You are on page 1of 16

Les statues de Scipion Nasica sur le Capitole

:
enjeux de mémoire et enjeux politiques
Cyril BINOT
∆W ajnistorhsivan turpem !
1
C’est par ces mots que Cicéron qualifie le geste de Scipion
Métellus qui, en installant plusieurs statues sur le Capitole, a commis quelques erreurs en
mélangeant visages, titres et noms dans son impressionnante galerie d’ancêtres
2
. Voulant
visiblement honorer son arrière-grand-père Scipion Nasica Sérapion, Métellus a commis
quelques confusions avec un autre Scipion, Scipion Émilien, le second Africain. À travers la
plaisante correspondance entre Atticus et Cicéron, le doigt est mis sur un enjeu de mémoire
important autour du personnage très controversé de Scipion Nasica Sérapion, l’homme
qui a conduit la répression sénatoriale contre le tribun de la plèbe Tibérius Gracchus
3
.
L’attention est également dirigée sur le Capitole comme lieu d’affrontement idéologique
entre optimates et populares, tout autant que lieu d’exaltation familiale et personnelle pour
les membres de la classe dirigeante. La lettre de Cicéron adressée à Atticus, l’unique texte qui
mentionne les statues de Nasica, revêt de ce fait une importance capitale dans ce domaine
de « l’expression plastique de l’idéologie », pour reprendre les termes de G. Sauron
4
, ou pour
1 « O honteuse ignorance de l’histoire ! » Cic. Att. 6, 1, 17.
2 Selon L. Ross-Taylor, 1977, « son atrium, orné des portraits de cire de deux longues séries d’ancêtres
consuls et de bien d’autres encore, héritage de sa femme, a du être un lieu d’exposition de l’histoire
de Rome », p. 89-90 ; sur sa place chez les Caecilii Metelli, voir toujours Syme, 1967, tableau
généalogique I ; Linderski, 1996, est très précis sur la généalogie -réelle et adoptive- du personnage,
en particulier p. 157, 160, 178-179 ; enfin Wiseman, 1998, propose un arbre croisé des Aemilii
Paulli, Cornelii Scipiones (en particulier les Nasicae) et Fabii Maximi, p. 115.
3 Sur le personnage, voire la bibliographie très complète dans Linderski, 2002, à laquelle il faut
ajouter notre article, Binot, 2001 et dernièrement Clark, 2007.
4 G. Sauron s’est attaché en effet à mettre en évidence la finesse des messages politiques adressés par le
biais des différents procédés de l’ornementation, complexes architecturaux, programmes statuaires
ou iconographiques cf. en particulier Sauron, 1994, ou Sauron, 2000.
PALLAS, 77, 2008, PP. 155-170
le dire plus simplement, comme témoin de l’utilisation de la mémoire de Rome à des fins
d’autocélébration personnelle
5
.
Il y a quarante ans de cela, F. Coarelli s’emparait de ce texte pour préciser la topographie
du Capitole et établir de façon incontestable le lien entre les statues de Scipion Nasica et
celle d’Aristogiton
6
. Placées sur les lieux même de l’affrontement entre le Grand Pontife et le
tribun, ces statues sont particulièrement signifiantes et s’intègrent dans une lutte idéologique
acerbe, dont on trouve trace également dans la littérature latine
7
. Plus près de nous, dans un
article très complet sur Scipion Métellus, J. Linderski s’est également saisi du texte et de cette
question de la dédicace des statues, suivant une lecture opposée à celle de Coarelli
8
. C’est
dire que ce sujet reste encore délicat et controversé, le texte cicéronien n’étant pas d’une très
grande clarté et ouvrant la voie à diverses interprétations
9
. Nous tenterons à notre tour de
reprendre cette lecture à partir d’un point traité rapidement par ces deux auteurs, la question
de la date de la dédicace des statues, et partant de là, de leur sens politique précis.
Les pages de J. Linderski sont, à l’habitude, érudites et stimulantes : sur la question des
statues toutefois, il ne prend pas suffisamment en compte le message politique délivré par
Scipion Métellus lors de cette inauguration. Plus attentive à cette question, la démonstration
de Coarelli est très claire dans la mise en relation de la topographie du Capitole et des statues ;
elle est cependant incomplète car totalement décontextualisée. Il passe en effet très rapidement
dans les derniers mots de son article sur la date de dédicace de ces statues, qu’il propose de
situer en 52, sans conviction ni argument : Scipion Métellus, à l’occasion de son consulat,
s’engagerait dans une attitude de défense de la nobilitas
10
. On reste sur notre faim quant au
sens précis : pourquoi des statues de ce personnage, à cet endroit et à cette date ? L’érection
5 Le phénomène d’intrusion de la mémoire individuelle dans l’espace collectif est un procédé assez
bien étudié de la classe dirigeante, cf. Wiseman, 1998, en particulier dans ses chapitres 9 (monument
des Minucii) et 10 (monuments des Aemilii). Evans, 1996, n’exploite sans doute pas assez la parure
monumentale comme élément de propagande aristocratique.
6 Coarelli, 1969.
7 Nous avons indiqué déjà l’utilisation de l’exemplum Nasica par Cicéron, Binot, 2001. Deux
traditions littéraires opposées se sont formées, l’une glorifiant plus ou moins ouvertement Nasica,
comme le rappelle Coarelli, 1969, p. 160, à propos d’Accius et comme l’illustrent encore Valère
Maxime, 7, 5, 2 ; 8, 3 ; Velleius Paterculus 2, 3, 1 ou encore Quintilien, 5, 13, 2-4 ; l’autre insistant
sur le sacrilège commis, cf en particulier Rhet. ad Her. 4, 68, et dont on trouve un écho chez
Plutarque, Ti. Gracchus, 13, 3 ou 21, 4-5.
8 Linderski, 1996. Tous mes remerciements vont à J. Linderski qui a eu l’extrême gentillesse de me
communiquer ses travaux pour la préparation du présent article.
9 Signalons encore deux approches très rapides du texte : celle de L. Ross-Taylor, 1944, p. 355, qui
indique seulement que Scipion Métellus s’est ridiculisé en mélangeant les traits de l’Africain et le
nom de Nasica; celle de Syme, lapidaire, qui indique l’ignorance dont Scipion Métellus fait preuve
à propos de ces ancêtres, p. 49, et renvoie à la lettre de Cicéron, p. 511, n. 68.
10 « [Métellus Scipion] fit abroger la loi de Clodius, qui limitait le pouvoir des censeurs. C’est dans le
cadre de cette politique, qui visait à redresser les destins chancelants de la nobilitas, qu’il faut placer
l’activité de Métellus, et la mise en place des statues du Capitole », Coarelli, 1969, p. 160. Ces mots
sont les derniers de l’article, les seuls à mettre en relation les statues et la situation politique de 52.
La même date, 52, est retenue par Linderski, 1996.
Cyril BINOT 156
d’une statue au Capitole, objet d’une lutte symbolique très forte entre populares et optimates
11

est forcément un geste signifiant : la date doit être établie selon le sens politique qu’il revêt.
