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Monsieur Jean-Charles Balty

Claudia Apamea. Données nouvelles sur l'histoire et la
topographie d'Apamée
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 144e année, N. 1, 2000. pp. 459-
481.
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Balty Jean-Charles. Claudia Apamea. Données nouvelles sur l'histoire et la topographie d'Apamée. In: Comptes-rendus des
séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 144e année, N. 1, 2000. pp. 459-481.
doi : 10.3406/crai.2000.16134
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_2000_num_144_1_16134
COMMUNICATION
CLAUDIA APAMEA.
DONNÉES NOUVELLES SUR LA TOPOGRAPHIE ET L'HISTOIRE D'APAMÉE»,
PAR M. JEAN-CHARLES BALTY, ASSOCIÉ ÉTRANGER DE L'ACADÉMIE
Les recherches conduites depuis quelques années à la porte
Nord ont fait progresser notre connaissance de l'histoire de la ville
avant le tremblement de terre du 13 décembre 115 qui en modifia
si considérablement l'aspect. L'enceinte de l'Apamée hellénis
tique circonscrivait une même superficie d'environ 255 hectares
que celle de l'époque romaine1 et une grande rue à colonnade, tra
versant le site du nord au sud, constituait à n'en pas douter, puis
qu'elle se prolongeait extra muros dès au moins le Ier siècle av. J.-C.2,
l'épine dorsale de tout un plan d'urbanisme, largement dicté par
des impératifs topographiques, qui a été repris et amplifié lors de
la reconstruction du IIe siècle de notre ère. Cette dernière s'est
faite, pour la Grande Colonnade, en ordre corinthien, remplaçant
l'ordre dorique composite qui avait jusque-là prévalu ; l'adoption
du corinthien, qui, partout dans les provinces, connote si clair
ement l'Empire, marque véritablement la fin d'une période et le
début d'une ère nouvelle.
* Ce texte reprend, développe et précise sur plusieurs points celui d'une communicat
ion présentée, sous un titre pratiquement identique, au colloque « La Syrie Moyenne, de
la mer à la steppe », tenu à Hama (Syrie), du 27 au 30 septembre 1999, et qui paraîtra ind
épendamment dans les Annales archéologiques arabes syriennes. Il a bénéficié notamment, en
effet, de l'avancée sensible qu'ont permise, au commentaire historique de la première ins
cription, la lecture du nom du dédicant et, pour les conclusions relatives à la date clau-
dienne du second texte ici présenté, le parallèle précis de Samos.
1. C'est ce que nous avons toujours pensé, cf. J. et J.-Ch. Balty, * Le cadre topogra
phique et historique », dans Apamée de Syrie. Bilan des recherches archéologiques 1965- 1968,
Actes du colloque de Bruxelles, avril 1969, J. Balty éd. (Fouilles d' Apamée de Syrie. Mis-
cellanea, 6), Bruxelles, 1969, p. 33 (« ... c'est bien à l'époque hellénistique en effet que l'on
attribuera selon toute vraisemblance le premier tracé du rempart actuel : bien établi .au
sommet des talus qui terminent le plateau, il épouse rigoureusement le contour général de
celui-ci ; la citadelle le double en quelque sorte à l'endroit du défilé descendant vers la val
lée »), contrairement à ce qu'affirme P. Leriche, « Urbanisme défensif et occupation du ter
ritoire en Syrie hellénistique », dans Sociétés urbaines, sociétés rurales dans l'Asie Mineure et la
Syrie helléniitiques et romaines, Actes du colloque de Strasbourg, novembre 1985, E. Fré-
zouls éd., Strasbourg, 1987, p. 76 : « on pouvait même se demander si, à l'époque séleucide,
celle-ci [c'est-à-dire : la ville hellénistique] ne se trouvait pas, en réalité, entièrement cir
conscrite dans les limites de la citadelle. »
2. J.-Ch. Balty, « Grande Colonnade et quartiers nord d' Apamée à la fin de l'époque
hellénistique », CRAI, 1994, p. 77-101.
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COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
La découverte, en 1997, contre la courbe intérieure de la porte
Nord (ftg-. 1-2), d'un monument honorifique dédié au gouverneur
de la province à l'époque de Claude, C. Ummidius Quadratus,
ramène aujourd'hui plus particulièrement l'attention sur une
période fondamentale dans l'histoire de la ville, phase à laquelle
renvoie, on le sait, l'épithète de Claudia [Claudia Apamea) que
porta Apamée jusqu'en plein IIIe siècle. Le socle du monument,
large de 5,10 m, s'est conservé sur une hauteur de 3,20 m (fig. 3) ;
à la base, une banquette moulurée court sur toute la largeur de
l'édicule et ses retours nord et sud (fig. 4). C'est cette banquette
qui fournit la caractéristique principale du monument, que je
n'hésite guère à reclasser dans la série des « frei stehende Exe-
dren » qui se développèrent sur les agorai et dans les sanctuaires
de Grèce et d'Asie Mineure durant toute l'époque hellénistique,
exèdres auxquelles Susanne von Thùngen vient de consacrer une
solide étude accompagnée d'un essai de classement3. Ce genre de
construction a souvent été utilisé aussi, on ne l'oubliera pas, pour
rendre hommage, dans le monde grec, à des personnalités
romaines - et notamment aux hauts magistrats qui se trouvèrent à
la tête des provinces1. C'est le cas à Claros, où l'« exèdre » honorant
M. Titius et M'. Valerius Messala Potitus est constituée d'un massif
rectangulaire à décrochements latéraux entre lesquels s'inscrit la
banquette destinée aux passants, au pied des hauts orthostates qui
portaient les statues des personnages honorés5. Ailleurs, c'est sur
un plan demi -circulaire qu'est construite l'exèdre : on évoquera, à
ce titre, les exemples de Samos et de Délos, respectivement dédiés
à la famille de Cicéron et de son frère Quintus - qui avait été gou
verneur de la province d'Asie6 - et aux derniers défenseurs de la
République peu avant la bataille de Philippes (Brutus, le meurtrier
de César ; Q. Hortensius, le fils du grand orateur, alors gouverneur
d'Achaïe-Macédoine ; et deux autres personnages dont le nom ne
3. S. von Thiingen, Die frei stehende griechische Exedra, Mayence, 1994.
4. Cf. les exemples recueillis par Kl. Tuchelt, Friihe Denkmaler Roms in Kleinasien.
I, Borna und Promagistrate (Istanbuler Mitteilungen, suppl. 23), Tùbingen, 1979, pi. 6-7
(Claros) et ceux de mon article « Groupes statuaires impériaux et privés de l'époque julio-
claudienne », dans Ritratto ufficiale e ritratto privato, Atti délia II Conferenza internazionale
sul ritratto romano, Rome, 26-30 septembre 1984, N. Bonacasa et G. Rizza éd. (Quaderni de
« La ricerca scientifica », n° 116), Rome, 1988, p. 36 sq.
