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Françoise Charpentier

L'absent du Discours de la servitude volontaire
In: Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance. N°60, 2005. pp. 57-62.
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Charpentier Françoise. L'absent du Discours de la servitude volontaire. In: Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la
réforme et la renaissance. N°60, 2005. pp. 57-62.
doi : 10.3406/rhren.2005.2698
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhren_0181-6799_2005_num_60_1_2698
L'absent
du Discours de la servitude volontaire1
César, ou Jules, n'est cité que deux fois dans les quarante-cinq pages du
Discours de la servitude volontaire2. Dans ce texte les exemples romains
sont moins souvent allégués que les grecs. La Boétie est bon helléniste, bon
traducteur du grec (La Ménagerie de Xénophon, Les Règles de mariage de
Plutarque, Lettre de consolation de Plutarque à sa femme) et familier de
Plutarque, familier aussi de la culture, de l'histoire grecques. Les alléga
tions, l'onomastique, les exemples venus de la sphère grecque sont sens
iblement plus présents dans son texte, sans être envahissants, que leurs
homologues latins. Il est bien difficile de ne pas invoquer Montaigne, mal
gré l'agacement que l'on éprouve parfois, et l'envie de dissocier ce couple3.
C'est à propos de César, et du silence presque total de La Boétie, que je
m'abandonnerai à la tentation — pas si futile — des parallèles, en privilé
giant la parole compacte de La Boétie.
On peut comprendre que, par leur étendue même, les Essais fassent
plus de place à César que le Discours. Mais les réflexions de Montaigne,
dans un texte précis, développent amplement une mention brève et impi
toyable de La Boétie. Montaigne est divisé dans sa vision de César, La
Boétie est univoque. Montaigne est obsédé et fasciné par César, au moins
à l'époque des deux premières éditions principales en deux livres (1580-
1588) ; il l'allègue en effet huit fois plus dans les livres I et II que dans le
troisième et dans les ajouts de l'exemplaire de Bordeaux (EB), (en tout 123
occurrences, dont 15 au livre III); après 1588, la gloire de César s'efface
devant celle d'Alexandre, d'ailleurs déjà concurrencée par celle
d'Epaminondas, et son modèle par le modèle de Socrate. On peut rêver sur
ce palmarès qui substitue tardivement les Grecs aux Romains. Cependant,
même compte tenu de la dimension et de la nature des deux œuvres, la dif
férence de traitement est remarquable. Les sources sont semblables pour
les deux. Plutarque : La Boétie, rompu au grec, pouvait se passer de la tra-
1. Que ceux qui se souviennent de « L'absente des Essais » veuillent bien me pardonner cet auto
plagiat.
2. La Boétie, Discours de la servitude volontaire ou Contr'un, éd. par Malcolm Smith, Genève,
Droz, 1987. Je modernise la graphie, en respectant forme phonétique, ponctuation et majuscules
de l'auteur.
3. Par exemple G. Mathieu-Castellani, « L'étrange vie posthume d'Etienne de La Boétie, ou les
dangers de l'amitié », dans Etienne de La Boétie, sage révolutionnaire et poète périgourdin, éd.
par Marcel Tetel, Paris, Champion, 2004, p. 333-348.
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duction d'Amyot parue en 15524, dont Montaigne disposait quand il s'est
mis à « contreroller » ses « fantaisies » ; Tite-Live, Suétone, sont également
accessibles à tous deux, sans parler de l'œuvre même de César. La tradi
tion historiographique de la latinité, s'agissant de biographies (c'est le cas
pour Plutarque — en grec — et Suétone), évalue en chaque portrait les vir-
tutes et vitia du modèle, et malgré sa réputation de malveillance Suétone,
dans sa Vie de César5, observe loyalement ce contrat. Ce partage est équi
libré chez Montaigne, très inégal chez La Boétie. On s'en tiendra, pour les
Essais, aux deux chapitres entièrement consacrés à César, les chapitres 33
et 34 du livre I6.
