TERRA

INCOGNITA
Ah ! J’ai brisé ma coupe d’or. Je me réveille.
L’ivresse n’est jamais qu’une substitution du bonheur.
André Gide – Les Nourritures Terrestres.
Première partie.
La santé chancelante il ne sort pres!ue plus. Il parta"e son
minuscule deu# pièces a$ec un %ac& Russel acari'tre.
(uel!ues meu)les dont une ta)le ronde entièrement occupée par
un assortiment de médicaments !u*il a$ale + l*aide de "rosses
rasades d*alcool dans l*espoir de ressusciter son trip pré,éré - un
mo)il.home dans un coin des Ardennes une ri$ière + pro#imité une
canne + p/che.
In!uiet des réactions de son ma0tre !uand il est im)i)é son %ac& l*a
mordu au )ras. 1n coup de semonce pour !u*il n*ou)lie pas + !ui il
a$ait a,,aire. On ne sait plus très )ien !ui est le ma0tre. Ils s*adorent
et s*a,,rontent + lon"ueur de 2ournée. L*odeur de la poisse n*e,,ra3e
pas les chiens.
4epuis !uel!ues semaines il se rend au ca,é du coin o5 il a droit +
une ardoise 6 %e )ois d*a)ord 2e paie plus tard. 7 Génial surtout
!uand on émar"e + l*Assistance Pu)li!ue a$ec en prime le statut
d*handicapé 8
Alors !u*il épon"e ses dettes son ardoise indi!ue in$aria)lement
9:: euros. C*est une somme importante 9:: euros. Chercherait.on +
le "ru"er ; 1n alcooli!ue $oit moins )ien non ; Il n*a plus les 3eu#
en ,ace des trous. Ces ,outus trous !ui chan"ent de place et !ui se
retrou$ent maintenant au ,ond de ses poches.
Il est )ien loin le temps o5<
Le patron le "ros pres!u*aussi "ros !ue lui pro,iterait.il de ces
moments o5 il atteint en,in l*ou)li. (uand il pense !u*il le considérait
comme son ami.
Il en discute les choses s*en$eniment et il ,init par traiter le patron
de $oleur.
1n remue.ména"e un ordre )re,. 4eu# "ros )ras le poussent
)rutalement $ers la sortie. Lui aussi a de "ros )ras en,in a$ait<
Il tom)e lourdement sur le trottoir ne par$ient pas + se rele$er. Il ,aut
dire !u*il n*a pas senti "rand.chose l*alcool sert d*anesthésiant. C*est
pour =a !u*il )oit d*ailleurs. Et puis il en a $u d*autres il ne compte
plus ses cicatrices un $rai lé"ionnaire. Il supporte les coups on dirait
m/me !u*il $a au de$ant<
Il 3 a des hurlements des )ruits de sirènes. La police em)ar!ue
l*alcooli!ue connu de leurs ser$ices.

• 4e !uel droit ;;;
• <
• Ah 8 %e suis so>l 8 (ui l*a constaté ; Ai.2e sou,,lé dans le
)allon ; Le tenancier a tou2ours raison par rapport + son
client ; C*est =a ; Il ne )oit pas lui ;
Rien n*a chan"é. C*est tou2ours la loi du plus ,ort. C*est )ien non ;
C*est lui le plus ,ort. Pardon c*était<
4ans le com)i il est maintenu + terre sur le $entre les mains
attachées dans le dos le ne? écrasé contre les )ottines des policiers.
(u*elles ont l*air costaud ces )ottines 8 Pas ,acile de respirer pour un
asthmati!ue. @ei"neur tout me tourne. Pitié 2e suis seul.
C*est )ien ,ait 8 Aous supporte? les alcoolos $ous ;
Retenu dans une cellule de dé"risement il est puni de 6 toilettes 7.
Il a insulté les policiers les a traités de 6 sales cons 7. Ils se sont
dé,endus<Non mais o5 $a.t.on ;
Il a )aissé son ,roc pour se soula"er o5 il pou$ait a d> utiliser ses
chaussettes pour se netto3er. Pri$é d*eau de médicaments il crie -
7%e suis un malade 8 7 1ne $oi# ,éminine encha0ne sur la chanson
de @er"e Lama - 7%e suis malade complètement malade< 7.
Ben !uoi on peut rire un peu les ,/tes approchent 8 (uel mal 3.a.t.il
+ prendre un petit acompte. Le rire est le propre de l*homme il 3 a
m/me des clu)s 8
C
4eu#ième partie.
Trois 2ours plus tard<
Ah il a $oulu 3 passer 8 On $a )ien $oir. Les médecins ont mis plus
de !uatre heures pour le tirer d*un mau$ais pas le pas de l*au.del+.