5. Kl. Tuchelt, op. cit. (n. 4), catalogue s. v. « Klaros 07-08 », p. 166 sq., pi. 6-7 ; cf. S. von
Thûngen, op. cit. (n. 3), n° 105, p. 127 sq., pi. 66.2, Beil. 43.2 (Claros 2).
6. Fr. K. Dôrner, G. Gruben, « Die Exedra der Ciceronen », Athenische Mitteilungen 68,
1953, p. 63-76, Beil. 11-12 ; cf. H. Kyrieleis, Fùhrer durch das Heraion von Samos, Athènes,
1981, n° 11 p. 96 sq., fig. 73 et 100 (plan dépliant in fine) ; S. von Thûngen, op. cit. (n. 3), n° 13, p. 151 sqq., pi. 84.1, Beil. 59. Pour la date même du monument (entre 61 et 58 av. J.-
C, selon toute vraisemblance), cf. P. Herrmann, « Die Inschriften rômischer Zeit aus dent
Heraion von Samos », Athenische Mitteilungen 25, 1960, p. 129 sq. à propos d'une nouvelle
dédicace à Pomponia, la femme de Quintus (n° 29, p. 128 sqq.).
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FlG. 2. Apamée, porte Nord : le monument de C. Ummidius Quadratus
contre la courbe de la cour.
nous est malheureusement pas conservé). Le monument apa-
méen représente une forme évoluée de ces exèdres hellénistiques
et se rapproche du type E (« Statuenpostament auf Sitzbanksoc-
kel ») de la classification de S. von Thùngen, auquel appartiennent
six exèdres de Priène et une de Claros dont la date n'est pas anté
rieure au début du I" siècle av. notre ère8. Au-dessus du socle,
une niche incurvée, terminée en cul-de-four à la partie supérieure,
s'inscrivait dans tout un ordre architectural qui l'encadrait et la
surmontait mais dont ne subsistent plus que quelques éléments
de pilastres, diverses pièces d'entablement rectilignes et curvi
lignes et quelques fragments de chapiteaux qui gisaient, épars, au
pied de la construction. Ce sont des blocs de calcaire fin, relativ
ement tendre, qu'il y aura lieu de dessiner très attentivement pour
en comprendre le savant agencement. Plusieurs d'entre eux por
tent, au revers, d'intéressantes marques incisées pour la mise en
place de la superstructure ou des tracés géométriques complexes
que nécessitaient ces différents éléments pour leur taille en trois
dimensions. La niche abritait, à n'en guère douter, la statue du
7. Inscriptions de Dé/os, \\" 10H cl 1 022 ; cf. .1. Matzfeld, « (ne inscription de Délos en
l'honneur de M. Junius Brutus », Bulletin de Correspondance hellénique T"5, 1909, p. \iyj-\l\
et surtout A. K. Rauhitsclick. « The Brutus Statue in Athens », dans Alli ' !V" ' Congresso i/i/er-
nazionale di epigrafia greccie latina, Home, septembre 1957, Borne, 1959, p. 17 s<].. pi. Y-\ II.
8. S. von Thungen. op. cit. (n. '\j, p. 125 sejej. 'Priènc 2-6 et 12, Claros 1 ;.
CLAUDIA APAMEA 463
FiG. 3. Apamée, porte Nord : le monument de C. Ummidius Quadratus
en cours de dégagement (1997).
personnage honoré. Au-devant, une rangée de dalles de stylobate,
parallèle au socle de l'exèdre, « fermait », d'une certaine manière,
la courbe de la cour : elle portait, au centre, deux bases de
colonnes espacées de 2 m l'une de l'autre et disposées entre des
têtes de murs latéraux d'environ 2,70 m de longueur, constituant
une sorte de façade-écran distyle in antis au monument lui-même.
Celui-ci s'est effondré sous les blocs du mur de la cour. Il semble
donc bien s'être conservé jusqu'à la ruine de tout ce secteur au
Moyen Âge ; mais il était déjà en cours d'exploitation à ce
moment : un bloc de frise, retaillé, a été retrouvé dans le mur
même du four à chaux établi à quelques pas de là, derrière la
courbe de la porte ; d'autres pièces d'architecture, plus nomb
reuses qu'on ne le crut au début, avaient déjà disparu et l'on ne
pourra qu'assez difficilement se faire une idée précise des parties
hautes de la construction. A défaut d'une anastylose que nous
avions d'abord espéré pouvoir réaliser en cet endroit clé de la
topographie urbaine, il faudra se contenter, à l'évidence, d'une
restitution graphique.
C'est sur deux des grands blocs, dressés de chant, de l'angle sud
de la base de ce monument (fig. 5) qu'apparaissent les quelques
lettres, terriblement usées par les infiltrations d'eau dans le sol, de
l'inscription latine de dédicace permettant d'identifier le person
nage honoré ici : il était XVvir sacr(is) fac(iundis) et avait été succès-
464 COMPTES RENDUS DE L ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
FlG. 4. Apamée, porte Nord : le monument de C. Ummidius Quadratus ;
banquette au pied des orthostates et eolonnes en façade.
sivement légat de Tibère en Lusitanie, puis de Claude dans Vllly-
ricurn ; son nom se trouvait inscrit sur les blocs de la corniche
supérieure, entièrement détruite à cet endroit mais dont, par
chance, quelques fragments furent recueillis au cours de la fouille,
pulvérisés. On y lit, après collage d'au moins trois morceaux ou
écailles de pierre, les lettres MÏDIO (fig. 6), suffisantes, avec le cur
sus énoncé ci-dessus, pour y reconnaître en toute certitude,
C. Ummidius Durmius Quadratus, sénateur italien originaire de
Cassino où il avait financé la construction du théâtre et où deux
dédicaces [CIL X, 5180 et surtout 5182) permettent de reconstituer
sa carrière9. Quadratus avait également reçu, à Apamée, l'hom
mage d'une inscription grecque très fragmentaire, découverte déjà
à la porte Nord en 1967"'. Il nous est surtout connu par divers
passages des Annales de Tacite, relatifs notamment à son interven
tion à l'occasion de troubles en Judée et à la condamnation de
Ventidius Gumanus, au différend qui l'opposa à Corbulon lors de
la tentative d'annexion de l'Arménie par Vologèse et à sa mort
(Tacite, Ann. XII, 45, 6, 48,1-3 et 54, 5 ; XTII, 8, 2-9, 8 et XIV, 26, 2).
9. Pour celle-ei, cf. PI H III, 1898,.?. v. « l! m midi us fi(K) », p. ifiS sq. ; pour le personnage,
cf. l\. Syine, « The l mmidii »,f/istona XVII, 196'8, p. l'\ sqq.