Une objection évidente vient mettre en question la datation proposée de 52 : pourquoi
Cicéron évoque-t-il alors ces statues dans une lettre datée avec précision du début de l’année
50 ? Une seconde objection tient à l’opportunité même pour Scipion Métellus d’intervenir
dans la polémique autour de la mort de Clodius par le rappel de la figure de Scipion Nasica. Ce
que l’on peut déduire du geste semble peu compatible, on le verra, avec son positionnement
politique en 52 tel que le rapporte Asconius.
Chercher dans le texte de Cicéron, obscur et corrompu, une plus grande précision dans la
procédure de dédicace des statues est sans doute une entreprise assez vaine : c’est du côté de
la signification politique du geste que nous proposons d’apporter quelques éléments à même
de modifier notre appréciation des faits et de la chronologie.
11 Sur l’importance religieuse et politique du Capitole, cf. Dumézil, 1987, p. 292, et plus récemment
sur les stratégies familiales et individuelles impliquant le Capitole, Adam, 2002. Jupiter Capitolin,
Dumézil l’a établi, est un dieu « patricien » qui manifeste sa réprobation lors de l’ouverture à la
plèbe des charges et sacerdoces, p. 201 sq. ; il indique cependant déjà les tentatives de la plèbe pour
attirer à soi Jupiter, p. 205. S’il ne peut être question d’opposition plèbe / patricat au I
er
siècle, les
tribuns retrouvent souvent la posture des pionniers des droits de la plèbe dans leur opposition à
la classe dirigeante patricio-plébéienne. Plus précisément, le Capitole est un lieu d’affrontement
optimates / populares assez fort depuis le temps des Gracques sans doute, depuis les années 80
sûrement : la Rhétorique à Hérennius vient l’illustrer, tout comme ce que rapportent les différents
auteurs de l’incendie du Capitole -une version favorable à Sylla dans Plutarque, Sylla, 13, l’autre
hostile dans Julius Obsequens, Liber de prodigiis, 57. La controverse entre Catulus et César à propos
de la reconstruction du temple de Jupiter Capitolin rapportée par Suétone, César, 15 ou Plutarque,
César, 6, est le symbole même de cet affrontement.
LES STATUES DE SCIPION NASICA SUR LE CAPITOLE 157
1. Les faits : Scipion Métellus et les statues du Capitole.
1. 1. Ce que dit Cicéron…
Revenons sur l’unique source qui évoque les statues de Scipion Nasica au Capitole, la
lettre de Cicéron envoyée à Atticus le 20 ou 21 février 50 depuis Laodicée, dont il n’est pas
inutile de reprendre le texte
12
:
De statua Africani (wj; pragmavtwn ajsugklwvstwn ! sed me id ipsum delectauit in tuis litteris)
ain tu ? Scipio hic Metellus proauum suum nescit censorem non fuisse ? Atqui nihil habuit
aliud inscriptum nisi COS ea statua quae ab Opis parte postica in excelso est. In illa autem
quae est ad Poluklevou~ Herculem inscriptum est CES ; quam esse eiusdem status, amictus,
anulus, imago ipsa declarat. At mehercule ego, cum in turma inauratarum equestrium quas hic
Metellus in Capitolio posuit animaduertissem in Sarapionis subscriptione Africani imaginem,
erratum fabrile putaui. Nunc uideo Metelli. j; W ajnistorhsivan turpem !
13
.
Il termine plus loin par ces mots :
Sed nescire proauum suum censorem non fuisse turpe est, praesertim cum post eum consulem
nemo Cornelius illo uiuo censor fuerit
14
.
Attachons-nous donc au propos de Cicéron en essayant de remettre en perspective les
informations qu’il contient :
12 Nous avons adopté ici le texte établi par L.-A. Constans et J. Bayet dans l’édition CUF : il est
conforme à la version proposée par Tyrrell-Purser dans deux options notables. Certains manuscrits
proposent en effet ea statua quae ab Opis per te plutôt que parte, faisant d’Atticus le maître d’oeuvre
de l’installation des statues ; cette leçon n’est reprise par aucune des éditions que nous avons
consultées, ce qui est sans doute judicieux, mais nous reviendrons plus loin sur la logique de cette
correction ; l’adoption par Winstedt, suivant Boot, de nuper plutôt que parte est peu vraisemblable.
La seconde option est d’avoir interverti cos. et ces. dans le texte proposé par les manuscrits, au
contraire de Watt. Shackleton Bailey, adopte l’inversion mais indique à propos de la statue de
l’Hercule cos. cens., ce qui ne nous paraît pas nécessaire. Notons que Coarelli, 1969, p. 146, n. 1,
comme Linderski, 1996, p. 158, n. 52, réfutent cette inversion, ce dernier s’opposant de façon
très étayée à la démonstration de Tyrrell-Purser p. 306-307. Nous avons pour notre part gardé
l’inversion qui, si elle renverse l’argument, ne remet pas en cause le fond. Enfin, nous avons adopté,
ainsi que Linderski, la correction de Shackleton Bailey, 1968, qui indique ab Opis parte postica
plutôt que posita avec des arguments convaincants, p. 250.
13 « A propos de la statue de l’Africain – ô le beau coq-à-l’âne : mais cela même m’a enchanté dans ta
lettre- hein ? que dis-tu ? Le Scipion Métellus d’aujourd’hui ne sait pas que son arrière-grand-père
n’a pas été censeur ? Il est de fait pourtant que la statue haut placée derrière le temple d’Ops portait
seulement COS. ; mais à celle qui est près de l’Hercule de Polyclès on a mis l’inscription CES. :
et la stature, l’anneau, les traits même dénoncent clairement qu’il s’agit du même personnage.
Ma parole ! quand j’ai vu, dans l’escadron de statues équestres dorées que ledit Métellus a placées
sur le Capitole, une inscription nommant Sarapion sous une statue représentant l’Africain, j’ai
cru à l’erreur d’un ouvrier : je vois maintenant qu’elle est de Métellus. O honteuse ignorance de
l’histoire ! » Cic. Att. 6, 1, 17.
14 « Mais ne pas savoir que son arrière-grand-père n’a pas été censeur, c’est une ignorance déshonorante,
d’autant plus qu’entre le consulat et la mort de ce Cornélius, personne de cette famille n’a été
censeur » ; Att. 6, 1, 18.
Cyril BINOT 158
- Cicéron a vu sur le Capitole, parmi un grand nombre de statues équestres dorées
installées par Scipion Métellus, une statue représentant de façon certaine l’Africain (Scipion
Émilien) et portant une inscription mentionnant Sarapion, c’est-à-dire Scipion Nasica.
- Une statue a été placée derrière le temple d’Ops, avec la mention « consul », Cicéron l’a
également vue personnellement, la formulation de la lettre nous semble l’attester.
- Une autre statue, placée près de l’Hercule de Polyclès, porte la mention « censeur » ; elle
aussi semble-t-il a été vue par Cicéron qui indique sa similitude d’apparence avec celle de
l’Ops.
- Les deux statues, celle du temple d’Ops et celle de l’Hercule, représentent le même
personnage, qui ne peut être Nasica puisqu’il n’a pas géré la censure; il s’agit sans aucun doute
de l’Africain, ce qu’indique clairement le début de la lettre – de statua Africani.
Si cela est bien attesté par la lecture de la lettre, le nombre des statues et surtout le rôle de
Scipion Métellus dans cette affaire font débat. Il n’est pas inutile de rappeler les interprétations
des différents historiens ou philologues qui ont étudié le texte.