Ils l*ont récupéré de 2ustesse< @acré serment d*Dippocrate 8
• (ui est.ce ;
• Aous ne sa$e? pas ; C*est l*entu)é de ser$ice 8
• Aous a$e? dit entu)é ;
• Oui 8
• Eais par !ui ;
• (ue sais.2e 8 @a ,amille sa ,emme ses amis les autres lui.
m/me<. ;
• Lui.m/me ; C*est possi)le si on 3 ré,léchit 8
• Et $ous ne me croire? pas il a a$alé plus de F:: comprimés
de !uoi tuer deu# indi$idus ou plus 8
• (uelle drGle d*idée la $ie est si )elle 8
• Ce n*est pas !u*il man!uait d*amour entouré comme il était de
ses parents de ses sHurs plus tard de sa ,emme. 1n $rai
caId 8 En,in il était<
Au# @oins Intensi,s une panoplie d*appareils de mesure d*écrans
au# "raphi!ues de couleurs encerclent le patient rendu
inaccessi)le. Il $aut mieu# renoncer + une !uelcon!ue mani,estation
de tendresse au ris!ue d*arracher la moitié des tu)es ,ils et
connections suspendus dans les airs ou accrochés au lit.
4ans un coma pro,ond le poumon arti,iciel !ui l*o)li"e + respirer ,ait
un discret )ruit de ,or"e. @es lon"s che$eu# noirs m/lés de ,ils
)lancs sont rassem)lés sur le sommet de son cr'ne. Eal"ré ses
)osses et ses ,osses + cin!uante ans ce patient conser$e l*air
en,antin !ui ne l*a 2amais !uitté.
On !uestionne les médecins. 6 @*il $ous pla0t dites.nous $a.t.il
mourir ; 7
Ils ne peu$ent s*en"a"er. Ils sont désolés. @ans )la"ue 8 Pas autant
!ue nous 8
4éconcertés on reste l+ comme des )allots 8
C
Troisième partie.
Les )ras le lon" du corps les pieds lé"èrement écartés les
paupières closes couché sur un ,il si ténu !ue le plus in,ime "rain de
sa)le ,erait )asculer ce "isant rien ne )ou"e.
Au péril de ce le"o médical le plus téméraire de la ,amille tente de
se rapprocher - 7 Toc toc 8 Tu es l+ ; 7 4e sa $oi# la plus tendre
a$ec des mots choisis il parle + l*oreille du malade. Pas le moindre
,rémissement pour ceu# !ui "uettent a$idement tout si"ne de $ie et
pourtant<
<Il ,once sur une autoroute + cin! )andes. Emporté dans ce tra,ic +
sens uni!ue il ne distin"ue pas le $isa"e de ces ,ous !ui lancent
leur $oiture + une $itesse hallucinante. Il aime cette $itesse et se
laisse "a"ner par le plaisir. Plaisir de courte durée !ui se mue en
une péni)le sensation d*an"oisse. Il passe ré"ulièrement d*un état +
l*autre.
1ne intense lumière )lanche tom)e des lampadaires et s*a2oute au#
,eu#.arrières é"alement )lancs des $oitures créant un éclaira"e
linéaire é)louissant. La route dé,ile + une allure $erti"ineuse de
$raies monta"nes russes. A$eu"lé il n*arri$e pas + reconna0tre le
pa3sa"e -
6 O5 $ais.2e se dit.il ; 7
La nausée lui monte au ,ond de la "or"e.
Eenées de main de ma0tre les ,orces en présence tant attracti$es
!ue centri,u"es diri"ent cet uni$ers au ,roid sidéral. Prisonnier de ce
r/$e !ui $ire au cauchemar de ce cauchemar !ui tourne en r/$e lui
le 2oueur in$étéré de$ine !u*il 3 a un en2eu plus important !ue ce
contre !uoi il aimait se mesurer.
4ans ce monde sensoriel s*insinue par d*étran"es $oies la
conscience d*un ordre éminent - 6 l*interdiction ,ormelle de se
retourner 7.
Les ris!ues sont limités car depuis un moment dé2+ une immense
,ati"ue écrase ce chatouilleu# re)elle lui Gtant toute $elléité de réa"ir.
Il s*en,once dans une "risante torpeur.
1n coup d*ai"uillon dans les cGtes le ,ait $iolemment tressaillir et
l*imminence d*un dan"er interrompt cette "lissade )éate. Il sait !ue
chan"er de tra2ectoire ne dépend !ue de lui et !u*il n*est plus temps
de lésiner 8
Il rassem)le ses ,orces. 1n incro3a)le chari$ari l*emp/che d*entendre
les )attements saccadés de son cHur. Au pri# d*un e,,ort prodi"ieu#
il se détache de cette emprise !ui l*en$eloppe comme d*une "an"ue
épaisse. 4éli$ré il tourne la t/te lentement...
4isparaissent instantanément en un m/me point dans un
"i"antes!ue précipité - l*autoroute les $oitures la lumière le )ruit
donnant naissance + une énorme )oule incandescente + la rondeur
par,aite !ui éclate en millions d*étoiles.
@ecoué 2us!u*au# tripes il ou$re les 3eu#.
1ne 2oie sin"ulière l*inonde<
7O5 suis.2e dit.il ; 7
Bien$enue petit ,rère 8
Il y a des maladies extravagantes qui consistent vouloir ce que l’on
n’a pas !
A. Gide – Les Nourritures Terrestres.
CCCC