10. Cf. J. et J.-Oi. Balty, « Apamée de Syrie, archéologie et histoire. I, Des origines à la
Tétrarchie », dans Aujslieg un/1 \ie(lerg<ing (1er romischen Wcll. 11.8. l$erlin-\e\v V>rk, 1977,
n. 127]). 122.
CLAUDIA APAMEA 465
FlG. 5. Aparnée, porte Nord : l'inscription honorifique
à C. Umrnidius Ouadratus.
Le monument apaméen appartient encore, semble-t-il, au règne
de Claude puisque l'empereur n'y est pas encore dit dïuus ; on le
datera donc des années 51-54 de notre ère. Mais il est sans doute
possible d'être encore plus précis.
Je ne me hasarderai certes pas, pour le moment, à proposer une
restitution complète de ce texte qui, en différents endroits,
demeure presque illisible ; je noterai seulement qu'à la ligne qui
précède l'énoncé du cursus, le mot PROVINCI[A ou AE] renvoie,
selon toute vraisemblance, au gouvernement de la province de
Syrie qui suivit celui de YJllyricurn et figurait en tête, immédiate
ment après le nom, pour justifier en quelque sorte la présence de
cette dédicace à Apamée. Ensuite, après rémunération de la car
rière, c'est, bien sûr, le nom du dédicant que l'on attend tout nor
malement et la raison de cet hommage ; je lis, au début des deux
dernières lignes (fig. 7) : CN. CVRT[I]V[S. SEjVERVS. PR[A]EF.
ALA[E...], qui semble bien avoir été un des parents de Quadratus
car je restituerais volontiers le début de la ligne suivante comme
suit: [DIGNIS]SIM[O. GOGjNATO. SVO. Ici encore, par une
chance exceptionnelle, le personnage nous est connu par Tacite
(Ann. XIT, 55, 1-2) pour avoir été envoyé de Syrie, à la tête d'un
détachement de cavalerie, au secours des habitants d'Anemuriurn
(act. Anamur) en Cilicie, assiégés par les tribus Ciètes. Il ne s'y dis
tingua guère. Ses effectifs, écrit Tacite, « furent mis en déroute
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COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
FlG. 6. - Apamée, porte Nord : fragments de la première ligne de la dédicace
à C. Ummidius Quadratus.
parce que le terrain environnant, très âpre, était bon pour un
engagement d'infanterie, tandis qu'il ne permettait pas à la cavale
rie d'y combattre »n. L'événement est daté du consulat de Faustus
Sylla et Salvius Othon, soit de l'année 52, celle-là même qui avait
vu Quadratus intervenir avec succès en Judée dans le conflit qui
opposait Samaritains et Galiléens et avait très dangereusement
dégénéré sous le procurateur Ventidius Cumanus : « l'embrase
ment de la guerre se fût propagé dans la province », écrit à nou
veau Tacite, « si Quadratus, gouverneur de Syrie, ne fût venu
l'arrêter»12. La situation avait été critique; les mérites du tout
nouveau légat de l'empereur n'en étaient donc que plus grands.
Cn. Curtius Severus avait-il déjà fait partie de cette première expé
dition sous les ordres de son parent et l'honore-t-il ici, à Apamée,
dès son retour en Syrie ? On se le demandera peut-être ; car on
voit mal que l'échec de l'intervention en Cilicie ait par la suite
conduit le préfet à se manifester de manière aussi éclatante aux
portes mêmes de la ville (c'est là, on le sait, un de ces celeberrirni loci,
TÔJtoi émcpovéoTcaoi, particulièrement recherchés pour l'érection
de statues). S'il en est bien ainsi, l'exèdre apaméenne daterait
1 I . Tacite, Ann. XII, 55, 2 : missi c Syria in subsidium ('(fuites cuin praefccto (urtio Seiicro
turbantur; quod durt circurn Ion peditdjusque ad jnignam idunci équestre procliuin haud patieban-
lur 'éd. et trad. H. Goelzer, Collection des l Diversités de France, II, Paris, 1!)5'^, p. 'Wi).
12. Tacite, Ann. XII, 54, 5 : arsisse/que bello prouincia, ni Quadratus Syriae reetnr subuenis-
set éd. et trad. II. Coclzer, ibid, p. 'V\'i;.
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468 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
alors très exactement de 52. Le personnage, présent, depuis plus
de vingt ans, dans toutes les études prosopographiques modernes
consacrées aux chevaliers romains de l'époque julio-claudienne
et aux milices équestres, celles du regretté Hubert Devijver, de
Ségolène Demougin ou de D. B. Saddington1 \ a désormais un pr
énom - qui permet de lever toute ambiguïté par rapport à un éven
tuel homonyme de Tiburw
et, si je lis bien les dernières lettres de
notre inscription, une parenté qui lui avait sans doute assuré un
début de carrière aisé15. Au Ier
siècle, il appartenait souvent, en
effet, aux gouverneurs de province, Eric Birley l'a noté dès 195616,
de promouvoir de poste en poste ces jeunes officiers que tout un
réseau de relations amicales ou familiales plaçait en quelque sorte
sous leur responsabilité. Cn. Curtius Severus avait alors à peine
plus de vingt-cinq ans. Le retrouvera-t-on un jour, au hasard
d'une nouvelle découverte épigraphique, à la tête d'une procura-
tèle, ou l'échec de Cilicie lui fut-il fatal ? L'avenir seul le dira, mais
le fait que son nom ait passé à la postérité grâce à Tacite semble
indiquer que toute promotion ne lui fut pas refusée, une fois
oublié cet incident somme toute mineur.
On ne manquera pas de rapprocher le long gouvernement de
Quadratus il fut à la tête de la province de Syrie durant dix
années17 de divers témoignages antiques relatifs à l'intérêt que
porta Claude à la grande cité de l'Oronte et à l'épithète qu'elle
conserva longtemps de Claudia Apamea. Qu'il me soit permis de
les rappeler brièvement. Au plan épigraphique, ce sont, tout
d'abord, à Apamée même, une dédicace du Conseil et du Peuple,
f) |3ouÀf) xod ô ôf)(ioç KA(auôiéwv) 'Anajjijéov18, et deux indications
de l'ethnique de citoyens de la ville sous la forme KÀauôiéa tôv
13. H. Devijver, Prosopographia militiarum equestrium quaefuerunt ab Augusto ad Gallie-
num, I, Louvain, 1976,
n° C 261 p. 309 ; S. Demougin, L'ordre équestre sous les Julio -Claudiens,
Rome, 1988, n° 478 p. 836 ; Ead., Prosopographie des chevaliers romains julio- claudiens, Rome,
1992, n° 478 p. 389 ; D. R. Saddington, « Tacitus and the Roman Army », dans Aufstieg und
Niedergang der romischen Welt, II. 33. 5, Berlin-New York, 1991, n° 13 p. 3538.
