Quelques résultats d'analyse complexe

liés aux familles normales
Nicolas Tosel
Professeur en classe de MP au lycée du Parc, Lyon.

1 Introduction
2 Notations et rappels
3 Compacité dans
4 Familles normales et critère de Marty
Bibliographie

1 Introduction
Inaugurée par Paul Montel durant la première décennie du vingtième siècle, la théorie des
familles normales s'est rapidement développée comme l'atteste la monographie [6] dont la
première édition remonte à 1927. Un de ses attraits est de fournir des approches élégantes de
plusieurs énoncés classiques d'analyse complexe ; l'exemple le plus frappant à cet égard est sans
doute la méthode élaborée par L. Féjer et F. Riesz dans les années vingt pour démontrer le
théorème de représentation conforme de Riemann, dont on trouvera une splendide discussion
dans [10].
L'essor récent de la dynamique holomorphe a suscité un regain d'intérêt pour les familles
normales. De plus, Lawrence Zalcman a découvert en 1975 ([16]) une traduction très efficace de
la non normalité d'une famille de fonctions au voisinage d'un point. L'exploitation systématique
de ce résultat conduit à des preuves remarquablement simples de nombreux théorèmes
importants dont les plus connus sont ceux de Picard.
Le but essentiel de ce texte est d'exposer les rudiments de la théorie des familles normales, ainsi
que des applications variées de celle-ci, en utilisant autant que possible le « principe de
renormalisation de Zalcman ». Les références utilisées sont principalement :
- pour l'aspect classique, outre l'ouvrage historique mais toujours riche et instructif de Montel
([6]), les très beaux livres de Remmert ([10]) et Zygmund-Saks ([12]) ;
- pour les conséquences du principe de Zalcman, le copieux survey ([17]) et les premiers
chapitres de la récente monographie de Schiff ([13]).
On s'est efforcé de limiter les prérequis aux notions les plus élémentaires sur les fonctions
holomorphes, de sorte que le critère de compacité de Montel est lui-même succinctement
démontré. Ce parti pris pédagogique est cause de lourdeurs et de maladresses ; la plus criante de
ces dernières est la limitation artificielle aux fonctions holomorphes au sens classique là où il
serait plus général et plus naturel de considérer d'emblée des fonctions holomorphes à valeurs
dans la sphère de Riemann , i.e. des fonctions méromorphes.
L'exposé est accompagné d'un choix d'exercices ; certains d'entre eux, en petit nombre,
demandent des connaissances très légèrement plus sophistiquées en analyse complexe.
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2 Notations et rappels
Si est une partie non vide de , soit l'espace des fonctions continues de dans ;
cet espace est muni de la topologie de la convergence locale. Si est dans et bornée sur
, on pose :


Dans tout ce texte, est un ouvert connexe non vide de . L'espace des fonctions holomorphes
sur est noté . Le théorème de Weierstrass dit que est fermé dans pourvu
de la topologie précédente, et que la dérivation est un endomorphisme continu de .
On utilisera deux énoncés voisins, conséquences simples du théorème de Rouché et qui seront
appelés tous deux « théorème d'Hurwitz ». Dans chacun d'entre eux, est une suite
d'éléments de convergeant vers dans .
Si est dans et si n'est pas la fonction nulle, est dans pour assez grand.
Si les sont toutes injectives, alors est constante ou injective.
Sporadiquement, nous rencontrerons l'ensemble des de telles que
, ainsi que le groupe conforme de noté . Pour dans , soient également


Pour dans et dans , on écrira l'itérée -iéme de .
Il est d'usage d'appeler famille une partie d'un espace fonctionnel ; nous suivrons cette tradition
en nommant famille de toute partie non vide de cet espace.
Enfin, si et , on notera la boule ouverte de de centre et de rayon ;
on abrègera en . Si est une boule ouverte de , on désignera par l'adhérence de
dans , et par le cercle frontière de . Le groupe multiplicatif des complexes de module
1 sera noté , le demi-plan de Poincaré, ensemble des nombres complexes dont la partie
imaginaire est dans sera noté .