De sa lecture, J. Bayet tire les conclusions suivantes : « Q. Cécilius Métellus Scipion,
voulant honorer son arrière-grand-père Scipion Nasica Sérapion consul en 138 (et qui avait
longtemps attendu l’hommage public d’une effigie / Macrobe, In somn. Scip., I, 4, 2), a mis
sans façon son nom sous trois statues, représentant toutes trois Scipion le second Africain,
sans s’apercevoir que l’inscription de l’une d’elles, spécifiant la censure (gérée par l’Africain
en 142), jointe à l’identité des traits, dénonçait la triple usurpation) »
15
. Cette interprétation
ne tient pas suffisamment compte de la signification politique du geste, qui est réduit à
sa plus simple expression, honorer un ancêtre. L’intervention de Métellus se limite ici à la
simple mention du nom de Sérapion, ignorant le fait que les statues ont été placées -posuit-
délibérément. Il ne peut s’agir d’un ajout « sans façon » du nom sur des statues préexistantes.
J. Bayet suit ici l’interprétation de Shakleton Bailey qui réfute fermement l’idée d’une mise
en place des statues par Scipion Métellus : « the first two where clearly old statues, and there
is no reason to suppose that Metellus put them in their place »
16
.
F. Coarelli interprète ce passage de façon radicalement différente. Il réduit d’abord le
nombre des statues à deux : celle du temple d’Ops et celle de l’Hercule. Formellement, en
effet, rien n’indique que la statue que mentionne Cicéron « au Capitole » n’est pas l’une des
deux déjà citées, et la logique du texte tend plutôt à cette identification. Pour lui, l’erreur
de Métellus est double : une erreur de subscriptio sous la statue de l’Ops où est écrit ces. en
relation avec Nasica, ce qui est contraire à la réalité ; une erreur d’imago sur les deux statues,
Métellus ayant été abusé par sa trop nombreuse galerie de portraits dans l’atrium familial
17
.
En revanche, il insiste sur le sens politique de la dédicace et il ne fait aucun doute pour lui
que Scipion Métellus a placé les deux statues, l’une près du Temple de Fides où le Sénat était
réuni le jour de la contio fatale à Tibérius Gracchus, l’autre à l’endroit même où Tibérius a été
tué, les centum gradus. Il reste cependant très imprécis sur la date - « vers la moitié du I
er
siècle
avant », « vraisemblablement en 52 »
18
.
15 J. Bayet, p. 150 n. 1. Il renvoie également à la démonstration similaire de Tyrrell-Purser, p. 306.
16 Shackleton Bailey, 1968, p. 249-250.
17 Coarelli, 1969, p. 145-146.
18 Coarelli, 1969, p. 156 sq. pour la localisation comme la datation.
LES STATUES DE SCIPION NASICA SUR LE CAPITOLE 159
Sur le nombre de statues, il rejoint Tyrell-Purser pour qui Metellus Scipion n’a placé qu’une
seule statue, celle du temple d’Ops, pensant qu’il s’agissait de son ancêtre. Il est confondu
par une autre statue préexistante, celle de l’Hercule, qui représente le même personnage
mais avec la mention ces., attestant qu’il s’agit dans les deux cas de statues de l’Africain
19
. Il
n’interviendrait donc que dans une seule dédicace, sans que Tyrell-Purser n’indiquent ni date
ni message politique.
Linderski, le dernier en date à s’emparer de l’affaire, s’est élevé contre la lecture de Coarelli :
« I am afraid Coarelli misreads the words of Cicero when he claims (146) ‘’on avait placé deux
têtes de Scipion Émilien sur deux statues équestres dédiées à Scipion Nasica’’. Cicero clearly
speaks of two statues of Africanus but only one of Nasica Serapio. Furthermore Coarelli takes
the statues ab Opis parte and ad Herculem to be the statues of Nasica set up by Metellus Scipio
whereas (Cicero could not be clearer) they are in reality the statues of Scipio Aemilianus »
20
.
Cicéron n’est pourtant pas si clair… Nul ne conteste que les statues en question sont des
statues de l’Africain et c’est bien ainsi que Cicéron les présente -de statua Africani-, mais
l’erreur de Métellus réside justement dans cette confusion entre les deux personnages. Quant
au nombre des statues, les interprétations différentes que nous avons notées indiquent au
moins qu’il n’est pas question de parler ici d’évidence. Qu’en est-il alors selon Linderski ? Les
deux statues, celle d’Ops et de l’Hercule sont de vieilles statues de l’Africain ne mentionnant
pas de cognomen, mais son nom et ses titres, dont ces. pour l’une d’elle. Scipion Métellus,
ignorant que Nasica n’avait pas géré la censure, a cru qu’il s’agissait de son ancêtre : et lorsqu’il
a placé une nouvelle statue équestre de son grand-père au Capitole, il s’est trompé dans l’imago
et dans la subscriptio
21
. La démonstration, reprise de Shakleton Bailey, repose sur l’idée que
les deux statues, celle de l’Ops et celle de l’Hercule, sont d’anciennes statues, réactualisées par
Métellus. Coarelli a montré pourtant à quel point elles avaient, en tant que statues de Nasica,
un sens politique aigu, que ne retrouve pas Linderski. Le positionnement de ces statues sur
des lieux fortement liés à l’histoire de Scipion Nasica ne peut être fortuit et il est difficile
d’imaginer dans les deux cas qu’une statue de Scipion Émilien se trouve là précisément à la
disposition du faussaire ignorant. La main de Scipion Métellus semble évidente.
Comment aller plus loin ? Peut-on seulement aller plus loin ? Il faut revenir au texte et
à sa logique interne sans doute, mais cela n’est pas suffisant et reviendrait à tourner encore
une matière tant et tant retournée déjà. Il faut donc également prendre en considération le
contexte politique et les éléments chronologiques.
1. 2. Interprétation et chronologie
Les deux éléments sont liés, c’est une évidence. C’est d’ailleurs la seule évidence en ce
dossier, celle sur laquelle on peut essayer de bâtir une nouvelle solution. Car enfin, si les
statues sont évoquées dans cette lettre de février 50, c’est bien qu’une intervention de Scipion
Métellus – que Cicéron s’empresse de commenter – a été rapportée par Atticus. Reprenons
donc les éléments chronologiques et la logique du texte.