14. Cf. A. Stein, .v. v. « Curtius n° 33 », dans la Realencyclopàdie, IV, 2, 1901, col. 1891 :
P. Curtius Severus, flamen Augustalis à Tibur (ou Tuder ?).
15. Cf. les remarques de H. Devijver, <• Equestrian Offïcers in the East », dans The Eas-
tern Frontier ofthe Roman Empire. Proceedings of a colloquium held at Ankara, September
1988, D. H. French et C. S. Lightfoot éd. (British Archaeological Reports, Intern. Séries
553.1), Oxford, 1989, p. 79 sq. ; commodément repris dans Id., The Equestrian Offïcers of the
Roman Impérial Army, II (MAVORS. Roman Army Researches, IX), Stuttgart, 1992, p. 68 sq.
16. E. Rirley, Roman Britain and the Roman Army. Collected Papers (Kendal, 1956; 2e éd.,
1961), p. 147 sq.
17. De 50 ou 51 à 59 ou 60 ; cf. R. Syme, art. cit. (n. 9), p. 74. C'est bien là une longueur
tout à fait exceptionnelle si on la compare aux quatre ou cinq ans déjà considérés comme
remarquables par R. E. Thomasson, « Provinces et gouverneurs sous Claude », dans Claude
de Lyon, empereur romain. Actes du colloque de Paris-Nancy-Lyon, novembre 1992, Y. Bur-
nand, Y. Le Bohec et J.-P. Martin éd., Paris, s. d. [1998], p. 235.
18. IGLS 1346.
CLAUDIA APAMEA 469
xal 'Amxfiia19 au début du IIe siècle ou KÀa(uôiei)ç)
'
cette dernière datée de l'année 230 de notre
ère20 ; ailleurs, à
/«terma-Dunapentele, la mention de l'origine d'un vétéran de la
IIe légion Adiutrix qui était mort à 78 ans dans cette ville de garni
son : domo Claudia Apamie (sic !)1X ; ou celle de ce vivandier qui avait
accompagné la IIe Légion Parthique lors de son retour à Albano et
était ortus C(laudiaé) Apameae22. D'autre part, au plan de la numis
matique, c'est la frappe, à Apamée, sous le règne de Claude, d'une
rarissime émission de tétradrachmes25 et de deux séries de bronzes21
datés de la première et de la deuxième année d'une ère manifeste
ment inaugurée à cette occasion même et qui désignent aussi la ville
comme celle des KAauôtéwv 'Araxuitov. Le tétradrachme (fig. 8)
figure, à l'avers, un très beau portrait de l'empereur, tête laurée à
droite, et, au revers, une personnification de ville, assise à gauche,
un bouclier posé à côté d'elle (à l'épisème de celui-ci, un scorpion),
un fleuve nageant à ses pieds - c'est la Tyché d'Apamée, dont le
schéma s'inspire de la fameuse statue d'Antioche, due à Eutychidès
de Sicyone25; elle tient de la main droite, comme cette dernière,
deux épis de blé mais de la main gauche une lance, à la différence
de celle-ci. Les deux bronzes présentent, l'un, à l'avers, une tête de
Zeus, laurée, à droite c'est le dieu poliade d'Apamée ; on le trouve
sur nombre d'émissions autonomes de la ville depuis les années
76/75-68/67 av. notre ère26 et, au revers, une Victoire en marche,
19. J.-P. Rey-Coquais, « Inscriptions grecques d'Apamée *, Annales archéologiques arabes
syriennes 23, 1973, n° 10 p. 47 sq., pi. V.l.
20. Inscription inédite ; cf. J. et J.-Ch. Balty, art. cit. (n. 10), ri. 107, p. 120 (console de la
Grande Colonnade d'Apaméej.
21. AEp. 1906), n ' 108 ; cf. J. Fitz. Les Syriens à Interclsa, Bruxelles, 1972, p. 13 sq. et 161.
22. CIL XIV. 2282. Dans tout le contexte ici présenté, je préfère en effet cette restitution
à celle proposée par les éditeurs: ciiuitate.) Apamea; cf. déjà, dans ce sens, J.-Ch. Balty,
« Apamea in LSyria in the Second and Third Centuries A. D. », Journal of Roman Studies 78,
1988, n. 96 p. 103.
23. ( )n n'en connaît, jusqu'ici, que le bel exemplaire qui appartint à Henri Seyrig et se
trouve aujourd'hui au cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale (inv. 1973- 1-352) :
Fr. Imhoof-Blumer, « Antike griechische Mùnzen », Revue suisse de Numismatique 19, 1913, n° 292a p. 108 sq. ; A. Burnett, M. Amandry, P. P. Ripollès, Roman Provincial Coinage. I, From
the Death ofCaesar to the Death of Vitellius (44 BC-AD 69), Londres- Paris. 1992, n° 4377
p. 634, pi. 165 ; cf. J.-Ch. Balty. Guide d'Apamée, Bruxelles, 1981, fig. 26 p. 31.
24. A. Burnett, M. Amandry, P. P. Ripollès, op. cit. (n. 23), n" 4376 et 4378, p. 634, pi. 165.
C'est à Fr. Imhoof-Blumer, « Zur syrischen Mûnzkunde », Numiimatische Zeitschrift 33, 1901, n° 2 p. 5 sq., pi. 1.5 l'exemplaire de la coll. Hunter, Glasgow; que l'on doit la lecture correcte
de l'ethnique.
25. Pour celle-ci, cf. T. Dohrn, Die Tyche von Antiochia, Berlin, 1960 et J.-Ch. Balty, s. c.
« Antiocheia », dans le LIMC I, 1981, p. 840-851.
26. BMC Syria, n"" 3 et 5 p. 233 sq.. pi. XXVII. 2 ; cf. G. Vtacdonald, Catalogue oJ'Greek Coins
in the Hunterian Collection fl Jniversity of Glasgow], III (Glasgow, 1905), n™ 1-3 p. 190, pi. LXXIII.
17. C'est de Tigrane d'Arménie, qui, profitant des divisions qui affaiblissaient les Séleucides,
s'était emparé d'une partie de la Syrie, qu'Apamée obtint ses privilèges monétaires lispà xal
âuruXoç) ; cf. H. Seyrig, « Antiquités syriennes, 42. Sur les ères de quelques villes de Syrie »,
Syria XXVII, 1950, p. 16 sqq. (= .Antiquités syriennes, PV, Paris, 1953, p. 83 sqq.).
Illustration non autorisée à la diffusion
470
COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
FlG. 8. - Paris, cabinet des Médailles de la Ribliothèque nationale :
tétradrachme d'Apamée à l'effigie de Claude (photo Bibliothèque nationale).