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3 Compacité dans
Le point de départ de la théorie des familles normales est la description des compacts de
donnée par Montel dans sa thèse en 1907.

Théorème 1 Soit une famille de . Les assertions suivantes sont équivalentes :
est relativement compacte dans ,
pour tout compact de il existe une constante telle que


pour toute boule fermée contenue dans , il existe une constante telle que



Preuve
Les implications et sont banales. Supposons dorénavant que vérifie .
Puisque est fermé dans , il suffit pour établir de montrer que est relativement
compacte dans . Le théorème d'Ascoli, la séparabilité de et un procédé diagonal
entraînent qu'il suffit de vérifier, pour toute boule fermée contenue dans , que
est équicontinue, ou encore que est bornée. À cet effet, si
et , on exprime à l'aide des valeurs de sur une boule un peu plus grosse
que et contenue dans . Soient précisément le centre de , son rayon, la distance de
à ( ) et le cercle de centre et de rayon décrit une fois dans le sens
positif. Pour dans et dans , on écrit :


D'où :


L'hypothèse montre que est bornée, d'où le résultat.
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On remarquera, par ailleurs, que si est relativement compacte, la continuité de la dérivation
dans entraîne qu'il en est de même de .

Exercice 1. Montrer que les conditions à du théorème 1 équivalent encore à :
pour tout tel que , il existe une constante telle
que :


Exercice 2. Donner une version « fonctions harmoniques »du théorème 1.

L'utilisation de la compacité donne un accès direct à des estimations non effectives. En revanche,
pour obtenir des inégalités précises, il faut revenir aux outils d'analyse classique. Les deux
exercices suivants illustrent ce phénomène et montrent simultanément, sur un exemple il est vrai
facile, les possibilités et les limites du théorème 1.
Exercice 3. Soient et . Montrer que est une
famille compacte de . Si , en déduire l'existence d'une constante
telle que :


Exercice 4. Reprenons les notations de l'exercice précédent. Soient dans et
l'élément de défini par :


(dont la vertu est d'envoyer sur ). En appliquant le lemme de Schwarz à , montrer :


En déduire, si et :


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Quoique simple, le théorème 1 admet beaucoup d'applications. Nous en donnons quelques unes,
toutes susceptibles de généralisation à l'aide d'un peu de théorie des familles normales. Voici
pour commencer un théorème de propagation de convergence obtenu presque simultanément par
Vitali (1903) et Porter (1904).

Théorème 2 Soit une suite d'éléments de vérifiant les deux conditions
suivantes.
Pour tout compact de il existe une constante telle que :


Il existe une partie de possédant un point d'accumulation dans telle que, pour tout
dans , la suite converge.
Alors converge dans .

Preuve
L'hypothèse et le théorème 1 montrent que est relativement compacte. Pour
terminer, il suffit donc de vérifier que a au plus une valeur d'adhérence dans .
Mais deux valeurs d'adhérence de coïncident sur et sont donc égales grâce au
théorème des zéros isolés.
L'argument précédent est assez général : à un théorème d'unicité on peut souvent associer un
théorème de convergence. Ainsi :

Exercice 5. Théorème de convergence de Blaschke
Soient une suite d'éléments de telle que :


une suite uniformément bornée d'éléments de telle que, pour tout ,
converge. Montrer que converge dans .
Indication. Utiliser le théorème de Blaschke limitant les zéros des fonctions holomorphes bornées
sur .
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Exercice 6. En utilisant une homographie appliquant conformément sur le demi-plan de
Poincaré , donner un énoncé analogue à celui de l'exercice 5 pour les suites uniformément
bornées de .

Le théorème 2 fournit des preuves immédiates de certains théorèmes de convergence sectorielle.
Voici un exemple dû à Montel.