La Boétie dans le Discours de la servitude volontaire, allègue, dans les
proportions indiquées ci-dessus, plus abondantes dans l'histoire grecque
que dans la latine, ceux qu'il tient pour les grands modèles tyranniques :
Alexandre, Xerxès, Pisistrate et les Trente d'Athènes, Denis tyran de
Syracuse, Sylla..., plaçant sous ce même nom de tyran (« le nom seul d'un »
p. 34) royauté, dictature et tyrannie ; des « douze Césars », exemples évi
dents, il ne cite nommément, avec César, que Néron, Tibère et Vespasien.
Comme l'antonyme et le contraire de la tyrannie est pour lui la liberté,
opposition illustrée par de nombreuses et fortes images, il allègue parallè
lement aux tyrans les régimes qu'il répute libres et les libérateurs, ceux
qui, le plus souvent par une victoire militaire ou un acte violent, rendent
aux « pauvres et misérables peuples insensés » (p. 39) le bienfait de la liber
té ; dans ce rang se pressent les Miltiade, Léonide (La Boétie à la différen
ce de Montaigne francise les noms), Thémistocle, Thrasybule, « Caton
l'Utiquain » opposant de Sylla et son meurtrier au moins virtuel, « com
mencement de ce personnage digne de sa mort », lui que l'on pouvait est
imer « Romain et né dedans Rome, et lors qu'elle était libre » (p. 50), Casque
(Casca, le premier à avoir frappé César au Sénat), « un Sénèque, un
Burrhe, un Thrasée », et les grands couples d'amis unis dans l'amour de la
liberté, Harmode et Aristogiton, Brute et Casse7...
César fait dans le Discours une entrée presque subreptice. La Boétie
vient de soutenir par divers arguments la caractérisation qu'il donne des
misérables peuples : « pauvres » et « insensés ». Après d'autres thèmes, il
développe celui-ci: que les tyrans, exploitant le « naturel du menu popu-
4... bien qu'actuellement on tende à déplacer vers 1553-1554 la rédaction, et en tout cas le rema
niement par La Boétie de son Discours. Voir G. Demerson, « Les exempta dans le DSV: une rhé
torique datée? », dans Etienne de La Boétie..., ouvrage cité note 3, p. 195-224, notamment 222
et suiv.
5. Suétone, Vies des XII Césars, texte et trad, par H. Ailloud, Paris, Belles Lettres, 1931-1932.
6. Montaigne, Essais, éd. dite Vïlley-Saunier, Paris, PUF, 1965.
7. La tradition révolutionnaire en France prolongera le souvenir de ces couples mythiques. Verdi
et son librettiste unira aussi dans Don Carlo et dans un superbe duo Don Carlo et Rodrigo, mar
quis de Posa (A.I, duo « Dio, che nell'alma infondere... »), 1867.
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DU DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE 59
laire », asservissent leurs sujets grâce à leurs plus bas instincts, comme
Tibère et Néron les « [gorgeant] au festin populaire ». Et cependant après
la mort de Néron « de ce bourreau, de cette bête sauvage », « le noble peuple
romain » (cette fois sans majuscule) « fut sur le point d'en porter le deuil »,
comme l'a écrit Tacite, auteur bon et grave :
Ce qu'on ne trouvera pas étrange, vu ce que ce peuple-là même avait fait
auparavant à la mort de Jules César, qui donna congé aux lois et à la liber
té, auquel personnage il n'y eut, ce me semble, rien qui vaille (car son human
ité même, que l'on prêche tant, fut plus dommageable que la cruauté du
plus sauvage tyran qui fût oncques, pource qu'à la vérité ce fut cette sienne
venimeuse douceur qui envers le peuple romain sucra la servitude) (p. 59-60),
en quelque sorte dora la pilule. César, sous le nom de Jules, ne réapparaî
tra qu'à la p. 67, clôturant l'extraordinaire page où La Boétie décrit et ana
lyse la pyramide de la tyrannie, faite du soutien progressif que donnent, à
un seul, six, puis à ces six, six cents, puis six mille, et non plus six mille
mais cent mille, mais des millions... Cette pyramide qui soutient le tyran,
ce sont « les complices de ses cruautés, [...] les maquereaux de ses volupt
és... », tenus et cimentés par les richesses, les pouvoirs, les titres qu'il leur
accorde : « De là venait la crue (l'accroissement) du Sénat sous Jules, l'ét
ablissement de nouveaux états, érection d'offices, (...) nouveaux soutiens de
la tyrannie ».