à gauche, tenant une couronne dans la main droite levée, une
palme dans la gauche type adopté par la ville à l'occasion de
frappes assez isolées des années 4/3 (sous Auguste) et 14/15 (sous
Tibère)27; l'autre, à l'avers analogue, reprend en le modifiant
quelque peu le type de la figure tourelée assise, à gauche : la main
gauche est ici posée sur le bouclier. Louis Jalabert avait autrefois
pensé que l'épithète de KXauôiéov 'AnafjLÉov était liée à l'obten
tion du titre de colonie28 ce qui lui permettait d'esquisser un
rapide parallèle avec la situation d'Acco-Ptolémaïs devenue sous
ce même règne Colonia Claudia Ptolemais®. Cette suggestion n'a
cependant pas été retenue par la suite et F. Millar qui a, assez
récemment, consacré une étude approfondie aux circonstances
mêmes de l'apparition de colonies romaines au Proche-Orient'0,
s'interroge plutôt sur les raisons qui ont fait qu'Apamée ne le
soit jamais devenue en dépit de son important rôle militaire au
III'
siècle,
concluant qu'il y a bien là, dans chaque cas, pour l'attr
ibution de ce statut, l'expression la plus claire des seuls caprices de
27. A. Burriett, M. Amandry, I». P. Kipollès, op. cit. (ri. 23), n'" 4372 et 4374, p. 034, pi. 105.
l ne émission de l'armée 5/4 (308 des Séleucidesj combinait déjà ces types de droit et de
revers ; ibid., n° 4371, p. 034, pi. 105.
28. L. Jalahert, « Claudia Aparneia », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de
France, 1909, p. 344 et 340 : « j'inclinera
Claude conféra à Apamée le titre d<
ne jusqu'à preuve du contraire à penser que
c et que les armées 15 et S des monnaies sont à
ir de Claude, mais d'après l'ère de la colonie. »
Caesaris Pto/emais, quae quondarn Acce. Le nom
['■taire coloniale du début du règne; de Néron :
ca) VVAAX PT()l>mais); cf. H. Seyrig, « Le
calculer, non d'après l'avènement au p<
29. Pline, Aat. hist. V, 19 : colonia Claudi
complet est fourni par une émission r
COLfonia; CLVudia) STABfilis, GKIUma
monnayage de Ptolémais en Phénicie », Revue numismatique, 1902, p. 43 sq. f Id., Scriptd
numismatica, Paris, 1980. p. 279 sq.).
30. F. Millar, «The Homan Co/oniae of the \ear Kast : a Sludv of Cultural Relations»,
dans Roman Eastern Pohcy and Otlier Studies in Roman Ilistory, Proeeedings of a collo(|uium
at Ivàrminne, octobre 1987. II. Solin et M. Kaja\a éd. (Commentationes Hunianarum Lit-
terarum, 91), Helsinki, 1990, p. 7-58.
CLAUDIA
APAMEA 471
la faveur impériale31. H. Seyrig ne voyait lui-même, dans les trop
rares émissions monétaires du règne de Claude à Apamée, qu'un
signe de l'octroi du privilège de l'éÀeuGepia, lié à la frappe d'ar
gent52; c'est trop peu, ce me semble, pour expliquer l'épithète que
prend alors la cité. L'intérêt que manifesta l'empereur, vers le
même moment, pour d'autres villes du Proche-Orient- dont Bala-
née-Banyas" dans la même province de Syrie - invite à entrevoir
d'autres raisons.
On rappellera surtout l'existence d'un important tremblement
de terre qui frappa durement Antioche à une date malheureu
sement indéterminée du règne34 et faisait suite, comme il arrive
souvent, à un premier et tout aussi grave séisme survenu, celui-là,
le 9 avril 37, quelques semaines à peine après l'avènement de
Caligula35. Les destructions de la seconde secousse affectèrent les
temples d'Ares, d'Artémis et d'Héraklès, de nombreuses maisons
et les portiques de la fameuse plateia construits sous Tibère36.
Une grande partie de l'Asie Mineure avait été touchée : Éphèse,
Smyrne, d'autres villes encore'7; mais le séisme, s'il s'agit bien
du même, n'atteignit que modérément la Palestine et Jérusalem38
- l'épicentre devait donc bien se situer plus au nord. Dans l'éva
luation des dégâts, on a le plus souvent perdu de vue jusqu'ici39
que Samos honora précisément Claude, en 47, pour avoir restauré
son temple de Dionysos {Liber Pater) qui s'était effondré, en raison
de son âge, à la suite d'un tremblement de terre [uetustate et terrae
motu)'1®. Ce ne peut être également que ce séisme -là, dont la date,
on le voit, doit être celle de la dédicace samienne.
Ptolémaïs dut- elle à une reconstruction consécutive au même
événement de recevoir le titre de colonie ? B. Isaac et F. Millar
n'en mentionnent même pas la possibilité, que je ne puis cepen-
31. Ibid.,p.<lO.
32. H. Seyrig, art. cit. (n. 26), p. 20 ( Antiquités syriennes, IV, Paris, 1953, p. 87).
33. Πci-dessous p. 475.
34. Vfalalas, X, p. 246,11-19 (L. Dindorf éd., Bonn, 1831); cf. GI. Downey, A History of
Antioch in Syriafrom Seleucus to the Arab Conquest, Princeton, 1961, p. 196.
35. Vfalalas. X. p. 213, 10-16; cf. (A. Downey, op. cit. (n. 34), p. 190 sqq. etn. 122.
36. Vtalalas. X. p. 246, 13-19.
37. /fc/..p.246, 11-13.
38. D. H. Kallner-Amiran, « \ revised Earthquake-Catalogue of Palestine », Israël Explor
ation Journal 1, 1950-1951, p. 225.
39. (Ihr. Habicht. dans Gôttinger Gekhrte Anzeiger 1960, p. 163, semble bien être le pre
mier à faire le rapprochement.
40. Vf. Schede, « Mitteilungen aus Samos », Athenische Mitteilungen 37, 1912, n™ 19-20,
p. 217 sq. : fGRR IV. 171 1 : cf. P. Herrmann, art. cit. In. 6), n. 86, p. 95. (Test de ce même
moment que paraît dater également le beau portrait de Tigani reproduit par R. Toile- Kas-
tenbein, Dos Kastro Tigani. Die. Bauten und Funde griechischer, romischer und byzann'nischer
Ze.it (Samos, XPvQ, Bonn, 1974. p. 174 et fig. 327; cf. également R. Toile, Die antike. Stadt
Samos. Ein Fùhrer, Vtayence, 1969, p. 1 10, fig. 63.