Théorème 3 Soient et deux réels tels que , la demi-bande :


une fonction holomorphe et bornée sur et dans . On suppose que :
. Alors, pour tout de , , et cette convergence est
uniforme lorsque varie dans un segment.

Preuve
Pour et , soit . Si est sur la demi-droite ,
. Le théorème 2 entraîne que converge dans vers une fonction
laquelle, étant nulle sur , ne peut être que la fonction nulle. Le résultat suit.
Voici une variante.

Exercice 7. Théorème de convergence sectorielle de Lindelöf
Soit dans bornée sur telle que quand avec . Si
, prouver que quand avec et .
Indication. Utiliser une homographie envoyant conformément sur le demi-plan et
expédiant 1 à l'infini.

Nous allons appliquer le théorème 1 à l'itération holomorphe. L'exposé ci-après suit [10] ; les
théorèmes 4 et 5 sont dus à Henri Cartan (1932) et se généralisent aisément aux fonctions de
plusieurs variables complexes ([8]).

Théorème 4 Supposons borné et . Si la suite a une valeur
d'adhérence non constante dans , alors .
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Preuve
Le théorème 4 est conséquence des deux lemmes ci-après.

Lemme 1 Soit dans . On suppose qu'il existe dans adhérente à
. Alors est dans .


Preuve
Par hypothèse, il existe une suite d'éléments de telle que converge vers dans
. D'abord, si , on a puis ; l'injectivité de
force celle de . Puisque n'est pas constante, le théorème d'Hurwitz implique alors
, i.e. .

Lemme 2 Soient dans , une suite strictement croissante d'éléments de
telle que converge dans vers une fonction non constante. Alors est la
seule éventuelle valeur d'adhérence de

Preuve
On écrit . La fonction est à valeurs dans grâce au théorème
d'Hurwitz, et l'égalité précédente montre, si est une valeur d'adhérence de dans
, que . Ainsi coïncide avec l'identité sur l'image de . Puisque n'est pas
constante, cette image est ouverte, et la conclusion découle du théorème des zéros isolés.
On peut alors prouver le théorème 4. Si est comme dans l'énoncé, il existe une suite
vérifiant les hypothèses du lemme 2. De plus, étant borné, le théorème 1 implique l'existence
d'une valeur d'adhérence de . Ainsi est adhérente à , et le
lemme 1 complète la démonstration.
Exercice 8.
On suppose que est borné, que est dans , et que admet au moins deux points
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fixes. Montrer que est dans .
Exercice 9. Théorème de Ritt, 1920
Soit dans tel que soit un compact contenu dans . Montrer que
converge dans vers une constante.
Indication. Montrer que est un compact non vide de , que toute valeur
d'adhérence de vérifie , et conclure.
Exercice 10. On suppose borné et dans . Montrer que toutes les valeurs
d'adhérence de dans sont constantes. Qu'en déduit-on si
?

Du théorème 4, on va déduire une caractérisation de dans .
Avant de l'énoncer, remarquons le :

Lemme 3 On suppose borné, et . Alors .

Preuve
Si ,


Puisque est borné, est relativement compacte et est
une partie bornée de , ce qui implique .

Théorème 5 Supposons borné et . Alors :



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Preuve
D'abord, si on peut appliquer le lemme 3 à et , ce qui donne .
Réciproquement, supposons . Puisque est borné, est relativement
compacte, et a une valeur d'adhérence dans . Vu que ,
et n'est pas constante. On termine avec le théorème 4.
Une conséquence du théorème 5 est d'assurer, si est borné et , la compacité de
muni de sa topologie naturelle. D'autre part, l'application qui à associe
est trivialement un morphisme de groupes topologiques de dans . Le
théorème suivant, obtenu par L. Bieberbach en 1913, montre en particulier que ce morphisme est
injectif et donc que le groupe topologique est isomorphe à un sous-groupe fermé de
, c'est-à-dire à ou à un groupe cyclique ; ce dernier fait sera généralisé dans le
théorème 20 (paragraphe 9).