César n'est donc nommé qu'à l'occasion d'une analyse dont les exemples
qui l'illustrent sont d'autres « tyrans », incontestables, ceux-là, aux yeux de
la postérité, dans une proposition relative (« Jules César, qui... »), en un
jugement durement péjoratif (« rien qui vaille »), jugement que l'auteur
prend la peine de fonder en raison (« car... ») dans une longue parenthèse.
En revanche nombreux sont les passages où César, invisible et présent,
doit être supposé. Quand il évoque Brutus et Cassius ainsi que Casca
« lorsqu'ils entreprirent la délivrance de Rome, ou plutôt de tout le
monde », il suppose à juste titre que chacun reconnaît dans ces mots (« la
délivrance ») le complot contre César, et son assassinat ; ce qui lui permet
dans un raccourci saisissant (« ou plutôt de tout le monde ») de dessiner
l'immense emprise de la « tyrannie » de César. Il suggère aussi son usage
de la corruption lorsqu'il évoque la « crue » du Sénat. On pourrait peut-être
se mettre à la trace de César dans des notations moins identifiables. Il s'i
ndigne véhémentement p. 35 (« ô bon dieu, que peut être cela? ») de voir « un
nombre infini de personnes [...] souffrir les pilleries, les paillardises, les
cruautés [...] d'un seul hommeau, et le plus souvent le plus lâche et feme-
lin de la nation, [...] empêché de (à) servir servilement la moindre femmel
ette ». Plutarque signale, souvent sans commentaires, le goût des plaisirs
et les mœurs dissolues de César. Chez Plutarque comme chez Suétone,
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nombreux sont les épisodes et les descriptions qui illustrent les qualités de
César, sa libéralité, sa douceur, sa clémence, son génie militaire, son élé
gance, sa beauté même. Sa séduction est toutefois ambiguë, et Suétone sur
ce point est plus précis que Plutarque ; il dénombre complaisamment ses
maîtresses, il signale dès le début de son récit son ambiguïté sexuelle (ch.
II) sur laquelle il revient aux chapitres XLIX à LU, rappelant le mot cruel :
« le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris ». La Boétie
désigne et condamne généralement l'immoralité des tyrans ; la débauche
partagée est souvent, à ses yeux, un de leurs moyens de pouvoir; il y ajou
te ici l'efféminement, qui est signalé chez César par les historiens ; il réser
ve à ses descriptions générales les traits scandaleux, ou supposés tels, qui
caractérisent le tyran. D'ailleurs la mention qui suit immédiatement ce
passage (« non pas accoutumé à la poudre des batailles ») ne saurait conve
nir à César; en revanche la suivante pourrait suggérer les fastes de la
monarchie des Valois (accoutumé « à grand peine au sable des tournois »),
mais, s'il est vrai et s'il l'avait pu, il aurait sans doute supprimé cette ment
ion en 1559 lors de la mort tragique d'Henri IL
Dans cette diatribe passionnée qu'est son discours, La Boétie rencontre
un personnage que le jugement de l'histoire honore souvent. Il s'agit d'une
personnalité hors du commun ; Plutarque comme Suétone laisse apparaître
cette dimension géniale. La Boétie, dans sa brève et foudroyante incise, le
condamne globalement et sans appel, ignorant son génie militaire et
déniant tout crédit aux virtutes que lui accordent ses biographes. Il accomp
lit un coup d'audace dans ce jugement entièrement négatif, auquel il n'ap
portera aucune atténuation, aucun correctif. Son audace s'accentue
d'ailleurs aux dernières pages, où il s'en prend presque visiblement à la
monarchie française en mettant au compte de pratiques tyranniques la
tradition des rois thaumaturges (p. 61-62); il s'en excuse ensuite avec
quelque embarras (p. 65-66).