472
COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
dant entièrement exclure. Pour eux, la fondation serait exclus
ivement militaire'1 et quelque peu postérieure, consécutive en
tout cas aux troubles de l'année 52 : c'est ce que paraissent en
effet confirmer la poursuite d'un monnayage municipal grec
jusqu'en 51/5242, la référence à des vétérans COL(onia)
PTOL(emais) VETER(anorum) sur une stèle d'interprétation
cependant difficile découverte près de Nahariya" et la présence,
sous le règne de Néron, des étendards des IIIe, VIe, Xe et
XIIe légions - c'est-à-dire des quatre légions de la province de
Syrie sur les monnaies de la ville'4, à l'arrière- plan de la scène
qui y figure le tracé du sulcus primigenius de la colonie par son
fondateur, DFVOS CLAVD(ius). Ce dernier détail avait même
conduit M. Avi-Yonah à suggérer que ce n'était qu'en souvenir
de celui-ci que la ville avait pris le nom de Claudiopolis sous
Néron'3. Mais, sous ce même règne de Claude, Tibériade reçut
aussi le nom de Claudiopolis qu'attestent une inscription de
négociants de la ville regroupés à Rome'6 et, jusque sous les
règnes de Trajan et de Commode, des émissions monétaires
avec la légende TiPepteîç KXauôtelç'7. La fondation d'une colo
nie, rare, on le sait, dans cette partie de l'Empire, est une
chose ; la fréquence des épithètes claudiennes que portent ces
villes en est une autre, à laquelle les reconstructions consé
cutives à ces séismes ne sont peut-être pas étrangères. Mais il y
a plus.
La sollicitude de Claude envers ces cités de Syrie, de Palestine
et de Judée s'explique aussi, selon toute vraisemblance, par les
liens qu'eut le prince, dès son enfance, avec Agrippa Ier, le petit-
fils d'Hérode le Grand, élevé avec lui à la cour de Rome avant de
devenir roi des anciennes tétrarchies de Philippe et d'Antipas48;
41. B. Isaac, « Roman Colonies in Judaea : the Foundation of Aelia Capitolina », Talanta
12-13, 1980-1981, p. 31 ; F. Millar, art. cit. (n. 30), p. 24.
42. Avec, pour cette année 51/52, la légende reppavhcewv ou Tepuavocétov tûv èv
IlToXqjuaiôi au lieu de l'habituelle mention IlToXe(iaéa)v ; cf. H. Seyrig, art. cit. (n. 29), p. 39
( Id., Scripta numismatica, p. 275).
43. M. Avi-Yonah, « Newly-discovered Latin and Greek Inscriptions », Quarterly ofthe
Department of Antiquities in Palestine 12, 1946, n° 2 p. 85 sq., pi. XXV.2 ( AEp. 1948, n° 142); cf. E. Schûrer, The History ofthe Jewish People in the Age of Jésus Christ (175 B. C.-A.
D. 135), G. Vernies, F. Millar et M. Black éd., II, Edimbourg, 1979, p. 125 ; F. Millar, art. cit.
(n. 30), p. 24.
44. Pour le chiffre même de ces différentes légions, souvent difficile à lire, cf. toutefois
H. Seyrig, art. cit. (n. 29), p. 44 sq. (- Id., Scripta numismatica, p. 280 sq.).
45. M. Avi-Yonah, s. v. « Palaestina », dans la Realencyklopàdie, suppl. XIII, 1973, col.
382.
46. Ztoitûjv [TiPe]pié<ov tôv xal KA[a]uôionoXiTÔv EupCçi IIaA£[cï]TEÉvr) ; cf. IGR I, 132 -
1384 = L. Moretti, Inscriptiones Graecae Urbis Romae, I, 82 ; L. Robert, Bulletin épigraphique,
1939, n° 13 ; E. Schûrer, op. cit. (n. 43), p. 180.
47. A. Kindler, The Coins ofTiberias, Tibériade, 1961, n" 3-17 p. 55^62, pi. p. 82-102;
cf. E. Schûrer, op. cit. (n. 43), n. 514 p. 179.
CLAUDIA
APAMEA 473
et surtout avec son fils Agrippa II, établi vers 50, à la mort de
son oncle, comme roi du petit Etat de Chalcis, au Liban, avant
de recouvrer progressivement la quasi-totalité du royaume de
son père'9. La découverte, à Apamée, en 1953, dans les ruines du
nymphée nord sur lequel je reviendrai ci-dessous, d'une dédi
cace à un « grand-roi, ami de César (ou des Romains) », régi
magno philo\caesari\ ou philo[romaeo] qui ne peut être
qu'Agrippa Ier ou Agrippa II50 (fig. 9), s'ajoutant aux témoignages
précédemment évoqués ici, élargit en effet la perspective et
confirme à son tour l'intérêt du prince pour ces régions pour
des raisons qui tiennent sans doute, à la fois, aux destructions
qu'elles venaient de subir et à l'amitié qu'il portait à ses
monarques. Il en résulta, à Apamée comme ailleurs, une véri
table campagne de reconstruction et d'embellissement de la
ville ou, à tout le moins, de ce quartier nord qui en marquait
l'entrée pour le voyageur venant d'Antioche.
Une dernière inscription, demeurée à ce jour inédite51, doit être
jointe au dossier ici constitué. Le texte, très fragmentaire (fig. 10),
se laisse aisément restituer dans ses grandes lignes et dater en rai
son de quelques particularités remarquables. Paléographique -
ment d'abord, avec ses C et ses G très larges, ses () et ses Q
presque circulaires, il appartient encore à l'époque julio-clau-
dienne ce que montre également la succession, à la première
ligne, des différents éléments du nom de l'empereur. Mais il y a
mieux encore, et tout à fait décisif : c'est, au terme d'une titulature
qui, après le nombre des puissances tribuniciennes, devait néces-
48. P. Collait, « La tour de Qalaat Fakra », Syria 50, 1973, p. 156 sqq., a commodément
regroupé les principaux textes utiles et fait le point de la question sur ce contexte histo
rique ; cf. aussi R. Schùrer, op. cit. (n. 43), I l'Edimbourg, 1973), p. 471 sqq., et R. D. Sulli
van, «The Dvnastv of Judaea in the First Centurv», dans Aufstieg und Niedergang der romi-
schen Welt, II.8, Berlin-New York, 1977, p. 322-329. On ne manquera pas de rappeler
également le rôle décisif que joua Agrippa, à la mort de ( laligula, dans l'acceptation par le
sénat de la désignation de Gaude à l'Empire (Josèphe, Ant. lud. XIX, 1-4 [236-2441 ; Bell,
lud. Il, 11, 1-5 [206-210] ; Dion Cassius, LX, 8, 3), quelque exagération qu'on lui ait parfois
accordée; cf. V. M. Seramuzza, The Emperor Claudius, Cambridge Mass., 1940, p. 58;
R. Syme, Tacitus, Oxford, 1958, p. 508.
49. Pour la chronologie d' Agrippa II, cf. H. Sevrig, « Monnaies hellénistiques, XIII.
Sur quelques ères syriennes, 2. Les ères d' Agrippa II », Revue numismatique 1964, p. 55-65
( Id., Scripta numùmatica, p. 125-135) et R. D. Sullivan, art. cit. (n. 48), p. 329-345.
50. J.-Ch. Baltv, op. cit. (n. 23), n° 16, p. 203, fig. 225. Pour le texte même, cf. le parallèle
offert, à Baalbek, par la dédicace KUS VÎ, 2759 (et les autres inscriptions citées n. 1 p. 83,
ibid).
