Marjorie POUSSIN

TD Objets et Méthodes
L’étude et l’évaluation de la personnalité

Introduction.
La personnalité est un concept en psychologie, mais aussi une expression de la langue
courante. D’où vient ce mot « personnalité » ?
Origine du mot : le latin, « persona » qui signifie à l’origine « masque de théâtre » (théâtre
grec), qui était l'interface entre l'acteur (l’individu), son rôle (sa place, son métier, etc.), et le
public (la société, la famille…). Artifice d'un théâtre d'effigie, il présentait les trois
particularités suivantes :
— Grâce au masque, le public devait pouvoir prédire l'action du comédien (certains
chercheurs étudient la personnalité dans un but prédictif)
— Il y avait un nombre défini de masques possibles : douze exactement. (les types
de personnalité restent relativement restreints dans la littérature, aujourd’hui…)
— Chaque acteur n'avait le droit d'utiliser qu'un seul masque par représentation (…il
est souvent reconnu que l’on ne change pas de personnalité dans la vie)
Cela permettait de construire une image « stable et cohérente » des acteurs, et de la même
manière, nous avons une image « stable et cohérente » des personnes qui nous entourent.
Dans le domaine de la psychologie, les définitions de ce concept sont très nombreuses et
variées (plus de 100 définitions !), avec, par conséquent, une pluralité de « théories »,
« d’écoles » et de « doctrines »... Ces différentes théories utilisent bien sûr des
« méthodologies » qui leur sont propres afin d’étudier leur objet : la personnalité.
Définition de la personnalité
La personnalité se définit comme l'organisation dynamique des aspects intellectuels, affectifs,
comportementaux, physiologiques et morphologiques de l'individu en interaction avec son
milieu. Elle peut se définir comme un mode privilégié de comportement et d'adaptation au
monde, qui est repéré par les traits de personnalité ou caractère. Ainsi la personnalité est un
ensemble organisé de traits qui est stable (l'individu répond de manière identique à des
situations analogues), prévisible et individuel conférant à chacun son originalité. La
personnalité se construit progressivement tout au long de l'enfance jusqu'à l'adolescence.
Munie d'un capital génétique, en interaction avec l'environnement, peu à peu, elle s'organise
au cours d'étapes successives maturantes (stades ou organisateurs) auxquelles elle peut
régresser ou se fixer (cas des personnalités pathologiques). Si elle reste stable, elle n'est pas
totalement figée. Dans certain cas demeure la possibilité de mobiliser certains de ses aspects
chez l'adulte.

LES TRAITS DE PESONNALITE
Allport (1937) fut l’un des premiers psychologues à utiliser le terme « trait » de
personnalité. Ces conceptions de la personnalité (« les traits ») postulent :
- Que les individus possèdent des prédispositions à répondre d’une certaine manière
dans des situations diverses
- Que chaque personne est unique en fonction de la configuration de ces
prédispositions (traits) de personnalité
Cette notion de traits est centrale dans la théorie d’Allport : c’est l’unité d’analyse de la
personnalité. Ces traits sont des prédispositions à répondre de la même manière à des stimuli
divers.
Ex. : une personne dite « autoritaire » réagira, dans différents contextes, plutôt de manière
autoritaire…
Les traits de personnalité assurent chez un individu une stabilité des comportements au fil
du temps et au travers des situations de vie. Ils influent aussi beaucoup la perception des
événements que nous rencontrons.
Ces traits répondent à certains critères :
1/ Ils sont clairement définis
2/ ils sont plus qu’une habitude
3/ leur nature n’est pas purement « logique »
4/ ils sont observables
5/ leur existence peut-être empiriquement démontrée
6/ ils interagissent entre eux
7/ ils ne font l’objet d’aucun jugement moral
8/ ils sont distribués normalement dans la population
9/ un comportement inconsistant avec un trait ne constitue pas une preuve de la non-
existence du trait
Allport parle de « traits communs » et de « traits individuels » : on retrouvera cette distinction
chez d’autres auteurs.
Les « traits communs » :
- Ont une distribution normale dans la population
- Ce sont des caractéristiques qui sont partagées par de nombreuses personnes dans
une culture donnée (les Français sont « chauvins, etc.)
Les traits « individuels » ou des « dispositions personnelles » :
- Les traits « cardinaux » sont les caractéristiques les plus importantes et les plus
saillantes de la personnalité d’un individu : untel est narcissique, réaliste, pessimiste,
superficiel, etc.
- Les traits « centraux ». Ce sont les qualificatifs que l’on utilise quand on décrit
quelqu’un quand on doit le recommander par exemple : il est généreux, il est timide, il
est méticuleux, etc.
- Les traits « secondaires » sont des traits de personnalité que l’individu n’utilise pas
très souvent, mais qui lui sont propres.