19 Tyrell-Purser, p. 306.
20 Linderski, 1996, p. 158, n. 52.
21 Linderski, 1996, p. 158.
Cyril BINOT 160
1.2. 1. Une intervention avant fin avril 51 :
La dédicace des statues du Capitole intervient à coup sûr avant fin avril 51, soit avant le
départ de Cicéron pour la Cilicie
22
. La date de 52, celle du consulat, paraît aller de soi. Notons
d’abord que ce consulat est réduit, Scipion Métellus étant coopté par Pompée pour les cinq
derniers mois de l’année selon Plutarque
23
: le temps laissé est relativement court. Pour autant,
il est possible que Scipion Métellus ait préparé son intervention durant la campagne en
prévision de sa victoire. Et si « l’escadron de statues équestres dorées » ne date pas du consulat
même, 52 fournit sans aucun doute un terminus a quo, le statut de consul puis de consulaire
autorisant selon nous cette autocélébration familiale au Capitole. Reste le sens du geste, sans
aucun doute problématique. Honorer Scipion Nasica revient très clairement à justifier le
meurtre de Tiberius Gracchus, à affirmer en tout cas qu’il a été conduit optimo iure
24
. C’est
un positionnement politique fort qui s’inscrit dans une lutte autour du Capitole
25
et contre
un courant popularis dont la figure de proue a été durant des années Clodius. Or c’est ici que
le bât blesse. Scipion Nasica rappelle immanquablement le meurtre de Tibérius, c’est-à-dire,
en 52, celui de Clodius
26
. Glorifier Nasica à ce moment revient donc à légitimer ce meurtre,
c’est-à-dire à participer peu ou proue à la défense de son meurtrier Milon
27
, ce qui serait un
geste totalement incohérent de la part de Scipion Métellus au regard de ce que nous savons
par Asconius de la situation politique en 52 :
« T. Annius Milon, P. Plautius Hypseus et Q. Métellus Scipion, dans leur campagne
électorale en vue du consulat, ne se contentèrent pas de prodiguer de l’argent ouvertement,
mais s’entourèrent de partisans en armes [...]. De plus P. Clodius marquait encore à
Cicéron, depuis son retour, une violente hostilité et, pour cette raison, appuyait de toutes
ses forces Hypseus et Scipion contre Milon »
28
.
22 Nous suivons ici la datation proposée par L.-A. Constans, 1936, Cicéron, correspondance tome III,
p. 186.
23 Plutarque, Pomp. 55, mais aussi Appien, BC 2, 25 ; Dion Cassius, 40, 51. Cf. Broughton, MRR II,
p. 234.
24 C’est ainsi que Cicéron qualifie ce meurtre en 54, Planc. 88.
25 Plutarque rappelle que des statues des Gracques ont été placées « bien en vue » ; il ajoute encore :
« les endroits où ils avaient été assassinés furent consacrés », C. Gracchus, 18, 3.
26 Clodius n’est évidemment plus tribun de la plèbe lorsqu’il est assassiné, mais son nom reste attaché
à son vaste programme tribunitien, comme a choisi de le mettre en valeur Tatum, 1999, W.J., The
patrician tribune, Publius Clodius Pulcher, University of North Carolina Press. Il est l’archétype du
tribun popularis, se réclamant sans nul doute des Gracques, ce que l’on peut le déduire du Pro Sestio;
voir à ce propos Béranger, 1972.
27 C’est d’ailleurs autour de la légitimité du meurtre de Clodius que certains, à l’instar de Brutus,
proposent de construire le système de défense de Milon, cf. Asconius, In mil. Clark, 36. Cicéron
préfère argumenter sur la légitime défense mais évoque ce point dans le Pro milone, 72-91 où Milon
est présenté comme le bras armé de la providence et assimilé à Ahala, Opimius, Marius... mais aussi
Nasica et Cicéron lui-même, cf. Mil., 83 qui reprend Mil. 8.
28 T. Annius Milo et P. Plautius Hypsaeus et Q. Metellus Scipio consulatum petierunt non solum largitione
palam profusa sed etiam factionibus armatorum succinti [...]. Et P. Clodio restituto quoque Ciceroni erat
infestissimus ideoque summe studebat Hypsaeo et Scipioni contra Milonem ; Asconius, In mil., Clark,
26.
LES STATUES DE SCIPION NASICA SUR LE CAPITOLE 161
Par le jeu des oppositions, Scipion apparaît donc comme un allié objectif, de circonstance
peut être, mais réel, de Clodius. Après le meurtre de celui-ci, la réaction de la foule est
significative :
« [la foule des partisans de Clodius] tira les faisceaux du bois sacré de Libitina et les
apporta chez Scipion et Hypseus »
29
.
Pour signifier leur refus du consulat de Milon, les clodiens font de Scipion et Hypseus
leurs candidats en leur offrant les faisceaux. Encore une fois, l’alliance est de circonstance, elle
n’appelle pas d’engagements de la part de Scipion Métellus, qui recueille, comme Hypseus,
les fruits d’une situation à laquelle il est étranger. Asconius rapporte cependant plus loin un
engagement direct et fort de notre homme :
« Trente jours environ après la mort de Clodius, Q. Métellus Scipion, au Sénat, prit à
partie Q. Caepion < M. Caton ? > et déplora vivement ce meurtre »
30
.
Asconius développe alors le discours de Scipion, un long réquisitoire, très bien construit,
visant à faire de Clodius une victime sans négliger ni le pathétique, ni les accusations directes
contre Milon. Comment croire alors, dans les semaines qui suivent, à un programme statuaire
qui glorifie le meurtre d’un tribun de la plèbe popularis ?
On le voit, cette installation est problématique du point de vue du message politique.
Il faut supposer alors une assez grande habileté de la part de Nasica dans la manipulation
des symboles, ce que la finesse de ses thèmes numismatiques permet aisément
31
. La fin de
29 [Clodiana multitudo] tum fasces ex luco Libitinae raptos attulit ad domum Scipionis et Hypsaei ;
Asconius, In mil., Clark, 29.
30 Post diem tricesimum fere quam erat Clodius occisus Q. Metellus Scipio in senatu contra Q. Caepionem
conquestus est de hac caede P. Clodi ; Asconius, In mil., Clark, 30. Clark indique Q. Caepio, alors
que A. Boulanger, dans l’édition CUF du texte insérée dans le Pro Milone, indique M. Caton ;
il s’agit dans tous les cas d’un représentant de la factio des optimates. Le discours de Scipion se
poursuit ainsi : « il dit que c’était sur des faits inexacts que Milon appuyait ainsi sa défense [...]
et que Clodius, qui s’était mis en route pour parler aux décurions d’Aricie, était parti avec vingt-
six esclaves ; que Milon, tout à coup, la séance du Sénat ayant été levée après la quatrième heure,
s’était porté à sa rencontre avec plus de trois cent esclaves armés et l’avait attaqué à l’improviste, en
chemin, au delà de Bovillae; que Clodius, ayant reçu trois blessures, avait été transporté à Bovillae,
que l’auberge où il s’était réfugié avait été prise d’assaut par Milon ; que Clodius en avait été arraché
à demi-mort et avait été tué sur la voie Appienne; que son anneau lui avait été enlevé comme il
expirait ; qu’ensuite Milon, qui savait qu’on élevait dans le domaine d’Albe un fils de Clodius encore
tout enfant, s’était rendu à la villa et comme l’enfant avait déjà été emmené, lui et les siens avaient
soumis à la question l’esclave Halicor jusqu’à le mettre en pièces ; qu’ils avaient égorgé l’intendant
du domaine et en outre deux esclaves ». Le discours est construit comme un implacable réquisitoire
qui vient, c’est tout à fait frappant, démonter tous les arguments de Cicéron dans le Pro Milone,
27-30 en particulier, développés ensuite en 32-92. Sans doute Asconius a-t-il construit ce discours
dans une opposition claire à l’oeuvre cicéronienne; il n’en rapporte pas moins une intervention très
nette de Scipion Métellus contre Milon.
31 Sur les thèmes numismatiques, cf. Ross-Taylor, 1944, avec les correctifs apportés par Linderski, 1996.
L’un comme l’autre permettent néanmoins d’apprécier la finesse et la précision de la propagande
de l’imperator en Afrique, qui mobilise à la fois les symboles attachés au nom des Scipiones et des
Metelli.