51. Je l'ai remarquée le 9 août 1993 sur un bloc de frise abandonné au pied des pre
mières colonnes du portique ouest de la Crande Colonnade à l'issue des restaurations du
printemps. Cet élément n'appartient effectivement pas à la colonnade mais peut-être bien
au massif contre lequel elle vient aujourd'hui buter au nord, au revers même de la cour
bure de la porte. ( ]'est ce qu'indiquent un même module de bloc fet notamment une même
hauteur de frise : 0,385 mi, une même finition de la surface et une même mouluration que
la corniche surmontant ce massif.
474 COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
FlG. 9. - Apamée, porte Nord : inscription d' Agrippa I ou II (?)
(photo Mission archéologique d'Apamée, ACL, Bruxelles, 111688 A).
FlG. 10. Apamée, porte Nord : inscription de Claude.
CLAUDIA APAMEA 475
sairement énumérer le nombre des consulats et des salutations
impériales, la mention de la censure, [cens]or, que seul Claude
exerça52, à une date en partie imprécise mais qui se situe de toute
manière entre la fin d'avril 47 et le mois d'octobre 485\ Notre
document s'en trouve quasiment daté à l'année près et l'on resti
tuera dès lors une VIIe ou une VIIIe puissance tribunicienne ainsi
qu'une XIIIe, XIVe,
XVe ou XVIe salutation impériale à côté d'un
IVe consulat et du titre de P(ater) P(atriae) porté depuis le début de
janvier 42 (fig. 11). Le texte se présentait donc très vraisemblable
ment comme suit54 :
TI. CLAVDIVS. DRVSI. F. CAESAR. AVG.
GERMANICVS. PONT. MAX. TRIB. POT. VII.
COS. IIII. IMP. XV P. P. CENSOR. AQVAS. INDVXIT.
Si ce n'est peut-être pas précisément le moment où Acco-Pto-
lémaïs reçut le nom de Colonia Claudia Stabilis Germanica Félix
Ptolemais, c'est sans doute celui où Tibériade, plus proche de la
faille des vallées du Jourdain et de l'Oronte et touchée par le
séisme, prit celui de Claudiopolis55 et où Balanée-Banyas, à une
date généralement située entre 47/48 et 53/54, fut rebaptisée
Claudia Leucas56. On ne saurait dès lors hésiter : Apamée reçut
en même temps que ces deux autres villes le nom de Claudia
Apamea et c'est au tremblement de terre dévastateur signalé par
Malalas, à Antioche, sous son règne, que l'empereur dut de s'o
ccuper de ces villes sinistrées qu'une vieille amitié pour les
princes de Judée lui rendait assurément plus proches que
d'autres, ou plus familières. Pour une cité pérégrine comme
Apamée, ce sont bien là les circonstances qui entraînaient habi
tuellement, au début de l'Empire, l'adoption de semblable épi-
52. Cf. R. Cagnat, Cours d'épigraphie latine, Paris, 4' éd., 1914, p. 95 et 164 sq. Vespasien
et Titus, qui furent aussi censeurs, en 73, n'entrent pas ici en ligne de compte en raison
d'une succession différente des éléments du nom. Sur la signification et l'importance de
cette magistrature qui n'avait plus été exercée depuis 69 ans, cf. S. Demougin, « Claude et
la société de son temps », dans Die Regierungszeit des Kaisers Claudius (41-54 n. Chr.).
Umbruch oder Episode?, Actes du colloque de Fribourg-en-Brisgau, février 1991, V. M.
Stroeka éd., Mayence, 1994, p. 18 sq.
53. Pour cette date et la justification des restitutions apportées aux chiffres des puis
sances tribuniciennes et des salutations impériales du règne, cf. commodément D. Kienast,
Rô'mische Kaisertabelle. Grundzûge einer rômischen Kaberchronologie, Darmstadt, 1990, p. 91.
54. ( )n notera que, n'était l'absence de mention de la filiation et l'inversion de l'ordre
d'apparition du nombre des consulats et des salutations impériales, il est en tous points
comparable à la dédicace du temple samien de Liber Pater ; cf. supra n. 40.
55. Supra, n. 45.
56. H. Seyrig, art. cit. in. 26). p. 24 et n. 2 { Antiquités syriennes, IV, p. 91 et n. 2). Pour le
témoignage des monnaies de Balanée, cf., depuis lors, A. Burnett, M. Amandry, P. P. Ripol-
lès, op. cit. (n.23), n° 4463, p. 641, pi. 167.
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CLAUDIA APAMEA 477
thète57. Brigitte Galsterer-Kroll y a insisté, dans une étude très
documentée de toutes les occurrences connues, en rappelant,
en particulier, sous le règne de Tibère, le cas de seize villes de la
province d'Asie qui bénéficièrent de la sollicitude impériale à la
suite du séisme de l'an 17 et dont plusieurs prirent alors, sous
une forme ou une autre (Caesarea, Sebaste, Sebastopolis), l'épi-
thète de l'empereur58.
A Apamée, l'adduction d'eau59 changea profondément, et à la
romaine, le paysage de la ville hellénistique qui avait vécu jus
qu'alors sur des citernes creusées dans la marne du plateau ; j'y ai
insisté ailleurs60. Une des conséquences les plus visibles, dans l'u
rbanisme, de cette présence d'une eau courante fut la construction,
au revers de la courbe de la porte Nord, au départ même de la
Grande Colonnade, d'une grande et intéressante fontaine monum
entale qui compte au nombre des plus anciennes d'Orient61.
Dégagée en 1947 et 197062, elle vient d'être réétudiée en 1998 à la
suite de nouveaux nettoyages et d'un rapide sondage et fera l'ob
jet de compléments de recherche en août 2000 pour préciser
divers détails de sa construction, une fois vidées les terres qui
encombrent encore l'extrémité nord du portique oriental de la
plateia. Sa façade, d'un développement de 9,55 m, présente un
large bassin axial de 3,10 m dans œuvre, flanqué de deux niches
demi-circulaires d'un diamètre de 0,90 m (fîg. 12-14) ; à l'arrière,
57. Ce n'est assurément pas le lieu de réexaminer la question de la pseudo-tribu Clau
dia dans laquelle furent admis les Apaméens qui reçurent la citoyenneté romaine, comme
l'attestent les inscriptions CIL III, 6766 ; VI, 32523 b. 17, 32624 c. 7-8. et AEp. 1906, n° 108.
A la suite de W. Kubitschek, « Zur Geschichte von Stadten des romischen Reiches », Sit-
zungsberichte der Akademie der Wissenschaften in Wien, Phil.-hist. Kl., 177/4, 1916, p. 95, G.
