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FOCUS PME

monnaie virtuelle. Elle doit cependant inci-
ter à une prudence accrue, ce d’autant que
les régulateurs des différents pays ont émis
des avis différenciés (pour un panorama
général par pays: http://bitlegal.net). Ainsi,
si l’Allemagne a octroyé au Bitcoin le statut
de monnaie officielle, différents pays l’ont
tout simplement proscrit (Islande et Vietnam
notamment), respectivement ont cherché à
en contrôler l’utilisation. L’interdiction n’est
manifestement pas une option réaliste, dès
lors que l’anonymat inhérent au Bitcoin ren-
drait alors son utilisation «subreptice».
Qu’en est-il en Suisse?
La Suisse n’est pas épargnée par cette tendance
puisque les premiers bancomats pour Bitcoins
ont été installés au début de l’année à Zurich.
Différents commerces acceptent d’ores et déjà
ce mode de paiement, notamment dans les
restaurants. Il existe même une association
suisse pour le Bitcoin (Bitcoin Association
Switzerland: http://bitcoinassociation.ch)
qui milite pour son développement. Sur le
plan institutionnel, diverses interventions
ont initié une démarche de réflexion à l’éche-
lon national. Le conseiller national Jean-
Christophe Schwaab a sollicité par le dépôt
d’un postulat que le Conseil fédéral évalue
les risques de la monnaie en ligne, en parti-
culier en ce qui concerne son utilisation à des
fins de blanchiment d’argent et de finance-
ment d’activités criminelles, ou sa licéité au
regard de l’interdiction du jeu de l’avion ou
de la pyramide de Ponzi. Le conseiller natio-
nal Hans Kaufmann a, quant à lui, soumis
une interpellation qui porte spécifiquement
sur le respect des normes en matière de blan-
chiment d’argent. Un deuxième postulat,
déposé par le conseiller national Thomas
Weibel, a pour objectif d’établir la sécurité
juridique concernant le Bitcoin, complétant
ainsi opportunément les questionnements
issus du postulat Schwaab. Son auteur est fa-
vorable à ce que le Bitcoin soit traité comme
une devise étrangère.
Le 20 novembre 2013, le Conseil fédéral a
répondu à l’interpellation du conseiller
national Kaufmann en mettant en exergue
le fait que certains modèles d’affaires recou-
rant aux Bitcoins pourraient être soumis
à la loi sur le blanchiment d’argent et par-
tant, à la surveillance de la FINMA ou d’un
organisme d’autorégulation reconnu. Une
autorisation pourrait donc s’avérer un pré-
alable obligatoire au développement d’acti-
vités basées sur cette crypto-monnaie. Tou-
tefois, le principe de territorialité limiterait
la surveillance en matière de blanchiment
aux prestataires de service qui se trouvent
sur sol helvétique, sauf en cas de procédure
pénale (l’entraide permettrait alors d’agir)!
Il existe donc un risque, si le régime légal
s’avérait trop strict, que les prestataires de
Bitcoin optent pour un siège à l’étranger,
annihilant ainsi toutes les tentatives de ré-
gulation et toute perception d’impôts… car,
faut-il le préciser, qui dit monnaie ou devise
dit taxes à l’instar de la TVA. La situation
deviendrait donc paradoxale puisqu’en sus
de perdre une manne précieuse en temps de
crise, la Confédération serait dans l’impos-
sibilité d’interdire ce mode de paiement
anonyme.
Le Secrétariat d’Etat aux questions inter-
nationales, en charge de recueillir et de
synthétiser les avis des différents protago-
nistes, devrait bientôt livrer son rapport
au Conseil fédéral. Le temps presse. A cet
égard, la solution adoptée par l’Allemagne,
solution empreinte d’un pragmatisme rai-
sonné, devrait orienter la réflexion actuel-
lement conduite dans notre pays. La place
financière suisse, qui doit faire face à des
défis inédits et conséquents à l’aune des dé-
veloppements récents, pourrait saisir cette
occasion pour se réinventer. Personne ne
peut, certes, subodorer le futur du Bitcoin,
mais manquer une sérendipité monétaire
serait un galvaudage que la Suisse ne peut
se permettre. ●
*http://fr.scribd.com/doc/212058352/Bit-Coin
Sébastien Fanti est avocat, doctorant
en droit (cloud computing). Il exerce son activité
au sein du réseau international Lexing composé
d’avocats technologues. Rédacteur au sein de revues
juridiques de référence, il est également investi
dans la gestion opérationnelle de sociétés actives
dans les technologies avancées.
www.sebastienfanti.ch
précisions 44
FOCUS PME
L
e Bitcoin est une monnaie élec-
tronique distribuée (crypto-
monnaie) qui permet le transfert
d’unités dénommées Bitcoins
au travers du réseau internet. Il
s’agit du premier réseau de paiement pair-
à-pair décentralisé qui fonctionne exclusi-
vement grâce aux utilisateurs. Concrète-
ment, il n’y a donc ni banque centrale ni
établissement de crédit. Les utilisateurs
s’échangent une «adresse Bitcoin» qui
équivaut à un numéro de compte bancaire,
adresse encodée de manière spécifique et
fabriquée à partir d’une clé publique. L’ou-
til cryptographique utilisé va donc influer
sur la robustesse du système. Il en résulte
une volatilité ainsi qu’un anonymat qui
tétanisent les uns et captivent les autres.
Nonobstant les mesures de sécurité prises,
supérieures à celles prévalant dans un sys-
tème traditionnel, des vols, des cyberat-
Pas un seul jour sans que
le terme bitcoin feurisse
dans les journaux, sur les
réseaux sociaux ou encore
soit évoqué dans les
salles de marchés. La très
sérieuse banque américaine
Goldmann Sachs y a
même consacré une étude
d’une vingtaine de pages!*
Décryptage d’une saga, dont
l’issue est encore incertaine.
TEXTE SÉBASTIEN FANTI
TECHNO
Bitcoin:
la monnaie
du futur?
taques ou encore d’autres types de fraudes
sont survenus engendrant une salutaire
réflexion sur l’opportunité d’accepter cette
monnaie électronique, à tout le moins en
l’état actuel des connaissances. Même si
certains prétendent que l’anonymat est
le meilleur rempart contre le piratage de
données, force est de constater que les
infractions se multiplient avec des consé-
quences parfois dramatiques, ainsi que l’a
récemment démontré la faillite de la pla-
teforme japonaise MtGox, regroupant le
plus important échange de monnaie vir-
tuelle Bitcoin au monde! La perte générée
par une faille dans le système informatique
ascende à 850 000 Bitcoins, soit 500 mil-
lions d’euros.
Des considérations divergentes
Au grand dam des détracteurs du Bitcoin,
cette faillite n’a pas emporté celle de la
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La perte générée
par une faille
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