Théorème 6 Supposons borné, , et . Si , est l'identité de
.


Preuve
Si le résultat est faux, le développement de Taylor de en est de la forme :


où et . Un calcul facile établit, si , le développement :


En particulier :


Mais vu que est borné, est relativement compacte, et :
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est borné. Contradiction

Pour terminer ce paragraphe, nous allons présenter un curieux résultat dû à R. J entzsch (1918)
concernant les zéros des sommes partielles d'une série entière.

Théorème 7 Soient une série entière de rayon de convergence 1 et, pour et
:


Pour tout de , il existe une suite strictement croissante d'éléments de et une suite
complexe de sorte que :
est un zéro de ,
.

Preuve
On utilisera deux lemmes.

Lemme 4 La suite est uniformément bornée sur tout compact de .

Preuve
Soit . Il existe tel que :


Si et , on a :


Supposons et ; alors l'inégalité ci-dessus implique :
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puis :


Le résultat suit.

Lemme 5 Si vérifie alors .
Si vérifie alors .

Preuve
Le premier point est évident vu que converge vers une limite appartenant à .
Pour le second point, on fixe . L'hypothèse fournit tel que :


D'où, si :


De , on tire , puis .
Supposons maintenant le résultat du théorème 7 faux. Il existe alors dans , dans ,
tels que ne s'annule pas sur pour . Par suite, si , on peut
trouver dans telle que . Soit dans tel que . Les
lemmes 4 et 5 fournissent une suite strictement croissante d'entiers tels que
converge vers une limite , et garantissant d'autre part que est uniformément bornée
sur . Le théorème 1 assure que a une valeur d'adhérence dans
laquelle vérifie . Mais si est dans , le théorème d'Hurwitz implique
tandis que le lemme 5 force . Il en résulte que est de module
constant égal à 1 sur un ouvert non vide de , donc constante sur grâce au
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théorème de l'image ouverte. Ceci contredit .
Cette démonstration suit celle de J entzsch. Une preuve très différente est proposée dans [14].

4 Familles normales et critère de Marty
Pour un certain nombre de questions (et, en premier lieu, pour l'étude des fonctions
méromorphes) il est naturel d'étendre comme suit la notion de famille relativement compacte
de .

Définition Soit une famille de . On dit que est normale si et seulement si pour toute
suite d'éléments de il existe une extraction vérifiant l'une ou l'autre des deux
conditions suivantes :
converge dans ,
converge uniformément vers sur tout compact de .
Cette définition a été introduite par Paul Montel ; bien évidemment, la disjonction des cas est
artificielle une fois introduite la notion de fonction holomorphe de dans .

Exercice 11. Soient , , un compact non vide de et une famille normale
de telle que : , .
Montrer qu'il existe dans tel que de s'annule au plus fois sur .

Nous allons donner des exemples simples montrant que des familles de omettant de
prendre certaines valeurs sont normales.


Exemples
* Une famille relativement compacte de est normale. Inversement, si est une
famille normale de et s'il existe tel que soit borné, alors
est relativement compacte.
* Soient et . On définit :
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Alors est une famille normale. Pour le vérifier, on observe que :


est relativement compacte dans .
* Soit


Alors est une famille normale. En effet, si est le logarithme principal sur , et
si , est à valeurs dans la bande : . L'exemple précédent
montre que est normale, il en va de même de .
* Soient un segment non réduit à un point de , et la famille :


Alors est normale. Pour le voir, on envoie sur par une homographie
adéquate, et on applique le résultat fourni par l'exemple précédent.
Exercice 12. Détailler les preuves des exemples ci-dessus.
Exercice 13. Soit . Vérifier que est une partie
compacte de .
Si , calculer :


Indication pour la deuxième question. Utiliser une homographie appliquant sur et sur ,
et le lemme de Schwarz.