Forni, « II tramonto di un'istituzione. Pseudo-tribu romane derivate da sopranomi impe-
riali », dans Studi giuridici A. Passerini, Milan, 1955, p. 89-124, a définitivement réglé le pro
blème. J'en dois le rappel à l'obligeance de Jean-Paul Rey-Coquais, que je me plais à
remercier ici.
58. Br. Galsterer-Krôll, « Untersuchungen zu den Beinamen der Stadte des Imperium
Romanum », dans Epigraphische Studien, IX, Bonn, 1972, p. 48 sq. ; cf. Tacite, Ann. II, 47, 1-
3 et le témoignage de la base de Pouzzoles (CIL X, 1624).
59. On ne manquera pas de rappeler qu'à Rome c'est sous le règne de Claude que
« furent achevés de la façon la plus magnifique » (magnificentissime consummauit dedi-
cauitque) YAqua Claudia et VAnio Novus dont la mise en chantier avait été décidée par Cali-
gula; cf. Frontin, de aquaed. XIII, 1-2 (éd. P. Grimai, Paris, 1944, p. 11 pour la traduction
citée ici).
60. J.-Ch. Balty, « Problèmes de l'eau à Apamée de Syrie», dans L'homme et l'eau en
Méditerranée et au Proche-Orient. IV, L'eau dans l'agriculture, P. Louis, Fr. et J. Métrai éd.,
Lyon, 1987, p. 13-16 et fïg. 2.
61 . ( )n en jugera aisément en la replaçant dans le riche dossier constitué par S. Agusta-
Boularot, Im fontaine, la ville et le Prince. Recherches sur les fontaines monumentales et leur fonct
ion dans l'urbanisme impérial, de l'avènement d'Auguste au règne de Sévère Alexandre., thèse de
doctorat inédite, Aix-en-Provence, 1997, à paraître.
62. J.-Ch. Balty, « Apamée, 1969-1971 », dans Apamée de Syrie. Bilan des recherches
archéologiques 1969- 1971. Actes du colloque tenu à Bruxelles, avril 1972, J. et J. ' >h. Balty éd.
(Fouilles d' Apamée de Syrie. Miscellanea, 7), Bruxelles, 1972, p. 19 sqq. et fig. 1.
2000 31
478
COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
FlG. 12. - Apamée, porte Nord : le nymphée (1997).
un épais massif de maçonnerie englobant de nombreux tambours
de colonnes de remploi ne livre passage qu'à une sorte de canal
initialement voûté mais aujourd'hui ruiné d'environ 1,25 m de
largeur, lui-même remplacé, en un second temps et à une date
relativement tardive, par une canalisation de tubes de terre cuite
ayant servi à l'alimentation du bassin. Le dallage, également tardif,
de la rue devant le nymphée cache entièrement, à gauche, le pied
du monument et n'en dégage, à droite, que le début de la moulu-
ration du socle en raison de la faible pente du sol (fig. 14). Le son
dage opéré en 1998 l'a entièrement mise au jour, sur toute la lon
gueur du petit retour sud et jusqu'au pilier d'angle du portique ;
taillée dans un matériau identique et avec le même soin que la
base du monument érigé à C. Ummidius Quadratus à l'intérieur
de la courbe de la porte, elle présente un profil identique à celle-
ci et paraît bien appartenir à une même phase d'aménagement de
la ville. Une autre observation capitale, faite par la même occasion,
le confirme : dans l'angle avec le portique, la moulure du socle du
nymphée a été abattue pour placer la base à panneaux du pilier de
la colonnade et l'angle nord-ouest du stylobate de cette dernière
entaillé pour s'adapter à l'alignement de la fontaine (fig. 15). La
Grande Colonnade du II' siècle est donc bien postérieure au nym
phée qui, lui-même, a toute chance de remonter à l'époque de
Claude.
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FlG. 13. - Apamée, porte Nord : plan du nymphée
(relevé M. Plumier, dessin J. Ch. Balty).
Cette phase d'urbanisme fut importante pour l'histoire d'Apa-
mée. Nous l'avions décelée, en 19946\ dans le rehaussement du
niveau des murs de boutiques et des seuils rencontrés au nord de
la porte, dans ce prolongement extra muros de laiplateia nord -sud
qui nous avait au début tellement étonnés. Les niveaux de la rue et
des constructions qui la bordaient avaient, en effet, beaucoup
changé d'une période à l'autre, le sol remontant de 45 à 55 cm
depuis l'époque de Caligula et de Claude et d'environ 1 m depuis
63. J.-Ch. Balty, art. cit. (n. 2), p. 89 sq. et fig. 8.
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COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
Fie. 14. - Apamée, porte Nord : façade du nymphée (1998).
FlG. 15. - Apamée, porte Nord : le nymphée ;
détail de l'articulation de la Grande Colonnade.
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l'époque hellénistique. Mais les grandes caractéristiques de cet
urbanisme se sont maintenues durant des siècles et certains
monuments sont demeurés en place : le premier pilier du portique
oriental de la Grande Colonnade a été construit, on vient de le
voir, en entaillant le nymphée contre lequel il s'appuie mais qui
s'est conservé jusqu'à nous ; et l'exèdre d'Ummidius Quadratus a
survécu, en dépit de modifications à l'époque byzantine, jusqu'aux
séismes du XIIe siècle qui l'enfouirent sous l'écroulement du mur
courbe de la porte, préservant ainsi ce qui n'était pas encore passé
au four à chaux. La succession de ces travaux édilitaires et de ces
grandes phases de l'histoire du site est aujourd'hui parfaitement
assurée, qui permet de mieux juger de l'importance des réalisa
tions architecturales de la Claudia Apamea.
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MM. Robert TURCAN, Claude NlCOLET, Jean-Pierre CALLU et
Philippe CONTAMINE interviennent après cette communication.
LIVRES OFFERTS
M. Emmanuel POULLE a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, de la part de
son auteur, Mme Hanne Lange, l'édition qu'elle a produite du traité
d'Odon de Morimond sur le symbolisme du nombre trois : Hanne Lange,
éd. Odon de Morimond (1116-1161), Analecta numerorum et rerum in theo-
graphyam. III, De sacramentis ternarii, Copenhague, Erik Paludan, 1999,
in-8°, CIII-262 pages (Université de Copenhague, Cahiers de l'Institut du
Moyen Âge grec et latin, 69).
Depuis une vingtaine d'années, Mme Lange s'attache à faire connaître
les traités sur la symbolique des nombres qui ont fleuri au XIIe siècle,
notamment chez les cisterciens Geoffroy d'Auxerre, Thibaud de Langres,
et surtout Odon de Morimond. Ce dernier, qui fut secrétaire de saint Ber
nard avant de devenir, en 1156, abbé de Morimond jusqu'à sa mort en
1161, avait conçu un vaste programme d'étude des nombres de 1 à 10,
dont il n'eut le temps de dresser que les trois premières pierres.
M™6 Lange a publié en 1981 le premier traité d'Odon, sur le symbolisme