Cyril BINOT 162
l’année 52, après le consulat unique de Pompée, a permis de retrouver une certaine stabilité
dans la cité. Par l’exil de Milon, puis des clodiens les plus enragés, dont Sex. Clodius ou le
tribun de la plèbe de 52, T. Munatius Plancus Bursa
32
, une page se tourne. Scipion Métellus
y contribue d’ailleurs en abrogeant la loi tribunitienne de Clodius réformant la censure
33
. Il
peut alors prendre le risque de heurter ce qui reste de la faction clodienne en attaquant, non
pas les lois les plus populaires, mais celles qui touchent au fonctionnement institutionnel de
la République, restaurant l’autorité des magistrats et du Sénat. Dans ce contexte, on peut
envisager une première dédicace de statue, soit à l’extrême fin du consulat de Scipion, soit en
début d’année 51, comme consulaire. Elle illustre la volonté d’occuper le Capitole, et dans le
même temps, positionne Scipion Metellus sur un échiquier politique complexe. Il place alors
selon nous une statue de son arrière-grand-père devant le temple de Fides -la statue d’Ops-,
qui met l’accent non pas sur la répression, mais sur le débat précédant l’intervention contre
Tibérius Gracchus, c’est-à-dire le refus des évolutions constitutionnelles portées par Tibérius
Gracchus lorsqu’il brigue un second mandat
34
. C’est une façon de se présenter comme un
défenseur de la tradition romaine, que renforce l’association à Fides
35
.
1. 2. 2. Une nouvelle intervention à la fin de l’année 51.
On l’a souligné déjà, les deux statues, en place avant le départ de Cicéron, interviennent
comme un sujet d’actualité lors d’une conversation entre les deux correspondants. Un
élément nouveau intervient, on ne peut en douter. Cicéron s’exclame « ain tu ? ». Il est surpris
par l’information que lui communique Atticus. De même, la mise en relation erratum fabrile
putaui / nunc uideo Metelli insiste sur cette nouveauté par l’opposition des temps utilisés
comme par la valeur de nunc.
De quelle information s’agit-il ? Comme le remarque P. Coarelli, en l’absence de la lettre
d’Atticus, l’interprétation est difficile. La solution généralement adoptée pour retrouver
une cohérence est la suivante : Métellus a lu dans le De republica, diffusé en 51 auprès du
32 Cf. Asconius, In mil., Clark 49, qui précise « en outre un grand nombre d’accusés, les uns présents,
les autres faisant défaut, furent condamnés, en grande majorité des partisans de Clodius » ; le
meurtre de la voie appienne permet l’élimination de nombreux acteurs des troubles des années
précédentes, aussi bien miloniens que clodiens. Sur Bursa, cf. Dion Cassius, 40, 55 et Cic., Fam.,
7, 2, 2-3.
33 Sur la loi de Clodius, cf. Mitchell, 1986, et maintenant Tatum, 1999, p. 135. Son abrogation est
rapportée par Dion Cassius, 40, 57. Nous avons discuté de la censure comme enjeu politique à
la fin de la République dans notre thèse, PRIVATUS. L’invention de l’individu à l’époque et dans
l’oeuvre de Cicéron. Volume III, la sphère privée à la fin de la République, Université Toulouse II, le
Mirail (texte imprimé), p. 828-832.
34 On sait que ce sont ces évolutions qui heurtent le plus les optimates, comme l’a montré Boren,
1961 -et en particulier la déposition de son collègue, cf. Linderski, 2002. Sur les aspects politiques
et institutionnels de l’action de Tibérius, il faut compléter avec Nicolet, 1967 qui insiste sur la
cohérence politique du projet et sur le rôle de Blossius de Cumes.
35 Sur la symbolique liée à Fides, cf. Clark, 2007, qui réfute la signification traditionnellement adoptée
concernant le geste effectué par Nasica avec sa toge, celle du cinctus gabinius, pour évoquer une
action rituelle liée au temple de la Fides -sans toutefois emporter l’adhésion sur le sens du geste de
Nasica, à propos duquel Linderski, 2002, est bien plus clair.
LES STATUES DE SCIPION NASICA SUR LE CAPITOLE 163
public romain, l’affirmation suivant laquelle il n’y aurait pas de statues représentant Nasica
à Rome; il informe alors Atticus de ce qu’il croit être une erreur de Cicéron puisque des
statues existent, il vient d’en actualiser par l’ajout du nom de Nasica. Avec des variantes que
nous ne reprenons pas ici, c’est l’explication proposée par Tyrrell-Purser, Shakleton Bailey et
Linderski
36
. Tout ceci repose sur une conjoncture et nous semble être une tentative ingénieuse
pour résoudre une question, elle, bien réelle : pourquoi Atticus a-t-il abordé ce sujet dans
sa lettre à Cicéron
37
. Selon J. Bayet, Métellus vient tout simplement d’indiquer le nom de
Nasica sous la statue de l’Hercule, celle dont la titulature est totalement incompatible avec
lui. Le nunc, que nous avons souligné, nous ramène à coup sûr du côté des statues.
Restons prudents : ce qui suit est une conjecture, mais elle s’inscrit selon nous assez bien
dans le contexte politique, nous le verrons. On peut penser que la statue du Capitole placée
par Métellus que nomme Cicéron est celle du temple d’Ops, portant l’indication cos., mais
avec un visage qui est clairement celui de l’Africain : c’est à propos de celle-ci que Cicéron
avait cru à une erreur des ouvriers. La lettre d’Atticus est provoquée par une mention de
Nasica sous la statue près de l’Hercule, celle nommée ces., celle qu’il appelle au début du texte
« la statue de l’Africain ». Scipion Métellus a, selon nous, complété et précisé son programme
d’ornementation : il a profité pour ce faire d’une statue préexistante de l’Africain – située,
selon la mise en place topographique de Coarelli autour des centum gradus – mais qu’il
croyait être celle de Nasica. Il a du alors rajouter Sérapion ou un autre élément de titulature
distinguant Nasica, pour, en quelque sorte, réactiver la statue, profiter de sa localisation afin
de poursuivre une propagande politique forte. Car il s’agit alors de réactiver le souvenir du
meurtre de Tibérius Gracchus.
2. Le sens d’un geste, Metellus et Nasica
Pour éclairer totalement le geste de Métellus, quelques mots s’imposent sur le personnage.
Qui est en effet Scipion Métellus ? Un représentant de la haute aristocratie romaine, tant par
sa famille d’origine que par sa famille d’adoption
38
. Il a donc atteint le consulat en 52, coopté
par Pompée, alors consul unique
39
. Pompée a épousé en cinquième noce Cornélia, la fille
de Métellus Scipion : le gendre rend donc l’hommage dû à son beau-père; il honore surtout
l’alliance qu’il vient de nouer avec la plus haute noblesse romaine.
36 Pour le détail des explications des uns et des autres, cf. Tyrell-Purser, p. 305-306 ; Shakleton Bailey,
p. 250 ; Linderski, 1996, p. 159, qui met ceci en relation avec l’écriture du liber de gente Corneliorum
par Atticus rapportée par Cornélius Népos, Att. 18, 4.
37 La correction per te plutôt que parte, évoquée plus haut, trouve également sa logique dans la volonté
d’associer d’Atticus au geste de Métellus et donner une explication satisfaisante à cet échange
épistolaire.