Les exemples précédents sont naïfs puisqu'ils se ramènent tous au théorème 1 par de simples
transformations conformes. Mais ils montrent déjà que les familles normales généralisent
significativement les précompacts de . Dans la direction qu'ils suggèrent, le théorème
définitif est celui de Montel :
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Théorème Si et sont deux points distincts de , la famille :


est normale.
Cet énoncé sera établi dans le paragraphe 7 (théorème 11). On l'utilise d'ores et déjà dans les
exercices ci-après, qui améliorent certains résultats du paragraphe 3.


Exercice 14. Dans le théorème 2, vérifier que l'hypothèse peut être remplacée par
est normale.
Exercice 15. Dans le théorème 3, vérifier que l'on peut remplacer la condition « est bornée sur
»par « contient au moins deux points ».
Donner un exemple montrant qu'en revanche l'hypothèse « »est insuffisante.
Exercice 16. Montrer que dans les théorèmes 4, 5, 6 ainsi que dans le lemme 3, on peut
substituer à « est borné »la condition « contient au moins deux points ».
Exercice 17. Les théorèmes 5 et 6 subsistent-ils si ou avec ?

On va maintenant formuler localement la notion de normalité.

Définition Si , si est une famille de , on dit que est normale en si et
seulement si il existe tel que et soit une famille normale
de .
Exercice 18. On suppose et . Montrer que :


est normale en si et seulement si l'une des deux conditions suivantes est réalisée :
,
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et pour tout .

L'intérêt de la définition précédente tient en grande partie au lemme suivant.


Lemme 6 Soit une famille de . Les deux assertions suivantes sont équivalentes :
est normale,
pour tout de , est normale en .

Preuve
L'implication est banale, et on suppose désormais . Soit une suite
d'éléments de . On distingue deux cas.
a) Pour tout de , . Il est alors immédiat que pour toute boule ouverte
contenue dans telle que soit normale dans , converge
uniformément vers sur tout compact de . Un petit raisonnement fondé sur
l'hypothèse et le théorème de Borel-Lebesgue assure que converge uniformément
sur tout compact de vers .
b) Il existe tel que ne converge pas vers . Quitte à extraire, on peut
supposer que est bornée. Sous cette dernière hypothèse, on va montrer que est
uniformément bornée sur tout compact de , ce qui permettra de conclure via le
théorème 1. Soit donc l'ensemble des de tels que soit uniformément bornée
sur un voisinage de . Grâce au théorème de Borel-Lebesgue, il suffit d'établir .
La définition même de montre que cet ensemble est ouvert dans . Puisque
est bornée, l'hypothèse implique que est dans . Enfin, est fermé dans : si
est une suite d'éléments de convergeant vers , l'hypothèse et le fait
que tout voisinage de coupe font que est dans . On termine par
connexité.
Le théorème 1 caractérise simplement les parties relativement compactes de . Il est naturel
de formuler un critère analogue décrivant les familles normales. Tel est le cas de l'énoncé
suivant, obtenu en 1931 par Frédéric Marty, et qui joue un rôle crucial dans la preuve du principe
de Zalcman.
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Théorème 8 Soit une famille de . Les conditions suivantes sont équivalentes :
est normale dans ,
pour tout compact de , il existe une constante telle que :



La condition de Marty s'explique très naturellement lorque l'on munit la sphère de Riemann
de la métrique sphérique. Pour décrire cette métrique, on désigne par la projection
stéréographique de sur , étant identifiée selon l'usage à la sphère unité de l'espace
euclidien . On définit la distance de deux complexes comme la distance géodésique
sur de à . Sur chaque compact de , induit la topologie usuelle, et quelques
calculs montrent que n'est qu'une traduction de l'équicontinuité de sur tout compact de
lorque est muni de .
La bonne démonstration du théorème 8 est la mise en forme de l'argument précédent, que l'on
trouvera dans [5] ou dans [13]. Afin d'éviter une trop longue digression sur la métrique
sphérique, on donne ci-dessous une preuve calculatoire directe.
D'abord quelques remarques. Pour dans , le critère de Marty suggère de définir sur la
fonction


L'application jouit des propriétés faciles suivantes.
1. Si est dans , est constante si et seulement si .
2. Soient dans , dans et dans . Définissons sur l'ouvert évident
par : . Alors :


3. Si est dans et ne s'annule pas sur :
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4. Si est une suite d'éléments de convergeant vers dans , tend
vers dans .
5. Si est une suite d'éléments de convergeant vers uniformément sur tout
compact de , converge vers 0 dans .
Le point 5. découle de 3. et 4. ; le reste est immédiat.

