu toute l’implication du Conseil Général pour aboutir à un tel résultat. Certes, pour le groupe des Verts, le scénario retenu aurait pu être encore plus ambitieux, mais ne boudons pas notre plaisir, cette révision a permis de faire évoluer profondément les esprits sur plusieurs points notamment le concept de prévention des déchets. En effet, la prévention de la production de déchets est devenue la première priorité de la révision du plan de la Gironde. La prévention des déchets se définit comme l'ensemble des mesures et des actions en amont (au niveau de la conception, de la production, de la distribution et de la consommation d'un bien) qui permettent d’éviter l’apparition des déchets, de retarder leur abandon ou de réduire leur quantité ou leur toxicité. Elle conduit à moins de déchets (prévention quantitative) et à des déchets moins toxiques (prévention qualitative). En effet, le déchet le moins polluant et le moins cher est celui que l’on évite de produire et de traiter. La réutilisation, les recycleries, le compostage individuel, l’autocollant stop pub, le remplacement des sacs de caisse en plastique par des sacs réutilisables, sont des exemples parmi tant d’autres, d’actions de prévention, qui permettent ainsi à la collectivité qui les met en œuvre une diminution sensible des quantités de déchets à traiter et donc de stabiliser voire réduire les coûts qui y sont associés. L’objectif de prévention fixé par le Plan départemental est d’éviter de produire un tonnage de 163 000 t/an de déchets ménagers en 2016 par rapport à un scénario « laisser faire ». Les actions de prévention, associées à un effort accru tri, de recyclage matière et organique des déchets recyclables permettent à la collectivité de minimiser, in fine, les déchets résiduels. C’est donc un important défi que doivent relever l’ensemble des collectivités, les acteurs socioéconomique et les citoyens girondins. Or la Communauté Urbaine, de par l’importance de sa population, constitue le premier producteur de déchets ménagers du département, et devrait être le fer de lance de ce défi. Nous constatons malheureusement que notre établissement reste rivé au vieux schéma, limité presque essentiellement à la collecte et à l’incinération et n’a pas pris toute la mesure des enjeux environnementaux, sociaux et économiques d’une gestion durable et écologique des déchets, malgré son engagement pour le scénario ambitieux du plan, qu’elle a rallié, certes, mais à reculons.

Pourtant quelques rares élus ont pris conscience de ces insuffisances notoires de notre établissement. Ainsi, Monsieur DAVID, Maire de Cenon et vice-président de la CUB, n’a-t-il pas déclaré dans un journal daté du 7 juillet 2005 que, je cite « La durée de vie de l’incinérateur de Cenon n’excédera pas 2015. Ce mode d’élimination a-t-il un avenir ? La chaleur produite par l’incinération est récupérée pour chauffer 12000 logements. C’est un avantage social évident. Mais la question de la pérennité de l’équipement est posée. Nous devons trouver d’autres modes d’élimination. Des solutions plus intelligentes existent, comme le tri sélectif et le recyclage. Je souhaite que la CUB engage une réflexion làdessus. » fin de citation. A ce stade de mon intervention, j’en viens à la question de la TEOM, objet de la délibération qui nous est proposée. Cette taxe improprement dénommée d’Enlèvement des Ordures Ménagères n’a absolument aucun rapport avec la production de déchets des usagers, puisqu’elle repose sur des bases relatives au foncier bâti. C’est en fait un impôt injuste et inéquitable, qui déresponsabilise totalement les usagers face au déchet et va donc à l’encontre de la politique de prévention et de recyclage qui doivent être menées. Imaginez si les factures d’eau et d’électricité des usagers étaient basées sur le même principe du foncier bâti. Un tel dispositif soulèverait aussitôt l’unanimité contre lui, alors pourquoi le tolérer pour les déchets ? Cette TEOM est ultra majoritaire (80 % de la population, 100 % dans les agglomérations de plus de 300 000 habitants), par rapport à la REOM, la Redevance d’Enlèvement des Ordures Ménagères. La Redevance est basée, quant à elle, sur le service rendu, apparaît beaucoup plus rationnelle car elle est directement reliée à la gestion des déchets assuré par la collectivité. Une amélioration notable de la redevance consiste en la redevance incitative où les efforts des usagers en faveur de la prévention et du tri sont pris en compte. Partout où ce système de redevance incitative a été mis en place, on a constaté une diminution notable du volume des déchets ainsi qu’une baisse des coûts pour les usagers. L’effet incitatif est garanti et le calcul peut recouvrir plusieurs modalités. Par exemple le paiement peut être proportionnel au poids, à la présentation de la poubelle, au nombre de collectes et modulé en fonction de critères sociaux familiaux avec une part fixe. Dans une optique d’encouragements des ménages à jeter moins de déchets, la logique voudrait que l’on s’oriente vers ce système. L’ADEME et le Ministère de l’écologie et du développement durable encouragent fortement les collectivités à instaurer la redevance incitative. D’ailleurs à cette fin, la dernière loi des finances facilite la mise en oeuvre de la REOM notamment en permettant aux collectivités d’équilibrer ce service sur 5 ans en recourant au budget général. Cette « redevance incitative » est par exemple en vigueur à Besançon. Je ne nie pas qu’il ait des difficultés, mais le débat est ouvert dans le département. Partout où le système vertueux est mis en œuvre, on voit baisser entre 30 et 40% le volume des déchets. Ce que je regrette, M. le Président, c’est qu’à chaque fois que j’aborde ce sujet j’ai l’impression de venir d’une autre planète. Notre collectivité est complètement bloquée, ne pense qu’en terme de collecte et d’incinération, je conçois que ce service est difficile à gérer, mais nous devons politiquement engager une réflexion sur ce dossier.