EXEMPLE D’UNE ECHELLE DE PERSONNALITE : L'EPI d'EYSENCK

Inventaire de Personnalité d'EYSENCK, mesure la personnalité en termes de deux dimensions
générales, indépendantes l'une de l'autre : extraversion-introversion (E) et névrosisme-stabilité
émotionnelle (N). Chacun des traits est mesuré au moyen de 24 questions auxquelles le sujet
répond par oui ou par non.
Exemple de questions :
E "Avez-vous souvent le désir d'éprouver des émotions intenses ?"
N "Avez-vous fréquemment besoin d'amis pour vous réconforter ?"

L'extraversion en tant qu'opposée à l'introversion, désigne les tendances à l'extériorisation, à
la non-inhibition, les tendances impulsives et sociales d'un sujet. L'extraverti typique est
sociable, aime les réunions, a beaucoup d'amis, a besoin de personnes à qui parler et n'aime
pas lire ou travailler seul. Il recherche les émotions fortes, prend des risques, fait des projets,
agit sous l'impulsion du moment et est généralement un individu impulsif. Il aime beaucoup
les grosses plaisanteries, a la réplique facile et aime en général le changement. Il est
insouciant, peu exigeant, optimiste et aime la rigolage. Il préfère rester en mouvement et agir,
a tendance à être agressif et à perdre son sang froid rapidement. Il ne possède pas un très
grand contrôle de ses sentiments et ce n'est pas toujours une personne sur qui l'on peut
compter.

L'introverti typique est le genre d'individu tranquille, effacé, introspectif, plus amateur de
livres que de gens. Il est réservé et distant sauf avec ses amis intimes. Il a tendance à prévoir,
ne s'engage pas à la légère et se méfie des impulsions du moment. Il n'aime pas les sensations
fortes et prend au sérieux les choses de la vie quotidienne et aime avoir une vie bien réglée. Il
contrôle étroitement ses sentiments et se conduit rarement d'une manière agressive et ne
s'emporte pas facilement. Il est digne de confiance, quelque peu pessimiste et accorde une
grande valeur aux critères éthiques.
Un individu n'est pas nécessairement introverti ou extraverti; la dimension introversion-
extraversion est un continuum avec peu de cas extrêmes et de nombreux cas intermédiaires; la
plupart des gens tendent cependant vers un pôle ou vers un autre.

Névrosisme : des notes élevées en N sont indicatives de labilité émotionnelle et
d'hyperactivité. Les individus ayant des notes N élevées ont tendance à être émotionnellement
hypersensibles et ont des difficultés à retrouver un état normal après les chocs émotionnels.
De tels individus se plaignent fréquemment de dérèglements somatiques diffus d'importance
mineure tels que maux de tête, troubles digestifs, insomnies, douleurs dorsales etc. Ils font
aussi état de nombreux soucis, d'anxiété et d'autres sentiments désagréables. De tels individus
sont prédisposés aux troubles névrotiques sous l'effet de stress. Il convient cependant de ne
pas confondre de telles dispositions avec la dépression nerveuse; un sujet peut fort bien avoir
une note N élevée, tout en s'adaptant de manière adéquate au travail, à sa vie sexuelle, à la
famille et à la société, ce qui n'est pas le cas d'un dépressif.
La dimension névrosisme-stabilité émotionnelle est également un continuum sur lequel
chaque individu se situe en un point quelconque; personne n'est totalement stable ou labile et
la plupart des gens se situent sur une zone intermédiaire.
Le névrosisme lié à l'extraversion va prédisposer un sujet très émotif à l'hystérie, à la
psychopathie ou à la délinquance, alors que lié à l'introversion il prédisposera plutôt à la
névrose d'angoisse, aux phobies ou à l'obsession compulsive.
Exemple sur un résultat d’enquête auprès d’étudiants :
On s’est demandé, si, comme le laissait à penser la théorie d’Eysenck, les préférences des uns
et des autres à propos du lieu ou l’on étudie et de la manière d’étudier pouvaient être liés à la
dimension d’introversion – extraversion. On a abouti aux résultats suivants :
Les extravertis choisissent plus souvent que les introvertis d’étudier dans des lieux publics,
comme la bibliothèque, qui offrent une stimulation externe.
Ils prennent plus de pauses que les introvertis
Ils disent préférer étudier dans des contextes présentant un niveau de bruit plus important et
dans des lieux offrant plus d’occasions de bavarder.
Les extravertis et les introvertis diffèrent dans leurs réactions physiologiques à un niveau de
bruit donné : les introvertis réagissent davantage. Dans les deux groupes, on travaille mieux
lorsque le niveau de bruit est celui que l’on préfère.
Les extravertis considèrent les événements stressant comme des défis.
Les extravertis font plus souvent le fête…
Les extravertis fument d’avantage et on plus de difficulté à cesser de fumer (peut-être parce
que la nicotine est un stimulant ?)