38 Pour la famille voir L. Ross-Taylor, 1977, p. 89 sq. Elle indique ses liens avec les Cornelii
Scipiones évidemment, les Caecilii Metelli, les Licinii Crassi, les Mucii Scaevolae, les Laelii
et, par son mariage, avec les Liuii et les Aemilii.
39 Pour sa carrière, voir Broughton, MRR II et en particulier MRR III, p. 42-43 ; Münzer, R.E., T. III.
1, p. 1224-1228, qui indique aussi son accession au pontificat en 63. Pour une discussion très serrée
sur les aspects problématiques de sa carrière -la fausse question du tribunat, la date de sa questure,
de son édilité...- on se reportera à Konrad, 1996.
Cyril BINOT 164
Scipion Métellus apparaît donc comme un des champions de l’aristocratie et un des
maillons de l’alliance qui se forme entre Pompée et les optimates contre César
40
. Quant à sa
personnalité et sa valeur, le jugement haineux de César
41
l’a condamné auprès des historiens
modernes : Mommsen en parle comme d’un « incapable notoire »
42
, alors que Syme, dans une
formule assassine dont il a le secret, parle du « décoratif beau-père » de Pompée
43
. Linderski lui
a rendu justice sans doute, en le traitant plus simplement et plus justement comme un objet
historique
44
. Reste un personnage mentionné onze fois dans la correspondance de Cicéron
où le jugement n’est franchement négatif qu’à deux reprises
45
. Ses qualités militaires sont sans
doutes contestables
46
, mais il semble jouer un rôle politique plus important que ne veulent le
croire Syme ou Mommsen. Il n’y a qu’à relire Plutarque pour s’en persuader, lui qui parle de
M. Marcellus, Crassus et Métellus Scipion comme des personnages « les premiers et les plus
influents de Rome », lorsqu’ils viennent dénoncer à Cicéron la conjuration de Catilina
47
.
De l’étude de la correspondance de Cicéron entre 51 et 49, il ressort :
- que Métellus Scipion anime une factio au Sénat
M. Célius Rufus, l’un des correspondants réguliers de Cicéron durant son proconsulat de
Cilicie, en lui rapportant le vote relatif à ses supplications, parle des Scipiones
48
, un groupe de
sénateurs animé par Scipion.
- qu’il occupe au Sénat en 51 la deuxième place dans l’ordre de dignitas
Le même Célius rapporte dans une autre lettre les résolutions prises par le Sénat le
29 septembre : Métellus Scipion est mentionné en second rang, après le très populaire et très
puissant L. Domitius Ahenobarbus, consul de 54, ce qui indique clairement sa dignitas de
consulaire et son influence
49
.
- qu’il mène les tractations avec les césariens
Deux lettres, l’une datée du 2 septembre 51 envoyée par Célius, l’autre du 10 ou 11 décembre
50, rapportent, à plus d’un an d’intervalle, les mêmes faits : Scipion rencontre fréquemment
40 Voir R. Syme, 1967, chap. II et III ou L. Ross-Taylor, 1977, p. 89, 222.
41 César l’épingle dès le début du livre I du Bellum Ciuile : il est la cause de la guerre, Pompée parle par
sa bouche… Le livre III développe sa cupidité et sa cruauté (III. 31-33), son incapacité militaire et
sa lâcheté (III. 36-38).
42 Th. Mommsen, 1856, p. 348.
43 Syme, 1967, p. 58.
44 Linderski, 1996.
45 Att. 1, 1, 3-4 ; Att. 2, 1, 9 ; Q. Fr. 3, 4, 5 ; Fam. 8, 9, 5 ; Fam. 8, 8, 5 ; Fam. 8, 11, 2 ; Att. 7, 4, 2 ;
Att. 8, 3, 7 ; Att. 8, 15, 3 ; Att. 9, 1, 4 ; Att. 9, 11, 4 ; Fam. 9, 18, 2 ; Fam. 12, 2, 1 ; Att. 16, 11, 2.
46 Il a tout de même été salué imperator, et César lui-même doit reconnaître l’une de ses qualités, la
celeritas, en BC, 3, 36, cf. Linderski, 1996, p. 146, 167 sq. ; son monnayage met en avant ses qualités
militaires, cf. également Ross-Taylor, 1944 ; il s’agit donc ici d’une confrontation des propagandes :
celle de César, le vainqueur, va faire l’Histoire...
47 Plutarque, Cic., 15, 1. Sur le choix de Marcellus et Métellus Scipion comme témoin par Crassus, cf.
Linderski, 1996, p. 148, n. 14.
48 Fam. 8, 11, 2.
49 Rappelons aussi qu’il a assuré un interrègne en 53. Même si les candidats faisaient défaut, c’est une
reconnaissance politique forte. Cf. Ross-Taylor, 1977, p. 168.
LES STATUES DE SCIPION NASICA SUR LE CAPITOLE 165
Balbus et peut-être Hirtius, les intimes de César, pour des tractations
50
. Sans doute son lien
de parenté avec Pompée en fait un intermédiaire commode, mais il semble difficilement
soutenable qu’une baderne mène, chez lui, ce type de négociations particulièrement sensibles
et importantes
51
. En faire dès lors un simple porte-parole de Pompée est trop réducteur,
même s’il faut convenir que sa promotion dans l’appareil d’État est aussi liée au mariage de
sa fille.
Replaçons maintenant Scipion Métellus dans le contexte des années 50. La crispation
de la situation politique romaine est extrême : la vieille opposition optimates / populares,
après avoir été balayée par le triumvirat, retrouve une nouvelle vigueur dans l’affrontement
en préparation entre César et Pompée. Un Pompée allié à la noblesse la plus conservatrice
face à un César agitant les thèmes populaires avec succès
52
. Rajoutons encore la dimension
révolutionnaire retrouvée du tribunat, sous l’impulsion d’un Clodius
53
ou des triumvirs –
César en particulier. Or ce contexte peut sans doute être comparé à celui des années 133,
avec une volonté des tribuns de ressourcer leur fonction et une réaction conservatrice très
dure
54
. À une impressionnante série de consuls réactionnaires
55
fait face une non moins
importante série de tribuns plus ou moins séditieux
56
. Indépendants ou instrumentalisés
57
, ils
n’en mobilisent pas moins la plèbe urbaine dans une lutte contre le Sénat et ses représentants :
l’exil de Cicéron l’atteste. Scipion Métellus, consulaire patricien, pontife, comme son arrière-
50 Constritauit haec sententia Balbum Cornelium, et scio eum questum esse cum Scipione, Fam. 8, 9, 5 ;
Balbus de tota re constituisset a. d. VII. Ad Scipionem ante lucem uenire, Att. 7, 4, 2.
51 La mention du lieu est importante : les rencontres se font chez Scipion, c’est-à-dire à l’intérieur du
pomœrium, excluant la présence de Pompée, proconsul d’Espagne. César, B.C. 1, 2, « ce discours
de Scipion… semblait sortir de la bouche même de Pompée », est évidemment partisan.
52 C’est là une schématisation extrême de la situation politique, on renverra aux analyses classiques de
la période, Syme, 1967, Gruen, 1974. Sur l’aspect « populaire » de l’action de César, on rappellera
simplement son consulat de 59 et sa loi agraire, cf. toujours, le « César » de Carcopino, 1999 (6ème
ed.).