Preuve du théorème 8
L'implication facile provient aisément des points 4. et 5. En ce qui concerne la
réciproque, on utilise le :


Lemme 7 Soient dans , et dans et dans . On suppose que
. Alors :



Preuve
On peut supposer que n'est pas la fonction nulle, de sorte que les zéros de sont isolés. Par
densité, on peut alors se contenter d'établir le lemme dans le cas où ne contient aucun
zéro de . Posons, pour : . La fonction est dérivable
sur et :


L'hypothèse entraîne donc :


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Il reste à intégrer cette inégalité sur pour terminer.
Soient maintenant une famille vérifiant la condition du théorème 8 et dans . D'après
le lemme 6, il suffit de montrer que est normale en pour conclure. On choisit et
tels que et que :


Soit enfin une suite d'éléments de . On distingue deux cas.
a) La suite admet une suite extraite bornée ; on peut supposer elle-même
bornée, et on choisit tel que : . On fixe également
dans tel que : . Pour dans et , le lemme 7
donne :


Le théorème 1 implique alors que est relativement compacte dans
, ce qui achève la démonstration dans ce cas.
b) La suite tend vers . Il existe alors tel que :


Soit tel que . Pour et dans , le lemme 7 assure :
.
Si , on peut donc définir sur par . Puisque : et
, l'étude menée en a) montre que est une famille relativement
compacte de . Et puisque les ne s'annulent pas sur alors que
, le théorème d'Hurwitz entraîne la convergence uniforme de vers 0 sur
tout compact de i.e., la convergence uniforme de vers sur tout compact
de .
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On peut généraliser le critère de Marty. Voici un énoncé dû à H.L. Royden (1985).

Exercice 19. Soit une famille de . On suppose que pour tout compact de il existe
une fonction croissante de dans telle que :


Montrer que est normale.

Dans [17], on trouvera des critères plus subtils du même genre et quelques applications.
Suite et fin de l'article dans le prochain volume.

Bibliographie
1 F. Berteloot et V. Mayer, Rudiments de dynamique holomorphe, SMF.
2 K. Chandrasekharan, Elliptic Functions, Springer Verlag.
3 L. Garding, Some Points of Analysis and their History, AMS.
4 M. Hervé, Les fonctions analytiques, PUF.
5 S. Krantz, Complex Analysis : the Geometric Viewpoint, The Carus Mathematical
Monographs.
6 P. Montel, Familles normales, Chelsea.
7 R. Narasimhan, Complex Analysis in one Variable, Birkhaüser.
8 R. Narasimhan, Several Complex Variables, The University of Chicago Press.
9 G. Polya et G. Szegö, Problems and Theorems in Analysis II.
10 R. Remmert, Classical Topics in Complex Function Theory, Springer Verlag.
11 W. Rudin, Analyse réelle et complexe, Masson.
12 S. Saks et A. Zygmund, Fonctions analytiques, Masson.
13 J .L. Schiff, Normal Families, Springer Verlag.
14 E.C. Titchmarsh, The Theory of Functions, Oxford University Press.
15 G. Valiron, Théorie des fonctions, Masson.
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16 L. Zalcman, A Heuristic Principle in Complex Function Theory, A.M.M., 1975, p. 813-
817.
17 L. Zalcman, Normal Families : New Perspectives, B.A.M.S., vol.35, 1998, p. 215-230.

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