LA PERSONNALITE PATHOLOGIQUE
Les organisations pathologiques de la personnalité se définissent par la répétition de
comportements inadaptés qui témoignent de leur structure psychique et ce malgré la
souffrance qu’ils occasionnent à la personne et à son entourage. Le "diagnostic" de trouble de
la personnalité peut être difficile à faire. Cela nécessite parfois plusieurs entretiens ainsi que la
rencontre avec la famille. L’interrogatoire est primordial puisque la personnalité pathologique
signe un mode de fonctionnement ancien, fixé depuis l’enfance ou l’adolescence et dont on
peut retrouver les traits tout au long de l’existence.
Définition
Une personnalité est pathologique quand "un profil caractériel est statistiquement rare et
que les attitudes et le comportement sont une cause de souffrance pour le sujet lui-même
et pour son entourage". (K Schneider)
La notion de souffrance paraît essentielle mais ambiguë dans la définition d'une personnalité
pathologique. En effet, ces sujets, comme tout le monde, ont des conflits mais ils ne peuvent
s'y adapter ou les affrontent de façon rigide et répétitive (mécanismes de défenses non adaptés
et stéréotypés). Les relations à l'autre deviennent alors compliquées, marquées par l'incapacité
à évoluer et apprendre. Le patient semble fixé, incapable de nouer des relations créatives et
étayantes qui atténuent habituellement les traumatismes immanquablement subis dans la vie.
Ceci l'entraîne généralement à une répétition d'échecs relationnels et le rend vulnérable à
toutes les épreuves de l'existence. Ces patients ne souffrent pas en général de leur propre
fonctionnement psychique mais des résultats de leurs comportements.
Ainsi, le trouble de la personnalité ne représente pas une "maladie" psychiatrique,
objectivable par des symptômes, mais définit plutôt un type relationnel qui entrave les
capacités d'adaptation psychique et provoque secondairement une souffrance.
Certaines personnalités pathologiques peuvent représenter, dans certains cas, un terrain
prédisposant à une maladie psychiatrique (personnalité obsessionnelle / névrose
obsessionnelle). Ce passage se fait quand apparaissent des symptômes marquant une rupture
de l'équilibre psychique jusque là maintenu par des défenses rigides. Ce type de patients ne
nécessite pas forcément une prise en charge psychiatrique notamment médicamenteuse, mais
peut bénéficier d'une aide psychothérapique, quand la souffrance personnelle,
authentiquement exprimée, motive une demande ou lors de décompensations psychiatriques.

Les systèmes critériologiques internationaux : CIM 10 et DSM IV
Pour éviter les ambiguïtés du fait des multiples définitions et théories en cours pour expliquer
et dénommer les troubles de la personnalité, les systèmes critériologiques internationaux : la
dixième édition de la classification internationale des maladies (CIM 10) et la quatrième
édition du Manuel Diagnostique et Statistique des Maladies Mentales (DSM IV) qui se
veulent athéoriques les ont définies et répertoriées en se basant sur des comportements
observables inadaptés et répétitifs.
Ainsi nous pouvons retrouver dans les systèmes critériologiques un certain nombre de
troubles de la personnalité, qui sont présentés en se limitant à une description clinique, sans
parti pris théorique. Cela ne demande pas de pré-requis théorique et se borne à la cotation
d'items décrivant des comportements observables, qui sont stables dans le temps et entravent
le sujet dans sa vie quotidienne.
EXEMPLE : LA PERSONNALITE PARANOIAQUE
Diagnostic
La proportion est estimée entre 0,5 et 2 % en population générale, elle est supérieure chez les
hommes. Elle est plus marquée dans les groupes minoritaires.
Qu'est-ce que le trouble de personnalité paranoïaque? Comment diagnostiquer ?
Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des
troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996, 1056p.
Le DSM-IV donne la définition suivante (A et B) : il faut repérer chez un sujet parmi les
critères définis au moins 4 de ces comportements (parmi les 7).
A. Méfiance soupçonneuse envahissante envers les autres dont les intentions sont interprétées
comme malveillantes, qui apparaît au début de l'âge adulte et est présente dans divers
contextes, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes :
1. le sujet s'attend sans raison suffisante à ce que les autres l'exploitent, lui nuisent ou le
trompent
2. est préoccupé par des doutes injustifiés concernant la loyauté ou la fidélité de ses amis ou
associés
3. est réticent à se confier à autrui en raison d'une crainte injustifiée que l'information soit
utilisée de manière perfide contre lui
4. discerne des significations cachées, humiliantes ou menaçantes dans des commentaires ou
des événements anodins
5. garde rancune, c'est-à-dire ne pardonne pas d'être blessé, insulté ou dédaigné
6. perçoit des attaques contre sa personne ou sa réputation, alors que ce n'est pas apparent
pour les autres, et est prompt à la contre-attaque ou réagit avec colère
7. met en doute de manière répétée et sans justification la fidélité de son conjoint ou de son
partenaire sexuel.
B. Ne survient pas exclusivement pendant l'évolution d'une schizophrénie, d'un trouble de
l'humeur avec caractéristiques psychotiques ou d'un autre trouble psychotique et n'est pas dû
aux effets physiologiques directs d'une affection médicale générale.