53 Le tribunat est redevenu avec Clodius, selon les analyses de J.M. Flambard, 1977, ou Lintott, 1968,
un élément de trouble de l’ordre public, non plus pour défendre la plèbe urbaine, mais pour servir
des ambitions particulières. Pour une cohérence politique plus grande de Clodius et un projet de
réforme plus aboutis, cf. Mitchell, 1987 et Tatum, 1999.
54 Pour ce contexte, voir H.H. Scullard, 1960, L. Ross-Taylor 1962 ou D.C. Earl, 1963. Plus
récemment, Linderski, 2002.
55 Pompée et Métellus Scipion en 52, M. Marcellus et Servius Sulpicius Rufus en 51, C. Cornelius
Lentulus et C. Marcellus en 50. Pour leur position politique et leur place dans la nobilitas
conservatrice, voir R. Syme, 1967, particulièrement le chap. II, l’oligarchie romaine p. 24 – 38 et les
tableaux généalogiques en fin d’ouvrage.
56 Les tribuns causant quelques difficultés au Sénat nous sont connus par la correspondance de
Cicéron. On peut citer pour 52 T. Munatius Plancus Bursa (poursuivi par Cicéron), Q. Pompeius
Rufus, ou C. Sallustius Crispus (l’historien Salluste) ; pour 51 Célius, L. Vinicus, P. Cornélius,
C. Vibius Pansa (cités comme opposants au S.C. cherchant à régler définitivement le « problème
César ») ; pour 50 C. Scribonius Curion ; pour 49, les deux éléments déclencheurs de la guerre
civile, Antoine et Q. Cassius.
57 Pour reprendre le titre et la problématique posée par Gruen, 1966, à propos de Clodius lui-même.
Cyril BINOT 166
grand-père Nasica, est très clairement l’un des animateurs de la tendance conservatrice du
Sénat, opposée aux menées de César et de ses agents.
Revenons, après ce détour, à notre seconde dédicace. La lettre de Cicéron date du 20 février
50 ; elle répond à celle d’Atticus reçue le 19 février et écrite vraisemblablement le 29 décembre
51
58
. La seconde dédicace a donc dû se produire durant la fin de l’année 51 et au vu de la
régularité de la correspondance des deux amis, dans le mois de décembre, novembre ou octobre
au plus tôt. Or, il nous semble important de rappeler ici les résolutions du Sénat en date du
29 septembre 51, mentionnées par Célius, dont Métellus Scipion est le principal inspirateur :
« Le consul M. Marcellus ayant été entendu sur les provinces consulaires, il a été décidé à
ce sujet que les consuls L. Paulus et C. Marcellus, une fois qu’ils seraient entrés en charge,
à partir du 1
er
mars de l’année de leur consulat, porteraient devant le Sénat la question des
provinces consulaires et ne lui soumettraient à partir du 1
er
mars aucune question avant
celle-là et ne la lieraient à aucune autre »
59
.
Suivent les détails de l’organisation adoptée à l’unanimité pour faire de cette question la priorité
dans les travaux du Sénat et des magistrats. Le même jour, une résolution du Sénat, à laquelle est
opposée une intercession tribunitienne, complète le dispositif voulu par les Pompéiens.
« Le consul M. Marcellus ayant été entendu sur les provinces consulaires, il a été décidé à ce sujet :
le Sénat estime qu’aucun des magistrats qui ont le pouvoir d’intercession ou de prohibition
ne doit empêcher qu’on puisse au plus tôt saisir le Sénat et faire un sénatus-consulte sur une
affaire qui intéresse l’État romain ; celui qui y aura mis obstacle, le Sénat estime qu’il aura agi
contre l’État. Si quelqu’un fait intercession à ce sénatus-consulte, le Sénat ordonne que le texte
de sa résolution soit rédigé et que le Sénat soit à nouveau saisi au plus tôt »
60
.
Textes particulièrement limpides qui demandent de régler de façon définitive la question
des Gaules et s’attachent à empêcher les oppositions tribunitiennes. Ils illustrent la résolution
des partisans de Pompée au Sénat et la lutte de pouvoir dont les tribuns sont un élément
essentiels. On notera les menaces voilées envers ces derniers qui risquent en s’opposant d’être
considérés comme des ennemis de l’État. Comment ne pas croire alors que la dédicace des
statues suit ces résolutions ? Comment ne pas y voir une autre menace, subtile finalement, à
l’encontre des tribuns séditieux
61
? Le consulaire Scipion Métellus, pontife, princeps au Sénat,
honore son arrière-grand-père, Scipion Nasica, pontife, consulaire, princeps au Sénat, pour
58 Pour les précisions de dates, nous suivons les indications de J. Bayet dans l’édition CUF, T. IV de la
correspondance de Cicéron, p. 103.
59 Quod M. Marcellus cos. u. f. de prouinciis consularibus, d. e. r. i. c., uti L. Paulus C. Marcellus coss., cum
magistratum inissent, ex Kal. Mart., quae in suo magistratu futurae essent, de consularibus prouinciis ad
senatum referrent, neue quid prius ex Kal. Mart. Ad senatum referrent neue quid coniunctim [de ea re
referratur a consiliis]. Cic., Fam. 8, 8, 5.
60 Quod M. Marcellus cos. u. f. de prouinciis consularibus, d. e. r. i. c.,senatum existimare neminem eorum
qui potestatem habent intercedendi impediendi moram adferre oportere quo minus de r. p. p. R. q. p. ad
senatum referri senatique c. fieri possit ; qui impedierit prohibuerit, eum senatum existimare contra
rem publicam fecisse. Si quis huic s.c. Intercesserit, senatui placere auctoritatem perscribi et de ea re ad
senatum p. q. t. referri. Cic., Fam. 8, 8, 6.
61 Sur la subtilité des messages politiques architecturaux et l’importance de l’ornement, on se rapportera
à Sauron, 1994, particulièrement les chapitres III et IV.
LES STATUES DE SCIPION NASICA SUR LE CAPITOLE 167
avoir conduit la répression contre un tribun qui de son avis et de celui d’autres sénateurs
agissait contra rem publicam. Le parallèle est frappant et le geste évidemment signifiant. Ce
n’est plus le Nasica placé près du temple de Fides qui est mis en avant, mais celui des centum
gradus, dans une posture lourde de menace.
Scipion Métellus a donc, selon notre hypothèse, utilisé l’image de son ancêtre Nasica en
deux étapes, plaçant une statue le représentant près du temple de Fides à la fin de l’année
52 ou au début de l’année 51, puis inscrivant son nom sur une vieille statue placée près des
centum gradus dans les derniers mois de l’année 51. Ce processus se déroule dans le temps
car il suit une logique politique inscrite dans le contexte troublé et changeant de l’année
51. Par la réactualisation de la figure de Nasica, Scipion Métellus intervient dans un débat
fort autour de la mémoire du grand pontife, porté en particulier par Cicéron qui en fait un
personnage central de la théorie de l’intervention politique du priuatus qu’il construit
62
. Loin
de constituer une opposition à Clodius et une justification de son meurtre, le programme
statuaire du consulaire est déjà engagé dans une opposition résolue à César et ses partisans
63
.