Ses contemporains ne pouvaient sauver le caractère inouï de sa position
qu'en en faisant une utopie politique, ou en l'exploitant à des fins subvers
ives, comme Montaigne reproche aux protestants de le faire. Montaigne,
chargé par La Boétie mourant de faire connaître ses œuvres, est gêné par
ce texte et lui trouve une autre excuse dans la grande jeunesse de l'auteur,
hésitant entre l'âge de seize ou de dix-huit ans8 : c'est un coup d'essai et un
exercice d'école ; éditeur infidèle, il ne le publiera ni dans les Œuvres pr
étendument complètes de La Boétie chez Federic Morel (1571) ni dans le
chapitre 28 du premier livre des Essais, « De l'amitié », voué à la mémoire
de La Boétie - contrairement à l'annonce qu'il a pourtant maintenue.
Montaigne, outre ses nombreuses allégations, consacre à César un bloc
8. Date aujourd'hui contestée : voir note 4.
L'ABSENT DU DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE 61
de deux chapitres, 11-33 « L'histoire de Spurina », et 11-34 « Observations
sur les moyens de faire la guerre de Julius César », ce que, à l'exception de
1-28, il n'a fait pour personne de son panthéon des grands hommes ; sauf à
admettre que l'essai 111-12, « De la physionomie », est presque entièrement
un éloge de Socrate — auquel il associe inopinément la « physionomie » de
La Boétie. L'essai « Observations sur les moyens... » vient en seconde place
sans doute pour laisser au lecteur une dernière bonne impression de
César9 ; il y analyse avec admiration son génie militaire. Mais au chapitre
33 qui précède, le nom moins illustre de Spurina cache (mal, il est vrai) un
véritable essai « de la personnalité de César ».
Ce chapitre est largement nourri de la lecture directe de César, plus
prégnante toutefois dans l'essai 34, mais il répercute aussi des échos de
« son » Plutarque (celui d'Amyot) et de nombreux détails venus de Suétone.
Par une démarche habituelle chez Montaigne, il commence, à distance de
son sujet, en décrivant les batailles de la raison contre les passions, choi
sissant les plus dangereuses, qui d'ailleurs se combattent entre elles:
l'amour et l'ambition - motif qu'aimera développer l'âge classique. Il en
vient par ce détour à son vrai thème : « Le seul exemple de Julius César
peut suffire à nous montrer la disparité de ces appétits (l'opposition de ces
passions) » (11-33, 729 A). Il montre en César un « homme extrêmement
adonné à cette débauche et de complexion très amoureuse » (730 A), mais
« ses plaisirs » ne le détournent pas « une seule minute d'heure » (731 A)
des occasions de s'agrandir, et son ambition dévorante finit par l'emporter
et décider de son destin politique. Montaigne cependant décrit longuement
ses virtutes, citant les nombreuses circonstances qui les illustrent ; il donne
aussi une idée de sa séduction ambiguë, ses soins de toilette, son côté eff
éminé, sans taire les ragots apportés par Suétone. Il juxtapose les traits les
plus admirables comme les plus contestables de son personnage.
L'admiration semble chez lui l'emporter, jusqu'à cette phrase qui aurait pu
servir de conclusion : « Jamais homme n'apporta ni plus de modération en
sa victoire, ni plus de résolution en la fortune contraire » (733 A).