Il accompagne l’action politique de Métellus au Sénat en lui donnant une perspective
historique et idéologique. Cette confrontation politique avec César est également construite
dans une double opposition dont le Capitole est l’enjeu : opposition populares / optimates
pour l’appropriation de Jupiter Capitolin, mais aussi compétition patricienne entre deux
représentants des plus prestigieuses familles romaines dans l’occupation de l’espace le plus
sacré et le plus signifiant de Rome
64
.
62 Sur l’appropriation de la mémoire de Nasica par Cicéron, cf. Binot, 2001 ; la théorie du priuatus est
l’un des sujets principaux du quatrième volume de notre thèse, Binot, 2005, PRIVATUS, volume IV.
L’intervention politique de l’individu à la fin de la République, Université Toulouse II le Mirail (texte
imprimé), p. 977-990 sur la mémoire de Nasica, p. 1015-1061 sur la théorie cicéronienne du priuatus.
63 S’il ne faut évidemment pas anticiper le face à face des deux imperatores lors de la guerre civile,
l’opposition à César de Scipion Métellus, beau-père de Pompée, est évidente et se déduit des lettres
de Cicéron comme des premiers chapitres du Bellum ciuile de César.
64 Les interventions « plastiques » et idéologiques de César au Capitole sont nombreuses et récurrentes durant
les années de son cursus honorum ; on peut les retrouver avec Carcopino, 1990, p. 141, 180, 556, 560 :
durant son édilité, décoration du Capitole de portiques provisoires avec expositions d’oeuvres, Suétone,
César, 10 ; durant l’édilité encore, restauration des trophées de Marius sur le Capitole malgré les interdits et
l’opposition de Catulus, cf. Suétone, César, 11 ; Plutarque, César, 6 ; Vell. Pat. 2, 43, 4 ; Val. Max., 6, 9, 14 ;
Prop., 4, 3, 43 ; citation de Catulus le premier jour de sa préture pour ses retard dans la reconstruction du
Capitole, l’enjeu est le nom qui sera inscrit sur le fronton du temple, cf. Att. 2, 24, 3 ; Suétone, César, 15 ;
Dion Cassius, 37, 44, 2. Lors de sa dictature, on peut également citer le martellement du nom de Catulus
et l’inscription du sien à la place et, en 46, l’installation dans la cella même du temple d’une statue de bronze
de César, semideus, tenant le globe terrestre; l’érection d’une statue au Capitole dans le prolongement de
celles des rois, cf. Suétone, César, 76, Dion Cassius, 41, 14 ; 43, 14 ; 21 ; 42 ; 44, 4 ; 6-7. Notons encore que
cet affrontement s’installe également dans la controverse sur le statut des tribuns : on sait que la défense du
droit des tribuns offre à César un prétexte spécieux pour franchir le Rubicon cf. César, BC, 1, 7 ; Cic. Fam.
16, 11, 2-3 ; Plutarque, César, 31 ; Appien, BC, 2, 33-34 ; Dion Cassius, 41, 3 ; Suétone, César, 30-31.
Cyril BINOT 168
Édition de la lettre à Atticus
TYRELL R.Y., PURSER C., The Correspondance of Marcus Tullius Cicero, vol. III, 1890, Dublin
Univ. press serie.
WINSEDT, E.O., Cicero letters to Atticus, vol. I, 1962, première ed. 1912, The Loeb Classical
Library, Harvard University Press, London.
CONSTANS L.-A., BAYET J., Cicéron. Correspondance, tome IV, 1962, collection CUF, Les belles
lettres, Paris.
WATT W.S., Marcus Tullius Cicero epistulae, vol. II, 1965, Oxford University Press.
SHACKLETON BAILEY D. R., Cicero’s letters to Atticus, volume III, 1968, Cambridge Classical
texts, Cambridge University Press.
SHACKLETON BAILEY D. R., Cicero letters to Atticus, vol. II, 1999, The Loeb Classical Library,
Harvard University Press, London.
Bibliographie
ADAM, R, 2002, Tite-Live et les maudits du Capitole, dans Mélanges offerts en l’honneur de
C. Deroux IV, Latomus ed., Bruxelles, p. 251-267.
BÉRANGER, J., 1972, Les jugements de Cicéron sur les Gracques, ANRW I-1, p. 732-763.
BINOT, C., 2001, Le rôle de Scipion Nasica Sérapion dans la crise grachienne, une relecture,
Pallas 57, p. 185-203.
BOREN, H.C., 1961, Tiberius Gracchus : The Opposition View, American Journal of Philology,
82, p. 358-369.
CLARK, A. J., 2007, Nasica and Fides, Classical Quarterly, 57-1, p. 125-131.
COARELLI, F., 1969, Le Tyrannoctone du Capitole et la mort de Tiberius Gracchus, MEFRA
81, p. 137-160.
DUMÉZIL, G., 1987, La religion romaine archaïque, Payot, Paris (1
ère
éd. 1966 ; texte de la 2
ème

éd. 1974).
EARL, D.C., 1963, Ti. Gracchus a study in politics, coll. Latomus 66, Bruxelles.
FLAMBARD, J.M., 1977, Clodius et les collèges, la plèbe et les esclaves. Recherches sur la
politique populaire au milieu du Ier s., MEFRA 89, p. 116-156.
GRUEN, E. S., 1966, P. Clodius Pulcher, instrument or independant agent ?, Phoenix,
p. 120-130.
GRUEN, E. S., 1977, The last generation of the Roman Republic, Univ. Calif. Press, Berkeley
(éd. 1995).
KONRAD, C. F., 1996, Notes on Roman Also-Rans, dans J. Linderski (éd.), Imperium sine
fine : T. Robert S. Broughton and the Roman Republic, Historia Einzelshrift, n. 105, Franz
Verlag, Stuttgart, p. 103-143.
LINDERSKI, J., 1996, Q. Scipio Imperator, dans J. Linderski (éd.), Imperium sine fine :
T. Robert S. Broughton and the Roman Republic, Historia Einzelshrift, n. 105, Franz Verlag,
Stuttgart, p. 146-185.
LINDERSKI, J., 2002, The pontiff and the tribune : the death of Tiberius Gracchus, Athenaeum
2002-2, p. 339-366.
LINTOTT, A.W., 1968, Violence in Republican Rome, Oxford University Press.
MITCHELL, T.N., 1986, The leges Clodiae and obnuntiatio, Classical Quarterly 36-1,
p. 172-176.
LES STATUES DE SCIPION NASICA SUR LE CAPITOLE 169
NICOLET, C., 1967, Les Gracques : crise agraire et révolution à Rome, Juillard.
ROSS-TAYLOR, L., 1962, Forerunners of the Gracchi, JRS 52, p. 19-27.
ROSS-TAYLOR, L., 1977, La politique et les partis à Rome au temps de César, F. Maspero, Paris.
SAURON, G., 1994, Quis deum ? L’expression plastique des idéologies politiques et religieuses à
Rome à la fin de la République et au début du principat, EFR, De Boccard, Paris.
SCULLARD, H.H., 1960, Scipio Aemilianus and Roman politics, JRS, 50, p. 59-74.
SYME, R., 1967, La révolution romaine, Tel Gallimard.
TATUM, W.J., 1999, The patrician tribune, Publius Clodius Pulcher, University of North
Carolina Press

Cyril BINOT 170