Cependant à ces mots s'enchaîne immédiatement, sans l'alinéa créé par
des éditeurs tardifs, un développement accusateur: « Mais toutes ces belles
inclinations furent altérées et étouffées par cette furieuse (folle) passion
ambitieuse qui tenait le timon et le gouvernail de toutes ses actions. D'un
homme libéral elle en rendit un voleur public pour fournir à cette profusion
et largesse... ». Montaigne reprend le propos rapporté par Suétone, que La
Boétie n'avait pas exploité : « II osait se vanter en présence de ses conci
toyens d'avoir rendu cette grande République Romaine un nom sans forme
9. Je soutiens que l'ordre de lecture des Essais est prémédité, réfléchi, et que Montaigne mène
par la main son lecteur dans un « Promenoir de M. de Montaigne ».
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et sans corps ». « Ce seul vice [la passion du pouvoir] [...] a rendu sa mémoir
e abominable à tous les gens de bien, pour avoir voulu chercher sa gloire
de la ruine de son pays et subversion de la plus puissante et fleurisante
chose publique que le monde verra jamais » (733 A). Ce texte indigné trou
ve toute sa force dans la version massive de 1580, sans les deux longs
ajouts de l'EB (le second, vrai « allongeail », clôturant le chapitre), et sans
la faille que crée en 1588 une brève incise (p. 731) ; texte, somme toute,
assez peu retouché. L'histoire de Spurina, jeune homme d'une rare beauté
qu'il mutila lui-même par souci de vertu10, intervient de façon presque
humoristique pour remettre l'auteur « sur [ses] brisées » (733) et n'occupe
qu'une vingtaine de lignes. Montaigne réserve à tout le chapitre 34, dont le
titre comporte le nom de César, l'éloge de l'homme de guerre.
On peut penser que « L'histoire de Spurina » apporte à la vive et rapi
de parole de La Boétie le développement dont celui-ci s'était dispensé, au
profit de la violence de son propos. Cet essai apporte plus que des nuances :
des atténuations, et les éloges soigneusement biffés par le « rien qui vaille »
et par les attendus que l'auteur met entre parenthèses. Le regret qu'il
exprime d'une république idéale perdue fait peut-être écho au « Rome lors
qu'elle était libre » du Sarladais. Mais la présence du Discours de la servi
tude volontaire dans les Essais est aussi problématique que l'absence de
César dans ce même Discours. Présence de La Boétie? elle est incontes
table ; comme César, il est invisible et présent en maints endroits, pour sur
gir presque nommément dès que Montaigne évoque sa pratique de l'écritu
re (par exemple dans la « Considération sur Cicéron »: « il me fallait,
comme je l'ai eu autrefois, un certain commerce [...] une adresse forte et
amie... », 1-40, 252 C), ou plus matériellement quand il rappelle l'énergie
qu'il a déployée pour « maintenir » le visage de l'ami perdu (III-9, 1057 B),
ou de façon incongrue quand il évoque la « physionomie » de Socrate et sa
laideur (111-12, 383 B). Mais le Discours? le Mémoire sur les troubles? la
pensée politique, forte, difficile mais explicite de La Boétie? On ne saurait
dire si Montaigne la recherche ou la fuit, ou la méconnaît, la récuse ou du
moins reste devant elle perplexe. Il est certes à la quête de la forme qui
s'éloigne. Depuis longtemps la poursuite de cette image incertaine me
paraît irrationnelle, et peut-être un peu pathétique11. Voici donc encore une
petite pièce au dossier : cette double vignette — on n'ose dire médaille — de
César dans les deux œuvres accuse l'éloignement, la « perte », ou pourrait
dire la déperdition de l'ami à travers les Essais et à travers le temps.
Françoise CHARPENTIER
10. ...désapprouvé en cela par Montaigne dans l'ajout qui suit.
11. F. Charpentier, « "Un ami que j'ai perdu"
», dans Montaigne Studies, La Boétie, vol. XI, numb
er 1-2, 1999, p. 197-208.